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1
p. 251
V.
Début :
Je croyois n'estre qu'une beste [...]
Mots clefs :
Bêtes, Mers, Flux et reflux, Aristote, Onde, Mystère, Rat
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texteReconnaissance textuelle : V.
v.
J E croyaisn'estre qu'une bcfie
Aiaûvrjyment ie ne le crois plus,
Vuiïcj.'ienraisonnant dans matelfe,
Tay devine des Mers le Flux & le Re- flux. 7randGénie.,
Sîriflotecegrand Génie,
Ne pÛt jAfflaûleconcevoirf
Ce quifit que par defifPoir,
SoHs tOndsiltermina,favi.
Pourmoy cessun grandcoup d'état;
Je ne ponvois jamaismieuxfaire,
Qucde-déceuvrirunmyfiere,
Ou les plus beaux esprits riontjamais prit
qu'unRit.
Le disgracié Mimi de la Belle Tonton,
de la Ruë Montmartre.
J E croyaisn'estre qu'une bcfie
Aiaûvrjyment ie ne le crois plus,
Vuiïcj.'ienraisonnant dans matelfe,
Tay devine des Mers le Flux & le Re- flux. 7randGénie.,
Sîriflotecegrand Génie,
Ne pÛt jAfflaûleconcevoirf
Ce quifit que par defifPoir,
SoHs tOndsiltermina,favi.
Pourmoy cessun grandcoup d'état;
Je ne ponvois jamaismieuxfaire,
Qucde-déceuvrirunmyfiere,
Ou les plus beaux esprits riontjamais prit
qu'unRit.
Le disgracié Mimi de la Belle Tonton,
de la Ruë Montmartre.
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2
p. 145-160
LA CRITIQUE ODE.
Début :
Quel orage est prest à fondre ? [...]
Mots clefs :
Critique, Homère, Aristote, Erreur, Virgile, Parnasse
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texteReconnaissance textuelle : LA CRITIQUE ODE.
LA CRITIQUE
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
ODE.
Qvelorage est prestà
fondre?
Lanuëobscurcit lescieux,
Desonsein pour me confondre
Sort un esseinfurieux. :
Le Préjugéfanatique,
L'aveugle Amour de
l'Antiquey
L'Orguëigl aaitrdha,rdi reL'Envie
, à nuire si
prompte
3 Lasèditieuse honte
Desedétromper trop taî-d,,
Est-ce peu divin Homere,
Qudux yeux de tout
l'Univers,
Je l'aye avoüé le Pere
De la Fable es desbeaux
Vers?
Jai dit, devois- je plus
dire ?
Qi£en tes mains nâquit
la Lyre
A-vecPart. de l*accorders
Que comme au Roy du
Parnajjey
L'Auteur * mesme qu'1i
t'efface
1 Doit encore te ceder.
Falloit-il9yfa&Jugee >peu
Sansdiscerner tes tra-
,
<vaujc,„ Honorerdumesme ho-mmgz
c
Les beautez, es lesM-
* Vigile*
sauts ?
Falloit-ilfarunmiracle,
Tefairevaincrel'obstacle
Des moeurs, du temps &
'," du lieu?
De quelque nom quon te
.1- nomme, - Tu n'etoisenfin qu'un
v< homme;
Falloit-iltefaireun Dieu?
L'Erreur te croit in- "., faillible.
Sors, rvienl la desavouer
De ce mérite impossible
Dont elle ose te louer,
Vois par quelles réveries
L'Avus des Allégories
Veutsurprendre notrefoi;
Et de tes faux interprètes
Déments les gloses abstraites,
Impénétrables pour toi.
Si tu gardes le silence,
Au défaut de ton jecours.
J'ai du moins pour ma
défense
Lesvrais sçavants de nos
jours.
ymsçats qui malgré les
/1 âges .',
Pésent lesplusgrandssusfrages
\Au poids exact du bon
sens;
La Raison, dèssanais- Jance,
A sur eux plus de puissance
Qu'une erreur de trois
mille ans.
* Du Précepteur d'A..
lexandre
* Aristote.
Lesophistique chaos
Si long-temps a vû s'étendre
Un vainfjflème demots.
Malgréceregne paiftUe,
Del*Obfcur, CIntelligible
Triomphe enfinason tour;
Et maigreleursprivilèges
Au fondsmesme des Colleges
La vérité s'Óestfait jour.
Loin donc respects ¡do-:
1 lastres
Des erreurs des temps
- pafez,,
Tréjugezopimastres,
Taisez-vous, disparoissez.
Sur l'opinionvulgaire,
L'examen le plussevere
l\Jest jamais
hors
de (aison.
C'ejl à la voix de Dieu
1 même
Qu'appartient le droit
fuprejme
Decaptiver la Raison.
Quetout lerestesubisse
Le Tribunalerige.
Venez, entrez dans ia.
lice
Orateurs du Préjugé.
Mais avant que l'Eloquence
Prenne par vous la désense
Des droits de l'Antiquité,
Souffrez encor quen ces
rimes
Je vous trace les maximes
Que me dicte l'Equité.
Bravant, d'un dédain
facile,
Àdes traits les mieuxaig."
i"pz,
Diriez - 1ous que vrai
Zi-ile
J'emprunte , des traits
Qu'àces 1H, oKs imprudentes
.~v ,-..;.- , ¡, 'Ju-^-rjcsfça<vantes
0..7 fzitperdre leurcrédit?
N'importe s iL faut les
confondre
y Dussiez- ruous poury répondre
Dire aussi ce qu'on a dit.
N'allez^pas de phrases
vuides
Enflervos raisonnements,
Par des principes solides
Jettez-en les fondements:
Qu'ilssoientséconds, immuables
;
Dans 'vos conséquences
stables ;
Quils gardent toujours
leurs droits s Etsimples dans la dispute,
Craignezqu'on ne vous
impute
Deux mesures e5 deux
poids.
De l'Ironie insultante
FuyeZlefrej?e soustien:
Malgrefagracepiquante
Un bon mot ne prouve
rien.
