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1
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, Donné à S. Germain en Laye le [...]
Mots clefs :
Privilège
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
DArGrace &Privilegedu Roy , Donné à S. Germain en Laye le 15. Fev. 1672.
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil VILLET.
Il eſt permis au Sieur DAM.de faire im- primer , vendre &debiter par tel Impri- meur & Libraire qu'il voudra choiſir , un
Livre intitulé LE MERCURE GALANT , en
un ou pluſieurs Volumes, pendant le temps dedix ans entiers , à compter du jour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont fai- tes de contrefaire leſd. Volumes , àpeine de ſix mille livres d'amende , ainſi que plus au l'ong il eſt porté eſdites Lettres.
Regiſtre ſur le Livre de la Communau- té le 27. Fevrier 1672 .
Signé , D. THIERRY, Syndic.
Ledit Sieur Dam. à cedé ſon droit de Privilege à ТноMASAMAULRY fui- vant l'accord fait entre eux.
Achevé d'imprimerpour la premiere
DArGrace &Privilegedu Roy , Donné à S. Germain en Laye le 15. Fev. 1672.
Signé , Par le Roy en ſon Conſeil VILLET.
Il eſt permis au Sieur DAM.de faire im- primer , vendre &debiter par tel Impri- meur & Libraire qu'il voudra choiſir , un
Livre intitulé LE MERCURE GALANT , en
un ou pluſieurs Volumes, pendant le temps dedix ans entiers , à compter du jour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont fai- tes de contrefaire leſd. Volumes , àpeine de ſix mille livres d'amende , ainſi que plus au l'ong il eſt porté eſdites Lettres.
Regiſtre ſur le Livre de la Communau- té le 27. Fevrier 1672 .
Signé , D. THIERRY, Syndic.
Ledit Sieur Dam. à cedé ſon droit de Privilege à ТноMASAMAULRY fui- vant l'accord fait entre eux.
Achevé d'imprimerpour la premiere
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 15 février 1672, accorde au Sieur DAM le droit d'imprimer et vendre 'LE MERCURE GALANT' pour dix ans. Toute contrefaçon est interdite sous peine d'amende. Le privilège a été enregistré le 27 février 1672. Le Sieur DAM a ensuite cédé ses droits à Thomas MAULRY.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 8-26
« Tout le monde rendit à ce nouveau genre de Sonnet [...] »
Début :
Tout le monde rendit à ce nouveau genre de Sonnet [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Jeux d'esprit, Marquise , Pièces, Livre, Article, Curiosité, Historiette, Nouvelle, Provinces, Sciences, Galanteries, Cours étrangères, Privilège, Gazette
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texteReconnaissance textuelle : « Tout le monde rendit à ce nouveau genre de Sonnet [...] »
Tout le monde rendic à ce
nouveau genre de Sonnet
lajufticequiluy eftoicdeue,
& l’on admira (ùr rout la
juftefle avec laquelle les
G A L A N T . 9
mots qui fervoient d’Echo
enrroient dans le fens des
Vers. Vous aviez raifon de
dire que l’invention en eftoitheureule, reprit la DachefTe en regardant la Marquife ; Mais ce que je trouve de fâcheux pour ces
Jeux d’efprit, & d’autres petitesPiecesGalantes qui paroiïfent de temps en temps,
c’eft que tour cela fe perd,
faute de trouver quelqu’un
aflez zélé pour prendre le
foin tous les ans de nous en
donner un Reciieil. Sçavez-vous, Madame, repric
c
10 LE MERCURE
la Marquife, dans quel Livre ces petites Pièces dont
vous me parlez auroient admirablement bien trouvé
leur place pour eftre con-
. fervées: C’eft dans le Mercure Galant,dont il y a quatre ou cinq ans qu’on nous
donnaCx Volumes. Je m’étonne que cet Ouvrage ait
efté abandonné, carledeffèinen eftoitagreable, & il
plaifoit tellement, qu’on
m’a dit qu’il n’a pas efté
feulement imprimé dans la ■
plus grande partie des Provinces de France, mais
G A L A N T . il
aufli dans les Pais Etrangers, où l’on fe fait une joye
1 de nos plus particulières
‘ Nouvelles: Cequejefçay,
c’eft que tant de Gens en
' demandoient tous les jours
/ la Suite, qu’il n’y a peut-
' eftre point de Livre dont le
fuccés fut plus alluré. Je
me luis étonné comme
vous, repartit la Duchellè,
de la difeontinuation de
cet Ouvrage-, & quand j’en
ay demandé la raifon,quelqu’un m’a dit que l’Autheur
avoir eu une longue Maladie, & des Affaires qui l’a-
U LE MERCURE
voient empefché d’y travailler; mais pour peuqu il
fut prefentement à luymefme, je luy confeillerois
fort de le reprendre, il eft
capable de beaucoup d’agrémens par la diverfité des
Matières, & c’eft ce qui
me fait dire qu’il n’y a point
à douter qu’il ne re'üftit, le
malheur de la plupart des
Livres n’arrivant que parce
qu’il eft impoflible dechoifir un Sujet qui foit allez du
gouft de tout le monde,
pour eftre generalemenç
approuve’; au lieu que n’y
I
■*,
(S A L A N T . 13
ayant rien qui ne pût entrer en celuy-cy, chacun y
trouvèrent au moins par
quelque Article dequoy fatisfaire la curiofité. On y
parleroit de Guerre,-d’Amour, deM ort, de Mariages, d’Abbayes, d’EveC
chez ; On aflaifonneroit
cela de quelque petite
Nouvelle Galante, s’il arrivoit quelque chofe d’extraordinaire qui pût eftre tourné en Hifioriette, & l’on
pourroit mtfme nous donner quelque leger Examen
de tous les Ouvrages dEf-
i
4
LE MERCURE
prie qui fe feraient. Mais
vous nefongezpas, Madame, interrompit le mefme
on s’expoieroit par l’Exa
men que vous demandez?
Les Autheurs ont une de'-
licatefle inconcevable fur
ce Chapitre ; & ils font tel- -
lement contens de tout ce
qu’ils font, qu’on ne fçauroit trouver le moindre defaut dans leurs Livres, qu’ils
ne fulminent au fil-tofl contre l’ignorant qui les re- .
prend. Je ne voudrais pas
aufli, adjoûta la Ducheffe,
r
G A L A N T . v
que l’Autheur du Mercure
Galant nous donna fon fentiment particulier, il y auroit de la préfomption à
s établir Juge dans une
Caufe où on pourroit dire
en quelque forte qu’il feroit Partie intereflëe^ car
tous ceux qui fe niellent
d écrire font naturellement
jaloux les uns des autres:
Mais pourveu qu’il ne fit
que recueillir lesfentimens
du Public, je ne vov pas que
Meilleurs les Autheurs
pûlfènt avoir rien à luy imputer, au contraire je croy
i6 LE MERCURE
qu’ils luy (croient obligez,
puis quils recevroicnt la
récompenfe de leur travail,
parce qu’il feroit connoiftrece qu’il y auroic de
beau dans leurs Ouvrages, O ’
& qu’ils apprendroient à fe
corriger pour d’autres de
ce qu’ils fçauroient que le '
Public y auroit condamné.
Pour moy, dit la jeune Mar-,
quife, fi le Mercure Galant
lecontinuoit, j’y demanderois un Article particulier
pour les Modes, afin que ’
j’ypûfle renvoyer quelques
Amies de Provinces, qui
G A L A N T . 17
m’accablent continuelle -
ment de leurs Lettres, pour
fçavoir comment on s’habille, de quelles Etoffes on
feferr, & mille autres chofes qui regardent l’ajuftement des Femmes. Les
Etrangers y pouroient trouver leur compte, & fe ne
fçay pas mefme fi beaucoup de Perfonnesqui demeurent à Paris nefe ferviroient pas volontiers des
Avis qu’on leur donneroit
là-deffus. Jefuisravy, Mefdames, de vous voir dans
ce fentiment, dit alors un
18 LE M ERCURE
Chevalier de Malthe Gui
avoir e'couté toute cette
Converfation fans rien
dire; l’Aurheur du Mercure
Galant elt de mes plus particuliers Amis, & je l’ay tellement prefle par toutes les
railons que vous venez d’aporter, qu’il s’eft enfin refolu de le pourfuivre: ainfi
vous aurez bientoft le premier Tome du Nouveau
Mercure-Galant, qu’il appelle Nouveau, à caufe des
fix autres qu’il a déjà fait
imprimer, & dont celuy-cy
ne fera pas tout-à-fait la
G A L A N T . i<?
faite, puis qu’il ne traitera
que de ce qui s’eft païTé
dans les trois premiers
Mois de cette Année. Chacun ayant témoigné de la
joye de cette nouvelle ; Je
puis dire, adjoûtale Chevalier, que ce Livre fera pour
tout le monde: Outre les
choies curieufes dont on le
remplira, & qui pouront
fervir de mémoire à ceux
qui travailleront un jour à
l’Hiftoire de noftre Siecle,
on n y oublîra rien de ce
que vous avez demandé;
On y femera toutes les pe-
2,0 LE M ERCURE
cites Pièces agréables qui
auront cours dans le monde; O n y parlera des Livres, des Sciences, des M odes , des Galanteries, du
mérité de ceux qui en ont;
on feraconnoiftre enquoy
ils excellent; & peut-eftre
qu’au bout de quelques années, il n’y aura pas unePerfonne confiderable donc
ceux qui auront cous les Volumes du Mercure ne puiffenc trouver l’Eloge, celuy
de chaque Particulier pouvant donner lieuà s écendre
fur fa Famille. A l égard du
,
z O \
*
G A L A N T . xï
beau Sexe, toutes celles
que l’Efprit, & la Beauté
1
rendent dignes qu’on les
diftingue des autres, y trouveront leur Portrait, & je ne
defcfpere pas qu'avec le
temps nous n’y apprenions
les Galanteries des Cours
Etrangères, & de quel mérité peuvent eftre ceux qui
y tiennent le premierRang.
