Résultats : 5 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 170-182
« Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Début :
Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...]
Mots clefs :
M. des Alleurs, Mains, Étienne Padery, Mecque, Constantinople, Vizir, Caravane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Il répondit fermement à M.
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
Fermer
2
p. 182-191
INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
Début :
Il s'embarquera à Constantinople sur la Barque appellée la [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Ambassadeur, Marseille, Lettres, Caravane, Alexandrette, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
INSTRUCTION
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
Fermer
3
p. 191-193
« Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...] »
Début :
Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...]
Mots clefs :
Capitaine, Barque, Étienne Padery
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...] »
Il eſt ordonné au Capitaine
Eſtienne Decuges , Commandant
la Barque la Vierge de
Grace d'aller à Alexandrette
ou à Payas aprés avoir touché
192 JOURNAL
en Chiptes , & d'y embarquer
les choſes qui luy ferontmontrées
,&deſignées par le Sicur
Paderi que nous envoyons fur
la Barque pour l'éxecution de
nos ordres , & de porter le
tout à Marseille où ledit Capitaine
recevra la ſomme de
4500. liv. pour ſes Nolis
ainſi qu'il eſt porté par noſtre
déclaration de cejourd'huy
en ſa faveur ; enjoignons tresexpreſſement
audit Capitaine
de ſuivrede point en point,&
avec toute la diligence poffibletout
ce qui luy ſera dit par
le Sieur Paderi. Mandons aux
Sicurs
د
HISTORIQUE 1931
Sieurs Confuls de France des
licux où ledit Capitaine touchera
de tenir la main à l'éxecutiondes
Preſentes, s'agiffant
du ſervice du Roy. Fait au Palais
de France à Peran lez
Conſtantinople le 8. Aouft
171.4. Pour copie , Signé ,
DESALLEURS.
PIERRE DESALLEURS ,&c.
Eſtienne Decuges , Commandant
la Barque la Vierge de
Grace d'aller à Alexandrette
ou à Payas aprés avoir touché
192 JOURNAL
en Chiptes , & d'y embarquer
les choſes qui luy ferontmontrées
,&deſignées par le Sicur
Paderi que nous envoyons fur
la Barque pour l'éxecution de
nos ordres , & de porter le
tout à Marseille où ledit Capitaine
recevra la ſomme de
4500. liv. pour ſes Nolis
ainſi qu'il eſt porté par noſtre
déclaration de cejourd'huy
en ſa faveur ; enjoignons tresexpreſſement
audit Capitaine
de ſuivrede point en point,&
avec toute la diligence poffibletout
ce qui luy ſera dit par
le Sieur Paderi. Mandons aux
Sicurs
د
HISTORIQUE 1931
Sieurs Confuls de France des
licux où ledit Capitaine touchera
de tenir la main à l'éxecutiondes
Preſentes, s'agiffant
du ſervice du Roy. Fait au Palais
de France à Peran lez
Conſtantinople le 8. Aouft
171.4. Pour copie , Signé ,
DESALLEURS.
PIERRE DESALLEURS ,&c.
Fermer
4
p. 195-210
« Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Début :
Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Caravane, Mer, Joyau, Tentes, Maître, Esclave, Alexandrette, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Pendant que Paderi chargé
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
Fermer
5
p. 279-282
COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
Début :
SIRE, l'Empereur mon Maistre qui est au service de [...]
Mots clefs :
Empereur, Ambassadeur de Perse, Étienne Padery
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
COMPLIMENT
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
Fermer