Résultats : 50 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 224-253
Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Début :
Pendant que plus de vingt Puissances Souveraines liguées contre nous [...]
Mots clefs :
Prince Charles, Prince d'Orange, Troupes, Ennemis, Bataille, Maréchal de Créquy, Armée, Ministres, Désertion, Canon, Soldats, Cavalier, Chevaux, Allemands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Pendant que plus de vingt Puiſſances Souveraines liguées contre nous,amaſſoient de toutes parts un nombre infiny de Troupes , celles de France qui avoient déja pris trois des plus fortes Places de l'Europe, &
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
الاس
01
ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
1
G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
174 LE MERCVRE
८
eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
هللا
que
A
10.1
N
DIS
arc
ne
ronoyd
nne
yen
:
voya auſſi-toſt des Tailleurs ,
avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
LYON
176 LE MERCVRE
troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
1
remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
ZB
180 LE MERCVRE
ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
الاس
01
ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
1
G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
174 LE MERCVRE
८
eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
هللا
que
A
10.1
N
DIS
arc
ne
ronoyd
nne
yen
:
voya auſſi-toſt des Tailleurs ,
avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
LYON
176 LE MERCVRE
troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
1
remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
ZB
180 LE MERCVRE
ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Le texte relate les opérations militaires entre les forces françaises et une coalition de plus de vingt puissances souveraines. Malgré les difficultés et les fatigues des sièges, les armées françaises, dirigées par le maréchal de Créquy et le duc de Luxembourg, ont réussi à résister aux assauts ennemis. Les armées françaises bénéficient d'un approvisionnement efficace grâce à la prévoyance du roi et au zèle des ministres. Le prince Charles, commandant l'armée de l'Empereur, a tenté plusieurs actions, mais a été contré par les mouvements stratégiques et les partis de Créquy. Les troupes du prince Charles ont souffert de désertions, de manque de ravitaillement et de harcèlement constant par les forces françaises. Plusieurs actions notables, comme l'attaque d'un convoi et la perturbation d'un bal organisé par le prince Charles, illustrent la vigilance et l'efficacité des troupes françaises. Le maréchal de Créquy a démontré une grande expérience et une vigilance constante, affaiblissant progressivement les armées ennemies sans livrer de batailles décisives. La deuxième armée d'Allemagne, composée des troupes des Cercles, n'a pas non plus fait de progrès significatifs, étant étroitement surveillée par les forces françaises. Le prince d'Orange et ses alliés sont également en campagne, mais sans succès notable. Par ailleurs, l'auteur mentionne qu'il ne fournira pas davantage de détails dans la lettre actuelle, préférant en discuter plus en profondeur dans la prochaine lettre afin d'éviter un double récit et de traiter le sujet de manière exhaustive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 245-265
Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Chevaux, Maréchal de Créquy, Prince Charles, Canon, Gardes, Gazette de Hollande, Camp, Combattre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de cesArmées, tout a confifté en
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Le texte relate les mouvements et les actions des armées commandées par le maréchal de Créquy et le prince Charles. Le maréchal de Créquy a démontré une vigilance et une prévoyance remarquables, perturbant constamment les plans du prince Charles. À la fin du mois d'août, le prince Charles n'avait pas encore accompli d'action significative, malgré quelques escarmouches où les forces françaises ont toujours eu l'avantage. Un événement notable est la capture du comte de Stirum, un officier estimé dans l'armée du prince Charles, par le capitaine de la Chapelle. De plus, l'officier Langlade a montré son intrépidité en infiltrant le camp ennemi pour voler des chevaux. L'ardeur des soldats français est telle que le maréchal de Créquy doit souvent intervenir pour les retenir. Lors d'une reconnaissance du camp ennemi, les forces françaises ont repoussé les assaillants jusqu'aux escadrons des généraux ennemis. Le duc de Vendôme a combattu avec une vigueur incroyable, et plusieurs officiers, comme le comte de Broille et le marquis de Bouflairs, se sont distingués. Le marquis de Riveroles, malgré la perte de sa jambe de bois et de son cheval, a continué à combattre. Les ennemis, après avoir quitté Gendrecour, ont trouvé le maréchal de Créquy campé à proximité, ce qui a conduit à des affrontements prolongés. Les gardes du corps français ont repoussé les ennemis, tuant et capturant plusieurs d'entre eux. Le maréchal de Créquy a également envoyé un présent au marquis de Grana, un officier ennemi, en échange de chevaux précédemment reçus. Les ennemis, après avoir occupé Mousson, n'y ont trouvé aucun avantage, car le maréchal de Schomberg avait prévu leur mouvement et évacué les habitants. Le prince Charles, face à l'approche de l'armée française, a dû se retirer, laissant derrière lui des troupes en mauvais état et des fortifications inutiles. Les forces françaises ont continué à harceler les ennemis, capturant des prisonniers et causant des dommages significatifs. Le texte se conclut par une relation fidèle des mouvements de l'armée du prince Charles et mentionne un présent envoyé par le marquis de Grana au chevalier de Breteuil. Le texte présente également une description d'une famille noble, soulignant que ses membres appartiennent à une des meilleures familles de la Robe, c'est-à-dire à une famille de magistrats ou de juristes. Le père de ces messieurs a occupé le poste de Contrôleur des Finances et a ensuite progressé à travers divers emplois dignes de ses compétences, ce qui lui a permis d'accéder au rang de Conseiller d'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 110-135
Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Début :
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans, l'esprit [...]
Mots clefs :
Veuve, Marquis, Vieillard, Banquier, Homme, Amant, Carosse, Amour, Balcon, Jalousies, Chevaux, Rival, Garderobe, Cocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans ,
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
3
70 LE MERCVRE deménagertrois Amansque des raiſons d'intereſt ou de vanité
luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
E
que blonde , & un Rabat d'un
Point
GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
D
74 LE MERCVRE
Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
7
lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
Div
80 LE MERCVRE
qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
GALANT. 81
tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
84 LE MERCURE
dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
3
GALANT. 85
D
du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
3
70 LE MERCVRE deménagertrois Amansque des raiſons d'intereſt ou de vanité
luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
E
que blonde , & un Rabat d'un
Point
GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
D
74 LE MERCVRE
Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
7
lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
Div
80 LE MERCVRE
qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
GALANT. 81
tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
84 LE MERCURE
dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
3
GALANT. 85
D
du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
Fermer
Résumé : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Le texte relate une situation impliquant une jeune veuve et ses trois amants. La veuve, réputée pour sa beauté et son esprit, a sélectionné des amants aux caractères distincts. Le premier est un jeune marquis, séduisant et aimable, mais financièrement démuni. Le second est un ancien banquier, riche et libéral, mais âgé. Le troisième est un conseiller au Parlement, honnête et sans traits de caractère particuliers. Un soir, la veuve attend la visite du conseiller, mais le vieillard et le marquis apparaissent de manière inattendue. Le vieillard se cache sur un balcon après avoir été surpris par l'arrivée du marquis. Ce dernier, après une discussion avec la veuve, menace le banquier. Une violente tempête survient, aggravant la situation. La veuve, inquiète de l'arrivée imminente du conseiller, doit trouver une solution pour se débarrasser des deux autres amants. Elle persuade le vieillard de se déguiser en cocher pour reconduire le marquis chez lui. Le conseiller, ignorant les événements, arrive finalement et s'entretient avec la veuve. Le vieillard, après avoir joué le rôle de cocher, doit rentrer chez lui à pied, ne recevant qu'un demi-louis pour sa peine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 253-274
Suite des Nouvelles de la Guerre. [titre d'après la table]
Début :
Je reprens la Levée du Siege de Charleroy, dont j'ay [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Charleroi, Prince d'Orange, Billet, Marquis de Montal, Duc de Villa-Hermosa, Campagne, Gand, Armée, Comte de Soissons, Hommes, Canon, Lieutenant, Place, Régiment, Chevaux
5
p. 100-102
A Mr LE MARQUIS DE B.
Début :
J'ajoûte un Sonnet, que vous ne serez pas fâchée de voir. / Les Chevaux du Soleil sçavoient bien leur leçon ; [...]
Mots clefs :
Chevaux, Soleil, Lumière, Cocher, Imprudence , Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr LE MARQUIS DE B.
J'ajoûte un Sonnet , que
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
Fermer
Résumé : A Mr LE MARQUIS DE B.
Le texte présente un sonnet de l'Abbé du Claux, originaire du Dauphiné, dédié à un jeune Marquis décrit comme galant et bienfaisant. Ce poème célèbre le service du Marquis en tant que cocher pour deux personnes aimables de la province, l'une ayant touché son cœur. Adressé à M. le Marquis de B., le sonnet utilise la métaphore des chevaux du Soleil pour illustrer la vigilance nécessaire dans ses actions. Il met en garde contre l'imprudence, rappelant le destin de Phæton, qui a perdu le contrôle du char du Soleil. Le poème exhorte le Marquis à éviter de regarder en arrière lorsqu'il guide des personnes ignorantes de leur propre chemin, soulignant le danger de cette imprudence. La tâche du Marquis est comparée à celle de Phæton, mais avec une responsabilité accrue, car il conduit non pas un, mais deux soleils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 20-23
Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de la Roche foucaut estoit accompagné de la [...]
Mots clefs :
François VII de La Rochefoucauld, Roi, Chiens, Curée, Chevaux, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
M² le Duc de
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
la Roche foucaut eſtoit accompagné
de la plus grande
partie de cette Nobleſſe , lors
qu'il receut lesAmbaſſadeurs
à la porte de ſon Logement.
Ils y entrerent , & en admirerent
la magnificence & le
bon ordre. Ils remarquerent
une Tapifſſerie qui repreſente
'Hiſtoire de Leandre & de
Hero , & la trouverent fort
belle . Mª de la Roche- foucaut
leur fit voir enſuite les
Equipages du Roy , & les
Ecuries où la propreté avec
laquelle on tient cent cin.
des Amb de Siam. 21
quante Chevaux qui ne font
que pour la Chaſſe du Cerf,
leur fit donner de grandes
loüanges à ceux qui en ont
le ſoin. De la ils entrerent
dans la court où ſont les Loges
des Chiens , dont ils virentdeux
à trois cens ſur de
la paille fraiſche. Ils examinerent
la fimetrie des Baftimens
, & dirent , Qu'à tous
momens ils voyoient de nouveaux
miracles , & que l'homme ſeul
ne pouvoit concevoir la moitié de
ce qu'ils avoient veu. Mr. de la
Rochefoucaut fit fortir les
chiens ,& on leur fit faire la
22 III.P. du Voyage.
curée devant les Ambaffadeurs
, pour leſquels on apporta
des Fauteüils , où ils ſe
mirent. Ce Duc avoit fait
auffi aprêter une magnifique
Colation. Elle fut accompa
gnée de toutes fortes de liqueurs
, dont ils bûrent ſeulement.
Comme ils avoient
ſceu ſa naiſſance , le rang
confiderable de ſa Charge, &
l'eſtime particuliere dont le
Roy l'honore, ils dirent qu'ils
connoiffoient bien l'amitié & la
confideration qu'on avoir pour le
Roy de Siam , puis qu'un auſſi
grand Seigneur que M² de la
des Amb de Siam. 23
Rochefoucaut , distingué par tant
d'endroits , ſe donnoit la peine de
leur montrer luy- mesme tout ce
qu'il avoit eu la bonté de leur
faire voir. Ils joignirent à cela
de grands remerciemens de
la maniere dumonde la plus
honneſte.
Fermer
Résumé : Reception faite par Mr le Duc de la Rochefoucault aux Ambassadeurs, les Chevaux & les Chiens qu'ils virent au Chenil, & la Curée faite devant eux. [titre d'après la table]
Le Duc de la Rochefoucault reçut les ambassadeurs de Siam à l'entrée de son logement, entouré de nombreux nobles. Les ambassadeurs furent impressionnés par la magnificence et l'ordre des lieux, notant particulièrement une tapisserie illustrant l'histoire de Léandre et Héro. Le Duc leur fit visiter les équipages du roi et les écuries, où ils découvrirent cent cinquante chevaux destinés à la chasse au cerf. Ils apprécièrent la propreté des lieux et la qualité des soins apportés aux animaux. Ils visitèrent également les loges des chiens, où deux à trois cents chiens reposaient sur de la paille fraîche. Les ambassadeurs exprimèrent leur admiration pour la fierté des bâtiments et les miracles observés. Le Duc organisa une curée de chiens à leur intention, et ils assistèrent à la scène depuis des fauteuils. Une collation somptueuse fut servie, accompagnée de diverses liqueurs. Connaissant la naissance et le rang élevé du Duc, ainsi que l'estime du roi à son égard, les ambassadeurs reconnurent l'amitié et la considération portées au roi de Siam et exprimèrent leur gratitude de manière honnête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 23-32
Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Début :
Ils virent un autre jour la grande & la petite Ecurie. [...]
Mots clefs :
Écuries, Chevaux, Petite écurie, Grande écurie, Cour, Porte, Étage, Décoration, Pierres, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Ils virent un autre jour
la grande & la petite Ecurie.
Ce font deux grands corps de
Baſtiment ſeparez l'un de
l'autre , regardant le Chafteau
en face. Ils ſont ſituez
entre les trois avenuës qui
forment une patte d'Oye ,
par laquelle on arrive àVer-
:
24 III. P. du Voyage
failles. Ces Ecuries font partie
de la cloſture de la grande
Avant- court , ou Place d'armes.
Elles conſiſtent chacune
en cinq courts , dont la
grande plus étroite à l'entrée
que dans le fond , n'eſt fermée
devant que par unegril.
le de trente-deux toiſes de
long,& les Pavillons de neuf
toiſes , qui flanquent les aîles
de trente- ſept toiſfes de long ,
retournent vers le fond de la
court , pour la terminer en
demy - lune par deux portions
de cercles d'ouverture,
de trente- quatre qui ſe vont
joindre
des Amb. de Siam. 25
joindre à un grand Avantcorps
où eſt la principale
Porte. Aprés font les deux
moyennes Cours entourées
de baſtimens de 20 toiſes ſur
douze. Aux coſtez du dehors
paroiffent les deux petites
Cours pour les fumiers , de
20 toiſes de long fur 9. de
large, fermées pardevant d'un
mur de cloſture , de la hauteur
du premier étage. Toute
la decoration du dehors n'eſt
que de bofſages ou de pierres
de refand. Les croisées
des rez de chauffée ſont
bombées , &priſes dans des
C
26 III. P. du Voyage
arcades , & celles du premier
étage font quarrées, longues
en hauteur. Ily a des tables
de briques dans les trumeaux
des aifles . Les combles font
d'une belle proportion,&les
lucarnes qui éclairent l'étage
en galetas , font de plomb.
Dans ces Edifices font logez
tous les Officiers des Ecuries,
&plufieurs autres perfonnes .
Ces BBaaſlttiimmens font affez bas
pour ne point empêcher la
veue du Chaſteaui ; ainfi
le niveau des faiftes ré
pond à peu prés au pavé de
marbre de la petite Court
ວ
1
desAmb. de Siam. 27
outre qu'il n'y a point de
ſouches de cheminées apparentes
au dehors . Le plandes
Grilles eft auffi ceintré , enforte
que de quelque afpect
qu'on regarde les Ecuries, on
voit les quatre Pavillons des
aiſles. Voila ce qui concerne
la decoration des dehors
qu'elles ont commune.Quant
à la diftribution du plan , il
eſt different en ce que ces
deux Ecuries ont leur uſage
particulier. La plus grade renferme
les Chevaux de main.
De la grande Arcade qui
eſt au fond de la court &
Cij
28. III. P. du Voyage
dans le milieu de l'avantcorps,
on entre dans ungrand
Manege couvert, de 20 toiſes
ſur huit , aux coſtez duquel
font deux Ecuries. Derriere
l'Ecurie eſt un grand
Manege pour les Jouftes &
Tournois , au devant duquel
eſt le Chenil . La ſculpture de
l'Avant-corps du milieu renferme
de grands Bas-reliefs,
des Trophées d'armes , des
Harnois & autres ouvrages
de cette nature ; & dans les
Pilaſtres de la Grille de devant,
font les Epées du Grand
Ecuyer.
des Amb . de Siam. 29
Quant à la petite Ecurie,
les Remiſes des Carroſſes ſont
dans les arcades de la demylune
du fond de la court, au
nombre de huit à neuf de
chaque coſté. De la porte de
l'Avant- corps du milieu , on
entre dans la plus large Ecurie
à deux rangs , chacun de
25 Chevaux , entre leſquels
on paſſe ; & au bout eſt une
grande Coupe ou Voûte
ſpherique , de 12 toiſes de
diamétre, qui ſepare les deux
autres Ecuries où les Chevaux
de chacune ſont ſur deux
rangs de34Chevaux chacun,
C.iij
30 III. P. du Voyage
:
Les Rateliers font le long des
pilliers qui la ſeparent en
deuxberceaux, & laiſſent encore
affez d'eſpace derriere
les Chevaux pour y pouvoir
aller en carroffe ; & en
retour, au bout de celles-cy,
font deux Ecuries à un rang,
chacun de 47 Chevaux. Le
Dôme eſt porté ſur 4 pendentifs
; il eſt voûté de pierres,
&éclairé par un jour au milieu,
dont le chaſſis de fer un
peu ceintré , porte les vîtres .
Derriere cette Ecurie eft
encore une entrée principale
au milieu d'un grandAvant
des Amb. de Siam. 31
corps environné d'un fronton
triangulaire , dans lequel
eſt un Bas- relief qui repreſente
Alexandre qui dompte
Bucephale. Ce Bas-relief eft
de M Girardon .
Derriere cette Ecurie font
deux autres grandes Ecuries
de 54 Chevaux chacune ; &
dans la court qui eſt interposée
entre cette augmentation
& le corps de la petite
Ecurie, eſt un petit Manege.
Outre ces Ecuries il y a
une court derriere , où eſt
l'Infirmerie des Chevaux ; ce
font de petites Ecuries de 2 .
Cij
32 III. P. du Voyage
de 4. & de 6 Chevaux. Je
vous ay déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres,
que ces Ecuries ſont du deffein
de M Manſard. Il receut
tant de loüanges,quand
elles furent achevées , qu'il
feroit inutile de luy en donner
icy.
la grande & la petite Ecurie.
Ce font deux grands corps de
Baſtiment ſeparez l'un de
l'autre , regardant le Chafteau
en face. Ils ſont ſituez
entre les trois avenuës qui
forment une patte d'Oye ,
par laquelle on arrive àVer-
:
24 III. P. du Voyage
failles. Ces Ecuries font partie
de la cloſture de la grande
Avant- court , ou Place d'armes.
Elles conſiſtent chacune
en cinq courts , dont la
grande plus étroite à l'entrée
que dans le fond , n'eſt fermée
devant que par unegril.
le de trente-deux toiſes de
long,& les Pavillons de neuf
toiſes , qui flanquent les aîles
de trente- ſept toiſfes de long ,
retournent vers le fond de la
court , pour la terminer en
demy - lune par deux portions
de cercles d'ouverture,
de trente- quatre qui ſe vont
joindre
des Amb. de Siam. 25
joindre à un grand Avantcorps
où eſt la principale
Porte. Aprés font les deux
moyennes Cours entourées
de baſtimens de 20 toiſes ſur
douze. Aux coſtez du dehors
paroiffent les deux petites
Cours pour les fumiers , de
20 toiſes de long fur 9. de
large, fermées pardevant d'un
mur de cloſture , de la hauteur
du premier étage. Toute
la decoration du dehors n'eſt
que de bofſages ou de pierres
de refand. Les croisées
des rez de chauffée ſont
bombées , &priſes dans des
C
26 III. P. du Voyage
arcades , & celles du premier
étage font quarrées, longues
en hauteur. Ily a des tables
de briques dans les trumeaux
des aifles . Les combles font
d'une belle proportion,&les
lucarnes qui éclairent l'étage
en galetas , font de plomb.
Dans ces Edifices font logez
tous les Officiers des Ecuries,
&plufieurs autres perfonnes .
Ces BBaaſlttiimmens font affez bas
pour ne point empêcher la
veue du Chaſteaui ; ainfi
le niveau des faiftes ré
pond à peu prés au pavé de
marbre de la petite Court
ວ
1
desAmb. de Siam. 27
outre qu'il n'y a point de
ſouches de cheminées apparentes
au dehors . Le plandes
Grilles eft auffi ceintré , enforte
que de quelque afpect
qu'on regarde les Ecuries, on
voit les quatre Pavillons des
aiſles. Voila ce qui concerne
la decoration des dehors
qu'elles ont commune.Quant
à la diftribution du plan , il
eſt different en ce que ces
deux Ecuries ont leur uſage
particulier. La plus grade renferme
les Chevaux de main.
De la grande Arcade qui
eſt au fond de la court &
Cij
28. III. P. du Voyage
dans le milieu de l'avantcorps,
on entre dans ungrand
Manege couvert, de 20 toiſes
ſur huit , aux coſtez duquel
font deux Ecuries. Derriere
l'Ecurie eſt un grand
Manege pour les Jouftes &
Tournois , au devant duquel
eſt le Chenil . La ſculpture de
l'Avant-corps du milieu renferme
de grands Bas-reliefs,
des Trophées d'armes , des
Harnois & autres ouvrages
de cette nature ; & dans les
Pilaſtres de la Grille de devant,
font les Epées du Grand
Ecuyer.
des Amb . de Siam. 29
Quant à la petite Ecurie,
les Remiſes des Carroſſes ſont
dans les arcades de la demylune
du fond de la court, au
nombre de huit à neuf de
chaque coſté. De la porte de
l'Avant- corps du milieu , on
entre dans la plus large Ecurie
à deux rangs , chacun de
25 Chevaux , entre leſquels
on paſſe ; & au bout eſt une
grande Coupe ou Voûte
ſpherique , de 12 toiſes de
diamétre, qui ſepare les deux
autres Ecuries où les Chevaux
de chacune ſont ſur deux
rangs de34Chevaux chacun,
C.iij
30 III. P. du Voyage
:
Les Rateliers font le long des
pilliers qui la ſeparent en
deuxberceaux, & laiſſent encore
affez d'eſpace derriere
les Chevaux pour y pouvoir
aller en carroffe ; & en
retour, au bout de celles-cy,
font deux Ecuries à un rang,
chacun de 47 Chevaux. Le
Dôme eſt porté ſur 4 pendentifs
; il eſt voûté de pierres,
&éclairé par un jour au milieu,
dont le chaſſis de fer un
peu ceintré , porte les vîtres .
Derriere cette Ecurie eft
encore une entrée principale
au milieu d'un grandAvant
des Amb. de Siam. 31
corps environné d'un fronton
triangulaire , dans lequel
eſt un Bas- relief qui repreſente
Alexandre qui dompte
Bucephale. Ce Bas-relief eft
de M Girardon .
Derriere cette Ecurie font
deux autres grandes Ecuries
de 54 Chevaux chacune ; &
dans la court qui eſt interposée
entre cette augmentation
& le corps de la petite
Ecurie, eſt un petit Manege.
Outre ces Ecuries il y a
une court derriere , où eſt
l'Infirmerie des Chevaux ; ce
font de petites Ecuries de 2 .
Cij
32 III. P. du Voyage
de 4. & de 6 Chevaux. Je
vous ay déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres,
que ces Ecuries ſont du deffein
de M Manſard. Il receut
tant de loüanges,quand
elles furent achevées , qu'il
feroit inutile de luy en donner
icy.
Fermer
Résumé : Description de la Grande & Petite Ecurie du Roy à Versailles. [titre d'après la table]
Le texte décrit les grandes et petites écuries du Château, deux bâtiments distincts situés face au château et séparés par trois avenues formant une patte d'oie. Ces écuries font partie de la clôture de la grande avant-cour ou place d'armes. Chaque écurie comprend cinq cours : une grande cour, deux moyennes et deux petites. La grande cour est fermée par une grille et mesure trente-deux toises de long, tandis que les pavillons mesurent neuf toises et se retournent vers le fond de la cour pour la terminer en demi-lune. Les bâtiments sont décorés de bossages ou de pierres de refend, avec des croisées bombées au rez-de-chaussée et carrées au premier étage. Les combles sont proportionnés et les lucarnes en plomb éclairent l'étage en galetas. La grande écurie abrite les chevaux de main et comprend un manège couvert, deux écuries, un grand manège pour les joutes et tournois, et un chenil. La petite écurie, quant à elle, possède des remises pour les carrosses et plusieurs écuries pour les chevaux disposés en rangs. Les rateliers sont placés le long des piliers, permettant le passage des carrosses. Derrière la petite écurie se trouve une entrée principale avec un fronton triangulaire et un bas-relief représentant Alexandre domptant Bucéphale, œuvre de Girardon. Les écuries sont conçues par Mansard et ont reçu de nombreuses louanges à leur achèvement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 32-36
Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Mots clefs :
Chevaux, Ambassadeurs, Poil, Jacques-Louis de Beringhen, Roi, Rang, Perle, Rubans, Tête, Chevaux de carrosse, Petite écurie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ont eſté
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
Fermer
Résumé : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambassadeurs de Siam visitèrent les écuries royales, accueillis par le Marquis de Beringhen, Premier Écuyer du Roi, et d'autres Écuyers ainsi que la noblesse. La visite fut marquée par la présence de nombreux valets et personnes en livrée. Après les salutations, les Ambassadeurs admirèrent cinq attelages de dix chevaux chacun, incluant des chevaux d'Espagne, des Brandebourgs de Prusse, des gris de perle du Comte d'Oldembourg, des Tygres de Pologne et des feuilles-mortes du même Comte. Ils notèrent la fierté, la beauté et la diversité des chevaux. Ensuite, ils furent conduits au rang des montures de Monseigneur, où ils virent des chevaux français et anglais ornés de bridons blancs et de rubans rouges, ainsi que des chevaux de carrosse garnis de rubans aux queues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 36-42
Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ensuite à la Sellerie de Monseigneur, dans laquelle [...]
Mots clefs :
Chevaux, Sellerie du dauphin, Selles, Poteaux, Monture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Ils allerent enſuite à la Sellerie
de Monſeigneur , dans
laquelle ſont cinq grandes
Armoires à deux batans .
Dans celle du milieu , &
qu'on trouve en face , font
toutes les Lances , les Dards,
des Amb. de Siam. 37
toutes les Brides d'argent &
de vermeil doré , & tout ce
qu'il y a de plus riche dans
ces fortes de harnois .
Celles qui font à droite&
à gauche de cette Armoire,
font remplies de Houſſes, de
Croupes & de Chaperons de
Piſtolets, trés-riches . Au haut
des meſmes Armoires font
encore quantité de Selles enrichies
de toutes fortes de
broderies.
Dans la quatriéme Armoire
, & qui eſt à droite , font
toutes les Selles à l'Angloiſe,
avec leurs petites Houſſes ;
38 III. P. du Voyage
elles font auffi propres que
riches).
Dans la cinquiéme,&qu'on
trouve à gauche, font toutes
les Houffes en fouliers . Elles
font d'une trés - grande richeſſe
, & fervent pour les
Cavalcades & promenades
avec les Dames .
Dans le pourtour du reſte
de la Sellerie , font des poteaux
triangulaires , ſur lefquels
les Selles des Chevaux
de Monſeigneur font toujours
en êtar , & fur le bout
de chaque poteau eſt le nom
du Cheval , auquel doit fervir
la Selle .
des Amb. de Siam, 39
Au deſſous de ces poteaux
régne encore un cordon d'autres
poteaux ronds, en forme
de cordon , ſur leſquels on
met les Brides dans le même
ordre,&come elles ne ſuffifent
pas pour les remplir, on voit
fur ceux qui reſtent quantité
de Harnois neufs qu'on tient
tout prefts , pour le beſoin
que lesChevaux de monture
de Monſeigneur en peuvent
avoir. Il y a encore une autre
Sellerie pour les Chevaux
de fuite.
- Les Ambaſſadeurs admirerent
trois choſes dans ces
40 III P. duVoyage
Selleries, ſur leſquelles ils s'expliquerent
, ſçavoir le grand
nombre de ces Equipages de
Chevaux, leur richeffe, & le
bon ordre dans lequel ils font
tenus .
Ils furent enſuite conduits
dans le rang des Attelages ,
qu'ils n'avoient pas encor vû.
Ce rang eſtoit tout remply de
trés-beauxChevaux. Leurgradeur
& leur épaiffeur les furprirent
tellementqu'ils en mefurerent
quelques-uns, &particulierement
de ceux de l'Attelage
qui ne fert qu'aux Entrées
des Ambaſſadeurs , avec
des Amb . de Siam. 41
un Carroſſe trés-riche , qui
n'eſt deſtiné qu'à ce ſeul uſage.
Le dedans eft d'un velours
cramoiſi , brodé d'or , d'un
trés-beau travail. Le dehors
eſt peint & doré dans tous
les endroits qui peuventfouffrir
la peinture & la dorure.
L'attelage de ce Carroſſe eſt
de douze Chevaux.
Les autres qu'ils meſurerent,
& qu'ils trouverent trésbeaux
& trés-grands , furent
les Chevaux du Corps , qui
font gris & pommelez .
Ils paſſerent de là dans d'autres
rangs, puis ils s'arrêterent
D
42 III. P. du Voyage
à confiderer le Dôme dont je
vous ay déja parlé , & ils le
trouverent auſſi hardy que
beau .
:
Aprés qu'ils eurent paffé
dans tous les rangs d'attelages
, on les mena dans ceux
des montures de Sa Majesté,
où tous les Chevaux estoient
auſſi en bridons & en rubans.
de pareille longueur que
celuy deMonſeigneur,& tient
48 places : la plupart de ces
Chevaux de monture ſont de
France & d'Angleterre.
de Monſeigneur , dans
laquelle ſont cinq grandes
Armoires à deux batans .
Dans celle du milieu , &
qu'on trouve en face , font
toutes les Lances , les Dards,
des Amb. de Siam. 37
toutes les Brides d'argent &
de vermeil doré , & tout ce
qu'il y a de plus riche dans
ces fortes de harnois .
Celles qui font à droite&
à gauche de cette Armoire,
font remplies de Houſſes, de
Croupes & de Chaperons de
Piſtolets, trés-riches . Au haut
des meſmes Armoires font
encore quantité de Selles enrichies
de toutes fortes de
broderies.
Dans la quatriéme Armoire
, & qui eſt à droite , font
toutes les Selles à l'Angloiſe,
avec leurs petites Houſſes ;
38 III. P. du Voyage
elles font auffi propres que
riches).
Dans la cinquiéme,&qu'on
trouve à gauche, font toutes
les Houffes en fouliers . Elles
font d'une trés - grande richeſſe
, & fervent pour les
Cavalcades & promenades
avec les Dames .
Dans le pourtour du reſte
de la Sellerie , font des poteaux
triangulaires , ſur lefquels
les Selles des Chevaux
de Monſeigneur font toujours
en êtar , & fur le bout
de chaque poteau eſt le nom
du Cheval , auquel doit fervir
la Selle .
des Amb. de Siam, 39
Au deſſous de ces poteaux
régne encore un cordon d'autres
poteaux ronds, en forme
de cordon , ſur leſquels on
met les Brides dans le même
ordre,&come elles ne ſuffifent
pas pour les remplir, on voit
fur ceux qui reſtent quantité
de Harnois neufs qu'on tient
tout prefts , pour le beſoin
que lesChevaux de monture
de Monſeigneur en peuvent
avoir. Il y a encore une autre
Sellerie pour les Chevaux
de fuite.
- Les Ambaſſadeurs admirerent
trois choſes dans ces
40 III P. duVoyage
Selleries, ſur leſquelles ils s'expliquerent
, ſçavoir le grand
nombre de ces Equipages de
Chevaux, leur richeffe, & le
bon ordre dans lequel ils font
tenus .
Ils furent enſuite conduits
dans le rang des Attelages ,
qu'ils n'avoient pas encor vû.
Ce rang eſtoit tout remply de
trés-beauxChevaux. Leurgradeur
& leur épaiffeur les furprirent
tellementqu'ils en mefurerent
quelques-uns, &particulierement
de ceux de l'Attelage
qui ne fert qu'aux Entrées
des Ambaſſadeurs , avec
des Amb . de Siam. 41
un Carroſſe trés-riche , qui
n'eſt deſtiné qu'à ce ſeul uſage.
Le dedans eft d'un velours
cramoiſi , brodé d'or , d'un
trés-beau travail. Le dehors
eſt peint & doré dans tous
les endroits qui peuventfouffrir
la peinture & la dorure.
L'attelage de ce Carroſſe eſt
de douze Chevaux.
Les autres qu'ils meſurerent,
& qu'ils trouverent trésbeaux
& trés-grands , furent
les Chevaux du Corps , qui
font gris & pommelez .
Ils paſſerent de là dans d'autres
rangs, puis ils s'arrêterent
D
42 III. P. du Voyage
à confiderer le Dôme dont je
vous ay déja parlé , & ils le
trouverent auſſi hardy que
beau .
:
Aprés qu'ils eurent paffé
dans tous les rangs d'attelages
, on les mena dans ceux
des montures de Sa Majesté,
où tous les Chevaux estoient
auſſi en bridons & en rubans.
de pareille longueur que
celuy deMonſeigneur,& tient
48 places : la plupart de ces
Chevaux de monture ſont de
France & d'Angleterre.
Fermer
Résumé : Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent la sellerie de Monseigneur, qui comprend cinq grandes armoires. La première armoire centrale contient des lances, des dards, des brides précieuses et d'autres objets des ambassadeurs de Siam. Les armoires adjacentes abritent des housses, des croupes et des chaperons de pistolets ornés. Les armoires supérieures renferment des selles brodées. La quatrième armoire contient des selles à l'anglaise avec leurs housses, et la cinquième des houppes en soie pour les cavalcades. Autour de la sellerie, des poteaux triangulaires supportent les selles des chevaux de Monseigneur, tandis que des poteaux ronds accueillent les brides et des harnais neufs. Une autre sellerie est dédiée aux chevaux de fuite. Les ambassadeurs admirèrent la richesse et l'ordre des équipements. Ils furent ensuite conduits aux attelages, impressionnés par les chevaux de l'attelage des ambassadeurs, attelés à un carrosse richement décoré. Ils admirèrent aussi les chevaux du corps, gris et pommelés, et le dôme, jugé hardi et beau. Enfin, ils virent les montures de Sa Majesté, toutes en bridons et rubans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 42-46
Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent aprés dans la Sellerie du Roy ; elle est grande [...]
Mots clefs :
Sellerie du roi, Housses, Montures, Armoires, Broderie, Équipages, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Ils allerent aprés dans la
Sellerie duRoy ; elle eſtgran
des Amb. de Siam. 43.
de& fort belle,& toute lambriffée
de Menuiferie. Il y a
quantité d'Armoires trésgrandes
qui en occupent toute
une face. Dans celle du
milieu font les Houſſes en
Souliers, qui font trés-belles,
trés-magnifiques , & en tresgrand
nombre. Il y en a
une fort remarquable, & routà-
fait finguliere. Le fonds eft
d'un velours violet , enrichy
d'un travail d'Acier , plus
beau & plus délicat que la
plus belle & plus fine broderie.
Dans les autres Armoires
Dij
44 III. P. du Voyage
font les Houſſes en bottines ,
avec les fourreaux & les cuftodes
de Pistolets extrêmement
riches, & dont le nombre
est fort grand.
Dans une autre font les
Houſſes en broderie, qui fervent
aux Dames lors qu'elles
montent àCheval.
-. La derniere eſt remplie de
Houſſes , de Croupes & d'Equipages
à la Perſane. Le
refte du contour de la Sellerie
eſt garny de Porte-felles
triangulaires, fur leſquels font
les Selles des montures , avec
le nom desChevaux auſquels
des Amb. de Siam . 45
elles ſervent. Les Rateliers
font au deſſous & tout tournez
; ils font remplis d'une
grande quantité de Brides
garnies d'argent& d'or moulu,
qui ſervent aux montures,
fans compter un fort grand
nombre d'autres Brides toûjours
en état de ſervir. Ily a
encore deux autres Selleries,
dont je ne parle point. On y
met tous les Equipages du
reſte des Chevaux qui font
à la petite Ecurie. LesAmbaffadeurs
virent auſſi les montures
de tous les Officiers à
qui leRoy en fournit; lesChe
46 III. P. duVoyage
vaux Perfans, & les Chevaux
découplez, dont on fit méme
fortir quelques-uns ainſi qu'ils
le ſouhaiterent, afin qu'ils les
puſſent mieux voir .
Sellerie duRoy ; elle eſtgran
des Amb. de Siam. 43.
de& fort belle,& toute lambriffée
de Menuiferie. Il y a
quantité d'Armoires trésgrandes
qui en occupent toute
une face. Dans celle du
milieu font les Houſſes en
Souliers, qui font trés-belles,
trés-magnifiques , & en tresgrand
nombre. Il y en a
une fort remarquable, & routà-
fait finguliere. Le fonds eft
d'un velours violet , enrichy
d'un travail d'Acier , plus
beau & plus délicat que la
plus belle & plus fine broderie.
Dans les autres Armoires
Dij
44 III. P. du Voyage
font les Houſſes en bottines ,
avec les fourreaux & les cuftodes
de Pistolets extrêmement
riches, & dont le nombre
est fort grand.
Dans une autre font les
Houſſes en broderie, qui fervent
aux Dames lors qu'elles
montent àCheval.
-. La derniere eſt remplie de
Houſſes , de Croupes & d'Equipages
à la Perſane. Le
refte du contour de la Sellerie
eſt garny de Porte-felles
triangulaires, fur leſquels font
les Selles des montures , avec
le nom desChevaux auſquels
des Amb. de Siam . 45
elles ſervent. Les Rateliers
font au deſſous & tout tournez
; ils font remplis d'une
grande quantité de Brides
garnies d'argent& d'or moulu,
qui ſervent aux montures,
fans compter un fort grand
nombre d'autres Brides toûjours
en état de ſervir. Ily a
encore deux autres Selleries,
dont je ne parle point. On y
met tous les Equipages du
reſte des Chevaux qui font
à la petite Ecurie. LesAmbaffadeurs
virent auſſi les montures
de tous les Officiers à
qui leRoy en fournit; lesChe
46 III. P. duVoyage
vaux Perfans, & les Chevaux
découplez, dont on fit méme
fortir quelques-uns ainſi qu'ils
le ſouhaiterent, afin qu'ils les
puſſent mieux voir .
Fermer
Résumé : Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité la sellerie du roi, un espace grand et somptueux entièrement lambrissé. Cette sellerie contient plusieurs armoires immenses. La première armoire abrite des housses pour souliers, dont une en velours violet orné de travail d'acier délicat. Les autres armoires contiennent des housses pour bottines, des fourreaux et des étuis à pistolets richement décorés, ainsi que des housses en broderie pour dames montant à cheval. La dernière armoire est remplie de housses, de croupes et d'équipements à la persane. La sellerie est également garnie de porte-felles triangulaires supportant des selles accompagnées des noms des chevaux. En dessous, des rateliers contiennent des brides en argent et or moulu, ainsi que d'autres brides prêtes à l'emploi. Le texte mentionne deux autres selleries où sont entreposés les équipements des autres chevaux de la petite écurie. Les ambassadeurs ont également vu les montures des officiers fournis par le roi, ainsi que des chevaux persans et des chevaux découverts, certains ayant été sortis à leur demande pour une meilleure observation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 48-58
Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le même jour à la grande Ecurie. Mr le [...]
Mots clefs :
Grande écurie, Henri de Lorraine, Comte de Brionne, Chevaux, Pages, Ambassadeurs, Écuyers, Livrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
à la grande Ecurie. Mle
Comte de Brionne , receu en
furvivance de la Charge de
Grand Ecuyer , que poffede
Me le Comte d'Armagnanc
fon pere, les y reçut. Il eſtoit
accompagné de ſes Ecuyers,
Sousdes
Amb. de Siam. 49
Sous-Ecuyers , Gouverneurs,
des Pages, de pluſieurs autres
Officiers , de so à 60 Pages&
Valets de pieds ; d'un trésgrand
nombre d'autres gens
de Livrée , ſervant aux Carroffes
& aux Chevaux , &
d'autres qui ont diverſes
fonctions dans les Ecuries.
Ils furent d'autant plus furpris
de voir tant de perſonnes
vêtues de Livrée, qu'-
ils en venoient de voir à la
petite Ecurie , un nombre
qui leur avoit paru infiny.
Cependant ils auroient eſté
moins étonnez , s'ils avoient
E
50 III. P. du Voyage
ſçû que plufieurs Voyageurs
ont remarqué &même fait
imprimer dans les Livres de
Voyage qu'ils ont donnez au
Public, qu'il y a peu de Souverains
en Europe , meſme
parmy les plus puiſſans, dont
laMaiſon ſoit composée d'autant
d'Officiers que le Roy
de France a ſeulement de perfonnes
de Livrée à fon fervice.
Les Ambaſſadeurs remarquerent
d'abord la be auté
du Bâtiment, dont ils s'entre
tinrent avec Mr le Comte
deBrionne. Ils firent le tour
des Ecuries , & virent plus de
:
des Amb. de Siam. 51
deux cens Chevaux de Manege,
attachez aux rateliers avec
des bridons à l'Angloiſe . Ces
Chevaux avoient des rubans
comme ceux de la petite Ecu
rie . Parmy ce nombre il y en
avoit beaucoup des Haras du
Roy d'Eſpagne, d'autres d'Italie
, & des Barbes de different
poil , des plus beaux
qu'il y ait au monde , que Sa
Majesté entretient, tant pour
ſa perſonne dans le temps de
Guerre, que pour faire aprendre
à ſes Pages à monter à
Cheval. Ils virent enſuite
cent trés - beaux Coureurs
E ij
52 III . P. du Voyage
Anglois, que leRoy entretient
pour la Chaſſe ; aprés quoy
M le Comte de Brionne
voulut leur donner le plaifir
de faire monter devant eux
quelques Chevaux de Manege.
Comme ce plaiſir devoit
durer longtemps,on fit affeoir
les Ambaſſadeurs. M du Plef
fis , Ecuyer du Roy , qui eſt
un des plus habiles dont on
ait encore ouy parler ; & M
Denos dont la reputation eſt
auffi beaucoup connue, firent
feller enyiron quarante Chevaux
avec de trés- riches Seltes
. Ils en firent monter cinq
des Amb. de Siam. 53
ou fix par des Pages, qui hors
de la prefence de leursMaîtres
auroient pû paſſfer eux-mefmes
pour de grands Maiſtres .
Les Ambaſſadeurs furent furpris
de voir des Chevaux qui
ſemblét n'avoir d'autrevolonté
que celle d'obeir au Cavalier
qui les monte , & de
plaire à ceux devant qui ils
paroiffent. M du Queſmy &
M Marbeuf, Pages du Roy,
y firent remarquer leur adrefſe
; le premier, ſur un Cheval
de galopade , qui ſembloit
n'eſtre fait que pour le
plaiſir & la feureté del'hom-
E iij
54 III. P. du Voyage
me ; & l'autre ſur un desplus
rudes Sauteurs qui ſe voyent.
Ce dernier par ſes fauts redoublez
, & d'une hauteur prodigieuſe
, ne ſurprit pas feulement
l'attente des Ambaſſadeurs,
mais fit paroiftre prefque
impoffible l'art de fe pouvoir
tenir deſſus , & celuy de
l'avoir pû mettre à un air fi
relevé ; de forte que leur êtonnemét
euſt preſque fait croire
qu'ils penſoient que les hõmes
eſtoient colez aux Chevaux.
Enfin ils plaignirent fort ceux
qui montoient les Sauteurs.
Mª de la Chenaye fils d'un
des Amb. de Siam. 55
des Gouverneurs des Pages
du Roy , & Ecolier de Monſieur
du Pleſſis , fit voir par
deux Chevaux de galopade &
de volte qu'il monta ; que ce
n'eſt pas fans raiſon qu'on
donne tant de loüanges à ſa
juſteſſe & à ſa bonne grace,
& qu'il eſt digne Ecolier d'un
fi grandMaiſtre
Les Ambaſſadeurs furent fi
fatisfaits de ce qu'ils virent ,
qu'ils témoignerent qu'ils auroient
beaucoup de joye fi avant
leur départ , ils pouvoient jouïr
encore une fois du mesme plaisir,
dirent à M's les Ecuyers
Eiiij
56 III. P. du Voyage
qu'ils avoient de bons Diſciples,
& qu'on nese pouvoit mieux
divertir qu'ils venoient de faire.
Ils finirent par lesCoureurs
que commande M. de Boifeuil,
ce qui les ſurprit aprés
la quantité deChevaux qu'ils
avoient déja vûs.
On leur montra auſſi la
Sellerie ; je ne vous en dis
rien , parceque je viens de
vous en décrire deux. Vous
pouvez par là vous reprefenter
cette derniere ; elle eft
au Roy , & toutes les chofes
qui appartiennent à ceMonarque
ſont également belles,
des Amb. de Siam. 57
c'est-à-dire ſelon leur nature.
Je ne vous dis rien non plus
des Infirmeries des Chevaux,
que les Ambaſſadeurs virent.
J'adjoûteray feulement qu'eftant
entrez dans la grande
Ecurie ſur les quatre heures
aprés midy, ils n'en fortirent
qu'à la nuit , dans un temps
que les jours eſtoient encore
affez longs. Ils eftoient ravis
de voir l'adreſſe des hommes,
la docilité des Chevaux les
plus fiers ; & par deffus tout
cela ils eftoient charmez des
honnêtetez de Mle Comte
de Brionne , à qui en fortant
58 III . P. du Voyage
ils firent mille honnêtetez &
mille remercimens .
à la grande Ecurie. Mle
Comte de Brionne , receu en
furvivance de la Charge de
Grand Ecuyer , que poffede
Me le Comte d'Armagnanc
fon pere, les y reçut. Il eſtoit
accompagné de ſes Ecuyers,
Sousdes
Amb. de Siam. 49
Sous-Ecuyers , Gouverneurs,
des Pages, de pluſieurs autres
Officiers , de so à 60 Pages&
Valets de pieds ; d'un trésgrand
nombre d'autres gens
de Livrée , ſervant aux Carroffes
& aux Chevaux , &
d'autres qui ont diverſes
fonctions dans les Ecuries.