Mais, dit quelqu’un, n’y at-il rien à craindre du collé Z A *
de ceux qui ont le Privilège
de la Gazette? car il faudra
necefTairementquele Mercure employé quelque s uns
u LE MERCURE
de leurs Articles. Vous
faites bien de dire quelques-uns, répondit le Chevalier, car le nombre en
fera petit. La Gazette ne
parle, ny des Modes, ny
des Affaires du Parnaffe, l
qui jointes aux Pièces Galantesqui auront cours dans
le monde, & qui feront en
quelque réputation, rempliront prefque tout le
Mercure. Cela n’empef-
. chera pas, pourfuivit-il,
qu’on ne fe ferve de quelque Article de Gazette;
mais comme ce ne fera ja-
G A L A N T . z;
mais qu’apres quelle en
aura parlé, & que ce que
nous avons vendu, & donc
nous avons reçeu l'argent
n’eftplus à nous, ces M eilleurs n’auront aucun fujet
de fe plaindre-, mais ces
Articles mefmes ne laifleront pas d’avoir quelque
choie de nouveau, puis
qu’on y trouvera des particularitez que la Gazette ne
peut expliquer à cauie de
’ la quantité de Nouvelles
donc elle eft remplie , &
c’eft à quoy le Mercure (upléera, en faifant voir 1’0 -
z4
LE MERCURE
rigine de la plus grande
* partie des chofes dont
il y fera parlé. Ce qui
doit fatisfaire fur tout les
Curieux, c’eft que l’Autheur qui n’en donna d’abord les premiers Volumes
que dans des temps allez
éloignez , en donnera un O
Tome immancablement,
(fi je puis m’expliquerainfi)
le premier jour de chaque
Mois, & vous voyez par là
que vous n’aurez pas encor
longtemps à attendre celuy
qui fera le premier du Nouveau Mercure. Jevoudrois,
reprit ,
G A L A N T . xy
reprit laDuchefle, que fon
.j braire me le voulut vendre dés aujourd’huy, carje
meurs d’envie de voir ce
qu’il dira de certaines Gens
dont il ne fe difpenferapas
de parler. Puis que vous
elles fi curicufe, répondit
le Chevalier, voyez fi vous .
pourez vous réfoudre à
jouer une heure plus tard;
car l’Autheur m’a confié < * •'
toutes les Feüilles imprimées de fon Livre, & il ne
tiendra qu’à vous que je
ne vous en faffe la leéture.
Toute la Compagnie joi-
• ■ > C
i
16 LE MERCURE
gnit fes prières à celles que
fit la Duchelfe au Clieva- • - ** *
lier de leur vouloir donner
ce divertiffement, & il
commença de cette forte.
nouveau genre de Sonnet
lajufticequiluy eftoicdeue,
& l’on admira (ùr rout la
juftefle avec laquelle les
G A L A N T . 9
mots qui fervoient d’Echo
enrroient dans le fens des
Vers. Vous aviez raifon de
dire que l’invention en eftoitheureule, reprit la DachefTe en regardant la Marquife ; Mais ce que je trouve de fâcheux pour ces
Jeux d’efprit, & d’autres petitesPiecesGalantes qui paroiïfent de temps en temps,
c’eft que tour cela fe perd,
faute de trouver quelqu’un
aflez zélé pour prendre le
foin tous les ans de nous en
donner un Reciieil. Sçavez-vous, Madame, repric
c
10 LE MERCURE
la Marquife, dans quel Livre ces petites Pièces dont
vous me parlez auroient admirablement bien trouvé
leur place pour eftre con-
. fervées: C’eft dans le Mercure Galant,dont il y a quatre ou cinq ans qu’on nous
donnaCx Volumes. Je m’étonne que cet Ouvrage ait
efté abandonné, carledeffèinen eftoitagreable, & il
plaifoit tellement, qu’on
m’a dit qu’il n’a pas efté
feulement imprimé dans la ■
plus grande partie des Provinces de France, mais
G A L A N T . il
aufli dans les Pais Etrangers, où l’on fe fait une joye
1 de nos plus particulières
‘ Nouvelles: Cequejefçay,
c’eft que tant de Gens en
' demandoient tous les jours
/ la Suite, qu’il n’y a peut-
' eftre point de Livre dont le
fuccés fut plus alluré. Je
me luis étonné comme
vous, repartit la Duchellè,
de la difeontinuation de
cet Ouvrage-, & quand j’en
ay demandé la raifon,quelqu’un m’a dit que l’Autheur
avoir eu une longue Maladie, & des Affaires qui l’a-
U LE MERCURE
voient empefché d’y travailler; mais pour peuqu il
fut prefentement à luymefme, je luy confeillerois
fort de le reprendre, il eft
capable de beaucoup d’agrémens par la diverfité des
Matières, & c’eft ce qui
me fait dire qu’il n’y a point
à douter qu’il ne re'üftit, le
malheur de la plupart des
Livres n’arrivant que parce
qu’il eft impoflible dechoifir un Sujet qui foit allez du
gouft de tout le monde,
pour eftre generalemenç
approuve’; au lieu que n’y
I
■*,
(S A L A N T . 13
ayant rien qui ne pût entrer en celuy-cy, chacun y
trouvèrent au moins par
quelque Article dequoy fatisfaire la curiofité. On y
parleroit de Guerre,-d’Amour, deM ort, de Mariages, d’Abbayes, d’EveC
chez ; On aflaifonneroit
cela de quelque petite
Nouvelle Galante, s’il arrivoit quelque chofe d’extraordinaire qui pût eftre tourné en Hifioriette, & l’on
pourroit mtfme nous donner quelque leger Examen
de tous les Ouvrages dEf-
i
4
LE MERCURE
prie qui fe feraient. Mais
vous nefongezpas, Madame, interrompit le mefme
on s’expoieroit par l’Exa
men que vous demandez?
Les Autheurs ont une de'-
licatefle inconcevable fur
ce Chapitre ; & ils font tel- -
lement contens de tout ce
qu’ils font, qu’on ne fçauroit trouver le moindre defaut dans leurs Livres, qu’ils
ne fulminent au fil-tofl contre l’ignorant qui les re- .
prend. Je ne voudrais pas
aufli, adjoûta la Ducheffe,
r
G A L A N T . v
que l’Autheur du Mercure
Galant nous donna fon fentiment particulier, il y auroit de la préfomption à
s établir Juge dans une
Caufe où on pourroit dire
en quelque forte qu’il feroit Partie intereflëe^ car
tous ceux qui fe niellent
d écrire font naturellement
jaloux les uns des autres:
Mais pourveu qu’il ne fit
que recueillir lesfentimens
du Public, je ne vov pas que
Meilleurs les Autheurs
pûlfènt avoir rien à luy imputer, au contraire je croy
i6 LE MERCURE
qu’ils luy (croient obligez,
puis quils recevroicnt la
récompenfe de leur travail,
parce qu’il feroit connoiftrece qu’il y auroic de
beau dans leurs Ouvrages, O ’
& qu’ils apprendroient à fe
corriger pour d’autres de
ce qu’ils fçauroient que le '
Public y auroit condamné.