Plus d'un meji venusourire
s Je me serois mieux fait
S'ilségayotentmes écrits y
Adais loin que je les régrette
) D'une loüange secrette
Mon coeur m'en donne le
prix.
Du* Héros de l'Iliade
*N*imitez±pas lescouroux;
C'efî Nestorquipersuades
,EmprunteZjonstile doux.
Ceux qmicurfiel empoi-
Jonne
,
,-.r
Le droitsens les abandonne,
re VimprudentParalogijme
* Achille.
Etlejuperbe Sophisme
Sontenfans des Passions.
Oüy
,
malheur àqui
dédaigne o D'inviolables égards;
dentre nous l'amitié
regne
Dûssentperir tous lesArts, Jl est des véritezsaintes
i
Q£iaux mépris des laJches
craintes
Le Zjéle doit soustenir.
JVLais sur des beautez.
mortelles
Nos lumieres valent-elles
La paix qui doit nous
unir ?
Iln'estrien que je ne
Me.
Pour conservercettepaix:
Fallttt-il demander grace
Aux deux partis s je le
fais s Auxadorateursd'Hemere
Je m'avoueraitéméraire,
iyen avQpr troprejette;
Et queceux qu'Homere
blesse,
Me pardonnent la foiblejje
D'en avoir trop adopté
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Résumé : LA CRITIQUE ODE.
Le texte est une critique poétique qui examine la figure d'Homère et les préjugés entourant son œuvre. L'auteur remet en question l'idolâtrie excessive dont Homère fait l'objet, soulignant que même un grand poète reste un homme et ne doit pas être déifié. Il critique les interprétations erronées et les gloses abstraites qui entourent les œuvres d'Homère, affirmant que la raison et le bon sens doivent prévaloir sur les erreurs ancestrales. L'auteur se réfère aux savants contemporains qui, malgré les âges, présentent les suffrages les plus grands au poids exact du bon sens. Il insiste sur la nécessité de fonder les arguments sur des principes solides et immuables, évitant l'ironie insultante et les raisonnements enflés. Il prône la modération et l'amitié, même dans la dispute, pour préserver la paix et les vérités saintes. Enfin, il appelle à l'équité et à la douceur dans les débats, imitant Nestor plutôt qu'Achille, et à éviter les passions destructrices comme l'orgueil et la sophistique. L'auteur exprime son désir de conserver la paix, même au prix de concessions, pour maintenir l'harmonie entre les partisans des différentes opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 508-514
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. T. [...]
Mots clefs :
Dialectique, Aristote, Dispute académique, Philosophie, Jugement, Injustice, François I, Logique, Pierre Ramus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
M
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , &c.
T. XIII. de 408. pages. A Paris , chez
Bríasson , à la Science , M. DCC. XXX.
Voici les noms des Sçavans dont les
Vies et le Catalogue des Ouvrages remplissent
ce Volume. Louis Alamanni; Guill.
Amontons ; Jean Barbier d'Aucour; Pierre
de Boissat ; Jean Boscan ; Jean Coras ;
Claude d'Epences ; Melchior Guillandin ;
George - Abraham Merklinus : Etienne le
Moine ; André Navagero ; Bernard Nieu-
Wentit : Sertorio Orsato ; Conrad Peuttinger.
Pierre Ramus ; Jean Russellay ; Joseph
Pompée Sacco ; Nic. Sanson ; Benoît de
Spinosa Guill. Temple ; Robert Titi ; Bernard
Trivisano ; Garsilasso ; de la Vega ;
Gerard Vossius ; Gerard-Jean Vossius; Isaac
Vossius ; André- Chrisostome Zaluski.
Nous exposerons ici à nos Lecteurs ce
que
MARS. 1731. 509
que
l'Editeur des Mémoires rapporte au
sujet du fameux Pierre Ramus , cet article
nous ayant parû l'un des plus curieux
et des plus travaillez.
Pierre Ramus , ou de la Ramée , nâquit
l'an 1515. dans un Village de Vermandois
en Picardie,nommé Cuth . Son Aycul,
qui étoit d'une bonne famille du Pays de
Liege , s'étoit retiré dans ces quartiers-là ,
après avoir perdu tous ses biens , lorsque
sa Patrie fut réduite en cendres par Charles
Duc de Bourgogne. Le triste état où
il se vit alors , l'obligea à gagner sa vie
le reste de ses jours , à faire et à vendre
du Charbon . Il laissa un fils qui gagna
la sienne à labourer , et qui fut le Pere
de celui dont il s'agit ici .
Pierre Ramus ne fut gueres plus heureux
que son Pere et son Ayeul , car sa
vie a été une alternative perpetuelle d'élevation
et d'abaissement , et il a été en
toutes manieres le jouet de la fortune.
A peine étoit-il hors du berceau , qu'il
fut attaqué deux fois de la Peste . A l'âge
de huit ans l'envie d'apprendre le fit ve
nir à Paris ; mais la misere l'ayant obligé
d'en sortir , il y revint le plutôt qu'il put,
et n'y trouvant point les moyens d'y subsister
, il en partit une seconde fois. La
mauvaise réussite de ces deux voyages
ne le découragea pas cependant ; sa pas-
E sion
510 MERCURE DE FRANCE
sion pour l'étude lui en fit entreprendre
un troisième qui fut plus heureux .
Il fut d'abord entretenu pendant quelques
mois par un de ses oncles ; mais ce
secours lui ayant manqué , il fut contraint
d'être Valet au Collegé de Navarre.
Le service qu'il rendoit à son Maître , ne
l'empêchoit pas de s'appliquer à l'étude ,
car il y employoit une partie de la nuit ,
et il y fit
par ce moyen , des progrès considerables
en peu de tems.
Il n'y a aucune vrai- semblance à ce qu'on
Jit dans le premier Scaligeriana , qu'il vécut
jusqu'à l'âge de dix- neuf ans sans sçavoir
lire , qu'il avoit l'esprit hébêté , pesant
et stupide , et qu'il avoit trente ans
lorsqu'il écrivit contre Aristote. Ce dernier
fait est incontestablement faux ; car
son Livre contre Aristote fut condamné
après mille contestations , le 10.May'1543 .
or il n'avoit encore que vingt- huit ans.