Ils furent d'autant plus furpris
de voir tant de perſonnes
vêtues de Livrée, qu'-
ils en venoient de voir à la
petite Ecurie , un nombre
qui leur avoit paru infiny.
Cependant ils auroient eſté
moins étonnez , s'ils avoient
E
50 III. P. du Voyage
ſçû que plufieurs Voyageurs
ont remarqué &même fait
imprimer dans les Livres de
Voyage qu'ils ont donnez au
Public, qu'il y a peu de Souverains
en Europe , meſme
parmy les plus puiſſans, dont
laMaiſon ſoit composée d'autant
d'Officiers que le Roy
de France a ſeulement de perfonnes
de Livrée à fon fervice.
Les Ambaſſadeurs remarquerent
d'abord la be auté
du Bâtiment, dont ils s'entre
tinrent avec Mr le Comte
deBrionne. Ils firent le tour
des Ecuries , & virent plus de
:
des Amb. de Siam. 51
deux cens Chevaux de Manege,
attachez aux rateliers avec
des bridons à l'Angloiſe . Ces
Chevaux avoient des rubans
comme ceux de la petite Ecu
rie . Parmy ce nombre il y en
avoit beaucoup des Haras du
Roy d'Eſpagne, d'autres d'Italie
, & des Barbes de different
poil , des plus beaux
qu'il y ait au monde , que Sa
Majesté entretient, tant pour
ſa perſonne dans le temps de
Guerre, que pour faire aprendre
à ſes Pages à monter à
Cheval. Ils virent enſuite
cent trés - beaux Coureurs
E ij
52 III . P. du Voyage
Anglois, que leRoy entretient
pour la Chaſſe ; aprés quoy
M le Comte de Brionne
voulut leur donner le plaifir
de faire monter devant eux
quelques Chevaux de Manege.
Comme ce plaiſir devoit
durer longtemps,on fit affeoir
les Ambaſſadeurs. M du Plef
fis , Ecuyer du Roy , qui eſt
un des plus habiles dont on
ait encore ouy parler ; & M
Denos dont la reputation eſt
auffi beaucoup connue, firent
feller enyiron quarante Chevaux
avec de trés- riches Seltes
. Ils en firent monter cinq
des Amb. de Siam. 53
ou fix par des Pages, qui hors
de la prefence de leursMaîtres
auroient pû paſſfer eux-mefmes
pour de grands Maiſtres .
Les Ambaſſadeurs furent furpris
de voir des Chevaux qui
ſemblét n'avoir d'autrevolonté
que celle d'obeir au Cavalier
qui les monte , & de
plaire à ceux devant qui ils
paroiffent. M du Queſmy &
M Marbeuf, Pages du Roy,
y firent remarquer leur adrefſe
; le premier, ſur un Cheval
de galopade , qui ſembloit
n'eſtre fait que pour le
plaiſir & la feureté del'hom-
E iij
54 III. P. du Voyage
me ; & l'autre ſur un desplus
rudes Sauteurs qui ſe voyent.
Ce dernier par ſes fauts redoublez
, & d'une hauteur prodigieuſe
, ne ſurprit pas feulement
l'attente des Ambaſſadeurs,
mais fit paroiftre prefque
impoffible l'art de fe pouvoir
tenir deſſus , & celuy de
l'avoir pû mettre à un air fi
relevé ; de forte que leur êtonnemét
euſt preſque fait croire
qu'ils penſoient que les hõmes
eſtoient colez aux Chevaux.
Enfin ils plaignirent fort ceux
qui montoient les Sauteurs.
Mª de la Chenaye fils d'un
des Amb. de Siam. 55
des Gouverneurs des Pages
du Roy , & Ecolier de Monſieur
du Pleſſis , fit voir par
deux Chevaux de galopade &
de volte qu'il monta ; que ce
n'eſt pas fans raiſon qu'on
donne tant de loüanges à ſa
juſteſſe & à ſa bonne grace,
& qu'il eſt digne Ecolier d'un
fi grandMaiſtre
Les Ambaſſadeurs furent fi
fatisfaits de ce qu'ils virent ,
qu'ils témoignerent qu'ils auroient
beaucoup de joye fi avant
leur départ , ils pouvoient jouïr
encore une fois du mesme plaisir,
dirent à M's les Ecuyers
Eiiij
56 III. P. du Voyage
qu'ils avoient de bons Diſciples,
& qu'on nese pouvoit mieux
divertir qu'ils venoient de faire.
Ils finirent par lesCoureurs
que commande M. de Boifeuil,
ce qui les ſurprit aprés
la quantité deChevaux qu'ils
avoient déja vûs.
On leur montra auſſi la
Sellerie ; je ne vous en dis
rien , parceque je viens de
vous en décrire deux. Vous
pouvez par là vous reprefenter
cette derniere ; elle eft
au Roy , & toutes les chofes
qui appartiennent à ceMonarque
ſont également belles,
des Amb. de Siam. 57
c'est-à-dire ſelon leur nature.
Je ne vous dis rien non plus
des Infirmeries des Chevaux,
que les Ambaſſadeurs virent.
J'adjoûteray feulement qu'eftant
entrez dans la grande
Ecurie ſur les quatre heures
aprés midy, ils n'en fortirent
qu'à la nuit , dans un temps
que les jours eſtoient encore
affez longs. Ils eftoient ravis
de voir l'adreſſe des hommes,
la docilité des Chevaux les
plus fiers ; & par deffus tout
cela ils eftoient charmez des
honnêtetez de Mle Comte
de Brionne , à qui en fortant
58 III . P. du Voyage
ils firent mille honnêtetez &
mille remercimens .
Fermer
Résumé : Les Ambassadeurs sont receus à la Grande Ecurie par Mr le Comte de Brionne, avec le détail de tout ce qui regarde cette Ecurie, & les Chevaux qu'on y voit, & qu'on fit monter devant les Ambassadeurs, & tout ce qui s'est fait & dit pendant le temps qu'ils y ont demeuré. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs du Siam se rendirent à la grande Ecurie, où ils furent accueillis par le comte de Brionne, Grand Ecuyer, entouré de nombreux officiers, pages, valets et autres personnes en livrée. Ils furent impressionnés par le grand nombre de personnes en livrée, ayant déjà observé un nombre important à la petite Ecurie. Ils admirèrent la beauté du bâtiment et visitèrent les écuries, où ils découvrirent plus de deux cents chevaux de manège, provenant notamment des haras du roi d'Espagne, d'Italie et des Barbes. Ils remarquèrent également cent beaux coureurs anglais destinés à la chasse. Le comte de Brionne leur offrit une démonstration de dressage avec des chevaux montés par des écuyers habiles et des pages. Les ambassadeurs furent impressionnés par la docilité des chevaux et l'adresse des cavaliers, en particulier les pages du roi. Ils exprimèrent leur satisfaction et leur désir de revivre cette expérience avant leur départ. Ils admirèrent également la sellerie et les infirmeries des chevaux. Ils quittèrent la grande Ecurie à la nuit, après avoir passé l'après-midi à admirer l'adresse des hommes et la docilité des chevaux, tout en étant charmés par les honnêtetés du comte de Brionne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
12
p. 245-269
Lille. [titre d'après la table]
Début :
Ce même jour 3. de Novembre ils allerent coucher à [...]
Mots clefs :
Lille, Ville, Fort, Sébastien Le Prestre de Vauban, Roi, La Rablière, Place, Hôtel de la monnaie, Flandre, Citadelle, Ambassadeurs, Monde, Argent, Gendarmes, France, Temps, Dames, Moulin, Peuple, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lille. [titre d'après la table]
Ce même jour 3. de Novembre
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
ils allerent coucher à
Lifle , qui eſt ſur la Riviere de
Deulle , dont l'eau remplit ſes
doubles foffez qu'on a diftinguez
de demy-lunes. La Ville
eft fort grande & a des Eglifes
magnifiques. Baudoüin V.
dit de Lifle , Comte de Flandre
y fonda la Collegiale de
S. Pierre . C'eſt la plus confiderable
. Lifle , Capitale de la
Flandre nommée Gallicane ,
fut entourée deMurailles par
le meſme Baudoüin V. en
1046. Philippes le Hardy y
établit une Chambre des
X iij
246 II P. du Voyage
Comtes en 1385. Le Roy la foûmit
en 1667. & comme elle eſt
reftée à la France par la Paix
d'Aix la Chapelle en 1668, Sa
Majesté y a fait élever une
forte Citadelle flanquée de
cinq grands BaſtionsRoyaux.
Apeine les Ambaſſadeurs furent-
ils fortis de Menin, qu'ils
commencerent à voir le Peuple
de Lifle qui rempliſſoit la
Campagne. A une lieuë de la
Place, ils trouverent un fort
grand nombre de Caroffes &
de Chevaux , tant de la Nobleſſe
de la Ville , que decelle
des environs .On avoitran
des Amb . de Siam. 247
gélaGendarmerie en bataille,
elle eſtoit fort leſte , & commandée
par Me Doleac qui
eſtoit à la teſte , & qui falia
les Ambaſſadeurs ainſi que
tous les Officiers ; chacun
d'eux avoit l'épée à la main.
Mde la Rabliere Comman--
dant , les reçût hors la Ville ,
&leur preſenta Mts du Magiftrat
qui leur témoignerent
la joye qu'ils avoient de les
recevoir ,& d'executer l'ordre
du Roy. Ces premiers
complimens eſtant finis , ils
entrerent dans la Ville , où la
foule du Peuple eſtoit fi gran-
X iiij
248 III. P. du Voyage
de , que les Ambaſſadeurs di
rent qu'ils croyoient eftre encore au
jour de leur Entrée à Paris. Aprés
avoir paſſé dans pluſieurs
grandes&belles ruës bordées
de Troupes , ils retrouverent
la Gendarmerie en bataille
dans la place. M² de la Rabliere
les alla voir peu de
temps aprés leur arrivée , &
leur demanda le Mot. Ils
ſçavoient que Me le Maref
chal de Humieres , Gouverneur
de Lifle , commandoit
les Armées du Roy , & eftoit
grand Maître de l'Artillerie ,
c'eſt pourquoy ils donnerent,
des Anb. de Siam. 249
quand le Soleil menace , le Tonnere
gronde. Il y eut beaucoup
de monde à les voir fouper ,
&fur tout quantité de Dames,
il s'en trouva un grand nombre
de fort belles. Le lendemain
M de la Rabliere donna
ordre qu'on amenaft des
Caroſſes à la porte du lieu où
ils eftoient logez , & les conduiſit
à la Citadelle. Ils y furent
receus au bruit du Canon
, comme ils l'avoient eſté
le jour precedent au bruit de
celuy de la Ville. L'Infanterie
eſtoit en bataille. Ils monterent
fur les Remparts , & en
250 III P duVoyage
firent le tour , avec M Morion
qui en eſt Lieutenant de
Roy , ainſi qu'avec le Major &
l'Ingenieur ,je dis l'Ingenieur,
parcequ'il y en a undans chaque
Place. On leur dit que
Mr de Vauban estoit Gouverneur
de cette Citadelle qu'il avoit
luy-mefme fait construire ,
que c'étoit le premier homme du
Monde pour les Fortifications ,
&que tout ce qu'il y avoit de
beaux Ouvrages en France de
cette nature , avoient étéfaits par
fesfoins. Ils allerent voir fon
Jardin qui eſt dans la meſme
Citadelle , & entrerent dans
des Amb. de Siam. 251
une Grotte où l'on fit moüiller
beaucoup de monde pour
les divertir. Ils virent auffi
P'Arcenal qui eſt dans le même
lieu ,& generalement tout
ce qu'ils jugerent digne de
leur curioſité , c'eſt à dire qu'ils
ne laiſſerent aucun endroit de
la Place ſans le viſiter. Le même
jour ils eurent le plaifir
d'une Chaſſe , dont ils avoient
eſté priez par Me de la Rabliere
; ils allerent juſques à la
porte de la Ville dans les Caroffes
qu'il leur avoit envoyez,
puis ils monterent à cheval.
Il y avoit auſſi quantité de
252 III. P. du Voyage
Dames à cheval fort parées
& veſtuës en Amazones , &
plus de vingt mille perfonnes.
Les chiens prirent beaucoup
de gibier , & comme la populace
en prit encore davantage
, on fut contraint de
faire ceffer la chaffe , & d'obliger
du moins autant qu'on
le pût , tout ce grand Peuple
à rentrer. M du Magiftrat
leur donnerent la Comedie
dans l'Hôtel de Ville , aprés
quoy ils pafferent dans une
grande Sale , où il y avoit un
fort beau Concert de voix , &
d'inſtrumens qui dura une
1
desAmb. de Siam. 253
heure & demie. Ils allerent
delà dans une autre Salle où
eſtoit ſervie une collation magnifique
de vingt couverts.
Les Dames ſe mirent à table,
& la beauté de Mlle de la
Rianderie , qui charma toute
l'Aflemblée , auroit eu tous
les applaudiſſemens, ſiſa douceur
n'euſt pas eu l'avantage
de les partager. L'Ambaffadeur
donna ce ſoir là pour
mot , Ie defendray mon Ouvrage
, voulant dire que M de
Vauban qui avoit fait la Citadelle
, la defendroit auffibien
que la Ville , ſi l'une &
254 III. P. du Voyage
l'autre eſtoit attaquée. L'af-
Auence du monde ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, qu'il y avoit apparence
que la plus part des Dames ,
loin de pouvoir trouver place
, ne pourroient pas meſme
entrer. Cela fut cauſe que les
Ambaſſadeurs prierent qu'on
ne laiſſaſt entrer qu'elles , difant
que les hommes les pouvoient
voir dans les autres lieux
où ils alloient.
Le lendemain ils furen tconduits
dans l'Hôtel de la Monnoye
par Mr de la Rabliere.
Ils commencerent par la Fondes
Amb de Siam. 255
derie , où ils virent faire les
moûles & couler dedans l'Argent
fondu , d'où l'on tira en
leur prefence les lames pour
les Loüis d'Argent de 40 ſols,
qui furent portez au Moulin ,
où ils les virent allonger &
recuire ', & enſuite coûper les
flancs. Ils en coûperent euxmêmes
pluſieurs . De là ils allerent
dans l'ouvrerie , où
les Ouvriers Ajuſteurs limerent
ces flancs , & les rendirent
du juſte poids. Enſuite
on les mena dans le Blanchi
ment, où l'on fit rougir les
flancs puis on les mit
د
256 III. P. du Voyage
boüillir à la maniere ordinaire
pour leur rendre leur
couleur naturelle. Aprés cela
ils allerent voir la nouvelle
Machine qui met les Lettres
fur la tranche avec autant de
promptitude, que de facilité
& de propreté. Ils eurent le
plaifir d'en marquer eux -
mêmes pluſieurs, & fe rendirent
dans le Monnoyage, où
aprés qu'ils eurent veu monnoyer
pluſieurs Pieces
Maiſtre de la Monnoye remarqua
qu'ils avoient envie
de voir de plus prés comme
cela ſe faiſoit. Auſſi - tôt il
د
le
des Amb. de Siam. 257
pria le premier Ambaſſadeur
d'entrer dans la Foſſe à côté
du Monnoyeur , & de mettre
luy- même les Pieces fous
la preſſe. Il le fit , & re
garda avec plaifir ſon ouvrage
, voyant la Piece recevoir
ſon empreinte des deux côtez
en même temps . Il marqua
par un ſigne de tête qu'il
comprenoit bien la choſe.
On fit voir auſſi aux Ambaſſadeurs
comment on faifoit
les laveures, & de quelle
maniere on retrouvoit l'Argent
qu'ils avoient remarqué
eſtre dans les fables des moû
Y
A
258 111. P. du Voyage
les , & qu'ils avoient veu ſe
répandre quand on avoit
jetté la Fonte dans ces moûles.
Ils furent furpris d'apprendre
que cét Argent-là
qui eft imperceptible, ſe retrouvoit
par le moyen du vif
Argent , ou Mercure . On
voulut les conduire dans l'ef
ſayerie & dans la Chambre
de la Délivrance ; mais le
temps manquoit , & on avoit
encore beaucoup de choſes à
leur faire voir ailleurs . Се-
pendant on s'apperçût qu'on
ne les tiroit de tous ces Travaux
qu'avec peine , parce
des Amb . de Siam . 159
qu'ils ne pouvoient ſe laffer
d'admirer toutes ces diverſes
machines , principalement
celles du Moulin & du Monnoyage.
Ils manioient les
Coûpoirs & les Rouleaux,
ainſi que les autres uſtenciles,
&en admiroient l'invention.
Enfin ils firent beaucoup de
remerciemens au Maîtrede la
Monnoye , & luy dirent que
l'on ne pouvoit eſtre plus
content qu'ils eftoient , &
qu'ils auroient bien voulu
avoir plus de temps pour
viſiter plus exactement tous
leurs Travaux. Ils deman-
Y ij
60. III. P. du Voyage
derent, ſi l'on n'auroit pas plûtôt
fait de jetter nos Efpeces en
moûle , comme ils faisoient les
leurs , parce que cela faciliteroit
beaucoup le travailerépargneroit
bien du monde & de la dépense .
Le Maiſtre de la Monnoye
répondit , que la Monnoyejettée
en moûle n'est jamais fi belle
que la nôtre ; &qu'à l'égard dia
grand embarras &de la grande
on ſouhaitoit plutôt
l'augmenter que de la diminuër,
pouréviter les Faux- monnoyeurs
qui font fort embaraffez quand
ils font obligez d'avoir tant de
machines. Ils virent tout
dépense ,
des Amb. de Siam. 261
د
cela en moins d'une heure
& demie le tout ayant
eſté tenu tout preſt. En entrant
& en fortant de l'Hôtel
des Monnoyes , ils regarderent
avec furpriſe le grand
Bâtiment que Sa Majefté a
fait faire pour fabriquer la
Monnoye de Flandre. S'il
eût eſté achevé , leur étonnement
eût eſté plus grand , le
deſſein en eſtant tres - beau ;
mais il n'y en a que la moitie
de bâty.
Au fortir de la monnoye,
ils allerent à l'Hôpital Comteſſe
, où ils virent des Reli262
III. P. du Voyage
gieuſes ( toutes Filles de qualité
) qui ont ſoin des malades
& des Bleffez de la Garniſon.
Leur zele les édifia beaucoup,
& leur Eglife leur parut extrémement
belle. Elles leur
firent preſent de quelques
Bouquets de leurs ouvrages,
qu'ils trouverent trés - bien
travaillez , & dont ils les remercierent
avec toute l'honnefteté
poſſible.
M Doleac qui commandoit
la Gendarmerie leur envoya
dire qu'il la feroit monter à
cheval. Ils eurent du chagrin
d'eſtre obligez de fe conten
desAmb. de Siam. 263
ter de l'avoir veuë à leur arrivée
; mais le reſte de leur
aprés- dînée devoit eſtre employée
à voir la Place, les Arcenaux
& les Magaſins. Ils
avoient eſté ſurpris de la
beauté de cette Gendarmerie
auſſi nombreuſe que leſte.
Elle estoit composée des Gendarmes
Ecoffois, de ceux de Bourgogne
& de Flandre , des Gendarmes
Anglois , des Gendarmes
& Chevaux-Legers de la Reine,
des Gendarmes &Chevaux-
Legers de Monseigneur le Dauphin
, & des Gendarmes d'Anjou.
Les Ambaſſadeuts firent
264 III . P. du Voyage
ce jour-là le tour de la Place,
qu'ils trouverent d'une grande
beauté. Ils viſiterent auffi
les Arcenaux & les Magaſins,
& furent furpris de les voir
ſi propres & d'y trouver tout
en fi bon ordre. On leur dit
que c'eſtoit par les foins de Mr
du Mets , l'un des plus braves
Officiers que le Roy ait dansſes
Troupes , & qui entend parfaitement
l' Artillerie. Ils dirent
qu'ils en avoient oüy parler fi
avantageusement en tant d'endroits
, qu'ils auroient bien foubaité
de le voir. En rentrant
ils allerent aux Jeſuites , où
tous
des Amb. de Siam. 265
tous les Peres les receurent.
Aprés qu'ils eurent viſité une
partie de leur Maiſon , on
leur fit voir un moulin à eau
qui peut eſtre mis au nombre
des chofes les plus extraordinaires
, puiſque ſans que
perſonne agiffe, il entonne le
bled, meut & fait tout le refte
que nous voyons dans les
Moulins , lorſque les hommes
s'en meflent. Ils demanderent
le Plan de ce moulin , & on
les fatisfit là-deſſus , ils furent
enfuite conduits dans une
grande Sale , où ils trouverent
une magnifique Collation. Ils
Z
226 III. P. du Voyage
dirent à ces Peres , qu'il n'appartenoit
qu'à eux de ſe diftinguer
en tout , & qu'ils ne manqueroient
pas de rendre compte
au Roy de Siam du bon accueil
qu'ils avoient reçu de leur Compagnie
dans tous les endroits où
ils les avoient trouvez établis.
Ils donnerent ce ſoir là pour
mot , point d'amis , ny d'ennemis
que les fiens , & allerent
ſouper chez M de la Rabliere
, qui les avoit invités. Ce
Repas fut d'une tres--grande
magnificence , & accompagné
d'une Simphonie , compoſée
d'un fort grand nom
des Amb. de Siam. 267
bre d'Inſtrumens , on y but
les Santés de l'AlianceRoyale,
& l'on recommença pluſieurs
fois celle du Roy. Il y eût un
grandBal apres le ſoupé , où
Mlle Deſpiere ſe fit admirer.
On m'a aſſuré qu'elle eſt de la
force de tout ce qu'il y a de
perſonnes en France qui dancent
le mieux. Les Ambaſſa .
deurs ne s'en retournerent
qu'aprés minuit. Ce ne fut
pas fans avoir fait de grands
remerciemens à de la Rabliere,
non ſeulement du regale
qu'il leur venoit de donner ,
Zij
268 III. P. du Voyage
mais encore de fes manieres
honneſtes . Le maiſtre de la
Monnoye les vint ſaluër le lendemain.
Ils le reconurent auffitoft
, & le receurent d'une maniere
tres - obligeante. Ils dînerent
cejour-là de fort bonne
heure , & fortirent de la
Ville de la maniere qu'ils y
eſtoient entrés , ils parlerent
beaucoup de m' de la Rabliere
pendant le chemin , & dirent
qu'on pouvoit appeller Lille , la
Reyne de Flandre , comme Paris
la Reyne de France , & recommençant
continuellement à
parler des grandeurs du Roy,
des Amb. de Siam. 269
ils dirent que rien n'en approchoit
, & que ce qui en parois
foitsouffroit la veuë , mais non
pas l'expreffion.
Fermer
Résumé : Lille. [titre d'après la table]
Le 3 novembre, les ambassadeurs séjournèrent à Lille, une ville située sur la rivière Deûle, célèbre pour ses eaux remplissant ses doubles fossés en forme de demi-lunes. Lille est une grande ville avec des églises magnifiques. Baudouin V de Lille, Comte de Flandre, y fonda la collégiale de Saint-Pierre. Lille, capitale de la Flandre gallicane, fut entourée de murailles par Baudouin V en 1046. Philippe le Hardy y établit une Chambre des Comtes en 1385. Le roi la soumit en 1667 et, selon la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1668, elle resta à la France. Sa Majesté y fit construire une citadelle flanquée de cinq grands bastions royaux. À leur arrivée, les ambassadeurs furent accueillis par une foule nombreuse et une gendarmerie commandée par M. Doleac. M. de la Rablière, commandant, les reçut et leur présenta les membres du magistrat. Ils entrèrent ensuite dans la ville, où la foule était si dense qu'ils crurent revivre leur entrée à Paris. Après avoir traversé plusieurs rues bordées de troupes, ils retrouvèrent la gendarmerie en bataille sur la place. Le lendemain, M. de la Rablière les conduisit à la citadelle, où ils furent reçus au bruit du canon. Ils visitèrent les remparts avec M. Morion, lieutenant du roi, et l'ingénieur. On leur expliqua que M. de Vauban était le gouverneur de cette citadelle, qu'il avait lui-même construite, et qu'il était réputé pour ses fortifications. Ils visitèrent également le jardin, une grotte, et l'arsenal. Dans l'après-midi, ils participèrent à une chasse et assistèrent à une comédie suivie d'un concert et d'une collation magnifique à l'hôtel de ville. Les ambassadeurs furent ensuite conduits à l'hôtel de la Monnoye, où ils virent la fabrication des monnaies, de la fonte des moules à la mise en circulation des pièces. Ils admirèrent les machines et les processus de fabrication. Ils exprimèrent leur admiration et leur souhait de voir plus de détails, mais le temps manquait. Ils visitèrent également l'hôpital Comtesse, où des religieuses soignaient les malades et les blessés. Elles leur offrirent des bouquets de leurs ouvrages. M. Doleac leur envoya un message pour leur montrer la gendarmerie, mais ils durent décliner en raison de leur emploi du temps chargé. Les ambassadeurs firent le tour de la place, visitèrent les arsenaux et les magasins, et furent impressionnés par leur organisation. Ils se rendirent ensuite chez les Jésuites, où ils virent un moulin à eau remarquable. Ils furent invités à une collation et exprimèrent leur gratitude pour l'accueil reçu. Le soir, ils souperèrent chez M. de la Rablière, où un grand bal fut organisé. Ils ne quittèrent la ville que le lendemain, après avoir dîné de bonne heure, en parlant des grandeurs du roi et des beautés de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 86-97
RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Début :
Le 24. Septembre Mr le Chevalier de Valence, Capitaine de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Infanterie, Dragons, Grenadiers, Chevaux, Cavalerie, Valence, Vive-Saint-Éloi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
RELATION
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
Fermer
Résumé : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Le 24 septembre, le Chevalier de Valence, Capitaine de Galère, alerta le roi de la remontée d'un convoi ennemi par la Lys. Le 18 septembre, à dix heures du soir, Monsieur de Ravignan, Maréchal de Camp, partit avec plusieurs officiers et troupes, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Ils marchèrent toute la nuit et arrivèrent à Oucghem, sur le bord de la Lys. Des hussards signalèrent que les ennemis se préparaient à combattre à Vive Saint-Eloy. Monsieur de Ravignan organisa ses troupes pour attaquer, allongeant sa gauche et postant des fusiliers et des dragons pour contrer la cavalerie ennemie. Les grenadiers chargèrent les ennemis, causant un grand carnage, tandis que les dragons et les hussards défirent la cavalerie ennemie. La bataille fut victorieuse, avec 1300 hommes d'infanterie ennemis tués ou noyés, et de nombreux chevaux capturés ou tués. Le Comte d'Athlone, commandant l'escorte ennemie, fut fait prisonnier. Après la bataille, Monsieur de Ravignan marcha vers Rouffelar, où il reçut des renforts et repoussa une attaque ennemie. Il arriva à Ipres le 10 octobre au soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 187-206
Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
Début :
Du Camp de Casa Texada le 15. Novemb. Par Mr [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Archiduc, Madrid, Espagne, Roi d'Espagne, Chevaux, Cavalerie, Fourrages, Retraite, Casatejada, Vitoria
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
Suite des Nouvelles
d'Espagne depuisle
mois passé.
Du Camp de Casa
Texada le
15.
ISIovemb.
ParMrdeC***.
Nous sommes tousjours
icy dans la mesme
situation à reparer l'Armée
du Royde tout cequi luy
manquoit
,
& à remonter
laCavalerie. Les Ennemis
ont quitté Madrid.Ils marchent
pour passer le Tage
au pont d'Aranjuez. Ils seront
sur le chemin de retourner
en Arragon, & en
Catalogne. Leur retraite
eu: à prés de cent lieuës.
Nous mettrons quatre mille
Chevauxaprés eux, pendant
que le reste de l'Armée
les suivra. Par des Let.
tres que nous ayons interceptées
de l'Archiduc , d'hier,il se plaint à l'Archiduchese
de l'opiniastreté
de Mr de Staremberg
d'avoir voulu venir à Madrid
, & d'estre resté si
longtemps dans ce pays.
Il luy avouë qu'ils sont
dans là plus mauvaise situation
du monde, &
beaucoup plus mal que
quand ils estoient assiegez
dans Barcelone; que l'E£'
pagne a presentement un
bon General en la personne
deMr le Duc de Vendosme.
Lettre de Vittoria le 16.
Novembre.
I le/ï arrivé aprés rnidy,
un Gardedu l{oy. ,de l^Compagnied'ossone
, qui ayoit:
esté envoyé pour sçavoir ce
qui se passoit à Madrid. Il
en eflparty le12..& a rapportéqueleu.
lesEnnemis
avoiententièrementretire toutes
les Troupes quilsy avoient
après avoir enlevé tout ce qui
pouvoitJervira leursubsistance
j & pillé quelques Maisons.
Celles de Mr le Marquis
de Sant-Iago, de Mrs de
Mejorada
, & de Campo
Florido3font du nombre Ils
ont ordonné à tous les Conseils
ou Prefidios que l'Archiduc
àvoit establis
,
desuivrel'Armee.
Mr Ducasse a écrit a
Mr le C. de Lionne que la
Reine avoit esté informée
dés le 8. que les Ennemis
devoient se mettre en marche
le 10. qu'il seroit édifié
toute sa vie de la fidelité
des Espagnols dont il avoit
eu des témoignages dans
une grande estenduë de
pays qu'il avoit traversée
pour se rendre à l'Armée
de SaMajesté Catholique.
Les Ennemis avoient
surpris les Villes de Ciudad
Rodrigo& d'Almagro
dans la Manche, d'où
ils tiroient des vivres & des
fourages ; mais Mr de Figueroa,
à la teste de la Noblesse&
des Peuplesd'Andalousie,
les en chasserent
peu de temps aprésqu'ils
s'en furent emparez, & envoyerentà
SaMajesté Catholique
le Corregidor
d'Almagro,lié suruiiAfne,
pour le punir de sa rebellion.
Lesdétachements
que les Ennemis avoient
dans ces deux Postes, furent
faits prisonniers. Leur
Armée commença alors à
manquer de vivres & de
fourages,
fourages
, leRoyd'Espagne
ayant envoyé plusieurs
corps de Cavalerie pour
occuper les passages.
Le Comte de Starem-
)erg avoitdés le6. fait par-
~ir un grand nombre de
chariots pour conduire à
Daroca les malades qui esoient
à Madrid.
Les vivresestoient fort
:hers dans cette capitale;
nais les habitans loin d'en
:stre affligez
,
se réjeüisoient
par avance du reour
de leur Roy legitime,
persuadez que l'abondance
y seroit aussitostrestablie.
On ne peut trop loüer
la fermeté avec laquelle ils
avoient refusé non seulement
de donner leurs armes
à l'Archiduc; mais
aussi de les vendre.Ce Prince
n'avoit pas jugé a propos
de les ycontraindre
dans l'apprehension que ce
la ne causast quelque tumulte
dont les fuites lu)
auroient sans doute elle
desavantageuses. Il n'avoi
non plus osé donner de
ordres pour réprimer la
liberté que les habitan
prenoient de témoigner
laverfion qu'ils avoient
pour luy par leurs discours
& par leurs actions, & qui
alloit jusqu'au point que
les Marchands tenoient
leurs boutiques fermées.
Des queles Ennemis furent
sortis de Madrid, le
Peuple nonobstant la grande
cherté des vivres, voulut
donner des marques
publiques de sa joye; mais
Mr de Sanguinetto quien
est Corregidor -; que le
Roy d'Espagne y avoit
laissé, & qui n'en a point
fait là-fpticlion pendant le
sejour que les Ennemis y
ont fait, les obligea à differer
leurs réjoüissances
jusqu'àceque les Ennemis
fussent éloignez.
Le lendemain de leur
départ,Don Feliciano de
Bracatiiot-itie,queSa MajestéCatholiqueavoit
chargé
d'y conduire un grand
convoy de grains, & de
toutes fortes de provisions,
arriva prés du Pont appellé
de Segovie
,
où les Députez
de la Ville al crent audevant
de luy. On nedoit
point estre surpris de
cette diligence; on estoit
bien informé du jour que
les Ennemis devoient fortir
de cette capitale, & le
• Roy avoit donné tous les
ordres necessaires pour amasser
toutes ces provisions
, & pour les tenir à
portée de les y faireentrer
aussi-tost après leur départ,
afin d'y restablir l'abondance.
En effet
,
le pain qui
valoit douze fols avant
l'arrivée dece convoy, ne
se vendit plus le lendemain
quil fut entré que depuis
deux à trois fols. On n'entendit
aprés cela dans toutes
les rues que des cris
de VivatFélipo Quinto;on
sonnatoutes les Cloches ;
ce n'estoient dans toutes les
ruës que feux de joye &illuminations,
avec un grand
nombrede Portraits deSa
Majesté Catholique.
Du Quartier Royal de
Casa Texada le zz*
Novembre.
L
es Troupes Ennemies
ùrcupenr encore Tolede , San
Pozuelo
,
Chinchon
, ~&
quelques autres Lieux des environs.
Leurs Généraux ont
ordonné aux habitansde mener
à Tolede quatre -vingt
Chariots chargez de Fascines.
On ne doute point que ce ne
soit pour couvrir le dessein
qu'ilsont deseretirer Nostre
Cavalerie qui estois cantonnée
dans plusieurs Villages aux
environs de celuy-cy
,
marcha
ily a quatre jours pour aller
dans le voisinage de Talavera
de la Reyna. Le 19. le Royfit
la revûë de huitBataillons de
ses deux Regiments des Gardes
Espagnoles ~e Walones.
Le20. SaMajestépassaaussi
en revûë 2 1. autres Bataillons
qui estoient campez prés
d'Almaraz
, c- hier toutes
ces Troupes partirent pour se
rendre en quatre jours à Talavera.
Demain le Roy doitpartir
d'icy pour aller coucher à
Casalda
, ~& le lendemain à
Talaveraoù il trouveratoute
son Infanterie campée.
Sa Afajeflévient d'avoir
avis certain que les Ennemis
ont fait passer toute leur Armée
du costé de Chinchon,&
rompre le Pont de Zamora
pour assurer leu'" retraite; que
le Comte de Staremberg,pour
se decharger de l'Archiduc
dans une conjoncture si delicate
,
l'avoit envoyé devant
sous une escorte de mille Chevaux
pour se rendre en diligence
à Pastrana. Ainsion ne
doute plus de la retraite des
Ennemisen Catalogne.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu23.
L
es Ennemis ont enfin
abandonnéMadridsans avoir
osé ~fare de pillage general.
Ils ont neanmoins emmené
une grande quantité de v ivres
qu'ils avoient ramassez.., efe
sontsaisis de tous les Chevaux
~& autres bestes de charge, apparemment
pour emporter les
effets qu'ils ont enlevez dans
les Lieux des environs qu'ils
ontentièrement saccagez sans
avoirépargné les Eglisesoù
ils ont commis de grands sacrileges.
Extrait d'une Lettre du
Camp de Casa Texada
du 19. Novembre.
L'ArméeduRoyquia
des vivrespourplusieursmoig
est en marche. Plusieurs detachements
de Cavaleriese sont
avancez pour incommoder les
Ennemisdans leurmarche. Le
reste de la Cavalerie est arrivé
à Talavera de la Reyna & le Roy marche à la , teste de
l'Infanterie, ~0* d'une partie
de ses Gardes du Corps. Tous
les Soldats font habillez de
nef&sontremplis de bonne
volonté.
Des Lettres de Barcelone,
venuës par Marseille,
portent qu'on avoit esté
plus de trois Semaines sans
avoir de nouvelles de l'Archiduc,
le Gouverneur de
Lerida ayant enlevé huit
Couriers de suite. Toutes
les Lettres qu'on leur a
trouvées marquoient le
mauvais estat de sesaffaires.)&
l'impossibilitéqu'il
yavoit de se maintenir en
Espagne
,
s'il ne recevoit
promptemenc un puissant
secours.
NoAvVeimttorbiarele.27.
'cft tout de bon que les
Ennemis se retirent. on a sçû
hier au soirqu'ils ont passé le
Xarama doitils ontfait rompre
les Ponts. L'Archiduc a
prisles devants avecmille chevaux.
Il coucha le 21. à Pastrana,
& il s'enva, à grandes
journées. Le Roy d'Espagne
a pajjé à Talavera de lte
Reyna,&s'estmesme avancé
pins
en deçà en remontant le
long du Tage. On a envoyé
plusieurs détachements aprés
l'Armée ennemiepourl'embarajjer
dans sa marche. Je ne
doutepoint queparl'ordinaire
prochain je ne vous mande le
jourde nostre departpourMadrid
: les chemins sont pourtant
bien mauvais
, mais la
ecine se déplaistfort icy.
d'Espagne depuisle
mois passé.
Du Camp de Casa
Texada le
15.
ISIovemb.
ParMrdeC***.
Nous sommes tousjours
icy dans la mesme
situation à reparer l'Armée
du Royde tout cequi luy
manquoit
,
& à remonter
laCavalerie. Les Ennemis
ont quitté Madrid.Ils marchent
pour passer le Tage
au pont d'Aranjuez. Ils seront
sur le chemin de retourner
en Arragon, & en
Catalogne. Leur retraite
eu: à prés de cent lieuës.
Nous mettrons quatre mille
Chevauxaprés eux, pendant
que le reste de l'Armée
les suivra. Par des Let.
tres que nous ayons interceptées
de l'Archiduc , d'hier,il se plaint à l'Archiduchese
de l'opiniastreté
de Mr de Staremberg
d'avoir voulu venir à Madrid
, & d'estre resté si
longtemps dans ce pays.
Il luy avouë qu'ils sont
dans là plus mauvaise situation
du monde, &
beaucoup plus mal que
quand ils estoient assiegez
dans Barcelone; que l'E£'
pagne a presentement un
bon General en la personne
deMr le Duc de Vendosme.
Lettre de Vittoria le 16.
Novembre.
I le/ï arrivé aprés rnidy,
un Gardedu l{oy. ,de l^Compagnied'ossone
, qui ayoit:
esté envoyé pour sçavoir ce
qui se passoit à Madrid. Il
en eflparty le12..& a rapportéqueleu.
lesEnnemis
avoiententièrementretire toutes
les Troupes quilsy avoient
après avoir enlevé tout ce qui
pouvoitJervira leursubsistance
j & pillé quelques Maisons.
Celles de Mr le Marquis
de Sant-Iago, de Mrs de
Mejorada
, & de Campo
Florido3font du nombre Ils
ont ordonné à tous les Conseils
ou Prefidios que l'Archiduc
àvoit establis
,
desuivrel'Armee.
Mr Ducasse a écrit a
Mr le C. de Lionne que la
Reine avoit esté informée
dés le 8. que les Ennemis
devoient se mettre en marche
le 10. qu'il seroit édifié
toute sa vie de la fidelité
des Espagnols dont il avoit
eu des témoignages dans
une grande estenduë de
pays qu'il avoit traversée
pour se rendre à l'Armée
de SaMajesté Catholique.
Les Ennemis avoient
surpris les Villes de Ciudad
Rodrigo& d'Almagro
dans la Manche, d'où
ils tiroient des vivres & des
fourages ; mais Mr de Figueroa,
à la teste de la Noblesse&
des Peuplesd'Andalousie,
les en chasserent
peu de temps aprésqu'ils
s'en furent emparez, & envoyerentà
SaMajesté Catholique
le Corregidor
d'Almagro,lié suruiiAfne,
pour le punir de sa rebellion.
Lesdétachements
que les Ennemis avoient
dans ces deux Postes, furent
faits prisonniers. Leur
Armée commença alors à
manquer de vivres & de
fourages,
fourages
, leRoyd'Espagne
ayant envoyé plusieurs
corps de Cavalerie pour
occuper les passages.
Le Comte de Starem-
)erg avoitdés le6. fait par-
~ir un grand nombre de
chariots pour conduire à
Daroca les malades qui esoient
à Madrid.
Les vivresestoient fort
:hers dans cette capitale;
nais les habitans loin d'en
:stre affligez
,
se réjeüisoient
par avance du reour
de leur Roy legitime,
persuadez que l'abondance
y seroit aussitostrestablie.
On ne peut trop loüer
la fermeté avec laquelle ils
avoient refusé non seulement
de donner leurs armes
à l'Archiduc; mais
aussi de les vendre.Ce Prince
n'avoit pas jugé a propos
de les ycontraindre
dans l'apprehension que ce
la ne causast quelque tumulte
dont les fuites lu)
auroient sans doute elle
desavantageuses. Il n'avoi
non plus osé donner de
ordres pour réprimer la
liberté que les habitan
prenoient de témoigner
laverfion qu'ils avoient
pour luy par leurs discours
& par leurs actions, & qui
alloit jusqu'au point que
les Marchands tenoient
leurs boutiques fermées.
Des queles Ennemis furent
sortis de Madrid, le
Peuple nonobstant la grande
cherté des vivres, voulut
donner des marques
publiques de sa joye; mais
Mr de Sanguinetto quien
est Corregidor -; que le
Roy d'Espagne y avoit
laissé, & qui n'en a point
fait là-fpticlion pendant le
sejour que les Ennemis y
ont fait, les obligea à differer
leurs réjoüissances
jusqu'àceque les Ennemis
fussent éloignez.
Le lendemain de leur
départ,Don Feliciano de
Bracatiiot-itie,queSa MajestéCatholiqueavoit
chargé
d'y conduire un grand
convoy de grains, & de
toutes fortes de provisions,
arriva prés du Pont appellé
de Segovie
,
où les Députez
de la Ville al crent audevant
de luy. On nedoit
point estre surpris de
cette diligence; on estoit
bien informé du jour que
les Ennemis devoient fortir
de cette capitale, & le
• Roy avoit donné tous les
ordres necessaires pour amasser
toutes ces provisions
, & pour les tenir à
portée de les y faireentrer
aussi-tost après leur départ,
afin d'y restablir l'abondance.
En effet
,
le pain qui
valoit douze fols avant
l'arrivée dece convoy, ne
se vendit plus le lendemain
quil fut entré que depuis
deux à trois fols. On n'entendit
aprés cela dans toutes
les rues que des cris
de VivatFélipo Quinto;on
sonnatoutes les Cloches ;
ce n'estoient dans toutes les
ruës que feux de joye &illuminations,
avec un grand
nombrede Portraits deSa
Majesté Catholique.
Du Quartier Royal de
Casa Texada le zz*
Novembre.
L
es Troupes Ennemies
ùrcupenr encore Tolede , San
Pozuelo
,
Chinchon
, ~&
quelques autres Lieux des environs.
Leurs Généraux ont
ordonné aux habitansde mener
à Tolede quatre -vingt
Chariots chargez de Fascines.
On ne doute point que ce ne
soit pour couvrir le dessein
qu'ilsont deseretirer Nostre
Cavalerie qui estois cantonnée
dans plusieurs Villages aux
environs de celuy-cy
,
marcha
ily a quatre jours pour aller
dans le voisinage de Talavera
de la Reyna. Le 19. le Royfit
la revûë de huitBataillons de
ses deux Regiments des Gardes
Espagnoles ~e Walones.
Le20. SaMajestépassaaussi
en revûë 2 1. autres Bataillons
qui estoient campez prés
d'Almaraz
, c- hier toutes
ces Troupes partirent pour se
rendre en quatre jours à Talavera.
Demain le Roy doitpartir
d'icy pour aller coucher à
Casalda
, ~& le lendemain à
Talaveraoù il trouveratoute
son Infanterie campée.
Sa Afajeflévient d'avoir
avis certain que les Ennemis
ont fait passer toute leur Armée
du costé de Chinchon,&
rompre le Pont de Zamora
pour assurer leu'" retraite; que
le Comte de Staremberg,pour
se decharger de l'Archiduc
dans une conjoncture si delicate
,
l'avoit envoyé devant
sous une escorte de mille Chevaux
pour se rendre en diligence
à Pastrana. Ainsion ne
doute plus de la retraite des
Ennemisen Catalogne.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu23.
L
es Ennemis ont enfin
abandonnéMadridsans avoir
osé ~fare de pillage general.
Ils ont neanmoins emmené
une grande quantité de v ivres
qu'ils avoient ramassez.., efe
sontsaisis de tous les Chevaux
~& autres bestes de charge, apparemment
pour emporter les
effets qu'ils ont enlevez dans
les Lieux des environs qu'ils
ontentièrement saccagez sans
avoirépargné les Eglisesoù
ils ont commis de grands sacrileges.
Extrait d'une Lettre du
Camp de Casa Texada
du 19. Novembre.
L'ArméeduRoyquia
des vivrespourplusieursmoig
est en marche. Plusieurs detachements
de Cavaleriese sont
avancez pour incommoder les
Ennemisdans leurmarche. Le
reste de la Cavalerie est arrivé
à Talavera de la Reyna & le Roy marche à la , teste de
l'Infanterie, ~0* d'une partie
de ses Gardes du Corps. Tous
les Soldats font habillez de
nef&sontremplis de bonne
volonté.
Des Lettres de Barcelone,
venuës par Marseille,
portent qu'on avoit esté
plus de trois Semaines sans
avoir de nouvelles de l'Archiduc,
le Gouverneur de
Lerida ayant enlevé huit
Couriers de suite. Toutes
les Lettres qu'on leur a
trouvées marquoient le
mauvais estat de sesaffaires.)&
l'impossibilitéqu'il
yavoit de se maintenir en
Espagne
,
s'il ne recevoit
promptemenc un puissant
secours.
NoAvVeimttorbiarele.27.
'cft tout de bon que les
Ennemis se retirent. on a sçû
hier au soirqu'ils ont passé le
Xarama doitils ontfait rompre
les Ponts. L'Archiduc a
prisles devants avecmille chevaux.
Il coucha le 21. à Pastrana,
& il s'enva, à grandes
journées. Le Roy d'Espagne
a pajjé à Talavera de lte
Reyna,&s'estmesme avancé
pins
en deçà en remontant le
long du Tage. On a envoyé
plusieurs détachements aprés
l'Armée ennemiepourl'embarajjer
dans sa marche. Je ne
doutepoint queparl'ordinaire
prochain je ne vous mande le
jourde nostre departpourMadrid
: les chemins sont pourtant
bien mauvais
, mais la
ecine se déplaistfort icy.
