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1
p. 258-260
AUTRE ENIGME.
Début :
N ayez point peur de moy, je ne mords ny ne ruë. [...]
Mots clefs :
Chimère
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
N
AAJARGAT 1803 304 305
Ayez point peur de moy,jene
mords ny neruë .
Parma Merejefua congue
T
GALANT 279
Au milieu desjeux & des ris
Préfens deux de fos pavatis.
52
Admirez mesoppar, Fay larestotor-
Urminoir de Guenonfurpe grand
conde Grihe
Desaitende Chaura-Soaring
Qui ſovient d'un des deTortue,
Un efomachd Auftruche , up ventre
Unepean d'Hexing
Honneftement pointuc
Des cuiffes d'our's , des jambes de
ip Grifon
Une queiüe enfimdaDragom n
Cen'estpas tout. Monchant, ou ma
voix lapluspein
Estun cry de Chouette,
f'ay t'oreille d'anfin Renard,
Yij
1260 MERCURE
La coulantd'un Serpent, le vold'uns
Allonette
1
Etlamarched'une Belette;
Et mon plus dous regard
Estceluyd'unfierCrocodille
Prestàdevover Femme on Fille.
Se
Ainfifontjoliment compofez mes des
hors,
Etmon ame est comme mon corps.
N
AAJARGAT 1803 304 305
Ayez point peur de moy,jene
mords ny neruë .
Parma Merejefua congue
T
GALANT 279
Au milieu desjeux & des ris
Préfens deux de fos pavatis.
52
Admirez mesoppar, Fay larestotor-
Urminoir de Guenonfurpe grand
conde Grihe
Desaitende Chaura-Soaring
Qui ſovient d'un des deTortue,
Un efomachd Auftruche , up ventre
Unepean d'Hexing
Honneftement pointuc
Des cuiffes d'our's , des jambes de
ip Grifon
Une queiüe enfimdaDragom n
Cen'estpas tout. Monchant, ou ma
voix lapluspein
Estun cry de Chouette,
f'ay t'oreille d'anfin Renard,
Yij
1260 MERCURE
La coulantd'un Serpent, le vold'uns
Allonette
1
Etlamarched'une Belette;
Et mon plus dous regard
Estceluyd'unfierCrocodille
Prestàdevover Femme on Fille.
Se
Ainfifontjoliment compofez mes des
hors,
Etmon ame est comme mon corps.
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2
p. 145-161
DEMONSTRATION de l'Impossibilité de la quadrature du Cercle en nombres exacts.
Début :
JE donnay au Public en 1700. dans le Journal des Sçavans, [...]
Mots clefs :
Quadrature du cercle, Démonstration, Impossibilité, Progression, Rapport, Nombre, Fraction, Irréductible, Mathématiques, Chimère
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texteReconnaissance textuelle : DEMONSTRATION de l'Impossibilité de la quadrature du Cercle en nombres exacts.
DEMONSTRATION
de ïImpossibilité de la
1 quadraturedu Cercle en
nombresexaâs.
Jî, donnay au Public en
1700. dans le Journal des
Sçavans, une démonstration
de l'impossibilité du mouvement
perpetuel avec des
coprs solides ou liquides; &
cela par leur centre de gravité
commun; après l'avoir
expliquée à l'Academie des
Sciences,&ensuitedans mes
Conferences publiques. Depuis
ce tems l'ardeur pour
cette chimere a,, paru un peu
plus ralentie, aucune tentative
n'ayant paru depuis plus
de 12. années. Mais celle que
l'on a pour la quadrature du
Cercle semble croître de
jour en jour, par les productions
qu'elle fournit au Public
aussifréquemment, que
-
la recherche du mouvement
perpetuel faisoit autrefois.
Cela m'a fait penser que je
ferois peut-être autant de
-
plaisir au Public de le délivrer
de cette feconde chimere
d'une maniere qui foit
à la portée de tout le monde
, que dela premiere. Or
on fait que le Problême de
la quadrature numérique du
Cercle consiste à trouver un
quarré ou autre produit
dont la surface soit précisément
égale à celle du cercle;
& que pour trouver cette
parfaite égalité,il suffit de
trouver en nombres le raport
exact de la circonference
d'un cercle à son diametre.