Après ses études d'Humanitez et de
Rhéthorique , il fit son cours de Philosophie
, qui dura , selon l'usage de son
tems , trois ans et demi. La These qu'il
soutint pour se faire recevoir Maître- ès-
Arts , révolta bien du monde ; il s'y proposa
de soutenir cette Propostion , que
tout ce qu' Aristote avoit dit étoit faux.
Tous les Professeurs,quine connoissoient
d'autre Philosophe qu'Aristote , & qui
croyoient
MAR S. 173. 511
croyoient qu'on ne pouvoit sans crime aller
contre son autorité, prirent feu, et vinrent
attaquer la These avec toute la force que
leur habileté pouvoit leur fournir.Mais le
Répondant repoussa pendant un jour entier
leurs attaques avec tant de subtilité
et d'adresse , que tout Paris en fut dans
l'étonnement .
Ce succès enhardit Ramus , et lui fit
naître l'envie d'examiner plus à fond la
Doctrine d'Aristote , et de la combattre
vigoureusement ; il se borna cependant à
la Logique , à laquelle il rapporta toutes
ses lectures , et même les leçons d'Eloquence
, qu'il commença alors à faire à
la jeunesse .
- Les deux premiers Livres qu'il publia
sur cette matiere , causerent de grands
troubles dans l'Université de Paris . On le
cita devant les Juges Criminels , comme
un homme qui vouloit renverser la Religion
et les Sciences. Le Parlement voyant
le vacarme que causoit cette affaire , voulut
en prendre connoissance ; mais ses Adversaires
, persuadez qu'elle y seroit examinée
dans toutes les formes et selon les
regles de l'équité , la tirerent de ce Tribunal
, par leurs intrigues , et la firent
évoquer au Conseil du Roi , où ils espe
roient que leur crédit leur seroit d'un .
grand usage.
}
E ij
Le
512 MERCURE DE FRANCE
Le Roi ordonna donc qu'Antoine Govea,
qui étoit son principal Adversaire, et
Ramus choisiroient chacun deux personnes
habiles pour être,avec celui qu'il nommeroit
lui-même , Juges de leur dispute.
En conséquence de cette Ordonnance ,
Govea choisit Pierre Danés et François
à Vincercato, et Ramus nomma Jean Quintin
, Docteur en Droit , et Jean de Beaumont
, Docteur en Medecine. Le Député
de la part du Roi , fut Jean de Salignac ,
Docteur en Théologic.
Ramus , pour obeïr aux ordres du Roi,
comparut
devant les cinq Juges , quoiqu'il
y en eût trois qui fussent ses ennemis
déclarez ; on disputa pendant deux
jours. Il soutint que la Dialectique
d'Aristote
étoit imparfaite , parce qu'elle ne
contenoit
ni définition
ni division . Les
deux Juges qu'il avoit choisis , déclarerent
le premier jour que la définition
étoit necessaire
dans toute dispute bien
reglée ; les trois autres déclarerent
, au
contraire , que la Dialectique
peut être
parfaite sans définition . Le lendemain
ces
derniers reconurent
que la division y étoit
nécessaire ; mais voyant que Ramus en
concluoit
qu'il avoit raison de condamner
la Logique d'Aristote
, puisqu'elle
n'en avoit point , ils renvoyerent
l'affaire
à un autre jour. S'apMARS.
1731. 513
S'appercevant ensuite qu'ils s'étoient
jettez dans un embarras dont ils ne pouvoient
sortir avec honneur , ils déclarerent
qu'il falloit recommencer la dispute
, et tenir pour non avenu tout ce qui
s'étoit passé pendant les deux jours . Ramus
se plaignit hautement de ce procedé,
par lequel les Juges , non - seulement faisoient
paroître ouvertement qu'ils vouloient
le condamner , mais cassoient aussi
eux-mêmes leur Jugement , il les récusa
et appella de tout ce qu'ils pourroient
faire.
Son Appel fut déclaré nul par François
I. qui ordonna que les cinq Juges
prononceroient en dernier ressort et définitivement
sur cette affaire . Les Juges
nommez par Ramus ne voulurent point
assister au Jugement , pour n'être point
témoins de l'injustice qu'on alloit lui faire.
Ainsi les trois autres prononcerent
tout ce que la passion et la prévention
leur suggererent , sans avoir attendu davantage
Ramus , qui ne voulut plus paroître
devant eux , et ils prévinrent tellement
l'esprit du Roi , par de faux rap-.
ports , qu'ils obtinrent de lui la confirmation
de leur Jugement.
C'est ainsi que ce fait est raconté par
Omer Talon , dans un Livre qu'il dédia
au Cardinal de Lorraine. Si on s'arrête à
E iij
son
514 MERCURE DE FRANCE
son récit , comme il y a tout lieu de le
faire , on rejettera comme une Fable ce
qui est rapporté par Pierre Galland , dans
la Vie de Castellan , où il dit que François
I. ayant appris les invectives continuelles
d'un certain Sophiste , contre Aris ,
tote , contre Ciceron et contre Quintilien
, avoit résolu de l'envoyer aux Galeres
; mais que Castellan lui suggera un
autre genre de punition , qui fut d'engager
ce Sophiste à une dispute , où il
feroit voir sa folie par le silence , auquel
on le réduiroit ; que le Roi goûta cet
expedient , et que lorsqu'il eut sçû la confusion
que ce Personnage avoit reçûë , il
se contenta de cette peine. C'est de Ramus
que Galland vouloit parler , mais il
est bon de se souvenir que c'étoit son
grand Ennemi.
EMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , &c.
T. XIII. de 408. pages. A Paris , chez
Bríasson , à la Science , M. DCC. XXX.
Voici les noms des Sçavans dont les
Vies et le Catalogue des Ouvrages remplissent
ce Volume. Louis Alamanni; Guill.
Amontons ; Jean Barbier d'Aucour; Pierre
de Boissat ; Jean Boscan ; Jean Coras ;
Claude d'Epences ; Melchior Guillandin ;
George - Abraham Merklinus : Etienne le
Moine ; André Navagero ; Bernard Nieu-
Wentit : Sertorio Orsato ; Conrad Peuttinger.