Fermer
Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
En novembre, l'armée française est stationnée à Casa Texada, où elle répare et renforce ses troupes, notamment la cavalerie. Les ennemis, ayant quitté Madrid, se dirigent vers le Tage au pont d'Aranjuez, en direction de l'Aragon et de la Catalogne, à environ cent lieues de distance. Les Français envoient quatre mille cavaliers à leur poursuite, tandis que le reste de l'armée les suit. Des lettres interceptées révèlent que l'Archiduc se plaint de la situation désastreuse de ses troupes, pire que lors du siège de Barcelone, et reconnaît la compétence du Duc de Vendôme. À Madrid, les ennemis ont retiré toutes leurs troupes après avoir pillé certaines maisons et ordonné aux conseils de suivre l'armée. Les habitants de Madrid, malgré la cherté des vivres, se réjouissent du retour imminent de leur roi légitime. Les ennemis ont également surpris les villes de Ciudad Rodrigo et d'Almagro, mais ont été chassés par Monsieur de Figueroa. Les vivres et les fourrages manquent à l'armée ennemie, le roi d'Espagne ayant envoyé des corps de cavalerie pour occuper les passages. Le Comte de Staremberg a évacué les malades de Madrid vers Daroca. À Madrid, les habitants ont refusé de donner ou vendre leurs armes à l'Archiduc. Après le départ des ennemis, un convoi de grains est arrivé, rétablissant l'abondance et provoquant des réjouissances publiques. Les troupes ennemies occupent encore quelques lieux autour de Tolède, mais leur retraite vers la Catalogne semble imminente. L'armée du roi est en marche, bien approvisionnée et prête au combat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 49-64
« Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Début :
Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...]
Mots clefs :
Troupes, Ennemis, Hommes, Marquis, Cavalerie, Cavaliers, Chevaux, Attaque, Prince, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Le 2.7. Juin une partie
de la Garnison de Doüay
sortit dans le dessein d'aller
rompre une digue qui
retenoit les eaux de la
Scarpe & de la Sensee, &
qui estoit couverte parun
petit Chasteau & par une
Redoute prés d'Arleux.
Ces Troupes ne pouvant
rompre la Digue sans
s'élire auparavant emparées
de ces postes, elles les
attaquerent; mais quoy
qu'ils ne sussent gardez
que parsoixante & dix
hommes ils se deffendirent
si bien que les Ennemis
furent obligez de se
recirer avec perte, ainsi
qu'ils avoientdéjafaitplusieurs
autres fois auparavant.
Cependant ayant resolu
de s'en rendre maistres à
quelque prix que ce fust,
parce que cette Digue empeschoit
la navigation de
la Scarpe & du Canal de
la Deule
,
& qu'elle retenoit
les eaux de maniere
que les Moulins deDoüay
ne pouvoient tourner, ils
firent marcherla nuit du
cinq au six Juillet huitmille
hommes tant Cavalerie
qu'Infanrerie,avec quatre
pieces de canon pour les
attaquer de nouveau. Les
soixante & dix hommes
qui les gardoient, se deffendirent
si vigoureusement
qu'ils tuerent beaucoup
de monde aux ennemis
; mais enfin la breche
ayant esté faite ils furent
emportez d'assaut & faits
prisonniersau nombre de
soixante & six
, quatre
ayant esté tuez.
Les Ennemis s'en estant
rendus maistres
,
resolurent
de les bien fortifier,
afin de les mieux conferver.
Pour couvrir leurs
Travailleurs ils pofterenc
douze Escadrons & dix
Bataillons à une demi
lieuë de Doüay, la droite
à Goeulzin, & la gaucheà
Sains-leNoble, ayant derriere
eux les inondations
&leruisseaudu Moulinet.
Mr le Marechal de Villarsalla
le 9. reconoistre
ce Camp
,
& trouvaque
la droite estoit si peuappuye'e,
que sil'on pouvoit
cacher la marche de nos
Troupes ,il seroitfacile
de le forcer. La difficulté
estoit de faire arriver les
Troupes fous Bouchain
partant des Portes d'Arras
& du Camp qui estoit
entierement découvert
par les grandes Gardes des
Ennemis.
La nuit du 9.au 10. ce
Maréchal fit marcher plusieurs
Pontons, avec ordre
de les cacher le jour fous
des arbres présde l'Escaur,
& aprèsavoir fait reconnoistre
le terrain entre
Bouchain & les Ennemis
par Mr le Baron de Raski
Colonel des Houssards, il
détacha trente Escadrons
des Gardes du Corps, des
Grenadiers à cheval
,
de
Dragons, de Cavalerie &
de Houssards, fous les ordres
deMr le Comte de
Gassionavec Mrle Marquis
de Coignie,le Prince
Charles de Lorraine &
Mr le Marquis deHautefort,
des Mousquetaires ,
Marchaux de Camp ; Mr
le Duc de la Tremoille ,
Mr Gaydon, Mrle Comte
deSaumery
,
Mrde St.
Servin
,
& Mr de Bellefond
,
Brigadiers
;
Mr le
Prince de Marsillac
,
Mr
le Duc de Ç-t.Agnan., Mr
le Prince de Lanlbe[ç)Mr
de Manicamp,
,
Mr de
Chabannes, Mr d'Aremberg,
Mr de Rottembourg,
Mr de Leémour , MrduTil, Mrle Marquis
de saint ChaumontMr
des Granges
, & Mr de
Beaufremont, Colonels.
Mr le Marquis de Coignies
marcha le premier
sous Bouchain avec les
Dragons, & il se tint sur
leshauteurs, pour empesccherquedes
Villages voisins
il ne pust aller personne
au Camp des Enne-
'mis" & que leurs partis ne
pussent découvrir nos
Troupes quand elles y arriveroient.
Lorsqu'elles
Sortirent du Camp les
Houssards & les Cavaliers
disilerent laplusgrande
partie à pied, les autres
tenant leurs chevaux en
main comme s'ils estoient
allez en pasture.
Pendant une partiede
la journée on fit faire l'éxercice
aux Troupes du
Camp sur les lieux les plus
élevez, & à dix heures on
ordonna à tous les postes
de la Scarpe, de l'Éscaut
& de la Sensée, d'arrester
tous les paysans sous prétexte
de quelques Espions"'
qu'on avoit eu avis qui
avoient examiné le Camp.
Toutes ces précautions
ayant esté prises ,Mr de
Gassion arriva fous Bouchain
sans avoir esté découvert,
& marcha ensuite
avec Mr de Coignies
peur aller attaquer les Ennemis.
Il arriva àla pointe
du jour prés de leur
Camp oùil separa ses
Troupes en quatre corps,
dont il formaquatre lignes
qui Ce soutenoient
Pun-e l'autre. La premiere
estoit composée de trois
cens Dragons, & d'un pareil
nombre de Houssards
commandez par Mr le Baron
de Raski leur Colo-d
nel
,
qui avoir encore este,
la nuit
,
luy sixiéme , reconnoistre
-
s'il n'y avoit
point quelque ravin eu
emincreux qui couvrist
front des Ennemis ; la
conde estoit de Dragons
de Cavalerie, & les deux
tres entièrement de Calerie;
la quatrièmequi
voit de Reserve estoit
mmandce par Mr de la
remoille.-
Onarriva en cet ordre
sans estre découvert,
nsle Camp ennemi jusn'a
la garde del'Etendart
ui futtaillée en pieces ,
és qu'elle eut crié : Qui
ive. En mesme remps les
oussards & les Dagon.
de la premiere ligne
debanderent & donne
rent l'alarme par tout l
Camp en tuant tout c
qui se rencontra fous leui
main à coups de fusil, de
pistolet,&de sabre. Quel
ques pelotons d'lnfante
rie firent feu sur no
Troupes, mais ils furen
bientostdissipez:on en tu
une partie, & le restese
sauva dans le chemin couvert
deDoüay. Le carnage
fut beaucoup plus
grand dans la Cavalerie
ennemie qui n'eut pas le
mps de se former en
orps un grand nombre
Officiers& de Cavaliers
vant esté tuez dans leurs
entes. Il y a eu des Régilents
donc il n'est pas reé
cent hommes
,
& un
nttr'autres dont il n'en resté que cinq, ce que
on a appris par des Let
es venuës de Douay le
ndemain de l'action.
out le Camp fut pillé, &
on mit le feu à ce que l'on
e putemporter apres que
on eut ramassé prés de
eize cens chevaux qui
ont elle emmenez a
Camp avec les prison
niers. On a pris aussï plu
sieurs Etendarts & quel
quespaires de Timbales
Nous avons perdu en cet
re action Mr deCoëtmer
Colonel de Dragons; Mr
le Baron de Raski a est
blessé ainsi que quelques
Officiersde Dragons.
Apres avoir resté plus
d'une heure sur le Champ
de Bataille, Mr de Gassion
fit sa retraire sans estro
poursuivi. Ils'est
conduit
dans cette action avec
beaucoup de prudence&
d'habilleté
,
ainsi que Mr
deCoignies 3eMus les autres
Officiers Généraux&
Subalternes,& particulierement
Mr le Baron de
Rata.
1
Mr le Maréchal de Villars
, pour favoriser leur
rerraite, avoir fait avancer
Mr d'Albergoti &Mr le
Prince d'Isenghienauvillaged'Aubigny
avec deux
mille Grenadiers, & fit attaquer
par Mr le Comte
de Broglio les gardes avancées
de l'aile droite de
l'arméeennemie,afind'attirer
leur attention de ce
costéla, les Houssards les
pousserent du costé de
Lievin ; ils tuerent plusieurs
Cavaliers
, en prirentaussi
plusieurs,& ramenerent
soixante chevaux.
de la Garnison de Doüay
sortit dans le dessein d'aller
rompre une digue qui
retenoit les eaux de la
Scarpe & de la Sensee, &
qui estoit couverte parun
petit Chasteau & par une
Redoute prés d'Arleux.
Ces Troupes ne pouvant
rompre la Digue sans
s'élire auparavant emparées
de ces postes, elles les
attaquerent; mais quoy
qu'ils ne sussent gardez
que parsoixante & dix
hommes ils se deffendirent
si bien que les Ennemis
furent obligez de se
recirer avec perte, ainsi
qu'ils avoientdéjafaitplusieurs
autres fois auparavant.
Cependant ayant resolu
de s'en rendre maistres à
quelque prix que ce fust,
parce que cette Digue empeschoit
la navigation de
la Scarpe & du Canal de
la Deule
,
& qu'elle retenoit
les eaux de maniere
que les Moulins deDoüay
ne pouvoient tourner, ils
firent marcherla nuit du
cinq au six Juillet huitmille
hommes tant Cavalerie
qu'Infanrerie,avec quatre
pieces de canon pour les
attaquer de nouveau. Les
soixante & dix hommes
qui les gardoient, se deffendirent
si vigoureusement
qu'ils tuerent beaucoup
de monde aux ennemis
; mais enfin la breche
ayant esté faite ils furent
emportez d'assaut & faits
prisonniersau nombre de
soixante & six
, quatre
ayant esté tuez.
Les Ennemis s'en estant
rendus maistres
,
resolurent
de les bien fortifier,
afin de les mieux conferver.
Pour couvrir leurs
Travailleurs ils pofterenc
douze Escadrons & dix
Bataillons à une demi
lieuë de Doüay, la droite
à Goeulzin, & la gaucheà
Sains-leNoble, ayant derriere
eux les inondations
&leruisseaudu Moulinet.
Mr le Marechal de Villarsalla
le 9. reconoistre
ce Camp
,
& trouvaque
la droite estoit si peuappuye'e,
que sil'on pouvoit
cacher la marche de nos
Troupes ,il seroitfacile
de le forcer. La difficulté
estoit de faire arriver les
Troupes fous Bouchain
partant des Portes d'Arras
& du Camp qui estoit
entierement découvert
par les grandes Gardes des
Ennemis.
La nuit du 9.au 10. ce
Maréchal fit marcher plusieurs
Pontons, avec ordre
de les cacher le jour fous
des arbres présde l'Escaur,
& aprèsavoir fait reconnoistre
le terrain entre
Bouchain & les Ennemis
par Mr le Baron de Raski
Colonel des Houssards, il
détacha trente Escadrons
des Gardes du Corps, des
Grenadiers à cheval
,
de
Dragons, de Cavalerie &
de Houssards, fous les ordres
deMr le Comte de
Gassionavec Mrle Marquis
de Coignie,le Prince
Charles de Lorraine &
Mr le Marquis deHautefort,
des Mousquetaires ,
Marchaux de Camp ; Mr
le Duc de la Tremoille ,
Mr Gaydon, Mrle Comte
deSaumery
,
Mrde St.
Servin
,
& Mr de Bellefond
,
Brigadiers
;
Mr le
Prince de Marsillac
,
Mr
le Duc de Ç-t.Agnan., Mr
le Prince de Lanlbe[ç)Mr
de Manicamp,
,
Mr de
Chabannes, Mr d'Aremberg,
Mr de Rottembourg,
Mr de Leémour , MrduTil, Mrle Marquis
de saint ChaumontMr
des Granges
, & Mr de
Beaufremont, Colonels.
Mr le Marquis de Coignies
marcha le premier
sous Bouchain avec les
Dragons, & il se tint sur
leshauteurs, pour empesccherquedes
Villages voisins
il ne pust aller personne
au Camp des Enne-
'mis" & que leurs partis ne
pussent découvrir nos
Troupes quand elles y arriveroient.
Lorsqu'elles
Sortirent du Camp les
Houssards & les Cavaliers
disilerent laplusgrande
partie à pied, les autres
tenant leurs chevaux en
main comme s'ils estoient
allez en pasture.
Pendant une partiede
la journée on fit faire l'éxercice
aux Troupes du
Camp sur les lieux les plus
élevez, & à dix heures on
ordonna à tous les postes
de la Scarpe, de l'Éscaut
& de la Sensée, d'arrester
tous les paysans sous prétexte
de quelques Espions"'
qu'on avoit eu avis qui
avoient examiné le Camp.
Toutes ces précautions
ayant esté prises ,Mr de
Gassion arriva fous Bouchain
sans avoir esté découvert,
& marcha ensuite
avec Mr de Coignies
peur aller attaquer les Ennemis.
Il arriva àla pointe
du jour prés de leur
Camp oùil separa ses
Troupes en quatre corps,
dont il formaquatre lignes
qui Ce soutenoient
Pun-e l'autre. La premiere
estoit composée de trois
cens Dragons, & d'un pareil
nombre de Houssards
commandez par Mr le Baron
de Raski leur Colo-d
nel
,
qui avoir encore este,
la nuit
,
luy sixiéme , reconnoistre
-
s'il n'y avoit
point quelque ravin eu
emincreux qui couvrist
front des Ennemis ; la
conde estoit de Dragons
de Cavalerie, & les deux
tres entièrement de Calerie;
la quatrièmequi
voit de Reserve estoit
mmandce par Mr de la
remoille.-
Onarriva en cet ordre
sans estre découvert,
nsle Camp ennemi jusn'a
la garde del'Etendart
ui futtaillée en pieces ,
és qu'elle eut crié : Qui
ive. En mesme remps les
oussards & les Dagon.
de la premiere ligne
debanderent & donne
rent l'alarme par tout l
Camp en tuant tout c
qui se rencontra fous leui
main à coups de fusil, de
pistolet,&de sabre. Quel
ques pelotons d'lnfante
rie firent feu sur no
Troupes, mais ils furen
bientostdissipez:on en tu
une partie, & le restese
sauva dans le chemin couvert
deDoüay. Le carnage
fut beaucoup plus
grand dans la Cavalerie
ennemie qui n'eut pas le
mps de se former en
orps un grand nombre
Officiers& de Cavaliers
vant esté tuez dans leurs
entes. Il y a eu des Régilents
donc il n'est pas reé
cent hommes
,
& un
nttr'autres dont il n'en resté que cinq, ce que
on a appris par des Let
es venuës de Douay le
ndemain de l'action.
out le Camp fut pillé, &
on mit le feu à ce que l'on
e putemporter apres que
on eut ramassé prés de
eize cens chevaux qui
ont elle emmenez a
Camp avec les prison
niers. On a pris aussï plu
sieurs Etendarts & quel
quespaires de Timbales
Nous avons perdu en cet
re action Mr deCoëtmer
Colonel de Dragons; Mr
le Baron de Raski a est
blessé ainsi que quelques
Officiersde Dragons.
Apres avoir resté plus
d'une heure sur le Champ
de Bataille, Mr de Gassion
fit sa retraire sans estro
poursuivi. Ils'est
conduit
dans cette action avec
beaucoup de prudence&
d'habilleté
,
ainsi que Mr
deCoignies 3eMus les autres
Officiers Généraux&
Subalternes,& particulierement
Mr le Baron de
Rata.
1
Mr le Maréchal de Villars
, pour favoriser leur
rerraite, avoir fait avancer
Mr d'Albergoti &Mr le
Prince d'Isenghienauvillaged'Aubigny
avec deux
mille Grenadiers, & fit attaquer
par Mr le Comte
de Broglio les gardes avancées
de l'aile droite de
l'arméeennemie,afind'attirer
leur attention de ce
costéla, les Houssards les
pousserent du costé de
Lievin ; ils tuerent plusieurs
Cavaliers
, en prirentaussi
plusieurs,& ramenerent
soixante chevaux.
Fermer
Résumé : « Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Le 2 juin, une partie de la garnison de Douai tenta de rompre une digue retenant les eaux de la Scarpe et de la Sensee, mais fut repoussée par les défenseurs des postes voisins. Le 5 au 6 juillet, huit mille hommes avec quatre pièces de canon attaquèrent de nouveau ces postes et les vainquirent, capturant la plupart des défenseurs à l'exception de quatre tués. Les ennemis fortifièrent ensuite les postes. Le maréchal de Villars, après avoir reconnu le camp ennemi, nota que la droite était peu appuyée. La nuit du 9 au 10 juillet, il fit marcher plusieurs troupes vers Bouchain, prenant des précautions pour éviter la découverte. Le marquis de Coignies marcha en tête avec les dragons pour empêcher toute communication avec le camp ennemi. À l'aube, les troupes françaises attaquèrent le camp ennemi en quatre lignes. La première ligne, composée de dragons et de hussards, débanda et donna l'alarme, tuant ceux qu'ils rencontrèrent. La cavalerie ennemie fut particulièrement touchée, avec de nombreux officiers et cavaliers tués. Le camp fut pillé et incendié, et près de mille deux cents chevaux furent capturés. Les Français perdirent le colonel de dragons Coëtmer et le baron de Raski fut blessé. Après avoir resté sur le champ de bataille, les troupes françaises se retirèrent sans être poursuivies, grâce à des actions de diversion menées par d'Albergotti et le prince d'Isenghien. Les hussards poussèrent également les ennemis vers Lievin, tuant et capturant plusieurs cavaliers et ramenant soixante chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 113-133
GRAND ACCIDENT ARRIVÉ A LYON
Début :
L'accident arrivé à Lyon le onze Octobre est si [...]
Mots clefs :
Accident, Lyon, Pont de la Guillotière, Chevaux, Foule, Peuple, Femmes, Barrière, Chirurgiens, Cadavres, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAND ACCIDENT ARRIVÉ A LYON
GRAND ACCIDENT,
ARRIVE' A LYON.
L'Accidentarrivé à
Lyon le onze Octobre
est si extraordinaire,
que l'on a crû en devoir
donner le récit
dans les mêmes termes
qu'il a esté envoyé par
un témoin oculaire.
De Lyon le 12. Octobre.
Hier Dimanche, onze
de ce mois, entre six &
sept heures du soir, cmi
centpersonnes furent
tuées oublessées sur le
Pont du "BJoone de la
Cuillotiere ; en voici le
sujet. Tous les ans lepeuplede
Lyon-va en dévotionà
une Eglise en Dlluphiné,
à une lieuë de la
Ville,sous l'invocation
desaint DenIs) dans la
Paroisse de Bron, & le
jour de la dévotion est
toujours le Dimanche qui
suitlejourde la fêtede
de ce Saint. Tout lepeuple
revenoit en soule, &
si pressé
, que depuis le
bout de la Guillotiere jusques
à la forte dela Ville
tout estoit plein&ferré
à ïexceZj. Lepont du
Rhône,comme voussçat¡;
ez. a une descente ajjez*
rapideauprès de la porte
qUI vienten Bellecourt,
cette foule de peuple à
l'endroit de cette descente
fut renversee&culbutée
demaniere que les dernierspoussant
lespremiers
ceux-cise monterent les
unssur les autres jusques
àla hauteur d'unpremier
étage,&s',é,.craso- ienttous
impitoyablement, en sortequ'on
tira lescorpsétous
se,souslapresseaunombre
de deux cent dix-huit
personnes quej'ay evues é.
tenduës le long du rampart
: les autres furent
emportez chezeux partie
mourans, (5 expirerent
peu de tempsaprés
vestrearrivez,plusieurs
vinrent finir leurvie
à l'Hôtel-Dieu, &plusieurs
enfin ont eeé blesfezj
,
meurtresou estropiez
: des familles entieresy
ontperi, peres, meres
fj) enfans. Des maris
y ont vu mourir leurs
femmes, des femmes y
ont vûécraser leursmaris
: Jugezcombien de
veuves, d'orphelins, en
un mot quelledesolation
Ifrmlna une journée qui
jusques-là avoit estési
bellei e5 où on s'efîoit bien
diverti.Vousestesenpeine
de sçavoir comment
arriva un accidentsisunefie
&si I*noü;>sIZ)OUS
allez.. l'apprendre.
Comme la nuit tomboit
lessoldats desportes
voulant rançonner les
gens qui se trouveroient
fermez hors de la Ville , tirerent la barrièredela
porte)(J) lessaisoient composer
pour entrer les uns
aprés les autres:cetteceremonie
donna le temps à
la foule du monde à se
presser encore davantage
à l'endroit du corps de
garde qui efi entre les
deuxportes,joint à ce qu'-
onsonnoit la retraitepour
faire avancer à grands
pas ceux qui estoient encore
au fauxbourg,& le
long des chemins:Voila
donc unepopulaceentasfée
au devant de cette
barriere
,
attendez un
moment, vous la verrez,
déboucher de la maniere
du monde laplussurprenante.
Un carosse venant
de Bellecour se presenta
àcettebarriere poursortir
la Ville ; les soldats
sont obligez, de leur donner
passagê, ft} pour cela
d'ouvrir ladite barriere;
toutaussitôt le peuple qui
est u" animal se jetta
avec tant d'impetuosité
pour profiter de cette ouruertur£,
& entrer plus
visse que leschevaux,
quinepouvantsoustenir
l'ffur; de la foule furent
renyerfezj dans le même
temps ; tout ce peuple ensemblese
jetta autravers
des chevaux, & en un
instant tout futconfondu,
hommes&femmes, ensans,
chevaux & caresse,
tout fut écrasé. Vous noterez,
qu'au dedans de
cette barriere étoientdeux
chaisesroulantes,des homme-
rà cheval
,
deschaises
àporteurs, 19 que le torrent
dela foulequipoussoit
toujours de dessus le
Pont,jointà l'avantage
que luy donnoit la descente
,que necessairement
les premiers furent obligez,
ase monter les uns
sur les autres à la hauteur
que je vouf aydit,
les chaises furent moulëes,
les chevaux étouffez^
avec les gens, non
sans avoir mordu &
rué de grands coups de
pieds, quifaisoientencore
plus tomber ceux quiestoient
contraints de s'en
approcher. Je vous laisse
à lueer quel désordre,
quels hurlemens, quels
hannissemens
, & quel
deuil afuivt cette trisse
scene.
Mais ce que v,ous admirerez,
encore davantage
eïl que ma soeur avec
une femme de chambre,
qui étoient allées àla
Guillotierre à pied pour
voirentrertoutcemonde,
eurent le bonheur dese
trouver prés de la barriere
lorsquonl'ouvrit pour
laiserpasser le carosse, &
quelles n'eurent que le
tems deseglisseràcoté du
carosie rerdans la
Ville, lorfàuuvinstant
aprèscemêmecarosse fut
renversé, & que to'4tle
fracas arriva ; la Maitrefft
du carofe estMadame
de Servien,&fut
traînéepar deuxsoldats
de la porte dans le Corps
de Garde: mais elle eut
lechagrin de voir perir
fon cocher, ses deux chevfaurx
,a&csoancajroiss.eetout
Des Chirurgiens acconrurent
à cet événement,
comme à lafindune bata
lie ; &entre autres
operations qu'ils eurent à
faire, celled'ouvrir les
femmes enceintes pour
en tirer les enfins fitpaslamoindre;pa,rmnye
tous ces morts il y a eu
,de bons Bourgeois, des
Marchands, despersonnes
aisées
,
des artisans3
.des valets & des sermantes.
Mr. le Prévost des,
Marchands> Mr. de
Vallorge Major de la
Ville,t0 Air.leProcureur
General, y accouturent,
ilsy ont passé
toute la nuit à faire ranger
les corpsmorts, à les
numérotersurlefront &
les marquerd'un cachet,
en même temps ils flisoientfaire
un pacquet de
leurs effets & de tout
-ce qui étoit sur eux
sujet àse perdre,&ma1--
quoient cepacquet du mê.
me numero rU du mème
cachet, afin que les Parens
pussent recevoir tout
ce qui pouvoit leur appartenir.
Le lendemain chacun
.a!la reconnoître les liens,
& ces Cadavres furent
emportez, chacun en sa
.P¿,roij]e,poury être enterrez;
deforte qu'après
lesVespres l'on nevojoit
par toute la Ville, que
ides Enterremens & des
lamentations.
D'autres Lettres portent
que la principale
cause de ce grand accident,
dent, fut que les gens
qui étoient les pluséloi.
gnez de tabarrière, entendant
le grand bruit
qu'on y faisoit, au lieu
des'écarter pour donner
aux autres la facilité
d'ouvrir le passage,
s'avancerent tout à
coup, soit par la curiosité
desçavoir ce que c'était, soit par la
crainte qu'ils avoient
-
de ne pouvoir rentrer
dans la ville, ensorte
que ceux qui se trouvoienc
à la tête de cette
longue file, ne pouvant
avancer furent renversez;
queceuxquiétoient
les plus prés d'eux furent
en Incme temps
culbutez sureux, & sur
ceux-cy, ceux qui les
joignoient,ne pouvant
faire autre chose que de
monter sur ceux qui
étoient devant eux, par
l'imposibilité de résister
au poids qui les
pressoit par derriere >
qu'un Lieutenant Colonel
qui avoit misle
pistolet à la main pour
le faire faire jour au travers
de la foule, avoit
aussi été étouffé de même
que son cheval, Se
que l'on avoit trouvé
dans la riviere une lieuë
au-dessous duPont,plusieurs
personnes qui s'y
étoient jettées plûtost
que de le laisserécraser
contre le parapet.
Le Pont de la Guillotiere,
sur le Rhosne,
est basti degrosses pierres
de taille: il a cent
cinquante pas de longueursur
dix-neuf
grandes arches: Ily a
dans le milieu de ce
Pont une forte Tour
que l'on dit faire la réparation
du Lyonnois
& du Dauphiné, quoyque
le Faux-bourg de
la Guiilotiere
, qui est
au, bout de ce Pont,
prétende estreduLyonnoise
On garde ordinairement
les portes de
laVillede Lyon: mais
principalement celle
du Rhosne, comme
étant la plus proche des
Terres Etrangères.
ARRIVE' A LYON.
L'Accidentarrivé à
Lyon le onze Octobre
est si extraordinaire,
que l'on a crû en devoir
donner le récit
dans les mêmes termes
qu'il a esté envoyé par
un témoin oculaire.
De Lyon le 12. Octobre.
Hier Dimanche, onze
de ce mois, entre six &
sept heures du soir, cmi
centpersonnes furent
tuées oublessées sur le
Pont du "BJoone de la
Cuillotiere ; en voici le
sujet. Tous les ans lepeuplede
Lyon-va en dévotionà
une Eglise en Dlluphiné,
à une lieuë de la
Ville,sous l'invocation
desaint DenIs) dans la
Paroisse de Bron, & le
jour de la dévotion est
toujours le Dimanche qui
suitlejourde la fêtede
de ce Saint. Tout lepeuple
revenoit en soule, &
si pressé
, que depuis le
bout de la Guillotiere jusques
à la forte dela Ville
tout estoit plein&ferré
à ïexceZj. Lepont du
Rhône,comme voussçat¡;
ez. a une descente ajjez*
rapideauprès de la porte
qUI vienten Bellecourt,
cette foule de peuple à
l'endroit de cette descente
fut renversee&culbutée
demaniere que les dernierspoussant
lespremiers
ceux-cise monterent les
unssur les autres jusques
àla hauteur d'unpremier
étage,&s',é,.craso- ienttous
impitoyablement, en sortequ'on
tira lescorpsétous
se,souslapresseaunombre
de deux cent dix-huit
personnes quej'ay evues é.
tenduës le long du rampart
: les autres furent
emportez chezeux partie
mourans, (5 expirerent
peu de tempsaprés
vestrearrivez,plusieurs
vinrent finir leurvie
à l'Hôtel-Dieu, &plusieurs
enfin ont eeé blesfezj
,
meurtresou estropiez
: des familles entieresy
ontperi, peres, meres
fj) enfans. Des maris
y ont vu mourir leurs
femmes, des femmes y
ont vûécraser leursmaris
: Jugezcombien de
veuves, d'orphelins, en
un mot quelledesolation
Ifrmlna une journée qui
jusques-là avoit estési
bellei e5 où on s'efîoit bien
diverti.Vousestesenpeine
de sçavoir comment
arriva un accidentsisunefie
&si I*noü;>sIZ)OUS
allez.. l'apprendre.
Comme la nuit tomboit
lessoldats desportes
voulant rançonner les
gens qui se trouveroient
fermez hors de la Ville , tirerent la barrièredela
porte)(J) lessaisoient composer
pour entrer les uns
aprés les autres:cetteceremonie
donna le temps à
la foule du monde à se
presser encore davantage
à l'endroit du corps de
garde qui efi entre les
deuxportes,joint à ce qu'-
onsonnoit la retraitepour
faire avancer à grands
pas ceux qui estoient encore
au fauxbourg,& le
long des chemins:Voila
donc unepopulaceentasfée
au devant de cette
barriere
,
attendez un
moment, vous la verrez,
déboucher de la maniere
du monde laplussurprenante.
Un carosse venant
de Bellecour se presenta
àcettebarriere poursortir
la Ville ; les soldats
sont obligez, de leur donner
passagê, ft} pour cela
d'ouvrir ladite barriere;
toutaussitôt le peuple qui
est u" animal se jetta
avec tant d'impetuosité
pour profiter de cette ouruertur£,
& entrer plus
visse que leschevaux,
quinepouvantsoustenir
l'ffur; de la foule furent
renyerfezj dans le même
temps ; tout ce peuple ensemblese
jetta autravers
des chevaux, & en un
instant tout futconfondu,
hommes&femmes, ensans,
chevaux & caresse,
tout fut écrasé. Vous noterez,
qu'au dedans de
cette barriere étoientdeux
chaisesroulantes,des homme-
rà cheval
,
deschaises
àporteurs, 19 que le torrent
dela foulequipoussoit
toujours de dessus le
Pont,jointà l'avantage
que luy donnoit la descente
,que necessairement
les premiers furent obligez,
ase monter les uns
sur les autres à la hauteur
que je vouf aydit,
les chaises furent moulëes,
les chevaux étouffez^
avec les gens, non
sans avoir mordu &
rué de grands coups de
pieds, quifaisoientencore
plus tomber ceux quiestoient
contraints de s'en
approcher. Je vous laisse
à lueer quel désordre,
quels hurlemens, quels
hannissemens
, & quel
deuil afuivt cette trisse
scene.
Mais ce que v,ous admirerez,
encore davantage
eïl que ma soeur avec
une femme de chambre,
qui étoient allées àla
Guillotierre à pied pour
voirentrertoutcemonde,
eurent le bonheur dese
trouver prés de la barriere
lorsquonl'ouvrit pour
laiserpasser le carosse, &
quelles n'eurent que le
tems deseglisseràcoté du
carosie rerdans la
Ville, lorfàuuvinstant
aprèscemêmecarosse fut
renversé, & que to'4tle
fracas arriva ; la Maitrefft
du carofe estMadame
de Servien,&fut
traînéepar deuxsoldats
de la porte dans le Corps
de Garde: mais elle eut
lechagrin de voir perir
fon cocher, ses deux chevfaurx
,a&csoancajroiss.eetout
Des Chirurgiens acconrurent
à cet événement,
comme à lafindune bata
lie ; &entre autres
operations qu'ils eurent à
faire, celled'ouvrir les
femmes enceintes pour
en tirer les enfins fitpaslamoindre;pa,rmnye
tous ces morts il y a eu
,de bons Bourgeois, des
Marchands, despersonnes
aisées
,
des artisans3
.des valets & des sermantes.
Mr. le Prévost des,
Marchands> Mr. de
Vallorge Major de la
Ville,t0 Air.leProcureur
General, y accouturent,
ilsy ont passé
toute la nuit à faire ranger
les corpsmorts, à les
numérotersurlefront &
les marquerd'un cachet,
en même temps ils flisoientfaire
un pacquet de
leurs effets & de tout
-ce qui étoit sur eux
sujet àse perdre,&ma1--
quoient cepacquet du mê.
me numero rU du mème
cachet, afin que les Parens
pussent recevoir tout
ce qui pouvoit leur appartenir.
Le lendemain chacun
.a!la reconnoître les liens,
& ces Cadavres furent
emportez, chacun en sa
.P¿,roij]e,poury être enterrez;
deforte qu'après
lesVespres l'on nevojoit
par toute la Ville, que
ides Enterremens & des
lamentations.
D'autres Lettres portent
que la principale
cause de ce grand accident,
dent, fut que les gens
qui étoient les pluséloi.
gnez de tabarrière, entendant
le grand bruit
qu'on y faisoit, au lieu
des'écarter pour donner
aux autres la facilité
d'ouvrir le passage,
s'avancerent tout à
coup, soit par la curiosité
desçavoir ce que c'était, soit par la
crainte qu'ils avoient
-
de ne pouvoir rentrer
dans la ville, ensorte
que ceux qui se trouvoienc
à la tête de cette
longue file, ne pouvant
avancer furent renversez;
queceuxquiétoient
les plus prés d'eux furent
en Incme temps
culbutez sureux, & sur
ceux-cy, ceux qui les
joignoient,ne pouvant
faire autre chose que de
monter sur ceux qui
étoient devant eux, par
l'imposibilité de résister
au poids qui les
pressoit par derriere >
qu'un Lieutenant Colonel
qui avoit misle
pistolet à la main pour
le faire faire jour au travers
de la foule, avoit
aussi été étouffé de même
que son cheval, Se
que l'on avoit trouvé
dans la riviere une lieuë
au-dessous duPont,plusieurs
personnes qui s'y
étoient jettées plûtost
que de le laisserécraser
contre le parapet.
Le Pont de la Guillotiere,
sur le Rhosne,
est basti degrosses pierres
de taille: il a cent
cinquante pas de longueursur
dix-neuf
grandes arches: Ily a
dans le milieu de ce
Pont une forte Tour
que l'on dit faire la réparation
du Lyonnois
& du Dauphiné, quoyque
le Faux-bourg de
la Guiilotiere
, qui est
au, bout de ce Pont,
prétende estreduLyonnoise
On garde ordinairement
les portes de
laVillede Lyon: mais
principalement celle
du Rhosne, comme
étant la plus proche des
Terres Etrangères.
Fermer
Résumé : GRAND ACCIDENT ARRIVÉ A LYON
Le 11 octobre, un accident tragique s'est produit à Lyon sur le Pont de la Guillotière. Environ cent personnes ont été tuées ou blessées lors d'une procession de retour d'une dévotion à une église en Dauphiné. La foule, pressée de rentrer en ville, s'est amassée sur le pont, provoquant une bousculade meurtrière. Les derniers de la file ont poussé les premiers, entraînant une chute en cascade où les gens se sont écrasés les uns sur les autres. Les corps ont été retrouvés le long du rempart, et de nombreux blessés ont été transportés à l'Hôtel-Dieu. Des familles entières ont été décimées, laissant de nombreux veufs et orphelins. L'accident a été exacerbé par l'ouverture de la barrière de la porte pour laisser passer un carrosse, permettant à la foule de se précipiter en avant. La descente rapide du pont et la pression de la foule ont contribué à la tragédie. Des chirurgiens ont dû intervenir pour des opérations d'urgence, y compris l'extraction d'enfants de femmes enceintes. Les autorités, dont le Prévôt des Marchands, le Major de la Ville et le Procureur Général, ont passé la nuit à organiser les corps et à récupérer les effets personnels des victimes. Le lendemain, les corps ont été identifiés et enterrés, et la ville était en deuil. D'autres rapports indiquent que la curiosité et la peur des retardataires ont également contribué à l'accident. Le Pont de la Guillotière, long de cent cinquante pas et composé de dix-neuf arches, est un point stratégique de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 305-309
NOUVELLES d'Espagne du premier Février 1712.
Début :
On travaille fortement aux recrues & aux nouvelles levées pour [...]
Mots clefs :
Espagne, Infanterie, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne du premier Février 1712.
NOUVELLES
d'Espagne du premier
Fevrier 1712.
Ontravaille fortement aux
recruës &"aux nouvelles levées pour la Campagne proFévrier 1712. CC
306 MERCURE
chaine, pour laquelle on
tient des Confeils de Guerre
en preſence du Roy. Le
25. du mois dernier le Due
de Vendofme arriva à Madrid, il alla d'abord faluer
leurs Majeftez avec left
quelles ils eurent une longue
Conference. On a déja
acheté pour cent mille efcus
de grains & cent mille
écus de chevaux, Le Conſeil
de Caluille a fufpendu pour
un an , le payement des
revenus , des droits , & des
domaines alienez. Quatre
cent chevaux de la garnifon
GALANT 307
de Badajoz , ont fait une
courfe en Portugal , & en
ont amené quatre mille
piéces de beftail , avec deux
cent chevaux ou mulets.
Le Duc de Vendofme en
quittants Cerveranylalaiffér
quatre Bataillons & le Regiment de Dragons del Valit
lejo, & le Comte d'Herfel
pouranyb commander , del
bonnes garnifons dans!
Agramunt , Balaguer &
Belpuch, voici comment le
refte des Troupes étoit en
quartier d'hyvers Vesi
La Cavaleries Françoife
Ccij
308 MERCURE
logée à Huefca & dans les
Villes voifines. Met 300
L'Infanterie Espagnole
dans la Conca de Trems &
dans la Viguerie de Lerida.
La Brigade des Irlandois
à Tetüel au deça de l'Ebro
Le Regiment des Afturiés à Daroca.
Dix Regimens de Cava-.
leric Espagnole dans le
Royaume.de Valence.cted
L'Infanterie Françoife a
Alcaniz , à Cafpé & àn
Tortofc.
Les Volontaires & les
Miquelets ayant voulu en-
GALANT 309
trer en Navarre, les peuples
ont pris les armes , les ont
battus & mis en fuite , &
en csonttitués un grand
nombre.
d'Espagne du premier
Fevrier 1712.
Ontravaille fortement aux
recruës &"aux nouvelles levées pour la Campagne proFévrier 1712. CC
306 MERCURE
chaine, pour laquelle on
tient des Confeils de Guerre
en preſence du Roy. Le
25. du mois dernier le Due
de Vendofme arriva à Madrid, il alla d'abord faluer
leurs Majeftez avec left
quelles ils eurent une longue
Conference. On a déja
acheté pour cent mille efcus
de grains & cent mille
écus de chevaux, Le Conſeil
de Caluille a fufpendu pour
un an , le payement des
revenus , des droits , & des
domaines alienez. Quatre
cent chevaux de la garnifon
GALANT 307
de Badajoz , ont fait une
courfe en Portugal , & en
ont amené quatre mille
piéces de beftail , avec deux
cent chevaux ou mulets.
Le Duc de Vendofme en
quittants Cerveranylalaiffér
quatre Bataillons & le Regiment de Dragons del Valit
lejo, & le Comte d'Herfel
pouranyb commander , del
bonnes garnifons dans!
Agramunt , Balaguer &
Belpuch, voici comment le
refte des Troupes étoit en
quartier d'hyvers Vesi
La Cavaleries Françoife
Ccij
308 MERCURE
logée à Huefca & dans les
Villes voifines. Met 300
L'Infanterie Espagnole
dans la Conca de Trems &
dans la Viguerie de Lerida.
La Brigade des Irlandois
à Tetüel au deça de l'Ebro
Le Regiment des Afturiés à Daroca.
Dix Regimens de Cava-.
leric Espagnole dans le
Royaume.de Valence.cted
L'Infanterie Françoife a
Alcaniz , à Cafpé & àn
Tortofc.
Les Volontaires & les
Miquelets ayant voulu en-
GALANT 309
trer en Navarre, les peuples
ont pris les armes , les ont
battus & mis en fuite , &
en csonttitués un grand
nombre.
Fermer
Résumé : NOUVELLES d'Espagne du premier Février 1712.
Le document du 1er février 1712 rapporte les préparatifs militaires en Espagne. Le duc de Vendôme est arrivé à Madrid le 25 janvier pour une conférence avec les souverains. Des achats de grains et de chevaux ont été réalisés pour cent mille écus chacun. Le Conseil de Castille a suspendu pour un an le paiement des revenus et des droits. Quatre cents chevaux de Badajoz ont mené une expédition au Portugal, ramenant du bétail et des chevaux. Le duc de Vendôme a quitté Cervera, laissant des troupes à Agramunt, Balaguer et Belpuig sous le commandement du comte d'Herfel. Les forces sont réparties entre la cavalerie française à Huesca, l'infanterie espagnole dans la Conca de Tremps et la Viguerie de Lerida, les Irlandois à Tetuán de la Frontera, les Asturies à Daroca, la cavalerie espagnole dans le royaume de Valence, et l'infanterie française à Alcañiz, Caspe et Tortosa. En Navarre, des volontaires et des miquelets ont été repoussés par les habitants, qui en ont capturé un grand nombre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 108-116
RELATION.
Début :
Cette Campagne s'ouvre assez favorablement, car dans toutes les [...]
Mots clefs :
Carabiniers, Houssards, Troupes, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION.
RELATION.
Cette Campagne s'ouvre
affez favorablement , car
dans toutes les petites affaires
de guerre nous reüffiffons:
La derniere qui vient d'arriver en Flanders le 27. du
mois dernier , merite bien
d'eftre detaillée un peu au
long, eftant des plus brillantes & des plus vives , les
Troupes y ayant fait voir
plus de valeur que l'on n'en
auroit pâ efperer quoyqu'il
n'y eût que 36, Carabiniers
GALANT. 109
contre cent Houffards , le
combat ayant duré plus de
deux heures en plaine. Mr
le Marquis de Mezieres allant de fon quartier prés
d'Arras à Dourlens pour y
faire quelque mouvement
dont les troupes avoient les
ordres , ne prit avec luy que
40. Carabiniers pour l'ef
corter ; à deux licuës de là
quatre Carabiniers qui mar,
choient devant , virent quels
que chofe dans un petit bois
& allerent à la decouverte
lorfque tout à coup il fe debufqua 100. Houffards les
t
10 MERCURE
uns aprés les autres qui tiferent fur les 4. Carabiniers,
enblefferent deux, en prireno
un , & l'autre vint dire cette
nouvelle à Mr de Muzierd
qui ayant déja vû ce qui
s'étoit paffé avoir dit fon
deffeintaux Carabiniers &
les nyit en bataille , marcha
aux Houffards qui vincent à
cux en pelorons , » kes:1367
Carabiniers qui rektoient?
chargerent aveo rantde fer→
meté les Houffards , qu'ils
phierent & prirent la fuite à
plus de deux cent pas , puis
faifant de nouvelles difpou
•
GALANT. 11 #
fitions de leur Troupe , les
difperfants en trois bandes,
marcherent avec leurs cris
ordinaires: Mr de Meziere
voyant qu'ils venoient l'at
taquer de tous les côtez ,
ordonna dans le momentau
z. rangde faire un demitour
à droite pour leur faite tête:
& charger dés qu'ils arriveroient , puis faifant revenip
rous enfemble , il leur ora
donnade ne ſepoint debans
der pour quelque chofe que
ce für: cette petite troupe
fit des actions de valeur in
eroyable faifant encoreplica
112 MERGURE
les Houffards & les ayant
obligé de fe difperfer jufqu'à 3. fois , les Houffards.
pour exciter les Carabiniers,
Le debander , vinrent par
petits pelotons feparément.
les attaquer, mais ils ne s'ecartérent pas un feul moment & les repoufferent tou
jours avec la mefmevigueur
quoy qu'ils changeaffent de
manuævre jufqu'à 8, fois,
avec toujours pareil defavantage eftant toujours batus & mis en fuite ; les Houf
fards voyants une fi vigouLeufe fermeté foutenue
GALANT. 113
d'une fi grande difcipline ,
fe mirent en bataille & vinrent encore dans l'efperance
d'enfoncer les noftres , ils
firent leurs décharges de prés
à coup de pistolets & de
moufquetons,puis ils s'avancerent à coups de Sabres ,
mais ils furent toujours reçus avec la meſme fermeté,
& Mr de Mezieres voyant
que c'eftoit la derniere at
taque qu'il avoit à foutenir
ayant des fiens bleffez , il
leur cria, courage Carabi
niers, vous avez eſté créez à
caufe des actions glorieuſes
May 1712. K
114 MERCURE
que vous fires à la bataille
de Fleurus , fouvenez- vous
en , & que l'on vous recon、
noiffe toujours pour ces
mefmes troupes invincibles .
les carabiniets criétent tous;
nous mourons avec vous ,
yous cftes unbrave General,
&donnerent fur les ennemis
avec une bravoure incro
yable & enfoncerent les
Houffards , quia pritent la
fuite , les Carabiniers les fui
virent en ordre jusqu'aux
hayes d'un Village où les
Houlards fe difperferent ,
daiffants derriereeux 30. des
GALANT. 115.
leurs rucz fur la place , 3.
bleffez dont il y avoit un
Officier & plufieurs chevaux
Tucz. Mr de Meziere n'a cû
dans cette affaire qu'un Cárabinieritué fur la place
onze bleffez dangereuſe
menty 5. Chevaux tuez &
douze bléſſez : le Cornére
quiché reçu trois bleffuros
dangereuſes, s'y eft fort difringué, ayant eu deux che
vaux [tucz fous! huy, l'un
defquels appartenoit à Mf
de Meziere le Capitaine
& le Lieutenant quaeq
auffiun cheval tulbushi
Jual nu équibb an
116 MERCURE
y ont auffi tres bien fait , il
n'y a pas un des Carabiniers
qui ne fe foit bien diſtingué
dans cette affaire ; Mr de
Meziere qui a auffi perdu
trois de fes chevaux , a fair
conduire fes bleffez & l'Of
ficier Houffard à Dourlans,
où il a raporté qu'il avoit vû
14. des fiens bleffez àda 4 .
attaque qu'ils avoient fait &
que l'on ne pouvoit donner
C
autant de louange à Mr de
Meziere qu'il en meritoit,
eftant feur que s'il n'avoit
pas commandé ces Carabi
niers , ils ne leur en feroit
pas échapé un ſeul.
