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p. 1-85
EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Je croy, Madame, que je ne puis mieux répondre à / L'Allégorie est la maniere la plus ancienne d'exprimer [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Prince, Hollande, Guerre, France, Paix, Tableaux, Justice, Espagne, Main, Mars, Femme, Couronne, Fleurs, Sujet, Ovale, Trône, Côté, Minerve, Miroirs, Parois, Valeur, Force, Forme, Abondance, Ennemis, Flandre, Comte, Campagnes, Aigle, Lion, Épée, Hiver, État, Gloire, Finances, Commerce, Ambassadeur, Violence, Conquêtes, Allemagne, Soldats, Charles Le Brun, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
E croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
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Résumé : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
La lettre décrit la Galerie de Versailles, réalisée par le peintre Lorne, qui met en lumière la vie et les réalisations du roi à travers des allégories. Charles Le Brun a utilisé ces allégories pour narrer l'histoire du roi, de la paix des Pyrénées à celle de Nimègue. La galerie est composée de divers tableaux et bas-reliefs. Le tableau central représente le roi jeune, prenant le gouvernail de l'État après son mariage. Douze ovales illustrent ses premiers desseins glorieux, tels que la réforme des finances, la justice, le commerce et les académies. Six bas-reliefs montrent des événements comme la guerre de Flandre et la paix d'Aix-la-Chapelle. Huit tableaux majeurs traitent de la dernière guerre contre les Hollandais, montrant le roi méditant sur les difficultés, préparant les provisions nécessaires et proposant ses plans aux généraux. Les tableaux sont encadrés dans des compartiments riches et ornés de thèmes peints en bronze doré. Des enfants jouent avec des festons de fleurs sur des masques colorés. Des tapis de velours décorent les espaces entre les bordures, montrant les amusements de l'enfance du prince. Des inscriptions sur des cartouches de sculpture décrivent chaque sujet. La série de tableaux allégoriques illustre les campagnes militaires du roi en Hollande entre 1674 et 1676. Ces œuvres représentent diverses figures allégoriques symbolisant les qualités royales et les préparatifs militaires. La première campagne montre les armées du roi traversant le Rhin et remportant des victoires. La seconde campagne voit la prise de Maastricht et des succès navals. La galerie se termine par la Paix de Hollande, personnifiée par une déesse, et la désunion des puissances coalisées. Réalisée par Charles Le Brun en quatre ans, cette œuvre a été admirée par le roi et la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 78-83
Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Je suis bien aise, Madame, que les petites Descriptions [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Tableaux, Description, Versailles, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Je fuis bien aife, madame , que
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
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Résumé : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Le texte aborde la demande de descriptions plus détaillées des tableaux de la galerie de Versailles. L'auteur mentionne un travail réalisé par Monsieur Charpentier, approuvé par le roi, qui a été bien accueilli par la cour. À la demande du roi, les inscriptions latines des tableaux ont été remplacées par des inscriptions en français. Cette modification a été favorablement reçue par les dames de la cour et les étrangers apprenant le français. La décision a été appuyée par un ouvrage intitulé 'Défense de la Langue Française' et des réponses à des écrits latins. La galerie de Versailles est comparée à un arc de triomphe, ce qui justifie l'utilisation de la langue française pour les inscriptions. L'auteur conclut en promettant d'envoyer les descriptions des tableaux et les inscriptions à la demande de la destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
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4
p. 89-94
INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Ces petits Tableaux contiennent plusieurs Actions celebres de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Versailles, Tableaux, Actions, Sa Majesté, Réparations, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
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Résumé : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document présente une série de dix-huit petits tableaux dans la galerie de Versailles, illustrant des actions célèbres du roi. Ces tableaux sont organisés en six bandes de trois tableaux chacune, placés entre les grands tableaux de la voûte. La première bande montre le soulagement du peuple pendant la famine de 1662, l'aide apportée à la Hollande contre l'évêque de Munster, et la réparation d'un outrage fait à Rome. La deuxième bande illustre l'abolition des duels, la délivrance de l'Empire des Turcs, et la préférence accordée à la France sur l'Espagne. La troisième bande traite de la première guerre contre l'Espagne pour les droits de la reine, l'établissement de la navigation, et la réformation de la justice. La quatrième bande montre la paix conclue à Aix-la-Chapelle, la réorganisation des finances, et la protection des beaux-arts. La cinquième bande représente l'acquisition de Dunkerque, la création de l'Hôtel Royal des Invalides, et les ambassades des nations éloignées. Enfin, la sixième bande illustre la sûreté de Paris, le renouvellement de l'alliance avec les Suisses, et la fonction des Deux Mers.
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5
p. 331-334
« J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Début :
J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...]
Mots clefs :
Peintre, Ouvrage, Portraits, Graveur, Mr Mignard, Hommes, Réputation, Tableaux, Beauté, Devises, Poésie, Estampes, Pinceau
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Pay à vous parler de trois Illus
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
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Résumé : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
L'article traite de Pierre Mignard, un peintre renommé, fils de Nicolas Mignard et neveu de Paul Mignard, tous deux peintres célèbres. Pierre Mignard est particulièrement connu pour ses portraits, dont celui de Monsieur de Lussy, gravé par Jean Rouer, élève de Pierre-Paul Poilly. Rouer a affiné son art en Italie durant douze ans. Les devises accompagnant le portrait ont été rédigées par l'Abbé Tallemant le Jeune. Mignard a également composé des vers pour décrire Monsieur de Lussy, illustrant ainsi la complémentarité entre la poésie et la peinture. L'estampe du portrait est disponible chez le graveur, situé rue Saint-Honoré, près des bastons Royaux.
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6
p. 339-356
Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils allerent au vieux Louvre, ils furent reçeus [...]
Mots clefs :
Galerie, Louvre, Salle, Fenêtres, Roi, Dorure, Ambassadeurs, Tableaux, Sculpture, Voir, Vieux Louvre, Appartement, Cabinet, Colonnes de marbre, Beauté, Majesté, Dessin, Palais, Tuileries, Machines
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texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Lors qu'ils allerent au
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
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Résumé : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent le vieux Louvre, accueillis par M. Seguin, capitaine. Ils commencèrent par la salle des Cent Suisses et traversèrent l'appartement de la reine-mère, admirant la dorure ancienne. Ils visitèrent ensuite le cabinet des Bains, orné de colonnes de marbre et de portraits de la Maison d'Autriche, avec une cuve de marbre et un plancher de Siam. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par les colonnes de marbre et les fleurs de bois rapportées. Ils passèrent dans un grand salon avec de grands tableaux, puis dans l'appartement de la reine-mère, une enfilade de sept ou huit grandes pièces avec des sculptures dorées et des plafonds peints par Romanelli. Ils virent également des tableaux de M. Bourson représentant des vues de mer. Ils entrèrent ensuite dans un cabinet donnant sur la rivière, admirant la dorure et les peintures de Siam. Les ambassadeurs traversèrent la salle des Antiques, détruite par un incendie, et visitèrent la galerie où le roi loge les artistes. Ils montèrent chez M. Girardon, dont le cabinet était rempli d'ouvrages curieux et antiques. Ils remercièrent M. Girardon pour ses explications et traversèrent à nouveau l'appartement de la reine-mère avant de monter chez le roi par le grand escalier du Louvre. Ils visitèrent la salle des Gardes, une terrasse pour voir l'étendue de la cour, et traversèrent les appartements du roi et de la reine défunte. Ils admirèrent les alcôves dorées et plusieurs tableaux, notamment ceux de l'histoire d'Alexandre peints par M. le Brun. Ils visitèrent ensuite la galerie d'Apollon, encore inachevée, et la grande galerie, longue de trois cents toises, qui commence au vieux Louvre et finit au Palais des Tuileries. Les ambassadeurs traversèrent ensuite les Tuileries, admirant le théâtre et les appartements remplis de peintures et de dorures. Ils visitèrent une galerie avec des cabinets précieux, dont certains faits aux Gobelins, et traversèrent la salle des Machines, considérée comme l'un des plus beaux ouvrages de son temps. Ils descendirent par le grand escalier et furent conduits à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, dont M. de Louvois est le protecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 356-363
Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Début :
Tout le monde sçait ce qu'elle doit à ses soins. [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Ambassadeurs, Charles Le Brun, Marbre, Figures, Salle, Cheval de bronze, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Tout le monde ſçait
ce qu'elle doit à ſes ſoins.
Elle est à l'entrée de la ruë
de Richelieu dans une des
Galleries du Palais Royal.
Les Ambaſſadeurs furent reçûs
en deſcendant de Carof
ſe , par M. le Brun qui eſt
Chancelier & Directeur de
de Siam. 357
cette Academie , & par Mrs
Girardon, Desjardins , de Seye,
le Hongre , Beaubrun , &
Coëpel qui en font les principaux
Officiers , & les plus
illuftres dans leurArt. Ils efaoient
accompagnez de plufieurs
autres , & d'un grand
nombre d'Academiciens qui
ne font point du Corps des
Officiers . Les Ambaſſadeurs
virent d'abord dans la premiere
Salle pluſieurs Tableaux
& pluſieurs Basreliefs de
1 marbie, faits par lesEtudians
qui travaillent tous les ans
pour lesPrix que le Roy don358
Voyage des Amb.
ne . Ils entrerent enſuite dans
la Sale , où les Ecoliers deffinent
d'aprés les Modeles ,
& où ils travailloient alors
aprés un Groupe de deux
hommes nuds , qui estoient
au milieu de cette Sale. Le
premier Ambaſſadeur fit une
choſe qui furprit toute l'Affemblée
, & qui le fit admi
rer . Il prit les deſſeins de la
pluſpart des Ecoliers,les confidera
les uns aprés les autres
, & montra celuy qu'il
croyoit le meilleur. M le
Brun dit quil avoit jugé juſte
, & pour faire voir qu'il
de Siam.
359
ne le flatoit point , il donna
le defſſein à examiner à ceux
de 'l Academie , qui estoient
autour de luy . On entra de
là dans la grande Sale , où
M's de l'Academie tiennent
leurs Affmblées Elle est toute
remplie de Tableaux, faits
par les plus excellens Peintres
que nous ayons , & de
Buftes , de Bas-reliefs , & de
Médailles de Marbre , travaillez
par les plus habiles
Sculpteurs. On peut dire que
ce font autant de Chefsd'oeuvres
, puis que ce font
en effet les Chefs-d'oeuvres ,
360 Voyage des Amb.
de tous les Peintres , & de
tous les Sculpteurs qui font
reçeus à l'Academie, où chacun
est obligé de donner ou
unTableau, ou unOuvragede
Sculpture pour y eftre reçû.
Les Ambaſſadeurs eſtant au
milieu de tant de belles choſes
, en examinerent le plus
grand nombre qu'ils pûrent,
& firent tant de queſtions ,
que la pluſpart des Academiciens
ſe trouverent occupez
en mefme temps à leur
répondre. Ils virent dans le
mefine lieu l'Hercule , & la
Flore , qui font des Figures
de
de Siam.
361
de dix pieds de haut , & demanderent
fi ces Figures eftoient
d'Italie. On leur dit
que ce n'eſtoit là que des
Modelles ; qu'il y en avoit
de ſemblables en Italie qui
eſtoient de Marbre, & qu'on
en faifoit auffi de Marbre à
Paris , pour le Roy , qui devoient
eſtre bien - toft achevées.
Aprés cela ils approcherent
des feneftres qui
donnent dans la Court de
l'Academie, & s'attacherent
à regarder un Cheval de
bronze qui eſt au milieu fur
un piedestal , & un Modelle
Hh
362 Voyage des Amb.
de plaftre de l'Empereur
Marc-Aurele à cheval. De
cette Sale ils paſſerent dans
celle où font les Portraits des
perſonnes de l'Academie,
que ceux qui ont eſté reçeus
ont choiſy de faire pour
leurs Tableaux de reception.
En entrant le premier Am..
baffadeur reconnut de loin
celuy de M² le Brun , & s'attacha
enſuite à quelques autres
, dont la peinture fembloit
donner du relief aux
Figures. Ils fortirent aprés
avoir confideré tous ces Tableaux,&
dirent à ces Ms,
de Siam.to 363
Qu'ils ne s'étonnoient pas fi l'on
voyoit tant de belles choses en
France ,puis qu'il y avoit un ft
grand nombre d'habiles Gens. Ils
furent reconduits juſques à
leur Caroffe par tous ceux
qui avoient eſtéles recevoir,
àla referve de M² le Brun ,
qui eſtoit partyun peu avant
eux, afin de les aller attendre
aux Gobelins. Les Ambaſſadeurs
eftant montez en Caroſſe
, ſaluërent encore tous
ceux de l'Academie avant
que de partir .
ce qu'elle doit à ſes ſoins.
Elle est à l'entrée de la ruë
de Richelieu dans une des
Galleries du Palais Royal.
Les Ambaſſadeurs furent reçûs
en deſcendant de Carof
ſe , par M. le Brun qui eſt
Chancelier & Directeur de
de Siam. 357
cette Academie , & par Mrs
Girardon, Desjardins , de Seye,
le Hongre , Beaubrun , &
Coëpel qui en font les principaux
Officiers , & les plus
illuftres dans leurArt. Ils efaoient
accompagnez de plufieurs
autres , & d'un grand
nombre d'Academiciens qui
ne font point du Corps des
Officiers . Les Ambaſſadeurs
virent d'abord dans la premiere
Salle pluſieurs Tableaux
& pluſieurs Basreliefs de
1 marbie, faits par lesEtudians
qui travaillent tous les ans
pour lesPrix que le Roy don358
Voyage des Amb.
ne . Ils entrerent enſuite dans
la Sale , où les Ecoliers deffinent
d'aprés les Modeles ,
& où ils travailloient alors
aprés un Groupe de deux
hommes nuds , qui estoient
au milieu de cette Sale. Le
premier Ambaſſadeur fit une
choſe qui furprit toute l'Affemblée
, & qui le fit admi
rer . Il prit les deſſeins de la
pluſpart des Ecoliers,les confidera
les uns aprés les autres
, & montra celuy qu'il
croyoit le meilleur. M le
Brun dit quil avoit jugé juſte
, & pour faire voir qu'il
de Siam.
359
ne le flatoit point , il donna
le defſſein à examiner à ceux
de 'l Academie , qui estoient
autour de luy . On entra de
là dans la grande Sale , où
M's de l'Academie tiennent
leurs Affmblées Elle est toute
remplie de Tableaux, faits
par les plus excellens Peintres
que nous ayons , & de
Buftes , de Bas-reliefs , & de
Médailles de Marbre , travaillez
par les plus habiles
Sculpteurs. On peut dire que
ce font autant de Chefsd'oeuvres
, puis que ce font
en effet les Chefs-d'oeuvres ,
360 Voyage des Amb.
de tous les Peintres , & de
tous les Sculpteurs qui font
reçeus à l'Academie, où chacun
est obligé de donner ou
unTableau, ou unOuvragede
Sculpture pour y eftre reçû.
Les Ambaſſadeurs eſtant au
milieu de tant de belles choſes
, en examinerent le plus
grand nombre qu'ils pûrent,
& firent tant de queſtions ,
que la pluſpart des Academiciens
ſe trouverent occupez
en mefme temps à leur
répondre. Ils virent dans le
mefine lieu l'Hercule , & la
Flore , qui font des Figures
de
de Siam.
361
de dix pieds de haut , & demanderent
fi ces Figures eftoient
d'Italie. On leur dit
que ce n'eſtoit là que des
Modelles ; qu'il y en avoit
de ſemblables en Italie qui
eſtoient de Marbre, & qu'on
en faifoit auffi de Marbre à
Paris , pour le Roy , qui devoient
eſtre bien - toft achevées.
Aprés cela ils approcherent
des feneftres qui
donnent dans la Court de
l'Academie, & s'attacherent
à regarder un Cheval de
bronze qui eſt au milieu fur
un piedestal , & un Modelle
Hh
362 Voyage des Amb.
de plaftre de l'Empereur
Marc-Aurele à cheval. De
cette Sale ils paſſerent dans
celle où font les Portraits des
perſonnes de l'Academie,
que ceux qui ont eſté reçeus
ont choiſy de faire pour
leurs Tableaux de reception.
En entrant le premier Am..
baffadeur reconnut de loin
celuy de M² le Brun , & s'attacha
enſuite à quelques autres
, dont la peinture fembloit
donner du relief aux
Figures. Ils fortirent aprés
avoir confideré tous ces Tableaux,&
dirent à ces Ms,
de Siam.to 363
Qu'ils ne s'étonnoient pas fi l'on
voyoit tant de belles choses en
France ,puis qu'il y avoit un ft
grand nombre d'habiles Gens. Ils
furent reconduits juſques à
leur Caroffe par tous ceux
qui avoient eſtéles recevoir,
àla referve de M² le Brun ,
qui eſtoit partyun peu avant
eux, afin de les aller attendre
aux Gobelins. Les Ambaſſadeurs
eftant montez en Caroſſe
, ſaluërent encore tous
ceux de l'Academie avant
que de partir .
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Résumé : Ils vont à l'Academie Royale de Peinture & de Sculpture. Description de cette Academie. [titre d'après la table]
Le texte relate la visite des ambassadeurs de Siam à l'Académie royale de peinture et de sculpture, située dans les Galleries du Palais Royal. Ils furent reçus par Charles Le Brun, Chancelier et Directeur de l'Académie, ainsi que par des membres éminents tels que Girardon, Desjardins, de Seye, le Hongre, Beaubrun et Coëpel. Les ambassadeurs commencèrent par admirer des tableaux et des bas-reliefs réalisés par les étudiants pour les prix royaux. Ils observèrent ensuite les élèves dessiner d'après des modèles, notamment un groupe de deux hommes nus. Un ambassadeur surprit l'assemblée en choisissant le meilleur dessin parmi ceux des élèves, choix approuvé par Le Brun. La visite se poursuivit dans la grande salle où sont exposés des chefs-d'œuvre des peintres et sculpteurs de l'Académie. Les ambassadeurs posèrent de nombreuses questions, admirèrent des figures comme l'Hercule et la Flore, et observèrent un cheval de bronze et un modèle en plâtre de l'empereur Marc-Aurèle. Ils terminèrent par la salle des portraits des membres de l'Académie, reconnaissant notamment celui de Le Brun. Avant de partir, ils complimentèrent les membres de l'Académie sur la qualité des œuvres et furent reconduits à leur carrosse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 70-77
Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour au Convent des Chartreux, & [...]
Mots clefs :
Couvent des chartreux, Couvert, Couvent, Religieux, Humilité, Cloître, Pères, Cour, Porte, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
au Convent des Chartreux
des Amb. de Siam.
67
10
-bi
& defcendirent de Carofle
dans la court devant la porte
de l'Eglife. On leur dit qu'on
ne venoit point le recevoir , parce
que ces Religieux ayant entierement
renoncé au monde ,&fai-
Sant profeſſion de la plus exacte
humilité , ils n'alloient au devant
de personne. Ils entrerent dans
l'Egliſe où il ne ſe trouva que
celuy qui leur en ouvrit la
porte qui eſtoit fermée parce
qu'il eſtoit déja tard. M
Torf s'étant mis d'abord à
genoux , ils ſuivirent ſon exemple
, & ne ſe releverent
jo
qu'aprés luy. Ils admirerent
enfuite toute la menuiferie ,
Fij
68 Suite du Voyage
qui eſt des plus belles que
l'on voye dans le Royaume.Ils
firent le tour du Choeur pour
en conſiderer les Tableaux.Ils
ont eſté faits par les plus excellens
Peintres que nous
ayons aujourd'huy. Mr Coepel
eſt du nombre. Ils remarquerent
une figure de Bronze
qui eft fur un tombeau devant
le grand Autel , & demanderent
le nom de celuy
qu'elle repreſentoit. On leur
dit que c'eſtoit un Chancelier
de France qui avoit fait
du bien à ce Convent. Hs
paſſerent de- là dans la Sacriitie
,& enſuite dans une gran
des Amb. de Siam . 69
de Salle où il y a des Tableaux
anciens & modernes ,
qu'ils trouverent tres -beaux ,
aprés quoy ils furent conduits
dans le Cloiſtre où toute
la vie de S. Bruno eſt peinte
par Feu Male Sueur. C'eſt
un grand ouvrage & fort
eſtimé de tous les connoiffeurs.
Il eſt couvert par des
volets ſur leſquels font peints
divers Païſages. On les ouvrit
tous pour leur mieux faire
voir la vie de ce Saint , qui
eſt Fondateur de l'Ordre. Aprés
avoir été quelque temps
dans le Cloiſtre où ils trouverent
le P. Vicaire qui les ac-
Füj
70 Suite du Voyage
cópagna avec quelques Religieux
dás tous les autres lieux
où ils allerent , ils entrerent
dans le Refectoire où le couvert
eſtoit mis , parce qu'ils
faifoient ce ſoir la collation
en commun . Ils remarquerent
qu'il y avoit un godet
de terre à chaque couvert
& on leur dit que l'humilité
dont ces Peres faisoient
profeſſion ne leur permettoit pas
de boire dans autre chose. Ils vi-
Grerent enfuite une des Cel
lules , & regarderent le lit ,
la Bibliotheque , & le jardin.
Ils vinrent aprés cela voir une
pompe qui eſt au milieu
,
des Amb. de siam.
71
de la court du grand Cloiſtre,
& qui éleve l'eau & la diftribuë
dans les Cellules. Le pre-
- mier Ambafſfadeur examina
tout ce qui dépend de cette
- machine, & fa curiofité le fit
paffer par des endroits d'un
accés aſſez difficile. Comme
il eſtoit déja tard , il n'eut
pas le temps de voir le reſte
de ce Convent & d'aller
dans le grand Jardin. Il fortit
par un lieu couvert , affez
long , bâty en maniere de
Cloître , & qui donne dans la
court. Il ne s'aperçeut point
que les Peres qui l'avoient
accompagné , ne l'avoient
72 Suite du Voyage
)
pas ſuivy dans ce lieu ; on
luy dit lors qu'il fut au bout
que leur Regle ne leur permettoit
pas de reconduire perſonne. Cela
l'obligea de retourner ſur ſes
pas juſqu'au bout du lieu
qu'il avoitdéja traverſé, pour
remercier ces Peres de leur
honneſteté. Les trois Ambaffadeurs
, & les Mandarins
de leur fuite furent fort édifiez
de l'humilité & de l'aufterité
de ceux de cét Ordre.
Plus les Regles des Religieux
qu'ils voïent font aufteres
, plus ils les eſtiment.
au Convent des Chartreux
des Amb. de Siam.
67
10
-bi
& defcendirent de Carofle
dans la court devant la porte
de l'Eglife. On leur dit qu'on
ne venoit point le recevoir , parce
que ces Religieux ayant entierement
renoncé au monde ,&fai-
Sant profeſſion de la plus exacte
humilité , ils n'alloient au devant
de personne. Ils entrerent dans
l'Egliſe où il ne ſe trouva que
celuy qui leur en ouvrit la
porte qui eſtoit fermée parce
qu'il eſtoit déja tard. M
Torf s'étant mis d'abord à
genoux , ils ſuivirent ſon exemple
, & ne ſe releverent
jo
qu'aprés luy. Ils admirerent
enfuite toute la menuiferie ,
Fij
68 Suite du Voyage
qui eſt des plus belles que
l'on voye dans le Royaume.Ils
firent le tour du Choeur pour
en conſiderer les Tableaux.Ils
ont eſté faits par les plus excellens
Peintres que nous
ayons aujourd'huy. Mr Coepel
eſt du nombre. Ils remarquerent
une figure de Bronze
qui eft fur un tombeau devant
le grand Autel , & demanderent
le nom de celuy
qu'elle repreſentoit. On leur
dit que c'eſtoit un Chancelier
de France qui avoit fait
du bien à ce Convent. Hs
paſſerent de- là dans la Sacriitie
,& enſuite dans une gran
des Amb. de Siam . 69
de Salle où il y a des Tableaux
anciens & modernes ,
qu'ils trouverent tres -beaux ,
aprés quoy ils furent conduits
dans le Cloiſtre où toute
la vie de S. Bruno eſt peinte
par Feu Male Sueur. C'eſt
un grand ouvrage & fort
eſtimé de tous les connoiffeurs.
Il eſt couvert par des
volets ſur leſquels font peints
divers Païſages. On les ouvrit
tous pour leur mieux faire
voir la vie de ce Saint , qui
eſt Fondateur de l'Ordre. Aprés
avoir été quelque temps
dans le Cloiſtre où ils trouverent
le P. Vicaire qui les ac-
Füj
70 Suite du Voyage
cópagna avec quelques Religieux
dás tous les autres lieux
où ils allerent , ils entrerent
dans le Refectoire où le couvert
eſtoit mis , parce qu'ils
faifoient ce ſoir la collation
en commun . Ils remarquerent
qu'il y avoit un godet
de terre à chaque couvert
& on leur dit que l'humilité
dont ces Peres faisoient
profeſſion ne leur permettoit pas
de boire dans autre chose. Ils vi-
Grerent enfuite une des Cel
lules , & regarderent le lit ,
la Bibliotheque , & le jardin.
Ils vinrent aprés cela voir une
pompe qui eſt au milieu
,
des Amb. de siam.
71
de la court du grand Cloiſtre,
& qui éleve l'eau & la diftribuë
dans les Cellules. Le pre-
- mier Ambafſfadeur examina
tout ce qui dépend de cette
- machine, & fa curiofité le fit
paffer par des endroits d'un
accés aſſez difficile. Comme
il eſtoit déja tard , il n'eut
pas le temps de voir le reſte
de ce Convent & d'aller
dans le grand Jardin. Il fortit
par un lieu couvert , affez
long , bâty en maniere de
Cloître , & qui donne dans la
court. Il ne s'aperçeut point
que les Peres qui l'avoient
accompagné , ne l'avoient
72 Suite du Voyage
)
pas ſuivy dans ce lieu ; on
luy dit lors qu'il fut au bout
que leur Regle ne leur permettoit
pas de reconduire perſonne. Cela
l'obligea de retourner ſur ſes
pas juſqu'au bout du lieu
qu'il avoitdéja traverſé, pour
remercier ces Peres de leur
honneſteté. Les trois Ambaffadeurs
, & les Mandarins
de leur fuite furent fort édifiez
de l'humilité & de l'aufterité
de ceux de cét Ordre.
Plus les Regles des Religieux
qu'ils voïent font aufteres
, plus ils les eſtiment.
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Résumé : Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent le couvent des Chartreux. Ils furent informés que les religieux ne les accueillaient pas en raison de leur vœu d'humilité. Ils admirèrent l'église, sa menuiserie et ses tableaux, notamment ceux de Mr Coepel. Ils remarquèrent une figure de bronze sur un tombeau, représentant un chancelier de France ayant aidé le couvent. Ils visitèrent la sacristie, une grande salle avec des tableaux anciens et modernes, et le cloître, où la vie de Saint Bruno est peinte par Feu Male Sueur. Accompagnés par le Père Vicaire et quelques religieux, ils observèrent dans le réfectoire que chaque couvert avait un godet de terre, symbole de l'humilité des religieux. Ils visitèrent également une cellule, la bibliothèque, le jardin et une pompe dans la cour du grand cloître. L'ambassadeur examina la pompe avec curiosité. En raison de l'heure tardive, ils ne purent voir le reste du couvent ni le grand jardin. Les religieux ne les reconduisirent pas, conformément à leur règle. Les ambassadeurs furent impressionnés par l'humilité et l'austérité des religieux.
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9
p. 77-85
Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain ils allerent voir quantité de pierreries chez Mr [...]
Mots clefs :
Monsieur de Montarcis, Voir, Pierreries, Roi, Europe, Ambassadeur, Cabinet, Médailles, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain ils allerent
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
voir quantité de pierreries
chez
des Amb. de Siam. 73
oeuvre celchez
Monfieur de Montarfis
qui en a toujours des plus
belles de l'Europe , & qui
( ayant Thonneur d'eſtre au
Roy , en fournit ſouvent à Sa
Majesté , & fait mettre en
preſque toutes
Iles de la Couronne. Ils en
virét pour quelques millions,
a les examinerent toutes & en
demanderent le prix& comme
il y a desrubis de diver-
( ſes ſortes de couleurs , le Premier
Ambaſſadeur voulut
ſçavoir la diference qu'on
fait entre chaque couleur , &
et ceux que l'on eftime le plus.
Il apprit à quels ufages la
chi G
74 Suite du Voyage
&
pluſpart des pierreries qu'il
vit eſtoient deſtinées
marqua à quels endroits ſe
mettoient les pieces des dif
ferentes fortes de parures
qu'on luy montra. Ayant
aperçeu un Portrait du Roy
en miniature , & entouré de
pierreries , il le prit à diverſes
fois , dit qu'il eſtoit extrême
ment reſſemblant , & s'atacha
tellement à le confiderer , que
fon attention ceſſa pour les
pierreries qu'il examinoit auparavant
avec un ſoin ſi curieux.
Apres que Mr de Montarfis
leur cut fait voir la plus
des Amb. de Siam .
75
grande partie des pierreries
qui estoient alors chez luy
il leur montra fon cabinet de
Medailles , conſiſtant en plus
de quarante tiroirs , quicomprennent
la France , L'Eſpagne
, L'Allemagne , l'Italie,
l'Angleterre , la Pologne ,
la Suede , la Hollande , &
celles de pluſieurs autres Nations.
Il leur en expliqua
un fort grand nombre , &
fit voir dans toutes ces explications
beaucoup de prefence
d'eſprit , de memoire &
d'érudition , avec une grande
connoiſſance de l'Hiſtoi
re generale , ſans quoy il
Gij
76 Suite duVoyage
n'auroit pu répondre à diverſes
queſtions du Premier
Ambaſſadeur , qui eſt l'homme
du monde qui en faitle
plus , & de plusjuſtes. Me de
Montarſis luy expliqua tour
aulong une Medaille dont
le revers eſtoit tout remply
d'une fort longue infcription
, qui n'eſtoit pas avantageuſe
à la pluſpart des Souverains
de l'Europe. Ie ne
vous dis point le nom qu'on
donne à cette Medaille , ny
le Païs d'où elle venoit , il
ne faut point renouveller les
douleurs de ceux qui ſe font
repentis plus d'une fois de
des Amb: de siam. ブブ
1
l'avoir inventée & fait fraper.
On en fit l'hiſtoire à l'Ambafladeur
, & on luy dit que
cette medaille avoit eſté em
partie cauſe de la Guerre qui
s'eſtoit allumée en Europe
en 1672. Il la confidera attentivement
, mais avec un
air plein d'indignation , &
aprés l'avoir bien examinée ,
il la mit ſur la table , & la
pouſſa enſuite d'une maniere
mépriſante pour l'éloigner
de luy , ce qui merite d'eſtre
remarqué , puiſque l'on n'a
peut- eſtre jamais plus dit de
choſes ſans parler. On luy
montra pluſieurs Medailles
Giij
78 Suite du Voyage
f
du Roy , & aprés avoir regardé
la beauté de l'ouvrage,
& la reffemblance , il dit Que
L'imagination qu'on avoit euë de
faire des Medailles pour immortaliser
les hommes eftoit merveilleuse,
mais qu'elle estoit. inutile
pour le Roy , dont les grandes
actions feroient éternellement vi-
Fure la memoire, ſans que laposte.
vité euſt beſoin de pareils fecours
pour l'en faire souvenir. Aprés
avoir remercié Mª de Montarſis
de la peine qu'il s'eſtoit
donnée nonſeulement de luy
faire voir tant de belles choſes
, mais encore de les luy avoir
expliquées ſi nettement ,
des Amb. de Siam. 79
&de luy en avoir apris de ſi
curleuſes , il examina tous les
Tableaux de ſon cabinet les
uns aprés les autres , & fe fit
expliquer ce qu'ils reprefentoient.
Ces Tableaux donne
rent lieu à Mode Montarlis
de luy apprendre l'Hiftoire
de Christophe Colomb. La
curiofité de cet Ambaſſadeur
le porta juſques à vouloir ſçavoir
les noms , & le païs des
Peintres qui avoient fait de
fi beaux ouvrages , car il ſeeroit
difficile d'en trouver
beaucoup de plus beaux qu'il
y en a dans ce cabinet. Ce
fut ce qui l'engagea à voir le
Giiij
80 Suite du Voyage
reſte de l'apartement , où il
trouva une Pendulſe qui va
trois mois ſans eſtre montée.
Il fit enſuite civilité à
Madame de Montarfis , &
remercia encore Mr de Montarſis
à la portiere de fon
Caroſſe où il le reconduifit.
Comme les Ambaſſadeurs
n'avoient pû voir ny le Cha-
Iteau ny les Jardins de Ver-
Tailles le jour qu'ils eurent
Audience de Sa. Majesté , ils
partirent le lendemain pour
aller paffer quelques jours à
Clagny , qu'on leur avoit fait
meubler.
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Résumé : Ils vont chez M. de Montarsis voir ses Pierreries, ses Médailles, & ses Tableaux, [titre d'après la table]
Le lendemain, les ambassadeurs de Siam visitèrent des pierreries chez des ambassadeurs de Siam et chez Monsieur de Montarsis, connu pour posséder les plus belles pierres d'Europe et pour en fournir souvent au roi. Les ambassadeurs examinèrent les pierreries, s'intéressant particulièrement aux rubis et à leurs usages. Ils remarquèrent un portrait du roi en miniature entouré de pierreries, que le Premier Ambassadeur trouva extrêmement ressemblant. Après cette visite, Monsieur de Montarsis leur montra son cabinet de médailles, comprenant plus de quarante tiroirs avec des médailles de diverses nations. Il expliqua un grand nombre de médailles, démontrant une grande érudition et connaissance de l'histoire générale. Une médaille en particulier, dont l'inscription n'était pas avantageuse pour certains souverains européens, suscita l'indignation du Premier Ambassadeur. Ils examinèrent également plusieurs médailles du roi, et le Premier Ambassadeur exprima son admiration pour les grandes actions du roi, estimant que les médailles étaient inutiles pour immortaliser sa mémoire. Après avoir remercié Monsieur de Montarsis, ils examinèrent les tableaux de son cabinet, apprenant l'histoire de Christophe Colomb et s'intéressant aux peintres. Ils visitèrent ensuite le reste de l'appartement, où ils trouvèrent une pendule fonctionnant trois mois sans être remontée. Ils firent ensuite civilité à Madame de Montarsis et partirent pour Clagny, où ils passèrent quelques jours, n'ayant pas pu visiter le château et les jardins de Versailles lors de leur audience avec le roi.
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10
p. 88-92
Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Lorsque les Ambassadeurs allerent la premiere fois à Sceaux, ils [...]
Mots clefs :
Galerie de Sceaux, Ambassadeurs, Sceaux, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Portes, Décoration, Tableaux, Mansard, Charles Le Brun
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Lorſque les Ambaſſadeurs
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
allerent la premiere fois à
Sceaux, ils virent une Galerie
que M de Seignelay faifoit
bâtir dans ſon Jardin , &
qui n'eſtoit pas encore achevée.
Elle leur parut ſi belle
qu'ils témoignerent grande
envie de la revoir , quand le
bâtiment feroit finy. Il ſe
trouva fait , lors qu'ils étoient
fur le point de partir pour
:
des Amb. de Siam. 89
Flandre , de forte que la faifon
eftant encore belle , ils
allerent à Sceaux avant leur
départ. Voicy en quoy confifte
cette Galerie. C'eſt un
grand Bâtiment en aifle iſolés
ſeparé du Château en entrant
à main-gauche. Il a de lon
gueur 44. toiſes ſur s. dans
oeuvre & 6. ſous clef. Il eſt
flanqué au dehors par trois
avant- corps à chaque grande
face , au milieu deſquelles
font trois portes ceintrées.
Ces avant-corps font ornez
de frontons triangulaires , &
aux deux bouts il y a de pay
H
4
90 111 P. du Voyage
reilles portes de dix pieds &
demy de largeur , fur envi
ron le double de leur hauteur.
La face qui regarde le
Midy a dix grandes croiſées,
outre ces trois portes. La décoration
exterieure eſt de pierre
de refand, lecomble de cette
Galerie eſt brifé ; la decoration
du dedans eſt un lambris
de Quadres qui renfer
ment des Tableaux&des panneaux
de glaces . La voute en
ance de pannier , eft portée
par une corniche ornée de
Iculpture ; cette Galerie eft
pavée the marbre noir &
des Amb. de Siam. 91
blanc , & du deſſein de Mr
Manfard ; c'eſt un des plus
beaux ,&des plus vaſtes morceaux
d'Architecture qu'il
foit poſſible de voir. Les
Ambaſſadeurs s'y promenerent
long-temps , & quoy
quelle ne fuſtpas encore toutà-
fait meublée , ils ne laiſſerent
pas d'y remarquer de
tres belles chofes , ils recon
murent des Tableaux , dont
ils avoient veu de pareils à
Fontainebleau , ainſi que plufieurs
ouvrages deM le Brun.
M de Seignelay eſtoit alors
àFontainebleau , & perſonne
Hij
92 III. P. du Voyage
n'avoit eſté averty à Sceaux
que les Ambaſſadeurs y dufſent
aller ; cependant on les
y reçût tres-bien , & l'on fit
joüer toutes les eaux , aufquelles
ils prirent beaucoup
de plaifir , quoy qu'ils les
euſſent déja veuës.
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Résumé : Description de la Galerie de Sceaux. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent Sceaux et découvrirent une galerie en construction dans le jardin de M. de Seignelay. Impressionnés, ils souhaitèrent la revoir une fois achevée. La galerie, terminée avant leur départ pour la Flandre, est un grand bâtiment isolé de 44 toises de longueur et 6 toises de hauteur. Elle possède trois avant-corps sur chaque grande face, ornés de frontons triangulaires et de portes cintrées. La façade sud comporte dix grandes croisées et trois portes. La décoration extérieure est en pierre de refend, tandis que l'intérieur est orné de lambris avec des tableaux et des panneaux de glaces. La voûte, en anse de panier, est portée par une corniche sculptée. Le sol est pavé de marbre noir et blanc, selon un design de Monsieur Mansart. Les ambassadeurs apprécièrent la galerie malgré son ameublement incomplet et remarquèrent de beaux tableaux, dont certains similaires à ceux de Fontainebleau et des œuvres de Le Brun. En l'absence de M. de Seignelay, ils furent bien accueillis et admirèrent les jeux d'eau du jardin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 306-321
Valenciennes. [titre d'après la table]
Début :
Ils en partirent le 9. pour aller coucher à Valencienne. [...]
Mots clefs :
Valenciennes, Monsieur Château, Toile, Bardo di Bardi Magalotti, Tableaux, Ville, Roi, Empereur, Hainaut, Maison de Bavière, Ambassadeur, Citadelle, Cavalerie
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texteReconnaissance textuelle : Valenciennes. [titre d'après la table]
Ils en partirent le 9. pour
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
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Résumé : Valenciennes. [titre d'après la table]
Le texte décrit un voyage vers Valenciennes, une ville caractérisée par ses 4 523 maisons, 21 108 habitants, 34 églises, une abbaye, un chapitre de chanoines, 7 paroisses et 10 couvents. Valenciennes est renommée pour son antiquité et ses manufactures, établies par les Romains. En 367, l'empereur Valentinien la fit réparer et entourer de murailles. La ville passa sous la domination des rois de France avec Clodion et resta une terre distinguée sous les premières dynasties royales françaises. Par la suite, elle fut possession de divers princes et comtes, incluant les comtes de Hainaut et de Bavière, avant de devenir une possession des ducs de Bourgogne puis de la Maison d'Autriche. En 1677, Valenciennes fut prise par Louis XIV. La ville a également accueilli des figures historiques telles que Charlemagne et Pépin le Bref. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec honneur, visitèrent la citadelle et les fortifications, et reçurent des présents de la ville. Ils exprimèrent leur admiration pour la prise de la ville par les Français et pour les fortifications. Lors de leur départ, ils furent escortés par la cavalerie et reçurent des tableaux en cadeau.
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12
p. 145-151
ESTAMPES.
Début :
Voicy la plus nombreuse suite de modes Etrangeres, & en [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Turcs, Femmes, Filles, Monsieur de Ferriol, Suite, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES.
ESTAMPES.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
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Résumé : ESTAMPES.
Le texte décrit une collection d'estampes intitulée 'Estampes', publiée en mars 1714. Cette collection se distingue par sa diversité et son caractère unique, comprenant cent planches de treize pouces et demi de hauteur sur environ neuf pouces de largeur. Chaque planche présente une à quatre figures, accompagnées de fonds et d'objets adaptés à leurs habits et dignités. La collection ne se limite pas aux figures du Grand Seigneur, de la Sultane Reine et des principaux officiers du Sérail, mais inclut également des personnages variés tels que le Moufti, des gens de loi, le Grand Vizir, des officiers de guerre et de marine, ainsi que des Turcs, des femmes et filles turques, des marchands, des Juifs, des Grecs, des Hongrois, des Bulgares, des Valaques, des Albanais, des Tartares de Crimée, des habitants de l'Archipel, des Arabes, des Arméniens, des Persans, des Indiens, des Africains et des Africaines. Les estampes sont basées sur des tableaux peints sur nature par le peintre flamand Vanmour, à la demande de Monsieur de Ferriol, ambassadeur à Constantinople en 1707 et 1708. Elles ont été gravées par Monsieur le Hay et ses graveurs. La collection est disponible chez Monsieur le Hay et chez Monsieur du Change, graveur du Roi. Une version enluminée permet de connaître les couleurs des étoffes utilisées dans les habits. Destinée à orner des cabinets, des galeries et des maisons de campagne, cette collection s'adresse aux savants, aux curieux et aux gens de goût, qui peuvent l'inclure dans leurs portefeuilles ou bibliothèques.
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13
p. 2465-2456
Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu plusieurs Estampes gravées d'après les Tableaux de Watteau qui se vendent à [...]
Mots clefs :
Antoine Watteau, Tableaux, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu plufieurs Eftampes gravées
d'après les Tableaux de Watteau quife vendent à
Paris chez la Veuve de F. Chereau , Graveur du
Roi , rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , &
chez Surrugue , Graveur , rue des Noyers , visà-
vis S. Yves , chez qui on trouve toutes celles
qui ont paru jufquà préfent , ainfi que les deux ,
Volumes de fes deffeins d'Etude d'après nature
contenant 350. planches.
que
L'on acheve de graver les Tableaux de ce gracieux
Peintre. Si malgré les recherches exactes
l'on a fait pour les découvrir tous , tant en
France que dans les Païs Etrangers , il fe trouvoit
quelque particulier qui en eût quelqu'un
qu'il défirât de faire connoître , on le prie d'en
donner avis à M. de Julienne des Gobelins , qui
fait graver l'oeuvre.
On trouvera dans peu chez les mêmes Marchands
une Eftampe d'après un des plus beaux Tableaux
de ce Peintr;ece morceau qui repréfente un
Bal dans un Salon, eft de grande compofition; l'on ,
fe flate qu'il fatisfera toutes les perfonnes de
gout.
d'après les Tableaux de Watteau quife vendent à
Paris chez la Veuve de F. Chereau , Graveur du
Roi , rue S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , &
chez Surrugue , Graveur , rue des Noyers , visà-
vis S. Yves , chez qui on trouve toutes celles
qui ont paru jufquà préfent , ainfi que les deux ,
Volumes de fes deffeins d'Etude d'après nature
contenant 350. planches.
que
L'on acheve de graver les Tableaux de ce gracieux
Peintre. Si malgré les recherches exactes
l'on a fait pour les découvrir tous , tant en
France que dans les Païs Etrangers , il fe trouvoit
quelque particulier qui en eût quelqu'un
qu'il défirât de faire connoître , on le prie d'en
donner avis à M. de Julienne des Gobelins , qui
fait graver l'oeuvre.
On trouvera dans peu chez les mêmes Marchands
une Eftampe d'après un des plus beaux Tableaux
de ce Peintr;ece morceau qui repréfente un
Bal dans un Salon, eft de grande compofition; l'on ,
fe flate qu'il fatisfera toutes les perfonnes de
gout.
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Résumé : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente d'estampes gravées d'après les tableaux de Watteau à Paris. Ces estampes sont disponibles chez la Veuve de F. Chereau, Graveur du Roi, rue Saint-Jacques, aux Deux Pilliers d'or, et chez Surrugue, Graveur, rue des Noyers, vis-à-vis Saint-Yves. Chez Surrugue, on peut également trouver deux volumes de ses dessins d'étude d'après nature, contenant 350 planches. La gravure des tableaux de Watteau est en cours d'achèvement. Les personnes possédant des œuvres de Watteau non encore découvertes sont invitées à en informer M. de Julienne des Gobelins, responsable de la gravure. Prochainement, les mêmes marchands proposeront une estampe représentant un bal dans un salon, une œuvre de grande composition qui devrait satisfaire les amateurs d'art.
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14
p. 747-748
Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Début :
Les Curieux sont avertis qu'il paroît depuis peu cinq [...]
Mots clefs :
Estampes, Gravures, Tableaux, Paris, Vente, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Les Curieux sont avertis qu'il paroît
depuis peu cinq Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux de feu Antoine
Watteau , par les soins de M. de
Julienne , dont la beauté soutient la réputation
que ce gracieux Peintre s'est acquise
; elles ont pour titre : les Plaisirs du
Bal, Entretiens amoureux , Escorte d'Equipages
, l'Occupation selon l'âge , le Portrait
de watteau. La vente s'en fait à Paris , chez
La Veuve de F. Chereau , Graveur du Roi ,
Fij ruč
748 MERCURE DE FRANCE
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'Or
et chez Surugues , Graveur du Roi , ruë
des Noyers , vis -à - vis S. Yves.
On trouve chez les mêmes toutes les
Estampes que l'on a gravées jusqu'ici d'après
cet Auteur,
M. l'Epicier , un des meilleurs Graveurs
que nous ayons , vient de mettre au jour
une petite Estampe qui lui fait autant
d'honneur qu'elle fait de plaisir aux plus
fins connoisseurs. Elle se vend chez l'Auteur
, rue S. Jacques , près les Jacobins.
Ce tendre et précieux morceau a été gravé
d'après un excellent Tableau du Cabinet
du Comte de Morville , dans lequel l'illustre
Signora Roza - Alba Carriera , Venitienne
, a peint au pastel, une très - belle
femme avec des fleurs , représentant le
Printems. On lit ces quatie Vers au bas
de l'Estampe,
L'éclat des fleurs est peu durable ,
La beauté s'altére aisement ;
Il n'est qu'un instant favorable ,
Et cet instant est le present.
depuis peu cinq Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux de feu Antoine
Watteau , par les soins de M. de
Julienne , dont la beauté soutient la réputation
que ce gracieux Peintre s'est acquise
; elles ont pour titre : les Plaisirs du
Bal, Entretiens amoureux , Escorte d'Equipages
, l'Occupation selon l'âge , le Portrait
de watteau. La vente s'en fait à Paris , chez
La Veuve de F. Chereau , Graveur du Roi ,
Fij ruč
748 MERCURE DE FRANCE
rue S. Jacques , aux deux Piliers d'Or
et chez Surugues , Graveur du Roi , ruë
des Noyers , vis -à - vis S. Yves.
On trouve chez les mêmes toutes les
Estampes que l'on a gravées jusqu'ici d'après
cet Auteur,
M. l'Epicier , un des meilleurs Graveurs
que nous ayons , vient de mettre au jour
une petite Estampe qui lui fait autant
d'honneur qu'elle fait de plaisir aux plus
fins connoisseurs. Elle se vend chez l'Auteur
, rue S. Jacques , près les Jacobins.
Ce tendre et précieux morceau a été gravé
d'après un excellent Tableau du Cabinet
du Comte de Morville , dans lequel l'illustre
Signora Roza - Alba Carriera , Venitienne
, a peint au pastel, une très - belle
femme avec des fleurs , représentant le
Printems. On lit ces quatie Vers au bas
de l'Estampe,
L'éclat des fleurs est peu durable ,
La beauté s'altére aisement ;
Il n'est qu'un instant favorable ,
Et cet instant est le present.
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Résumé : Nouvelles Estampes de Watteau, et autres, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication de cinq nouvelles estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau, supervisées par M. de Julienne. Les titres des estampes sont 'Les Plaisirs du Bal', 'Entretiens amoureux', 'Escorte d'Équipages', 'L'Occupation selon l'âge' et 'Le Portrait de Watteau'. Elles sont en vente à Paris chez la Veuve de F. Chereau et chez Surugues, tous deux graveurs du Roi, qui proposent également les estampes précédemment gravées d'après Watteau. De plus, M. l'Épicier, graveur reconnu, a publié une estampe d'après un tableau du Cabinet du Comte de Morville. Cette œuvre, réalisée au pastel par la Signora Rosa Alba Carriera, représente une belle femme avec des fleurs symbolisant le printemps. L'estampe est accompagnée de quatre vers évoquant la fugacité de la beauté et des fleurs.
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15
p. 763-764
Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Début :
Le Sieur Tessier, connu pour les Portraits au petit point [...]
Mots clefs :
Portraits, Société des arts, Tableaux, Aiguille, Curieux, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
A Amiens le 9. Fevrier 1731 .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
Le Sicur Tessier , connu pour les Portraits au
рем
764 MERCURE DE FRANCE
petit point , vient de donner de nouvelles preuves
de son habileté , et du goût qu'il a toûjours eu
pour ces sortes d'Ouvrages , par deux morceaux
qu'il a présenté à la Societé des Arts , de laquelle
il a l'honneur d'être Membre.
L'approbation que cette Compagnie lui en a
donnée , fera connoître le mérite de cet Ouvrage.
t :
Ce jourd'hui le Sieur Tessier , Peintre & Tapissier
, Associé en la Classe des Arts de
goût de ladite Societé , a présenté à la Compagnie
deux Tableaux enpetit point , représentant
le Roi & la Reine en Buste , de grandeur naturelle
, lesquels ont parû être executez avec une
grande régularité ; l'aiguille y afondu les nuan
ces des laines avec la même harmonie que le
pinceau méle & réunit les couleurs , la Societé
a jugé que ces fortes d'Ouvrages feroient plaifir
aux amateurs des beaux Arts & aux personnes
de goûts en consequence & pour faire cennoitre
le mérite & le talent admirable du Sieur
Tessier , elle a trouvé à propos de lui délivrer
le présent Extrait , à Paris ce 28. Novembre
1730.
Le Sieur Tessier a lieu d'esperer que les Curieux
s'adresseront à lui pour faire fabriquer ce
dont ils auront besoin en ce Genre . Il a actuelle
lement chez lui le Portrait du Roi et de la Reiné ,
une Vierge et une Madeleine , d'après M. le
Brun.
Sa demeure est sur le Pont Notre- Dame , près
la Pompe au Tapis de Turquie , à Paris .
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Résumé : Tableaux en petit point, [titre d'après la table]
Le 9 février 1731, à Amiens, le Sieur Tessier, connu pour ses portraits au petit point, a présenté deux tableaux à la Société des Arts. Ces œuvres représentent le Roi et la Reine en buste, de grandeur naturelle, et ont été exécutées avec une grande régularité. L'aiguille y fond les nuances des laines de manière harmonieuse, comparable à l'utilisation du pinceau. La Société des Arts a reconnu le mérite et le talent de Tessier en délivrant un extrait le 28 novembre 1730. Tessier espère recevoir des commandes similaires. Il possède également les portraits du Roi et de la Reine, ainsi qu'une Vierge et une Madeleine, d'après M. le Brun. Sa demeure est située sur le Pont Notre-Dame, près de la Pompe au Tapis de Turquie, à Paris.
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16
p. 177-179
« Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Début :
Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...]
Mots clefs :
Députés des États de Bretagne, Audience publique, Église de Notre-Dame de Paris, Décoration, Chapitre, Tableaux, Neffe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Le 27. les Députez des Etats de Breeurent Audience publique du
Roy, étant présentez par le Comte de Toulouse , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat , et conduits par le Grand- Maître et le Maître des Ceremonies ; la
Députation étoit composée de l'Evêque
de S. Pol de Leon , pour le Clergé qui
porta la parole , du Comte de Kercado
pour la Noblesse , du Senechal du Quimper pour le Tiers Etat , et du Pré ident
de Bedé , Syndic de la Province. Ces Députez furent ensuite conduits à l'Audiance de la Reine, et à celles de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le Duc
d'Anjou et de Mesdames de France.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de tous
les embellissemens qui se sont faits depuis un temps et qui se font encore dans
la celebre Eglise de Notre- Dame de Paris.
Son illustre Chapitre a toûjours eu grande attention sur ce qui regarde le culte
de Dieu , dans lequl est toujours renfermée la Décoration et la magnificence
de son Temple.
I C'est
178 MERCURE DE FRANCE
et
C'est à quoi il semble que ce Chapitre
se soit encore appliqué plus particulierement depuis un temps. Les soins et les
attentions des Abbez de la Croix , de
Fleury et de Cotte , Chanoines , et Intendans du Trésor et de la Fabrique ,
n'ont pas peu contribué à de si nobles er
de si pieuses entreprises ; et le bonheur a
voulu qu'ils ayent heureusement rencontré dans l'Abbé Colin' , Trésorier de cette
Eglise , une personne plus propre à rencherir sur leur zele , qu'à le diminuer.
Son ardeur pour tout ce qui regarde l'Eglise et sa décoration , est sans exemple
ainsi que sa vigilance et son activité.
La derniere réparation qu'on vient de
faire et qui a le plus frappé les yeux du
Public et des Curieux , est le nettoyementet la restauration de tousles Tableaux
de la Nef, qui , quoique des plus grands
Maîtres, avoient été de longue main aban.
donnez aux insultes du temps et de la
poussiere ; l'on n'y reconnoissoit plus.
rien, la plus grande partie pleins de troux
et tout écaillez. Il falloit une main legere
sçavante et habile pour les nettoyer sans
alteration et les repeindre sans qu'il y
parût, et ce fut pour cela que le sieur
Grégoire, jeune homme , Eleve de M.Reitout, neveu da celebre Jean Jouvenet
£us
JANVIER 1732. 179
1
1
fut choisi ; il s'en est acquitté si bien et
avec tant de prudence , qu'il a rendu à
tous ces Tableaux leur premier lustre et
leur ancien éclat , sans avoir rien alteré
des endroits mêmes les plus délicats. Il a
eû aussi la satisfaction de se voir applaudi , non-seulement du Public , mais même de M. Boulogne , premier Peintre du
Roy et Directeur de l'Académie , &c.
Un si, heureux succès fait esperer que
le sieur Grégoire ne se tirera pas moins
heureusement des Tableaux de la Croisée
de la même Eglise, qui sont, la plus grande partie , d'un prix infini.
Roy, étant présentez par le Comte de Toulouse , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Secretaire d'Etat , et conduits par le Grand- Maître et le Maître des Ceremonies ; la
Députation étoit composée de l'Evêque
de S. Pol de Leon , pour le Clergé qui
porta la parole , du Comte de Kercado
pour la Noblesse , du Senechal du Quimper pour le Tiers Etat , et du Pré ident
de Bedé , Syndic de la Province. Ces Députez furent ensuite conduits à l'Audiance de la Reine, et à celles de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le Duc
d'Anjou et de Mesdames de France.
Il n'y a pas lieu d'être surpris de tous
les embellissemens qui se sont faits depuis un temps et qui se font encore dans
la celebre Eglise de Notre- Dame de Paris.
Son illustre Chapitre a toûjours eu grande attention sur ce qui regarde le culte
de Dieu , dans lequl est toujours renfermée la Décoration et la magnificence
de son Temple.
I C'est
178 MERCURE DE FRANCE
et
C'est à quoi il semble que ce Chapitre
se soit encore appliqué plus particulierement depuis un temps. Les soins et les
attentions des Abbez de la Croix , de
Fleury et de Cotte , Chanoines , et Intendans du Trésor et de la Fabrique ,
n'ont pas peu contribué à de si nobles er
de si pieuses entreprises ; et le bonheur a
voulu qu'ils ayent heureusement rencontré dans l'Abbé Colin' , Trésorier de cette
Eglise , une personne plus propre à rencherir sur leur zele , qu'à le diminuer.
Son ardeur pour tout ce qui regarde l'Eglise et sa décoration , est sans exemple
ainsi que sa vigilance et son activité.
La derniere réparation qu'on vient de
faire et qui a le plus frappé les yeux du
Public et des Curieux , est le nettoyementet la restauration de tousles Tableaux
de la Nef, qui , quoique des plus grands
Maîtres, avoient été de longue main aban.
donnez aux insultes du temps et de la
poussiere ; l'on n'y reconnoissoit plus.
rien, la plus grande partie pleins de troux
et tout écaillez. Il falloit une main legere
sçavante et habile pour les nettoyer sans
alteration et les repeindre sans qu'il y
parût, et ce fut pour cela que le sieur
Grégoire, jeune homme , Eleve de M.Reitout, neveu da celebre Jean Jouvenet
£us
JANVIER 1732. 179
1
1
fut choisi ; il s'en est acquitté si bien et
avec tant de prudence , qu'il a rendu à
tous ces Tableaux leur premier lustre et
leur ancien éclat , sans avoir rien alteré
des endroits mêmes les plus délicats. Il a
eû aussi la satisfaction de se voir applaudi , non-seulement du Public , mais même de M. Boulogne , premier Peintre du
Roy et Directeur de l'Académie , &c.