Pour moy, dit la jeune Mar-,
quife, fi le Mercure Galant
lecontinuoit, j’y demanderois un Article particulier
pour les Modes, afin que ’
j’ypûfle renvoyer quelques
Amies de Provinces, qui
G A L A N T . 17
m’accablent continuelle -
ment de leurs Lettres, pour
fçavoir comment on s’habille, de quelles Etoffes on
feferr, & mille autres chofes qui regardent l’ajuftement des Femmes. Les
Etrangers y pouroient trouver leur compte, & fe ne
fçay pas mefme fi beaucoup de Perfonnesqui demeurent à Paris nefe ferviroient pas volontiers des
Avis qu’on leur donneroit
là-deffus. Jefuisravy, Mefdames, de vous voir dans
ce fentiment, dit alors un
18 LE M ERCURE
Chevalier de Malthe Gui
avoir e'couté toute cette
Converfation fans rien
dire; l’Aurheur du Mercure
Galant elt de mes plus particuliers Amis, & je l’ay tellement prefle par toutes les
railons que vous venez d’aporter, qu’il s’eft enfin refolu de le pourfuivre: ainfi
vous aurez bientoft le premier Tome du Nouveau
Mercure-Galant, qu’il appelle Nouveau, à caufe des
fix autres qu’il a déjà fait
imprimer, & dont celuy-cy
ne fera pas tout-à-fait la
G A L A N T . i<?
faite, puis qu’il ne traitera
que de ce qui s’eft païTé
dans les trois premiers
Mois de cette Année. Chacun ayant témoigné de la
joye de cette nouvelle ; Je
puis dire, adjoûtale Chevalier, que ce Livre fera pour
tout le monde: Outre les
choies curieufes dont on le
remplira, & qui pouront
fervir de mémoire à ceux
qui travailleront un jour à
l’Hiftoire de noftre Siecle,
on n y oublîra rien de ce
que vous avez demandé;
On y femera toutes les pe-
2,0 LE M ERCURE
cites Pièces agréables qui
auront cours dans le monde; O n y parlera des Livres, des Sciences, des M odes , des Galanteries, du
mérité de ceux qui en ont;
on feraconnoiftre enquoy
ils excellent; & peut-eftre
qu’au bout de quelques années, il n’y aura pas unePerfonne confiderable donc
ceux qui auront cous les Volumes du Mercure ne puiffenc trouver l’Eloge, celuy
de chaque Particulier pouvant donner lieuà s écendre
fur fa Famille. A l égard du
,
z O \
*
G A L A N T . xï
beau Sexe, toutes celles
que l’Efprit, & la Beauté
1
rendent dignes qu’on les
diftingue des autres, y trouveront leur Portrait, & je ne
defcfpere pas qu'avec le
temps nous n’y apprenions
les Galanteries des Cours
Etrangères, & de quel mérité peuvent eftre ceux qui
y tiennent le premierRang.
Mais, dit quelqu’un, n’y at-il rien à craindre du collé Z A *
de ceux qui ont le Privilège
de la Gazette? car il faudra
necefTairementquele Mercure employé quelque s uns
u LE MERCURE
de leurs Articles. Vous
faites bien de dire quelques-uns, répondit le Chevalier, car le nombre en
fera petit. La Gazette ne
parle, ny des Modes, ny
des Affaires du Parnaffe, l
qui jointes aux Pièces Galantesqui auront cours dans
le monde, & qui feront en
quelque réputation, rempliront prefque tout le
Mercure. Cela n’empef-
. chera pas, pourfuivit-il,
qu’on ne fe ferve de quelque Article de Gazette;
mais comme ce ne fera ja-
G A L A N T . z;
mais qu’apres quelle en
aura parlé, & que ce que
nous avons vendu, & donc
nous avons reçeu l'argent
n’eftplus à nous, ces M eilleurs n’auront aucun fujet
de fe plaindre-, mais ces
Articles mefmes ne laifleront pas d’avoir quelque
choie de nouveau, puis
qu’on y trouvera des particularitez que la Gazette ne
peut expliquer à cauie de
’ la quantité de Nouvelles
donc elle eft remplie , &
c’eft à quoy le Mercure (upléera, en faifant voir 1’0 -
z4
LE MERCURE
rigine de la plus grande
* partie des chofes dont
il y fera parlé. Ce qui
doit fatisfaire fur tout les
Curieux, c’eft que l’Autheur qui n’en donna d’abord les premiers Volumes
que dans des temps allez
éloignez , en donnera un O
Tome immancablement,
(fi je puis m’expliquerainfi)
le premier jour de chaque
Mois, & vous voyez par là
que vous n’aurez pas encor
longtemps à attendre celuy
qui fera le premier du Nouveau Mercure. Jevoudrois,
reprit ,
G A L A N T . xy
reprit laDuchefle, que fon
.j braire me le voulut vendre dés aujourd’huy, carje
meurs d’envie de voir ce
qu’il dira de certaines Gens
dont il ne fe difpenferapas
de parler. Puis que vous
elles fi curicufe, répondit
le Chevalier, voyez fi vous .
pourez vous réfoudre à
jouer une heure plus tard;
car l’Autheur m’a confié < * •'
toutes les Feüilles imprimées de fon Livre, & il ne
tiendra qu’à vous que je
ne vous en faffe la leéture.
Toute la Compagnie joi-
• ■ > C
i
16 LE MERCURE
gnit fes prières à celles que
fit la Duchelfe au Clieva- • - ** *
lier de leur vouloir donner
ce divertiffement, & il
commença de cette forte.
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Résumé : « Tout le monde rendit à ce nouveau genre de Sonnet [...] »
Le texte traite de l'admiration pour un nouveau genre de sonnet et de la justice de son écriture. La Duchesse et la Marquise regrettent l'absence de petites pièces galantes et d'autres jeux d'esprit, faute de recueil annuel. Elles évoquent le *Mercure Galant*, un ouvrage populaire qui a été abandonné en raison de la maladie et des affaires de son auteur. La Duchesse suggère de reprendre cette publication, soulignant sa diversité de matières et son potentiel à satisfaire la curiosité du public. La Marquise propose d'ajouter un article sur les modes. Un Chevalier de Malte, ami de l'auteur, annonce que le *Nouveau Mercure Galant* sera publié, couvrant les événements des trois premiers mois de l'année. Le Chevalier assure que le recueil inclura des pièces agréables, des livres, des sciences, des modes, des galanteries, et des éloges de personnes méritantes. Il mentionne également que le *Mercure* utilisera certains articles de la Gazette, mais ajoutera des particularités absentes de celle-ci. Le premier tome sera publié le premier jour de chaque mois. La Duchesse exprime son impatience de lire le recueil, et le Chevalier propose de leur en faire la lecture immédiate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, Donné à S. Germain en [...]
Mots clefs :
Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Triyilere du 7^oy t
P
Ar Grâce & Privilège du Roy, Donné
à S. Germain en Layc le iy. Fev. 1672;
Signe, Par le Roy en fon Conleil, VilleT,
Il eft permis au Sieur Dan. de faire i 1-
primer, vendre & débiter par tel Impri*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
livre intitulé Le Mercure Galant, en
Un ou plusieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
que chaque Volume fera achevé d’imprimer pour la première fois. Et defenfès font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
leflits Volumesj à peine de fix mille livres
d’amende, ainfî que plus au long il eft posté
efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1672,
Signé, D.Thierry, Syndic»
P
Ar Grâce & Privilège du Roy, Donné
à S. Germain en Layc le iy. Fev. 1672;
Signe, Par le Roy en fon Conleil, VilleT,
Il eft permis au Sieur Dan. de faire i 1-
primer, vendre & débiter par tel Impri*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
livre intitulé Le Mercure Galant, en
Un ou plusieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
que chaque Volume fera achevé d’imprimer pour la première fois. Et defenfès font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
leflits Volumesj à peine de fix mille livres
d’amende, ainfî que plus au long il eft posté
efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1672,
Signé, D.Thierry, Syndic»
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le roi de France accorde un privilège au Sieur Dan le 11 février 1672 pour imprimer, vendre et distribuer 'Le Mercure Galant'. Ce privilège, valable dix ans, autorise la contrefaçon sous peine d'une amende de six mille livres. Il est enregistré le 27 février 1672 par le syndic D. Thierry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 8-148
TRAITÉ DE LA POURPRE.
Début :
En vous envoyant dans le dernier Extraordinaire le Discours que vous / Pour rapporter avec quelque sorte de méthode ce que j'ay [...]
Mots clefs :
Pourpre, Teinture, Couleur, Livre, Robe, Pline, Rouge, Empereur, Usage, Riche, Grand, Laine, Magistrats, Rois, Nom, Rome, Privilège, Précieux, Écarlate, Vie, Romains, Honneur, Enfants, Ornement, Prêtres, Prix, Invention , Substance, Cher, Auteur, Empire, Chevaliers, Peuple, Effet, Confection, Sang, Noble, Armée, Habits, Cérémonie, Plutarque, Martial, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Envomenvoyantdansledernier
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
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5
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville le [...]
Mots clefs :
Privilège
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 15 juillet 1683, accorde à Jean Donneau de Visé, Sieur de Vizé, l'autorisation d'imprimer mensuellement le 'Mercure Galant'. Ce livre inclut diverses pièces, relations, histoires, aventures et ouvrages historiques, curieux et galants, destinés à la satisfaction du Dauphin. Le privilège est valable pour dix années à partir de la première impression de chaque volume. Le texte interdit à tout libraire, imprimeur, graveur ou autre de reproduire, graver ou vendre le livre sans consentement, sous peine d'une amende de six mille livres et de la confiscation des exemplaires contrefaits. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Angot. De plus, le Sieur de Vizé a cédé ses droits de privilège à Thomas Amaulry, libraire à Lyon, conformément à un accord entre eux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par [...]
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
pAr Grace & Privilege du Roy, donné à
le Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par RoyensonConseil, JUNQUIERES. Ilest
permis au SieurDANNEAU , Ecuyer, Sieur, Devizé, de continuerdefaire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT,&generalementtoutcequi dépend
dudit Livre, par tel Imprimeurqu'il
voudra choisir; Etdefensesfont faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres de
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps & espace de dix années
entières, le tout à peine de six mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainsi que
plus au long il est porté esdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées, le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT, Syndic.