Puis qu'Arc himedesa
démontré il y a plus de ijoo
ans. que la surface d'un Cercleest
égale au rectangle
compris fous son circuit, &
fous le quart de son diametre.
De forte que si l'on avoit
en même tems la juste valeur
de l'un & de l'autre, il
ne resteroit que de multiplier
l'une par l'autre, ôc de tirer
ensuite la racine quarrée du
produit, ou par les nombres,
ou par la Geometrie
pratique; cette racine seroit
le côté du quarré, dont la
surface seroit précisément
égale à celle du Cercle, si le
produit étoit un quarré parfait
; ou du moins en approchantcette
racine de plus en
plus, on approcheroit continuellement
de cette égalité
parfaite.
Voici donc maintenant
comme on peut démontrer
l'impossibilité de trouver en
nombres le raport exact du
circuit d'un cercle à son diametre.
Il ne faut pour cet
effet que prendre la progression
(4 moins 1 plus 4/5 moins
4/7 plus4/9 moins -f-¡ &c.) de M.
Leibnitz (que l'on trouve
dans les Journaux de Leipsik
de l'année 1682. dans les 2.
tomes de l'Analysedémontrée
du P. Reinau; dans la
Geometrie pratique de
M. Ozanam, & dans la2.
Edition de mes Essais de
Mathématique & de Physique)
afin de faire differentes
sommes des termes de
cette progression pris successivement
3
à commencer
au premier, ensuite des z
premiers, puisdes3 premiers,
ensuite des 4, &c.
Alors on aura différentes
fractions dans chacune desquelles
le numerateur marquera
la valeur de la circonference
d'un cercle quelconque,
& le dénominateur son
diametre, d'autant plus exactement,
que l'on aura pris
une plus grande quantité de
termes. Ce que l'on pourra
verifier en comparant ces
sommes ou fractions avec
les raports approchez de n à
7 trouvé par Archimedes,
ou de 314 à 100, qui se tire
des Tables du cercle, ou encore
de 314159 &c. à 100000
&c. trouvé par Ludolphe de
Cologne, lesquels font connus
& reçûs de tous les Geometres.
5 Or on trouve que la fomme
des z premiers termes
de cette progression 4 moins
A-y sçavoir - est une fraction
irréductible ou primitive, ce
qu'il faut remarquer. Ajoûtant
ensuite cette fraction
avec la suivante afin d'avoir
la somme des 3 premiers
termes, on aura 2 numerateurs,
sçavoir 8 par 5, & 4
par 3, & pour le dénominateur
commun 3 par 5. Or 8
par 5, & 3 par 5 n'ont pour
mesure commune que J,
( puisque 8 & 3
font premiers
entr'eux), mais cettemesure
commune ne mesure pas
4 par 3. De même 4 par 3,
&3 par 5n'ont pour mesure
communeque 3, puisque 4
& 5 font premiers entr'eux;
mais 3 ne mesure pas 8 par
5. Donc la somme des 2, fractions
* & 4/5sçavoir : est
encore irréduttible ou premier.
Otantensuite de 52/15la
fraction suivante ) on démontrera
par un raisonnement
semblable que la fraction
restante304/105 est encore
irréductible. Et si l'on a j oute
à cette derniere la suivante
; dont le dénominateur
a3 pour commune mesure
avec le dénominateur IOJ,
on aura numerateurs 304
par3,& 4par35,& pour
dénominateur commun 3
par 105 (en divisant 105 & 9
chacun par 3. ) Or 304 & IOS
étant premiers entr'eux., 304
par 3, & 105 par3n'auront
que 3 pour mesure commune,
mais quine mesure pas
4 par 35. De même 4 par 35,
& 105 par3 n'ont que 5 pour
commune mesure
?