Un si, heureux succès fait esperer que
le sieur Grégoire ne se tirera pas moins
heureusement des Tableaux de la Croisée
de la même Eglise, qui sont, la plus grande partie , d'un prix infini.
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Résumé : « Le 27. les Députez des Etats de Bretagne, eurent Audience publique du [...] »
Le 27 janvier 1732, les députés des États de Bretagne furent reçus en audience publique par le roi, en présence du comte de Toulouse et du comte de Saint-Florentin. La délégation comprenait l'évêque de Saint-Pol-de-Léon pour le clergé, le comte de Kercado pour la noblesse, le sénéchal de Quimper pour le tiers état, et le président de Bédé, syndic de la province. Ils rencontrèrent également la reine, le dauphin, le duc d'Anjou et Mesdames de France. Le texte évoque par ailleurs les travaux récents et en cours dans l'église Notre-Dame de Paris. Le chapitre de cette église a toujours accordé une grande importance au culte divin, à la décoration et à la magnificence du temple. Les abbés de la Croix, Fleury, Cotte et Colin, trésorier, ont particulièrement contribué à ces entreprises. La dernière réparation notable fut la restauration des tableaux de la nef par le sieur Grégoire, élève de M. Reitout et neveu de Jean Jouvenet. Grégoire a restauré les tableaux avec prudence, leur rendant leur lustre initial sans les altérer. Son travail a été salué par le public et par M. Boulogne, premier peintre du roi et directeur de l'Académie. Une restauration similaire est attendue pour les tableaux de la croisée de l'église.
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17
p. 769-771
Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
Début :
On a obmis dans les précedens Mercures de faire mention [...]
Mots clefs :
Tableaux, Estampes, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
On a obmis dans les précedens Mercures de
faire mention du Volume contenant la Ceremonie,en Estampes , du Sacre du Roy , qui ut pré- Gijsenté
770 MERCURE DE FRANCE
1
senté à Sa Majesté le Lundi 24. Decembre der
nier , par le Duc de Trême , premier Gentilhom.
me de la Chambre , suivi de M. Dulin , Peintre
ordinaire du Roy et de l'Académie Royale de
Peinture , fequel en a fait les Desseins , d'après
lesquels 18. des meilleurs Graveurs de la même
Académie, ont travaillé. Ce Volume in folio , sur
du papier grand Aigle , représente les principaux
momens de l'Auguste Ceremonie du Sacre , tant
par les grandes Planches , que par les Lettres
Grises ; il a été enrichi de Sujets allegoriques et
de Devises qui répondent aux Momens histori
ques. Et comme dans ces Momens historiques les figures sont petites par rapport à leur multitude
de sieur Dulin a aussi dessiné 30. figures particu
lieres , de grandeur à pouvoir caracteriser tous
les differents habillemems que les Seigneurs,
Grands-Officiers et autres , portent dans leurs
fonctions , à cette Royale Céremonie.
Le Frontispice annonce le sujet du Volume ;
et tous les Discours qui expliquent chaque Estampe , ainsi que la Dédicace et l'Avertissement
sont renfermez dans des Bordures symboliques
très-riches et toutes differentes. L'Avertissement
qui est à la tête du Recueil , rend compte de la maniere dont l'Ouvrage a été conduit."
Il paroît une seconde Estampe du Portrait de
Ja Dlle Dangeville , dont le Public aura lieu d'ê
are plus satisfait que de la premiere.
Ce n'est pas sans fondement que le Public
avoit bien auguré de la capacité du sieur Grégoire, sur les Tableaux de la Croisée de NotreDame , qui viennent d'être posez , après avoir vû
de quelle maniere il s'étoit tiré de? ceux de da Nef
AVRÍL. 1732.® 771
Nef, applaudis universellement par tous les Con
noisseurs. On peut même dire qu'il a été au- delà de
ce qu'on pouvoit attendre de lui , principalement sur les Tableaux de Mr le Brun , et sur ceux de
Mrs Corneille , Höüasse et Jouvenet , parce qu'ils
avoient été si fort gâtez par de mauvaises drogues , qu'on avoit perdu toute esperance d'en
pouvoir jamais appercevoir aucun vestige ; d'autant que jamais personne n'avoit osé se hazarder
d'y retoucher , et qu'on les regardoit comme Ta bleaux abandonnez et perdus.
Cependant le sieur Grégoire , Eleve de M.Restout , dont ona parle à ce sujet dans le Mercure
de Janvier dernier , page 177. par un secret particulier qu'il a trouvé , vient de les rétablir entierement , et leur a rendu leur ancien lustre , en³
les rendant tels qu'ils sortirent jadis des main's de leurs celebres Auteurs.
Si le Public ne se lasse point d'admirer et d'ap
plaudir un Ouvrage regardé de tout le monde
comme une espece de Chef-d'œuvre , il a cela de
commun avec presque toute l'Académie Royale
de Peinture , puisque M. de Boullogne , premier
Peintre du Roy et Directeur de l'Académie , en a
été le premier surpris , et n'a pû lui refuser ses
suffrages , ainsi que Mrs Vancleve, de Largilliere,
Halle , Rigaud , Christophle , Restout , &c. qui
tous ont applaudi et loué le talent du sieur Grégoire sur le rétablissement de ces magnifiques Tableaux.
Au reste , le sieur Grégoire réussit également
sur tous les Tableaux de Cabinet , tant grands
que petits , quelques gâtez , défiguréz et troüez
qu'ils puiseent être. Sa demeure est Parvis de
Notre- Dame, à Paris , du côté de la grande Porte
duCloître, entre un Notaire et un Perruquier.
G iij LETT
faire mention du Volume contenant la Ceremonie,en Estampes , du Sacre du Roy , qui ut pré- Gijsenté
770 MERCURE DE FRANCE
1
senté à Sa Majesté le Lundi 24. Decembre der
nier , par le Duc de Trême , premier Gentilhom.
me de la Chambre , suivi de M. Dulin , Peintre
ordinaire du Roy et de l'Académie Royale de
Peinture , fequel en a fait les Desseins , d'après
lesquels 18. des meilleurs Graveurs de la même
Académie, ont travaillé. Ce Volume in folio , sur
du papier grand Aigle , représente les principaux
momens de l'Auguste Ceremonie du Sacre , tant
par les grandes Planches , que par les Lettres
Grises ; il a été enrichi de Sujets allegoriques et
de Devises qui répondent aux Momens histori
ques. Et comme dans ces Momens historiques les figures sont petites par rapport à leur multitude
de sieur Dulin a aussi dessiné 30. figures particu
lieres , de grandeur à pouvoir caracteriser tous
les differents habillemems que les Seigneurs,
Grands-Officiers et autres , portent dans leurs
fonctions , à cette Royale Céremonie.
Le Frontispice annonce le sujet du Volume ;
et tous les Discours qui expliquent chaque Estampe , ainsi que la Dédicace et l'Avertissement
sont renfermez dans des Bordures symboliques
très-riches et toutes differentes. L'Avertissement
qui est à la tête du Recueil , rend compte de la maniere dont l'Ouvrage a été conduit."
Il paroît une seconde Estampe du Portrait de
Ja Dlle Dangeville , dont le Public aura lieu d'ê
are plus satisfait que de la premiere.
Ce n'est pas sans fondement que le Public
avoit bien auguré de la capacité du sieur Grégoire, sur les Tableaux de la Croisée de NotreDame , qui viennent d'être posez , après avoir vû
de quelle maniere il s'étoit tiré de? ceux de da Nef
AVRÍL. 1732.® 771
Nef, applaudis universellement par tous les Con
noisseurs. On peut même dire qu'il a été au- delà de
ce qu'on pouvoit attendre de lui , principalement sur les Tableaux de Mr le Brun , et sur ceux de
Mrs Corneille , Höüasse et Jouvenet , parce qu'ils
avoient été si fort gâtez par de mauvaises drogues , qu'on avoit perdu toute esperance d'en
pouvoir jamais appercevoir aucun vestige ; d'autant que jamais personne n'avoit osé se hazarder
d'y retoucher , et qu'on les regardoit comme Ta bleaux abandonnez et perdus.
Cependant le sieur Grégoire , Eleve de M.Restout , dont ona parle à ce sujet dans le Mercure
de Janvier dernier , page 177. par un secret particulier qu'il a trouvé , vient de les rétablir entierement , et leur a rendu leur ancien lustre , en³
les rendant tels qu'ils sortirent jadis des main's de leurs celebres Auteurs.
Si le Public ne se lasse point d'admirer et d'ap
plaudir un Ouvrage regardé de tout le monde
comme une espece de Chef-d'œuvre , il a cela de
commun avec presque toute l'Académie Royale
de Peinture , puisque M. de Boullogne , premier
Peintre du Roy et Directeur de l'Académie , en a
été le premier surpris , et n'a pû lui refuser ses
suffrages , ainsi que Mrs Vancleve, de Largilliere,
Halle , Rigaud , Christophle , Restout , &c. qui
tous ont applaudi et loué le talent du sieur Grégoire sur le rétablissement de ces magnifiques Tableaux.
Au reste , le sieur Grégoire réussit également
sur tous les Tableaux de Cabinet , tant grands
que petits , quelques gâtez , défiguréz et troüez
qu'ils puiseent être. Sa demeure est Parvis de
Notre- Dame, à Paris , du côté de la grande Porte
duCloître, entre un Notaire et un Perruquier.
G iij LETT
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Résumé : Cerémonie en Estampes du Sacre du Roy, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un volume illustrant la cérémonie du sacre du roi, offert à Sa Majesté le 24 décembre précédent par le Duc de Trême. Ce volume, en format in-folio sur papier grand Aigle, présente les moments clés de la cérémonie à travers des planches et des lettres grises, enrichies de sujets allégoriques et de devises. Il inclut 30 figures particulières dessinées par M. Dulin, représentant les habits portés lors de la cérémonie. Le frontispice annonce le sujet du volume, et les discours expliquant chaque estampe, ainsi que la dédicace et l'avertissement, sont encadrés dans des bordures symboliques. L'avertissement explique la réalisation de l'ouvrage. Par ailleurs, une seconde estampe du portrait de Mlle Dangeville a été publiée, suscitant une meilleure satisfaction que la première. Le texte mentionne également les travaux de restauration du sieur Grégoire sur les tableaux de la croisée de Notre-Dame. Après avoir restauré ceux de la nef, il a restauré les œuvres de M. Le Brun, M. Corneille, M. Houasse et M. Jouvenet, endommagées par de mauvaises drogues. Grâce à un secret particulier, il leur a rendu leur lustre originel, ce qui a été acclamé par l'Académie Royale de Peinture. Le sieur Grégoire réside à Paris, au Parvis de Notre-Dame, entre un notaire et un perruquier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1400-1404
Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
Début :
On sçait que l'Eglise de Notre-Dame de Paris [...]
Mots clefs :
Église de Notre-Dame de Paris, Chapitre, Louis XIV, Cardinal de Noailles, Voûte, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
On sçait que l'Eglise de Notre- Dame
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
de Paris est en possession d'attirer l'admitation de tous les habitans de cette
grande Ville et des Etrangers ; mais depuis que son illustre Chapitre a fait mettre , pour ainsi dire , la derniere main à
ce superbe Edifice , en achevant ce que
LOUIS XIV. et le feu Cardinal de Noailles
avoient commencé avec tant de zele et de
magnificence , on peut dire qu'elle paroît
dans tout son éclats car cette belle et vas
te Fabrique semble sortir des mains de
l'Ouvrier. Nous croyons faire plaisir au
public de lui donner icy une idée en racourci de ces travaux, en attendant qu'ils
soient achevez, et qu'on puisse entrer dans
un plus grand détail,
II. Vol.
Sans
JUI N. 1732 1401
Sans entrer dans le détail de la premiere origine et des differentes fondations .
de cette Eglise, bâtie dans un goût Gothique , mais des plus majestueux dans sa
simplicité;nous dirons que ce grand Vaisseau a été commencé par Maurice de Sully , Evêque de Paris , vers le milieu du
12 siécle. La premiere pierre fut mise avec
beaucoup de solemnité, par le Pape Alexandre III . alors refugié en France, lequel
fit ensuite consacrer le Grand Autel l'an
1182. par Henry, Legat Apostolique.
Ce ne fut que bien avant dans le 13
siecle que ce vaste bâtiment fut achevé ;
sa longueur est de 65 toises , sa largeur
de 24, et sa hauteur de 17 , sous clef :
il est soutenu par 20 gros Pilliers. Les
deux grosses Tours quarrées, qui s'élevent
sur le frontispice , ont 34 toises de hauteur.
LOUIS XIII. ayant résolu d'orner cette
Eglise , en conséquence d'un vœu solemnel qui interressoit tout le Royaume ; on
devoit construire un Maître-Autel , qui
répondit à sa beauté ; ce qui n'a été exécuté que par LOUIS XIV. Ce Prince est
allé au-delà des intentions de Louis le ™
Juste son Pere. On peut voir la description qui en a été faite dans Felibien,Ger
main Brice , et Piganiol de Laforce.
11. Vol G Le
402 MERCURE DE FRANCE
Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , voulant seconder de si pieux
desseins , se proposa de continuer les décorations de ce Temple. Il commença
par la construction de la Chapelle de la
Vierge , dont l'Autel est tout de Marbre ,
avec des Colonnes enrichies d'ornemens
de Bronze doré ; il la benit le 6 de May
1719.11 fit ensuite construire la Chapellle
de S.Denys, autrement dite des Martyrs,
de la même maniere que celle de la Vierge , et dela même simétrie.
La Voute du milieu de la Croisée dépérissant de jour en jour, et la Fléche qui
est au dessus, menaçant ruine, il employa
de grandes sommes pour l'entiere réparation de l'une et de l'autre , aussi - bien que
pour la Couverture en-Plomb, dont il'a fait
refaire à neufla plus grande partie, sous la
conduite de l'Abbé de la Croix , Chanoi- ;
ne,qui s'est toujours fait un devoir de Religion d'être le Coopérateur de tant de
pieux travaux.Il a aussi présidé au rétablissementde la grande Roze qui est ducôté
de l'Archevêché ; on prétend que cette ·
seule partie a coûté près de 80000 liv. Ce
fut Claude Pinet , Appareilleur , qui executa cette entreprise en 1727. sous les ofdresde M.de Bosfrant, Architecte du Roy.
Le Cardinal de Noailles a fait aussi tra11.1.2.
vailler
JUIN. 1732. 1403
vailler à la construction d'une grande.
partie de la Chapelle , destinée pour la
Sépulture de sa Famille.
On fait monter toutes les dépenses que
le Cardinal de Noailles a faites, soit pour
les réparations ou embellissemens , à des
sommes très considérables ; et ceux qui
les estiment le moins,les portent à plus de
300000 liv.
• C'est que marcher sur ses traces ,
pour
le Chapitre s'est déterminé à achever les
réparations et les embellissemens de cette
Eglise. Il a fait reblanchir tout le dedans
par le moyen d'Echaffaurs volants , dont
P'invention hardie a été d'un tres-grand
secours ; il a fait mettre tous les Vitraux
dela Nef en Verres blancs , et réparé la
Rose du dessus de l'Orgue , qui est d'un
travail aussi ingénieux que délicat. C'est
aussi au même Chapitre que l'Orgue doit
sa parfaite restauration , et une augmen-.
tion de 1400 Tuyaux , ce qui va faire un
des Orgues les plus parfaits , et le plus
fort qu'il y ait en Europe. Le St François
Thierry a été choisi comme le plus habile
Facteur pour ces sortes d'Ouvrages , et le
S Calvieres pour le toucher; on sçait qu'il
est un des plus habiles Organistes de ce
temps.
C'est aussi aux soins , et au zéle du mêII. Vol. Gij me
1404 MERCURE DE FRANCE
me Chapitre ( a ) , qu'on est redevable de
la restauration et du nettoyement des Tableaux de cette Eglise, qui étoient depuis
long-temps dans un fort mauvais état.
Le St Gregoire, Peintre, Eleve de M² Res
tout , qui a été choisi pour cela , s'en est
acquitté avec un succès merveilleux les
deux Certificats cy - joints en font foy.
C'est aussi lui qui a donné un nouvel
arrangement à ces mêmes Tableaux,
dont les sujets , tirez de l'Evangile et des
Actes des Apôtres, étoient confondus ensemble.Il a rangé tous les sujets de l'Evangile à main gauche, en entrant dans la
Nef par le grand Portail, et les Actes des
Apôtres , à droite.
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Résumé : Embellisemens faits à Notre-Dame de Paris, [titre d'après la table]
La cathédrale Notre-Dame de Paris est renommée pour son architecture imposante et attire tant les Parisiens que les visiteurs étrangers. Le chapitre de la cathédrale a récemment terminé des travaux de restauration et d'embellissement, initiés par Louis XIV et le cardinal de Noailles. La construction de la cathédrale a été commencée par Maurice de Sully au milieu du XIIe siècle et consacrée en 1182 par le pape Alexandre III. Elle mesure 65 toises de longueur, 24 de largeur et 17 de hauteur sous clef, et est soutenue par 20 piliers. Les deux tours du frontispice atteignent 34 toises de hauteur. Louis XIII avait prévu d'orner l'église, mais c'est Louis XIV qui a réalisé ce projet. Le cardinal de Noailles a poursuivi les décorations en construisant la chapelle de la Vierge et celle de Saint-Denis, en réparant la voûte et la flèche, et en refaisant la couverture en plomb. Il a également restauré la grande rose et construit une chapelle pour la sépulture de sa famille. Les dépenses du cardinal pour les réparations et embellissements sont estimées à plus de 300 000 livres. Le chapitre de la cathédrale a continué les travaux en reblanchissant l'intérieur, en réparant les vitraux et la rose au-dessus de l'orgue, et en restaurant l'orgue en ajoutant 1400 tuyaux. Les tableaux de l'église, restaurés par le peintre Saint Grégoire, ont été réorganisés pour séparer les sujets de l'Évangile et des Actes des Apôtres.
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19
p. 1787-1798
Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA PEINTURE. prononcé dans les Conferences de l'Académie [...]
Mots clefs :
Peinture, Conférences, Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Coypel, Art, Dessein, Jugement, Coloris, Critique, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA PEINTURE , pronondans les Conferences de l'Académie
Royale de Peinture et Sculpture. Par
2. Charles Coypel , Premier Peintre de V. le Duc d'Orleans. A Paris , chez
P. F. Mariette , rue S Jacques , 1732. Brochure in 4. de 34. pages.
Le sujet, du premier Discours est sur
necessité de recevoir des avis. La premiere chose dont le Lecteur s'apperçoit
dans la lecture agréable et utile de cet
Ouvrage , c'est que M. Coypel , outre ses
lens pour l'Art qu'il professe , a une
plume aussi sage et aussi élegante que
son Pinceau ; deux qualitez qu'on trouve assez rarement ensemble. On renarque dans ses Ecrits le même génie ,
le même tour et le même ordre qu'on
voir avec plaisir dans ses heureuses Ĉompositions , où l'on trouve tant d'expres
sions fines et délicates.
M. Coypel entre en matiere très-moaestement , en soumettant ces Refléxions
qu'il n'avoit faites , dit- il , que pour lui ,
au jugement de l'Académie , et ne pou
vant croire qu'elles puissent être utiles
à d'autres qu'à lui ; sur quoi nous- pensons
1788 MERCURE DE FRANCE
sons qu'il s'expose à un démenti de là
part de tous ses Lecteurs et peut être
de toute l'Académie.
-
Sur la necessité de recevoir des avis ,
M. Coypel s'exprime ainsi. La Peinture
est composée de tant de parties , que nous
ne devons presque jamais nous flater de
ne pas perdre de vûe les unes , en nous
attachant à chercher les autres.
Il n'est pas moins rare de trouver des
amis qui soient également touchez de
toutes ces Parties. L'un n'est sensible
qu'à la couleur , et n'est que peu flaté
de l'élegance du Dessein ; l'autre , au
contraire , prétend que sans le grand
goût, la délicatesse et la pureté du Dessein , la Peinture n'est qu'une affaire de
Mécanique. L'homme d'esprit et de sentiment ne s'attachera qu'à l'expression des
têtes et à l'ordonnance. L'homme d'érudition sera satisfait si le Costume est
scrupuleusement observé dans un Tableau , ainsi des autres.
Chacun ayant donc presque toûjours
son goût déterminé pour une partie de
la Peinture , et la préferant aux autres ,
rarement est-il possible que les avis d'un
seul ami soient suffisans ; nous devons
donc necessairement faire societé avec
des personnes de goûts differens ; l'un
apper-
AOUST. 1732. 1789
appercevra ce que l'autre avoit laissé
échapper.Nous verrons aujourd'hui notre
Ouvrage par les yeux de l'homme de
Lettres , demain il sera éclairé par les lu- mieres de l'Amateur du coloris ; une aure fois les regards du Partisan du Desçin donneront aux nôtres une nouvelle
éverité , &c.
Mais il arrive quelquefois , poursuit
Auteur sur la maniere d'avoir des avis,
que la façon dont nous les demandons
ne prouve autre chose que le desir que
nous avons de recevoir des loüanges. Souvent un Auteur trouve moyen de faire
Péloge de son Ouvrage, dans le temps mêrê qu'il semble implorer le secours de
de la Critique. Trouvez- vous , dira-t'il ,
que je me sois tiré heureusement de telle
difficulté ? Fe crains que la finesse de ces
expressions ne soit pas sentie du Public.
J'aurois moins de défiance si je n'avois
affaire qu'à des Connoisseurs tels que
vous dites moi votre sentiment. Le
moyen de dire des choses fâcheuses à
quelqu'un qui déclare que vous êtes seul
capable de connoître l'excellence de son
mérite. Ne prévenons nos Juges que sur
,
desir que nous avons de nous corriger
et sur l'obligation que nous aurions à
quelqu'un qui nous voudroit assez de
bien
1
pour nous faire part de sa critique , au
risque de nous affliger. D'ailleurs laissons
parler notre Ouvrage ; ce qu'il ne dira
pas, cest qu'il ne le peut dire, &c. Soyons
prompts à démêler sur le visage de celui
que nous consultons , l'impression qu'il
reçoit au premier coup d'œil , c'est le
sentiment que sa politesse même ne peur
nous cacher. Mais ne craignons pas de
manquer d'avis quand il sera bien établi
que nous les recevons avec plaisir.
Après avoir dit que c'est dans l'idée de
critiquer ses propres ouvrages , qu'il faut
consulter ceux des grands Maîtres anciens , il ajoute : Nous devrions faire la
même chose à la vûë de ceux des habiles
gens avec qui nous vivons. Malheureusement cela nous devient plus difficile :
nous avons peine àconvenir qu'il se trouve de notre temps des personnes qui possedent dans notre Art des perfections que
nous n'avons pû acquerir ; nous le pardonnons aux anciens; ils semblent avoir
expié cette offense en cessant de vivre.
D'ailleurs ceux de nos jours que nous
envions , sont obligés de leur rendre la
même justice ; c'est une consolation pour
notre amour propre ; mais qu'en arrive-,
t-il? Nous nous bornons à admirer ceux
qui sont venus avant nous , sans nous efforcer
AOUST. 1732 1791
forcer de les égaler ; nous renonçons à
ce noble désir , dans l'esperance que nos
contemporains ne parviendront pas plus
que nous à cet éminent dégré de perfec
tion ; et quant aux Ouvrages nouveaux
si nous y remarquons des parties qui
nous manquent, loin de tâcher de mettre
à profit le mouvement de jalousie qu'el
les nous inspirent , en les étudiant assez
pour les acquerir ; nous cherchons promtement de la consolation , en y faisant la
recherche de défauts que nous aurions
peut- être évitez. De là nous retournons
regarder nos productions avec autant de
complaisance pour nous mêmes, que nous
avons de sévérité pour les autres : Nous
y admirons la partie que nous croïons posséder ; nous ne manquons pas de lui donner la prééminence sur toutes les autres ;
nos ennemis ont la malice de nous fortifier dans cette ridicule opinion ; nos flateurs ont la fausseté de l'augmenter en
nous , et nos amis ont souvent la foiblesse de nous la laisser , et d'en prendre leur
part.
La seule comparaison de nos Ouvrages,
avec ceux des autres , peut nous rendre
nos deffauts sensibles. Lorsque nous passons notre temps vis- à-vis nos produc
tions , il est rare que nous persistions dans
1792 MERCURE DE FRANCE
dans le désir de leur chercher querelle.
Combien de femmes, dans l'arriere saison,
sont contentes de leur visage , après une
longue toilette ! La grande habitude dans
laquelle elles sont, d'y considerer toujours
le même objet , qu'elles pensent embellir
souvent par de ridicules ajustemens , leur
persuade aisément qu'il est même du remede aux Outrages du temps. Qu'une jeune et belle personne paroisse , cette vûë
leur fait sentir dans l'instant des veritez
que le Miroir leur avoit montrées vainement. Gardons-nous donc de croire que
nous puissions , sans aucun secours , parvenir à nous bien critiquer; nous sommes
trop échauffez de nos propres idées pour
conserver ce sang froid, si nécessaire pour
bien juger.
Avant le Dialogue sur la connoissance
-de la Peinture , M. Coypel rend compte
du motif qui le lui a fait composer , sur
ce principe , que la Peinture n'ayant pour
objet que la parfaite imitation de la nature ,
tout homme de bon sens et d'esprit, sans avoir
étudié les mysteres de cet art , est à portée de
sentir les grandes beautez d'un Tableau , et
defaire souvent même d'excellentes remarques
Il suppose un veritable connoisseur en
conversation , avec un homme d'esprit ,
qui
A OUST. 1732. 1793
qui n'ayant jamais eu de principes sur la
peinture , n'ose s'en rapporter à ses yeux;
ou , pour dire plus, dit- il , n'ose ceder au
plaisir qu'il ressent , en voyant des Tableaux , dans la crainte de n'être pas satisfait selon les regles , &c.
Seriez-vous dans l'erreur de croire , dit
Alcipeà Damon,comme beaucoup de gens,
que l'on ne sçauroit sentir les beautez
d'un Ouvrage que lorsque l'on sçait de
quelle main il est sorti ? ... Je conviens
que celui qui est au fait des principes de
Art, doit avoir encore plus de plaisir
qu'un autre ; mais je ne conviens pas que
cela soit absolument nécessaire. Selon
votre idée , on ne pourroit lire les Vers
avec plaisir , qu'autant qu'on seroit capable d'en faire soi-même ; et il ne seroit
plus permis qu'à ceux qui sçavent la Musique , d'écouter un Concert. Non , mon
cher Damon, les beaux Arts sont faits
pour toutes les personnes de bon sens et
d'esprit et sur tout la Peinture , qui
n'a d'autre objet que l'imitation du vrai.
Croyez qu'il y a tel homme d'esprit , qui
sera plus capable de sentir les grandes
beautez d'un Tableau , que quantité de
prétendus connoisseurs qui vous imposent par leur jargon ; de ces gens qui ont
passé leur vie à étudier les differentes maF nicres
1794 MERCURE DE FRANCE
nieres de tels et tels , sans s'appliquer à
connoître quelle partie a rendu celui-cy
plus fameux que cet autre. Il leur suffit
de reconnoître la touche du Titien, ou du
Carache dans un Tableau, pour le déclarer merveilleux. Ne croyez pas même
qu'ils aillent chercher les preuves de l'originalité dans les grandes parties ;-non ,
c'est souvent un petit coin du Tableau
la touche d'une Plante , d'un Nuage, ou
le derriere de la Toile qui les déterminent. D'ailleurs ces gens - là n'ignorent
aucuns termes de l'Art , sçavent exactement la vie des Peintres , l'Histoire de
chaque Tableau , &c.
Ce que j'y trouve de pis , c'est que ces
diseurs de grands mots sont des Éleves.
Un homme qui voudra se jetter dans la
connoissance de la Peinture , s'addressera
plutôt à eux qu'à un Peintre ; car ces
Mr ont leur interêt pour publier que les
Peintres sont ceux qui s'y connoissent le
moins. C'est-là le premier préjugé sur lequel ils établissent les autres. Si - tôt que
Eleve en est rempli , il marche à grands
pas ; en peu de jours le voilà bien persuadé qu'il peut en toute sureté , mépriser
tous les Tableaux peints sur des toiles neu--
ves ; et admirer ceux qui menacent ruine.
Jugez alors si l'amour propre est satis- fait ?
AOUST. 17320 1795
it. Quel air de capacité ne se donne
int mon homme en se récriant devant
monde sur les beautez d'un vieux Taeau noirci , où les autres ne connoisnt plus rien , et où il ne découvre plus
n lui-même on le suit , on l'écoute
Sa décision est pitoyable , mais
e lui importe ; on le prend pour un
mme capable, il est content.Car il faut
convenir ; souvent nous avons des Taaux, des Livres ; nous courons les Conts , bien moins parce que nous aimons
Peinture , les Lettres ou la Musique
pour nous donner un air de capacité.
is se le donne - t - on en réfléchissant
g-temps avant que de hazarder son
timent ? Non, c'est en décidant promient , &c.
On blâme plus volontiers les Ouvranouveaux qui paroissent , qu'on ne les
3. Je ne sçai pourquoi , dit Alcipe, mais
utencore l'avouer,à notre honte; nous
ons une secrete et détestable joïe à reher un homme qui a fait ses efforts
nous plaire ; et vû cette malheureuclination , il devient bien plus diffid'approuver un Ouvrage nouveau ,
ue de leblâmer.Dites qu'il ne vaut rien;
on vous croît , sans que vous soyez obligé de vous expliquer davantage ; mais si
Fij Vous
1796 MERCURE DE FRANCE
vous en parlez avec éloge , ( au cas qu'on
veuille bien ne vous pas traiter d'imbécille ) on vous demande au moins raison.
de votre approbation ; c'est alors qu'il
faut véritablement s'y connoître pour
prouver sa capacité ; et peut - être même
faut-il plus de gout et d'esprit pour bien
sentir les grandes beautez , que pour découvrir les deffauts. D'ailleurs , que risquons- nous en blâmant? Si l'Ouvrage est
bon et reconnu pour tel dans la suite,nous
donnons à perser , en le regardant avec
froideur , que nous avons une idée du
beau bien supérieure à celle qu'en a le
vulgaire ; mais quand par malheur la critique l'emporte sur nos applaudissemens,
nous courons risque de passer pour des
esprits bornés. A l'égard des productions
des anciens , on ne peut que se faire honneur en les louant , parce que la posterité
les a consacrez. N'allez pas croire que je
prétende dire qu'ils ne sont pas dignes de
cette admiration ; personne ne leur rend
plus de justice que moi ; et c'est parce
que je les aime , que je suis outré de les
entendre loüer par des ignorans, qui n'en
démêlent que la rareté , et point du tout
l'excellence.
Mais, quoy ! dit Damon, jugeriez-vous
à propos que j'allasse me mêler de parler
de
A O UST. 1732. 1797
de la composition d'un Tableau : Eh
pourquoi pas ? répond Alcipe. Quelle
est , à votre avis , la premiere partie de la
composition ? N'est- ce pas de vous rendre , avec vérité , le sujet que l'on vous
annonce ? Si on veut vous representer ,
par exemple , la mort de Jules - César
n'êtes-vous pas à portée de juger si le
Peintre a rendu l'image de cette Scene ?
N'en jugeriez vous pas au Théatre ? Ne
verriez-vous pas bien si César et Brutus sont les principaux objets qui frappent votre vûë ? Si les autres personnages ont dans l'action , dans laquelle ils doivent être Enfin si le mouvement de
cètte Scene vous inspire la terreur qu'il
doit vous inspirer ? Si ces principales par
ties ne s'y trouvent point , dites en sûreté
que la composion de ce Tableau ne vous
plaît pas ; et vous aurez raison ; mais ne
vous pressez pas de dire que ce Tableau
ne vaut rien ; car il pourroit se trouver
d'excellentes choses dans le détail. La
Peinture est composée de tant de parties... Regardez donc , avant de condamner entierement , si , la composition
à part , vous ne serez point frappé de la
vérité de la couleur , de l'effet du clairobscur , du relief des figures , &c.
Sur la composition , sur le dessein , sur
Fiij le
1798 MERCURE DE FRANCE
le coloris , un homme d'esprit peut dire
son sentiment , dit Alcipe , puisqu'il ne
s'agit que de comparer le vrai, avec l'imitation. Quant à l'harmonie generale
poursuit-il,pourquoi nos yeux n'auroient- ils pas les mêmes facultez que nos oreilles ? Nous ne sommes touchez du son des
Instrumens , que lorsqu'ils sont parfaitement d'accord. Les couleurs d'un Tableau
doivent faire sur nous les mêmes impressions.Si une Musique harmonieuse et brillante nous frappe plus qu'une Musique
plate , quoique nous ne sçachions pas les
regles de la composition ; pourquoi un
Tableau brillant et suave ne nous plairat-il pas plus qu'un Tableau dur et sans
accord?
Royale de Peinture et Sculpture. Par
2. Charles Coypel , Premier Peintre de V. le Duc d'Orleans. A Paris , chez
P. F. Mariette , rue S Jacques , 1732. Brochure in 4. de 34. pages.
Le sujet, du premier Discours est sur
necessité de recevoir des avis. La premiere chose dont le Lecteur s'apperçoit
dans la lecture agréable et utile de cet
Ouvrage , c'est que M. Coypel , outre ses
lens pour l'Art qu'il professe , a une
plume aussi sage et aussi élegante que
son Pinceau ; deux qualitez qu'on trouve assez rarement ensemble. On renarque dans ses Ecrits le même génie ,
le même tour et le même ordre qu'on
voir avec plaisir dans ses heureuses Ĉompositions , où l'on trouve tant d'expres
sions fines et délicates.
M. Coypel entre en matiere très-moaestement , en soumettant ces Refléxions
qu'il n'avoit faites , dit- il , que pour lui ,
au jugement de l'Académie , et ne pou
vant croire qu'elles puissent être utiles
à d'autres qu'à lui ; sur quoi nous- pensons
1788 MERCURE DE FRANCE
sons qu'il s'expose à un démenti de là
part de tous ses Lecteurs et peut être
de toute l'Académie.
-
Sur la necessité de recevoir des avis ,
M. Coypel s'exprime ainsi. La Peinture
est composée de tant de parties , que nous
ne devons presque jamais nous flater de
ne pas perdre de vûe les unes , en nous
attachant à chercher les autres.
Il n'est pas moins rare de trouver des
amis qui soient également touchez de
toutes ces Parties. L'un n'est sensible
qu'à la couleur , et n'est que peu flaté
de l'élegance du Dessein ; l'autre , au
contraire , prétend que sans le grand
goût, la délicatesse et la pureté du Dessein , la Peinture n'est qu'une affaire de
Mécanique. L'homme d'esprit et de sentiment ne s'attachera qu'à l'expression des
têtes et à l'ordonnance. L'homme d'érudition sera satisfait si le Costume est
scrupuleusement observé dans un Tableau , ainsi des autres.
Chacun ayant donc presque toûjours
son goût déterminé pour une partie de
la Peinture , et la préferant aux autres ,
rarement est-il possible que les avis d'un
seul ami soient suffisans ; nous devons
donc necessairement faire societé avec
des personnes de goûts differens ; l'un
apper-
AOUST. 1732. 1789
appercevra ce que l'autre avoit laissé
échapper.Nous verrons aujourd'hui notre
Ouvrage par les yeux de l'homme de
Lettres , demain il sera éclairé par les lu- mieres de l'Amateur du coloris ; une aure fois les regards du Partisan du Desçin donneront aux nôtres une nouvelle
éverité , &c.
Mais il arrive quelquefois , poursuit
Auteur sur la maniere d'avoir des avis,
que la façon dont nous les demandons
ne prouve autre chose que le desir que
nous avons de recevoir des loüanges. Souvent un Auteur trouve moyen de faire
Péloge de son Ouvrage, dans le temps mêrê qu'il semble implorer le secours de
de la Critique. Trouvez- vous , dira-t'il ,
que je me sois tiré heureusement de telle
difficulté ? Fe crains que la finesse de ces
expressions ne soit pas sentie du Public.
J'aurois moins de défiance si je n'avois
affaire qu'à des Connoisseurs tels que
vous dites moi votre sentiment. Le
moyen de dire des choses fâcheuses à
quelqu'un qui déclare que vous êtes seul
capable de connoître l'excellence de son
mérite. Ne prévenons nos Juges que sur
,
desir que nous avons de nous corriger
et sur l'obligation que nous aurions à
quelqu'un qui nous voudroit assez de
bien
1
pour nous faire part de sa critique , au
risque de nous affliger. D'ailleurs laissons
parler notre Ouvrage ; ce qu'il ne dira
pas, cest qu'il ne le peut dire, &c. Soyons
prompts à démêler sur le visage de celui
que nous consultons , l'impression qu'il
reçoit au premier coup d'œil , c'est le
sentiment que sa politesse même ne peur
nous cacher. Mais ne craignons pas de
manquer d'avis quand il sera bien établi
que nous les recevons avec plaisir.
Après avoir dit que c'est dans l'idée de
critiquer ses propres ouvrages , qu'il faut
consulter ceux des grands Maîtres anciens , il ajoute : Nous devrions faire la
même chose à la vûë de ceux des habiles
gens avec qui nous vivons. Malheureusement cela nous devient plus difficile :
nous avons peine àconvenir qu'il se trouve de notre temps des personnes qui possedent dans notre Art des perfections que
nous n'avons pû acquerir ; nous le pardonnons aux anciens; ils semblent avoir
expié cette offense en cessant de vivre.
D'ailleurs ceux de nos jours que nous
envions , sont obligés de leur rendre la
même justice ; c'est une consolation pour
notre amour propre ; mais qu'en arrive-,
t-il? Nous nous bornons à admirer ceux
qui sont venus avant nous , sans nous efforcer
AOUST. 1732 1791
forcer de les égaler ; nous renonçons à
ce noble désir , dans l'esperance que nos
contemporains ne parviendront pas plus
que nous à cet éminent dégré de perfec
tion ; et quant aux Ouvrages nouveaux
si nous y remarquons des parties qui
nous manquent, loin de tâcher de mettre
à profit le mouvement de jalousie qu'el
les nous inspirent , en les étudiant assez
pour les acquerir ; nous cherchons promtement de la consolation , en y faisant la
recherche de défauts que nous aurions
peut- être évitez. De là nous retournons
regarder nos productions avec autant de
complaisance pour nous mêmes, que nous
avons de sévérité pour les autres : Nous
y admirons la partie que nous croïons posséder ; nous ne manquons pas de lui donner la prééminence sur toutes les autres ;
nos ennemis ont la malice de nous fortifier dans cette ridicule opinion ; nos flateurs ont la fausseté de l'augmenter en
nous , et nos amis ont souvent la foiblesse de nous la laisser , et d'en prendre leur
part.
La seule comparaison de nos Ouvrages,
avec ceux des autres , peut nous rendre
nos deffauts sensibles. Lorsque nous passons notre temps vis- à-vis nos produc
tions , il est rare que nous persistions dans
1792 MERCURE DE FRANCE
dans le désir de leur chercher querelle.
Combien de femmes, dans l'arriere saison,
sont contentes de leur visage , après une
longue toilette ! La grande habitude dans
laquelle elles sont, d'y considerer toujours
le même objet , qu'elles pensent embellir
souvent par de ridicules ajustemens , leur
persuade aisément qu'il est même du remede aux Outrages du temps. Qu'une jeune et belle personne paroisse , cette vûë
leur fait sentir dans l'instant des veritez
que le Miroir leur avoit montrées vainement. Gardons-nous donc de croire que
nous puissions , sans aucun secours , parvenir à nous bien critiquer; nous sommes
trop échauffez de nos propres idées pour
conserver ce sang froid, si nécessaire pour
bien juger.
Avant le Dialogue sur la connoissance
-de la Peinture , M. Coypel rend compte
du motif qui le lui a fait composer , sur
ce principe , que la Peinture n'ayant pour
objet que la parfaite imitation de la nature ,
tout homme de bon sens et d'esprit, sans avoir
étudié les mysteres de cet art , est à portée de
sentir les grandes beautez d'un Tableau , et
defaire souvent même d'excellentes remarques
Il suppose un veritable connoisseur en
conversation , avec un homme d'esprit ,
qui
A OUST. 1732. 1793
qui n'ayant jamais eu de principes sur la
peinture , n'ose s'en rapporter à ses yeux;
ou , pour dire plus, dit- il , n'ose ceder au
plaisir qu'il ressent , en voyant des Tableaux , dans la crainte de n'être pas satisfait selon les regles , &c.
Seriez-vous dans l'erreur de croire , dit
Alcipeà Damon,comme beaucoup de gens,
que l'on ne sçauroit sentir les beautez
d'un Ouvrage que lorsque l'on sçait de
quelle main il est sorti ? ... Je conviens
que celui qui est au fait des principes de
Art, doit avoir encore plus de plaisir
qu'un autre ; mais je ne conviens pas que
cela soit absolument nécessaire. Selon
votre idée , on ne pourroit lire les Vers
avec plaisir , qu'autant qu'on seroit capable d'en faire soi-même ; et il ne seroit
plus permis qu'à ceux qui sçavent la Musique , d'écouter un Concert. Non , mon
cher Damon, les beaux Arts sont faits
pour toutes les personnes de bon sens et
d'esprit et sur tout la Peinture , qui
n'a d'autre objet que l'imitation du vrai.
Croyez qu'il y a tel homme d'esprit , qui
sera plus capable de sentir les grandes
beautez d'un Tableau , que quantité de
prétendus connoisseurs qui vous imposent par leur jargon ; de ces gens qui ont
passé leur vie à étudier les differentes maF nicres
1794 MERCURE DE FRANCE
nieres de tels et tels , sans s'appliquer à
connoître quelle partie a rendu celui-cy
plus fameux que cet autre. Il leur suffit
de reconnoître la touche du Titien, ou du
Carache dans un Tableau, pour le déclarer merveilleux. Ne croyez pas même
qu'ils aillent chercher les preuves de l'originalité dans les grandes parties ;-non ,
c'est souvent un petit coin du Tableau
la touche d'une Plante , d'un Nuage, ou
le derriere de la Toile qui les déterminent. D'ailleurs ces gens - là n'ignorent
aucuns termes de l'Art , sçavent exactement la vie des Peintres , l'Histoire de
chaque Tableau , &c.
Ce que j'y trouve de pis , c'est que ces
diseurs de grands mots sont des Éleves.
Un homme qui voudra se jetter dans la
connoissance de la Peinture , s'addressera
plutôt à eux qu'à un Peintre ; car ces
Mr ont leur interêt pour publier que les
Peintres sont ceux qui s'y connoissent le
moins. C'est-là le premier préjugé sur lequel ils établissent les autres. Si - tôt que
Eleve en est rempli , il marche à grands
pas ; en peu de jours le voilà bien persuadé qu'il peut en toute sureté , mépriser
tous les Tableaux peints sur des toiles neu--
ves ; et admirer ceux qui menacent ruine.
Jugez alors si l'amour propre est satis- fait ?
AOUST. 17320 1795
it. Quel air de capacité ne se donne
int mon homme en se récriant devant
monde sur les beautez d'un vieux Taeau noirci , où les autres ne connoisnt plus rien , et où il ne découvre plus
n lui-même on le suit , on l'écoute
Sa décision est pitoyable , mais
e lui importe ; on le prend pour un
mme capable, il est content.Car il faut
convenir ; souvent nous avons des Taaux, des Livres ; nous courons les Conts , bien moins parce que nous aimons
Peinture , les Lettres ou la Musique
pour nous donner un air de capacité.
is se le donne - t - on en réfléchissant
g-temps avant que de hazarder son
timent ? Non, c'est en décidant promient , &c.
On blâme plus volontiers les Ouvranouveaux qui paroissent , qu'on ne les
3. Je ne sçai pourquoi , dit Alcipe, mais
utencore l'avouer,à notre honte; nous
ons une secrete et détestable joïe à reher un homme qui a fait ses efforts
nous plaire ; et vû cette malheureuclination , il devient bien plus diffid'approuver un Ouvrage nouveau ,
ue de leblâmer.Dites qu'il ne vaut rien;
on vous croît , sans que vous soyez obligé de vous expliquer davantage ; mais si
Fij Vous
1796 MERCURE DE FRANCE
vous en parlez avec éloge , ( au cas qu'on
veuille bien ne vous pas traiter d'imbécille ) on vous demande au moins raison.
de votre approbation ; c'est alors qu'il
faut véritablement s'y connoître pour
prouver sa capacité ; et peut - être même
faut-il plus de gout et d'esprit pour bien
sentir les grandes beautez , que pour découvrir les deffauts. D'ailleurs , que risquons- nous en blâmant? Si l'Ouvrage est
bon et reconnu pour tel dans la suite,nous
donnons à perser , en le regardant avec
froideur , que nous avons une idée du
beau bien supérieure à celle qu'en a le
vulgaire ; mais quand par malheur la critique l'emporte sur nos applaudissemens,
nous courons risque de passer pour des
esprits bornés. A l'égard des productions
des anciens , on ne peut que se faire honneur en les louant , parce que la posterité
les a consacrez. N'allez pas croire que je
prétende dire qu'ils ne sont pas dignes de
cette admiration ; personne ne leur rend
plus de justice que moi ; et c'est parce
que je les aime , que je suis outré de les
entendre loüer par des ignorans, qui n'en
démêlent que la rareté , et point du tout
l'excellence.
Mais, quoy ! dit Damon, jugeriez-vous
à propos que j'allasse me mêler de parler
de
A O UST. 1732. 1797
de la composition d'un Tableau : Eh
pourquoi pas ? répond Alcipe. Quelle
est , à votre avis , la premiere partie de la
composition ? N'est- ce pas de vous rendre , avec vérité , le sujet que l'on vous
annonce ? Si on veut vous representer ,
par exemple , la mort de Jules - César
n'êtes-vous pas à portée de juger si le
Peintre a rendu l'image de cette Scene ?
N'en jugeriez vous pas au Théatre ? Ne
verriez-vous pas bien si César et Brutus sont les principaux objets qui frappent votre vûë ? Si les autres personnages ont dans l'action , dans laquelle ils doivent être Enfin si le mouvement de
cètte Scene vous inspire la terreur qu'il
doit vous inspirer ? Si ces principales par
ties ne s'y trouvent point , dites en sûreté
que la composion de ce Tableau ne vous
plaît pas ; et vous aurez raison ; mais ne
vous pressez pas de dire que ce Tableau
ne vaut rien ; car il pourroit se trouver
d'excellentes choses dans le détail. La
Peinture est composée de tant de parties... Regardez donc , avant de condamner entierement , si , la composition
à part , vous ne serez point frappé de la
vérité de la couleur , de l'effet du clairobscur , du relief des figures , &c.
Sur la composition , sur le dessein , sur
Fiij le
1798 MERCURE DE FRANCE
le coloris , un homme d'esprit peut dire
son sentiment , dit Alcipe , puisqu'il ne
s'agit que de comparer le vrai, avec l'imitation. Quant à l'harmonie generale
poursuit-il,pourquoi nos yeux n'auroient- ils pas les mêmes facultez que nos oreilles ? Nous ne sommes touchez du son des
Instrumens , que lorsqu'ils sont parfaitement d'accord. Les couleurs d'un Tableau
doivent faire sur nous les mêmes impressions.Si une Musique harmonieuse et brillante nous frappe plus qu'une Musique
plate , quoique nous ne sçachions pas les
regles de la composition ; pourquoi un
Tableau brillant et suave ne nous plairat-il pas plus qu'un Tableau dur et sans
accord?
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Résumé : Discours sur la Peinture, &c. [titre d'après la table]
En 1732, Charles Coypel, Premier Peintre du Duc d'Orléans, prononce un discours lors des conférences de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Il y souligne la nécessité pour les artistes de recevoir des avis pour améliorer leur travail. La peinture, composée de nombreuses parties, peut être critiquée sous différents aspects tels que la couleur, le dessin, l'expression ou le costume. Coypel insiste sur l'importance de demander des avis de manière sincère et ouverte, sans chercher uniquement des louanges. Il critique ceux qui se contentent d'admirer les œuvres des anciens maîtres sans essayer de les égaler ou d'apprendre des contemporains. Il met également en garde contre l'habitude de trouver des défauts dans les œuvres nouvelles pour se consoler de ses propres insuffisances. Coypel aborde ensuite la capacité de chacun à apprécier les beautés d'un tableau, indépendamment des connaissances techniques. Il critique les prétendus connaisseurs qui se basent sur des détails superficiels pour juger une œuvre. Il encourage à juger les tableaux en fonction de leur composition et de leur capacité à représenter fidèlement le sujet. Le texte discute également de la perception des éléments artistiques par l'observateur, tels que la vérité de la couleur, l'effet du clair-obscur et le relief des figures. Alcipe, un personnage mentionné, affirme qu'un homme d'esprit peut exprimer son avis sur la composition, le dessin et le coloris en comparant le vrai avec l'imitation. Il compare l'harmonie générale d'un tableau à celle de la musique, suggérant que les yeux devraient avoir les mêmes facultés que les oreilles. Les couleurs d'un tableau doivent produire les mêmes impressions que les sons des instruments lorsqu'ils sont en accord parfait. De même que la musique harmonieuse et brillante est plus frappante que la musique plate, un tableau brillant et suave devrait plaire davantage qu'un tableau dur et sans accord.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 2449-2450
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Il y a en vente chez la Veuve Chereau, ruë S. Jacques, aux deux Pilliers d'Or; et chez [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Antoine Watteau, Enseigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
·Il Y a en vente chez la Veuve Chereau , rue
S. Jacques , aux deux Pilliers d'Or" ; et chez Sû
rugues , Graveur du Roy , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves , deux Estampes, nouvellement gra.
vées d'après les Tableaux de feu Antoine Wat- teau ; l'une a pour titre : Les agrémens de l'Eté.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Glucq ,
Conseiller au Parlement. L'autre est l'Enseigne
que Watteau peignit en arrivant de Londresen
172 1. pour M. Gersain , son ami , Marchand
de Tableaux et d'Estampes , sur le Pont Notre- Dame.
Ce morceau qui a 9 pieds 6 pouces de large ,
sur spieds de haut , a toujours été regardé com-mc
2450 MERCURE DE FRANCE
me le Chef- d'œuvre de cet excellent Peintre. Îl
représente le Magazin d'un Marchand , qui est
rempli de differens Tableaux des plus grands
Maîtres ; on y reconnoît le caractere et le goût de chacun de ces Maîtres.
Cette fameuse Enseigne ne fut exposée que 15
jours ; elle fit l'admiration de tout Paris. Elle fut vendue à M. Glucq . On la voit à present dans le
Cabinet de M. Jullienne , qui l'a fait graver
pour la suite dê l'œuvre , qu'il fait toujours con tinuer. On lit ces Vers au bas de l'Estampe.
Watteau dans cette Enseigne , à la fleur de
ses ans >
Des Maîtres de son art imite la maniere ;
Leurs caracteres differens ,
Leurs touches et leur goût composent la matiere
De ces Esquisses Elegans.
Que n'attendions- nous point de tant d'heureux
Talens !
Si le Ciel eut voulu prolonger sa carriere ,
Il auroit surpassé ces Modeles charmans.
S. Jacques , aux deux Pilliers d'Or" ; et chez Sû
rugues , Graveur du Roy , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves , deux Estampes, nouvellement gra.
vées d'après les Tableaux de feu Antoine Wat- teau ; l'une a pour titre : Les agrémens de l'Eté.
Ce Tableau est dans le Cabinet de M. Glucq ,
Conseiller au Parlement. L'autre est l'Enseigne
que Watteau peignit en arrivant de Londresen
172 1. pour M. Gersain , son ami , Marchand
de Tableaux et d'Estampes , sur le Pont Notre- Dame.
Ce morceau qui a 9 pieds 6 pouces de large ,
sur spieds de haut , a toujours été regardé com-mc
2450 MERCURE DE FRANCE
me le Chef- d'œuvre de cet excellent Peintre. Îl
représente le Magazin d'un Marchand , qui est
rempli de differens Tableaux des plus grands
Maîtres ; on y reconnoît le caractere et le goût de chacun de ces Maîtres.
Cette fameuse Enseigne ne fut exposée que 15
jours ; elle fit l'admiration de tout Paris. Elle fut vendue à M. Glucq . On la voit à present dans le
Cabinet de M. Jullienne , qui l'a fait graver
pour la suite dê l'œuvre , qu'il fait toujours con tinuer. On lit ces Vers au bas de l'Estampe.
Watteau dans cette Enseigne , à la fleur de
ses ans >
Des Maîtres de son art imite la maniere ;
Leurs caracteres differens ,
Leurs touches et leur goût composent la matiere
De ces Esquisses Elegans.
Que n'attendions- nous point de tant d'heureux
Talens !
Si le Ciel eut voulu prolonger sa carriere ,
Il auroit surpassé ces Modeles charmans.
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le texte annonce la vente de deux estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau. La première, intitulée 'Les agrémens de l'Eté', est conservée dans le cabinet de M. Glucq, Conseiller au Parlement. La seconde est une enseigne peinte par Watteau en 1721 pour M. Gersain, un marchand de tableaux et d'estampes. Cette enseigne, mesurant 9 pieds 6 pouces de large sur 6 pieds de haut, est considérée comme le chef-d'œuvre de Watteau. Elle représente le magasin d'un marchand rempli de tableaux de grands maîtres, chacun reconnaissable par son style et son goût. Exposée seulement 15 jours, elle fut admirée par tout Paris avant d'être vendue à M. Glucq. Actuellement, elle se trouve dans le cabinet de M. Jullienne, qui l'a fait graver pour une suite d'œuvres. Une poésie accompagne l'estampe, soulignant le talent de Watteau et son imitation des maîtres de son art.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 555
Vente de Tableaux, Miniatures, Estampes, Médailles, Bronzes, Desseins, &c. [titre d'après la table]
Début :
On nous prie d'avertir que la vente des Tableaux des plus grands Maîtres d'Italie, de France, [...]
Mots clefs :
Dessins, Grands maîtres, Tableaux, Cabinet, Livres, Manuscrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vente de Tableaux, Miniatures, Estampes, Médailles, Bronzes, Desseins, &c. [titre d'après la table]
On nous prie d'avertir que la vente des Tableaux
des plus grands Maîtres d'Italie , de France
, de Flandre et d'Hollande , du Cabinet de feu
M. de la Chataigneraye , Argentier des Enfans
de France , se fera publiquement le 20. Avril prochain
et jours suivans , en l'Abbaye S. Victor
Paris.
On donne aussi avis que le 15 d'Avril prochain
et jours suivans , on fera la vente du Cabinet de
M. du Rondray , qui consiste en Desseins de Décorations
et d'habillemens de Théatre, de Fêtes et
Réjouissances publiques , de Mausolées et Pompes
funebres ; en Desseins de grands Maîtres'
François et Etrangers , Tableaux à Gouache , et
autres Desseins colorez Estampes , Planches
gravées par le Clerc, Simoneau etAudran , un nombre
considerable de Médailles antiques et modernes
;
,
Livres , &c. Livres imprimez et manuscrits,
Bibles anciennes , en gotiques , avec Miniatures ,
Heures ou Ordinaires de la Messe , écrites à la
main , enrichies de très- belles Miniatures , et
plusieurs Livres de Musique , d'Opera et autres
Airs des plus grands Maîtres Italiens et François,
manuscrits er imprimez. Cette Vente se fera à
Paris , rue du Doyenné S. Thomas du Louvre ,
dans la Maison du Doyenné.
des plus grands Maîtres d'Italie , de France
, de Flandre et d'Hollande , du Cabinet de feu
M. de la Chataigneraye , Argentier des Enfans
de France , se fera publiquement le 20. Avril prochain
et jours suivans , en l'Abbaye S. Victor
Paris.
On donne aussi avis que le 15 d'Avril prochain
et jours suivans , on fera la vente du Cabinet de
M. du Rondray , qui consiste en Desseins de Décorations
et d'habillemens de Théatre, de Fêtes et
Réjouissances publiques , de Mausolées et Pompes
funebres ; en Desseins de grands Maîtres'
François et Etrangers , Tableaux à Gouache , et
autres Desseins colorez Estampes , Planches
gravées par le Clerc, Simoneau etAudran , un nombre
considerable de Médailles antiques et modernes
;
,
Livres , &c. Livres imprimez et manuscrits,
Bibles anciennes , en gotiques , avec Miniatures ,
Heures ou Ordinaires de la Messe , écrites à la
main , enrichies de très- belles Miniatures , et
plusieurs Livres de Musique , d'Opera et autres
Airs des plus grands Maîtres Italiens et François,
manuscrits er imprimez. Cette Vente se fera à
Paris , rue du Doyenné S. Thomas du Louvre ,
dans la Maison du Doyenné.