LeditSieur DEVIZE' a cedé son droit Au
présent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire, pour en joüir suivant l'accord fait
entr'eux.
pAr Grace & Privilege du Roy, donné à
le Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par RoyensonConseil, JUNQUIERES. Ilest
permis au SieurDANNEAU , Ecuyer, Sieur, Devizé, de continuerdefaire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT,&generalementtoutcequi dépend
dudit Livre, par tel Imprimeurqu'il
voudra choisir; Etdefensesfont faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres de
faire imprimer,vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps & espace de dix années
entières, le tout à peine de six mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainsi que
plus au long il est porté esdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées, le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT, Syndic.
LeditSieur DEVIZE' a cedé son droit Au
présent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire, pour en joüir suivant l'accord fait
entr'eux.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 18 juillet 1683, est un décret royal signé par Royenson et Junquières. Il accorde au Sieur DANNEAU, Ecuyer, Sieur de Vizé, le droit exclusif d'imprimer, vendre et distribuer le livre 'Mercure Galant' et ses dépendances via l'imprimeur de son choix. Cette autorisation interdit à tout autre imprimeur, libraire ou individu de reproduire, vendre ou lire le livre, ainsi que de graver les planches servant à son ornement, pour une durée de dix années. Les contrevenants risquent une amende de six mille livres. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Angot. Par la suite, le Sieur de Vizé a cédé ses droits à C. Blageart, imprimeur-libraire, conformément à un accord entre eux.
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Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par [...]
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUN QUIERES . Il eft
Ferinis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres , de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi
plus au long il eft porté efdites Lettres .
que
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur DEVIZE ' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire , pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
Ar Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , JUN QUIERES . Il eft
Ferinis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir ; Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres , de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'ornement
d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainfi
plus au long il eft porté efdites Lettres .
que
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé, ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur DEVIZE ' a cedé fon droit du
préfent Privilege à C. Blageart, Imprimeur-
Libraire , pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 18 juillet 1683, est un décret royal signé par le roi et son conseil. Il accorde au Sieur DANNEAU, Ecuyer, Sieur Devizé, le droit exclusif d'imprimer, vendre et distribuer le livre 'MERCURE GALANT' ainsi que ses dépendances, via l'imprimeur de son choix. Ce privilège interdit à tout autre imprimeur, libraire ou personne de reproduire, vendre ou lire ce livre, ou de graver les planches servant à son ornement, pour une durée de dix années. Les contrevenants risquent une amende de six mille livres. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic ANGOT. Par la suite, le Sieur Devizé a cédé ses droits à C. Blageart, imprimeur-libraire, conformément à un accord entre eux.
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Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné, à Chaville le 18. Juillet 1683. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
PA
Ar Grace & Privilege du Roy, donné
, à Chaville le 18. Juillet 1683 .
Signé, Par le Roy en fon Confeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer,
Sieur de Vizé, de faire Imprimer tous
les Mois un Livre intitulé MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Pieces,
Relation, Hiftoires , Avantures , & autres
Ouvrages hiftoriques, curieux & galans,
pour la fatisfaction de nôtre cher & tresamé
Fils LE DAUPHIN ; pendant le
temps & efpace de dix années , à coinpter
du jour que chacun defdits Volumes
fera achevé d'imprimer pour la premieres
fois : Comme auffi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver &
debiter ledit Livre fans le confentement
de l'Expofant , ny d'en extraire aucune
Piece , ny Planches fervant à l'ornement
dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre ; le
tout à peine de fix mille livres d'amende
contre
contre chacun des contrevenans , & confifcation
des Exemplaires , contrefaits ,
ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
Registré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT, Syndic.
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer ', Sieur de
Vizé , a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amauiry, Libraire à
Lyon , pour en jouir fuivant l'accord
fait entr'eux.
PA
Ar Grace & Privilege du Roy, donné
, à Chaville le 18. Juillet 1683 .
Signé, Par le Roy en fon Confeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer,
Sieur de Vizé, de faire Imprimer tous
les Mois un Livre intitulé MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Pieces,
Relation, Hiftoires , Avantures , & autres
Ouvrages hiftoriques, curieux & galans,
pour la fatisfaction de nôtre cher & tresamé
Fils LE DAUPHIN ; pendant le
temps & efpace de dix années , à coinpter
du jour que chacun defdits Volumes
fera achevé d'imprimer pour la premieres
fois : Comme auffi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver &
debiter ledit Livre fans le confentement
de l'Expofant , ny d'en extraire aucune
Piece , ny Planches fervant à l'ornement
dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre ; le
tout à peine de fix mille livres d'amende
contre
contre chacun des contrevenans , & confifcation
des Exemplaires , contrefaits ,
ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
Registré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT, Syndic.
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer ', Sieur de
Vizé , a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amauiry, Libraire à
Lyon , pour en jouir fuivant l'accord
fait entr'eux.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 18 juillet 1683, est un acte royal signé par le roi en son conseil. Il accorde à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé, l'autorisation d'imprimer mensuellement le livre 'Mercure Galant'. Ce livre contient diverses pièces, relations, histoires, aventures et ouvrages historiques, curieux et galants, destinés à la satisfaction du Dauphin. Le privilège est valable pour dix années à compter de la date d'impression du premier volume. Le texte interdit à tous libraires, imprimeurs, graveurs et autres de reproduire, graver ou vendre le livre sans consentement, sous peine d'une amende de six mille livres et de la confiscation des exemplaires contrefaits. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic ANGOT. Par la suite, le Sieur de Vizé a cédé ses droits de privilège à Thomas Amauiry, libraire à Lyon, conformément à un accord entre eux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
s. p.
PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
Début :
Plaise au Roy, par Brevet, vouloir autoriser, [...]
Mots clefs :
Roi, Apollon, Mercure, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
PLACET
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
AUROY.
POUR LE PRIVILEGE
du Mercure Galant.
Plaije auRoy,parBrt
'Vtt, vouloirautoriser,
LePrivilege ancien que
fay de tamufer.
Tlai/e à ma Mufe au/fi
d'être badine&fage.
Plaist à moy3 me bornant
auprudentbadinagef
De nepasressemblerà ces
fouxferieux,
Qui veulentpenetrerjufqu'auxfecretsdesDieux.
De louersansjlater3 de
blâmersans médire,
D*êtrelibresansmoubier
,Polnt ridicule enfaisant
rtre
Etserieuxsansennuyer.
Enunmotplaife au Roy,
quejetâche a luyplaire,
Maissur tout plaise au
Boy mon desir de bien
faire.
slassè auRoy mon Mer
cure,& de-las'enjitivra
Qtiauxgens de bon cJPrit
mon Mercureplaira.
Ilaplûà saMajesté
de m'accorder le Privilege
que je luy demandois
; plaise à Apollon
m'inspirer quelques vers
dignes de ma reconnois
sance & de mon zele.
Hier me promenant
dans les Bosquets de
Marly, je les pris pour
ceux du Parnasse. Je crus
y voir Apollon, je m'imaginay
estre Mercure,
& voicy la Scene qui fè
passa entre Apollon &
moy.
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Résumé : PLACET AU ROY. POUR LE PRIVILEGE du Mercure Galant.
L'auteur demande au roi un privilège pour le Mercure Galant, souhaitant un ton badin et sage. Il veut louer sans flatter, blâmer sans médire, être libre sans ridicule et sérieux sans ennui. Le roi accorde le privilège. Inspiré par Marly, l'auteur imagine une rencontre avec Apollon, se voyant comme Mercure.
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10
p. 3-6
ETRENNES.
Début :
On donne au Public en étrenes un renouvellement de soins [...]
Mots clefs :
Mercure nouveau, Privilège, Associé, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES.
ETRENES.
N donne au Public
en étrenes un
renouvellemeT de
foins pour le Mercure,
DU plutôt un Mercure
hotiveau., celui de l'an
passéayant beaucoup
langui
, parce que l'auteur,
par des raisons
qu'il a dites les mois derniers
,
n'a pas pu s'y appliquer,
& n'a pu être
reconnu pour auteur
que parce que le privilege
cft en son nom.
Il a chargé du soin du
Mercure en general un
associé, qui contentera
le Public autant que le
Public peut être contenté
, c'està dire tantôl
,OUI, tantot non, & autant
que le peut permettre
un livre qui ne sçauroit
jamais contenter
tout le monde: ce qui
est, comme on sçait, la
définition du Mercure.
> L'auteur tâchera d'y
placer toujours quelque
petit morceau de lui,
Taille que vaille. Il n'a
pu y mettre que fort peu
de chose ce mois-ci
,
6C
lpu" riie les lesteurs de ne
rien attribuer que
quand il y meetra son
nom ou sa marque, qui
sera D, F. Il a ses raisons
pour donner cet avis.
Au reste, il lui paroic
qu'excepré exactitude
& quelques mémoires
recherchez qu'
on aura dans la fuite,
ceMercure-ci estpassa«
ble, au degré qu'un Mercure
doit l'être. C'estaù
Public à en juger.
N donne au Public
en étrenes un
renouvellemeT de
foins pour le Mercure,
DU plutôt un Mercure
hotiveau., celui de l'an
passéayant beaucoup
langui
, parce que l'auteur,
par des raisons
qu'il a dites les mois derniers
,
n'a pas pu s'y appliquer,
& n'a pu être
reconnu pour auteur
que parce que le privilege
cft en son nom.