puisque
4 & 3
font premiers entr'-
eux, de même que 4 & 9,
mais 5 ne mesure pas 304 par
3,puisqu'il ne mesure pas
304. Donc la Comme deces
2,
fractions,sçavoir \O/Slefi
encore irréductible; & si
l'on en ôte ensuite la fraction
suivante 141' il restera
la fraction "qui est encore
primitive, ce qu'on démontrera
comme pour les
fractions Ot & IL cy-
devant,
les denominaceurs 3465 &
11 etant premiers entr'eux,
puisque Iln'est pas un des
nombres premiers qui ont
servi à former 3465. Et continuant
ainsi ces additions
& soustractions alternativement
& successivement, on
démontrera que quand les
dénominateurs des 2 fractions
ajoûtées ou retranchées
feront premiers entr'
eux, leur somme ou leur
reste fera toûjours une fraction
primitive; ou si ces2
dénominateurs ont une mesure
commune, divisant les
2. fractions ou après l'operation
ou pendant l'opération
même par cette mesure commune,
on trouvera toujours
aussi une fraction irréductible.
Voici donc maintenant
une listeoutable decessommes,
qu'on a calculées feulement
de 2 termes en 2 ter-
1
mes, a commencer par 4
moins j ;
ensuite 4 moins 7
plus moins & ainsi de
fuite jusqu'à ( moins 541. )
Or il est aise de comprendre
par la comparaison de
cette fuite de raports avec
les précedents, qu'en conti,
nuant d'ajoûter les termes
decette progression Leibnizienne,
on trouvera encore
les autres raports qui ménent
au raport exact de la
circonference au diametre,
ce que chacun peut experimenterfoy-
même. De plus
on voit que quoyque les 2
dénominateurs des z fractions
que l'on ajoûte, ou
que l'on ôte ayent quelquefois
une mesure commune,
(ce qui rabaisse alors leur
somme ou leur reste)
, ces
sommes ou restes ne laissent
pas de croître continuellement
en exposants, parcequecette
mesure commune
esttoûjours fort petite; de
sorte que dans la 9e somme
cy - dessus elle n'est que de
1155.Maisilarrive souventen
récompense, que les dénominateurs
des 2, fractions
font premiers entr'eux, sçavoir
toutes les fois que celui
de la nouvelle fraction à
ajoûter ou soustraire est premier
en lui ; ce qui se trouve
autour de tous les multiples
de 6 y compris, comme autour
de (6,11,18,;o,&c.)
excepté ceux où se trouve
un multiple de 5 ou 7 par un
des nombres premiers, comme
(24,36,48,&C. ) ce qui
ne laisse pas de produire zy
nombres premiers depuis 1
jusqu'à 100. D'où il faut conclure
que la fraction qu'exprime
le raport exact de la
circonférence d'un cercle à
son diametre, est aussi primitive
ou irréductible que
son numerateur & son dénominateur
font infinis, &
quainfi c'est courir aprés
une chimere que de chercher
à exprimer ce raport
en
en nombres exactement. Il
en est donc du cercle, comme
de toutes les racines sourdes,
que l'on exprime par de
semblables progressions indéfinies,
dont les sommes
font des fractions primitives
qui croissent en exposants
indéfiniment. Il y auroit
donc le même entêtement
de chercher le raport exact
de la circonference au diametre
en nombres, que par
exemple celui du côté d'un
quarré à sa diagonale, ce
que personnenes'avisera de
faire.
de ïImpossibilité de la
1 quadraturedu Cercle en
nombresexaâs.
Jî, donnay au Public en
1700. dans le Journal des
Sçavans, une démonstration
de l'impossibilité du mouvement
perpetuel avec des
coprs solides ou liquides; &
cela par leur centre de gravité
commun; après l'avoir
expliquée à l'Academie des
Sciences,&ensuitedans mes
Conferences publiques. Depuis
ce tems l'ardeur pour
cette chimere a,, paru un peu
plus ralentie, aucune tentative
n'ayant paru depuis plus
de 12. années. Mais celle que
l'on a pour la quadrature du
Cercle semble croître de
jour en jour, par les productions
qu'elle fournit au Public
aussifréquemment, que
-
la recherche du mouvement
perpetuel faisoit autrefois.