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Résumé : Vente de Tableaux, Miniatures, Estampes, Médailles, Bronzes, Desseins, &c. [titre d'après la table]
Le texte annonce deux ventes publiques à Paris. La première, prévue pour le 20 avril et les jours suivants, concerne la vente des tableaux des plus grands maîtres d'Italie, de France, de Flandre et de Hollande, provenant du cabinet de feu M. de la Chataigneraye, Argentier des Enfants de France. Cette vente se tiendra à l'Abbaye Saint-Victor. La seconde vente, programmée pour le 15 avril et les jours suivants, concerne le cabinet de M. du Rondray. Elle inclut des dessins de décorations et d'habillemens de théâtre, de fêtes et réjouissances publiques, de mausolées et pompes funèbres, ainsi que des dessins de grands maîtres français et étrangers, des tableaux à la gouache, des estampes, des planches gravées par le Clerc, Simoneau et Audran, un nombre considérable de médailles antiques et modernes, des livres imprimés et manuscrits, des Bibles anciennes en gothiques avec miniatures, des Heures ou Ordinaires de la Messe écrites à la main et enrichies de très belles miniatures, et plusieurs livres de musique, d'opéra et autres airs des plus grands maîtres italiens et français, manuscrits et imprimés. Cette vente se déroulera à Paris, rue du Doyenné Saint-Thomas du Louvre, dans la Maison du Doyenné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 838-845
SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
Début :
Il y a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux naturels, posez sur leurs pieds [...]
Mots clefs :
Figure, Soleil, Tableau, Cabinet, Figure, Lune, Mort, Tableaux, Oiseaux, Couleurs naturelles, Curiosités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
SUITE des Curiositez naturelles, & c.
du Cabinet de M. Capperon.
I'
OYSEAU X.
Ly a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux
naturels , posez sur leurs pieds
comme s'ils étoient vivans , et qui y sont
depuis dix ou douze ans , sans aucune altération
, par la maniere que j'ai de les
conserver les grands sont empaillez , et
les petits en chair et en os . Il y a un Paon
entier , dont la queue bien étendue couvre
toute la Cheminée de mon Cabinet.
Un mâle de Phaisan , posé sur un piédestail
, une Cigogne , deux Pelicans , un
gros oyseau de Mer , nommé dans Jonston
, Onocrotalus , un Canard d'Afrique ,
un autre Oyseau singulier , venant de Canada
, un tres beau Perroquet ; plusieurs
autres Oyseaux de Mer ; un Lorio jaune
et noir , un Picus Varius , une Huppe
des Chardonnets , Linotes & c. L'Anser ,
Magellanicus, de Jonston, beaucoup plus.
gros
MAY. 1733 $39
que
gros qu'une Oye , dont les aîles n'ont
4 pouces de longueur . On vient de met
l'envoyer de Dieppe.
Ouvrages de l'Art.
Un morceau de Buis , de la grosseur
et de la forme d'une noix , autour duquel
sont sculptez quarante petits Tableaux
de la Vie de Notre - Seigneur. II
s'ouvre en deux para ; dans une moitié
se voïent sur le haut , Adam et Eve
proche l'Arbre du fruit deffendu , où est
le Serpent qui les tente ; auprès d'eux est
un Lion ; dans le dessous est Caïn qui tuë
son frere Abel; au côté sont deux Chevaux
d'une délicatesse surprenante , qui
labourent avec une Charue, au côté gauche
est l'Arche de Noé , et auprès un
homme étendu mort , comme noyé par
le Déluge ; par une coulisse qui s'ouvre
derriere , paroît un Mouton qui paît.
Dans l'autre moitié de cette espece de
noix , on voit sur le haut dans le milieu
le Fils de Dieu , attaché à la Croix, et les
deux Larrons ; au bas de la Croix , la
sainte Vierge, et S. Jean ; puis Longis qui
perce le côté sacré , et un Soldat qui est
un peu plus loin ; au côté droit , qui est
séparé par une colonne , délicatement
travaillée , paroît Jesus- Christ flagellé par
A v
840 MERCURE DE FRANCE
un Soldat ; et au côté gauche, séparé par
une autre colonne , il y a deux Soldats
qui gardent le Tombeau , lequel se voit
en tirant une Coulisse par derriere, et 2
autres Soldats qui le gardent de ce côté- là .
Cer Ouvrage et toutes les figures sont
d'une délicatesse surprenante. Une Urne
Sépulciale antique.Les Portraits des douze
Césars en émail.
,
Autre Ouvrage, oreillement de buis , à
peu près dans le même dessein que le précédent
mais beaucoup plus parfait ,
tant pour le grand nombre des figures ,
que pour leur beauté et leur perfection .
Cet Ouvrage est aussi rond , s'ouvrant en
deux moitiés , jointes par une Charniere
; il est à peu près de la grosseur d'une
Bale de Jeu de Paume. Dans la premiere
moitié sont plusieurs figures du même
Mystere de la Passion du Sauveur, et dans
l'autre , deux Points d'Histoire de l'ancien
Testament , le Sacrifice d'Abraham,
et le Serpent d'Airain ; le tout comprenant
un grand nombre de figures , et faisant
un ouvrage des plus achevez et des
plus finis.
Une Piramide d'Yvoire , haute de 18 pouces
& demi , faite au Tour , dont la tige
n'a guere qu'une bonne ligne de diametre
dans le bas ; elle n'eft vers le haut gros
que
MAY . 1733. 841
gros que de la grosseur d'une épingle ordinaire.
A la hauteur de six pouces est posée
sur la tige une espece de Lanterne à
jour , formée par 4 colonnes ; au milieu
de cette Lanterne sont trois figures de
personnes assises à une Table , sur laquelle
paroissent les Mets et les Bouteilles .
Cet Ouvrage est encore des plus délicats .
Deux figures de bois bronzées , d'un pied
neuf pouces de haut , posées sur deux
Guéridons , dont l'une représente Apollon
jouant de la Lyre ; et au bas , un petit
Cupidon , qui lui présente un Arc ;
l'autre , est le Dieu Pan,tenant un Sifflet,
au bas duquel est un petit Satire . Ces deux
piéces sont excellentes et d'un habile
Sculpteur , qui a travaillé à Paris , à Rome
, à Naples , & c . lequel m'en a fait
présent , par reconnoissance de ce qu'étant
un orphelin de mon ancienne Paroisse
, et lui trouvant de la disposition pour
la Sculpture , je le formai moi-même dans
cet Art.
Ouvrages de mafaçon et de mon invention.
Un Tableau de S. Ambroise , peint à
huile , d'un pied en quarré , dont la bordure
est de carton , faite avec des coins ,
à la Romaine , ornez de fleurs , le tout
doré d'or bruni . Plusieurs autres Ta-
A vj bleaux
842 MERCURE DE, FRANCE
bleaux de mon invention , lesquels ont
autant de force pour les draperies et pour
tout le reste , que s'ils étoient peints à
buile , et qui ne sont néanmoins faits.
ni en détrempe, ni en pastel . D'autres encore
plus singuliers , sçavoir , des Paysages
et des Ports de Mer en relief ; entre
autres il y en a un de deux pieds de
longueur sur un pied et quelques pouces
de hauteur , qui représente la Ville d'Eu
en Perspective , où les Eglises , Maisons ,
&c. paroissent en relief telles qu'elles paroissent
d'un point de vûe que j'ai choisi
hors de la Ville. Cet Ouvrage m'a occupé
plus d'une année. Ces sortes de Tableaux
sont faits avec de petits cartons
coupez et colez à propos , et le tout peint
ensuite à huile. Un petit Squelete où
toute l'Ostologie est parfaitement observée.
La Figure est droite sur ses pieds ,
appuyée sur une bêche et a seulement
un pied de haut ; elle est très - ressemblante
au naturel. Une Figure de bois de
deux pieds de haut, représentant un homme
mort , dont le ventre et la poitrine
sont ouverts , où se voyent le coeur , les
poulmons , le foye , l'estomac et tous les
visceres , intestins , vaisseaux , & c, dans .
leurs figures , situations et couleurs naturelles.
Un Oiseau en forme de Per-
Loquet
MAY. 1733. 84
?
roquet , tout fait avec de petites aîles de
hannetons et autres Scarabées de differentes
couleurs . Un Dragon aîlé d'un pied
et demi de long , enfermé dans une espece
de Châsse de verre aux deux extrémitez
de laquelle , en bas , sont deux
bouquets de fleurs; et au haut, dans toute:
sa longueur , pend une Guirlande aussi
de fleurs ; le tout , tant le Dragon que
les fleurs , est fait de Coquilles dans leurs
seules couleurs naturelles . Un petit Emouleur
, posé sur un piedestal , lequel par
des ressorts de mon invention , cachez.
dans le piedestal , fait tourner sa meule
avec le pied , et tourne sa tête de temps.
en temps. Une Sphere tracée en dedans
sur un Globe de verre mobile , où sont
représentez en or tous les Cercles , et les
principales Etoiles fixes avec leurs noms..
Et sur la Sphere un petit Soleil et une
Lune mobile , qu'on peut mettre chaque
jour en place sur le Zodiaque. Autre Õu--
vrage de neuf pouces de longueur , sur
six pouces de largeur, et seulement deux
pouces de hauteur , au milieu duquel est
une espece de Boussole double et mobile,,
où est la Lune , laquelle se couvre ou se
découvre , suivant l'augmentation ou la
diminution de ses phases , et par deux poin
res placées au bord. exterieur de cette
Boussole
Boussole , elle marque sur la bordure
qui est autour , les jours de la Lune et
les heures des Marées ; ayant cela de singulier
, qu'en tel sens qu'on tourne la
Machine par un mouvement secret , les
deux pointes reviennent toujours au jour
et à l'heure convenable.
Un Globe Terrestre , représenté sur
une Carte mobile , ayant pour centre le
Pole Septentrional , et se terminant au
Tropique du Capricorne avec les Longitudes
et les Latitudes ; le tout environné
d'un cercle fixe , où sont marquées
les 24. heures et où est attaché par les
deux bouts un fil d'archal qui tient lieu
d'horison ; de sorte que par un Index où
est un petit Soleil mobile , on peut voir
l'heure du lever et du coucher du Soleil
, quelle heure il est dans chaque Pays,
sur quel Pays le Soleil est vertical à chaque
moment du jour , ainsi que les Eclipses
de Soleil et de Lune .
Ouvrage d'Optique de ma façon.
Deux Tableaux magiques , l'un desquels
représente une Demoiselle environnée
de branches et de feüillages , laquelle
regardée par un petit trou placé aufait
voir une Tête de Mort. L'autre
Tableau qui est au derriere du predessus
,
mier,
MAY. 1733 845
mier , représente sept differens Bustes de
Papes , Abbez , &c. sur lesquels posant
la ` même Machine où est le petit trou ,
il ne paroît que mon seul Portrait . Un Tableau
où sont écrits six Vers d'une Enigme
; au haut de ce Tableau est posé à
Angle droit , une Glace de Miroir , laquelle
étant découverte , représente le
même Tableau , où au lieu des Vers on
voit un Moulin à vent , qui est le mot
de l'Enigme. Une Figure difforme , peinte
sur un Cône de carton , large par par le bas
d'un pied sur un pied et demi de hauteur
, lequel vû d'un certain point , représente
une Religieuse tenant une Croix
dans ses mains . Plusieurs figures difformes
, qui paroissent très- agréables , étant
regardées dans un Miroir Cylindrique.
Figure particuliere et difforme , tracée
sur un Plan allongé , laquelle vûe de loin
représente une Vierge.
Voilà les Curiositez qui forment mon
Cabinet , telles que j'ai pû les assembler
dans un petit Lieu comme la Ville d'Eu ,
et que j'ai augmentées de petits Ouvrages
de mon invention , executez en differens
temps , pour me délasser de mes
autres occupations plus sérieuses et plus
nécessaires. Signé , CAPPERON
Doyen de S. Maxent.
ancien
A la Ville d'Eu , le 16. Mars 17339
du Cabinet de M. Capperon.
I'
OYSEAU X.
Ly a dans mon Cabinet plusieurs Oyseaux
naturels , posez sur leurs pieds
comme s'ils étoient vivans , et qui y sont
depuis dix ou douze ans , sans aucune altération
, par la maniere que j'ai de les
conserver les grands sont empaillez , et
les petits en chair et en os . Il y a un Paon
entier , dont la queue bien étendue couvre
toute la Cheminée de mon Cabinet.
Un mâle de Phaisan , posé sur un piédestail
, une Cigogne , deux Pelicans , un
gros oyseau de Mer , nommé dans Jonston
, Onocrotalus , un Canard d'Afrique ,
un autre Oyseau singulier , venant de Canada
, un tres beau Perroquet ; plusieurs
autres Oyseaux de Mer ; un Lorio jaune
et noir , un Picus Varius , une Huppe
des Chardonnets , Linotes & c. L'Anser ,
Magellanicus, de Jonston, beaucoup plus.
gros
MAY. 1733 $39
que
gros qu'une Oye , dont les aîles n'ont
4 pouces de longueur . On vient de met
l'envoyer de Dieppe.
Ouvrages de l'Art.
Un morceau de Buis , de la grosseur
et de la forme d'une noix , autour duquel
sont sculptez quarante petits Tableaux
de la Vie de Notre - Seigneur. II
s'ouvre en deux para ; dans une moitié
se voïent sur le haut , Adam et Eve
proche l'Arbre du fruit deffendu , où est
le Serpent qui les tente ; auprès d'eux est
un Lion ; dans le dessous est Caïn qui tuë
son frere Abel; au côté sont deux Chevaux
d'une délicatesse surprenante , qui
labourent avec une Charue, au côté gauche
est l'Arche de Noé , et auprès un
homme étendu mort , comme noyé par
le Déluge ; par une coulisse qui s'ouvre
derriere , paroît un Mouton qui paît.
Dans l'autre moitié de cette espece de
noix , on voit sur le haut dans le milieu
le Fils de Dieu , attaché à la Croix, et les
deux Larrons ; au bas de la Croix , la
sainte Vierge, et S. Jean ; puis Longis qui
perce le côté sacré , et un Soldat qui est
un peu plus loin ; au côté droit , qui est
séparé par une colonne , délicatement
travaillée , paroît Jesus- Christ flagellé par
A v
840 MERCURE DE FRANCE
un Soldat ; et au côté gauche, séparé par
une autre colonne , il y a deux Soldats
qui gardent le Tombeau , lequel se voit
en tirant une Coulisse par derriere, et 2
autres Soldats qui le gardent de ce côté- là .
Cer Ouvrage et toutes les figures sont
d'une délicatesse surprenante. Une Urne
Sépulciale antique.Les Portraits des douze
Césars en émail.
,
Autre Ouvrage, oreillement de buis , à
peu près dans le même dessein que le précédent
mais beaucoup plus parfait ,
tant pour le grand nombre des figures ,
que pour leur beauté et leur perfection .
Cet Ouvrage est aussi rond , s'ouvrant en
deux moitiés , jointes par une Charniere
; il est à peu près de la grosseur d'une
Bale de Jeu de Paume. Dans la premiere
moitié sont plusieurs figures du même
Mystere de la Passion du Sauveur, et dans
l'autre , deux Points d'Histoire de l'ancien
Testament , le Sacrifice d'Abraham,
et le Serpent d'Airain ; le tout comprenant
un grand nombre de figures , et faisant
un ouvrage des plus achevez et des
plus finis.
Une Piramide d'Yvoire , haute de 18 pouces
& demi , faite au Tour , dont la tige
n'a guere qu'une bonne ligne de diametre
dans le bas ; elle n'eft vers le haut gros
que
MAY . 1733. 841
gros que de la grosseur d'une épingle ordinaire.
A la hauteur de six pouces est posée
sur la tige une espece de Lanterne à
jour , formée par 4 colonnes ; au milieu
de cette Lanterne sont trois figures de
personnes assises à une Table , sur laquelle
paroissent les Mets et les Bouteilles .
Cet Ouvrage est encore des plus délicats .
Deux figures de bois bronzées , d'un pied
neuf pouces de haut , posées sur deux
Guéridons , dont l'une représente Apollon
jouant de la Lyre ; et au bas , un petit
Cupidon , qui lui présente un Arc ;
l'autre , est le Dieu Pan,tenant un Sifflet,
au bas duquel est un petit Satire . Ces deux
piéces sont excellentes et d'un habile
Sculpteur , qui a travaillé à Paris , à Rome
, à Naples , & c . lequel m'en a fait
présent , par reconnoissance de ce qu'étant
un orphelin de mon ancienne Paroisse
, et lui trouvant de la disposition pour
la Sculpture , je le formai moi-même dans
cet Art.
Ouvrages de mafaçon et de mon invention.
Un Tableau de S. Ambroise , peint à
huile , d'un pied en quarré , dont la bordure
est de carton , faite avec des coins ,
à la Romaine , ornez de fleurs , le tout
doré d'or bruni . Plusieurs autres Ta-
A vj bleaux
842 MERCURE DE, FRANCE
bleaux de mon invention , lesquels ont
autant de force pour les draperies et pour
tout le reste , que s'ils étoient peints à
buile , et qui ne sont néanmoins faits.
ni en détrempe, ni en pastel . D'autres encore
plus singuliers , sçavoir , des Paysages
et des Ports de Mer en relief ; entre
autres il y en a un de deux pieds de
longueur sur un pied et quelques pouces
de hauteur , qui représente la Ville d'Eu
en Perspective , où les Eglises , Maisons ,
&c. paroissent en relief telles qu'elles paroissent
d'un point de vûe que j'ai choisi
hors de la Ville. Cet Ouvrage m'a occupé
plus d'une année. Ces sortes de Tableaux
sont faits avec de petits cartons
coupez et colez à propos , et le tout peint
ensuite à huile. Un petit Squelete où
toute l'Ostologie est parfaitement observée.
La Figure est droite sur ses pieds ,
appuyée sur une bêche et a seulement
un pied de haut ; elle est très - ressemblante
au naturel. Une Figure de bois de
deux pieds de haut, représentant un homme
mort , dont le ventre et la poitrine
sont ouverts , où se voyent le coeur , les
poulmons , le foye , l'estomac et tous les
visceres , intestins , vaisseaux , & c, dans .
leurs figures , situations et couleurs naturelles.
Un Oiseau en forme de Per-
Loquet
MAY. 1733. 84
?
roquet , tout fait avec de petites aîles de
hannetons et autres Scarabées de differentes
couleurs . Un Dragon aîlé d'un pied
et demi de long , enfermé dans une espece
de Châsse de verre aux deux extrémitez
de laquelle , en bas , sont deux
bouquets de fleurs; et au haut, dans toute:
sa longueur , pend une Guirlande aussi
de fleurs ; le tout , tant le Dragon que
les fleurs , est fait de Coquilles dans leurs
seules couleurs naturelles . Un petit Emouleur
, posé sur un piedestal , lequel par
des ressorts de mon invention , cachez.
dans le piedestal , fait tourner sa meule
avec le pied , et tourne sa tête de temps.
en temps. Une Sphere tracée en dedans
sur un Globe de verre mobile , où sont
représentez en or tous les Cercles , et les
principales Etoiles fixes avec leurs noms..
Et sur la Sphere un petit Soleil et une
Lune mobile , qu'on peut mettre chaque
jour en place sur le Zodiaque. Autre Õu--
vrage de neuf pouces de longueur , sur
six pouces de largeur, et seulement deux
pouces de hauteur , au milieu duquel est
une espece de Boussole double et mobile,,
où est la Lune , laquelle se couvre ou se
découvre , suivant l'augmentation ou la
diminution de ses phases , et par deux poin
res placées au bord. exterieur de cette
Boussole
Boussole , elle marque sur la bordure
qui est autour , les jours de la Lune et
les heures des Marées ; ayant cela de singulier
, qu'en tel sens qu'on tourne la
Machine par un mouvement secret , les
deux pointes reviennent toujours au jour
et à l'heure convenable.
Un Globe Terrestre , représenté sur
une Carte mobile , ayant pour centre le
Pole Septentrional , et se terminant au
Tropique du Capricorne avec les Longitudes
et les Latitudes ; le tout environné
d'un cercle fixe , où sont marquées
les 24. heures et où est attaché par les
deux bouts un fil d'archal qui tient lieu
d'horison ; de sorte que par un Index où
est un petit Soleil mobile , on peut voir
l'heure du lever et du coucher du Soleil
, quelle heure il est dans chaque Pays,
sur quel Pays le Soleil est vertical à chaque
moment du jour , ainsi que les Eclipses
de Soleil et de Lune .
Ouvrage d'Optique de ma façon.
Deux Tableaux magiques , l'un desquels
représente une Demoiselle environnée
de branches et de feüillages , laquelle
regardée par un petit trou placé aufait
voir une Tête de Mort. L'autre
Tableau qui est au derriere du predessus
,
mier,
MAY. 1733 845
mier , représente sept differens Bustes de
Papes , Abbez , &c. sur lesquels posant
la ` même Machine où est le petit trou ,
il ne paroît que mon seul Portrait . Un Tableau
où sont écrits six Vers d'une Enigme
; au haut de ce Tableau est posé à
Angle droit , une Glace de Miroir , laquelle
étant découverte , représente le
même Tableau , où au lieu des Vers on
voit un Moulin à vent , qui est le mot
de l'Enigme. Une Figure difforme , peinte
sur un Cône de carton , large par par le bas
d'un pied sur un pied et demi de hauteur
, lequel vû d'un certain point , représente
une Religieuse tenant une Croix
dans ses mains . Plusieurs figures difformes
, qui paroissent très- agréables , étant
regardées dans un Miroir Cylindrique.
Figure particuliere et difforme , tracée
sur un Plan allongé , laquelle vûe de loin
représente une Vierge.
Voilà les Curiositez qui forment mon
Cabinet , telles que j'ai pû les assembler
dans un petit Lieu comme la Ville d'Eu ,
et que j'ai augmentées de petits Ouvrages
de mon invention , executez en differens
temps , pour me délasser de mes
autres occupations plus sérieuses et plus
nécessaires. Signé , CAPPERON
Doyen de S. Maxent.
ancien
A la Ville d'Eu , le 16. Mars 17339
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Résumé : SUITE des Curiositez naturelles, &c. du Cabinet de M. Capperon.
Le cabinet de curiosités de M. Capperon, situé à Eu, abrite une collection diversifiée d'oiseaux naturels conservés depuis dix à douze ans. Parmi ces oiseaux, on trouve un paon, un phasian, une cigogne, des pélicans, un onocrotale, un canard d'Afrique, un oiseau du Canada, un perroquet, et plusieurs autres espèces. Les grands oiseaux sont empailés, tandis que les petits sont conservés en chair et en os. En plus des oiseaux, le cabinet contient plusieurs œuvres d'art et objets rares. Notamment, un morceau de buis sculpté représentant des scènes de la vie du Christ et de l'Ancien Testament, une urne sépulcrale antique, des portraits des douze Césars en émail, et une pyramide d'ivoire. Des sculptures en bois, comme Apollon et Pan, sont également présentes. Capperon mentionne également des œuvres de sa propre invention, telles que des tableaux en relief représentant des paysages et des ports de mer, un squelette et une figure anatomique en bois. Des objets mécaniques, comme un émouleur fonctionnant par ressorts et une sphère astronomique, sont également exposés. Des œuvres d'optique, comme des tableaux magiques et des figures difformes vues à travers des miroirs, complètent la collection. Capperon souligne que ces curiosités ont été assemblées à Eu et augmentées de ses propres inventions pour le divertissement et la détente. Le texte est signé par Capperon, doyen de Saint-Maxent, et daté du 16 mai 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 1505-1513
SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
Début :
Vos reproches sont justes, Monsieur, et il est de mon interêt de vous [...]
Mots clefs :
École flamande, Dessins, Tableaux, Collection, Génie, Imagination, Peinture, Dezallier d'Argenville, Peintres, Peintres flamands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
SECONDE LETTRE écrite de
Châlons en Champagne , à M. *** au 、
sujet des Peintres Flamands , &c .
V
Os reproches sont justes , Monsieur,
et il est de mon interêt de vous
répondre au sujet des Peintres de PEcole
Flamande dont j'ai parlé dans ma
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Mars dernier . Toutes mes inclinations,
dites - vous , semblent se renfermer dans
l'Ecole Flamande , et vous m'appliquez
ce Vers de Virgile :
Non omnes Arbusta juvant humilesque myrica
1506 MERCURE DE FRANCE
Je conviens avec vous , Monsieur , que
tous les Curieux ne sont pas du même
goût ; tous ne se contentent pas du naturel
, du simple , du naïf et du champêtre
; il leur faut du grand , du pathétique
, du sublime , de l'extraordinaire , et
la Nature toute seule ne fait presque jamais
uniquement l'objet de leur admiration
, que lorsqu'elle se présente dans ce
point de vue dans lequel les Grecs autrefois
et de nos jours les Italiens et les
François , ont eu l'art de la répresenter.
Le détail suivant suffira , je crois , pour
vous guérir de toute prévention pour
les Flamands ; et pour vous convaincre que
les Italiens et les François ont sçû trouver
dans mon estime la place qu'ils méritent.
Peut être même dois-je cette explication
au Public , aussi- bien quà vous,
pour être plus exact au sujet du Cabinet
de M. Dargenville , et justifier son goût ,
qu'on pourroit supposer , comme vous
avez fait du mien , de pancher trop pour
l'Ecole Flamande. C'est le Curieux de
tous les Pays, l'Amateur de tous les Arts ;
ses momens les plus chéris sont ceux que
des occupations plus sérieuses lui permettent
de donner au Dessein ,età la Peinture
; il sçait partager cet amour avec
tant de justesse entre les Ecoles qui ont
conJUILLET.
1733. 1507
contribué à faire fleurir les Arts , qu'on
ne peut point l'accuser de cette partialité
qui caractérise plutôt un homme préyenu
, qu'un vrai connoisseur. On ne
< voit en effet chez plusieurs Amateurs
que des Desseins et des Tableaux d'une
espece ; ils épousent , pour ainsi dire , une
Ecole et ils consacrent leur passion à ce
qu'elle a mis au jour , quelquefois au préjudice
de ce que toutes les autres ont produit.
Vous me dites si agréablement dans
votre Lettre , Monsieur , et ce sont vos
propres termes :» Vous vous êtes assez
promené dans les Paysages du Breughel,
» vous avez suffisamment pris part aux
»Scenes divertissantes de Teniers , de
» Brauver et de Van- Ostade , enfin vous
» avez assez rêvé dans les Antres sauvages
>> et au bord des Fontaines avec les Ber-
" gers de Bloemart et de Berghem ; il
faut que vous passiez des Grottes que
» la main de la Nature a creusées dans les
» Montagnes , dans les Temples dont la
» belle Architecture a décoré les céle-
»bres Villes de Rome , de Florence , de
»Venise , de Naples , de Genes et de Pa
> ris. Vous devez у considerer ce que la
>> Peinture et la Sculpture y ont fait de
plus beau , soit pour l'ornement des
>> voutes , soit pour la décoration des Au-
» tels
>>
1508 MERCURE DE FRANCE
» tels. Sortez des Cabanes et des Chau-
>> imines enfumées ; transportez - vous dans
» les Palais des Rois , dans les Hôtels des
» Grands , dans les Edifices publics , dans
» les Cabinets des Particuliers , et racontez-
>> nous ce que le Pinceau , le ciseau , la plume;
» le crayon et le burin ont produit , soit
» pour conserver la memoire des princi-
» paux évenemens de l'Antiquité sacrée
» et profane , pour donner un nouveau
» jour à l'Histoire , pour ajouter un nou-
» veau lustre à la vertu héroïque ; soit
» enfin pour faire les délices des yeux et
» pour relever les charmes de la Poësie.
»par les agrémens de la Peinture , & c.
Vous serez fatisfait , Monsieur , et
nous allons faire ensemble le voyage
d'Italie , en présentant à vos yeux ce que
la Collection de M Dargenville a de plus
favorable , pour faire voir que les grands
Maîtres d'Italie et de France dans leur
génie , leur goût , le tour d'imagination,
l'expression , la correction , et les grandes
ordonnances surpassent infiniment les
Flamands , qui n'ont de leur côté que la
couleur et le vrai en partage.
Trois cent desseins de l'Ecole Romaine
, depuis Raphaël jusqu'à Carlomarati
& ses Disciples , donnent l'idée la plus
juste de la correction et de la précifion
des
JUILLET. 1733. 1509
des contours dans ceux qui font arrêtez;
Cl ceux qui ne sont que l'effet du, premier
feu de l'imagination , secondée par une
main libre sure et legere , offrent ces
de traits hardis , ces touches fieres et spirituelles,
qui caracterisent l'impétuosité du
ezegenie ; et les uns et les autres contribuent
à faire sentir qu'elle a été la naissance
, le progrès et la perfection des plus
grands morceaux de Peinture .
On peut remarquer dans ces précieux
a restes des études des Peintres celebres , la
fécondité , la rapidité , l'exactitude , et là
netteté avec laquelle ils ont mis leurs idées
dau jour. La verité qu'ils ont donnée aux
airs de têtes , les contrastes qu'ils ont
cherchés dans les atitudes, les belles formes
equ'ils ont choisies , les graces qu'ils ont
étudiées , et les caprices ingénieux et les
bizareries élégantes dont ils se sont servis
pour reveiller l'attention du Spectateur ,
et pour jetter du vif et du piquant dans
leurs Tableaux .
Ici l'on aime la sagesse de la composition
de Raphaël ; là Jule Romain éton .
ae par les saillies de son imagination ,
l'un charme par la douce majesté de ses
figures , l'autre surprend par l'air impoant
qu'il donne aux siennes. Le premier
ffre dans ses Tableaux le sublime de
la
1510 MERCURE DE FRANCE
1
la Poësie ; le second en exprime le merveilleux,
la fureur et l'entousiasme . Leurs
Disciples se sont efforcez à l'envi de
les imiter , et dans les caracteres de douceur
ou de fierté qu'ils font sentir dans leurs
Desseins , on reconnoît lequel des deux en
particulier ils ont choisi pour modele.
Quel plaisir n'a - t'on pas d'éprouver en
quelque sorte l'impression du génie terrible
de Michel Ange , dans les Desseins de
sa main, que l'on voit à la tête de l'Ecole
Florentine ; la collection en monte à 200
pieces , dont les dernieres sont reconnues
pour être de Benedette Lutti , le plus habile
homme que cette Ecole ait produit
de nos jours vous sçavez , Monsieur ,
combien les Poëtes Toscans se sont rendus
recommandables par le beau feu de
leur imagination , l'agrément et la pureté
de leur stile. Les Peintres de cetre Nation
se sont distinguez par des qualitez
semblables ; j'en appelle à témoin les Ouvrages
du Rosso , d'André del Sarté , du
Pontorme , de Salviati , Procacini , Prietro,
de Cortone , Cyroferri , Tempeste , Stephano
della Bella , également celebres du côté des
riches inventions et des traits hardis et gracieux
sur lesquels ils ont sçû les produire.
L'Ecole Lombarde , depuis le Correge
jusqu'à Daniel Crespi , dit l'Espagnol ,
qui
JUILLET.. 1733. 1511.
*
qui est encore vivant , compose deux
gros volumes in folio , d'environ 390.
Desseins. Le nom du Correge ne vous présente-
t'il pas l'idée d'un homme qui doit
plus qu'un autre à la faveur particuliere
du genie ? et dont les Desseins portent le
caractere des graces dont personne n'a été
autant doué que lui ? excepté neanmoins le
Parmesan et le Baroche . Les Carache, le Guide
, le Dominiquain , le Lanfranc , le Guerchin
, ornent infiniment cette Ecole.
L'Ecole Venitienne , qui s'étend depuis
les Bellins jusqu'à Sebastien Ricci
encore vivant, offre environ 200. Desseins
dans un volume , où ceux de Paul Veronese
et duTintoret,brillent et par leur nombre et -
par leur choix . Vous sentez , M. combien
cet article est interessant , puisque
rien n'a été plus abondant que le génie ,
plus magnifique que l'ordonnance , et
plus fier que l'execution de ces Maîtres ,
dont les Tableaux surprenants font le
principal ornement des Eglises et des Palais
de Venise.
La cinquiéme Ecole est subdivisée en
trois autres , qui sont , l'Ecole Napolitaine
, la Genoise et celle de Luques . Cette
collection comprend environ 200. pieces,
entre lesquelles plusieurs grandes ordonnances
du Cangiage , se font remarquer
par
1512 MERCURE DE FRANCE
par la singularité de sa maniere. On y
voit aussi de beaux Morceaux de Salvator
Rosa , de Lucas fordans et de Solimene ;
Ensorte que l'Ecole d'Italie en general , en
y ajoûtant les Desseins de l'Ecole des Caraches
, est composée de 1500. Desseins.
L'Ecole Françoise , suivie depuis deux
cens ans sans interruption , est composée
de six volumes in folio , et comprend
près de 1000. Desseins choisis ; elle commence
à Freminet et à Jean Cousin , et
offrant des Ouvrages de Vouet , de Blanchan,
du Poussin , du Bourdon , de le Sueur,
de le Brun et autres , elle passe jusqu'aux
habiles Modernes actuellement vivans.
Les trois volumes de l'Ecole Flamande
dont je vous ai tant parlé précédemment ,
contiennent près de six cent Desseins , et
l'Ecole Allemande et Hollandoise , environ
400 ; de maniere qu'avec un vòlume
de Desseins d'après Nature , un autre
de Desseins à la plume , et un troisiéme
de Desseins d'Architecture ; la collection
de M. Dargenville , monte à 4000. Desseins
originaux et choisis , qu'il a apportés
de ses voyages et qu'il fait venir tous
les jours des Pays Etrangers.
4
Je ne vous dis rien de ses Tableaux
de ses Livres , de 100. volumes d'Estam-
>
pes choisies des meilleurs Maîtres , d'une
TopoJUILLET.
1733. 1513
Topographie très - ample,d'une collection
de Pierres , de Coquilles rares , de Mineraux
et d'autres Morceaux concernant
l'Histoire Naturelle .
•
Si je n'avois pas tant de preuves de
votre attachement à cette partie de l'Histoire
de l'Esprit humain , qui sert en particulier
à prouver l'ascendant du génie
la force de l'imagination , et les differens
caracteres que lui imprime la varieté des
climats , des préjugez des moeurs , et de
tout ce que M. l'Abbé du Bos entend
par Causes Phisiques et Causes Morales
je vous prierois de me pardonner un si
long détail. Mais je suis persuadé que
tout dépourvû qu'il est des graces du
stile , il vous fera quelque plaisir. Je
suis , & c.
Châlons en Champagne , à M. *** au 、
sujet des Peintres Flamands , &c .
V
Os reproches sont justes , Monsieur,
et il est de mon interêt de vous
répondre au sujet des Peintres de PEcole
Flamande dont j'ai parlé dans ma
Lettre inserée dans le Mercure du mois
de Mars dernier . Toutes mes inclinations,
dites - vous , semblent se renfermer dans
l'Ecole Flamande , et vous m'appliquez
ce Vers de Virgile :
Non omnes Arbusta juvant humilesque myrica
1506 MERCURE DE FRANCE
Je conviens avec vous , Monsieur , que
tous les Curieux ne sont pas du même
goût ; tous ne se contentent pas du naturel
, du simple , du naïf et du champêtre
; il leur faut du grand , du pathétique
, du sublime , de l'extraordinaire , et
la Nature toute seule ne fait presque jamais
uniquement l'objet de leur admiration
, que lorsqu'elle se présente dans ce
point de vue dans lequel les Grecs autrefois
et de nos jours les Italiens et les
François , ont eu l'art de la répresenter.
Le détail suivant suffira , je crois , pour
vous guérir de toute prévention pour
les Flamands ; et pour vous convaincre que
les Italiens et les François ont sçû trouver
dans mon estime la place qu'ils méritent.
Peut être même dois-je cette explication
au Public , aussi- bien quà vous,
pour être plus exact au sujet du Cabinet
de M. Dargenville , et justifier son goût ,
qu'on pourroit supposer , comme vous
avez fait du mien , de pancher trop pour
l'Ecole Flamande. C'est le Curieux de
tous les Pays, l'Amateur de tous les Arts ;
ses momens les plus chéris sont ceux que
des occupations plus sérieuses lui permettent
de donner au Dessein ,età la Peinture
; il sçait partager cet amour avec
tant de justesse entre les Ecoles qui ont
conJUILLET.
1733. 1507
contribué à faire fleurir les Arts , qu'on
ne peut point l'accuser de cette partialité
qui caractérise plutôt un homme préyenu
, qu'un vrai connoisseur. On ne
< voit en effet chez plusieurs Amateurs
que des Desseins et des Tableaux d'une
espece ; ils épousent , pour ainsi dire , une
Ecole et ils consacrent leur passion à ce
qu'elle a mis au jour , quelquefois au préjudice
de ce que toutes les autres ont produit.
Vous me dites si agréablement dans
votre Lettre , Monsieur , et ce sont vos
propres termes :» Vous vous êtes assez
promené dans les Paysages du Breughel,
» vous avez suffisamment pris part aux
»Scenes divertissantes de Teniers , de
» Brauver et de Van- Ostade , enfin vous
» avez assez rêvé dans les Antres sauvages
>> et au bord des Fontaines avec les Ber-
" gers de Bloemart et de Berghem ; il
faut que vous passiez des Grottes que
» la main de la Nature a creusées dans les
» Montagnes , dans les Temples dont la
» belle Architecture a décoré les céle-
»bres Villes de Rome , de Florence , de
»Venise , de Naples , de Genes et de Pa
> ris. Vous devez у considerer ce que la
>> Peinture et la Sculpture y ont fait de
plus beau , soit pour l'ornement des
>> voutes , soit pour la décoration des Au-
» tels
>>
1508 MERCURE DE FRANCE
» tels. Sortez des Cabanes et des Chau-
>> imines enfumées ; transportez - vous dans
» les Palais des Rois , dans les Hôtels des
» Grands , dans les Edifices publics , dans
» les Cabinets des Particuliers , et racontez-
>> nous ce que le Pinceau , le ciseau , la plume;
» le crayon et le burin ont produit , soit
» pour conserver la memoire des princi-
» paux évenemens de l'Antiquité sacrée
» et profane , pour donner un nouveau
» jour à l'Histoire , pour ajouter un nou-
» veau lustre à la vertu héroïque ; soit
» enfin pour faire les délices des yeux et
» pour relever les charmes de la Poësie.
»par les agrémens de la Peinture , & c.
Vous serez fatisfait , Monsieur , et
nous allons faire ensemble le voyage
d'Italie , en présentant à vos yeux ce que
la Collection de M Dargenville a de plus
favorable , pour faire voir que les grands
Maîtres d'Italie et de France dans leur
génie , leur goût , le tour d'imagination,
l'expression , la correction , et les grandes
ordonnances surpassent infiniment les
Flamands , qui n'ont de leur côté que la
couleur et le vrai en partage.
Trois cent desseins de l'Ecole Romaine
, depuis Raphaël jusqu'à Carlomarati
& ses Disciples , donnent l'idée la plus
juste de la correction et de la précifion
des
JUILLET. 1733. 1509
des contours dans ceux qui font arrêtez;
Cl ceux qui ne sont que l'effet du, premier
feu de l'imagination , secondée par une
main libre sure et legere , offrent ces
de traits hardis , ces touches fieres et spirituelles,
qui caracterisent l'impétuosité du
ezegenie ; et les uns et les autres contribuent
à faire sentir qu'elle a été la naissance
, le progrès et la perfection des plus
grands morceaux de Peinture .
On peut remarquer dans ces précieux
a restes des études des Peintres celebres , la
fécondité , la rapidité , l'exactitude , et là
netteté avec laquelle ils ont mis leurs idées
dau jour. La verité qu'ils ont donnée aux
airs de têtes , les contrastes qu'ils ont
cherchés dans les atitudes, les belles formes
equ'ils ont choisies , les graces qu'ils ont
étudiées , et les caprices ingénieux et les
bizareries élégantes dont ils se sont servis
pour reveiller l'attention du Spectateur ,
et pour jetter du vif et du piquant dans
leurs Tableaux .
Ici l'on aime la sagesse de la composition
de Raphaël ; là Jule Romain éton .
ae par les saillies de son imagination ,
l'un charme par la douce majesté de ses
figures , l'autre surprend par l'air impoant
qu'il donne aux siennes. Le premier
ffre dans ses Tableaux le sublime de
la
1510 MERCURE DE FRANCE
1
la Poësie ; le second en exprime le merveilleux,
la fureur et l'entousiasme . Leurs
Disciples se sont efforcez à l'envi de
les imiter , et dans les caracteres de douceur
ou de fierté qu'ils font sentir dans leurs
Desseins , on reconnoît lequel des deux en
particulier ils ont choisi pour modele.
Quel plaisir n'a - t'on pas d'éprouver en
quelque sorte l'impression du génie terrible
de Michel Ange , dans les Desseins de
sa main, que l'on voit à la tête de l'Ecole
Florentine ; la collection en monte à 200
pieces , dont les dernieres sont reconnues
pour être de Benedette Lutti , le plus habile
homme que cette Ecole ait produit
de nos jours vous sçavez , Monsieur ,
combien les Poëtes Toscans se sont rendus
recommandables par le beau feu de
leur imagination , l'agrément et la pureté
de leur stile. Les Peintres de cetre Nation
se sont distinguez par des qualitez
semblables ; j'en appelle à témoin les Ouvrages
du Rosso , d'André del Sarté , du
Pontorme , de Salviati , Procacini , Prietro,
de Cortone , Cyroferri , Tempeste , Stephano
della Bella , également celebres du côté des
riches inventions et des traits hardis et gracieux
sur lesquels ils ont sçû les produire.
L'Ecole Lombarde , depuis le Correge
jusqu'à Daniel Crespi , dit l'Espagnol ,
qui
JUILLET.. 1733. 1511.
*
qui est encore vivant , compose deux
gros volumes in folio , d'environ 390.
Desseins. Le nom du Correge ne vous présente-
t'il pas l'idée d'un homme qui doit
plus qu'un autre à la faveur particuliere
du genie ? et dont les Desseins portent le
caractere des graces dont personne n'a été
autant doué que lui ? excepté neanmoins le
Parmesan et le Baroche . Les Carache, le Guide
, le Dominiquain , le Lanfranc , le Guerchin
, ornent infiniment cette Ecole.
L'Ecole Venitienne , qui s'étend depuis
les Bellins jusqu'à Sebastien Ricci
encore vivant, offre environ 200. Desseins
dans un volume , où ceux de Paul Veronese
et duTintoret,brillent et par leur nombre et -
par leur choix . Vous sentez , M. combien
cet article est interessant , puisque
rien n'a été plus abondant que le génie ,
plus magnifique que l'ordonnance , et
plus fier que l'execution de ces Maîtres ,
dont les Tableaux surprenants font le
principal ornement des Eglises et des Palais
de Venise.
La cinquiéme Ecole est subdivisée en
trois autres , qui sont , l'Ecole Napolitaine
, la Genoise et celle de Luques . Cette
collection comprend environ 200. pieces,
entre lesquelles plusieurs grandes ordonnances
du Cangiage , se font remarquer
par
1512 MERCURE DE FRANCE
par la singularité de sa maniere. On y
voit aussi de beaux Morceaux de Salvator
Rosa , de Lucas fordans et de Solimene ;
Ensorte que l'Ecole d'Italie en general , en
y ajoûtant les Desseins de l'Ecole des Caraches
, est composée de 1500. Desseins.
L'Ecole Françoise , suivie depuis deux
cens ans sans interruption , est composée
de six volumes in folio , et comprend
près de 1000. Desseins choisis ; elle commence
à Freminet et à Jean Cousin , et
offrant des Ouvrages de Vouet , de Blanchan,
du Poussin , du Bourdon , de le Sueur,
de le Brun et autres , elle passe jusqu'aux
habiles Modernes actuellement vivans.
Les trois volumes de l'Ecole Flamande
dont je vous ai tant parlé précédemment ,
contiennent près de six cent Desseins , et
l'Ecole Allemande et Hollandoise , environ
400 ; de maniere qu'avec un vòlume
de Desseins d'après Nature , un autre
de Desseins à la plume , et un troisiéme
de Desseins d'Architecture ; la collection
de M. Dargenville , monte à 4000. Desseins
originaux et choisis , qu'il a apportés
de ses voyages et qu'il fait venir tous
les jours des Pays Etrangers.
4
Je ne vous dis rien de ses Tableaux
de ses Livres , de 100. volumes d'Estam-
>
pes choisies des meilleurs Maîtres , d'une
TopoJUILLET.
1733. 1513
Topographie très - ample,d'une collection
de Pierres , de Coquilles rares , de Mineraux
et d'autres Morceaux concernant
l'Histoire Naturelle .
•
Si je n'avois pas tant de preuves de
votre attachement à cette partie de l'Histoire
de l'Esprit humain , qui sert en particulier
à prouver l'ascendant du génie
la force de l'imagination , et les differens
caracteres que lui imprime la varieté des
climats , des préjugez des moeurs , et de
tout ce que M. l'Abbé du Bos entend
par Causes Phisiques et Causes Morales
je vous prierois de me pardonner un si
long détail. Mais je suis persuadé que
tout dépourvû qu'il est des graces du
stile , il vous fera quelque plaisir. Je
suis , & c.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE écrite de Châlons en Champagne, à M. *** au sujet des Peintres Flamands, &c.
La lettre, rédigée à Châlons en Champagne, répond à des critiques concernant une prétendue préférence pour l'école flamande de peinture. L'auteur reconnaît la diversité des goûts parmi les amateurs et justifie son inclination en se référant à la collection de M. Dargenville, un connaisseur qui apprécie toutes les écoles de peinture. La lettre décrit ensuite les différentes écoles italiennes, telles que les écoles romaine, florentine, lombarde, vénitienne, napolitaine, génoise et lucquoise, en mettant en avant la qualité et la diversité des œuvres. Elle mentionne également l'école française, suivie depuis deux cents ans, ainsi que les écoles flamande, allemande et hollandaise. La collection de M. Dargenville est impressionnante, comprenant environ 4000 dessins originaux et choisis, ainsi que des tableaux, des livres, des estampes et des objets d'histoire naturelle. L'auteur conclut en exprimant son attachement à l'histoire de l'esprit humain et aux diverses manifestations du génie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 2037-2039
« Le sieur Grégoire, Peintre, et seul Restaurateur des Tableaux de l'Eglise de Paris, a trouvé [...] »
Début :
Le sieur Grégoire, Peintre, et seul Restaurateur des Tableaux de l'Eglise de Paris, a trouvé [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peinture, Remède, Sieur Grégoire, Toile, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Grégoire, Peintre, et seul Restaurateur des Tableaux de l'Eglise de Paris, a trouvé [...] »
Le sieur Grégoire , Peintre , et seul Restaura
teur des Tableaux de l'Eglise de Paris , a trouvé
le secret de nettoyer les Tableaux sans y causer
la moindre altération , ce qu'il a fait voir sur
ceux de Notre-Dame , qui ont été vûs et examinez
par Mrs de l'Académie Royale de Peinture
et Sculpture , qui lui en ont donné un Certificat.
Il nettoye et rétablit aussi toutes sortes de Tableaux
peints sur Toile , sur Cuivre , sur Bois ,
sur Verre , sur Papier ; Peinture en huile sur
Plâtre , et couleurs à fresque. Il nettoye aussi
toutes sortes d'Ouvrages en Marbre , comme
Statues , Bustes , Bas- Reliefs et autres , sans diminuer
aucunement l'esprit de la figure ; il entreprend
également toutes sortes de Tableaux
d'His
2018 MERCURE DE FRANCE
d'Histoire Sainte et Profane , Portraits , Paysages
, Tableaux de Fleurs , de Fruits et de Perspectives
et Tableaux d'Aurel ; et pour les Mai
sons particulieres , Dessus de Portes et de Che
minées ; entreprend géneralement tout ce qui
concerne la Peinture , Sculpture et Dorure ; remet
aussi sur toile toutes sortes de Tabicaux en
quelque état qu'ils puissent être .
Le sieur Grégoire , demeure à Paris , Parvis
Notre Dame , entre un Notaire et un Perruquier
du côté du Claire , au troisieme Appartement.
Le sieur Lescure , cy -devant Chirurgien des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , continue
de distribuer avec Privilege du Roy , un
Remede en forme de Sel , specifique pour la guérison
de l'Epilepsie ou mal caduc , vapeurs , soit
convulsives , histeriques ou simples vertiges et
étourdissemens , paralisie , tremblement et foiblesses
de nerfs. Il est très bon dans toutes les
maladies qui attaquent le genre nerveux . La
preuve de son excellence , sont les Experiences
qui en ont été faites , tant à l'Hôpital General ,
que sous les yeux de plusieurs celebres Médecins
de la Faculté de Paris sur un grand nombre de
malades de tout sexe, de differens âges, et temperamens.
Ce Remede opere la guérison de ces fâcheuses
maladies avec douceur , il purifie la masse du
sang , dissipe les obstructions et corrige lès humeurs
acides et gluantes qui picottent et embarassent
les nerfs ; il est facile à prendre et n'agit
que suivant la disposition des humeurs , conser
ve toujours sa vertu et peut se transporter par
tout sans souffrir la moindre altération .
Le sieur Lescure demeure ruë du Jour , vis-àvis
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
Je suis au comble de mes voeux.
BRU
IT
IR NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
Are demeure rue du Jour , vis-àvis
8 SEPTEMBRE
. 1733. 2019
H
vis le grand Portail d: S. Eustache , à Paris ,ceux
qui lui écriront des Provinces, auront soin d'affranchir
leurs Fettres.
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, donne avis qu'il a fait la découverte du
Remede qui préserve les dents de se gâter et de
tomber ; il donne la maniere facile d'en faire
usage , et met son nom et le prix sur ses boëtes.
Il en a de deux , de trois et de quatre livres . Sa
demeure , avec Tableau , est à Paris „ ruë du Four .
près S. Eustache.
teur des Tableaux de l'Eglise de Paris , a trouvé
le secret de nettoyer les Tableaux sans y causer
la moindre altération , ce qu'il a fait voir sur
ceux de Notre-Dame , qui ont été vûs et examinez
par Mrs de l'Académie Royale de Peinture
et Sculpture , qui lui en ont donné un Certificat.
Il nettoye et rétablit aussi toutes sortes de Tableaux
peints sur Toile , sur Cuivre , sur Bois ,
sur Verre , sur Papier ; Peinture en huile sur
Plâtre , et couleurs à fresque. Il nettoye aussi
toutes sortes d'Ouvrages en Marbre , comme
Statues , Bustes , Bas- Reliefs et autres , sans diminuer
aucunement l'esprit de la figure ; il entreprend
également toutes sortes de Tableaux
d'His
2018 MERCURE DE FRANCE
d'Histoire Sainte et Profane , Portraits , Paysages
, Tableaux de Fleurs , de Fruits et de Perspectives
et Tableaux d'Aurel ; et pour les Mai
sons particulieres , Dessus de Portes et de Che
minées ; entreprend géneralement tout ce qui
concerne la Peinture , Sculpture et Dorure ; remet
aussi sur toile toutes sortes de Tabicaux en
quelque état qu'ils puissent être .
Le sieur Grégoire , demeure à Paris , Parvis
Notre Dame , entre un Notaire et un Perruquier
du côté du Claire , au troisieme Appartement.
Le sieur Lescure , cy -devant Chirurgien des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , continue
de distribuer avec Privilege du Roy , un
Remede en forme de Sel , specifique pour la guérison
de l'Epilepsie ou mal caduc , vapeurs , soit
convulsives , histeriques ou simples vertiges et
étourdissemens , paralisie , tremblement et foiblesses
de nerfs. Il est très bon dans toutes les
maladies qui attaquent le genre nerveux . La
preuve de son excellence , sont les Experiences
qui en ont été faites , tant à l'Hôpital General ,
que sous les yeux de plusieurs celebres Médecins
de la Faculté de Paris sur un grand nombre de
malades de tout sexe, de differens âges, et temperamens.
Ce Remede opere la guérison de ces fâcheuses
maladies avec douceur , il purifie la masse du
sang , dissipe les obstructions et corrige lès humeurs
acides et gluantes qui picottent et embarassent
les nerfs ; il est facile à prendre et n'agit
que suivant la disposition des humeurs , conser
ve toujours sa vertu et peut se transporter par
tout sans souffrir la moindre altération .
Le sieur Lescure demeure ruë du Jour , vis-àvis
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
Je suis au comble de mes voeux.
BRU
IT
IR NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
Are demeure rue du Jour , vis-àvis
8 SEPTEMBRE
. 1733. 2019
H
vis le grand Portail d: S. Eustache , à Paris ,ceux
qui lui écriront des Provinces, auront soin d'affranchir
leurs Fettres.
Le sieur Dugeron , ancien Chirurgien d'Armée
, donne avis qu'il a fait la découverte du
Remede qui préserve les dents de se gâter et de
tomber ; il donne la maniere facile d'en faire
usage , et met son nom et le prix sur ses boëtes.
Il en a de deux , de trois et de quatre livres . Sa
demeure , avec Tableau , est à Paris „ ruë du Four .
près S. Eustache.
Fermer
Résumé : « Le sieur Grégoire, Peintre, et seul Restaurateur des Tableaux de l'Eglise de Paris, a trouvé [...] »
Le texte met en avant trois figures principales : le sieur Grégoire, le sieur Lescure et le sieur Dugeron. Le sieur Grégoire, peintre et restaurateur des tableaux de l'Église de Paris, a développé une méthode de nettoyage des tableaux sans les altérer, validée par l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. Il restaure divers types de tableaux et d'œuvres en marbre, et propose ses services pour des maisons particulières. Il réside au Parvis Notre-Dame, à Paris. Le sieur Lescure, ancien chirurgien des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, distribue un remède en forme de sel pour traiter l'épilepsie, les vapeurs, la paralysie, les tremblements et les faiblesses nerveuses. Ce remède a été testé avec succès à l'Hôpital Général et sous les yeux de médecins parisiens. Il habite rue du Jour, vis-à-vis du grand portail de Saint-Eustache à Paris. Le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, annonce avoir découvert un remède pour préserver les dents et réside rue du Four, près de Saint-Eustache à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 2228-2230
Tableaux et Estampes nouvellement gravées, [titre d'après la table]
Début :
Les Curieux vont voir, avec satisfaction, un Tableau nouvellement peint par le Sr J. du Mont [...]
Mots clefs :
Jacques Dumont, Estampes, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux et Estampes nouvellement gravées, [titre d'après la table]
On écrit de Lisbonne , de la fin du mois dernier
, que dans la derniere Assemblée publique,
qu'a tenue l'Académi : Royale de l'Histoire , et
laquelle Don François Xavier de Menezez
Comte d'Ericeira , prêsida en qualité de Directeur
, Don Nuno de Siva-Teiles , qui est chargé
d'écrire les Mémoires du Diocèse de Porto
lut la vie d'un Evêque de ce Diocèse , et Don
Martin de Mendoca de Pina , Bibliothecaire du
Roy , lut une Dissertation sur l'ancienneté et
l'usage de certaines Tables de Pierres , taillées en
quadrangulaire , qu'on a trouvées en quelques
endroits du Royaume de Portugal , et dont on
se servoir , selon lui , pour brûler les Victimes
dans les Sacrifices , pendant les premiers siècles.
Les Curieux vont voir , avec satisfaction , un
Tableau nouvellement peint par le Sr J. du Mons
Le Romain , de l'Académie Royale de Peinture et
Sculp
OCTOBR E. 1733. 2229
Sculpture, de 11 pieds de haut sur 8 de large; les Figures
ayant 6 pieds de proportion . Il est placé
dans le Choeur de l'Eglise des Chartreux , en entrant
à droite , et represente la vocation de Simon-
Pierre et d'André son frere , selon l'Evan.
gile de S. Matt. ch. 4. v. 18. Le Peintre a pris le
moment que S. Pierre et S. André se donnent à
Jesus Christ ; et pour suivre l'Evangile plus à la
Lettre , il a fait sur son second Plan une Barque,
dans laquelle on voit S. Jacques et S. Jean , avec
Zébédée leur pere, qui racommodent leurs filets.
Il à ingénieusement enrichi l'ordonnance de ces
six Personnages, qui sont de son sujet , d'un Groupe
, composé de deux hommes , d'une femme et
d'une petite fille , qui rendent sa composition
extrémement agréable , quoique fort simple.
11 paroît depuis peu en Estampe , le Portrait
d'un homme celebre dans sa profession , gravé
par le Sr J. Daullé : Buste en hauteur avec une
main , d'après le Tableau original de feu M. de
Troy ; on lit ces Vers au bas.
EURIPIDE et SOPHOCLE en France ,
Avoient l'un et l'autre un Rival ;
Sans BARON ,dont ici , l'on voit la ressemblance,
Roscius restoit sans égal.
On vend ce Portrait , ruë de Gèvres, chez Limosin.
On vient de mettre au jour deux Estampes ,
nouvellement gravées d'après les Tableaux de
feu Antoine Watteau , dont les sujets et composítions
sont tres -agréables ; L'une a pour titre ;
La Conversation ; Pautre , Récréation Italienne ;
CCS
2230 MERCURE DE FRANCE
ces deux Estampes sont des mieux gravées , par
les Srs Lioter et Aveline ; elles se vendent dans la
rue S , Jacque , chez la veuve Chereau , aux deux
Pilliers d'or , et chez Surugues, Graveur du Roy,
rue des Noyers.