Il a chargé du soin du
Mercure en general un
associé, qui contentera
le Public autant que le
Public peut être contenté
, c'està dire tantôl
,OUI, tantot non, & autant
que le peut permettre
un livre qui ne sçauroit
jamais contenter
tout le monde: ce qui
est, comme on sçait, la
définition du Mercure.
> L'auteur tâchera d'y
placer toujours quelque
petit morceau de lui,
Taille que vaille. Il n'a
pu y mettre que fort peu
de chose ce mois-ci
,
6C
lpu" riie les lesteurs de ne
rien attribuer que
quand il y meetra son
nom ou sa marque, qui
sera D, F. Il a ses raisons
pour donner cet avis.
Au reste, il lui paroic
qu'excepré exactitude
& quelques mémoires
recherchez qu'
on aura dans la fuite,
ceMercure-ci estpassa«
ble, au degré qu'un Mercure
doit l'être. C'estaù
Public à en juger.
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Résumé : ETRENNES.
Le texte annonce la publication d'un nouveau numéro du Mercure, un périodique. Le numéro précédent a été retardé en raison de l'indisponibilité de l'auteur, bien que son nom apparaisse grâce à un privilège accordé. Pour compenser cette situation, un associé a été chargé de la gestion générale du Mercure. L'auteur précise que cet associé ne pourra pas satisfaire tous les lecteurs, car un livre ne peut jamais contenter tout le monde, ce qui est la définition même du Mercure. L'auteur s'engage à inclure régulièrement une contribution personnelle, bien que celle-ci soit minimale pour ce mois-ci. Il avertit les lecteurs de n'attribuer aucun texte à son nom ou à sa marque, identifiée par les lettres D, F, sauf s'ils portent effectivement cette marque. Malgré ces limitations, l'auteur estime que ce numéro du Mercure est acceptable en termes de qualité et de contenu, et laisse au public le soin d'en juger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 237-239
Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
Début :
On m'a assuré que j'avois eu tort de faire imprimer le [...]
Mots clefs :
Académie française, Lecteurs, Libraire, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
On m'a afifuré que j'avois.
eu tort de faire imprimer le
mois paffé toute la Harangue
deMrle Maréchal de Villars,
parce que le Libraire qui a le
Privilege de donner au Pu-,
blic tous lesouvrages de l'Academie,
n'y trouvoitpas son
compte. Il est vrayque je n'envisageay
point cet inconvenient,
&que plus occupé du
plaisir de mes Leaeurs que du
dommage du Libraire, loin
de m'imaginer de tirer un Extrait
decette Piece, je me perfuaday
que ce seroituncrime
àmoy d'oser enretrancher un
mot,aussimegarday-je bien
de le faire- Mais pour neplus
entendre doresnavant de rcmontrances.
sur ce sujet, je
promets de ne donner dans la
fuite aucuns Discours del'Ademie
,
qu'après en avoir
étaché les endroits les moins
teressans, quandmême ce
vroit être une phrase entie-
Voici la preuve de l'usage
e
eu tort de faire imprimer le
mois paffé toute la Harangue
deMrle Maréchal de Villars,
parce que le Libraire qui a le
Privilege de donner au Pu-,
blic tous lesouvrages de l'Academie,
n'y trouvoitpas son
compte. Il est vrayque je n'envisageay
point cet inconvenient,
&que plus occupé du
plaisir de mes Leaeurs que du
dommage du Libraire, loin
de m'imaginer de tirer un Extrait
decette Piece, je me perfuaday
que ce seroituncrime
àmoy d'oser enretrancher un
mot,aussimegarday-je bien
de le faire- Mais pour neplus
entendre doresnavant de rcmontrances.
sur ce sujet, je
promets de ne donner dans la
fuite aucuns Discours del'Ademie
,
qu'après en avoir
étaché les endroits les moins
teressans, quandmême ce
vroit être une phrase entie-
Voici la preuve de l'usage
e
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Résumé : Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
L'auteur a publié une harangue du maréchal de Villars sans considérer les droits du libraire détenteur du privilège de l'Académie. Il reconnaît avoir privilégié le plaisir des lecteurs. Pour éviter les réclamations, il promet de supprimer les passages les moins intéressants des discours futurs de l'Académie.
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12
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
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texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
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Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
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13
p. 234-236
AVIS INTERESSANT, Contenant le précis d'une lettre de M. Mollée, Chymiste, demeurant à Paris, fauxbourg S. Honoré, rue de la Ville-l'Evêque.
Début :
Mr. Mollée rend compte dans sa lettre des effets suivis de son [...]
Mots clefs :
Remède, Mal vénérien, Guérison, Privilège, M. Baron
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texteReconnaissance textuelle : AVIS INTERESSANT, Contenant le précis d'une lettre de M. Mollée, Chymiste, demeurant à Paris, fauxbourg S. Honoré, rue de la Ville-l'Evêque.
AVIS INTERESSANT ,
Contenant le précis d'une lettre de M. Mollée
, Chymifte , demeurant à Paris , fauxbourg
S. Honoré , rue de la Ville - l'Evêque.
R.
71
M'effets fuivis de fon remede , & c'eft par des Mollée rend compte dans fa lettre des
faits exposés avec exactitude qu'il parvient
prouver ,
1°. Que fon remede guérit fans retour.
2°. Qu'il guérit commodément & fans caufer
aucunes fortes d'accidens.
3°. Que dans les tems qui ne font pas extrê
mement rudes , les pauvres en peuvent faire uſage
fans difcontinuer leurs travaux.
4° . Qu'il eft fi analogue à la nature , que les
femmes enceintes & les enfans à la mammelle
peuvent en ufer fans aucun rifque , & que tous les
malades qui l'emploient jouiffent d'une fanté par,
faite à la fin du traitement.
Mais M. Mollée ne propofe fon remede que
pour le mal vénérien. Il exige de plus qu'on fuive
fcrupuleufement fa méthode dans les préparations
& l'adminiftration de ce remede : en conféquence
il confeille aux malades de fe faire toujours aider
par quelques perfonnes de l'art. C'eſt en 1751
que les premieres épreuves en ont été faites à
Bordeaux , fous les yeux des Médecins & des Chirurgiens
habiles de cette ville. On en peut voir
le détail chez Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes.
Il a fait fucceffivement de nouvelles épreuves
à Verfailles & à Paris , fous les yeux des preJUIN..
1753: 233
miers Médecins duRoi , & fous l'infpection de M.
Malouin ; elles ont été également fuivies d'un
heureux fuccès . Depuis l'obtention de fon privilege
il a continué à faire fes cures publiques
avec les mêmes précautions & la même réuffite ,
tant à Paris que dans les provinces. Pour en mieux
conftater le fuccès , il rapporte dans fa lettre l'état
de plufieurs malades qu'il a traités , avec les
certificats de leur guérifon.
Sur ce qu'il a été dit dans le Mercure de Now
vembre 1754 , que M. Baron , Doyen de la Fa
culté de Paris , à déclaré que ladite Faculté n'a
aucune connoiffance du remede du fieur Mollée ,
qui s'autorife auffi fauffement de l'approbation
de l'Académie de Chirurgie ; l'auteur fe juftifie ,
en difant que cette erreur vient de ce qu'il a pris
le fuffrage de plufieurs Docteurs de la Faculté
pour celui du corps même. Il affure que M. Mar
thaud , Docteur de cette Faculté , a fait aux écoles
l'éloge de fon remede , ainfi que M. Hervin , pre
mier Chirurgien de Madame laDauphine , dans l'E
cole de Chirurgie , où il y a fix ou ſept cens Eco
liers. Depuis il a invité deux fois M. Baron & une
fois M. Morand à être les témoins du traitement
qu'il fait tous les mois à un pauvre malade gratis ;
il a même offert à ce dernier gratuitement tout ce
qu'il faudroit de fon remede pour traiter aux invalides.
Ces Meffieurs n'ayant pas eu le tems d'en voir
& d'en fuivre les effets , ce n'eft pas la faute de M.
Mollée s'ils les ignorent . Sa charité ne s'eft point
bornée aux pauvres malades de Paris , elle s'eft
étendue fur ceux des provinces : il exerce fon art en
citoyen , & la réuffite couronne les bienfaits . I
M. Mollée avertit le public qu'il vient de faire
imprimer une nouvelle méthode pour la prépara
tion des malades avant l'adminiftration de fon re236
MERCURE DE FRANCE.
mede ; on la trouvera chez lui , où il la délivre
gratis.
Contenant le précis d'une lettre de M. Mollée
, Chymifte , demeurant à Paris , fauxbourg
S. Honoré , rue de la Ville - l'Evêque.
R.
71
M'effets fuivis de fon remede , & c'eft par des Mollée rend compte dans fa lettre des
faits exposés avec exactitude qu'il parvient
prouver ,
1°. Que fon remede guérit fans retour.
2°. Qu'il guérit commodément & fans caufer
aucunes fortes d'accidens.
3°. Que dans les tems qui ne font pas extrê
mement rudes , les pauvres en peuvent faire uſage
fans difcontinuer leurs travaux.