Pierre Ramus ; Jean Russellay ; Joseph
Pompée Sacco ; Nic. Sanson ; Benoît de
Spinosa Guill. Temple ; Robert Titi ; Bernard
Trivisano ; Garsilasso ; de la Vega ;
Gerard Vossius ; Gerard-Jean Vossius; Isaac
Vossius ; André- Chrisostome Zaluski.
Nous exposerons ici à nos Lecteurs ce
que
MARS. 1731. 509
que
l'Editeur des Mémoires rapporte au
sujet du fameux Pierre Ramus , cet article
nous ayant parû l'un des plus curieux
et des plus travaillez.
Pierre Ramus , ou de la Ramée , nâquit
l'an 1515. dans un Village de Vermandois
en Picardie,nommé Cuth . Son Aycul,
qui étoit d'une bonne famille du Pays de
Liege , s'étoit retiré dans ces quartiers-là ,
après avoir perdu tous ses biens , lorsque
sa Patrie fut réduite en cendres par Charles
Duc de Bourgogne. Le triste état où
il se vit alors , l'obligea à gagner sa vie
le reste de ses jours , à faire et à vendre
du Charbon . Il laissa un fils qui gagna
la sienne à labourer , et qui fut le Pere
de celui dont il s'agit ici .
Pierre Ramus ne fut gueres plus heureux
que son Pere et son Ayeul , car sa
vie a été une alternative perpetuelle d'élevation
et d'abaissement , et il a été en
toutes manieres le jouet de la fortune.
A peine étoit-il hors du berceau , qu'il
fut attaqué deux fois de la Peste . A l'âge
de huit ans l'envie d'apprendre le fit ve
nir à Paris ; mais la misere l'ayant obligé
d'en sortir , il y revint le plutôt qu'il put,
et n'y trouvant point les moyens d'y subsister
, il en partit une seconde fois. La
mauvaise réussite de ces deux voyages
ne le découragea pas cependant ; sa pas-
E sion
510 MERCURE DE FRANCE
sion pour l'étude lui en fit entreprendre
un troisième qui fut plus heureux .
Il fut d'abord entretenu pendant quelques
mois par un de ses oncles ; mais ce
secours lui ayant manqué , il fut contraint
d'être Valet au Collegé de Navarre.
Le service qu'il rendoit à son Maître , ne
l'empêchoit pas de s'appliquer à l'étude ,
car il y employoit une partie de la nuit ,
et il y fit
par ce moyen , des progrès considerables
en peu de tems.
Il n'y a aucune vrai- semblance à ce qu'on
Jit dans le premier Scaligeriana , qu'il vécut
jusqu'à l'âge de dix- neuf ans sans sçavoir
lire , qu'il avoit l'esprit hébêté , pesant
et stupide , et qu'il avoit trente ans
lorsqu'il écrivit contre Aristote. Ce dernier
fait est incontestablement faux ; car
son Livre contre Aristote fut condamné
après mille contestations , le 10.May'1543 .
or il n'avoit encore que vingt- huit ans.
Après ses études d'Humanitez et de
Rhéthorique , il fit son cours de Philosophie
, qui dura , selon l'usage de son
tems , trois ans et demi. La These qu'il
soutint pour se faire recevoir Maître- ès-
Arts , révolta bien du monde ; il s'y proposa
de soutenir cette Propostion , que
tout ce qu' Aristote avoit dit étoit faux.
Tous les Professeurs,quine connoissoient
d'autre Philosophe qu'Aristote , & qui
croyoient
MAR S. 173. 511
croyoient qu'on ne pouvoit sans crime aller
contre son autorité, prirent feu, et vinrent
attaquer la These avec toute la force que
leur habileté pouvoit leur fournir.Mais le
Répondant repoussa pendant un jour entier
leurs attaques avec tant de subtilité
et d'adresse , que tout Paris en fut dans
l'étonnement .
Ce succès enhardit Ramus , et lui fit
naître l'envie d'examiner plus à fond la
Doctrine d'Aristote , et de la combattre
vigoureusement ; il se borna cependant à
la Logique , à laquelle il rapporta toutes
ses lectures , et même les leçons d'Eloquence
, qu'il commença alors à faire à
la jeunesse .
- Les deux premiers Livres qu'il publia
sur cette matiere , causerent de grands
troubles dans l'Université de Paris . On le
cita devant les Juges Criminels , comme
un homme qui vouloit renverser la Religion
et les Sciences. Le Parlement voyant
le vacarme que causoit cette affaire , voulut
en prendre connoissance ; mais ses Adversaires
, persuadez qu'elle y seroit examinée
dans toutes les formes et selon les
regles de l'équité , la tirerent de ce Tribunal
, par leurs intrigues , et la firent
évoquer au Conseil du Roi , où ils espe
roient que leur crédit leur seroit d'un .
grand usage.
}
E ij
Le
512 MERCURE DE FRANCE
Le Roi ordonna donc qu'Antoine Govea,
qui étoit son principal Adversaire, et
Ramus choisiroient chacun deux personnes
habiles pour être,avec celui qu'il nommeroit
lui-même , Juges de leur dispute.
En conséquence de cette Ordonnance ,
Govea choisit Pierre Danés et François
à Vincercato, et Ramus nomma Jean Quintin
, Docteur en Droit , et Jean de Beaumont
, Docteur en Medecine. Le Député
de la part du Roi , fut Jean de Salignac ,
Docteur en Théologic.
Ramus , pour obeïr aux ordres du Roi,
comparut
devant les cinq Juges , quoiqu'il
y en eût trois qui fussent ses ennemis
déclarez ; on disputa pendant deux
jours. Il soutint que la Dialectique
d'Aristote
étoit imparfaite , parce qu'elle ne
contenoit
ni définition
ni division . Les
deux Juges qu'il avoit choisis , déclarerent
le premier jour que la définition
étoit necessaire
dans toute dispute bien
reglée ; les trois autres déclarerent
, au
contraire , que la Dialectique
peut être
parfaite sans définition . Le lendemain
ces
derniers reconurent
que la division y étoit
nécessaire ; mais voyant que Ramus en
concluoit
qu'il avoit raison de condamner
la Logique d'Aristote
, puisqu'elle
n'en avoit point , ils renvoyerent
l'affaire
à un autre jour. S'apMARS.