On trouve aussi chez les mêmes , toutes les
Estampes gravées , précédemment d'après les
Tableaux de ce charmant Peintre.
On nous prie d'avertir que les sieurs Gersaint
et Jourdan, Marchands, arrivez depuis peu d'Hol
lande , mettront en vente , au plus offrant , le 16.
Novembre , quantité d'excellens Desseins et d'Es
tampes des plus grands Maîtres , comme de Raphael
, Parmesan , Vieux Palme , Tintoret , Carache
, & c . de Rubens , Vandek , Rimbram, Miris
, Teniers Vauoremans , Berghem , Breugles ,
Ostade , Braur, &c. Poussin , le Brun , Le Sueur,
Vandremeulle , &c. Pour la commodité des Curieux
, on vendra séparément les Morceaux capitaux
, tant en Desseins qu'en Estainpes. On.
distribue des Catalogues chez lesdits Marchands ,
Pont Notre- Dame et Quay de Gévres.
On a imprimé depuis peu à Roterdam , le Catalogue
des Tableaux du fameux Cabinet de feu
M: Corneille Witter , Seigneur de Valkenbourg,
Originaux des plus excellens Peintres Italiens
François , Allenans et Flamands , qu'on ven tra
publiquement au commencement du mois prochain
, à Roterdam , dans la maison du defunt.
Il y en a de Paul Véronèse , Annibal Carrachè ,
Poussin , Rubens , Vandek , Paul Bril , Gérard
Daw , Miris , Rottenhamer , Ph. Wouverman ,
Corn. Polembourg , Nic. Van Berghem , & c.
, que dans la derniere Assemblée publique,
qu'a tenue l'Académi : Royale de l'Histoire , et
laquelle Don François Xavier de Menezez
Comte d'Ericeira , prêsida en qualité de Directeur
, Don Nuno de Siva-Teiles , qui est chargé
d'écrire les Mémoires du Diocèse de Porto
lut la vie d'un Evêque de ce Diocèse , et Don
Martin de Mendoca de Pina , Bibliothecaire du
Roy , lut une Dissertation sur l'ancienneté et
l'usage de certaines Tables de Pierres , taillées en
quadrangulaire , qu'on a trouvées en quelques
endroits du Royaume de Portugal , et dont on
se servoir , selon lui , pour brûler les Victimes
dans les Sacrifices , pendant les premiers siècles.
Les Curieux vont voir , avec satisfaction , un
Tableau nouvellement peint par le Sr J. du Mons
Le Romain , de l'Académie Royale de Peinture et
Sculp
OCTOBR E. 1733. 2229
Sculpture, de 11 pieds de haut sur 8 de large; les Figures
ayant 6 pieds de proportion . Il est placé
dans le Choeur de l'Eglise des Chartreux , en entrant
à droite , et represente la vocation de Simon-
Pierre et d'André son frere , selon l'Evan.
gile de S. Matt. ch. 4. v. 18. Le Peintre a pris le
moment que S. Pierre et S. André se donnent à
Jesus Christ ; et pour suivre l'Evangile plus à la
Lettre , il a fait sur son second Plan une Barque,
dans laquelle on voit S. Jacques et S. Jean , avec
Zébédée leur pere, qui racommodent leurs filets.
Il à ingénieusement enrichi l'ordonnance de ces
six Personnages, qui sont de son sujet , d'un Groupe
, composé de deux hommes , d'une femme et
d'une petite fille , qui rendent sa composition
extrémement agréable , quoique fort simple.
11 paroît depuis peu en Estampe , le Portrait
d'un homme celebre dans sa profession , gravé
par le Sr J. Daullé : Buste en hauteur avec une
main , d'après le Tableau original de feu M. de
Troy ; on lit ces Vers au bas.
EURIPIDE et SOPHOCLE en France ,
Avoient l'un et l'autre un Rival ;
Sans BARON ,dont ici , l'on voit la ressemblance,
Roscius restoit sans égal.
On vend ce Portrait , ruë de Gèvres, chez Limosin.
On vient de mettre au jour deux Estampes ,
nouvellement gravées d'après les Tableaux de
feu Antoine Watteau , dont les sujets et composítions
sont tres -agréables ; L'une a pour titre ;
La Conversation ; Pautre , Récréation Italienne ;
CCS
2230 MERCURE DE FRANCE
ces deux Estampes sont des mieux gravées , par
les Srs Lioter et Aveline ; elles se vendent dans la
rue S , Jacque , chez la veuve Chereau , aux deux
Pilliers d'or , et chez Surugues, Graveur du Roy,
rue des Noyers.
On trouve aussi chez les mêmes , toutes les
Estampes gravées , précédemment d'après les
Tableaux de ce charmant Peintre.
On nous prie d'avertir que les sieurs Gersaint
et Jourdan, Marchands, arrivez depuis peu d'Hol
lande , mettront en vente , au plus offrant , le 16.
Novembre , quantité d'excellens Desseins et d'Es
tampes des plus grands Maîtres , comme de Raphael
, Parmesan , Vieux Palme , Tintoret , Carache
, & c . de Rubens , Vandek , Rimbram, Miris
, Teniers Vauoremans , Berghem , Breugles ,
Ostade , Braur, &c. Poussin , le Brun , Le Sueur,
Vandremeulle , &c. Pour la commodité des Curieux
, on vendra séparément les Morceaux capitaux
, tant en Desseins qu'en Estainpes. On.
distribue des Catalogues chez lesdits Marchands ,
Pont Notre- Dame et Quay de Gévres.
On a imprimé depuis peu à Roterdam , le Catalogue
des Tableaux du fameux Cabinet de feu
M: Corneille Witter , Seigneur de Valkenbourg,
Originaux des plus excellens Peintres Italiens
François , Allenans et Flamands , qu'on ven tra
publiquement au commencement du mois prochain
, à Roterdam , dans la maison du defunt.
Il y en a de Paul Véronèse , Annibal Carrachè ,
Poussin , Rubens , Vandek , Paul Bril , Gérard
Daw , Miris , Rottenhamer , Ph. Wouverman ,
Corn. Polembourg , Nic. Van Berghem , & c.
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Résumé : Tableaux et Estampes nouvellement gravées, [titre d'après la table]
En octobre 1733, plusieurs événements culturels et académiques ont eu lieu à Lisbonne et en France. À Lisbonne, l'Académie Royale de l'Histoire a organisé une assemblée publique présidée par Don François Xavier de Menezez, Comte d'Ericeira. Lors de cette réunion, Don Nuno de Siva-Teiles a présenté la vie d'un évêque du Diocèse de Porto, et Don Martin de Mendoca de Pina a lu une dissertation sur l'ancienneté et l'usage de tables de pierre quadrangulaires trouvées au Portugal, utilisées pour des sacrifices. En France, un tableau représentant la vocation de Simon-Pierre et d'André, peint par le Sr J. du Mons, a été installé dans le chœur de l'Église des Chartreux. Ce tableau, de 11 pieds de haut sur 8 de large, inclut des figures de Saint Jacques, Saint Jean et Zébédée. Par ailleurs, un portrait gravé par le Sr J. Daullé, d'après un tableau de M. de Troy, était disponible à la vente. Deux estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau, intitulées 'La Conversation' et 'Récréation Italienne', étaient également en vente. Les marchands Gersaint et Jourdan ont annoncé une vente aux enchères de dessins et estampes de grands maîtres, tels que Raphaël, Parmesan, Rubens et Poussin, le 16 novembre. Un catalogue des tableaux du cabinet de feu M. Corneille Witter, incluant des œuvres de Paul Véronèse, Annibal Carrache et Rubens, devait être publié et mis en vente à Rotterdam.
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26
p. 2663-2666
Morts d'Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Novembre 1733. Loüis de Boullongne, Ecuyer, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Louis de Boullogne, Tableaux, Académie royale de peinture et de sculpture, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Grands tableaux, Receveur général des finances, Tableaux de cabinet
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texteReconnaissance textuelle : Morts d'Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le 21 Novembre 1733. Louis de Boullongne
, Ecuyer , Chevalier de l'Ordre
1. Val.
Fij de
2664 MERCURE DE FRANCE
de S. Michel , premier Peintre du Roy ,
Directeur et Recteur de l'Académic
Royale de Peinture et Sculpture , Pensionnaire
et Dessinateur de celle des Inscriptions
et Belles Lettres , mourut à Paris
, âgé de 79 ans.
Il avoit acquis la réputation d'un des
plus grands Peintres de son temps, par un
grand nombre d'excellens Ouvrages , dont
nous allons indiquer les Principaux .
Il a peint dans l'Eglise de l'Hôtel Royal
des Invalides la Chapelle de S. Augustin,
à Fresque , et un Choeur d'Anges dans la
croisée à droite; dans la Chapelle du Château
de Versailles , six Apôtres dans les
Voûtes de la Tribune, à droite, et la Chapelle
de la Vierge; dans le Cheur de Notre
- Dame de Paris , deux des huit grands
Tableaux , dont l'un represente la Purification
de la Vierge au Temple ; et l'autre
, la Fuite en Egypte. Il y a aussi deux
grands Tableaux de lui dans la Nef , représentant
le Miracle du Centènier et la
Samaritaine.
Il a peint dans le Salon de Marly , l'un
des quatre grands Tableaux , et beaucoup
d'autres dans les Châteaux de Fontainebleau
, Meudon , Trianon et la Ménagerie,
Il a excellé principalement dans l'élé
gance de la composition et dans la correction
I. Voh
DECEMBRE . 1735. 266
fection du dessein.Il a fait un tres- grand
nombre de Tableaux de Cabinet , qui sont
fort estimez , et dans lesquels on remarque
sur tout un caractere gracieux , qui
faisoit en général l'ame de sa composition .
Le Roy , pour récompenser ses talens,
l'avoit annobli , lui et sa posterité. Il a
laissé pour enfans Jean de Boullongne
Conseiller au Parlement de Mets et premier
Commis des Finances , et Marie-
Anne de Boullongne , femme de Jean-
Pierre Richard , Receveur General des
Finances de la Généralité de Tours. Il
avoit encore un fils qui mourut revêtu
de la même Charge de Receveur General
des Finances de Tours , au mois de
Decembre de l'année derniere , âgé de
30 ans , sans avoir laissé de posterité.
Les Vers qu'on va lire , sont de My
TANEVOT.
Ecoute-moi , Coustou , prends ton Ciseau
Et du fameux Boullongne éleve le Tombeau.
Place au milieu sa Muse désolée ,
Regardant les Graces en pleurs ,
Assises près du Mausolée ,
Qu'au pied , plus d'un Géme exprime ses dou
kurs
Par son air et son attitude ;
Fais-y voir la conftante Etude ,
I. Fol Fiij Lo
2866 MER CURE DE FRANCE
Le Coloris et la Correction ,
L'Ordonnance , l'Invention ,
Et qu'un Amour à tire -d'aîle ,
Forte jusqu'aux Cicux son image immortelle.
, Ecuyer , Chevalier de l'Ordre
1. Val.
Fij de
2664 MERCURE DE FRANCE
de S. Michel , premier Peintre du Roy ,
Directeur et Recteur de l'Académic
Royale de Peinture et Sculpture , Pensionnaire
et Dessinateur de celle des Inscriptions
et Belles Lettres , mourut à Paris
, âgé de 79 ans.
Il avoit acquis la réputation d'un des
plus grands Peintres de son temps, par un
grand nombre d'excellens Ouvrages , dont
nous allons indiquer les Principaux .
Il a peint dans l'Eglise de l'Hôtel Royal
des Invalides la Chapelle de S. Augustin,
à Fresque , et un Choeur d'Anges dans la
croisée à droite; dans la Chapelle du Château
de Versailles , six Apôtres dans les
Voûtes de la Tribune, à droite, et la Chapelle
de la Vierge; dans le Cheur de Notre
- Dame de Paris , deux des huit grands
Tableaux , dont l'un represente la Purification
de la Vierge au Temple ; et l'autre
, la Fuite en Egypte. Il y a aussi deux
grands Tableaux de lui dans la Nef , représentant
le Miracle du Centènier et la
Samaritaine.
Il a peint dans le Salon de Marly , l'un
des quatre grands Tableaux , et beaucoup
d'autres dans les Châteaux de Fontainebleau
, Meudon , Trianon et la Ménagerie,
Il a excellé principalement dans l'élé
gance de la composition et dans la correction
I. Voh
DECEMBRE . 1735. 266
fection du dessein.Il a fait un tres- grand
nombre de Tableaux de Cabinet , qui sont
fort estimez , et dans lesquels on remarque
sur tout un caractere gracieux , qui
faisoit en général l'ame de sa composition .
Le Roy , pour récompenser ses talens,
l'avoit annobli , lui et sa posterité. Il a
laissé pour enfans Jean de Boullongne
Conseiller au Parlement de Mets et premier
Commis des Finances , et Marie-
Anne de Boullongne , femme de Jean-
Pierre Richard , Receveur General des
Finances de la Généralité de Tours. Il
avoit encore un fils qui mourut revêtu
de la même Charge de Receveur General
des Finances de Tours , au mois de
Decembre de l'année derniere , âgé de
30 ans , sans avoir laissé de posterité.
Les Vers qu'on va lire , sont de My
TANEVOT.
Ecoute-moi , Coustou , prends ton Ciseau
Et du fameux Boullongne éleve le Tombeau.
Place au milieu sa Muse désolée ,
Regardant les Graces en pleurs ,
Assises près du Mausolée ,
Qu'au pied , plus d'un Géme exprime ses dou
kurs
Par son air et son attitude ;
Fais-y voir la conftante Etude ,
I. Fol Fiij Lo
2866 MER CURE DE FRANCE
Le Coloris et la Correction ,
L'Ordonnance , l'Invention ,
Et qu'un Amour à tire -d'aîle ,
Forte jusqu'aux Cicux son image immortelle.
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Résumé : Morts d'Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Louis de Boullongne, Écuyer et Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, décéda à Paris le 21 novembre 1733 à l'âge de 79 ans. Il occupait les postes de premier Peintre du Roi, Directeur et Recteur de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, ainsi que Pensionnaire et Dessinateur de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Boullongne était renommé pour ses nombreuses œuvres remarquables. Parmi ses principales réalisations, on trouve des fresques dans l'église de l'Hôtel Royal des Invalides, notamment la Chapelle de Saint-Augustin et un chœur d'anges. À Versailles, il peignit six apôtres et la Chapelle de la Vierge. Dans le chœur de Notre-Dame de Paris, il réalisa deux des huit grands tableaux, représentant la Purification de la Vierge au Temple et la Fuite en Égypte, ainsi que deux grands tableaux dans la nef, illustrant le Miracle du Centurion et la Samaritaine. Il travailla également dans le Salon de Marly et dans les châteaux de Fontainebleau, Meudon, Trianon et la Ménagerie. Boullongne était apprécié pour l'élégance de ses compositions et la correction de ses dessins, et il réalisa de nombreux tableaux de cabinet très estimés. Le Roi le récompensa en l'anoblissant, lui et sa postérité. Il laissa deux enfants, Jean de Boullongne, Conseiller au Parlement de Metz et premier Commis des Finances, et Marie-Anne de Boullongne, épouse de Jean-Pierre Richard, Receveur Général des Finances de la Généralité de Tours. Un autre fils, également Receveur Général des Finances de Tours, décéda en décembre de l'année précédente à l'âge de 30 ans sans laisser de postérité.
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27
p. 2927-2928
Nouveaux Tableaux de l'Ordre du S. Esprit, aux Grands Augustins de Paris, [titre d'après la table]
Début :
L'Ordre du S. Esprit vient de faire exécuter les Ouvrages ordonnez par délibération [...]
Mots clefs :
Ordre du Saint-Esprit, Tableaux, Monastère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Tableaux de l'Ordre du S. Esprit, aux Grands Augustins de Paris, [titre d'après la table]
L'Ordre du S. Esprit vient de faire
exécuter les Ouvrages ordonnez par délibération
de Chapitre et Assemblées de
Commissaires , pour établir dans le Monastere
des Grands Augustins de Paris où
se sont faites les premieres Cérémonies
des Monumens de sa grandeur, aussi honorables
pour les Maisons Illustres du
Royaume,qu'interressans et curieux pour
les Etrangers. Ces Monumens sont :
1. Cinq grands Tableaux représentant
chacun une cérémonie de cet Ordre ,
sous les cinq Grands- Maîtres , qui ont re
gné depuis sa fondation ; sçavoir , Henry
III. fondateur , Henry IV. Louis XIII .
Louis XIV. et Louis XV. Ces Tableaux
ont été placez dans le Choeur de l'Eglise
de ce Monastere , et accompagnez de
Pilastres et autres Ornemens qui réünissent
une noble simplicité , avec beaucoup
de magnificence. Les habiles Maîtres, Auteurs
de ces Tableaux , sont les Srs Cham,
pagne , de Troyes , et Vanloo .
2º . On a décoré les deux Salles de co
II. Vol. Hiiij Me12928
292 MERCURE
DE FRANCE
Monastére , affectées à l'Ordre du S. Esprit
, de Boiserie , Sculpture, et Dorure ,
convenables à la dignité du sujet , autant
que l'étendue de ces Salles l'a permis.
On y verra par rang de receptions les
Portraits en Buste , avec les Armes et principales
qualitez de tous les Cardinaux ,
Prélats , Commandeurs et Chevaliers reçûs
dans cet Ordre , depuis son établissement
, jusqu'à ce jour. On avertit les
Maisons auxquelles on a demandé ceux de
ces Portraits qui manquent , de les fournir
le plutôt qu'elles pourront , et en attendant
ces Places resteront vuides.
On est redevable de l'exécution de ces
Ouvrages à la vigilance de M. l'Abbé de
Pomponne, Commandeur et Chancelier
des Ordres du Roy , et Conseiller d'Etat
ordinaire , et aux soins de M. le Marquis
de Breteuil , Commandeur et Prevôt ,
Maître des Cérémonies des mêmes Ordres
.
Ceux qui voudront voir ces Salles, s'adresseront
au R. P. Bouge, Religieux Augustin
, chargé par l'Ordre du ŠS.. Esprit ,
de les tenir ouvertes, et d'y accompagner
les Curieux tous les Mercredy et Jeudy
de chaque semaine , fête ou non fête , depuis
onze heures et demi du matin , jusqu'à
quatre heures après midi.
exécuter les Ouvrages ordonnez par délibération
de Chapitre et Assemblées de
Commissaires , pour établir dans le Monastere
des Grands Augustins de Paris où
se sont faites les premieres Cérémonies
des Monumens de sa grandeur, aussi honorables
pour les Maisons Illustres du
Royaume,qu'interressans et curieux pour
les Etrangers. Ces Monumens sont :
1. Cinq grands Tableaux représentant
chacun une cérémonie de cet Ordre ,
sous les cinq Grands- Maîtres , qui ont re
gné depuis sa fondation ; sçavoir , Henry
III. fondateur , Henry IV. Louis XIII .
Louis XIV. et Louis XV. Ces Tableaux
ont été placez dans le Choeur de l'Eglise
de ce Monastere , et accompagnez de
Pilastres et autres Ornemens qui réünissent
une noble simplicité , avec beaucoup
de magnificence. Les habiles Maîtres, Auteurs
de ces Tableaux , sont les Srs Cham,
pagne , de Troyes , et Vanloo .
2º . On a décoré les deux Salles de co
II. Vol. Hiiij Me12928
292 MERCURE
DE FRANCE
Monastére , affectées à l'Ordre du S. Esprit
, de Boiserie , Sculpture, et Dorure ,
convenables à la dignité du sujet , autant
que l'étendue de ces Salles l'a permis.
On y verra par rang de receptions les
Portraits en Buste , avec les Armes et principales
qualitez de tous les Cardinaux ,
Prélats , Commandeurs et Chevaliers reçûs
dans cet Ordre , depuis son établissement
, jusqu'à ce jour. On avertit les
Maisons auxquelles on a demandé ceux de
ces Portraits qui manquent , de les fournir
le plutôt qu'elles pourront , et en attendant
ces Places resteront vuides.
On est redevable de l'exécution de ces
Ouvrages à la vigilance de M. l'Abbé de
Pomponne, Commandeur et Chancelier
des Ordres du Roy , et Conseiller d'Etat
ordinaire , et aux soins de M. le Marquis
de Breteuil , Commandeur et Prevôt ,
Maître des Cérémonies des mêmes Ordres
.
Ceux qui voudront voir ces Salles, s'adresseront
au R. P. Bouge, Religieux Augustin
, chargé par l'Ordre du ŠS.. Esprit ,
de les tenir ouvertes, et d'y accompagner
les Curieux tous les Mercredy et Jeudy
de chaque semaine , fête ou non fête , depuis
onze heures et demi du matin , jusqu'à
quatre heures après midi.
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Résumé : Nouveaux Tableaux de l'Ordre du S. Esprit, aux Grands Augustins de Paris, [titre d'après la table]
L'Ordre du Saint-Esprit a entrepris des travaux dans le monastère des Grands Augustins à Paris, conformément à une délibération du Chapitre et des Assemblées de Commissaires. Ces travaux visent à établir des monuments célébrant la grandeur de l'Ordre et honorant les maisons illustres du royaume, tout en intéressant les étrangers. Les monuments comprennent cinq grands tableaux, chacun représentant une cérémonie de l'Ordre sous les cinq Grands-Maîtres successifs : Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV. Ces tableaux, réalisés par les maîtres Champagne de Troyes et Vanloo, sont placés dans le chœur de l'église du monastère et accompagnés de pilastres et autres ornements alliant simplicité et magnificence. Deux salles du monastère, dédiées à l'Ordre du Saint-Esprit, ont été décorées de boiseries, sculptures et dorures. Elles présentent les portraits en buste des cardinaux, prélats, commandeurs et chevaliers reçus dans l'Ordre depuis sa fondation, par ordre de réception. Les maisons concernées sont invitées à fournir les portraits manquants. L'exécution de ces travaux est attribuée à la vigilance de l'abbé de Pomponne, Commandeur et Chancelier des Ordres du Roi, et aux soins du marquis de Breteuil, Commandeur et Prévôt, Maître des Cérémonies des mêmes Ordres. Les visiteurs peuvent accéder à ces salles les mercredis et jeudis de chaque semaine, de onze heures et demie du matin à quatre heures de l'après-midi, sous la guidance du religieux augustin Bouge.
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28
p. 346-349
Morts illustres, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Peinture, a fait une perte très-considerable en la personne de Jean [...]
Mots clefs :
Tableaux, Tableau, Peinture, Séjour en Italie, Jean Raoux, Prince de Vendôme, Cabinets de Paris, Robert de Séry, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts illustres, [titre d'après la table]
L'Académie Royale de Peinture , a fait une
perte très - considerable en la personne de Jean
Raoux , Peintre , natif de Montpellier , mort le
10. de ce mois , âgé d'environ 57. ans , il étoit
Eleve de feu M. de Boullogne l'Aîné ; et il avoit
fait un long séjour en Italie , sur tout à Venise,
od les Tableaux qu'il y a faits sont fort estimez.
C'est feu M. de Vendôme , Grand - Prieur de
France , qui aimoit les Arts et qui avoit connu
tout des premiers le mérite de M. Raoux , qui
l'avoit engagé à faire quelque séjour en Italie.
Sa maniere de peindre étoit tendre , délicate
agréable à la vue et extrémement finie.Il fut reçu
àl'Académie le 28. Août 1717. et on y conserve
de lui un très - beau Tableau , où il a peint la
Fable de Pigmalion.
On voit dans les meilleurs Cabinets de Paris
quantité de ses Tableaux , voici ceux qui sont
venus à notre connoissance.
Un Portrait en grand du feu Prince de Vendôme
, ouvrage d'une grande composition , historié
, avec un fond de Paysage , et d'un beau
fini ; il est dans le Cabinet du Prince de Conti.
M.
FEVRIER. 1734. 347
M. Porlier , Maître des Comptes , demeurant au
Temple , Ami particulier de cet habile Artiste ,
conserve précieusément l'esquisse de ce Tableau ,
fini par l'Auteur , d'après nature.
Quatre Tableaux de Chevalet , faits à Bologne
pendant son séjour en Italie , représentant les
quatre Ages , sont dans le Cabinet de M. le Chevalier
d'Orleans , Grand- Prieur de France.
Le Portrait en pied du même Chevalier d'Or
leans , représenté comme General des Galeres ,
montant la Galere Reale, au bas duquel est un Esclave
qui lui présente son Bouclier ; cet Ouvrage
qui est d'une très - belle execution , est dans la
grande Salle du Palais Prieural du Temple.
On voit dans une autre Salle du même Palais ,
plusieurs excellens Tableaux de Chevalet , repré
sentant differens Sujets des Arts , comme la Mu.
sique , la Peinture , l'Astronomie , l'Histoire ,
l'Architecture , & c.
Le même M. Porlier , possede du même Auteur
les Originaux d'une Liseuse , du Silence ,
d'une Fille qui cherche une puce à une autre
fille qui fait rôtir des Marons , et de deux Filles
qui concertent ensemble.
M. lePeletier des Forts a deux excellens Tableaux
représentans des Vestales , conservant le Feu sacré,
M. Prat , Receveur General des Finances ,
possede dans sa Maison de Valenton auprès de
Paris , un grand Tableau qui représente une Ves
tale , un autre de même grandeur , qui est un
Retour de Chasse , et un autre où l'on voit les
cinq Sens de Nature.
On voit plusieurs Tableaux gracieux , peints.
par le même Peintre , dans le Cabinet de M. de
Senosan .
Le sieur Dupré , Chirurgien du Temple , a
Giiij 10-
348 MERCURE DE FRANCE
POriginal d'une Vierge , dont les Connoisseurs
font grand cas.
Il a fait aussi quantité d'excellens Portraits ,
ceux des Diles Journet , en Prêtresse de Diane ,
Prevôt , en Bacchante ,Quinault , en Amphitrite,
Sylvia , en Thalie , et tout récemment celui de
Mad. B *** morte depuis peu.
Mais ce que nous pouvons dire de plus avantageux
à la memoire de M. Raoux , c'est la maniere
dont feu M. le Duc d'Orleans , Amateur
éclairé des Beaux Arts , reçut le Tableau peint
par lui et présenté par feu M. le Prince de Vendôme
; S. A. R. le fit placer dans son grand Appartement
après avoir rendu justice au mérite
de l'Ouvrage. Ce Tableau représente Telemaque
dans l'Ile de Calypso , après son nauffrage , racontant
, &c . On peut voir la Description de
cette riche et variée composition , dans le Mercure
de Juillet 1722. page 120.
On a aussi perdu dans M. Robert de Sery , un
'Artiste qui avoit beaucoup de talents naturels pour
la Peinture , sur tout au jugement des Connoisseurs
, pour la belle disposition des Figures et les
expressions. Lorsque M. le Cardinal de Rohan
le ramena de Rome , où il avoit travaillé 18 ans ,
il en a rapporté une Collection importante de
Calques et d'Esquisses à huile , faites de sa main ,
des Tableaux des meilleurs Maîtres. Ces riches
études doivent être vendues dans peu , avec plusieurs
Statues et des Modelles de terre cuite , au
profit de ses heritiers .
Il a été enterré dans l'Eglise des Capucins du
Marais on lit sur sa Tombe l'Inscription que
Joici.
:
Cy git Paul-Ponce- Antoine Robert , Peintre de
S.
FEVRIER. 1714. 349
S.A. E. M. le C. de Rohan , né à Sery en Portien
, le 11. Janvier 1686. Reims l'a élevé , Rome
a perfectionné ses talens . Paris possede un petit
nombre de ses Ouvrages . Son Pinceau est regretté
de tous les Connoisseurs . Ses lumieres et sa probité
ne le sont pas moins de tous ses Amis. Il mourut le
29. Décembre 1733.
perte très - considerable en la personne de Jean
Raoux , Peintre , natif de Montpellier , mort le
10. de ce mois , âgé d'environ 57. ans , il étoit
Eleve de feu M. de Boullogne l'Aîné ; et il avoit
fait un long séjour en Italie , sur tout à Venise,
od les Tableaux qu'il y a faits sont fort estimez.
C'est feu M. de Vendôme , Grand - Prieur de
France , qui aimoit les Arts et qui avoit connu
tout des premiers le mérite de M. Raoux , qui
l'avoit engagé à faire quelque séjour en Italie.
Sa maniere de peindre étoit tendre , délicate
agréable à la vue et extrémement finie.Il fut reçu
àl'Académie le 28. Août 1717. et on y conserve
de lui un très - beau Tableau , où il a peint la
Fable de Pigmalion.
On voit dans les meilleurs Cabinets de Paris
quantité de ses Tableaux , voici ceux qui sont
venus à notre connoissance.
Un Portrait en grand du feu Prince de Vendôme
, ouvrage d'une grande composition , historié
, avec un fond de Paysage , et d'un beau
fini ; il est dans le Cabinet du Prince de Conti.
M.
FEVRIER. 1734. 347
M. Porlier , Maître des Comptes , demeurant au
Temple , Ami particulier de cet habile Artiste ,
conserve précieusément l'esquisse de ce Tableau ,
fini par l'Auteur , d'après nature.
Quatre Tableaux de Chevalet , faits à Bologne
pendant son séjour en Italie , représentant les
quatre Ages , sont dans le Cabinet de M. le Chevalier
d'Orleans , Grand- Prieur de France.
Le Portrait en pied du même Chevalier d'Or
leans , représenté comme General des Galeres ,
montant la Galere Reale, au bas duquel est un Esclave
qui lui présente son Bouclier ; cet Ouvrage
qui est d'une très - belle execution , est dans la
grande Salle du Palais Prieural du Temple.
On voit dans une autre Salle du même Palais ,
plusieurs excellens Tableaux de Chevalet , repré
sentant differens Sujets des Arts , comme la Mu.
sique , la Peinture , l'Astronomie , l'Histoire ,
l'Architecture , & c.
Le même M. Porlier , possede du même Auteur
les Originaux d'une Liseuse , du Silence ,
d'une Fille qui cherche une puce à une autre
fille qui fait rôtir des Marons , et de deux Filles
qui concertent ensemble.
M. lePeletier des Forts a deux excellens Tableaux
représentans des Vestales , conservant le Feu sacré,
M. Prat , Receveur General des Finances ,
possede dans sa Maison de Valenton auprès de
Paris , un grand Tableau qui représente une Ves
tale , un autre de même grandeur , qui est un
Retour de Chasse , et un autre où l'on voit les
cinq Sens de Nature.
On voit plusieurs Tableaux gracieux , peints.
par le même Peintre , dans le Cabinet de M. de
Senosan .
Le sieur Dupré , Chirurgien du Temple , a
Giiij 10-
348 MERCURE DE FRANCE
POriginal d'une Vierge , dont les Connoisseurs
font grand cas.
Il a fait aussi quantité d'excellens Portraits ,
ceux des Diles Journet , en Prêtresse de Diane ,
Prevôt , en Bacchante ,Quinault , en Amphitrite,
Sylvia , en Thalie , et tout récemment celui de
Mad. B *** morte depuis peu.
Mais ce que nous pouvons dire de plus avantageux
à la memoire de M. Raoux , c'est la maniere
dont feu M. le Duc d'Orleans , Amateur
éclairé des Beaux Arts , reçut le Tableau peint
par lui et présenté par feu M. le Prince de Vendôme
; S. A. R. le fit placer dans son grand Appartement
après avoir rendu justice au mérite
de l'Ouvrage. Ce Tableau représente Telemaque
dans l'Ile de Calypso , après son nauffrage , racontant
, &c . On peut voir la Description de
cette riche et variée composition , dans le Mercure
de Juillet 1722. page 120.
On a aussi perdu dans M. Robert de Sery , un
'Artiste qui avoit beaucoup de talents naturels pour
la Peinture , sur tout au jugement des Connoisseurs
, pour la belle disposition des Figures et les
expressions. Lorsque M. le Cardinal de Rohan
le ramena de Rome , où il avoit travaillé 18 ans ,
il en a rapporté une Collection importante de
Calques et d'Esquisses à huile , faites de sa main ,
des Tableaux des meilleurs Maîtres. Ces riches
études doivent être vendues dans peu , avec plusieurs
Statues et des Modelles de terre cuite , au
profit de ses heritiers .
Il a été enterré dans l'Eglise des Capucins du
Marais on lit sur sa Tombe l'Inscription que
Joici.
:
Cy git Paul-Ponce- Antoine Robert , Peintre de
S.
FEVRIER. 1714. 349
S.A. E. M. le C. de Rohan , né à Sery en Portien
, le 11. Janvier 1686. Reims l'a élevé , Rome
a perfectionné ses talens . Paris possede un petit
nombre de ses Ouvrages . Son Pinceau est regretté
de tous les Connoisseurs . Ses lumieres et sa probité
ne le sont pas moins de tous ses Amis. Il mourut le
29. Décembre 1733.
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Résumé : Morts illustres, [titre d'après la table]
Jean Raoux, peintre originaire de Montpellier, est décédé le 10 février 1734 à l'âge d'environ 57 ans. Élève de M. de Boullogne l'Aîné, Raoux a séjourné en Italie, notamment à Venise, où ses œuvres étaient très appréciées. Ce séjour en Italie a été encouragé par M. de Vendôme, Grand-Prieur de France. Son style de peinture était caractérisé par une manière tendre, délicate et extrêmement finie. Raoux a été reçu à l'Académie Royale de Peinture le 28 août 1717, qui conserve un tableau de lui représentant la fable de Pigmalion. Plusieurs de ses œuvres sont notables, notamment un portrait du Prince de Vendôme dans le cabinet du Prince de Conti, des tableaux représentant les quatre âges dans le cabinet du Chevalier d'Orléans, et divers autres tableaux dans les collections de M. Porlier, M. le Peletier des Forts, M. Prat, et M. de Senosan. Raoux a également réalisé plusieurs portraits, dont ceux des Dames Journet, Prévôt, Quinault, Sylvia, et Madame B***. Le Duc d'Orléans a reconnu le travail de Raoux en faisant placer un de ses tableaux dans son grand appartement. Par ailleurs, le texte mentionne la mort de Robert de Sery, un autre artiste talentueux ramené de Rome par le Cardinal de Rohan. Les œuvres et collections de Robert de Sery doivent être vendues au profit de ses héritiers. Robert de Sery est enterré dans l'église des Capucins du Marais.
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29
p. 753
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
On a mis en vente chez la Veuve Chereau, ruë S. Jacques, aux deux Pilliers d'or, et chez [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
On a mis en vente chez la Veuve Chereau
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surrugues , Graveur du Roy , rue des Noyers ,
deux Estampes nouvellement gravées d'après les
Tableaux de feu Antoine Watteau , Peintre Flamand
, de l'Académie Royale de Peinture et de
Sculpture.
On trouve aussi chez les mêmes toute la Suite.
des Estampes gravées d'après les Tableaux et.
Desseins de ce charmant Peintre .
Les deux Estampes que nous annonçons , sont
gravées en large par les sieurs Fessard et Aubert ,-
de la même grandeur des Originaux , qui sont
dans le Cabinet de M. Morel , Banquier ; l'une
est intitulée les Enfans de Bacchus , et l'autre ,
Fête au Dieu Pan . Paysages.
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surrugues , Graveur du Roy , rue des Noyers ,
deux Estampes nouvellement gravées d'après les
Tableaux de feu Antoine Watteau , Peintre Flamand
, de l'Académie Royale de Peinture et de
Sculpture.
On trouve aussi chez les mêmes toute la Suite.
des Estampes gravées d'après les Tableaux et.
Desseins de ce charmant Peintre .
Les deux Estampes que nous annonçons , sont
gravées en large par les sieurs Fessard et Aubert ,-
de la même grandeur des Originaux , qui sont
dans le Cabinet de M. Morel , Banquier ; l'une
est intitulée les Enfans de Bacchus , et l'autre ,
Fête au Dieu Pan . Paysages.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Deux estampes gravées d'après les tableaux d'Antoine Watteau, peintre flamand et membre de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, sont en vente. Intitulées 'Les Enfants de Bacchus' et 'Fête au Dieu Pan', elles sont disponibles chez la Veuve Chereau et Surrugues. Ces estampes sont en grand format et de la même taille que les originaux de M. Morel. Les vendeurs proposent également l'ensemble des estampes gravées d'après les œuvres de Watteau.
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30
p. 940-942
Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Cochin, de l'Académie Royale de Peinture, vient de graver deux Tableaux de Watteau, [...]
Mots clefs :
Nouvelles estampes, Tableaux, Estampe, Théâtre, Originaux, Cochin, Filloeul, Joullain
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le sieur Cochin , de l'Académie Royale de
Peinture, vient de graver deux Tableaux de Watdes
plus terminez qu'il ait faits , l'un représente
l'Amour au Théatre François , et l'autre ,
l'Amour au Théatre Italien , du Cabinet de M. de
Rosnel . Ils sont gravez de la même grandeur des
Originaux er au miroir , pour que toutes les actions
soient à droite , comme dans les Tableaux ,
Ces Estampes se vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , sue S. Jacques , et chez Gautrot ,
Quay de la Mégisserie.
Il paroît deux nouvelles Estampes , gravées par
le sieur Moyreau , d'après Wauvermans , la premiere
intitulée , la Buvette des Chasseurs , où l'on
voit dans un beau Paysage , un Equipage de
Chasse , des Chevaux et des Chiens dans l'eau ,
&c. Cette Estampe est de la même grandeur du
Tableau Original , qui a 19. pouces de large sur
15. de haut.
La deuxième Estampe, intitulée la Fontaine des
Chasseurs , est moins grande , mais d'une composition
plus heureuse et plus picquante. Ce charmant
Tableau est dans le fameux Cabinet de la
Comtesse de Verrue , et il est bien digne d'y
être.
MAY. 1734 941
.
Ces Estampes se veadent chez le Graveur , rue
Galande , vis - à - vis S. Blaise . Ces deux derniers
Morceaux terminent une suite de 12. Pieces, gra.
vées par le même Auteur, d'après le même Maître.
Il paroît aussi depuis peu deux nouvelles Estampes
, gravées par le sieur Filloul , chez lequel
elles se vendent , ruë Bordet à l'Hôtel de Vendosme
, près sainte Geneviève. Elles sont faites
d'après deux Tableaux du sieur Pater , qui a traité
deux Sujets tirez de la Fontaine , les Voeux
indiscrets et la Courtisanne Amoureuse.
Le même Auteur à gravé au trait seulement
d'après les Desseins Originaux de Watteau , une
suite de 27. Planches , qu'on vend chez lui sous
ce titre : Livre de differens caracteres de têtes , ¿c.
Le sieur Joullain , vient de mettre au jour deux
Chasses qu'il a gravées , l'une de Loup et l'autre
de Sanglier , d'après M. Desportes , dont les Tableaux
Originaux sont dans le Château de Virginie
, appartenant à M. Glucq , à qui ces Estampes
sont dédiées ; l'Auteur les donne au
Public en conséquence du Privilege qu'il en a obtenu
.
Le même Auteur a aussi gravé un fort beau
Portrait de M. Desportes en Chasseur , six figures
de la Comédie Italienne , d'après feu M. Gillot
, 84 autres figures de Théatre , d'après le
même ; trois Estampes intitulées , les Agrémens
de la Campagne ; le Concert Pastoral , et la Récréation
Champêtre , d'après M. Lancret. Le tout
se vend chez le sieur Gautrot , Marchands d'Estampes
, sur le Quay de la Mégisserie , à la Ville
de Rome , où l'on trouve aussi toutes sortes
d'i sta npes anciennes et modernes.
Il
942 MERCURE DE FRANCE
Il paroît encore une très -belle Estampe , gra
vée en hauteur par M. Larmessin , d'après un
Portrait en pied du sieur Vanloo , Peintre de
l'Académie Royale de Peinture . On lit au bas ,
à côté des Ecussons accolez . CATHERINE OPALINSKA
, REINE DE POLOGNE.
Cette Estampe se vend chez N. de Larmessin , Gra
veur du Roy , ruë des Noyers .
Peinture, vient de graver deux Tableaux de Watdes
plus terminez qu'il ait faits , l'un représente
l'Amour au Théatre François , et l'autre ,
l'Amour au Théatre Italien , du Cabinet de M. de
Rosnel . Ils sont gravez de la même grandeur des
Originaux er au miroir , pour que toutes les actions
soient à droite , comme dans les Tableaux ,
Ces Estampes se vendent à Paris , chez la veuve
Chereau , sue S. Jacques , et chez Gautrot ,
Quay de la Mégisserie.
Il paroît deux nouvelles Estampes , gravées par
le sieur Moyreau , d'après Wauvermans , la premiere
intitulée , la Buvette des Chasseurs , où l'on
voit dans un beau Paysage , un Equipage de
Chasse , des Chevaux et des Chiens dans l'eau ,
&c. Cette Estampe est de la même grandeur du
Tableau Original , qui a 19. pouces de large sur
15. de haut.
La deuxième Estampe, intitulée la Fontaine des
Chasseurs , est moins grande , mais d'une composition
plus heureuse et plus picquante. Ce charmant
Tableau est dans le fameux Cabinet de la
Comtesse de Verrue , et il est bien digne d'y
être.
MAY. 1734 941
.
Ces Estampes se veadent chez le Graveur , rue
Galande , vis - à - vis S. Blaise . Ces deux derniers
Morceaux terminent une suite de 12. Pieces, gra.
vées par le même Auteur, d'après le même Maître.
Il paroît aussi depuis peu deux nouvelles Estampes
, gravées par le sieur Filloul , chez lequel
elles se vendent , ruë Bordet à l'Hôtel de Vendosme
, près sainte Geneviève. Elles sont faites
d'après deux Tableaux du sieur Pater , qui a traité
deux Sujets tirez de la Fontaine , les Voeux
indiscrets et la Courtisanne Amoureuse.
Le même Auteur à gravé au trait seulement
d'après les Desseins Originaux de Watteau , une
suite de 27. Planches , qu'on vend chez lui sous
ce titre : Livre de differens caracteres de têtes , ¿c.
Le sieur Joullain , vient de mettre au jour deux
Chasses qu'il a gravées , l'une de Loup et l'autre
de Sanglier , d'après M. Desportes , dont les Tableaux
Originaux sont dans le Château de Virginie
, appartenant à M. Glucq , à qui ces Estampes
sont dédiées ; l'Auteur les donne au
Public en conséquence du Privilege qu'il en a obtenu
.
Le même Auteur a aussi gravé un fort beau
Portrait de M. Desportes en Chasseur , six figures
de la Comédie Italienne , d'après feu M. Gillot
, 84 autres figures de Théatre , d'après le
même ; trois Estampes intitulées , les Agrémens
de la Campagne ; le Concert Pastoral , et la Récréation
Champêtre , d'après M. Lancret. Le tout
se vend chez le sieur Gautrot , Marchands d'Estampes
, sur le Quay de la Mégisserie , à la Ville
de Rome , où l'on trouve aussi toutes sortes
d'i sta npes anciennes et modernes.
Il
942 MERCURE DE FRANCE
Il paroît encore une très -belle Estampe , gra
vée en hauteur par M. Larmessin , d'après un
Portrait en pied du sieur Vanloo , Peintre de
l'Académie Royale de Peinture . On lit au bas ,
à côté des Ecussons accolez . CATHERINE OPALINSKA
, REINE DE POLOGNE.
Cette Estampe se vend chez N. de Larmessin , Gra
veur du Roy , ruë des Noyers .
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Résumé : Estampes nouvelles, [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs gravures et estampes récemment réalisées par divers artistes. Le sieur Cochin, membre de l'Académie Royale de Peinture, a gravé deux tableaux de Watteau : 'L'Amour au Théâtre Français' et 'L'Amour au Théâtre Italien', appartenant au Cabinet de M. de Rosnel. Ces estampes sont vendues à Paris chez la veuve Chereau et chez Gautrot. Moyreau a gravé deux estampes d'après Wauvermans : 'La Buvette des Chasseurs' et 'La Fontaine des Chasseurs', cette dernière étant particulièrement remarquée pour sa composition. Ces œuvres se vendent chez le graveur, rue Galande. Filloul a gravé deux estampes d'après les tableaux du sieur Pater, inspirés de la Fontaine : 'Les Voeux indiscrets' et 'La Courtisanne Amoureuse'. Joullain a mis au jour deux chasses, 'Loup' et 'Sanglier', d'après Desportes, ainsi que plusieurs autres œuvres, dont un portrait de Desportes et des figures de la comédie italienne. Larmessin a gravé un portrait en pied du sieur Vanloo, représentant Catherine Opalinska, Reine de Pologne. Ces estampes sont disponibles chez leurs respectifs graveurs et marchands.
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31
p. 942-943
AVIS aux Personnes curieuses d'excellens Tableaux, &c.
Début :
Il y en a un actuellement à vendre au petit Hôtel de S. Poüange, ruë neuve des Petits Champt [sic], [...]
Mots clefs :
Tableaux, Dents, Broderies de Constantinople, Sieur Durand, Opiat, Gencives
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Personnes curieuses d'excellens Tableaux, &c.
AVIS aux Personnes curieuses d'excellens
Tableaux , & c.
Il y en a un actuellement à vendre au petit Hôtel
de S. Poüange , ruë neuve des Petits Champt ,
Original de Vendick , représentant un sujet de pieté,
composé de treize fignres grandes comme Nature..
Cette Piece a dix pieds de haut sur sept et demi delarge
, et a été trouvée admirable partous les Connoisseurs
qui l'ont déja vûë.
Le sieur Porlier , de la Societé des Arts , demeure
présentement au Caffé qui fait le coin de la rue
des Nonaindieres , au bout du Pont Marie à Paris.
Il continue avec succès les Broderies de Constanti
nople , et blanchit , par un secret à lui particulier ;
toutes les Etoffes brodées , brochées en or , argent et
en Soye , auxquelles il conserve les couleurs , fausse
ou fine. Il ne se sert point de Calendre; on peut
avoir recours à lui pour toutes ces sortes d'Etoffes
qui auront été mal blanchies Il dessine aussi pour
toute sorte de Broderie dans le goût des Indes.
L'altération qui vient aux dents , selon le sieur
Durand , ne procede que de la carie on de l'ébranlement.
La premiere entame et fait une perforation
douloureuse , qui jette dans la nécessité de les faire
arrar
MAY. 173 . 943
arracher ; l'autre moins sensible , mais d'un plus
grand progrès , est engendrée par l'exhalaison des
mauvais levains de l'estomach . Cette vapeur qui
s'éleve et qui se condense , fait le tartre qui attaque
Les dents par le pied et prend peu à pen la place des
gencives qui sont leurs bases . Il ne faut point s'étonner
si la négligence ou l'inattention fait que les
personnes , quoique fort jeunes , perdent leurs dents.
Quand elles branlent et que la gencive est rangée,
on est obligé de les faire tirer ; et en effet si elles
sont sorties de leurs alveoles , il n'y a plus de remede,
mais hors ce cas, le sieur Durand, reçû à S.Côme, a
joint à son experience et à sa dexterité pour tout ce
qui concerne son Art,la découverte d'un Opiat trèssalutaire
, puisqu'en rendant et conservant l'émail
des dents , elle produit la régeneration des gencives
et les deffend contre le tartre , entretenant leur blancheur,
leur beauté et leur assiette naturelle . Il n'y a
dit- il, ni abscès ni chancres qui résistent à la vertu
de cet Opiat ; il dissout même le sang grossier , dont
Les gencives sont souvent.abreuvées et qui cause
d'ordinaire de petits abscès entre deux dents ; ensorte
qu'on croit avoir une dent gâtée , on la fait tirer
at au lieu d'une on en perd deux , comme ledit sieur
Durand l'a vu arriver plusieurs fois . D'ailleurs cet
Opiat nourrit la gencive et l'empêche de se retirer ,
fortifiant la dent la plus vacillante , il est aussi un
préservatif des maux de dents et empêche que l'on
ne sente de la bouche.
Les Pots d'Opiat rouge , dit des Sultannes , sont
de trois livres et de six livres , il se transporte dans .
les Provinces les plus éloignées ; on donne par écrit
la maniere de s'en servir. Le sieur Durand sort le:
matin , et l'après midi on le trouve chez lui , rue
S. Honoré, vis-à- vis la Croix du Traboir , à la
Coupe d'or , avec Tableau..
Tableaux , & c.
Il y en a un actuellement à vendre au petit Hôtel
de S. Poüange , ruë neuve des Petits Champt ,
Original de Vendick , représentant un sujet de pieté,
composé de treize fignres grandes comme Nature..
Cette Piece a dix pieds de haut sur sept et demi delarge
, et a été trouvée admirable partous les Connoisseurs
qui l'ont déja vûë.
Le sieur Porlier , de la Societé des Arts , demeure
présentement au Caffé qui fait le coin de la rue
des Nonaindieres , au bout du Pont Marie à Paris.
Il continue avec succès les Broderies de Constanti
nople , et blanchit , par un secret à lui particulier ;
toutes les Etoffes brodées , brochées en or , argent et
en Soye , auxquelles il conserve les couleurs , fausse
ou fine. Il ne se sert point de Calendre; on peut
avoir recours à lui pour toutes ces sortes d'Etoffes
qui auront été mal blanchies Il dessine aussi pour
toute sorte de Broderie dans le goût des Indes.
L'altération qui vient aux dents , selon le sieur
Durand , ne procede que de la carie on de l'ébranlement.
La premiere entame et fait une perforation
douloureuse , qui jette dans la nécessité de les faire
arrar
MAY. 173 . 943
arracher ; l'autre moins sensible , mais d'un plus
grand progrès , est engendrée par l'exhalaison des
mauvais levains de l'estomach . Cette vapeur qui
s'éleve et qui se condense , fait le tartre qui attaque
Les dents par le pied et prend peu à pen la place des
gencives qui sont leurs bases . Il ne faut point s'étonner
si la négligence ou l'inattention fait que les
personnes , quoique fort jeunes , perdent leurs dents.
Quand elles branlent et que la gencive est rangée,
on est obligé de les faire tirer ; et en effet si elles
sont sorties de leurs alveoles , il n'y a plus de remede,
mais hors ce cas, le sieur Durand, reçû à S.Côme, a
joint à son experience et à sa dexterité pour tout ce
qui concerne son Art,la découverte d'un Opiat trèssalutaire
, puisqu'en rendant et conservant l'émail
des dents , elle produit la régeneration des gencives
et les deffend contre le tartre , entretenant leur blancheur,
leur beauté et leur assiette naturelle . Il n'y a
dit- il, ni abscès ni chancres qui résistent à la vertu
de cet Opiat ; il dissout même le sang grossier , dont
Les gencives sont souvent.abreuvées et qui cause
d'ordinaire de petits abscès entre deux dents ; ensorte
qu'on croit avoir une dent gâtée , on la fait tirer
at au lieu d'une on en perd deux , comme ledit sieur
Durand l'a vu arriver plusieurs fois . D'ailleurs cet
Opiat nourrit la gencive et l'empêche de se retirer ,
fortifiant la dent la plus vacillante , il est aussi un
préservatif des maux de dents et empêche que l'on
ne sente de la bouche.
Les Pots d'Opiat rouge , dit des Sultannes , sont
de trois livres et de six livres , il se transporte dans .
les Provinces les plus éloignées ; on donne par écrit
la maniere de s'en servir. Le sieur Durand sort le:
matin , et l'après midi on le trouve chez lui , rue
S. Honoré, vis-à- vis la Croix du Traboir , à la
Coupe d'or , avec Tableau..
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Résumé : AVIS aux Personnes curieuses d'excellens Tableaux, &c.
L'avis concerne la vente d'un tableau original de Vendick, représentant un sujet de piété avec treize figures grandeur nature. Cette œuvre, mesurant dix pieds de haut sur sept pieds et demi de large, a été jugée admirable par les connaisseurs. Le sieur Porlier, membre de la Société des Arts, réside au Café au coin de la rue des Nonaindières, au bout du Pont Marie à Paris. Il excelle dans les broderies à la manière de Constantinople et blanchit les étoffes brodées en or, argent et soie sans altérer les couleurs. Il propose également ses services pour les étoffes mal blanchies et dessine des broderies au goût des Indes. Le texte aborde également les problèmes dentaires. Selon le sieur Durand, les altérations dentaires proviennent de la carie ou de l'ébranlement. La carie cause des perforations douloureuses nécessitant l'extraction des dents, tandis que l'ébranlement, moins douloureux mais progressif, est dû aux exhalaisons des mauvais levains de l'estomac, formant du tartre qui attaque les dents. Durand, reçu à Saint-Côme, a découvert un opiat salutaire qui régénère les gencives, prévient le tartre et conserve la blancheur des dents. Cet opiat dissout également le sang grossier causant des abscès et prévient les maux de dents. Les pots d'opiat rouge, appelés des Sultannes, sont disponibles en poids de trois et six livres et peuvent être expédiés dans les provinces éloignées. Durand est joignable le matin et l'après-midi à son domicile rue Saint-Honoré, vis-à-vis la Croix du Traboir, à la Coupe d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 1405-1406
Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Début :
Le Public et les Curieux en Peinture, ont vû avec plaisir le jour de l'Octave de la Fête Dieu, [...]
Mots clefs :
Tableaux, Enfants, Musique, Sujets, Goût, Portraits, Place Dauphine, Jean Siméon Chardin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le Public et les Curieux en Peinture , ont vu
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
avec plaisir le jour de l'Octave de la Fêre Dieu ,
dans la Place Dauphine , quelques Tableaux de
divers Maîtres et de plusieurs jeunes Peintres ,
exposez par eux , ou par ceux qui les possedent.
On en voyoit deux en hauteur , de M. de Troy ,
avec une extrême satisfaction , dont l'un représente
une Fuite en Egypte , et l'autre , un Sujet
François et très- galant , c'est une Dame à sa
Toilette , debout dans le moment qu'on l'habille .
Seize Tableaux du sieur Chardin ; le plas
grand représente une jeune personne qui attend
avec impatience qu'on lui donne de la lumiere
pour cacheter uneiLettre.Les figures sont grandes
comme Nature.
Les autres Tableaux du même Auteur , sont
des Jeux d'Enfans , fort bien caracterisez , des
1 I. Vol.
G iij Tro7406
MERCURE DE FRANCE
Trophées de Musique , des Animaux morts er
vivans , et aures Sujets dans le goût de Tenier ,
où l'on trouve une grande verité.
Deux du sieur Natoire , digne Eleve de M. le
Moine . Ce sont deux Sujets tirez de la Fable
une Galathée, & Tableaux de Chevalet.
Quatre du sieur le Sueur , petit neveu du célebre
Eustache le Sueur. Le Portrait d'un Musicien
en Arménien , tenant une Flute. Autre Por
trait d'un Peintre , & c. Deux Enfans dans le
goût de Grimoud ; le petit Garçon tient une
Flute, et la petite Fille un papier de Musique, &c.
Deux Portraits du sieur Toquet.
Trois Portraits du sieur Autreau
Un grand Tableau du Sieur Lami , représen
tant une Assomption .
Deux Paysages en large, du sieur Charles du
Bois de Valencienne , & c.
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Résumé : Tableaux exposez à la Place Dauphine, [titre d'après la table]
Le 10 septembre 1725, lors de l'Octave de la Fête Dieu, divers tableaux de maîtres et jeunes peintres ont été exposés sur la Place Dauphine. Parmi les œuvres remarquées, deux tableaux de M. de Troy ont été particulièrement appréciés : une 'Fuite en Égypte' et une scène galante représentant une dame à sa toilette. Seize tableaux de Chardin étaient également exposés, dont le plus grand montrait une jeune femme attendant de la lumière pour cacheter une lettre. Les autres œuvres de Chardin incluaient des jeux d'enfants, des trophées de musique, des animaux morts et vivants, et des sujets dans le style de Tenier, caractérisés par leur grande véracité. Deux tableaux de Natoire, élève de M. le Moine, étaient tirés de la fable et réalisés sur chevalet. Le Sueur, petit-neveu d'Eustache Le Sueur, présentait quatre œuvres, dont des portraits et des enfants dans le style de Grimoud. Toquet et Autreau exposaient également des portraits. Un grand tableau représentant une Assomption était signé Lami, et deux paysages en large étaient l'œuvre de Charles du Bois de Valencienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 143-148
Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les exemples quand on veut instuire ; ils ont ordinairement [...]
Mots clefs :
Ballets, Ballet, Sujets, Apparence, Mensonges, Tableaux, Grâces, Vérité, Tromperies
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texteReconnaissance textuelle : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Sixième ſuite des réflexionsfur les Ballets.
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
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Résumé : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Le texte discute de l'importance des exemples concrets dans l'instruction à travers les ballets. Il mentionne un ballet exécuté à Turin en 1634 pour célébrer la naissance du Cardinal de Savoie, intitulé 'La verita nemica della apparensa, fol Jenata dal tempo' (La vérité ennemie des apparences soutenue par le temps). Ce ballet commence par un chœur représentant des faux bruits et des soupçons, incarnés par des personnes vêtues en coqs et poules. Ensuite, divers mensonges sont illustrés par des costumes allégoriques. Le temps, symbolisé par une grande horloge, chasse les apparences trompeuses pour révéler la vérité. Le texte critique les tableaux grotesques du ballet, suggérant qu'ils ne devraient pas dominer le spectacle et que des éléments plus gracieux doivent être intégrés. Il aborde également les différents types de sujets pour les ballets, les classant en trois catégories : les sujets tirés de la fable, de l'histoire et les sujets imaginés. Metellus de Natali Roma décrit les ballets comme des œuvres vivantes imitant les actions humaines à travers des décors, des masques, des habits, des paroles et des gestes. Le texte cite des exemples de sujets de ballets inspirés de poèmes épiques, tels que ceux de l'Arioste, de Virgile et d'Homère, qui offrent des personnages et des histoires adaptés aux représentations théâtrales.