Cette Campagne s'ouvre
affez favorablement , car
dans toutes les petites affaires
de guerre nous reüffiffons:
La derniere qui vient d'arriver en Flanders le 27. du
mois dernier , merite bien
d'eftre detaillée un peu au
long, eftant des plus brillantes & des plus vives , les
Troupes y ayant fait voir
plus de valeur que l'on n'en
auroit pâ efperer quoyqu'il
n'y eût que 36, Carabiniers
GALANT. 109
contre cent Houffards , le
combat ayant duré plus de
deux heures en plaine. Mr
le Marquis de Mezieres allant de fon quartier prés
d'Arras à Dourlens pour y
faire quelque mouvement
dont les troupes avoient les
ordres , ne prit avec luy que
40. Carabiniers pour l'ef
corter ; à deux licuës de là
quatre Carabiniers qui mar,
choient devant , virent quels
que chofe dans un petit bois
& allerent à la decouverte
lorfque tout à coup il fe debufqua 100. Houffards les
t
10 MERCURE
uns aprés les autres qui tiferent fur les 4. Carabiniers,
enblefferent deux, en prireno
un , & l'autre vint dire cette
nouvelle à Mr de Muzierd
qui ayant déja vû ce qui
s'étoit paffé avoir dit fon
deffeintaux Carabiniers &
les nyit en bataille , marcha
aux Houffards qui vincent à
cux en pelorons , » kes:1367
Carabiniers qui rektoient?
chargerent aveo rantde fer→
meté les Houffards , qu'ils
phierent & prirent la fuite à
plus de deux cent pas , puis
faifant de nouvelles difpou
•
GALANT. 11 #
fitions de leur Troupe , les
difperfants en trois bandes,
marcherent avec leurs cris
ordinaires: Mr de Meziere
voyant qu'ils venoient l'at
taquer de tous les côtez ,
ordonna dans le momentau
z. rangde faire un demitour
à droite pour leur faite tête:
& charger dés qu'ils arriveroient , puis faifant revenip
rous enfemble , il leur ora
donnade ne ſepoint debans
der pour quelque chofe que
ce für: cette petite troupe
fit des actions de valeur in
eroyable faifant encoreplica
112 MERGURE
les Houffards & les ayant
obligé de fe difperfer jufqu'à 3. fois , les Houffards.
pour exciter les Carabiniers,
Le debander , vinrent par
petits pelotons feparément.
les attaquer, mais ils ne s'ecartérent pas un feul moment & les repoufferent tou
jours avec la mefmevigueur
quoy qu'ils changeaffent de
manuævre jufqu'à 8, fois,
avec toujours pareil defavantage eftant toujours batus & mis en fuite ; les Houf
fards voyants une fi vigouLeufe fermeté foutenue
GALANT. 113
d'une fi grande difcipline ,
fe mirent en bataille & vinrent encore dans l'efperance
d'enfoncer les noftres , ils
firent leurs décharges de prés
à coup de pistolets & de
moufquetons,puis ils s'avancerent à coups de Sabres ,
mais ils furent toujours reçus avec la meſme fermeté,
& Mr de Mezieres voyant
que c'eftoit la derniere at
taque qu'il avoit à foutenir
ayant des fiens bleffez , il
leur cria, courage Carabi
niers, vous avez eſté créez à
caufe des actions glorieuſes
May 1712. K
114 MERCURE
que vous fires à la bataille
de Fleurus , fouvenez- vous
en , & que l'on vous recon、
noiffe toujours pour ces
mefmes troupes invincibles .
les carabiniets criétent tous;
nous mourons avec vous ,
yous cftes unbrave General,
&donnerent fur les ennemis
avec une bravoure incro
yable & enfoncerent les
Houffards , quia pritent la
fuite , les Carabiniers les fui
virent en ordre jusqu'aux
hayes d'un Village où les
Houlards fe difperferent ,
daiffants derriereeux 30. des
GALANT. 115.
leurs rucz fur la place , 3.
bleffez dont il y avoit un
Officier & plufieurs chevaux
Tucz. Mr de Meziere n'a cû
dans cette affaire qu'un Cárabinieritué fur la place
onze bleffez dangereuſe
menty 5. Chevaux tuez &
douze bléſſez : le Cornére
quiché reçu trois bleffuros
dangereuſes, s'y eft fort difringué, ayant eu deux che
vaux [tucz fous! huy, l'un
defquels appartenoit à Mf
de Meziere le Capitaine
& le Lieutenant quaeq
auffiun cheval tulbushi
Jual nu équibb an
116 MERCURE
y ont auffi tres bien fait , il
n'y a pas un des Carabiniers
qui ne fe foit bien diſtingué
dans cette affaire ; Mr de
Meziere qui a auffi perdu
trois de fes chevaux , a fair
conduire fes bleffez & l'Of
ficier Houffard à Dourlans,
où il a raporté qu'il avoit vû
14. des fiens bleffez àda 4 .
attaque qu'ils avoient fait &
que l'on ne pouvoit donner
C
autant de louange à Mr de
Meziere qu'il en meritoit,
eftant feur que s'il n'avoit
pas commandé ces Carabi
niers , ils ne leur en feroit
pas échapé un ſeul.
Fermer
Résumé : RELATION.
Le 27 du mois précédent, une bataille s'est déroulée en Flandres entre 36 Carabiniers français et 100 Houffards. Cette confrontation, qui a duré plus de deux heures, a mis en lumière la valeur et la discipline des troupes françaises. Le Marquis de Mezieres, accompagné de 40 Carabiniers, se rendait de son quartier près d'Arras à Dourlens lorsqu'il a été attaqué par les Houffards. Malgré leur infériorité numérique, les Carabiniers ont résisté avec fermeté et discipline. Ils ont repoussé plusieurs attaques des Houffards, qui ont tenté diverses manœuvres pour les déstabiliser. Encouragés par leur général, les Carabiniers ont finalement enfoncé les lignes ennemies, forçant les Houffards à battre en retraite. Les pertes françaises se sont élevées à un Carabinier tué, onze blessés gravement, cinq chevaux tués et douze blessés. Les Houffards ont laissé derrière eux 30 chevaux tués, trois blessés, dont un officier, et plusieurs chevaux capturés. Le Marquis de Mezieres a été loué pour son leadership, sans lequel les Carabiniers n'auraient pas survécu à cette confrontation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 43-48
Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Début :
Je suis venu ici, Monsieur, pour rendre compte à Monsieur [...]
Mots clefs :
Noyelle, Camp, Troupes, Chevaux, Douai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Du Camp de Noyelle ce 7.
Fuiller.
Je fuis venu ici , Monfieur , pour rendre compte
à Monfieur le Maréchal
que fur l'avis qu'a cu Monfieur le Comte de Broglio
ce matin , que les ennemis
avoient détaché de leur
armée huit cent chevaux ,
pour attaquer un fourrage
qu'ils croyoient qu'il devoit faire avec la reſerve
entre Douay & Vitry , il eſt
forti ce matin avec mille
Dij
44 MERCURE
chevaux , aufquels il a fait
prendre des faulx , afin de
les mieux faire donner dans
le panneau , & a envoyé
trois cent chevaux pour
maſquer Douay , fans faire
femblant d'avoir aucune
troupe à fon flanc gauche,
& a toûjours tenu le refte
de ſes troupes en gros comme des fourrageurs. Les
ennemis qui étoient embufquez fur les derrieres ont
debufqué marchans en bataille leur ſeize troupes
front. Il les a laiffé venir juf- ›
ques à la portée d'une ca
de
1
GALANT.
45
rabine ; aprés quoy il s'eft
formé , & a marché à eux
l'épée à la main , a effuyé
leur feu de fort prés, & y
eft entré à grands coups d'épée , les a culbutez , fans
leur donner le temps de fe
rallier , les a fuivis , & fait
couper par des troupes qu'il
a envoyées s'emparer du
paffage de Crechin ; ce qui
les a rejettez du côté de
Couriere & de la Deule ,
où il s'en eft noyé plufieurs.
Comme j'avois perdu de
vûë Monfieur le Comte de
Broglio, je pouffai vers Cre-
46 MERCURE
chin avec cinquante maîtres. Je puis vous affurer
qu'il n'eft pas rentré dans
Doüay plus de cinquante
cavaliers , le reste ayant été
pris ou noyé. Quand je fuis
parti pour en venir rendre
compte à Monfieur le Maréchal , toutes nos troupes
`n'étoient pas encore arrivées : il y avoit déja prés :
de quatre cent prifonniers,
& autant de chevaux , du
nombre defquels étoit M.
de Saint Amour , Colonel
des Cuiraffier's,qui, je crois,
commandoit ce détache-
GALANT.
47
ment, & quatorze Officiers,
Monfieur Speligny , Colonel Houffard , doit y avoir été tué , fon cheval
cent
s'étant rendu , à ce qu'a dit
Monfieur de Saint Amour,
bien avant qu'il ait été
pris. Ce détachement étoit
compofé de quatre
Cuiraffiers de l'Empereur ,
de deux cent Drrgons ,
& deux cent Houflards ;
le tout de troupes choifies , leſquelles avoient ordre d'entreprendre quelque chofe avant de revenir. Mon frere le Comte
48 MERCURE
& moy fommes en bonne
fanté. Monfieur le Maréchal rend compte à la Cour
de cette affaire.
On attend des memoires d'Espagne , qui retardent jufqu'au mois
prochain l'article qu'on
a promis de Monfieur
de Vendôme
Fuiller.
Je fuis venu ici , Monfieur , pour rendre compte
à Monfieur le Maréchal
que fur l'avis qu'a cu Monfieur le Comte de Broglio
ce matin , que les ennemis
avoient détaché de leur
armée huit cent chevaux ,
pour attaquer un fourrage
qu'ils croyoient qu'il devoit faire avec la reſerve
entre Douay & Vitry , il eſt
forti ce matin avec mille
Dij
44 MERCURE
chevaux , aufquels il a fait
prendre des faulx , afin de
les mieux faire donner dans
le panneau , & a envoyé
trois cent chevaux pour
maſquer Douay , fans faire
femblant d'avoir aucune
troupe à fon flanc gauche,
& a toûjours tenu le refte
de ſes troupes en gros comme des fourrageurs. Les
ennemis qui étoient embufquez fur les derrieres ont
debufqué marchans en bataille leur ſeize troupes
front. Il les a laiffé venir juf- ›
ques à la portée d'une ca
de
1
GALANT.
45
rabine ; aprés quoy il s'eft
formé , & a marché à eux
l'épée à la main , a effuyé
leur feu de fort prés, & y
eft entré à grands coups d'épée , les a culbutez , fans
leur donner le temps de fe
rallier , les a fuivis , & fait
couper par des troupes qu'il
a envoyées s'emparer du
paffage de Crechin ; ce qui
les a rejettez du côté de
Couriere & de la Deule ,
où il s'en eft noyé plufieurs.
Comme j'avois perdu de
vûë Monfieur le Comte de
Broglio, je pouffai vers Cre-
46 MERCURE
chin avec cinquante maîtres. Je puis vous affurer
qu'il n'eft pas rentré dans
Doüay plus de cinquante
cavaliers , le reste ayant été
pris ou noyé. Quand je fuis
parti pour en venir rendre
compte à Monfieur le Maréchal , toutes nos troupes
`n'étoient pas encore arrivées : il y avoit déja prés :
de quatre cent prifonniers,
& autant de chevaux , du
nombre defquels étoit M.
de Saint Amour , Colonel
des Cuiraffier's,qui, je crois,
commandoit ce détache-
GALANT.
47
ment, & quatorze Officiers,
Monfieur Speligny , Colonel Houffard , doit y avoir été tué , fon cheval
cent
s'étant rendu , à ce qu'a dit
Monfieur de Saint Amour,
bien avant qu'il ait été
pris. Ce détachement étoit
compofé de quatre
Cuiraffiers de l'Empereur ,
de deux cent Drrgons ,
& deux cent Houflards ;
le tout de troupes choifies , leſquelles avoient ordre d'entreprendre quelque chofe avant de revenir. Mon frere le Comte
48 MERCURE
& moy fommes en bonne
fanté. Monfieur le Maréchal rend compte à la Cour
de cette affaire.
On attend des memoires d'Espagne , qui retardent jufqu'au mois
prochain l'article qu'on
a promis de Monfieur
de Vendôme
Fermer
Résumé : Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Le 7 [mois indéterminé], depuis le Camp de Noyelle, un rapport militaire informe Monsieur le Maréchal des actions du Comte de Broglio contre les ennemis. Ce matin, Broglio a appris que les ennemis avaient envoyé huit cents chevaux pour attaquer un convoi de fourrage près de Douay et Vitry. Il a renforcé ses troupes à mille chevaux, armés de faux, et a envoyé trois cents chevaux pour masquer Douay, feignant de n'avoir aucune troupe à son flanc gauche. Les ennemis, embusqués à l'arrière, ont débusqué en formation de bataille. Broglio les a laissés approcher à portée de tir, puis a chargé à l'épée, dispersant les ennemis sans leur laisser le temps de se rallier. Il a poursuivi les fuyards et a coupé leur retraite vers Crechin, les repoussant vers Couriere et la Deule, où plusieurs se sont noyés. L'auteur, ayant perdu de vue Broglio, s'est dirigé vers Crechin avec cinquante maîtres. Moins de cinquante cavaliers ennemis sont rentrés à Douay, le reste étant capturé ou noyé. Au moment de son départ pour informer le Maréchal, environ quatre cents prisonniers et autant de chevaux avaient été capturés, incluant le Colonel des Cuirassiers Saint Amour et quatorze officiers. Le détachement ennemi était composé de quatre cents Cuirassiers de l'Empereur, deux cents Dragons et deux cents Houzards. Le Maréchal rend compte de cette affaire à la Cour. Des mémoires d'Espagne sont attendus, retardant l'article promis de Monsieur de Vendôme jusqu'au mois prochain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 261-274
A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Début :
Mr le Comte de Broglio fut chargé de faire un [...]
Mots clefs :
Abbaye de Crepin, Comte de Broglio, Fourrages, Retraite, Troupes, Cavalerie, Village, Grenadiers, Compagnies, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Al'Abbaye dr Crepin le
18. Septembre 1712.
Mr le Comte de Broglio
fut chargé de faire un fourage hier du cofté de la
Haine; les ennemis en
kayane cfté avertis par leurs
262 MERCURE
efpions & par l'avis qu'on
avoit donné aux Païfans
de fauver leurs Vaches
devant eſtre fouragez ,
pafferent avant hier au foir
la Haine à S. Guilain avec
douze cent Chariots , deux
cent Houzars & cinq cent
Grenadiers qu'ils laifferent
à la tefte de la Chauffée de
S. Guilain , pour favorifer
leur retraite , ils commencerent à paffer cette riviere
à une heure aprés minuit
à peu prés dans le temps que
nous paffions l'Escaut à
Condé , de forte qu'à la
GALANT 263
pointe du jour toutes leurs
Troupes eftoient entre
Outrage & S. Guilain : nous
arivames auffi dans ce
temps là avec mille Grena
diers & neuf cent chevaux
à la tefte du Village de
Ville , qui eft contigu à
celuy de Pommervil ; Mr
le Comte de Broglio mit lá
la Cavalerie en bataille dans
une petite Plaine à la tefte
de ce Village , barrant de
la Riviere au Bois , elle
eftoit foutenue par les
mille Grenadiers qu'il poſta
en mefme temps dans les
4 MERCURE
ayeda Villages. Le fielt
Charfwars qu'il avoir e
woyé đés la voille aveccent
wheraux & cinquante Hea
ers aperçeur les ennemis
und demi heurer de jour
entre Outrage & S. Gui
dain où ils titoient, en alte
envoya dire à Mr de
Broglio qu'il voyoit sun
affez gros corps de Cavalet
Tie fans pouvoir en dire le
nombre. Un moment aprés
les, ennemis marchérent à
Juy, &l'obligerent à fe retis
rer fur une Troupe avancée
que nous avions entre las
Villages
GALANT. 265
Village d'Outrage & de
Ville.
Mr le Comte deBroglio
s'y porca aulli toft pour
connoiftre la force de ces
Troupes qui déboucherene
au galop rempliſſant te
terrain , à melure qu'elles
eftoient formées ,
nos
Houfars efcarmoucherent
pendant ce temps- là avec
ceux des ennemis , mais
leur Troupe groffillant ,
Mronde Broglio» envoya
avertir dans les Villages
de Pommereüil & de Ville
la Cavalerie de monter
Septembre 1712. Z
*** MERCURE
A
à cheval, & fit retirer les
Houfars & la Cavalerie
qui eſtoient en avant fur
le gros de la Cavalerie qui
eftoient en bataille en pre
miere ligne devant les mille
Grenadiers poftez dans les
hayes à la telte du Village de
Ville , en ayant mis crois
Compagnies à la droite
de la Cavalerie, & trois
Compagnies à la gauche
pour la flanquer. 11
D'abord quelles ennemis
curent formé toutes leurs
Troupes fur quatre lignes,
ls marcherent de front fur
GALANT. 267
noftre Cavalerie qui foren
verfavallat premieres charge
par fa droite fur les trois
Compagnies de Grenadiers
du Flánc droit & fe jedterenr
dans le chemin de Pommie
reüil d'où elle fe retiraà une
Troupe de Carabiniers qui
fe reforma dans le chemin
& quity refta . 51 amp fiv
zioLestennemis ayant ainfi
pouffe noftre Cavalerievoufurent tour de fuite paffer
fur noftre Infantérie máis
Male Comte de Broglio
luy fit faire une déchange
àbouttouchant quien jerta
Zij
268 MERCURE
beaucoup par terres&idet
culbuta , ce qui les obligea
à le jetter par leur gauche il
entra une Troupe ou deux
dans le Village de Ville,
n'ayantpûmettred'Infante
tie par cette droite , parce
que le front cftoit trop
grand, Mr de Broglio ayant
vûquecette Cavaleriefejeg
toit fur fa gauche quichoir
noftre droite pour entrer
dans ce Villageymarcha
d'abord à la tefte des Gre
nadiers dans le grandi che
min , & trouva ces deux
Troupes des ennemis entre
GALANT. 169
Pommercial & Ville. Il fit
faire feu fur cux par cinquante Grenadiers asi que
commandoit le fieur de la
Chaize Capitaine des
Grenadiers de Meuſe , ce
quicles culbutas dans le
moment.fls,anot of
anals ofed retirerent fans
perdre de temps & affcz
precipirament, & depuis co
temps là on n'a plus vû
uh ennemi, quoyque nos
Troupes ayent trefté en
bataille dans le Village plus
de trois heures aprés.
97.dls n'ont pris , de foursZiij
478 MERCURE
gours que ce qui eſtoit entre
la riviere de Pommercüil &
le Village de Ville dans les
Prairies , qui eftoient en pe
tit nombre , & gens qui
avoient paffé les efcortos.
r! Mrr de Suryavoir poſté
fix cens hommes le long du
bois depuis le Village de
Ville jufqu'à Berniffar avec
doux cent chevaux dans la
Trouée qui va dans des
Bruyeres de Blaton; & Mr
de Franla avoit place buit
ccds hommes depuis Bernif
far , longeant la Foreft
de Noftre -Dame de bon
GALANT 277
Secours jufqu'à l'Efcaut
pour couvrir les Ponts qui
cftoient fairs au-deſſus de
Condé avec deux cens
chevaux dans la Plaine entre
L'Efcant & les bois de
Noftre Dame dombon
Secours.51
Tous ceux qui ont fouragé de ce coftézlà, qui
affoient les trois quarts &
demy de fourageurs , onc
raporté du fourage H n'y
arcûr que la Referve qui
étoit as a teſte qui eft
venuë fans fourager inn
roll eſt reſté quelques che
Ziiij
*** MERCURS
vaux de Cavaliers rondus
qu'on a trouvés lo long!
des chemins , parce qu'ils!
eftoient en tres mauvais
état, car pour de pris je
fuis certain qu'il n'y en a pas
cinquante.
Si l'on avoit feparé les
Grenadiers commcorc'cft
l'ufage & qu'ils n'euffent
pas efté tous enſemble à la
tefte , toute l'alle gauche
auroit couru grand rifques
C'eftoit Mr d'Atel Licu
tenant General des ennemis
qui commandoit ce déta
chement. Nous avons cú
GALANT 2**
。
environ lept Coub huir
hommes tuez mais pour
les ennemis foit de la dés
charge de nos Grenadiers
fur leur Cavalerie , foit de
ceux que nous avons trouvé
dans le Village , quandnous
y ſommes rentrez, il y en a
au moins une centaine fur
le quarreaustrop. 53 ayout
Il faut dire à la décharge
della Cavalerie de n'avoir
pas mieux fait qu'outre que
les ennemis eftoient quatre
contresun, c'est que felon
la loüable coûtume › des
Officiers les jours de fourage
174 MERCURE
ils ne donnent que les che
vaux éclopez pour les ef
Cortes, & gardent les bons
pour fourager
18. Septembre 1712.
Mr le Comte de Broglio
fut chargé de faire un fourage hier du cofté de la
Haine; les ennemis en
kayane cfté avertis par leurs
262 MERCURE
efpions & par l'avis qu'on
avoit donné aux Païfans
de fauver leurs Vaches
devant eſtre fouragez ,
pafferent avant hier au foir
la Haine à S. Guilain avec
douze cent Chariots , deux
cent Houzars & cinq cent
Grenadiers qu'ils laifferent
à la tefte de la Chauffée de
S. Guilain , pour favorifer
leur retraite , ils commencerent à paffer cette riviere
à une heure aprés minuit
à peu prés dans le temps que
nous paffions l'Escaut à
Condé , de forte qu'à la
GALANT 263
pointe du jour toutes leurs
Troupes eftoient entre
Outrage & S. Guilain : nous
arivames auffi dans ce
temps là avec mille Grena
diers & neuf cent chevaux
à la tefte du Village de
Ville , qui eft contigu à
celuy de Pommervil ; Mr
le Comte de Broglio mit lá
la Cavalerie en bataille dans
une petite Plaine à la tefte
de ce Village , barrant de
la Riviere au Bois , elle
eftoit foutenue par les
mille Grenadiers qu'il poſta
en mefme temps dans les
4 MERCURE
ayeda Villages. Le fielt
Charfwars qu'il avoir e
woyé đés la voille aveccent
wheraux & cinquante Hea
ers aperçeur les ennemis
und demi heurer de jour
entre Outrage & S. Gui
dain où ils titoient, en alte
envoya dire à Mr de
Broglio qu'il voyoit sun
affez gros corps de Cavalet
Tie fans pouvoir en dire le
nombre. Un moment aprés
les, ennemis marchérent à
Juy, &l'obligerent à fe retis
rer fur une Troupe avancée
que nous avions entre las
Villages
GALANT. 265
Village d'Outrage & de
Ville.
Mr le Comte deBroglio
s'y porca aulli toft pour
connoiftre la force de ces
Troupes qui déboucherene
au galop rempliſſant te
terrain , à melure qu'elles
eftoient formées ,
nos
Houfars efcarmoucherent
pendant ce temps- là avec
ceux des ennemis , mais
leur Troupe groffillant ,
Mronde Broglio» envoya
avertir dans les Villages
de Pommereüil & de Ville
la Cavalerie de monter
Septembre 1712. Z
*** MERCURE
A
à cheval, & fit retirer les
Houfars & la Cavalerie
qui eſtoient en avant fur
le gros de la Cavalerie qui
eftoient en bataille en pre
miere ligne devant les mille
Grenadiers poftez dans les
hayes à la telte du Village de
Ville , en ayant mis crois
Compagnies à la droite
de la Cavalerie, & trois
Compagnies à la gauche
pour la flanquer. 11
D'abord quelles ennemis
curent formé toutes leurs
Troupes fur quatre lignes,
ls marcherent de front fur
GALANT. 267
noftre Cavalerie qui foren
verfavallat premieres charge
par fa droite fur les trois
Compagnies de Grenadiers
du Flánc droit & fe jedterenr
dans le chemin de Pommie
reüil d'où elle fe retiraà une
Troupe de Carabiniers qui
fe reforma dans le chemin
& quity refta . 51 amp fiv
zioLestennemis ayant ainfi
pouffe noftre Cavalerievoufurent tour de fuite paffer
fur noftre Infantérie máis
Male Comte de Broglio
luy fit faire une déchange
àbouttouchant quien jerta
Zij
268 MERCURE
beaucoup par terres&idet
culbuta , ce qui les obligea
à le jetter par leur gauche il
entra une Troupe ou deux
dans le Village de Ville,
n'ayantpûmettred'Infante
tie par cette droite , parce
que le front cftoit trop
grand, Mr de Broglio ayant
vûquecette Cavaleriefejeg
toit fur fa gauche quichoir
noftre droite pour entrer
dans ce Villageymarcha
d'abord à la tefte des Gre
nadiers dans le grandi che
min , & trouva ces deux
Troupes des ennemis entre
GALANT. 169
Pommercial & Ville. Il fit
faire feu fur cux par cinquante Grenadiers asi que
commandoit le fieur de la
Chaize Capitaine des
Grenadiers de Meuſe , ce
quicles culbutas dans le
moment.fls,anot of
anals ofed retirerent fans
perdre de temps & affcz
precipirament, & depuis co
temps là on n'a plus vû
uh ennemi, quoyque nos
Troupes ayent trefté en
bataille dans le Village plus
de trois heures aprés.
97.dls n'ont pris , de foursZiij
478 MERCURE
gours que ce qui eſtoit entre
la riviere de Pommercüil &
le Village de Ville dans les
Prairies , qui eftoient en pe
tit nombre , & gens qui
avoient paffé les efcortos.
r! Mrr de Suryavoir poſté
fix cens hommes le long du
bois depuis le Village de
Ville jufqu'à Berniffar avec
doux cent chevaux dans la
Trouée qui va dans des
Bruyeres de Blaton; & Mr
de Franla avoit place buit
ccds hommes depuis Bernif
far , longeant la Foreft
de Noftre -Dame de bon
GALANT 277
Secours jufqu'à l'Efcaut
pour couvrir les Ponts qui
cftoient fairs au-deſſus de
Condé avec deux cens
chevaux dans la Plaine entre
L'Efcant & les bois de
Noftre Dame dombon
Secours.51
Tous ceux qui ont fouragé de ce coftézlà, qui
affoient les trois quarts &
demy de fourageurs , onc
raporté du fourage H n'y
arcûr que la Referve qui
étoit as a teſte qui eft
venuë fans fourager inn
roll eſt reſté quelques che
Ziiij
*** MERCURS
vaux de Cavaliers rondus
qu'on a trouvés lo long!
des chemins , parce qu'ils!
eftoient en tres mauvais
état, car pour de pris je
fuis certain qu'il n'y en a pas
cinquante.
Si l'on avoit feparé les
Grenadiers commcorc'cft
l'ufage & qu'ils n'euffent
pas efté tous enſemble à la
tefte , toute l'alle gauche
auroit couru grand rifques
C'eftoit Mr d'Atel Licu
tenant General des ennemis
qui commandoit ce déta
chement. Nous avons cú
GALANT 2**
。
environ lept Coub huir
hommes tuez mais pour
les ennemis foit de la dés
charge de nos Grenadiers
fur leur Cavalerie , foit de
ceux que nous avons trouvé
dans le Village , quandnous
y ſommes rentrez, il y en a
au moins une centaine fur
le quarreaustrop. 53 ayout
Il faut dire à la décharge
della Cavalerie de n'avoir
pas mieux fait qu'outre que
les ennemis eftoient quatre
contresun, c'est que felon
la loüable coûtume › des
Officiers les jours de fourage
174 MERCURE
ils ne donnent que les che
vaux éclopez pour les ef
Cortes, & gardent les bons
pour fourager
Fermer
Résumé : A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Le 18 septembre 1712, le comte de Broglio reçut l'ordre de mener une opération de fourrage près de la Haine. Informés par leurs espions et les habitants locaux, les ennemis traversèrent la Haine à Saint-Guilain avec 1 200 chariots, 200 hussards et 500 grenadiers. Ils commencèrent à traverser la rivière à une heure après minuit, simultanément à la traversée de l'Escaut par les troupes françaises à Condé. À l'aube, toutes les troupes ennemies étaient positionnées entre Outrage et Saint-Guilain. Les forces françaises, composées de 1 000 grenadiers et 900 cavaliers, arrivèrent à Ville, un village adjacent à Pommervil. Le comte de Broglio déploya la cavalerie en bataille dans une petite plaine, soutenue par les grenadiers postés dans les villages voisins. Les hussards français repérèrent les ennemis et signalèrent leur présence. Les ennemis avancèrent, forçant les hussards à se retirer. Le comte de Broglio organisa la cavalerie en bataille, avec les grenadiers en soutien. Les ennemis, formant leurs troupes en quatre lignes, chargèrent la cavalerie française, qui se retira vers une troupe de carabiniers. Les ennemis tentèrent ensuite de passer sur l'infanterie française mais furent repoussés par une décharge de grenadiers, commandée par le sieur de La Chaize. Les ennemis se retirèrent précipitamment et ne furent plus vus par la suite. Les troupes françaises restèrent en bataille dans le village pendant plus de trois heures. Les ennemis ne prirent que peu de fourrage, principalement entre la rivière de Pommervil et le village de Ville. Les forces françaises, sous les ordres de Mr de Sury et Mr de Franla, étaient positionnées pour couvrir les ponts et les zones de fourrage. Les pertes françaises s'élevèrent à environ 100 hommes tués, tandis que les ennemis subirent des pertes significatives, estimées à une centaine de morts. La cavalerie française fut critiquée pour avoir utilisé des chevaux éclopés pour les escortes, gardant les meilleurs pour le fourrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 274-275
Du Camp de Ferembacq, le 25 Septembre.
Début :
M. le Maréchal de Villars a marché avec 4000. Chevaux [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Ferembacq, Chevaux, Danube
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Camp de Ferembacq, le 25 Septembre.
Du Camp de Ferembacq,
- le 25 Septembre.
M. le Maréchal de Villars
a marché avec 4000.
Chevaux & 2000. Grenadiers.
Nous campâmes hier
sur Holgraben où les Ennemis
avoient un Fort 8c
leurs secondes Lignes. Le
General Vaubonne n'a pas
osé se rallier à ce lles
-
là
aprés avoir étéforcé dans,
les premieres. M. le Maréchal
de Villars a envoyé
le Colonel Ratzky avec
500. Chevaux au- delà de
Volingue. M. le Comte de
Coigny.le soustient avec
JOoo. Dragons , & nous
sommes venus prés de Ferembac
à lateste des fources
duDanube. On envoye
des Mandemens pour les
contributions à 30. lieuës.
dans l'Empire qui est ouvertànos
Partis. C'est pour
la troisiéme fois que ce
Maréchal mene lesArmées
v
du Roy sur le Danube.
- le 25 Septembre.
M. le Maréchal de Villars
a marché avec 4000.
Chevaux & 2000. Grenadiers.
Nous campâmes hier
sur Holgraben où les Ennemis
avoient un Fort 8c
leurs secondes Lignes. Le
General Vaubonne n'a pas
osé se rallier à ce lles
-
là
aprés avoir étéforcé dans,
les premieres. M. le Maréchal
de Villars a envoyé
le Colonel Ratzky avec
500. Chevaux au- delà de
Volingue. M. le Comte de
Coigny.le soustient avec
JOoo. Dragons , & nous
sommes venus prés de Ferembac
à lateste des fources
duDanube. On envoye
des Mandemens pour les
contributions à 30. lieuës.
dans l'Empire qui est ouvertànos
Partis. C'est pour
la troisiéme fois que ce
Maréchal mene lesArmées
v
du Roy sur le Danube.
Fermer
Résumé : Du Camp de Ferembacq, le 25 Septembre.
Le 25 septembre, une lettre au Maréchal de Villars rapporte sa marche avec 4 000 chevaux et 2 000 grenadiers. La veille, les troupes ont campé près d'un fort ennemi à Holgraben. Le Général Vaubonne n'a pas pu se rallier. Le Maréchal a envoyé le Colonel Ratzky et le Comte de Coigny avec des dragons vers Volingue. Les forces se sont déplacées près de Ferembac. Des mandements sont envoyés pour des contributions dans l'Empire. C'est la troisième fois que le Maréchal mène les armées du roi sur le Danube.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 304-331
JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Début :
Le Roy partit le 29. Aoust de Versailles pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Roi, Fontainebleau, Cour, Seigneurs, Cardinal, Duchesse, Dames, Abbé, Électeurs, Chevaux, Duc d'Orléans, Conseil d'État, Cheval, Duchesse de Berry, Cardinal de Rohan, Seigneurs de la Cour, Chasse du cerf, Chasse, Cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
Fermer
Résumé : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Du 29 août au 21 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à Fontainebleau. Le roi quitta Versailles le 29 août, accompagné de la Duchesse de Berry, de la Duchesse de Conti et de la Princesse de Conti. À Fontainebleau, le roi s'adonna à diverses activités, notamment des chasses au cerf et des promenades royales le long du canal. Le 1er septembre, le duc de Beauvillier décéda. Le lendemain, le roi nomma le maréchal de Villeroy président du Conseil des Finances. Le 3 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de l'ambassadeur de Sicile, du nonce et du cardinal de Rohan. Le 4 septembre, le roi augmenta les Gardes du Corps de la Duchesse de Berry et reçut les neveux du duc d'Hamilton. Une autre promenade royale eut lieu le 5 septembre. Le 6 septembre, une nouvelle chasse au cerf se tint avec plusieurs membres de la cour. Le 16 septembre, le Duc d'Enguien chassa le sanglier et captura deux bêtes. Le 17 septembre, un conseil des finances se tint, et le Duc d'Enguien ainsi que le Comte de Toulouse allèrent chasser le cerf. Le 18 septembre, plusieurs personnalités assistèrent à la toilette de Madame la Duchesse de Berry. Le 19 septembre, le Duc d'Enguien chassa à nouveau le sanglier. Le 20 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de nombreux princes, princesses, l'Électeur et les ambassadeurs. Le 21 septembre, un motet fut chanté lors de la messe du roi, et le Maréchal de Villeroy fit sa première entrée en tant que ministre. Le Maréchal de Villars arriva de Bade, annonçant la signature de la paix générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 241-250
A Barcelone le 21. Septembre.
Début :
M. le Maréchal de Berwick a fait le 18. de ce mois son [...]
Mots clefs :
Barcelone, Maréchal de Berwick, Entrée, Maréchal, Porte, Roi, Chevaux, Premier consul, Rebelles, Gardes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Barcelone le 21. Septembre.
A Barcelone le 21. Septembre.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
M. le Maréchal de Berwick
a fait le 18. de ce mois ſon
entrée en cette Ville pour aller
à la Cathedrale faire chanter
le Te Deum . Il partit du Camp
ſuivi de plus de 100. Officiers
du premier ordre , tous bien
montez , & les Chevaux couverts
de houfles tres propres.
J'avoishonneur d'eſtre dece
Octobre 1714. X
242 MERCURE
nombre. Lorſque nous fumes
au tiersdu chemin , il s'arrêta
un quart d'heure , aprés il s'avança
à une demie portée de
Canon de la Ville , où il attendit
encore un quart d'heure.
Le Corps de Ville vint audevant
de luy. Il y avoit dix
hommes àpied vêtus de Robes
rouges & un galon deſſus.
Ils eſtoient ſuivis d'un pareil
nombre veſtus de même qui
eſtoient à cheval. Il y en avoit
demontez ſur des mules avec
des Timbales ; aprés quoy
marchoient à cheval fix hommes
avec des Robes bleuës &
GALANT . 243
violettes , tenant des manieres
de maſſes à la main, & ils
étoient ſuivis de cinq Confuls
bienmontez , dont les chevaux
eſtoient magnifiquement
harnachez , avec beaucoupde
rubans à leur teſte. Ils
avoient une maniere d'écharpe
de ſatin rouge à fleurs d'or
large de neuf à dix pouces
qui leur prenoit ſur l'épaule
&defcendoit iufqu'à leur épée
M. le Maréchal s'arreſta ; le
premier Conful luy fit une
petite Harangue en Eſpagnol.
Je ne pus pas bien l'entendre.
M. le Maréchal luy répondit
Xij
244 MERCURE
fort honneſtement , & leur
dit en general qu'il falloit oule
paffé, qu'ils n'avoient
qu'à donner au Roy des marques
de leur fidelité , & qu'il
feroit tout ce qu'il pourroit
auprés de S. M. C. pour l'engager
à les traiter favorablement.
Aprés quoy les Gardes
de M. le Maréchal mirent l'épée
à la main , & pafferent les
premiers.Tout le cortege fit
demy tour à droite , & mar./
cha du coſté de la Ville dans
le même ordre qu'il eſtoir
Le premier Conful
marcha à lagauche duMilord.
venu.
ン
GALANT. 245
En approchant , le Montjoüy
falua de tout fon Canon ,&
en entrant dans la Ville toute
l'artillerie de la Place tira. Ily
avoit ſur la porte trois tapis
avec le Portrait du Roy'd'Efpagne.
Nous marchâmes dans
cet ordre juſqu'à la Citadelle..
Les ruës eſtoient bordées de
Soldats qui preſentoient les
armes ,& avoient leurs bayon.
nettes au bout du fufil , il n'y
avoit que les Gardes Valones:
qui euffent le fufil ſur l'épaule.
Il y avoit dans les ruës qui
traverſoient celles par leſquelles
nous paffions ,des Cavaliers
X iij
246 MERCURE
qui avoient le ſabre haut. Le
Portrait du Roy eſtoit auſſi
au deſſus de la grande porte
del'Eglife. LeChefdu Clergé
ſuivi de ſes Chanoines ſe trouva
ſur la porte& fit ſon compliment
à M. le Maréchal &
l'accompagna dans le Choeur
où on luy avoit preparé un
Prié-Dieu. L'Egliſe eſtoit fort
illuminée. On chanta le Te
Deum en Muſique,pendant lequel
tems la Place fit3. décharges
deCanon. Les enfans &
le petit peuple crioient Viva
&jettoient leurs chapeaux en
l'air. Le Te Deum fini on
GALANT. 247
repaſſa par lesmêmes ruës &
avec le même ordre juſqu'à
la porte.En fortant, laPlace&
leMontjoüy faluërent encore
de toute leur artillerie. Voilà
toute la Ceremonie.
Je remarquay qu'il y avoit
neuf Bombes qui estoient
tombées dans cette Eglife. Il
y ades ruës où l'on ne peut
paſſerà cauſe des débris des
maiſons. Il y en a peu qui ne
foient endommagées ou des
Bombes oudes Boulets à rico .
chet que nous avons tirez.
LorſqueM. de Broglio eft
parti il y avoit auprés de M.
X iiij
248 MERCURE
le Maréchal des Deputez de
l'Ifle de Maillorque pour traiter
avec luy .
On parle diverſement du
Marquis de Villaroel qui
commandoit dans Barcelone ,
& qui a eu le genoüil caffé au
dernier afſaut ; les uns diſent
qu'ils'eſt ſauvé à Maillorque,
& les autres qu'il s'eſt remis
àla clemence du Roy , alleguant
qu'il n'a pas tenu à ſes
répreſentations que les Rebelles
ne ſe ſoient plutoſt ſoumis.
Ce dernier ſentiment paroiſt
le plus vray.
J'ay vû d'ailleurs des LerGALANT.
249
1
tres qui mandent qu'il ne
faut pas croire un mot du
grand nombre de gens que
nous avons perdu. Il y en a
fix fois moins.
On ajoûte qu'on va faire
le procés aux plus coupables
des Rebelles , que les Miquelets
prendront parti dans les
Troupes d'Eſpagne , & qu'on
oblige la Ville de baltir une
Citadelle à ſes dépens .
On dit que M. le Maréchal
de Berwick avoit envoyé
les Drapeaux de Barce
lone à Madrid , & quele Roy
d'Eſpagne les luy a renvoyé
1
250 MERCURE
par le même Courrier avec
ordre de les faire bruler au
milieu de la Ville par la main
du Bourreau.
Une Lettre du trois de ce
mois porte que M. le Maréchal
a fait embarquer le même
jour vingt deux des principaux
Chefs des Rebelles ,
pour les faire paſſer au Château
d'Alicant , où ils ſeront
biengardez Ondit que Villaroel
,Pinos , & Baſſet ſont du
nombre des prifonniers. Il y
en a un grand nombre d'autres
qu'on envoye à Peniſcola.
Fermer
Résumé : A Barcelone le 21. Septembre.
Le 18 septembre 1714, le maréchal de Berwick entra à Barcelone accompagné de plus de cent officiers de haut rang pour assister à un Te Deum à la cathédrale. Le cortège, incluant des dignitaires et des soldats, fut accueilli par le corps municipal de la ville, vêtu de robes rouges et violettes. Le maréchal adressa un discours aux habitants, les incitant à démontrer leur loyauté envers le roi d'Espagne. La procession traversa les rues de la ville, bordées de soldats et de cavaliers, sous les salves de canons et les acclamations de la population. Après le Te Deum, le cortège repartit dans le même ordre. La ville portait des traces de destruction dues aux bombardements récents. Le marquis de Villaroel, commandant rebelle, avait capitulé et attendait la clémence royale. Des rumeurs indiquaient que certains rebelles étaient emprisonnés ou envoyés à Alicante et Peniscola. Le maréchal de Berwick avait également ordonné la destruction des drapeaux de Barcelone au centre de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Fermer
25
p. 241-279
« J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Début :
J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cheval, Roi, Chevaux, Maréchal de Matignon, Baron de Breteuil, Carrosse, Cour, Gardes, Duchesse, Princesse, Secrétaire, Lettres, Sa Majesté, Marseille, Roi de Perse, Seigneur, Honneurs, Empereur, Cérémonie, Trompettes, Dames, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Jay crû que la lecture de
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
Fermer
26
p. 8-49
Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Début :
Trouvez bon, Monsieur, qu'en retour de ces nouvelles écrites [...]
Mots clefs :
Prince, Ambassadeur, Roi, Marquis, Gentilshommes, Ministre, Carosse, Princes, Prince du Piémont, Honneur, Audience, Palais, Armes, Dame, Comte, Maître des cérémonies, Chevaux, Turin, Gouverneur, Sang, Ambassadrice, Ministre, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Fermer
27
p. 100-102
Autre du même Auteur.
Début :
Je n'ay point de regret d'être sans . . . attelage, [...]
Mots clefs :
Chevaux, Vendange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du même Auteur.
Autre du même Auteur.
Je n'aypoint de regretd'êtresans
attelage
Ni qu'un pauvre Artisan ait été
mon parain ;
Etje riauroispas moinsl'airtranquille
cf serein,
Jjhiand j'aurois comme un Autre)
unefemme volage:
Cesi elle qui se doit garantir du
pillage,
C'estpourleschevaux seulsqu'on
inventa le frein,
Pourrois-je la reduire à changer de
refrain,
J>)uand elle veut courrir de feuil- lageen feüillage.
Je mangerois de l'herbe en tout
tems brin à brin,
Au lieu de beaux cheveux je porterois
du crin,
Etdussai-je êtresourd à nepouvoir
en tendre;
Pourvu que la vendange aille toûjoursson
train,
Et que je puisse boire à segal d'un
marin,
Des malheurs d'ici bas nul ne me
peut surprendre.
Je n'aypoint de regretd'êtresans
attelage
Ni qu'un pauvre Artisan ait été
mon parain ;
Etje riauroispas moinsl'airtranquille
cf serein,
Jjhiand j'aurois comme un Autre)
unefemme volage:
Cesi elle qui se doit garantir du
pillage,
C'estpourleschevaux seulsqu'on
inventa le frein,
Pourrois-je la reduire à changer de
refrain,
J>)uand elle veut courrir de feuil- lageen feüillage.
Je mangerois de l'herbe en tout
tems brin à brin,
Au lieu de beaux cheveux je porterois
du crin,
Etdussai-je êtresourd à nepouvoir
en tendre;
Pourvu que la vendange aille toûjoursson
train,
Et que je puisse boire à segal d'un
marin,
Des malheurs d'ici bas nul ne me
peut surprendre.
Fermer
28
p. 35-49
ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Début :
Voici la copie de la Capitulation de Maillorque. / I. On accorde une amnistie & pardon general à toutes sortes [...]
Mots clefs :
Troupes, Officiers, Capitulation, Chevaux, Majorque, Évacuation, Palma, Marquis de Rubi, Chevalier, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES pour l'évacuation des Isles de Mayorque & d'Ivice, convenus entre les Commandants de Troupes de deux Puissances.
Voici la copie de la Capitulation
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
de Maillorque.
36 MERCURE
ARTICLES
pour l'évacuation des Ifles de
Mayorque d'Ivice , conveinus
entre lesCommandants des
Troupes des deux Puissances.
I.
On accorde une amniſtie &
pardon general à toutes fortes
deperſonnes de quelque grade
& condition qu'elles fotent
-fans qu'on puifle d'aucune
maniere les inquieter pour
tout ce qui s'eſt paffé juſqu'à
aujourd'huy.