Cela m'a fait penser que je
ferois peut-être autant de
-
plaisir au Public de le délivrer
de cette feconde chimere
d'une maniere qui foit
à la portée de tout le monde
, que dela premiere. Or
on fait que le Problême de
la quadrature numérique du
Cercle consiste à trouver un
quarré ou autre produit
dont la surface soit précisément
égale à celle du cercle;
& que pour trouver cette
parfaite égalité,il suffit de
trouver en nombres le raport
exact de la circonference
d'un cercle à son diametre.
Puis qu'Arc himedesa
démontré il y a plus de ijoo
ans. que la surface d'un Cercleest
égale au rectangle
compris fous son circuit, &
fous le quart de son diametre.
De forte que si l'on avoit
en même tems la juste valeur
de l'un & de l'autre, il
ne resteroit que de multiplier
l'une par l'autre, ôc de tirer
ensuite la racine quarrée du
produit, ou par les nombres,
ou par la Geometrie
pratique; cette racine seroit
le côté du quarré, dont la
surface seroit précisément
égale à celle du Cercle, si le
produit étoit un quarré parfait
; ou du moins en approchantcette
racine de plus en
plus, on approcheroit continuellement
de cette égalité
parfaite.
Voici donc maintenant
comme on peut démontrer
l'impossibilité de trouver en
nombres le raport exact du
circuit d'un cercle à son diametre.
Il ne faut pour cet
effet que prendre la progression
(4 moins 1 plus 4/5 moins
4/7 plus4/9 moins -f-¡ &c.) de M.
Leibnitz (que l'on trouve
dans les Journaux de Leipsik
de l'année 1682. dans les 2.
tomes de l'Analysedémontrée
du P. Reinau; dans la
Geometrie pratique de
M. Ozanam, & dans la2.
Edition de mes Essais de
Mathématique & de Physique)
afin de faire differentes
sommes des termes de
cette progression pris successivement
3
à commencer
au premier, ensuite des z
premiers, puisdes3 premiers,
ensuite des 4, &c.
Alors on aura différentes
fractions dans chacune desquelles
le numerateur marquera
la valeur de la circonference
d'un cercle quelconque,
& le dénominateur son
diametre, d'autant plus exactement,
que l'on aura pris
une plus grande quantité de
termes. Ce que l'on pourra
verifier en comparant ces
sommes ou fractions avec
les raports approchez de n à
7 trouvé par Archimedes,
ou de 314 à 100, qui se tire
des Tables du cercle, ou encore
de 314159 &c. à 100000
&c. trouvé par Ludolphe de
Cologne, lesquels font connus
& reçûs de tous les Geometres.
5 Or on trouve que la fomme
des z premiers termes
de cette progression 4 moins
A-y sçavoir - est une fraction
irréductible ou primitive, ce
qu'il faut remarquer. Ajoûtant
ensuite cette fraction
avec la suivante afin d'avoir
la somme des 3 premiers
termes, on aura 2 numerateurs,
sçavoir 8 par 5, & 4
par 3, & pour le dénominateur
commun 3 par 5. Or 8
par 5, & 3 par 5 n'ont pour
mesure commune que J,
( puisque 8 & 3
font premiers
entr'eux), mais cettemesure
commune ne mesure pas
4 par 3. De même 4 par 3,
&3 par 5n'ont pour mesure
communeque 3, puisque 4
& 5 font premiers entr'eux;
mais 3 ne mesure pas 8 par
5. Donc la somme des 2, fractions
* & 4/5sçavoir : est
encore irréduttible ou premier.
Otantensuite de 52/15la
fraction suivante ) on démontrera
par un raisonnement
semblable que la fraction
restante304/105 est encore
irréductible. Et si l'on a j oute
à cette derniere la suivante
; dont le dénominateur
a3 pour commune mesure
avec le dénominateur IOJ,
on aura numerateurs 304
par3,& 4par35,& pour
dénominateur commun 3
par 105 (en divisant 105 & 9
chacun par 3. ) Or 304 & IOS
étant premiers entr'eux., 304
par 3, & 105 par3n'auront
que 3 pour mesure commune,
mais quine mesure pas
4 par 35. De même 4 par 35,
& 105 par3 n'ont que 5 pour
commune mesure
?