1731. 513
S'appercevant ensuite qu'ils s'étoient
jettez dans un embarras dont ils ne pouvoient
sortir avec honneur , ils déclarerent
qu'il falloit recommencer la dispute
, et tenir pour non avenu tout ce qui
s'étoit passé pendant les deux jours . Ramus
se plaignit hautement de ce procedé,
par lequel les Juges , non - seulement faisoient
paroître ouvertement qu'ils vouloient
le condamner , mais cassoient aussi
eux-mêmes leur Jugement , il les récusa
et appella de tout ce qu'ils pourroient
faire.
Son Appel fut déclaré nul par François
I. qui ordonna que les cinq Juges
prononceroient en dernier ressort et définitivement
sur cette affaire . Les Juges
nommez par Ramus ne voulurent point
assister au Jugement , pour n'être point
témoins de l'injustice qu'on alloit lui faire.
Ainsi les trois autres prononcerent
tout ce que la passion et la prévention
leur suggererent , sans avoir attendu davantage
Ramus , qui ne voulut plus paroître
devant eux , et ils prévinrent tellement
l'esprit du Roi , par de faux rap-.
ports , qu'ils obtinrent de lui la confirmation
de leur Jugement.
C'est ainsi que ce fait est raconté par
Omer Talon , dans un Livre qu'il dédia
au Cardinal de Lorraine. Si on s'arrête à
E iij
son
514 MERCURE DE FRANCE
son récit , comme il y a tout lieu de le
faire , on rejettera comme une Fable ce
qui est rapporté par Pierre Galland , dans
la Vie de Castellan , où il dit que François
I. ayant appris les invectives continuelles
d'un certain Sophiste , contre Aris ,
tote , contre Ciceron et contre Quintilien
, avoit résolu de l'envoyer aux Galeres
; mais que Castellan lui suggera un
autre genre de punition , qui fut d'engager
ce Sophiste à une dispute , où il
feroit voir sa folie par le silence , auquel
on le réduiroit ; que le Roi goûta cet
expedient , et que lorsqu'il eut sçû la confusion
que ce Personnage avoit reçûë , il
se contenta de cette peine. C'est de Ramus
que Galland vouloit parler , mais il
est bon de se souvenir que c'étoit son
grand Ennemi.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Le texte extrait des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres' présente une liste de savants, dont les vies et les œuvres sont détaillées dans le volume XIII. L'article se concentre sur Pierre Ramus, né en 1515 dans un village de Picardie. Son grand-père, originaire de Liège, avait perdu tous ses biens lors de la destruction de sa patrie par Charles Duc de Bourgogne et s'était réfugié en Picardie où il gagnait sa vie en vendant du charbon. Le père de Ramus était paysan. La vie de Ramus fut marquée par des alternances de succès et d'échecs. À l'âge de huit ans, il vint à Paris pour étudier, mais dut quitter la ville à plusieurs reprises en raison de la misère. Grâce à un oncle, il put revenir à Paris et, manquant de ressources, il devint valet au Collège de Navarre tout en continuant ses études la nuit. Contrairement à certaines rumeurs, Ramus savait lire dès son jeune âge et avait écrit contre Aristote avant ses trente ans. Après ses études d'humanité et de rhétorique, Ramus soutint une thèse controversée affirmant que tout ce qu'Aristote avait dit était faux. Cette thèse provoqua un grand émoi parmi les professeurs parisiens, qui défendaient l'autorité d'Aristote. Ramus publia ensuite deux livres sur la logique, ce qui lui valut d'être accusé de vouloir renverser la religion et les sciences. Le Parlement et le Conseil du Roi furent impliqués dans cette affaire, mais les adversaires de Ramus réussirent à influencer le jugement en sa défaveur. Malgré les efforts de Ramus pour se défendre, il fut finalement condamné par un jugement partial.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 514-520
Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres Patentes du Roi, qui confirment le Jugement rendu [...]
Mots clefs :
Pierre Ramus, Jugement, Aristote, Université de Paris, Philosophie, Condamnation , François I, Enseignement, Censure, Parlement de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Les Lettres Patentes du Roi , qui eonfirment
le Jugement rendu contre Ramus
, renferment assez de particularitez
sur son affaire , pour trouver ici leur
place . On y verra ce qu'on avoit fait entendre
au Roi , sur ce qui le regardoit ,
et la maniere dont on lui avoit fait croire
qu'il avoit été condamné.