4° . Qu'il eft fi analogue à la nature , que les
femmes enceintes & les enfans à la mammelle
peuvent en ufer fans aucun rifque , & que tous les
malades qui l'emploient jouiffent d'une fanté par,
faite à la fin du traitement.
Mais M. Mollée ne propofe fon remede que
pour le mal vénérien. Il exige de plus qu'on fuive
fcrupuleufement fa méthode dans les préparations
& l'adminiftration de ce remede : en conféquence
il confeille aux malades de fe faire toujours aider
par quelques perfonnes de l'art. C'eſt en 1751
que les premieres épreuves en ont été faites à
Bordeaux , fous les yeux des Médecins & des Chirurgiens
habiles de cette ville. On en peut voir
le détail chez Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes.
Il a fait fucceffivement de nouvelles épreuves
à Verfailles & à Paris , fous les yeux des preJUIN..
1753: 233
miers Médecins duRoi , & fous l'infpection de M.
Malouin ; elles ont été également fuivies d'un
heureux fuccès . Depuis l'obtention de fon privilege
il a continué à faire fes cures publiques
avec les mêmes précautions & la même réuffite ,
tant à Paris que dans les provinces. Pour en mieux
conftater le fuccès , il rapporte dans fa lettre l'état
de plufieurs malades qu'il a traités , avec les
certificats de leur guérifon.
Sur ce qu'il a été dit dans le Mercure de Now
vembre 1754 , que M. Baron , Doyen de la Fa
culté de Paris , à déclaré que ladite Faculté n'a
aucune connoiffance du remede du fieur Mollée ,
qui s'autorife auffi fauffement de l'approbation
de l'Académie de Chirurgie ; l'auteur fe juftifie ,
en difant que cette erreur vient de ce qu'il a pris
le fuffrage de plufieurs Docteurs de la Faculté
pour celui du corps même. Il affure que M. Mar
thaud , Docteur de cette Faculté , a fait aux écoles
l'éloge de fon remede , ainfi que M. Hervin , pre
mier Chirurgien de Madame laDauphine , dans l'E
cole de Chirurgie , où il y a fix ou ſept cens Eco
liers. Depuis il a invité deux fois M. Baron & une
fois M. Morand à être les témoins du traitement
qu'il fait tous les mois à un pauvre malade gratis ;
il a même offert à ce dernier gratuitement tout ce
qu'il faudroit de fon remede pour traiter aux invalides.
Ces Meffieurs n'ayant pas eu le tems d'en voir
& d'en fuivre les effets , ce n'eft pas la faute de M.
Mollée s'ils les ignorent . Sa charité ne s'eft point
bornée aux pauvres malades de Paris , elle s'eft
étendue fur ceux des provinces : il exerce fon art en
citoyen , & la réuffite couronne les bienfaits . I
M. Mollée avertit le public qu'il vient de faire
imprimer une nouvelle méthode pour la prépara
tion des malades avant l'adminiftration de fon re236
MERCURE DE FRANCE.
mede ; on la trouvera chez lui , où il la délivre
gratis.
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Résumé : AVIS INTERESSANT, Contenant le précis d'une lettre de M. Mollée, Chymiste, demeurant à Paris, fauxbourg S. Honoré, rue de la Ville-l'Evêque.
Le document est un avis concernant un remède proposé par M. Mollée, un chimiste parisien. Mollée décrit son remède comme guérissant sans retour et sans effets secondaires, adapté aux pauvres, aux femmes enceintes et aux enfants. Il est destiné au traitement du mal vénérien et nécessite un respect strict de sa méthode de préparation et d'administration, de préférence avec l'aide de professionnels de la santé. Les premières épreuves du remède ont été réalisées à Bordeaux en 1751, sous la supervision de médecins et chirurgiens locaux, avec succès. Des tests supplémentaires ont été effectués à Versailles et à Paris en 1753, sous la supervision des premiers médecins du Roi et de M. Malouin, confirmant son efficacité. Mollée continue de réaliser des cures publiques avec succès, tant à Paris que dans les provinces, et fournit des certificats de guérison de ses patients. En réponse à une déclaration de la Faculté de Paris et de l'Académie de Chirurgie, Mollée clarifie que son remède a été approuvé par plusieurs docteurs de la Faculté et par M. Hervin, premier chirurgien de Madame la Dauphine. Il offre également une nouvelle méthode de préparation des malades avant l'administration de son remède, disponible gratuitement chez lui.
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15
p. 209-210
Avis au Public.
Début :
On vient d'attribuer, dans l'Avant-Coureur, l'ouvrage de l'Art du Chant, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Art du chant, Conseil, Droits d'auteur, Privilège, Avocat au parlement, Défense, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
On vient d'attribuer , dans l'Avant - Coureur ,
T'ouvrage de l'Art du Chant , à M. Berard , fur la
foi d'un Arrêt du Conſeil du 2 Mai 1757. On croit
devoir avertir,que le Confeil n'y a point prononcé
fur les droits d'Auteur , mais fur la validité du
privilége de M. Berard. On peut en juger par l'at
teftation fuivante.
Je fouffigné , Avocat au Parlement & ès Confeils
du Roi , certifie avoir été chargé , en l'année
1757 , de la défenſe de M. Blancher , contre
le fieur Berard , dans un Procès , au Confeil d'Etat
privé du Roi , jugé le 2 Mai , fur l'avis de MM .
les Commiffaires du Bureau de la Chancellerie &
Librairie . L'objet de difcuffion , étoit les Brevets
que chacune des Parties , avoit obtenus pour l'im
preffion d'un livre intitulé : l'Art du Chant. Le fieur
Berard argumentoit de la datte du fien , anterieur
à celui du fieur Blanchet , & fontenoit avoir rempli
fes conventions avec lui . Le fieur Blanchet
foutenoit le contraire de ce dernier moyen , &
demandoit fix Commiffaires de l'Académie , afin .
d'entendre les Parties , les interroger fur l'ouvrage
, & examiner les manufcrits. Ce qui ne fut
point accordé Je certifie de plus , que l'Arrêt n'a
point condamné le fieur Blanchet en cent liv. d'amendes
: ce que j'aicependant lû dans plufieurs Imprimés
du difpofitif de l'Arrêt, qui furent affichés ,
difpofition contre laquelle , j'avois confeillé ledit Sr
Blanchet de fe pourvoir , foit contre le fieur Berard
, foit contre l'Auteur defdites affiches . En foi
de quoi j'ai délivré le préfent Certificat , pour fervir
& valoir ce que de raiſon. A Paris , ce 7 Juillet
PENOL
3760.
210 MERCURE DE FRANCE
C'eft au Public éclairé & impartial , d'apprécier
les raifons , fur lefquelles M. Blancher, Auteur de
la Logique de l'efprit & du coeur , & Membre de
l'Académie Royale & Militaire de Besançon , fe
fonde pour revendiquer le traité de l'art du chant ?
elles font exposées, dans l'avertiffement qui est à
la tête des Principes Philofophiques du Chant 2 .
Edition corrigée & augmentée.
On vient d'attribuer , dans l'Avant - Coureur ,
T'ouvrage de l'Art du Chant , à M. Berard , fur la
foi d'un Arrêt du Conſeil du 2 Mai 1757. On croit
devoir avertir,que le Confeil n'y a point prononcé
fur les droits d'Auteur , mais fur la validité du
privilége de M. Berard. On peut en juger par l'at
teftation fuivante.
Je fouffigné , Avocat au Parlement & ès Confeils
du Roi , certifie avoir été chargé , en l'année
1757 , de la défenſe de M. Blancher , contre
le fieur Berard , dans un Procès , au Confeil d'Etat
privé du Roi , jugé le 2 Mai , fur l'avis de MM .
les Commiffaires du Bureau de la Chancellerie &
Librairie . L'objet de difcuffion , étoit les Brevets
que chacune des Parties , avoit obtenus pour l'im
preffion d'un livre intitulé : l'Art du Chant. Le fieur
Berard argumentoit de la datte du fien , anterieur
à celui du fieur Blanchet , & fontenoit avoir rempli
fes conventions avec lui . Le fieur Blanchet
foutenoit le contraire de ce dernier moyen , &
demandoit fix Commiffaires de l'Académie , afin .
d'entendre les Parties , les interroger fur l'ouvrage
, & examiner les manufcrits. Ce qui ne fut
point accordé Je certifie de plus , que l'Arrêt n'a
point condamné le fieur Blanchet en cent liv. d'amendes
: ce que j'aicependant lû dans plufieurs Imprimés
du difpofitif de l'Arrêt, qui furent affichés ,
difpofition contre laquelle , j'avois confeillé ledit Sr
Blanchet de fe pourvoir , foit contre le fieur Berard
, foit contre l'Auteur defdites affiches . En foi
de quoi j'ai délivré le préfent Certificat , pour fervir
& valoir ce que de raiſon. A Paris , ce 7 Juillet
PENOL
3760.
210 MERCURE DE FRANCE
C'eft au Public éclairé & impartial , d'apprécier
les raifons , fur lefquelles M. Blancher, Auteur de
la Logique de l'efprit & du coeur , & Membre de
l'Académie Royale & Militaire de Besançon , fe
fonde pour revendiquer le traité de l'art du chant ?
elles font exposées, dans l'avertiffement qui est à
la tête des Principes Philofophiques du Chant 2 .