puisque
4 & 3
font premiers entr'-
eux, de même que 4 & 9,
mais 5 ne mesure pas 304 par
3,puisqu'il ne mesure pas
304. Donc la Comme deces
2,
fractions,sçavoir \O/Slefi
encore irréductible; & si
l'on en ôte ensuite la fraction
suivante 141' il restera
la fraction "qui est encore
primitive, ce qu'on démontrera
comme pour les
fractions Ot & IL cy-
devant,
les denominaceurs 3465 &
11 etant premiers entr'eux,
puisque Iln'est pas un des
nombres premiers qui ont
servi à former 3465. Et continuant
ainsi ces additions
& soustractions alternativement
& successivement, on
démontrera que quand les
dénominateurs des 2 fractions
ajoûtées ou retranchées
feront premiers entr'
eux, leur somme ou leur
reste fera toûjours une fraction
primitive; ou si ces2
dénominateurs ont une mesure
commune, divisant les
2. fractions ou après l'operation
ou pendant l'opération
même par cette mesure commune,
on trouvera toujours
aussi une fraction irréductible.
Voici donc maintenant
une listeoutable decessommes,
qu'on a calculées feulement
de 2 termes en 2 ter-
1
mes, a commencer par 4
moins j ;
ensuite 4 moins 7
plus moins & ainsi de
fuite jusqu'à ( moins 541. )
Or il est aise de comprendre
par la comparaison de
cette fuite de raports avec
les précedents, qu'en conti,
nuant d'ajoûter les termes
decette progression Leibnizienne,
on trouvera encore
les autres raports qui ménent
au raport exact de la
circonference au diametre,
ce que chacun peut experimenterfoy-
même. De plus
on voit que quoyque les 2
dénominateurs des z fractions
que l'on ajoûte, ou
que l'on ôte ayent quelquefois
une mesure commune,
(ce qui rabaisse alors leur
somme ou leur reste)
, ces
sommes ou restes ne laissent
pas de croître continuellement
en exposants, parcequecette
mesure commune
esttoûjours fort petite; de
sorte que dans la 9e somme
cy - dessus elle n'est que de
1155.Maisilarrive souventen
récompense, que les dénominateurs
des 2, fractions
font premiers entr'eux, sçavoir
toutes les fois que celui
de la nouvelle fraction à
ajoûter ou soustraire est premier
en lui ; ce qui se trouve
autour de tous les multiples
de 6 y compris, comme autour
de (6,11,18,;o,&c.)
excepté ceux où se trouve
un multiple de 5 ou 7 par un
des nombres premiers, comme
(24,36,48,&C. ) ce qui
ne laisse pas de produire zy
nombres premiers depuis 1
jusqu'à 100. D'où il faut conclure
que la fraction qu'exprime
le raport exact de la
circonférence d'un cercle à
son diametre, est aussi primitive
ou irréductible que
son numerateur & son dénominateur
font infinis, &
quainfi c'est courir aprés
une chimere que de chercher
à exprimer ce raport
en
en nombres exactement. Il
en est donc du cercle, comme
de toutes les racines sourdes,
que l'on exprime par de
semblables progressions indéfinies,
dont les sommes
font des fractions primitives
qui croissent en exposants
indéfiniment. Il y auroit
donc le même entêtement
de chercher le raport exact
de la circonference au diametre
en nombres, que par
exemple celui du côté d'un
quarré à sa diagonale, ce
que personnenes'avisera de
faire.
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Résumé : DEMONSTRATION de l'Impossibilité de la quadrature du Cercle en nombres exacts.
Le texte traite de la démonstration de l'impossibilité de la quadrature du cercle en nombres exacts. L'auteur, ayant déjà prouvé l'impossibilité du mouvement perpétuel en 1700, s'intéresse à la quadrature du cercle, qui consiste à trouver un carré dont la surface soit égale à celle d'un cercle. Pour résoudre ce problème, il est nécessaire de déterminer le rapport exact entre la circonférence et le diamètre du cercle, un problème déjà abordé par Archimède il y a plus de 2000 ans. L'auteur utilise une progression de Leibniz pour montrer que ce rapport est une fraction irréductible. En additionnant ou soustrayant les termes de cette progression, il démontre que les fractions obtenues restent toujours irréductibles. Cela signifie que le rapport exact entre la circonférence et le diamètre ne peut être exprimé par des nombres entiers ou fractionnaires. Il conclut que la recherche de ce rapport exact est une chimère, comparable à la quête de racines sourdes ou du rapport entre le côté d'un carré et sa diagonale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 23-35
Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Début :
Varions les matiéres : Laissons-là les Bourgeois & leurs femmes, pour [...]