Accordé ,àla referve de ce
GALANT. 37
qui peut regarder les priſes ſurla
Nation Françoise depuis leTraité
d'Utrecht.
I I.
Quele General Marquisde
Ruby fortira à la tête des
Troupes tant deCavalerie que
d'Infanterie, Armes , Bagages,
Drapeaux déployez & Tambours
battants , avec tous les
honneurs Militaires, pour être
tranſportées en Sardaigne ou
àNaples.
Accordé , pour être tranſporté
au Port deCaller en Sardaigne.
On nous donnera la per
38 MERCURE
miſſion d'emporter lept Canons
de bronze avec leurs affuts
, & vingt coups à tirer par
piece,leſquels lesTroupes Allemandes
ont emmenez avec
cux deNaples.
Accordé.
IV.
Il nous ſera donné par l'Ennemy
les Bâtimens neceſſaires
pour tranſporter les Troupes,
Canons &Bagages en ſeureté
dans le Port de Caller & fi
par quelque contretemps de
Mer quelque Bâtiment ſeſeparoit
du Convoy , il ſera obligé
de ſe rendre audit PortdeCal
GALANT. 39
ler fans qu'il nous en coute
rien.
nons
On donnera les Bâtimens neceffaires
pour les Troupes ,lesCales
Bagages des Officiers
; n'ayant point de Barques
pourtransporter les Chevaux ,ils
en pourront lower pour leur argent
ou vendre leurs Chevaux.
V.
Que les Soldats& Officiers
dans le terme de 8. jours ayent
la permiſſion de vendre leurs
Equipages & Chevaux auffibien
que ceux des Troupes .
Accordé , à condition qu'on
rendra les Chevaux qui ont été
40 MERCURE
pris aux Particuliers de la Ville
de l'Isle.
VI .
Que tous les Eſpagnols refugiez
dans cette le puiffent
retourner librement chez eux,
ou aller où bon leur ſemblera,
auquel effet on leur donnera
des Paffe ports.
Accordé, excepté à ceux qui
font exilez, auſquels on donnera
des Paffe- ports pourſeretirer des
Domaines du Roy avec toute leur
famille.
VII.
Que toutes les impofitions
faites fur les revenus Royaux
en
GALANT. 41
en vertu des ordres accordez
avant le Traité d'Utrecht ,
foient valables & rectifiez .
Tous les impôts faits avec
permiffion devant le Traité d'Utrechtferont
paffez.
Que les Officiers & Soldats
de laGarniſon d'Alcudia viennent
s'incorporer avec nos
Troupes pour s'embarquer.
Les Officiers pourront s'embarquer
avec les Troupes de Palma.
IX.
Que les Miniftres Royaux
tant de l'Audience que desRevenus
du Royjayent la liberté
Aoust 1715 . D
4
42 MERCURE
'de s'en aller ou de retter , &
de diſpoſer & vendre à leur
gré leurs biens dans le tems
d'un mois.
Accordé.
Χ.
Pour ce qui regarde les
dettes particulieres qu'on
pourroit avoir contractées, on
verra à quoy elles montent,&
on les payera ſi l'on peut ,
avant de fortir , finon on donnera
caution valable pour
payer dans le terme de quatre
mois , ou l'on laiſſera quelques
Officiers en oftage.
Accordé , comme il est requis.
GALANT. 43
X I.
Aprés qu'on ſera convenu
&que la Capitulation ſera ſignée
& les oſtages donnez de
part & d'autre pour la ſeureté
, les oſtages qui nousferont
donnez feront mis ſur un des
deux Vaiſſeaux Anglois qui
font dans la Baye , comme un
lieu neutre ; on remettra un
des deux Châteaux , & une
porte de la Ville , & au bout
de huit jours on remettra la
Ville , pendant lequel tems aucunOfficier
ni Soldat n'entrera
dans la Ville fans la permiffion
de fon General .
Dij
44 MERCURE
Aprés qu'onfera convenu,&
la Capitulation fignée , on nous
remettra fur le champ le Fort
S. Charles er uneporte de laVille
; au bout de huit jours à
compter de cejourd'huy , la Ville
nous fera remife , bien entendu
que dans ce tems on aura donné
les Bastimens de tranſport ; les
oftagesferont rendus de part
d'autre.
XII.
Qu'auſſi - toft la Capitulation
convenue& fignée , on
enverra ordre au Gouverneur
d'Ivice pour qu'il forte avec
toute ſa Garniſon pour venir
i
GALANT. 45
s'incorporer avec celle de Palma
& s'embarquer.
On demande la même chose
pour l'Ifle de Cabrera ; quantaux
dettes de la Garnison d'Ivice on
obſervera la même chose qu'on eft
convenu pour celle dePalma,
XIII.
On accordera aux habitans
de l'Ile d Ivice les mêmes choſes
qu'on accorde à celle de
Mayorque.
Accordé , comme à ceux de
Mayorque.
XIV.
Les Soldats & Officiers qui
reſteront malades ou bleffez
)
46 MERCURE
dans l'ifle feront traitez fuivantle
ſtile de la Guerre ;& on
leur accordera des Paffe- ports
quand il feront en état de
marcher.
Accordé.
XV.
Les prifonniers faits de
part& d'autre feront rendus
de bonne foy , d'abord que la
Capitulation ſera ſignée.
Accordé.
XVI.
Pour éviter toute forte
d'ambiguité à l'occaſion des
priſes faites ſur les François
depuis le Traité d'Utrecht ,
GALANT. 47
on declarera qu'on ne doit pas
comprendre pour priſes faites
aux François, celles qui auront
eſté faites des Bâtiments François
chargez des effets de l'ennemi
, la police de leur chargements
l'ayant approuvé , le
Nolis ayant eſté payé aux Patrons
François.
Acordé , pourveu qu'on le
prouve au moyen des Polices.
XVII.
Tous les articles accordez
en faveur de cette Ville , au
Royaume , aufli bien qu'à
l'Evêque au Chapitre & à
l'Inquifition feront joints à
,
48 MERCURE
ceux-cy afin qu'ils toient fr
gnez de part& d'autre.
Accordé.
XVIII.
Tout ce qui est convenu
dans les articles cy deſſus ſera
executé de bonne foy , fans
qu'on y puiffe donner aucune
autre interpretation que celle
que le fens litteral dénore.
Signé, Le Marquis de Ruby,
des
APalmale 2 Fuillet 1715.
On enverra dés demain matin
Commiſſaires d' Artillerie
des Vivres à Palma , afin qu'ils
faffent la viſite des Mgafins ,
Gu'on leur donne un état des
uns
GALANT. 49
1
uns & des autres , afin que la
Garnison puiffe emporter ce qui
luy eft accordé.
Signé, Le Chevalier d'Asfeld.
Fermer
29
p. 248-255
Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Début :
Le 13. le Mareschal de Besons, & le Chevalier de Sainctot [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cérémonies, Gardes françaises, Gardes suisses, Roi, Ambassadeur de Perse, Chevaux, Trompettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
Fermer
30
p. 289-306
Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Début :
Le 18. M. le Comte de Ribeira, Lieutenant General, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur extraordinaire, Portugal, Carosse, Chevaux, Ambassadeur, Étoffe, Marquis, Broderie, Duc, Argent, Écuyer, Velours, Duchesse, Sculpture, Comte de Ribeira
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de M. le Comte de Ribeira, Ambassadeur Extraordinaire de Portugal en France. [titre d'après la table]
Lc 18. M. le Comte de Ribeira
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
, Lieutenant General
Grand Maiſtre de l'Artillerie
&AmbaſladeurExtraordinaire
de Portugal , fit ſon Entrée publique
en cette Ville. M. le
Maréchal de Tallard & M. le
Aoust 1715. Bb
290 MERCURE
Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambaſſadeurs, furent
le prendredans lecarroffe
du Roy au Monastere de Picpus
, d'où la marche ſe fitdans
l'ordre ſuivant :
Le carroſſe de l'Introducteur
, celuy de M. le Marêchal
deTallard, vingtquatreValets
de pied de l'Ambaſſadeur , fon
Ecuyer & fix Pages à cheval
le carroffe du Roy , ceux de
Madamela Ducheſſe de Berry,
de Madame , de M. le Duc
d'Orleans , de Madame la Ducheſſe
d'Orleans , de Madame
laPrinceſſe deCondé, deMaGALANT.
19
1
dame la Ducheſſe Doüairiere ,
de M. le Duc & de Madame la
Ducheffe ,de Madamela Princeffe
de Conti Doüairiere , de
M. le Prince & de Madame la
Princeſſe de Conti , de M. le
Duc&deMadame laDucheffe
du Maine , de M. le Prince de
Dombes , de M. le Comte de
Toulouſe , deMadame laDuchelle
de Vendoſme , & celuy
du Marquis de Torcy , Mınıftre
& Secretaire d'Etat pour
les affaires étrangeres. A la
diſtance de trente à quarante
pas marchoient les cinq carroffes
de l'Ambaſſadeur prece-
A
F
Bbij
292 MERCURE
dez de ſes deux Suiſſes à cheval.
Nulle des plus ſuperbes
Entrées qu'on ait veuës depuis
longtemps en France, n'a étalé
tant d'éclat & tant de magnificence
que celle- ci . Voici un
abregé de cette brillante ceremonic.
M
La ſuite de M. l'Ambaſſadeur
conſiſtoit en un Ecuyer ,
deux Secretaires , dix Gentilshommes
, fix Pages, quatreValets
de Chambre,deux Suiffes ,
cingCochers , cinq Poſtillons,
&vingt quatre Valets de pied.
Leshabits des Gentilshommes
étoient de la derniere magnifi
GALANT. 223
cence , celui de M. l'Ambaffadeur
étoit enrichi de boutons
de diamans. Les habits
des Pages étoient d'un velours
autore avec les veſtes & paremens
de tiſſu d'or , le tout
brodé d'argent fur toutes
les coûtures . Ils avoient des
noeuds d'épaule d'or brodez
d'argent , des plumets blancs ,
des bas aurore à coins brodez
d'argent , & manchettes &
cravates de belles dentelles . La
livrée étoitd'un drap vert pâle,
#font fin, couvert partout d'un
galon d'or large de trois
doigts , au milieu de deux ga-
Bbiij
294 MERCURE
*
lons d'argent , qui , enſemble ,
faifoient à peu prés la même
largeur. Les paremens de leurs
habits étoit d'une belle étoffe
d'or de même que leursveſtes.
Les noeuds d'épaule étoient
d'argent avec des petits Acurons
de vertenbroderie. Leurs
bas étoient de ſoye aurore , &
les plumets de la même couleur:
Leurs cocardes étoient aurore&
blanches.
Il y avoit cinq carroffes
tirez par huit chevaux de
differentes couleurs: Le premier
étoit un carroffe à huit
glaces doublé d'une étoffed'or
GALANT•
295
des plus riches ,&des plus à la
mode , enrichie d'une grande
frange à graine d'épinart , ornée
de jaſmins & d'autres varietez
, avec une tête de carti-
- ſane relevée de la largeur d'environ
un pied. Dans le fondde
l'imperial fait en dôme il y
avoit un artichaut en broderie
entouré d'une cartiſane. Les
rideaux étoient de gros de
Tours vert brodé d'or en plein
ſans envers , & autour regnoit
une frange d'or haute de deux
doigts. Le marchepied eſtoit
de marqueterie , d'écaille & de
cuivre doré d'un deſſein ex-
Bb iiij
296 MERCURE
quis. Le dehors eſtoit de velours
vert tout couvert de broderie
d'or en relief fait par les
meilleurs ouvriers de Paris .
L'imperial eſtoit du même velours
& couvert de broderic
également comme le reſte du
carroffe.Autour de la goutiere
regnoit une cartiſane à laquelle
étoit attachée une frange,&
de distance en diſtance des
gros glands d'or de differentes
façons ,&c.
Les pomes étoient de bronze
doré d'or moulu ,reprefentant
un Dragon avec les aîles
ouvertes , qui eſt le blazon de
GALANT. 297
Portugal couronné par deux
Anges , & de la tête du Dra-
* gon ſortoit par le milieu de la
Couronne une gerbe d'or.
La broderie repreſentoit
dans les panneaux des portieres
lesArmes de l'Ambaſſadeur
& dans les autres panneaux
differentes idées au ſujet de la
Paix.
Les quatre montants des
coins du carrofile reprefentoient
en tres belle ſculpture
dorée les quatre parties du
monde duns lesquelles le
Portugal a des Domaines.
La ferrure de ce carroffe en
298 MERCURE
و
general eſt de bronze dorée
d'or moulu , cizelé & fini par
les meilleurs ouvriers tant
dans le train &dans le carroffe
que dans tous les harnois qui
étoientde velours vert couvert
d'un galon d'or . Le train étoit
generalement ſculpté & doré ,
les rouës d'une ſi nouvelle invention
qu'il ne s'en eſt encore
point vû de pareilles. L'arte.
lage étoitde huit chevaux couleur
d'ardoiſe à crin blanc ,
portant fur leurs têtes des toques
de plumes vertes &blanches
mouchetées d'aurore , &
de chaſle- mouches vert & or.
GALANT .
-
Les guides ,glands des cheviYON 5
*
& tous les cordons étoient de
foye verte , & or..
• Le ſecond carroffe étoit auſſi
doublé d'une étoffe d'or avec
une frange & une riche tête
de cartiſane. Le dehors de tresexcellente
peinture. Les bordures
, les extremitez , & les
montans étoit de belle ſculpture.
Le deffus eftoit couvert
de plaques cizelées & dorées.
Le train d'une belle fculpture
& tout doré. Les harnois de
maroquin jaune bordé de rouge.
Les guides rouges & or , &
les chevaux pies blancs tachetez
de noir.
300 MERCURE
Le troiſième étoit une cale
che doublée d'étoffe d'argent
avec une frange & belle carti
lane d'argent. Le dehors d'une
peinture tres belle ſur argent.
Toutes les bordures & montans
de belle ſculpture argen
tée. Le deffus couvert de pla
ques argentées. Le train de
ſculpture argenté & les rouës
peintes en vert & argent. H
eſtoit tiré par huit chevaux
cap de more à crin noir.....
Le quatrième carroffe doublé
de velours cramoiſi avec
une frange d'or & une broderie
des plus belles , eſtoit tiré
2
r
GALANT. 301
:
par huit chevaux Bays à crin
bbllaanncc.
* Le cinquiéme doublé d'un
velours rouge à fond d'argent
avec ſes franges d'argent , le
reſte bien doré comme le qua.
triéme, eſtoît tiré par huitches
vaux noirs. QUIDE
Le fiege du premier carroſſe
eſtoit de velours vert avec des
franges & des broderies d'or.
Lelſecondd'étoffe d'or avec
des franges & cartilanes d'or.
Le troiſième d'étoffe à fond
d'argent and som min
Pendant la marche M. de
Meryhomme de condition &
:
302 MERCURE
de merite ,& qui a fervi longtemps
avec diftinction en
France, qui eſt ſa Patrie, &
d'où la fortune l'a arraché
pour le conduire en Portugal,
où il a l honneur d'eſtre attaché
au ſervice du Roy , faiſant
dans la Ceremonie de l'Entrée
de M. le Comte de Ribeira
la fonction de ſon premier
Ecuyer ,jetta dans les places
publiques& carrefours de cette
Ville une prodigieuſe quantité
de Medailles d'or & d'argent
que le peuple avoit ſoin
deramaffer avecavidité,enbeniſſant
la Nobleffe & la geneGALANT.
303
- roſité d'un ſi magnifique Ambatfadeur
. Ces Medailles repreſentent
d'un coſté le Portrait
du Roy de Portugal , &
de l'autre un Olivier dont les
rameaux embraſſent deux
• Couronnes qui ſont celles de
- Portugal & de France réünies
par la Paix d'Utrecht. Avec
cette deviſe : Nectit &firmat .
La marche finie , en arrivant
à l'Hoſtel des Ambaſſadeurs ,
- M. le Comte de Ribeira fut
- complimenté de la part du
Roy, par M. le Duc de Trefmes
premier Gentilhomme de
- la Chambre ; de la part de
304 MERCURE
Madame la Ducheſſe , par M.
leChevalier de Hautefort, fon
premier Ecuyer ; de la part de
Madame , par M. le Marquis
de Mortagne , ſon premier
Ecuyer ; de la part de Monfieur
le Duc d'Orleans , par M. le
Marquis de Simiane , ſon premier
Gentilhomme de la
Chambre ; & de la part de
Madame la Ducheffle d'Orleans
, par Male Marquis de S.
Pierre , ſon premier Ecuyer .
Il a eſté logè & traité les trois
jours ſuivans à la maniere accoûtuméc.
M. le Comte de Ribeira qui
vient
GALANT. 305
vient de faire cette pompeuſe
Entrée eſt du coſté de M. fon
Pere d'une des plus illuſtres ,
des plus riches & des plus
grandes Maiſons de Portugal
&deM . fa mere,foeur deM. le
Cardinal de Rohan , & de Mrs
les Princes de Soubiſe & de
Rohan , parent & allié aux
plus anciennes & aux plus Nobles
Maiſons de France. Je ne
vous feray point icy l'éloge de
M. le Comte de Ribeira , il
n'y a qu'une voix pour luy ;
& tout Paris ſemble s'eftre
donné le mot pour luy rendre
la justice qui eſt dûë à ſes
Aoust 1715 .
Cc
306 MERCURE
grandes qualitez .
Fermer
31
p. 258-272
RELATION de l'Entrée de M. Zondadary à Sienne, en qualité d'Archêque de la même Ville.
Début :
A Sienne ce 15. Août 1715. Aprés que S. E. M. le Cardinal [...]
Mots clefs :
Sienne, Archevêque, Campagne, Chevaux, Cathédrale, M. Zondadary, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de l'Entrée de M. Zondadary à Sienne, en qualité d'Archêque de la même Ville.
RELATION
de l'Entrée Je M Zondadary
a Sienneyen qualité d'Arche-
1 lêque de la même Ville.
A Sienne ce 15. Août1715.
Aprés que S.E.M.le Cardinal
Felix Zondadari eut fait
son Entrée à Rome, M. Alexandre
Zondadari sonfrereen
partit pour venir dans son Archevêché
de Sienne;il s'arrêta
pour quelques jours à S. Zuirico
chez M. le Marquis Bonaventure
Zondadari Chigi, &
de là vint dans une des maisons
de campagne de ce Marquis , appellée Vico, distante de Sienne
d'une petite lieuë vers la
Porte de Florence; il resta dans
cette maison pour pouvoir y
regler avec plus de facilité
quantité d'articles qui regardoient
le Ceremonial au fujec
de rEnrreedercrminee pour le
II. d'Août.Quoyque ce Prelat
fut incognitodans cette maison
de campagne & qu'il se
fut declaré de n'y vouloir recevoir
aucune vi siteen foime
il n'a paslaissé deparleràtoute
laNoblessede Sienne qui l'y ca
venu voir. Yij
Il parnc de VICO le 7. Août
& vini coucher à Cetmale, maison
de campagne dela lvtdlrO
Chigyàcinq mille de Sienne,
d'où il se rendu le 10 Août
àune maison de M. Piccolominiqui
est à un quart delieuë
de laVilledeSienne, surlechemin
de Rome:il receut à son
arrivéedansladite mai son, les.
Complimens de sonClergé&
de la Noblesse
,
qui avoient
nommé pour leurs Amt>.(Fadeurs
-,
M. le Mirquis Nerly-
Ballaty,& M,le ChevalierJaïo.
Cette fonction se fit avec toute
la solemnité & toute la regle
requise.
M.le Commandent Zanze.
doni, cidevant premier Gentilhomme
ordinaire du feu
Prince ïvançois de Medicisaccompagnéde
M le Commandeur
Saluzzo, Genois, qli a la
Commanderie à Sienne, & de
huit Chevaliers de M ilt he,alla
àla rencontre de M. l'Archevêque
; mais soir qu'il n'eût
pas pris ses mesures justes pour
l'aborder en lieu convenable
ou que le Prel at n'eût pas été
averty à rems, il y eût quelque
chose dans lu reception qui ne
parut pastout à fàr convenable,&
l'on fuppofc qu'à l'avc,
nir Messieurs les Chevaliers de
Malthe ne feront point en
Corps une pareilledémarche,
sans établir auparavant les
points du Ceremonial.
Le II. Août M. l'Archevêque
monta à cheval habillé
de violet, & suivi de toute sa
maison;il arriva à la Porte Romaine
à 10.heures d'Italie,qui
font en France 4. heures aprésmidy.
Toutes les Compagnies de
Penitens
,
les Ordres de Religicux,
& tout le Clergé de la
Ville de Sienne qui étoienc
partis processionnellement de,
l'Eglise Cathédrale, se trouverent
à ladite porre ,
& le receurent
avec les ceremonies accoûtumées.
M.l'Archevêque mit piedà
terrer,& entra dans une petite
chambre preparée hors de la
porte, où il se revêtit des habitsPontificaux
couverts d'une
chappe de satin blanc bordée
& brodée d'argent. Le Senat
de la Ville de Sienne composé
du Chapitre, du Peuple, & de
huit Senateurs, suivis de tous
les Magistrats, luy firent le
Compliment partirent sur
le champ pour aller au poste
qui leur étoit preparé dans
l'EgliseCathédrale.
r> Le Pieilt étoit monté sur
un Cheval blanc caparaçonné;
lesharnois housses& garnitures
étoient de satin blanc
brodé d'argent.
Il semiten marche precedé
de toutes les Compagnies de
Penitens, des O dres de Religieux
; & detout le Clergé.
L'Arthevêque étoit à chevalsous
un DJIS porté par six
Gentilshommes
,
qui se rele.
voient aux Arcs de triomphe,
au nombre de lept, établis &
dressez en égales distances depuis
puis la Porte Romaine,jusqu'au
grand Portail de l'Eglise
Cathedrale.
Les Evêques de Grosset.
Monseigneur Pefct.-: DeChiuccy,M.Bergaille.
De Pienza
,
M. Silvestri,
montez sur des chevaux caparaçonnez
de violet, suivoient
l'Archevêque ., ils n'étoient
pjoimnt habeilleznPotnt.ifi.cale- Quatre vingtGentilshonv
mes à cheval suivoientmarchant
deux à deux, ilsétoient
habillez à l'Italienne, & d'à
Qtqjc'eft-à^dire en pourpoint
& le OlanreaU lIé au br a gauche,
cet habillementest garni
de dentelle,& derubansnoirs.
Tous les chevaux étoient
chevaux de prix, richement
harnachez à la manière du
Pays. Il y a 800. pas Geometriques
de la Porte Romaine à
l'Eglise Cathedrale
,
on tient
en grande vencration une
image de la Sainte Vierge qui
efi: au dessusdeladite Porte ;
elle ëtoit ornéede quantité de
bandes de rangeas rouge ôi
blanc,&lePortrait du grand
Duc Cosme troisieme
,
fut
placé au dessous
, avec divers
ornemens , la porte est
double & forme en quatre
une enceinte de murailles qui
étoienttapissées & le dessus
couvert d'une grande Tente.
Le devant des maisons étoit
orné & tapissé ,les tapisseries
d'hautelissen'étant pas en usage
en ce pays, il n'yen avoit
qu'aux maisons Bu'hi) Chigi,
Patrizzio
, & Lan^edonys
les autres étoient tapissées de
bandes de damas,de velours,
de latin & autres étoffes de
Swsoye garnies de galons d'or
r ou d'argent. Il y avoit à toutes
les fenêtes des tapis de foye de
différentes couleurs, la maison
Piccolomini avoit mis fous
une loge de trois arcades qui
leur appartient, & leura esté
laissée du Pape Pie II. 200.
tableaux qui passent pour les
meilleurs d'Italie.
M. Sani Gentilhomme
Siennois & quiaunetres belle
gallerie,mit audevant d'une
de ses maisons une quantité de
tres bons Originaux,comme
firent Messieurs Chigi,Bichi,
Lanzedoni
,
Borghesi, & le
sieurJoseph Nasini Pciamcj
tres estimé ; les sept Arcs de
triomphe aulquels on avoir
travaillé deux mois auparavant
, furent dressez par des
Architectes de bon goust
,
ornez de décorations & de
peintures convenables à l'entrée
,
& par tout il y avoic les
Armes de la Maison Chigi
Zondadari,avec des figures,
peintures,& inscriptions faites
à la loüangede Monseigneur
l'Archevêque. Les places
qui se trouverent sur le
chemin furent pareillement
embellies & ornées, le tout
avecunetelle attention& de
si bon croutf que plus de vingtmille
étrangers
,
qui se font
trouvez à cetre Feste
,
& entr,.,
autres pluficurs Gentilshommes
Milanois
, ont asseuré
n'avoir rien vû de plus magnifique.
Les ordres que l'on a donné
pour l'execution decetteFête,
ont esté suivis de tres- bonne
grace; pour subvenirauxfrais,
les Ordres de Religieux, Convents,
Paroisses, Communautez
,
Corps de Mêtiers ,&
Capitaines de quartiers
,
suivant
une juste distribution qui
fut faite de la distance de la
porte Romaine au Dôme de
Sienne, prirent le soin de faire
orner de tapisseries
,
de tableaux
,&c. l'espacedes lieux
qui leur avoir cité assignez.
:
LesItaliens,sont naturellement
ingénieux
,
& principalement
lor squ'il s'agit de la
décoration, toutes celles qui
ont paru encette occasion
,
étoient de tres bon goull:)&
l'on en envoyera au premier
ordinaireundétail plus ample
Pcplus diftinft.
Monseigneur l'Archevêque
au lieu de jetter,le jour
desonentrée,de la monnoye
aux, pauvres, fit distribuer cinq
cens écus à ceuxquisontconnus
pourtels,& qui-, demandent
l'aumônepubliquement,
& une somme considerable a
été donnéeaux malades &aux
pauvres honteIuxI;,
de l'Entrée Je M Zondadary
a Sienneyen qualité d'Arche-
1 lêque de la même Ville.
A Sienne ce 15. Août1715.
Aprés que S.E.M.le Cardinal
Felix Zondadari eut fait
son Entrée à Rome, M. Alexandre
Zondadari sonfrereen
partit pour venir dans son Archevêché
de Sienne;il s'arrêta
pour quelques jours à S. Zuirico
chez M. le Marquis Bonaventure
Zondadari Chigi, &
de là vint dans une des maisons
de campagne de ce Marquis , appellée Vico, distante de Sienne
d'une petite lieuë vers la
Porte de Florence; il resta dans
cette maison pour pouvoir y
regler avec plus de facilité
quantité d'articles qui regardoient
le Ceremonial au fujec
de rEnrreedercrminee pour le
II. d'Août.Quoyque ce Prelat
fut incognitodans cette maison
de campagne & qu'il se
fut declaré de n'y vouloir recevoir
aucune vi siteen foime
il n'a paslaissé deparleràtoute
laNoblessede Sienne qui l'y ca
venu voir. Yij
Il parnc de VICO le 7. Août
& vini coucher à Cetmale, maison
de campagne dela lvtdlrO
Chigyàcinq mille de Sienne,
d'où il se rendu le 10 Août
àune maison de M. Piccolominiqui
est à un quart delieuë
de laVilledeSienne, surlechemin
de Rome:il receut à son
arrivéedansladite mai son, les.
Complimens de sonClergé&
de la Noblesse
,
qui avoient
nommé pour leurs Amt>.(Fadeurs
-,
M. le Mirquis Nerly-
Ballaty,& M,le ChevalierJaïo.
Cette fonction se fit avec toute
la solemnité & toute la regle
requise.
M.le Commandent Zanze.
doni, cidevant premier Gentilhomme
ordinaire du feu
Prince ïvançois de Medicisaccompagnéde
M le Commandeur
Saluzzo, Genois, qli a la
Commanderie à Sienne, & de
huit Chevaliers de M ilt he,alla
àla rencontre de M. l'Archevêque
; mais soir qu'il n'eût
pas pris ses mesures justes pour
l'aborder en lieu convenable
ou que le Prel at n'eût pas été
averty à rems, il y eût quelque
chose dans lu reception qui ne
parut pastout à fàr convenable,&
l'on fuppofc qu'à l'avc,
nir Messieurs les Chevaliers de
Malthe ne feront point en
Corps une pareilledémarche,
sans établir auparavant les
points du Ceremonial.
Le II. Août M. l'Archevêque
monta à cheval habillé
de violet, & suivi de toute sa
maison;il arriva à la Porte Romaine
à 10.heures d'Italie,qui
font en France 4. heures aprésmidy.
Toutes les Compagnies de
Penitens
,
les Ordres de Religicux,
& tout le Clergé de la
Ville de Sienne qui étoienc
partis processionnellement de,
l'Eglise Cathédrale, se trouverent
à ladite porre ,
& le receurent
avec les ceremonies accoûtumées.
M.l'Archevêque mit piedà
terrer,& entra dans une petite
chambre preparée hors de la
porte, où il se revêtit des habitsPontificaux
couverts d'une
chappe de satin blanc bordée
& brodée d'argent. Le Senat
de la Ville de Sienne composé
du Chapitre, du Peuple, & de
huit Senateurs, suivis de tous
les Magistrats, luy firent le
Compliment partirent sur
le champ pour aller au poste
qui leur étoit preparé dans
l'EgliseCathédrale.
r> Le Pieilt étoit monté sur
un Cheval blanc caparaçonné;
lesharnois housses& garnitures
étoient de satin blanc
brodé d'argent.
Il semiten marche precedé
de toutes les Compagnies de
Penitens, des O dres de Religieux
; & detout le Clergé.
L'Arthevêque étoit à chevalsous
un DJIS porté par six
Gentilshommes
,
qui se rele.
voient aux Arcs de triomphe,
au nombre de lept, établis &
dressez en égales distances depuis
puis la Porte Romaine,jusqu'au
grand Portail de l'Eglise
Cathedrale.
Les Evêques de Grosset.
Monseigneur Pefct.-: DeChiuccy,M.Bergaille.
De Pienza
,
M. Silvestri,
montez sur des chevaux caparaçonnez
de violet, suivoient
l'Archevêque ., ils n'étoient
pjoimnt habeilleznPotnt.ifi.cale- Quatre vingtGentilshonv
mes à cheval suivoientmarchant
deux à deux, ilsétoient
habillez à l'Italienne, & d'à
Qtqjc'eft-à^dire en pourpoint
& le OlanreaU lIé au br a gauche,
cet habillementest garni
de dentelle,& derubansnoirs.
Tous les chevaux étoient
chevaux de prix, richement
harnachez à la manière du
Pays. Il y a 800. pas Geometriques
de la Porte Romaine à
l'Eglise Cathedrale
,
on tient
en grande vencration une
image de la Sainte Vierge qui
efi: au dessusdeladite Porte ;
elle ëtoit ornéede quantité de
bandes de rangeas rouge ôi
blanc,&lePortrait du grand
Duc Cosme troisieme
,
fut
placé au dessous
, avec divers
ornemens , la porte est
double & forme en quatre
une enceinte de murailles qui
étoienttapissées & le dessus
couvert d'une grande Tente.
Le devant des maisons étoit
orné & tapissé ,les tapisseries
d'hautelissen'étant pas en usage
en ce pays, il n'yen avoit
qu'aux maisons Bu'hi) Chigi,
Patrizzio
, & Lan^edonys
les autres étoient tapissées de
bandes de damas,de velours,
de latin & autres étoffes de
Swsoye garnies de galons d'or
r ou d'argent. Il y avoit à toutes
les fenêtes des tapis de foye de
différentes couleurs, la maison
Piccolomini avoit mis fous
une loge de trois arcades qui
leur appartient, & leura esté
laissée du Pape Pie II. 200.
tableaux qui passent pour les
meilleurs d'Italie.
M. Sani Gentilhomme
Siennois & quiaunetres belle
gallerie,mit audevant d'une
de ses maisons une quantité de
tres bons Originaux,comme
firent Messieurs Chigi,Bichi,
Lanzedoni
,
Borghesi, & le
sieurJoseph Nasini Pciamcj
tres estimé ; les sept Arcs de
triomphe aulquels on avoir
travaillé deux mois auparavant
, furent dressez par des
Architectes de bon goust
,
ornez de décorations & de
peintures convenables à l'entrée
,
& par tout il y avoic les
Armes de la Maison Chigi
Zondadari,avec des figures,
peintures,& inscriptions faites
à la loüangede Monseigneur
l'Archevêque. Les places
qui se trouverent sur le
chemin furent pareillement
embellies & ornées, le tout
avecunetelle attention& de
si bon croutf que plus de vingtmille
étrangers
,
qui se font
trouvez à cetre Feste
,
& entr,.,
autres pluficurs Gentilshommes
Milanois
, ont asseuré
n'avoir rien vû de plus magnifique.
Les ordres que l'on a donné
pour l'execution decetteFête,
ont esté suivis de tres- bonne
grace; pour subvenirauxfrais,
les Ordres de Religieux, Convents,
Paroisses, Communautez
,
Corps de Mêtiers ,&
Capitaines de quartiers
,
suivant
une juste distribution qui
fut faite de la distance de la
porte Romaine au Dôme de
Sienne, prirent le soin de faire
orner de tapisseries
,
de tableaux
,&c. l'espacedes lieux
qui leur avoir cité assignez.
:
LesItaliens,sont naturellement
ingénieux
,
& principalement
lor squ'il s'agit de la
décoration, toutes celles qui
ont paru encette occasion
,
étoient de tres bon goull:)&
l'on en envoyera au premier
ordinaireundétail plus ample
Pcplus diftinft.
Monseigneur l'Archevêque
au lieu de jetter,le jour
desonentrée,de la monnoye
aux, pauvres, fit distribuer cinq
cens écus à ceuxquisontconnus
pourtels,& qui-, demandent
l'aumônepubliquement,
& une somme considerable a
été donnéeaux malades &aux
pauvres honteIuxI;,
Fermer
32
p. 3-39
CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
Début :
Il y a environ six semaines que je vois au coin [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Homère, M. de la Motte, Jugement, Ouvrages, Traduction, Livre, Chevaux, Traduction, Critique, Examen, Auteur, Esprit, Génie, Lettres, Pacificateur, Homme, Langues, Admiration, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
CRITIQUE
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
Fermer
33
p. 152-155
LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
Début :
Petits Chevaux, qui dans un Char brillant, [...]
Mots clefs :
Chevaux, Déesse, Ardeur , Hommage, Art, Nature, Amour, Charmes, Princesse de Conti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CHAR DE S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI Au Cours : PAR Mr FUSELER.
LE CHAR
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
DES. A. S MÀDAMÏ
LA PRINCESSE DE CONTI.
Au CVJvr :
PARMrFUSELIER.
GEnti Coursiers, qui dansun
Char brillant,
Trainez, au Cours une jeune Déefei
Ne maYCheL pas d'un air si petitlant,
Nous perdons trop à l'ardeur qui
vous presse.
Ciel que d'attraits !.Silence,
ou parlons bas.
Lorsque l'on voit une simple mortelle,
On peut crier sans façon, qu'elle est
belle!
Pour rendre hommage aux plus raresappas,
Tributs sont bons de toutes les especes
, Mais tout Encens aux Dieux ne
convientpas:
Trier le faut, sur tout pour les
Déesses.
Déjaflduitpar 1m Eclat nouveau,
J'allois tenter de peindre tant de
charmes,
Eàttilfatal au plussçavant Pinceau>
Apelle mêmeicy,rendroit les armes-
L'Art, quand il peut, exactdans
ses portraits , Rend à nos yeux les Graces d'ttnô
Belle,
Plus libéral biensouvent quefidele,
pour des defauts, il donne des
attraits
A qui leveut. Mais il estcertains
Traits
Que laNature a reservez, pour elit'")
Dont iImpofleur nedispose >aman :
Tels on les vo t dans l'aimable
Immortelle,
Achaque wfïant Spectateurs prévenus
Deçà,deO:) parmainteKirielle ,
Sanslesçavoir,honorent tropVenusy
Disfans,voicy la Reine de Cithere ;
Onques nefutsicertaine de plaire :
DesPiroïs des ardens Phlégons,
Sonattelage atoute l'Encolure.
SilaDéeffeaLusséfcsP'geons,
Elle n'a pas oubliésa Ceinture.
D'ou vient qu'Amour,par rcfpca
écartè
Montre auj,ourd'hui tant de timidité?
Pourquoi du Charsuit-il de loin les
traces ?
Et n'y voit-on feulement que les
Graces ?
Par ces discours mêlez, de doux
transports,
* Chevaux du Solcil.
V€ent & cent -voix font retentir CCS
Bords,
Et l'on entend cette troupe ravie,
Loüer Venus des charmesqu'elle
envie.
Mais lejourfuit dans ces lieuxfortunez,
,
En'Vain Phoebus a'finisa Carriere :
Gentils Coursiers, le Char quevous
traînez,
Porte des Feux plus doux que sa
Lumiere ;
Allez,coureztoûjours rapidement;
Vous ne fçauriez, avoir trop de vitesse;
Putfcjutl ne faut qu'admirer la
IJ/cf!',
C'est trop lavoir, que la voir un
moment.
Fermer
34
p. 214-215
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp, on l'a déjà envoyée [...]
Mots clefs :
Artillerie, Armée, Dragons, Régiment, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DUJOURNAL
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
deHongrïe.
Toute l'Artillerie est arrivée au Camp,on l'a déjàenvoyée du côté
de la Teïsse,&on a jettédes Ponts
.- sur les Marais, pour faciliter la
jonction de tArmee avec le Corps
commandé par le Général Mercy,
qui s'est avancé plus haut, du
,. côcé de Titul ; sur quoi l'Armée
s'était mise en marche pourse
rendre de cecôté-là;on y compte
à présent trente Princes.
1 Lesnouveaux Avis font monter
le nombre de l'Armée Impérialeà
100trente-deux mille six cent-tien,
te hommes. Sçavoir
,
vingt-deux
mille deux cens soixante, deCavalerie;
onze mille sept cens qustre-
vingt Dragons; trois mille
deux censvingt Hussards, & quatre-
vingt quinze mille trois cens
II-;-r'-" \t~ILP- ce lan -JULTJeSou-pi m ^Ah''fc-pcta-n.j<v&ct )æJi IU6 Jlli
l" dxruoe puurj-e causer njivJz CllL.e1 mxtr-ti lIre'
- -- 1
- 8/"
«-
Quelque précaution qu'unAuteur
duMercure prenne pour être
= exactement informé de certains
faits, iln'est presque pas possible
- que la vérité ne lui échape quelquefois
, par les Mémoires peu
fidèles qu'on lui envoye. Telleest
-
L'affaire deMrs les Chevaux-Legers,
rapportée dans le Mercurede
May
, Pag. 91, dont les circonstances
sont bien différentes,
félon un nouvel avis que je viensde
recevoir; par lequel il paroît
qu'il est faux que le Chevaux-Legerfèfoit
sauvé dans son Auberge
; qu'il y ait û Ifes coupsde
Pistoletstirés par la fenêtrepour
écarter les Laquais; que M. le
Duc d'Estrées en ait demandé
satisfaction; puisqu'au contraire,
ce Seigneur a sur mettre en Prison
sa Livrée &c. Je serai toûjours
prêt à en user de même
, toutes
les fois qu'on aura la bonté de
me redresser sur quelque erreur
ele- fait.
- PIN.
Fermer
35
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
36
p. 170-176
MORTS, ET MARIAGES des Pays Etrangers.
Début :
Le Prince Thomas Emmanuel de Savoye, Comte de Soissons, Chevalier de la Toison [...]
Mots clefs :
Prince, Princesse, Palais, Famille, Chevaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, ET MARIAGES des Pays Etrangers.
MORTS, ET MARIAGES
des Pays Etrangers.
LE Prince Thomas Emmanuel deSavoyer,
Comte de Soissons, Chevalier de la Toison
d or , Mar échal de Camp , General des Armées
de l' Empereur , & Colonel d'un Régiment de
Cuií ailiers
Janvier. r7?ôv ta
Cuirassier», au Service de Sa Majesté Impériale,
mourut de la petite Vérole à Vienne , Je 18. dit
mois dernier , dans la 43". année de Ion âge,
étant né le 8. Décembre 1687. II avoit épousé le
14- Octobre 171$. la Princesse Thérèse Anne
Félicité, Fille du Prince Jean Adam André
de Lichcenstein , dont il a eu le 23. Décembre
ï7'4- le Prince Eugène Jean de Soislons, la
Corps de ce Prince fut inhumé le 30. lans cé
rémonie, dans Yb.^lise de S. Ertienne. *■
La Marquise DuúaHere d'Anspach, de 1*
Famille des Princes de Wirtemberg Stugard en'
Franconìe, y est morte âgée de $6 -n?.
Le jv de ce mois , une Femme nommée
Elizabeth Pieters , veuve de Reynitr Bemcl»
man, mourut à Amsterdam , âgée de \ 1 1 ans;
Le Duc Jean Ernest de Saxe , Hifbutg Haulèn
, l'áîné de la branche Ernestine, est mors
ì LeypsicK , dans la 17-. année de ion âge.
On apprend de Vienne , que le nombre de*
morts, tant de cette Ville que des Fauxbourgs »'
pendant l'année derniere, monte à 8; 83. Sçavoir
, tf7c. hommes, 18 ií- semmes, 204.1*
enfans mâles, & r 8 r f. filles. Le nombre de*
enfans baptisez pendant la meme arnee , eit de
' suivant les Extraits baptistaires mortuai
res , depuis le 11. Décembre 1718. juiqu'aú
13. Decembré 1719. on a baptise à Londres &f
à Westminster 8736. g \rçons , & 8324 files,
en tout 19721- de loue que le rombre des
morts de cette année , excède celui <u l'année
précédente de 1911 On a remarqué fur le
nombre des personnes mortes , qu'il s'en trou
ve 1073 f. au-dessous de deux ans , &• 143. de
90 ans & au-dessus. Les maladies qui en ont
emporté plus des deux tkts , sent les con-
■ y uliia»s
rfa MERCURE flE FRAtíCE.
gisions! les fluxions , & diverses fortes eíe
fièvres . la consomption & la petite vérole.
II eíl mort à Amsterdam pendant Patinée
derniere. j£i8. personnes, ce qui fait if4<«
moins qu'en 1718. qu?il en mourut 111Ó4.
Le 11.. Décembre dernier. Fête de S. André,
jour destiné pout la célébration des FiancuilleSdu
Czar , la Clarine Douairière , les Princefles
du Sang , & les -autres personnes de distinction
qui avoient été invitées à cette Cérémonie, se
rendirent au Palais vers les deux heures après
midi j les Dames furent conduites-dans les Apr
partemens à la droite de la grande Salle, &
les Seigneurs dans les Anti-Chambres de S.Mt
Gz. La grande Salle destinée pour cette Céré
monie , étoit magnifiquement ornée ; on avoir,
placé au milieu un grand Tapis de Soye de
Perse. Vis à- vis de ce Tapis , au haut bout
de la Salle , il y- avoit une table couverte dé
drap d'or ; fur cette table étoit un Bassin d'or ,
dans lequel étoit la sainte Croix , & deux Plats
d'or > destinez pour la bénédiction des Bagues;
li y avoit vis-à vis de la Table , fur le Tapis
un Dais de drap d'argent brodé d'or , soutenu
par six Majors Généraux. A la droite de ce
Dais-, fur un autre Tapis de Soye , étoit un
Fauteuil pour le Czar, & â. gauche, aussi fur
un Tapis & fur une même ligne, deux aurres
Fauteuils- de Velours vert ohamaré d'or , pout
la Czarine Douairière &1pour la Princesse fu
ture E oouse du Czar. A côté de res Fauteuils
un peu en arriére , il v avoit quatre Chaises
pour les quatre Princeííès du Sang, & plusieurs
autres Chaises ensuite pour les Princesses Mere
& Soeur de la Princesse , 8e pour les autre*
Princesses- de la Famille Dolgorucki.
•Agrès que tout, le monde fut assemblé au
Palais.
Janvier. 1730. 17$:
Malais > le Prince Dolgorucki, Grand- Cham
bellan du Czar & frère de la Princesse fiancée;
se rendit en qualité de principal Commissaire
du Czar , pour cet Acte , avec une nombreuse
suite de Carrosses & de Domestiques de S. Mi
Cz. au Palais de Golowiesch, où étoit la Prin
cesse & toutes les Princefles de la Famille Dol
gorucki; il déclara à la Princesse qu'il étoit
chargé de la conduire au Palais de S. M.Cz.
& apiès l'avoir priée de s'y rendre , il lui
donna la main & la conduisit au Carroíîé i
après quoi la marche commenta dans Tordre
suivant :
Deux Carroflès du Czar à six chevaux , ave£
les Chambellans de S M. Cz. un autre .Car
rosse du Czar >. aussi à six chevaux , dans leques
étoit le Grand-Chambellan seul. Qyjtre Cou
reurs du Czar. Deux Fooriers de ia Cour , ì
cheval. M. Coícheíef , Ecuyer du C2ar, à che
val 5 seul. La Garde des Grenadiers de la Prin
cesse ». à cheval. Quatre Postillons de S. M!
Cz. Un carosse à" six chevaux , dans lequel
étoit S. A. avec la Princesse fa mère & la
Princesse fa soeur : six Pages du Czar étoienc
montez fur le devant du Carrosle : ua
Page de la Chambre marchoit derrière ì
cheval ; & six Heyduques avec les Valetsde-
Pied de S» M. Cz. tous avec de magni
fiques Livres > alloient aux deux cotez. Plufieurs
autres Carrosses fuivoient, dans lesquels
étoient les Princeflés de la Famille Dolgorucki,
les Dames de. la Cour de S. A. Les Carrosses
de parade fumaient la marche..