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34
p. 118-120
« HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...] »
Début :
HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...]
Mots clefs :
Histoire, Traducteur, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...] »
HISTOIRE du petit Pompée traduite
de l'Anglois par M. Toussaint. 1752.
Ce petit livre est, comme l'a dit le
Traducteur dans la Préface, une espéce
de lanterne magique, on si l'on veut, un
cabinet garni de disferens tableaus, où di-
verses scenes de la vie sont exprimées
fort au naturel. Le chien dont le nom
sert de titre à l'Ouvrage est l'objet dont
l'Auteur paroît s'ette ie moins occupé;
il ne l'a fait servir que comme une ma-
chine imaginée aniquement pour mettre
en jeu tons ses tableaux. Quelques
Lecteurs trouvent à redire que le petit
animal joue un si mince rôle dans une
Histoire qui est annoncée comme la sien-
ne: mais je ne sçais si ce n est pas em-
ployer de la critique hors de propos,
que de faire séricusement un pareil re-
proche à un Ecrivain qui, traitant un
sujet aussi frivole, a pu s'en jouer à son
gré. Aimeroit on mieux qu'il eût né-
gligé ses tableaux, dont plusieurs sont
agréables, bien peints, & aussi interes-
sans qu'ils pouvoient l'être, pour des-
MARS. 1752.
119
cendre dans les particularités basses &
minucieuses, où s'auroit mené l'Histoite
ibien circonstanciée du Chien?
Au reste, le Traducteur a de beancoup
enchéri sur l'Ouvrage Anglois, & l'a con-
sidérablement enjolivé. L'Auteur original
n'a guéres en propte que les faits. La
tournure du récit, les propos des per-
sonnages, les maximes, les réslexiom
sérieuses & badines, & le coloris des
tableaux, sont de la main du Traducteur.
On lui connoissoit déja le talent de
peindre: mais il s'est montré dans ce pe-
tit Ouvrage par de nouveaux côntés; il
7 fait vor qu'il sçait narrer & plaisan-
ter agréablement: témoin l'Histoire des
deux Lords, la généalogie de Mopsa,
le Nouvelliste, les portraits des Amans
d'Aglaé, le bel esprit de Londres, les
vapeurs, & la dissertation sur rien, qui
est, au titre prés, toute entiere de sa
façon.
Quelques Lecteurs, peut. etre trop dé-
licats, relevent dans cet Ouvrage bon
nombte d'expressions qu'ils appellent tri-
viales: mais si ces pretendues triviali-
tés sont de nature à pouvoir être sup-
portées dans la bouche d'un honnête
nomme qui raconteroit les mêmes histo-
riettes en bonnae compagnie: le Tra-
Digines vO
120 MERCURE DE FRANCE.
ducteur n'a fait qu'assortir son ton à su
matiere; & peut-être que des gens
moins entêtés du style nople, loin de
l'en blâmer, lui en sçauroient gré. Il
est au moins sur, s'il a employé des ex-
pressions tirant un peu sur le burlesque
qu'il l'a fait en connoissance de cause;
& parce qu'il a cru le devoit.
de l'Anglois par M. Toussaint. 1752.
Ce petit livre est, comme l'a dit le
Traducteur dans la Préface, une espéce
de lanterne magique, on si l'on veut, un
cabinet garni de disferens tableaus, où di-
verses scenes de la vie sont exprimées
fort au naturel. Le chien dont le nom
sert de titre à l'Ouvrage est l'objet dont
l'Auteur paroît s'ette ie moins occupé;
il ne l'a fait servir que comme une ma-
chine imaginée aniquement pour mettre
en jeu tons ses tableaux. Quelques
Lecteurs trouvent à redire que le petit
animal joue un si mince rôle dans une
Histoire qui est annoncée comme la sien-
ne: mais je ne sçais si ce n est pas em-
ployer de la critique hors de propos,
que de faire séricusement un pareil re-
proche à un Ecrivain qui, traitant un
sujet aussi frivole, a pu s'en jouer à son
gré. Aimeroit on mieux qu'il eût né-
gligé ses tableaux, dont plusieurs sont
agréables, bien peints, & aussi interes-
sans qu'ils pouvoient l'être, pour des-
MARS. 1752.
119
cendre dans les particularités basses &
minucieuses, où s'auroit mené l'Histoite
ibien circonstanciée du Chien?
Au reste, le Traducteur a de beancoup
enchéri sur l'Ouvrage Anglois, & l'a con-
sidérablement enjolivé. L'Auteur original
n'a guéres en propte que les faits. La
tournure du récit, les propos des per-
sonnages, les maximes, les réslexiom
sérieuses & badines, & le coloris des
tableaux, sont de la main du Traducteur.
On lui connoissoit déja le talent de
peindre: mais il s'est montré dans ce pe-
tit Ouvrage par de nouveaux côntés; il
7 fait vor qu'il sçait narrer & plaisan-
ter agréablement: témoin l'Histoire des
deux Lords, la généalogie de Mopsa,
le Nouvelliste, les portraits des Amans
d'Aglaé, le bel esprit de Londres, les
vapeurs, & la dissertation sur rien, qui
est, au titre prés, toute entiere de sa
façon.
Quelques Lecteurs, peut. etre trop dé-
licats, relevent dans cet Ouvrage bon
nombte d'expressions qu'ils appellent tri-
viales: mais si ces pretendues triviali-
tés sont de nature à pouvoir être sup-
portées dans la bouche d'un honnête
nomme qui raconteroit les mêmes histo-
riettes en bonnae compagnie: le Tra-
Digines vO
120 MERCURE DE FRANCE.
ducteur n'a fait qu'assortir son ton à su
matiere; & peut-être que des gens
moins entêtés du style nople, loin de
l'en blâmer, lui en sçauroient gré. Il
est au moins sur, s'il a employé des ex-
pressions tirant un peu sur le burlesque
qu'il l'a fait en connoissance de cause;
& parce qu'il a cru le devoit.
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Résumé : « HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...] »
Le texte critique le livre 'Histoire du petit Pompée', traduit par M. Toussaint en 1752. Cet ouvrage est structuré autour de scènes de la vie quotidienne, où le chien Pompée sert de prétexte pour illustrer divers tableaux. Certains lecteurs reprochent au chien un rôle secondaire, mais le critique juge cette approche adéquate pour un sujet léger. Le traducteur a enrichi l'œuvre originale en ajoutant des éléments comme la tournure narrative, les dialogues, les maximes et les descriptions. Des passages notables incluent 'l'Histoire des deux Lords', 'la généalogie de Mopsa' et 'la dissertation sur rien'. Bien que certaines expressions soient jugées triviales par certains lecteurs, le critique les défend, estimant qu'elles conviennent au ton de l'œuvre et seraient acceptables dans une conversation informelle.
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35
p. 152-160
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Début :
M. le Comte de Caylus, qui aime, qui pratique les Arts depuis long-tems, [...]
Mots clefs :
Anne Claude de Caylus, Manières de peindre, Arts, Estampes, Tableaux, Graveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
Fermer
Résumé : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Le 12 novembre 1754, le comte de Caylus a présenté à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres une découverte majeure : la redécouverte de la technique de peinture encaustique antique. Cette méthode, décrite par Pline, utilise des cires chargées de couleurs, permettant une imitation plus fidèle, un éclat et une solidité accrus des couleurs, ainsi que la possibilité de retouches sans altérer l'œuvre. M. de Caylus a exposé un tableau réalisé selon cette technique pour démontrer sa validité. Il a souligné les avantages significatifs de cette méthode par rapport aux techniques modernes. Les amateurs d'art et d'antiquité ont apprécié cette redécouverte, qui rappelle les méthodes utilisées par les grands peintres grecs. Le texte mentionne également des aspects techniques et des références à des artistes contemporains, tels que M. Vien et M. Boucher. Des discussions sur la gravure et la reproduction des œuvres d'art ont également eu lieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 145-146
PEINTURE.
Début :
Il y a des surprises dans les productions des arts comme dans les ouvrages de [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
y a des furpriſes dans les productions
des arts comme dans les ouvrages de
littérature ; il eſt également important de
garantir le public des unes & des autres ,
tant pour la perfection de fes connoiffances
que pour l'honneur des arts & la réputation
légitime de chaque artiſte . On
ne peut donc fe difpenfer d'informer tous
les amateurs de la peinture , qu'une fuitë
d'eſtampes nouvellement mife au jour par
le fieur Duflos , comme étant d'après les
tableaux du fieur Boucher , Peintre du Roi ,
n'a été gravée que fur des deffeins informes
, furtivement tirés par les éleves de
ce Peintre , les moins capables & les moins
avancés , livrés enfuite , à fon infçu , au
Graveur , lequel à fon tour a terminé &
mis en vente ces eftampes fans la participation
de l'auteur des tableaux , qui ne peut
G
146 MERCURE DE FRANCE:
ni les reconnoître , ni encore moins les
avouer dans des copies auffi infideles.
y a des furpriſes dans les productions
des arts comme dans les ouvrages de
littérature ; il eſt également important de
garantir le public des unes & des autres ,
tant pour la perfection de fes connoiffances
que pour l'honneur des arts & la réputation
légitime de chaque artiſte . On
ne peut donc fe difpenfer d'informer tous
les amateurs de la peinture , qu'une fuitë
d'eſtampes nouvellement mife au jour par
le fieur Duflos , comme étant d'après les
tableaux du fieur Boucher , Peintre du Roi ,
n'a été gravée que fur des deffeins informes
, furtivement tirés par les éleves de
ce Peintre , les moins capables & les moins
avancés , livrés enfuite , à fon infçu , au
Graveur , lequel à fon tour a terminé &
mis en vente ces eftampes fans la participation
de l'auteur des tableaux , qui ne peut
G
146 MERCURE DE FRANCE:
ni les reconnoître , ni encore moins les
avouer dans des copies auffi infideles.
Fermer
Résumé : PEINTURE.
Une controverse entoure des estampes publiées par Duflos, prétendument basées sur les œuvres de Boucher. Ces estampes ont été gravées à partir de dessins réalisés par les élèves les moins compétents de Boucher, sans son accord. Boucher ne reconnaît pas ces copies, jugées infidèles. Le texte insiste sur l'importance d'informer le public pour préserver l'honneur des arts et la réputation des artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 146-151
LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
Début :
Le goût que vous avez pour les arts m'étoit garant de la satisfaction que [...]
Mots clefs :
Peinture à l'encaustique, Peinture, Tableaux, Couleurs, Ombres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
LETTRE
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
@
A M. **
Sur la Peinture encaustique .
E goût que vous avez pour les arts
m'étoit garant de la fatisfaction que
devoit vous procurer la découverte qu'on
vient de faire , & j'étois perfuadé d'avance
que vous feriez infiniment flaté d'apprendre
qu'on pouvoit avoir retrouvé une façon
de peindre perdue depuis un fi grand
nombre de fiécles. Mais je fuis fâché d'être
hors d'état de fatisfaire votre curiofité, qui
eft bien naturelle à un amateur tel que vous.
Tous les papiers publics , dites-vous , vous
ont parlé de la peinture encauftique , mais
aucun ne vous à dévoilé le myftere de cette
maniere de peindre . Comment vous en auroient-
ils inftruit , puifque malgré toutes
mes démarches , je ne puis vous en parler
moi-même qu'en général ? Vous avez raiſon
d'obferver qu'il y a un très-grand avan
tage à préfenter aux Peintres une augmen
tation de moyens pour le charme de nos
yeux .
L'impatience de nos Artiftes , qui n'eft
dans eux qu'une noble émulation , en a
MARS. 1755. 147
déja engagé plufieurs à peindre avec de
la cire. Ils font même parvenus à faire des
chofes très belles & très - agréables ; mais
leur préparation avantageufe en elle - même,
ne me paroît point être celle du tableau
que M. Vien a expofé à la derniere
affemblée publique de l'Académie des Belles-
Lettres. J'ai eu occafion d'examiner de
près ce beau buite de Minerve , j'ai confideré
avec toute l'attention dont je fuis
capable , les tableaux des autres Artiſtes
dont je viens de vous parler , & je vous
avoue que par cette comparaifon j'ai cru
reconnoître de grandes différences dans
leur pratique ; & foit que le feu ait moins
de part à l'opération de ces derniers ; je
fuis perfuadé que peindre à la cine n'eft
pas la maniere encauftique dont on eſt
occupé,
Pour éclaircir mes doutes & les vôtres ,
j'ai été voir M. le Comte de Caylus ; &
fur les queftions que je lui ai faites , il
m'a répondu avec cette franchiſe que vous
Jui connoiffez , qu'il ne pouvoit m'inftrui.
re. J'ai témoigné avoir envie de confulter
auffi M. Majault , Médecin de la Faculté ,
qui l'a aidé de fes lumieres dans la recherche
de la peinture en queftion ; mais il m'a
très fort affuré que je ne ferois pas plus
heureux auprès de ce Docteur , & qu'il
-
?
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
uferoit de la même difcrétion . Au reſte
M. le C. de Caylus ne m'a point laiffé
ignorer le motif de fon filence : il eft dans
le deffein de rendre cette pratique publique
, & il ne veut point découvrir fon fecret
avant ce tems- là. Il m'a affuré n'avoir
point d'autre objet que l'explication de
quelques paffages de Pline , mais il eſt retenu
par une idée de bon citoyen. Il voudroit
que la pratique en queſtion ne fût
connue , au moins pendant quelques mois ,
que par les Peintres de l'école françoiſe ;
mais l'exécution de ce projet eft d'autant
plus difficile , qu'une Académie entiere n'a
jamais gardé de fecret : ainfi j'efpere que
nous ferons bientôt éclaircis du véritable
moyen qui vraiſemblablement doit êtrè
le plus approchant de celui des anciens.
Nous aurons à la fois toutes les préparations
néceffaires pour employer l'encauftique
fur le bois , la toile , le plâtre & la
pierre on me l'a ainfi perfuadé. Mais
avant que nous foyons inftruits des détails
de cette découverte , permettez que je
vous communique quelques réflexions gé
nérales , qui pourront fervir de réponſe à
plufieurs de vos questions.
Il ne doit jamais y avoir d'exclufion
dans les Arts. Un moyen de plus eft un
avantage pour l'art & pour l'Artifte ; cat
MAR S. 1755 149
enfin une pratique peut convenir à un objet
plutôt qu'une autre. La peinture encauftique
, par exemple , a plus d'attrait
pour l'oeil , & peut être préférée pour une
place au plus grand jour , à un jour de face ,
car elle n'a point de luifant & fe voit également
de tous les points de vûe : d'ailleurs
, comme vous l'avez très -bien obfervé
, elle ne change rien au génie , non plus
qu'au faire d'un Artifte , & le maniment
de l'outil ne cauſe aucune différence ; il eſt
abfolument le même , & ne craignez pas
que l'encauftique porte aucun préjudice à
la peinture à l'huile. La premiere n'eft qu'un
moyen de plus , une variété dans l'exécution
: je prévois qu'elle pourra produire
un grand avantage , celui de conduire les
Artiſtes à fe donner plus de foin pour le
choix & pour la préparation des couleurs.
Vous fçavez , Monfieur , que la peinture
n'eft qu'une oppofition de la lumiere aux
ombres ; vous n'ignorez pas que l'huile
jaunit toutes les couleurs , les plus claires
ne font pas à l'abri de cet inconvénient ,
qui fe fait fentir , pour ainfi dire , même
fur la palette . Par une conféquence
néceffaire les ombres font toujours plus
fortes ; c'eft ce qui a fait contracter l'habitude
du noir. Cette habitude eft d'autant
plus dangereufe que le public regarde les
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tableaux dans lefquels les ombres font
noircies au point de ne rien diftinguer ,
comme des tableaux vigoureux : cette vigueur
eft vraie quelquefois , mais elle n'a
point fon principe dans une couleur outrée
, mais feulement dans la maniere de
penfer de l'artiſte & dans fa façon de voir
la nature. Quoiqu'il en foit , les tableaux
des plus grands Maîtres ont tellement noirci
, qu'il n'y a plus d'harmonie , & que
nous ne jugeons aujourd'hui dans le plus
grand nombre de leurs ouvrages , que du
trait & de la beauté du pinceau dans les
clairs , fans qu'il foit poffible d'avoir une
idée jufte de l'harmonie ; on eft presque
toujours dans la néceffité de la fuppofer.
Au contraire une peinture toujours claire ,
dont les lumieres font rendues avec plus
de vérité , dont les ombres font vraies fans
être chargées , & dans lefquelles l'oeil fe
promene , accoutumera ceux qui pratiquent
l'une & l'autre maniere , à éviter le
noir fi funefte au Peintre & à la peinture.
L'encauftique fera plus encore , elle por
tera ceux qui travailleront à l'huile , &
qui verront dans les cabinets , dans les
Eglifes , &c. des tableaux plus lumineux ,
à fe tenir eux - mêmes plus hauts & plus
clairs enfin l'harmonie , cette fille du
ciel, fe confervera plus long-tems dans leurs
:
M. AR S. 1755. 151
ouvrages , telle qu'ils l'auront produite..
Un grand bien qui pourroit encore en réfulter
, c'eft d'engager les artiftes à fe donner
pour les couleurs qu'ils employent en
travaillant à l'huile , les attentions , les foins
& la propreté dont nous admirons le fuccès
& le fruit dans les ouvrages des plus
anciens Peintres modernes , c'eft - à - dire
ceux qui ont travaillé dans les commencemens
de la découverte de la peinture à
F'huile. Les artistes de ce tems faifoient
préparer leurs couleurs fous leurs yeux &
dans leur attelier , ainfi que les Médecins
des premiers fiécles compofoient eux-mê
mes leurs remedes ; mais depuis long- tems
ils fe confient entierement , ceux-ci aux
pharmaciens , les autres aux marchands de
couleurs , & la peinture en fouffre confidérablement.
Mais en voilà affez fur cette
matiere : je me fuis jetté dans des réflexions
générales , parce que je ne pouvois vous
inftruire de ce qui fait l'objet de votre
lettre. Vous me pardonnerez les longueurs
de celle - ci , à cauſe du motif qui m'anime.
Je fuis , & c.
P. S, J'ouvre ma lettre pour vous dire
qu'ayant été de nouveau chez M. Vien
j'y ai vû une tête d'Anacréon peinte en
encauftique fur un des plus gros coutils
& qui produit un effet furprenant.
Fermer
Résumé : LETTRE A M. *** Sur la Peinture encaustique.
La lettre aborde la redécouverte de la peinture encaustique, une technique ancienne perdue depuis des siècles. L'auteur regrette de ne pas pouvoir fournir des détails précis sur cette méthode, malgré de nombreuses tentatives. Plusieurs artistes ont expérimenté la peinture à la cire, mais les résultats obtenus diffèrent et ne correspondent pas toujours à la véritable technique encaustique. L'auteur a consulté le Comte de Caylus et le médecin Majault, tous deux impliqués dans la recherche, mais ils ont refusé de divulguer le secret, souhaitant le garder confidentiel jusqu'à ce qu'il soit partagé avec les peintres de l'école française. La lettre met en avant les avantages potentiels de la peinture encaustique, notamment son attrait visuel et son absence de luisant, ce qui la rend adaptée pour des expositions en plein jour. L'auteur espère que cette redécouverte encouragera les artistes à accorder plus d'attention à la préparation et au choix des couleurs, améliorant ainsi la qualité et la durabilité des œuvres. Il conclut en exprimant l'espoir que cette nouvelle technique bénéficiera à l'art et aux artistes, sans porter préjudice à la peinture à l'huile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
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39
p. 187-189
« M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
Début :
M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...]
Mots clefs :
Tableaux, Anatomie, Jacques Gautier d'Agoty, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. GAUTIER nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
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Résumé : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. Gautier se présente comme l'inventeur de l'impression des tableaux à quatre cuivres, une technique inspirée par les manufactures d'indiennes de Marseille. Cette méthode permet de reproduire des tableaux comme on imprime des fleurs sur des toiles. Gautier attribue son succès à sa maîtrise de la théorie des couleurs. Ces impressions peuvent être utilisées pour l'histoire naturelle, l'anatomie ou l'ornementation de cabinets. Son fils, Jean-Baptiste-André Gautier, collabore avec lui et annonce deux tableaux : 'La Toilette du Soir' d'après Arnoldus Boonen et 'Le Magistre Hollandois et sa jeune Écolière' d'après Therbourk. Ces œuvres, tirées du cabinet de M. le Comte de Vence, ont été présentées à M. le Marquis de Marigny avec l'approbation de plusieurs académiciens. Après la seconde édition de son cours d'anatomie, Gautier prévoit de publier des suites de tableaux de divers genres et des suites d'histoire naturelle. Les deux tableaux annoncés sont sur toile de buit, mesurant quinze pouces de haut sur douze de large, et sont vendus trois livres en feuilles et quatre livres collés sur toile et vernis. Gautier informe également les amateurs d'anatomie que son modèle en cire de l'homme, moulé sur un sujet aux Invalides de Paris, a été acquis par un amateur. Il propose de reproduire le modèle pour ceux intéressés, à condition d'être averti un an à l'avance, pour un prix de six mille livres incluant la suite des parties détachées en cire.
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40
p. 257-258
GRAVURE.
Début :
Nous annonçâmes en 1758, deux estampes gravées par M. Gaillard, d'après M. Boucher, [...]
Mots clefs :
Estampes, Grâce, Beauté, Tableaux, Plaisir, Nouveautés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
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Résumé : GRAVURE.
En 1758, M. Gaillard publie deux gravures inspirées par Boucher : 'Les amants surpris' et 'L'agréable leçon'. Leur succès commercial est rapide. Deux autres gravures, 'Le Berger récompensé' et 'Le Panier mystérieux', sont annoncées. Elles sont disponibles chez l'auteur, rue Saint-Jacques, entre un perruquier et une lingère.
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41
p. 92-129
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
Début :
CETTE Société d'Amateurs, soit qu'elle existe réellement, soit qu'elle ne serve que [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Amateurs, Tableaux, Salon, Observations, Vérité, Public, Tête, Art, Parties, Nature, Arts, Attention, Talents, Genre, Figure, Morceau, Ouvrages, Mérite, Manière, Artistes, Sentiment, Force, Effet, Yeux, Connaisseurs, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
D'AMATEURS , fur les Tableaux
expofés au Sallon cette année 2761 ;
tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE
de M. l'Abbé DELAPORTE.
A Paris , chez Duchefne ,
Libraire , rue S. Jacques, au Temple
du Goût ; Brochure in-12 . de 72 pages
, prix , 21 fols.
CETTE Société d' Amateurs ,ſoit qu'elle
exifte réellement , foit qu'elle ne ferve que
de voile à un feul Auteur , a commencé les
obfervations en 1759 fur diverfes productions
modernes des Arts. M. l'Abbé Delaporte
en a mis au jour quelques Morceaux
en différens temps dans fon Journal . Dès
qu'elles parurent , elles attirérent affez l'attention
des Artiſtes , pour exciter des dif
cuffions, où la fatalité des difputes polémi
ques avoit femé de l'aigreur , tan fis que
Public y voyoit avec affez d'étonnement ,
des connoillances dans les Arts plus profondes
qu'on ne vouloit en montrer, & plus
le
OCTOBRE. 1761 . 93
qu'on n'en fuppoſoit même à des Gens de
Lettres ; en même temps qu'on y reconnoiffoit
dans le ftyle , un talent exercé , & une
méthode de raifonnement fupérieure à ce
que laiffe de loifir aux Artiftes l'exercice de
leurs études ordinaires.
Les dernières obfervations de cette Société
, imprimées féparément dans cette
Brochure , portent fpécialement fur le dernier
Sallon . Il nous a paru qu'en général
le Public y avoit trouvé des vues d'Artiftes
& de Connoiffeurs délicats , préſentées
avec l'ordre & l'agrément des talens littéraires
; une convenance de ftyle analogue
aux divers fujets dont on y rend compte ;
de la Philofophie même dans la recherche
du rapport des effets avec leurs caufes, dans
plufieurs Morceaux de Peinture &de Sculpture
; enfin , ce qui nous a déterminés
pardeffus tour à en faire mention , une
modération très- louable , juſques dans les
critiques , & un fi fage tempérament d'éloges
& de cenfures , que les Artistes même
qui en font l'obiet , ne pourroient ni
affecter de refufer l'éloge , ni fe formaliſer
de la cenfure . Nous copierons plufieurs endroits
en entier , pour laiffer juger de ce
que nous venons de dire : nous commencerons
par le préambule qui eft à la tête
de ces remarques.
94 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» Cette révolution de deux années , qui
» conftamment ouvre dans le Palais de nos
» Rois , le tréfor public des Arts , paroif-
» foit à notre impatience plus intéreffante
» que jamais. Nous penfions bien le
que
goût naturel de la Nation , l'émulation
" animée par les regards du Souverain , la
» libérale curiofité de quelques Connoif-
»feurs diftingués , & furtout la vigilante
bienfaifance d'un Mécène , plus protec-
» teur encore par amour que par état, ſuf-
» firoient fans le fecours de la paix , pour
> entretenir avec éclat les travaux de nos
» Artiſtes : mais nous ne nous attendions
» pas , que tandis que l'Europe gémit fous
» le poids d'une guerre dont nous fuppor-
» tons le plus grand fardeau , Paris verroit
» de nouveaux progrès dans les Arts , &
» une auffi fomptueufe abondance de leurs
plus belles productions.
"
"
و د
Le refte de cette courte Préface annonce
l'intention de l'Auteur fur l'impartialité
& fur la modération dans les jugemens.
MM. les Amateurs commencent par
l'examen du Tableau de M. Dumont, fait à
l'occafion de la Paix publiée en 1749. Ils
remarquent que le Peintre a traité le Sujet
plus dans le genre de l'Hiftoire , que dans
la fervile exactitude du Portrait . Ils donnent
des éloges à la fermeté du pinceau
OCTOBRE. 1761. 95
de l'Artiſte , à la belle & fage diftribution
des lumières , ainfi qu'à l'heureufe difpofition
des Groupes . Ils décrivent très- clairement
l'allégorie qui enrichit une partie de
ce Tableau ;ils en juftifient l'alliage avec la
repréſentation naturelle des autres perfonnages
, par l'exemple des compofitions de
Rubens. En feignant de répondre à ceux
auxquels cette forte de mêlange répugne ,
& en autorifant les Peintres par l'ufage des
Sculpteurs dans les Statues , ils font adroitement
fentir l'abfurdité de l'abus , par lequel
» la poſtérité verra les Rois de Fran-
» ce des 17 & 18 ° fiécles , fous les vête-
» mens des Héros de la Gréce & de Rome.
Si ces figures , fouvent ifolées & par
conféquent fans aucun rapport allégorique
, confondent ainsi, au gré des Sculp
» teurs , les temps , les lieux , les perfon-
" nes , pourquoi les Peintres n'auroient- ils
»pas le même droit , furtout lorfqu'il s'agit
d'enrichir une compofition qui pour..
» roit devenir trop froide fans le fecours de
l'allégorie ? Notre filence à l'égard de ces
» ftatues , eft fans doute un reproche que
"nous aurions à nous faire , fi la confidé-
» ration due à des chefs-d'oeuvre,& les mé-
» nagemens convenables pour les grands .
» Artiſtes qui les produifent , n'exigeoient
» de nous des hommages plutôt que des
» leçons .
"
"
>
96 MERCURE DE FRANCE
A la fuite de quelques remarques fur la
vérité de couleur dans quelques parties
de ce Tableau , & fur ce qu'on defireroit ,
d'après le Public , plus de richeffes & moins
d'âpreté dans la figure du Héros qui défigne
le Souverain , on finit cet article en difant :
» Ces légères critiques , dont on n'honore-
» roit point un ouvrage médiocre , n'enlè-
» vent rien à ce Tableau , de ce qui doit
» le faire confidérer comme une belle &
fçavante production d'un de nos plus
» habiles Maîtres , & comme un morceau
» très digne de fon honorable deftination .
"
و و
»
Nous croirions dérober un des plus
agréables tributs de l'admiration due à M.
Carle Van-Loo , fi nous ne rapprochions
pas en entier le premier article des Obfervations
fur fes Tableaux. » Le pinceau
» de ce Peintre , auffi précieux à l'oeil
» du Connoiffeur , qu'agréable à celui du
vulgaire , a enrichi le fuperbe fpectacle
» du Sallon de plufieurs fcènes , qui toutes
» méritent cette attention qu'on donne
» ordinairement à fes ouvrages . Mais un
» attrait univerfel ramène toujours à celui
» qui représente un jeune Eſpagnol lifant
» ' n Roman à deux jeunes filles , qui pa-
» roiffent être les deux fours . Au caractère
» d'intérêt qu'elles y prennent , on recon-
» noît le genre du Livre ; cette lecture fait
naître
OCTOBRE. 1761. 97
» naître en elles un fentiment vif & neuf ,
par lequel on pénétre jufqu'aux idées
» tumultueufes dont fe rempliffent ces
jeunes têtes. La mère affife à quelque
» diſtance, fufpend fon ouvrage pour écou-
» ter: fon attention eft fenfiblement dif-
» férente de celle de fes filles . On remar-
» que bien en elle ce goût pour les avan-
» tures amoureuſes , commun à toutes les
perfonnes de fon fexe ; mais ce qui eft
exprimé dans les jeunes foeurs, ne paroît
» dans la mère , qu'une curiofité caulée
» par la réminifcence ; ou fi l'on y foupçonne
quelque fentiment , c'eft celui du
» regret. Une troifiéme foeur , encore enfant
, faifant voltiger un oifeau au bout
» d'un fil , fans prendre aucun intérêt à la
» lecture , donne le dernier trait de vérité
» à cette fcène piquante dans fa fimplici-
>>
"
ן כ
→
té , & rendue plus intéreffante fur la
» toile , qu'elle ne le feroit peut être dans
» la nature . Au mérite de cette agréable
compofition le joignent les parties les
plus admirables de la Peinture . Un ac-
» cord harmonieux des tons ne gêne ni
» n'altére la vérité des couleurs locales
» dans les carnations , les étoffes & les
"
fites. Ce même gracieux , ce même fua-
» ve fur lequel la vue fe repofe fi volup-
» tueulement dans tous les Tableaux da
II. Vol E
98 MERCURE DE FRANCE.
7
•
» même Peintre , eft allié dans celui - ci , à
» une force fupérieure de coloris . Une
transparence générale en embellit tous
» les objets. Les plans y font diftincte-
» ment déterminés. La vue paffe aisément
» dans toutes les parties . L'air circule au-
» tour de tous les corps . En un mot , tout
» nous a paru charmant dans cette agréa-
» ble compofition .
On donne ici au Tableau du même Peintre
, qui repréfente une Offrande à l'Amour
, & à celui de l'Amour menaçant ,
des éloges différens & convenables à chacun
de ces Morceaux. On obſerve dans
celui de la Madelaine pénitente , que la
claire des Spectateurs qui fans connoiffances
détaillées fe croit Juge des convenances
, n'a pas trouvé les fignes de pénitence
affez indiqués dans la Madelaine . » D'au-
» tres vont jufqu'à defirer dans la tête
» cette expreffion de douleur & d'atténua-
» tion établies fur les ruines d'une Beauté
voluptueufe dont on verroit encore les
"
>> traces .
Si l'on doit applaudir à la juſteſſe des
vues de MM . les Amateurs , & à la délicateffe
du tour dont ils ornent leurs obfervations
, on doit leur tenir plus compte
encore de l'attention avec laquelle ils vont
fubitement à la défenfe du célèbre Artifte .
OCTOBRE. 1761. 99
"
C'eft ainfi , ajoutent-ils auffitôt , que
la critique trop facile à confeiller , perd
» de vue la difficulté de l'exécution ; par-
» ce qu'elle aura vû quelquefois des mira-
» cles de l'effort humain , elle en exige
» toujours de nouveaux . » Ce que prend
eccafion de dire l'Auteurdes Obfervations ,
fur les critiques honnêtes que l'on fait des
ouvrages des Artiftes , nous paroît fi fage
& fi inftructif , que nous ne pouvons nous
difpenfer de le copier , d'autant qu'il raméne
à un fentiment honorable pour le
Tableau de M. Vanloo .
و ر
» Le grand Artiſte fçait mieux que nous,
> apprécier ces fortes de difcuffions . Il les
»reſpecte & en profite, fi elles ont quelque
» fondement; il les néglige & ne s'en offen-
Girelles
» fe pas ,
à faux. Mais dans
portent
» aucun cas elles ne peuvent altérer fa
gloire , ni empêcher que l'on n'admire ,
» entr'autres perfections de cet ouvrage, le
» beau vaporeux qui y regne. Il n'eft peut-
» être aucun de ceux qui ont fait toutes
» ces remarques , qui ne defirât être l'Au-
» teur ou le poffelfeur de ce morceau .
">
Parmi le petit nombre de morceaux
qu'a expofés M. Boucher ( ce font les expreffions
de MM. les Amateurs ) ils diftinguent
un petit Tableau ovale qui repréfente
une Paftorale. Ils louent beaucoup
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
l'agrément des caractères de tête, le facile
enchaînement du grouppe, la vérité de couleur
locale dans les étoffes , la légèreté &
le naturel des draperies . Ils affectent officieuſement
d'infifter fur la force de couleur
& fur l'empâtement , qui en effet diftinguent
ce Tableau . Ils n'obmettent pas
le bel accord des tons qui lui procure un
agréable effet.
On a pu juger du ftyle pittorefque de
ces Obfervations, par ce que nous en avons
rapporté fur le Tableau de la Lecture de
M. Carlo-Vanloo . Les Amateurs , ou leur
redacteur peignent à l'efprit du Lecteur ce
que leurs yeux ont vû dans les Tableaux ,
& ils le peignent quelquefois comme on
defireroit le voir. Ils ne privent pas M.
Boucher du bon office de leur talent , en
rendant compte de deux autres petits Tableaux
, dont l'un repréfente Jupiter fous
figure de Diane , trompant une trop
crédule Nymphe , & l'autre des Nymphes
endormiesfurpriſes par un Satyre.On ne
remarque rien à l'égard de l'Art fur ces
deux Tableaux , finon que M. Boucher
» voit ordinairement la nature dans un
ور
point de beauté , dont elle n'eſt qu'idéą-
» lement fufceptible, » Remarque agréable
pour ce Peintre , mais dont la fineffe n'échappera
pas aux Connoifleurs . Celle du
pinceau littéraire de nos Obfervateurs fe
OCTOBRE. 1761. 161
laiffe pénétrer dans ce que nous allons copier.
» Les Nymphes endormies , autre Ta-
» bleau du même Auteur , offrent à dé-
» couvert les charmes les plus féducteurs
» de la nature ; tandis que le Satyre qui
les furprend , préfente l'image de l'ar-
»dent & fombre defir , fous une vieille
"peau tannée. Son regard enflammé dé-
» céle ce qu'il médite , & profane déja ce
qu'il contemple. On ne fçait à qui ap-'
partient ce Tableau ; mais plus d'un
»homme pourroit fervir de modéle à ce
Satyre.
On juftifie un autre Tableau du même
Maître, dans lequel un grand nombre d'ob .
jets , au rapport des Obfervateurs , ne préfente
aucun Sujet déterminé , en difant de
M. Boucher , que le Peintre des graces eft
auffi le Peintre de tous les genres. Ils qualifient
ce Tableau : » Un admirable rudi-
» ment de peinture , enrichi des meilleurs
» exemples fur toutes les parties que ren-
»ferme cet Art. » Nous ne pouvons paffer
une réfléxion vive & judicieufe à l'occafion
du peu d'ouvrages de ce Peintre au Sallon .
Pourquoi les Artiftes les plus chers à
» ce même Public , Juge fouverain , & vé-
>> ritable maître des talens , paroîtroient - ils
» en négliger le fuffrage ? L'amitié flatte
E iij
102. MERCURE DE FRANCE.
» & careffe ; l'opulence paye ; le feul Pu-
» blic couronne. Qui dédaigneroit ce prix,
» ne feroit pas digne de le mériter.
Les Tableaux de M. Pierre occupent .
enfuite l'attention de nos Amateurs : fur
celui qui repréſente un Chrift defcendu de
la Croix, voici comme ils s'excufent de pro
noncer . » Nous ne pouvons rien rapporter .
» ni des jugemens du Public , ni de nos.
ni - de
»propres opinions fur quelques- uns de ces .
» fortes d'ouvrages . Lorfque les fujets en
»font convenablement traités pour fuffire
» à la piété des Fidéles ou doit croire .
ן כ
qu'ils ont atteint le principal but de leur
» deſtination . Il eft vrai que le réſultat des
» principes des Arts , doit être d'offrir au
» Public des chofes qui lui plaifent ; mais
" il eft dans ces mêmes Arts , des mystères
» qui lui font affez inconnus , pour qu'il
» ne puiffe pas toujours juger du mérite
» de leurs pratiques.
de
Dans le Jugement de Paris , Tableau
21 pieds de large fur 14 de haut , cette
Société penfe que l'étendue eft trop vafte
pour la scène qu'on y repréfente , & que
cet inconvénient fait perdre , dans l'effet
général , le mérite que l'on reconnoît &
que l'on applaudit dans l'exécution pittorefque
de bien des parties . On defireroit
encore dans ces Obfervations , que le fils.
OCTOBRE. 1761. 103
de Priam fût reconnoiffable par le cofume
Phrygien dans fes vêtemens . On défapprouve
l'ufage de repréfenter les Bergers
Poëtiques , tantôt comme nos Paftres modernes
& nationaux tantôt comme les
Bergers de Théâtre. D'ailleurs on y donne
à la figure de Vénus des éloges bien mérités
, ainfi qu'à la jufteffe & à l'accord des
tons , à la fageffe & à la tranquillité du
coloris , lequel felon cette Obfervation
» fans monotonie ne laiffe rien dominer, en
» faifant tout valoir. » Enfin on annonce
ce Tableau comme très eſtimable pour les
Connoiffeurs .
Ce que l'on remarque fur la Décolation
de S. Jean , autre Tableau du même Artifte
, mérite d'être rapporté en entier.
Le fujet est très - bien conçu . Le Peintre
» a judicieuſement éludé l'aspect répugnant
» d'un col , d'où le fang doit jaillir enco-
» re la poſition du perfonnage qui vient
» d'exécuter l'ordre du Tyran , cache cer-
» te partie dégoûtante. Le refte du cada-
» vre , très-bien peint, eft deffiné avec une
» fineffe admirable. L'horreur qu'inſpire
» naturellement un femblable fpectacle ,
» eft ingénieufement exprimée dans la fi-
" gure de la femme , à qui on préfente la
» tête du Saint. La fcène eft nette, quoi-
22 que bien remplie ; & le fite , qui eft l'ex-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ور
» térieur d'une prifon , ne laiffe rien à de-
» firer de ce qui peut completter la vérité
» & les convenances. Nous nous flattons
» de n'être démentis par aucun Amateur
»impartial , fur l'éloge que nous donnons
» à cet ouvrage.
"
Un Tableau de M. Hallé repréfentant la
prédication de S. Vincent de Paul , eft
bien détaillé , & les beautés en font fenties
& remarquées par la Société , comme
elles l'ont été par l'Auteur des remarques
fur les Tableaux dans le précédent Mercure
.
S. Germain donnant une Médaille à
Sainte Geneviève , Tableau de M. Vien ,
fait dire avec plaifir à la Société , » que la
réputation qu'il s'eft acquife par les pre- *
» miers ouvrages , étoit plus l'effet de la
réalité de fes talens , que de la préven-
» tion de quelques Connoiffeurs.
Au jugement des Amateurs, ceTableau eft
» en général lumineux & d'un grand effet :
» les maffes des vêtemens facrés font ri-
» ches , de grande manière , & d'un bon
ton , &c. Après avoir applaudi à la juſteffe
des caractères dans les têtes des principaux
perfonnages , ils terminent fur ce
Tableau, en difant. » Les beautés de l'exé-
» cution marquent autant de préciſion
» dans la pratique que dans l'efprit de l'Au-
33
>> teur.
و د
OCTOBRE. 1761 . 101
A l'occafion d'un autre Tableau de M.
Vien , repréfentant une jeune Grecque
qui orne un vafe de bronze avec une
guirlande de fleurs ; après beaucoup d'é-
Toges pour le Peintre & pour le goût de
l'antique dont il a cherché à fe rapprocher
dans ce petit Morceau, nos Amateurs
conviennent qu'aux yeux d'un grand nom
bre de Spectateurs la févérité des principes
pourroit fe confondre avec la froideur
de l'expreffion , fi l'on adoptoit
toujours ce genre. » Pour bien juger ,
» ajoutent- ils , de ces fortes d'études , il
» faut fe rappeller l'origine , peut- être
» même l'enfance de la Peinture. Nous
» n'entendons faire tomber la comparaifon
, que fur la pureté ingénue de cet
» âge.
>>
Nous pafferons les éloges , quoique trèsmérités,
que donnent ces mêmes Obfervations
au Tableau d'une des circonstances
du Martyre de S. André , par M. Deshayes
* , pour rapporter en entier la relation
vive & touchante d'un autre de fes
Tableaux » : on a été univerfellement af-
» fecté d'un fentiment d'admiration en
» confidérant le Tableau où S. Benoît
ود
* Ce jeune Peintre avoit jetté les fondemens
de fa célébrité au Sallon précédent , par un Tableau
d'une autre circonſtance du même mar¬
syre.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
» mourant reçoit le Viatique à l'Autel
» La figure de ce Saint tombant fur les
» genoux entre les bras de fes Religieux ,
» a été regardée comme un chef- d'oeuvre
d'expreffion ; tous les traits caractériſti-
» ques de cette tête mourante défignent
» ce moment fatal , qu'à peine l'oeil hu-
» main peut faifir dans la nature. Ce n'eft
ود
ود
point un homme qui vient d'expirer ; ce
» n'eft point un homme qui va mourir ;
» c'eſt un homme qui meurt , & cet hom-
» me eft un Saint : on n'en fçauroit dou-
» ter au premier afpect. On voit fur fes
» lévres , dans un inftant unique , la double
action d'une âme qui appelle fon
» Dieu , & du dernier fouffle qui la lui
»porte. Une fenfibilité fraternelle , une..
» 'tendre vénération font peintes fur tous
les vifages des Religieux , & particulie
» rement fur celui du Diacre qui foutient
» le Saint Inſtituteur . L'amour , le reſpect
filial , & un peu de terreur infpirée par
ود
l'image de la mort , font joints à la trifsteffe
des jeunes Acolytes qui portent les
» flambeaux. Le Célébrant eft celui de
» tous, qui paroît le moins dominé par la
douleur. Le Peintre a confidéré , fans
doute, que la grandeur de fon miniſtere
» devoit feule l'occuper. On remarque
pourtant en lui , une attention trifle ,
OCTOBRE . 1761 . 107
quoique fervente , partagée entre le Sa-
» crement qu'il tient , & le Saint auquel il
» va l'adminiftrer . Une certaine foupleffe
» des épaules annonce dans cette figure ,
» & l'action & le fentiment qu'elle exige .
» Quant aux beautés pratiques de la Pein-
» ture , nous avons entendu les Connoiffeurs
admirer furtout , dans ce Tableau
de M. Deshayes , ce que les gens de
» l'Art appellent la perfection de la va-
»peur ; moyen par lequel lé Peintre eft
parvenu à raffembler les couleurs des dif-
» férens objets , pour en faire un coloris
» général , en les uniffant toutes fans les
» confondre . La lumière heureuſement
» diftribuée , diverfifie par les ombres &
les clairs , les habits facerdoraux que
le coftume du Rit affujettit à l'uniformi-
» té. Quoique l'efpace réel ne foit que
» de fix pieds en largeur , & qu'il contien-
» ne néceffairement beaucoup de figures de
»
par
"
grandeur naturelle , tous les plans font
» diftincts & de la plus grande netteté . En-
» fin , nous ne pouvons dire fur cet ouvra-
" ge , tout ce qu'il a dit lui-même à ceux
» qui ont joui du plaifir de le voir .
Si les bornes d'un Extrait permettoient
de rapporter ce que contiennent les obfervations
fur deux autres Tableaux admirables
de M. Deshayes , celui de S.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Pierre & celui de S. Victor , nos Lecteurs
jugeroient encore mieux & des talens fupérieurs
de ce jeune Maître , & de l'art
avec lequel ils font annoncés dans cette
critique . A l'égard de celui de S. Pierre ,
on y fait obferver l'éclat de la lumière
célefte & furnaturelle qui femble l'éclairer.
L'extafe de l'Apôtre , la beauté de la figure
de l'Ange , l'ordonnance nette & précife
du Tableau , la vérité des fites & des
tons &c . Il faudroit lire dans l'Ouvrage
même ce qui eft dit du Tableau de S. Victor
, Morceau qui difpute de beauté avec
celui de S. Benoît . Une remarque géné
rale & importante pour la gloire de M.
Deshayes & pour augurer de la réputation
où il doit atteindre , eft celle par laquelle
on termine fon Article. » La diverfité
des ftyles ou des manières de ce Pein-
» tre , eft ce qui le rend particulierement
» recommandable. Nous avons reproché
autrefois aux plus grands Maîtres , d'a-
» voir pour tous les Sujets qu'ils traitent,
» une efpéce de furteinte , ( nous hafar-
» dons ce terme ) les uns en jaune , les
» autres en rouge , en verd , en brun , &c .
» On diroit que celui- ci a des yeux particuliers
pour chaque objet, un pinceau dif-
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1759 , Tom.
IV , pages 111 & 180 .
"
"
OCTOBRE. 1761. 109
33
و د
férent pour les rendre , & une touche
» propre à chaque action qu'elle repréfente
. Le Tableau de S. Victor eft par-
» faitement dans le ton de l'Ecole d'Italie .
» Le coloris, quoique vrai dans les détails,
» a , par anticipation , ce vernis du temps,
» ſi reſpecté de quelques Amateurs . Celui
de S. André eft tout différent . Il y a une
» force & une décision que l'on accuferoit
» de dureté , fi l'on ne fenroit qu'elles font
» néceffaires à l'expreffion du Sujet. Au
» contraire , celui de S. Benoît a tout le
fuave qu'on admire dans les Ouvrages
» de le Sueur. Le Tableau de S. Pierre ,
où la vigueur & l'éclat fe marient fans
» fe détruire , eft d'une touche & d'un co-
» loris qui le différencient encore de tous
» les autres .
و د
و د
D'autres morceaux, remarquent les mêmes
obfervations , dans des genres oppofés
aux précédens ,prouvent dans M. Deshayes
une aptitude générale aux diverfes parties
de fon Art.
On diftingue de M. Amédée Vanloo
deux manières dans les Tableaux qu'il a
expofés , L'une ( dans fes repréfentations
bacchiques ) d'un coloris forcé au- delà des
objets confidérés felon l'ordre naturel ; l'autre
d'un ton qui fe rapproche de celui que
femble avoir adopté fa famille. C'eſt dans
10 MERCURE DE FRANCE.
cette dernière que font peints la Guérifon
de S. Roch, & le Baptême de J. C. par
S. Jean. On fait des remarques favorables
à l'égard du premier de ces Tableaux .
En parlant de ceux de M. Chardin ,
cette brochure renouvelle d'une manière
auffi ingénieufe que conforme à la vérité ,
la gloire , & pour ainfi dire les Talens de
cet inimitable Peintre .
On parcourt tous les ouvrages de M.
Bachelier. On tourne en mérite relativement
à l'avantage de la Tapifferie , ce que
ceux qui n'auroient pas fait cette réflexion ,
ont pu critiquer dans un très-grand Tableau
de ce Peintre , deftiné pour la Manufacture
des Gobelins . Celui de Milon le Crotoniate
, eft confidéré comme une fort bonne
étude. On renvoye à un des Mercures de
cette année pour le tableau fur les quatre
Parties duMonde.Nos Amateurs paroiffent
s'être arrêtés avec plaifir fur celui qui repréfente
un très-beau Chat Angola . Mais nous
les laiffons parler eux-mêmes fur un objet qui
femble les avoir avantageuſement affectés .
Ce n'eft pas fans quelque étonnement, que
l'on paffe de la plupart des Tableaux de ce
Peintre ( M. Bachelier ) à une efquiffe en
grifaille , où il a repréfenté une defcente
de Croix. Ce morceau eft, fans outrer
l'éloge , le germe des plus grandes parties
»
OCTOBRE . 1761.
» de l'Art. Un enchaînement fage & ingénieux
dans la compofition , des effets
juftes & frappans d'expreffions & de lamières
, tout ce qui fuffiroit pour conftituer
le grand Peintre , fe trouveroit dans
» le développement de cette belle inten-
» tion , fi elle étoit exécutée dans un Tableau
avec le même fuccès que dans l'ef-
» quiffe.
Les mêmes Amateurs donnent aux Tableaux
de M. Vernet les éloges que l'on.
eft accoutumé de lire & d'entendre fur tout
ce qu'il produit.
» Les talens de M. de Machi pour l'Ar-.
chitecture , difent MM . les Amateurs, dé-
» couvrent à nos yeux impatiens la nouvel
» le Eglife de Sainte Geneviève, avant même
que cet édifice foit conftruit . Ce mo-
» nument de la piété , & qui doit l'être en
» même temps de la gloire de notre Architecture
, eft faifi d'après les projets
» du célébre M. Soufflot , de manière à
» en développer les principales beautés..
Nous y voyons avec la complaifance de
» l'amour propre , combien nos principes
fur la forme des Temples antiques & les
as convenances du Rit Chrétien * , fe font
>> rencontrés avec ceux de ce grand Archi-
»
22
-*
+
* Voyez l'Obfervateur Littéraire 1760 , Tomer
, page 295... IV,
112 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
» tecte . Le goût & le génie qui ont préfidė
» à l'ordonnance de cet édifice , font des
» autorités refpectables qui juftifient les
» obfervationsque nous avions faites à l'é-
» gard du Maître- Autel dans les Eglifes . On
» doit auffi remarquer dans ce nouveau
Temple, avec quelle intelligence par l'emplacement
du grand Autel renfermé dans
» un augufte Sanctuaire , M.Soufflot a diftin-
» gué ce qu'exigeoit l'ineffable majesté des
» Saints Mystères , & par la pofition de la
» Châffe, ce qui convenoit tant à la dignité
» des Reliques , qu'à la commodité des actes-
» de dévotion du Peuple. Nous n'entrerons
point dans le détail de toutes les per-
» fections de l'Art répandues fur cet ad-
» mirable Tableau * ; nous craindrions
» d'être au- deffous & du ſujet , & des éloges
répétés & unanimes des Connoiffeurs
& du Public.
33
ود
Parvenus au Tableau de Vénus bleſſée
par Dioméde, de M. Doyen, nos Amateurs
pefent & balancent tout ce qu'on a dit de
favorable & de défavantageux fur cet Ou-
* N. B. M. l'Abbé Delaporte , Editeur de ces
Obfervations , nous informe que c'eſt par une erreur
dans l'impreffion que le mot de Projet s'étoit
gliffé à la place de celui de Tableau de M. de
Machi , attendu que tout ce qui précéde déclaré
bien que le Projet eft de M. Soufflot.
OCTOBRE . 1761 . 113
,
vrage. Le résultat de leur examen eft un éfpoir
très- flatteur pour ce jeune Artiſte , auquel
ils accordent tout le feu & toute l'élévation
du Poëte Grec dont il a tiré fon fujet
. S'ils conviennent d'une part que tous
les plans ne font pas bien diftincts , que la
chaîne de lumières eft rompue en plufieurs
endroits , &c ; ils rendent juftice à la beauté
de plufieurs parties , entre autres à celles
de ces corps morts ou mourants près
d'un cheval qui lui - même , pour employer
leurs expreffions , foufle pour ainfi dire
lafureur avec le fang. Ils juftifient ce que
quelques Cenfeurs avoient trouvé d'exagégéré
dans la figure de Dioméde ; ils applaudiffent
au caractère de plufieurs autres.
Ils rendent raifon de ce qui a pu donner
lieu à des critiques fur lesquelles ils ne
prononcent pas . Enfin faire connoître
tout ce qu'ils efpérent de ce Peintre
ils terminent ainfi . » Il y a des écarts où
» entraîne un talent trop impérieux pour
»fubir le joug des régles , & qui font
» néanmoins une fource d'efpoir pour la
perfection . Si M. Doyen et tombé dans
quelques uns , ils ne peuvent être que
» de cette espéce . Que ce jeune Artiſte
» étudie encore les Maîtres de l'Art , & il
» le deviendra bientôt lui même.
و د
ود
pour
Ils ne négligent pas de remarquer que l'e
114 MERCURE DE FRANCE.
fuccès d'un Tableau du même Peintre re- .
préfentant une Lifeufe , a été fans contradicteurs.
Nous copions avec plaifir la façon
agréablement ingénieufe dont on annonce
M. Greuze dans ces Obfervations .
» Au Théâtre il eft des Acteurs que le
» Public admire , & aufquels il paye le
» tribut dû aux grands talens ; mais il en
» eft prèfque toujours un qu'il aime davantage
, parce qu'il lui procure un plai-
» fir plus familier . Les premiers font, pour
» ainfi dire , les maîtres , l'autre eft l'ami
» du Parterre ; & cet ami eſt toujours ce-
» lui dont le jeu fe rapproche le plus de la
» naïveté de la nature. Depuis quelques
années c'eft M. Grenze qui jouit de cet
» avantage fur le grand Théâtre Pitto : eſque
du Sallon . Il a eu des prédéceffeurs
» dans l'uſage intéreſſant qu'il fait de ſon
» Art ; mais il en a étendu l'effet , en y
joignant les graces à l'énergie du carac-
» tère : ſon pinceau ſçait ennoblir le
ruftique , fans en altérer la vérité.
L'aimable Tableau de la petite Blanchif
fenfe , & plufieurs têtes admirables font
les premiers objets des louanges très - juftes
& très-raifonnées de ces Obfervations ;
elles vont jufqu'à l'admiration pour le Tableau
qui a fait retourner tout Paris au
ور
genre
OCTOBRE. 1761. 113
Sallon. Nos Lecteurs perdroient trop à extraire
ce morceau .
» Ce qui eft au- deffus de toutes nos
» louanges , au- deffus même de l'idée que
» nous voudrions en donner , c'eſt le Ta-
» bleau fi long- temps attendu au Sallon, &
» dont la fcène eft dans le fein d'une hon-
» nête famille rurale . L'inftant de l'action
-33
qu'a repréſentée M. Greuze , eft celui out
»le pere de l'accordée délivre à fon gen-
» dre futur , l'argent de la dot de fa fille .
» Ce pere affis dans la partie apparente ,
» eft un vieillard d'une phyfionomie ou-
» verte , avec toute la nobleffe de fon état.
" On remarque que c'eft moins la décré-
» pitude de l'âge , que le travail & l'im- .
preffion de l'air , qui a fillonné fon vifa-
» ge. Le pinceau parle dans ce vieillard ;
on entend ce qu'il dit au jeune homme à
qui il remet le fac d'argent , & qui l'é-
» coute debout avec une attention refpectueufe.
On voit qu'il l'exhorte à faire.
» un ufage utile & honnête de cette dot ,
» & on lit fa confiance dans la manière.
» dont il lui parle. La jeune accordée a un.
» bras entrelacé dans celui du jeune hom-
» me. On s'apperçoit que la pudeur & la
préfence des parens retiennent fa main
prête à fe pofer fur celle du futur , qu'elle
defice , mais qu'elle n'ofe toucher . Son
"
".
>>
116 MERCURE DE FRANCÈ.
"autre bras eft embraffé par la bonne mère,
affife vis-à -vis du vieillard . Le chagrin
dé la féparation & la tendreffe maternel-
» le accompagnent & rendent plus inté-
" reffantes les leçons qu'elle donne à ſa fil-
» le. Rien n'eft fi piquant que la figure de
» cette accordée , ni de fi fpirituellement
» adapté au Sujet. Sa tête eft charmante ;
" & les yeux baiffés vers la mère avec ume
" modefte contrainte, ne laiffent que mieux
» deviner le charme naïf de fa phyfiono-
» mie. On y diftingue jufqu'à une petite
hypocrifie douce & honnête , qui couvre
» le véritable intérêt dont elle eft occupée
» dans ce moment. Les foupleffes gracieufes
d'une jolie taille , qui fort des mains
" de la nature, & qu'aucim artifice n'a for-
" mée ni foutenue , font exprimées avec
»une délicateffe au deffus de tout éloge . Il
" n'eſt pas jufqu'à fon tablier blanc , qui
» dans fa chûte naturelle , & fans recherche
apparente , ne concoure à la perfec-
» tion de ce caractère. Une petite foeur ,
» penchée fur les bras de cette accordée ,
pleure leur féparation , comme c'est l'afage
des foeurs cadettes , tandis que derrière
tout ce monde, un petit frère à che-
» veux blonds bouclés , fe léve fur la poin-
» te des pieds pour mieux voir ce qui fe
pafle. L'importance dont eft cette action
""
97
OCTOBRE . 1761. 117
dans une famille , la lui fait croire une
» cérémonie fort curicule. Ce qui ajoute
» infiniment à l'intérêt de la fcène , c'eft le
"3
mêlange de dépit , de regret & de jalou-
» fie qu'on apperçoit diftinctement fur la
phyfionomie d'une autre jeune perfonne,
» qui , le bas du viſage fur la main , derrière
» le fiége du vieillard , léve des yeux mécontens
fur le couple, & particulierement
»fur le futur. Sans reflembler à l'accordée,
» on la reconnoît pourtant à l'air de famil-
» le, pour une foeur aînée , que le choix du
jeune homme a facrifiée à fa cadette.