Mots clefs :
Habitants, Parisiens, Qualité, Chimère, Noblesse, Philosophe, Superbe, Sentiments, Provinciaux, Modeste, Familiarité, Préjugés, Bourgeoisie, Mépris, Femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Arións les matiéres : Laiſſons - là
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
Fermer
4
p. 69-73
A. M. L. D. D. N. P. M. V.
Début :
Je ne rêve que Campagne : [...]
Mots clefs :
Campagne, Château, Chimère, Seigneur, Ornement, Magnificence, Richesses, Moisson, Vertu, Volupté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. L. D. D. N. P. M. V.
A. M. L. D. D. N.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
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p. 2780-2783
LA COQUETTE, CANTATE. Mise en Musique par M. Clerambault ; Organiste de S. Sulpice.
Début :
Dans un miroir flatteur consultant ses attraits, [...]
Mots clefs :
Coquette, Miroir, Chimère, Jaloux, Courroux
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texteReconnaissance textuelle : LA COQUETTE, CANTATE. Mise en Musique par M. Clerambault ; Organiste de S. Sulpice.
LA COQUETTE,
CANTAT E.
'Mise en Musique par M. Clerambault ;
Organiste de S. Sulpice.
DANSAns un miroir flateur consultant ses attraits,
Dorine , artistement parée ,
Croyoit avoir de Cytherée ,
Get éclat que les ans ne ternissent jamais
Illusion ! vaine chimere !
De la volage Deïté ,
Elle a toute l'humeur et rien de la beauté
Que l'amour progre lui suggere,
Venez admirer mès appas ;
Jeunes coeurs , volez sur mes pas :
Une autre Venus vous appelle,
Sans vous , sans les heureux momens ;
Que produit une Cour d'Amans ,
Que me serviroit d'être belle
1. Vol
D'un
DECEMBRE. 1737. 278€
D'un Alcide vif et jaloux ,
J'ai l'Art d'appaiser le couroux ,
Par un souris de préference ;
It d'ua Adonis languissant ,
Je sçai d'un coup d'oeil caressant
Flater la timide esperance.
De Dorine en ces mots se dévoile le coeut j
Quand Lisandre jaloux de fixer l'inconstante
L'aborde contre son attente ,
>
lui déclare ainsi son amoureuse ardeur. -
D'un Amant qui cherche à vous plaire .
Dorine , recevez les voeux ;
Pour la Déesse de Cythere ,
Mars n'eut jamais un coeur plus amoureux,
Des Adorateurs que vous faites ,
Ilne troublera point la Cour.
Partagez leur vos amourettes ;
Mais à lui seul accordez votre amour.
Il dit sous les dehors de la délicatesse ,
Dorine assez long- temps scut contraindre
feux :
Enfin l'Amant devint heureux;
Les mêmes soins alors et la même tendresse ;
J. Vola
Sent
4781 MERCURE DE FRANCE
Sembloient les animer tous deux ;
Mais l'Amante bien-tôt se lafla de ses noeuds,
Qui peut d'une Coquette attendre un coeur fidele
L'esprit et la discretion ,
Ont de foibles attraits pour elle ;
Lisandre se douta d'une intrigue nouvelle
Et n'eut qu'un pas à faire à la conviction,
La Coquette vole sans cesse ,
Où l'appelle la nouveauté.
L'instant même de sa tendresse
N'est pas sans infidelité.
Jamais la jalousie,
Ne réveille ses desirs ;
Sans effort elle oublie
Amans, faveurs, et plaisirs
Sa fiere indifference ,
N'est qu'une bienseance
Que dément sa passion ;
Trouvez-la dans le silence ,
Bien-tôt elle vous dispense .
Della déclaration.