Lorsque ce Cortège fut près du Palais du
Czar, le Maréchal de la Cour & le Grand-
Maître des Cérémonies, ayant à la main leurs
Bi.gns de CetemoniejSc accompagne* des Seigneurs>
J7 4 MFRCURÊ DÈ FRANCE,
1
gneurs de la Cour , allèrent dans l'Appaftë*
tnent des Dames, & prièrent la Czarìnt Douai* .
riere, les Princesses du Sang & les autres Da
mes , de se rendre dans la Salle des Fiançailles;
Après quoi le Maréchal de la Cour & le Grandi
Maître des Cérémonies allèrent au-devant dë
la Princesse pour la recevoir & la conduire:
dans la même Salle. Le Prince Dolgoruckij
Grand-Chambellan , donna la main à cette
Princesse à la descente du Carrosse ík Raccom
pagna iusqu'à la Salle : Aussi-tôt que la Prin
cesse fui entrée dans la Salle ■ on entendit uri
agréable Concert de Musique? après qu'elle
tut pris fa place; le Grand-Chambellan , le?
Chambellans & autres Seigneurs , conduit*
par le NÍaréchal de la Cour & par le Grand-
Miîcre des Cérémonies , allèrent prendre lé
Czar aux fanfares des Trompettes) ce Prince j
accompagné du Prince Grégoire AlexiowitZ
Dolgorucki , du Velt Maréchal , Prince Dolf;
oruki , du Baron d'Osterman, Vice Chanceier
, & de tous les Grands de fa Cour , sá
lendit aussi dans la même Salle.
Aussi tôt que S. M. Cz fe fut placée dans
son Fauteuil, la Princesse, conduite par le
Grand-Chambellan, se rendit sous le Dais;
le Czar s'y rendit aussi , étant conduit par lé
Baron d'Osterman , & se mit à la droite de la
Princesse. L' Archevêque de Novogrod fit en
suite une Prière , & s'étant approché de la
Table , il mit les deux Bagues dans les deux
Plats d'or , les bénit, suivant le Rit del'Eglisé
Grecque . & les délivra aux Fiancez , sçavotr,
celle de la Princesse à S. M. Cz. & celle du
Czar à la Princesse. Après quelques autres
Prières, le Czar & la Princefle s'étant remis
â leurs places, reçurent les complimens de
féliciràtL n
JANVIER. ir?o: i7f
sélicitation des Seigneurs &: Dames > qui eu
rent l'honneur de leui baiser la main. On 61
ëâ même- temps une triple décharge du Canon
dés Remparts , aux fanfares des Trompettes »
&c Après cette Cérémonie , le Czar , accom
pagné de la Czarine Douairière» des Princesses
du Sang & des Princeííes de la Famille Dolgoruclìi
, conduisit la Princesse fiancée dans
son Appartement , poUT y voir tirer un Feu
d'artifice qui réussit très-bien. Il y eut aussi de
fort belles Illuminations. Toute la Compagnie
étant ensuite retournée dans la grande Salle r
il y eut Jeu & Bal , qui ne dura qu'une demie
heure, arce que la Princesse fiancée s'étoit bieffée
au pied. Après qu'il fi.t fini , la Princesse
fiancée retourna dans son Palais dans u«
Carrosse à huit chevaux , conduits par six Pos
tillons avec six Pages . huit Heydtrques , huie
Chevaliers- Gardes à cheval 1 &r le même Cor
tège avec lequel elle s'étoit rendue au Palais
du Czar. La Princesse étoit feule dans ce Car
rosse , & on battit la caisse à son départ.
on écrit de Moscou , que tout le monde
convient que le Czar n'avoit pu faire un choix
qui fût plus universellement applaudi , à cause
ou mérite, de la bonté du coeur & de la
modestie de la futureCzarine.CesLettres ajou
tent que dans le Discours que le Velt-Marcchal
Dolgorucki fit le 30. Novembre à cette
Princesse , il lui dit entre autres choses : Hier
vous íliéï ma Nièce y aujourd'hui vous allej^
être ma Souveraine i vous voyez, par là com
ment les affaires humaines peuvent changer dit
soir au lendemain : que l' éclat da nouveau rang
que vout alleç tenir , ne vous ébloiiijfe pas &
ne vous f*sse pas perdre cette noble modestie n*i
HO lit
\jè mercure de francë:
vous y a élevée. Noire Famille est ajfez pour
vût; des biens de la fortune ; elle n'a besoin derien
: ainsi oubliez, que votts en êtes ,
frenex. à tâche de n'employer le crédit que -voue
fourrez avoir qu'à faire du bien, à ceux quih
méritent le plus , fans avoir égard au non*
qu'ils portent.^
des Pays Etrangers.
LE Prince Thomas Emmanuel deSavoyer,
Comte de Soissons, Chevalier de la Toison
d or , Mar échal de Camp , General des Armées
de l' Empereur , & Colonel d'un Régiment de
Cuií ailiers
Janvier. r7?ôv ta
Cuirassier», au Service de Sa Majesté Impériale,
mourut de la petite Vérole à Vienne , Je 18. dit
mois dernier , dans la 43". année de Ion âge,
étant né le 8. Décembre 1687. II avoit épousé le
14- Octobre 171$. la Princesse Thérèse Anne
Félicité, Fille du Prince Jean Adam André
de Lichcenstein , dont il a eu le 23. Décembre
ï7'4- le Prince Eugène Jean de Soislons, la
Corps de ce Prince fut inhumé le 30. lans cé
rémonie, dans Yb.^lise de S. Ertienne. *■
La Marquise DuúaHere d'Anspach, de 1*
Famille des Princes de Wirtemberg Stugard en'
Franconìe, y est morte âgée de $6 -n?.
Le jv de ce mois , une Femme nommée
Elizabeth Pieters , veuve de Reynitr Bemcl»
man, mourut à Amsterdam , âgée de \ 1 1 ans;
Le Duc Jean Ernest de Saxe , Hifbutg Haulèn
, l'áîné de la branche Ernestine, est mors
ì LeypsicK , dans la 17-. année de ion âge.
On apprend de Vienne , que le nombre de*
morts, tant de cette Ville que des Fauxbourgs »'
pendant l'année derniere, monte à 8; 83. Sçavoir
, tf7c. hommes, 18 ií- semmes, 204.1*
enfans mâles, & r 8 r f. filles. Le nombre de*
enfans baptisez pendant la meme arnee , eit de
' suivant les Extraits baptistaires mortuai
res , depuis le 11. Décembre 1718. juiqu'aú
13. Decembré 1719. on a baptise à Londres &f
à Westminster 8736. g \rçons , & 8324 files,
en tout 19721- de loue que le rombre des
morts de cette année , excède celui <u l'année
précédente de 1911 On a remarqué fur le
nombre des personnes mortes , qu'il s'en trou
ve 1073 f. au-dessous de deux ans , &• 143. de
90 ans & au-dessus. Les maladies qui en ont
emporté plus des deux tkts , sent les con-
■ y uliia»s
rfa MERCURE flE FRAtíCE.
gisions! les fluxions , & diverses fortes eíe
fièvres . la consomption & la petite vérole.
II eíl mort à Amsterdam pendant Patinée
derniere. j£i8. personnes, ce qui fait if4<«
moins qu'en 1718. qu?il en mourut 111Ó4.
Le 11.. Décembre dernier. Fête de S. André,
jour destiné pout la célébration des FiancuilleSdu
Czar , la Clarine Douairière , les Princefles
du Sang , & les -autres personnes de distinction
qui avoient été invitées à cette Cérémonie, se
rendirent au Palais vers les deux heures après
midi j les Dames furent conduites-dans les Apr
partemens à la droite de la grande Salle, &
les Seigneurs dans les Anti-Chambres de S.Mt
Gz. La grande Salle destinée pour cette Céré
monie , étoit magnifiquement ornée ; on avoir,
placé au milieu un grand Tapis de Soye de
Perse. Vis à- vis de ce Tapis , au haut bout
de la Salle , il y- avoit une table couverte dé
drap d'or ; fur cette table étoit un Bassin d'or ,
dans lequel étoit la sainte Croix , & deux Plats
d'or > destinez pour la bénédiction des Bagues;
li y avoit vis-à vis de la Table , fur le Tapis
un Dais de drap d'argent brodé d'or , soutenu
par six Majors Généraux. A la droite de ce
Dais-, fur un autre Tapis de Soye , étoit un
Fauteuil pour le Czar, & â. gauche, aussi fur
un Tapis & fur une même ligne, deux aurres
Fauteuils- de Velours vert ohamaré d'or , pout
la Czarine Douairière &1pour la Princesse fu
ture E oouse du Czar. A côté de res Fauteuils
un peu en arriére , il v avoit quatre Chaises
pour les quatre Princeííès du Sang, & plusieurs
autres Chaises ensuite pour les Princesses Mere
& Soeur de la Princesse , 8e pour les autre*
Princesses- de la Famille Dolgorucki.
•Agrès que tout, le monde fut assemblé au
Palais.
Janvier. 1730. 17$:
Malais > le Prince Dolgorucki, Grand- Cham
bellan du Czar & frère de la Princesse fiancée;
se rendit en qualité de principal Commissaire
du Czar , pour cet Acte , avec une nombreuse
suite de Carrosses & de Domestiques de S. Mi
Cz. au Palais de Golowiesch, où étoit la Prin
cesse & toutes les Princefles de la Famille Dol
gorucki; il déclara à la Princesse qu'il étoit
chargé de la conduire au Palais de S. M.Cz.
& apiès l'avoir priée de s'y rendre , il lui
donna la main & la conduisit au Carroíîé i
après quoi la marche commenta dans Tordre
suivant :
Deux Carroflès du Czar à six chevaux , ave£
les Chambellans de S M. Cz. un autre .Car
rosse du Czar >. aussi à six chevaux , dans leques
étoit le Grand-Chambellan seul. Qyjtre Cou
reurs du Czar. Deux Fooriers de ia Cour , ì
cheval. M. Coícheíef , Ecuyer du C2ar, à che
val 5 seul. La Garde des Grenadiers de la Prin
cesse ». à cheval. Quatre Postillons de S. M!
Cz. Un carosse à" six chevaux , dans lequel
étoit S. A. avec la Princesse fa mère & la
Princesse fa soeur : six Pages du Czar étoienc
montez fur le devant du Carrosle : ua
Page de la Chambre marchoit derrière ì
cheval ; & six Heyduques avec les Valetsde-
Pied de S» M. Cz. tous avec de magni
fiques Livres > alloient aux deux cotez. Plufieurs
autres Carrosses fuivoient, dans lesquels
étoient les Princeflés de la Famille Dolgorucki,
les Dames de. la Cour de S. A. Les Carrosses
de parade fumaient la marche..
Lorsque ce Cortège fut près du Palais du
Czar, le Maréchal de la Cour & le Grand-
Maître des Cérémonies, ayant à la main leurs
Bi.gns de CetemoniejSc accompagne* des Seigneurs>
J7 4 MFRCURÊ DÈ FRANCE,
1
gneurs de la Cour , allèrent dans l'Appaftë*
tnent des Dames, & prièrent la Czarìnt Douai* .
riere, les Princesses du Sang & les autres Da
mes , de se rendre dans la Salle des Fiançailles;
Après quoi le Maréchal de la Cour & le Grandi
Maître des Cérémonies allèrent au-devant dë
la Princesse pour la recevoir & la conduire:
dans la même Salle. Le Prince Dolgoruckij
Grand-Chambellan , donna la main à cette
Princesse à la descente du Carrosse ík Raccom
pagna iusqu'à la Salle : Aussi-tôt que la Prin
cesse fui entrée dans la Salle ■ on entendit uri
agréable Concert de Musique? après qu'elle
tut pris fa place; le Grand-Chambellan , le?
Chambellans & autres Seigneurs , conduit*
par le NÍaréchal de la Cour & par le Grand-
Miîcre des Cérémonies , allèrent prendre lé
Czar aux fanfares des Trompettes) ce Prince j
accompagné du Prince Grégoire AlexiowitZ
Dolgorucki , du Velt Maréchal , Prince Dolf;
oruki , du Baron d'Osterman, Vice Chanceier
, & de tous les Grands de fa Cour , sá
lendit aussi dans la même Salle.
Aussi tôt que S. M. Cz fe fut placée dans
son Fauteuil, la Princesse, conduite par le
Grand-Chambellan, se rendit sous le Dais;
le Czar s'y rendit aussi , étant conduit par lé
Baron d'Osterman , & se mit à la droite de la
Princesse. L' Archevêque de Novogrod fit en
suite une Prière , & s'étant approché de la
Table , il mit les deux Bagues dans les deux
Plats d'or , les bénit, suivant le Rit del'Eglisé
Grecque . & les délivra aux Fiancez , sçavotr,
celle de la Princesse à S. M. Cz. & celle du
Czar à la Princesse. Après quelques autres
Prières, le Czar & la Princefle s'étant remis
â leurs places, reçurent les complimens de
féliciràtL n
JANVIER. ir?o: i7f
sélicitation des Seigneurs &: Dames > qui eu
rent l'honneur de leui baiser la main. On 61
ëâ même- temps une triple décharge du Canon
dés Remparts , aux fanfares des Trompettes »
&c Après cette Cérémonie , le Czar , accom
pagné de la Czarine Douairière» des Princesses
du Sang & des Princeííes de la Famille Dolgoruclìi
, conduisit la Princesse fiancée dans
son Appartement , poUT y voir tirer un Feu
d'artifice qui réussit très-bien. Il y eut aussi de
fort belles Illuminations. Toute la Compagnie
étant ensuite retournée dans la grande Salle r
il y eut Jeu & Bal , qui ne dura qu'une demie
heure, arce que la Princesse fiancée s'étoit bieffée
au pied. Après qu'il fi.t fini , la Princesse
fiancée retourna dans son Palais dans u«
Carrosse à huit chevaux , conduits par six Pos
tillons avec six Pages . huit Heydtrques , huie
Chevaliers- Gardes à cheval 1 &r le même Cor
tège avec lequel elle s'étoit rendue au Palais
du Czar. La Princesse étoit feule dans ce Car
rosse , & on battit la caisse à son départ.
on écrit de Moscou , que tout le monde
convient que le Czar n'avoit pu faire un choix
qui fût plus universellement applaudi , à cause
ou mérite, de la bonté du coeur & de la
modestie de la futureCzarine.CesLettres ajou
tent que dans le Discours que le Velt-Marcchal
Dolgorucki fit le 30. Novembre à cette
Princesse , il lui dit entre autres choses : Hier
vous íliéï ma Nièce y aujourd'hui vous allej^
être ma Souveraine i vous voyez, par là com
ment les affaires humaines peuvent changer dit
soir au lendemain : que l' éclat da nouveau rang
que vout alleç tenir , ne vous ébloiiijfe pas &
ne vous f*sse pas perdre cette noble modestie n*i
HO lit
\jè mercure de francë:
vous y a élevée. Noire Famille est ajfez pour
vût; des biens de la fortune ; elle n'a besoin derien
: ainsi oubliez, que votts en êtes ,
frenex. à tâche de n'employer le crédit que -voue
fourrez avoir qu'à faire du bien, à ceux quih
méritent le plus , fans avoir égard au non*
qu'ils portent.^
Fermer
Résumé : MORTS, ET MARIAGES des Pays Etrangers.
Le texte relate divers événements de mort et de mariage dans des pays étrangers. Le Prince Thomas Emmanuel de Savoie, Comte de Soissons, est décédé de la variole à Vienne le 18 janvier 1720 à l'âge de 43 ans. Il avait épousé la Princesse Thérèse Anne Félicité de Liechtenstein en 1715, avec qui il eut un fils, le Prince Eugène Jean de Soissons, né en 1714. La Marquise Duüahere d'Anspach, de la famille des Princes de Wurtemberg, est morte à 56 ans. À Amsterdam, Elizabeth Pieters, veuve de Reynier Bemclman, est décédée à 111 ans. Le Duc Jean Ernest de Saxe, Hifbutg Haulèn, est mort à Leipzig à l'âge de 17 ans. À Vienne, le nombre de décès en 1719 s'élève à 8 833, incluant 1 776 hommes, 1 811 femmes, 2 041 garçons et 1 827 filles. À Londres et Westminster, 19 721 enfants ont été baptisés en 1719. Le texte décrit également les préparatifs et le déroulement du mariage du Czar avec la Princesse Dolgorucki. La cérémonie a eu lieu en janvier 1730, avec une procession solennelle et des festivités incluant un concert, des prières, des félicitations, un feu d'artifice et des illuminations. La Princesse, après la cérémonie, a été conduite dans son appartement pour voir le feu d'artifice, suivie d'un jeu et d'un bal. Le choix du Czar a été universellement applaudi en raison des qualités de la future Czarine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 2250-2252
Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. De la Gueriniere, Ecuyer du Roi, vient de faire imprimer la quatriéme & derniere leçon [...]
Mots clefs :
Chevaux, Écuyer, Écuyer du roi, Cheval, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Gueriniere , Ecuyer du Roy , vient de
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
Fermer
Résumé : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Guerinière, Écuyer du Roy, a publié la quatrième et dernière leçon de son ouvrage 'École de Cavalerie'. Ce livre rassemble les principes essentiels sur la connaissance des chevaux, leur dressage et les compétences d'un connaisseur en chevaux. Il accompagne les démonstrations publiques organisées chaque samedi dans son Académie, rue de Vaugirard. Contrairement aux ouvrages précédents, 'École de Cavalerie' regroupe toutes les parties relatives aux chevaux en un seul volume. Le style est simple et concis, avec des définitions claires et méthodiques. L'ouvrage est structuré en quatre leçons : la première décrit les parties extérieures du cheval, la deuxième traite de l'âge, des poils, de l'embouchure, de la ferrure et de la selle. La troisième enseigne le dressage des jeunes chevaux pour divers usages, et la quatrième contient un traité d'ostéologie, les maladies des chevaux, les remèdes et les opérations. Le cours de cavalerie, prévu pour neuf mois, a été interrompu après la quatrième partie en raison de conditions défavorables. Il reprendra après la Saint-Martin, avec un second cours commençant simultanément. Un médecin de la Faculté de Paris effectuera les démonstrations anatomiques. L'institution de tels exercices dans les académies est surprenante, car elle permettrait des découvertes utiles à la conservation des chevaux. Il est essentiel de connaître non seulement la monte, mais aussi l'achat, le dressage, la conservation en santé, le traitement des maladies, ainsi que l'embouchure, la ferrure et la selle appropriées. Ces connaissances sont cruciales pour ceux qui se destinent au service ou utilisent des chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 2740-2741
Prise de possession de S. Jean de Latran.
Début :
Le 19. Novembre, le Pape se rendit le matin du Palais du Quirinal à celui du Vatican [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinaux, Cérémonie, Officiers, Chevaux, Trône, Vatican
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Prife de poffeffion de S. Jean de Latran.
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
L
E 19. Novembre , le Pape fe rendit le matin
du Palais du Quirinal à celui du Vatican,
où fa S. dîna. L'après midi , les Cardinaux , les
Prélats & les Seigneurs Romains qui avoient rang
dans la Cerémonie , s'y étant rendus , la marche
fe fit dans l'ordre fuivant, Un détachement des.
chevaux Legers de la Garde , habillés de drap
écarlatte galonné d'or , fortit du Palais , ayant à
fa tête le Marquis Caponi , Grand - Maréchal
des Logis du Pape . Il fut fuivi des Officiers de
la Chambre & de la livrée des Cardinaux , de
leurs Maffiers à cheval , de leurs Gentilshommes
& de la principale Nobleffe à cheval , ayant
livriée à fes cûtés .
fa
A quelque distance marchoient les bas Officiers
du Palais Apoftolique , la Haquenée du Pape couverte
d'un magnifique caparaçon , les litières de
S. S. fon Grand-Ecuyer , les Trompettes des Cheyaux
Legers de la Garde , les Cameriers extraor-
1. Vol dinaires
DECEMBRE. 1730 : 2741
dinaires , les Adjudans de la Chambre , les Avocats
Confiftoriaux , les Chapelains ordinaires , les
Chapelains Secrets , les Cameriers d'honneur de
Cape & d'Epée , les Cameriers d'honneur Ecclefiaftiques
, les Cameriers fecrets de Cape &
d'Epée , les Cameriers fecrets Écclefiaftiques , les
Abreviateurs , les Votans de la fignature 2. les
Clercs de la Chambre , les Auditeurs de Rote , le
Religieux Dominicain qui eft Maître du Palais
-Apoftolique, l'Ambaffadeur de laVille de Bologne,
le Prieur & les Confervateurs des Privileges du
Peuple Romain , le Connétable Colonne , Prince
du Soglio , le Gouverneur de Rome , les Maîtres
des Cerémonies Pontificales , M. Befonico , qui
étant le dernier des Auditeurs de Rote, portoit la
Croix au milieu de deux Acolites & marchoit
-immediatement devant le Pape , lequel étoit dans
un fauteuil de velours cramoifi , galonné d'or
porté fur un brancart par deux chevaux blancs ,
magnifiquement caparaçonnés . S.S. étoit entourée
de la Garde Suiffe , du refte de fa Compagnie,des
Chevaux Legers , de fes Pages , Coureurs, Palfre-
-niers , de deux Officiers portant des Ombrelles
-ou Parafols & de fes deux Maffiers à cheval. M.
Doria , Archevêque de Patraffo , Maître de la
Chambre du Pape , marchoit après S. S. au mi-
-lieu de deux Cameriers Secrets Affiftans. Il étoit
fuivi du Medecin , du Caudataire & du Maître de
la Garderobe du Pape , de deux Officiers de la
-bouche , avec leurs Cantines , du cheval que le
-Pape devoit monter , d'une chaife à porteurs , & de la Litière du Corps. Après ce Cortege marchoient
les Cardinaux
Barberin , Sous - Doyen du
Sacré College , Albani de S. Clement , Zondodari
, Belluga de S. Mathieu , Querini , Lercari , Caraffe , Borghefe , Cibo , Altieri , Alexandre
Albani, del Giudice & Rufpoli ; ils étoient fuivis
1. Vol.
I dés
2742 MERCURE DE FRANCE
des Patriarches, Archevêques &Evêques affiftans du
Trône, de l'Auditeur de S. S. & du Tréforier de
la Chambre Apoftolique. M.NeriCorfini, neveu du
Pape , marchoit au milieu des deux plus anciens
Protonotaires Apoftoliques , qui étoient fuivis des
autres Protonotaires , des Evêques non affiftans
des Referendaires des deux fignatures , des chevaux
de main & du Caroffe de S. S. devant lequel
étoient deux Trompettes de la Garde , de la Com.
pagnie des Cuiraffiers , de huit Compagnies d'Infanterie
, Enfeignes déployées , qui fe rangerent
en bataille dans la Place de S. Jean de Latran.
Le Pape étant arrivé au Capitole qui étoit tapiffé
de Velours cramoifi , avec des Crépines &
Galons d'or , le Marquis Marie Franchipani ,
en longue robbe de Sénateur , de toile d'or , accompagné
de fes Collegues , des Officiers du Capitole
, & affifté de deux Maîtres de cérémonies,
vint recevoir le Pape & lui rendre l'obédience au
nom du Sénat & du Peuple Romain. Son Difcours
fut reçû tres - favorablement de S. S. qui y
répondit en peu de mots.
>
Elle continua fa marche vers l'Arc de Triomphe
de Septime Severe, & quand on fût à une petite
diftance de celui de Tité, on trouva un autre
Arc de Triomphe , nouvellement érigé , fuivant
qu'il fe pratique en pareille cérémonie, par les Ordres
du Sereniff. Duc de Parme & de Plaiſance.
Cet Arc dont l'élevation, le gout, les riches ornemens
attirerent les regards de tous les connoiffeurs
, fut applaudi du Pape même , qui en marqua
une particuliere fatisfaction. On voyoit fur
la principale face deux grandes Statues dans des
Niches , l'une à droite, reprefentant la Charité
avec cette Infcription : Videant Pauperes &
latentur ; l'autre à gauche , fymbole de la Juftice
, avec ces mots : Juftitia ejus manet . Sur le
>
1. Velo milieu
DECEMBRE. 1730. 2743
milieu du comble de tout l'Edifice étoit pofé
entre deux Renommées , un grand Cartouche ,
contenant les Armes du Pape : avec cette Infcri
ption : CLEMENTI XII . P. O. M. genere virtutibus
praftantiffimo , Magno, Chriftiana Reipublica
bono & gaudio. Antonius Farnefius
Parma & Plac, Dux P. On lifoit cette autre Inf
cription fur la face oppofée , où les Armes du
Pape , foutenues par deux Renommées , étoient
encore répétées : AD ECCLESIAM OMNIUM
MATREM exoptatiffimi Principis iter , urbe
borbe plaudentibus , obfequentiffimè veneratur
Antonius Farnefius Parma & Plac. Dux. Il
feroit trop long de rapporter icy les autres Emblêmes
& Devifes qui ornoient toutes les parties
de ce Monument. Elles étoient toutes d'une heureufe
application & tirées pour la plupart de l'E
criture.Nous fommes auffi obligez de paffer fous
filence les autres magnificences du Duc de Parme
dans cette grande Fête. Elles brillerent fur tout
à la Façade du Jardin Farneſe , qui étoit fur la
même route , ainfi que l'Arc de Tite , à travers
duquel le Pape paffa,& le quartier des Juifs .L'Arc
de Tite étoit décoré de plufieurs Emblêmes, Devifes
, Infcriptions , &c. & on y lifoit fur divers
Rouleaux des Elegies latines à la gloire de S. S.
Le Pape fut reçû à l'entrée du Portail de l'Eglife
de S. Jean de Latran par le Card. Ottoboni
qui en eft Archiprêtre, à la tête du Chapitre.Etant
entré dans l'Eglife , ce Cardinal lui apporta la
Croix à baifer ; après quoi S. S. alla s'affeoir
fur fon Trône , préparé fous le Portique , qui
étoit tapiffé de brocard d'or & de damas. Elle y
prit les habits Pontificaux blancs & fa Mitre; alors
le Card. Ottoboni lui prefenta dans un Baffin
d'or deux Cefs , l'une d'or & l'autre d'argent.
Cette Cérémonie fut fuivie d'un Difcours latin
1. Vol. I ij très2744
MERCURE DE FRANCE
tres - éloquent que lui fit le même Cardinal ; après.
lequel les Cardinaux , les Patriarches , les Archevêques
& les Evêques qui s'étoient revêtus de
leurs habits Pontificaux dans une Salle à côté dụ
Portique , vinrent baifer les pieds du Pape ; cérémonie
qui fut enfuite obfervée par tous les Chanoines
, à chacun defquels le Tréforier de la
Chambre Apoftolique donna une Médaille d'argent.
Le Pape defcendit de fon Trône , précédé
de la Croix , des Cardinaux & des differens Or- .
dres de Prélature . Il entra dans l'Eglife donnant
l'Eau-benite à tous les affiftans. On lifoit deux
Infcriptions , l'une en dedans de la principale
Porte , & l'autre en dehors. La premiere contenoit
ce qui fuit , Ingredere, Sanctiffime Pater ,
exultantem adventu tuo comple&ere fponfam
Ecclefiarum Matrem que virtutis tua fulgoribus
illuftrata depofuit viduitatis infigne ut
novo tuorum latetur meritorum triumpho . Induit
fe veftimentis jucunditatis fua , Clementia
tua prafidio fulta nullos post hac fecura
pavebit incurfus . Pontifex pietate &munificentia
Optime , Maxime , diù vivas foelix aterno
Ecclefia decori , Corfinorum gloria perpe ,
tuo augmento. Publicè Urbis & Orbis Patri.
L'autre Infcription étoit en ces termes : Vox po
puli de Civitate , vox de Templo . Ecce venit defideratus
Gentibus fructus honoris quem dede-.
runtflores. CLEMENS XII. PONT. MAX.
occurrere latanti & facienti juftitiam . Lateranenfis
Ecclefia exultans clama magnum principium
, femita jufti recta eft , ofculate pedes ;
attolle portas ingredietur cuftodiens veritatem;
implebit Templum Majeftate nova. Parafii folium
, videbis Regem in decore fuc. Lorfque S.S.
fut arrivée dans le Choeur , elle y entonna le Te
Deum , après lequel elle fe rendit à fon Trône
I. Vol. élevé
DECEMBRE . 1730. 2743
élevé à côté du Grand Autel , où elle reçut l'obé
dience des Cardinaux qui lui baiferent la main, &
qui reçurent chacun une Médaille d'or & une
d'argent. Enfuite le Pape fut porté proceffionellement
à la grande Loge du Portail , où il donna
fa Benediction au peuple au fon des Timbales &
des Trompettes & au bruit d'une décharge gene
tale des Boëtes qui étoient rangées dans la Place.
Après la cérémonie , le Pape retourna en Chaife
à Porteurs au Palais du Quirinal.
Le foir , toute la Façade du Capitole fut ma
gnifiquement illuminée , ainfi que tous les Palais
de la Ville, & Pon fit plufieurs décharges de l'Ar
tillerie du Château S. Ange. A l'occafion de cette
cérémonie , le Pape a fait diftribuer du pain
toutes les pauvres familles , & diminuer confidérablement
le prix de la viande .
Fermer
Résumé : Prise de possession de S. Jean de Latran.
Le 19 novembre, le Pape effectua un déplacement du Palais du Quirinal au Palais du Vatican. L'après-midi, une procession cérémonielle fut organisée, incluant divers dignitaires et membres de la cour pontificale. Le cortège comprenait des détachements de la Garde, des officiers de la Chambre, des gentilshommes et des nobles. Le Pape était transporté dans un fauteuil de velours cramoisi sur un brancard tiré par deux chevaux blancs, entouré par la Garde suisse, des pages et des trompettes. Les cardinaux, patriarches, archevêques et évêques suivaient derrière. La procession traversa plusieurs arcs de triomphe, dont un nouvellement érigé par le Duc de Parme, orné de statues et d'inscriptions. Au Capitole, le Pape fut accueilli par le Marquis Franchipani, qui lui rendit hommage au nom du Sénat et du peuple romain. La procession continua jusqu'à l'église Saint-Jean-de-Latran, où le Pape fut reçu par le Cardinal Ottoboni. Après avoir revêtu les habits pontificaux et écouté un discours en latin, le Pape donna la bénédiction au peuple. La cérémonie se conclut par des illuminations et des salves d'artillerie. Le lendemain, le Pape distribua du pain aux pauvres familles et réduisit le prix de la viande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 2720-2733
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Début :
Le résultat de plusieurs Conseils tenus à la Porte, depuis l'arrivée de l'Ambassadeur de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Cheval, Chevaux, Argent, Armes, Chef, Officiers, Sultan, Lieutenant, Compagnie, Trésorier, Cavalier, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
ORDRE de la Marche du Grand Seigneur,
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
de Conftantinople à Scutary ,
·le 3. Août 1730.
E réſultat de plufieurs Confeils tenus à la
9
Pambaffadeur
Chah - Thamas , ayant été de continuer la guerre
contre les Perfans , le Grand Seigneur fe détermina
à paffer en Afie , & à faire marcher le G. Vizir
à la tête de fes Troupes. Pour cet effet on
marqua le lieu d'affemblée dans la Campagne
entre Calcedoine & Scutary , derriere un Serrail
du Sultan : fes Tentes y furent dreffées & les Etendarts
à queue de Cheval, au nombre de 20. portez
& arborez avec beaucoup de pompe & de ceremonie
, fuivant l'ufage en pareille occafion.
*
Le 3. Août , le G. S. accompagné du G. V. du
Mufty , des Pachas & de fes autres principaux
Miniftres & Officiers , alla à 8. heures du matin
faire fa priere à la Mofquée d'Ajoub, dans le fond
du Port où le Mufty lui çeignit l'épée de la mê-
* L'Etendart à queue de Cheval ou le Toug,
comme les Turcs l'appellent , efl formé par une
groffe longue Pique , pour ceux qui le portent
à pied , par une plus petite pour ceux
qui le portent à cheval , au haut de laquelle eft
une boule de vermeil , & au- dessous un peu
plus bas , tout autour d'un bourrelet de bois doré
font attachez les crins d'une queuë de Cheval,
ordinairement teints de differentes couleurs,
I. Vol. me
DECEMBRE. 1730. 2721
me maniere qu'il fe pratique à l'avenement d'un
Sultan à l'Empire , ce qui tient lieu de Couronnement.
Cette cerémonie achevée , le G. S. revint
au Serrail , d'où peu après il s'embarqua avec les
Princes fes fils , le G. V. les Pachas & autres Miniftres
, fur la Galere du Capitan Pacha , dite la
Patrone Imperiale , magnifique ment pavoifée ;
il arriva à Scutary , vers le midi , au bruit du
Canon de la Galere qu'il montoit , & d'une autre
fur laquelle étoient les Pages & quelques -uns de
fes Officiers. Dès qu'il eut mis pied à terre , il
alla à une des principales Mofquées de la Ville où
il demeura plus d'une demie heure à prier Dieu
fur le Tombeau de fa mere qui y eft inhumée ;
enfuite montant à cheval il pourfuivit fa route
jufqu'à fon Serrail de Calcedoine , où il a toûjours
demeuré depuis avec fes Sultanes favorites
qui l'y vinrent joindre le même jour , n'étant
allé fous fes Tentes que quand il y a eu Grand-
Divan ou Confeil extraordinaire .
Quoique tous ceux qui devoient accompagner
le Sultan , fe fuffent mis en marche de grand
matin , les derniers cependant n'arriverent au
Camp qu'à plus de quatre heures après midi ; ce
n'eft pas que le Cortege de Sa Hauteffe , tout
nombreux qu'il étoit , n'eût du employer beaumoins
de temps à faire ce chemin qui n'eft
que d'environ une lieuë & demie , mais c'eſt que
faute d'âffez de terrain à la Marine , & de bon or -
dre pour mettre à propos chacun en mouvement,
à quoi les Turcs ne paroiffent gueres s'entendre ,
la Marche étoit fouvent interrompuë ; de forte
coup
* On remarque que c'est la premiere fois de
fa vie qu'il est venu à ce Serrail , quoique le
lieu foit fort agréable , & qu'il n'y ait pas une
demie heure de trajet de Mer à paffer.
Hiij qu'il 1. Vol.
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il s'écouloit quelquefois une demie heure fans
que perfonne bougeât , à cela près il n'y eut ni
foule ni confufion furtout de la part des Spectateurs
, quoiqu'en très- grand nombre , & il n'arriva
pas le moindre defordre , & depuis l'Echelle
où l'on débarque à Scutary jufqu'aux Pavillons
du G. S. les rues & la Campagne étoient bordées
de part & d'autre d'une haye de gens fous les armes,
fçavoir , de Janniffaires à droit & de Topdgis
& Gebedgis ou Canoniers &Armuriers à
che.
gau
Un peu avant que la Marche s'ouvrit , so . Chiaoux
des Janniffaires , pafferent , & après eux en differens
temps , la plus grande partie des principaux
Officiers de cette Milice , comme des Tchorbadgis
ou Capitaines , le Bach- Chiaoux ou le
Sergent Major, Le Sanffoudgi - Bachi. Chef
de ceux qui ont le foin des Levriers ou grands
Chiens du Sultan . Le Zagardgi - Bachi , à qui font
confiez les Dogues , les Epagneuls & autres
Chiens pour la Chaffe du fufil. Le Bach - Yazidgi
ou premier Secretaire des Janiffaires. L'Affas- Bachi
, qui a le foin de la Police , & le Sou- Bachi ,
qui eft le Prévôt de Conftantinople . Le Kiaya-
Bey , autrement nommé le Koul- Kiayaffy , ou le
Lieutenant General de ce Corps. Le Janiffaire,
Aga , ou le General des Janniffaires , & plufieurs
lefquels prirent tous les devants
cevoir Sa Hauteffe au Camp , ou parce que quelques
fonctions particulieres les empêchoient de
fe trouver à la Marche.
autres , pour
re-
Maiſon & Suite du G. V. fçavoir , 70. Tartares
à cheval , marchant deux à deux , ayant leur
Tartar- Agaffy ou Commandant à leur tête , leur
Drapeau blanc déployé , & armez chacun d'un
Sabie, de Piftolets d'Arçon , d'Arcs & de Fleches
Les Tartares font les Couriers du G. V.
I. Vol. Les
DECEMBRE. 1730. 2723
Les 4 Chefs des Gnululis & des Delis , qui
font des efpeces de Cavaliers ou Dragons volontaires
, tirez la plupart de l'Albanie & de la Bofnie
, & qui font une partie de la Garde à Cheval
du G. V.
Une Compagnie de Gnunulis , marchant fur
une ligne à la droite & une de Delis , marchant
´de même à la gauche ; il y avoit encore quelques
Dragons d'une autre forte , mêlez parmi ces deux
Compagnies.
Beaucoup de Divans Tchaoux ou Huiffiers du
Confeil à cheval fur deux lignes , & en Muderedgé,
c'eft- à-dire en grand Bonnet de ceremonie
, étroit par en bas , fort large au fommet
, haut d'un pied & demi , & tout couvert
d'une Mouffeline pliée autour.
Deux Tougilars ou Officiers portant chacun un
Etendart 2à queue de Cheval , fuivi de 4. Sangiactars
ou Porte- Enfeignes , portant les Sangiaks
ou Drapeaux des Pachas ; celui du G. V.
étoit verd , les autres de diverfes couleurs , & ils
étoient pliez tous quatre.
100. tant Vizirs- Agaffy , que Tcheknegirs ou
Mutaferikas , fort bien vétus & montez ; ils
avoient pour armes l'Arc & des Fleches dorées
dans des Carquois de cuivre ou couverts de ve→
lours , le tout relevé d'une riche broderie .
Les Ghedikluzaims , forte d'Officiers de Cavaferie
, qui poffedent les plus confiderables Ziamets
ou Fiefs de l'Empire.
Les Muderris ou Profeffeurs qui enfeignent
P'Alcoran , la Medecine , les Langues Arabe &
Perfane , & qui afpirent aux Charges de Judicature.
Les Moullahs , Grands -Juges ou Juges Souverains
dans les Provinces , en Turban rond , d'une
grofleur démefurée.
I. Vole
Hiiij 300.
2724 MERCURE DE FRANCE
300. Yazidgis du Kalem , Effendis ou Codgeas;
ee font differentes efpeces de Commis & d'Ecrivains
du Divan de la Chancellerie & des Tréſors.
Une Compagnie de Janniffaires en habit de
guerre , le fufil fur l'épaule.
L'Imbrohor , ou Grand- Ecuyer.
36. Chevaux de main , dont 7. entre autres
plus beaux & plus fuperbement harnachez que le
refte , portoient des Boucliers d'airain argenté
chargez d'ornemens d'or,& attachez à la Selle du
côté hors du montoir.
Le Capidgilar- Buluk- Bachi , ou Chef de Brigade
des Capidgis ou Portiers , entouré de beaucoup
de Choadars , ou -Porte - Manteau , le Moufquet
fur l'épaule.
Le Telkitchi , efpece de Meffager qui porte les
Billets & dans de certaines occafions les Avis de
bouche du G. V. au G. S.
Le Mectupchi ou Secretaire du Cabinet du G.V.
Le Buyuk & le Cutchuk- Teskeredgi , ou le
Grand & le Petit Greffier , qui expedient les ordres
du G. V. au Divan , & écoutent , accompagnez
du Chiaoux - Bachi , les plaintes & les Procès
des Particuliers.
La Compagnie du Muzur- Aga , ou d'Halebardiers
du G. V. marchant deux à deux, & fuivis
de leur Capitaine. Ils ont pour arme une demi
pique de bois noir ornée d'une bande
d'argent d'un pouce de large, qui tourne tout autour
en Spirale du bas en haut.
>
Le Kiaya du G. V. autrement dit le Vizir
Kiayaffi , il avoit un Arc & un Carquois fuperbes
, une petite Garde de Janniffaires & environ
100. Choadars à pied , le Moufquet fur l'épaule
& le Sabre au coté.
Le Hafnadar ou Tréforier , & l'Imam ou Aumônier
, avec l'Arc & le Carquois , & beaucoup
de Valets armez.
DECEMBRE . 1730. 2725
100. Itch Agalars ou Pages , marchant deux à
deux en fort bon ordre , & montez fur des Chevaux
d'une grande beauté , magnifiquement harnachez
& caparaçonnez à la Romaine; ils avoient
pour armes offenfives, le Sabre , les Piſtolets d'Arçon
, l'Arc & la Mildrac ou Lance Hongroife ,
qui n'eft qu'une demi Pique , & pour armes deffenfives
, une Cotte de Mailles à demi manches ,
qui leur defcendoit jufqu'aux genoux ; des Braſfarts
d'acier poli & damafquiné , dont leur avant
bras étoit couvert en dehors jufqu'au conde , &
de Mail.es en dedans ; une Calotte du même acier
leur tenoit lieu de Turban ; il en pendoit un petit
Raiſeau de Mailles pour leur garantir le cou &
& les joues & autour de cette Calotte une longue
Seffe ou écharpe de Soye de differentes couleurs ,
étoit entortillée & ajustée avec beaucoup de grace
; ils portoient outre cela un Kerekié au Manteau
long d'étoffe de Soye leger , à fleurs d'or &
d'argent, qui leur paffoit en écharpe de deffus l'épaule
gauche fous le bras droit , & dont les bouts
toient nouez par derriere à un Carquois de velours
en broderie , rempli de Fleches dorées .
Il y avoit un grand nombre de gens très - bien
faits , tant parmi ces Cavaliers , que parmi ceux
dont on va parler , & le tout enfemble for moit
une Troupe d'un air auffi lefte que martial.
100. autres Itch- Agalars en pareil équipage
que les précedens , excepté qu'au lieu de la Lance,
ils portoient la Carabine haute, dont la monture,
quoique d'un travail fort imparfait, ne laiffoit pas
de produire un effet très - brillant par la riche
marqueterie d'or , d'argent , de Nacre de Perle ,
de Corail & d'autres Joyaux dont elle étoit toute
couverte .
de
La Mufique guerriere du G. V. compofée de
40. Muficiens à cheval , tant Trompettes,
I. Vel.
plus
Hv Haut
2726 MERCURE DE FRANCE
Hautbois , Cimbales, que Tabours , petites Timbales
& autres Inftrumens du Pays. Marchoit
après la Maiſon & Sunte du Vizir Kiayaffy , fça.
voir , 22. Agas , Gentils - hommes Courtifans ou
Servans, bien montez, fort leftes & en bon ordre..
L'Imbrohor ou Ecuyer.
7. Chevaux de main , auffi beaux & auffi fu
perbement harnachez que ceux du G. V. à l'exception
qu'ils n'avoient ni peaux de Tigre , ni
Boucliers à la Selle . Il n'a pas droit de faire mener
un plus grand nombre de Chevaux, non- plus
que les Pachas. Le G. V. en fait mener tant qu'il
yeut.
avec la Carabine.
30. Itch-Agalars , avec l'Arc & le Carquois..
30. autres avec la Lance Hongroife. Et 30. autres
Le Kiaya ou l'Intendant du Vizir Kiayaffy &
le Kiatib ou Secretaire du Kiaya.
Le Hafnadar ou Tréforier & beaucoup d'au
tres Officiers & Domestiques..
Maifon & Suite particuliere du G. S.
200. Zaims ou Cavaliers rentez , c'eft- à- dire
qui poffedent des Ziamets ou Fiefs , entourez de
leurs Domestiques à pied armez.
60. Tant Effendis que Kiatibleri , Secretaires ,
Ecrivains ou Commis de la Chancellerie & du
Tréfor , en même équipage que les Zaims.
130. Eulemas ou Docteurs , coeffez de prodigieux
Turbans , & portant la Peliffe à longues.
manches fendues & pendantes
4. heiks ou Chefs d'Ordres Religieux..
4. Toygilars ou Porte- Ltendarts à queue de
Cheval, fuivis de 7. Bairactars ou Porte - Enfeignes,
portant chacun un Drapeau plié de diverfes couleurs.
Le G. S. a fix de ces Queues , mais on n'en
portoit que 4. les autres étoient au Camp pour
I. Vol.
marDECEMBRE
. 1730. 2727
marquer les Tentes de Sa Hauteffe.
6. Longs Sacqs de cuir rouge , pliffez & liez en
bourfe par en bas & par en haut à une grande
Pique qui les traverſe , renfermant des Bâtons pour
donner la baftonade , fupplice fort ordinaire &
qu'on inflge pour peu de chofe chez les Turcs .
Ces Sacqs portez font des marques d'autorité &
de fouveraineté .
&
Le fecond Hafnadar ou fecond Tréforier ,
le Tefter Eminy ou Controlleur . Le Hafnadar
Aga ou premier Tréforier du Serrail , qui eft un
Eunuque noir , étoit abſent.
Le Hekim- Bachi ou Premier Medecin , & le
Dgeack- Bachi ou Premier Chirurgien.
L'Ordi - Cadiffy , ou l'Intendant & le Juge des
Corps de Métiers & des Marchands . Il fait les
fonctions de Grand Prévôt à l'armée .
2. Anciens Iftambol- Effendy ou Lieutenans Ge
neraux de l'olice de Conftantinople.
Le Defterdar ou le Grand - Tréforier , qui après
le G. V. eft . auffi Sur - Intendant des Finances
marchant à la droite , & le Reys Effendi , Secretaire
d'Etat , marchant à la gauche. La Charge de
Reys- Effendi répond à peu près à celle de Chanceliér
en France.
Le Bach- Baki Koulon ou Chef des Receveurs
qui pourfuivent le payement des fommes dues au
Tréfor.
L'Iftambol- Effendy ou le Lieutenant General
de Police actuel , & le Nakib- Echeref, ou le Chef
des Emirs , defcendans de Mahomet.
20. Anciens Kadileskers ou Juges fuprêmes
d'Anatolie & de Komelie , en gros Turban , à la
tête defquels marchoient les deux Unkiar- Imams,"
ou le premier & le fecond Aumônier du G. Ş .
Les deux Kadileskiers qui font actuellement en
charge ; celui d'Anatolie marchant à la droite &
I. Vol.
H vj celui
2728 MERCURE DE FRANCE
celui de Romelie à la gauche ; ils étoient armez
d'Arcs & de Fleches & environnez de beaucoup
de Choadars.
4.Pachas ouVizirs à trois queues,marchant deux
deux précedez de leurs Eftafiers , ils portoient le
Turban nommé Calevi , fait à 4. coins ronds .
comme le font communément nos Mortiers à
piler ; ils étoient fuperbes en tout , & avoient
chacun plus de 4. Choadars , fort proprement
vétus & bien armez .