FRANÇOIS , par la grace de Dieu ,
Roi de France , à tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , Salut . Comme entre
les autres grandes sollicitudes que nous avons
toûjours
MARS. 1731. 515
toujours eues de bien ordonner et établir la
chose publique de notre Royaume , nous avons
mis toute la peine , que possible nous a été ,
de l'accroître et enrichir de toutes bonnes
Lettres et Sciences , à l'honneur et gloire de
Notre Seigneur , et au salut des Fideles ;
puis n'a gueres , avertis du trouble advenn
à notre chere et aimée l'Université de Paris
à cause de deux Livres faits par Maitre
Pierre Ramus , intitulez , l'un , Dialectica
Institutiones , et l'autre , Aristotelicæ animadversiones,
et des procés et differends qui
étoient pendans en notre Cour de Parlement
audit lieu , entre elle et ledit Ramus , pour
raison desdits Livres , nous les eussions évoquez
à nous pour sommairement et promptement
y pourvoir , et à cette fin en eussions
ordonné , que Maître Antoine de Govea ,
qui s'étoit presenté à impugner et débattre
lesdits Livres , et ledit Ramus , qui les soutenoit
et deffendoit , éliroient et nommeroient
de chacun côté , deux bons et notables Personnages
, connoissans les Langues Grecque
et Latine, et experimentez en Philosophie , et
que nous élirions et nommerions un cinquiéme
pour visiter lesdits Livres , ouir lesdits
de Govea et Ramus en leur advis ; suivant
Laquelle notre Ordonnance eût été ledit Govea ,
élu, et nommé Maîtres Pierre Danés et François
à Vincercato 5 et ledit Ramus , Maître
Jean Quintin , Docteur en Decret , et Jean
E iiij
de
516 MERCURE DE FRANCE
de Beaumont , Docteur en Médecine ; et nous
pour le cinquiéme eussions nommé et ordonné
notre cher et aimé Maître Jean de Salignac,
Docteur en Théologie ; pardevant lesquelsiles
dits de Govea et Ramus eussent été ouis en
leurs disputes et débats , jusques à ce que
pour interrompre l'affaire , icelui Ramus se
seroit porté pour Appellant desdits Censeurs,
dont nous advertis , eussions décerné nos Lettres
à notre Prévôt de Paris , ou à son Lieutenant
, pour contraindre lesdits de Govea ,
et Ramus , à parfaire leurs disputes , afin que
par lesdits Censeurs nous fût donné leur advis
, nonobstant ledit Appel et autres appellations
quelconques , suivant lesquelles nos
Lettres , eussent lesdits de Govea et Ramus
derechefcomparu pardevant lesdits Censeurs ,
et voyant que par icelui Ramus , lesdits Lia
vres ne se pourroient soutenir, eût déclaré
n'en vouloir plus disputer , et qu'il les soumettoit
à la censure des susdits ; et comme
on y vouloit proceder , lesdits de Quintin et
Beaumont , Pun aprés l'autre , eussent décla
ré ne s'en vouloir plus entremettre. Au moyen
de quoi eût icelui Ramus été sommé et requis
d'en élire et nommer deux autres . Ce qu'il
n'eût voulu faire , et si fût du tout soumis
aux trois autres dessus nommez , lesquels
après avoir le tout vû et consideré , eussent
été d'avis que ledit Ramus avoit été témeraire,
arrogant et impudent d'avoir réprouvé et
condamné
MARS. 17318 517
condamné le train et Art de Logique reçû
de toutes les Nations , que lui- même ignoroit, et
parce qu'en son Livre des Animadversions il
reprenoit Aristote , étoit évidemment connuë
et manifeste son ignorance . Voire qu'il avoit
mauvaise volonté, de tant qu'il blâmoit plusieurs
choses , à quoi il ne pensa onque. Et
ne contenoit sondit Livre des Animadversions
que tous mensonges , et une maniere de
médits , tellement qu'il sembloit être le grand
bien et profit des Livres et Sciences , que
ledit Livre fût du tout supprimé ; semblablement
l'autre dessusdit intitulé , Dialectica
Institutiones , comme contenant aussi plusieurs
choses fausses et étranges : Scavoirfaisons,
que vû par nous ledit Avis, et eû sur ce
autres avis et déliberations avec plusieurs
sçavans , et notables personnages , étant lés
nous, avons condamné , supprimé et aboli ,
condamnons , supprimons et abolissons lesdits
deux Livres, l'un Institutiones Dialecticæ ,
l'autre , Aristotelica Animadversiones , et
avonsfait et faisons inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs et Libraires de notre Royaume,
Pays , Terres et Seigneuries , et à tous
autres nos Sujets , de quelque état et conditions
qu'ils soient , qu'ils n'ayent plus à imprimer
oufaire imprimer lesdits Livres , ne
publier, vendre , ne debiter en nosdits Royanme
, Pays , Terres et Seigneuries , sous peine
de confiscation desdits Livres , et de puni-
E v tion
418 MERCURE DE FRANCE
tion corporelle , soit qu'ils soient imprimez en
iceux nos Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, ou autres lieux non étant de notre
obéissance; et semblablement audit Ramus , de
neplus lire,ne lesfaire écrire ou copier,publier;
ne semer en aucune maniere , ne lire en Dialectique
, ne Philsophie en quelque maniere
que ce soit , sans notre expresse permission ;
aussi de ne plus user de telles médisances et
invectives contre Aristote , ne autres anciens
Auteurs reçus et approuvez , ne contre noiredite
Fille l'Université, et Suppôts d'icelle , sous
les peines que dessus . Si donnons en Mandement
et comettons par ces Presentes à notre
Prévôt de Paris ou à son Lieutenant , Conservateur
des Privileges , par nous et nos Prédecesseurs
Rois , donnez et octroyez à notredite
Fille l'Université , que notre present Fu
gement et Ordonnance il mette où fasse mettre
à due et entiere execution , selon sa for
me et teneur , et à ce faire souffrir et obeir
contraigne etfasse contraindre tous ceux qu'il
appartiendra , et pour ce feront contraindre
par toutes voyes et manieres dûës et raisonnables
, nonobstant oppositions ou appellations
quelconques , pour lesquelles ne voulons
être differé. Et pour ce qu'il est besoin de fai
re notifier nosdites deffenses en plusieurs lieux
de notre Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, afin de les faire observer ; nous vou
lons qu'au vidimus d'icelle fait sous Scel
Royal,
M.AR S. 1731. 419
2.
Royal , ou signé par collation par l'un de nos
ame et féaux Notaires et Secretaires , soit
ajoûté foi comme au present Original. Mandons
en outre à tous nos autres Justiciers
Officiers et à chacun d'eux , si comme il lui
appartiendra , que nosdites deffenses et injonctions
ils fassent observer , en procedant
par eux contre les infracteurs d'icelle , si au-
Cuns y en a , par les peines cy-dessus indites,
et autres qu'ils verront être àfaire par raison .
En témoin de ce , nous avons fait mettre notre
Scel à cesdites Presentes. DONNE' à
Paris le dixième jour de May , l'an de grace
1543. et de notre Regne le trentiéme.