» Près du vieillard , fur le devant de la toile,
» le Peintre a placé le perfonnage indifpen-
» fable : c'eft le Tabellion avec fon habit
. و د
noir & fon manteau. On voit qu'il fe
» donne l'importance de fon ministère de-
» vant ces bonnes gens , & tout , jufqu'au
» tour de fon chapeau , indique & l'état &
» le perfonnage . En obfervant en détail
" tout ce tableau , on y remarque , de la
» part du Peintre, une attention réfléchie
» & étendue fur toutes les vérités de la na-
» ture , attention qui a peu d'exemples, &
» dont on defireroit plus d'imitateurs .
» Non-feulement les têtes , mais encore
» les jambes , les mains & les carnations
» marquent dans chaque perfonnage l'âge,
» le fixe , l'état , & ce que le plus ou le
118 MERCURE DE FRANCE.
"
33
"3
» moins de fatigue du corps y doit occafionner
de différence . On ne peut trop
» admirer la chaîne heureufe de lumière ,
»qui met tous les objets dans leur véritable
place & dans le ton vrai que
chaque place doit leur donner. Des
ombres fondues avec les clairs opérent
les preftiges de l'illufion , comme on le
» remarque à l'égard d'une armoire placée
»pour faire fond au group pe du vieillard.
La vue en mefure la profondeur & les
faillies , fans le fecours des ombres tranchées
, toujours fauffes lorfque la caufe
de la lumière ne frappe pas l'objet immédiatement.
Les vuides du tableau
"
«
"
و د
و و
33
33
"
و و
font agréablement remplis par quelques
perfonnages épifodiques, mais naturelle-
„ ment acceffoires au fujet. Ce morceau
précieux appartient au Mécène même ,
» qui préfide fur les Arts , ce que nous ré-
» marquons ici , tant pour l'honneur du
» Peintre , que pour celui du goût d'un
,, Protecteur utile aux Artiſtes , non - feu-
» lement par l'ufage de fon autorité , mais
» encore par l'emploi de fes propres fonds.
» Cet hommage que nous lui rendons au
» nom des Artiftes , nous rappelle la jufte
» reconnoiffance qu'ils doivent auffi , &
» qu'ils reffentent tous pour cette généreu-
»fe & conſtante bienfaitrice, qui feconde
و ر
OCTOBRE. 1761 .
» fi ardemment & fi utilement les vues de
» leur Protecteur . C'eſt à elle qu'appar-
» tient un autre Tableau de M. Grenze
repréſentant un Berger qui confulte le
» fort en foufflant fur une fleur. Il a été
» fait pour fervir de pendant à celui de
» l'ingénuité , vu avec tant de plaifir au
» précédent Sallon . Il ne céde point au premier
par le mérite de l'Art ; mais peut-
» être par les graces du caractère de fimpli-
» cité , plus touchantes dans un fexe que
» dans un autre . *
»
On n'a pas omis les deffeins de ce Peintre
qui étoient expofés . On remarque à
l'occafion de ce qu'ils repréfentent , que
» les fujets qu'imagine & que rend fi bien-
» ce jeune Peintre , pourront former un jour
» unTraité complet de morale domestique.
Il paroît que M. Cafanove eft regardé
par MM. les Amateurs, comme le Peintre
qui doit remplacer ceux que nous avons
perdus pour le genre des Batailles . Ils s'expriment
fortement fur la vigueur & fur la
force de la manière de ce Peintre Son
grand Tableau , difent- ils , dévore la vue &
porte la terreur dans l'âme. Expreffion nou .
velle , mais qui rend rapidement & avec
énergie, l'idée de la couleur & de la manière
du nouveau Peintre qui paroît fur la Scè-
* Ces deux Tableaux appartiennent à Madame
la Marquile de Pompadour.
120 MERCURE DE FRANCE.
ne. Ils cherchent enfuite fi cette force dévorante
eft youjours l'imitation exacte de
la nature.
»Le Purgatoire de M. Briard , difent
» nos Amateurs , annonce qu'il n'en deme-
» rera pas là . Ils approuvent & font re-
» marquer beaucoup de parties eftimables
» dans ce Tableau , de la forme la plus in-
» grate pour la compofition . Ils finiffent
» par ce rapport favorable : » Tout ce qui
» peut encourager un jeune Artifte , eft le
» réfultat de l'examen qu'on a fait de ce
» Tableau.
Ce feroit faire tort à M. Roland de la
Porte , nouvel Académicien pour le genre
des imitations , de ne pas copier un trait
qu'on trouve dans l'examen de fes Tableaux
.
"
"
» Si les oifeaux béquetoient des raifins
qui ont fi fort féduit la facile admiration
» de l'antiquité , il feroit très poffible que
» des enfans de nos jours , pour peu qu'ils
» euffent de gourmandife , portaffent la
» main fur les petits pains de notre Pein .
» tre. Ce qui ajoute au mérite de fa ma-
» nière , c'eft qu'elle eft tellement finie &
» fondue , que les yeux fur le Tableau ,
» l'illufion dure encore & n'en devient que
" plus forte.
L'Article des Portraits n'étant pas fort
étendu ,
OCTOBRE. 1761 . Izr
étendu , nous le rapportons prèfqu'en entier.
C
" Le magnifique Portrait du Roi par M.
Michel Van-loo , placé dans l'endroit
» le plus apparent du Sallon , eft un mo-
» nument de ce temps , précieux à la Na-
» tion par l'exactitude de la reffemblan-
» ce , & admiré de tous les Connoiffeurs
» par la beauté du coloris , par l'heu-
» reux agencement de fes parties , & en-
» fin par toute l'ordonnance , où l'on re-
» trouve auffi dans fon exécution , le Pein-
» tre du grand genre.
و د
"
"
» Les Portraits qu'a expofés M. de la
» Tour , foutiennent tous la réputation
qu'il s'eft acquife à fi jufte titre ; c'eſt
» en faire l'éloge le plus flatteur , & le
" plus généralement entendu. Il en est
» plufieurs qui feroient la gloire des Pein-
» tres du premier genre , par la manière
fçavante dont les têtes font travaillées.
Tel eft celui d'un Prince cher aujour-
» d'hui à notre Nation * , & d'un Poëte
Tragique qui jouit de fa mémoire ,
» comme Corneille , dont il a vu les der-
» niers jours , avoit joui de la fienne.
"
"
**
» Nous ne devons pas omettre un au-
» tre Citoyen eftimé , que l'on voit en
* M. le Comte de Luface.
** M. de Crébillon .
II.Vol.
122 MERCURE DE FRANCE.
>
robe de chambre , affis de côté fur une
» chaife dont le doffier lui fert d'appui.
» On ne parle pas de la reffemblance
» mérite ordinaire à ce Peintre ; mais on
ne peut voir une pofition plus facile ,
» plus vraie , & plus d'illufion dans au-
» cun Portrait qui foit forti des mains
» de M. de la Tour.
"
" M. Rofiina exécuté en Peintre de
» Portrait , un des grands Tableaux def-
» tinés à être placés dans l'Hôtel- de -Ville
» de Paris. C'est l'inftant où le Roi, après
» fa maladie , eft reçu dans cette Ville à
» fon retour de Metz. On voit encore
» une partie du carroffe qui a conduit
ce Monarque. Le Prince n'eft pas la
perfonne la plus en évidence , & en-
» core moins celle dont la reffemblance
foit plus exacte. L'Auteur qui eft étranger
, n'a peut -être pas fenti que dans
quelque circonftance que ce puiffe être,
» cette perfonne feroit toujours la plus
s intéreffante à voir pour des fpectateurs
» François; celle que leurs yeux cherchent
d'abord , & fur laquelle ils fixeront tous
leurs regards. M. de Bernage , alors
» Prévôt des Marchands , Magiftrat qui
» s'eft trouvé chargé de confacrer les épo-
» ques les plus mémorables de ce Régne ,
y eft très - reconnoiffable, quoique le co-
و و
15
OCTOBRE. 1761. 123
» loris foit un peu forcé dans les carna-
»tions. On parle , pour ainfi dire , & l'on
» converfe avec les autres perfonnes qui
"
"
"2
compofoient alors le Bureau de la Ville.
» Un petit Page qui court à pied auprès
» d'un Ecuyer , derriere le grouppe où eft
» le Roi , a été généralement remarqué.
» Dans le Portrait de M. le Marquis de
Marigny , par le même Peintre , tout
le Public , en convenant d'une parfaite
» reffemblance dans les traits , a cru voir
» une carnation plus forte & plus arden-
» te , qu'elle n'eft dans l'original . Les Ar-
» tiftes fe font plaints de n'y pas retrouver
» certaine expreffion d'une âme ouverte
» & affable , qui vient auffitôt fe peindre
fur fon vifage , lorfqu'ils approchent de
» lui.
ود
•
» La plupart des Portraits de M. Roflin
lui font encore honneur par la cé-
» lébrité des perfonnes qu'ils repréfentent.
» Les Artiſtes y reconnoiffent M. Bou
» cher , leur Confrère , très- fortement
» reffemblant , dans un de ces inftans qui
» ne font pas donnés au plaifir. Le Por
» trait de Madame Boucher , fa femme ,
» est bien peint , bien ajuſté , & très -re-
» connoiffable : cependant en le compa
» rant à celui du mari , on s'apperçoit que
» le pinceau faifit toujours mieux l'humeur
» que les grâces. Fij
و د
124 MERCURE DE FRANCE.
و د
" Plufieurs Portraits de M. Drouais
» confirment fa réputation par la fraî
» cheur de fon coloris & la vivacité de
fon effet. Tels font entr'autres, ceux de
» MM. de Bethune & d'un des enfans de
» M. le Préfident Defvieux ; mais fur-
» tout , celui d'un jeune Eléve , Tableau
du Cabinet de M. de Marigny. Il eſt
d'un piquant admirable , & peut foute-
» nir & fatisfaire les regards les plus diffi
» ciles . Un autre petit garçon jouant de la
» vielle , peint dans le même genre , eft
» encore un des ouvrages diftingués de
» M. Drouais dans ce Sallon.
ود
"
"
» Les Portraits ramènent à M. Greuze.
» Parmi ceux qu'il a expofés , on doit regarder
le fien comme une galanterie
faite aux Amateurs de la Peinture , auxquels
fes talens font chers. Mais celui
,, de M. Babuty , fon beau- père , fera
confidéré comme un vrai chef- d'oeuvre
peut être propofé comme une utile
leçon , dans la manière de bien traiter
une tête. Ce n'eft pas
feulement par
» caricatures que gravent les années , qu'il
» a donné à ce Portrait la force de l'effet ,
&
و و
"
"
"
les
& la vérité du caractère ; mais c'eſt par
» des paffages , dans les teintes des car-
» nations , dérobés à la Nature même
» avec cette fineffe qui lui eft uniquement
» réſervée.
OCTOBRE. 1761. 125
Nous ne pouvons donner que les premiers
articles de la Sculpture ; l'examen
des autres nous entraîneroit hors des bornes
ordinaires d'un l'Extrait.
» Le Sallon du Louvre , difent MM.
» les Amateurs , eft devenu pour les
» Arts , le Lycée d'Athènes & le Capi-
>> tole de Rome ; c'eft le lieu le plus au-
» gufte de leur Patrie ; les images de ceux
à qui les Arts doivent de la reconnoif-
» fance, y figureront toujours bien. On y
» voit donc avec plaifir , le Bufte en mar-
» bre de Madame la Marquife de Pom-
» padour , par M. le Moine. L'éloge
» qu'on a fait de cet Ouvrage , & qui eft
>> aujourd'hui généralement confirmé par
» les fuffrages du Public , fe trouve dans
» un des Mercures de cette année.Nous y
>> renvoyons nos Lecteurs, dans la crainte
» de ne pas rendre avec autant de jufteffe
& de précifion , tous les détails de ce
» qui conftitue le mérite de ce morceau.
"
» D'autres Portraits expofés au Sallon
» par le même Maître , y font , par
"
» des relations différentes , très - convena-
» bles & très -intéreffans pour le Public &
» pour les Artiftes. Tel eft d'abord celui
» de M. Reftout , refpectable par
» de & belle carrière qu'il a remplie ; &
" enfuite la tête de l'héritier des forces
la
gran-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & du génie de Corneille fur notre ſcène
» tragique * . La touche du premier eft
» facile , hardie & fpirituelle. La tête de
» M. de Crébillon eft reffemblante , &
» modelée avec fentiment . Une tête de
» petite fille joue & badine , pour ainſi
» dire , entre la dignité de ces deux Por
» traits. Une touche légere y fait voltiger
» les premieres graces , & cette naïveté
fine , dont la nature pare quelquefois
» notre enfance. Ces trois têtes font en
» terre cuite; ainfi le méchaniſme de l'Art
» en eft plus à découvert , & l'efprit qui
» le guide , plus diftinctement articulé.
» Combien un Artifte ne doit-il pas être
flaté d'avoir contribué à l'immortalité
» de ceux qui , par des talens d'un autre
genre, ont droit de l'attendre de la mé-
» moire des hommes ? Le Bufte en mar-
» bre de Mlle Clairon , procure cet avantage
à M. le Moine. Cette Actrice ini-
» mitable , eft repréfentée fous l'allégorie
» de Melpomène invoquant Apollon , ou
» pour mieux dire , recevant de ce Dieu
» l'infpiration du plus fublime talent de
l'action dramatique . Ce Portrait eſt très-
» reffemblant ; le caractère en eſt noble
» & touchant. Il eft pris fous un de ces
» beaux afpects , par lefquels elle exerce
» fi fouvent au Théâtre , un empire fou-
* M. de Crébillon .
OCTOBRE613 827
verain fur les âmes dont elle fait à fon
» gré moavoir tous les refforts . On nous
accuferoit , peut- être , de trop de prévention
en faveur des Artiftes célébres ,
fi nous n'avions pas foin de remarquer
que quelquefois dans le méchaniſme de
» leur Art , ils négligent trop les recher-
» ches laborieuſes , qui feules finiffent &
» perfectionnent cette vérité d'imitation
que doit prendre la matière fous les
doigts de l'Artifte dans tous les détails .
"
2
,
M. Falconet , dont les Ouvrages portent
toujours le fceau de la vérité embellie
par l'efprit ou par les graces,nous
» fait voir deux petits grouppes de fem-
» mes en plâtre , qui ont attiré notre attention
. Ils font difpofés de manière ,
que de chaque face ils préfentent les
» différens afpects d'une figure de femme.
L'élégance des formes , le choix heureux
» des pofitions , l'agrément des caractères
» de têtes & celui des coëffures , font réu-
» nis dans ces deux grouppes . Pour les
» définir en peu de mots , ce font les di-
» verfes beautés dont eft fufceptible la
» figure d'une femme , diftribuées fous
" quatre points de vue , & rendues avec
» une fidélité qui n'ajoute rien d'idéal à la
» nature. Ces grouppes font des fupports
» de chandeliers , qui doivent être exécu
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE!
tés en argent , & faire partie d'un fer-
» vice de table pour une Cour étrangère.
» Les Amateurs des Arts & ceux de l'hon-
» nêteté , ont applaudi au procédé de M.
» Germain. Il a publié avec une franchi-
»fe , malheureufement peu commune, le
choix qu'il a fait de M. Falconet pour
» l'exécution des modèles de toutes les
figures dans ce Sur-tout. Il foutient ce
» fentiment qui lui fait honneur , par
le
>>
plaifir que paroît lui faire l'expofition
» de ces deux modéles. D'ailleurs , en ren-
» dant publiques les principales études de
» cet ouvrage , M. Falconet affure davan-
» tage à M. Germain le fuccès de fon entrepriſe.
Il eft à préfumer qu'un Auteur
» qui fe foumet à tant de Juges , fait plus
» d'efforts pour mériter les fuffrages .
ور
و د
و د
par
» Nous avons remarqué , avec la plus
> grande diftinction , la tête d'un Philofophe
citoyen ( titres aujourd'hui trop
» fouvent oppofés dans l'opinion publi-
» que célèbre non -feulement la
» fcience & par l'érudition , mais encore
» par toutes les qualités fociales, qui ren-
> dent un homme cher & refpectable à
» fes Compatriotes. Ce Citoyen , ce Philofophe
, porte le même nom que l'Artifte
, qui en a fait un monument auffi
glorieux pour fes talens , qu'honorable
>>
OCTOBRE. 1761. 129
» pour fon coeur *. Nous avons éprouvé
» à l'égard de cette tête , la fatisfaction ,
» flateuſe d'entendre confirmer notre pro-
» pre fentiment , par la déclaration unanime
des Connoiffeurs & des Artiftes
» les plus éclairés. Ils y ont reconnu ,
» ainfi que nous , non - feulement une vé-
» rité de reffemblance égale à la Nature
» même , mais encore une vérité dans le
» travail , qui met ce morceau au nombre
» des modéles propofés pour atteindre à
» la perfection. Nous nous fervirons des
» termes propres à ces Juges , en difant
» que dans ce Bufte , le marbre paroît
» modélé , c'eſt-à- dire , que le cifeau a pris
» toute la liberté , tout l'efprit &la vérité
» de la premiere touche , en confervant
» le fini qu'il doit produire .
Nos Amateurs ne parlent point des Eftampes
qui fe multiplient par l'impreffion;
mais à l'article des Graveurs, ils font avec
juftice un éloge détaillé d'un très - beau
deffein à la Sanguine de M. Cochin , repréfentant
Lycurgue qui appaife une fédition
.
* M. Falconet le Médecin a fait lui- même cette
épigraphe gravée derriere fon Bufte . OMONY-
ΜΟΙΝ ΕΤΕΡΟΣ ΕΤΕΡΟΝ ΕΠΛΑΤΤΕ ΝΕΟΣ
ПРEΣYTÍN , » L'un des deux Omonymes a fait
>> l'autre : le jeune a fait le vieux, »
F v
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Résumé : OBSERVATIONS D'UNE SOCIÉTÉ D'AMATEURS, sur les Tableaux exposés au Sallon cette année 1761 ; tirées de L'OBSERVATEUR LITTÉRAIRE de M. l'Abbé DELAPORTE. A Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; Borchure in-12 de 72 pages, prix, 21 sols.
La brochure 'Observations d'une Société d'Amateurs sur les Tableaux exposés au Salon cette année 1761' est rédigée par l'Abbé Delaporte. Cette société, active depuis 1759, examine diverses productions artistiques modernes. Les remarques de l'Abbé Delaporte sont reconnues pour leur profondeur et leur style littéraire. La brochure analyse le dernier Salon, apprécié pour son ordre, son agrément et sa modération. Les observations débutent avec le tableau de M. Dumont célébrant la paix de 1749, loué pour la fermeté du pinceau, la distribution des lumières et la disposition des groupes. Les auteurs justifient l'usage des allégories en se référant à Rubens et aux sculpteurs, tout en critiquant légèrement certaines parties du tableau. L'admiration pour les œuvres de Carle Van Loo est également mentionnée, notamment un tableau représentant un jeune Espagnol lisant un roman à deux jeunes filles. Un autre tableau de Carlo Vanloo, montrant deux jeunes filles lisant un roman, est loué pour son harmonie des tons et la distinction des plans. Un tableau de Vanloo représentant une Madeleine pénitente suscite des critiques mitigées, mais les amateurs d'art défendent l'artiste. Les amateurs apprécient un tableau pastoral de François Boucher pour ses caractères, l'enchaînement du groupe, la vérité des couleurs et la légèreté des draperies. Deux autres tableaux de Boucher, représentant Jupiter et des nymphes, sont également loués pour leur beauté naturelle. D'autres œuvres de Boucher, Pierre, Hallé, Vien et Deshayes sont analysées. Les tableaux de Deshayes, notamment ceux représentant des saints, sont particulièrement admirés pour leur expression et leur composition. Le texte présente diverses œuvres artistiques et architecturales, ainsi que les artistes qui les ont créées. Les tableaux de M. Bachelier sont salués, notamment une étude de Milon le Crotoniate et une esquisse en grisaille d'une descente de croix. Les œuvres de M. Vernet sont également appréciées pour leurs qualités habituelles. Le projet de l'église Sainte-Geneviève, conçu par M. Soufflot et mis en avant par M. de Machi, est loué pour son respect des formes antiques et des convenances chrétiennes. Le tableau 'Vénus blessée par Diomède' de M. Doyen reçoit des avis mitigés, mais certaines parties sont jugées belles. Les œuvres de M. Greuze, comme 'La petite Blanchisseuse', sont très admirées pour leur représentation de la naïveté naturelle. Un tableau de Greuze, montrant une scène familiale lors de la remise de la dot, est particulièrement détaillé et apprécié pour son utilisation de la lumière.
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42
p. 113-118
PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Début :
LE 29, dernier Dimanche du mois d'Août, à quatre heures & demie après-midi [...]
Mots clefs :
Peintre, Exposition, Portrait, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
PEINTURE.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
ACADÉMIE de Peinture , de Sculpture
& autres Arts de MARSEILLE .
LEE 29 , dernier Dimanche du mois
d'Août , à quatre heures & demie aprèsmidi
, l'Académie de Peinture , de Sculp
ture & autres Arts , tint fon affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtel-
de-Ville. MM. de l'Académie des
Belles-Lettres & MM. les Amateurs
Honoraires y furent invités. M. Verdiguier
, Directeur ouvrit la féance par
un Difcours adreffé aux Eléves médailliftes
pour les exciter à faire de mieux
en mieux , après qu'il eut fait l'éloge des
protecteurs des Beaux- Arts en la perfonne
de MM. les Echevins qui diftribuerent
enfuite les Médailles adjugées aux Eléves
pour leurs deffeins académiques . La
premiere fut donnée à M. J. B. Cofte ,
fils de Profeffeur. La feconde à M. Antoine
Blanc , & la troifiéme à M. Michel
Henri. Les Médailles diftribuées
114 MERCURE DE FRANCE .
M. Dageville , Architecte , Voyer particulier
de Marfeille & Profeffeur d'Architecture
, prononça un difcours fur
l'état des eaux de la Ville , fur leur
diftribution & fur un projet de décoration
générale relativement à l'Hydraulique.
M. Moulinneuf, Profeffeur &
Secrétaire perpétuel , termina la féance
par quelques obfervations fur la Peinture
& fur la Sculpture. L'Affemblée fut
fort attentive à toutes ces differtations
qui marquoient combien l'Académie
s'empreffe de contribuer au bien & à
P'utilité du Public. Le meme jour il y
á eu dans la maifon de la veuve Androny
, rue de Paradis , vis - à - vis l'Eglife
S. Régis , l'expofition des ouvrages de
divers membres de l'Académie . Cette
expofition a continué le matin & l'après-
dîné pendant l'efpace de quinze
jours.
EXPOSITION des ouvrages de divers
Membres de l'Académie de Peinture ,
de Sculpture & autres Arts de Marfeille.
DIRECTEURS.
M. VERDIGUIER , Sculpteur.
Douze figures de cabinet en rondeJANVIER.
1763. 115
boffe , repréſentant divers fujets ; l'étude
d'un Encelade ; quatre petits basreliefs
.
M. VERNET , Peintre du Roi.
Deux tableaux payfages & marines
du cabinet de M. Poulhafiés.
PROFESSEURS.
M. COSTE , Peintre .
Deux Deffeins de Paftorales ; un Payfage
à la Gouache.
M. PICHAUME , Peintre.
Un grand Portrait & huit en Buftes.-
M. MOULINNEUF , Peintre.
Deux grands Tableaux de nature
morte repréfentant un cabinet de Mufique
& un de chaffe. Quatre Deffeins
fujets tirés de l'Hiftoire de S. George ,
éxécutés en grands tableaux pour M. le
Marquis de Roux. Trois Portraits en
mignature.
M. ZIRIO , Peintre.
Un Portrait en bufte. Une Magdeleine
, & un S. François en bufte .
་
116 MERCURE DE FRANCE.
M. BEAUFORT' , Peintre.
Deux Efquiffes en gouache repréfentant
, l'un Loth & fes deux filles , &
l'autre Noel couvert d'un manteau par
deux de fes fils . Un deffein à la fanguine
qui repréfente Dédale ajuſtant
des aîles à fon fils Icare.
M. KAPELLER , Peintre.
Deux Tableaux de Payfages , deux
de marine. Un d'architecture. Quatre de
fleurs. Quatre deffeins. Deux gouaches.
M. REVELLY , Peintre.
Un Portrait en_grand. Un moindre.
Deux en bufte. Trois en mignature.
M. ARNAUD , Peintre.
Trois portraits en buftes . Une efquiffe
repréfentant l'Afcenfion. Une têt de
vieillard. Uue Vierge peinte en mignature.
ACADEMICIENS.
M. DESPECHES , Peintre ,
Un tableau en Payfage.
M. Loys , Peintre.
Un petit tableau fur cuivre repréfenJANVIER.
1763. 117
tant la tentation de S. Antoine. Trois
têtes de caractère . Deux portraits en
bufte. Une efquiffe de l'Afcenfion. Un
Portrait en mignature.
M. DE CUGIS , Peintre.
Son tableau de réception repréfentant
la Pithoniffe qui fait voir à Sail
l'ombre de Samuël. Une efquiffe de Sufanne.
Une autre de la Nativité de N. S.
AGRÉGÉS.
M. CELONY , Peintre.
Deux tableaux , l'un repréfentant Abigail
aux genoux de David , & l'autre
Moyfe qui défend des infultes de quelques
Bergers les filles de Raguel , Prêtre
de Madian ; du cabinet de M. le
Marquis d'Arcuffia.
M. VIEL , Peintre.
Un Portrait au paftel.
M. BOUTON , Peintre en mignature ,
Membre de l'Académie Royale de
Peinture , de Sculpture & d'Architecture
de Toulouse.
Plufieurs mignatures dans un grand
tableau .
118 MERCURE DE FRANCE.
Outre cette expofition , il y a eu de
la main de M.Verduſſen, un grand tableau
de bataille qui appartenant à l'Académie
, & deux autres repréfentans un
marché de Poiffons & un marché de
toutes efpéces de denrées & volailles ;
du cabinet de M. Poulhariés.
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Résumé : PEINTURE. ACADÉMIE de Peinture, de Sculpture & autres Arts de MARSEILLE.
Le 29 août, l'Académie de Peinture, de Sculpture et autres Arts de Marseille organisa une assemblée publique dans la grande salle de l'Hôtel-de-Ville. M. Verdiguier, Directeur, inaugura la séance par un discours encourageant les élèves médaillés à s'améliorer. Les échevins remirent ensuite des médailles aux élèves pour leurs dessins académiques : la première à M. J. B. Coste, la seconde à M. Antoine Blanc, et la troisième à M. Michel Henri. M. Dageville, Architecte, prononça un discours sur l'état des eaux de la ville, leur distribution et un projet de décoration hydraulique. M. Moulinneuf, Professeur et Secrétaire perpétuel, conclut la séance par des observations sur la peinture et la sculpture. L'assemblée témoigna de l'engagement de l'Académie pour le bien public. Le même jour, une exposition des œuvres de divers membres de l'Académie eut lieu chez la veuve Androny, rue de Paradis, face à l'église Saint-Régis, et dura quinze jours. Les œuvres exposées incluaient des figures de cabinet, des études, des bas-reliefs, des tableaux de paysages, des marines, des portraits, des natures mortes, et des dessins historiques. Parmi les exposants figuraient M. Verdiguier, M. Vernet, M. Coste, M. Pichaume, M. Moulinneuf, M. Zirio, M. Beaufort, M. Kapeller, M. Revelly, M. Arnaud, M. Despeches, M. Loys, M. de Cugis, M. Celony, M. Viel, et M. Bouton. De plus, un grand tableau de bataille de M. Verdussen, ainsi que deux autres tableaux représentant un marché de poissons et un marché de denrées, furent également exposés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 159-165
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Début :
LES Connoisseurs de l'Art de la Gravure sçavent assez les dépenses immenses [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Peintres, Planches, Cabinet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
GRAVURE.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
Avis fur le Recueil d'Eftampes gravées
d'après les plus beaux Tableaux
& Deffeins des principaux Peintres
des Ecoles Romaine & Vénitienne
qui font en France , dans le Cabinet
du ROI; dans celui de Mgr le Duc
d'Orléans , & dans d'autres Cabinets ,
par les foins de M. Crozat ; avec un
abrégé de la Vie des Peintres , & une
Defcription hiftorique de chaque Tableau.
En deux grands volumes in-fol.
forme d'Atlas.
LESES Connoiffeurs de l'Art de la Gravure
fçavent affez les dépenfes immenfes
qu'a faites M. Crozat , pour former
& faire graver cet Ouvrage , que
tout autre que lui n'auroit ofé entreprendre
; c'eft pourquoi on fe difpenfera
d'en faire ici l'éloge , & d'entrer dans
aucun détail relatif à l'objet,
160 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Bafan , Graveur à Paris ;
aujourd'hui poffeffeur des Planches qui
compofent ledit Recueil , donne avis
que dans quelques mois il pourra livrer
au-Public des Exemplaires de ce Recueil
qui depuis plufieurs années étoit devenu
fort rare : il met tous fes foins , & ne
ménage rien , tant pour la beauté du
papier , que pour l'impreffion ; auffi
efpére-t-il que fon Edition fera recherchée
des Curieux .
Dans le nombre des grands Cabinets
qui font en Europe , on ne craint point
d'affurer que celui du Roi mérite à cet
égard une forte de préférence. François
I. en eft regardé comme le Fondateur.
Ce Prince magnifique enrichit la France
de quantité de Tableaux du premier
ordre ; ce fut lui qui fit faire à Raphaël
ces deux Tableaux inimitables , le Saint
Michel & la Sainte Famille , que l'on
voit à Versailles. Ce Cabinet étoit déja
devenu l'objet de l'admiration générale ,
lorfque M. Colbert qui ne refpiroit que
la gloire de fon Prince & l'utilité publique
, entreprit de le faire connoître par
le moyen des Eftampes. Il fit diftribuer
des Tableaux aux plus excellens Graveurs
; mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut
JUILLET. 1763 . 161
alors que trente-fix Eftampes , lefquelles
forment le volume des Tableaux gravés
dont les planches font dans le Cabinet
du Roi ; il y avoit lieu de craindre qu'on
n'en demeurât là fi M. Crozat animé
du même zéle , n'avoit repris la même.
idée .
,
Son premier volume commence par
deux Eftampes fingulières , ce font deux
Peintures antiques que M. Crozat fit
deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les Anciens
ordonnoient leurs Tableaux ; on
trouve enfuite tous les Tableaux de Raphaël
qu'on conferve en France , & qui
font en affez grand nombre ; ceux- ci
font fuivis des productions de Jules Romain
, & des autres Elèves de Raphaël ;
& faifant ainfi paffer en revue tous les
Peintres qui ont illuftré l'Ecole Romaine
, le Recueil eft terminé par les Ouvrages
de Carle Maratte , & par ceux des
Artiftes qui dans ces derniers temps ont
occupé dans Rome les premières places.
Toutes ces Eftampes font précédées
par des Deſcriptions , & par un Abrégé
de la vie des Maîtres , éxact & fouvent
accompagné d'Anecdotes curieufes
qu'on ne rencontre point dans les autres
Livres qui traitent de la Peinture .
162 MERCURE DE FRANCE .
- Le fecond volume contient les Ef
tampes gravées d'après les Tableaux ou
les Deffeins des Peintres de l'Ecole Vénitienne
ou de Lombardie , comme le
Georgion , le Titien , P. Veronèse , &
autres Maîtres auffi illuftres , dont les
compofitions font riches & agréables ,
& qui jufqu'alors n'avoient point encore
été gravées.
Le premier volume , ( c'est-à- dire , la
partie des Estampes , qui commence
avec l'Ecole Romaine jufqu'au Mucian, )
eft compofé de quatre- vingt- dix Piéces ;
le refte de cette Ecole & de l'Ecole Vénitienne
confiſtant en quatre-vingt-douze
Piéces , forme le fecond volume.
Le fieur Bafan vient auffi d'acquérir
toures les Planches qui compofent le volume
connu fous le nom duCabinet d'Aguilles
, compofé de cent dix-huit Eftampes
gravées par Coelmans & autres , d'après
les Tableaux des plus célébres Peintres
Italiens , Flamands & François ,
qui compofoient le Cabinet de M. Boyer
d'Aguilles , Confeiller au Parlement de
Provence ; il fait auffi imprimer , avec
tout le foin poffible , ce Recueil , & il
efpére dans quelques mois pouvoir procurer
au Public des Exemplaires de ce
volume qui , depuis plufieurs années ,
étoit auffi devenu rare.
JUILLET. 1763. 163
Comme depuis plufieurs années ledit
fieur Bafan a gravé ou fait graver beaucoup
de Planches , il vient d'en former
deux volumes qu'il a fait imprimer
avec beaucoup de foin , fur le papier
de grand Aigle fin .
Le premier volume contient cent Eftampes
gravées d'après des Tableaux des
meilleurs Maîtres Flamands & François,
tirés des plus cèlebres Cabinets de Paris ,
& qui repréfentent tous des Sujets &
des Payfages fort agréables .
Le fecond volume compofé de cent
cinquante autres Eftampes , n'eft pas
moins intéreffant. On y voit , comme
dans le premier , divers morceaux agréa
bles , pris d'après les Ouvrages des plus
excellens Peintres des Ecoles Flamande
& Françoife, & quelques Sujets auffi qu'à
fourni l'Ecole Italienne , & qui par la
compofition font d'un goût exquis.
A la tête de chaque volume , il y a
une Deſcription de chacun des Sujets
qui le compofe ; les deux volumes fe
vendent féparément l'un de l'autre , au
gré des Amateurs.
PRIX des Volumes annoncés ci -deus .
Les deux volumes du Crozat , compofés
de cent quatre-vingt deux Eftam164
MERCURE DE FRANCE .
pes , imprimées fur le papier fin de Co.
lombier , fe vendent en feuilles , dans
deux Porte-feuilles fait exprès , la fomme
de cent quarante livres.
Les mêmes Eftampes imprimées fur
le papier de grand Aigle , dans deux
Porte-feuilles faits exprès , fe vendront
cent foixante - dix livres .
Les cent dix- huit Eftampes qui compofent
le Cabinet d'Aguilles , ſe vendront
en feuilles , dans un Porte -feuille
fait exprès , foixante- douze livres
& quatre-vingt-dix livres imprimées fur
le grand Aigle fin .
Les deux volumes qui compofent
l'Euvre du fieur Bafan , fe vendront ,
en feuilles , cent vingt livres chacun .
>
On trouvera chez le fieur Bafan
Graveur à Paris , demeurant dans le
quartier S. Jacques , des Exemplaires
defdits volumes reliés ou brochés ;
Ainfi que chez les principaux Libraires
& Marchands d'Eftampes de toutes
les grandes Villes de l'Europe.
On trouve auffi chez ledit fieurBafan
un affortiment général de toutes fortes
d'Estampes Etrangères & Françoifes ,
tant anciennes que modernes , & des
Deffeins de tous les Maîtres.
JUILLET. 1763. 165
7.ON TROUVE chez le fieur Ouvrier,
Graveur d'Estampes intitulées l'une l'EcolHollandoife,
l'autre l'Ecole Flamande,
d'après les Tableaux originaux de M.
T. Eiſen le Père. Ces deux morceaux
qui nous paroiffent auffi agréables que
bien exécutés , fe vendent chez l'Auteur
, Place Maubert , maifon du fieur
Bellot , Bonnetier , au Soleil d'or. Chaque
Eftampe fe vend 3 liv.
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Résumé : GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
Le document présente un recueil d'estampes gravées reproduisant les œuvres des principaux peintres des écoles romaine et vénitienne, conservées dans divers cabinets français, notamment ceux du roi et du duc d'Orléans. Ce projet a été initié par Pierre Crozat et se compose de deux volumes in-folio, accompagnés de descriptions historiques et de biographies des artistes. Le premier volume est dédié à l'école romaine, incluant des peintures antiques et des œuvres de Raphaël, Jules Romain et leurs élèves, ainsi que des artistes contemporains. Le second volume se concentre sur les écoles vénitienne et lombarde, avec des œuvres de Giorgione, Titien, Paolo Veronèse et d'autres maîtres. Deux autres volumes, compilés par le sieur Basan, contiennent des estampes d'après des tableaux de peintres flamands et français. En juillet 1763, une vente d'œuvres gravées et imprimées a eu lieu à Paris. Les œuvres du sieur Basan étaient disponibles en feuilles à cent vingt livres par volume. Des exemplaires reliés ou brochés pouvaient être achetés chez lui, dans le quartier Saint-Jacques, ainsi que chez les principaux libraires et marchands d'estampes en Europe. Le sieur Basan offrait également une large gamme d'estampes étrangères et françaises, anciennes et modernes, ainsi que des dessins de divers maîtres. Par ailleurs, le sieur Ouvrier, graveur d'estampes, vendait deux estampes intitulées 'l'École Hollandaise' et 'l'École Flamande', d'après les tableaux originaux de M. T. Eisen le Père, évaluées à trois livres chacune et disponibles chez l'auteur, place Maubert, à la maison du sieur Bellot, bonnetier, au Soleil d'or.
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43
GRAVURE. Avis sur le Recueil d'Estampes gravées d'après les plus beaux Tableaux & Desseins des principaux Peintres des Ecoles Romaine & Vénitienne qui sont en France, dans le Cabinet du ROI ; dans celui de Mgr le Duc d'Orléans, & dans d'autres Cabinets, par les soins de M. Crozat ; avec un abrégé de la Vie des Peintres, & une Description historique de chaque Tableau. En deux grands volumes in-fol. forme d'Atlas.
44
p. 197-206
DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
Début :
VOILA la troisiéme fois que notre Société a occasion de s'occuper des [...]
Mots clefs :
Tableaux, Amour, Pieds, Pouce, Coloris, Grâces, Peintre, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
DESCRIPTION des Tableaux expofés
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
au Salon du Louvre , avec des
Remarques,
Par la Société des Amateurs.
VOILA la troifiéme fois que notre
Société a occafion de s'occuper des
Tableaux expofés au Salon . Comme
nous n'avons jamais brigué lâchement
le trifte fuffrage de certains Lecteurs
qui ne cherchent dans les Ecrits publics
que ce qui peut nourrir leur fecret
penchant à déprimer le Siécle
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& les Contemporains , nous ne nous
refuferons pas au plaifir d'annoncer
qu'en général , dans cette dernière
expofition la Peinture de l'École
Françoife paroît à tous les Connoiffeurs
être montée à un nouveau degré
de force & de grandeur , dans le
coloris ainfi que dans la compofition .
En confidérant ce pompeux Spectacle
de nos Arts en France , où tous les
deux ans fe renouvellent de fi abondantes
richeffes , nous oferons interroger
les fombres contempteurs de leur
âge & de leur Nation ; nous leur demanderons
dans quelle région du monde
& fous quel gouvernement on pourroit,
dans une même Ville, rencontrer ce
nombre de Talens raffemblés fourniffant
dans un auffi court efpace de temps
une pareille Collection de tous les
genres ?
*
Une émulation fi vive & fi univerfelle
dans nos Arts ne peut être que le fruit
de l'augufte protection du Souverain
& de la vigilance éclairée de celui qui eft
en même temps fur cette partie l'organe
d'un Monarque bienfaifant & le
fage difpenfateur de fes graces. (a)
( ) M. le Marquis de Marigni.
SEPTEMBRE. 1763. 199.
Les Arts , comme les Lettres , ne
peuvent s'acquitter envers leurs protecteurs
qu'en éternifant , pour ainfi dire
la mémoire le leurs bienfaits. Les monumens
des Arts ont , il faut en convenir
, des avantages pour cela , qui préfentent
d'abord quelque chofe de plus
éclatant ; mais ils font plus périffables
& bien moins étendus que ceux des
Lettres. Les unes & les autres doivent
donc fe prêter un mutuel fecours pour
un devoir auffi refpectable.
Ainfi loin de déférer au fentiment de
ceux qui croiroient que les écrivains ne
doivent point traiter de ce qui concer
-ne les Arts , il faut au contraire con
ferver, & même avec détails , dans tous
les Faftes littéraires, la gloire de leurs productions.
>
com-
D'après nos principes invariables , on
ne doit pas compter que nous foions.
jamais , dans nos obfervations
plices de la jaloufie des concurrens , de
la maligne caufticité de quelques uns
des Spectateurs , ou des fauffes façons
de voir de quelques autres : mais on ne
doit pas non plus s'attendre de notre
part , à des éloges indiftinctement prodigués
à la prévention ou même à la célébrité
des plus illuftres Artiſtes ; ainf
I iy
200 MERCURE DE FRANCE.
qu'aux prétentions fans bornes de l'amour-
propre .
Nous ferons en forte de donner une
idée auffi exacte.qu'il eft poffible de
ces précieuſes productions , à ceux de
nos Lecteurs qui ne font pas à portée de
les connoître par leurs propres yeux ; en
même temps , de guider & de fixer l'attention
de ceux qui partagent avec nous
le plaifir de ce Spectacle , fur les parties
que nous croirons qui diftinguent le
mérite de chaque ouvrage en particu
lier. Quant aux défauts réels , ( triſte
condition impofée à tout ouvrage hu
main ! ) fans les avoir indiqués par nos
obfervations , ceux qui auront vû le Salon
ne les auront que trop remarqués
eux-mêmes , & il doit être indifférent
aux autres d'en être informés par la voie
d'une critique amére. D'ailleurs il y a
toujours entre la fagacité du Lecteur
intelligent & la prudence de l'Ecrivain
moderé , un chiffre de correfpondance
qui eft fuffifamment intelligible .
Nous croyons n'avoir pas d'ordre
plus naturel à fuivre dans le compte
que nous allons rendre , que celui du
Catalogue imprimé , qui fe débite &
qui eft en même temps celui des rangs
académiques de tous les Artiftes qui
vi I
SEPTEMBRE . 1763. 201
ont contribué à enrichir cette expofition
publique .
M. CARLE VANLOO , premier Peintre
du Roi , a expofé plufieurs Tableaux.
On peut remarquer dans celui
des Grâces ( a ) enchaînées par l'Amour,
les efforts d'un grandPeintre , déja fi juftement
célébre par la beauté de fon coloris,
pour le monter(en s'exprimant felon l'art)
aun ton encore plus élevé & répondre par
là au voeu de plufieurs Connoiffeurs qui
fe plaignoient depuis quelque temps de
ce que ce ton paroiffoit en général s'être
un peu affoibli dans notre Ecole. Ce
Peintre a toujours confervé cependant
cette fraîcheur , cette fonte & cette forte
d'aménité qui caractériſent fon pinceau ,
même dans les plus fortes expreffions.
Il y a de belles maffes de lumières.
dans fon Tableau ; & l'Auteur a placé
ingénieufement un rideau qui en procu
rant d'autres belles maffes d'ombres, don
ne un effet très-piquant à fes trois figur
res , lefquelles fans ce moyen , auroient
pû devenir monotones par l'égalité des
tons dans les carnations . C'eft particu
(b) Tableau de pieds 6 pouces de haup
fur 6 pieds 3 pouces de large. Ce Tableau et
pour la Pologne.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
liérement dans ces effets en Peinture,
que ceux qui ne font pas attention aur
moyens propres de cet Art, devroient
être fort circonfpects à prononcer ſu
ce qu'ils croyent être en droit de juger
par rapport aux imitations de la Nature
Entre ces trois Figures des Grâces, celle
du milieu ſe diſtingue par la beauté des
proportions & par l'élégante manièr
dont elle eft deffinée .
par
On doit fçavoir gré auffi à M. Van
loo , du moyen agréable dont il s'ef:
fervi
,, pour voiler les mains de l'Amour
même , ce que la décence ne permettoit
pas d'offrir aux yeux , en difpo
fant adroitement les guirlandes dont cet
Amour enchaîne les Graces.
J
Dans un autre Tableau du même Auteur
, de trois pieds huit pouces de largeur
fur deux pieds fept pouces de hau
teur appartenant à M. le Marquis de
Marigny , l'invention allégorique &
l'exécution pittorefque fe difputent d'a
grément. Il repréfente le Dieu Cupidon,
ou un principal Amour commandant
l'exercice militaire à une troupe d'au
tres Amours placés en ligne, & en face de
lui , vus prefque de profil par le Spec
tateur. Ils font en cuiraffe, à la françoife,
Les ailes paffant à travers & le cafque
SEPTEMBRE . 1763. 203
en tête ; ils ont des fournimens , pareils
à ceux de nos troupes , fur lefquels eft
empreinte la figure d'un coeur.Cette trou
pe eft armée de fufils la bayonnette
au bout , & l'inftant de l'exercice dans
le tableau , eft celui où l'on préfente
dles armes . Un autre troupe d'Amours
armés de fabres , vêtus & coiffés en huffards
, avance de face au Spectateur fur
" un plan inférieur & plus éloigné que la
première troupe . Derriere le principal
Amour , il y en a d'autres en différentes
attitudes & tous occupés relativement
au fujet du tableau , dont le fond orné
d'un fort joli temple , produit un afpect
riche & agréable .
"
On remarque , avec plaifir , que le
Peintre s'eft attaché à répandre fur le
Chef des Amours un éclat qui le diftingue
& en défigne très - bien la fupériorité.
A l'égard des autres , fi notre
imagination conçoit les Amours comme
des Divinités , pour ainfi dire , d'une
même famille & d'une même forte de
beauté , feroit-on en droit de leur reprocher
un peu de conformité dans les
caractères de tête ?
. On voit auffi de M. VANLOO un
Tableau ovale peint en cire , repréſentant
à mi- corps , la Veftale qui porte
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
dans un crible l'eau du Tibre pour
prouver fon innocence. Cette figure
-vêtue en blanc eft d'un beau caractère
qui indique l'action merveilleuſe du
Sujet. (c )
Il y a auffi du même Auteur deux
petites Têtes peintes en cire , dont on
-ne peut trop louer l'agrément.
Loin que ce foit par refpe&t feulement
pour l'âge de M. Reftout , ancien Directeur
, c'eft par le mérite très-réel de
fes admirables ouvrages , que nous
avons été entraînés , pour ainfi dire, avec
fes Confrères & tous les Connoiffeurs,
à leur rendre un hommage qui n'eft
pas éloigné de la vénération .
Le premier de ces ouvrages , eft un
fort grand Tableau , pour le Roi , deſtiné
à être exécuté en tapifferie dans la Manufacture
des Gobelins. Il repréſente
Orphée defcendu aux enfers pour en
arracher Eurydice. Pluton & Proferpine
affis fur l'entrée d'une caverne , fermée
par de forts grillages , entre le Ténare &
les Champs Elyfées , font accompagnés
des trois Juges des Enfers. Les Parques
font groupées dans le bas. En devant
on voit Eurydice entre les mains d'un
(c) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame
de Pompadour.
SEPTEMBRE . 1763. 20$
·
Miniftre infernal fous la forme d'un
Spectre aîlé ; Orphée eft derriere elle ,
touchant fa lyre.
Le deuxième repréfente le repas donné
par Afuerus , aux Grands de fon
Royaume. On ne fçauroit affez applaudir
à la manière ingénieufe & fça-
-vante de la compofition de ce Sujet ,
dans une forme auffi ingratte que celle
d'un demi- ceintre , évidé dans la partie
inférieure , pour l'ouverture d'une porte,
& en tout abfolument pareil à la forme
d'éventail .
Le Sujet du troifiéme , de fept pieds
fept pouces de large fur neuf pieds de
haut , eft l'évanouiffement d'Efther en
approchant du Trône dAffuerus ( d) .
On ne peut trop inviter le Public à
reconnoître dans les nouvelles productions
de ce grand Maître , des beautés
que l'on feroit peut - être fondé à dire
qui le rendent aujourd'hui prèfque fupérieur
à lui-même, dans les plus beaux
jours de fon âge, & de fes talens . On
convient généralement qu'il réunit dans
ces trois Tableaux , au plus grand degré
de perfection , ce qui a toujours caracté
rifé fon grand talent. La plus belle &
( d ) Ces deux derniers Tableaux font pour la
maifon des Feuillans , rue Saint- Honoré,
266 MÈRCURE DE FRANCE.
•
tout
la plus grande harmonie dans tous les
effets de ces Tableaux les rendent d'une
jufteffe & d'une vérité qui fatisfont également
les yeux & le jugement . Les pofitions
des plans y font fi juftes , & fi
vraies, qu'à l'aide du parfait accord dans
le coloris , tout eft diftin&t
eft à fa véritable place , & tout eft cependant
uni & , pour ainfi dire, enchaîné
enfemble, par le grand art de cette harmonie
pittorefque. En un mot ,
Peintre aura la gloire d'avoir laiffé à
notre Ecole , les modéles des plus beaux
principes de compofition & des plus
juftes effets du coloris.
T
"
ce
'N. B. Les bornes de ce Journal obligent
à remettre la fuite de cette def
cription au prochain Mercure. Mais
pour fatisfaire fur cela le jufte empreffement
des Lecteurs , on la diftribuera
, féparément en entier dans l
courant de ce mois par une Brochure
d'extraordinaire, qui fe trouvera au Bureau
du Mercure , rue Ste Anne
chez les Libraires accoutumés.
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Résumé : DESCRIPTION des Tableaux exposés au Salon du Louvre, avec des Remarques. Par la Société des Amateurs.
En septembre 1763, la Société des Amateurs présente au Salon du Louvre des tableaux démontrant l'excellence de la peinture française, tant dans le choix des couleurs que dans la composition. Cette avancée est attribuée à l'émulation des artistes, soutenue par la protection royale et la vigilance du Marquis de Marigny. La Société souligne l'importance de reconnaître les bienfaits des protecteurs des arts et de fournir des critiques constructives sans favoritisme. Parmi les œuvres remarquables, 'Les Grâces enchaînées par l'Amour' de Carle Vanloo, premier peintre du Roi, se distingue par l'utilisation des masses de lumière et d'ombre. Ce tableau, destiné à la Pologne, mesure six pieds six pouces de haut sur six pieds trois pouces de large. Vanloo utilise des guirlandes pour voiler les mains de l'Amour de manière décente. Un autre tableau de Vanloo, représentant Cupidon, est également salué pour son invention allégorique et son exécution picturale. Le texte mentionne également une peinture du Marquis de Marigny montrant Cupidon dirigeant une troupe d'amours en exercice militaire, équipés de fusils à baïonnette et de sabres, avec un temple en arrière-plan. Vanloo a aussi créé un tableau ovale en cire représentant une Vestale et deux petites têtes en cire remarquables. Les œuvres de Jean II Restout, ancien directeur, incluent 'Orphée aux enfers', un repas donné par Assuérus, et l'évanouissement d'Esther. Ces tableaux sont loués pour leur composition ingénieuse et leur harmonie. Le premier est destiné à être exécuté en tapisserie aux Gobelins, le second est en forme d'éventail, et le troisième mesure sept pieds sept pouces de large sur neuf pieds de haut. Les œuvres de Restout sont considérées comme des modèles de composition et de coloris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
45
p. 182-209
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
LES fruits heureux de l'émulation qui anime nos jeunes Maîtres, sont très sensibles [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peintre, Ouvrages, Effets, Auteur, Parties
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Defcription des Tableaux
expofés au Sallon du Louvre.
M. DE LA GRENÉE.
LES fruits heureux de l'émulation qui
anime nos jeunes Maîtres, font très -fenfibles
dans les Tableaux de M. de la
Grenée. Nous defirerions pouvoir en
donner aux Lecteurs une idée qui répondît
à ce qu'ils méritent , & à la fatisfaction
qu'ils donnent aux Connoiffeurs
. Nous croyons devoir une attention
particulière à deux Tableaux , de
même grandeur , de ce Peintre ; ils font
du nombre de ceux qui arrêtent le
OCTOBRE. 1763 . 183
plus de regards & qui réuniffent le plus
de fuffrages . L'un repréfente Sufanne
furprife aux bains par les deuxVieillards ,
& l'autre la jeune Aurore quittant la
couche du vieux Titon.
On ne pouvoit donner plus d'expre¹-
fion & une expreffion plus jufte , plus
convenable & plus caractériſtique, que
celle de la tête de Sufanne dans le premier
de ces Tableaux . On y voit le fentiment
de la furpriſe & de l'indignation ;
on peut y remarquer même un principe
d'honnêteté fupérieur à l'habitude fervile
des préjugés. Le deffein de cette
Figure eft de la meilleure manière &
d'une grande intelligence. Les Vieil
lards forment , comme on l'imagine
bien , un contrafte marqué avec la Sufanne
, & le tout eft d'un bel accord de
couleurs .
Le Tableau de l'Aurore eft encore
plus piquant & a quelque chofe de plus
fort que le précédent , non feulement,
dans les expreffions , mais encore dans
le coloris. Il eft fàcheux que l'Auteur.
ait été probablement contraint , par
une dimenfion donnée , de reftraindre
fa fcène dans un espace trop petit pour
l'étendue de fon action , pour le nombre
& pour les proportions des Perfons
nages.
184 MERCURE DE FRANCE .
On remarque encore avec plaifir
du même Auteur un Tableau de forme
ovale , que l'on a intitulé la douce Captivité
, dans lequel eft repréfenté le Bufte
d'une jeune Femme careffant un Pigeon
qu'elle tient entre fes mains . On
ne tariroit pas d'éloges fur un petit
Tableau d'une Vierge careffant l'Enfant
Jefus , fi l'on vouloit en détailler
toutes les fineffes de pinceau , de deffein
, de couleur & de compofition . Une
autre Vierge qui prépare des alimens à
fon divin Enfant , eft digne auffi de
beaucoup d'obſervations favorables. On
pourroit en dire autant de plufieurs deffeins
du même Auteur qu'il a cru devoir
expofer , & dont nous ne donnerons
pas le détail par les motifs dont
nous avons ci- devant fait mention .
M. DESHAY S.
S'il étoit permis dans un Ouvrage de
critique de fe fervir d'expreffions ou de
figures poetiques, nous dirions avec beau
coup de jufteffe , en parlant de M. Deshays
, que nous allons célébrer le Soleil
levant de l'Ecole Françoife . Ce que
l'on a vu précédemment de ce jeune,
Peintre , pouvoit être en effet confidéré
comme les premiers rayons de la gloire
OCTOBRE. 1763 . 184
dont il eft couronné à cette expofition..
C'est d'après l'admiration univerfelle du
Public , & l'on peut dire avec confiance
, d'après le fuffrage de fes plus
célébres Rivaux , qu'en lui donnant cet
éloge , nous ne faifons que marquer la
Place qu'ils lui ont affignée eux - mêmes
dans les premiers rangs de Peintres d'Hi
ftoire du plus grand genre.
(i) Le premier des Tableaux de M. Des
hays non feulement parla grandeur de fa
forme, mais par celle de la compofition
& de l'effet , offre l'augufte & myſtérieux
fpectacle du chafte mariage de la
Sainte Vierge avec Saint Jofeph. C'eft
plus qu'en Poëte , c'eft en Prophéte infpiré
que le Peintre a traité ce Sujet , fi
fimple en apparence
, & devenu fi noble
par l'élévation de fon génie. Un Grand-
Prêtre de la Loi de Moyfe eft debout &
tourné vers les Saints Époux , fur une
Eſtrade en avant d'un Autel ou d'une
Table , couverte de nappes de lin. Il a
les bras étendus , & le regard dirigé
vers une Gloire qui l'illumine. Rien de
plus expreffif & de plus divin que le
caractère de cette Tête , où fans effort
d'imagination , on lit les grands Myſté-
( i ) Ce Tableau a 19 pieds de haut fur 12
pieds de large.
186 MERCURE DE FRANCE.
,
res que Dieu révéle en ce moment à
fon Pontife. Il femble voir & fuivre dans
le Ciel l'ordre des merveilles que l'éter-.
nelle Providence doit opérer dans la jeune
époufe que l'on bénit . Ce n'eft point par
éxagération forcée dans le jeu des traits,
que le Peintre a donné ce fublime caractère
à la tête du Grand - Prêtre. Il a ,
pour ainfi dire imprimé , avec la plus
vive chaleur dans cet enthouſiaſme
divin , & la Majefté du Dieu qui inſpire ,
& la dignité du Ministère facré qu'éxerce
le Pontife. Autant d'intelligence
caractériſe la Figure de la Sainte Vierge.
qui reçoit aux pieds de ce Grand - Pretre
l'Anneau conjugal des mains de Saint
Jofeph. C'est tout un autre genre de
caractère , mais c'eſt la même juſteſſe
& le même fublime. Une candeur célefte
éclaire , embellit , & rend encore
plus touchante , la beauté fimple &
en même-temps très- noble ? que le
Peintre a donnée à la tête de la Vierge.