Le Mufti ou le premier Miniſtre de la Loy &
l'Oracle de la Religion parmi les Turcs en habit
blanc de Camelot , armé d'un Sabre , d'un
Arc & d'un Carquois , comme accompagnant le
G. S. à la guerre contre des Heretiques. Il marchoit
feul , entouré d'une vingtaine de Valets de
Pied , le Moufquet fur l'épaule.
*
Le G. V. appellé par les Turcs Vizir- Azem ,
qui fignifie le Chef du Confeil , & Muhur- Sahibi,
qui veut dire le Maître du Sceau , fon Cheval
étoit couvert de harnois d'argent , enrichis de
Pierres précieuſes. Ses Tufekchis ou Moufquetaires
& fes 8 Eftafiers le précedoient à pied, il étoit
entouré d'un grand nombre d'autres Domestiques
à pied, & fuivi de 4.Tchorbadgis de Janiffaires avec
le Bonnet de Ceremonie en grand plumage , il regardoit
de côté & d'autre affablement & jettoit de
temps en temps des Sequins au Peuple , fur tout
où il appercevoit des Etrangers.
24. Capidgis- Bachis , ou Chefs des Portiers du
Serrail ; ce font des Gentilshommes de la Chambre
, il y en a toûjours un de garde à la porte
des Appartemens de S. H. Ils introduifent à fon
* Cachet d'or où le nom du G. S. éft gravé.
S.H. le donne à celui qu'elle fait G. V. & le lui
ête quand il est tombé dans fa disgrace.
I, Vol. AuDECEMBRE.
1730. 2729
D
Audience les Ambaffadeurs & tous ceux qu'on y
admet en les prenant fous les bras ; ils ne paffent
jamais à de plus grandes Charges, & n'ont que
3.1. 15. .. par jour , mais on les envoye porter les.
ordres du Sultan au Vizir & Pachas dont ils font
quelquefois chargez d'apporter la tête , & ces fortes
de commiflions les dédommagent de la modicité
de leurs appointemens.
Le Buyuk Imbrohor , ou Grand-Ecuyer , & le
Kutchub Imbrohor , ou petit Ecuyer ; le premier
a l'inſpection fur tous les Chevaux , Chameaux,
Mulets &c. & le fecond qui eft le Lieutenant du
premier , fur les Coches , Caroffes , Litieres &c.
& marche devant la Sultane Valité , ou mere du
G. S. quand elle monte en Carroffe.
48. Chevaux de main ; fçavoir , 14. couverts
de houffes trainantes , les unes de drap , les autres
d'etoffes de foye relevées en broderie d'or &
d'argent.
10. autres auffi en houffes de drap trainantes
mais chargées d'ornemens faits de petites plaques.
en boffe d'argent ou d'or maffif , appliquées fur
le drap.
15. autres à houffes courtes de velours cramoifi
, brodées d'or & d'argent , avec un riche
bouclier attaché à la felle.
9. autres dont les houffes , les harnois & les
boucliers étoient couverts de perles & de pierres
précieuſes.
30. de ces Chevaux portoient des bouquets de
plumes fur la tête accompagnés d'enfeignes de
pierres précieufes , & de deffous la gorge , ik
pendoit un toupet de crin blanc , ou teint de diverfes
couleurs , avec une boule de vermeil au
bout. Une écharpe de gaze , de moire ou d'autre
étoffe de foye , mêlée d'or & d'argent s'entortiloít
legerement autour de ce toupet , & for-
1. Vel mang
2730 MERCURE DE FRANCE
mant une espece de fefton , fe retrouffoit à la
*felle qui avoit l'accompagnement ordinaire d'une
Maffe , d'une hache d'Armes , & d'un grand fabre
, le tout bien garni de pierreries. Il eft certain
qu'on ne peut gueres rien voir de plus fuperbe
en ce genre que ces 48. Chevaux de main
& leurs harnois .
Quelques Salabors , ou Ecuyers Cavalcadours,
fuivis par des redekchis , des Saratches & des
Seis , trois claffes differentes de Palfreniers.
6. Dogues & 6. autres Chiens pour la Chaffe
au fufil , peints en differens endroits de leur corps
& menés chacun en leffe par deux Boftandgis.
·Le Selam Agaffy , ou le Chef des Selam-
Chiaoux , ou Chiaoux du falut , & le Capidgilar
Kiayaffy , ou le Lieutenant des Portiers , qui fait
les fonctions de Maître des Cerémonies , & d'Introducteur
de tous ceux qui vont à l'audience du
Sultan.
Le Sandgiak Cherif , ou l'Etendart verd que
Mahomet donna lui-même aux Muſulmans ; il
étoit plié & enveloppé dans une longue bourfe
de taffetas verd ; un Emir , qui eft l'Alemdar , out
le Lieutenant du Nakib Echref , ou Chef des
Emirs , le portoit , entouré de beaucoup d'au
tres Emirs , tous , foi - difant , de la famille du
Prophete , & fuivis de plufieurs Dervichs ou Religieux
, ainfi que d'autres perfonnes qui deffervent
les Mofquées , chantant tous des Hymnes
pour la profperité des Armes du Sultan , la propagation
de la Foi Mufulmane Orthodoxe , &
la deftruction des Perfans Herétiques Sectateurs
d'Aly.
Un grand Caroffe fort bien doré par tout >
tant en dedans qu'en dehors , tiré par fix Chevaux
blancs dont les houffes & les harnois
étoient de velours cramoifi , brodé d'or ; il por-
2.
J. Vol.
toir
DECEMBRE. 1730. 2731
toit une petite caffette d'argent doré qui renfermoit
un Manufcrit de l'Alcoran & une boëte
d'argent ovale , dans laquelle étoit le Manteau
de Mahomet. C'est pour la premiere fois qu'on
a vû un Caroffe dans une Marche du G. S.
Le Solak- Bachi & le Peik Bachi ,
i, oules Commandans
des Solaks & des Peiks , ou petits Valets
de S. H. en habits magnifiques & en bonnets
de vermeils d'un pied de haut.
+6
& une 200. Selaks marchant deux à deux
Compagnie de Peiks , marchant de même dans.
l'interieur des deux lignes que formoient les Solaks
.
Le G. S entouré de s . Solaks à pied , portant
le Bonnet à haut & grand pannache , pour empêcher
, dit- on , qu'il ne foit va fi facilement du
peuple , & fuivi de 200. Chateirs , Boftandgis
Baltadgis & autres fortes de Domestiques à pied.
& bien armés . Le G. S. n'avoit pour tout orne→
ment guerrier qu'un Arc & un Carquois .
Les 6. Chah Jade , ou fils du G. S. armés
d'Arcs & de Carquois , marchant deux à deux
& environnés de leurs Gouverneurs , Officiers &
Domeftiques.
و
Le Selictar Aga , ou Porte- Epée de S. H. le.
Sabre du Sultan qu'il portoit éclatoit de pierreries
, & lui pendoit d'un Ceinturon paffé un baudrier.
Le Tehohadar Aga , ou Maître de la Garde
Robe , & Porte -Manteau du Sultan ; il portoir
fa Maffe d'Armes , & jettoit de fa part des poignées
de Paras au Peuple. Ce font de petites .
Piéces qui ne valent que 18. deniers.
2. Dulbent Agalar , ou Porte-Turban ; cha
cun d'eux en tenoit un dans fes mains , enveloppé
d'un taffetas verd fort clair , au travers du
quel brilloient de belles Enfeignes de diamans...
I. Vol.
2732 MERCURE DE FRANCE
4. Pages de l'Hafoda portant le Tabouret , l'Aiguiere
, le Sorbet & la Caffoletre de S. H.
Le Kiaya , ou Lieutenant du Kiflar- Aga , où
Second Chef des Eunuques Noirs , & le Capon-
Aga , ou Chef des Eunuques Blancs.
"
Une partie des Eunuques Noirs & des Eunuques
Blancs en cotte de mailles , le Pot en tête
avec le Sabre , l'Arc & le Carquois . Cette Troupe
n'étoit pas la moins curieufe de la Marche.
La Mufique Guerriere du G. S. composée de
plus de 60. perfonnes à cheval , excepté les Timbaliers
, montés fur des Chameaux.
2. Eunuques Blancs , à la tête de 30. Itch-
Agalars , ou Pages de l'Haf- oda , montés fur
des Chevaux Arabes ; ils étoient équipés comme
ceux dont on a ci- devant parlé , mais avec encore
plus de magnificence. Ils avoient un Kerckie
d'étoffe de foye jaune , une Echarpe ou Seſſe
rouge autour de leur calotte de fer , & pour armes
l'Arc & le Carquois.
2. Eunuques Blancs , fuivis de 30. Pages d'une
autre Chambre en Kerckie rouge , coeffure
blanche , & la lance ou demi- pique à la main .
Idem , fi ce n'eft que le Kerckté étoit verd &
la coëffure aurore.
Idem , en Kerckie couleur de rofe & coëffure
bleuë .
Idem , en Kerckie bleu , coëffure verd de mer ,
& portant la Carabine haute.
idem , en Kerckie verd celadon & coëffure
cramoifi .
>
2. Eunuques Blancs , & 20. Pages feulement ,
en Kerckie couleur de cerife , coëffure couleur
de citron , & avec la Carabine comme les deux
Brigades précedentes.
Et enfin quelques bas Officiers & Valets du
Sérail en foule qui fermoient la Marche.
I Vol Les
DECEMBRE. 1730. 2733
3
Les 6. Brigades d'Itch - Agalar dont on vient
de parler , formoient une Troupe veritablement
digne d'un grand Souverain , par la bonne mine
de la plupart des Cavaliers , la beauté des Chevaux
, la riche varieté , & le bon gout des habits
& des Equipages.
Fermer
Résumé : ORDRE de la Marche du Grand Seigneur, de Constantinople à Scutary, le 3. Août 1730.
Le 3 août 1730, le Grand Seigneur de Constantinople décida de poursuivre la guerre contre les Persans et se prépara à partir en Asie, envoyant le Grand Vizir à la tête des troupes. Le lieu de rassemblement fut fixé entre Calcedoine et Scutary. Vingt étendards à queue de cheval furent dressés avec pompe et cérémonie. Le même jour, le Grand Seigneur, accompagné de dignitaires, se rendit à la mosquée d'Ajoub pour une prière. Le Mufty ceignit l'épée du Grand Seigneur, marquant ainsi son couronnement. Après cette cérémonie, le Grand Seigneur revint au serrail, s'embarqua sur la galère du Capitan Pacha et arriva à Scutary vers midi. Il pria ensuite sur le tombeau de sa mère et se dirigea vers son serrail de Calcedoine, où il resta avec ses sultanes favorites. La procession du Sultan, bien que nombreuse, rencontra des interruptions en raison du manque de terrain et de l'absence d'ordre. Malgré cela, il n'y eut ni foule ni confusion parmi les spectateurs. La marche fut organisée avec divers groupes, incluant des Jannissaires, des Tartares, des Gnululis et des Delis, des huissiers du conseil, des officiers de cavalerie, des professeurs, des juges, des écrivains du Divan, et des pages. Chaque groupe avait des rôles spécifiques et des équipements distincts. La procession comprenait également divers dignitaires, chacun reconnaissable par ses attributs et sa suite. Les Pachas ou Vizirs marchaient précédés de leurs Eftafiers. Le Mufti, premier ministre religieux, portait un habit blanc et des armes. Le Grand Vizir, appelé Vizir-Azem et Muhur-Sahibi, chevauchait un cheval richement harnaché. Le Sandgiak Cherif, étendard vert de Mahomet, était porté par un Emir, suivi de Derviches chantant des hymnes. Un carrosse doré transportait un manuscrit du Coran et le manteau de Mahomet. Le Sultan, entouré de Solaks et de domestiques, portait un arc et un carquois. Ses fils, les Chah Jade, étaient également armés et entourés de leurs gouvernants. La musique guerrière du Sultan, composée de plus de soixante personnes à cheval, fermait la marche, accompagnée de pages et d'eunuques richement vêtus. La procession se terminait par divers officiers et valets du Sérail. Après plusieurs heures de marche, le Grand Seigneur et sa suite arrivèrent au camp, marquant le début de la campagne militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
40
p. 2396-2399
OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
Début :
Cette maladie se découvre par une Vessie qui qui paroît dessus, dessous, ou aux côtez de la [...]
Mots clefs :
Bêtes à corne, Chevaux, Maladie, Vessie, Ulcère, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
OBSERVATIONS sur une maladie, qui
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
À la fin du mois d'avril, une maladie affectant les bovins et les chevaux a été observée dans la Généralité d'Auvergne et l'Élection de Gannac. Cette maladie se caractérise par l'apparition d'une vessie sur la langue de l'animal, qui passe du blanc au noir avant d'éclater, laissant un ulcère mortel. Les animaux ne montrent pas de symptômes extérieurs et continuent de boire, manger et travailler normalement jusqu'à la chute de la langue. Pour prévenir cette maladie, il est conseillé de surveiller régulièrement la langue des animaux. La maladie s'est rapidement propagée dans les paroisses environnantes de Gannac, sans communication directe entre elles. Les remèdes proposés incluent un traitement préventif à base de thériaque, gingembre, girofle, cannelle, genièvre, poivre et muscade, infusés dans du vin rouge. Pour les animaux déjà atteints, il est recommandé de crever les vessies, de nettoyer la plaie avec du vinaigre et du sel, et d'appliquer du sel fin et du vitriol de Chypre. Un saignement au garrot est également suggéré. Ces traitements ont été utilisés avec succès contre une maladie similaire à Paris et sont attribués à la sécheresse et à la prolifération de chenilles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 260-264
MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Début :
Train de Carrosse inversable, par conséquent moins dangereux, et pour [...]
Mots clefs :
Carrosse, Voitures, Chevaux, Train, Roues, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
MEMOIRE là l'Academie des
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
Sciences , le 24 Novembre 1731. par
M. du Quet.
>
Rain de Carrosse inversable , par
conséquent moins dangereux , et
pour être porté aussi doucement que dans
un Batteau , beaucoup plus en seureté
sur lequel on pourra lire et écrire , sans
être interrompu par le bruit , que les
Roues causent en roulant sur le pavé,
quoiqu'on aille aussi vîte que sur les Carosses ordinaires.
-Les
FEVRIER. 1732. 267
Les Roues qui servent actuellement
quoique tres- utiles , ont pourtant des défauts tres-considérables lorsqu'elles roulent sur le pavé, ou à cause de son inégalité , elles sont obligées de rouler toujours en sautillant , outre que ce sautillement continuel oblige de faire le Train
et le Corps du Carosse plus fort pour y
résister; il faut encore suspendre le Corps,
y ajouter une quantité de fers qui rend
tout cet assemblage tres- pesant et ébranle le pavé ; les Essieux d'un autre côté ,
qui sont sujets à casser par cet ébranlement continuel , ajoutent encore un
poids de plusieurs quintaux , qui se fait
sentir tres - rudement , lorsque les Carrosses montent sur un plan incliné , plus
ou moins , selon l'inclinaison du plan.
,
Ce ne sont pas là les seuls deffauts des
Rouës , leur propre pesanteur lorsqu'elles
montent est un surcroît de difficulté
pour les Chevaux , parce qu'ils portent
la moitié de tout le fardeau , lorsqu'ils
montent sur un plan , dont la ligne est
entre la perpendiculaire et l'horisontale ;
d'ailleurs les Roues étant faites de bois ,
sont sujettes à la pourriture , et il arrive
souvent que les rayes des Roues étant parvenues à un certain dégré de pourriture
imprévoyable,elles se brisent et tout tombe
262 MERCURE DE FRANCE
be, en grand danger de faire périr ceux
qui sont dans le Carosse; ces accidens n'arrivent que trop souvent.
Les Hollandois , considerant le fracas
que ces Roues causent par la destruction
des plans où elles passent en y faisant de
profondes ornieres , considerant aussi la
dépense qu'elles obligent de faire , et la
peine des Chevaux , lorsqu'ils sont obligez de monter les plans inclinez , en ont
secoué le joug , en appliquant le corps
du Carosse sur des Traineaux , de même
que nous voyons icy trainer les Balots
de Marchandises, ce qui doit être de tresmauvaise grace à l'œil.
La figure du Train que j'ai l'honneur”
de presenter , éleve le corps du Carosse
à la même hauteur que ceux dont on se
sert actuellement , et l'on y peut donner
tel ornement qu'on voudra , en faisant
travailler les ouvriers qui auront dugoût
pour cela. Il faut remarquer que le corps
du Carosse et le Train , ne faisant ensemble qu'un seul et mêmecorps, les Chevaux qui le traîneront n'auront pas plus
de peine qu'aux Carosses ordinaires sur le
pavé de niveau , et ils en auront moins
en montant qu'avec les autres , à cause de
la legereté de ces nouvelles voitures et de
pesanteur des Carosses ordinaires , qui la
avec
FEVRIER. 1732. 263
avec leur Train , pesent au moins le triple , et que les frotemens ne sont que
par rapport à la pesanteur ou à la pres
sion.
Le plan incliné , sur lequel j'ai appliqué une portion de représentation de pa
vé , peut faire aisément connoître la différence qu'il y a entre rouler et traîner
puisque l'on voit qu'un même poids fait
monter ce modele plus facilement , en le
traînant sur ce plan incliné , qu'en le
faisant monter avec les rouës.
Les Cochers qui sont assis sur les petites Rouës , qui sautillent davantage que
les grandes , gouverneront ces voitures
beaucoup plus à leur aise. Les Laquais seront aussi portez plus doucement ; ainsi
on peut conclure que les Maîtres et leurs
Domestiques seront plus en seureté sur
ces nouvelles voitures , que sur celles de
l'ordinaire , et avec plus de commodité.
Le Roy , les Proprietaires des Maisons
et le public ont interêr que ces nouvelles
voitures soient en usage dans Paris , dont
le pavé humecté toute l'année , convient
parfaitement à ce tirage.
L'interêt du Roy s'y trouve , par rap
port au roulage,qui ébranle le pavé, qu'il
ne faudroit pas renouveller aussi souvent,
les Proprietaires des Maisons , à cause que
cet
264 MERCURE DE FRANCE
cet ébranlement peut endommager les fon--
demens de leurs Bâtimens ; le public, par
rapport au bruit du roulage et du danger
qu'il y a lorsqu'un Carosse verse pour
ceux qui passent à côté , soit qu'un des
Essieux manque , soit une des Rouës.
On peut encore ajouter à l'avantage de
ces nouvelles voitures , que lorsque les
Chevaux prennent le mors aux dents ,
ceux qui seront dans ces voitures , pourront sortir hors du Carosse , sans courir
le même danger du funeste accident qui
est arrivé à Madame la Présidente de la
Chaise , et à bien d'autres personnes de
distinction qui ont péri , faute de l'usade ces nouvelles voitures.
ge
On doit encore représenter que lorsque
les Chevaux prennent le mors aux dents ,
le Carosse allant à leur gré , et sans pouvoir être gouverné par le Cocher , il est
exposé à se heurter contre la premiere
borne , qui cause un choc , qui fait quitter la Cheville ouvriere , alors le Cocher
est en danger de perdre la vie , sans parler du fracas qui arrive au corps du Carosse et au Train , et du danger que les
personnes de pied courent d'être surprises à la rencontre d'un pareil accident.
O
Fermer
Résumé : MEMOIRE lû à l'Academie des Sciences, le 24 Novembre 1731. par M. du Quet.
Le 24 novembre 1731, M. du Quet présente à l'Académie des Sciences un mémoire proposant un nouveau type de carrosse inversable, conçu pour être plus sûr et plus confortable que les modèles traditionnels. Les roues des carrosses actuels présentent plusieurs inconvénients : elles provoquent des secousses sur les pavés inégaux, nécessitent des structures lourdes et des suspensions, et sont sujettes à la casse et à la pourriture. Les Hollandais ont déjà adopté des traîneaux pour pallier ces problèmes. Le nouveau modèle de carrosse proposé par M. du Quet élève le corps du véhicule à la même hauteur que les carrosses actuels, mais il est plus léger et plus facile à traîner, notamment sur les plans inclinés. Ce modèle offre un trajet plus doux et plus sûr pour les cochers et les laquais. Le roi, les propriétaires de maisons et le public ont intérêt à adopter ces nouvelles voitures, car elles réduisent l'ébranlement du pavé, le bruit et les dangers liés aux accidents de carrosse. En cas de fuite des chevaux, les occupants pourront sortir en sécurité, évitant ainsi des accidents mortels comme celui survenu à Madame la Présidente de la Chaise. Le document met également en lumière les dangers pour les piétons en cas de choc du carrosse contre une borne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 411-413
ARRESTS NOTABLES, &C.
Début :
LETTRES PATENTES DU ROY, du mois de Juillet 1731. en [...]
Mots clefs :
Arrêts, Bestiaux, Chevaux, Marchandises, Rennes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES, &C.
ARRESTS NOTABLES, &c.
LEETTRES PATENTES DU ROY,
du mois de Juillet 173 1. en faveur de la Ville de Rennes.
LOUIS, par la grace de Dieu, Roy de France et
de Navarre; à nos amez et féaux Conseillers, les
gens tenant notre Cour de Parlement de Bretagne , SALUT. Nos amez et feaux les Maires et Echevins de notre Ville de Rennes , nous ont fait
remontrer par Arrêt de notre Conseil du premier Août 1730. nous leur avons permis pour les causes contenues en leur Requête inserée audit Ar- rêt, de faire tenir chaque année par augmentation
-une sixiéme Foire , dont l'ouverture se feroit le
Lundi devant le Dimanche gras de l'année lors
prochaine 1731. qui finiroit le premier Lundy de
Carême , que cette Foire se tiendroit dans la Pla- ce de Ste Anne de ladite Ville en la maniere açcoûtumée pour les Marchandises, seulement ;
дои
412 MERCURE DE FRANCE
nous avons de plus permis qu'il seroit tenu à l'a
venir le Mardy de chaque semaine un Marché de
Chevaux et Bestiaux dans la Place duVieux Cours,
où se tiennent ordinairement les Foires ; que par
un second Arrêt du 22. May dernier , nous avons
ordonné que cette sixiéme Foire seroit à l'instar
des autres Foires cy-devant établies en ladite Ville
de Rennes, qu'elle tiendroit tant pour les Mar- chandises que pour les Chevaux, Boeufs et autres
Bestiaux , sçavoir , pour les Marchandises seulement dans la Place Ste Anne et pour les autres
-Bestiaux dans la Place du Vieux Cours , voulant
au surplus que l'Arrêt de notre Conseil du premier Août 1730. soit executé selon sa forme et
teneur , et que sur les deux Arrêts toutes Lettres
necessaires soient expediées, que lesdits Maíres et Echevins et Habitans nous ont très - humblement
supplié de leur vouloir octroyer. A CES CAUSES,
voulant favorablement traitter les Exposans , de
Pavis de notre Conseil qui a vu lesdits Arrêts
rendus en icelui les premier Août 1730. et 22 .
May de la présente année , cy-attachez sous le
contre- scel de notre Chancellerie, conformément
iceux , nous avons ausdits Exposans permis et
par ces Presentes signées de notre main , permet
tons de faire tenir en ladite Ville chaque année
par augmentation une sixéme Foire dont l'ouverture se fera le Lundy devant le Dimanche gras et
qui finira le premier Lundi de Carême ; avons ordonné et ordonnons que ladite Foire sera à l'instar des autres Foires cy- devant établies en ladite
Ville , qu'elle se tiendra tant pour les Marchandises que pour les Chevaux et Bestiaux ; sçavoir ,
pour les Marchandises seulement dans la Place
-de Ste Anne , et pour les Chevaux , Bœufs et autres Bestiaux dans la Place du Vieux Cours ;
avor
FEVRIER 1732. 413
avons en outre permis et permettons ausdits Exposans par lesdites Présentes signées de notre
main , de faire tenir le mardy de chaque Semaine un Marché de Chevaux , Boeufs et autres Bestiaux dans ladite Place du Vieux Cours , où se
tiennent ordinairement les Foires , &c
LEETTRES PATENTES DU ROY,
du mois de Juillet 173 1. en faveur de la Ville de Rennes.
LOUIS, par la grace de Dieu, Roy de France et
de Navarre; à nos amez et féaux Conseillers, les
gens tenant notre Cour de Parlement de Bretagne , SALUT. Nos amez et feaux les Maires et Echevins de notre Ville de Rennes , nous ont fait
remontrer par Arrêt de notre Conseil du premier Août 1730. nous leur avons permis pour les causes contenues en leur Requête inserée audit Ar- rêt, de faire tenir chaque année par augmentation
-une sixiéme Foire , dont l'ouverture se feroit le
Lundi devant le Dimanche gras de l'année lors
prochaine 1731. qui finiroit le premier Lundy de
Carême , que cette Foire se tiendroit dans la Pla- ce de Ste Anne de ladite Ville en la maniere açcoûtumée pour les Marchandises, seulement ;
дои
412 MERCURE DE FRANCE
nous avons de plus permis qu'il seroit tenu à l'a
venir le Mardy de chaque semaine un Marché de
Chevaux et Bestiaux dans la Place duVieux Cours,
où se tiennent ordinairement les Foires ; que par
un second Arrêt du 22. May dernier , nous avons
ordonné que cette sixiéme Foire seroit à l'instar
des autres Foires cy-devant établies en ladite Ville
de Rennes, qu'elle tiendroit tant pour les Mar- chandises que pour les Chevaux, Boeufs et autres
Bestiaux , sçavoir , pour les Marchandises seulement dans la Place Ste Anne et pour les autres
-Bestiaux dans la Place du Vieux Cours , voulant
au surplus que l'Arrêt de notre Conseil du premier Août 1730. soit executé selon sa forme et
teneur , et que sur les deux Arrêts toutes Lettres
necessaires soient expediées, que lesdits Maíres et Echevins et Habitans nous ont très - humblement
supplié de leur vouloir octroyer. A CES CAUSES,
voulant favorablement traitter les Exposans , de
Pavis de notre Conseil qui a vu lesdits Arrêts
rendus en icelui les premier Août 1730. et 22 .
May de la présente année , cy-attachez sous le
contre- scel de notre Chancellerie, conformément
iceux , nous avons ausdits Exposans permis et
par ces Presentes signées de notre main , permet
tons de faire tenir en ladite Ville chaque année
par augmentation une sixéme Foire dont l'ouverture se fera le Lundy devant le Dimanche gras et
qui finira le premier Lundi de Carême ; avons ordonné et ordonnons que ladite Foire sera à l'instar des autres Foires cy- devant établies en ladite
Ville , qu'elle se tiendra tant pour les Marchandises que pour les Chevaux et Bestiaux ; sçavoir ,
pour les Marchandises seulement dans la Place
-de Ste Anne , et pour les Chevaux , Bœufs et autres Bestiaux dans la Place du Vieux Cours ;
avor
FEVRIER 1732. 413
avons en outre permis et permettons ausdits Exposans par lesdites Présentes signées de notre
main , de faire tenir le mardy de chaque Semaine un Marché de Chevaux , Boeufs et autres Bestiaux dans ladite Place du Vieux Cours , où se
tiennent ordinairement les Foires , &c
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES, &C.
En juillet 1731, le roi Louis de France et de Navarre a accordé une lettre patente à la ville de Rennes. Les maires et échevins de Rennes avaient sollicité et obtenu l'autorisation d'organiser une sixième foire annuelle. Cette foire débuterait le lundi précédant le dimanche gras de l'année 1731 et se terminerait le premier lundi de Carême. Elle se tiendrait sur la place de Sainte-Anne pour les marchandises et sur la place du Vieux Cours pour les chevaux et autres bestiaux. De plus, un marché hebdomadaire pour les chevaux et bestiaux serait organisé chaque mardi sur la place du Vieux Cours. Ces décisions étaient fondées sur des arrêts du Conseil royal des 1er août 1730 et 22 mai 1731. Le roi a confirmé ces permissions et ordonné l'exécution des arrêts mentionnés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
p. 1460-1466
ARRESTS NOTABLES.
Début :
EDIT DU ROY, portant suppression des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de [...]
Mots clefs :
Majesté, Cavalerie, Régiments, Cavaliers, Chevaux, Habillement, Consuls, Général, Ordonnance, Capitaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
E
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROY , portant suppression
des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de
Paris et de Lyon , et création de pareils Offices.
Donnée à Versailles , au mois de May 17 3 3 .
Registré en la Cour des Monnoyes , les Juin
suivant.
ORDONNANCE DU ROY , du 27 May
concernant les droits des Consuls et Vice- Consuls
des Eschelles de Négrépont , la Cavalle
Rhodes , Mételin , Scio , Mile , Tine et Miconi,
par laquelle S. M. ordonne que les Consuls er
Vice Consuls des susdites Eschelles , qui n'ont
point d'appointemens payez par la Chambre du
Commerce de Marseille , percevront à l'avenir
deux pour cent seulement , sur le prix des Nolisemens
que les Capitaines et Patrons des Bâtimens
François feront dans leurs Eschelles ; def
fendant ausdits Consuls et Vice- Consuls , d'exiger
ledit droit sur un plus haut pied , et ausdits
Capitaines et Patrons d'en frustrer lesdits Consuls
et Vice -Consu's , sous les peines portées par
le Réglement du 28 Février 1732. que S.M veut
au surplus être exécuté selon sa forme et teneur.
4
VI. Vol OR
JUIN. 1733 . 1461
ORDONNANCE DU ROY , portant Regles
ment pour l'Habillement , Equippement et Ar
mement de la Cavalerie , du 28 May 1733.
Sa Majesté étant informée des différens usages
qui se sont introduits dans l'Habillement, Equippement
et Armement de la Cavalerie : Et vou
lant non seulement régler ledit Habillement
Equipement et Armement , de maniere qu'il soit
uniforme dans tous les Régimens , mais aussi la
taille des Chevaux , et faire reprendre aux Officiers
la Cuirasse , et aux Cavaliers le Plastron
qui ont été abandonnez depuis la paix : Sa Majesté
a ordonné et ordonne ce qui suit :
ART. I L'Habillement des Brigadiers & Cavaliers
demeurera composé d'un Juste- au-Corps
de Drap de Lodéve ou de Berry , blanc , bleu ou
rouge , selon la couleur affectée au Régiment ,
doublé de Serge d'Aumale ou autre étoffe de même
qualité , avec un Buffle , ou une Veste de
tricot , couleur de Chamois , suivant qu'il sera
convenu dans le Régiment ; d'un Chapeau , dont
la forme aura quatre pouces deux lignes au
moins de profondeur , en sorte qu'il puisse être
aisément garni d'une Calotte de fer ou de méche
; le bordé en or ou en argent sera d'une
once : Deffend , Sa Majesté, d'employer les cour
leurs fines aux Habits des Brigadiers ou Cavafiers
; et permet seulement un bordé d'or ou
d'argent , du poids d'une once , à la Manche des
Brigadiers ; deffend pareillement Sa Majesté, les
Cartouches sur les Housses , Bourses ou Chaperons
, ausquelles il sera mis un simple bordé
en laine ou galon de livrée .
II. Les Habits uniformes des Officiers seront
en tout semblables à ceux des Cavaliers , à l'exception
qu'ils seront de Drap d'Elbeuf ou autre
1
11. Vol.
Ma
1462 MERCURE DE FRANCE
Manufacture semblable ; il n'y sera employé d
Doublures d'aucune autre étoffe que de laine ,
ni aucun galon ou fil d'or ou d'argent sur les
Juste-au-Corps ni sur les Vestes , mais seule
ment des Boutons de cuivre doré ou d'argent
sur bois.
III. Il ne sera fait à l'avenir aucun Habillement
par les Régimens de Cavalerie ,
que sur des
marchez , contenant les qualitez , les quantitez
& les prix des différentes especes de fournitures.
Lesquels marchez seront présentez par les Offciers
, chargez du détail aux Inspecteurs , pour
être par eux examinez et envoyez, avec leur avis,
au Secretaire d'Etat, ayant le département de la
Guerre , pour en rendre compte à Sa Majesté ;
faisant deffense de mettre à exécution lesdits
marchez , qu'après qu'Elle les aura approuvez .
IV. N'entend , Sa Majesté , comprendre dans
les articles cy - dessus , le Régiment Royal des
Carabiniers , celui de Royal Allemand , et les
Régimens de Hussards , à l'Habillement des
quels il ne sera fait aucun changement.
V. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie, y compris les Carabiniers et Royal
Allemand , seront tous en Bottes molles , sans
qu'à l'avenir les Capitaines puissent en donner
de fortes , sous quelque prétexte que ce soit.
VI. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie continueront d'être armez d'un
Mousqueton , deux Pistolets et un Sabre ; et attendu
que Sa Majesté a été informée qu'il n'y
a point d'uniformité entre les Régimens , soit
pour les longueurs ou pour le calibre desdites
Armes , Sa Majesté veut qu'à l'avenir la longueur
des Mousquetons demeure fixée à trois
pieds six pouces six lignes ; la longueur du Ca-
II. Vela non
JUIN. 1733. 1463
non à deux pieds , quatre ponces , ayant chacun
une Grenadiere , et la longueur des Pistolets à
seize pouces , tous montez ; que lesdits Mousquetons
et Pistolets soient mis auCalibre de l'Infanterie
,, pour recevoir la Balle de 18 à la livre
et que les Lames des Sabres soient de deux pieds
neuf pouces de longueur , sans la Poignée , qui
sera faite de façon que la main et le pouce
soient couverts ; et auront lesdits Cavaliers des
Bandoulieres de Buffle à anneau roulant , de la
largeur de deux pouces , une ou deux lignes , le
Ceinturon de même qualité et moins large ; le
tout simplement picqué dans les bords , suivant
les modeles qui seront envoyez aux Régimens.
Veut néanmoins Sa Majesté , que le Regiment
Royal des Carabiniers , le Régiment Royal Allemand
et les Hussards , demeurent armez comme
ils le sont à
present,
>
VII. Sa Majesté ayant reconnu qu'il est im
portant que toutes ses Troupes , tant de Gendarmerie
que de Cavalerie soient cuirassées et
plastronnées , même en temps de paix , pour
être accoûtumées à l'usage des Armes deffensives
en temps de guerre Sa Majesté a ordonné
et ordonne que conformément à l'Ordonnance ,
du 1 Février 1703. tous les Officiers , tant de
Gendarmerie , que de Cavalerie , se pourvoiront
incessamment de Cuirasses à l'épreuve, au moins
du Pistolet ; en sorte qu'ils en ayent tous à la
Revûë que les Directeurs et Inspecteurs feront
l'année prochaine 1734. et que les Brigadiers ,
Gendarmes , Chevaux - legers et Cavaliers , 2
l'exception des Hussards , auront des Plastrons ,
et les porteront dans tous les Exercices , aux Revûës
et dans les Marches , à commencer du jour
que Sa Majesté leur en aura fait distribuer de ses
II. Vol. Ma1464
MERCURE DE FRANCE
Magazins ; ce qui sera fait pour une premiere
fois , après quoi les Capitaines demeureront
chargez de l'entretien .
VIII. Sa Majesté pareillement informée que,
quoique la Talie des Chevaux ait été réglée par
differentes Ordonnances , notamment celles des
2 Septembre 1680. et 25 Octobre 1689. neanmoins
les Capitaines acheptent des Chevaux
beaucoup plus elevez que ce qui est prescrit par
lesdites Ordonnances : Sa Majesté veut qu'il ne
soit doresnavant point reçû de Chevaux pour la
remonte de la Cavalerie legere , de la Taille audessus
, de quatre pieds huit à dix pouces an
plus , mesurez depuis le dessous du fer . jusqu'à
la naissance des Crins sur le garost ; qu'ils soient
tous à longue Queue , et que les Directeurs et
Inspecteurs Généraux et Commissaires des guerres
qui feront les Revûës , réforment tous les
nouveaux Chevaux qui seront donnez aux Cavaliers
, d'une Taille autre que celle marquée cydessus.
IX. Les changemens cy-dessus pour les Bottes,
armement et la Taille des Chevaux , auront lieu,
à mesure qu'il sera besoin de les renouveller :
Voulant , Sa Majesté , qué les Directeurs et Inspecteurs
, à la premiere Revue qu'ils feront ,
prescrivent à chaque Régiment , un temps fixe
pour s'y conformer , et qu'ils en donnent avis à
Sa Majesté: Mandant , Sa Majesté, à M.le Comte
d'Evreux , Colonel Général de sa Cavalerie , et
au Sieur de Châtillon , Mestre de Camp Général
de ladite Cavalerie , de tenir la main chacun ,
ainsi qu'il lui appartiendra , à l'exécution de la
Présente.
Mande et ordonne , Sa Majesté , aux Gouver
meurs , et à ses Lieutenaus Généraux en ses Pro-
II. Vol. vinces
JUIN. 1733. 1468
es , aux Officiers Généraux , ayant comidement
sur ses Troupes , aux Camps où
its Régimens seront assemblez , aux Gouneurs
de ses Villes et Places , aux Intendans
ites Provinces , et sur ses Frontieres , aux Di
teurs et Inspecteurs Généraux sur ses Troupes
aux Commissaires de ses Guerres , de tenir la
in à l'exécution de la Présente ; laquelle sera
et publiée à la tête desdites Troupes , à ce
aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à
rsailles , le 28 May 1733. Signé, LOUIS. E
Es bas , BAUYN .
OUIS DE LA TOUR D'AUVERGNE ,
Comte d'Evreux , Colonel Général de la Cavalerie
légere , Françoise et Etrangere, Lieutenanı
Général des Armées du Roy , Gouverneur et
Lieutenant Général pour Sa Majesté au Gouvernement
de l'Isle de France.
Vû l'Ordonnance cy - dessus , en date du 28 du
ois dernier , par laquelle Sa Majesté a reglé
Habillement , Equipement et Armement de la
avalerie , la Taille des Chevaux , comme aussi
our faire reprendre aux Officiers la Cuirasse
aux Cavaliers le Plastron , qui ont été aban
onnez depuis la paix , ainsi qu'il est plus an
-ng contenu dans ladite Ordonnance , pour
exécution de laquelle Sa Majesté nous mande
e tenir la main.
Nous , en vertu du pouvoir à Nous donné par
a Majesté , à cause de notre Charge de Colo
el Général de la Cavalerie , mandons à Monieur
le Comte de Châtillon , Mestre de Camp
Général de ladite Cavalerie , de tenir exactement
la main à l'exécution de ladite Ordonnan
e , suivant l'intention de Sa Majesté : Ordon-
II. Vol. nons
1465 MERCURE DE FRAN
nons à tous Mestres de Camp des Régimer
Cavalerie , et des Brigades du Régiment R
des Carabiniers ; Lieutenans Colonels , Majet
Capitaines desdits Régimens et Brigades , d
server et exécuter ponctuellement la volont
Sa Majesté , mentionnée en ladite Ordonna
sans y contrevenir : Laquelledite Ordonnanc
la Présente seront lûës et publiées à la tête
Régimens de Cavalerie , et des Brigades de C
rabiniers , par les Commissaires des Guerres
en ont la Police ; afin que personne n'en igno
Fait à Paris , le 3 Juin 1733. Signé , LOUIS E
LA TOUR D'AUVERGNE , Comte d'Ev
Et plus bas : Par Monseigneur MITOUFLET
I ORDONNANCE DU ROY , du 1 Juin, por
regler le traitement des Troupes qui dows
camper sur la Meuse et au Comté de Bourg
gne , près de Gray.
>
ORDONNANCE DU ROY, du 10 Juin, d
permet de faire faucher les Prez avant la S.Je
par laquelle S. M. permet à tous Fermiers , L
boureurs et autres dans la Généralité de Pars ,
même dans l'étendue des Capitaineries , de fat
faucher pendant la présente année seulement t
sans tirer à consequence , tous les Prez, de que
que nature et qualité qu'ils soient , dans le tems,
qu'ils le jugeront à propos , sans en demand )
permission aux Seigneurs , aux Capitaines da
Chasses , à leurs Officiers et autres.
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROY , portant suppression
des six Offices d'Affineurs des Monnoyes de
Paris et de Lyon , et création de pareils Offices.
Donnée à Versailles , au mois de May 17 3 3 .
Registré en la Cour des Monnoyes , les Juin
suivant.
ORDONNANCE DU ROY , du 27 May
concernant les droits des Consuls et Vice- Consuls
des Eschelles de Négrépont , la Cavalle
Rhodes , Mételin , Scio , Mile , Tine et Miconi,
par laquelle S. M. ordonne que les Consuls er
Vice Consuls des susdites Eschelles , qui n'ont
point d'appointemens payez par la Chambre du
Commerce de Marseille , percevront à l'avenir
deux pour cent seulement , sur le prix des Nolisemens
que les Capitaines et Patrons des Bâtimens
François feront dans leurs Eschelles ; def
fendant ausdits Consuls et Vice- Consuls , d'exiger
ledit droit sur un plus haut pied , et ausdits
Capitaines et Patrons d'en frustrer lesdits Consuls
et Vice -Consu's , sous les peines portées par
le Réglement du 28 Février 1732. que S.M veut
au surplus être exécuté selon sa forme et teneur.
4
VI. Vol OR
JUIN. 1733 . 1461
ORDONNANCE DU ROY , portant Regles
ment pour l'Habillement , Equippement et Ar
mement de la Cavalerie , du 28 May 1733.
Sa Majesté étant informée des différens usages
qui se sont introduits dans l'Habillement, Equippement
et Armement de la Cavalerie : Et vou
lant non seulement régler ledit Habillement
Equipement et Armement , de maniere qu'il soit
uniforme dans tous les Régimens , mais aussi la
taille des Chevaux , et faire reprendre aux Officiers
la Cuirasse , et aux Cavaliers le Plastron
qui ont été abandonnez depuis la paix : Sa Majesté
a ordonné et ordonne ce qui suit :
ART. I L'Habillement des Brigadiers & Cavaliers
demeurera composé d'un Juste- au-Corps
de Drap de Lodéve ou de Berry , blanc , bleu ou
rouge , selon la couleur affectée au Régiment ,
doublé de Serge d'Aumale ou autre étoffe de même
qualité , avec un Buffle , ou une Veste de
tricot , couleur de Chamois , suivant qu'il sera
convenu dans le Régiment ; d'un Chapeau , dont
la forme aura quatre pouces deux lignes au
moins de profondeur , en sorte qu'il puisse être
aisément garni d'une Calotte de fer ou de méche
; le bordé en or ou en argent sera d'une
once : Deffend , Sa Majesté, d'employer les cour
leurs fines aux Habits des Brigadiers ou Cavafiers
; et permet seulement un bordé d'or ou
d'argent , du poids d'une once , à la Manche des
Brigadiers ; deffend pareillement Sa Majesté, les
Cartouches sur les Housses , Bourses ou Chaperons
, ausquelles il sera mis un simple bordé
en laine ou galon de livrée .
II. Les Habits uniformes des Officiers seront
en tout semblables à ceux des Cavaliers , à l'exception
qu'ils seront de Drap d'Elbeuf ou autre
1
11. Vol.
Ma
1462 MERCURE DE FRANCE
Manufacture semblable ; il n'y sera employé d
Doublures d'aucune autre étoffe que de laine ,
ni aucun galon ou fil d'or ou d'argent sur les
Juste-au-Corps ni sur les Vestes , mais seule
ment des Boutons de cuivre doré ou d'argent
sur bois.
III. Il ne sera fait à l'avenir aucun Habillement
par les Régimens de Cavalerie ,
que sur des
marchez , contenant les qualitez , les quantitez
& les prix des différentes especes de fournitures.
Lesquels marchez seront présentez par les Offciers
, chargez du détail aux Inspecteurs , pour
être par eux examinez et envoyez, avec leur avis,
au Secretaire d'Etat, ayant le département de la
Guerre , pour en rendre compte à Sa Majesté ;
faisant deffense de mettre à exécution lesdits
marchez , qu'après qu'Elle les aura approuvez .
IV. N'entend , Sa Majesté , comprendre dans
les articles cy - dessus , le Régiment Royal des
Carabiniers , celui de Royal Allemand , et les
Régimens de Hussards , à l'Habillement des
quels il ne sera fait aucun changement.
V. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie, y compris les Carabiniers et Royal
Allemand , seront tous en Bottes molles , sans
qu'à l'avenir les Capitaines puissent en donner
de fortes , sous quelque prétexte que ce soit.
VI. Les Brigadiers et Cavaliers des Régimens
de Cavalerie continueront d'être armez d'un
Mousqueton , deux Pistolets et un Sabre ; et attendu
que Sa Majesté a été informée qu'il n'y
a point d'uniformité entre les Régimens , soit
pour les longueurs ou pour le calibre desdites
Armes , Sa Majesté veut qu'à l'avenir la longueur
des Mousquetons demeure fixée à trois
pieds six pouces six lignes ; la longueur du Ca-
II. Vela non
JUIN. 1733. 1463
non à deux pieds , quatre ponces , ayant chacun
une Grenadiere , et la longueur des Pistolets à
seize pouces , tous montez ; que lesdits Mousquetons
et Pistolets soient mis auCalibre de l'Infanterie
,, pour recevoir la Balle de 18 à la livre
et que les Lames des Sabres soient de deux pieds
neuf pouces de longueur , sans la Poignée , qui
sera faite de façon que la main et le pouce
soient couverts ; et auront lesdits Cavaliers des
Bandoulieres de Buffle à anneau roulant , de la
largeur de deux pouces , une ou deux lignes , le
Ceinturon de même qualité et moins large ; le
tout simplement picqué dans les bords , suivant
les modeles qui seront envoyez aux Régimens.