Les Ennemis de Ramus firent éclater
d'une maniere extraordinaire la joye qu'ils
avoient de sa condamnation . La Sentence
renduë contre lui , fut publiée en Latin
et en François dans toutes les rues de Paris
et dans tous les lieux de l'Europe , où
Pon pût l'envoyer.. On représenta même
des Pieces de Théatre où il fut baffoué
en mille manieres , au milieu des
acclamations et des applaudissemens des
Aristoteliciens. "
L'année suivante 1544. la Peste fit du
ravage dans Paris , et dissipa presque tous
les Ecoliers du College de Prefle ; maist
Ramus s'étant laissé persuader d'y enseigner
, attira bien-tôt un grand nombre
E vj d'Au
120 MERCURE DE FRANCE
d'Auditeurs . La Sorbonne voulut le chasser
de ce College , et ne put en venir
à bout ; il fut confirmé par Arrêt du
Parlement dans la principalité de cette
Maison qu'il avoit déja depuis quelque
tems.
Il, trouva même dans la suite un si bon
Patron dans la personne du Cardinal de
Lorraine , qu'il obtint en 1547. du Roi
Henry II . la permission d'écrire et d'enscigner
, et que ce Prince lui donnat quatre
ans après , c'est-à- dire au mois de Juillet
1551. la Charge de Professeur Royal
en Philosophie et d'Eloquence.
Le Parlement de Paris l'avoit maintenu
quelque tems auparavant dans la liberté
de joindre les Leçons de Philosophie avec
celles de l'Eloquence ; l'Arrêt qu'il avoit
donné à cette occasion , avoit arrêté les
persécutions que Ramus et ses Ecoliers
avoient souffertes , et les chicanes qu'on
lui avoit faites au commencement de
cette année.
La suite pour le Mercure prochain.
le Jugement rendu contre Ramus
, renferment assez de particularitez
sur son affaire , pour trouver ici leur
place . On y verra ce qu'on avoit fait entendre
au Roi , sur ce qui le regardoit ,
et la maniere dont on lui avoit fait croire
qu'il avoit été condamné.
FRANÇOIS , par la grace de Dieu ,
Roi de France , à tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , Salut . Comme entre
les autres grandes sollicitudes que nous avons
toûjours
MARS. 1731. 515
toujours eues de bien ordonner et établir la
chose publique de notre Royaume , nous avons
mis toute la peine , que possible nous a été ,
de l'accroître et enrichir de toutes bonnes
Lettres et Sciences , à l'honneur et gloire de
Notre Seigneur , et au salut des Fideles ;
puis n'a gueres , avertis du trouble advenn
à notre chere et aimée l'Université de Paris
à cause de deux Livres faits par Maitre
Pierre Ramus , intitulez , l'un , Dialectica
Institutiones , et l'autre , Aristotelicæ animadversiones,
et des procés et differends qui
étoient pendans en notre Cour de Parlement
audit lieu , entre elle et ledit Ramus , pour
raison desdits Livres , nous les eussions évoquez
à nous pour sommairement et promptement
y pourvoir , et à cette fin en eussions
ordonné , que Maître Antoine de Govea ,
qui s'étoit presenté à impugner et débattre
lesdits Livres , et ledit Ramus , qui les soutenoit
et deffendoit , éliroient et nommeroient
de chacun côté , deux bons et notables Personnages
, connoissans les Langues Grecque
et Latine, et experimentez en Philosophie , et
que nous élirions et nommerions un cinquiéme
pour visiter lesdits Livres , ouir lesdits
de Govea et Ramus en leur advis ; suivant
Laquelle notre Ordonnance eût été ledit Govea ,
élu, et nommé Maîtres Pierre Danés et François
à Vincercato 5 et ledit Ramus , Maître
Jean Quintin , Docteur en Decret , et Jean
E iiij
de
516 MERCURE DE FRANCE
de Beaumont , Docteur en Médecine ; et nous
pour le cinquiéme eussions nommé et ordonné
notre cher et aimé Maître Jean de Salignac,
Docteur en Théologie ; pardevant lesquelsiles
dits de Govea et Ramus eussent été ouis en
leurs disputes et débats , jusques à ce que
pour interrompre l'affaire , icelui Ramus se
seroit porté pour Appellant desdits Censeurs,
dont nous advertis , eussions décerné nos Lettres
à notre Prévôt de Paris , ou à son Lieutenant
, pour contraindre lesdits de Govea ,
et Ramus , à parfaire leurs disputes , afin que
par lesdits Censeurs nous fût donné leur advis
, nonobstant ledit Appel et autres appellations
quelconques , suivant lesquelles nos
Lettres , eussent lesdits de Govea et Ramus
derechefcomparu pardevant lesdits Censeurs ,
et voyant que par icelui Ramus , lesdits Lia
vres ne se pourroient soutenir, eût déclaré
n'en vouloir plus disputer , et qu'il les soumettoit
à la censure des susdits ; et comme
on y vouloit proceder , lesdits de Quintin et
Beaumont , Pun aprés l'autre , eussent décla
ré ne s'en vouloir plus entremettre. Au moyen
de quoi eût icelui Ramus été sommé et requis
d'en élire et nommer deux autres . Ce qu'il
n'eût voulu faire , et si fût du tout soumis
aux trois autres dessus nommez , lesquels
après avoir le tout vû et consideré , eussent
été d'avis que ledit Ramus avoit été témeraire,
arrogant et impudent d'avoir réprouvé et
condamné
MARS. 17318 517
condamné le train et Art de Logique reçû
de toutes les Nations , que lui- même ignoroit, et
parce qu'en son Livre des Animadversions il
reprenoit Aristote , étoit évidemment connuë
et manifeste son ignorance . Voire qu'il avoit
mauvaise volonté, de tant qu'il blâmoit plusieurs
choses , à quoi il ne pensa onque. Et
ne contenoit sondit Livre des Animadversions
que tous mensonges , et une maniere de
médits , tellement qu'il sembloit être le grand
bien et profit des Livres et Sciences , que
ledit Livre fût du tout supprimé ; semblablement
l'autre dessusdit intitulé , Dialectica
Institutiones , comme contenant aussi plusieurs
choses fausses et étranges : Scavoirfaisons,
que vû par nous ledit Avis, et eû sur ce
autres avis et déliberations avec plusieurs
sçavans , et notables personnages , étant lés
nous, avons condamné , supprimé et aboli ,
condamnons , supprimons et abolissons lesdits