Cette grande & majeftueufe fimplicité
eft prononcée d'une manière fenfible ,
non-feulement fur la tête , mais encore
fur toutes les parties de cette belle Figure.
Le Saint Joseph a la jufte expreffion
qui lui convient & dans un genre
analogue à la grande idée que le Pein-
>
OCTOBRE. 1763. 187
tre a conçue & très -bien rendue de ce
faint Hyménée . Deux jeunes Lévites
rempliffent leurs fonctions aux pieds de
l'Autel , dans un des angles inférieurs du
Tableau.
Si le Peintre a excèllé dans l'invention
& dans ce que nous appellons la compofition
poëtique de fon Sujet , il ne
mérite pas moins d'admiration dans l'exécution
pittorefque. On doit lui pardonner
de s'être permis un peu de licence
contre l'auftère vérité du Coftume à
l'égard des vêtemens du Grand- Prêtre,
en faveur du grand & magnifique effet,
qui en réfulte. On ne peut rien voir de
mieux entendu que le jet des draperies
du fur - vêtement de ce Prêtre . L'enthoufiafime
femble y régner autant
que dans le caractère de la tête ; mais
toujours avec une fagcffe & une juſteſſe
de goût que nous ne pouvons trop louer.
Le moelleux & la force qui caractériſent
éminemment le pinceau de l'Auteur fe
font spécialement remarquer dans ce
Tableau , le choix & l'effet des étoffes ,
y font également admirables . Le fage enfemble
par lequel le Peintre a , comme
nous l'avons dit plus haut , défigné la
divine vocation de la Vierge , eft encore
, fi l'on peut dire , completté p
188 MERCURE DE FRANCE.
,
le genre & l'exécution des belles dra-`
peries de cette Figure . Leur noble fimplicité
, l'entente & la fobriété des plis
y font parfaitement analogues , & le
font fans froideur , fans féchereffe , &
fur-tout fans cette roideur fi difficile à
éviter , lorfque l'on pratique cette forte
de manière de draper. La magie du clair
obfcur & de l'effet du coloris , a été
pratiquée , à ce qu'il nous femble , avec
un fuccès étonnant dans tout ce Tableau;
nous l'avons particuliérement remarquée
fur les deux jeunes Lévites tous deux
vêtus de lin , poftés très- près l'un de l'au-'
tre , & joignant les linges qui couvrent
l'Autel. L'art des effets , dans tous ces
mêmes blancs , eft fi heureuſement employé
, que les objets & chaque partie
des objets , font d'une diftinction
fenfible , en même temps de la plus
grande vérité , & d'une grande perfection
d'accord avec les autres objets ,
dans l'enſemble du Tableau , duquel un'
des grands mérites eft la beauté de l'har
monie générale . Cette maffe que forment
les jeunes Lévites, produit encore , relativement
à d'autres effets , un avantage qui
ne nous a pas échappé . Comme elle eſt
pofée dans l'angle inférieur du Tableau
qui répond à l'angle fupérieur où eft la
-
OCTOBRE . 1763 . 189
Gloire , elle contribue admirablement
à étendre & à élargir le grand effet de
lumière qui frappe fur la partie dominante
de toute cette grande & riche compofition.
Nous aurions à faire remarquer l'éclat
de cette Gloire , les rapports ingénieux
& agréables d'effet des acceffoires avec
les parties principales , jufques dans
les fleurs dont font janchés les gradins
de l'Autel & le pavé du Temple :
mais nous ferions peut-être prolixes
fans être pour cela affez exacts . Il eft
des objets pour lefquels toute defcription
eft infuffifante : ce beau Tableau
eft de ce nombre . Qu'il nous foit permis
, avant de finir , d'adreffer un rcproche
bien fondé à notre Capitale , fur
ce qu'elle abandonne en quelque forte
, aux Temples des Provinces , des morceaux
de diftinction , tels que celui- ci
& d'autres que l'on pourroit citer , qui
devroient refter dans fon fein pour fervir
de monamens à fa fplendeur & à
la gloire de nos Arts. Il eft plus que fin
gulier que ceux auxquels eft confié l'ertretien
des Temples , faffent en Provin
ce plus d'efforts de dépenfes pour enlever
à la Capitale des productions de
prix , que l'on ne daigne en faire
les y conferver.
pour
90 MERCURE DE FRANCE.
!
>
Une Scène plus forte que la précédente
& d'un genre différent , a exercé
le pinceau de M. Deshays dans
beaucoup moins d'efpace fur la toile
mais avec autant d'étendue de génie ;
c'eft la Réfurrection du Lazare. ( k )
Le Peintre a fait plus appercevoir &
plus fentir le Dieu que l'Homme dans
le caractère de la Figure de Jefus Chrift.
Les différens mouvemens de furpriſe
de terreur & d'admiration , font ingénieufement
variés & parfaitement
prononcés fur les vifages des trois Apôtres
qui regardent fortir le Mort de fon
tombeau . Ce dernier eft frappant de
terreur, il est élevé à mi- corps dans une
efpéce de foffe , dont on a relevé les
terres & la pierre qui la couvroient.
Il est encore dans les linceuls de la mort
d'où il femble faire effort pour dégager
fes mains , ferrées dans des bandelettes
, afin de les élever vers fon Sauveur
. Rien de mieux penfé, dans ce Tableau
, que la différence dont font affectées
deux Femmes témoins du Miracle ;
T'une eft toute entière encore à l'étonnement
& à la confidération terrible de
l'événement , tandis que l'autre , profter-
( k ) Ce Tableau ne fe trouve point dans le
Livre du Sallon.
OCTOBRE . 1763. 19L
, née la face contre terre adore dans
fon âme la Divinité qui opére. Le fite ,
le ton de couleur , la fierté du deffein
quoique dans des Figures de petites proportions
, tout eft relatif , tout eft adapté
à la nature du Sujet. Nous ne pouvons
mieux nous expliquer à l'égard
de cet Ouvrage , que d'après les plus
illuftres Confrères de fon Auteur , qui
l'ont comparé aux plus belles productions
de la Foffe .
Dans le Tableau intitulé : la Chafteré
de Jofeph , ce Peintre , différent de luimême
, toujours égal & quelquefois fupérieur
aux plus grands modèles de
chaque genre , a rendu , peut - être
jufqu'au danger de la féduction , ( mais
fans indécence ) des beautés que l'ufage
voile à nos yeux . La femme de Putiphar
eft repréſentée s'élançant du lit
où elle vouloit faire entrer le chafte
Jofeph qu'elle retient encore par fes vêtemens.
Le crime & la frayeur d'une
paffion trompée dans fon efpoir , font vivement
exprimés dans les yeux & fur le
vifage de cettte coupable femme . Ce que
le linge dont elle eft couverte laiffe voir
du reste de la figure a tous les charmes ,
auxquels peut atteindre l'imitation de la
nature. Il y a des paffages de demi-teintes
192 MERCURE DE FRANCE.
dans les parties nues , & un artifice de
coloris qui produifent toutes les rondeurs
& tous les autres beaux effets du
relief naturel . Le Peintre a donné un
caractère de beauté un peu mále , mais
agréable , à fon Jofeph . L'expreffion du
fentiment de cette Figure eft délicate &
difficile à rendre , à caufe du contrafte
de la vertu qu'elle doit exprimer , avec
la perverfité trop commune dans nos
moeurs. Il nous a paru cependant de la
nobleffe dans l'air de priere & d'invocation
, avec lequel Jofeph demande au
Ciel des fecours pour lui - même contre
la féduction des fens , ou reclame la
Juftice Divine contre l'entrepriſe hardie
de la belle Criminelle.
Ce qui nous refte à dire fur ce Tableau
, c'eft qu'outre les beautés de
deffein , dont nous ne devons plus parler
, parce qu'elles font généralement
connues dans tous les Ouvrages de M.
Deshays ; fon pinceau eft comparable
pour la fraîcheur
, pour le fuave , pour
la jufteffe des effets & la richeffe des étoffes
, à ce que l'on connoît de plus beau
en ce genre des grands Maîtres d'Italie
& de nos meilleurs Coloriftes François.
(1)
( 1) Ce Tableau a 4 pieds 6 pouces fur s pieds
pouces. Nous
OCTOBRE. 1763. 193
Nous avons vu du même Peintre
un Tableau de Vierge d'un très - beau
caractère. (m) Deux autres Têtes : l'une
d'un vieillard , l'autre d'une jeune
Femme qui range avec fon éventail la
.coëffe d'un mantelet dont elle eft enveloppée
, nous ont paru , chacune dans
leur genre , mériter l'attention des Connoiffeurs.
La première a les grandes parties
de la Peinture utiles à l'étude de
cet Art , la feconde eft auffi piquante par
l'invention & le tour d'action , que par
la fraîcheur & par l'effet de la lumière.
Le foin laborieux d'étendre fes talens,
& fur-tout d'en foumettre les productions
au jugement du Public , eft remarqué
à ces expofitions , où M. Deshays
ne ceffe d'en recueillir le fruit. On
fe plaît à voir encore dans celle - ci des
Marches , des Caravanes & des Payfages
garnis d'animaux , par ce même Peintre
; nous avons entendus tous les meilleurs
Connoiffeurs & les plus habiles Artiftes
, fe réunir à comparer ces fortes de
Tableaux aux Ouvrages fi célèbres du
Bénédette. On y reconnoît la même délicateffe
de touche , la même élégance de
deffein , & les mêmes beautés de co-
-loris.
(m) Deux pieds 6 pouces , fur 2 pieds .
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Nous avons eu déjà occafion de remarquer
dans ce Peintre un des plus
grands mérites qu'on puiffe avoir en
Poefie comme en Peinture ; c'eft de
prendre le ftyle exactement propre à
chaque Sujet qu'on traite. Nos Obfervations
fur les Ouvrages qu'il vient d'expofer
confirment plus que jamais cet
éloge. M. Deshays ne paroît en effet
avoir aucune manière affectée : c'eft le
Peintre de tous les genres , & il feroit
difficile de déterminer celui dans lequel
il excelle le plus . Son célèbre beau- père
a été nommé le Fontenelle de la Peinture;
nous ofons prédire que le gendre
en fera nommé le Voltaire.
M. AMEDÉE VANLOQ .
2
Toujours heureux dans la Peinture
le grand nom de Vanloo eft fort bien
foutenu cette année par M. Amédée,
On apperçoit avec fatisfaction l'avantage
qu'il a retiré de fa réfidence en
France , qui le rapproche d'une famille ,
où il trouve des modéles fi utiles : on
en voit particulièrement le fruit dans
deux Tableaux , dont l'un repréfente
une Prédication de S. Dominique devant
un Souverain Pontife , & l'autre S. Thomas
d'Aquin', compofant fes Ouvrages
OCTOBRE. 1763. 195
鬱
#
fous l'infpiration du Saint-Efprit . Il y a
dans ces deux Tableaux des beautés de
compofition & de coloris , qui peuvent
faire honneur aux talens de ce Peintre ,
& qui marquent fenfiblement d'heureux
progrès. Nous avons été embarraffés
dans l'un de ces deux Tableaux à nous
rendre raifon de quelques lumières qui
paroiffent fe croifer , comme fi elles partoient
de points oppofés. Peut - être l'Auteur
a-t-il eu pour cela des motifs dont
il est plus en état de rendre compte que
nous ; peut- être auffi nos yeux ont - ils
été trompés dans cette obfervation.
On a expofé encore de ce Peintre
deux Tableaux repréfentans des Jeux
d'enfans , & un autre l'Enfant Jéfus ,
avec un Ange qui lui montre les Attributs
de la Paffion ; Ouvrage dont le
Sujet a fans doute été exigé , & auquel
a été affujettie l'exécution.
M. CHALL E.
, & Plufieurs Tableaux d'Hiftoire
d'affez grande forme par M. Challe, prouvent
que cet Artifte travaille tonjours
avec application fur des bons principes
& dans un genre que l'on doit encoùrager.
La mort d'Hercule , Milon de
Crotone , Efther évanouie aux pieds
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
d'Affuerus , & une Vénus endormie .
font les Sujets qu'a traités M. Challe
dans ces Tableaux . On voit encore de
lui , quatre Deffeins d'Architecture , repréfentant
d'anciens Monumens dans
lefquels les Curieux d'antiquités trouvent
dequoi fatisfaire leur goût.
M. CHARDIN ,
C'eft avec d'autant plus de plaifir que
nous allons parler de Tableaux de fruits
& autres objets du genre de M. Chardin
, que cet illuftre Artiſte ſemble , dans
l'expofition de cette année , avoir renouvellé
toute la force de fon talent. On ne
peut voir d'effet plus piquant , plus vrai ,
plus naturel , & de touche plus fçavante
& plus artificieufe que ce que préfentent
en général les petits Ouvrages dont il
a orné le Sallon , & entr'autres un Déjeuné
qui eft la nature même des objets
qu'il a imités , & qui font offerts aux
yeux fous l'afpe& le plus attrayant.
On reconnoît & l'on doit avouer que
ce grand Peintre eft encore le Maître &
le modéle du genre qu'il a pour ainfi
dire créé. Indépendamment de ce que
M. Chardin a contribué par l'agrément de
Les Ouvrages à la décoration du Sallon
on lui doit encore un jufte tribut d'é-
?
OCTOBRE . 1763 . 197
1
loges pour l'ordre qu'il a été chargé de
mettre dans la difpofition de tant de
chefs-d'oeuvres divers. On eft convenu
généralement au premier coup - d'oeil ,
comme après un examen plus recherché ,
que jamais on n'avoit diſtribué avec
plus d'intelligence les différentes parties
de cette riche Collection , tant pour la
beauté de l'enfemble , que pour l'avan
tage particulier de chacun des morceaux
qui la compofent.
M. DE LA TOUR.
་
Les fuffrages du Public font toujours
les mêmes fur les productions du célébre
M. de la Tour. Parmi un grand
nombre de Portraits qu'il a préfentés
cette année , on y diftingue ceux de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine , ainfi que ceux de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfei
gneur le Comte de Provence , du Prince
Clément , & de la Princeffe Chriftine de
Saxe. Il eft difficile d'exprimer avec quel
plaifir tout le monde eft frappé de l'étonnante
vérité des Portraits de M. le
Moine , Sculpteur du Roi , & d'un Eccléfiaftique
connu du Public , & très-confidéré
dans la Magiftrature .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. FRANCISQUE MILLET.
M. BOIZO T.
Il y a dans deux Payfages de M.
Millet , & dans plufieurs Tableaux de
M. Boizot , des chofes qui peuvent faire
honneur à ces deux Académiciens , &
où les Connoiffeurs retrouvent toujours
quelques effets des bons principes de
notre École Francoife.
M. VENE VAULT.
-
Les Amateurs de la Miniature ,
genre dans lequel M. Vénevault s'eft
à jufte titre acquis une grande réputatation
, ont lieu d'être fatisfaits des ouvrages
de cet Artifte. Le Portrait
étant l'objet le plus ordinaire de la Miniature
, ces fortes d'ouvrages n'intéreſfent
le plus fouvent que relativement à
la connoiffance qu'on a de ceux qui y
font repréſentés . M. Vénevault a attiré
la curiofité de tout le monde , fur une
compofition dans laquelle on voit un
homme connu dans la Littérature , qui
fous fon habit ordinaire d'Abbé, fait une
lecture à une jolie Femme fa parente. Le
contrafte des deux phyfionomies , &
le mérite de l'expreffion caractéristique
ont fait chercher ce Morceau , parmi
OCTOBRE 1763. 199
les grandes & férieufes beautés qui frappent
les regards , & on l'a vu avec le
même plaifir qu'une petite Piéce agréable
après la repréfentation des grands
Drames héroïques.
M. BACHELIER.
M. Bachelier a donné des preuves de
l'étude particulière qu'il fait depuis quelques
années dans le grand genre d'Hif
toire , & des fuccès qu'il peut fe promettre
d'y obtenir ; par l'expofition d'un
Tableau qui repréfente Caïn venant de
tuer fon frere Abel : il a pris ce Sujet
dans le Poëme de M, Gefner. C'eft auffi
dans cette fource qu'il a puifé les Sujets
de plufieurs Efquifles en grifaille , dans
lefquelles on trouve généralement autant
de force de génie que d'exécution .
Ces derniers morceaux font fingulièrement
honneur aux talens de l'Artifte .
Nous n'entrerons pas en un plus grand
détail fur les beautés remarquables de
fes Ouvrages , pour éviter la prolixité
& les répétitions. Les bornes de cet
écrit nous empêchent auffi de détailler
des peintures allégoriques du même Auteur
fur l'Europe fçavante , le Pacte de
famille , & c.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. PERRONNEAU.
Plufieurs Portraits en paftel , par M.
Perronneau , font vus avec fatisfaction ,
tant pour les vérités de reffemblance que
pour d'autres parties qui méritent l'attention
des Connoiffeurs.
M. VERNET .
Nous n'avons point d'expreffions , &
il feroit difficile d'en trouver pour rendie
toute l'admiration qu'on a donnée
aux Ouvrages expofés par M. Vernet
& pour en célébrer le rare mérite . Ils
confiftent, 1 ° . en deux grands Tableaux,
l'un repréfentant le Port de Rochefort ,
& l'autre celui de la Rochelle . Dans l'un
& dans l'autre fe trouve réuni tout ce
qu'a jamais produit & tout ce que pourra
produire le preftige de la Peinture . L'ingratitude
des Fabriques répétées & pour
ainfi dire rimées , qui fe trouvent dans.
ces Ports , eft fi ingénieufement fauvée
par l'artificieux emploi des lumières
qu'elles deviennent des beautés auxquelles
on ne peut fe refufer , & d'où
les regards ont peine à s'arracher . Chaque
objet particulier eft d'une fi éxacte
vérité , que ce n'eft point l'imitation
mais la nature même qui nous y attache ;
OCTOBRE. 1763. 201
& l'enſemble de ces objets eft fi artif
tement fondu , fi bien lié par l'art du
Peintre , que rien ne heurte la vue , &
que tout fatisfait également celle du
Connoiffeur comme celle du Vulgaire.
Le fpectateur diftingue chaque partie
de ces admirables compofitions ; il marche
dans les chemins qui y font tracés ;
il est prêt d'aller à bord avec les Marelots
; il parcourt les Atteliers , voit les
différentes manoeuvres , il converfe avec
les perfonnages dont les Figures , ingénieufement
grouppées , donnent de la
vie & du mouvement à ces chefs- d'oeuvre
de l'Art. ( n )
Quatre autres Tableaux du même
Auteur , repréfentant les quatre Parties
du Jour , (o) enrichiffent encore le Sallon .
Nous fommes réduits à la répétition des
mêmes éloges , que nous defirerions pouvoir
rendre encore plus forts , pour qu'ils
fuffent moins éloignés du mérite réel
de toutes ces productions. On admire
dans ces Tableaux comme dans les
premiers , la jufte expreffion dans les
(n) Ces Tableaux appartiennent au Roi , &
font de la fuite des Ports de France , & exécutés
par M. Vernet.
(o ) Ces Tableaux appartiennent à Monfeigneur.
le Dauphin,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
;
effets de chacun des différens points
du jour la parfaite analogie des tein
tes avec le ton vrai de la Nature
dans les diverfes manières dont les objets
font éclairés , & fur- tout la fublime
intelligence de la perfpective aërienne ,
que ce grand Maître poffede au moins
auffi parfaitement que Claude le Lorrain ,
en y joignant des avantages que peutêtre
n'ont pas les Ouvrages de cet illuf
tre Payfagifte. Ces quatre Tableaux ont.
un égal degré de perfection ; mais au
gré de quelques Curieux , celui qui repréfente
la Nuit , paroît le plus piquant ,
par la parfaite imitation des effets d'un
clair de Lune fur tous les objets , &
particulièrement fur les eaux.
Il y a encore plufieurs autres Ouvravrages
de ce grand Peintre qui méritent
l'attention & les fuffrages des Connoiffeurs
; dans le nombre de ces Tableaux
on remarque un Payfage , dont
le Sujet eft la Bergère des Alpes , &
deux Marines d'imagination. (p )
M. ROSLI N.
Les talens de M. Roflin pour le Portrait
, fi connus & déjà fi eftimés , pa-
(p ) Ces deux derniers Tableaux font du Cabi
net de Madame de Pompadour.
OCTOBRE. 1763. 203
toiffent être parvenus à la fupériorité
dans beaucoup de parties ; telles font
les vérités d'effet , la perfection & le
fini des détails , ainfi que l'heureux agencement
des draperies & des étoffes ; à
quoi il joint éminemment le plus beau
faire dans les têtes , les plus fidelles &
en même-temps les plus avantageufes
reffemblances ; la correction du Deffein ,
l'harmonie & enfin toutes les grandes parties
de la Peinture ; c'eft ce qu'on remarque
particulièrement dans les Portraits
de M. le Duc de Praflin , de M. le Baron
de Scheffer , d'un Abbé de Clairvault
, ainfi que dans celui de Madame
la Comteffe d'Egmont & de M. le Comte
de Kernicheuw en habit de Cérémonie
de l'Ordre de S. André de Ruffie. On
admire avec furprife , fingulièrement
dans ce dernier Portrait , la jufteffe &
l'éclat de l'imitation des étoffes très - riches
en or & en argent qui forment
l'habillement.
M. VALADE. M. DESPORTES.
Le premier de ces deux Peintres a
expofé différens Portraits en paſtel , dans
lefquels on trouve beaucoup de reffemblance
; un entr'autres qui repréfente
M. Loriot , Ingénieur méchanicien , mé-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
rite l'attention particulière des Amateurs
du paſtel , en ce qu'une moitié feulement
de ce Tableau , eft fixée par le
fecret qu'a découvert M. Loriot , & que
l'onn'apperçoit aucune différence ni altération
entre la partie fixée & celle qui
ne l'eft pas. On voit quatre Tableaux
de Fruits de M. Desportes.
MADA ME VIEN.
Les charmans Ouvrages de cette Académicienne
continuent de juftifier la
rare diftinction dont elle a été honorée
par fon admiffion dans l'Académie ;
avantage qui lui feroit uniquement propre
fans l'exemple de la fameufe Demoifelle
Rofa- Alba.
M. DE MA CHY .
On ne peut donner trop d'éloges aux
Sujets que nous avons vus de M. de
Machy dans le genre d'Architecture . Ils
confiftent 1 ° . dans la repréfentation de
l'intérieur de l'Eglife projettée pour la
Paroiffe de la Magdeleine ( q ) ; ce Tableau
donne & remplit très- bien l'idée
d'un beau Temple avec de grands effets ,
( 4 ) Tableau de trois pieds quatre pouces de
large fur un pied neuf pouces de haut.
OCTOBRE. 1763. 205
très-juftes & d'un riche afpect. 2°. Le
deffous du Périftile du Louvre du côté
de la rue Fromenteau , éclairé par une
lampe. On a lieu de louer , & même
d'admirer , dans ce Tableau , & le génie
de l'invention & la vérité piquante
d'un effet fi avantageux , qu'il embellit
le local repréfenté , de manière que
ceux qui le voyent tous les jours
font furpris de la beauté qu'ils n'y
avoient pas apperçue . 3° . Deux Ta
bleaux , à gouaffe , repréfentans les ruines
de la Foire S. Germain occafionnées
par l'Incendie ; l'effet de ce fpectacle
eft vivement & fidélement exprimé . 4º.
Un autre Tableau , dont le Sujet , trèsintéreffant
de foi-même, eft rappellé avec
la plus grande vérité. C'est l'inſtant de
la Pofe de la Statue Equeftre du Roi ,
dans la nouvelle Place , lorfqu'après
l'avoir enlevée , on la defcend fur fon
Piédeftal. La plus jolie compofition , les
meilleurs effets & le goût le plus jufte
dans le genre , diftinguent ce Morceau.
On y voit , on y retrouve la multitude
qui rempliffoit la place , on croiroit en
entendre le bruit. M. de Machy nous a
encore expofé des Tableaux de Ruines
dans lefquels on reconnoît toujours les
talens qui conftituent la réputation de
cet Artiſte.
266 MERCURE DE FRANCE.
M. DROUA IS le fils.
Le pinceau de M. Drouais le fils a
rempli l'attente du Public & par le nombre
& par l'agrément de fes productions.
On fçait avec quels applaudiffemens
elles ont été vues aux précédentes
expofitions & dès le premier moment
même que cet Auteur a paru
fur
la Scène du Sallon, Théâtre auffi avanta
geux au vrai mérite des talens que dangereux
pour la médiocrité . Ceux de cePeintre
non-feulement en foutiennen toujours
l'épreuve avec honneur , mais ils y
acquiérentde nouveauxfuffrages à chaque
nouvelle repréſentation : car nous croions
qu'on peut confidérer ainfi chaque expofition
publique . La fraîcheur du pinceau
, l'éclat & le piquant des effets
qu'on peut tirer des emplois de la lumière
, font les principales qualités qui caractérisent
le talent de M. Drouais
dans l'exécution , ainfi que le choix
gracieux dans l'arrangement & dans la
pofition des objets. Ces qualités réunies
, font remarquer avec grand plaifir
tous les Tableaux & tous les Portraits
de cet Auteur. On eft principalement
frappé de celui où il a peint Monfeigneur
le COMTE D'ARTOIS & MADA- .
OCTOBRE. 1763. 207
ME jouant avec une Chévre. Ce Mor
ceau eft de la plus agréable invention ;
& malgré la hauteur où la néceffité de
l'ordre général a forcé de le placer au
Sallon , l'éclat & les grâces dont il bril
loit , ont attiré tous les regards. Nous
devons obferver néanmoins que cette
élévation où fé font trouvés placés quelques
Ouvrages du même Peintre , a pu
faire un obftacle à la diftinction qu'ils
méritoient , les objets qui y étoient repréfentés
n'étant pas faits pour être vus
d'une fi grande diſtance .
Ce que nous venons de dire à l'avan
tage de ce Tableau de M. Dronais , eft
applicable à tous les autres. On ne peut
cependant refufer des éloges particuliers
au Portrait d'un très-joli petit Garçon en
Pierrot. C'eft un morceau du genre &
à - peu-près de l'effet du petit Polifon
au Portefeuille qui a été vu précédemment
& qui a fait tant d'honneur à ce
Peintre. La petite Nourrice ainfi que
le Portrait d'une petite Fille charmante
jouant avec un chat ( deux Tableaux
ovales ) font du même mérite . On ne
peut fe faire une idée trop agréable du
piquant qu'il y a dans ce dernier Morceau.
Ceux qui en connoiffent le mo208
MERCURE DE FRANCE.
déle ( r ) doivent convenir que s'il a
prêté au talent du Peintre , celui - ci à
fon tour en a fi bien faifi la grâce & la
fineffe de caractère , que l'on ne pouvoit
mieux répondre à cet heureux
choix de la Nature . ( s )
M. VOIRIOT .
Dans plufieurs Portraits de ce Peintre
on reconnoît les fruits des bons principes
de l'Art. Le Public , non plus que
nous , ne peut juger de l'exactitude des
reffemblances dans les Portraits des Particuliers
. Mais nous y pouvons diftinguer
la bonne manière de peindre les
têtes , l'enfemble des parties , le ton vrai
& l'accord du coloris , ainfi que le meilleur
choix des attitudes , & c. En examinant
les Ouvrages de M. Voiriot fur
toutes ces conditions requifes , nous
trouverions beaucoup de chofes à dire,
favorables à fon talent.
(r) Mlle SILVESTRE , fille de M. SILVESTRE ,
Peintre du Roi de Pologne & petite - fille de feu
M. SILVESTRE , Directeur de l'Académie .
( s ) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame de
Pompadour.
N. B. La fuite au prochain Mercure.
Les perfonnes qui auront la Brochure
OCTOBRE. 1763. 209
où la Defcription des Tableaux eft raf
femblée en entier, peuvent s'adreffer au
Bureau du Mercure , rue Ste Anne, On
leur délivrera gratis en fupplément
pour joindre à cette Brochure la Def
cription des Ouvrages de Sculpture ,qui
n'a pû être imprimée dans le même
temps .
expofés au Sallon du Louvre.
M. DE LA GRENÉE.
LES fruits heureux de l'émulation qui
anime nos jeunes Maîtres, font très -fenfibles
dans les Tableaux de M. de la
Grenée. Nous defirerions pouvoir en
donner aux Lecteurs une idée qui répondît
à ce qu'ils méritent , & à la fatisfaction
qu'ils donnent aux Connoiffeurs
. Nous croyons devoir une attention
particulière à deux Tableaux , de
même grandeur , de ce Peintre ; ils font
du nombre de ceux qui arrêtent le
OCTOBRE. 1763 . 183
plus de regards & qui réuniffent le plus
de fuffrages . L'un repréfente Sufanne
furprife aux bains par les deuxVieillards ,
& l'autre la jeune Aurore quittant la
couche du vieux Titon.
On ne pouvoit donner plus d'expre¹-
fion & une expreffion plus jufte , plus
convenable & plus caractériſtique, que
celle de la tête de Sufanne dans le premier
de ces Tableaux . On y voit le fentiment
de la furpriſe & de l'indignation ;
on peut y remarquer même un principe
d'honnêteté fupérieur à l'habitude fervile
des préjugés. Le deffein de cette
Figure eft de la meilleure manière &
d'une grande intelligence. Les Vieil
lards forment , comme on l'imagine
bien , un contrafte marqué avec la Sufanne
, & le tout eft d'un bel accord de
couleurs .
Le Tableau de l'Aurore eft encore
plus piquant & a quelque chofe de plus
fort que le précédent , non feulement,
dans les expreffions , mais encore dans
le coloris. Il eft fàcheux que l'Auteur.
ait été probablement contraint , par
une dimenfion donnée , de reftraindre
fa fcène dans un espace trop petit pour
l'étendue de fon action , pour le nombre
& pour les proportions des Perfons
nages.
184 MERCURE DE FRANCE .
On remarque encore avec plaifir
du même Auteur un Tableau de forme
ovale , que l'on a intitulé la douce Captivité
, dans lequel eft repréfenté le Bufte
d'une jeune Femme careffant un Pigeon
qu'elle tient entre fes mains . On
ne tariroit pas d'éloges fur un petit
Tableau d'une Vierge careffant l'Enfant
Jefus , fi l'on vouloit en détailler
toutes les fineffes de pinceau , de deffein
, de couleur & de compofition . Une
autre Vierge qui prépare des alimens à
fon divin Enfant , eft digne auffi de
beaucoup d'obſervations favorables. On
pourroit en dire autant de plufieurs deffeins
du même Auteur qu'il a cru devoir
expofer , & dont nous ne donnerons
pas le détail par les motifs dont
nous avons ci- devant fait mention .
M. DESHAY S.
S'il étoit permis dans un Ouvrage de
critique de fe fervir d'expreffions ou de
figures poetiques, nous dirions avec beau
coup de jufteffe , en parlant de M. Deshays
, que nous allons célébrer le Soleil
levant de l'Ecole Françoife . Ce que
l'on a vu précédemment de ce jeune,
Peintre , pouvoit être en effet confidéré
comme les premiers rayons de la gloire
OCTOBRE. 1763 . 184
dont il eft couronné à cette expofition..
C'est d'après l'admiration univerfelle du
Public , & l'on peut dire avec confiance
, d'après le fuffrage de fes plus
célébres Rivaux , qu'en lui donnant cet
éloge , nous ne faifons que marquer la
Place qu'ils lui ont affignée eux - mêmes
dans les premiers rangs de Peintres d'Hi
ftoire du plus grand genre.
(i) Le premier des Tableaux de M. Des
hays non feulement parla grandeur de fa
forme, mais par celle de la compofition
& de l'effet , offre l'augufte & myſtérieux
fpectacle du chafte mariage de la
Sainte Vierge avec Saint Jofeph. C'eft
plus qu'en Poëte , c'eft en Prophéte infpiré
que le Peintre a traité ce Sujet , fi
fimple en apparence
, & devenu fi noble
par l'élévation de fon génie. Un Grand-
Prêtre de la Loi de Moyfe eft debout &
tourné vers les Saints Époux , fur une
Eſtrade en avant d'un Autel ou d'une
Table , couverte de nappes de lin. Il a
les bras étendus , & le regard dirigé
vers une Gloire qui l'illumine. Rien de
plus expreffif & de plus divin que le
caractère de cette Tête , où fans effort
d'imagination , on lit les grands Myſté-
( i ) Ce Tableau a 19 pieds de haut fur 12
pieds de large.
186 MERCURE DE FRANCE.
,
res que Dieu révéle en ce moment à
fon Pontife. Il femble voir & fuivre dans
le Ciel l'ordre des merveilles que l'éter-.
nelle Providence doit opérer dans la jeune
époufe que l'on bénit . Ce n'eft point par
éxagération forcée dans le jeu des traits,
que le Peintre a donné ce fublime caractère
à la tête du Grand - Prêtre. Il a ,
pour ainfi dire imprimé , avec la plus
vive chaleur dans cet enthouſiaſme
divin , & la Majefté du Dieu qui inſpire ,
& la dignité du Ministère facré qu'éxerce
le Pontife. Autant d'intelligence
caractériſe la Figure de la Sainte Vierge.
qui reçoit aux pieds de ce Grand - Pretre
l'Anneau conjugal des mains de Saint
Jofeph. C'est tout un autre genre de
caractère , mais c'eſt la même juſteſſe
& le même fublime. Une candeur célefte
éclaire , embellit , & rend encore
plus touchante , la beauté fimple &
en même-temps très- noble ? que le
Peintre a donnée à la tête de la Vierge.
Cette grande & majeftueufe fimplicité
eft prononcée d'une manière fenfible ,
non-feulement fur la tête , mais encore
fur toutes les parties de cette belle Figure.
Le Saint Joseph a la jufte expreffion
qui lui convient & dans un genre
analogue à la grande idée que le Pein-
>
OCTOBRE. 1763. 187
tre a conçue & très -bien rendue de ce
faint Hyménée . Deux jeunes Lévites
rempliffent leurs fonctions aux pieds de
l'Autel , dans un des angles inférieurs du
Tableau.
Si le Peintre a excèllé dans l'invention
& dans ce que nous appellons la compofition
poëtique de fon Sujet , il ne
mérite pas moins d'admiration dans l'exécution
pittorefque. On doit lui pardonner
de s'être permis un peu de licence
contre l'auftère vérité du Coftume à
l'égard des vêtemens du Grand- Prêtre,
en faveur du grand & magnifique effet,
qui en réfulte. On ne peut rien voir de
mieux entendu que le jet des draperies
du fur - vêtement de ce Prêtre . L'enthoufiafime
femble y régner autant
que dans le caractère de la tête ; mais
toujours avec une fagcffe & une juſteſſe
de goût que nous ne pouvons trop louer.
Le moelleux & la force qui caractériſent
éminemment le pinceau de l'Auteur fe
font spécialement remarquer dans ce
Tableau , le choix & l'effet des étoffes ,
y font également admirables . Le fage enfemble
par lequel le Peintre a , comme
nous l'avons dit plus haut , défigné la
divine vocation de la Vierge , eft encore
, fi l'on peut dire , completté p
188 MERCURE DE FRANCE.
,
le genre & l'exécution des belles dra-`
peries de cette Figure . Leur noble fimplicité
, l'entente & la fobriété des plis
y font parfaitement analogues , & le
font fans froideur , fans féchereffe , &
fur-tout fans cette roideur fi difficile à
éviter , lorfque l'on pratique cette forte
de manière de draper. La magie du clair
obfcur & de l'effet du coloris , a été
pratiquée , à ce qu'il nous femble , avec
un fuccès étonnant dans tout ce Tableau;
nous l'avons particuliérement remarquée
fur les deux jeunes Lévites tous deux
vêtus de lin , poftés très- près l'un de l'au-'
tre , & joignant les linges qui couvrent
l'Autel. L'art des effets , dans tous ces
mêmes blancs , eft fi heureuſement employé
, que les objets & chaque partie
des objets , font d'une diftinction
fenfible , en même temps de la plus
grande vérité , & d'une grande perfection
d'accord avec les autres objets ,
dans l'enſemble du Tableau , duquel un'
des grands mérites eft la beauté de l'har
monie générale . Cette maffe que forment
les jeunes Lévites, produit encore , relativement
à d'autres effets , un avantage qui
ne nous a pas échappé . Comme elle eſt
pofée dans l'angle inférieur du Tableau
qui répond à l'angle fupérieur où eft la
-
OCTOBRE . 1763 . 189
Gloire , elle contribue admirablement
à étendre & à élargir le grand effet de
lumière qui frappe fur la partie dominante
de toute cette grande & riche compofition.
Nous aurions à faire remarquer l'éclat
de cette Gloire , les rapports ingénieux
& agréables d'effet des acceffoires avec
les parties principales , jufques dans
les fleurs dont font janchés les gradins
de l'Autel & le pavé du Temple :
mais nous ferions peut-être prolixes
fans être pour cela affez exacts . Il eft
des objets pour lefquels toute defcription
eft infuffifante : ce beau Tableau
eft de ce nombre . Qu'il nous foit permis
, avant de finir , d'adreffer un rcproche
bien fondé à notre Capitale , fur
ce qu'elle abandonne en quelque forte
, aux Temples des Provinces , des morceaux
de diftinction , tels que celui- ci
& d'autres que l'on pourroit citer , qui
devroient refter dans fon fein pour fervir
de monamens à fa fplendeur & à
la gloire de nos Arts. Il eft plus que fin
gulier que ceux auxquels eft confié l'ertretien
des Temples , faffent en Provin
ce plus d'efforts de dépenfes pour enlever
à la Capitale des productions de
prix , que l'on ne daigne en faire
les y conferver.
pour
90 MERCURE DE FRANCE.
!
>
Une Scène plus forte que la précédente
& d'un genre différent , a exercé
le pinceau de M. Deshays dans
beaucoup moins d'efpace fur la toile
mais avec autant d'étendue de génie ;
c'eft la Réfurrection du Lazare. ( k )
Le Peintre a fait plus appercevoir &
plus fentir le Dieu que l'Homme dans
le caractère de la Figure de Jefus Chrift.
Les différens mouvemens de furpriſe
de terreur & d'admiration , font ingénieufement
variés & parfaitement
prononcés fur les vifages des trois Apôtres
qui regardent fortir le Mort de fon
tombeau . Ce dernier eft frappant de
terreur, il est élevé à mi- corps dans une
efpéce de foffe , dont on a relevé les
terres & la pierre qui la couvroient.
Il est encore dans les linceuls de la mort
d'où il femble faire effort pour dégager
fes mains , ferrées dans des bandelettes
, afin de les élever vers fon Sauveur
. Rien de mieux penfé, dans ce Tableau
, que la différence dont font affectées
deux Femmes témoins du Miracle ;
T'une eft toute entière encore à l'étonnement
& à la confidération terrible de
l'événement , tandis que l'autre , profter-
( k ) Ce Tableau ne fe trouve point dans le
Livre du Sallon.
OCTOBRE . 1763. 19L
, née la face contre terre adore dans
fon âme la Divinité qui opére. Le fite ,
le ton de couleur , la fierté du deffein
quoique dans des Figures de petites proportions
, tout eft relatif , tout eft adapté
à la nature du Sujet. Nous ne pouvons
mieux nous expliquer à l'égard
de cet Ouvrage , que d'après les plus
illuftres Confrères de fon Auteur , qui
l'ont comparé aux plus belles productions
de la Foffe .
Dans le Tableau intitulé : la Chafteré
de Jofeph , ce Peintre , différent de luimême
, toujours égal & quelquefois fupérieur
aux plus grands modèles de
chaque genre , a rendu , peut - être
jufqu'au danger de la féduction , ( mais
fans indécence ) des beautés que l'ufage
voile à nos yeux . La femme de Putiphar
eft repréſentée s'élançant du lit
où elle vouloit faire entrer le chafte
Jofeph qu'elle retient encore par fes vêtemens.
Le crime & la frayeur d'une
paffion trompée dans fon efpoir , font vivement
exprimés dans les yeux & fur le
vifage de cettte coupable femme . Ce que
le linge dont elle eft couverte laiffe voir
du reste de la figure a tous les charmes ,
auxquels peut atteindre l'imitation de la
nature. Il y a des paffages de demi-teintes
192 MERCURE DE FRANCE.
dans les parties nues , & un artifice de
coloris qui produifent toutes les rondeurs
& tous les autres beaux effets du
relief naturel . Le Peintre a donné un
caractère de beauté un peu mále , mais
agréable , à fon Jofeph . L'expreffion du
fentiment de cette Figure eft délicate &
difficile à rendre , à caufe du contrafte
de la vertu qu'elle doit exprimer , avec
la perverfité trop commune dans nos
moeurs. Il nous a paru cependant de la
nobleffe dans l'air de priere & d'invocation
, avec lequel Jofeph demande au
Ciel des fecours pour lui - même contre
la féduction des fens , ou reclame la
Juftice Divine contre l'entrepriſe hardie
de la belle Criminelle.
Ce qui nous refte à dire fur ce Tableau
, c'eft qu'outre les beautés de
deffein , dont nous ne devons plus parler
, parce qu'elles font généralement
connues dans tous les Ouvrages de M.
Deshays ; fon pinceau eft comparable
pour la fraîcheur
, pour le fuave , pour
la jufteffe des effets & la richeffe des étoffes
, à ce que l'on connoît de plus beau
en ce genre des grands Maîtres d'Italie
& de nos meilleurs Coloriftes François.
(1)
( 1) Ce Tableau a 4 pieds 6 pouces fur s pieds
pouces. Nous
OCTOBRE. 1763. 193
Nous avons vu du même Peintre
un Tableau de Vierge d'un très - beau
caractère. (m) Deux autres Têtes : l'une
d'un vieillard , l'autre d'une jeune
Femme qui range avec fon éventail la
.coëffe d'un mantelet dont elle eft enveloppée
, nous ont paru , chacune dans
leur genre , mériter l'attention des Connoiffeurs.
La première a les grandes parties
de la Peinture utiles à l'étude de
cet Art , la feconde eft auffi piquante par
l'invention & le tour d'action , que par
la fraîcheur & par l'effet de la lumière.
Le foin laborieux d'étendre fes talens,
& fur-tout d'en foumettre les productions
au jugement du Public , eft remarqué
à ces expofitions , où M. Deshays
ne ceffe d'en recueillir le fruit. On
fe plaît à voir encore dans celle - ci des
Marches , des Caravanes & des Payfages
garnis d'animaux , par ce même Peintre
; nous avons entendus tous les meilleurs
Connoiffeurs & les plus habiles Artiftes
, fe réunir à comparer ces fortes de
Tableaux aux Ouvrages fi célèbres du
Bénédette. On y reconnoît la même délicateffe
de touche , la même élégance de
deffein , & les mêmes beautés de co-
-loris.
(m) Deux pieds 6 pouces , fur 2 pieds .
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
Nous avons eu déjà occafion de remarquer
dans ce Peintre un des plus
grands mérites qu'on puiffe avoir en
Poefie comme en Peinture ; c'eft de
prendre le ftyle exactement propre à
chaque Sujet qu'on traite. Nos Obfervations
fur les Ouvrages qu'il vient d'expofer
confirment plus que jamais cet
éloge. M. Deshays ne paroît en effet
avoir aucune manière affectée : c'eft le
Peintre de tous les genres , & il feroit
difficile de déterminer celui dans lequel
il excelle le plus . Son célèbre beau- père
a été nommé le Fontenelle de la Peinture;
nous ofons prédire que le gendre
en fera nommé le Voltaire.
M. AMEDÉE VANLOQ .
2
Toujours heureux dans la Peinture
le grand nom de Vanloo eft fort bien
foutenu cette année par M. Amédée,
On apperçoit avec fatisfaction l'avantage
qu'il a retiré de fa réfidence en
France , qui le rapproche d'une famille ,
où il trouve des modéles fi utiles : on
en voit particulièrement le fruit dans
deux Tableaux , dont l'un repréfente
une Prédication de S. Dominique devant
un Souverain Pontife , & l'autre S. Thomas
d'Aquin', compofant fes Ouvrages
OCTOBRE. 1763. 195
鬱
#
fous l'infpiration du Saint-Efprit . Il y a
dans ces deux Tableaux des beautés de
compofition & de coloris , qui peuvent
faire honneur aux talens de ce Peintre ,
& qui marquent fenfiblement d'heureux
progrès. Nous avons été embarraffés
dans l'un de ces deux Tableaux à nous
rendre raifon de quelques lumières qui
paroiffent fe croifer , comme fi elles partoient
de points oppofés. Peut - être l'Auteur
a-t-il eu pour cela des motifs dont
il est plus en état de rendre compte que
nous ; peut- être auffi nos yeux ont - ils
été trompés dans cette obfervation.
On a expofé encore de ce Peintre
deux Tableaux repréfentans des Jeux
d'enfans , & un autre l'Enfant Jéfus ,
avec un Ange qui lui montre les Attributs
de la Paffion ; Ouvrage dont le
Sujet a fans doute été exigé , & auquel
a été affujettie l'exécution.
M. CHALL E.
, & Plufieurs Tableaux d'Hiftoire
d'affez grande forme par M. Challe, prouvent
que cet Artifte travaille tonjours
avec application fur des bons principes
& dans un genre que l'on doit encoùrager.
La mort d'Hercule , Milon de
Crotone , Efther évanouie aux pieds
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
d'Affuerus , & une Vénus endormie .
font les Sujets qu'a traités M. Challe
dans ces Tableaux . On voit encore de
lui , quatre Deffeins d'Architecture , repréfentant
d'anciens Monumens dans
lefquels les Curieux d'antiquités trouvent
dequoi fatisfaire leur goût.
M. CHARDIN ,
C'eft avec d'autant plus de plaifir que
nous allons parler de Tableaux de fruits
& autres objets du genre de M. Chardin
, que cet illuftre Artiſte ſemble , dans
l'expofition de cette année , avoir renouvellé
toute la force de fon talent. On ne
peut voir d'effet plus piquant , plus vrai ,
plus naturel , & de touche plus fçavante
& plus artificieufe que ce que préfentent
en général les petits Ouvrages dont il
a orné le Sallon , & entr'autres un Déjeuné
qui eft la nature même des objets
qu'il a imités , & qui font offerts aux
yeux fous l'afpe& le plus attrayant.
On reconnoît & l'on doit avouer que
ce grand Peintre eft encore le Maître &
le modéle du genre qu'il a pour ainfi
dire créé. Indépendamment de ce que
M. Chardin a contribué par l'agrément de
Les Ouvrages à la décoration du Sallon
on lui doit encore un jufte tribut d'é-
?
OCTOBRE . 1763 . 197
1
loges pour l'ordre qu'il a été chargé de
mettre dans la difpofition de tant de
chefs-d'oeuvres divers. On eft convenu
généralement au premier coup - d'oeil ,
comme après un examen plus recherché ,
que jamais on n'avoit diſtribué avec
plus d'intelligence les différentes parties
de cette riche Collection , tant pour la
beauté de l'enfemble , que pour l'avan
tage particulier de chacun des morceaux
qui la compofent.
M. DE LA TOUR.
་
Les fuffrages du Public font toujours
les mêmes fur les productions du célébre
M. de la Tour. Parmi un grand
nombre de Portraits qu'il a préfentés
cette année , on y diftingue ceux de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame
la Dauphine , ainfi que ceux de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfei
gneur le Comte de Provence , du Prince
Clément , & de la Princeffe Chriftine de
Saxe. Il eft difficile d'exprimer avec quel
plaifir tout le monde eft frappé de l'étonnante
vérité des Portraits de M. le
Moine , Sculpteur du Roi , & d'un Eccléfiaftique
connu du Public , & très-confidéré
dans la Magiftrature .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
M. FRANCISQUE MILLET.
M. BOIZO T.
Il y a dans deux Payfages de M.
Millet , & dans plufieurs Tableaux de
M. Boizot , des chofes qui peuvent faire
honneur à ces deux Académiciens , &
où les Connoiffeurs retrouvent toujours
quelques effets des bons principes de
notre École Francoife.
M. VENE VAULT.
-
Les Amateurs de la Miniature ,
genre dans lequel M. Vénevault s'eft
à jufte titre acquis une grande réputatation
, ont lieu d'être fatisfaits des ouvrages
de cet Artifte. Le Portrait
étant l'objet le plus ordinaire de la Miniature
, ces fortes d'ouvrages n'intéreſfent
le plus fouvent que relativement à
la connoiffance qu'on a de ceux qui y
font repréſentés . M. Vénevault a attiré
la curiofité de tout le monde , fur une
compofition dans laquelle on voit un
homme connu dans la Littérature , qui
fous fon habit ordinaire d'Abbé, fait une
lecture à une jolie Femme fa parente. Le
contrafte des deux phyfionomies , &
le mérite de l'expreffion caractéristique
ont fait chercher ce Morceau , parmi
OCTOBRE 1763. 199
les grandes & férieufes beautés qui frappent
les regards , & on l'a vu avec le
même plaifir qu'une petite Piéce agréable
après la repréfentation des grands
Drames héroïques.
M. BACHELIER.
M. Bachelier a donné des preuves de
l'étude particulière qu'il fait depuis quelques
années dans le grand genre d'Hif
toire , & des fuccès qu'il peut fe promettre
d'y obtenir ; par l'expofition d'un
Tableau qui repréfente Caïn venant de
tuer fon frere Abel : il a pris ce Sujet
dans le Poëme de M, Gefner. C'eft auffi
dans cette fource qu'il a puifé les Sujets
de plufieurs Efquifles en grifaille , dans
lefquelles on trouve généralement autant
de force de génie que d'exécution .
Ces derniers morceaux font fingulièrement
honneur aux talens de l'Artifte .
Nous n'entrerons pas en un plus grand
détail fur les beautés remarquables de
fes Ouvrages , pour éviter la prolixité
& les répétitions. Les bornes de cet
écrit nous empêchent auffi de détailler
des peintures allégoriques du même Auteur
fur l'Europe fçavante , le Pacte de
famille , & c.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
M. PERRONNEAU.
Plufieurs Portraits en paftel , par M.
Perronneau , font vus avec fatisfaction ,
tant pour les vérités de reffemblance que
pour d'autres parties qui méritent l'attention
des Connoiffeurs.
M. VERNET .
Nous n'avons point d'expreffions , &
il feroit difficile d'en trouver pour rendie
toute l'admiration qu'on a donnée
aux Ouvrages expofés par M. Vernet
& pour en célébrer le rare mérite . Ils
confiftent, 1 ° . en deux grands Tableaux,
l'un repréfentant le Port de Rochefort ,
& l'autre celui de la Rochelle . Dans l'un
& dans l'autre fe trouve réuni tout ce
qu'a jamais produit & tout ce que pourra
produire le preftige de la Peinture . L'ingratitude
des Fabriques répétées & pour
ainfi dire rimées , qui fe trouvent dans.
ces Ports , eft fi ingénieufement fauvée
par l'artificieux emploi des lumières
qu'elles deviennent des beautés auxquelles
on ne peut fe refufer , & d'où
les regards ont peine à s'arracher . Chaque
objet particulier eft d'une fi éxacte
vérité , que ce n'eft point l'imitation
mais la nature même qui nous y attache ;
OCTOBRE. 1763. 201
& l'enſemble de ces objets eft fi artif
tement fondu , fi bien lié par l'art du
Peintre , que rien ne heurte la vue , &
que tout fatisfait également celle du
Connoiffeur comme celle du Vulgaire.
Le fpectateur diftingue chaque partie
de ces admirables compofitions ; il marche
dans les chemins qui y font tracés ;
il est prêt d'aller à bord avec les Marelots
; il parcourt les Atteliers , voit les
différentes manoeuvres , il converfe avec
les perfonnages dont les Figures , ingénieufement
grouppées , donnent de la
vie & du mouvement à ces chefs- d'oeuvre
de l'Art. ( n )
Quatre autres Tableaux du même
Auteur , repréfentant les quatre Parties
du Jour , (o) enrichiffent encore le Sallon .
Nous fommes réduits à la répétition des
mêmes éloges , que nous defirerions pouvoir
rendre encore plus forts , pour qu'ils
fuffent moins éloignés du mérite réel
de toutes ces productions. On admire
dans ces Tableaux comme dans les
premiers , la jufte expreffion dans les
(n) Ces Tableaux appartiennent au Roi , &
font de la fuite des Ports de France , & exécutés
par M. Vernet.
(o ) Ces Tableaux appartiennent à Monfeigneur.
le Dauphin,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
;
effets de chacun des différens points
du jour la parfaite analogie des tein
tes avec le ton vrai de la Nature
dans les diverfes manières dont les objets
font éclairés , & fur- tout la fublime
intelligence de la perfpective aërienne ,
que ce grand Maître poffede au moins
auffi parfaitement que Claude le Lorrain ,
en y joignant des avantages que peutêtre
n'ont pas les Ouvrages de cet illuf
tre Payfagifte. Ces quatre Tableaux ont.
un égal degré de perfection ; mais au
gré de quelques Curieux , celui qui repréfente
la Nuit , paroît le plus piquant ,
par la parfaite imitation des effets d'un
clair de Lune fur tous les objets , &
particulièrement fur les eaux.
Il y a encore plufieurs autres Ouvravrages
de ce grand Peintre qui méritent
l'attention & les fuffrages des Connoiffeurs
; dans le nombre de ces Tableaux
on remarque un Payfage , dont
le Sujet eft la Bergère des Alpes , &
deux Marines d'imagination. (p )
M. ROSLI N.
Les talens de M. Roflin pour le Portrait
, fi connus & déjà fi eftimés , pa-
(p ) Ces deux derniers Tableaux font du Cabi
net de Madame de Pompadour.
OCTOBRE. 1763. 203
toiffent être parvenus à la fupériorité
dans beaucoup de parties ; telles font
les vérités d'effet , la perfection & le
fini des détails , ainfi que l'heureux agencement
des draperies & des étoffes ; à
quoi il joint éminemment le plus beau
faire dans les têtes , les plus fidelles &
en même-temps les plus avantageufes
reffemblances ; la correction du Deffein ,
l'harmonie & enfin toutes les grandes parties
de la Peinture ; c'eft ce qu'on remarque
particulièrement dans les Portraits
de M. le Duc de Praflin , de M. le Baron
de Scheffer , d'un Abbé de Clairvault
, ainfi que dans celui de Madame
la Comteffe d'Egmont & de M. le Comte
de Kernicheuw en habit de Cérémonie
de l'Ordre de S. André de Ruffie. On
admire avec furprife , fingulièrement
dans ce dernier Portrait , la jufteffe &
l'éclat de l'imitation des étoffes très - riches
en or & en argent qui forment
l'habillement.
M. VALADE. M. DESPORTES.
Le premier de ces deux Peintres a
expofé différens Portraits en paſtel , dans
lefquels on trouve beaucoup de reffemblance
; un entr'autres qui repréfente
M. Loriot , Ingénieur méchanicien , mé-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
rite l'attention particulière des Amateurs
du paſtel , en ce qu'une moitié feulement
de ce Tableau , eft fixée par le
fecret qu'a découvert M. Loriot , & que
l'onn'apperçoit aucune différence ni altération
entre la partie fixée & celle qui
ne l'eft pas. On voit quatre Tableaux
de Fruits de M. Desportes.
MADA ME VIEN.
Les charmans Ouvrages de cette Académicienne
continuent de juftifier la
rare diftinction dont elle a été honorée
par fon admiffion dans l'Académie ;
avantage qui lui feroit uniquement propre
fans l'exemple de la fameufe Demoifelle
Rofa- Alba.
M. DE MA CHY .
On ne peut donner trop d'éloges aux
Sujets que nous avons vus de M. de
Machy dans le genre d'Architecture . Ils
confiftent 1 ° . dans la repréfentation de
l'intérieur de l'Eglife projettée pour la
Paroiffe de la Magdeleine ( q ) ; ce Tableau
donne & remplit très- bien l'idée
d'un beau Temple avec de grands effets ,
( 4 ) Tableau de trois pieds quatre pouces de
large fur un pied neuf pouces de haut.
OCTOBRE. 1763. 205
très-juftes & d'un riche afpect. 2°. Le
deffous du Périftile du Louvre du côté
de la rue Fromenteau , éclairé par une
lampe. On a lieu de louer , & même
d'admirer , dans ce Tableau , & le génie
de l'invention & la vérité piquante
d'un effet fi avantageux , qu'il embellit
le local repréfenté , de manière que
ceux qui le voyent tous les jours
font furpris de la beauté qu'ils n'y
avoient pas apperçue . 3° . Deux Ta
bleaux , à gouaffe , repréfentans les ruines
de la Foire S. Germain occafionnées
par l'Incendie ; l'effet de ce fpectacle
eft vivement & fidélement exprimé . 4º.
Un autre Tableau , dont le Sujet , trèsintéreffant
de foi-même, eft rappellé avec
la plus grande vérité. C'est l'inſtant de
la Pofe de la Statue Equeftre du Roi ,
dans la nouvelle Place , lorfqu'après
l'avoir enlevée , on la defcend fur fon
Piédeftal. La plus jolie compofition , les
meilleurs effets & le goût le plus jufte
dans le genre , diftinguent ce Morceau.