Edition corrigée & augmentée.
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Résumé : Avis au Public.
L'Avant-Coureur a attribué l'ouvrage 'L'Art du Chant' à M. Berard suite à un arrêt du Conseil du 2 mai 1757, qui concernait la validité du privilège de M. Berard et non les droits d'auteur. Un avocat a défendu M. Blanchet contre M. Berard dans un procès au Conseil d'État privé du Roi, portant sur les brevets d'impression du livre. Les deux auteurs revendiquaient la priorité de leur brevet. Blanchet a demandé l'examen des manuscrits par les commissaires de l'Académie, ce qui a été refusé. L'avocat a également clarifié que l'arrêt n'a pas condamné Blanchet à une amende de cent livres, contrairement à certaines publications. Le public est invité à consulter les raisons pour lesquelles M. Blanchet, auteur de 'La Logique de l'esprit et du cœur' et membre de l'Académie Royale et Militaire de Besançon, revendique la paternité du traité 'L'Art du Chant'. Ces raisons sont détaillées dans l'avertissement des 'Principes Philosophiques du Chant', deuxième édition corrigée et augmentée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 210
AVIS.
Début :
Par Privilége du Roi, le Public est averti que le seul dépôt [...]
Mots clefs :
Privilège, Onguent, Production, Lieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
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17
p. 199-202
AVIS DIVERS.
Début :
On a établi depuis peu dans cette Capitale, par privilége exclusif [...]
Mots clefs :
Bureau, Paris, Vente, Adresse, Lettres, Étrangers, Établissement, Renseignements, Province, Objets, Négociants, Marchands, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
A VIS DIVER S.
On a établi depuis peu dans cette Capitale ,
par privilége exclufif , un Bureau Général d'Indication
, d'Avis , d'Adreffe & de Rencontre.
Cet Etabliſſement , confacré à l'utilité publique,
a pour but d'indiquer par voies d'adreffe , tous
les objets à vendre ou à louer tant à Paris qu'en
Provinces , comme Terres , Maiſons , Domaines ,
Rentes , Charges , Fonds de Commerce , Meubles
, Bijoux , &c. Meubles ou Appartemens
meublés ou non-meublés ; en forte que les perfonnes
tant de Paris que des Provinces qui ont
quelques objets à vendre , à louer ou à acheter ,
peuvent en adreffer à ce Bureau une note circonftancice
, franche de port , en payant feulement
pour tous frais ; fçavoir , pour les objets à
vendre , une livre ; quatre fols, pour ceux du prix
jufqu'à 1000 liv . 3 liv. pour ceux juſqu'à 10000
liv. & 6 liv. pour ceux de 10 , 15 , 20000 liv . &
au-deffus. A l'égard de ceux à louer , les enregiftremens
font de fix fols pour le loyer jufqu'à
300 liv . de douze fols jufqu'à 1000 liv . & de
vingt-quatre fols jufqu'à 3000 liv. & de trois liv.
pour ceux de 3000 liv . & au- deffus. L'on paye le
double de ce prix pour le renfeignement , & lorfque
les perfonnes ne s'accommodent pas de l'ob-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
et dont on a délivré lé renfeignement , on leur
en donne d'autres gratis , jnfqu'a ce qu'elles foient
fatisfaites.
Ce Bureau préfente enfin au Public un avantage
fupérieur à toutes les voies dont on s'eft fervi
jufqu'à préfent , foit pour vendre , foit pour rencontrer
l'objet que l'on a envie de fe procurer :
1 ° , par la réunion générale de toutes les chofes
qui fe trouvoient auparavant difperfées , & qui
échappoient à ceux qui en faifoient la recherche :
2 ° , parce que les objets que l'on y fait enregif
trer ne font fupprimés du Tableau qui leur eft
propre , qu'après que l'on en a difpofé.
Les Etrangers qui defireront auſſi trouver à
leur arrivée à Paris un appartement prêt à occuper
, pourront écrire directement à ce Bureau ,
qui fe chargera de leur en procurer , enjoignant.
feulement a leur Lettre un Mandat payable à
Paris , au moins pour le montant du premier
mois .
On peut aufli s'y adreffer pour les Extraits de
Baptême , Mariages , Sépultures , & c. & pour
toutes autres recherches & expéditions .
Ce Bureau , pour ne négliger aucun des objets
utiles à la Société , enregistre auffi les diverſes
Penfions Collégiales , Conventuelles & Bourgeoifes
, tant de Paris que des Provinces , moyennant
un abonnement de 3 liv . par année ſealement , &
à la faveur du Tableau détaillé que l'on y aura
fait inférer des prix , nourritures , foins & éducations
qu'on y reçoit , le Particulier ou le Père
de Famille feront moins embarraffés dans le
choix que leur fortune ou les circonstances exigeront.
On a encore réuni un nouvel objet à ce Bureau
qui intérefle particulièrement les Etrangers qui
NOVEMBRE. 1764. 20-
venant à Paris , n'ayant pas de domicile abfoluz
ment fixe & permanent , font fouvent expofes
perdre les Letrres ou effets qui leur font adref
fés , foit par les fréquens changemens de demeu
re , ou par la négligence de ceux chez qui l'on
pourroit le les faire adreffer , foit enfin pour év
ter les incommodités qui peuvent réfulter de la
curiofité , fouvent même de l'indifcrétion de ceux
entre les mains de qui pourroient tomber ces
Lettres. Or ce Bureau préfente un moyen facile
de prévenir ces fortes de défagrémens , par la
railon qu'on peut s'y faire adreffer directement
ces Lettres comme à un domicile qui devient
commun à tous Etrangers & Citoyens ; & que par
l'ordre qu'on y tient, elles font exactement remifes
à la volonté des Commettans , ce qui s'entend
pareillement de toutes les Villes où l'on fe
propofe d'établir de femblables Bureaux .
Il eft effentiel d'obferver qu'on ne fe charge de
la réception defdites Lettres , qu'autant que le
port en eft acquitté , ou que l'on auroit pris avec
le Bureau des arrangemens particuliers & relatifs
à cet objet , en payant deux fols pour la remife de
chacune defdites Lettres.
N. B. Ceux qui defireront former un pareil Etabliffement
dans les principales Villes du Royaume
s'adrefferont , pour en traiter , au Bureau Général ,
rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre.
Quoique ce que nous venons d'annoncer ne
foit qu'un extrait fort abrégé de l'utilité de cet
établiſſement , nous pensons qu'il eft fuffisamment
étendu pour que chacun juge en particulier de
l'avantage qu'il peut y trouver.
Les Négocians , les Marchands ou Artiftes ,
&c , qui étant difpofés à augmenter leur Commerce
ou a quitter leur Etat , & qui n'attendent fouvent
Iy
>
202 MERCURE DE FRANCE:
que l'occafion favorable de céder leur fond , ou
enfin les Charges ou Priviléges auxquels ils font
attachés, & ceux qui n'attendent également qu'une
femblable rencontre pour former leur Etabliffement
, envifageront aifément la facilité que leur
préfente à cet égard ce nouveau Bureau. En effet
tous ceux qui font dans l'un & dans l'autre cas
pouvant ufer de la voie qui leur eft ouverte , il est
évident qu'ils feront plus à portée qu'auparavant
de remplir réciproquement leurs vues.
On conçoit qu'il en peut être la même choſe à
l'égard des perfonnes qui defirent fe procurer un
Secrétaire , un Intendant , un Régiffeur , &c , &
de celles qui defirent fe placer en cette qualité.
Nous remarquons auffi qu'il ne feroit pas
moins intéreſſant aux Négocians, aux Marchands,
foit en gros , foit en détail , & à bien d'autres
Particuliers , de faire mettre leurs adreffes audit
Bureau chaque fois qu'ils changent de demeure
, parce que quelques circonftances les obligent
à quitter un quartier où ils auront acquis une
réputation avantageufe , les perfonnes qui leur
feront attachées auront par-là un moyen fûr de
les retrouver.
On a établi depuis peu dans cette Capitale ,
par privilége exclufif , un Bureau Général d'Indication
, d'Avis , d'Adreffe & de Rencontre.
Cet Etabliſſement , confacré à l'utilité publique,
a pour but d'indiquer par voies d'adreffe , tous
les objets à vendre ou à louer tant à Paris qu'en
Provinces , comme Terres , Maiſons , Domaines ,
Rentes , Charges , Fonds de Commerce , Meubles
, Bijoux , &c. Meubles ou Appartemens
meublés ou non-meublés ; en forte que les perfonnes
tant de Paris que des Provinces qui ont
quelques objets à vendre , à louer ou à acheter ,
peuvent en adreffer à ce Bureau une note circonftancice
, franche de port , en payant feulement
pour tous frais ; fçavoir , pour les objets à
vendre , une livre ; quatre fols, pour ceux du prix
jufqu'à 1000 liv . 3 liv. pour ceux juſqu'à 10000
liv. & 6 liv. pour ceux de 10 , 15 , 20000 liv . &
au-deffus. A l'égard de ceux à louer , les enregiftremens
font de fix fols pour le loyer jufqu'à
300 liv . de douze fols jufqu'à 1000 liv . & de
vingt-quatre fols jufqu'à 3000 liv. & de trois liv.
pour ceux de 3000 liv . & au- deffus. L'on paye le
double de ce prix pour le renfeignement , & lorfque
les perfonnes ne s'accommodent pas de l'ob-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
et dont on a délivré lé renfeignement , on leur
en donne d'autres gratis , jnfqu'a ce qu'elles foient
fatisfaites.