deux Livres, l'un Institutiones Dialecticæ ,
l'autre , Aristotelica Animadversiones , et
avonsfait et faisons inhibitions et deffenses
à tous Imprimeurs et Libraires de notre Royaume,
Pays , Terres et Seigneuries , et à tous
autres nos Sujets , de quelque état et conditions
qu'ils soient , qu'ils n'ayent plus à imprimer
oufaire imprimer lesdits Livres , ne
publier, vendre , ne debiter en nosdits Royanme
, Pays , Terres et Seigneuries , sous peine
de confiscation desdits Livres , et de puni-
E v tion
418 MERCURE DE FRANCE
tion corporelle , soit qu'ils soient imprimez en
iceux nos Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, ou autres lieux non étant de notre
obéissance; et semblablement audit Ramus , de
neplus lire,ne lesfaire écrire ou copier,publier;
ne semer en aucune maniere , ne lire en Dialectique
, ne Philsophie en quelque maniere
que ce soit , sans notre expresse permission ;
aussi de ne plus user de telles médisances et
invectives contre Aristote , ne autres anciens
Auteurs reçus et approuvez , ne contre noiredite
Fille l'Université, et Suppôts d'icelle , sous
les peines que dessus . Si donnons en Mandement
et comettons par ces Presentes à notre
Prévôt de Paris ou à son Lieutenant , Conservateur
des Privileges , par nous et nos Prédecesseurs
Rois , donnez et octroyez à notredite
Fille l'Université , que notre present Fu
gement et Ordonnance il mette où fasse mettre
à due et entiere execution , selon sa for
me et teneur , et à ce faire souffrir et obeir
contraigne etfasse contraindre tous ceux qu'il
appartiendra , et pour ce feront contraindre
par toutes voyes et manieres dûës et raisonnables
, nonobstant oppositions ou appellations
quelconques , pour lesquelles ne voulons
être differé. Et pour ce qu'il est besoin de fai
re notifier nosdites deffenses en plusieurs lieux
de notre Royaume , Pays , Terres et Seigneuries
, afin de les faire observer ; nous vou
lons qu'au vidimus d'icelle fait sous Scel
Royal,
M.AR S. 1731. 419
2.
Royal , ou signé par collation par l'un de nos
ame et féaux Notaires et Secretaires , soit
ajoûté foi comme au present Original. Mandons
en outre à tous nos autres Justiciers
Officiers et à chacun d'eux , si comme il lui
appartiendra , que nosdites deffenses et injonctions
ils fassent observer , en procedant
par eux contre les infracteurs d'icelle , si au-
Cuns y en a , par les peines cy-dessus indites,
et autres qu'ils verront être àfaire par raison .
En témoin de ce , nous avons fait mettre notre
Scel à cesdites Presentes. DONNE' à
Paris le dixième jour de May , l'an de grace
1543. et de notre Regne le trentiéme.
Les Ennemis de Ramus firent éclater
d'une maniere extraordinaire la joye qu'ils
avoient de sa condamnation . La Sentence
renduë contre lui , fut publiée en Latin
et en François dans toutes les rues de Paris
et dans tous les lieux de l'Europe , où
Pon pût l'envoyer.. On représenta même
des Pieces de Théatre où il fut baffoué
en mille manieres , au milieu des
acclamations et des applaudissemens des
Aristoteliciens. "
L'année suivante 1544. la Peste fit du
ravage dans Paris , et dissipa presque tous
les Ecoliers du College de Prefle ; maist
Ramus s'étant laissé persuader d'y enseigner
, attira bien-tôt un grand nombre
E vj d'Au
120 MERCURE DE FRANCE
d'Auditeurs . La Sorbonne voulut le chasser
de ce College , et ne put en venir
à bout ; il fut confirmé par Arrêt du
Parlement dans la principalité de cette
Maison qu'il avoit déja depuis quelque
tems.
Il, trouva même dans la suite un si bon
Patron dans la personne du Cardinal de
Lorraine , qu'il obtint en 1547. du Roi
Henry II . la permission d'écrire et d'enscigner
, et que ce Prince lui donnat quatre
ans après , c'est-à- dire au mois de Juillet
1551. la Charge de Professeur Royal
en Philosophie et d'Eloquence.
Le Parlement de Paris l'avoit maintenu
quelque tems auparavant dans la liberté
de joindre les Leçons de Philosophie avec
celles de l'Eloquence ; l'Arrêt qu'il avoit
donné à cette occasion , avoit arrêté les
persécutions que Ramus et ses Ecoliers
avoient souffertes , et les chicanes qu'on
lui avoit faites au commencement de
cette année.
La suite pour le Mercure prochain.
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Résumé : Lettres Patentes de François I. contre Ramus, [titre d'après la table]
Les Lettres Patentes du Roi confirment le jugement rendu contre Pierre Ramus, un maître ayant publié deux livres controversés : 'Dialectica Institutiones' et 'Aristotelicae animadversiones'. Le Roi, préoccupé par l'ordre et l'enrichissement des sciences dans son royaume, a été informé des troubles causés par ces ouvrages à l'Université de Paris. Il a donc décidé d'évoquer l'affaire pour la juger promptement. Des censeurs, dont Maître Jean de Salignac, ont été nommés pour examiner les livres et entendre les parties. Ramus a finalement soumis ses ouvrages à la censure après avoir tenté de contester les censeurs. Ces derniers ont jugé ses livres téméraires et ignorants, notamment pour avoir critiqué Aristote. Le Roi a donc condamné et supprimé les deux ouvrages, interdisant leur impression, vente ou lecture sous peine de confiscation et de punition corporelle. Ramus a également été interdit d'enseigner sans permission royale et de critiquer les auteurs classiques. La sentence a été publiée en latin et en français à Paris et en Europe, et Ramus a été bafoué dans des pièces de théâtre. Malgré cette condamnation, Ramus a continué à enseigner et a obtenu des soutiens, notamment du Cardinal de Lorraine, et a finalement reçu la charge de Professeur Royal en Philosophie et en Eloquence en 1551.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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