Telle est une Enigme ambiguë ::
Elle amuse notre loisir
Vol Mais
DECEMBRE 1731 2782
Mais souvent lorsqu'elle est connuë ,,
Le dégout succede au plaisir.
P. F. M ***** de Blois:
CANTAT E.
'Mise en Musique par M. Clerambault ;
Organiste de S. Sulpice.
DANSAns un miroir flateur consultant ses attraits,
Dorine , artistement parée ,
Croyoit avoir de Cytherée ,
Get éclat que les ans ne ternissent jamais
Illusion ! vaine chimere !
De la volage Deïté ,
Elle a toute l'humeur et rien de la beauté
Que l'amour progre lui suggere,
Venez admirer mès appas ;
Jeunes coeurs , volez sur mes pas :
Une autre Venus vous appelle,
Sans vous , sans les heureux momens ;
Que produit une Cour d'Amans ,
Que me serviroit d'être belle
1. Vol
D'un
DECEMBRE. 1737. 278€
D'un Alcide vif et jaloux ,
J'ai l'Art d'appaiser le couroux ,
Par un souris de préference ;
It d'ua Adonis languissant ,
Je sçai d'un coup d'oeil caressant
Flater la timide esperance.
De Dorine en ces mots se dévoile le coeut j
Quand Lisandre jaloux de fixer l'inconstante
L'aborde contre son attente ,
>
lui déclare ainsi son amoureuse ardeur. -
D'un Amant qui cherche à vous plaire .
Dorine , recevez les voeux ;
Pour la Déesse de Cythere ,
Mars n'eut jamais un coeur plus amoureux,
Des Adorateurs que vous faites ,
Ilne troublera point la Cour.
Partagez leur vos amourettes ;
Mais à lui seul accordez votre amour.
Il dit sous les dehors de la délicatesse ,
Dorine assez long- temps scut contraindre
feux :
Enfin l'Amant devint heureux;
Les mêmes soins alors et la même tendresse ;
J. Vola
Sent
4781 MERCURE DE FRANCE
Sembloient les animer tous deux ;
Mais l'Amante bien-tôt se lafla de ses noeuds,
Qui peut d'une Coquette attendre un coeur fidele
L'esprit et la discretion ,
Ont de foibles attraits pour elle ;
Lisandre se douta d'une intrigue nouvelle
Et n'eut qu'un pas à faire à la conviction,
La Coquette vole sans cesse ,
Où l'appelle la nouveauté.
L'instant même de sa tendresse
N'est pas sans infidelité.
Jamais la jalousie,
Ne réveille ses desirs ;
Sans effort elle oublie
Amans, faveurs, et plaisirs
Sa fiere indifference ,
N'est qu'une bienseance
Que dément sa passion ;
Trouvez-la dans le silence ,
Bien-tôt elle vous dispense .
Della déclaration.
Telle est une Enigme ambiguë ::
Elle amuse notre loisir
Vol Mais
DECEMBRE 1731 2782
Mais souvent lorsqu'elle est connuë ,,
Le dégout succede au plaisir.
P. F. M ***** de Blois:
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Résumé : LA COQUETTE, CANTATE. Mise en Musique par M. Clerambault ; Organiste de S. Sulpice.
Le texte décrit une pièce intitulée 'La Coquette', composée par M. Clerambault, organiste de Saint-Sulpice. L'intrigue se concentre sur Dorine, une jeune femme convaincue de sa beauté éternelle après s'être observée dans un miroir flatteur. Elle se compare à Vénus et invite les jeunes cœurs à l'admirer, tout en reconnaissant que son charme est éphémère et dépend de l'amour. Dorine se vante de pouvoir apaiser la jalousie d'Alcide et flatter l'espoir d'Adonis. Lisandre lui déclare son amour et lui demande son cœur exclusif. Après une résistance initiale, Dorine finit par céder, mais se lasse rapidement de ses engagements amoureux. Sa nature inconstante et son attirance pour la nouveauté la poussent à oublier facilement ses amants et les plaisirs passés. Sa fière indifférence cache une passion qu'elle révèle seulement dans le silence, la rendant énigmatique et souvent décevante pour ceux qui la connaissent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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