On y voit , on y retrouve la multitude
qui rempliffoit la place , on croiroit en
entendre le bruit. M. de Machy nous a
encore expofé des Tableaux de Ruines
dans lefquels on reconnoît toujours les
talens qui conftituent la réputation de
cet Artiſte.
266 MERCURE DE FRANCE.
M. DROUA IS le fils.
Le pinceau de M. Drouais le fils a
rempli l'attente du Public & par le nombre
& par l'agrément de fes productions.
On fçait avec quels applaudiffemens
elles ont été vues aux précédentes
expofitions & dès le premier moment
même que cet Auteur a paru
fur
la Scène du Sallon, Théâtre auffi avanta
geux au vrai mérite des talens que dangereux
pour la médiocrité . Ceux de cePeintre
non-feulement en foutiennen toujours
l'épreuve avec honneur , mais ils y
acquiérentde nouveauxfuffrages à chaque
nouvelle repréſentation : car nous croions
qu'on peut confidérer ainfi chaque expofition
publique . La fraîcheur du pinceau
, l'éclat & le piquant des effets
qu'on peut tirer des emplois de la lumière
, font les principales qualités qui caractérisent
le talent de M. Drouais
dans l'exécution , ainfi que le choix
gracieux dans l'arrangement & dans la
pofition des objets. Ces qualités réunies
, font remarquer avec grand plaifir
tous les Tableaux & tous les Portraits
de cet Auteur. On eft principalement
frappé de celui où il a peint Monfeigneur
le COMTE D'ARTOIS & MADA- .
OCTOBRE. 1763. 207
ME jouant avec une Chévre. Ce Mor
ceau eft de la plus agréable invention ;
& malgré la hauteur où la néceffité de
l'ordre général a forcé de le placer au
Sallon , l'éclat & les grâces dont il bril
loit , ont attiré tous les regards. Nous
devons obferver néanmoins que cette
élévation où fé font trouvés placés quelques
Ouvrages du même Peintre , a pu
faire un obftacle à la diftinction qu'ils
méritoient , les objets qui y étoient repréfentés
n'étant pas faits pour être vus
d'une fi grande diſtance .
Ce que nous venons de dire à l'avan
tage de ce Tableau de M. Dronais , eft
applicable à tous les autres. On ne peut
cependant refufer des éloges particuliers
au Portrait d'un très-joli petit Garçon en
Pierrot. C'eft un morceau du genre &
à - peu-près de l'effet du petit Polifon
au Portefeuille qui a été vu précédemment
& qui a fait tant d'honneur à ce
Peintre. La petite Nourrice ainfi que
le Portrait d'une petite Fille charmante
jouant avec un chat ( deux Tableaux
ovales ) font du même mérite . On ne
peut fe faire une idée trop agréable du
piquant qu'il y a dans ce dernier Morceau.
Ceux qui en connoiffent le mo208
MERCURE DE FRANCE.
déle ( r ) doivent convenir que s'il a
prêté au talent du Peintre , celui - ci à
fon tour en a fi bien faifi la grâce & la
fineffe de caractère , que l'on ne pouvoit
mieux répondre à cet heureux
choix de la Nature . ( s )
M. VOIRIOT .
Dans plufieurs Portraits de ce Peintre
on reconnoît les fruits des bons principes
de l'Art. Le Public , non plus que
nous , ne peut juger de l'exactitude des
reffemblances dans les Portraits des Particuliers
. Mais nous y pouvons diftinguer
la bonne manière de peindre les
têtes , l'enfemble des parties , le ton vrai
& l'accord du coloris , ainfi que le meilleur
choix des attitudes , & c. En examinant
les Ouvrages de M. Voiriot fur
toutes ces conditions requifes , nous
trouverions beaucoup de chofes à dire,
favorables à fon talent.
(r) Mlle SILVESTRE , fille de M. SILVESTRE ,
Peintre du Roi de Pologne & petite - fille de feu
M. SILVESTRE , Directeur de l'Académie .
( s ) Ce Tableau eft du Cabinet de Madame de
Pompadour.
N. B. La fuite au prochain Mercure.
Les perfonnes qui auront la Brochure
OCTOBRE. 1763. 209
où la Defcription des Tableaux eft raf
femblée en entier, peuvent s'adreffer au
Bureau du Mercure , rue Ste Anne, On
leur délivrera gratis en fupplément
pour joindre à cette Brochure la Def
cription des Ouvrages de Sculpture ,qui
n'a pû être imprimée dans le même
temps .
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Résumé : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
En octobre 1763, le Salon du Louvre a mis en lumière diverses œuvres d'artistes renommés. Les tableaux de M. de La Grenée ont été particulièrement remarqués, notamment 'Suzanne surprise aux bains par les deux vieillards' et 'La jeune Aurore quittant la couche du vieux Titon'. D'autres œuvres de La Grenée, telles que 'La douce Captivité' et plusieurs représentations de la Vierge Marie, ont également été louées. M. Deshayes, un artiste prometteur, a exposé 'Le mariage mystique de la Sainte Vierge avec Saint Joseph', apprécié pour son invention et sa composition poétique. Ses autres œuvres, comme 'La Résurrection de Lazare' et 'La Chasteté de Joseph', ont également été saluées. Joseph Deshays a été félicité pour ses tableaux, souvent comparés à ceux des grands maîtres. Amédée Vanloo a montré des progrès dans ses tableaux religieux, tandis que Challe a exposé des tableaux historiques et des dessins architecturaux. Chardin a présenté des natures mortes remarquables pour leur réalisme. La Tour a été acclamé pour ses portraits, notamment ceux de membres de la famille royale. Millet et Boizot ont été salués pour leurs paysages et tableaux. Vénevault a attiré l'attention avec une miniature représentant un homme de littérature lisant à une femme. Bachelier a exposé un tableau sur Caïn et Abel, et Perronneau a présenté des portraits en pastel appréciés pour leur ressemblance. Vernet a impressionné avec des tableaux de ports et des scènes maritimes. M. Roslin a exposé 'La Bergère des Alpes' et deux marines imaginaires, ainsi que des portraits de personnalités notables. M. Valade et M. Desportes ont présenté des portraits en pastel et des tableaux de fruits. Madame Vien a confirmé sa distinction académique avec ses ouvrages. M. de Machy a exposé des œuvres architecturales, incluant la représentation de l'église projetée pour la paroisse de la Madeleine. M. Drouais le fils a suscité l'admiration avec ses tableaux et portraits, notamment celui du Comte d'Artois. Deux tableaux ovales de M. Voiriot, 'Portrait d'une petite Fille charmante' et 'Jouant avec un chat', ont été jugés de grande qualité. Une brochure décrivant les tableaux était disponible au Bureau du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 211-213
SUPPLÉMENT aux Annonces de Livres.
Début :
LES Ephémérides Troyennes pour 1764, paroîtront dans Décembre prochain [...]
Mots clefs :
Indication, Tableaux, Charte, Procédure, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Annonces de Livres.
SUPPLÉMENT aux Annonces
de Livres.
ES Ephémérides Troyennes pour
1764 , paroîtront dans Décembre prochain
, chez Duchefne , à Paris & chez
Gobelet , à Troyes. Elles offrent pour
cette année .
1º. Par addition à l'Art. des Curiofités
&fing. beaucoup augmentées , une
212 MERCURE DE FRANCE.
indication de Tableaux originaux de
différens Maîtres , répandus à Troyes
dans plufieurs maiſons particuliéres : indication
qui réuniffant ces Tableaux
fous un point de vue ouvrira à Troyes
le Spectacle dont jouit Paris au Sallon
du Louvre : Si parva licet componere
magnis.
2°. La première Charte d'affranchiffement
& d'inftitution de l'Echevinage ,
accordée en 1242 aux habitans de
Troyes , par le Comte Thibaut I. le
François de cette Charte eft le même
que celui des chanfons de la compofition
de ce Prince ; autant que dans tous les
temps & dans tous les pays, le langage de
la Poëfie reffemble au ftyle de la Profe .
3. Les Lettres Patentes par lefquelles
Charles VIII. exempte la Ville de
Troyes , Capitale de tout le Pays de
Champagne , de toutes Tailles , Subfides
& Impofitions , pour l'entretene
ment des gens de guerre .
-
4°. Un Précis de la Procédure Criminelle
faite à Troyes , en 1633 , contre
le Chevalier de Jars . Tous les
Mémoires du Regne de LOUIS XIII.
parlent de cette Procédure fans en donner
le détail. Celui que l'on donne aujourd'hui
, rédigé par un des Juges qui
OCTOBRE. 1763. 213
,
avoient affifté au Procès fupplée à ce
filence. On y a joint un Avis où
l'on fait connoître le Chevalier de Jars
& les Perfonnages en fecond de cette
étonnante Tragédie.
5°. Quelques avis économiques.
6º. Un Mémoire fur l'origine des
Droits de Collation & des Décimes exer
cés aujourd'hui fur une partie des Cures
du Diocèfe , par différens Chapitres
Abbayes & Prieurés.
7°. La vie du P. le Cointe , Troyen
Auteur des Annal. Ecclef. Francorum .
L'Eftampe du Frontifpice repréfente
le Jubé de l'Eglife Paroiffiale de la
Magdeleine.
1
N. B. Nous fommes forcés de remettre
les Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
de Livres.
ES Ephémérides Troyennes pour
1764 , paroîtront dans Décembre prochain
, chez Duchefne , à Paris & chez
Gobelet , à Troyes. Elles offrent pour
cette année .
1º. Par addition à l'Art. des Curiofités
&fing. beaucoup augmentées , une
212 MERCURE DE FRANCE.
indication de Tableaux originaux de
différens Maîtres , répandus à Troyes
dans plufieurs maiſons particuliéres : indication
qui réuniffant ces Tableaux
fous un point de vue ouvrira à Troyes
le Spectacle dont jouit Paris au Sallon
du Louvre : Si parva licet componere
magnis.
2°. La première Charte d'affranchiffement
& d'inftitution de l'Echevinage ,
accordée en 1242 aux habitans de
Troyes , par le Comte Thibaut I. le
François de cette Charte eft le même
que celui des chanfons de la compofition
de ce Prince ; autant que dans tous les
temps & dans tous les pays, le langage de
la Poëfie reffemble au ftyle de la Profe .
3. Les Lettres Patentes par lefquelles
Charles VIII. exempte la Ville de
Troyes , Capitale de tout le Pays de
Champagne , de toutes Tailles , Subfides
& Impofitions , pour l'entretene
ment des gens de guerre .
-
4°. Un Précis de la Procédure Criminelle
faite à Troyes , en 1633 , contre
le Chevalier de Jars . Tous les
Mémoires du Regne de LOUIS XIII.
parlent de cette Procédure fans en donner
le détail. Celui que l'on donne aujourd'hui
, rédigé par un des Juges qui
OCTOBRE. 1763. 213
,
avoient affifté au Procès fupplée à ce
filence. On y a joint un Avis où
l'on fait connoître le Chevalier de Jars
& les Perfonnages en fecond de cette
étonnante Tragédie.
5°. Quelques avis économiques.
6º. Un Mémoire fur l'origine des
Droits de Collation & des Décimes exer
cés aujourd'hui fur une partie des Cures
du Diocèfe , par différens Chapitres
Abbayes & Prieurés.
7°. La vie du P. le Cointe , Troyen
Auteur des Annal. Ecclef. Francorum .
L'Eftampe du Frontifpice repréfente
le Jubé de l'Eglife Paroiffiale de la
Magdeleine.
1
N. B. Nous fommes forcés de remettre
les Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Annonces de Livres.
Le document annonce la publication des 'Éphémérides Troyennes' pour l'année 1764, disponibles chez Duchefne à Paris et Gobelet à Troyes. Cette édition comprend une section enrichie sur les curiosités et les arts, présentant des tableaux de maîtres dans des maisons privées de Troyes, similaire au Salon du Louvre. Elle inclut également la première charte d'affranchissement et d'institution de l'Échevinage accordée en 1242 par le Comte Thibaut Ier, dont le style rappelle ses chansons. Les lettres patentes de Charles VIII exemptant Troyes de certaines taxes pour l'entretien des troupes y sont également publiées. Le texte contient un compte rendu détaillé de la procédure criminelle contre le Chevalier de Jars en 1633, basé sur les mémoires d'un juge participant au procès. D'autres sections abordent des avis économiques, un mémoire sur les droits de collation et des dîmes dans le diocèse, ainsi qu'une biographie du Père Le Cointe, auteur des 'Annales Ecclesiasticae Francorum'. Les nouvelles politiques seront reportées au prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 126-137
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, à l'usage des Colléges & de tous les lieux [...]
Mots clefs :
Prononciation, Tableaux, Ouvrages, Libraires, Étrangers, Grammaire, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
ABRÉGÉ de. l'Hiſtoire Grecque , à
l'uſage des Colléges & de tous les lieux
où l'on inſtruit la Jeuneſſe tant de l'un
1
NOVEMBRE. 1763. 187
que de l'autre féxe. In-12. Paris, 1763 .
Chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'Occafion. Prix , 2 liv. 10f..
ÉLOGE hiſtorique de M. le Cardinal
Paffionei , Secrétaire des Brefs &Bibliothécaire
du Siége Apostolique. In- 12 .
La Haye , 1763. Se trouve à Paris
chez le même Libraire. Prix , 1 liv.
10 f. broché.
TRAITÉ des Affections vaporeuſes
des deux féxes ; où l'on a tâché de joindre
à une théorie folide une pratique
füre , fondée fur des obſervations. Par
M. Pomme , fils , Docteur en Médecine
de l'Univerſité de Montpellier , Réfident
àArles en Provence. In-8°. Lyon,
1763. Chez Duplain , Libraire ,grande
rue Merciere , à l'Aigle ; & ſe trouve à
Paris chez Gogue , Libraire , quai des
Auguftins.
MÉDÉE à Jafon , après le meurtre
de ſes enfans , Héroïde .
SitMedeaferox.
Hor.
Suivie d'un Morceau tiré du Dante, Brochure
in-8 °. 1763. Chez les Libraires
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
qui débitent les Nouveautés. Nous rendrons
compte de ces deux Piéces qui
font honneur à leur Auteur.
LES VRAIS PRINCIPES de la Lecture,
de l'Orthographe &de la Prononciation
Françoiſe , ſuivis de différentes
Piéces de Lecture propres à donner des
notions ſimples & faciles fur toutes les
parties de nos connoiſſances. Ouvrage
utile aux Enfans , qu'il conduit par degrés
de PAlphabet à la connoiſſance
des régles de la Prononciation , de l'Orthographe
, de la Ponctuation , de la
Grammaire & de la Profodie Françoiſe
: principalement destiné aux Etrangers
auxquels on s'eſt proposé d'abréger
l'Etude de notre Prononciation ,par
une fuite de Tableaux rangés par ordre
alphabétique , dans lesquels on a écrit à
côté de chaque mot la manière dont
il doit être prononcé. Par M. VIARD ,
de l'Académie des Énfans. in 12à Paris,
1763 ; chez Nyon , Libraire Quai des
Augustins. Aumont , Libraire , Place
Mazarine. Brocas & Humblot, Libraires,
rue S. Jacques . Guillyn Libraire ,
Quai des Auguftins . Deſſaint - Junior ,
Libraire - Quai des Auguſtins. Vallat
la Chapelle , Libraire , au Palais , fur le
,
NOVEMBRE. 1763. 129
Perron de la Sainte Chappelle, Panckoucke
, Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe.
Nous nous faiſons un plaifir d'an -
noncer cette excellente production ,
dont le titre ſeul pourroit ſervir d'Extrait.
L'Auteur , dans un avertiſſement ,
rend compte de la marche qu'il a ſuivie
dans ſon Ouvrage , & du but qu'il s'eſt
propoſé en le compoſant , & nous ofons
affurer qu'il l'a très- bien rempli. L'enfant
même le moins intelligent , peut
en très-peu de temps apprendre à lire
&dans ſes leçons qui pour l'ordinair e
ont une ſéchereſſe rebutante , il trouve
un agrément qui ne fait que l'encou-
- rager.
>
Nous n'entrerons point ici dans le
détail des procédés que M. Viard a
adoptés pour abréger à la perſonne
qu'il inſtruit les difficultés de la lecture.
Maître d'une Penſion connue depuis
longtemps ſous le titre d'Académie des
Enfans , il a été à même de bien voir
en quoi elles nuiſoient aux progrès de
ſes Elèves , & comment il ſeroit poffible
de rémédier au découragement
qu'elles leur inſpirent. C'eſt d'après les
réfléxions que ſes propres travaux lui
ont fait faire , qu'il a compoſé l'Ou-
1
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
vrage dont nous parlons ,& dontnous
faifons d'autant plus de cas , que tout
ce qui y est indiqué comme un moyen
d'inſtruction , paroît être le réſultat de
l'expérience la plus réfléchie.
De l'Alphabet l'Auteur paffe à l'afſemblage
des lettres. M. Viard a imaginé
des tableaux formés des fonsfimples
d'une conſonne & d'une voyelle ;
ces tableaux ſont ſuivis d'un autre tableau
de mots de deux fyllabes formés
de ces mêmes fons. Cette méthode
lui fert encore pour faire diftinguer
à fon Elève les fons formés d'une
voyelle & d'une confonne. Les différentes
leçons dont ils font le ſujet ,
étant auſſi ſuivies de tableaux de mots
de trois & de quatre ſyllables formés
de ces derniers fons & des précédens.
Ainfi paſſant fucceffivement à la combinaiſon
des différentes lettres , l'Elève
de M. Viard parvient à lire des phrafes
entières dans lesquelles cet Auteur a
fait entrer la plus grande partie des
mots qu'il lui avoit fait prononcer.
En poursuivant fon cours de lecture
M. Viard entre dans les principes généraux
de la Grammaire. Rien n'eſt
mieux imaginé que d'apprendre à lire
aux Enfans dans les élémens de leur'
NOVEMBRE. 1763. 131
langue & de commencer leur étude
par leur donner des régles de la prononciation
la plus correcte. Pour y
réuffir . M. Viard a fait ſuivre fon
Traité de la Grammaire d'une Profodie
françoife . Nous ne ferons point
l'éloge de cet excellent extrait de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Dolivet fur cette
matière. Nous ajouterons ſeulement ici
qu'après avoir conduit fon Elève d'une
manière claire & rapide par tous les
degrès où il doit paffer avant que de
life courament , l'Auteur donne une
définition nette & précife des différens
arts & de toute la partie de nos
connoiffances ; qu'à l'aide de ces notions
un enfant peut orner fa mémoire
d'une infinité de chofes qui lui feront
auffi utiles qu'agréables. Cet Ouvrage
eſt terminé par l'allégorie des oiſeaux
du P. Brumoy , & les maximes en
vers de l'illustre Fenelon. Nous invitons
les Maîtres & Maîtreſſes & généralement
tous ceux qui font chargés
de l'éducation de la jeuneſſe , à fe procurer
ce Livre qui eſt ſans contredit
un des meilleurs qu'on ait fait en ce
gente ,& nous les afſurons qu'ils ne
peuvent faire une plus utile acquifition .
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
4
re ſe trouve auffi à Paris ,
Nyon , Libraire.
A MANALDINE , Libraire à Rome
iteur de la magnifique Edition des
Evres de Virgile avec la verſion ita-
Henne du célèbre P. Ambrogy nous
ayertit que pour contenter MM. les
Soufcripteurs à qui les Volumes de
Virgile paroiſſent trop minces , il a pris
le parti de diviſer 1 Enéïde en deux
Volumes , de forte que l'Ouvrage ne
ſera que de trois volumes au lieu de
quatre comme on l'avoit annoncé,
par ce nouvel arrangement l'on payera
en ſouſcrivant & en recevant le premier
volume 50 livres ; & 28 livres en
recevant le deuxième , & l'on diſtribuera
gratis le troifiéme. Les ſouſcriptions
ne feront ouvertes que juſqu'à
la fin de Décembre prochain ; & il
faudra que pour ce temps-là MM. les
Souſcripteurs donnent leurs noms pour
les faire imprimer à la tête du troifiéme
Volume. Après le mois de Décembre
ſuſdit , l'Ouvrage coûtera à
Rome 120 livres de France. On peut
ſouſcrire chez Durand, neveu , Libraire
rue S. Jacques. :
NOVEMBRE. 1763. 133
LETTRES ſur l'Origine de la Nobleſſe
Françoiſe. In- 12. 1763. Se vend
2 liv. broché & 2 liv. 10 f. rélié.
On trouve chez le même Libraire les
Livres fuivans :
RECUEIL de Queſtions propoſées à
une Société de Savans qui par ordre de
S. M. Danoise font le voyage de l'Arabie
, par M. Michaëlis , Conſeiller de
Cour de S. M. Britannique , Profeſſeur
en Philofophie & Directeur de la Société
Royale des Sciences de Gottingue ,
traduit de l'Allemand. Vol. in-8°. de
482 pages. Se vend 3 liv. 10 f.
JAC. REINBOLDI SPIELMANN ,
Phil . & Med. D. Chemiæ Botanic . reliquæque
Mater. Med. P. P. O. Capit.
Thomani Canon. Acad. Cæfar. II . C.
Regiæ Berolin. Elect. Mogunt. Sodalis
Collegii Regii Med. Nancejan. honor ,
memori Inſtitutions Chemiæ pralectionibus
Academicis adcommodata. I vol.
in-8°. Argentorati. Prix , 6 liv . relié.
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
On trouve auſſi chez Durand neveu
l'Hist. du Commerce & de la Navigation
, 1 vol. in-8. imprimé fur du grand
papier & exécuté avec beaucoup de
foin. Le Prix eſt de 6 liv. en blanc.
Le même Livre in-8. papier ordinaire
fe vend 5 liv. relié.
AVIS fur l'Inoculation de la Petite
Vérole, figné CANDIDE. Brochure de
31 pag. qui fe trouve chez P. F.
Didot le Jeune , Quai des Auguſtins ,
à S. Augustin , 1763 .
L'Auteur est un Médecin qui pour
nous, ſervir de ſes propres termes , ofe
hazarder cequ'il penfe , uniquement par
reconnoissance pour te Public qui s'intéreſſe
à la présente diſcuſſion.
- Il répond aux queſtions propofées
par le Parlement à la Faculté de Médecine
fur le fait de l'Inoculation de la
Petite Vérole . Et ſes réponſes ſoit négatives
, ſoit pofitives , font diametralement
oppoſées à tout ce qui a été écrit
& foutenu par les partiſans de l'Inoculation.
Il ne nous convientpas depren
NOVEMBRE. 1763. 135
dre un parti dans une querelle dont
l'objet eſt trop important pour ne la
regarder que comme une querelle littéraire
: ce que nous pouvons affurer
c'eſt que fi l'Auteur a la vérité de fon
côté , comme il s'en flatte ,jamais homme
ne l'a dite plus courageuſement.
On doit donner inceffament au Public
, la Bibliographie univerſelle , ou
le Catalogue général de tous les Livres ,
tant de France , que des pays Etrangers ,
qui ſe trouvent actuellement dans les
magaſins des Libraires de Paris , avec
leurs prix & la demeure des Libraires
qui les vendent. Le tout rangé par ordre
des matières dont ils traitent. Cet
Ouvrage aura 2. volumes in-8°. il eſt
fort utile aux gens de Lettres , aux Auteurs
, à tous les Etrangers & aux Libraires
mêmes. Comme l'on n'en tire
qu'un très-petit nombre d'Exemplaires ,
on prie les perſonnes qui voudront ſe le
procurer , de vouloir bien envoyer dès
à préſent leur adreſſe à Defpilly , Libraire
rue S. Jacques, à la Croix d'Or ,
chargé de la diftribution de cet Ouvrage.
Le prixde chaque volume pourra
être de 2. liv. 10 fols.
136 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez Tilliard , Libraire ,
quai des Auguſtins , à S. Benoît , quelques
Exemplaires d'une nouvelle Tragédie
en Anglois , intitulée Médea ,
donnée par M. Glover. Brochure in-4°.
de 98 pages , imprimée à Londres en
1762. fur du fort beau papier. Le Prix
eſt de 3 liv .
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
ABRÉGÉ de. l'Hiſtoire Grecque , à
l'uſage des Colléges & de tous les lieux
où l'on inſtruit la Jeuneſſe tant de l'un
1
NOVEMBRE. 1763. 187
que de l'autre féxe. In-12. Paris, 1763 .
Chez Nyon , Libraire , quai des Auguftins
, à l'Occafion. Prix , 2 liv. 10f..
ÉLOGE hiſtorique de M. le Cardinal
Paffionei , Secrétaire des Brefs &Bibliothécaire
du Siége Apostolique. In- 12 .
La Haye , 1763. Se trouve à Paris
chez le même Libraire. Prix , 1 liv.
10 f. broché.
TRAITÉ des Affections vaporeuſes
des deux féxes ; où l'on a tâché de joindre
à une théorie folide une pratique
füre , fondée fur des obſervations. Par
M. Pomme , fils , Docteur en Médecine
de l'Univerſité de Montpellier , Réfident
àArles en Provence. In-8°. Lyon,
1763. Chez Duplain , Libraire ,grande
rue Merciere , à l'Aigle ; & ſe trouve à
Paris chez Gogue , Libraire , quai des
Auguftins.
MÉDÉE à Jafon , après le meurtre
de ſes enfans , Héroïde .
SitMedeaferox.
Hor.
Suivie d'un Morceau tiré du Dante, Brochure
in-8 °. 1763. Chez les Libraires
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
1
qui débitent les Nouveautés. Nous rendrons
compte de ces deux Piéces qui
font honneur à leur Auteur.
LES VRAIS PRINCIPES de la Lecture,
de l'Orthographe &de la Prononciation
Françoiſe , ſuivis de différentes
Piéces de Lecture propres à donner des
notions ſimples & faciles fur toutes les
parties de nos connoiſſances. Ouvrage
utile aux Enfans , qu'il conduit par degrés
de PAlphabet à la connoiſſance
des régles de la Prononciation , de l'Orthographe
, de la Ponctuation , de la
Grammaire & de la Profodie Françoiſe
: principalement destiné aux Etrangers
auxquels on s'eſt proposé d'abréger
l'Etude de notre Prononciation ,par
une fuite de Tableaux rangés par ordre
alphabétique , dans lesquels on a écrit à
côté de chaque mot la manière dont
il doit être prononcé. Par M. VIARD ,
de l'Académie des Énfans. in 12à Paris,
1763 ; chez Nyon , Libraire Quai des
Augustins. Aumont , Libraire , Place
Mazarine. Brocas & Humblot, Libraires,
rue S. Jacques . Guillyn Libraire ,
Quai des Auguftins . Deſſaint - Junior ,
Libraire - Quai des Auguſtins. Vallat
la Chapelle , Libraire , au Palais , fur le
,
NOVEMBRE. 1763. 129
Perron de la Sainte Chappelle, Panckoucke
, Libraire , rue de la Comédie
Françoiſe.
Nous nous faiſons un plaifir d'an -
noncer cette excellente production ,
dont le titre ſeul pourroit ſervir d'Extrait.
L'Auteur , dans un avertiſſement ,
rend compte de la marche qu'il a ſuivie
dans ſon Ouvrage , & du but qu'il s'eſt
propoſé en le compoſant , & nous ofons
affurer qu'il l'a très- bien rempli. L'enfant
même le moins intelligent , peut
en très-peu de temps apprendre à lire
&dans ſes leçons qui pour l'ordinair e
ont une ſéchereſſe rebutante , il trouve
un agrément qui ne fait que l'encou-
- rager.
>
Nous n'entrerons point ici dans le
détail des procédés que M. Viard a
adoptés pour abréger à la perſonne
qu'il inſtruit les difficultés de la lecture.
Maître d'une Penſion connue depuis
longtemps ſous le titre d'Académie des
Enfans , il a été à même de bien voir
en quoi elles nuiſoient aux progrès de
ſes Elèves , & comment il ſeroit poffible
de rémédier au découragement
qu'elles leur inſpirent. C'eſt d'après les
réfléxions que ſes propres travaux lui
ont fait faire , qu'il a compoſé l'Ou-
1
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
vrage dont nous parlons ,& dontnous
faifons d'autant plus de cas , que tout
ce qui y est indiqué comme un moyen
d'inſtruction , paroît être le réſultat de
l'expérience la plus réfléchie.
De l'Alphabet l'Auteur paffe à l'afſemblage
des lettres. M. Viard a imaginé
des tableaux formés des fonsfimples
d'une conſonne & d'une voyelle ;
ces tableaux ſont ſuivis d'un autre tableau
de mots de deux fyllabes formés
de ces mêmes fons. Cette méthode
lui fert encore pour faire diftinguer
à fon Elève les fons formés d'une
voyelle & d'une confonne. Les différentes
leçons dont ils font le ſujet ,
étant auſſi ſuivies de tableaux de mots
de trois & de quatre ſyllables formés
de ces derniers fons & des précédens.
Ainfi paſſant fucceffivement à la combinaiſon
des différentes lettres , l'Elève
de M. Viard parvient à lire des phrafes
entières dans lesquelles cet Auteur a
fait entrer la plus grande partie des
mots qu'il lui avoit fait prononcer.
En poursuivant fon cours de lecture
M. Viard entre dans les principes généraux
de la Grammaire. Rien n'eſt
mieux imaginé que d'apprendre à lire
aux Enfans dans les élémens de leur'
NOVEMBRE. 1763. 131
langue & de commencer leur étude
par leur donner des régles de la prononciation
la plus correcte. Pour y
réuffir . M. Viard a fait ſuivre fon
Traité de la Grammaire d'une Profodie
françoife . Nous ne ferons point
l'éloge de cet excellent extrait de l'Ouvrage
de M. l'Abbé Dolivet fur cette
matière. Nous ajouterons ſeulement ici
qu'après avoir conduit fon Elève d'une
manière claire & rapide par tous les
degrès où il doit paffer avant que de
life courament , l'Auteur donne une
définition nette & précife des différens
arts & de toute la partie de nos
connoiffances ; qu'à l'aide de ces notions
un enfant peut orner fa mémoire
d'une infinité de chofes qui lui feront
auffi utiles qu'agréables. Cet Ouvrage
eſt terminé par l'allégorie des oiſeaux
du P. Brumoy , & les maximes en
vers de l'illustre Fenelon. Nous invitons
les Maîtres & Maîtreſſes & généralement
tous ceux qui font chargés
de l'éducation de la jeuneſſe , à fe procurer
ce Livre qui eſt ſans contredit
un des meilleurs qu'on ait fait en ce
gente ,& nous les afſurons qu'ils ne
peuvent faire une plus utile acquifition .
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
4
re ſe trouve auffi à Paris ,
Nyon , Libraire.
A MANALDINE , Libraire à Rome
iteur de la magnifique Edition des
Evres de Virgile avec la verſion ita-
Henne du célèbre P. Ambrogy nous
ayertit que pour contenter MM. les
Soufcripteurs à qui les Volumes de
Virgile paroiſſent trop minces , il a pris
le parti de diviſer 1 Enéïde en deux
Volumes , de forte que l'Ouvrage ne
ſera que de trois volumes au lieu de
quatre comme on l'avoit annoncé,
par ce nouvel arrangement l'on payera
en ſouſcrivant & en recevant le premier
volume 50 livres ; & 28 livres en
recevant le deuxième , & l'on diſtribuera
gratis le troifiéme. Les ſouſcriptions
ne feront ouvertes que juſqu'à
la fin de Décembre prochain ; & il
faudra que pour ce temps-là MM. les
Souſcripteurs donnent leurs noms pour
les faire imprimer à la tête du troifiéme
Volume. Après le mois de Décembre
ſuſdit , l'Ouvrage coûtera à
Rome 120 livres de France. On peut
ſouſcrire chez Durand, neveu , Libraire
rue S. Jacques. :
NOVEMBRE. 1763. 133
LETTRES ſur l'Origine de la Nobleſſe
Françoiſe. In- 12. 1763. Se vend
2 liv. broché & 2 liv. 10 f. rélié.
On trouve chez le même Libraire les
Livres fuivans :
RECUEIL de Queſtions propoſées à
une Société de Savans qui par ordre de
S. M. Danoise font le voyage de l'Arabie
, par M. Michaëlis , Conſeiller de
Cour de S. M. Britannique , Profeſſeur
en Philofophie & Directeur de la Société
Royale des Sciences de Gottingue ,
traduit de l'Allemand. Vol. in-8°. de
482 pages. Se vend 3 liv. 10 f.
JAC. REINBOLDI SPIELMANN ,
Phil . & Med. D. Chemiæ Botanic . reliquæque
Mater. Med. P. P. O. Capit.
Thomani Canon. Acad. Cæfar. II . C.
Regiæ Berolin. Elect. Mogunt. Sodalis
Collegii Regii Med. Nancejan. honor ,
memori Inſtitutions Chemiæ pralectionibus
Academicis adcommodata. I vol.
in-8°. Argentorati. Prix , 6 liv . relié.
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
On trouve auſſi chez Durand neveu
l'Hist. du Commerce & de la Navigation
, 1 vol. in-8. imprimé fur du grand
papier & exécuté avec beaucoup de
foin. Le Prix eſt de 6 liv. en blanc.
Le même Livre in-8. papier ordinaire
fe vend 5 liv. relié.
AVIS fur l'Inoculation de la Petite
Vérole, figné CANDIDE. Brochure de
31 pag. qui fe trouve chez P. F.
Didot le Jeune , Quai des Auguſtins ,
à S. Augustin , 1763 .
L'Auteur est un Médecin qui pour
nous, ſervir de ſes propres termes , ofe
hazarder cequ'il penfe , uniquement par
reconnoissance pour te Public qui s'intéreſſe
à la présente diſcuſſion.
- Il répond aux queſtions propofées
par le Parlement à la Faculté de Médecine
fur le fait de l'Inoculation de la
Petite Vérole . Et ſes réponſes ſoit négatives
, ſoit pofitives , font diametralement
oppoſées à tout ce qui a été écrit
& foutenu par les partiſans de l'Inoculation.
Il ne nous convientpas depren
NOVEMBRE. 1763. 135
dre un parti dans une querelle dont
l'objet eſt trop important pour ne la
regarder que comme une querelle littéraire
: ce que nous pouvons affurer
c'eſt que fi l'Auteur a la vérité de fon
côté , comme il s'en flatte ,jamais homme
ne l'a dite plus courageuſement.
On doit donner inceffament au Public
, la Bibliographie univerſelle , ou
le Catalogue général de tous les Livres ,
tant de France , que des pays Etrangers ,
qui ſe trouvent actuellement dans les
magaſins des Libraires de Paris , avec
leurs prix & la demeure des Libraires
qui les vendent. Le tout rangé par ordre
des matières dont ils traitent. Cet
Ouvrage aura 2. volumes in-8°. il eſt
fort utile aux gens de Lettres , aux Auteurs
, à tous les Etrangers & aux Libraires
mêmes. Comme l'on n'en tire
qu'un très-petit nombre d'Exemplaires ,
on prie les perſonnes qui voudront ſe le
procurer , de vouloir bien envoyer dès
à préſent leur adreſſe à Defpilly , Libraire
rue S. Jacques, à la Croix d'Or ,
chargé de la diftribution de cet Ouvrage.
Le prixde chaque volume pourra
être de 2. liv. 10 fols.
136 MERCURE DE FRANCE.
On trouve chez Tilliard , Libraire ,
quai des Auguſtins , à S. Benoît , quelques
Exemplaires d'une nouvelle Tragédie
en Anglois , intitulée Médea ,
donnée par M. Glover. Brochure in-4°.
de 98 pages , imprimée à Londres en
1762. fur du fort beau papier. Le Prix
eſt de 3 liv .
LETTRE de M. l'Abbé AUBERT , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
L'AUTEUR de CLOVIS , Pоёте Не-
roï- Comique en 3 volumes , que vous
avez annoncé , Monfieur , dans le Mercure
de Septembre , m'a fait l'honneur
de s'égayer à mes dépens , dans un épilogue
où il maltraite ſérieuſement MM.
de Voltaire , Piron , Greffet , Thomas ,
Mirabeau , Rousseau , & c. Je le remercie
de m'avoir mis en auffi bonne compagnie
; mais je crois devoir déſabuſer
les perſonnes qui liront ſon Poëme ,
d'une petite calomnie qui lui eſt échappée
à mon ſujet. » Aubert , dit-il ,
En fables inſtruiſoit ,
>> Se rendoit neuf , & voyant qu'il plaiſoit ,
>>>Tout uniment complimentoit ſa veine
Dans un Journal que lui-même faiſoit,
NOVEMBRE. 1763. 137
Cela eft faux : je ne fais point le Journal
dont cet Auteur veut parler. Il ſe
feroit épargné un menfonge , s'il avoit
confulté la France Littéraire ; il y auroit
vù que c'eſt M. de Querlon ſeul
qui compoſe les Affiches des Provinces,
Ouvrage périodique où mes Fables ont
été effectivement annoncées avec éloge
, mais auquel je n'ai aucune part , &
dont le travail eſt totalement étranger
à celui des Affiches de Paris , qui font
confiées à mes foins ,& dans leſquelles
je n'ai certainement jamais été
loué. Au refte , comme cet Auteur
écrit au fond de la Bretagne , ainfi
qu'il l'avoue lui-même , on peut lui
pardonner cette erreur ; mais ce qu'on
ne sçauroit guères excuſer , c'eſt le
ton d'aſſurance avec lequel il dit dans
ſa Préface que ſon Poëme n'eſt la fatyre
de personne.
J'ai l'honneur d'être &c.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En novembre 1763, le Mercure de France publie diverses annonces de livres. Parmi ces publications, on trouve un 'Abrégé de l'Histoire Grecque' destiné aux collèges et à la jeunesse, disponible chez Nyon à Paris. Un 'Éloge historique' du Cardinal Passionei, secrétaire des brefs et bibliothécaire du Siège Apostolique, est publié à La Haye mais disponible chez le même libraire à Paris. Un 'Traité des Affections vaporeuses des deux sexes' par M. Pomme, docteur en médecine, est publié à Lyon et disponible à Paris. Une brochure contient 'Médée à Jason, après le meurtre de ses enfants' suivie d'un extrait de Dante. Enfin, 'Les vrais principes de la Lecture, de l'Orthographe & de la Prononciation Françoise' par M. Viard est destiné aux enfants et aux étrangers, disponible chez plusieurs libraires à Paris et recommandé pour son approche pédagogique. L'éditeur P. Ambrogy annonce la division de l'Énéide de Virgile en trois volumes au lieu de quatre, avec des modalités de paiement spécifiques pour les souscripteurs jusqu'à la fin décembre 1763. Après cette date, l'ouvrage coûtera 120 livres à Rome. Les souscriptions peuvent être faites chez Durand, neveu, libraire rue Saint-Jacques. Le texte liste également divers ouvrages disponibles chez différents libraires : 'Lettres sur l'Origine de la Noblesse Française' vendu 2 livres broché et 2 livres 10 sols relié, 'Recueil de Questions proposées à une Société de Savants' traduit de l'allemand, vendu 3 livres 10 sols, 'Institutiones Chemiae' de Jac. Reinboldi Spielmann, vendu 6 livres relié, 'Réflexions sur la théorie et la pratique de l'Éducation' contre les principes de Rousseau, imprimé à Turin, 'Histoire du Commerce et de la Navigation', vendu 6 livres en blanc et 5 livres en papier ordinaire, 'Avis sur l'Inoculation de la Petite Vérole' signé Candide, disponible chez P. F. Didot le Jeune, 'Bibliographie universelle', catalogue des livres disponibles chez les libraires de Paris, vendu 2 livres 10 sols par volume, 'Médea', tragédie en anglais de M. Glover, vendue 3 livres, et une lettre de l'abbé Aubert répondant à une calomnie dans un poème intitulé 'Clovis'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 197-199
MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Début :
On a fait anciennement des tableaux mouvans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât [...]
Mots clefs :
Tableaux, Peinture, Bâtiments, Paysages, Cheminées, Façades, Mouvements, Maître de maison, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
MECANIQUE.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
PLANSen relief de Bâtimens
nis de
&dePaysages,gar
figures mouvantes , pourorner deschemi
nées&faire des milieux de deſſerts .
ON
N a fait anciennement des tableaux mou
L
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
vans, mais il n'y avoit que la peinture qui dérachât
les figures du fond du tableau , & il
falloit les regarder un peu de loin. Les Dlles
PASSEMANT font de petits Bâtimens , des Payſages
ornés de Figures mouvantes , leſquelles font
placées en avant , & ſe ſoutiennent d'elles-mêmes
, ſans être appliquées à rien. Au milieu d'une
campagne riante & garnie d'Arbres,Arbriffeaux ,
&Fleurs d'émail,on voit Charpentiers , Scieurs
de long , Tailleurs de pierres , Rémouleurs , Forgerons
, Batteurs en grange , Tonneliers , Pêcheurs
, Femmes qui battent le linge àla rivière,
d'autres qui battent le beurre , des Bergers qui
gardent leur troupeau , des Moulins à eau , des
Moulins à vent. Une Méchanique intérieure &
cachée au milieu du Bâtiment donne le mouvementàtout.
Il y a de ces Bâtimens aſſez petits pour être
mis ſur des cheminées ſous des glaces pour les
conſerver , d'autres plus grands ſur des tables ou
commodes auſſi ſous des glaces , d'autres enfin
qui ſont à quatre faces pour ſervir de milieu
dans un deſſert. Il y en a même de fort grands
dont la baſe a deux pieds & demi de long fur
deux pieds de large , compoſée de quatre gradins
deglace: au-deſlus eſt une Montagne couverte
d'arbres formans des allées ; on y voit des Moutons
, des chiens pour les garder , d'un autre
côté , des cerfs & autres animaux , une chute
deau fait mouvoir un moulin , de petits bâtimens
ſont épars ſur la montagne dont le ſommet
eſt courronné par un grand bâtiment à
quatre faces & à pluſieurs étages terminés par
une baluſtrade , chaque façade eſt garnie de figures
mouvantes , il y en a juſques ſur la terraſſes
d'autres également mouvantes ſont placées àdifférens
endroits du contour de laMontagne,
DECEMBRE. 1763. 199 19
Au milieu du Deſſert , le Maître de la maifor
peut ſurprendre agréablement les Convives en
tirant une petite ſoye , plus de trente figures font
miſés en mouvement & paroiffent toutes différemment
occupées & agiſſent pendant une demie
heure ..
On trouvede ces Ouvrages depuis deux Louis
juſqu'à vingt, chez les Diles PASSEMANT. Elles
demeurent chez M. PASSEMANT , leur Pere , aw
Louvre , au-deſſus de l'Académie Françoiſe.
Comme ces ingénieuſes machines peuvent être
très-agréables pour les préſens d'étrennes , nous
croyons faire plaifir d'en informer le Public , &
ſpécialement les curieux quiconnoiffent & refpectent
les grands talens du Pere de ces Demoiſelles.
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Résumé : MECANIQUE. PLANS en relief de Bâtimens & de Paysages garnis de figures mouvantes, pour orner des cheminées & faire des milieux de desserts.
Les demoiselles Passemant créent des 'tableaux mouvants' représentant des bâtiments, paysages et figures en mouvement. Les figures, placées en avant, se soutiennent seules sans fixation. Les scènes incluent divers métiers et activités comme des charpentiers, pêcheurs, bergers, et des moulins. Une mécanique intérieure cachee anime les figures. Ces œuvres existent en différentes tailles : certaines sont petites pour cheminées ou tables, d'autres servent de centre de table pour desserts. Les plus grands modèles atteignent deux pieds et demi de long sur deux pieds de large, avec plusieurs gradins de glace, une montagne couverte d'arbres et d'animaux, et un grand bâtiment à plusieurs étages. Lors des repas, le maître de maison peut activer une corde pour mettre en mouvement plus de trente figures pendant une demi-heure. Ces œuvres, disponibles à des prix variés de deux à vingt louis, peuvent être achetées chez M. Passemant, père des demoiselles, au Louvre, au-dessus de l'Académie Française. Le texte souligne leur intérêt comme présents d'étrennes et rend hommage aux talents du père des demoiselles Passemant.
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49
p. 11-15
LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
Début :
VOUS ne vous douteriez jamais, mon cher & illustre ami, des étrènnes que [...]
Mots clefs :
Temps, Mot, Claude Joseph Vernet, Tableaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
LETTRE mêlée de Vers & de Profe , à
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
M. VERNET , Peintre du Ro1.
Vous ne vous douteriez jamais ,mon
cher & illuftre ami , des étrènnes que
je vous deſtine. C'eſt mon rêve de la
nuit dernière , oui mon rêve ! &
quelque précieux que foient vos momens
, vous en employerez quelquesuns
à l'écouter. Il m'eſt arrivé enfin ce
que je defirois depuis longtemps. Grace
au fommeil , j'ai franchi cette nuit
l'eſpace qui me ſéparoit de vous , & je
me fuis vû dans votre attelier. A côté
de moi étoit un artiſte célébree , debout,
A vj
?
II
12 MERCURE DE FRANCE .
immobile , la vue fortement attachée
fur vos ouvrages , & dans la vraie attitude
d'un contemplatif. Ses yeux fuivoient
de temps en temps les mouvemens
de votre pinceau , & l'inſtant d'après
il retomboit dans la méditation la
plus profonde. Revenu enfin de cette extaſe
, » J'ai vû quantité de belles choſes ,
>>>a- t - il dit ; mais elles n'étoient point
>> un myſtère pour moi. Si je ne puis en
>> faire autant , je ſçais du moins com-
>>ment on y peut parvenir : mais à l'é-
>> gard de ces tableaux , j'ignore abſo-
>> lument par quelle magie on arrive à
>> ce degréde vérité. « * Vous n'êtes pas
un homme morbleu , a-t- il. continué
vivement en vous adreſſant la parole ;
vous êtes le Diable , ou vous avez fait
un pacte avec lui. Cette incartade vous a
fait rire ; pour moi je l'ai priſe fort ſerieuſement
, & je me fuis rangé de
fon parti de la meilleure foi du monde;
car enfin , vous diſois-je , autant que
je puis me le rappeller :
*
Sans quelque peu de diablerie,
Comment expliquer , je vous prie ,
C'est l'éloge qu'un Artiſte distingué afait des
Tableaux de M. Vernet au dernier Sallon, Ann..
Litt. t. 6. p. 15. 1763 .
FEVRIER. 1764.
Certe trompeuſe profondeur
Sur la toile la plus unie ,
Cesfigures dont la rondeur
Au ciſeau pourroit faire envie
Ces traits vivans , ce coloris
Qui n'étoient que dans la nature ,
Avant qu'ils ſe viſſent tranfmis
Dansvotre magique peinture ?
Vous avez , lauf meilleur avis ,
Fort bien fait de prendre naiſſance
Dans un temps comme celui- ci ;
Car au fiécle de Goffredi *,
Notre Parlement de Provence
Vous eût fait un mauvais parti.
Vous auriez pu par aventure
Finir vos jours par la brûlure ,
Comme ce pauvre preſtolet ;
Et votre procès , je vous jure ,
Vous eût même été plutôt fait.
Car, être l'allié du Diable ,
Auroit dit quelque homme capable
Parmi la Gent porte-rabat ;
Est-ce par la métempſycoſe
Entrer au corps de quelque chat ?
Vieilleerreur ! c'eſt tout autre choſe.
Fai lû dans de vieux Almanachs
Qui dévoiloient tous les myſtères
* Louis Goffredy brûlé à Aix pour crime.
Magie en 1611.
14 MERCURE DE FRANCE.
Des gens qui hantent les fabbats ,
Que les plus habiles Sorcières
Prenoient quelquefois leurs ébats
A faire le beau-temps , l'orage ,
Couvrir l'air d'un ſombre nuage ,
Arracher la lune des Cieux ,
Bâtir des maiſons enchantées ,
Elever monts , creuſer vallées ,
A faire enfin mille autres jeux
Peu chrétiens , mais fort curieux.
Vernet depuis maintes années ,
En fait autant ; dans le beſoin
Je pourrois ſervir de témoin.
D'un coup de baguette puiſſante ,
J'ai vu , j'en donne mon ferment ,
J'ai vu la Lune obéiſſante
Deſcendre en ſon appartement.
J'ai vu les Airs , le Firmament ,
Les flots de la mer , le rivage ,
Toutes les horreurs d'un naufrage
Eclore à ſon commandement.
Sorgeant à cet affreux orage ,
Je friſſonne encor de terreur ,
Et je partage la douleur
De ces pauvres gens dont l'image
Reſtera longtemps dans mon coeur.
Hélas ! leur horrible malheur
N'étoit que l'effet de la rage
De ce déteſtable Enchanteur.
FEVRIER 1764 .
'omets mille & mille autres choſes
Plus ſurprenantes à nos yeux
Quetoutes les métamorphoſes
De nos Sorciers les plus fameux.
Partant l'avis que je propoſe
En juge équitable & chrétien ,
C'eſt , Meſſieurs, quoiqu'il nous oppoſe
Pour nous prouver qu'il n'en eſt rien ,
Qu'on le brûle: il eſt Magicien.
Vous fentez bien que fur cette éloquente
harangue , on auroit opiné au
feu du Bonnet. Et voilà à quoi auroient
abouti alors ces mêmes talens qui vous
attirent aujourd'hui l'admiration des
Peuples & des Rois. Toute choſe a fon
temps , dit le Sage. Aujourd'hui c'eſt le
régne des beaux Tableaux; autrefois
c'étoit celui des méchans Vers. Du
temps de feu Cotin j'aurois été de l'Académie
Françoiſe. Heureuſement pour
vous&malheureuſement pour moi,tout
eft rentré dans l'ordre. Je fuis ,&c.
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Résumé : LETTRE mêlée de Vers & de Prose, à M. VERNET, Peintre du ROI.
La lettre est une œuvre poétique adressée à Joseph Vernet, peintre du roi, relatant un rêve où l'auteur observe Vernet dans son atelier. Dans ce rêve, un artiste célèbre admire les œuvres de Vernet, impressionné par leur réalisme et leur profondeur. L'auteur se demande si Vernet ne possède pas une forme de magie, évoquant même la possibilité d'un pacte avec le diable. La lettre contient un poème élogieux sur les talents de Vernet, mettant en avant la profondeur et la vivacité de ses peintures. Le texte mentionne que, à une autre époque, Vernet aurait pu être accusé de sorcellerie, comme Louis Goffredy, brûlé à Aix en 1611 pour magie. Vernet est capable de représenter des scènes de la nature et des naufrages avec une précision surnaturelle. La lettre se conclut par une réflexion sur l'évolution des goûts artistiques, soulignant que les talents de Vernet sont aujourd'hui admirés, contrairement aux époques passées où la poésie était plus valorisée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 159-161
I.
Début :
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche, deux estampes en pendant d'environ [...]
Mots clefs :
Tableaux, Paysages, Pêche, Claude Joseph Vernet, Amateurs, Pêche à la ligne, Peter Paul Benazech
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texteReconnaissance textuelle : I.
I.
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche
, deux eſtampes en pendant d'environ
23 pouces de large ſur 19 de haut,
gravées d'après les tableaux originaux
de M. Vernet , peintre du Roi; par P.
Benazech. Prix , 6 liv. chaque eſtampe
. A Paris , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine .
Dans le premier payſage , des pêcheurs
jetent leur filet au bord d'une rivière dont
les eaux font agitées par la chûte d'une
caſcade. Un château à moitié ruiné , placé
au haut d'un rocher couvert d'arbres&
arbuſtes , annoncent que celui qui paroît
folitaire a été habité ,& cette penfée jette
le ſpectateur dans une douce mélancolie
qui ſemble être l'expreſſion générale de
ceſite.
Le ſecond , d'une expreffion très gaie,
offre des eaux tranquilles , des points de
60 MERCURE DE FRANCE:
vues ornés des plus agréables fabriques
différentes ſcènes de voyageurs , de pêcheurs&
de villageois.
Ces payſages feront recherchés des
amateurs d'une nature riche & variée &
de tous ceux qui ont applaudi aux productions
vraies , pittoreſques & fublimes
de M. Vernet. L'artiſte M. Benazech s'eſt
efforcé fur tout à faire paſſer ſur le cuivre
labelle harmonie des tableaux qu'il copioit.
Il a varié habilement fon burin pour
rendre le caractère propre des objets. Son
feuillé a beaucoup de légereté , ſes ciels
&fes eaux ont le brillant &l'éclat qui les
diftingue. Lesfigures qui ornent ces come
poſitions plairont principalement par les
graces du deſſin & l'eſprit avec lequel
leurs différens mouvemens font exprimés.
Les talens de cet habile graveur de
payſages font déjà bien connus des amateurs
par les roches & la nappe d'eau deux
fuperbes payſages qu'il a gravés d'après
Dictrici & qui ſe trouvent à la même
Padreffe.
La ſuite des eſtampes qui nous rappellent
les principales actions de St Grégoire
le Grand &gravées par les meilleurs artistes
d'après les tableaux du célèbreCarle ,
Vanloo, continue de ſe diſtribuer chez le
NOVEMBRE. 1771. 161
même libraire , ainſi que le Roi de la Féve,
ſujet plaiſant gravé par M. Poletnich d'après
Jordans & d'une compoſition différente
de celle que Paul Pontius a gravée
d'après le même artiſte.
La Pêche à la ligne & le Retour de la Pêche
, deux eſtampes en pendant d'environ
23 pouces de large ſur 19 de haut,
gravées d'après les tableaux originaux
de M. Vernet , peintre du Roi; par P.
Benazech. Prix , 6 liv. chaque eſtampe
. A Paris , chez Lacombe , libraire ,
rue Chriftine .
Dans le premier payſage , des pêcheurs
jetent leur filet au bord d'une rivière dont
les eaux font agitées par la chûte d'une
caſcade. Un château à moitié ruiné , placé
au haut d'un rocher couvert d'arbres&
arbuſtes , annoncent que celui qui paroît
folitaire a été habité ,& cette penfée jette
le ſpectateur dans une douce mélancolie
qui ſemble être l'expreſſion générale de
ceſite.
Le ſecond , d'une expreffion très gaie,
offre des eaux tranquilles , des points de
60 MERCURE DE FRANCE:
vues ornés des plus agréables fabriques
différentes ſcènes de voyageurs , de pêcheurs&
de villageois.
Ces payſages feront recherchés des
amateurs d'une nature riche & variée &
de tous ceux qui ont applaudi aux productions
vraies , pittoreſques & fublimes
de M. Vernet. L'artiſte M. Benazech s'eſt
efforcé fur tout à faire paſſer ſur le cuivre
labelle harmonie des tableaux qu'il copioit.
Il a varié habilement fon burin pour
rendre le caractère propre des objets. Son
feuillé a beaucoup de légereté , ſes ciels
&fes eaux ont le brillant &l'éclat qui les
diftingue. Lesfigures qui ornent ces come
poſitions plairont principalement par les
graces du deſſin & l'eſprit avec lequel
leurs différens mouvemens font exprimés.
Les talens de cet habile graveur de
payſages font déjà bien connus des amateurs
par les roches & la nappe d'eau deux
fuperbes payſages qu'il a gravés d'après
Dictrici & qui ſe trouvent à la même
Padreffe.
La ſuite des eſtampes qui nous rappellent
les principales actions de St Grégoire
le Grand &gravées par les meilleurs artistes
d'après les tableaux du célèbreCarle ,
Vanloo, continue de ſe diſtribuer chez le
NOVEMBRE. 1771. 161
même libraire , ainſi que le Roi de la Féve,
ſujet plaiſant gravé par M. Poletnich d'après
Jordans & d'une compoſition différente
de celle que Paul Pontius a gravée
d'après le même artiſte.
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Résumé : I.
Le texte décrit deux estampes, 'La Pêche à la ligne' et 'Le Retour de la Pêche', gravées par P. Benazech d'après les tableaux de M. Vernet, peintre du Roi. Chaque estampe mesure environ 23 pouces de large sur 19 de haut et est vendue 6 livres pièce à Paris chez Lacombe, libraire rue Christine. La première estampe montre des pêcheurs lançant leur filet au bord d'une rivière agitée par une cascade, avec un château en ruine sur un rocher boisé, évoquant une solitude mélancolique. La seconde estampe, plus gaie, représente des eaux tranquilles et des scènes de voyageurs, pêcheurs et villageois. Ces paysages sont appréciés pour leur richesse et leur variété, reflétant les œuvres pittoresques et sublimes de M. Vernet. Benazech a su retranscrire l'harmonie des tableaux originaux en variant habilement son burin pour rendre les caractéristiques des objets. Ses feuilles montrent légèreté, et ses ciels et eaux brillent d'éclat. Les figures des compositions plaisent par leurs grâces et l'esprit de leurs mouvements. Le texte mentionne aussi les talents reconnus de Benazech à travers deux paysages gravés d'après Dictrici. Il indique également la distribution continue d'autres estampes, comme celles illustrant les actions de Saint Grégoire le Grand, gravées par les meilleurs artistes d'après Carle Vanloo, ainsi qu'une estampe intitulée 'Le Roi de la Fève' gravée par M. Poletnich d'après Jordans.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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