Ce Bureau préfente enfin au Public un avantage
fupérieur à toutes les voies dont on s'eft fervi
jufqu'à préfent , foit pour vendre , foit pour rencontrer
l'objet que l'on a envie de fe procurer :
1 ° , par la réunion générale de toutes les chofes
qui fe trouvoient auparavant difperfées , & qui
échappoient à ceux qui en faifoient la recherche :
2 ° , parce que les objets que l'on y fait enregif
trer ne font fupprimés du Tableau qui leur eft
propre , qu'après que l'on en a difpofé.
Les Etrangers qui defireront auſſi trouver à
leur arrivée à Paris un appartement prêt à occuper
, pourront écrire directement à ce Bureau ,
qui fe chargera de leur en procurer , enjoignant.
feulement a leur Lettre un Mandat payable à
Paris , au moins pour le montant du premier
mois .
On peut aufli s'y adreffer pour les Extraits de
Baptême , Mariages , Sépultures , & c. & pour
toutes autres recherches & expéditions .
Ce Bureau , pour ne négliger aucun des objets
utiles à la Société , enregistre auffi les diverſes
Penfions Collégiales , Conventuelles & Bourgeoifes
, tant de Paris que des Provinces , moyennant
un abonnement de 3 liv . par année ſealement , &
à la faveur du Tableau détaillé que l'on y aura
fait inférer des prix , nourritures , foins & éducations
qu'on y reçoit , le Particulier ou le Père
de Famille feront moins embarraffés dans le
choix que leur fortune ou les circonstances exigeront.
On a encore réuni un nouvel objet à ce Bureau
qui intérefle particulièrement les Etrangers qui
NOVEMBRE. 1764. 20-
venant à Paris , n'ayant pas de domicile abfoluz
ment fixe & permanent , font fouvent expofes
perdre les Letrres ou effets qui leur font adref
fés , foit par les fréquens changemens de demeu
re , ou par la négligence de ceux chez qui l'on
pourroit le les faire adreffer , foit enfin pour év
ter les incommodités qui peuvent réfulter de la
curiofité , fouvent même de l'indifcrétion de ceux
entre les mains de qui pourroient tomber ces
Lettres. Or ce Bureau préfente un moyen facile
de prévenir ces fortes de défagrémens , par la
railon qu'on peut s'y faire adreffer directement
ces Lettres comme à un domicile qui devient
commun à tous Etrangers & Citoyens ; & que par
l'ordre qu'on y tient, elles font exactement remifes
à la volonté des Commettans , ce qui s'entend
pareillement de toutes les Villes où l'on fe
propofe d'établir de femblables Bureaux .
Il eft effentiel d'obferver qu'on ne fe charge de
la réception defdites Lettres , qu'autant que le
port en eft acquitté , ou que l'on auroit pris avec
le Bureau des arrangemens particuliers & relatifs
à cet objet , en payant deux fols pour la remife de
chacune defdites Lettres.
N. B. Ceux qui defireront former un pareil Etabliffement
dans les principales Villes du Royaume
s'adrefferont , pour en traiter , au Bureau Général ,
rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre.
Quoique ce que nous venons d'annoncer ne
foit qu'un extrait fort abrégé de l'utilité de cet
établiſſement , nous pensons qu'il eft fuffisamment
étendu pour que chacun juge en particulier de
l'avantage qu'il peut y trouver.
Les Négocians , les Marchands ou Artiftes ,
&c , qui étant difpofés à augmenter leur Commerce
ou a quitter leur Etat , & qui n'attendent fouvent
Iy
>
202 MERCURE DE FRANCE:
que l'occafion favorable de céder leur fond , ou
enfin les Charges ou Priviléges auxquels ils font
attachés, & ceux qui n'attendent également qu'une
femblable rencontre pour former leur Etabliffement
, envifageront aifément la facilité que leur
préfente à cet égard ce nouveau Bureau. En effet
tous ceux qui font dans l'un & dans l'autre cas
pouvant ufer de la voie qui leur eft ouverte , il est
évident qu'ils feront plus à portée qu'auparavant
de remplir réciproquement leurs vues.
On conçoit qu'il en peut être la même choſe à
l'égard des perfonnes qui defirent fe procurer un
Secrétaire , un Intendant , un Régiffeur , &c , &
de celles qui defirent fe placer en cette qualité.
Nous remarquons auffi qu'il ne feroit pas
moins intéreſſant aux Négocians, aux Marchands,
foit en gros , foit en détail , & à bien d'autres
Particuliers , de faire mettre leurs adreffes audit
Bureau chaque fois qu'ils changent de demeure
, parce que quelques circonftances les obligent
à quitter un quartier où ils auront acquis une
réputation avantageufe , les perfonnes qui leur
feront attachées auront par-là un moyen fûr de
les retrouver.
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Résumé : AVIS DIVERS.
Un Bureau Général d'Indication, d'Avis, d'Adresse et de Rencontre a été créé à Paris. Cet établissement facilite la vente, la location ou l'achat de divers objets, tels que terres, maisons, domaines, rentes, charges, fonds de commerce, meubles, bijoux, et appartements meublés ou non. Les intéressés peuvent soumettre une note détaillée en payant des frais spécifiques selon la valeur des objets. Le Bureau propose également des services de renseignements gratuits jusqu'à satisfaction et enregistre les pensions collégiales, conventuelles et bourgeoises pour aider les particuliers dans leurs choix. Les étrangers peuvent utiliser ce Bureau pour trouver des appartements ou recevoir leur courrier, évitant ainsi les pertes dues aux changements fréquents de domicile. Le Bureau garantit la réception et la remise exacte des lettres contre paiement des frais de port. Pour établir des bureaux similaires dans d'autres villes, il est possible de contacter le Bureau Général à l'Hôtel d'Aligre, rue Saint-Honoré. Ce service est particulièrement utile pour les négociants, marchands, artisans et autres particuliers cherchant à augmenter leur commerce ou à trouver des opportunités d'emploi. Il facilite également la recherche de secrétaires, intendants, régisseurs, et autres postes similaires. Les particuliers sont encouragés à mettre à jour leurs adresses auprès du Bureau pour maintenir le contact avec leurs relations professionnelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 135-152
« DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Ouvrage, Livres, Approbation, Prix, Privilège, Imprimeur, Livres rares, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
ICTIONNAIRE typographique , hiftorique
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
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Résumé : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
En 1768, plusieurs ouvrages remarquables ont été publiés. Parmi eux, le 'Dictionnaire typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, estimés & recherchés' de J. B. L. Ofmont, en deux volumes, est particulièrement estimé par des bibliographes comme M. Mercier et M. Floncel. Cet ouvrage fournit des informations détaillées sur les auteurs, leurs lieux de naissance, leurs périodes de vie, et des remarques pour identifier les bonnes éditions. Il inclut également des catalogues de livres recherchés, des chronologies de pères de l'Église et de poètes, ainsi qu'une liste pour constituer une collection complète de mémoires du clergé. D'autres publications notables incluent le 'Dictionnaire grammatical de la langue françoise' édité chez Vincent, le 'Traité pratique de l'inoculation' de M. Gandoger de Foigny, et 'Le Courrier de la mode, ou le Journal du goût', un périodique sur les nouveautés de mode. Le texte mentionne également 'Des causes du bonheur public' de l'Abbé Gros de Befplas et le 'Cours d'histoire universelle' de M. Luneau de Boisfgermain. Le 'Journal d'éducation' présenté au Roi par M. Leroux est disponible à Amiens, Paris, Versailles et d'autres grandes villes. Parmi les autres ouvrages, on trouve 'Histoire de l'opéra bouffon', qui contient des jugements sur les pièces de théâtre parisiennes et est disponible à Amsterdam et Paris. L''Armorial des États de Languedoc' par M. Gastelier de la Tour, publié en 1767, rassemble les armoiries des commissaires, du clergé, de la noblesse et des villes, avec des notes historiques sur les baronies et les cathédrales. Le 'Panégyrique de Saint Louis' a été prononcé au Louvre en 1767 par l'Abbé de Bassinet et publié en 1768. 'La bataille de Fontenoy', un opéra-tragédie traduit du grec, est disponible à Chambord et Paris. Le 'Nouveau Commentaire sur la coutume de la Rochelle' par René-Josué Valin est publié à Paris. La 'Légende dorée' est disponible à Genève et Paris. 'L'Existence de Dieu' par M. Bullet, professeur de théologie, répond aux philosophes contemporains et est publié à Paris. Enfin, 'Icones rerum naturalium' contient des figures enluminées d'histoire naturelle, imprimé à Copenhague et disponible à Genève et Paris.
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