Veut néanmoins Sa Majesté , que le Regiment
Royal des Carabiniers , le Régiment Royal Allemand
et les Hussards , demeurent armez comme
ils le sont à
present,
>
VII. Sa Majesté ayant reconnu qu'il est im
portant que toutes ses Troupes , tant de Gendarmerie
que de Cavalerie soient cuirassées et
plastronnées , même en temps de paix , pour
être accoûtumées à l'usage des Armes deffensives
en temps de guerre Sa Majesté a ordonné
et ordonne que conformément à l'Ordonnance ,
du 1 Février 1703. tous les Officiers , tant de
Gendarmerie , que de Cavalerie , se pourvoiront
incessamment de Cuirasses à l'épreuve, au moins
du Pistolet ; en sorte qu'ils en ayent tous à la
Revûë que les Directeurs et Inspecteurs feront
l'année prochaine 1734. et que les Brigadiers ,
Gendarmes , Chevaux - legers et Cavaliers , 2
l'exception des Hussards , auront des Plastrons ,
et les porteront dans tous les Exercices , aux Revûës
et dans les Marches , à commencer du jour
que Sa Majesté leur en aura fait distribuer de ses
II. Vol. Ma1464
MERCURE DE FRANCE
Magazins ; ce qui sera fait pour une premiere
fois , après quoi les Capitaines demeureront
chargez de l'entretien .
VIII. Sa Majesté pareillement informée que,
quoique la Talie des Chevaux ait été réglée par
differentes Ordonnances , notamment celles des
2 Septembre 1680. et 25 Octobre 1689. neanmoins
les Capitaines acheptent des Chevaux
beaucoup plus elevez que ce qui est prescrit par
lesdites Ordonnances : Sa Majesté veut qu'il ne
soit doresnavant point reçû de Chevaux pour la
remonte de la Cavalerie legere , de la Taille audessus
, de quatre pieds huit à dix pouces an
plus , mesurez depuis le dessous du fer . jusqu'à
la naissance des Crins sur le garost ; qu'ils soient
tous à longue Queue , et que les Directeurs et
Inspecteurs Généraux et Commissaires des guerres
qui feront les Revûës , réforment tous les
nouveaux Chevaux qui seront donnez aux Cavaliers
, d'une Taille autre que celle marquée cydessus.
IX. Les changemens cy-dessus pour les Bottes,
armement et la Taille des Chevaux , auront lieu,
à mesure qu'il sera besoin de les renouveller :
Voulant , Sa Majesté , qué les Directeurs et Inspecteurs
, à la premiere Revue qu'ils feront ,
prescrivent à chaque Régiment , un temps fixe
pour s'y conformer , et qu'ils en donnent avis à
Sa Majesté: Mandant , Sa Majesté, à M.le Comte
d'Evreux , Colonel Général de sa Cavalerie , et
au Sieur de Châtillon , Mestre de Camp Général
de ladite Cavalerie , de tenir la main chacun ,
ainsi qu'il lui appartiendra , à l'exécution de la
Présente.
Mande et ordonne , Sa Majesté , aux Gouver
meurs , et à ses Lieutenaus Généraux en ses Pro-
II. Vol. vinces
JUIN. 1733. 1468
es , aux Officiers Généraux , ayant comidement
sur ses Troupes , aux Camps où
its Régimens seront assemblez , aux Gouneurs
de ses Villes et Places , aux Intendans
ites Provinces , et sur ses Frontieres , aux Di
teurs et Inspecteurs Généraux sur ses Troupes
aux Commissaires de ses Guerres , de tenir la
in à l'exécution de la Présente ; laquelle sera
et publiée à la tête desdites Troupes , à ce
aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à
rsailles , le 28 May 1733. Signé, LOUIS. E
Es bas , BAUYN .
OUIS DE LA TOUR D'AUVERGNE ,
Comte d'Evreux , Colonel Général de la Cavalerie
légere , Françoise et Etrangere, Lieutenanı
Général des Armées du Roy , Gouverneur et
Lieutenant Général pour Sa Majesté au Gouvernement
de l'Isle de France.
Vû l'Ordonnance cy - dessus , en date du 28 du
ois dernier , par laquelle Sa Majesté a reglé
Habillement , Equipement et Armement de la
avalerie , la Taille des Chevaux , comme aussi
our faire reprendre aux Officiers la Cuirasse
aux Cavaliers le Plastron , qui ont été aban
onnez depuis la paix , ainsi qu'il est plus an
-ng contenu dans ladite Ordonnance , pour
exécution de laquelle Sa Majesté nous mande
e tenir la main.
Nous , en vertu du pouvoir à Nous donné par
a Majesté , à cause de notre Charge de Colo
el Général de la Cavalerie , mandons à Monieur
le Comte de Châtillon , Mestre de Camp
Général de ladite Cavalerie , de tenir exactement
la main à l'exécution de ladite Ordonnan
e , suivant l'intention de Sa Majesté : Ordon-
II. Vol. nons
1465 MERCURE DE FRAN
nons à tous Mestres de Camp des Régimer
Cavalerie , et des Brigades du Régiment R
des Carabiniers ; Lieutenans Colonels , Majet
Capitaines desdits Régimens et Brigades , d
server et exécuter ponctuellement la volont
Sa Majesté , mentionnée en ladite Ordonna
sans y contrevenir : Laquelledite Ordonnanc
la Présente seront lûës et publiées à la tête
Régimens de Cavalerie , et des Brigades de C
rabiniers , par les Commissaires des Guerres
en ont la Police ; afin que personne n'en igno
Fait à Paris , le 3 Juin 1733. Signé , LOUIS E
LA TOUR D'AUVERGNE , Comte d'Ev
Et plus bas : Par Monseigneur MITOUFLET
I ORDONNANCE DU ROY , du 1 Juin, por
regler le traitement des Troupes qui dows
camper sur la Meuse et au Comté de Bourg
gne , près de Gray.
>
ORDONNANCE DU ROY, du 10 Juin, d
permet de faire faucher les Prez avant la S.Je
par laquelle S. M. permet à tous Fermiers , L
boureurs et autres dans la Généralité de Pars ,
même dans l'étendue des Capitaineries , de fat
faucher pendant la présente année seulement t
sans tirer à consequence , tous les Prez, de que
que nature et qualité qu'ils soient , dans le tems,
qu'ils le jugeront à propos , sans en demand )
permission aux Seigneurs , aux Capitaines da
Chasses , à leurs Officiers et autres.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En mai et juin 1733, plusieurs ordonnances royales ont été émises. Le 17 mai, une ordonnance a supprimé les six offices d'affineurs des monnaies de Paris et de Lyon, et en a créé de nouveaux. Le 27 mai, une autre ordonnance a réglé les droits des consuls et vice-consuls des échelles de Négrépont, Rhodes, Mételin, Scio, Mile, Tine et Miconi, fixant leurs perceptions à deux pour cent sur le prix des nolisements des bâtiments français. Le 28 mai, une ordonnance a établi des règles pour l'habillement, l'équipement et l'armement de la cavalerie. Elle a imposé un uniforme standardisé et la réintroduction de la cuirasse pour les officiers et du plastron pour les cavaliers. Elle a également fixé la taille des chevaux et les spécifications des armes. Le 1er juin, une ordonnance a réglé le traitement des troupes devant camper sur la Meuse et au Comté de Bourgogne, près de Gray. Enfin, le 10 juin, une ordonnance a permis de faucher les prés avant la Saint-Jean dans la généralité de Paris et les capitaineries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
44
p. 2587-2609
DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Début :
Les premiers hommes, avec la seule faculté du langage par les organes [...]
Mots clefs :
Hiéroglyphes, Figures, Hiéroglyphe, Marques, Hommes, Animaux, Religion, Écriture, Sciences, Marque, Monstres, Caractères, Homme, Figure, Chevaux, Terre, Explication, Connaissance , Symbole, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
DES HIEROGLYPHES , et de
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
Fermer
Résumé : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Le texte 'Des hiéroglyphes, et de leurs usages dans l'Antiquité' de M. Beneton de Perrin explore l'origine et l'évolution des hiéroglyphes. Les premiers hommes, limités par la communication orale, inventèrent des figures pour représenter leurs pensées, appelées hiéroglyphes. Ces figures servaient à exprimer les actions et les passions, formant un langage muet. Les Grecs nommèrent ces figures hiéroglyphes, dérivant du terme 'sacra sculptura' car les prêtres les utilisaient pour écrire sur la religion et envelopper les mystères. Les hiéroglyphes se multiplièrent avec le perfectionnement du langage et des sciences. Ils sont distingués en deux classes : les hiéroglyphes animés, représentant des formes de bêtes ou de plantes, et les hiéroglyphes inanimés, ou hiérogrammes, qui étaient des figures fantaisistes formant souvent les lettres alphabétiques. Les Chaldéens, observant les cieux, traçaient des figures correspondant aux constellations, nommant des amas d'étoiles comme le Sagittaire ou la Vierge. Les Grecs nommèrent également des constellations d'après leurs héros, notamment les Argonautes. Cette personnification des astres conduisit à l'idolatrie, où les figures taillées et les symboles hiéroglyphiques devinrent respectables. L'idolatrie s'intensifia avec la déification des hommes illustres, comme Apollon ou Esculape, et des arts qu'ils inventèrent. Les hiéroglyphes devinrent complexes, signifiant parfois trois choses différentes : sacrée, mécanique, et personnelle. Par exemple, une hache sur un tombeau pouvait désigner un ouvrier ou une personne protégée par un dieu. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour conserver la connaissance de la religion, des sciences et de l'histoire. Leur interprétation est rendue difficile par le mélange des hiéroglyphes et des hiérogrammes. Le texte souligne l'importance de distinguer ces figures pour éviter les erreurs historiques et les interprétations trompeuses. Les hiéroglyphes représentaient des concepts complexes et des principes philosophiques, comme Orimase et Arimane chez les Perses, et Osiris et Tiphon chez les Égyptiens, symbolisant les forces du bien et du mal. Les hiérogrammes, des marques plus simples comme le cercle, le triangle, et la croix, ont évolué pour former des caractères littéraires utilisés dans l'écriture courante. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour représenter des idées abstraites et des concepts religieux, souvent difficiles à interpréter et nécessitant une grande connaissance pour être compris. Les Arabes, en raison de leurs restrictions religieuses, ont conservé les hiérogrammes pour des usages philosophiques et chimiques, une pratique adoptée par les physiciens modernes. Le texte mentionne également un hiéroglyphe particulier, un globe ailé avec des serpents, souvent trouvé sur les obélisques, symbolisant l'univers et ses mouvements. Les Phéniciens, les Égyptiens et les Chinois sont cités comme les premiers peuples à avoir utilisé les hiéroglyphes de manière méthodique. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour diverses applications, comme le commerce et la médecine. Par exemple, une figure d'un animal ou d'une partie du corps pouvait indiquer une maladie ou une demande de traitement. Les hiéroglyphes étaient également utilisés pour représenter des passions humaines, des vertus et des vices, souvent symbolisés par des animaux. Le texte explore également les hiéroglyphes liés à la fortune, représentée par une divinité capricieuse et instable, souvent figurée avec une roue, des ailes et un bandeau sur les yeux. Les passions actives et passives étaient symbolisées par des marques simples ou composées, respectivement. Enfin, le texte compare les héros grecs, comme Hercule et Thésée, aux chevaliers errants de la chevalerie médiévale, notant les similitudes dans leurs quêtes pour secourir les faibles et combattre les monstres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
44
45
p. 177-178
ITALIE.
Début :
LE 2 Octobre, l'Infant Don Philippe fut averti que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer & [...]
Mots clefs :
Chevaux, Roi de Sardaigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
Fermer
46
p. 168-171
ALLEMAGNE.
Début :
Le Comte de Bouquois, Maréchal de Bohême, & le Comte de Nostitz, Président du Tribunal [...]
Mots clefs :
Berlin, Dresde, Vienne, Soldats, Comte, Triomphe, Chevaux, Roi, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGN E.
DE VIENNE , le 18 Janvier.
. Le Comte de Bouquois , Maréchal de Bohême
& le Comte de Noſtitz , Préſident du Tribunal
des Appellations dans le même royaume , ont
été mandés de Prague par l'impératrice Reine.
Cette Princeffe a fait diftribuer deux mille cordes
de bois aux pauvres , pour les aider à ſupporter la
rigueur de l'hyver , qui eit telle qu'on a trouvé
deux fentinelles morts de froid à leurs poftes .
Le 26 du même mois , le Baron de Sievers eut
fes audiences de congé de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine . Il fut conduit le lendemain à
celles des Archiducs & des Archiducheffes. Leurs
Majeftés Impériales lui ont fait préfent de leurs
portraits enrichis de diamans , & d'une bague de
très-grand prix. Le même jour , le Comte de
Keyferling , Ambaffadeur de la Cour de Ruffie ,
donna- la fête qu'il avoit fait préparer pour célébrer
la naiffance du Prince Paul Petrowitz.
DE DRESDE , le 23 Janvier.
Une infinité d'étrangers fe font rendus ici pour
prendre part aux divertiffemens du Carnaval . Quelqu'accoutumé
qu'on foit à y voir les opéra repréfentés
avec la plus grande magnificence , celui
qu'on joue actuellement a caufé une furprife générale.
Dans le Triomphe d'Ezio , le héros de
la piéce , il paroît cinq cens perfonnes , & plus
de
MARS. 1755 169
de cent cinquante chevaux , fans les dromadaires ,
& divers animaux inconnus dans ces climats.
Le fieur Durand , nouveau Miniftre de Sa Majefté
Très-Chrétienne auprès du Roi & de la République
de Pologne , arriva de Paris le 30 Janvier.
Les Février , il fut préſenté à leurs Majeftés
par le Comte de Broglie , Ambaſſadeur de
France.
Pour donner une idée de la magnificence avec
laquelle l'opéra d'Aëtius ( en Italien Ezio ) eft repréfenté
, nous tracerons ici le tableau du triomphe
du héros de la piéce. Une avant-garde de foldats
Romains , armés à la légere , & précédés d'un
Porte-enfeigne . Plufieurs trompettes & fonneurs
de cor couronnés de lauriers ; troupe de piquiers ;
prifonniers faits fur les Huns ; Cavaliers Romains ,
ayant trois Officiers à leur tête ; les principaux
Huns qui ont été pris ; foldats Romains ; huit mulets
& huit dromadaires chargés de butin , & conduits
chacun par un efclave : quatre chariots fur lefquels
font les machines de guerre enlevées à l'ennemi
; deux foldats marchent à côté de chaque
chariot ; divers portes- enfeignes , à la tête defquels
eft un tribun. Les dépouilles les plus précieuſes
des vaincus , portées fur des brancards ou
à la main , par des foldats ; fix autres foldats tenant
des trophées ; le Dieu de la Marne , que
quatre Romains portent fur leurs épaules , & qui
eft appuyé fur une urne renverfée. L'Ichnographie
, ou le plan géométral de la ville de Châlonsfur-
Marne , près de laquelle Aëtius a remporté
la victoire ; un étendard fur lequel on lit : Deviczori
Hunnorum , gentis barbara triumphus decretus
;cohorte prétorienne , chevaux de main d'Aëtius
, conduits chacun par deux palfreniers. Cheyaliers
Romains avec de grands boucliers , & avec
H
170 MERCURE DE FRANCE.
des panaches fur leurs cafques ; cinq enfeignes , fur
chacune defquelles eft peint le bufte de l'Empereur
Valentinien ; l'aigle Romaine ; huit Licteurs, leurs
faifceaux à la main ; Sénateurs Romains , marchant
trois à trois , & portant des branches de
laurier ; trois thurificateurs , trompettes , & autres
inftrumens militaires. Aetius dans un char
de triomphe , traîné par quatre chevaux de front ,
que conduit le génie tutelaire de Rome ; trois
thurificateurs ; les parens & amis du triomphateur;
troupe de cavalerie ; les efclaves d'Aëtius,
& des perfonnes de fa fuite . La marche eft fermée
par un détachement de fantaffins diverſement
armés.
DE BERLIN , le 28 Janvier.
On célébra le 24 l'anniverfaire de la naiffance
du Roi , qui eft entré dans la quarante-quatrième
année de fon âge. Sa Majesté reçut à cette occafion
les complimens des Miniftres étrangers , &
elle dîna enfuite chez la Reine Douairiere avec
toute la Famille royale.
On a reçu avis que le Cardinal Querini avoit
légué la quatrième partie de fes biens pour achever
la conftruction & les embelliffemens de la
nouvelle Eglife Catholique de cette ville. Hier
* on célébra dans l'ancienne Chapelle des habitans
-de cette communion , un ſervice folemnel pour
repos de l'ame de ce vertueux & fçavant Cardinal.
Fle
L'Académie royale des Sciences & Belles-Lettres
a élu , en qualité d'Affociés étrangers , Don
Joffe-Joachim Suares de Barros , célébre Aftronome
de Lisbonne ; le Docteur Mary , Médecin ,
de la Société royale de Londres ; le fieur de BerMARS.
1755. 171
ghen , Profeffeur en Médecine dans l'Univerfité de
Francfort fur l'Oder ; & le fieur André Mayer
Profeffeur de Mathématiques & de Phyfique , dans
celle de Grypfwalde en Pomeranie. Le fieur Eller ,
premier Médecin du Roi , lut le 23 à cette Académie
une differtation , dans laquelle il entreprend
de prouver que l'ufage des vales de cuivre
n'eft pas auffi nuifible à la fanté que beaucoup
de gens fe le perfuadent.
DE VIENNE , le 18 Janvier.
. Le Comte de Bouquois , Maréchal de Bohême
& le Comte de Noſtitz , Préſident du Tribunal
des Appellations dans le même royaume , ont
été mandés de Prague par l'impératrice Reine.
Cette Princeffe a fait diftribuer deux mille cordes
de bois aux pauvres , pour les aider à ſupporter la
rigueur de l'hyver , qui eit telle qu'on a trouvé
deux fentinelles morts de froid à leurs poftes .
Le 26 du même mois , le Baron de Sievers eut
fes audiences de congé de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine . Il fut conduit le lendemain à
celles des Archiducs & des Archiducheffes. Leurs
Majeftés Impériales lui ont fait préfent de leurs
portraits enrichis de diamans , & d'une bague de
très-grand prix. Le même jour , le Comte de
Keyferling , Ambaffadeur de la Cour de Ruffie ,
donna- la fête qu'il avoit fait préparer pour célébrer
la naiffance du Prince Paul Petrowitz.
DE DRESDE , le 23 Janvier.
Une infinité d'étrangers fe font rendus ici pour
prendre part aux divertiffemens du Carnaval . Quelqu'accoutumé
qu'on foit à y voir les opéra repréfentés
avec la plus grande magnificence , celui
qu'on joue actuellement a caufé une furprife générale.
Dans le Triomphe d'Ezio , le héros de
la piéce , il paroît cinq cens perfonnes , & plus
de
MARS. 1755 169
de cent cinquante chevaux , fans les dromadaires ,
& divers animaux inconnus dans ces climats.
Le fieur Durand , nouveau Miniftre de Sa Majefté
Très-Chrétienne auprès du Roi & de la République
de Pologne , arriva de Paris le 30 Janvier.
Les Février , il fut préſenté à leurs Majeftés
par le Comte de Broglie , Ambaſſadeur de
France.
Pour donner une idée de la magnificence avec
laquelle l'opéra d'Aëtius ( en Italien Ezio ) eft repréfenté
, nous tracerons ici le tableau du triomphe
du héros de la piéce. Une avant-garde de foldats
Romains , armés à la légere , & précédés d'un
Porte-enfeigne . Plufieurs trompettes & fonneurs
de cor couronnés de lauriers ; troupe de piquiers ;
prifonniers faits fur les Huns ; Cavaliers Romains ,
ayant trois Officiers à leur tête ; les principaux
Huns qui ont été pris ; foldats Romains ; huit mulets
& huit dromadaires chargés de butin , & conduits
chacun par un efclave : quatre chariots fur lefquels
font les machines de guerre enlevées à l'ennemi
; deux foldats marchent à côté de chaque
chariot ; divers portes- enfeignes , à la tête defquels
eft un tribun. Les dépouilles les plus précieuſes
des vaincus , portées fur des brancards ou
à la main , par des foldats ; fix autres foldats tenant
des trophées ; le Dieu de la Marne , que
quatre Romains portent fur leurs épaules , & qui
eft appuyé fur une urne renverfée. L'Ichnographie
, ou le plan géométral de la ville de Châlonsfur-
Marne , près de laquelle Aëtius a remporté
la victoire ; un étendard fur lequel on lit : Deviczori
Hunnorum , gentis barbara triumphus decretus
;cohorte prétorienne , chevaux de main d'Aëtius
, conduits chacun par deux palfreniers. Cheyaliers
Romains avec de grands boucliers , & avec
H
170 MERCURE DE FRANCE.
des panaches fur leurs cafques ; cinq enfeignes , fur
chacune defquelles eft peint le bufte de l'Empereur
Valentinien ; l'aigle Romaine ; huit Licteurs, leurs
faifceaux à la main ; Sénateurs Romains , marchant
trois à trois , & portant des branches de
laurier ; trois thurificateurs , trompettes , & autres
inftrumens militaires. Aetius dans un char
de triomphe , traîné par quatre chevaux de front ,
que conduit le génie tutelaire de Rome ; trois
thurificateurs ; les parens & amis du triomphateur;
troupe de cavalerie ; les efclaves d'Aëtius,
& des perfonnes de fa fuite . La marche eft fermée
par un détachement de fantaffins diverſement
armés.
DE BERLIN , le 28 Janvier.
On célébra le 24 l'anniverfaire de la naiffance
du Roi , qui eft entré dans la quarante-quatrième
année de fon âge. Sa Majesté reçut à cette occafion
les complimens des Miniftres étrangers , &
elle dîna enfuite chez la Reine Douairiere avec
toute la Famille royale.
On a reçu avis que le Cardinal Querini avoit
légué la quatrième partie de fes biens pour achever
la conftruction & les embelliffemens de la
nouvelle Eglife Catholique de cette ville. Hier
* on célébra dans l'ancienne Chapelle des habitans
-de cette communion , un ſervice folemnel pour
repos de l'ame de ce vertueux & fçavant Cardinal.
Fle
L'Académie royale des Sciences & Belles-Lettres
a élu , en qualité d'Affociés étrangers , Don
Joffe-Joachim Suares de Barros , célébre Aftronome
de Lisbonne ; le Docteur Mary , Médecin ,
de la Société royale de Londres ; le fieur de BerMARS.
1755. 171
ghen , Profeffeur en Médecine dans l'Univerfité de
Francfort fur l'Oder ; & le fieur André Mayer
Profeffeur de Mathématiques & de Phyfique , dans
celle de Grypfwalde en Pomeranie. Le fieur Eller ,
premier Médecin du Roi , lut le 23 à cette Académie
une differtation , dans laquelle il entreprend
de prouver que l'ufage des vales de cuivre
n'eft pas auffi nuifible à la fanté que beaucoup
de gens fe le perfuadent.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En janvier 1755, plusieurs événements marquants se sont produits en Europe. À Vienne, l'impératrice Reine a convoqué le Comte de Bouquois et le Comte de Nostitz de Prague pour des affaires importantes. Elle a également distribué deux mille cordes de bois aux pauvres afin de les aider à survivre à un hiver rigoureux, durant lequel deux sentinelles ont péri de froid. Le Baron de Sievers a reçu des audiences de congé de l'Empereur et de l'Impératrice Reine, ainsi que des Archiducs et Archiducheffes, et a été récompensé par des portraits enrichis de diamants et une bague de grande valeur. Le Comte de Keyferling, Ambassadeur de Russie, a organisé une fête pour célébrer la naissance du Prince Paul Petrowitz. À Dresde, de nombreux étrangers ont afflué pour participer aux festivités du Carnaval. L'opéra 'Le Triomphe d'Ezio' a suscité une grande admiration par sa magnificence, avec cinq cents personnes, plus de cent cinquante chevaux sur scène, ainsi que divers animaux exotiques. Le sieur Durand, nouveau ministre de France auprès du Roi et de la République de Pologne, est arrivé de Paris et a été présenté aux Majestés par le Comte de Broglie. À Berlin, l'anniversaire du Roi a été célébré le 24 janvier. Le Cardinal Querini a légué une partie de ses biens pour la construction et les embellissements de la nouvelle église catholique de la ville. Un service solennel a été organisé en sa mémoire. L'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a élu plusieurs associés étrangers, dont Don José-Joachim Suares de Barros, astronome de Lisbonne, et le Docteur Mary, médecin de la Société royale de Londres. Le sieur Eller, premier médecin du Roi, a présenté une dissertation sur l'usage des vaisselles de cuivre et leur impact sur la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 225
« Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Début :
Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...]
Mots clefs :
Selles, Nouveauté, Amélioration, Réussite, Chevaux, Guérison, Pansement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Le feur Perrin, Sellier , demeurant au Pont de
Séve, donne avis au Public qu'il a inventé une
nouvelle forme de Selles pliantes & élastiques
des deux cinquièmes plus légères & en même
temps plus commodes pour homme & cheval :
qu'il en a déjà fourni plufieurs à S. A. S. Mgr.
le Duc d'Orléans , defquelles ce Prince est trèscontent.
Qu'il a le fecret de guérir les chevaux ,
par un ſeul panſement , des nouveaux & vieux
écarts, de même que les allonges tenant à la
noix , fans leur faire aucun mal . Bien loin que
ce panfement les empêche de travailler , le tirage
alors , dit - il , leur procure une guérifon plus
prompte & plus parfaite. On peut s'en informer
au Bureau de la Pofte aux chevaux de Paris , aú
fieur Gueldre , Marchand de chevaux , & à bien
d'autres. Il travaille gratis pour ceux qui n'ont
pas le moyen de payer , & fe tranſporte partout
où il eſt appellé , n'ayant pour objet principal
que d'être utile au Public.
Séve, donne avis au Public qu'il a inventé une
nouvelle forme de Selles pliantes & élastiques
des deux cinquièmes plus légères & en même
temps plus commodes pour homme & cheval :
qu'il en a déjà fourni plufieurs à S. A. S. Mgr.
le Duc d'Orléans , defquelles ce Prince est trèscontent.
Qu'il a le fecret de guérir les chevaux ,
par un ſeul panſement , des nouveaux & vieux
écarts, de même que les allonges tenant à la
noix , fans leur faire aucun mal . Bien loin que
ce panfement les empêche de travailler , le tirage
alors , dit - il , leur procure une guérifon plus
prompte & plus parfaite. On peut s'en informer
au Bureau de la Pofte aux chevaux de Paris , aú
fieur Gueldre , Marchand de chevaux , & à bien
d'autres. Il travaille gratis pour ceux qui n'ont
pas le moyen de payer , & fe tranſporte partout
où il eſt appellé , n'ayant pour objet principal
que d'être utile au Public.
Fermer
Résumé : « Le sieur Perrin, Sellier, demeurant au Pont de Sève, donne avis au Public [...] »
Le sieur Perrin, Sellier au Pont de Séve, a inventé des selles pliantes et élastiques pour hommes et chevaux. Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc d'Orléans en est satisfait. Perrin soigne aussi les chevaux sans douleur, accélérant leur guérison. Il offre ses services gratuitement et se déplace partout. Pour plus d'informations, contacter le Bureau de la Poste aux chevaux de Paris ou le sieur Gueldre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
48
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
Fermer
Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
49
p. 129-136
OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
Début :
LA nécessité des labours est reconnue des anciens Cultivateurs & des modernes [...]
Mots clefs :
Pouces, Terre, Charrues, Chevaux, Cylindres, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
AGRICULTURE.
OBSERVATION fur un vice éffentiel
des charrues , & Éſai fur la conftruction
d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage
fans augmenter la dépenfe. Par
M. PIOGER , Gentilhomme , demes
rant à Andrezy.
LA néceffité des labours eft reconnue
des anciens Cultivateurs & des mot
dernes ; cependant les Fermiers les plus
intelligens & les plus actifs ne peuven
pas en donner à toutes leurs terres au
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
tant qu'elles en auroient befoin . La
plûpart de leurs bleds ne reçoivent que
trois façons & leurs mars une , & quelquefois
deux pour les orges.
Ce défaut dans l'état actuel vient du
temps , parce que l'on ne peut labourer
lorfque la terre eft humide. Ainfi les ,
pluies , les neiges , interrompent les
travaux pour long-temps. La gelée &
la trop grande féchereffe y forment auffi
un obftacle , parce que la terre ne peut
alors être entamée & ce manque
de labours en général diminue de beaucoup
toutes les récoltes.
il
Pour parer à ces inconvéniens ,
faudroit avoir toujours une température
à fouhait , ce qui ne peut arriver
ou bien que chaque Fermier doublât
fes harnois , ce qui eft impoffible encore
, parce que cela pourroit lui occafionner
plus de dépenfe que de profit ,
fuivant fa culture actuelle ; ou enfin
que l'on rectifiât les charrues,ce qui n'eſt
pas impoffible , & fur quoi je vais faire
des obfervations & propofer mes idées ;
enforte que fans nouvelle dépenſe elles
puiffent doubler & tripler leurs befognes
ordinaires lorfqu'on le fouhaitera.
La charrue à tourne - oreille eft montée
fur deux roues de vingt- quatre à
JANVIER. 1763. 131
vingt-fix pouces , & eft tirée par deux
chevaux , & fon foc ouvre à chaque
raye fix pouces ou environ , & cette
charrue ne fait pas fon arpent par jour
ordinairement .
Celle que l'on nomme à verfoir eft
pareillement montée fur deux roues de
vingt-fix pouces. Son foc ouvre neuf ,
dix & onze pouces par raye , & eft attelée
de trois chevaux , & elle ne fait
guère plus de fon arpent par jour.
Comme ces deux charrues font les
moins défectueufes de toutes , je parlerai
feulement de celles-ci ; pour en faire
voir le vice radical , & indiquer les
moyens de les rectifier.
Les roues ont été pratiquées pour fervir
de leviers & faciliter le tirage ; &
plus les leviers font longs , plus ils
donnent de force contre la puiffance ,
& le tirage en eft plus facile.
Si nos charrues ne font pas plus expéditives
, c'eft que les leviers qui y.
font joints n'ont que douze à treize
pouces de haut , & voilà le vice radi
cal. Doublez ou triplez la longueur des
leviers , vous aurez facilité pour le travail
du double ou du triple.
pas Si jufqu'à préfent l'on n'a
rectifié ce défaut , c'est que l'on a
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
craint apparemment de ne pouvoir plus
remuer la charrue avec la même facilité.
Mais je vais lever cet obftacle
un nouvel avantage pour la
facilité du tirage.
avec
Lorfque l'on triplera la hauteur des
roues , les chevaux pourront tirer trois
focs avec autant de facilité que le feul
qu'ils tirent à préfent , fur- tout s'ils font
tels que ceux de Meffieurs Duhamel
de Chateauvieux & de la Leverie , qui
ouvrent dix pouces à chaque raye. Ainfi
voilà déja le moyen de tripler l'ouvrage
fans nouvelle dépenfe ; mais j'ai encore
d'autres ajuftemens à propofer qui en
faciliteront le travail .
Pour y parvenir, j'ajouterai deux brancards
& deux roues de derriere pareilles
à celles de devant. Les brancards & les
éffieux feront de longueur néceffaire
pour contenir au dedans le batis de la
charrue à fix focs , & fur le devant l'on
mettra un timon fixe , afin de la faire
manoeuvrer à volonté par les quatre
chevaux qui la tiveront. Et enfin pour
procurer un tirage plus aifé, j'ajouterai
aux roues la force des poulies ; dans
le moyeu de chaque roue l'on pofera
trois cylindres de cuivre roulans fur
eux-mêmes , & fixant par un triangle
JANVIER 1763.. 133
parfait l'effieu qui traverſe le moyeu ;
enforte que le tirage de chaque roue
en fera diminué confidérablement.
-Les travaillans de cette charrue peuvent
être ajustés de différentes maniè
res ; mais il est toujours indifpenfable
de mettre des coultres en avant à qua
tre pouces l'un de l'autre , & je vou- .
drois qu'ils priffent les focs par les côtés
plutôt que par les milieux ; enfuite
je mettrois fur deux lignes les pattesd'oyes
de M. de Chateauvieux , qui
portent un coutre en avant. Ces pattesd'oye
plus étroites que les fiennes
fouilleront & fouleveront aifément une
terre bien coupée par les coutres , &
enfuite les focs que j'ai indiqués renver
feroient la terre avec facilité ; ou encore
après la ligne des coutres je mettrois
les pattes-d'oyes par étage fur deux
lignes , & chaque ligne foulevant la .
terre à deux , à trois pouces feulement ,
les focs qui viendroient enfuire renverferoient
fix pouces de terre , fans qu'il
en coutât plus de force que pour trois
ou quatre pouces ; ou bien j'établirois
fimplement fix focs de M. de la Leverie.
avec leurs coutres fur deux lignes , qui
renverferoient de même cinq pieds de
terre d'un feul trait.
134 MERCURE DE FRANCE .
1
Sous les brancards de cette charrue
& par-devant , des tenons recevront les
bras ronds de différens cylindres de
groffeur & percés de maniere à recevoir
les haies des coutres , pattes- d'oye
& focs. Comme je retranche les manches
à dix-huit pouces de leur naiffance,
il feroit placé néanmoins dans ces dixhuit
pouces , en-dedans & en dehors
de forts anneaux : à ceux du dedans feroit
attachée une corde d'un pouce de
circonférence , qui garniroit fur le devant
un treuil dont les leviers iroient à
la main du chartier , qui appuyant deffus
, tiendroit en terre à la profondeur
qu'il jugeroit à propos , les travaillans
de cette charrue. Aux anneaux , en -dehors
, feroient attachées pareilles cordes
, qui garniffans un treuil fur le derrière
, dont les leviers pourroient d'un
feul coup élever tous les travaillans de
cette machine , qui feroit conduite où
on le defireroit , fans que rien touchât à
terre .
Je ne décris pas plufieurs autres ajuftemens
particuliers , que chacun peut
faire fuivant fa volonté.
Pour ménager les forces & la peine
du charretier , & pour que l'ouvrage
allât plus vîte , l'ou pourroit fur le der- .
JANVIER. 1763. 135
rière ajufter une fcellette , fur laquelle
il feroit affis : mais comme il y auroit à
craindre qu'après s'être amufé il ne furmenât
les chevaux , chacun fera auffi
fur cet article ce qu'il jugera à propos.
Comme cette charrue ne pourroit pas
travailler fur des côtes un peu roides ou
autres endroits difficiles , l'on pourra
alors employer le tourne- oreille ; mais je
voudrois que dans les moyeux des roues
fuffent placés les trois cylindres de la
manière que j'ai recommandé : cette
charrue ayant moins de tirage , feroit
plus expéditive.
Batte à grains.
J'imaginai il y a deux ans une batte
à grains très-fimple , qui auroit'expédié
beaucoup. J'ai négligé jufqu'au mois de
Juillet dernier cette machine , dont j'ai
envoyé le modéle à Meffieurs de la Société
de Bretagne ; mais comme différentes
perfonnes en ont conftruit de
bonnes , je n'en dirai rien ici . Si MM.
de Bretagne la trouvent de quelque
utilité , ils en parleront.
136 MERCURE DE FRANCE .
Caroffes & autres voitures .
Il feroit poffible de rendre légéres
toutes fortes de voitures en plaçant les
cylindres dans le moyeu des roues ,
comme je l'ai remarqué , ou bien de
faire tourner l'effieu fur les cylindres :
deux chevaux f roient aifément l'ouvrage
de quatre..
OBSERVATION fur un vice éffentiel
des charrues , & Éſai fur la conftruction
d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage
fans augmenter la dépenfe. Par
M. PIOGER , Gentilhomme , demes
rant à Andrezy.
LA néceffité des labours eft reconnue
des anciens Cultivateurs & des mot
dernes ; cependant les Fermiers les plus
intelligens & les plus actifs ne peuven
pas en donner à toutes leurs terres au
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
tant qu'elles en auroient befoin . La
plûpart de leurs bleds ne reçoivent que
trois façons & leurs mars une , & quelquefois
deux pour les orges.
Ce défaut dans l'état actuel vient du
temps , parce que l'on ne peut labourer
lorfque la terre eft humide. Ainfi les ,
pluies , les neiges , interrompent les
travaux pour long-temps. La gelée &
la trop grande féchereffe y forment auffi
un obftacle , parce que la terre ne peut
alors être entamée & ce manque
de labours en général diminue de beaucoup
toutes les récoltes.
il
Pour parer à ces inconvéniens ,
faudroit avoir toujours une température
à fouhait , ce qui ne peut arriver
ou bien que chaque Fermier doublât
fes harnois , ce qui eft impoffible encore
, parce que cela pourroit lui occafionner
plus de dépenfe que de profit ,
fuivant fa culture actuelle ; ou enfin
que l'on rectifiât les charrues,ce qui n'eſt
pas impoffible , & fur quoi je vais faire
des obfervations & propofer mes idées ;
enforte que fans nouvelle dépenſe elles
puiffent doubler & tripler leurs befognes
ordinaires lorfqu'on le fouhaitera.
La charrue à tourne - oreille eft montée
fur deux roues de vingt- quatre à
JANVIER. 1763. 131
vingt-fix pouces , & eft tirée par deux
chevaux , & fon foc ouvre à chaque
raye fix pouces ou environ , & cette
charrue ne fait pas fon arpent par jour
ordinairement .
Celle que l'on nomme à verfoir eft
pareillement montée fur deux roues de
vingt-fix pouces. Son foc ouvre neuf ,
dix & onze pouces par raye , & eft attelée
de trois chevaux , & elle ne fait
guère plus de fon arpent par jour.
Comme ces deux charrues font les
moins défectueufes de toutes , je parlerai
feulement de celles-ci ; pour en faire
voir le vice radical , & indiquer les
moyens de les rectifier.
Les roues ont été pratiquées pour fervir
de leviers & faciliter le tirage ; &
plus les leviers font longs , plus ils
donnent de force contre la puiffance ,
& le tirage en eft plus facile.
Si nos charrues ne font pas plus expéditives
, c'eft que les leviers qui y.
font joints n'ont que douze à treize
pouces de haut , & voilà le vice radi
cal. Doublez ou triplez la longueur des
leviers , vous aurez facilité pour le travail
du double ou du triple.
pas Si jufqu'à préfent l'on n'a
rectifié ce défaut , c'est que l'on a
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
craint apparemment de ne pouvoir plus
remuer la charrue avec la même facilité.
Mais je vais lever cet obftacle
un nouvel avantage pour la
facilité du tirage.
avec
Lorfque l'on triplera la hauteur des
roues , les chevaux pourront tirer trois
focs avec autant de facilité que le feul
qu'ils tirent à préfent , fur- tout s'ils font
tels que ceux de Meffieurs Duhamel
de Chateauvieux & de la Leverie , qui
ouvrent dix pouces à chaque raye. Ainfi
voilà déja le moyen de tripler l'ouvrage
fans nouvelle dépenfe ; mais j'ai encore
d'autres ajuftemens à propofer qui en
faciliteront le travail .
Pour y parvenir, j'ajouterai deux brancards
& deux roues de derriere pareilles
à celles de devant. Les brancards & les
éffieux feront de longueur néceffaire
pour contenir au dedans le batis de la
charrue à fix focs , & fur le devant l'on
mettra un timon fixe , afin de la faire
manoeuvrer à volonté par les quatre
chevaux qui la tiveront. Et enfin pour
procurer un tirage plus aifé, j'ajouterai
aux roues la force des poulies ; dans
le moyeu de chaque roue l'on pofera
trois cylindres de cuivre roulans fur
eux-mêmes , & fixant par un triangle
JANVIER 1763.. 133
parfait l'effieu qui traverſe le moyeu ;
enforte que le tirage de chaque roue
en fera diminué confidérablement.
-Les travaillans de cette charrue peuvent
être ajustés de différentes maniè
res ; mais il est toujours indifpenfable
de mettre des coultres en avant à qua
tre pouces l'un de l'autre , & je vou- .
drois qu'ils priffent les focs par les côtés
plutôt que par les milieux ; enfuite
je mettrois fur deux lignes les pattesd'oyes
de M. de Chateauvieux , qui
portent un coutre en avant. Ces pattesd'oye
plus étroites que les fiennes
fouilleront & fouleveront aifément une
terre bien coupée par les coutres , &
enfuite les focs que j'ai indiqués renver
feroient la terre avec facilité ; ou encore
après la ligne des coutres je mettrois
les pattes-d'oyes par étage fur deux
lignes , & chaque ligne foulevant la .
terre à deux , à trois pouces feulement ,
les focs qui viendroient enfuire renverferoient
fix pouces de terre , fans qu'il
en coutât plus de force que pour trois
ou quatre pouces ; ou bien j'établirois
fimplement fix focs de M. de la Leverie.
avec leurs coutres fur deux lignes , qui
renverferoient de même cinq pieds de
terre d'un feul trait.
134 MERCURE DE FRANCE .
1
Sous les brancards de cette charrue
& par-devant , des tenons recevront les
bras ronds de différens cylindres de
groffeur & percés de maniere à recevoir
les haies des coutres , pattes- d'oye
& focs. Comme je retranche les manches
à dix-huit pouces de leur naiffance,
il feroit placé néanmoins dans ces dixhuit
pouces , en-dedans & en dehors
de forts anneaux : à ceux du dedans feroit
attachée une corde d'un pouce de
circonférence , qui garniroit fur le devant
un treuil dont les leviers iroient à
la main du chartier , qui appuyant deffus
, tiendroit en terre à la profondeur
qu'il jugeroit à propos , les travaillans
de cette charrue. Aux anneaux , en -dehors
, feroient attachées pareilles cordes
, qui garniffans un treuil fur le derrière
, dont les leviers pourroient d'un
feul coup élever tous les travaillans de
cette machine , qui feroit conduite où
on le defireroit , fans que rien touchât à
terre .
Je ne décris pas plufieurs autres ajuftemens
particuliers , que chacun peut
faire fuivant fa volonté.
Pour ménager les forces & la peine
du charretier , & pour que l'ouvrage
allât plus vîte , l'ou pourroit fur le der- .
JANVIER. 1763. 135
rière ajufter une fcellette , fur laquelle
il feroit affis : mais comme il y auroit à
craindre qu'après s'être amufé il ne furmenât
les chevaux , chacun fera auffi
fur cet article ce qu'il jugera à propos.
Comme cette charrue ne pourroit pas
travailler fur des côtes un peu roides ou
autres endroits difficiles , l'on pourra
alors employer le tourne- oreille ; mais je
voudrois que dans les moyeux des roues
fuffent placés les trois cylindres de la
manière que j'ai recommandé : cette
charrue ayant moins de tirage , feroit
plus expéditive.
Batte à grains.
J'imaginai il y a deux ans une batte
à grains très-fimple , qui auroit'expédié
beaucoup. J'ai négligé jufqu'au mois de
Juillet dernier cette machine , dont j'ai
envoyé le modéle à Meffieurs de la Société
de Bretagne ; mais comme différentes
perfonnes en ont conftruit de
bonnes , je n'en dirai rien ici . Si MM.
de Bretagne la trouvent de quelque
utilité , ils en parleront.
136 MERCURE DE FRANCE .
Caroffes & autres voitures .
Il feroit poffible de rendre légéres
toutes fortes de voitures en plaçant les
cylindres dans le moyeu des roues ,
comme je l'ai remarqué , ou bien de
faire tourner l'effieu fur les cylindres :
deux chevaux f roient aifément l'ouvrage
de quatre..
Fermer
Résumé : OBSERVATION sur un vice éssentiel des charrues, & Éssai fur la construction d'une nouvelle qui fera plus d'ouvrage sans augmenter la dépense. Par M. PIOGER, Gentilhomme, demeurant à Andrezy.
Le texte aborde l'importance des labours en agriculture et les défis rencontrés par les fermiers pour les réaliser de manière optimale. Les fermiers les plus compétents ne peuvent pas labourer toutes leurs terres autant que nécessaire, souvent en raison des conditions météorologiques défavorables telles que les pluies, les neiges, les gelées et la sécheresse, qui interrompent les travaux. Cette situation réduit considérablement les récoltes. Pour remédier à ces problèmes, l'auteur propose d'améliorer les charrues existantes. Il observe que les charrues actuelles, comme la charrue à tourne-oreille et la charrue à versoir, sont inefficaces en raison de la faible hauteur de leurs leviers. Il suggère de doubler ou tripler cette hauteur pour faciliter le travail. De plus, il propose d'ajouter des brancards et des roues supplémentaires, ainsi que des poulies pour réduire l'effort de traction. Ces modifications permettraient aux chevaux de tirer plusieurs socs avec la même facilité, augmentant ainsi la productivité sans coût supplémentaire. L'auteur décrit également des ajustements possibles pour les outils de travail de la charrue, comme l'ajout de coutres et de pattes-d'oyes pour mieux retourner la terre. Il mentionne également une batte à grains qu'il a imaginée mais qu'il ne décrit pas en détail, ainsi que des améliorations possibles pour les voitures agricoles afin de les rendre plus légères et efficaces.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
50
p. 160-162
CÉREMONIES PUBLIQUES.
Début :
Le 9 Septembre, l'Archevêque de Colosse, Nonce Ordinaire du Pape, [...]
Mots clefs :
Archevêque, Nonce ordinaire du Pape, Prince, Ambassadeurs, Carosse, Comte, Comtesses, Soldats, Chevaux, Audience, Officiers, Monseigneur, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉREMONIES PUBLIQUES.
CEREMONIES PUBLIQUES.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
Fermer
Résumé : CÉREMONIES PUBLIQUES.
Le 9 septembre, l'Archevêque de Coloffe, Nonce Ordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accompagné par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche, qui le prirent au Couvent de Picpus et le conduisirent en procession à son hôtel. La procession incluait des détachements du Guet à cheval, des carrosses de la famille royale et ceux des princes et princesses de la cour. À son arrivée, il fut complimenté par des représentants du Roi, de la Reine, de la Dauphine et de Madame Adélaïde. Le 11 novembre, le Nonce fut conduit à Versailles pour sa première audience publique par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche. Il fut accueilli par les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que les Cent-Suisses sur l'escalier. Après l'audience du Roi, il rencontra la Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Berry, le Comte de Provence, le Comte d'Artois, Madame Adélaïde, et Mesdames Victoire, Sophie et Louise. Il fut ensuite reconduit à Paris dans les carrosses du Roi et de la Reine. Le 12 octobre, le Marquis de Montpezat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, fut présenté au Roi, à la Reine et à la Famille Royale par le Duc d'Aumont, premier Gentilhomme de la Chambre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer