Résultats : 74 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 16-40
Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il faudroit n'estre pas Homme pour n'en point avoir [...]
Mots clefs :
Rouen, Chevalier, Mort, Maîtresse, Surprise, Château, Conseiller, Amour, Procès, Fantôme, Abbé, Ombre, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Il faudroit n'eſtre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
Fermer
Résumé : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune héritière de Rouen qui sombre dans le désespoir après avoir appris la mort de son amant, un jeune chevalier. Pour la distraire, on l'envoie chez une parente veuve, réputée pour son esprit agréable et sa beauté, qui attire de nombreuses personnes honorables. Malgré les efforts pour la divertir, la jeune femme continue de pleurer la perte de son amant. Cependant, le chevalier n'est pas mort et, après avoir guéri de ses blessures, il revient en Normandie. Apprenant la douleur de sa maîtresse, il décide de lui annoncer son retour en personne. Accompagné d'un conseiller et d'un abbé, il se rend au château de la parente, se faisant passer pour un conseiller égaré. La dame, pensant qu'il s'agit d'un ravisseur, les enferme après que la jeune femme, en voyant le chevalier, s'évanouit de frayeur. Le chevalier explique la situation, et la dame, comprenant la méprise, s'excuse. La jeune femme, revenue à elle, reconnaît son amant et se réjouit. Le conseiller, charmé par la veuve, décide de rester et finit par se marier avec elle. L'abbé, témoin de la situation, suggère une solution qui aboutit à deux mariages. Par ailleurs, le texte mentionne une cérémonie organisée par une personne pour quatre amoureux, qui prononcent des vœux. Ces amoureux se trouvent dans un état de bonheur extrême. En guise de récompense pour cet acte, ils expriment chaque jour le souhait que cette personne obtienne une mitre, un couvre-chef ecclésiastique symbolisant une haute dignité religieuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 153-156
Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Début :
Anne de Rohan, Princesse de Guemené, est morte le 14 [...]
Mots clefs :
Anne de Rohan, Princesse, Décès, Fille, Prince, Château, Duc, Maison de Rohan, Maréchal de France, Comte, Maison royale, Princesse du sang, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan , Princeffe
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
Fermer
Résumé : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan, princesse de Guéméné, est décédée à Rochefort à l'âge de plus de quatre-vingts ans. Fille de Pierre de Rohan et de Madeleine de Rieux Château Neuf, elle épousa en 1617 Louis de Rohan VII, son cousin germain, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France. Louis de Rohan décéda à Paris en 1667 à l'âge de 68 ans. Leur union donna naissance à deux fils, Louis et Charles. Charles, duc de Montbazon, se maria avec Jeanne Armande de Schomberg, fille du maréchal de France Henri de Schomberg. Ils eurent plusieurs enfants, dont Charles, prince de Guéméné, qui se maria successivement avec Marie-Anne d'Albert-Luynes et Charlotte-Élisabeth de Cochefilet. La maison de Rohan, issue des comtes de Vannes, est une branche de la maison royale et ducale de Bretagne. Elle s'est alliée à plusieurs maisons souveraines, telles que celles de Navarre, d'Écosse, de Bavière, de Lorraine, d'Albret, de Foix et d'Armagnac. Les armes de la maison de Rohan sont 'de gueules à neuf macles d'or, 3, 3, 3'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 296-316
« Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
Début :
Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...]
Mots clefs :
Concert, Orangerie, Lumières, Table, Bassin, Amphithéâtre, Décors, Plafonds, Orfèvrerie, Duchesse, Princesse, Service, Roi, Couverts, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
Ce Concert finy , le Roy
fortit par la grande Porte
qui eft au milieu de l'Orangerie
, & vit à main droite
un grand nombre d'Orangers
qui formoient des Allées
fort éclairées par un
grand nombre de Lumieres,
qui eftoient derriere les
Caiffes. Aprés avoir marché
environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa MajeGALANT.
297
la
fté découvrit d'un feul coup
d'oeil toute la Feüillée ,
Table , & l'Illumination qui
eftoient dans le Boulin
grain. Le Baffin qui eft au
milieu de ce Boulingrain , &
à qui l'on peut donner le
nom de Canal à caufe de fa
grandeur , a trente- quatre
pieds & demy de large fur
quarante-huit de long, en y
comprenant les pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin fur fa longueur.
La Table eftoit de quatre
pieds trois
ouces de large,
pouces
& régnoit tout autour du
298 MERCURE
Canal fuivant fon plan; mais
il n'y avoit de couverts qu '
deux endroits aux qui
étoient fous les Feüillées , &
qui occupoient les bouts du
Canal jufques aux Angles ,
& les deux parties des flancs
ou coftez eftoient en Amphitheatre
à trois gradins
defcendans du cofté de l'eau,
ce qui donnoit lieu à tous
ceux qui estoient à Table,
de voir tous les riches & galans
ornemens dont ces deux
coftez eftoient remplis . Le
Roy eftoit à Table fous le
milieu d'une Feüillée qui
GALANT. 299.
eftoit à l'un des bouts du
Canal , & Monfeigneur le
Dauphin eftoit fous le milieu
de la Feüillée qui luy
eftoit oppofé , dè maniere
qu'ils avoient quarante-huit
pieds d'eau entr'eux, & trente-
quatre & demy de large,
& deux coftez de Table de
quarante-huit pieds chacun
, garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de
Porcelaines remplis de
Fleurs , entre des Girandoles
, & d'autres machines.
d'Orfévrerie. L'Invention
en eftoit nouvelle . Elles
300 MERCURE
portoient jufqu'à vingt- cinq
Bougies chacune , il y en
avoit d'autres moins élevées.
Ces machines de lumieres
eftoient toutes differentes,
& les Figures Allegoriques
quelles reprefentoiét avoiét
du rapport au Roy. Les
deux autres Gradins jufqu'à
la Tablette du Baffin, étoient
tous garnis de mefine. Ileft
difficile de bien concevoir
le plaifir qu'avoient ceux
qui eftoient à Table. Il n'y
avoit perfonne au devant
qui les incommodaſt en les
regardant manger, Ils ne
GALANT. 301
voyoient que l'eau , des
Fleurs , de brillants Buffets,
& l'Illumination des Berceaux
, & toutes ces chofes
refléchiffant
dans l'eau , la
faifoient briller , & y paroiffoient
flotantes .
La Feüillée qui eſtoit à
chaque bout du Canal , &
qui couvroit les deux endroits
de la Table où l'on
mangea , eftoit de dix- huit
pieds de haut , & toute par
Arcades & formoit une
maniere de Veftibule. Ces
deux Feuillées eftoient fi ar-
>
riftement pofées , que les
302 MERCURE
Corniches & les autres parties
de l'Architecture
s'y diftinguoient
parfaitement
bien.
L'endroit où eftoit le
Roy, formoit un milieu dont
le plafond eftoit ceintré.
Les Plafonds des deux Aifles
eſtoient plats , tous les Por
tiques eftoient en Arcades ,
ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majeſté dans
le milieu . Plufieurs Luftres
& des Feftons de Fleurs
pendoient auſſi au milieu
des mefmes Arcades , & des
Feftons de Fleurs , ornoient
GALANT. 303
celle au milieu de laquelle
mangeoit leRoy . Toutes ces
Corniches eftoient bordées
de cent cinquante Girandoles
portant chacune fix Bougies
, & entre chaque Girandole
, il y avoit une Corbeille
d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des
Rideaux de Damas blanc à
toutes les Arcades , afin
qu'on ne fuft pas furpris par
la pluye , & ces Rideaux
eftoient renoüez à chacun
desPilaftres ; de forte que fi le
mauvais temps fuft furvenu ,
on fe feroit trouvé enfermé
1
304 MERCURE
fous ces Feuillées , comme
dans des Tentes , & l'on n'y
auroit fouffert aucune incommodité.
Il y avoit deux
Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table , ils
cftoient appuyez chacun
contre une grande Arcade
de Berceaux du Boulingrain,
& ces Arcades formoient un
couronnement à chaque
Buffet . Ils eftoient de vingt
pieds de face, & avoient trois
Gradins . Chaque Gradin
eftoit de Glaces de Miroir,
& ces Glaces en faifant refléchir
l'Orfévrerie qui remGALANT.
305
pliffoit les Buffets , fembloient
la multiplier . Elle
eftoit compoſée de pluſieurs :
pieces curieufes de Vermeil
doré , d'argent & d'or , entre
lefquelles il y avoit un grand
nombre de Girandoles qui
portoient plufieurs Bougies
, & dont les lumieres :
multipliées dans les Glaces,,
faifoient doublement bril-
Ter l'Orfévrerie , puis qu'elles
donnoient auffide l'éclat
aux pieces qu'elles en reprefentoient.
Les coftez de ces
deux Buffets eftoient ornez”.
de plufieurs Orangers . Tout
Fuillet 1685. € c
206 MERCURE
le Berceau qui faifoit le
pourtour du Boulingrain,
eftoit illuminé depuis la Corniche
jufqu'au bas , & il y
avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage . Tous
les Ceintres des Portiques
& des Pillaſtres du Treillage
eftoient auffi ornez de luinieres
, & il y avoit une Girandole
de Criſtal au deffus
de chaque Pillaftre . Les Domes
qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deffus
des Berceaux eſtoient
entierement illuminez , & il
y avoit dans les fonds de ces
GALANT. 307
Berceaux quantité de Lumieres
qui formoient des
Soleils , & des Chiffres du
Roy avec des Couronnes
.
Il y eut cinq Services de
tout ce qu'il y avoit de plus
rare pour la Saiſon , à l'égard
des Viandes & des Fruits.
Ceux qui eurent l'honneur
de manger à la Table de Sa
Majeftéfurent,
Madame la Dauphine ..
Monfieur.
Madame la Ducheffe ..
Mademoiſelle de Nantes..
Cc ij
208 MERCURE
Madame la Ducheffe d'Arpajon.
Madame la Marefchale de
Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeffe d'Harcourt.
si amab.l
Madame la Ducheffe d'Uzés
.
Mademoiſelle d'Uzés.
Madame la Ducheffe de Villeroy.
Madame la Princeffe de
Montauban.
Madame la Ducheffe de
Sully.
Madame la Ducheffe de
GALANT. 309
Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de
Thianges.
Madame la Comteffe de
Grainont.
Madame de Grancey .
Madame la Marquiſe de
Medavy.
Mademoiſelle
d'Arpajon .
Les fix Filles d'honneur
de
Madame la Dauphine ..
Le Roy fut fervy par M. le
Marquis de Seignelay , Madame
la Dauphine par M. le
Bailly Colbert, & Monfieur,
: par M. le Marquis de Blainville
.
310 MERCURE
Voicy les noms des perfonnes
qui remplirent les
places de la Table qui fut
fervie pour Monfeigneur le
Dauphin.
Madame .
Madame la Princeffet de
Conty.
"
Mademoiſelle de Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeffe de Lillebonne.
Mefdemoiſelles de Lillebonne.
Madame la Ducheffe de Gramont.
GALANT. 311
Madame la Ducheffe de
Foix.
Madame la Princeffe de Tingry
.
Madame la marefchalle de
Humieres.
Mademoiſelle de Humieres .
Madame la Ducheffe de la
Ferté.
Madame la Comteffe de
Roye.
Mademoiſelle de Rouffy.
Madame de Coafquin.
Madame la marquife de Beringuen.
Madame la Marquise de
Maré.
312 MERCURE
Madame la Comteffe dev
Bury.
Madame la Marquife de la.
Fare ..
Les quatre Filles d'honneur
de Madame.
Monfeigneur
le Dauphin
fut fervy par M. le Marquis
de Maulevrier , qui fervit
auffi Madame
. Quelques
Dames dont les noms me
font échapez , eurent encore
place à ces deux Tables .
Les Trompettes & les Timbales
, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut -bois , fe
firent entendre alternativement
GALANT 313
ment pendant le repas . Je
vous envoye une Figure gravée.
Elle eft veuë d'un des
coftez des Buffets , & fait
voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque
qu'un des coftez du Boulingrain
, un des Buffets , & les
deux Gradins qui estoient
fur le bord de l'eau de l'un
des flancs de la Table . S'il
euft efté poffible que la graveure
euft fait voir le tout,
il ne manqueroit rien à cette
Planche . Dans le temps
que le Roy fe mit à Table,
on fervit dans le Chafteau
Dd
Juillet 1685.
314 MERCURE
1
&
deux Tables de vingt àtrente
Couverts , chacune pour
les Perfonnes diftinguées de
la Cour , qui voulurent y
prendre place. Il y en avoit
encore plufieurs autres le
long du deffous des Berceaux
du Boulingrain
quantité de Buffets où l'on
ne refufoit pas à boire à tous
ceux qui en fouhaitoient,
non plus que des Plats de la
defferte du Roy , qui furent
prefque tous donnez à ceux
qui en demanderent. Il y
avoit auffi des Tables le long
des Murailles des Courts du
GALANT. 315
Chafteau où
mangerent les
Valets. Sa Majesté en ſe levant
de Table ſe tourna vers
M. le Marquis de Seignelay ,
& luy marqua
avec cet air
tout engageant , & qui luy
eft fi naturel , la fatisfaction
qu'Elle avoit de la maniere
dont Elle avoit efté receuë.
Ce Prince fit enfuite le tour
du Boulingrain. Il examina
les Buffets , les Berceaux &
la Feüillée , puis eſtant ſorty
du Jardin pour
monter en
Caroffe , il trouva les mefmes
Perfonnes qui l'avoient
receu à fon arrivée , & les
Ddij
316 MERCURE
falua avec le mefme air de
bonté qu'il avoit fait en entrant
: aprés quoy il monta
en Caroffe , & trouva les
Cours , la Porte & l'avenue
du Chafteau , bordées de
groffes lumieres. On peut
dire que M. de Seignelay
n'a rien oublié pour recevoir
un ſi grand monarque
,
& que M. Berrin a parfaite.
ment bien répondu à l'intention
de ce marquis.
fortit par la grande Porte
qui eft au milieu de l'Orangerie
, & vit à main droite
un grand nombre d'Orangers
qui formoient des Allées
fort éclairées par un
grand nombre de Lumieres,
qui eftoient derriere les
Caiffes. Aprés avoir marché
environ trente pas dans
l'une de ces Allées , Sa MajeGALANT.
297
la
fté découvrit d'un feul coup
d'oeil toute la Feüillée ,
Table , & l'Illumination qui
eftoient dans le Boulin
grain. Le Baffin qui eft au
milieu de ce Boulingrain , &
à qui l'on peut donner le
nom de Canal à caufe de fa
grandeur , a trente- quatre
pieds & demy de large fur
quarante-huit de long, en y
comprenant les pleins Ceintres
, qui font aux deux bouts
du Baffin fur fa longueur.
La Table eftoit de quatre
pieds trois
ouces de large,
pouces
& régnoit tout autour du
298 MERCURE
Canal fuivant fon plan; mais
il n'y avoit de couverts qu '
deux endroits aux qui
étoient fous les Feüillées , &
qui occupoient les bouts du
Canal jufques aux Angles ,
& les deux parties des flancs
ou coftez eftoient en Amphitheatre
à trois gradins
defcendans du cofté de l'eau,
ce qui donnoit lieu à tous
ceux qui estoient à Table,
de voir tous les riches & galans
ornemens dont ces deux
coftez eftoient remplis . Le
Roy eftoit à Table fous le
milieu d'une Feüillée qui
GALANT. 299.
eftoit à l'un des bouts du
Canal , & Monfeigneur le
Dauphin eftoit fous le milieu
de la Feüillée qui luy
eftoit oppofé , dè maniere
qu'ils avoient quarante-huit
pieds d'eau entr'eux, & trente-
quatre & demy de large,
& deux coftez de Table de
quarante-huit pieds chacun
, garnis d'un cordon de
Corbeilles , & de Vazes de
Porcelaines remplis de
Fleurs , entre des Girandoles
, & d'autres machines.
d'Orfévrerie. L'Invention
en eftoit nouvelle . Elles
300 MERCURE
portoient jufqu'à vingt- cinq
Bougies chacune , il y en
avoit d'autres moins élevées.
Ces machines de lumieres
eftoient toutes differentes,
& les Figures Allegoriques
quelles reprefentoiét avoiét
du rapport au Roy. Les
deux autres Gradins jufqu'à
la Tablette du Baffin, étoient
tous garnis de mefine. Ileft
difficile de bien concevoir
le plaifir qu'avoient ceux
qui eftoient à Table. Il n'y
avoit perfonne au devant
qui les incommodaſt en les
regardant manger, Ils ne
GALANT. 301
voyoient que l'eau , des
Fleurs , de brillants Buffets,
& l'Illumination des Berceaux
, & toutes ces chofes
refléchiffant
dans l'eau , la
faifoient briller , & y paroiffoient
flotantes .
La Feüillée qui eſtoit à
chaque bout du Canal , &
qui couvroit les deux endroits
de la Table où l'on
mangea , eftoit de dix- huit
pieds de haut , & toute par
Arcades & formoit une
maniere de Veftibule. Ces
deux Feuillées eftoient fi ar-
>
riftement pofées , que les
302 MERCURE
Corniches & les autres parties
de l'Architecture
s'y diftinguoient
parfaitement
bien.
L'endroit où eftoit le
Roy, formoit un milieu dont
le plafond eftoit ceintré.
Les Plafonds des deux Aifles
eſtoient plats , tous les Por
tiques eftoient en Arcades ,
ornées des Armes & des
Chiffres de Sa Majeſté dans
le milieu . Plufieurs Luftres
& des Feftons de Fleurs
pendoient auſſi au milieu
des mefmes Arcades , & des
Feftons de Fleurs , ornoient
GALANT. 303
celle au milieu de laquelle
mangeoit leRoy . Toutes ces
Corniches eftoient bordées
de cent cinquante Girandoles
portant chacune fix Bougies
, & entre chaque Girandole
, il y avoit une Corbeille
d'argent remplie de
Fleurs . On avoit mis des
Rideaux de Damas blanc à
toutes les Arcades , afin
qu'on ne fuft pas furpris par
la pluye , & ces Rideaux
eftoient renoüez à chacun
desPilaftres ; de forte que fi le
mauvais temps fuft furvenu ,
on fe feroit trouvé enfermé
1
304 MERCURE
fous ces Feuillées , comme
dans des Tentes , & l'on n'y
auroit fouffert aucune incommodité.
Il y avoit deux
Buffets de parade vis à vis
les flancs de la Table , ils
cftoient appuyez chacun
contre une grande Arcade
de Berceaux du Boulingrain,
& ces Arcades formoient un
couronnement à chaque
Buffet . Ils eftoient de vingt
pieds de face, & avoient trois
Gradins . Chaque Gradin
eftoit de Glaces de Miroir,
& ces Glaces en faifant refléchir
l'Orfévrerie qui remGALANT.
305
pliffoit les Buffets , fembloient
la multiplier . Elle
eftoit compoſée de pluſieurs :
pieces curieufes de Vermeil
doré , d'argent & d'or , entre
lefquelles il y avoit un grand
nombre de Girandoles qui
portoient plufieurs Bougies
, & dont les lumieres :
multipliées dans les Glaces,,
faifoient doublement bril-
Ter l'Orfévrerie , puis qu'elles
donnoient auffide l'éclat
aux pieces qu'elles en reprefentoient.
Les coftez de ces
deux Buffets eftoient ornez”.
de plufieurs Orangers . Tout
Fuillet 1685. € c
206 MERCURE
le Berceau qui faifoit le
pourtour du Boulingrain,
eftoit illuminé depuis la Corniche
jufqu'au bas , & il y
avoit une lumiere à chaque
Maille du Treillage . Tous
les Ceintres des Portiques
& des Pillaſtres du Treillage
eftoient auffi ornez de luinieres
, & il y avoit une Girandole
de Criſtal au deffus
de chaque Pillaftre . Les Domes
qui font dans les Angles
, & qui s'élevent au deffus
des Berceaux eſtoient
entierement illuminez , & il
y avoit dans les fonds de ces
GALANT. 307
Berceaux quantité de Lumieres
qui formoient des
Soleils , & des Chiffres du
Roy avec des Couronnes
.
Il y eut cinq Services de
tout ce qu'il y avoit de plus
rare pour la Saiſon , à l'égard
des Viandes & des Fruits.
Ceux qui eurent l'honneur
de manger à la Table de Sa
Majeftéfurent,
Madame la Dauphine ..
Monfieur.
Madame la Ducheffe ..
Mademoiſelle de Nantes..
Cc ij
208 MERCURE
Madame la Ducheffe d'Arpajon.
Madame la Marefchale de
Rochefort.
Madame de Maintenon .
Madame la Princeffe d'Harcourt.
si amab.l
Madame la Ducheffe d'Uzés
.
Mademoiſelle d'Uzés.
Madame la Ducheffe de Villeroy.
Madame la Princeffe de
Montauban.
Madame la Ducheffe de
Sully.
Madame la Ducheffe de
GALANT. 309
Rocquelaure.
Madame la Marquiſe de
Thianges.
Madame la Comteffe de
Grainont.
Madame de Grancey .
Madame la Marquiſe de
Medavy.
Mademoiſelle
d'Arpajon .
Les fix Filles d'honneur
de
Madame la Dauphine ..
Le Roy fut fervy par M. le
Marquis de Seignelay , Madame
la Dauphine par M. le
Bailly Colbert, & Monfieur,
: par M. le Marquis de Blainville
.
310 MERCURE
Voicy les noms des perfonnes
qui remplirent les
places de la Table qui fut
fervie pour Monfeigneur le
Dauphin.
Madame .
Madame la Princeffet de
Conty.
"
Mademoiſelle de Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Vantadour.
Madame de Duras Fort.
Madame la Princeffe de Lillebonne.
Mefdemoiſelles de Lillebonne.
Madame la Ducheffe de Gramont.
GALANT. 311
Madame la Ducheffe de
Foix.
Madame la Princeffe de Tingry
.
Madame la marefchalle de
Humieres.
Mademoiſelle de Humieres .
Madame la Ducheffe de la
Ferté.
Madame la Comteffe de
Roye.
Mademoiſelle de Rouffy.
Madame de Coafquin.
Madame la marquife de Beringuen.
Madame la Marquise de
Maré.
312 MERCURE
Madame la Comteffe dev
Bury.
Madame la Marquife de la.
Fare ..
Les quatre Filles d'honneur
de Madame.
Monfeigneur
le Dauphin
fut fervy par M. le Marquis
de Maulevrier , qui fervit
auffi Madame
. Quelques
Dames dont les noms me
font échapez , eurent encore
place à ces deux Tables .
Les Trompettes & les Timbales
, les Violons , les Flutes
douces , & les Haut -bois , fe
firent entendre alternativement
GALANT 313
ment pendant le repas . Je
vous envoye une Figure gravée.
Elle eft veuë d'un des
coftez des Buffets , & fait
voir la Feüillée entiere , de
maniere qu'il n'y manque
qu'un des coftez du Boulingrain
, un des Buffets , & les
deux Gradins qui estoient
fur le bord de l'eau de l'un
des flancs de la Table . S'il
euft efté poffible que la graveure
euft fait voir le tout,
il ne manqueroit rien à cette
Planche . Dans le temps
que le Roy fe mit à Table,
on fervit dans le Chafteau
Dd
Juillet 1685.
314 MERCURE
1
&
deux Tables de vingt àtrente
Couverts , chacune pour
les Perfonnes diftinguées de
la Cour , qui voulurent y
prendre place. Il y en avoit
encore plufieurs autres le
long du deffous des Berceaux
du Boulingrain
quantité de Buffets où l'on
ne refufoit pas à boire à tous
ceux qui en fouhaitoient,
non plus que des Plats de la
defferte du Roy , qui furent
prefque tous donnez à ceux
qui en demanderent. Il y
avoit auffi des Tables le long
des Murailles des Courts du
GALANT. 315
Chafteau où
mangerent les
Valets. Sa Majesté en ſe levant
de Table ſe tourna vers
M. le Marquis de Seignelay ,
& luy marqua
avec cet air
tout engageant , & qui luy
eft fi naturel , la fatisfaction
qu'Elle avoit de la maniere
dont Elle avoit efté receuë.
Ce Prince fit enfuite le tour
du Boulingrain. Il examina
les Buffets , les Berceaux &
la Feüillée , puis eſtant ſorty
du Jardin pour
monter en
Caroffe , il trouva les mefmes
Perfonnes qui l'avoient
receu à fon arrivée , & les
Ddij
316 MERCURE
falua avec le mefme air de
bonté qu'il avoit fait en entrant
: aprés quoy il monta
en Caroffe , & trouva les
Cours , la Porte & l'avenue
du Chafteau , bordées de
groffes lumieres. On peut
dire que M. de Seignelay
n'a rien oublié pour recevoir
un ſi grand monarque
,
& que M. Berrin a parfaite.
ment bien répondu à l'intention
de ce marquis.
Fermer
Résumé : « Ce Concert finy, le Roy sortit par la grande Porte qui est [...] »
En juillet 1685, un événement festif se déroula au château de Juillet. Après un concert, le roi quitta l'Orangerie pour se rendre dans le boulingrin, un bassin de 34,5 pieds de large sur 48 pieds de long. Autour de ce bassin, une table de 4 pieds 3 pouces de large était disposée, avec des couverts à ses extrémités sous des feuillages. Le roi et le dauphin étaient placés à chaque extrémité, séparés par 48 pieds d'eau et 34,5 pieds de terre. La table était ornée de corbeilles et de vases de porcelaine remplis de fleurs, ainsi que de girandoles et d'autres décorations en orfèvrerie. Des gradins permettaient aux convives de voir les ornements sans être dérangés. Les feuillées à chaque bout du canal mesuraient 18 pieds de haut et étaient décorées d'arcades. Le plafond de la section du roi était cintré, tandis que ceux des ailes étaient plats, tous ornés des armes et des chiffres du roi. Des lustres et des festons de fleurs pendaient des arcades, et des corniches étaient bordées de girandoles et de corbeilles d'argent remplies de fleurs. Des rideaux de damas blanc protégeaient contre la pluie. Deux buffets de parade étaient placés face aux flancs de la table, ornés de glaces et d'orfèvrerie. Le berceau entourant le boulingrin était entièrement illuminé, avec des lumières à chaque maille du treillage et des girandoles de cristal au-dessus des piliers. Les angles étaient décorés de soleils et de chiffres du roi couronnés. Le roi fut servi par le marquis de Seignelay, la dauphine par le bailli Colbert, et Monsieur par le marquis de Blainville. Diverses duchesses, princesses, marquises, comtesses et demoiselles d'honneur étaient présentes. Deux tables de vingt à trente couverts furent préparées pour les personnes distinguées de la cour. Des buffets offraient boissons et plats aux invités. Des musiciens jouèrent des trompettes, timbales, violons, flûtes douces et hautbois pendant le repas. Après le dîner, le roi exprima sa satisfaction au marquis de Seignelay et inspecta les installations avant de quitter le château, escorté par des lumières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 206-263
Relation contenant toutes les particularités du Mariage de M. le D. de Bourbon. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis que je rechercherois avec soin toutes les [...]
Mots clefs :
Duc de Bourbon, Roi, Duchesse, Argent, Diamant, Princesse, Mariage, Musique, Cour, Cérémonie, Ornements, Château, Broderie, Or , Magnificence, Cristal, Couleurs, Chapelle, Architecture, Fiançailles, Marquis, Honneur, Offrandes, Dentelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant toutes les particularités du Mariage de M. le D. de Bourbon. [titre d'après la table]
Je vous ay promis ' que je
GALANT. 207
rechercherois avec foin toutes
les particularitez qui regardent
le Mariage de Monfieur
le Duc de Bourbon , &
de Mademoiſelle de Nantes,
afin de vous en donner une
Relation exacte ; mais il eſt
bien difficile qu'il n'échape
quelques circonftances de
tout ce qui a précedé,accompagné
, & fuivy l'Union de
ces deux Auguftes Perfonnes.
Le Roy ne fait rien qui
ne marque fa Grandeur ;
Monfieur le Duc eft galant
& magnifique , & tous ceux
qui touchent de prés au jeu208
MERCURE
ne Prince & à la jeune Princeffe
que le Mariage vient
d'unir , aiment la belle dépenfe.
La Liberalité leur eſt
naturelle ; ils n'épargnent
rien lors qu'il s'agit d'affaires
d'éclat , & il femble que le
bon gouſt ſoit né avec eux.
Jugez aprés cela , s'il m'a pû
eftre facile de ramaffer toutes
les circonftances qui ont
rapport à ce Mariage ; mais
il y a plus encore , c'eſt qu'il
s'eft fait avec un tel agrément
, & tant de joye de toute
la Cour , que chacun en
fon particulier a contribué
GALANT. 209
autant qu'il a pû , à l'éclat de
cette Feftè , par des Habits
magnifiques , par des mar
ques de réjouiffance, & mef
me par de fomptueux repas,,
accompagnez de divertiffemens.
Avant que d'entrev
dans ce détail , je vous diray
que Monfieur le Duc de
Bourbon eft un jeune Prin
ce, qui commençant à entrer
dans le monde, n'y a fait encore
aucun pas qui n'ait marqué
avec avantage qu'il foûtiendra
dignement , & l'Au
gufte Nom qu'il porte , & la
gloire des grands Hommes
Aoust 1685. Sto
210 MERCURE
qu'il a pour Ayeux. Il s'eft
fait admirer dans fes Etudes,
& il n'en eftoit pas encore
forty , qu'il a brillé dans fes
Exercices. Ainfi l'on peut
dire qu'il y a paru habile
dans un temps où l'on en
voit peu qui ayent commencé
un fi penible travail. Si
fon application luy a donné
de l'adreffe , le Sang de Bourbon
, & le defir de la gloire,
luy ont donné la force qu'il
luy manquoit. Sa bonne grace
jointe à toutes ces chofes,
l'a fait admirer dans le Carroufel
; & il y a receu des apGALANT.
211
playdiffemens fi publics ,
qu'ils ont efté entendus de :
toute l'Affemblée. Un Prin--
ce fi accomply , dans un âge :
où les autres n'ont pas enco
re refpiré l'air du monde
meritoit d'eftre uny à une
Princeffe toute parfaite . Il l'a
trouvée en Mademoiſelle de:
Nantes , qui , quoy que plus
jeune que ce Prince , a tout
l'efprit & toutes les grandes
**
qualitez que l'on pourroitt
fouhaiter dans une Princeffe :
beaucoup plus âgée. Elle
fçait plufieurs fortes de Lan--
gues ;fes reparties font prom--
Szijj
212 MERCURE
ptes & vives fur quelque fujet
que ce puiffe eftre , & elle
attire l'admiration de tout le
monde, par la grace & la jufteffe
avec laquelle elle danfe.
Ce n'est point à cauſe que
j'ay à vous entretenir de fon
Mariage que je vous en parle
de cette forte . Si vous
voulez bien vous fouvenir
de plufieurs de mes Lettres,
vous connoiftrez que je vous
ay fait la peinture de toutes
ces choſes en divers endroits
, & dans les temps où
cette Princeffe furprenoit
toute la Cour en les faifant
GALANT. 213
éclater. C'est ce qui fait voir
que la flaterie n'a aucune
part à ce que je dis .
Avant la Ceremonie des
Epoufailles , Monfieur le Duc
de Bourbon fit un Prefent à
Mademoiſelle de Nantes , digne
de la magnificence &
de la galanterie du Sang
dont ce Prince fort .
Une maniere de Table de
demy pied de haut , & qui
pouvoit eftre pofée ſur une
Table d'une hauteur ordinaire
, portoit dans fon milieu
une machine d'Orphéyrie
toute à jour , élevée en214
MERCURE
viron de huit pouces , foûte--
nuë par plufieurs petits pieds
antiques , & entourée d'une
Campane ornée d'Attributs
fur le Mariage que l'on eftoit
preft de faire. Cette Cam--
pane bordoit le haut de la
Corniche . Sur le milieu de
cette machine il y avoit une
élevation qui portoit un petit
Baſtiment de criftal de
roche , couvert en dôme furbaiffé
, & orné de huit colomnes
de criſtal. Les enchaffures
d'orphévrie , & le corps .
de
l'Architecture de ce petit
Batiment de criſtal eftoient .
GALANT. 215
d'or. Au haut du dôme & en
dedans , pendoient en maniere
de chandeliers de criſtal
deux pendans d'oreilles
de pendeloques de diamans
faits en cloches. Ils eftoient
accompagnez d'une parure
de rubis & de diamans . Toute
cette machine cuſt pû eftre
prife pour un des endroits
délicieux du Palais de Pfyché
, puis qu'une Figure d'or
émaillé y reprefentoit cette
Princeffe. Elle eftoit couchée
, & regardoit ces Prefens
de la mefme forte que
Pfyché regardoit ceux de
.
216 MERCURE
F'Amour , lors que ce Dieu
bornoit tous fes voeux au feul
defir de luy plaire .
Aux quatre faces de ceBâtiment,
eftoient quatre Caffettes
de cristal , dans chacune
defquelles il y avoit un Bracelet
, des Boucles de Ceintures,
de Jartieres & de Souliers
de Pierreries ;fçavoir des Diamans
brillans dans la premiere
; dans la feconde des
Rubis & des Diamans ; dans
la troifiéme des Emeraudes
& des Diamans ; & dans la
quatriéme de toutes fortes
de Pierreries , avec des Bracelets
GALANT. 217
celets de Perles , & plufieurs
petites Boucles d'oreilles de
Diamans, & d'autres de toutes
fortes de Pierres de couleur.
Des Confoles d'Orfevrie
portoient les Angles du Bâtiment
du milieu ; & fur
chacun de ces Angles qui
avançoient entre les Caffettes
de criſtal, eftoient élevées
quatre Urnes d'or fur de petits
Socles . Le haut de ces
Urnes eftoit en forme de dôme
, il y avoit dedans des
efpeces de Baguiers de velours
noir,remplis de Bagues
Aouft 1685.
T
218 MERCURE
de Diamans brillans , de
plufieurs Diamans de couleur,&
de toutes fortes d'autres
Pierres.
Il y avoit auffi huit vaſes
de Cryſtal de Roche ; fçavoir
deux de chaque cofté
des quatre Vafes d'or. Ils
achevoient de remplir les
Angles du Bâtiment du mi-
-lieu ; les Bouchons de ces
Vaſes eftoient d'or , & fur
chaque Bouchon il y avoit
un Diamant brillant.
La machine d'Orfévrerie
qui portoit tous ces Bijoux,
faifoit un plan extraordi-
韭
GALANT. 219
naire , & qui s'accommodoit
à la fituation de toutes
ces pieces. Toute cette machine
enſemble eftoit portée
dans le milieu d'une maniere
de Table , haute de
fix pouces. Elle eſtoit foûtenue
par des pieds d'argent,
& ornée autour de Points
d'Eſpagne , & autres agrémens
qui formoient des Feftons
.
Sur la mefme Table au
deffous de cette machine
d'argent , il y avoit huit
Corbeilles , fçavoir , quatre
carrées , vis à vis de chacune
Tij
220 MERCURE
des faces de la grande Machine
, & quatre ovales fur
les Angles ; mais qui ne cachoient
rien de toute la Machine
du milieu , qui eftoit
plus élevée que ces Corbeilles.
Elles eftoient toutes
de Brocard d'or , brodé d'ar-
Deux des grandes
gent.
eftoient remplies d'Eventails
, & les deux autres de
Jartieres de tiffu d'or &
d'argent de toutes couleurs.
Il y avoit dans chacune des
petites , un Etuy de Velours
vert , fur lequel eftoient des
Bijoux de Velours vert de
GALANT. 221
toutes façons. Chaque Etuy
cachoit un Tablier à travailler
, de Taffetas vert , brodé
d'or paffé , & garny aux poches
de Boutons de Diamans
brillans , avec tous les
Etuis d'or , garnis de fem
blables Diamans , & attachez
à la ceinture du Tablier
avec de petites chaînes
d'or. Aux deux bouts de cette
Table eftoient encore
deux grandes Corbeilles de
Brocard d'or brodé d'argent
, & remplies de Gands
garnis , de Bas de Soye & de
Rubans.
Tiij
222 MERCURE
Le deffus de la Table qui
portoit toutes ces chofes,
eftoit brodé d'or fur un
fonds de Velours cramoify ,
avec des compartimens de
Rabeſques , dont la broderie
eftoit plus relevée , & en
chaffoit les Corbeilles ; de
forte qu'en les levant , on
voyoit les places de chacune.
D'autres ornemens rempliffoient
ces places ; mais la
broderie en eftoit plus platafin
que les Corbeilles
te ,
pofaffent mieux deſſus .
Cette Table faifoit un
plan fuivant l'arrengement
GALANT. 223
des Corbeilles quarrées ou
ovales , & ces Corbeilles en
formoient un qui s'accommodoit
à la Machine du milieu.
>
On peut juger par la
beauté , & par la richeffe de
ce Prefent de toutes les
chofes qui ont regardé ce
Mariage , & que la galanterie
& la magnificence n'y
ont pas manqué.
Je ne dois pas oublier, en
vous parlant des Pierreries
qui faifoient la principale
partie de ce fuperbe & riche
Prefent
› que le Roy en a
L
Tiiij
224 MERCURE
,
donné plufieurs parures d'un
tres-grand prix à Mademoifelle
de Nantes outre les
avantages qu'il a faits à cette
Princeffe , & les biens ,
Charges & Gouvernemens,
dont il luy a plu de gratifier
ces deux Auguftes Epoux .
La Cerémonie des Fiançailles
fe fit le 23. de Juillet
dans le grand Salon de l'Appartement
du Roy. Toute
la Maiſon Royale s'y trouva
, auffi bien que tous les
Princes , & Princeffes
du
Sang qui y avoient eſté invitées.
Monfieur
le Duc de
GALANT·
225
Bourbon & Mademoiſelle
de Nantes , y furent conduits
par M. le Marquis de
Blainville , Grand Maiſtre
des Cerémonies , qui avoit
auparavant efté prendre ce
Prince & cette Princeffe,
chacun dans leur Appartement.
Monfieur le Duc de Bourbon
, avoit un habit de brocard
d'or à fonds brun , avec
de groffes Fleurs d'or frifé,
& tellement relevées , quelles
faifoient le mefme effet
de la broderie :
L'habit de Mademoiſelle
226 MERCURE
de Nantes eftoit de Taffetas
noir en broderie d'or , &
doublé de Taffetas couleur
de feu , auffi brodé d'or. ,
Quantité de Diamans couvroient
le corps & les manches.
La Ceinture de la Jupe ,
& le retrouffis eftoient de
Diamans , la Jupe de deffous
eftoit de Brocard d'argent
brodé d'or , & cette broderie
eftoit liferée de couleur
de feu . Sa Mante dont la
queue eftoit de fix aulnes de
long , eftoit de gaze d'or , &
portée par Mademoiſelle de
Blois .
GALANT. 227
Sa
Le Roy avoit un habit.
brodé d'argent , enrichy de
Boutons de Pierreries . Son
Baudrier & fon Epée en
eftoient aufli garnis .
Majefté fe mit au bout de la
Table qui avoit efté dreſſée
pour cette Cerémonie.
Monfeigneur le Dauphin
, Monfieur , Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Prince , Monfieur le
Duc , Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le
Comte de Thoulouze fe ran .
gerent à la droite du Roy .
Madame la Dauphine , Ma228
MERCURE
dame , Mademoiſelle , Madame
la Grande Ducheffe
de Tofcane , Madame la
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoifelle
d'Anguien , Mademoiſelle
de Condé , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
de Verneuil veuve d'un
Prince legitimé de France,
fe placerent à la gauche . Je
n'entreray dans aucun détail
de leurs habits , la déſcription
en feroit feule auffi
longue que toute ma Relation
. Imaginez - vous tout
GALANT. 229
ce que la Broderie , & les
plus riches Brocards d'or ,
tous differemment ornez de
Pierreries , peuvent former
de plus éclattant , & vous
aurez encore de la peine à
vous bien repreſenter le brillant
effet que produifoit
l'éboüiffant amas de ces diverfes
richeffes , tant il fembloit
que chacun euft pris
plaifir à fe parer à l'envy pour
faire honneur à la Fefte , &
pour marquer la fatisfaction
qu'il avoit de ce Mariage.
Tous ces Princes & ces Princeffes
formerent un cercle ,
230 MERCURE
de
& Monfieur le Duc de Bourbon&
Mademoiſelle de Nantes,
fe rangerent auprés de la
Table , au bout de laquelle
eftoit le Roy. M. le Marquis
Seignelay, Secretaire d'Etat
& de la Maiſon du Roy ,
fit la Lecture du Contract,
M. Colbert de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
eſtant preſent. M. de Seignelay
preſenta enſuite la
plume à Sa Majefté , qui le
figna , aprés quoy il fut ſigné
parMonfeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , MonGALANT.
231
fieur le Duc de Chartres
Mademoiſelle , Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane,
Monfieur le Prince,Monfieur
le Duc,Madame la Ducheffe
, Monfieur le Duc de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoiſelle
d'Anguien , Mademoifelle
de Condé, Monfieur le
Duc du Maine , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
la Ducheffe de Verneüil.
Aprés que le Contract
232 MERCURE
eut efté figné , M. l'Evefque
d'Orleans , premier Aumônier
du Roy , fit la Ceremonie
des Fiançailles . Il eftoit
en Camail & enRochet avec
l'Etole. Cette Ceremonie
eſtant achevée , on ſe rendit
à Trianon , où le Roy donna
à Souper à toute la Maiſon
Royale , & aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Il y
eut auparavant une Promenade
fur le Canal , que l'on
trouva tout couvert de Chaloupes
, Gondoles , Yacs , &
autres fortes de Bâtimens parez.
La Chaloupe où ſe mit
GALANT. 233
le Roy , eftoit garnie de Da--
mas bleu , avec de grandes :
Crefpines d'or . Les Carreaux
eftoient de mefme , & les Tapis
de Perfe, à fonds d'or . La
Chaloupe de Monſeigneur
le Dauphin, eftoit de Damas
cramoify,& enrichie de frange
d'or. Monfieur en avoit
une de Damas vert; avec des
franges or & argent . Celle
de Madame eftoit aurore ,
avec des franges d'argent..
Toutes ces Chaloupesavoiét
des Carreaux de mefme Damas
, avec de riches Tapis.
La Mufique eftoit dans un
Aoust 1685.
V
234 MERCURE
Vaiffeau qui fuivoit la Chaloupe
du Roy, & cette Chaloupe
de Sa Majeſté eſtoit
environnée de toutes les autres
. Les hommes fuivoient
à cheval le long du Canal ,
magnifiquement
veſtus . On
y voyoit auffi un grand nombre
de Caroffes , & une af
fluence de peuple extraordinaire
. Pendant cette Promenade
, on eut le plaifir d'entendre
tout ce qu'il y a de
plus belle Mufique dans tous
les Opera de M. de Lully. On
arriva fur les neuf heures du
foir à Trianon . Le Roy monGALANT.
235
ta par le degré du Jardin ,
dont les Berceaux eftoient.
éclairez par quantité de Chãdeliers
de criftal. Il y avoit
dans les quatre Cabinets qui
les terminent, quatre Tables
de vingt- cinq couverts cha--
cune. Le Roy en tenoit une,
& Monſeigneur le Dauphin,,
Monfieur & Madame , tenoient
les trois autres .. Il
y
en avoit auffi deux dans le
Chafteau pour les Seigneurs..
Au fortir de Table , le Roy
fit quelques tours de Jardin ,,
& il retourna fur l'eau par le
mefme degré par lequel il
Vij
236
MERCURE
eftoit venu. La nuit eftoit
affez fombre , &
cependant
le Canal ne laiffoit pas de paroiftre
fort brillant . Le réflechiffement
des
lumieres qu'-
on ne pouvoit encore découvrir,
le faifoit paroiſtre comme
une glace toute lumineufe.
Quoy que l'on en ſoupçonnaft
la cauſe, on n'en fut
éclaircy que lors qu'on fut à
la croifée du Canal, d'où l'on
connut que le Château étoit
éclairé depuis le haut jufqu'au
bas. Je croy qu'il eſt à
propos de vous dire , qu'on
appelle la croifée du Canal,
GALANT. 237
l'endroit où l'on détourne en
revenant de Trianon , & d'où
l'on commence à découvrir
le Château de Verfailles. Les
lumieres dont il eftoit éclairé
étoient vives . On les nomme
ainfi lors qu'elles font découvertes
, & qu'elles ne font
point dans des verres, ou derriere
des papiers ou toilles
peintes & huilées , qui faifoient
les anciennes Illuminations
, & dont on fe fert
peu aujourd'huy , fi ce n'eſt
qu'on les mefle avec les lumieres
vives . Celles qui faifoient
briller le Chafteau de
238 MERCURE
"
Verfailles, en profiloient toutes
les Corniches , & marquoient
l'Architecture . La
Galerie mefme qui occupe
toute la face du Chafteau
qui donne dans le Jardin ,
eftoit éclairée par dedans.
comme aux jours où l'on
tient Appartement, & ces lumieres
qui n'eftoient veuës
qu'au travers des vitres , formoient
un corps plus reculé
& moins vif que celuy de
l'Architecture , ce qui faifoit
une agreable union . Toutes
les Rampes & les Efcaliers de
la Fontaine de Latone étoiet
GALANT. 239
éclairez de lumieres telles
qu'eftoient celles du Chafteau
; ce qui les faifoit paroître
du Canal comme un gros
pied-d'eſtal de feu qui portoit
le Chafteau. A l'autre
bout du Canal qui donne
dans la campagne , on vit
une Piramide de feu , formée
par fept ou huit mille lumieres,
dont chacune étoit groffe
comme un flambeau. Cette
Piramide avoit prés de
cent toifes de face , & fa hauteur
eftoit proportionnée à
fa largeur. Il y avoit fur la
pointe de cette Piramide une
240 MERCURE
boule de feu d'environ vingt :
pieds de diamettre . On tira
de derriere cette Piramide
environ vingt mille fufées.
Elles eftoient difpofées de
telle forte qu'elles paroiffoient
partir de la boule qui
eftoit fur la pointe . On tira
d'abord plufieurs groſſes fųfées
les unes aprés les autres,
qui produifirent de differens
& nouveaux effets . Enfuite
elles partirent par trois , quatre
, cinq , & fix douzaines à
la fois , & augmenterent
toûjours
jufqu'au dernier partement
, qui fut de neuf à dix
mille
GALANT. 241
mille enſemble ; ce qui fit
une voûte de lumiere au
deffus de Verſailles & des environs
.
Aprés qu'on eut admiré
la beauté & les effets de ce
prodigieux amas d'artifice,
le Roy remonta en Caleche
, & retourna au Château
par le Jardin . Tout ce
qui eftoit fur la route de Sa
Majefté , brilloit d'une infinité
de lumieres , & princi
palement l'Allée des Caſcades
, la grande Piece du bas
de cette Allée , & la Pyramide
d'eau qui eft au haut
Aoust 1685.
X
242 MERCURE
de la mefme Allée. Le feu
paroiſſoit au travers de fes
Napes , & l'on voyoit au
deffus au lieu du gros jet
d'eau , un gros bouillon de
lumieres. La face du Château
eftoit illuminée de ce
cofté là , de la mefme maniere
que celle qu'on avoit
admirée du Canal ; de forte
qu'on ne voyoit que des enfilades
de lumieres , au bour
defquelles le Chafteau paroiffoit
comme une Montagne
de feu ; on y rentra à une
heure aprés minuit .
La Cerémonie des EpouGALANT.
243
24.
failles fe fit le lendemain
Juillet à une heure aprés
midy. M. de Saintot alla
prendre Monfieur le Duc
de Bourbon dans fon Appartement
, & le mera à celuy
de Mademoiſelle de
Nantes. Il les conduifit enfuite
dans la Galerie , où
Madame la Dauphine attendoit
le Roy. On alla de là
àla Chapelle , chacun en fon
rang.
1
L'habit de Monfieur le
Duc de Bourbon eftoit brodé
d'or , fur un fond de gros
de Naples noir. Le deffein
X ij
244 MERCURE
cette broderie eftoit d'une
inventiontoute nouvelle . Un
bord d'un quartier de haut
regnoit autour du Manteau.
La broderie en eftoit fort
particuliere , & compofée
de deux manieres d'ornemens
qui fe contraſtoient,
Le fond de l'étoffe faifoit
en quelques endroits le
fond des ornemens , & en
d'autres l'or faifoit le fond ,
& l'étoffe les ornemens &
dans les endroits où elle en
fervoit , elle eftoit ornée
d'Emeraudes & de Diamans
enchaſſez dans de petits or
>
GALANT. 245
nemens de broderie relevée .
Tous les ornemens du rebord
de ce Manteau eftoient
brodez de Perles , & les milieux
des grands Fleurons
eftoient ornez de plus groffesPerles,
qui tournoient fuivant
les Tiges .Tout le plein
duManteau eftoit d'un ornement
pareil ; mais un peu
plus petit . Le revers eftoit
auffi d'une broderie des plus
riches . Les Chauffes eftoient
comme le Manteau , & le
Pourpoint eftoit blanc &
brodé d'or ; mais plus déli
catement . Le Cordon du
X iij
246 MERCURE
Chapeau de ce Prince eftoit
de gros Diamans .
Mademoiſelle de Nantes
avoit un habit de Brocard
d'argent , chamaré de Dentelles
d'argent pliffées , &
tout femé de Rubis & de
Diamans , & le Corps & les
Manches en eftoient entierement
couvertes , de mefme
que celuy des Fiançailles.
La Jupe de deffous eftoit
de Brocard d'argent, chamarée
de Dentelles d'argent
pliffées >
eftoient des Boutonnieres
d'Emeraudes & de Diamans .
entre lefquelles
GALANT 247
Les parures de tefte étoient
afforties aux Pierreries de
l'habit .
Il feroit difficile de bién
décrire l'habit du Roy. La
broderie en eftoit or & argent
, & faite exprés pour
placer les Pierreries dont il
eftoit tout femé , de forte
qu'il paroifloit qu'il fuft tout
brodé de ces Pierreries .
Je ne ne vous parleray
point icy des places que chacun
occupa dans la Chapelle
, vous les ayant déja marquées
dans les Relations du
Mariage de la Reyne d'Ef
X iiij
248 MERCURE
pagne, & de celuy de Madame
de Savoye. La Mufique
de la Chapelle chanta plufieurs
Motets pendant la
Meffe , & à l'Offertoire M.
le Marquis de Blainville
Grand Maiftre des Cerémonies
, avertit Monfieur le
Duc de Bourbon d'aller à
l'Offrande
. Ce Prince aprés
avoir fait une révérence à
l'Autel , & une au Roy , baiſa
l'Anneau de l'Evefque
, &
luy prefenta un Cierge garny
de plufieurs pieces d'or,
qu'il avoit receu du Grand
Maistre des Cerémonies
,
GALANT. 249
celuy- cy l'ayant pris des
mains de M. Duché , Controlleur
Genéral de l'argenterie
en année . Les mefines
Cerémonies furent obfervées
pour Madame la Ducheffe
de Bourbon , qui alla
enfuite à l'Offrande . Aprés
le Pater , M' les Abbez du
Breüil & Milon , Aumôniers
du Roy , tous deux en
Rochet & en Manteau long,
étendirent un Poële de Brocard
d'argent fur la tefte de
Monfieur le Duc & de Madame
la Ducheffe de Bourbon,
pendant que M. l'Evefque
250 MERCURE
d'Orleans acheva la Cerémonie
des Epoufailles. La
Meffe eftant finie , le Curé
de la Paroiffe de Verfailles
preſenta au Roy le Regiſtre
des Mariages , qui fut figné
par Sa Mejefté , Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur,
Madame , Monfieur le Prince
, Monfieur le Duc , Madame
la Ducheffe , & Monfieur
le Duc & Madame la
Ducheffe de Bourbon. Au
fortir de la Meffe , on remonta
dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu , excepté
GALANT: 251
que Mademoiſelle
de Nantes
pour lors Madame la
Ducheffe
de Bourbon
, prit
fon rang aprés Madame la
Ducheffe . A huit heures du
foir , le Roy fe trouva dans
fon grand appartement
, où
toute la Cour fe rendit .Je ne
vous parle point de la magnificence
de cét appartement;
elle eft genéralement
connuë , & je vous en ay en
voyé une deſcription particuliere
. On alla enfuite fur
le grand degré de Marbre.
Toutes les Dames fe partagerent
dans les deux Tribu252
MERCURE
nes & tous les Hommes
fur les Rampes. La Mufique
eftoit en bas , & divertit
jufques à dix heures
qu'on alla fouper. La Table
eftoit dans la grande
Salle des Gardes du Corps.
Cetse Salle eftoit tenduë
d'une riche Tapiflerie rehauſſée
d'or , qui repreſentoit
l'Hiftoire de Henry III..
Il y avoit à ce fouper,
Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin ..
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame..
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Chartres.
Madame la grande Ducheffe.
Monfieur le Duc .
Madame la Ducheffe.
Monfieur le Duc de Bourbon
.
Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Madame la Princeffe de
Conty.
Mademoiſelle de Bourbon.
Monfieur le Duc du Mayne.
Monfieur le Comte de
Thoulouze .
254 MERCURE
Mademoiſelle de Blois.
Madame la Ducheffe de
Verneüil .
pas
Et quatre-vingt Perſonnes
de la premiere qualité.
Il y eut quatre Services,
& le grand nombre de mets
& de Conviez´n'empeſcha
le bon ordre
, & que L'abondance
ne paruſt avec la
magnificence
. Au ſortir de
la Table , on revint dans le
grand Appartementdu
Roy ,
où M. l'Evefque
d'Orleans
benit le lit , puis on deshabilla
les Mariez. Le Roy
donna la Chemiſe à Mon-
1
GALANT. 255
fieur le Duc de Bourbon ,
aprés qu'elle luy eut elté
prefentée par Monſieur le
Duc & Madame la Ducheffe
la prefenta à Madame
la Dauphine , qui la donna
enfuite à Madame la Ducheffe
de Bourbon. Le Roy
fit l'honneur à cette Princef
fe de la vifiter le lendemain
dans le mefme Appartement
de Sa Majefté , où elle
avoit couché. Elle
y receut
le mefme honneur de
Monfeigneur le Dauphin ,
& le Complimens de toute
la Cour , & le foir elle alla
256 MERCURE
.
fouper chez Monfieur le
Prince , où on luy donna le
divertiffement
d'entendre
chanter des Vers que M.
l'Abbé Geneft avoit compo.
fez fur fon Mariage , & dont
je vous feray part à la fin de
cette Relation. La Mufique
eftoit de M. de la Lande,
l'un des Maiftres de Mufique
de la Chapelle du
Roy.
Le Jeudy , Monfeigneur
le Dauphin donna un grand
Soupé dans fon Apparte-
& l'on chanta enfuiment
,
te l'Idille que je vous ay enGALANT.
257
voyé en vous parlant du divertiffement
de Sceaux.
Le Samedy le Roy alla
difner à Marly. Il y mena
Madame la Ducheffe de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , & les Da
mes qui eftoient neceffaires
pour le petit Balet , que l'on
`y dança le foir devant Madame
la Dauphine , qui y
vint ſouper avec un grand
nombre de Dames. Les
Vers de ce divertiffement
eftoient de M. Morel , Valet
de Chambre de cette
Princeffe , & la Mufique de
Aoust 1685.
Y
258 MERCURE
M. de la Lande . Madame
la Ducheffe de Bourbon , &
Madame la Princeffe de
Conty , dancerent des entrées
dans les Intermedes , &
l'une & l'autre s'y firent admirer
par leur bonne
leur bonne grace ,
& par la juſteſſe de leur dance.
Le Dimanche Monfieur
donna une grande Fefte à
Saint Cloud. Il y eut Col
lation , Mufique , Jeu ,
Promenade , Bal , Souper , &
Comédie. Il s'eft fait encore
beaucoup d'autres Feftes
devant & aprés ce Mariage
,
GALANT. 259
& qui y ont toutes rapport
par la joye que la Cour at
fait paroiftre , & par les mar--
ques d'amitié que le Roy a
données aux Mariez .
Quoy qu'il femble que
rien ne fe puiffe ajoûter à
l'éclat dont la Cour brille or
dinairement , on peut dire
que pendant quatre ou cinq
jours , elle a paru avec une
magnificence extraordinaire.
Toutes les Perfonnes.
diftinguées ont fait faire des
habits tres-riches , pour honorer
cette Fefte , en y pa--
roiffant avec éclat. On ne
Y ij
260 MERCURE
peut rien s'imaginer de
plus beau que ceux de
de Monfieur le Duc de
Bourbon ; ccee Prince en
ayant changé de trois ou
quatre en broderie , qui ont
efte beaucoup moins eftimez
par leur richeffe , que
par leur travail , & par la
nouveauté de leur deffein ;
mais on ne doit
pas en
en eftre
furpris
, puis
qu'on
ne fait
rien dans
cette
Maifon
fans
fe diftinguer
, de quelque
nature
d'affaire
dont
il s'agiffe.
Je ne vous diray rien daGALANT.
261
vantage de ce qui regarde la
Princeffe, touchát ces fortes
de chofes , puis qu'il eft aifé
de s'imaginer qu'on les a portées
au plus haut point, & que
je n'en pourrois dire affez .
Monfieur le Prince , qui fait.
fon fejour ordinaire dans fa
délicieufe Maifon de Chantilly
, a demeuré plufieurs
jours à la Cour , avant &
aprés ceMariage, & il y a paru
mefme avec éclat ,
, pour
marquer la ſatisfaction qu'il
en avoit.
Je ne puis m'empefcher
de dire icy , que Monfieur
ه ت
262 MERCURE
le Duc a fait faire plufieurs
Carroffes magnifiques , entre
lefquels celuy du Corps:
eft d'une invention auffi galante
que riche. Les orne--
mens y font fans confuſion ,
& d'une maniere nouvelle .
Il y a mefme des chofes fingulieres
, & qui doivent furprendre
, parce qu'elles ne
font pas ordinaires aux au--
tres Carroffes . Toute la Ferrure
eft d'or moulu auffi bien
que les Clouds ; & tous les ornemens
de Cuivre , avec la
dorure de la Sculpture font
d'or bruny qui réfiſte à l'eau .
GALANT. 263
Le Secret en a efté trouvé depuis
peu , & l'on ne s'en eſtoit
point encore fervy . Je ne
vous dis rien des attelages
de tous ces Carroffes , dont
les Chevaux eftoient d'une
tres-grande beauté.
GALANT. 207
rechercherois avec foin toutes
les particularitez qui regardent
le Mariage de Monfieur
le Duc de Bourbon , &
de Mademoiſelle de Nantes,
afin de vous en donner une
Relation exacte ; mais il eſt
bien difficile qu'il n'échape
quelques circonftances de
tout ce qui a précedé,accompagné
, & fuivy l'Union de
ces deux Auguftes Perfonnes.
Le Roy ne fait rien qui
ne marque fa Grandeur ;
Monfieur le Duc eft galant
& magnifique , & tous ceux
qui touchent de prés au jeu208
MERCURE
ne Prince & à la jeune Princeffe
que le Mariage vient
d'unir , aiment la belle dépenfe.
La Liberalité leur eſt
naturelle ; ils n'épargnent
rien lors qu'il s'agit d'affaires
d'éclat , & il femble que le
bon gouſt ſoit né avec eux.
Jugez aprés cela , s'il m'a pû
eftre facile de ramaffer toutes
les circonftances qui ont
rapport à ce Mariage ; mais
il y a plus encore , c'eſt qu'il
s'eft fait avec un tel agrément
, & tant de joye de toute
la Cour , que chacun en
fon particulier a contribué
GALANT. 209
autant qu'il a pû , à l'éclat de
cette Feftè , par des Habits
magnifiques , par des mar
ques de réjouiffance, & mef
me par de fomptueux repas,,
accompagnez de divertiffemens.
Avant que d'entrev
dans ce détail , je vous diray
que Monfieur le Duc de
Bourbon eft un jeune Prin
ce, qui commençant à entrer
dans le monde, n'y a fait encore
aucun pas qui n'ait marqué
avec avantage qu'il foûtiendra
dignement , & l'Au
gufte Nom qu'il porte , & la
gloire des grands Hommes
Aoust 1685. Sto
210 MERCURE
qu'il a pour Ayeux. Il s'eft
fait admirer dans fes Etudes,
& il n'en eftoit pas encore
forty , qu'il a brillé dans fes
Exercices. Ainfi l'on peut
dire qu'il y a paru habile
dans un temps où l'on en
voit peu qui ayent commencé
un fi penible travail. Si
fon application luy a donné
de l'adreffe , le Sang de Bourbon
, & le defir de la gloire,
luy ont donné la force qu'il
luy manquoit. Sa bonne grace
jointe à toutes ces chofes,
l'a fait admirer dans le Carroufel
; & il y a receu des apGALANT.
211
playdiffemens fi publics ,
qu'ils ont efté entendus de :
toute l'Affemblée. Un Prin--
ce fi accomply , dans un âge :
où les autres n'ont pas enco
re refpiré l'air du monde
meritoit d'eftre uny à une
Princeffe toute parfaite . Il l'a
trouvée en Mademoiſelle de:
Nantes , qui , quoy que plus
jeune que ce Prince , a tout
l'efprit & toutes les grandes
**
qualitez que l'on pourroitt
fouhaiter dans une Princeffe :
beaucoup plus âgée. Elle
fçait plufieurs fortes de Lan--
gues ;fes reparties font prom--
Szijj
212 MERCURE
ptes & vives fur quelque fujet
que ce puiffe eftre , & elle
attire l'admiration de tout le
monde, par la grace & la jufteffe
avec laquelle elle danfe.
Ce n'est point à cauſe que
j'ay à vous entretenir de fon
Mariage que je vous en parle
de cette forte . Si vous
voulez bien vous fouvenir
de plufieurs de mes Lettres,
vous connoiftrez que je vous
ay fait la peinture de toutes
ces choſes en divers endroits
, & dans les temps où
cette Princeffe furprenoit
toute la Cour en les faifant
GALANT. 213
éclater. C'est ce qui fait voir
que la flaterie n'a aucune
part à ce que je dis .
Avant la Ceremonie des
Epoufailles , Monfieur le Duc
de Bourbon fit un Prefent à
Mademoiſelle de Nantes , digne
de la magnificence &
de la galanterie du Sang
dont ce Prince fort .
Une maniere de Table de
demy pied de haut , & qui
pouvoit eftre pofée ſur une
Table d'une hauteur ordinaire
, portoit dans fon milieu
une machine d'Orphéyrie
toute à jour , élevée en214
MERCURE
viron de huit pouces , foûte--
nuë par plufieurs petits pieds
antiques , & entourée d'une
Campane ornée d'Attributs
fur le Mariage que l'on eftoit
preft de faire. Cette Cam--
pane bordoit le haut de la
Corniche . Sur le milieu de
cette machine il y avoit une
élevation qui portoit un petit
Baſtiment de criftal de
roche , couvert en dôme furbaiffé
, & orné de huit colomnes
de criſtal. Les enchaffures
d'orphévrie , & le corps .
de
l'Architecture de ce petit
Batiment de criſtal eftoient .
GALANT. 215
d'or. Au haut du dôme & en
dedans , pendoient en maniere
de chandeliers de criſtal
deux pendans d'oreilles
de pendeloques de diamans
faits en cloches. Ils eftoient
accompagnez d'une parure
de rubis & de diamans . Toute
cette machine cuſt pû eftre
prife pour un des endroits
délicieux du Palais de Pfyché
, puis qu'une Figure d'or
émaillé y reprefentoit cette
Princeffe. Elle eftoit couchée
, & regardoit ces Prefens
de la mefme forte que
Pfyché regardoit ceux de
.
216 MERCURE
F'Amour , lors que ce Dieu
bornoit tous fes voeux au feul
defir de luy plaire .
Aux quatre faces de ceBâtiment,
eftoient quatre Caffettes
de cristal , dans chacune
defquelles il y avoit un Bracelet
, des Boucles de Ceintures,
de Jartieres & de Souliers
de Pierreries ;fçavoir des Diamans
brillans dans la premiere
; dans la feconde des
Rubis & des Diamans ; dans
la troifiéme des Emeraudes
& des Diamans ; & dans la
quatriéme de toutes fortes
de Pierreries , avec des Bracelets
GALANT. 217
celets de Perles , & plufieurs
petites Boucles d'oreilles de
Diamans, & d'autres de toutes
fortes de Pierres de couleur.
Des Confoles d'Orfevrie
portoient les Angles du Bâtiment
du milieu ; & fur
chacun de ces Angles qui
avançoient entre les Caffettes
de criſtal, eftoient élevées
quatre Urnes d'or fur de petits
Socles . Le haut de ces
Urnes eftoit en forme de dôme
, il y avoit dedans des
efpeces de Baguiers de velours
noir,remplis de Bagues
Aouft 1685.
T
218 MERCURE
de Diamans brillans , de
plufieurs Diamans de couleur,&
de toutes fortes d'autres
Pierres.
Il y avoit auffi huit vaſes
de Cryſtal de Roche ; fçavoir
deux de chaque cofté
des quatre Vafes d'or. Ils
achevoient de remplir les
Angles du Bâtiment du mi-
-lieu ; les Bouchons de ces
Vaſes eftoient d'or , & fur
chaque Bouchon il y avoit
un Diamant brillant.
La machine d'Orfévrerie
qui portoit tous ces Bijoux,
faifoit un plan extraordi-
韭
GALANT. 219
naire , & qui s'accommodoit
à la fituation de toutes
ces pieces. Toute cette machine
enſemble eftoit portée
dans le milieu d'une maniere
de Table , haute de
fix pouces. Elle eſtoit foûtenue
par des pieds d'argent,
& ornée autour de Points
d'Eſpagne , & autres agrémens
qui formoient des Feftons
.
Sur la mefme Table au
deffous de cette machine
d'argent , il y avoit huit
Corbeilles , fçavoir , quatre
carrées , vis à vis de chacune
Tij
220 MERCURE
des faces de la grande Machine
, & quatre ovales fur
les Angles ; mais qui ne cachoient
rien de toute la Machine
du milieu , qui eftoit
plus élevée que ces Corbeilles.
Elles eftoient toutes
de Brocard d'or , brodé d'ar-
Deux des grandes
gent.
eftoient remplies d'Eventails
, & les deux autres de
Jartieres de tiffu d'or &
d'argent de toutes couleurs.
Il y avoit dans chacune des
petites , un Etuy de Velours
vert , fur lequel eftoient des
Bijoux de Velours vert de
GALANT. 221
toutes façons. Chaque Etuy
cachoit un Tablier à travailler
, de Taffetas vert , brodé
d'or paffé , & garny aux poches
de Boutons de Diamans
brillans , avec tous les
Etuis d'or , garnis de fem
blables Diamans , & attachez
à la ceinture du Tablier
avec de petites chaînes
d'or. Aux deux bouts de cette
Table eftoient encore
deux grandes Corbeilles de
Brocard d'or brodé d'argent
, & remplies de Gands
garnis , de Bas de Soye & de
Rubans.
Tiij
222 MERCURE
Le deffus de la Table qui
portoit toutes ces chofes,
eftoit brodé d'or fur un
fonds de Velours cramoify ,
avec des compartimens de
Rabeſques , dont la broderie
eftoit plus relevée , & en
chaffoit les Corbeilles ; de
forte qu'en les levant , on
voyoit les places de chacune.
D'autres ornemens rempliffoient
ces places ; mais la
broderie en eftoit plus platafin
que les Corbeilles
te ,
pofaffent mieux deſſus .
Cette Table faifoit un
plan fuivant l'arrengement
GALANT. 223
des Corbeilles quarrées ou
ovales , & ces Corbeilles en
formoient un qui s'accommodoit
à la Machine du milieu.
>
On peut juger par la
beauté , & par la richeffe de
ce Prefent de toutes les
chofes qui ont regardé ce
Mariage , & que la galanterie
& la magnificence n'y
ont pas manqué.
Je ne dois pas oublier, en
vous parlant des Pierreries
qui faifoient la principale
partie de ce fuperbe & riche
Prefent
› que le Roy en a
L
Tiiij
224 MERCURE
,
donné plufieurs parures d'un
tres-grand prix à Mademoifelle
de Nantes outre les
avantages qu'il a faits à cette
Princeffe , & les biens ,
Charges & Gouvernemens,
dont il luy a plu de gratifier
ces deux Auguftes Epoux .
La Cerémonie des Fiançailles
fe fit le 23. de Juillet
dans le grand Salon de l'Appartement
du Roy. Toute
la Maiſon Royale s'y trouva
, auffi bien que tous les
Princes , & Princeffes
du
Sang qui y avoient eſté invitées.
Monfieur
le Duc de
GALANT·
225
Bourbon & Mademoiſelle
de Nantes , y furent conduits
par M. le Marquis de
Blainville , Grand Maiſtre
des Cerémonies , qui avoit
auparavant efté prendre ce
Prince & cette Princeffe,
chacun dans leur Appartement.
Monfieur le Duc de Bourbon
, avoit un habit de brocard
d'or à fonds brun , avec
de groffes Fleurs d'or frifé,
& tellement relevées , quelles
faifoient le mefme effet
de la broderie :
L'habit de Mademoiſelle
226 MERCURE
de Nantes eftoit de Taffetas
noir en broderie d'or , &
doublé de Taffetas couleur
de feu , auffi brodé d'or. ,
Quantité de Diamans couvroient
le corps & les manches.
La Ceinture de la Jupe ,
& le retrouffis eftoient de
Diamans , la Jupe de deffous
eftoit de Brocard d'argent
brodé d'or , & cette broderie
eftoit liferée de couleur
de feu . Sa Mante dont la
queue eftoit de fix aulnes de
long , eftoit de gaze d'or , &
portée par Mademoiſelle de
Blois .
GALANT. 227
Sa
Le Roy avoit un habit.
brodé d'argent , enrichy de
Boutons de Pierreries . Son
Baudrier & fon Epée en
eftoient aufli garnis .
Majefté fe mit au bout de la
Table qui avoit efté dreſſée
pour cette Cerémonie.
Monfeigneur le Dauphin
, Monfieur , Monfieur
le Duc de Chartres , Monfieur
le Prince , Monfieur le
Duc , Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le
Comte de Thoulouze fe ran .
gerent à la droite du Roy .
Madame la Dauphine , Ma228
MERCURE
dame , Mademoiſelle , Madame
la Grande Ducheffe
de Tofcane , Madame la
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoifelle
d'Anguien , Mademoiſelle
de Condé , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
de Verneuil veuve d'un
Prince legitimé de France,
fe placerent à la gauche . Je
n'entreray dans aucun détail
de leurs habits , la déſcription
en feroit feule auffi
longue que toute ma Relation
. Imaginez - vous tout
GALANT. 229
ce que la Broderie , & les
plus riches Brocards d'or ,
tous differemment ornez de
Pierreries , peuvent former
de plus éclattant , & vous
aurez encore de la peine à
vous bien repreſenter le brillant
effet que produifoit
l'éboüiffant amas de ces diverfes
richeffes , tant il fembloit
que chacun euft pris
plaifir à fe parer à l'envy pour
faire honneur à la Fefte , &
pour marquer la fatisfaction
qu'il avoit de ce Mariage.
Tous ces Princes & ces Princeffes
formerent un cercle ,
230 MERCURE
de
& Monfieur le Duc de Bourbon&
Mademoiſelle de Nantes,
fe rangerent auprés de la
Table , au bout de laquelle
eftoit le Roy. M. le Marquis
Seignelay, Secretaire d'Etat
& de la Maiſon du Roy ,
fit la Lecture du Contract,
M. Colbert de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ,
eſtant preſent. M. de Seignelay
preſenta enſuite la
plume à Sa Majefté , qui le
figna , aprés quoy il fut ſigné
parMonfeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur , Madame , MonGALANT.
231
fieur le Duc de Chartres
Mademoiſelle , Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane,
Monfieur le Prince,Monfieur
le Duc,Madame la Ducheffe
, Monfieur le Duc de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , Mademoifelle
de Bourbon , Mademoiſelle
d'Anguien , Mademoifelle
de Condé, Monfieur le
Duc du Maine , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle
de Blois , & Madame
la Ducheffe de Verneüil.
Aprés que le Contract
232 MERCURE
eut efté figné , M. l'Evefque
d'Orleans , premier Aumônier
du Roy , fit la Ceremonie
des Fiançailles . Il eftoit
en Camail & enRochet avec
l'Etole. Cette Ceremonie
eſtant achevée , on ſe rendit
à Trianon , où le Roy donna
à Souper à toute la Maiſon
Royale , & aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Il y
eut auparavant une Promenade
fur le Canal , que l'on
trouva tout couvert de Chaloupes
, Gondoles , Yacs , &
autres fortes de Bâtimens parez.
La Chaloupe où ſe mit
GALANT. 233
le Roy , eftoit garnie de Da--
mas bleu , avec de grandes :
Crefpines d'or . Les Carreaux
eftoient de mefme , & les Tapis
de Perfe, à fonds d'or . La
Chaloupe de Monſeigneur
le Dauphin, eftoit de Damas
cramoify,& enrichie de frange
d'or. Monfieur en avoit
une de Damas vert; avec des
franges or & argent . Celle
de Madame eftoit aurore ,
avec des franges d'argent..
Toutes ces Chaloupesavoiét
des Carreaux de mefme Damas
, avec de riches Tapis.
La Mufique eftoit dans un
Aoust 1685.
V
234 MERCURE
Vaiffeau qui fuivoit la Chaloupe
du Roy, & cette Chaloupe
de Sa Majeſté eſtoit
environnée de toutes les autres
. Les hommes fuivoient
à cheval le long du Canal ,
magnifiquement
veſtus . On
y voyoit auffi un grand nombre
de Caroffes , & une af
fluence de peuple extraordinaire
. Pendant cette Promenade
, on eut le plaifir d'entendre
tout ce qu'il y a de
plus belle Mufique dans tous
les Opera de M. de Lully. On
arriva fur les neuf heures du
foir à Trianon . Le Roy monGALANT.
235
ta par le degré du Jardin ,
dont les Berceaux eftoient.
éclairez par quantité de Chãdeliers
de criftal. Il y avoit
dans les quatre Cabinets qui
les terminent, quatre Tables
de vingt- cinq couverts cha--
cune. Le Roy en tenoit une,
& Monſeigneur le Dauphin,,
Monfieur & Madame , tenoient
les trois autres .. Il
y
en avoit auffi deux dans le
Chafteau pour les Seigneurs..
Au fortir de Table , le Roy
fit quelques tours de Jardin ,,
& il retourna fur l'eau par le
mefme degré par lequel il
Vij
236
MERCURE
eftoit venu. La nuit eftoit
affez fombre , &
cependant
le Canal ne laiffoit pas de paroiftre
fort brillant . Le réflechiffement
des
lumieres qu'-
on ne pouvoit encore découvrir,
le faifoit paroiſtre comme
une glace toute lumineufe.
Quoy que l'on en ſoupçonnaft
la cauſe, on n'en fut
éclaircy que lors qu'on fut à
la croifée du Canal, d'où l'on
connut que le Château étoit
éclairé depuis le haut jufqu'au
bas. Je croy qu'il eſt à
propos de vous dire , qu'on
appelle la croifée du Canal,
GALANT. 237
l'endroit où l'on détourne en
revenant de Trianon , & d'où
l'on commence à découvrir
le Château de Verfailles. Les
lumieres dont il eftoit éclairé
étoient vives . On les nomme
ainfi lors qu'elles font découvertes
, & qu'elles ne font
point dans des verres, ou derriere
des papiers ou toilles
peintes & huilées , qui faifoient
les anciennes Illuminations
, & dont on fe fert
peu aujourd'huy , fi ce n'eſt
qu'on les mefle avec les lumieres
vives . Celles qui faifoient
briller le Chafteau de
238 MERCURE
"
Verfailles, en profiloient toutes
les Corniches , & marquoient
l'Architecture . La
Galerie mefme qui occupe
toute la face du Chafteau
qui donne dans le Jardin ,
eftoit éclairée par dedans.
comme aux jours où l'on
tient Appartement, & ces lumieres
qui n'eftoient veuës
qu'au travers des vitres , formoient
un corps plus reculé
& moins vif que celuy de
l'Architecture , ce qui faifoit
une agreable union . Toutes
les Rampes & les Efcaliers de
la Fontaine de Latone étoiet
GALANT. 239
éclairez de lumieres telles
qu'eftoient celles du Chafteau
; ce qui les faifoit paroître
du Canal comme un gros
pied-d'eſtal de feu qui portoit
le Chafteau. A l'autre
bout du Canal qui donne
dans la campagne , on vit
une Piramide de feu , formée
par fept ou huit mille lumieres,
dont chacune étoit groffe
comme un flambeau. Cette
Piramide avoit prés de
cent toifes de face , & fa hauteur
eftoit proportionnée à
fa largeur. Il y avoit fur la
pointe de cette Piramide une
240 MERCURE
boule de feu d'environ vingt :
pieds de diamettre . On tira
de derriere cette Piramide
environ vingt mille fufées.
Elles eftoient difpofées de
telle forte qu'elles paroiffoient
partir de la boule qui
eftoit fur la pointe . On tira
d'abord plufieurs groſſes fųfées
les unes aprés les autres,
qui produifirent de differens
& nouveaux effets . Enfuite
elles partirent par trois , quatre
, cinq , & fix douzaines à
la fois , & augmenterent
toûjours
jufqu'au dernier partement
, qui fut de neuf à dix
mille
GALANT. 241
mille enſemble ; ce qui fit
une voûte de lumiere au
deffus de Verſailles & des environs
.
Aprés qu'on eut admiré
la beauté & les effets de ce
prodigieux amas d'artifice,
le Roy remonta en Caleche
, & retourna au Château
par le Jardin . Tout ce
qui eftoit fur la route de Sa
Majefté , brilloit d'une infinité
de lumieres , & princi
palement l'Allée des Caſcades
, la grande Piece du bas
de cette Allée , & la Pyramide
d'eau qui eft au haut
Aoust 1685.
X
242 MERCURE
de la mefme Allée. Le feu
paroiſſoit au travers de fes
Napes , & l'on voyoit au
deffus au lieu du gros jet
d'eau , un gros bouillon de
lumieres. La face du Château
eftoit illuminée de ce
cofté là , de la mefme maniere
que celle qu'on avoit
admirée du Canal ; de forte
qu'on ne voyoit que des enfilades
de lumieres , au bour
defquelles le Chafteau paroiffoit
comme une Montagne
de feu ; on y rentra à une
heure aprés minuit .
La Cerémonie des EpouGALANT.
243
24.
failles fe fit le lendemain
Juillet à une heure aprés
midy. M. de Saintot alla
prendre Monfieur le Duc
de Bourbon dans fon Appartement
, & le mera à celuy
de Mademoiſelle de
Nantes. Il les conduifit enfuite
dans la Galerie , où
Madame la Dauphine attendoit
le Roy. On alla de là
àla Chapelle , chacun en fon
rang.
1
L'habit de Monfieur le
Duc de Bourbon eftoit brodé
d'or , fur un fond de gros
de Naples noir. Le deffein
X ij
244 MERCURE
cette broderie eftoit d'une
inventiontoute nouvelle . Un
bord d'un quartier de haut
regnoit autour du Manteau.
La broderie en eftoit fort
particuliere , & compofée
de deux manieres d'ornemens
qui fe contraſtoient,
Le fond de l'étoffe faifoit
en quelques endroits le
fond des ornemens , & en
d'autres l'or faifoit le fond ,
& l'étoffe les ornemens &
dans les endroits où elle en
fervoit , elle eftoit ornée
d'Emeraudes & de Diamans
enchaſſez dans de petits or
>
GALANT. 245
nemens de broderie relevée .
Tous les ornemens du rebord
de ce Manteau eftoient
brodez de Perles , & les milieux
des grands Fleurons
eftoient ornez de plus groffesPerles,
qui tournoient fuivant
les Tiges .Tout le plein
duManteau eftoit d'un ornement
pareil ; mais un peu
plus petit . Le revers eftoit
auffi d'une broderie des plus
riches . Les Chauffes eftoient
comme le Manteau , & le
Pourpoint eftoit blanc &
brodé d'or ; mais plus déli
catement . Le Cordon du
X iij
246 MERCURE
Chapeau de ce Prince eftoit
de gros Diamans .
Mademoiſelle de Nantes
avoit un habit de Brocard
d'argent , chamaré de Dentelles
d'argent pliffées , &
tout femé de Rubis & de
Diamans , & le Corps & les
Manches en eftoient entierement
couvertes , de mefme
que celuy des Fiançailles.
La Jupe de deffous eftoit
de Brocard d'argent, chamarée
de Dentelles d'argent
pliffées >
eftoient des Boutonnieres
d'Emeraudes & de Diamans .
entre lefquelles
GALANT 247
Les parures de tefte étoient
afforties aux Pierreries de
l'habit .
Il feroit difficile de bién
décrire l'habit du Roy. La
broderie en eftoit or & argent
, & faite exprés pour
placer les Pierreries dont il
eftoit tout femé , de forte
qu'il paroifloit qu'il fuft tout
brodé de ces Pierreries .
Je ne ne vous parleray
point icy des places que chacun
occupa dans la Chapelle
, vous les ayant déja marquées
dans les Relations du
Mariage de la Reyne d'Ef
X iiij
248 MERCURE
pagne, & de celuy de Madame
de Savoye. La Mufique
de la Chapelle chanta plufieurs
Motets pendant la
Meffe , & à l'Offertoire M.
le Marquis de Blainville
Grand Maiftre des Cerémonies
, avertit Monfieur le
Duc de Bourbon d'aller à
l'Offrande
. Ce Prince aprés
avoir fait une révérence à
l'Autel , & une au Roy , baiſa
l'Anneau de l'Evefque
, &
luy prefenta un Cierge garny
de plufieurs pieces d'or,
qu'il avoit receu du Grand
Maistre des Cerémonies
,
GALANT. 249
celuy- cy l'ayant pris des
mains de M. Duché , Controlleur
Genéral de l'argenterie
en année . Les mefines
Cerémonies furent obfervées
pour Madame la Ducheffe
de Bourbon , qui alla
enfuite à l'Offrande . Aprés
le Pater , M' les Abbez du
Breüil & Milon , Aumôniers
du Roy , tous deux en
Rochet & en Manteau long,
étendirent un Poële de Brocard
d'argent fur la tefte de
Monfieur le Duc & de Madame
la Ducheffe de Bourbon,
pendant que M. l'Evefque
250 MERCURE
d'Orleans acheva la Cerémonie
des Epoufailles. La
Meffe eftant finie , le Curé
de la Paroiffe de Verfailles
preſenta au Roy le Regiſtre
des Mariages , qui fut figné
par Sa Mejefté , Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur,
Madame , Monfieur le Prince
, Monfieur le Duc , Madame
la Ducheffe , & Monfieur
le Duc & Madame la
Ducheffe de Bourbon. Au
fortir de la Meffe , on remonta
dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu , excepté
GALANT: 251
que Mademoiſelle
de Nantes
pour lors Madame la
Ducheffe
de Bourbon
, prit
fon rang aprés Madame la
Ducheffe . A huit heures du
foir , le Roy fe trouva dans
fon grand appartement
, où
toute la Cour fe rendit .Je ne
vous parle point de la magnificence
de cét appartement;
elle eft genéralement
connuë , & je vous en ay en
voyé une deſcription particuliere
. On alla enfuite fur
le grand degré de Marbre.
Toutes les Dames fe partagerent
dans les deux Tribu252
MERCURE
nes & tous les Hommes
fur les Rampes. La Mufique
eftoit en bas , & divertit
jufques à dix heures
qu'on alla fouper. La Table
eftoit dans la grande
Salle des Gardes du Corps.
Cetse Salle eftoit tenduë
d'une riche Tapiflerie rehauſſée
d'or , qui repreſentoit
l'Hiftoire de Henry III..
Il y avoit à ce fouper,
Le Roy,
Monfeigneur le Dauphin ..
Madame la Dauphine.
Monfieur.
Madame..
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Chartres.
Madame la grande Ducheffe.
Monfieur le Duc .
Madame la Ducheffe.
Monfieur le Duc de Bourbon
.
Bourbon.
Madame la Ducheffe de
Madame la Princeffe de
Conty.
Mademoiſelle de Bourbon.
Monfieur le Duc du Mayne.
Monfieur le Comte de
Thoulouze .
254 MERCURE
Mademoiſelle de Blois.
Madame la Ducheffe de
Verneüil .
pas
Et quatre-vingt Perſonnes
de la premiere qualité.
Il y eut quatre Services,
& le grand nombre de mets
& de Conviez´n'empeſcha
le bon ordre
, & que L'abondance
ne paruſt avec la
magnificence
. Au ſortir de
la Table , on revint dans le
grand Appartementdu
Roy ,
où M. l'Evefque
d'Orleans
benit le lit , puis on deshabilla
les Mariez. Le Roy
donna la Chemiſe à Mon-
1
GALANT. 255
fieur le Duc de Bourbon ,
aprés qu'elle luy eut elté
prefentée par Monſieur le
Duc & Madame la Ducheffe
la prefenta à Madame
la Dauphine , qui la donna
enfuite à Madame la Ducheffe
de Bourbon. Le Roy
fit l'honneur à cette Princef
fe de la vifiter le lendemain
dans le mefme Appartement
de Sa Majefté , où elle
avoit couché. Elle
y receut
le mefme honneur de
Monfeigneur le Dauphin ,
& le Complimens de toute
la Cour , & le foir elle alla
256 MERCURE
.
fouper chez Monfieur le
Prince , où on luy donna le
divertiffement
d'entendre
chanter des Vers que M.
l'Abbé Geneft avoit compo.
fez fur fon Mariage , & dont
je vous feray part à la fin de
cette Relation. La Mufique
eftoit de M. de la Lande,
l'un des Maiftres de Mufique
de la Chapelle du
Roy.
Le Jeudy , Monfeigneur
le Dauphin donna un grand
Soupé dans fon Apparte-
& l'on chanta enfuiment
,
te l'Idille que je vous ay enGALANT.
257
voyé en vous parlant du divertiffement
de Sceaux.
Le Samedy le Roy alla
difner à Marly. Il y mena
Madame la Ducheffe de
Bourbon , Madame la Princeffe
de Conty , & les Da
mes qui eftoient neceffaires
pour le petit Balet , que l'on
`y dança le foir devant Madame
la Dauphine , qui y
vint ſouper avec un grand
nombre de Dames. Les
Vers de ce divertiffement
eftoient de M. Morel , Valet
de Chambre de cette
Princeffe , & la Mufique de
Aoust 1685.
Y
258 MERCURE
M. de la Lande . Madame
la Ducheffe de Bourbon , &
Madame la Princeffe de
Conty , dancerent des entrées
dans les Intermedes , &
l'une & l'autre s'y firent admirer
par leur bonne
leur bonne grace ,
& par la juſteſſe de leur dance.
Le Dimanche Monfieur
donna une grande Fefte à
Saint Cloud. Il y eut Col
lation , Mufique , Jeu ,
Promenade , Bal , Souper , &
Comédie. Il s'eft fait encore
beaucoup d'autres Feftes
devant & aprés ce Mariage
,
GALANT. 259
& qui y ont toutes rapport
par la joye que la Cour at
fait paroiftre , & par les mar--
ques d'amitié que le Roy a
données aux Mariez .
Quoy qu'il femble que
rien ne fe puiffe ajoûter à
l'éclat dont la Cour brille or
dinairement , on peut dire
que pendant quatre ou cinq
jours , elle a paru avec une
magnificence extraordinaire.
Toutes les Perfonnes.
diftinguées ont fait faire des
habits tres-riches , pour honorer
cette Fefte , en y pa--
roiffant avec éclat. On ne
Y ij
260 MERCURE
peut rien s'imaginer de
plus beau que ceux de
de Monfieur le Duc de
Bourbon ; ccee Prince en
ayant changé de trois ou
quatre en broderie , qui ont
efte beaucoup moins eftimez
par leur richeffe , que
par leur travail , & par la
nouveauté de leur deffein ;
mais on ne doit
pas en
en eftre
furpris
, puis
qu'on
ne fait
rien dans
cette
Maifon
fans
fe diftinguer
, de quelque
nature
d'affaire
dont
il s'agiffe.
Je ne vous diray rien daGALANT.
261
vantage de ce qui regarde la
Princeffe, touchát ces fortes
de chofes , puis qu'il eft aifé
de s'imaginer qu'on les a portées
au plus haut point, & que
je n'en pourrois dire affez .
Monfieur le Prince , qui fait.
fon fejour ordinaire dans fa
délicieufe Maifon de Chantilly
, a demeuré plufieurs
jours à la Cour , avant &
aprés ceMariage, & il y a paru
mefme avec éclat ,
, pour
marquer la ſatisfaction qu'il
en avoit.
Je ne puis m'empefcher
de dire icy , que Monfieur
ه ت
262 MERCURE
le Duc a fait faire plufieurs
Carroffes magnifiques , entre
lefquels celuy du Corps:
eft d'une invention auffi galante
que riche. Les orne--
mens y font fans confuſion ,
& d'une maniere nouvelle .
Il y a mefme des chofes fingulieres
, & qui doivent furprendre
, parce qu'elles ne
font pas ordinaires aux au--
tres Carroffes . Toute la Ferrure
eft d'or moulu auffi bien
que les Clouds ; & tous les ornemens
de Cuivre , avec la
dorure de la Sculpture font
d'or bruny qui réfiſte à l'eau .
GALANT. 263
Le Secret en a efté trouvé depuis
peu , & l'on ne s'en eſtoit
point encore fervy . Je ne
vous dis rien des attelages
de tous ces Carroffes , dont
les Chevaux eftoient d'une
tres-grande beauté.
Fermer
Résumé : Relation contenant toutes les particularités du Mariage de M. le D. de Bourbon. [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage du Duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes, marqué par une grande magnificence et une générosité exceptionnelle. Le Duc, jeune prince prometteur, et Mademoiselle de Nantes, reconnue pour son esprit vif et sa maîtrise de plusieurs langues, furent célébrés pour leurs qualités. Avant la cérémonie, le Duc offrit à sa future épouse une table d'orfèvrerie représentant Psyché, entourée de bijoux précieux et de pierres rares, ainsi que divers objets de valeur. Les fiançailles eurent lieu le 23 juillet dans le grand salon de l'appartement du roi, en présence de la Maison Royale et des princes et princesses du sang. Les fiancés et le roi portaient des tenues somptueuses, brodées d'or et ornées de diamants. Après la signature du contrat, la cour se rendit à Trianon pour un souper, précédé d'une promenade en bateau sur le canal. Le château de Versailles fut illuminé et des feux d'artifice furent tirés. La veille du mariage, les festivités commencèrent à une heure après minuit. Le lendemain, la procession se dirigea vers la chapelle pour la cérémonie nuptiale. Le Duc et la Duchesse portaient des habits richement brodés et ornés de pierreries. Après la messe, un souper fut servi dans la salle des Gardes du Corps, suivi de la bénédiction du lit par l'évêque d'Orléans. Le roi offrit la chemise au Duc de Bourbon, qui la transmit à la Dauphine puis à la Duchesse. Les festivités continuèrent avec des visites, des compliments, des soupers, des ballets, des jeux et des comédies. Le roi et la cour montrèrent leur joie et leur amitié envers les mariés. La cour brilla par sa magnificence, avec des habits très riches portés par toutes les personnes distinguées. Le Duc de Bourbon se distingua par ses habits brodés et fit construire des carrosses magnifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 290-293
Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Début :
Le 10. de ce mois, Monseigneur le Dauphin partit de Versailles, pour [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Versailles, Anet, Chasse, Couverts, Cheval, Chien, Cerf, Château, Table, Loup, Honneurs, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10. de ce mois , Monfeigneur
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
le Dauphin partit
de Verſailles › pour
aller
prendre
à Anet
le divertiffement
de la Chaſſe
. Il y arri va fur les onze
heures
. Sa
GALANT. 291
{ à
Table eftoit préparée dans
in Salon qui eft des plus
beaux. Elle eftoit de quinze
ou feize Couverts. On
fervit fi- toft que ce Prince
fut entré , & à peine le difné
fut-il finy qu'il monta
à Cheval , pour aller chaffer
avec les Chiens de M. le
Grand Prieur.On laiffa cour
re un gros Cerf, qui aprés avoirdonné
beaucoup de plai
fir , vint fe faire prendre à la
Riviere , à cent pas du Châ
teau . On l'apporta dans la
Court oùl'on en fit la curée.
La nuit eftant venue , Mon
་ ་
Aoust 1685,
Aa
292 MERCURE
feigneur alla entendre un
Concert compofé d'une
douzaine de Perfonnes des
plus illuftres . Je ne dis rien
du Soupé qui fut magnifique.
Ce Prince avoit envoyé
fes Officiers à Anot.
Quoy que M. le Duc de
Vendôme mangeaft avec
luy , il avoit fa Table ſervie
*
délicatement & dont M.
Le
l'Abbé de Chaulieu faifoit
tres-bien les honneurs.
lendemain Monfeigneur le
Dauphin alla courre le
Loup avec fes Chiens ,
ceux de M. le Duc de Ven-
&
GALANT. 293
D
dôme. Cette Chaffe fut par
faitementbelle. Aprés qu'on
eut pris le Loup dont la
ourée fe fit encore dans la
Courtdub Chasteauon revint
difner & Pon alla enfiite
tirer dans le Parc du
l'on trouva beaucoup de GPbiely
eut encore Mafi
que
le foir ainfi qu'aux
deux jours fuivans . On paffa
de 121 àtirer matin & for..
Le 13. il y eut chaffe du
Loup , & le 14, on courut
le Cerf. Monfeigneur retourna
ce jour là à Verfail
les , où il arriva fur les cinq
heures,
Fermer
Résumé : Relation contenant ce qui s'est passé pendant le sejour que Monseigneur le Dauphin a fait à Annet. [titre d'après la table]
Le 10 août 1685, le Dauphin se rendit à Anet pour une partie de chasse. À son arrivée, il fut accueilli par un dîner somptueux. Après le repas, il chassa un cerf avec les chiens du Grand Prieur, qui fut capturé près de la rivière. En soirée, il assista à un concert et participa à un souper magnifique. Le lendemain, il chassa le loup avec ses propres chiens et ceux du Duc de Vendôme, et le loup fut pris dans la cour du château. L'après-midi, il tira du gibier dans le parc. Les activités de chasse continuèrent les jours suivants, avec une chasse au loup le 13 août et une chasse au cerf le 14 août. Le Dauphin retourna à Versailles le 14 août en fin d'après-midi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 266-272
Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Wielopolski Grand Chancelier & Ambassadeur Extraordinaire [...]
Mots clefs :
Comte de Wielopolski, Grand Chancelier, Ambassadeur extraordinaire, Pologne, Maréchal, Roi de France, Princes, Gentilshommes, Carrosse, Audience, Château, Magnificence, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Mr leComte deWielopolfKi
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Fermer
Résumé : Entrée de l'Ambassadeur de Pologne à Fontainebleau, & ses Audiances. [titre d'après la table]
Le comte de Wielopolfki, Grand Chancelier et Ambassadeur extraordinaire de Pologne, est arrivé à Paris incognito environ un mois avant sa présentation officielle. Le 17 du mois, il a fait une entrée publique à Fontainebleau, accompagné de notables français tels que le maréchal duc de Duras et Monsieur de Bonneuil. Son cortège comprenait vingt-quatre estafiers, douze pages à cheval, deux trompettes, deux gardes vêtus à la polonaise, et plusieurs gentilshommes en habits français. Il a été conduit à son appartement où il a reçu des compliments au nom du roi, de la dauphine, de Monsieur, et de Madame. Le 18 au matin, il a eu sa première audience publique avec le roi dans le cabinet royal, en présence de toute la maison royale, escorté par le comte de Marfan et Monsieur de Bonneuil. À son arrivée au château, il a été accueilli par divers corps de gardes et officiers. Le 10, il a eu une audience particulière avec le roi. Le 21, il est retourné à Paris après avoir été traité avec magnificence par les officiers du roi durant son séjour à Fontainebleau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 256-258
Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ce jour là dîner à S. Germain en Laye, où [...]
Mots clefs :
Saint-Germain-en-Laye, Marquis de Montchevreuil, Henri de Mornay, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Ils allerent ce jour là dî
euner à S. Germain en Laye , où
Ro Mr le Marquis de Monche-
1
X
246 Suite du Voyage
neur ,
こ
vreüil qui en eſt Gouver
les receut d'une maniere
à laquelle on ne peut
rien adjoûter. Quoyque le
Château de S. Germain , qui
a eſté bâty ſous le Regnede
François. I. ſoit tres-beau , il
eſt neantmoins d'une figure
irreguliere. Il vient d'eſtre
augmenté par le Roy , qui ne
fait pas ſeulement bâtir de
nouveaux palais plus beaux
que ceux que tous les Roys
ſes predeceffeurs ont jamais
fait conſtruire , mais qui laiſſe
meſme aux plus anciens des
marques de la magnificence.
L'augmentation qui vient
des Amb. de Siam?
247
C
d'eſtre faire y eft de cinq pavillons
qui flanquent les encognures
, cd quis contribuë
beaucoup à la commodité
des Appartemens qui font en
grand nombre & fort dégagez.
Le follé a efté élargy en.
pluſieurs endroits , &tous les
dehors des bâtimens renouvellez
, quoyque la meſmeo
( decoratiomaithefté confervée
aux vieux oorps du bâtiment ,
& continüéeau nouveau ..
Ce qui ſurprie le plus les
Ambaſſadeurs , ce fut de voir
quela couverture de ce Château
eſtoie de pierrede taille.
La veuël leur en plût auſſi
beaucoup.
euner à S. Germain en Laye , où
Ro Mr le Marquis de Monche-
1
X
246 Suite du Voyage
neur ,
こ
vreüil qui en eſt Gouver
les receut d'une maniere
à laquelle on ne peut
rien adjoûter. Quoyque le
Château de S. Germain , qui
a eſté bâty ſous le Regnede
François. I. ſoit tres-beau , il
eſt neantmoins d'une figure
irreguliere. Il vient d'eſtre
augmenté par le Roy , qui ne
fait pas ſeulement bâtir de
nouveaux palais plus beaux
que ceux que tous les Roys
ſes predeceffeurs ont jamais
fait conſtruire , mais qui laiſſe
meſme aux plus anciens des
marques de la magnificence.
L'augmentation qui vient
des Amb. de Siam?
247
C
d'eſtre faire y eft de cinq pavillons
qui flanquent les encognures
, cd quis contribuë
beaucoup à la commodité
des Appartemens qui font en
grand nombre & fort dégagez.
Le follé a efté élargy en.
pluſieurs endroits , &tous les
dehors des bâtimens renouvellez
, quoyque la meſmeo
( decoratiomaithefté confervée
aux vieux oorps du bâtiment ,
& continüéeau nouveau ..
Ce qui ſurprie le plus les
Ambaſſadeurs , ce fut de voir
quela couverture de ce Château
eſtoie de pierrede taille.
La veuël leur en plût auſſi
beaucoup.
Fermer
Résumé : Ils sont recus à S. Germain en Laye par Mr le Marquis de Monchevreüil, [titre d'après la table]
Lors d'une visite à Saint-Germain-en-Laye, les visiteurs furent accueillis par le Marquis de Montchevreuil, gouverneur du lieu. Le château, édifié sous le règne de François Ier, est décrit comme beau mais de forme irrégulière. Le roi a récemment lancé des travaux d'agrandissement, incluant la construction de nouveaux palais et l'embellissement des anciens. Les modifications comprennent l'ajout de cinq pavillons aux angles, l'élargissement de la cour et la rénovation des extérieurs tout en conservant la décoration originale. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par la couverture en pierre de taille du château, qu'ils trouvèrent à la fois surprenante et plaisante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 1-322
LA FESTE DE CHANTILLY.
Début :
Il n'y a point d'Empire sur la terre [...]
Mots clefs :
Chantilly, Fête, Prince, Canal, Alidor, Roi, Plaisir, Choeur, Bois, Table, Théâtre, Chasse, Forêt, Allée, Allées, Marbre, Jardin, Agréable, Parterre, Amour, Fleurs, Feu, Arbres, Divertissement, Galerie, Orontée, Ordre, Reine, Gelon, Danse, Architecture, Corbeilles, Bassin, Château, Salle, Fontaine, Figures, Divertissements, Monseigneur le Dauphin, Cascade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FESTE DE CHANTILLY.
LA FESTE
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
Fermer
Résumé : LA FESTE DE CHANTILLY.
Le Prince de Condé organisa une fête somptueuse à Chantilly en l'honneur du Dauphin, fils du roi de France. Cette célébration soulignait l'amour et le respect des sujets envers les souverains français, reconnus pour leur accessibilité et leur communication directe. La fête comprenait divers divertissements, tels qu'une chasse et des danses exécutées par des groupes de danseurs représentant des satyres, accompagnés par des musiciens. Le Dauphin félicita l'organisation et l'inventivité des divertissements. Le château de Chantilly, en rénovation, abritait des tableaux illustrant les campagnes militaires du Prince de Condé, comme la Bataille de Rocroy et le siège de Dunkerque. Les jardins comprenaient un grand escalier, des parterres ornés de fontaines et de statues, ainsi qu'un opéra construit dans l'orangerie. La fête incluait des spectacles de statues animées et des oracles prédisant l'avenir. Les jardins offraient des pavillons, des cascades, des fontaines et des bassins. Des divertissements nautiques et des chasses étaient organisés, suivis de réceptions et de concerts. Le prince et les invités participèrent à diverses activités, comme la jouste sur l'eau et la chasse au cerf. Après le repas, Monseigneur fut invité à chercher le dessert dans un labyrinthe orné de statues de marbre représentant Thésée, Ariane et le Minotaure, ainsi que des figures d'enfants effrayés et des bancs de marbre avec des énigmes gravées. Le centre du labyrinthe abritait une salle découverte avec une table décorée de corbeilles d'argent et de fleurs. La fête comprenait également une partie de tir suivie d'un spectacle dirigé par le dieu Pan, représentant une forêt peuplée de nymphes, bergers, satyres, faunes et silvains. Le dimanche, des feux d'artifice et une illumination spectaculaire du grand escalier du château furent organisés, transformant celui-ci en une vision éclatante avec des colonnes, arcs rampants, statues mythologiques, fontaines et sculptures de fleuves et dauphins. Les fontaines, alimentées par des sources naturelles, formaient des cascades et des jets d'eau illuminés. La journée inclut une chasse, un dîner, une collation dans le labyrinthe et un spectacle de théâtre. Les feux d'artifice comportaient des fusées innovantes, des girandoles, une gerbe de feu suivie d'un feu d'eau, et des artifices sur l'eau simulant des combats entre les fusées et l'eau. La fête se conclut par des discussions sur la galanterie et la magnificence des divertissements. Le prince exprima sa satisfaction et participa à une chasse le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
Fermer
11
p. 133-152
ARTICLES DE LA CAPITULATION.
Début :
I. Que la Religion Catholique, Apostolique & Romaine sera seule [...]
Mots clefs :
Accordé, Ville, Namur, Siège de Namur, Bourgeois, Troupes, Sûreté, Dinant, Passeports, Blessés, Alliés, Château, Capitulation, François, Prétexte, Officiers, Malades, Bateaux, Signature, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES DE LA CAPITULATION.
ARTICLES
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
DE
LA CAPITULATION.
I.
Ue la Religion Ca-
tholique, Apostoli
134 Fournal du Siege
que & Romaine sera seule
maintenuë & conservée
dans la Ville de Namur,
sans que d'autres y puissent
estre exercées.
Accorde.
II.
Que tous les privileges,
franchises, usages & Cou-
tumes, tant generales que
particulieres, dont les Ec-
clesiastiques, Nobles, Bour-
geois, & autres Habitans
de ladite Ville ont jouy,
leur seront maintenus, &
que chacun d'eux rentrera
de Namur.
133
en la possession & jouissan-
ce de leurs biens confis-
quez.
Accordé.
III.
Que tous les Bourgeois
& autres Habitans, tant de
de ladite Ville, que François,
& autres, de l'un &
de l’autre Sexe, de quelque
qualité & condition qu'ils
soient, pourront continuer
d'y demeurer, ou en sortiront
dans trois mois aveg
leur Famille & effets, pour
se retirer ou bon leur sem-
136 Fournal du Siege
blera, sans qu'il leur soit
fait aucun tort, soit
qu'ils ayent esté dans le
commerce, ou fait d'au-
tres emplois, tels qu'ils
puissent estre; auquel effet
il leur sera accordé gratis
les Sauvegardes & Passeports
dont ils auront be-
soin.
Accordé.
IV.
Qu'aucun desdits Bour-
geois, & autres, de telle
Nation qu'ils puissent être,
ne pourra estre recherché
de Namur. 137
ny molesté, sous prétexte
des Emplois dont ils auront
esté chargez pour le service
du Roy, & qu'il leur sera
accordé une amnistie gene-
rale, aussi bien qu'aux Déserteurs.
Accordé, à la reserve des
Déserteurs.
IV.
Que l'on ne pourra re-
prendre les Bestiaux qui
ont esté pris à la guerre, &
achetez par les Bourgeois
de ladite Ville, ou par des
Officiers des Troupes, ou
M
138 Fournal du Siege
autres particuliers, tels-
qu'ils puissent estre.
Accorde.
VI.
Que tous les Officiers,
Soldats, Dragons, & autres,
soit François ou Etrangers,
de telle qualité & condition
qu'ils soient, lesquels
sont malades ou blessez,
tant dans les Hôpitaux
de ladite Ville, que dans
les maisons particulieres
des Bourgeois, seront trans-
portez a Dinant, avec les
Medecins, Chiturgiens,
de Namur.
139
Apoticaires, & autres per-
sonnes qui ont esté établis
pour en prendre soin, &
qu'il leur sera donné par les
Alliez, des Batteaux & autres
Voitures suffisantes en
payant, avec les escortes &
Passeports necessaires pour
y estre conduits en seureté,
aussi bien que les Valets &
Equipages des Malades &
Blessez, six jours aprés la
signature de la presente Ca-
pitulation, & par le chemin
le plus court.
MIj
140 Journal du Siege
Les Assiegez se pourront
pourvoir de Batteaux pour
faire le transport de leurs Malades
& Blessez, & on leur
accordera des Passeports pour
en voyer chercher à Dinant les
Batteaux & Batteliers qui se-
ront necessaires au delà de ce
qui se pourra trouver dans le
Port de la Ville de Namur
dont il sera permis de se servir
& mesme des Batteliers de ladite
Ville, moyennant qu ils les
ren voyent d'abord,
de Namur. 141
VII.
Que ceux desdits Mala-
des ou Blessez, qui ne sont
pas en estat d'estre trans-
portez, resteront dans la-
dite Ville, & dans les mes-
mes logemens qu'ils occu-
pent presentement, jusqu'à
leur entiere guérison, & il
leur sera fourny des vivres
& medicamens, aux dé-
pens des Alliez, selon leurs
caracteres, & aprés leur
guerison il leur sera fourny
des Passeports & des Voitures
pour estre transpor-
142Fournal du Siege
tez a Dinant en seureté,
& par le chemin le plus
court.
Accorde.
VIHI.
Qu'il sera accordé à la
Garnison de ladite Ville six
jours, a compter du jour
de la signature de la pre-
sente Capitulation, pour
se retirer au Chasteau, &
dans ses dépendances avec
leurs Familles, Domesti-
ques & Effets; & que pen-
dant lesdits six jours, il ne
sera fait aucun Acte d'ho-
de Namur.
143
stilité de part ny d'autre,
Tranchées ny Batteries
tant à la Ville que du costé
du Chasteau: & afin qu'il
n'arrive aucun desordre
entre les Troupes dans la-
dite Ville, pendant ledit
temps, que les Troupes des
Alliez occuperont seule
ment la Porte de la pre-
miere enceinte de l'Atta-
que, sans que lesdites Trou-
pes puissent entrer dans
la Ville, qu'aprés que la
Garnison se sera entiere-
ment retirée dans ledit
144 Journal, du Siege
Chasteau, & la seconde
Porte de ladite Attaque
sera gardee par la Garni-
son jusqu'a l'accomplisse
ment desdits six jours.
L'on accorde aux Assiegez
deux jours, a compter du 4.
Aoust à midy, & il sera
seulement cedé les Portes d'En-
tree & la Porte de Fer. Les
Assiegez mettront une Garde
conjointement avec celle des
Alliez, à la Porte de la vieille
Enceinte, pour empescher
qu'il n'y entre personne, &
qu'il ne s'y commette point de
desordre. IX.
de Namur. 14
IX.
Qu'il sera permis aux
Troupes qui sont en gar-
nison dans les Redoutes de
Saint Fiacre, de Piednoir
& de Saint Antoine, de
rentrer dans la Ville, pour
passer au Chasteau, dés le
lendemain de la signature
de cette Capitulation.
Accordé.
X.
Que tous ceux qui ont
esté pourvûs par le Roy
des Charges de Judicatuseront
re, & autres
146 Journal du Siege
maintenus & conservez,
& qu'ils continuëront, de
les exercer, & de jouir des
droits, emolumens, & pri-
vileges qui y sont attribuez.
Accorde.
XI.)
Que nul Officier mala.
de, blesse, sou autrement,
ne pourra estre arreste pour
dettes, ny sous aucun au-
tre pretexte que ce puisse
estre, mais qu'il sera donné
des seuretez a ceux qui jus-
titieront leur estre legiti
de Namur. 147
mement dû, pour en estre
payez.
Accordé.
XII.
Que tous les Contrats &
Obligations faits entre les
François & les Bourgeois
de ladite Ville, seront executez
de bonne foy de
part & d'autre, selon leur
forme & teneur, aussi bien
que ceux qui ont esté ar-
restez avec les Magistrats
de ladite Ville.
Accordé, pourvu que ce ne
soit pas an préjudice de Sa
N ij
148 Journal du Sirg
Majesté Catholique.
XIII.
Que les Chevaux & E.
quipages des Officiers
Commandans dans la Pla-
ce, & des Troupes de
la Garnison, seront con-
duits à Dinant avec escor-
te & seurete, par le che-
min le plus court, &
que sous aucun pretexte,
on ne pourra les fouiller
arrester, ny faire aucun
tort, tant ausdirs Equipa-
de Namur. 14
ges, qu'à ceux qui les con-
duiront.
Accorde.
XIV.
Que les Prisonniers faits
pendant le Siege, seront
rendus de part & d'autre.
Accorde
XV.
Que tous les Ostages
pourront estre conduits à
Dinant en seureté avec
escorte, aussi par le che-
min le plus court.
Accorde.
N- iij
150 Fournal du Siege
XVI. 1.
Il ne ſera cedé que la
Ville qui est entre la Sam-
bre & l'attaque Saint Ni-
colas, mais on veut bien
ceder en même temps la
porte de Fer, & les deux
Tours qui sont au bout du
Pont de la Meuse, du co-
ſte du Condros, à la reserve
du Pont levis, qui reste
aux Asliegez.
Accordé.
XVII.
Que les Ostages donnez
de part & d'autre pour la
de Namur. 151
seureté de la presente Ca-
pitulation, seront rendus
reciproquement aprés l'en-
tiere reduction d'icelle.
Accordé.
XVIII
ie
Les Mines & Fougaces,
avec les Magasins, seront
montrez par les Assiegez a
ceux qui seront commis,
qui ne seront que trois per
sonnes pour les reconnois-
tre. Les Assiegez ne feront
aucun desordre ny insulte
Nii
152 Journal du Siege
aux Bourgeois, en quittant
la Ville.
Signé, EMMANUEL,
Electeur.
Fermer
12
p. 152-246
« Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Début :
Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ville, Fort, Siège de Namur, Troupes, Chemin couvert , Brèche, Basse ville, Fort Guillaume, Place, Maréchal, M. de Reignac, Jean-Louis de Barberin, Sambre, Dragons, Comte, Nuit, Artillerie, Porte, Hommes, Grenadiers, Château, Cassotte, Meuse, Attaque, Temps, Poste, Batteries, M. de Lomont, Canon, Grand feu, Officiers, Régiment de Gramont, Assaut, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Sur les quatre heures aprés
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
Fermer
13
p. 246-268
ARTICLES PROPOSEZ.
Début :
I. Que le Chasteau de Namur avec la basse-Ville [...]
Mots clefs :
Siège de Namur, Garnison, Château, Alliés, Givet, Assiégés, Basse ville, Officiers, Mortiers, Temps, Roi, Chemin, Sûreté, Équipages, Bateaux, Son Altesse Électorale, Troupes, Matin, Comte, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES PROPOSEZ.
ARTICLES
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
PROPOSEZ.
I.
Ue le Chasteau de
Namur avec la basse.
Ville ſera remis aux Trou-
pes des Alliez le 10. du
present mois de Septem-
bre, en cas qu'il ne soit
pas secouru, & que pen-
de Namur. 247
dant ledit temps il ne sera
fait aucun acte d'hostilité
entre les Assiegez & les As-
siegeans.
II.
Que ledit jour 10. de
Septembre il sera livré aus-
dits Alliez la premiere Por-
re d'entrée dudit Chasteau
du costé de la campagne,
ou il sera mis aussi une Gar-
de des Troupes de la Garnison,
pour empescher le
mélange des Troupes & le
desordre.
X iiij
248 Journal du Siege
Sur le premier & le second
Articles.
M
Les fortifications exterieu.
res, bien entendu le Fort de
Cohorne, la Redoute caxema.
tee, la Cassote & l'ouvrage à
Corne de Bulley, seront cedez
demain 2 de ce mois à neuf
heures du matin.
III.
Que Mr le Mareschal
de Bouflers, M le Comte
de Guiscard, Lieutenant
General des Armees du
Roy, Gouverneur de Na-
mur, avec tous les Officiers
de Namur. 249
Generaux, & ceux de l'Etat
Major de la Place, les Of-
ficiers des gardes de M le
Mareschal, les Froupes
tant Françoises qu'Etrangeres,
les Officiers d'Artil-
lerie & autres, tels qu'ils
puissent estre, qui sont dans
le Chasteau pour le Service
du Roy Tres Chrestien, en
sortiront le 12. du present
mois, par les bréches, avec
armes, bagages, & Che
vaux, tambour battant,
méches allumées, & En-
seignes déployées, douze
250 Fournal du Siege
pieces de Canon de gros
calibre, & quatre Mortiers,
au choix des Assiegez,
avec leurs effets & armes,
& des munitions pour tirer
douze coups de chaque
piece, pour se rendre tous
ensemble, le long de la
Meuse, à Givet, par le
chemin le plus court, & en-
deux ou trois jours, au
choix des Assiegez, sans
que sous quelque pretexte
que ce soit, on puisse leur
faire prendre une autre rou-
te, & qu'il sera donné une
de Namur. 251
escorte de la part des Al-
liez, tant pour la seureté de
la Garnison que des Equi-
pages.
Ils sortiront le 5. de ce mois
à sept heures du matin, avec
deux pieces de Canon de vingtquatre
livres, deux de douxe
livres, & deux de six, deux
Mortiers, & le surplus de l'Ar-
ticle, s'accorde.
n IV.
Que pour le transport
desdites pieces de canon
& mortiers, des équipages
des Troupes & des Mala-
252 Fournal da Siege
des & Blessez de ladite Garnison,
iil sera fourny parles
Alliez, & à leurs frais, cent
Chevaux de trait avec leurs
harnois, cent Chariots at-
telez chacun de quatre
Chevaux, & cinquante
grands Batteaux de Meuse,
de mesme; avec le nombre
de Batteliers & Chevaux
suffisans pour les conduire
à Givet, & que le tout sera
fourny ledit jour 10. du
present mois, pour les fai-
re charger aussi- tost, afin
que le tout parte avec la
de Namur. 253
Garnison, & suive la mes-
me route, pour arriver en
mesme temps à Givet.
un
On leur fournira les Che.
vaux en nombre suffisant pour
les Canons & Mortiers, quatre
vingt Chariots, & tous
les Batteaux qu'on pourra
trouver deux jours avant ce-
luy fixé pour la sortie de la
Garnison, & le surplus à me-
sure que l'on les pourra faire
venir, de manière que le tout
sera fourny avant le 12. dudit
mois.
254 Fournal du Siege
V.
Que les Malades & Bles-
sez qui sont restez dans la
Ville de Namur, lesquels
seront en estat de partir
avec la Garnison du Cha-
steau, le pourront faire en
mesme temps, & qu'il leur
sera fourny des Barteaux &
Batteliers, pour les trans-
porter à Giver, aux dépens
desdits Alliez.
Les Assiegez pourront lais-
ser des Officiers & Commis
pour prendre soin des Blessex
Malades, & équipages qui
de Namur. 255
n'auront pupartir avec la
Garnison le 5. faute de Bat-
teaux, & il leur sera donnem
des Passeponts, & le surplus.
de cet Article accordé.
VI.
Que lesdits Malades &
Blessez, lesquels sont pre-
sentement dans le Cha-
steau & dans la basse Ville,
& qui ne seront pas en estat
d'estre transportez à Givet
en mesme temps que la
Garnison qui sortira du
Chasteau, seront transpor
256 Journal du Siege
tez dans la Ville de Namur,
par des Voitures & autres
commoditez, que les As-
siegeans fourniront avant
l'évacuation du Chaſteau,
& qu'il leur sera donné dans
la Ville, par les Alliez, des
logemens convenables aux
Officiers, Dragons, & Sol-
dats, avec des lits, des vivres
& des medicamens,
aux frais des Alliez, jusqu'à
leur entiere guerison, de
mesme qu'ils sont accoû-
tumez d'estre traitez &
nourris dans les Hospitaux
de Namur.
257
du Roy Tres-Chrestien,
aussi bien qu'aux Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres personnes qui seront
employes pour en prendre
soin, & à mesure qu'il y au-
ra quelqu'un desdits Mala-
des & Blessez de gueris
qu'il leur sera fourny par
lesdits Alliez, des Passe-
ports & Batteaux & Batte-
liers, pour estre conduits
en seureté à Givet, par la
Meuse, avec les Mede-
cins, Chirurgiens, & au-
tres, qui seront préposez
258 Fournaldu Siege
pour, en prendre soin en
chemin.
Acorde.
VII.
Que Mr de Megrigny,
Mareschal de Camp des
Armées du Roy, le Sieur
Filley, Directeur des Forti-
fications, les Ingenieurs,
les Entrepreneurs, & les
autres employez pour la
Fortification, jouiront de
la presente Capitulation,
& sortiront avec les Trou-
pes, pour se rendre par la-
meſme route a Givet, avec
de Namur.
259
leurs equipages & effets.
Accordé.
mn
VIII.
Que le Sieur de Fume-
ron, employé pour les Fi-
nances, les Commissaires
de guerre, les Receveurs
des Contributions & Con-
fiscations, le Tresorier ex-
traordinaire de la guerre,
les Commlssaires des vi-
vres & des Hospitaux, &
generalement tous les em-
ployez, qui sont dans le
Chasteau, nommez ou
non, dans la preſente Ca-
Y 1j.
260 Journal du Siege
pitulation, sortiront pareil
lement dudit Chasteau
avec la Garnison pour aller
par le mesme chemin à Gi-
vet, sans que sous quelque
pretexte que ce soit, ils
puissent estre arrestez, ny
leurs equipages, papiers &
essets, soit qu'ils soient au
Chasteau ou dans la Ville
de Namur.
Accorde.
IX. .
Qu'aucun Officier, ny
autre personne à qui les
Bourgeois de Namur ont
de Namur. 261
presté quelque argent, ou
fourny quelques Marchan-
dises ou Denrées, ne pour-
ront aussi estre arrestez.
Accorde en donnant aupa-
ravant des seuretez ou ostages,
à la satisfaction de Son Al-
tesse Electorale, pour ce qu'ils
peuvent devoir.
X.
Qu'il sera fourny par les
Alliez aux. Assiegez, six
Chariots couverts qui sor-
tiront du Chasteau, & se-
ront conduits à Givet,
262. Fournal du Siege
lavec la Garnison, sans que
es Alliez puissent prendre
connoissance de ce qu'ils
auront chargez, ny les vi-
siter.
Accordé.
XI.
Que les Prisonniers faits
de part & d'autre pendant
le Siege, seront rendus, &
que ceux qui sont dans
l'Armée des Alliez, ou dans
la Ville, ſeront renvoyez
au Chasteau avant que la-
Garnison en sorte, & les
autres qui sont dans les Pla-
de Namur. 240
ces plus éloignées, seront
renvoyez a Dinant dans
quinze jours, à compter de
cejourd'huy, avec les Pas-
seports necessaires pour sy
rendre en seureté, par le-
chemin le plus court.
Accordé.
XII.
Que l'on ne pourra pre-
tendre aucune indemnité
des Assiegez, tant pour les
Bestiaux qui ont esté pris
dans le Comté de Namur
avant le Siege, que pour
les maisons qui ont esté dé-
264 Journal du Siege
molies dans la basse Ville
ou ailleurs, pour la deffen-
se de la Place, non plus que
pour les Batteaux brûlez
ou rompus pendant le
Siege.
Ne s'accorde que pour les
maisons demolies, & le surplus
sera paye.
XIII.
Que les Ostages qui se-
ront donnez de part &
d'aurre pour la seurete de
l'execution de la presente
Capitulation, seront ren-
dus reciproquemeut apres
l'entiere
de Namur. 2
l'entiere execution d'icelle,
& l'arrivée de la Garni-
son à Givet.
Accorde.
XIV.
Les Assiegez seront obli-
gez de livrer de bonne foy
leurs Magasins de muni-
tions, d'armes, Canons,
Mortiers, Affuts & dépendances,
& tous autres Instru-
mens de guerre, nuls reservez
ny exceptez, qui se
trouveront dans le Cha-
ſteau, & dans tous les Ouvrages
, dés demain matin
L
266 Journal du Siege
2. de ce mois, entre les
mains des Commissaires
que Son Altesse Electorale
commettra.
XV.
Ils seront obligez de mê-
me de montrer de bonne
foy, leurs Mines & Fougaces
aux Officiers des Mi-
neurs qui seront envoyez
pour en prendre inspe-
ction.
XVI.
Ils délivreront avec la
même bonne foy tous les
vivres qui seront dans les
de Namur. 267
Magasins, au dessus de ce
qu'ils consumeront jusqua
l'évacuation du Chaſteau,
& de ce qui leur sera ne-
cessaire jusqu'a Givet, sans
en rien distraire ou detour-
ner, dont ils donneront
dés demain inspection aux
Commissaires que Son Al-
tesse Electorale leur en-
voyera a cet effet.
XVII.
Que tous les Espagnols,
Italiens, & aurres Sujets
L)
168 Fournal du Siege
de Sa Majesté Catholique
qui se trouveront parmy
la Garnison du Chaſteau,
auront la liberté de reve-
nir, sans que pour cet effet
il leur soit fait aucune
violence de part & d'autre.
FAIr au Camp devant
le Chasteau de Namur, le
premier de Septembre 1695.
Signé d'une part par Son
Altesse Electorale de Ba-
viere; & d'autre, par le Ma-
réchal de Bouflers, & par
le Comte de Guiscard.
Fermer
14
p. 167-179
Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas oublier à vous parler d'une Fête qui a esté faite [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du duc d'Anjou, Château, Feu d'artifice, Danse, Violons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
Je ne dois pas oublier à vous
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
parler d'une Fête qui a eſté faite à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , & dans laquelle vous
trouverez des particularitez
tres fingulieres , & fur tout la
manière de mettre le feu au
Bucher, qui eft auffi nouvelle
que galante , & qui n'a jamais
cité imaginée par perfonne. Je
paffe au fujer & au détail de
cette Fête amore delibet
168 MERCUR
A peine la nouvelle de la
Naiffance de Monseigneur le
Duc d'Anjou fut-ellerépandue
à Chafteau- Gontier , dans la
Province d'Anjou , que Mr de
Fleurance , Ecuyer de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
dont le zele avoit déja paru en
1704.& 1707. à l'occafion de
la Naiffance de Meffeigneurs
les Ducs de Bretagne , forma le deffein de témoigner fa
joye par des rejoüiffances publiques. Il donna le deux de
cemois à Chateau Gontier ,
une Fefte qui a paffé pour une
des plus galantes & une des
micux
GALANT 169
mieux ordonnées qu'on en ait
veu depuis long - temps dans
cette Province. Elle commança à deux heures aprés midy
par une décharge generale
des Canons du Chafteau ; fur
les trois heures toute la Bourgeoifie fous les armes fe rendit fur la grande Place
ayant les Tambours de la
Ville à fa tefte ; cette Bourgeofie compofée de la plus
belle jeuneffe , eftoit partagée
en fix Compagnies de jeunes
hommes des mieux faits &
des mieux vêtus , tous parez
de noeuds d'Epée , avec des
Mars 1710.
P
170 MERCURE
T
Chapeaux bordez & des cocardes de ruban d'or ou d'argent. M Cucillard leur Colo
nel fe mit à leur tefte ; ils allerent tous en tres- bel ordre
prendre M' de Fleurance pour
venir mettre le feu à un gros
bucher orné de feuillages
qu'on avoit preparé par fon
ordre fur la grande Place vis- àvis de fa maifon. Comme
toutes les Dames de la Ville
eftoient affemblées chez luy
cejour- là , il leur défera l'honneur d'allumer le feu , & pour
ne pas mettre de divifion entre
la Nobleffe , & la Robbe , il
GALANT 171
choifit trois filles des principaux Officiers du Prefidial , &
trois filles de Gentilshommes.
Ces fix Demoifelles ayant
choifi chacune un Cavalier
pour leur donner la main marcherent avectous les Hautbois
& les Violons de la Ville
entre deux hayes d'Habitans
fous les armes , jufqu'au lieu
du bucher , où elles reçurent
des mains de leurs Cavaliers
chacune un flambeau allumé
dont elles fe fervirent pour
allumer le feu. M' le Comte
de Brizay cy- devant Chevalier
de Denonville Exempt des
Pij
172 MERCURE
1
}
Gardes , & M de Flechecourt
Ecuyer du Roy, & Capitaine
de Cavaleriendans Tarente ,
s'eftant trouvez fur les lieux
furent invitez à cette réjoüiſfance , où Mr de Fleurance
ayant fait apporter trois fufils,
leur en fit prefenter à chacun
un , afin de partager avec eux
l'honneur de la Fête. Ils tirérent
tous trois enſemble les trois
premiers coups en criant Vive
le Roy. Les fix Compagnies à
qui on avoit diſtribué de la
poudre avec profufion firent
auffi toft leurpremiere décharge avec unpareil cry de Vive
GALANT 173
le Roy ; tous les Cavaliers &
toutes les Dames qui estoient
prefentes danferent un moment autour du Bucher jufqu'à ce qu'il fuft plus allumé,
mais on fut obligé de quitter
bientoft la place & de fe retirer. Chacun s'en retourna , &
Mr de Fleurance demeura à la
tefte de la Bourgeoisie tant que
le feu dura. Il luy fit faire plufieurs falves pour Monfciई gneur , pour Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , pour Madame la Ducheffe de Bourgogne , pour Monfeigneur le
Duc de Bretagne, pour
A
P iij
174 MERCURE
Monfeigneur le Duc d'Anjou
& pour Monfeigneur le Duc
de Berry. Il tira à chaque décharge le premier coup. Aprés
tout ce grand bruit de moufqueterie on tita un Féu d'Artifice , & on vit s'élever en l'air
pendant une heure une infinité de fufées qui retombant fur
elles-mêmes en pluye de feu ,
en petards , & en étoiles , formoient un fpectacle des plus
brillans. Sur les fept heures il
y cut plufieurs tables de Jeu
chez Mr de Fleurance , & à
neuf heures on fe mit à table
pour fouper. Il y avoit deux
MERCURE 175
tables de douze couverts chacune;on y fervit abondament
tout ce qu'on peut prefenter
de meilleur dans la faifon. Les
Pauvres ne furent pas oúblicz
dans ces réjouiffances ; l'Hôpital general fe fentit de la Fefte ,
& Mr de Fleurance fit part de
fa joye à tous ceux à qui elle
pouvoit eftre utile ou agreable. Il fit mettre deux tables
fur la Place publique à l'endroit où avoit efté le feu ; on
fervit à l'une un foupé pour
les Tambours & les Trompet.
tes , & à l'autre les Violons &
les Haut -bois , mangerent
P iiij
176 MERCURE
& burent largement. Un peu
avant le foupé on avoit illuminé depuis le bas juſqu'au haut
toutes les feneftres du corps
de logis , avec celles des deux
aîles & des deux pavillons de
la maiſon ; & comme elle eſt
aifée à décorer de lumieres
à caufe de la beauté de fon
Architecture , rien ne pouvoit faire unplus bel effet que
cette illumination qui dura
prefque toute la nuit. Les Balcons qui regnent aux deux côtez de la porte d'entrée depuis
la Corniche jufqu'aux Pavil
lons ,n'étoient pas moins éclai
GALANT 177
rez. Il y avoit auffi plufieurs
rangs de lumieres avec des De
vifes & des Infcriptions latines peintes fur des chaffis huilez , qu'on lifoit de fort loin
par le moyen des lampes qui
eftoient placées derriere. A dix
heures & demie Mr de Fleurrance commença le Bal avec
Mlle fa fœur , il s'y trouva
une quantité fi prodigieufe de
monde , qu'on fut obligé de
partager les Violons & les
Hautbois dans les Appartemens , & de danfer dans trois
differentes Salles. Pendant que
durale Bal on fervit à la Com-
178 MERCURE
€
pagnie des rafraîchiffemens
des baffins d'oranges , avec des
confitures féches ; & fur les
deux heures du matin on fut
furpris agreablement quand
on paffa dans un grand Salon
où il y avoit un Media noche ,
des mieux entendus. Le Balrecommença vers les trois heures pour danfer les contredanfes & dura jufqu'au jour. Tous
ceux qui furent témoins de
cette Fefte , retournerent trescontens de la maniere avec laquelle elle avoit efté executée ,
& de l'ordre qui y fut obfervé; on n'attendoit rien moins
GALANT 179
d'un Officier qui eft dans un
pofte auffi brillant & auffi ho
norable. Ceux qui connoiffent
Mr de Fleurance eftoient bien
perfuadez qu'il ne manqueroit
en rien pour fe diftinguer entre tous ceux qui ont donné
des marques de leur joye pour
des évenemens fi heureux ; &
fi la Provincé le doit ceder en
magnificence & en profufion
à la Capitale du Royaume, elle
a du moins l'avantage de pou
voir dire qu'il s'y trouve des
fujets très-zelez pour la prof
perité de l'Etat & pour la grandeur de la Maiſon Royale.
Fermer
Résumé : Feste galante faite à Chasteau Gontier pour la naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, [titre d'après la table]
À Château-Gontier, en Anjou, une fête fut organisée pour célébrer la naissance du Duc d'Anjou. À l'annonce de cette nouvelle, Monsieur de Fleurance, écuyer de Madame la Duchesse de Bourgogne, décida de manifester sa joie par des réjouissances publiques. Le 2 du mois, une fête considérée comme l'une des plus élégantes et bien organisées de la province eut lieu. Elle débuta par une décharge de canons à 14 heures, suivie par une assemblée de la bourgeoisie armée sur la grande place à 15 heures. Cette bourgeoisie, composée de jeunes gens bien vêtus et ornés de rubans, se rendit au bûcher préparé sur la place pour y mettre le feu. Monsieur de Fleurance invita des dames à allumer le feu, choisissant des filles de principaux officiers et de gentilshommes pour éviter toute division. Des invités distingués, comme le Comte de Brizay et Monsieur de Flechecourt, participèrent également à la fête. Après l'allumage du bûcher, des salves de mousqueterie et un feu d'artifice furent tirés. La soirée se poursuivit avec des jeux, un souper, et un bal qui dura jusqu'au matin. Les pauvres ne furent pas oubliés, recevant des repas et des boissons. La maison de Monsieur de Fleurance fut illuminée, et des inscriptions latines furent exposées. La fête se termina par un bal qui dura jusqu'au jour, laissant tous les participants très satisfaits de son organisation et de son ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 31-59
LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
Début :
Bradamante, fille d'Aimon [...]
Mots clefs :
Amour, Histoire, Galant, Belle, Château, Lieu, Roi, Chevalier, Dame, Fille, Infante, Auteur, Conte, Soeur, Guerrière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
LEDON
DE LA NAYADE,
r,
- - PIECE NOUVELLE. BRadamante, fille
d'Aimon
Fut vaillante & pleine, de
* charmes;
Sa beauté
,
son adresse aux armes,
Lui donnerent un grand
renom.
L'histoire fit jadis recit de
ses proüesses:
Elle occit des Géans, conquit
desFotreresses;
Défit rOfr des payensfit
mille autresexploits.
- L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle,
Maigre son extreme valeur.
Ne put sortir à son honneur;
Le moindreChevalier s'en
fut mieux tMé- qu'elle.
Il falloit; & j'eusse voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
S'il s'en étoit donné la,
-
peine, -
Le conte en auroit mieux
valu.
Mais sans userd'un plus
ample prélude,
Venons à notre histoire.
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vintpour prendre le frais,
Ou pour chercher la soli-
« tude.
L'obscurité du lieu l'invi-
< tant au repos,
Elle ôta son armet, s'assit
sur l'herbe tendre,
Et ne put long-temps se
défendre
Des charmes de Morphée.-
Qr il est à propos
Qu'on sache que le Roy
Marcile,
Dans un château non loin
de cet endroit,
Avoir une fille nubile,
Qui Fleur-d'espine se nommoit.
Enchassantce jour. là, de
hazardelle paire
Auprés du sauvage réQl.Iir,
Où la Guerriere se délasse.
L'Infante sans fuite & sans
bruit
Aproche,& voit la riche
-
armure.
N'agucres cerraine blesÍÙre)
Que sur le chef Bradamante
reçut,
L'obligea de couper [a
longue chevelure.
C'est justement ce qui
déçut
Nôtre imprudente chasseresse.
Elle admire ses traits, sa
grace, sa jeunesse,
Sa taille
y
son air fier, même
au sein du repos:
Ah! que mon fort seroit
digne d'envie,
Si je plaifois, dit-elle, àce
jeune Heros.
Mais sans vouloir ici faire
la renchérie,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons -le; voyons ce
que le fortm'apprête.
Elle l'éveille:en un instant
Les yeux de Bradamante
achevcnt sa conquête.
Je ne puis resisterau juste
empressement
De vous entretenir: c'est
trop de hardiesse;
, Mais ,Seigneur,excusez
une jeune Princesse
Dont l'Amour vous rend
le Vainqueur.
Oui,monbeau Chevalier,
maigremoy je vous aime,
Etje ne sçiquelleforce
suprême
Vous a fL tôt rendu le
maîtredemoncoeur.
C'ell l'effet de la sympa- .thie.:',:
Fille qui resiste trop eu
Ou qui serend sans qu'on
;., la priev,
Met ordinairement lafympathie
en jeu.
L'Amour lne..fait passer les
bornes ordinaires :
Maisquoy?! c'estledestin
de celles 4emon rang,
De se déclarer les premieresLV;.-.
D'ailleurs vous êtes trop charmant,
Pour qu'un coeur avec
vous s'amuse aux bienséances:
Les plus severes d'entre
nous
Ne balanceroienc pointà
fairepus avances,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
AcediscoursBradamante » ,Bradamante
réplique: r
Les Daines, je crois, ra-
Leur donneraient de la
pratique
,
S'ilsnetoient pas faitsautrement.
Treve demodestie,interrompit
l'Infante:
Ne perdonspointenvains
discours
Un temps qui nous est
cher, & qu'on n'a pas
toujours.
La Scene étoit assez plaisante
Pour la faire dater: Bradamante
pourtant ';
Ne voulut pas pouffer la
feinte plus avant;
Soit crainte denourrirde
folles esperances,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt;
Ou de passer pour un nigaut,
Négligeant de telles avances.
Elle declara donc .& son
sexe&sonnom (.-,.
Pourarrester l'effet delamoureuxpoison.
Quelle surprise pour l'In-
< fante,
Quelle douleur! Elle fai-
: soit pitié.
Enfin ne pouvant être amante,
Elleprend le parti d'une
tentendre
amifiéy
Venez vous reposer, dit.
elle à la guerriere,
Dans un Château voisin
-
que tient le Roy mon
pere;
Onfera de son mieux pour
vous y regaler,
Aussibienest-il tard, où
pourriez-vous aller?
Vousne rencontrerez aiu
- cune hôtellerie.
-
Aux offres qu'elle fait Bradamante
se rend
Par complaisance seulement;
Et toutes deux de compagnie,
Aprésavoir rejoint les
chiens & les chasseurs,
S'en vont droit au Château.
Là près des con- noisseurs,
Bradamante parut une
beauté divine. *--
Laprévoyante Fleur-despine
Avoit eu foin de mettre
en arrivânt
Sa compagneen habit
- - décent:
Précautionassez utile,
Les gens étant là,comme
•-* * * - j
ailleurs,
Fort médisans &c grands
glofeurs.
Quand on est sage au
fonds, c'est le plus difsicile,
Il ne faut à crédit donner
prise aux censeurs.
Que sur ce point chacun à
sa mode raisonne;
Le scandale à mon sens est
le plus grand péché:
l'aimerois mieux encor un
vice bien caché
Qu'une vertu que l'on
soupçonne.
L'auteur ne conte point G
la chere fut bonne,
Cela se présuppose; ainsi
je n'en dis rien.
-
Le souper fait,aprés quelque
entretien,
On se coucha. La belle
Hôtesse
Donna belle chambre &
bon lit
A Bradamante, qui dormit
Jusqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre reposa peu; l'Amour
l'en empêcha:
Elle le plaignit,soûpira.
*
~.r. Lanuits'étantainsipalier
Aprés mille tendres adieux,
Bradamante partit, non
sansêtre pressée
De s'arrêter encor que
que temps dans ces
lieux.
Elle [e rend en diligence
A Montauban,où le bon
-' Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtrevieillard en sa maison
Soupoit en l'attendant;
il se lève
,
brailsl'semè-
It
A ses côtez galamment
vous la place:
Mais après le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excu ser, l'adroite
Paladine
De ses exploits guerriers
ayant
fait
le récit,
La rencontre de Fleurd'espine
Vint à son tour:Dieu sçait
comme on en rit !
L'histoire en parut excellente;
fit tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de BradaResolut
à part-foy d'en
faire ion profit.
Les cadets de ces lieux
ont toujours de l'esprit.
Celui
- ci connoissoit l'Infante
, A Saragosse ill'avoit vue
un Jour,
Et- pour elle déslors il eût
parlé d'amour, -, S'il eût crûreunir en si
haute entreprise
:
Mais ilsurmonta forr
- pent hant,
N'étant pas homme à
faire la sottise,
D'aimer pour aimer feu^
lement.
Je laisse àpenser sile Sire,
De l'humeur que je viens
de dire,: N'ayant encore barbe au
menton,
Rioit fous cape: en voicy
la raison:
Richardet, c'etf le nom
qu'avoir le bon Apôtre,
Ressembloit à sa soeur:mais
si parfaitement,
Que le bon-homme Aymon
souvent
Luy-même sf trompoit,
& prenoit l'un pour
l'autre,
^ur ce pied-la le drôlecrut
Qu'il
Qu'il viendroit ians peine
à son but,
Au moyen de lareffem- blance.
Plein de cette douce es-
- perance i
Le Galant des la même
nuit,
Pendant que sa soeur dort,
que tout est en silence,
Lui vole armes, cheval,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va sans trompette: Il se rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
- C'eut été pour tout autre
une trop longuetraioeO
Mais que ne fait-on point
animé par l'amour?
Les parens à l'aspect dela
seinte pucelle
Donnent dans le paneau
sans se douter dutour*;
Heureux qui peut de Ion.
retour
Porter la premiere nouvelle!
Tant on est sur par làde
bien faire sa Cour.
Je ne dirai point les tendresses
Il
1. Embrassades, baisers,£a*
jrefïes
Qtie, l'Infante lui fit dans sareception;
Sitffic qu'on ne sçauroit en
< faire davantage.
Mais quoique le Galant
danscetteoccasion
S'écartât de ion personnage,
L'Infante jusqu'au bout sur
dans la bonne foy.
Puis quand elleeût [çû
tout; étoit-ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage?
On desarma le Pelerin;
Point d'Ecuyers, l'Infante
cn fit roffice,
N'ayant voulu que ce
service
Lui fut rendu d'uneautre
main;
On lui mit juppes &: cor- nettes, Mouchoirs, rubans, enfin
tout l'attirail galant
Dvnt aùjourd'huy Ce fervent,
nos Coquettes;
Il n'y manquoit que du
rouge& du blanc;
On le laissoit en ce temps
aux Grisettes.
Le souper fut servi;mais
=._
durant le repas
Richarder, dont l'habit
-
relevoit les appas,
Fit plus d'une jalouse, &
- plus d'une infidelle.
Cependant la fausse Donzelle
Affecte certain air honteux
,0
Certaine pudeur virginale,
Vous eussiez dit une Vef-
-
tale
Si bien sçait gouverner &
son geste & ses yeux.
Enfin l'heure tant desirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy Finfante
étoit restée
y,
La voyant confuse, affligé>
Il luy parla:Voicycomment
: Plus que vous je fus desolée,
Luy dit-elle, le jour qu'en
m'éloignant devous 1
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de soulager nôtre
commun martire,
Un plus long séjour en
ces lieux
Eut rendu le mal encor
- pire
Ainsi je vous quittay, ne
., pouvant faire mieux.
Je apLiiçjnoisr> la rigueur de
nôtre destinée,
Lors qu'un peu loin de 1mon chemin,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours; au bord diin
Lac j'apperçois un
Silvain,
Qui perdant tout fefpeél
poursuivoit une Dame:
Je vole, l'épée à la main,
Et d'unrevers que je donne
à
l'infame
Je le mets hors d'étatd'ac
complir son dessein;
La Dame échappa donc:
Chevalier, me dit-elle,
Il ne sera pas dit que vous
m aurez en vain
Donné secours
: Sçachez
que je suis immortelle.
J'habite fous ces eaux, &
j'ay plus de pouvoir
Que toutes les Nymphes
ensemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
semble -
Sans crainte de refus. Parlez;
vous allez voir,
Si- ma juste reconnoissance
Pour mon liberateur fera
bien son devoir;
Je n'exigeay de sa puiCtance
Ni Sceptre , ni Tresors,
voulant un plus grand
bien;
Je ne luydemanday pour
toute recompense,
Que de vouloir changervôtre
sexe ou le
mien.
A peine avois-je exposé
ma Requête,
Que laDeesse l'accorda,
Dans le Lac elle me plongea.
1
Depuis les pieds ju[qu'?i'
la tête.
Admirez de ces eaux Fe£Z
set prodigieux;
Enhomme au même in-
Aanc je me vois transformée,
Jugez combien je fus
charmée,
Disons charmé pour parler
mieux.
- A, ce mot d'abord l'In-
(Inre fut sac hee.
Croyant que d'elle on se
mocquoit,
Et plus Bradamante affirmoic;,
Et moins l'autre la vouloir
croire,
Celle-ci protestoit, juroit.
Jurer n'est pas prouver,
finissons làl'histoire,
Mais je pourrois pourtant
la compter jusqu'au
bout
Oüi, tout peut être écrit
par une plume sage,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage:
Et mariage couvre tout.
DE LA NAYADE,
r,
- - PIECE NOUVELLE. BRadamante, fille
d'Aimon
Fut vaillante & pleine, de
* charmes;
Sa beauté
,
son adresse aux armes,
Lui donnerent un grand
renom.
L'histoire fit jadis recit de
ses proüesses:
Elle occit des Géans, conquit
desFotreresses;
Défit rOfr des payensfit
mille autresexploits.
- L'Auteur debite toutefois
Une Avanture dont la
belle,
Maigre son extreme valeur.
Ne put sortir à son honneur;
Le moindreChevalier s'en
fut mieux tMé- qu'elle.
Il falloit; & j'eusse voulu
Que le cas eut été conté
par la Fontaine
S'il s'en étoit donné la,
-
peine, -
Le conte en auroit mieux
valu.
Mais sans userd'un plus
ample prélude,
Venons à notre histoire.
Au fond d'un bois épais
Bradamante un beau jour
vintpour prendre le frais,
Ou pour chercher la soli-
« tude.
L'obscurité du lieu l'invi-
< tant au repos,
Elle ôta son armet, s'assit
sur l'herbe tendre,
Et ne put long-temps se
défendre
Des charmes de Morphée.-
Qr il est à propos
Qu'on sache que le Roy
Marcile,
Dans un château non loin
de cet endroit,
Avoir une fille nubile,
Qui Fleur-d'espine se nommoit.
Enchassantce jour. là, de
hazardelle paire
Auprés du sauvage réQl.Iir,
Où la Guerriere se délasse.
L'Infante sans fuite & sans
bruit
Aproche,& voit la riche
-
armure.
N'agucres cerraine blesÍÙre)
Que sur le chef Bradamante
reçut,
L'obligea de couper [a
longue chevelure.
C'est justement ce qui
déçut
Nôtre imprudente chasseresse.
Elle admire ses traits, sa
grace, sa jeunesse,
Sa taille
y
son air fier, même
au sein du repos:
Ah! que mon fort seroit
digne d'envie,
Si je plaifois, dit-elle, àce
jeune Heros.
Mais sans vouloir ici faire
la renchérie,
Ni la prude mal-à-propos,
Eveillons -le; voyons ce
que le fortm'apprête.
Elle l'éveille:en un instant
Les yeux de Bradamante
achevcnt sa conquête.
Je ne puis resisterau juste
empressement
De vous entretenir: c'est
trop de hardiesse;
, Mais ,Seigneur,excusez
une jeune Princesse
Dont l'Amour vous rend
le Vainqueur.
Oui,monbeau Chevalier,
maigremoy je vous aime,
Etje ne sçiquelleforce
suprême
Vous a fL tôt rendu le
maîtredemoncoeur.
C'ell l'effet de la sympa- .thie.:',:
Fille qui resiste trop eu
Ou qui serend sans qu'on
;., la priev,
Met ordinairement lafympathie
en jeu.
L'Amour lne..fait passer les
bornes ordinaires :
Maisquoy?! c'estledestin
de celles 4emon rang,
De se déclarer les premieresLV;.-.
D'ailleurs vous êtes trop charmant,
Pour qu'un coeur avec
vous s'amuse aux bienséances:
Les plus severes d'entre
nous
Ne balanceroienc pointà
fairepus avances,
Si tous lesCavaliers étoient
faits comme vous.
AcediscoursBradamante » ,Bradamante
réplique: r
Les Daines, je crois, ra-
Leur donneraient de la
pratique
,
S'ilsnetoient pas faitsautrement.
Treve demodestie,interrompit
l'Infante:
Ne perdonspointenvains
discours
Un temps qui nous est
cher, & qu'on n'a pas
toujours.
La Scene étoit assez plaisante
Pour la faire dater: Bradamante
pourtant ';
Ne voulut pas pouffer la
feinte plus avant;
Soit crainte denourrirde
folles esperances,
Qui ne pouvoient finir
trop tôt;
Ou de passer pour un nigaut,
Négligeant de telles avances.
Elle declara donc .& son
sexe&sonnom (.-,.
Pourarrester l'effet delamoureuxpoison.
Quelle surprise pour l'In-
< fante,
Quelle douleur! Elle fai-
: soit pitié.
Enfin ne pouvant être amante,
Elleprend le parti d'une
tentendre
amifiéy
Venez vous reposer, dit.
elle à la guerriere,
Dans un Château voisin
-
que tient le Roy mon
pere;
Onfera de son mieux pour
vous y regaler,
Aussibienest-il tard, où
pourriez-vous aller?
Vousne rencontrerez aiu
- cune hôtellerie.
-
Aux offres qu'elle fait Bradamante
se rend
Par complaisance seulement;
Et toutes deux de compagnie,
Aprésavoir rejoint les
chiens & les chasseurs,
S'en vont droit au Château.
Là près des con- noisseurs,
Bradamante parut une
beauté divine. *--
Laprévoyante Fleur-despine
Avoit eu foin de mettre
en arrivânt
Sa compagneen habit
- - décent:
Précautionassez utile,
Les gens étant là,comme
•-* * * - j
ailleurs,
Fort médisans &c grands
glofeurs.
Quand on est sage au
fonds, c'est le plus difsicile,
Il ne faut à crédit donner
prise aux censeurs.
Que sur ce point chacun à
sa mode raisonne;
Le scandale à mon sens est
le plus grand péché:
l'aimerois mieux encor un
vice bien caché
Qu'une vertu que l'on
soupçonne.
L'auteur ne conte point G
la chere fut bonne,
Cela se présuppose; ainsi
je n'en dis rien.
-
Le souper fait,aprés quelque
entretien,
On se coucha. La belle
Hôtesse
Donna belle chambre &
bon lit
A Bradamante, qui dormit
Jusqu'au matin tout d'une
piece.
L'autre reposa peu; l'Amour
l'en empêcha:
Elle le plaignit,soûpira.
*
~.r. Lanuits'étantainsipalier
Aprés mille tendres adieux,
Bradamante partit, non
sansêtre pressée
De s'arrêter encor que
que temps dans ces
lieux.
Elle [e rend en diligence
A Montauban,où le bon
-' Duc Aymon
L'attendoit plein d'impatience.
Nôtrevieillard en sa maison
Soupoit en l'attendant;
il se lève
,
brailsl'semè-
It
A ses côtez galamment
vous la place:
Mais après le repas il lui
fait un Sermon.
Pour s'excu ser, l'adroite
Paladine
De ses exploits guerriers
ayant
fait
le récit,
La rencontre de Fleurd'espine
Vint à son tour:Dieu sçait
comme on en rit !
L'histoire en parut excellente;
fit tant qu'elle dura pas
un ne s'endormit.
Certain cadet de BradaResolut
à part-foy d'en
faire ion profit.
Les cadets de ces lieux
ont toujours de l'esprit.
Celui
- ci connoissoit l'Infante
, A Saragosse ill'avoit vue
un Jour,
Et- pour elle déslors il eût
parlé d'amour, -, S'il eût crûreunir en si
haute entreprise
:
Mais ilsurmonta forr
- pent hant,
N'étant pas homme à
faire la sottise,
D'aimer pour aimer feu^
lement.
Je laisse àpenser sile Sire,
De l'humeur que je viens
de dire,: N'ayant encore barbe au
menton,
Rioit fous cape: en voicy
la raison:
Richardet, c'etf le nom
qu'avoir le bon Apôtre,
Ressembloit à sa soeur:mais
si parfaitement,
Que le bon-homme Aymon
souvent
Luy-même sf trompoit,
& prenoit l'un pour
l'autre,
^ur ce pied-la le drôlecrut
Qu'il
Qu'il viendroit ians peine
à son but,
Au moyen de lareffem- blance.
Plein de cette douce es-
- perance i
Le Galant des la même
nuit,
Pendant que sa soeur dort,
que tout est en silence,
Lui vole armes, cheval,
& tout ce qui s'enfuit.
Equipé de la forte il s'en
va sans trompette: Il se rend chez l'Infante
avant la fin du jour.
- C'eut été pour tout autre
une trop longuetraioeO
Mais que ne fait-on point
animé par l'amour?
Les parens à l'aspect dela
seinte pucelle
Donnent dans le paneau
sans se douter dutour*;
Heureux qui peut de Ion.
retour
Porter la premiere nouvelle!
Tant on est sur par làde
bien faire sa Cour.
Je ne dirai point les tendresses
Il
1. Embrassades, baisers,£a*
jrefïes
Qtie, l'Infante lui fit dans sareception;
Sitffic qu'on ne sçauroit en
< faire davantage.
Mais quoique le Galant
danscetteoccasion
S'écartât de ion personnage,
L'Infante jusqu'au bout sur
dans la bonne foy.
Puis quand elleeût [çû
tout; étoit-ce là dequoy
Lui faire plus mauvais vifage?
On desarma le Pelerin;
Point d'Ecuyers, l'Infante
cn fit roffice,
N'ayant voulu que ce
service
Lui fut rendu d'uneautre
main;
On lui mit juppes &: cor- nettes, Mouchoirs, rubans, enfin
tout l'attirail galant
Dvnt aùjourd'huy Ce fervent,
nos Coquettes;
Il n'y manquoit que du
rouge& du blanc;
On le laissoit en ce temps
aux Grisettes.
Le souper fut servi;mais
=._
durant le repas
Richarder, dont l'habit
-
relevoit les appas,
Fit plus d'une jalouse, &
- plus d'une infidelle.
Cependant la fausse Donzelle
Affecte certain air honteux
,0
Certaine pudeur virginale,
Vous eussiez dit une Vef-
-
tale
Si bien sçait gouverner &
son geste & ses yeux.
Enfin l'heure tant desirée
Arriva pour nôtre galant :
Tête à tête avec luy Finfante
étoit restée
y,
La voyant confuse, affligé>
Il luy parla:Voicycomment
: Plus que vous je fus desolée,
Luy dit-elle, le jour qu'en
m'éloignant devous 1
Je meritay vôtre courroux
:
Mais loin de soulager nôtre
commun martire,
Un plus long séjour en
ces lieux
Eut rendu le mal encor
- pire
Ainsi je vous quittay, ne
., pouvant faire mieux.
Je apLiiçjnoisr> la rigueur de
nôtre destinée,
Lors qu'un peu loin de 1mon chemin,
J'entens comme la voix
d'une Femme effrayée.
J'y cours; au bord diin
Lac j'apperçois un
Silvain,
Qui perdant tout fefpeél
poursuivoit une Dame:
Je vole, l'épée à la main,
Et d'unrevers que je donne
à
l'infame
Je le mets hors d'étatd'ac
complir son dessein;
La Dame échappa donc:
Chevalier, me dit-elle,
Il ne sera pas dit que vous
m aurez en vain
Donné secours
: Sçachez
que je suis immortelle.
J'habite fous ces eaux, &
j'ay plus de pouvoir
Que toutes les Nymphes
ensemble
;
Vous pouvez demander
tout ce que bon vous
semble -
Sans crainte de refus. Parlez;
vous allez voir,
Si- ma juste reconnoissance
Pour mon liberateur fera
bien son devoir;
Je n'exigeay de sa puiCtance
Ni Sceptre , ni Tresors,
voulant un plus grand
bien;
Je ne luydemanday pour
toute recompense,
Que de vouloir changervôtre
sexe ou le
mien.
A peine avois-je exposé
ma Requête,
Que laDeesse l'accorda,
Dans le Lac elle me plongea.
1
Depuis les pieds ju[qu'?i'
la tête.
Admirez de ces eaux Fe£Z
set prodigieux;
Enhomme au même in-
Aanc je me vois transformée,
Jugez combien je fus
charmée,
Disons charmé pour parler
mieux.
- A, ce mot d'abord l'In-
(Inre fut sac hee.
Croyant que d'elle on se
mocquoit,
Et plus Bradamante affirmoic;,
Et moins l'autre la vouloir
croire,
Celle-ci protestoit, juroit.
Jurer n'est pas prouver,
finissons làl'histoire,
Mais je pourrois pourtant
la compter jusqu'au
bout
Oüi, tout peut être écrit
par une plume sage,
Tout avoit en cecy , pour
but le mariage:
Et mariage couvre tout.
Fermer
Résumé : LE DON DE LA NAYADE, PIECE NOUVELLE.
Le texte narre les aventures de Bradamante, fille d'Aimon, célèbre pour sa vaillance et sa beauté. Ses exploits incluent des combats contre des géants et la conquête de forteresses. Une aventure particulière est mise en avant : Bradamante, reposant dans un bois, est découverte par Fleur-d'Épine, fille du roi Marcile. Séduite par la beauté de Bradamante, Fleur-d'Épine lui déclare son amour. Bradamante, après avoir révélé son identité et son sexe, accepte l'hospitalité de Fleur-d'Épine au château royal. Simultanément, Richardet, le frère cadet de Bradamante, profite de leur ressemblance pour se faire passer pour elle et séduire Fleur-d'Épine. Il se rend au château et est bien accueilli. Fleur-d'Épine, croyant avoir affaire à Bradamante, lui raconte une histoire impliquant une nymphe qui a changé son sexe pour celui de Richardet. L'histoire se termine sans révéler la vérité, mais il est suggéré que le but final est le mariage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
Fermer
Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 3-32
Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Début :
Je vous fais part, mon cher ami, d'une avanture [...]
Mots clefs :
Aventure tragi-comique, Tolède, Philippe V, Retraite incendiaire, Castillan, Don Quichotte, Château, Siège, Combat, Chevalerie, Claire, Mariage, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
jlvanture tragi-comique,extraite
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
d'une lettre Espagnole, écrite
de Tolede an temps que Philippe
V. s'empara de Madrid.
E vousfais part,
moncher ami,d'une
avanture veritable
,à laquelle a donné
lieu la retraite incendiaire
des ennemis : c'étoit
dans un village à
sept ou huit lieuës d'ici.
A leur approche tout
trem bla dans ce village,
excepté le Heros du lieu,
vieux Castillan, intrepide
, grand homme,
droit, sec & basané, assez
verd encore pour l'âge
de quatre-vingt-deux
étns qu'il avoit. Il se dit
de la race de Don Quixotte:
mais rien ne prouve
cette genealogie, que
sa figure & ses visions.
Il dit ordinairement qu'-
il a de Don Quixotte la
valeur, sans en avoir la
folie: mais lui seul fait
cette exception. Il lui
ressemble en tout, &
cette avanture, quoy
qu'exactement vraye, tiendroit placedans celle
de Don Quixotte, sielle
étoit un peu plus plaisante.
Mais je vous l'envoye
telle qu'elle est.
Nôtre Heros de villageétoit
retiré dans une
mazure ancienne, qu'il
appelloit château, en faveur
d'une vieille tour
bâtie du temps des Maures.
Ce fut dans cette
tour qu'il fit porter tout
son petit meuble antique,
ses vieux titres &
son argent: maiscequ'il
vouloit sur-tout mettre
à couvert du
-
pillage,
c'étoit une jeune Espagnole,
âgée feulement de
quinze ans, belle comme
le jour, & dont il
étoit héroïquement amoureux
, c'est à dire
d'un amour pur soûtenu
de quatre-vingt- deux
ans, qu'il avoit contrainte
par tyrannie à rester
dans son château, enattendant
un mariage legitimement
resolu par
les parens de Claire; c'est
le nom de celle que nous
appellerons dés à present
son épouse, comme Agnés
l'étoit d'Arnolfe:
mais cette Agnés-ci étoit
encore plus deniaisée.
Ses parens, qui ctoient
fort pauvres,s'étoient
determinez àce
mariage, pour faire heriter
bientôt leur fille
,c
du tresor de ce vieux
Espagnol. 1"
Nôtre Don Quixotte
s'étoitdonc armé de pied
en ca p, & n'avoi t pas
oublié une ceinture qui
soûtenoit six pistolets ôc
deux dagues Castillannes
, il s'étoit mis un
pot en tête, percé de tous
côtez, & mangé de
roüille,& n'avoit qu'une
moitié de cuirasse par
devant, & n'étoitarmé
par les épaules que de la
ferme resolution qu'il
avoit prise de ne point
tourner le dos à l'ennemi.
Il faisoit beaucoup
va loir à sa jeune épouse
la violence qu'il se faisoit
de n'aller pas au-devant
des ennemis, se faisant
une loy de chevalerie
de ne pas abondonner
sa Dame;& la petite
rusée feignoit de prendre
la chose du côté que
le vieux jaloux la lui
montroit:mais cette jalousie
affreuse étoit la
feule cause qui le faisoit
retrancher dans sa tour.
.>
Cependant la petite
Claire son épouse oublioitpresque
la peur
qu'elle avoit de l'approche
des ennemis, pour
rire du dessein & de l'accoutrement
ridicule de
son vieux tyran;& ce
qui diminuoit sa peur
encore,c'étoit une lettre
qu'elle avoit reçûë
secretement, & dont
nous verrons les effets
dans la fuite. Elle prenoit
un plaisir malin à
se moquer de ses rodomontades
lui disoit:
Mon cher époux, pourquoy
vous armer sipesamment
?vôtre seul aspect
fera trembler ceux
qui vous vont assieger.
Je cache ma valeur fous
mes armes,lui répondit
le Castillan ; si je la
laissois à découvert, on
ne m'attaqueroitqu'en
tremblant, &. j'aurois
moins de gloire à vaincre.
Mettez donc encore
un autre casque sur vôtre
tête, répondit la jeune
épouse; car celui-là
est tout percé, & l'on
voit vôtre valeur à tra- vers. :•••'
?
Pendant ce discours
onentendit dans la cour,
du château des cris, Lr
plusieurs soldats bien armez&
cuirassez quitâchoit
d'escalader la tour
par un côté. D'abord la
jeune femme fit remarquer
au vieux Chevalier
qu'on l'attaquoit foiblement,&
qu'il faloit qu'il
ménageât les coups qu'il
avoit à tirer, pour se défendre
quand les ennemis
feroient montez. Il
trouva l'avis bon, & ne
tira point,observant seulement
les escaladeurs.
Ils étoient déja à portée
des coups: mais ils n'osoient
avancer à caufede
la fiere contenance du
ChevalierEspagnol, qui
pendant ce temps- là se
sentit saisir par deux
bras plus forts que ceux
de sa jeune épouse, qu'il
croyoit feule avec lui
dans latour, & il fut
sort surpris quand il vie
sur sa poitrine deux -
gros bras nerveux & armez
de cuirasse. C'étoit
en effet un autre Chevalier
à peu prés armé
comme il l'étoit lui-même.
Cet homme armé
étoitentré par une fenêtre
du grenier de cette
tour, par où la jeune accordéeavoit
pris foinde
descendre avec la poulie
de la fenestre, une corbeiHe,&:
les deux bouts
de la corde à puits, avec
laquelle le Chevalier &£
trois de ses camarades
s'étoient montez reciproquement
; &ils se
saisirenttous ensuite du
Don Quixotte, parce
qu'il avoit plusieurs piftolets
&, mousquetons
chargez. Quandils eurent
jetté toutes ces armes
à feu par la fenestre,
6C qu'on ne lui eut
laissé que sa feule épée,
alors
alors les quatre ennemis
le lâcherent > & le premier
Chevalier,qui parut
leur commandant,
prit la parole sur le ton
de la Chevalerie, dont
l'autre avoit le cerveau
un peu attaqué,comme
nous l'avons déja dit.
Seigneur Manquinados,
lui dit d'abord le Chevalier,
haussant la vipère,
quoique vous soyiez nôtre
prisonnier, & que
tout vôtre butin nous
appartienne en bonne
guerre, cependant la
beauté de cette jeune infante
m'impose du respect;
elle me causeen
mesme tem ps un subit,
mais violent amour.
D'un autre côté votre
valeur me donne de la
veneration 8£ de l'estime
: ainsi voyons si vous
soûtiendrez la haute idée
que j'ai connue de votre
generosité. Je ne veux
vous ôter ni votre Dame
, ni votre tresor:
mais je veux que l'un &
l'autre foit le prix d'un
combat singulier que je
vous propose.
Le Chevalier de la
tour fut d'abord étourdi
de cette proposition;car
sa jeune Claire & son
tresor étoient à lui, à ce
qu'il croyoit, en legitime
possession, & il ne
pouvoit se resoudre à
exposer l'un & l'autreau
hazard d'un combat.
C'est ce qu'il representa
trés-fortement à sonadversaire
: mais on lui
prouva d'abord que le
coeur deClaire étoit un
bien usurpé par lui;c'est
ce qu'elle declara ellemême
trés - patetiquement
en presence des
champions : & on lui
declara de plus que la
plûpart de l'argent qui
composoit le tresor du
vieux Espagnol avoit
été usurpé presque aussi
injustement que le coeur
de Claire, par les vexations
de ce tyran de village
sur les parens de
Claire. Toutes ces raisons
ne determinoient
point le Chevalier avare
& jaloux: mais la necessité
d'acccepter le dési,
ou de se voir enlever
tour sans combattre,
lui inspira un genereux
mépris de ses tresors, de
sa maîtresse, & d'un reste
de vie qui ne valoit gueres
la peine de le défendre,
mais qu'il resolut
pourtant de vendre bien
cher à son ennemi. Ils se
reculerent, chacun l'épée
au poing, jusqu'au
mur intérieur de la tour,
pour prendre leur course
& faire irruption l'un sur
l'autre; & cependant les
autres eurent ordre detre
spectateurs tranquiles
de ce fameux combat,
dont Claire ne laissoit
pas de trembler bien
fort, quoy qu'elle s'attendît
bien que le vieux
époux y succomberoit..
Ils combattirent sur un
tas de meubles & d'utenfils
qui leurservoientde
barriere, & ilssassaillirent
l'un l'autre comme
on force un retranchement
de fascines. Je ne
sçai par quelle mauvaise
destinée le vieux Espagnol
,
qui devoit pourrant
mieux connoître
son terrainque l'autre,
voulut prendre son avantage,
en mettant le pied
sur un vieux bahuplat
qui se trouvoit de niveau
avec quelques autresmeubles
dont le
plancher étoit couvert.
Ce vieux bahu pourri
fut percé de fond en comble
par le pied du combattant,
en forte que
pieds, jambes SC cuisses
se trouverent enfoncez
& pris dans le bahu,
comme le fut jadis le
pied
pied de Ragotin dans le
pot de chambre.
Alors il cria : Quar- tier',quartier,pointde
supercherie ; & en effet
on nevoulut point prosiser
du faux pas qu'il
avoit fait. Les juges du
combat le defemboëterent,
& il fut remisen
pied. Il fut si touché d'estime
pour des ennemis
si généreux ,
qu'il promit
de ceder sans regret
le prix de la victoire à
son ad versaire:mais que
cette victoire lui coûte- j
roit cher. Je ne vous serai
point ici la description
ducombat renou- (
vellé. La foibleffc du
vieillard, la superioritéquel'autreavoitsurlui,
l'équipage du combattant,&
ladispositiondu
champ de bataille, le
rendirent si comique,
que Claire ne put s'empêcher
d'en rire, malgré
le peril que couroit encore
son amant; car le
combattant étoit en esset
un jeune François,
qui étoit devenu amoureux
& aiméd'elle depuis
peu de temps, &
qui avoit ramassé quelques
amis dans un petit
parti François, qui avoit
mis en déroute quelques
Allemans qui avoient
commence a pillertrésserieusement
la bassecour
du romanesqueEspagnol
; ensorte que les
vrais ennemis ayant pris
la suite,ceux-ci ne firent
l'attaque de la tour que
de concert avec Claire
& ses parens pour met--
tre le vieux Seigneur à
laraison.
Revenons à la fin d'un
combat oùl'amant ne
laissa pas d'estre blessé au
bras,parce qu'ilnevouloit
point tuer son rival.
Enfinaprès un combat
,
fort obstiné de la
part du vieillard, ilfut
renversésousson ennemi,
8£ contraint de lui
demander la vie & sa
chereépouse. A cette demande
Claire s'écria,
que pour la vie elle consentoit
qu'on la lui donnât,
& non feulement la
vie, continua-t-elle:
mais je veux bien qu'on
vous donne outre cela
de quoy vivre. En effet
le pere de Claire, qui
étoit l'un des cavaliers
armez & déguisez, promit
de nourrir le vieillard
tant qu'il vivroit;
& les choses tournerent
de façon qu'un bon contrat
de mariage fut la
rançon de la vie qu'on
donna au vieux Espagnol,
quisigna rncfmc
le premier au t",r",.r
Voila, Mon/leur,
tcut ce que j.'Jai f¡f;û" dde
/e/le avanfure:je souhtlite
que si elle riesipas
bien ré)outrante, elle
vous Joit du moins caution
queJApporterat tous
-
mesJoins à vous envoyer
des Jujets d'hifloriettes>
que je vouslaisserai do..
renavant lefoin d'écrire
wons - même 5 car vos
Alercures du mois passé
mont appris que vous
êtes resolu de ceder le détail
Çy lesJoins du Mercure
a un homme tout
appliqué à cet ouvrage3
fS de ne vous rejerver
c*He la peine d'écrire
quelques morceaux détachez,;
sist en vers, sist en prose, sist dissertations
:JJOit tranfitions3
sist hijtoriettes ; f.5 nous
attendons avec impatience
la nouvelleforme
de ce Mercure; car les
derniers ( il faut vous
l'avouer)feroient tort a
voire reputation 3fi ton
r7/7/etotiotpittÙpabsibeinenccoonnrvvaaiinncen
devotreparesse.
Fermer
Résumé : Avanture tragi-comique, extraite d'une lettre Espagnole, écrite de Tolede au temps que Philippe V. s'empara de Madrid.
Le texte raconte une aventure tragi-comique inspirée d'une lettre espagnole écrite à l'époque où Philippe V s'empara de Madrid. L'histoire se déroule dans un village situé à sept ou huit lieues de Tolède. Lors de la retraite incendiaire des ennemis, un vieux Castillan de quatre-vingt-deux ans, comparé à Don Quixotte, refuse de fuir. Il se prépare à défendre son château, une ancienne masure avec une tour bâtie du temps des Maures, où il a rassemblé ses biens et une jeune Espagnole de quinze ans, Claire, dont il est amoureux et qu'il retient contre sa volonté en attendant un mariage arrangé par ses parents. Le vieil homme s'arme et se prépare à affronter les ennemis, malgré les moqueries de Claire. Alors qu'il se tient prêt, des soldats escaladent la tour. Claire, qui a reçu une lettre secrète, se moque de lui. Soudain, un autre chevalier entre par une fenêtre et maîtrise le vieux Castillan. Ce chevalier propose un combat singulier pour obtenir Claire et le trésor du vieil homme. Claire et ses parents révèlent que le trésor a été acquis par des vexations et que son cœur n'appartient pas au vieil homme. Le combat commence, mais le vieil homme trébuche et est sauvé par la générosité de son adversaire. Blessé, il est finalement vaincu. Claire accepte de pardonner la vie du vieil homme à condition qu'il soit nourri jusqu'à sa mort. Un contrat de mariage est signé, mettant fin à l'aventure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 109-117
Nouvelles de Vienne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Vienne du 5. de ce mois [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Château, Empereur, Impératrice, Vienne, Cardinal, Cardinal de Saxe, Seigneurs
19
p. 261-272
A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
Début :
Il arriva en cette Ville un Courrier de Madrid, avec ordre [...]
Mots clefs :
Entrée de la reine d'Espagne, Reine d'Espagne, Réjouissances, Château, Trompettes, Procession, Cavalerie, Alicante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
A AHcante, ce 18' Janvier
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
Fermer
20
p. 51-56
EPITRE DE Mr AROUET A M***
Début :
Ayant reconnu que l'ordre que je me suis prescrit dans / O Vous l'Anacreon du Temple ! [...]
Mots clefs :
Temple, Volupté, Vers, Château, Esprits, Dieux, Apollon, Oraison, Chapelle, Coeur, Ombre, Épicurien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mr AROUET A M***
AYant reconnu que l'ordre que
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
Fermer
21
p. 60-91
SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
Début :
MONSIEUR, Je commencerai l'Extrait de la seconde partie des Mémoires [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Morale, Ambition, Royauté, Ministre, Vertus, Armée, Réflexions, Révolution, Déclaration, Assemblée, Duc, Princes, Cardinal Mazarin, Négociation, Gentilhommes, Reine, Maréchal, Officiers, Médecin, Prison, Disputes, Ennemis, Chambre, Château, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
SUITE DES MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
Fermer
22
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
Fermer
23
p. 195-200
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. S. A. Royale a donné le Château de Chasville, auprès [...]
Mots clefs :
Château, Prince, Abbé, Gentilhommes, Régent, Seigneur, Duc d'Orléans, Tragédie, Pape, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DUJOURNAL
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
Fermer
24
p. 69-73
A. M. L. D. D. N. P. M. V.
Début :
Je ne rêve que Campagne : [...]
Mots clefs :
Campagne, Château, Chimère, Seigneur, Ornement, Magnificence, Richesses, Moisson, Vertu, Volupté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. L. D. D. N. P. M. V.
A. M. L. D. D. N.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
P. M. V.
E ne rêve que Campagne :
Pour cet innocent séjour
Je bátis nuit & jour
Mille Châteaux en Espagne .
Sur cela , mes vifions
Formentplus d'illufions ,
Qu'une ambitieufe Mere
N'en enfante , & n'en nourrit
Pour un fils qu'elle chérit .
Réalifez ma Chimére :
D'unfeul mot vous le pouvez ;
En main , Seigneur , vous avez»
Et la forme & la matiére .
Même, à ce mot plein d'appas ,
Sansy fonger , n'allez pas
Donner fa puiffance entiére ;
Car , tant de force il prendroit ,
Qu'à l'instant il me rendroit
Lefouverain , & le maître
Eij
70 LEMERCURE
D'un Palais , dont la fplendeur,
Et dont la vafte grandeur
M'incommoderoit peut-être.
Je ne veux qu'une Maison ,
Dont la plus faine Raifon ,
Selon mon rang , ma naiſſance
Régle la magnificence :
Qu'en unpetit bâtiment ,
Un modeste ameublement ,
Sans égard aux goûts de mode ,
N'ait qu'un Air propre & commode
Pourfon plus riche ornement :
Jardins où la jeune Flore ,
Sans appareil , faffe éclore
Sesfleurs en toute faifon :
Vue an riant horison ,
Sans être précipitée ,
Supérieure pourtant.
De tous côtés préfentant
Dans une jufte portée ,
L'aimable variété ,
Dont , enfafécondité
Nature pour nous décore ,
Les champs les plus fortunez
Côteaux richement ornez ,
Plaines plus riches encore ;
Riviére au cours ferpentant ,
Dont le flot qu'elle proméne
Par tout s'en aille , portant
DE DECEMBRE . 70
Les richeffes qu'il amene.
Bois par bouquets difperfez ,
Clochers au Ciel élancez ,
Bourgs , Hameaux , Châteaux, Villages,
Divers fpectacles donnant :
Laborieux attelages .Y
Tantôt les champs fillonant ,
Tantôt les Moiffons trainant,
Parmi de vaftés prairies ;
Troupeaux fans nombre paiffants :
Et fur les herbes fleuries ,
Leurs Gardiens innocens ,
Au fon du haut- bois danfans .
Mais , quel chant plein d'allégreffer
Vient de ces côteaux hûreux ,
Que d'un regard amoureux
Le Soleil toujours careffe ?
C'eft Baccus , qui de fes dons ,
Vient y couronner l'Automne :
ty
Je reconnois aux fredons ,
Que la Vendangeuse entonne
L'Air vif & réjoüiſſant ,
Que ce Dieu-même en naiſſant
A tous les Humains infpire.
L'Amour aux yeux fatisfaits
Le fuit , & croit fon Empire
Affermi par ces bien-faits .
六
"
Dieux ! Quelle aimable peinture ,
Et quel Spectacle charmant
72
LE MERCURE
Pourun coeur fimple , & n'aimant
Que la plus fimple Nature.
Mais , dans cet aimable Lieu ,
Que la douceur de ma vie
Doit fembler digne d'envie
Là , dans un fage milien ,
La Vertu voluptueuse ,
La Volupté vertueuse ,
Ne fe feparentjamais .
Laliberté fouhaitée
Sans ceffe y regne auffis
Modefte & non effrontée ,
Ny telle qu'en ce tems -ci ,
On la voit regner ici.
Si , dans cette bumble Chaumiére ,
Mes amis viennent me voir ;
3
Soudain , pour les recevoir ,
L'Amitié court la premiere :
Tandis que la Propreté,
La fage fimplicité ,
Délicates & legeres ,
Et par bon goût ménagéres
Vont préparer un repas ;
Oùles Mets n'excédent pas
Les befoins de mon Convive ;
Mais, où vins frais & brillants,
Verfent à flots petillants
Une joye , & pure & vive .
Enfin , c'eft en ce séjour , Que
DE DECEMBRE. 93
Que fans compter un feuljour ,
J'attendray l'heure ordonnée
Pour fin de ma deftinée ;
Du même efprit , du même oeil ,
Dont , aprés chaque journée ,
Je vois la nuit raménée ,
Et de pavots couronnée ,
Meplonger dans le fommeil.
Fermer
25
p. 153-155
A Rome le 30 Novembre.
Début :
Il est public dans Rome, que le S. Pere a fixé son départ d'ici, [...]
Mots clefs :
Cuirassiers, Chevaux, Cardinaux, Trésorier, Ordre, Ambassadeur, Doyen, Prison, Château
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 30 Novembre.
A Rome le 30 ·Novembres
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Ipereauxé fon départ d'ici, pour le
Left public dans Rome, que le S.
voyage de Lorrette & d'Urbin, le lendemain
de la Domenica in albis : Danscette
vue , il y a déja 100 mille écus
d'oeconomifés . Cette Villeggiature lera
de so jours ; on ne fera par jour que :
zo mille au plus . Il y aura so Cuiraf
fiers & 40 Chevaux légers de Garde 5
ico Suiffes avec toute la Sale & l'Anti-.
chambre du Pape. S. S. fera accom
pagnée des 3 Cardinaux Paulucci
Albani , & Olivieri ; il y en aura un
4 , qui comme Tréforier , prendra le-
2.
154
LE MERCURE
.
devant , pour ordonner toutes chofes fur
la route. 3 où 4 Auditeurs de Rote &
les Nationaux feront privilegiés. 8
Prélats du premier Ordre , avec plufieurs
du 2 & du Tiers Ordre , outre
la Daterie ,feront de la fête ; fans compter
les Miniftres Etrangers & autres
qui feront défrayés par SS . qui tiendra
table pour les Ambaffadeurs
les Cardinaux & les Prélats : l'Agent
fubalterne fera payé en argent. Malgré
ces préparatifs, le Cardinal Doyen a
fait les remontrances au S. P. pour le
détourner de ce pieux pélerinage , & ..
l'on croit que tous ceux qui en approchent
, en feront de même.
Milord Peterborough , aprés la for
tie de faPrifon , s'eft retiré à Venife ;
& le Comte de Galas Ambaffadeur
de l'Empereur,demande ici reparation
pour ce Seigneur , le Roy Georges
profitant de cette occafion, pour obliger
le S. P. à expulfer de l'Etat Ecclafiaftique,
le Chevalier de faint Georges.
On veut donc , en reparation de
cette injure faite à ce Milord , que ce
Prince fe réfugie autre part , & que le
Cardinal Origni Légat de Bologne ,foit
rappellé ; finon , les Anglois menacent
DE DECEMBRE. 195
les côtes de cet Etat , avec une Eſcadre
de 12 Vaiffeaux. On affûre même
, que les ordres font donnés pour
cela , & qu'ils agiront offenfivement
jufqu'à ce que la fatisfaction foit faite.
Le Pape ferecommande , pour accomoder
l'affaire du Roy d'Espagne
principalement celle du Milord , à ME
le Duc Régent.
, &
Hier 29 , on enferma au Château
faint Ange , le Marquis Davia Neveu
du Cardinal de ce nom : On ne croit
pourtant pas qu'il ait merité ce châtiment
, mais qu'en cela , on a û égard
à la recommandation de fon Oncle ,
avec lequel il vit en parfaite mefintelligence
; depuis qu'il a quitté fa
femme & fes enfans qui font à Bologne.
Fermer
26
p. 1660-1664
« Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
Début :
Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Morts, Baptêmes, Château, Versailles, Thèse, Loterie de la Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
E 2. de ce mois , le Roi & la Reine
arriverent à Verfailles du Château de
Marly , & le 6. le Roi en partit pour fe
rendre à Compiegne. S. M. paffa vers les
4. heures après midi fur les Ramparts de
Paris & arriva le foir à Compiegne.
:
Le 8. la Reine entendit la Meffe dans
fa Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Pontac,.
fon Aumônier en quartier.
Le 3. après midi , le Roi fir dans la
Cour du Château de Verlailles , la Revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté . Ils s'affemblerent
à pied , & après que le Roi eut
paffé dans les rangs , ils firent l'Exercice
& défilerent devant S. M. enfuite ils monterent
à cheval , & ils repafferent devant
le Roi. La Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames. de
France ,
JUILLET. 1730. 1661
France , vit cette Revûë du Balcon de
l'Appartement des Princeffes d'Orleans .
Le même jour , le Pere Paul , nouvellement
élû Vicaire General , de la Congregation
des Auguftins Déchauffez de
France , étant accompagné du Provincial
& de fes Affiftans Generaux , cut l'honneur
de faluer le Roy.
Le s . de ce mois , le R. P. Dom Jean-
Baptifte Alaydon , Superieur General des
Benedictins de la Congrégation de faint
Maur , accompagné de fes deux Affiftans ,
eut l'honneur de faluer le Roi . S. M. les
reçût très-favorablement . M. le Cardinal
de Fleury avoit eû lá bonté de les leur
prefenter , & de demander au Roi fa protection
pour eux . S. E. avoit eu auparavant
celle de leur donner une audience
particuliere. Ils furent auffi prefentez à la
Reine , à Monfeigneur le Dauphin & à
Mefdames de France .
Le 23. Juillet , le Roi donna au Duc
de Charot , qui a été Gouverneur de S.M.
la Place de Chef du Confeil Royal des
Finances , vacante par la mort du Maréchal
de Villeroy.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , pour le rembourfement des
Actions , fut titée en la maniere accoûtumée
; on a publié la Lifte des Numero
des
1662 MERCURE DE FRANCE
des Actions & Dixièmes d'Actions qui
feront rembourfez , faifant en tout le
nombre de 300. Actions.
Le jour de fainte Anne , Fête de M. de
Vendeüil , Ecuyer du Roi , fort connu
par les excellens hommes de cheval qu'il
a formez , fut celebrée le 27. de ce mois ,
par les Gentilshommes de l'Académie dont
il eft le Chef. Elle commença par une
Serenade de Timbales & Hautbois , qui
fe répondoient par des Violons & autres
Inftrumens, au fon defquels cette brillante
Nobleffe prefenta fon Bouquet . On
tira un très - beau Feu d'artifice dans le
Manege découvert , dont le feu & les ar
bres faifoient une décoration magnifique.
L'Académie étoit toute illuminée. La Fête
fut terminée par un Bal .
Jean-Jofeph -François Chicoyneau de la
Valette , natif de Montpellier , fils de
M. Chicoyneau , Confeiller en la Cour
des Aydes de la même Ville , Chancelier
Juge de la Faculté de Medecine , Profeffeur
Royal d'Anatomie & de Botanique,
& de la Societé Royale des Sciences , &
petit-fils de M. Chirac , Premier Medecin.
de S. A. S. M. le Duc d'Orleans , de l'Académie
Royale des Sciences , ancien Profeffeur
en Medecine de l'Univerfité de
Montpellier, & Sur-Intendant du Jardin
Royal
JUILLET. 1730. 1663
Royal de Paris , foutint le 28. Juillet une
Thefe generale de Philofophie au College
Mazarin , dediée à M. le Duc de Gefvres
Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre
de S. M. & Gouverneur de Paris . Un
grand nombre de Prélats , de Cordons
Bleus , de Magiftrats & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Tout le monde
admira l'efprit & le fçavoir extraordinaire
de ce jeune Philofophe , âgé de
dix ans & demi , étant né le 28. Janvier,
1720 .
On écrit de Caen , que le 24. de ce
mois , André Haret , âgé de 16. ans , fils
d'un Confeiller du Préfidial de cette Ville,
prononça dans l'Ecole de Droit de l'Univerfité
de Caën , un Difcours de fa compofition
, dont le fujet étoit l'Obligation
que la Religion a à l'Eglife de Bayeux , depuis
la Fondation de cette Eglife juſqu'à
prefent. Le Difcours fut prononcé en prefence
de l'Evêque de Bayeux & de quan!
tité de perfonnes de grande diftinction.
Cette action a été regardée comme un
prodige , tant par la jufteffe de la compofition
, que par l'éloquence du jeune Ora
teur.
१
Le 28. Juillet , M. Maffei , Archevêque
d'Athênes , & Nonce ordinaire du Pape
cut une Audience particuliere du Roi à
Com1664
MERCURE DE FRANCE
Compiegne, aprés avoir donné part à S.M.
de l'Exaltation au Pontificat , du Cardinal
Laurent Corfini , qui a pris le nom
de Clement XII . il lui prefenta une Lettre
du la main du Pape . Il fut conduit
à cette Audience par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Quelques jours après M. Maffei , eut Audience
de la Reine à Verſailles , avec les
mêmes Ceremonies.
,
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvez , & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , pendant l'année
derniere 1729.
Baptêmes ,
18163
Mariages , 4231
Enfans Trouvez ,
2336
Morts, 19598
Maifons Religieufes , 19852
Hommes & Filles , 254
Partant , le nombre des Morts de l'année
1729. excede celui des Baptêmes de'
1435.
arriverent à Verfailles du Château de
Marly , & le 6. le Roi en partit pour fe
rendre à Compiegne. S. M. paffa vers les
4. heures après midi fur les Ramparts de
Paris & arriva le foir à Compiegne.
:
Le 8. la Reine entendit la Meffe dans
fa Chapelle du Château , & S. M. communia
par les mains de l'Abbé de Pontac,.
fon Aumônier en quartier.
Le 3. après midi , le Roi fir dans la
Cour du Château de Verlailles , la Revûë
des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté . Ils s'affemblerent
à pied , & après que le Roi eut
paffé dans les rangs , ils firent l'Exercice
& défilerent devant S. M. enfuite ils monterent
à cheval , & ils repafferent devant
le Roi. La Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames. de
France ,
JUILLET. 1730. 1661
France , vit cette Revûë du Balcon de
l'Appartement des Princeffes d'Orleans .
Le même jour , le Pere Paul , nouvellement
élû Vicaire General , de la Congregation
des Auguftins Déchauffez de
France , étant accompagné du Provincial
& de fes Affiftans Generaux , cut l'honneur
de faluer le Roy.
Le s . de ce mois , le R. P. Dom Jean-
Baptifte Alaydon , Superieur General des
Benedictins de la Congrégation de faint
Maur , accompagné de fes deux Affiftans ,
eut l'honneur de faluer le Roi . S. M. les
reçût très-favorablement . M. le Cardinal
de Fleury avoit eû lá bonté de les leur
prefenter , & de demander au Roi fa protection
pour eux . S. E. avoit eu auparavant
celle de leur donner une audience
particuliere. Ils furent auffi prefentez à la
Reine , à Monfeigneur le Dauphin & à
Mefdames de France .
Le 23. Juillet , le Roi donna au Duc
de Charot , qui a été Gouverneur de S.M.
la Place de Chef du Confeil Royal des
Finances , vacante par la mort du Maréchal
de Villeroy.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , pour le rembourfement des
Actions , fut titée en la maniere accoûtumée
; on a publié la Lifte des Numero
des
1662 MERCURE DE FRANCE
des Actions & Dixièmes d'Actions qui
feront rembourfez , faifant en tout le
nombre de 300. Actions.
Le jour de fainte Anne , Fête de M. de
Vendeüil , Ecuyer du Roi , fort connu
par les excellens hommes de cheval qu'il
a formez , fut celebrée le 27. de ce mois ,
par les Gentilshommes de l'Académie dont
il eft le Chef. Elle commença par une
Serenade de Timbales & Hautbois , qui
fe répondoient par des Violons & autres
Inftrumens, au fon defquels cette brillante
Nobleffe prefenta fon Bouquet . On
tira un très - beau Feu d'artifice dans le
Manege découvert , dont le feu & les ar
bres faifoient une décoration magnifique.
L'Académie étoit toute illuminée. La Fête
fut terminée par un Bal .
Jean-Jofeph -François Chicoyneau de la
Valette , natif de Montpellier , fils de
M. Chicoyneau , Confeiller en la Cour
des Aydes de la même Ville , Chancelier
Juge de la Faculté de Medecine , Profeffeur
Royal d'Anatomie & de Botanique,
& de la Societé Royale des Sciences , &
petit-fils de M. Chirac , Premier Medecin.
de S. A. S. M. le Duc d'Orleans , de l'Académie
Royale des Sciences , ancien Profeffeur
en Medecine de l'Univerfité de
Montpellier, & Sur-Intendant du Jardin
Royal
JUILLET. 1730. 1663
Royal de Paris , foutint le 28. Juillet une
Thefe generale de Philofophie au College
Mazarin , dediée à M. le Duc de Gefvres
Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme de la Chambre
de S. M. & Gouverneur de Paris . Un
grand nombre de Prélats , de Cordons
Bleus , de Magiftrats & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Tout le monde
admira l'efprit & le fçavoir extraordinaire
de ce jeune Philofophe , âgé de
dix ans & demi , étant né le 28. Janvier,
1720 .
On écrit de Caen , que le 24. de ce
mois , André Haret , âgé de 16. ans , fils
d'un Confeiller du Préfidial de cette Ville,
prononça dans l'Ecole de Droit de l'Univerfité
de Caën , un Difcours de fa compofition
, dont le fujet étoit l'Obligation
que la Religion a à l'Eglife de Bayeux , depuis
la Fondation de cette Eglife juſqu'à
prefent. Le Difcours fut prononcé en prefence
de l'Evêque de Bayeux & de quan!
tité de perfonnes de grande diftinction.
Cette action a été regardée comme un
prodige , tant par la jufteffe de la compofition
, que par l'éloquence du jeune Ora
teur.
१
Le 28. Juillet , M. Maffei , Archevêque
d'Athênes , & Nonce ordinaire du Pape
cut une Audience particuliere du Roi à
Com1664
MERCURE DE FRANCE
Compiegne, aprés avoir donné part à S.M.
de l'Exaltation au Pontificat , du Cardinal
Laurent Corfini , qui a pris le nom
de Clement XII . il lui prefenta une Lettre
du la main du Pape . Il fut conduit
à cette Audience par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Quelques jours après M. Maffei , eut Audience
de la Reine à Verſailles , avec les
mêmes Ceremonies.
,
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvez , & Morts de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , pendant l'année
derniere 1729.
Baptêmes ,
18163
Mariages , 4231
Enfans Trouvez ,
2336
Morts, 19598
Maifons Religieufes , 19852
Hommes & Filles , 254
Partant , le nombre des Morts de l'année
1729. excede celui des Baptêmes de'
1435.
Fermer
Résumé : « Le 2. de ce mois, le Roi & la Reine arriverent à Versailles du Château de [...] »
En juillet 1730, le roi et la reine se rendirent à Versailles depuis le château de Marly. Le roi partit ensuite pour Compiègne le 6 juillet. Le 8 juillet, la reine assista à la messe et communia dans sa chapelle. Le 3 juillet, le roi passa en revue les Mousquetaires de la Garde à Versailles, en présence de la reine, du Dauphin et des princesses de France. Le même jour, le Père Paul, nouvellement élu vicaire général des Augustins Déchaussés, salua le roi. Le 9 juillet, Dom Jean-Baptiste Alaydon, supérieur général des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, fut reçu par le roi et la reine grâce à l'intervention du cardinal de Fleury. Le 23 juillet, le roi nomma le duc de Charost chef du Conseil royal des Finances, suite au décès du maréchal de Villeroy. Le 26 juillet, la loterie de la Compagnie des Indes eut lieu pour rembourser les actions. Le 27 juillet, la fête de sainte Anne fut célébrée par les gentilshommes de l'Académie, dirigée par M. de Vendôme. Le 28 juillet, Jean-Joseph-François Chicoyneau de la Valette, âgé de dix ans et demi, soutint une thèse de philosophie au Collège Mazarin. Le même jour, M. Maffei, archevêque d'Athènes et nonce du pape, eut une audience privée avec le roi à Compiègne pour annoncer l'élection du pape Clément XII. Les statistiques pour l'année 1729 à Paris indiquaient 18 163 baptêmes, 4 231 mariages, 2 336 enfants trouvés, et 19 598 décès. Le nombre de décès excédait celui des baptêmes de 1 435.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 3045
« Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Début :
Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...]
Mots clefs :
Perse, Gouverneur, Château, Salzbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Lle Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage,
une partie du secours que le Grand- Seigneur
envoyoit au Pacha , Gouverneur d'Erivan ; mais
que le reste de ce secours étant arrivé , les Turcs
avoient battu les Persans.
Ont écrit de Stokolm , que M. Finch , Ministre
du Roy d'Angleterre , avoit reçu ordre de
déclarer aux Directeurs de la nouvelle Compa
gnie des Indes , que S. M. B. et la Nation Angloise
prendroient toutes les mesures imaginables
pour empêcher le succès de leur nouveau
Commerce , si on venoit à découvrir que quelques-
uns des principaux Interessez de la Compagnie
d'Ostende y eussent mis des fonds.
On mande de Saltzbourg , que le 27. Novembre
, deux Compagnies de Dragons y avoient,
amené 460. Montagnards avec leurs femmes ,
leurs enfans et leurs domestiques , et que le len
demain ces mêmes Compagnics étoient retournées
dans les Montagnes pour en chercher d'autres
que le même jour > 2.5. de leurs Chefs
avoient été enfermez dans le Château ; qu'on
avoit embarqué les autres pour les envoyer en
Hongrie , et qu'à l'égard de leurs enfans , les
Bourgeois de Saltzbourg les avoient pris chez
eux pour les faire élever .
une partie du secours que le Grand- Seigneur
envoyoit au Pacha , Gouverneur d'Erivan ; mais
que le reste de ce secours étant arrivé , les Turcs
avoient battu les Persans.
Ont écrit de Stokolm , que M. Finch , Ministre
du Roy d'Angleterre , avoit reçu ordre de
déclarer aux Directeurs de la nouvelle Compa
gnie des Indes , que S. M. B. et la Nation Angloise
prendroient toutes les mesures imaginables
pour empêcher le succès de leur nouveau
Commerce , si on venoit à découvrir que quelques-
uns des principaux Interessez de la Compagnie
d'Ostende y eussent mis des fonds.
On mande de Saltzbourg , que le 27. Novembre
, deux Compagnies de Dragons y avoient,
amené 460. Montagnards avec leurs femmes ,
leurs enfans et leurs domestiques , et que le len
demain ces mêmes Compagnics étoient retournées
dans les Montagnes pour en chercher d'autres
que le même jour > 2.5. de leurs Chefs
avoient été enfermez dans le Château ; qu'on
avoit embarqué les autres pour les envoyer en
Hongrie , et qu'à l'égard de leurs enfans , les
Bourgeois de Saltzbourg les avoient pris chez
eux pour les faire élever .
Fermer
Résumé : « Les Lettres venues par la Russie, portent que le Roy de Perse avoit attaqué, avec avantage, [...] »
Le roi de Perse a attaqué avec succès une partie des renforts envoyés par le Grand Seigneur au Pacha d'Erivan. Cependant, les Turcs, renforcés par le reste des troupes, ont vaincu les Persans. À Stockholm, il a été rapporté que M. Finch, ministre du roi d'Angleterre, avait reçu l'ordre de déclarer aux directeurs de la nouvelle Compagnie des Indes que la Grande-Bretagne empêcherait le succès de leur commerce si des fonds de la Compagnie d'Ostende étaient impliqués. À Salzbourg, le 27 novembre, deux compagnies de dragons ont amené 460 montagnards avec leurs familles. Le lendemain, ces compagnies sont retournées chercher d'autres montagnards. Vingt-cinq chefs ont été emprisonnés, tandis que les autres montagnards étaient envoyés en Hongrie. Les enfants des montagnards ont été confiés aux bourgeois de Salzbourg pour être élevés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 794-798
« L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
Début :
L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...]
Mots clefs :
Château, Musique, Dimanche des Rameaux, Concert, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
FRANCE,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lat
'Office de Bailly de Sarreloüis , va
cant par la mort de M. le Comte
de Lommont , a été donné le premier de
ce mois , au Marquis du Chastelet , Colonel du Régiment d'Hainault.
Le Gouvernement du Château de
Chambord au Chevalier de Saumery , &
le Marquis de Pifon , fon frere, a eu la
Charge de Grand-Bailly de la ville de
Blois.
Le Roi a nommé pour fon premier
Medecin M. Chicoineau ; il étoit depuis
quelque tems Medecin des Enfans de
France , & M. Bouillac lui fuccede dans
cette place.
S. M. a accordé la Charge de GrandPannetier de France au Chevalier de Brif
fae qui est à present Duc de Brissac.
*
Le 2. Avril le Jardin du Roi a été mis
dans le département du Secretaire d'Etat
de la Maison du Roi , et la Charge d'Inrendant vacante par la mort de M. Chirac , a été donné à M. Dufay , de l'Académie Royale des Sciences.
Le
AVRIE, 17323 795
Le 3. Mars , il y eut Concert chez la
Reine; M.Destouches, Surintendant de la
Musique du Roi , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera d'Amadis
de Grèce , qui est de sa composition : cetge Piéce fut continuée le 5. et le 10. Les
principaux Rôles furent chantez par les
Dlles Lenner et Courvasier , et par les
sieurs D'Angerville et le Prince , avec
beaucoup d'applaudissemens.
Le12 , le 17 et le 19 on chanta l'Opera
de Telemaque , du même Auteur. La Dlle
Lenner fit le rôle de Minerve dans le
Prologue , et la Dile Mathieu celui de
Amour. La Dlle Antier fut fort applaudie dans le rôle de Calypso , ainsi que
la Dlle Pelissier dans celui d'Eucharis. Les
sieurs Petillot er Dangerville executerent
ceux de Telemaque et d'Astrate avec beaucoup de vivacité. La Simphonie et les
Chœurs furent rendus avec la même précision.
Le 6. Avril , Dimanche des Rameaux
le Roi accompagné du Duc du Maine et
du Comte d'Eu , se rendit dans la Chapelle du Château, où S.M. assista à la Bénediction des Palmes , qui fut faite par
L'Abbé Brosseau , Chapellain ordinaire de
la Chapelle de Musique , qui en présenta
Hiij un e
796 MERCURE DE FRANCE
1
ane au Roi ; S. M. allà à la Procession , et
après l'Evangile elle adora la Croix, Le
Roi entendit ensuite la Grand- Messe célebrée par le même Chapellain , et cham
tée par la Musique. L'après midy le Roi
assista à la Prédication du P. Segaudi
après quoi S. M. entendit les Vêpres chantées par la Musique.
Le Jeudy saint , le Roi entendit le Ser
mon de l'Abbé Pichaud , Theologal de
Eglise Cathedrale de Meanx , après quoi ,
l'Evêque de Dol fit l'Absoute. Ensuite le
Roi lava les pieds à 12 pauvres, et les seri
vit à table : le Duc de Bourbon , GrandMaître de la Maison du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hotel,précedoit le Service dont
les plats étoient portez par le Comte de
Charolois , le Prince de Conty , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu, et par les prin
cipaux Officiers de S. M. Après cette Cé
remonie , le Roi se rendit à la Chapelle
du Château , où S. M. entendit la Grande.
Messe , assista à la Procession et ensuite..
aux Vêpres. L'après midy le Roi assista
à l'Office des Tenebres.
Le 8. de ce mois , le Marquis Doria
Envoyé extraordinaire de la Republique
de Genes , eut sa premiere audience publique du Roi , étant conduit par M. He- bers
AVRIL. 1732. 797
bert, Introducteur des Ambassadeurs ; il
alla le prendre dans les Carosses du Roiet de la Reine ; après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris dans les carosses de L. M. avec les
céremonies accoutumées.
M. Mendez, chargé des affaires du Roi
de Portugal , se rendit le 27. Mars à
là Fonderie pour y voir les six cloches
destinées pour S. M. Port. qu'on sonna
et tinta en présence d'un grand nombre
d'habiles connoisseurs sur les fontes et
l'alliage des métaux , et elles furent trouvées fort harmonieuses , et du ton que le
Roi de Portugal les a demandées ; on
trouva seulement quelque chose à dire
aux deux gros battans qu'on sera obligé
de refaire : l'un de ces battans pese 732 liv.
et l'autre 4831
Le 30. Mars, Dimanche dela Passion
il y eut Concert spirituel au Château des
Thuilleries , qui a été continué tous les
jours jusques et compris le Dimanche de
Quasimodo. M. Mouret y a fait executer
les plus beaux Moters à grand choeur , des
feu M. de la Lande et d'autres Maîtres
modernes. On a chanté aussi avec succès
differens petits Motets nouveaux, conveHij nables
798 MERCURE DE FRANCE
>
nables au tems de Pâques , à une , à deux
et à trois voix. On a aussi exécuté tous
les jours differens Concerto sur le Violon
la Flute et le Basson , avec autant de vivacité que de justesse. Le sieur Batiste excellent Simphoniste , s'y est distingué , et
a joué sur le Violon differentes Pieces de
sa composition avec beaucoup d'applaudissemens.
***
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lat
'Office de Bailly de Sarreloüis , va
cant par la mort de M. le Comte
de Lommont , a été donné le premier de
ce mois , au Marquis du Chastelet , Colonel du Régiment d'Hainault.
Le Gouvernement du Château de
Chambord au Chevalier de Saumery , &
le Marquis de Pifon , fon frere, a eu la
Charge de Grand-Bailly de la ville de
Blois.
Le Roi a nommé pour fon premier
Medecin M. Chicoineau ; il étoit depuis
quelque tems Medecin des Enfans de
France , & M. Bouillac lui fuccede dans
cette place.
S. M. a accordé la Charge de GrandPannetier de France au Chevalier de Brif
fae qui est à present Duc de Brissac.
*
Le 2. Avril le Jardin du Roi a été mis
dans le département du Secretaire d'Etat
de la Maison du Roi , et la Charge d'Inrendant vacante par la mort de M. Chirac , a été donné à M. Dufay , de l'Académie Royale des Sciences.
Le
AVRIE, 17323 795
Le 3. Mars , il y eut Concert chez la
Reine; M.Destouches, Surintendant de la
Musique du Roi , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera d'Amadis
de Grèce , qui est de sa composition : cetge Piéce fut continuée le 5. et le 10. Les
principaux Rôles furent chantez par les
Dlles Lenner et Courvasier , et par les
sieurs D'Angerville et le Prince , avec
beaucoup d'applaudissemens.
Le12 , le 17 et le 19 on chanta l'Opera
de Telemaque , du même Auteur. La Dlle
Lenner fit le rôle de Minerve dans le
Prologue , et la Dile Mathieu celui de
Amour. La Dlle Antier fut fort applaudie dans le rôle de Calypso , ainsi que
la Dlle Pelissier dans celui d'Eucharis. Les
sieurs Petillot er Dangerville executerent
ceux de Telemaque et d'Astrate avec beaucoup de vivacité. La Simphonie et les
Chœurs furent rendus avec la même précision.
Le 6. Avril , Dimanche des Rameaux
le Roi accompagné du Duc du Maine et
du Comte d'Eu , se rendit dans la Chapelle du Château, où S.M. assista à la Bénediction des Palmes , qui fut faite par
L'Abbé Brosseau , Chapellain ordinaire de
la Chapelle de Musique , qui en présenta
Hiij un e
796 MERCURE DE FRANCE
1
ane au Roi ; S. M. allà à la Procession , et
après l'Evangile elle adora la Croix, Le
Roi entendit ensuite la Grand- Messe célebrée par le même Chapellain , et cham
tée par la Musique. L'après midy le Roi
assista à la Prédication du P. Segaudi
après quoi S. M. entendit les Vêpres chantées par la Musique.
Le Jeudy saint , le Roi entendit le Ser
mon de l'Abbé Pichaud , Theologal de
Eglise Cathedrale de Meanx , après quoi ,
l'Evêque de Dol fit l'Absoute. Ensuite le
Roi lava les pieds à 12 pauvres, et les seri
vit à table : le Duc de Bourbon , GrandMaître de la Maison du Roi , à la tête des
Maîtres d'Hotel,précedoit le Service dont
les plats étoient portez par le Comte de
Charolois , le Prince de Conty , le Prince
de Dombes, le Comte d'Eu, et par les prin
cipaux Officiers de S. M. Après cette Cé
remonie , le Roi se rendit à la Chapelle
du Château , où S. M. entendit la Grande.
Messe , assista à la Procession et ensuite..
aux Vêpres. L'après midy le Roi assista
à l'Office des Tenebres.
Le 8. de ce mois , le Marquis Doria
Envoyé extraordinaire de la Republique
de Genes , eut sa premiere audience publique du Roi , étant conduit par M. He- bers
AVRIL. 1732. 797
bert, Introducteur des Ambassadeurs ; il
alla le prendre dans les Carosses du Roiet de la Reine ; après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris dans les carosses de L. M. avec les
céremonies accoutumées.
M. Mendez, chargé des affaires du Roi
de Portugal , se rendit le 27. Mars à
là Fonderie pour y voir les six cloches
destinées pour S. M. Port. qu'on sonna
et tinta en présence d'un grand nombre
d'habiles connoisseurs sur les fontes et
l'alliage des métaux , et elles furent trouvées fort harmonieuses , et du ton que le
Roi de Portugal les a demandées ; on
trouva seulement quelque chose à dire
aux deux gros battans qu'on sera obligé
de refaire : l'un de ces battans pese 732 liv.
et l'autre 4831
Le 30. Mars, Dimanche dela Passion
il y eut Concert spirituel au Château des
Thuilleries , qui a été continué tous les
jours jusques et compris le Dimanche de
Quasimodo. M. Mouret y a fait executer
les plus beaux Moters à grand choeur , des
feu M. de la Lande et d'autres Maîtres
modernes. On a chanté aussi avec succès
differens petits Motets nouveaux, conveHij nables
798 MERCURE DE FRANCE
>
nables au tems de Pâques , à une , à deux
et à trois voix. On a aussi exécuté tous
les jours differens Concerto sur le Violon
la Flute et le Basson , avec autant de vivacité que de justesse. Le sieur Batiste excellent Simphoniste , s'y est distingué , et
a joué sur le Violon differentes Pieces de
sa composition avec beaucoup d'applaudissemens.
***
Fermer
Résumé : « L'Office de Bailly de Sarreloüis, vacant par la mort [...] »
En 1732, plusieurs nominations importantes ont eu lieu à la cour de France. L'Office de Bailly de Sarreloüis a été attribué au Marquis du Chastelet, tandis que le Gouvernement du Château de Chambord a été confié au Chevalier de Saumery. Le Marquis de Pifon a obtenu la charge de Grand-Bailly de la ville de Blois. Le Roi a nommé M. Chicoineau comme premier Médecin, succédant à M. Bouillac pour les Enfants de France. Le Chevalier de Briffaut, Duc de Brissac, a été nommé Grand-Pannetier de France. Le Jardin du Roi a été placé sous la responsabilité du Secrétaire d'État de la Maison du Roi, et M. Dufay a été nommé Intendant à la place de M. Chirac. Des concerts ont été organisés à la cour, notamment des extraits des opéras 'Amadis de Grèce' et 'Télémaque' composés par M. Destouches, qui ont été applaudis par les spectateurs. Le Roi a assisté à diverses cérémonies religieuses, notamment la bénédiction des palmes et la lavande des pieds le Jeudi Saint. Le Marquis Doria, Envoyé extraordinaire de la République de Gênes, a eu sa première audience publique auprès du Roi. M. Mendez, représentant le Roi de Portugal, a visité la Fonderie pour inspecter des cloches destinées au Portugal. Des concerts spirituels ont également été organisés au Château des Tuileries, avec des exécutions de motets et de concertos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 1236-1241
« Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
Début :
Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...]
Mots clefs :
Roi, Messe, Château, Musique, Procession, Fête de la Pentecôte, Fête-Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
Le 30 May , vers les 7. heures du soir ,
le Roi arriva du Château de Compiegne
à Versailles ; S. M. en partit le trois de
ce mois pour retourner à Compiegne.
Le 1.de ce mois , l'Abbé de S. Simon 'D
I. Vol. nommé
JUIN. 1732. 1237
nommé par le Roi à l'Evêché de Noyon ,
fut sacré dans l'Eglise du Noviciat des
Dominicains : la Céremonie fut faite par
l'Archevêque de Rouen , assisté de l'Evêque d'Uzés, et de l'Evêque de Bayeux.
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse , qui ont passé quelque tems à Versailles avec la Reine , en partirent le 23.
pour retourner au Château de Chambort.
M. de Gasville , Intendant de la Généralité de Rouen , ayant demandé au Roi
la permission de se retirer , S. M. a nommé pour le remplacer dans cette Intendance , M. de la Bourdonnaye Me des
Requêtes.
Le 1. de ce mois , Fête de la Pentecôte
le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à 3. heures du
matinà la Chapelle du Chateau de Versailles , oùS. M. entendit la Messe, et communia les mains de l'Abbé de Suze par
Aumônier du Roy en quartier. l'Evêque
de Perigueux prêta Serment de fidelité
entre les mains du Roy pendant, cette
Messe , après laquelle S. M. toucha un
grand nombre de Malades.
Le même jour , les Chevaliers , Com
I. Vol.
mandeurs
1238 MERCURE DE FRANCE
mandeurs , et Officiers de l'Ordre du S.
Esprit , s'étant rendus vers les 11. heures
du matin dans le Cabinet du Roi , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel le Prince
de Conti fut nommé Chevalier. Le Roi
alla ensuite à la Chapelle , étant précedé
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers de l'Ordre. Le Roi,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
entendit la Grand- Messe qui fut célébrée.
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique, et chantée
par la Musique. La Reine accompagnée
des Dames de sa Cour , assista à la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du P. Hericourt , Religieux
Théatin , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le 2. après la Messe du Roi , le Duc
de Chartres reçut dans la Chapelle du
Château les Céremonies du Baptême , et
il fut nommé Louis-Philippe par le Roi
1. Vol. et
JUI N. 1732. 1239
et la Reine qui furent ses Parain et Maraine. Cette Ceremonie fut faite par
l'Abbé de Bellefons , Aumônier du Roi
en quartier , en présence du Curé de la
Paroisse du Château,
7
Le 12. de ce mois jour de la Fête- Dieu ,
le Roi accompagné du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu et du Comte de
Toulouse , se rendit à 1o. heures du matin à l'Eglise de l'Abbaye Royale de saint
Corneille de Compiegne , où S. M. assista à l'Office , à la Grand- Messe , à laquelle
l'Evêque de Soissons officia pontificalement, et ensuite à la Procession. Le R. P.
Dom Jean-Baptiste Alaydon , Superieur
Général de la Congrégation de S. Maur, à
la tête du Clergé de la Ville , eut l'honneur de recevoir et de complimenter le
Roi à l'entrée de l'Eglise. La Cour témoigna être également satisfaite et édifiée de
la dignité avec laquelle les Religieux de
cette Abbaye font l'Office divin et les
ceremonies.
Le jour de la Fête-Dieu , la Procession
de la Paroisse de Versailles , vint , suivant l'usage , à la Chapelle du Château ,
où la Reine s'étoit rendue dans sa Tri1. Vol. I bune.
4240 MERCURE DE FRANCE
bune. S. M. y reçut la bénédiction du
S. Sacrement et , entendit la Messe ensuite. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur le Duc d'Anjou et Mesdames de
France , virent passer la Procession des
fenêtres de l'Apartement du Cardinal de
Fleury. Le soir , ainsi que pendant toute
l'Octave , la Reine assista au Salut dans
La Chapelle.
T
Les.Deputez du Parlement qui avoient
reçu les ordres du Roi le 16. de ce mois,
se rendirent le lendemain à Compiegne ,
et M. Portail , Premier Président , étant
à leur tête , ils furent conduits et présentez avec les cérémonies accoutumées à
l'Audience de S. M. qui leur declara sa
volonté
Les Dimanches et les Fêtes , le Roi asşiste au Service Divin le matin et l'aprèsmidy; le Jeudy S. M. ne sort point ; elle
voit jouer à la paume les quatre Maîtres
de Paris qui ont été mandez à Compie
gne ; les autres jours il y a jeu et chasse ,
du Cerfet du Sanglier , alternativement.
Ontrouve cette année une grande quantité de Cerfs et de Biches dans la Forêt
de Compiegne ; on en voit jusqu'à trente
en troupes,ce qui fait que le Roi en prend
Д. Vol. sou-
JUIN 1732 1241
souvent deux de suite. Le soir S.M. soupe avec les Seigneurs de sa Cour.
Le sieur Dedelay de la Garde , Secretaire du Roi et Payeur des rentes , a été
nommé Fermier Géneral à la place de
feu M. de Salins. Ce choix a été univer
sellement approuvé.
Le 19 Juin dernier jour de l'octave
de la Fête- Dieu , les Comédiens Italiens
firent construire un Reposoir à l'entrée
de la rue Françoise à l'occasion de la Procession de la Paroisse S. Sauveur qui passe par le bout de cette rue. Ce Reposoir
étoit orné de riches Tapisseries , décoré
et illuminé d'une maniere très- brillante.
Un chœur de Musique composé de plus
de cinquante personnes , s'étoit rendu
avant la Procession à l'Eglise de S. Sauveur où l'on chanta une Messe solemnelle
en Musique , après laquelle les mêmes
Musiciens se rendirent au Reposoir et se
placerent sur des Tribunes construites exprès à droite et à gauche ; on y chanta
dans le tems que la procession s'y arrêta ,
un tres-beau Motet à grand chœur, con
le Roi arriva du Château de Compiegne
à Versailles ; S. M. en partit le trois de
ce mois pour retourner à Compiegne.
Le 1.de ce mois , l'Abbé de S. Simon 'D
I. Vol. nommé
JUIN. 1732. 1237
nommé par le Roi à l'Evêché de Noyon ,
fut sacré dans l'Eglise du Noviciat des
Dominicains : la Céremonie fut faite par
l'Archevêque de Rouen , assisté de l'Evêque d'Uzés, et de l'Evêque de Bayeux.
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse , qui ont passé quelque tems à Versailles avec la Reine , en partirent le 23.
pour retourner au Château de Chambort.
M. de Gasville , Intendant de la Généralité de Rouen , ayant demandé au Roi
la permission de se retirer , S. M. a nommé pour le remplacer dans cette Intendance , M. de la Bourdonnaye Me des
Requêtes.
Le 1. de ce mois , Fête de la Pentecôte
le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à 3. heures du
matinà la Chapelle du Chateau de Versailles , oùS. M. entendit la Messe, et communia les mains de l'Abbé de Suze par
Aumônier du Roy en quartier. l'Evêque
de Perigueux prêta Serment de fidelité
entre les mains du Roy pendant, cette
Messe , après laquelle S. M. toucha un
grand nombre de Malades.
Le même jour , les Chevaliers , Com
I. Vol.
mandeurs
1238 MERCURE DE FRANCE
mandeurs , et Officiers de l'Ordre du S.
Esprit , s'étant rendus vers les 11. heures
du matin dans le Cabinet du Roi , S. M.
tint un Chapitre , dans lequel le Prince
de Conti fut nommé Chevalier. Le Roi
alla ensuite à la Chapelle , étant précedé
du Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Duc du Maine , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse et des Chevaliers , Commandeurs et Officiers de l'Ordre. Le Roi,
devant lequel les deux Huissiers de la
Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. S. M.
entendit la Grand- Messe qui fut célébrée.
par l'Abbé Brosseau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Musique, et chantée
par la Musique. La Reine accompagnée
des Dames de sa Cour , assista à la même Messe dans sa Tribune.
L'après midy , L. M. entendirent le
Sermon du P. Hericourt , Religieux
Théatin , et ensuite les Vêpres chantées
par la Musique.
Le 2. après la Messe du Roi , le Duc
de Chartres reçut dans la Chapelle du
Château les Céremonies du Baptême , et
il fut nommé Louis-Philippe par le Roi
1. Vol. et
JUI N. 1732. 1239
et la Reine qui furent ses Parain et Maraine. Cette Ceremonie fut faite par
l'Abbé de Bellefons , Aumônier du Roi
en quartier , en présence du Curé de la
Paroisse du Château,
7
Le 12. de ce mois jour de la Fête- Dieu ,
le Roi accompagné du Duc d'Orleans
du Duc de Bourbon , du Prince de Dombes , du Comte d'Eu et du Comte de
Toulouse , se rendit à 1o. heures du matin à l'Eglise de l'Abbaye Royale de saint
Corneille de Compiegne , où S. M. assista à l'Office , à la Grand- Messe , à laquelle
l'Evêque de Soissons officia pontificalement, et ensuite à la Procession. Le R. P.
Dom Jean-Baptiste Alaydon , Superieur
Général de la Congrégation de S. Maur, à
la tête du Clergé de la Ville , eut l'honneur de recevoir et de complimenter le
Roi à l'entrée de l'Eglise. La Cour témoigna être également satisfaite et édifiée de
la dignité avec laquelle les Religieux de
cette Abbaye font l'Office divin et les
ceremonies.
Le jour de la Fête-Dieu , la Procession
de la Paroisse de Versailles , vint , suivant l'usage , à la Chapelle du Château ,
où la Reine s'étoit rendue dans sa Tri1. Vol. I bune.
4240 MERCURE DE FRANCE
bune. S. M. y reçut la bénédiction du
S. Sacrement et , entendit la Messe ensuite. Monseigneur le Dauphin , Monseigneur le Duc d'Anjou et Mesdames de
France , virent passer la Procession des
fenêtres de l'Apartement du Cardinal de
Fleury. Le soir , ainsi que pendant toute
l'Octave , la Reine assista au Salut dans
La Chapelle.
T
Les.Deputez du Parlement qui avoient
reçu les ordres du Roi le 16. de ce mois,
se rendirent le lendemain à Compiegne ,
et M. Portail , Premier Président , étant
à leur tête , ils furent conduits et présentez avec les cérémonies accoutumées à
l'Audience de S. M. qui leur declara sa
volonté
Les Dimanches et les Fêtes , le Roi asşiste au Service Divin le matin et l'aprèsmidy; le Jeudy S. M. ne sort point ; elle
voit jouer à la paume les quatre Maîtres
de Paris qui ont été mandez à Compie
gne ; les autres jours il y a jeu et chasse ,
du Cerfet du Sanglier , alternativement.
Ontrouve cette année une grande quantité de Cerfs et de Biches dans la Forêt
de Compiegne ; on en voit jusqu'à trente
en troupes,ce qui fait que le Roi en prend
Д. Vol. sou-
JUIN 1732 1241
souvent deux de suite. Le soir S.M. soupe avec les Seigneurs de sa Cour.
Le sieur Dedelay de la Garde , Secretaire du Roi et Payeur des rentes , a été
nommé Fermier Géneral à la place de
feu M. de Salins. Ce choix a été univer
sellement approuvé.
Le 19 Juin dernier jour de l'octave
de la Fête- Dieu , les Comédiens Italiens
firent construire un Reposoir à l'entrée
de la rue Françoise à l'occasion de la Procession de la Paroisse S. Sauveur qui passe par le bout de cette rue. Ce Reposoir
étoit orné de riches Tapisseries , décoré
et illuminé d'une maniere très- brillante.
Un chœur de Musique composé de plus
de cinquante personnes , s'étoit rendu
avant la Procession à l'Eglise de S. Sauveur où l'on chanta une Messe solemnelle
en Musique , après laquelle les mêmes
Musiciens se rendirent au Reposoir et se
placerent sur des Tribunes construites exprès à droite et à gauche ; on y chanta
dans le tems que la procession s'y arrêta ,
un tres-beau Motet à grand chœur, con
Fermer
Résumé : « Le 30 May, vers les 7. heures du soir, le [...] »
En juin 1732, le roi séjourna à Versailles du 30 mai au 3 juin, avant de retourner au Château de Compiègne. Le 1er juin, l'Abbé de Saint-Simon fut nommé et sacré évêque de Noyon par l'archevêque de Rouen, assisté des évêques d'Uzès et de Bayeux. Le roi Stanislas et la reine quittèrent Versailles le 23 juin pour le Château de Chambord. M. de Gasville, intendant de la généralité de Rouen, fut remplacé par M. de la Bourdonnaye. Le 1er juin, jour de la Pentecôte, le roi, portant le grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, assista à la messe et communia. L'évêque de Périgueux prêta serment de fidélité, et le roi toucha un grand nombre de malades. Le prince de Conti fut nommé chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit lors d'un chapitre royal. Le duc de Chartres reçut les cérémonies du baptême et fut nommé Louis-Philippe par le roi et la reine. Le 12 juin, jour de la Fête-Dieu, le roi se rendit à l'abbaye royale de Saint-Corneille de Compiègne pour l'office et la procession. La reine reçut la bénédiction du Saint-Sacrement à la chapelle du château de Versailles. Les députés du Parlement reçurent les ordres du roi et se rendirent à Compiègne pour une audience. Le roi participait aux services divins les dimanches et fêtes, jouait à la paume le jeudi, et chassait les autres jours. Une grande quantité de cerfs et de biches fut observée dans la forêt de Compiègne. Le sieur Dedelay de la Garde fut nommé fermier général à la place de M. de Salins. Le 19 juin, les comédiens italiens construisirent un reposoir pour la procession de la paroisse Saint-Sauveur, orné de riches tapisseries et illuminé de manière brillante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 375-378
POLOGNE.
Début :
Le 16 Février, jour de l'arrivée du Roy à Warsovie, o[n] publia au Palais que sa santé [...]
Mots clefs :
Roi, Maréchal de la Diète, Chambre des nonces, Château, Assemblée, Saxe, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E 16 Février , jour de l'arrivée du Roy à
Warsovie , ou publia au Palais que sa santé
étoit bonne , et que S. M. avoit résolu de passer
quelques jours sans paroître en public pour
se reposer de la fatigue de son voiage ; cependant
le Roy étoit très-incommodé ; il souffroit au
pied des douleurs tres -vives , et il avoit une fiévre
lente, accompagnée de beaucoup de foiblesses
et d'un tres-grand dégout. Le lendemain et les
jours suivans, le Roy reçut les respects des Senateurs
et des Seigneurs de la Cour , et quoiqu'il
fut toujours aussi indisposé , il voulut le 25 ,
veille de l'ouverture de la Diette generale , se
rendre du Palais au Château , pour assister le
lendemain à la Messe du S. Esprit , à la Prédica
tion › et aux autres cérémonies qui précedent .
l'Assemblée. Les Médecins s'y opposerent avec
tant d'instance , que S. M. s'étant rendue à leur
représentation , envoya chercher le Référendai-
HvJ re
376 MERCURE DE FRANCE.
(
re de la Couronne , et le chargea de faire sçavoir
de sa part aux Sénateurs , qu'elle ne se trouveroit
point à la grande Messe et à la Prédica
tion; que les Nonces pouvoient s'assembler comme
à l'ordinaire, pour proceder à l'Election d'un
Maréchal de la Diette , et que lorsqu'elle seroit
faite , S. M. ne differeroit point de se rendre au
Château , pour y recevoir leurs hommages.
Le 26 , jour de l'ouverture de l'Assemblée , les
Sénateurs et la plus grande partie de la Noblesse,
se rendirent au Palais , pour y apprendre des
nouvelles de la santé du Roy ; et S. M. en ayant
été avertie , Elle, fit entrer dans sa Chambre le
Grand et le Petit Maréchal de la Couronne , et
M. Osarowski , Député du Palatinat de Zator ;
lequel en cette qualité étoit Directeur de la
Chambre des Nonces , parce que la Diete particuliere
de Cracovie n'en a point nommé pour
assister à la Diette. Le Roy après les avoir exhortez
à se conduire toujours avec zéle pour
le bien public , les assura qu'elle n'écouteroit
point les ménagemens qu'on lui ordonnoit pour
sa santé , lorsqu'il s'agiroit de seconder leurs
bonnes intentions , et qu'elle se rendroit au Châ
teau , dès que les Nonces pourroient venir au
Trône.
Au sortir du Palais , les Nonces allerent au
Château , et ensuite à l'Eglise Cathédrale , où ils
assisterent à la grande Messe , et à la Prédication
. Après cette cérémonie, les Nonces s'assemblerent
dans leur Chambre , et M. Osarowski ,
Directeur , ayant pris le Bâton , fit un Discours
à l'Assemblée , pour faire connoître de quel interêt
il étoit pour la Répuplique de faire regner
dans cette Diette plus d'union que dans
les précedentes , et de ne s'occuper que du bien
public
FEVRIER. 1733- 377
public. On voulut ce jour-là proceder à l'Election
du Maréchal de la Diette , mais elle ne put
être faite dans cette séance ; et ce fut le lendemain
que M. Osarowski fut élu .
Le même-jour , le Vice -Chancelier et le Petit
Maréchal de la Couronne , allerent apprendre
au Roy l'Election du Maréchal de la Diette , qui
le soir eut l'honneur de voir S. M.
Le 28 au matin , les Députez de la Chambre
des Nonces , nommez pour rendre compte au
Roy de cette Election , eurent audience de S. M.
qui les reçut dans sa Chambre. Le Vice - Chancelier
répondit à leur Harangue , au nom du
Roy , que S. M. feroit sçavoir au Maréchal de
la Diette , quand elle seroit en état de se rendre
au Château , et qu'Elle désiroit que l'Assemblée
continuat de délibérer sur les affaires publiques.
Depuis ce jour- là , le Roy se trouva plus mal ;
ses forces diminuerent. Le 30 , à midy , i , il sentit
des douleurs tres - violentes dans le bas ventre , et
on s'apperçut en même temps d'un dépôt qui se
formoit à la Cuisse. Le Roy ayant connu le
danger où il étoit, fit venir l'Abbé de S.Germain ,
François , Prédicateur de la Cour , il se confessa
, et il se prépara ensuite à communier le
lendemain ; mais vers le milieu de la nuit, le mal
ayant augmenté , il reçut le S. Viatique et l'Extrême-
Onction , il mourut le 1. de ce mois à 4
heures du matin , âgé de 62 ans , 8 mois et 19
jours , étant né le 12 May 1670 .
Frederic Auguste , Roy de Pologne , Grand
Duc de Lithuanie , Electeur de Saxe , naquit le
12 May de l'année 1670. il étoit fils de Jean-
George III . Electeur de Saxe , de la Branche
Albertine , mort le 12 Septembre 1691. et d'Anne
Sophie , fille de Frederic III. Roy de Dannemarck
378 MERCURE DE FRANCE
marck. Il succeda à PElectorat de Saxe , au mois
d'Avril, 1694 après la mort de Jean- George IV.
son frere aîné , qui mourut sans enfans . Il fut
élu Roy de Pologne le 17 Juin 1697 , et couronné
le 1 Septembre suivant. Il avoit épousé le
1o de Janvier 1693 , Christine Everhardine de
Brandebourg Bareith , qui mourut le 5 Septembre
1727 , âgée de 56 ans , et ne laissa qu'un fils,
qui est Frédéric - Auguste , Prince Royal de
Pologne , et Electoral de Saxe , à present Electeur,
né le d'Octobre 1596. 7 et marié en 1719. avec
Marie- Josephine d'Autriche , fille aînée du feu
Empereur Joseph.
E 16 Février , jour de l'arrivée du Roy à
Warsovie , ou publia au Palais que sa santé
étoit bonne , et que S. M. avoit résolu de passer
quelques jours sans paroître en public pour
se reposer de la fatigue de son voiage ; cependant
le Roy étoit très-incommodé ; il souffroit au
pied des douleurs tres -vives , et il avoit une fiévre
lente, accompagnée de beaucoup de foiblesses
et d'un tres-grand dégout. Le lendemain et les
jours suivans, le Roy reçut les respects des Senateurs
et des Seigneurs de la Cour , et quoiqu'il
fut toujours aussi indisposé , il voulut le 25 ,
veille de l'ouverture de la Diette generale , se
rendre du Palais au Château , pour assister le
lendemain à la Messe du S. Esprit , à la Prédica
tion › et aux autres cérémonies qui précedent .
l'Assemblée. Les Médecins s'y opposerent avec
tant d'instance , que S. M. s'étant rendue à leur
représentation , envoya chercher le Référendai-
HvJ re
376 MERCURE DE FRANCE.
(
re de la Couronne , et le chargea de faire sçavoir
de sa part aux Sénateurs , qu'elle ne se trouveroit
point à la grande Messe et à la Prédica
tion; que les Nonces pouvoient s'assembler comme
à l'ordinaire, pour proceder à l'Election d'un
Maréchal de la Diette , et que lorsqu'elle seroit
faite , S. M. ne differeroit point de se rendre au
Château , pour y recevoir leurs hommages.
Le 26 , jour de l'ouverture de l'Assemblée , les
Sénateurs et la plus grande partie de la Noblesse,
se rendirent au Palais , pour y apprendre des
nouvelles de la santé du Roy ; et S. M. en ayant
été avertie , Elle, fit entrer dans sa Chambre le
Grand et le Petit Maréchal de la Couronne , et
M. Osarowski , Député du Palatinat de Zator ;
lequel en cette qualité étoit Directeur de la
Chambre des Nonces , parce que la Diete particuliere
de Cracovie n'en a point nommé pour
assister à la Diette. Le Roy après les avoir exhortez
à se conduire toujours avec zéle pour
le bien public , les assura qu'elle n'écouteroit
point les ménagemens qu'on lui ordonnoit pour
sa santé , lorsqu'il s'agiroit de seconder leurs
bonnes intentions , et qu'elle se rendroit au Châ
teau , dès que les Nonces pourroient venir au
Trône.
Au sortir du Palais , les Nonces allerent au
Château , et ensuite à l'Eglise Cathédrale , où ils
assisterent à la grande Messe , et à la Prédication
. Après cette cérémonie, les Nonces s'assemblerent
dans leur Chambre , et M. Osarowski ,
Directeur , ayant pris le Bâton , fit un Discours
à l'Assemblée , pour faire connoître de quel interêt
il étoit pour la Répuplique de faire regner
dans cette Diette plus d'union que dans
les précedentes , et de ne s'occuper que du bien
public
FEVRIER. 1733- 377
public. On voulut ce jour-là proceder à l'Election
du Maréchal de la Diette , mais elle ne put
être faite dans cette séance ; et ce fut le lendemain
que M. Osarowski fut élu .
Le même-jour , le Vice -Chancelier et le Petit
Maréchal de la Couronne , allerent apprendre
au Roy l'Election du Maréchal de la Diette , qui
le soir eut l'honneur de voir S. M.
Le 28 au matin , les Députez de la Chambre
des Nonces , nommez pour rendre compte au
Roy de cette Election , eurent audience de S. M.
qui les reçut dans sa Chambre. Le Vice - Chancelier
répondit à leur Harangue , au nom du
Roy , que S. M. feroit sçavoir au Maréchal de
la Diette , quand elle seroit en état de se rendre
au Château , et qu'Elle désiroit que l'Assemblée
continuat de délibérer sur les affaires publiques.
Depuis ce jour- là , le Roy se trouva plus mal ;
ses forces diminuerent. Le 30 , à midy , i , il sentit
des douleurs tres - violentes dans le bas ventre , et
on s'apperçut en même temps d'un dépôt qui se
formoit à la Cuisse. Le Roy ayant connu le
danger où il étoit, fit venir l'Abbé de S.Germain ,
François , Prédicateur de la Cour , il se confessa
, et il se prépara ensuite à communier le
lendemain ; mais vers le milieu de la nuit, le mal
ayant augmenté , il reçut le S. Viatique et l'Extrême-
Onction , il mourut le 1. de ce mois à 4
heures du matin , âgé de 62 ans , 8 mois et 19
jours , étant né le 12 May 1670 .
Frederic Auguste , Roy de Pologne , Grand
Duc de Lithuanie , Electeur de Saxe , naquit le
12 May de l'année 1670. il étoit fils de Jean-
George III . Electeur de Saxe , de la Branche
Albertine , mort le 12 Septembre 1691. et d'Anne
Sophie , fille de Frederic III. Roy de Dannemarck
378 MERCURE DE FRANCE
marck. Il succeda à PElectorat de Saxe , au mois
d'Avril, 1694 après la mort de Jean- George IV.
son frere aîné , qui mourut sans enfans . Il fut
élu Roy de Pologne le 17 Juin 1697 , et couronné
le 1 Septembre suivant. Il avoit épousé le
1o de Janvier 1693 , Christine Everhardine de
Brandebourg Bareith , qui mourut le 5 Septembre
1727 , âgée de 56 ans , et ne laissa qu'un fils,
qui est Frédéric - Auguste , Prince Royal de
Pologne , et Electoral de Saxe , à present Electeur,
né le d'Octobre 1596. 7 et marié en 1719. avec
Marie- Josephine d'Autriche , fille aînée du feu
Empereur Joseph.
Fermer
Résumé : POLOGNE.
Le 16 février, le roi de Pologne arriva à Varsovie et annonça que sa santé était bonne, bien qu'il souffrît en réalité de douleurs intenses au pied, d'une fièvre lente et de grandes faiblesses. Malgré son indisposition, il reçut les respects des sénateurs et des seigneurs de la cour les jours suivants. Le 25 février, les médecins l'empêchèrent d'assister aux cérémonies précédant l'ouverture de la Diète générale. Le 26 février, jour de l'ouverture de l'Assemblée, les sénateurs et la noblesse se rendirent au palais pour prendre des nouvelles de sa santé. Le roi les assura qu'il se rendrait au château dès que possible. La même journée, les nonces se réunirent pour élire le maréchal de la Diète, élection qui eut lieu le lendemain. L'état de santé du roi s'aggrava, et il se confessa et se prépara à communier. Il reçut le viatique et l'extrême-onction et mourut le 1er mars à 4 heures du matin, à l'âge de 62 ans, 8 mois et 19 jours. Frédéric Auguste, roi de Pologne, grand-duc de Lituanie et électeur de Saxe, était né le 12 mai 1670. Il succéda à l'électorat de Saxe en avril 1694 et fut élu roi de Pologne le 17 juin 1697. Il avait épousé Christine Everhardine de Brandebourg-Bareith, avec qui il eut un fils, Frédéric-Auguste, prince royal de Pologne et électeur de Saxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 596-599
« Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
Début :
Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...]
Mots clefs :
Roi, Concert spirituel, Mains, Reine, Serment de fidélité, Diocèse, Château, Premier maître d'hôtel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
E Roy a donné l'Abbaye de Ville-
Longue , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Carcassonne , à l'Abbé Novy ; et le
Prieuré de S. Maurice de Senlis , Ordre
de S. Augustin , à l'Abbé de Noë.
Le 1s de ce mois , 4e Dimanche de Carême
, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe chantée
par la Musique , pendant laquelle l'Evêque
de Mâcon prêta serment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Huningue , au Marquis de Guerchy ,
Lieutenant General de ses Armées.
La Charge de Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , a été donnée au Marquis de
Chamarande , qui a été Premier Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine, Aycule
du Roy. Il prêta serment de fidelité entre
MARS . 1733-
197
tre les mains de la Reine , le 15 de ce.
mois.
Le 4. Fevrier , la Cour étant à Marly,
on chanta devant la Reine le Prologue et
le premier Acte de l'Opera de Cadmus ,
qu'on continua le 7.et le 9.Les principaux
Rôles furent chantez par les sieurs d'Angerville
, Dubourg , Ducros , et par la Dlle
Mathieu, laquelle chanta à la fin de la Piece
uneAriette Françoise de la composition
du sieur Mathieu , qui fut très- goûtée.
Le 11. on concerta l'Opera d'Issé , de
la composition de M. Destouches ; la
même Dlle Mathieu remplit le Rôle
d'Issé , avec beaucoup de succès et de
précision ; l'execution des Choeurs et
de la Simphonie fit aussi beaucoup de
plaisir.
Le 17. on chanta le Prologue et la
troisiéme Entrée du Ballet des Stratagemes
de l'Amour , du même Auteur. La
mort de Madame de France troisiéme
fut cause qu'il n'y eut plus de Concert
le reste du mois.
On apprend de Rome , que dans le
Consistoire secret que le Pape tint le 2 .
de ce mois , le Cardinal Othoboni proposa
l'Abbaye de S. Pierre de Flavigny 2
Dio558
MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun , pour l'Evêque de Luçon ,
et celle de N. Dame de Font- Froide
Diocèse de Narbonne, pour l'Abbé de
Brissac ; il préconisa ensuite l'Evêque de
Rennes , pour celle de N. Dame de Joüy,
Diocèse de Sens.
Le 19 de ce mois , le Duc de Sully et le
Duc de Gontault , Pairs de France , prêterent
serment et prirent séance au Pare
lement en la maniere accoutumée.
Le Roy a donné le Gouvernement des
Ville et Citadelle de Metz , et du Païs
Messin , au Comte de Belle- Isle . Il prêta
serment de fidelité entre les mains de Sa
Majesté , le 17 de ce mois.
Le 30. de ce mois , la Reine n'ayant
pû , à cause de sa grossesse , se rendre à
I'Eglise de la Paroisse , communia dans
la Chapelle du Château , par les mains.
du Cardinal de Fleury , son Grand -Aumônier.
Le 24. Mars , la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée , à
P'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées , a été renduë publique
MARS. 1733 599
que , faisant en tout le nombre de 314, Actions
Le 22. Mars , Dimanche de la Passion , tous
les Théatres ayant été fermez à l'occasion des
Lois semaines de Pâques, il y eut Concert Spirituel
au Château des Tuilleries , dans lequel les
Diles le Maure et Erremens , chanterent differens
Récits dans les Motets, avec applaudissement ; on
y executa aussi un nouveau Motet à grand Choeur
de l'Abbé Gaycau, qui fut très - goûté. Le Miserera
de M. de la Lande termina le Concert.
Le 25. , Fête de l'Annonciation , il y eut aussi
Concert Spirituel , les Diles Courvasier et Lenaer
, chanterent un nouveau Motet du sieur le
Maire , qui fur très- goûté ; on executa ensuite
la Cantate de M. de la Lande , ou la Dile le
Maure chanta le beau Récit de Viderunt , à la
satisfaction d'une très -nombreuse Assemblée. Le
même Concert doit continuer jusqu'à la Quasimodo.
Au dernier jour de ce mois , le froid a été ici
encore aussi vif comme au fort de l'hyver , les
Rhumes et les autres Maladies de cette espece ,
sont cependant fort diminués.En sorte qu'on n'entend
presque plus le bruit importun et presque
continuel de ceux qui toussoient , crachoient,
se mouchoient dans les Eglises , dans les Assemblées
et aux Spectacles sur tout , où le Garçon
Limonadier , qui offroit des rafraichissemens ,
crioit aussi du Jus de Reglisse et de la Conserve
de Guimauve.
Longue , Ordre de Citeaux , Diocèse
de Carcassonne , à l'Abbé Novy ; et le
Prieuré de S. Maurice de Senlis , Ordre
de S. Augustin , à l'Abbé de Noë.
Le 1s de ce mois , 4e Dimanche de Carême
, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Messe chantée
par la Musique , pendant laquelle l'Evêque
de Mâcon prêta serment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le Roy a donné le Gouvernement
d'Huningue , au Marquis de Guerchy ,
Lieutenant General de ses Armées.
La Charge de Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , a été donnée au Marquis de
Chamarande , qui a été Premier Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine, Aycule
du Roy. Il prêta serment de fidelité entre
MARS . 1733-
197
tre les mains de la Reine , le 15 de ce.
mois.
Le 4. Fevrier , la Cour étant à Marly,
on chanta devant la Reine le Prologue et
le premier Acte de l'Opera de Cadmus ,
qu'on continua le 7.et le 9.Les principaux
Rôles furent chantez par les sieurs d'Angerville
, Dubourg , Ducros , et par la Dlle
Mathieu, laquelle chanta à la fin de la Piece
uneAriette Françoise de la composition
du sieur Mathieu , qui fut très- goûtée.
Le 11. on concerta l'Opera d'Issé , de
la composition de M. Destouches ; la
même Dlle Mathieu remplit le Rôle
d'Issé , avec beaucoup de succès et de
précision ; l'execution des Choeurs et
de la Simphonie fit aussi beaucoup de
plaisir.
Le 17. on chanta le Prologue et la
troisiéme Entrée du Ballet des Stratagemes
de l'Amour , du même Auteur. La
mort de Madame de France troisiéme
fut cause qu'il n'y eut plus de Concert
le reste du mois.
On apprend de Rome , que dans le
Consistoire secret que le Pape tint le 2 .
de ce mois , le Cardinal Othoboni proposa
l'Abbaye de S. Pierre de Flavigny 2
Dio558
MERCURE DE FRANCE
cèse d'Autun , pour l'Evêque de Luçon ,
et celle de N. Dame de Font- Froide
Diocèse de Narbonne, pour l'Abbé de
Brissac ; il préconisa ensuite l'Evêque de
Rennes , pour celle de N. Dame de Joüy,
Diocèse de Sens.
Le 19 de ce mois , le Duc de Sully et le
Duc de Gontault , Pairs de France , prêterent
serment et prirent séance au Pare
lement en la maniere accoutumée.
Le Roy a donné le Gouvernement des
Ville et Citadelle de Metz , et du Païs
Messin , au Comte de Belle- Isle . Il prêta
serment de fidelité entre les mains de Sa
Majesté , le 17 de ce mois.
Le 30. de ce mois , la Reine n'ayant
pû , à cause de sa grossesse , se rendre à
I'Eglise de la Paroisse , communia dans
la Chapelle du Château , par les mains.
du Cardinal de Fleury , son Grand -Aumônier.
Le 24. Mars , la Loterie de la Compagnie des
Indes , établie pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée , à
P'Hôtel de la Compagnie. La Liste des Numeros
gagnans des Actions et Dixièmes d'Actions qui
doivent être remboursées , a été renduë publique
MARS. 1733 599
que , faisant en tout le nombre de 314, Actions
Le 22. Mars , Dimanche de la Passion , tous
les Théatres ayant été fermez à l'occasion des
Lois semaines de Pâques, il y eut Concert Spirituel
au Château des Tuilleries , dans lequel les
Diles le Maure et Erremens , chanterent differens
Récits dans les Motets, avec applaudissement ; on
y executa aussi un nouveau Motet à grand Choeur
de l'Abbé Gaycau, qui fut très - goûté. Le Miserera
de M. de la Lande termina le Concert.
Le 25. , Fête de l'Annonciation , il y eut aussi
Concert Spirituel , les Diles Courvasier et Lenaer
, chanterent un nouveau Motet du sieur le
Maire , qui fur très- goûté ; on executa ensuite
la Cantate de M. de la Lande , ou la Dile le
Maure chanta le beau Récit de Viderunt , à la
satisfaction d'une très -nombreuse Assemblée. Le
même Concert doit continuer jusqu'à la Quasimodo.
Au dernier jour de ce mois , le froid a été ici
encore aussi vif comme au fort de l'hyver , les
Rhumes et les autres Maladies de cette espece ,
sont cependant fort diminués.En sorte qu'on n'entend
presque plus le bruit importun et presque
continuel de ceux qui toussoient , crachoient,
se mouchoient dans les Eglises , dans les Assemblées
et aux Spectacles sur tout , où le Garçon
Limonadier , qui offroit des rafraichissemens ,
crioit aussi du Jus de Reglisse et de la Conserve
de Guimauve.
Fermer
Résumé : « Le Roy a donné l'Abbaye de Ville-Longue, Ordre de Citeaux, Diocèse [...] »
En mars 1733, plusieurs nominations et événements notables ont marqué le mois. Le roi a attribué l'Abbaye de Ville-Longue à l'Abbé Novy et le Prieuré de Saint-Maurice de Senlis à l'Abbé de Noë. Le 4e dimanche de Carême, le roi a assisté à une messe chantée à la Chapelle du Château de Versailles, où l'évêque de Mâcon a prêté serment de fidélité. Le Marquis de Guerchy a été nommé Gouverneur d'Huningue, et le Marquis de Chamarande a reçu la charge de Premier Maître d'Hôtel de la Reine. À la Cour, des opéras et concerts ont été donnés, notamment 'Cadmus' et 'Issé', avec des performances remarquées de la demoiselle Mathieu. Cependant, la mort de Madame de France a interrompu les concerts pour le reste du mois. À Rome, le Cardinal Othoboni a proposé diverses abbayes pour des nominations épiscopales. Les Ducs de Sully et de Gontault ont prêté serment au Parlement. Le Comte de Belle-Isle a été nommé Gouverneur de Metz et de sa citadelle. La Reine, en raison de sa grossesse, a communié dans la Chapelle du Château. La loterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 314 actions. Des concerts spirituels ont eu lieu aux Tuileries pendant les semaines de Pâques, avec des performances appréciées. Le mois s'est terminé par un froid vif, mais les maladies respiratoires étaient moins fréquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 819-824
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Nicolas de Vatteville, Lieutenant des Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt, [...]
Mots clefs :
Marquis de Saint-Chamant, Armées du roi, Château, Général, Mademoiselle de Saint-Chamant, Marquis de Wargemont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS
N
?
NAISSANCES
et Mariages.
Icolas de Vatteville , Lieutenant des Gar¬
des du Corps , Compagnie d'Harcourt ,
mourut à Paris , le 3 Février dernier , àgé de 32
ans.
> Le Marquis de Nerestang , Duc de Gadagne
Brigadier des armées du Roy , cy- devant Gui
don de Gendarmerie , y mourut le 7 du même
mois , âgé de 60 ans.
N. Cailly Delpech , premier Avocat General
de la Cour des Aydes , mourut à Paris le & Mars
Agé d'environ 60 ans.
Le Chevalier de Belfond , chef de Brigade
Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt,mourut
à Versailles , le 9 du même mois , âgé de 66
ans.
N. de Chausserais, mourut au Château de Madrid
, dans le Bois de Boulogne , le 24 Mars ,
âgée de 75 ans. Elle avoit été fille d'honneur de
feue MADAME.
Louis - Euverte Angran , Maître des Requêres
, Intendant du Commerce , mourut le 17 de
ee mois , âgé d'environ 51 ans.
I'v Pierre
820 MERCURE DE FRANCE
Pierre- Jacques -Joseph Ferdinand de , Blondel,
Chevalier , Baron d'Oud nove , Seigneur de Michelbek
, Lillers , Villiers , &c. Brigadier des
Armées du Roy , mourut le même jour , âgé de-
62 ans.
Louis de la Vergne de Tressan , Archevêque
de Rouen , Abbé des Abbayes de Long- pont , de
Bonneval , et d'Espau , mourut à Gaillon le 18
de ce mois , âgé de 63 ans. Il avoit été premier
Aumônier de feu Monsieur le Duc d'Orleans.
D. Marie-Madelaine le Franc , veuve de Claude
Arnould Poncher , Maître des Requêtes
, &c. mourut le 19 , âgée d'environ 70
ans.
Louis - Pierre Scipion de Grimoard , Comte du
Roure , déceda en son Château de Barsac , le 24
Avril , âgé de 86 ans et 7 mois ; il étoit Lieutenant
General de la Province de Languedoc , et
Gouverneur de la Ville et Citadelle du Pont Saint
Esprit ; à l'âge de 22 ans , le feu Roy , qui l'aimoit
beaucoup et qui l'a toujours honoré de ses
bontez , lui donna un Régiment de Cavalerie ; et
connoissant son mérite , il lui confia le Commandement
de toutes les Troupes qui étoient en
Languedoc , dans la premiere Guerre des Huguenots
, et un détachement considérable de Sa
Maison , qui étoit aussi à ses Ordres , quoique
commandée par d'anciens Officiers Généraux .
Il laisse le Comte du Roure , fils , Gouverneur
de la Ville et Citadelle du Pont- Saint-Esprit, Brigadier
des Armées du Roy , et le Marquis du
Roure , son petit - fils , Cornette des Mousquetaires
Gris.
e. D. Françoise - Elizabeth de Lamoignon , épouse
de Jean Aymar Nicolaï , Marquis de Goussainille,
Premier Président de la Chambre des Comptcs
AVRIL. 1733 821
ptes , mourut à Paris le 27 , dans la 55 année de
son âge.
D. Henriette de Fitzjames , Dame du Palais de
la Reine , épouse de Jean- Baptiste - Louis Clermont
d'Amboise , Marquis de Resnel , Comte
de Chiverni , &c. Gouverneur de Chaumont , eg
Grand-Baillif de Provins , Colonel du Régiment
de Santerre , accoucha le 21 Mars , d'une fille ,
qui fut baptisée par l'Abbé de Fitzjames , Abbé
de l'Abbaie Royale de S. Victor, et nommée Diane-
Jacquete-Louise- Henriette , par Jacques de
Fitzjames , Duc de Liria , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Espagne , Chevalier de
la Toison d'or, et de l'Aigle blanc , Grand d'Es
pagne , de la premiere Classe , cy- devant Ame
bassadeur de S M. C. auprès de l'Empereur es
de la Czarine, et par D. Diane de Clermont Gal
lerande , Epouse du Marquis de Clermont Saint
Aignan , Inspecteur General de la Cavalerie.
Dame Marie Elisabeth de Chamillard , Epouse
de Daniel- Marie - Anne de Talegrand de Périgord
, Marquis de Talegrand , accoucha le 23
d'Avril , à Versailles , d'une fille , qui fut nom
mée Marie-Henriette , par Henry de Chamil
lard. , Marquis de Courcelles , et par Demoisel
le Marie-Marguerite - Françoise de Talegrand de
Périgord , fille de Jean - Charles de Talegrand
de Périgord , Prince de Chalais , Grand d'Es
pagne ; et de Marie. Françoise de Rochechouart
de Mortemar , Dame du Palais de la Reine.
Nous avons parlé dans le Mercure du mois
passé du Mariage de M. le Marquis de Warges
mont , avec Madamoiselle de Saint-Chamant
sur quoi nous avons omis quelques circonstan
1 aj
ces
822 MERCURE DE FRANCE
ces , faute d'instruction , ausquelles nous sup
plérons volontiers icy.
La Cérémonie de la Célébration fut faite la
nuit du 10 Mars , par M. de la Chaize , Docteur
en Théologie et Curé des Paroisses de Vitlenauxce
, en l'absence de M. l'Evêque de Troyes,
qui devoit faire cette Célébration.
Dès les six heures du matin on sonna toutes
les Cloches des deux Paroisses , et de l'Abbaye
des Bénédictins , ce qui dura jusqu'au soir ; on
fit sur les Remparts et aux environs du Château,
dé fréquentes décharges de Canon .
La Milice Bourgeoise, au nombre de 400 hommes
, ayant à leur tête les Principaux Officiers ,
et les Chevaliers de l'Arquebuse , parût sous les
Armes, et accompagna , au son des Tambours
des Trompettes , des Haut bois , & c. le Corps
de Justice de la Ville , quand il alla complimenter
les nouveaux mariez.
M. Joblet , Procureur Fiscal , et de l'Elections,
porta la parole pour le Corps de Justice ; et M.
Rivet , Maire de la Ville , parla pour les Habitans.
M. de Wargemont répondit avec toute la
politesse possible ; le peuple ne cessoit cependant
de faire des acclamations , et la Milice termina
cette cérémonie par une décharge generale .
A l'entrée de la nuit la Façade du Château qui
regarde la Prairie , parut toute illuminée , avec
autant de goût que de magnificence , par le
moyen de plusieurs grands Lustres , et de quantité
de Flambeaux , outre une infinité de Lampions
, dont on avoit bordé les croisées . De plus
on avoit placé autour des Fossez et du principal
Canal , un tres -grand nombre de Terrines, dont
les lumieres éclairoient doublement par la réverbération
des Eaux, Un monde infini répandu
dans
AVRIL. 17338 825
dans toute cette grande Prairie , coupée par divers
Canaux , attiré par le bruit de la Fête,chargé
de Falots, de Lanternes, &c. formoit une autre
espece d'illumination , qui éclairoit toute la
campagne aux environs.
Au milieu de cette Prairie et en face du Château ,
on avoit dressé sur quatre Pilliers un grand Feu
d'Artifice , orné de Peintures , d'Emblemes et de
Devises convenables au sujet. Le Prince de Tingry
y mit le feu , et l'exécution suivit avec une si
agréable variété et tant de succès , que tout le
monde en parut satisfait ; on tiroit en mêmetemps
des Fusées et d'autres Artifices de la Tour
de la principale Eglise. Enfin des Gerbes et des
Soleils de feu terminerent tout ce brillant Spectacle
qui dura pendant deux heures.
Il y eut ensuite dans le Château un magnifique
Repas . On tira le Canon à l'entrée et à la sortie
de Table. On avoit aussi dressé des Tables pour
les principaux Officiers de Justice et Bourgeois
de la Ville ; les Cours et les avenuës du Château
étoient pleines de Fontaines de Vin , que Mada.
me de Saint Chamant cut soin de faire couler
en abondance.
Le Dimanche suivant le Marquis et la Marquise
de Wargemont , nouveaux mariez, le Prin
ce de Tingry , le Marquis de Savines , Lieutenant
General des Armées du Roy , vinrent avec
la Marquise de Saint - Chamant, assister à la Messe
Paroissiale; ils furent reçus à la Porte de l'Eglise
par le Clergé Séculier et Régulier.. A la fin
de la Messe , chantée solemnellement par le mê.
me Clergé , on chanta le Te Deum , au bruit du
Canon et de la Mousqueterie de la Milice Bourgeoise
, qui étoit autour de l'Eglise. A la sortie,
Te Marquis de wargemont fit. distribuer des Au
mânes
824 M
MERCERE
DE
FRANCE
mones considerables aux Pauvres de la Paroisse.
On ne vit jamais un plus grand empressement,
à marquer de la joie et du zéle , que celui qui a
paru de la des Habitans de cette Ville , qui
conserveront un souvenir éternel des bienfaits,
qu'ils ont reçûs en differentes occasions de feu
M. le Marquls de Saint-Chamant , & c.
N
?
NAISSANCES
et Mariages.
Icolas de Vatteville , Lieutenant des Gar¬
des du Corps , Compagnie d'Harcourt ,
mourut à Paris , le 3 Février dernier , àgé de 32
ans.
> Le Marquis de Nerestang , Duc de Gadagne
Brigadier des armées du Roy , cy- devant Gui
don de Gendarmerie , y mourut le 7 du même
mois , âgé de 60 ans.
N. Cailly Delpech , premier Avocat General
de la Cour des Aydes , mourut à Paris le & Mars
Agé d'environ 60 ans.
Le Chevalier de Belfond , chef de Brigade
Gardes du Corps, Compagnie d'Harcourt,mourut
à Versailles , le 9 du même mois , âgé de 66
ans.
N. de Chausserais, mourut au Château de Madrid
, dans le Bois de Boulogne , le 24 Mars ,
âgée de 75 ans. Elle avoit été fille d'honneur de
feue MADAME.
Louis - Euverte Angran , Maître des Requêres
, Intendant du Commerce , mourut le 17 de
ee mois , âgé d'environ 51 ans.
I'v Pierre
820 MERCURE DE FRANCE
Pierre- Jacques -Joseph Ferdinand de , Blondel,
Chevalier , Baron d'Oud nove , Seigneur de Michelbek
, Lillers , Villiers , &c. Brigadier des
Armées du Roy , mourut le même jour , âgé de-
62 ans.
Louis de la Vergne de Tressan , Archevêque
de Rouen , Abbé des Abbayes de Long- pont , de
Bonneval , et d'Espau , mourut à Gaillon le 18
de ce mois , âgé de 63 ans. Il avoit été premier
Aumônier de feu Monsieur le Duc d'Orleans.
D. Marie-Madelaine le Franc , veuve de Claude
Arnould Poncher , Maître des Requêtes
, &c. mourut le 19 , âgée d'environ 70
ans.
Louis - Pierre Scipion de Grimoard , Comte du
Roure , déceda en son Château de Barsac , le 24
Avril , âgé de 86 ans et 7 mois ; il étoit Lieutenant
General de la Province de Languedoc , et
Gouverneur de la Ville et Citadelle du Pont Saint
Esprit ; à l'âge de 22 ans , le feu Roy , qui l'aimoit
beaucoup et qui l'a toujours honoré de ses
bontez , lui donna un Régiment de Cavalerie ; et
connoissant son mérite , il lui confia le Commandement
de toutes les Troupes qui étoient en
Languedoc , dans la premiere Guerre des Huguenots
, et un détachement considérable de Sa
Maison , qui étoit aussi à ses Ordres , quoique
commandée par d'anciens Officiers Généraux .
Il laisse le Comte du Roure , fils , Gouverneur
de la Ville et Citadelle du Pont- Saint-Esprit, Brigadier
des Armées du Roy , et le Marquis du
Roure , son petit - fils , Cornette des Mousquetaires
Gris.
e. D. Françoise - Elizabeth de Lamoignon , épouse
de Jean Aymar Nicolaï , Marquis de Goussainille,
Premier Président de la Chambre des Comptcs
AVRIL. 1733 821
ptes , mourut à Paris le 27 , dans la 55 année de
son âge.
D. Henriette de Fitzjames , Dame du Palais de
la Reine , épouse de Jean- Baptiste - Louis Clermont
d'Amboise , Marquis de Resnel , Comte
de Chiverni , &c. Gouverneur de Chaumont , eg
Grand-Baillif de Provins , Colonel du Régiment
de Santerre , accoucha le 21 Mars , d'une fille ,
qui fut baptisée par l'Abbé de Fitzjames , Abbé
de l'Abbaie Royale de S. Victor, et nommée Diane-
Jacquete-Louise- Henriette , par Jacques de
Fitzjames , Duc de Liria , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Espagne , Chevalier de
la Toison d'or, et de l'Aigle blanc , Grand d'Es
pagne , de la premiere Classe , cy- devant Ame
bassadeur de S M. C. auprès de l'Empereur es
de la Czarine, et par D. Diane de Clermont Gal
lerande , Epouse du Marquis de Clermont Saint
Aignan , Inspecteur General de la Cavalerie.
Dame Marie Elisabeth de Chamillard , Epouse
de Daniel- Marie - Anne de Talegrand de Périgord
, Marquis de Talegrand , accoucha le 23
d'Avril , à Versailles , d'une fille , qui fut nom
mée Marie-Henriette , par Henry de Chamil
lard. , Marquis de Courcelles , et par Demoisel
le Marie-Marguerite - Françoise de Talegrand de
Périgord , fille de Jean - Charles de Talegrand
de Périgord , Prince de Chalais , Grand d'Es
pagne ; et de Marie. Françoise de Rochechouart
de Mortemar , Dame du Palais de la Reine.
Nous avons parlé dans le Mercure du mois
passé du Mariage de M. le Marquis de Warges
mont , avec Madamoiselle de Saint-Chamant
sur quoi nous avons omis quelques circonstan
1 aj
ces
822 MERCURE DE FRANCE
ces , faute d'instruction , ausquelles nous sup
plérons volontiers icy.
La Cérémonie de la Célébration fut faite la
nuit du 10 Mars , par M. de la Chaize , Docteur
en Théologie et Curé des Paroisses de Vitlenauxce
, en l'absence de M. l'Evêque de Troyes,
qui devoit faire cette Célébration.
Dès les six heures du matin on sonna toutes
les Cloches des deux Paroisses , et de l'Abbaye
des Bénédictins , ce qui dura jusqu'au soir ; on
fit sur les Remparts et aux environs du Château,
dé fréquentes décharges de Canon .
La Milice Bourgeoise, au nombre de 400 hommes
, ayant à leur tête les Principaux Officiers ,
et les Chevaliers de l'Arquebuse , parût sous les
Armes, et accompagna , au son des Tambours
des Trompettes , des Haut bois , & c. le Corps
de Justice de la Ville , quand il alla complimenter
les nouveaux mariez.
M. Joblet , Procureur Fiscal , et de l'Elections,
porta la parole pour le Corps de Justice ; et M.
Rivet , Maire de la Ville , parla pour les Habitans.
M. de Wargemont répondit avec toute la
politesse possible ; le peuple ne cessoit cependant
de faire des acclamations , et la Milice termina
cette cérémonie par une décharge generale .
A l'entrée de la nuit la Façade du Château qui
regarde la Prairie , parut toute illuminée , avec
autant de goût que de magnificence , par le
moyen de plusieurs grands Lustres , et de quantité
de Flambeaux , outre une infinité de Lampions
, dont on avoit bordé les croisées . De plus
on avoit placé autour des Fossez et du principal
Canal , un tres -grand nombre de Terrines, dont
les lumieres éclairoient doublement par la réverbération
des Eaux, Un monde infini répandu
dans
AVRIL. 17338 825
dans toute cette grande Prairie , coupée par divers
Canaux , attiré par le bruit de la Fête,chargé
de Falots, de Lanternes, &c. formoit une autre
espece d'illumination , qui éclairoit toute la
campagne aux environs.
Au milieu de cette Prairie et en face du Château ,
on avoit dressé sur quatre Pilliers un grand Feu
d'Artifice , orné de Peintures , d'Emblemes et de
Devises convenables au sujet. Le Prince de Tingry
y mit le feu , et l'exécution suivit avec une si
agréable variété et tant de succès , que tout le
monde en parut satisfait ; on tiroit en mêmetemps
des Fusées et d'autres Artifices de la Tour
de la principale Eglise. Enfin des Gerbes et des
Soleils de feu terminerent tout ce brillant Spectacle
qui dura pendant deux heures.
Il y eut ensuite dans le Château un magnifique
Repas . On tira le Canon à l'entrée et à la sortie
de Table. On avoit aussi dressé des Tables pour
les principaux Officiers de Justice et Bourgeois
de la Ville ; les Cours et les avenuës du Château
étoient pleines de Fontaines de Vin , que Mada.
me de Saint Chamant cut soin de faire couler
en abondance.
Le Dimanche suivant le Marquis et la Marquise
de Wargemont , nouveaux mariez, le Prin
ce de Tingry , le Marquis de Savines , Lieutenant
General des Armées du Roy , vinrent avec
la Marquise de Saint - Chamant, assister à la Messe
Paroissiale; ils furent reçus à la Porte de l'Eglise
par le Clergé Séculier et Régulier.. A la fin
de la Messe , chantée solemnellement par le mê.
me Clergé , on chanta le Te Deum , au bruit du
Canon et de la Mousqueterie de la Milice Bourgeoise
, qui étoit autour de l'Eglise. A la sortie,
Te Marquis de wargemont fit. distribuer des Au
mânes
824 M
MERCERE
DE
FRANCE
mones considerables aux Pauvres de la Paroisse.
On ne vit jamais un plus grand empressement,
à marquer de la joie et du zéle , que celui qui a
paru de la des Habitans de cette Ville , qui
conserveront un souvenir éternel des bienfaits,
qu'ils ont reçûs en differentes occasions de feu
M. le Marquls de Saint-Chamant , & c.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Parmi eux, Icolas de Vatteville, Lieutenant des Gardes du Corps, est décédé à Paris le 3 février à l'âge de 32 ans. Le Marquis de Nerestang, Duc de Gadagne et Brigadier des armées du Roy, est mort le 7 février à 60 ans. N. Cailly Delpech, premier Avocat Général de la Cour des Aydes, a décédé le 6 mars à environ 60 ans. Le Chevalier de Belfond, chef de Brigade des Gardes du Corps, est mort à Versailles le 9 mars à 66 ans. N. de Chausserais est décédée au Château de Madrid dans le Bois de Boulogne le 24 mars à 75 ans. Louis-Euverte Angran, Maître des Requêtes et Intendant du Commerce, est mort le 17 mars à environ 51 ans. Pierre-Jacques-Joseph Ferdinand de Blondel, Chevalier et Brigadier des armées du Roy, est décédé le 17 mars à 62 ans. Louis de la Vergne de Tressan, Archevêque de Rouen, est mort à Gaillon le 18 mars à 63 ans. D. Marie-Madelaine le Franc, veuve de Claude Arnould Poncher, est décédée le 19 mars à environ 70 ans. Louis-Pierre Scipion de Grimoard, Comte du Roure, est décédé en son Château de Barsac le 24 avril à 86 ans et 7 mois. D. Françoise-Elisabeth de Lamoignon, épouse de Jean Aymar Nicolaï, est morte à Paris le 27 avril à 55 ans. Deux naissances ont également été mentionnées : Diane-Jacquete-Louise-Henriette, fille de D. Henriette de Fitzjames et de Jean-Baptiste-Louis Clermont d'Amboise, est née le 21 mars. Marie-Henriette, fille de Dame Marie Elisabeth de Chamillard et de Daniel-Marie-Anne de Talégrand de Périgord, est née le 23 avril. Le document décrit également le mariage du Marquis de Wargemont avec Mademoiselle de Saint-Chamant, célébré la nuit du 10 mars. Cet événement a été marqué par diverses cérémonies et festivités, incluant des décharges de canon, des illuminations, un feu d'artifice et un repas somptueux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 1521-1534
SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
Début :
Il est temps, Monsieur, de quitter l'Antique pour le Moderne ; je ne vous [...]
Mots clefs :
Comte de Matignon, Basse-Normandie, Torigny, Épitaphe, Épouse, Marbre, Château, Normandie, Maréchal de Matignon, Général, Chapelle, Mausolée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
SUITE du Voyage de Basse
Normandie.
LETTRE XH.
L est temps , Monsieur , de quitter
le
dirai plus rien de l'Inscription Romaine
de Torigny , si ce n'est peut- être quand
elle aura été exactement gravée avec ses
abbréviations bizares , &c. à quoi je songe
actuellement. Il ne sera queſtion dans
cette Lettre que de vous donner une
idée du Château de Torigny & de fes dépendances.
Ce Lieu charmant où nous
avons passé des momens si agréables ,
mérite bien cette attention de moi ; je
la dois aussi à votre curiosité et à la suite
de mes narrations sur le voyage de
Basse Normandie.
Le Château de Torigny , quoiqu'un
Cv
pew
1522 MERCURE DE FRANCE
peu irrégulier dans sa structure, a un certain
air de grandeur qui frape au premier
aspect. La premiere Entrée n'en est
point heureuse , étant occupée du côté
du Bourg , par la principale Eglise Paroissiale
. On trouve d'abord une grande
Porte , de laquelle on monte sur une
Terrasse spacieuse qui sert d'Avant-Cour;
elle est fort élevée , revêtuë de Masson->
nerie et ornée d'une Balustrade qui re- "
gne tout autour. On passe de là sur un
Pont- le-vis pour entrer dans la Cour
laquelle , aussi - bien que le Château , est
>
entourée de Fossez revêtus . Le Plan du
Château représente une Equierre , auxdeux
extrémitez de laquelle il y a deux
gros Pavillons et un troifiéme dans l'Angle.
Joachim , Sire de Matignon , Chevalier
de l'Ordre du Roy , et Lieutenant Géné
ral de Normandie , fit bâtir le premier et
le plus gros de ces Pavillons , il est tout
de Pierre de taille , d'un goût antique , et
fort élevé. La Maréchal de Matignon ,
Gouverneur de Guienne , &c. fit bâtir,
enfuite ce qui se trouve depuis ce Pavil
lon , jusqu'à celui qui termine l'Equierre
, lequel a été construit en 1692. par;
M. le Comte de Matignon ,
Les Faces de tout ce Château , depuis
le
JUILLET. 1733. 1523
le premier Pavillon , sont décorées d'un
ordre Dorique en bas et d'un ordre lonique
au dessus ; le tout avec un Bossage,
dont la dispofition des Assises , construites
alternativement de Pierres rouges
blanches et bleuâtres , fait un effet aussi
singulier qu'admirable .
Dans la face qui regarde la Cour , regnent
plusieurs Galleries, ornées de tresbelles
Peintures, qui représentent les principales
Alliances des Seigneurs de Matignon,
les Batailles où ils se sont distinguez ,
& c. De l'une de ces Gale ies on passe sur
une grande Terrasse , qui regne le long de
la face opposée, depuis le Pavillon de l'Angle,
jusqu'au Pavillon neuf.On a là en perspective
une magnifique Cascade et deux
grandes Piéces d'Eau des deux côtez ,
dont l'une fait face à l'Avant- Cour . Tout
cela , avec les Allées , les Bosquets et le
Terrain orné , qui s'étend plus d'une demi-
lieuë de ce même côté , fait un fort
bel effet à la vuë.
On voit aussi du même Endroit , environ
à une lieuë de distance , un petit
Château , bâti pour le plaisir de la Chasse ;
entre le premier Pavillon et celui de l'Angle
; dans un juste milieu , est un grand
Vestibule , qui conduit par un Pont - le
vis , dans un beau Parterre, et le Parterre
C vj
mê1524
MERCURE DE FRANCE
méne à l'Orangerie . Henry de Matignon ',
Lieutenant Général de Normandie , &c,
qui vivoit en 1680. la fit bâtir ; mais
comme depuis elle s'est trouvée trop
étroite pour le grand nombre d'Orangers
qu'il y a aujourd'hui , on se prépare
à en bâtir une autre beaucoup plus
belle et plus spacieuse. On passe de ce
Parterre sur une grande Terrasse , revêtuë
de Massonnerie , où l'on a encore une
tres belle vûë. On a aussi le plaisir l'Eté
de s'y promener à l'ombre d'une petite
Forêt d'Orangers , chose des plus rares
dans le fond de la Normandie. On voit
bien , au reste, que la situation du Terrain
étant d'elle - même assez ingrate , il
en a prodigieusement coûté en remuemens
de terres pour mettre les choses
dans la belle situation où elles sont.
Je ne vous dirai rien de l'interieur de
ce Château , tout y répond à sa magnificence
extérieure,àu bon goût , à la qualité
et à la distinction des Seigneurs qui
l'habitent .
Je passai un temps considérable dans
l'Eglise Paroissiale de S. Laurent , à examiner
les differens Mausolées et à lire les
Epitaphes de plusieurs Seigneurs qui y
sont inhumez. D'abord on me fit entrer
dans une Chapelle , qui est au côté droit
du
JUILLET. 1735. 1525
du Grand Autel , où est le Mausolée de
Joachim , Sire de Matignon , et de Fran
çoise de Daillon son Epouse , dont les figures,
de grandeur naturelle, s'y voyent
couchées , ayant à leurs pieds , l'une un
Lyon et l'autre un Chien . Une Epitaphe
en lettres d'or , sur un Marbre noir , apprend
que ce Seigneur étoit Chevalier
de l'Ordre du Roy , Conseiller d'Etat ,
Capitaine de so hommes d'Armes , Lieutenant
General en toute la Normandie.
Que n'ayant point eu d'Enfants de son
Epouse , veuve de Jacques de Rohan , ik
eût pour successeur en ligne collatérale
Jacques de Matignon , Maréchal de Fran
ce , représentant Jacques de Matignon ,
Seigneur de la Roche , son Pere , Frere
unique et puîné de Joachim . Icelui Jacque
, dir l'Epitaphe, fûr Colonel des Suisses
, et décéda aux Guerres de Piémont
en 1537. Joachim , son aîné , mourut en
1542 , et son Epouse en 1540.
Dans la même Chapelle est aussi inhumé
François , Sire de Matignon , fils de
Charles et de Madame Léonor d'Orleans .
Son Epitaphe ,gravée sur un Marbre noir,
au dessus de la Porte , doit avoir icy sa
place.
» Peu de personnes ont eu une nais-
» sance aussi illustre. Le sang de tout ce
qu'il
1526 MERCURE DE FRANCE
» qu'il y a de Souverain dans l'Europe ſe
» voit uni à l'ancienne Tige , dont il ti-
" roit son origine; ayant eu l'honneur de
» se voir au quatrième dégré , avec les
» Rois de France , d'Espagne et d'Angle-
» terre; son courage et ses actions répon-
» dirent à sa grande noblesse. Il se dis
» tingua dès l'âge de 16 ans , aux Guer-
» res d'Italie , sous son frere aîné , Jac-
" ques de Matignon , Comte de Thori
» gny , Colonel Général de la Cavalerie
» légere et se signala ensuite au Siége de
» la Rochelle et à l'Isle de Rhé , avec son
» Régiment d'Infanterie; et après fût Co-
» lonel de la Cavalerie , Maréchal de
Camp , et Lieutenant Général dans les
» Armées du Roy. Ses services lui firent
» mériter les Charges et Gouvernemens
» de ses Peres. Il fut le fixiéme Lieutenant
,
Général de cette Province , et le cin-
» quiéme Chevalier des Ordres du Roy ,
» avec le Seigneur Evêque de Lisieux son
» frere. Sa justice et sa bonté ont attiré les
» regrets de tous ceux qui étoient sous
» son Gouvernement. Il mourut à Tho-
> rigny , le 16 de Janvier 1675.
De cette Chapelle nous passâmes dans
une autre, qui est située derriere le Grand
Autel . On y voit plusieurs Mausolées ,
dont le plus distingué est celui du fameux
JUILLET. 1733 : 1527
meux Jacques , Sire de Matignon , Maréchal
de France , Gouverneur de Guyenne,
& c. Ce Monument est au milieu de la
Chapelle , prefque tout de, Marbre noir ,
veiné de blanc, et parfaitement bien travaillé
. Il est élevé sur une Base de trois
pieds de hauteur et de quatre de largeur ,
sur une longueur de huit pieds et demi.-
Cette Basé est ornée de Bas - reliefs historiques
et symboliques de Marbre blanc,
qui ont rapport à la vie toute guerriere
de ce Seigneur. Au dessus du Tombeau
on le voit representé à genoux , de grandeur
naturelle , avec Françoise * de Dail- ,
lon , son Epouse , en deux belles Figures .
de marbre grisatre , à l'exception des têtes
et des mains qui sont de marbre blanc.
Le Maréchal est revêtu du grand Manteau
et du Collier des Ordres du Roy , et
la Dame est vêtue et coeffée selon l'usage
-du temps . Le tout est parfaitement bien
exécuté , les Draperies en particulier ont
toute la légèreté et la hardiesse possible.
Aux quatre coins du Mausolée on a élevé
sut des Piédestaux , quatre Statuës de
Femmes , d'une belle Pierre blanche , qui
représentent la Religion, la Paix , la Pru-
* Cette Dame étoit fille du Comte du Lude et de
la mme Maison que Françoise de Dallon, Epouse
de Joachim de Matignon , oncle du Maréchal .
1
dence
1528 MERCURE DE FRANCE
dence et la Force, ayant à la main ou aux
pieds les symboles qui leur conviennent.
Les Piedestaux sont chargez de quelques
Vers François ,.en l'honneur de ces deux
Illustres Personnes , par rapport aux Figures
dont je viens de parler.
Ces Vers se sentent un peu du gout du
temps , mais on est dédommagé par la
lecture d'une Epitaphe latine du Maréchal
de Matignon , qui est gravée au dessous
de sa Figure , et qui contient un abbregé
de sa vie , qui finit , selon l'Epitaphe
, le 27 de Juillet 1597. à l'âge de 72
ans. Les expressions en sont nobles et
heureuses , les pensées justes . Elle est de
la composition de Philippe Desportes ,
Abbé de Tiron. On voit aussi sur le mê--
me Monument , une Epitaphe en François
, de la Dame de Daillon son Epouse ,
gravée de même au dessous de sa Représentation
, laquelle est aussi d'une noble
et édifiante simplicité. Les Armoiries de
cette Dame se voyent en Bronze aux deux
bouts du Tombeau . Elle portoit , écartelé
au premier et au quatriéme de Dail--
lon ; au second , de Craon ; au troisième,
de Laval , et sur le tout d'Illiers.
En Face de la Porte de la même Chapelle
, on voit sous une grande Arcade,
pratiquée dans le mur , et toute incrustée
de
JUILLET. 1733 . 1529
de Marbre , le Mausolée de Henri de Matignon
; il consiste en une espece d'Urne
de fix pieds de hauteur , de Marbre noir
jaspé , supportée par quatre pattes de
Lion , de Bronze. La figure de ce Seigneur
en Marbre blanc, de grandeur naturelle,
paroît au dessus , Il est representé assis sur
Urne , armé de toutes pieces , excepté
du Casque , sur lequel il est appuyé , tenant
en main un Bâton de Commandement.
Cette figure est d'une excellente.
beauté. On lit au dessus , contre le mur ,
une Epitaphe latine , dans laquelle entre
autres chofes , on louë sa piété , sa grande
charité , son inclination pour les Lettrès
, et sa protection envers les Sçavans.
Il mourut à Caen le 28 Decembre 1682.
dans la so année de son âge ; et Marie-
Françoise de la Lutumiere , son Epouse,
lui fit eriger ce Monument.
On voit à côté et dans le même Mur
un autre moindre Mausolée de trois
Enfans de la même Maison ; sçavoir
Jean-Louis- Charles , François et Leonor
de Matignon ; tous trois fils de Henri et
de la Dame de la Lutumiere , dont le plus
âgé n'avoit que dix ans lors de son décès
arrivé à Paris , le 17 Avril 1672. Ils sont
representez sur ce Monument , qui est
presque tout de Marbre blanc , soutenu
par
1530 MERCURE DE FRANCE
ya
par quatre figures de Lion . Il y a au dessous
une Epitaphe de l'ainé,accompagnée
de Vers François , & c .
Près de ce petit Mausolée sont deux
autres Epitaphes gravées sur une grande
Table de marbre , ornée de moulures , &c .
La premiere de Charles de Matignon
Comte de Torigny et de Gacé , Marquis
de Lonré , Baron de S. Lô , Chevalier
des Ordres du Roi , et Lieutenant General
en Normandie , honoré depuis par
le Roi Louis XIII . d'un Brevet de Maréchal
de France , et de la Lieutenance
Generale de ses Armées en Bourgogne.
Il étoit fils du Maréchal de Matignon , et
de Françoise de Daillon du Lude, il mourut
le 9 Juin 1648. âgé de 84 ans.
L'autre Epitaphe est de Léonor d'Orléans
, son Epouse , fille de Léonor d'Orléans
, Duc de Longueville , et d'Etouteville
, Comte Souverain de Neufchâtel
, et de Marie de Bourbon , Princesse
du Sang , fille de François de Bourbon ,
et nièce d'Antoine , Roi de Navarre.
Elle mourut à Torigny , le 6 Juin 1639 .
âgée de 66 ans . Sa Vie est ici représentée
comme un continuel Exercice de ' pieté
envers Dieu , et de charité envers les
pauvres.
Nous rentrâmes dans la Chapelle pour
lire
JUILLET. 1733- 1531
lire à côté d'un petit Autel , l'Epitaphe
du fils aîné du Maréchal de Matignon et
de Françoise de Daillon : sçavoir , Odet
de Matignon , qui fut Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal de Camp , &c.
et rendit de grands services militaires
sur tout à la Bataille d'Yvri , où il dégagea
le Roi , le retirant presque des mains
de ses Ennemis.Il mourut âgé de 40 ans ,
à Lons le Saunier , le 7 Août de l'année
1597. ne laissant point de posterité de la
Comtesse de Maure , son Epouse.
Enfin , nous lûmes dans le même licu
Epitaphe de Charles de Matignon
Comte de Gacé , &c . Colonel du Régiment
de Vermandois , Brigadier des Armées
du Roi , lequel après s'être signalé
en Hongrie , en Hollande , en Flandres ,
en Allemagne , et en Affrique , fut blessé
mortellement à la Bataille de Senef , et
finit ses jours à Charleroy le 26 Août
1674. àgé seulement de trente- trois ans.
Son corps fut transporté à Torigny.
-Si toutes les dates marquées dans ces
Monumens sont justes , comme il y a lieu
de le présumer , on pourra s'en servir
pour en rectifier quelques-unes dans
l'Ouvrage du Pere Anselme , et ailleurs,
où il est parlé de tous ces Seigneurs.
Quoique le Maréchal de Matignon
Gou1532
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Guyenne , &c. ait été
l'un des plus grands Hommes de son
tems , je n'ai pas crû devoir rapporter
l'Epitaphe qui est sur son Mausolée , ni
devoir m'étendre autrement sur son sujet
, parce que sa vie a été écrite par
M. de Cailliere , et publiée à Paris chez.
Courbé en un volume in-fol. 1661. Livre
que tout le monde peut voir dans les
bonnes Bibliotheques.
Le Bourg de Torigny peut passer pour
une petite Ville à cause de son étenduë ,
et de son exemption. D'ailleurs , outre
ses deux Paroisses , S. Laurent , qui est la
principale , et Notre- Dame , il y a deux
Abbayes de l'Ordre de Citeaux . La premiere
d'Hommes , fondée au commencement
du XIV . siécle par un Archidiacre
d'Avranches , a pour Abbé Commanda
taire M. de la Chasteigneraye Ste Foy ;
la seconde de Filles est sous la conduite
de Madame de la Tour d'Auvergne. It
y a aussi dans ce Bourg un Hôpital de la
fondation de la Maison faite dans le dernier
siécle , où l'on reçoit les pauvres
malades , les Orphelins , et tous ceux qui
ne sont pas en état de gagner leur vie.
La Comté de Torigny est d'une fort
grande étenduë , et dans d'aussi beaux
droits qu'aucune autre Terre de cette qua
JUILLET. 1733. 1533
lité. M. de Matignon est aussi Seigneur
de S. Lô , Ville à deux lieues de distance
de Torigny , où l'on frappoit autrefois
de la Monnoye. De nouvelles et importantes
acquisitions , faites dans les Diocèses
de Bayeux et de Coûtances , font
qu'il n'y a pas dans toute la Province de
Normandie de Domaine plus beau et
plus étendu que le sien.
par
Je ne dois pas , en finissant ma Lettre ,
oublier de vous dire que de tous temps
le Château de Torigny a été l'abord et
le rendez-vous des Gens de Condition , et
des plus beaux esprits du pays ; attirez ,
moins la beauté du lieu , que par la
politesse et par l'affabilité des Maîtres.
Il seroit difficile de rencontrer ensemble.
trois personnes plus vénérables dans la
République des Lettres , chacune dans
son genre d'érudition , que le sçavant
M. Huet , Evêque d'Avranches , le fameux
St Evremont , et l'illustre M. de
Segrais , qui dans leur tems ont fait leurs
délices de ce séjour. En remontant plus
haut , on y a vû le sçavant Pere Mam -7
brun Jesuite , les Bochart et les Morins
de Caen , Malherbe , Sarrazin , Boisrobert
, G. André de la Roque l'Historien
les deux Corneilles , Brebeuf et autres
l'Elite des meilleursEsprits de cette gran-
.
>
de
1534 MERCURE DE FRANCE
de Province. Je suis , Monsieur , & c.
Dans la dixiéme Lettre imprimée dans
le Mercure d'Avril 1733. la mort du
Maréchal de Matignon est marquée page
696. en l'année 1594 il faut lire 1597.:
Il s'y est glissé quelques autres fautes
d'impression , on les corrigera de cette
maniere.
Page 707. ligne 8. consensitis , lisez consentitis.
P. 708. 1. 19. Provinciæ , lisez
Provincia . Le Lecteur intelligent suppléera
au reste.
Normandie.
LETTRE XH.
L est temps , Monsieur , de quitter
le
dirai plus rien de l'Inscription Romaine
de Torigny , si ce n'est peut- être quand
elle aura été exactement gravée avec ses
abbréviations bizares , &c. à quoi je songe
actuellement. Il ne sera queſtion dans
cette Lettre que de vous donner une
idée du Château de Torigny & de fes dépendances.
Ce Lieu charmant où nous
avons passé des momens si agréables ,
mérite bien cette attention de moi ; je
la dois aussi à votre curiosité et à la suite
de mes narrations sur le voyage de
Basse Normandie.
Le Château de Torigny , quoiqu'un
Cv
pew
1522 MERCURE DE FRANCE
peu irrégulier dans sa structure, a un certain
air de grandeur qui frape au premier
aspect. La premiere Entrée n'en est
point heureuse , étant occupée du côté
du Bourg , par la principale Eglise Paroissiale
. On trouve d'abord une grande
Porte , de laquelle on monte sur une
Terrasse spacieuse qui sert d'Avant-Cour;
elle est fort élevée , revêtuë de Masson->
nerie et ornée d'une Balustrade qui re- "
gne tout autour. On passe de là sur un
Pont- le-vis pour entrer dans la Cour
laquelle , aussi - bien que le Château , est
>
entourée de Fossez revêtus . Le Plan du
Château représente une Equierre , auxdeux
extrémitez de laquelle il y a deux
gros Pavillons et un troifiéme dans l'Angle.
Joachim , Sire de Matignon , Chevalier
de l'Ordre du Roy , et Lieutenant Géné
ral de Normandie , fit bâtir le premier et
le plus gros de ces Pavillons , il est tout
de Pierre de taille , d'un goût antique , et
fort élevé. La Maréchal de Matignon ,
Gouverneur de Guienne , &c. fit bâtir,
enfuite ce qui se trouve depuis ce Pavil
lon , jusqu'à celui qui termine l'Equierre
, lequel a été construit en 1692. par;
M. le Comte de Matignon ,
Les Faces de tout ce Château , depuis
le
JUILLET. 1733. 1523
le premier Pavillon , sont décorées d'un
ordre Dorique en bas et d'un ordre lonique
au dessus ; le tout avec un Bossage,
dont la dispofition des Assises , construites
alternativement de Pierres rouges
blanches et bleuâtres , fait un effet aussi
singulier qu'admirable .
Dans la face qui regarde la Cour , regnent
plusieurs Galleries, ornées de tresbelles
Peintures, qui représentent les principales
Alliances des Seigneurs de Matignon,
les Batailles où ils se sont distinguez ,
& c. De l'une de ces Gale ies on passe sur
une grande Terrasse , qui regne le long de
la face opposée, depuis le Pavillon de l'Angle,
jusqu'au Pavillon neuf.On a là en perspective
une magnifique Cascade et deux
grandes Piéces d'Eau des deux côtez ,
dont l'une fait face à l'Avant- Cour . Tout
cela , avec les Allées , les Bosquets et le
Terrain orné , qui s'étend plus d'une demi-
lieuë de ce même côté , fait un fort
bel effet à la vuë.
On voit aussi du même Endroit , environ
à une lieuë de distance , un petit
Château , bâti pour le plaisir de la Chasse ;
entre le premier Pavillon et celui de l'Angle
; dans un juste milieu , est un grand
Vestibule , qui conduit par un Pont - le
vis , dans un beau Parterre, et le Parterre
C vj
mê1524
MERCURE DE FRANCE
méne à l'Orangerie . Henry de Matignon ',
Lieutenant Général de Normandie , &c,
qui vivoit en 1680. la fit bâtir ; mais
comme depuis elle s'est trouvée trop
étroite pour le grand nombre d'Orangers
qu'il y a aujourd'hui , on se prépare
à en bâtir une autre beaucoup plus
belle et plus spacieuse. On passe de ce
Parterre sur une grande Terrasse , revêtuë
de Massonnerie , où l'on a encore une
tres belle vûë. On a aussi le plaisir l'Eté
de s'y promener à l'ombre d'une petite
Forêt d'Orangers , chose des plus rares
dans le fond de la Normandie. On voit
bien , au reste, que la situation du Terrain
étant d'elle - même assez ingrate , il
en a prodigieusement coûté en remuemens
de terres pour mettre les choses
dans la belle situation où elles sont.
Je ne vous dirai rien de l'interieur de
ce Château , tout y répond à sa magnificence
extérieure,àu bon goût , à la qualité
et à la distinction des Seigneurs qui
l'habitent .
Je passai un temps considérable dans
l'Eglise Paroissiale de S. Laurent , à examiner
les differens Mausolées et à lire les
Epitaphes de plusieurs Seigneurs qui y
sont inhumez. D'abord on me fit entrer
dans une Chapelle , qui est au côté droit
du
JUILLET. 1735. 1525
du Grand Autel , où est le Mausolée de
Joachim , Sire de Matignon , et de Fran
çoise de Daillon son Epouse , dont les figures,
de grandeur naturelle, s'y voyent
couchées , ayant à leurs pieds , l'une un
Lyon et l'autre un Chien . Une Epitaphe
en lettres d'or , sur un Marbre noir , apprend
que ce Seigneur étoit Chevalier
de l'Ordre du Roy , Conseiller d'Etat ,
Capitaine de so hommes d'Armes , Lieutenant
General en toute la Normandie.
Que n'ayant point eu d'Enfants de son
Epouse , veuve de Jacques de Rohan , ik
eût pour successeur en ligne collatérale
Jacques de Matignon , Maréchal de Fran
ce , représentant Jacques de Matignon ,
Seigneur de la Roche , son Pere , Frere
unique et puîné de Joachim . Icelui Jacque
, dir l'Epitaphe, fûr Colonel des Suisses
, et décéda aux Guerres de Piémont
en 1537. Joachim , son aîné , mourut en
1542 , et son Epouse en 1540.
Dans la même Chapelle est aussi inhumé
François , Sire de Matignon , fils de
Charles et de Madame Léonor d'Orleans .
Son Epitaphe ,gravée sur un Marbre noir,
au dessus de la Porte , doit avoir icy sa
place.
» Peu de personnes ont eu une nais-
» sance aussi illustre. Le sang de tout ce
qu'il
1526 MERCURE DE FRANCE
» qu'il y a de Souverain dans l'Europe ſe
» voit uni à l'ancienne Tige , dont il ti-
" roit son origine; ayant eu l'honneur de
» se voir au quatrième dégré , avec les
» Rois de France , d'Espagne et d'Angle-
» terre; son courage et ses actions répon-
» dirent à sa grande noblesse. Il se dis
» tingua dès l'âge de 16 ans , aux Guer-
» res d'Italie , sous son frere aîné , Jac-
" ques de Matignon , Comte de Thori
» gny , Colonel Général de la Cavalerie
» légere et se signala ensuite au Siége de
» la Rochelle et à l'Isle de Rhé , avec son
» Régiment d'Infanterie; et après fût Co-
» lonel de la Cavalerie , Maréchal de
Camp , et Lieutenant Général dans les
» Armées du Roy. Ses services lui firent
» mériter les Charges et Gouvernemens
» de ses Peres. Il fut le fixiéme Lieutenant
,
Général de cette Province , et le cin-
» quiéme Chevalier des Ordres du Roy ,
» avec le Seigneur Evêque de Lisieux son
» frere. Sa justice et sa bonté ont attiré les
» regrets de tous ceux qui étoient sous
» son Gouvernement. Il mourut à Tho-
> rigny , le 16 de Janvier 1675.
De cette Chapelle nous passâmes dans
une autre, qui est située derriere le Grand
Autel . On y voit plusieurs Mausolées ,
dont le plus distingué est celui du fameux
JUILLET. 1733 : 1527
meux Jacques , Sire de Matignon , Maréchal
de France , Gouverneur de Guyenne,
& c. Ce Monument est au milieu de la
Chapelle , prefque tout de, Marbre noir ,
veiné de blanc, et parfaitement bien travaillé
. Il est élevé sur une Base de trois
pieds de hauteur et de quatre de largeur ,
sur une longueur de huit pieds et demi.-
Cette Basé est ornée de Bas - reliefs historiques
et symboliques de Marbre blanc,
qui ont rapport à la vie toute guerriere
de ce Seigneur. Au dessus du Tombeau
on le voit representé à genoux , de grandeur
naturelle , avec Françoise * de Dail- ,
lon , son Epouse , en deux belles Figures .
de marbre grisatre , à l'exception des têtes
et des mains qui sont de marbre blanc.
Le Maréchal est revêtu du grand Manteau
et du Collier des Ordres du Roy , et
la Dame est vêtue et coeffée selon l'usage
-du temps . Le tout est parfaitement bien
exécuté , les Draperies en particulier ont
toute la légèreté et la hardiesse possible.
Aux quatre coins du Mausolée on a élevé
sut des Piédestaux , quatre Statuës de
Femmes , d'une belle Pierre blanche , qui
représentent la Religion, la Paix , la Pru-
* Cette Dame étoit fille du Comte du Lude et de
la mme Maison que Françoise de Dallon, Epouse
de Joachim de Matignon , oncle du Maréchal .
1
dence
1528 MERCURE DE FRANCE
dence et la Force, ayant à la main ou aux
pieds les symboles qui leur conviennent.
Les Piedestaux sont chargez de quelques
Vers François ,.en l'honneur de ces deux
Illustres Personnes , par rapport aux Figures
dont je viens de parler.
Ces Vers se sentent un peu du gout du
temps , mais on est dédommagé par la
lecture d'une Epitaphe latine du Maréchal
de Matignon , qui est gravée au dessous
de sa Figure , et qui contient un abbregé
de sa vie , qui finit , selon l'Epitaphe
, le 27 de Juillet 1597. à l'âge de 72
ans. Les expressions en sont nobles et
heureuses , les pensées justes . Elle est de
la composition de Philippe Desportes ,
Abbé de Tiron. On voit aussi sur le mê--
me Monument , une Epitaphe en François
, de la Dame de Daillon son Epouse ,
gravée de même au dessous de sa Représentation
, laquelle est aussi d'une noble
et édifiante simplicité. Les Armoiries de
cette Dame se voyent en Bronze aux deux
bouts du Tombeau . Elle portoit , écartelé
au premier et au quatriéme de Dail--
lon ; au second , de Craon ; au troisième,
de Laval , et sur le tout d'Illiers.
En Face de la Porte de la même Chapelle
, on voit sous une grande Arcade,
pratiquée dans le mur , et toute incrustée
de
JUILLET. 1733 . 1529
de Marbre , le Mausolée de Henri de Matignon
; il consiste en une espece d'Urne
de fix pieds de hauteur , de Marbre noir
jaspé , supportée par quatre pattes de
Lion , de Bronze. La figure de ce Seigneur
en Marbre blanc, de grandeur naturelle,
paroît au dessus , Il est representé assis sur
Urne , armé de toutes pieces , excepté
du Casque , sur lequel il est appuyé , tenant
en main un Bâton de Commandement.
Cette figure est d'une excellente.
beauté. On lit au dessus , contre le mur ,
une Epitaphe latine , dans laquelle entre
autres chofes , on louë sa piété , sa grande
charité , son inclination pour les Lettrès
, et sa protection envers les Sçavans.
Il mourut à Caen le 28 Decembre 1682.
dans la so année de son âge ; et Marie-
Françoise de la Lutumiere , son Epouse,
lui fit eriger ce Monument.
On voit à côté et dans le même Mur
un autre moindre Mausolée de trois
Enfans de la même Maison ; sçavoir
Jean-Louis- Charles , François et Leonor
de Matignon ; tous trois fils de Henri et
de la Dame de la Lutumiere , dont le plus
âgé n'avoit que dix ans lors de son décès
arrivé à Paris , le 17 Avril 1672. Ils sont
representez sur ce Monument , qui est
presque tout de Marbre blanc , soutenu
par
1530 MERCURE DE FRANCE
ya
par quatre figures de Lion . Il y a au dessous
une Epitaphe de l'ainé,accompagnée
de Vers François , & c .
Près de ce petit Mausolée sont deux
autres Epitaphes gravées sur une grande
Table de marbre , ornée de moulures , &c .
La premiere de Charles de Matignon
Comte de Torigny et de Gacé , Marquis
de Lonré , Baron de S. Lô , Chevalier
des Ordres du Roi , et Lieutenant General
en Normandie , honoré depuis par
le Roi Louis XIII . d'un Brevet de Maréchal
de France , et de la Lieutenance
Generale de ses Armées en Bourgogne.
Il étoit fils du Maréchal de Matignon , et
de Françoise de Daillon du Lude, il mourut
le 9 Juin 1648. âgé de 84 ans.
L'autre Epitaphe est de Léonor d'Orléans
, son Epouse , fille de Léonor d'Orléans
, Duc de Longueville , et d'Etouteville
, Comte Souverain de Neufchâtel
, et de Marie de Bourbon , Princesse
du Sang , fille de François de Bourbon ,
et nièce d'Antoine , Roi de Navarre.
Elle mourut à Torigny , le 6 Juin 1639 .
âgée de 66 ans . Sa Vie est ici représentée
comme un continuel Exercice de ' pieté
envers Dieu , et de charité envers les
pauvres.
Nous rentrâmes dans la Chapelle pour
lire
JUILLET. 1733- 1531
lire à côté d'un petit Autel , l'Epitaphe
du fils aîné du Maréchal de Matignon et
de Françoise de Daillon : sçavoir , Odet
de Matignon , qui fut Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal de Camp , &c.
et rendit de grands services militaires
sur tout à la Bataille d'Yvri , où il dégagea
le Roi , le retirant presque des mains
de ses Ennemis.Il mourut âgé de 40 ans ,
à Lons le Saunier , le 7 Août de l'année
1597. ne laissant point de posterité de la
Comtesse de Maure , son Epouse.
Enfin , nous lûmes dans le même licu
Epitaphe de Charles de Matignon
Comte de Gacé , &c . Colonel du Régiment
de Vermandois , Brigadier des Armées
du Roi , lequel après s'être signalé
en Hongrie , en Hollande , en Flandres ,
en Allemagne , et en Affrique , fut blessé
mortellement à la Bataille de Senef , et
finit ses jours à Charleroy le 26 Août
1674. àgé seulement de trente- trois ans.
Son corps fut transporté à Torigny.
-Si toutes les dates marquées dans ces
Monumens sont justes , comme il y a lieu
de le présumer , on pourra s'en servir
pour en rectifier quelques-unes dans
l'Ouvrage du Pere Anselme , et ailleurs,
où il est parlé de tous ces Seigneurs.
Quoique le Maréchal de Matignon
Gou1532
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur de Guyenne , &c. ait été
l'un des plus grands Hommes de son
tems , je n'ai pas crû devoir rapporter
l'Epitaphe qui est sur son Mausolée , ni
devoir m'étendre autrement sur son sujet
, parce que sa vie a été écrite par
M. de Cailliere , et publiée à Paris chez.
Courbé en un volume in-fol. 1661. Livre
que tout le monde peut voir dans les
bonnes Bibliotheques.
Le Bourg de Torigny peut passer pour
une petite Ville à cause de son étenduë ,
et de son exemption. D'ailleurs , outre
ses deux Paroisses , S. Laurent , qui est la
principale , et Notre- Dame , il y a deux
Abbayes de l'Ordre de Citeaux . La premiere
d'Hommes , fondée au commencement
du XIV . siécle par un Archidiacre
d'Avranches , a pour Abbé Commanda
taire M. de la Chasteigneraye Ste Foy ;
la seconde de Filles est sous la conduite
de Madame de la Tour d'Auvergne. It
y a aussi dans ce Bourg un Hôpital de la
fondation de la Maison faite dans le dernier
siécle , où l'on reçoit les pauvres
malades , les Orphelins , et tous ceux qui
ne sont pas en état de gagner leur vie.
La Comté de Torigny est d'une fort
grande étenduë , et dans d'aussi beaux
droits qu'aucune autre Terre de cette qua
JUILLET. 1733. 1533
lité. M. de Matignon est aussi Seigneur
de S. Lô , Ville à deux lieues de distance
de Torigny , où l'on frappoit autrefois
de la Monnoye. De nouvelles et importantes
acquisitions , faites dans les Diocèses
de Bayeux et de Coûtances , font
qu'il n'y a pas dans toute la Province de
Normandie de Domaine plus beau et
plus étendu que le sien.
par
Je ne dois pas , en finissant ma Lettre ,
oublier de vous dire que de tous temps
le Château de Torigny a été l'abord et
le rendez-vous des Gens de Condition , et
des plus beaux esprits du pays ; attirez ,
moins la beauté du lieu , que par la
politesse et par l'affabilité des Maîtres.
Il seroit difficile de rencontrer ensemble.
trois personnes plus vénérables dans la
République des Lettres , chacune dans
son genre d'érudition , que le sçavant
M. Huet , Evêque d'Avranches , le fameux
St Evremont , et l'illustre M. de
Segrais , qui dans leur tems ont fait leurs
délices de ce séjour. En remontant plus
haut , on y a vû le sçavant Pere Mam -7
brun Jesuite , les Bochart et les Morins
de Caen , Malherbe , Sarrazin , Boisrobert
, G. André de la Roque l'Historien
les deux Corneilles , Brebeuf et autres
l'Elite des meilleursEsprits de cette gran-
.
>
de
1534 MERCURE DE FRANCE
de Province. Je suis , Monsieur , & c.
Dans la dixiéme Lettre imprimée dans
le Mercure d'Avril 1733. la mort du
Maréchal de Matignon est marquée page
696. en l'année 1594 il faut lire 1597.:
Il s'y est glissé quelques autres fautes
d'impression , on les corrigera de cette
maniere.
Page 707. ligne 8. consensitis , lisez consentitis.
P. 708. 1. 19. Provinciæ , lisez
Provincia . Le Lecteur intelligent suppléera
au reste.
Fermer
Résumé : SUITE du Voyage de Basse Normandie. LETTRE XII.
La lettre décrit le château de Torigny en Normandie, en mettant en avant sa grandeur malgré une structure irrégulière. L'entrée principale est occupée par l'église paroissiale, suivie d'une grande porte menant à une terrasse spacieuse. Le château est entouré de fossés revêtus et présente un plan en forme de quadrilatère avec trois pavillons. Joachim, Sire de Matignon, construisit le premier pavillon en pierre de taille, d'un goût antique. Le maréchal de Matignon et le comte de Matignon ajoutèrent d'autres parties du château, décorées d'ordres dorique et ionique avec un bossage alternant des pierres rouges, blanches et bleuâtres. Les galeries sont ornées de peintures représentant les alliances et les batailles des seigneurs de Matignon. Le château comprend également une cascade, des pièces d'eau, des allées, des bosquets et un terrain orné s'étendant sur plus d'une demi-lieue. Un petit château pour la chasse est visible à une lieue de distance. L'orangerie, construite par Henry de Matignon, est trop petite pour le nombre actuel d'orangers, et une nouvelle est en préparation. L'auteur ne décrit pas l'intérieur du château mais mentionne que tout y répond à sa magnificence extérieure. L'auteur passe un temps considérable dans l'église paroissiale de Saint-Laurent, examinant les mausolées et lisant les épitaphes des seigneurs de Matignon inhumés là. Parmi eux, Joachim, Sire de Matignon, et son épouse Françoise de Daillon, ainsi que François, Sire de Matignon, fils de Charles et de Léonor d'Orléans. Les mausolées de Jacques, Sire de Matignon, maréchal de France, et de Henri de Matignon, ainsi que ceux de leurs enfants et descendants, sont également détaillés. Les épitaphes fournissent des informations sur leurs vies, leurs titres et leurs actions militaires. Le bourg de Torigny, considéré comme une petite ville en raison de son étendue et de son exemption, comprend deux paroisses, Saint-Laurent et Notre-Dame, ainsi que deux abbayes cisterciennes. Il abrite également un hôpital fondé pour accueillir les pauvres malades, les orphelins et ceux incapables de subvenir à leurs besoins. La comté de Torigny est vaste et située dans une région particulièrement agréable. M. de Matignon est également seigneur de Saint-Lô, une ville distante de deux lieues de Torigny. Grâce à de récentes acquisitions dans les diocèses de Bayeux et de Coutances, le domaine de M. de Matignon est l'un des plus beaux et des plus étendus de Normandie. Le château de Torigny a toujours été un lieu de rassemblement pour les personnes de condition et les esprits brillants du pays, attirés par la politesse et l'affabilité des maîtres. Parmi les illustres visiteurs, on compte M. Huet, évêque d'Avranches, St Évremond, M. de Segrais, le père Maмбrun jésuite, les Bochart et les Morin de Caen, Malherbe, Sarrazin, Boisrobert, G. André de la Roque, les deux Corneille, Brebeuf, et d'autres esprits éminents de la province. Le texte mentionne également des erreurs d'impression dans une lettre publiée dans le Mercure d'Avril 1733, notamment concernant la date de décès du maréchal de Matignon, corrigée de 1594 à 1597.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 1676-1682
MORTS, NAISSANCES.
Début :
On a appris d'Oran que Jean-Sebastien Hue de Miromenil, cy-devant Colonel du [...]
Mots clefs :
Âge, Roi, Marquis, Mort, Capitaine, Comte, Veuve, Château, Régiment, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES.
MORTS , NAISSANCES.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
Na appris d'Oran que Jean - Sebastien
Hue de Miromenil , cy- devant Colonel du
Regiment de Querci en France , y étoit mort
des blessures reçues à la journée du 10 Juin ,
contre les Maures , le 15 du même mois , generalement
regretté des Officiers et des Soldats.
Il commandoit les Troupes Espagnoles , comme
Colonel de jour.
D. Louise-Césarine de Conflans , veuve de
Mre Emmanuel de Proisy , Marquis de Morfontaines
, mourut le 19 Juin , en son Château de
Bouleuze en Champagne , dans la 86 année de
son âge. Elle étoit fille de Christophe de Confans
, Comte de Vezilly , Seigneur de Bouleuze,
de Poilly , &c. Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy Louis XIII . et Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux Legers de cent
Maîtres , en 1635 et de D.Magdeleine de Chastillon
sur Marne , de la branche des Seigneurs
de Marigny , qui mourut veuve le 1 Septembre
1683 .
JUILLET. 1733. 1677
1683. La Marquise de Morfontaines , dont on
rapporte la mort , a eu pour fille unique, Louise
de Proisy de Morfontaines , mariée avec Emmanuel
de Hallencourt , Marquis de Dromesnil ,
cy- devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux Legers Dauphins , et frere de
Charles François de Hallencourt de Dromesnil
Evêque de Verdun ; duquel mariage est venue
une fille , qui a épousé en 1726. à l'âge de 19
ans , Charles Brulart , Marquis de Genlis . La
Généalogie de la Maison de Conflans , qui est
une branche de l'ancienne Maison de Briénne, est
rapportée dans le 6 tom . des Grands Officiers de
la Couronne , à l'article des Connétables , page
142.
?
D. Marguerite de Mareau de Villeregis , veuve
en premieres nôces de Maximilien - Claude- Franfois
, Comte de Gomiecourt , mort le 13 Mars
1665. et en secondes , depuis le 21 Septembre
1689 de Louis de Mailly , Seigneur du Fresnoy
Fécamp , la Neuville , &c. Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , et Capitaine- Lieu
tenant des Gensdarmes du Princ de Condé
mourut à Paris , le Juin , dans la 93 année
de son âge , et fut inhumée à S. Nicolas des
Champs , dans la Sépulture de sa famille. Elle a
laissé de son second mariage un fils , appellé le
Comte de Mailly , qui n'est point marié , et Elizabeth
de Mailly, mariée en 1708.avec Joachim
de la Viefville, Seigneur de Plainville , Levremont,
Rouville , Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis , et Capitaine de Vaisseaux du Roy .
Pierre-Antoine Rouillé , Seigneur de S. Seine,
Ville-Sery , Arnay , &c . Président honoraire au
Grand Conseil , mourut le Juin , âgé d'environ
to ans , il avoit été marié le 29 Mars
f
1708
1678 MERCURE DE FRANCE
4708. avec Anne le Gouz , seconde fille de Benoît
- Etienne le Gouz - Maillard , Seigneur de Seine
Ville-Serye Arnay , Président au Parle
ment de Dijon , et d'Anne Berthier.
Charles-Emmanuel de Baufremont , Barón de
Secy , Abbe commandataire des Abbaïes de saint
Pierre de Luxeuil, et de S. Paul de Besançon ,
mourut le 27 Juin , âgé de 69 ans , il étoit oncle
de Louis - Benigne de Baufremont , Marquis de
Clairvaulx , et de Listenois , Comte de Poligny
Rand , Durue , Baron de Traves , Ressin , Montsogeon
, & c. Chevalier de l'Ordre de la Toison
d'or , Biigadier des Armées du Roy , du 1 Fevrier
1719 , et cy-devant Mestre de Camp d'un
Régiment de Dragons , lequel a été marié le s
Mars 1712 avec D Helene de Courtenay , la
derniere de sa Maison , dont il a plusieurs fils ;
Paîné appelié le Marquis de Baufremont , qui a
été fat à l'âge de 18 ans , au mois de Decembre,
Mestre de Camp du Regiment de Dragon ,
qu'avoit son pere , et dans lequel il étoit Capitaine
.
<
Fréderic-Jules de la Tour , appellé le Prince
d'Auvergne, mourut à Paris le 28 Juin , après
une longue maladie , dans la 62 année de son
age , étant né le 2 May 1672. Il étoit fils puîné
de Godefroi- Maurice de la Tour , Duc de Bouilton,
d'Albret, et de Château- Thierry , Pair et Grand
Chambelian de France , mort le 25 Juillet 1721.
et de Marie-Anne Mancini , morte le 21 Juin
1914. il avoit été autrefois connu sous le nom
de Chevalier de Bouillon étant Chevalier
Grand Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérusalem
, qu'il quitta et prit ensuite le titre de Prince
d'Auvergne. Il avoit été marié le 17 Janvier
1720, avec Catherine Olive de Trantes , fille de
-
Pa
JUILLET. 1733. 1679
Patrice de Trantes,Chevalier, Baron , et d'Irlande,
Grand Trésorier d'Angleterre , sous le 1tgne de
Jacques II. qu'il suivit en France en 1689. et de
D. Eleonore de Nagle de Monamini , il en avoit
eu deux fils et une fille , mais ils sont morts en
bas âge.
9
D. Marie-Anne Foucault , veuve depuis le 14
Mars 1705. de François Petit de Villeneuve ,
Conseiller honoraire en la Cour des Ayces
mourut à Paris le 30 Juin , âgée de 85 ans ; elle
étoit soeur de Jos ph- Nicolas Foucault , Marquis
de Magny , Conseiller d'Etat ordinaire
mort le 8 Février 1721 et elle avoit tu deux
fils tous deux Présidens en la Cour des
Aydes ; l'aîné , mort l 2.4 Decembre 1751
laissant des enfans en bas áge ; le cadet étoit
mort dès le 7 Mars 1710. à l'âge de 23 ans
n'ayant laissé qu'une filie unique , Lonmée Marie-
Anne Petit de Villeneuve , née au mois de
Juillet 1709. qui a été mariée le 19 Juillet 1728,
avec Jean Baptiste Maximilien le Feron, Seigneur
du Plessis Maître des Requêtes.
Frere Nicolas de Geraldin , Chevalier , Grand
Croix , de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem ,
Grand Prieur titulaire d'Angleterre , Commandeur
de la Commanderie Magistrale de Metz ,
mourut au Château de S. Symphorien, en basse-
Normandie , le 29 Juin , âgé de 40 ans.
Claude de la Villeneuve de Languedouë , Seigneur
d'Ossonville et Ansonville , dans le Pais Chartrain
, Enseigne au Régiment des Gardes- Françoises
, et auparavant Doyen des Pages des Ecuries
du Roy , mourut à Draveil sur Seine, à l'âge
d'environ 26 ans , le 7 Juillet , sans avoir été
marié.
Jean-Baptiste d'Audiffret , Gentilhomme Provençal
160 MER CURE DE FRANCE
vençal , de la Ville de Marseille , cy.devant En
voyé Extraordinaire du Roy , auprès de S.A.R.
le Duc de Lorraine, mourut à Nancy le 9 Juillet,
âgé d'environ 76 ans , et fut inhumé avec beau
coup de pompe ; son Convoi ayant été accompagné
d'un détachement des Gardes du Duc de
Lorraine , et un grand nombre de personnes de
considération y ayant assisté.
Il fut nommé le 20 Février 1698. par le Roy,
son Envoïé extraordinaire auprès des Ducs de
Mantouë , de Parme et de Modene, et ayant été
rappellé d'Italie , il fut choisi au mois de Juillet
1703. pour aller résider avec le même caractere
d'Envoyé extraordinaire à la Cour de Lorraine.
Il remplit ce poste jusqu'au 29 Jain de
l'année derniere 1732. qu'il prit à Luneville son
audience de congé de la Duchesse doüairiere de
Lorraine. Ses longs services avoient été recompensez
au mois de Septembre dernier d'une pension
de 3000 liv. Il étoit cousin germain de
M. d'Audiffret , Maréchal des Camps et Aimées
du Roy , Gouverneur du Château d'If et Isles de
Marseille .
Charles de la Grange -Trianon , Diacre , Chahoine
Jubilaire de l'Eglise Métropolitaine de Paris
, Abbé Comandataire de l'Abbaye de saint
Sever , Ordre de S. Benoît , Diocèse de Coutances
, Prieur des Prieurez de S. Martin du Vieil ,
Bellesme , de S.. Maxire , Diocèse de la Rochelle ,
et d'Yvette , près Chevreuse , Conseiller en la
Grand- Chambre du Parlement , et Doyen des
Conseillers Clercs , mourut le 10. Juillet en sa
Maison Claustrale, dans la 80, année de son âge,
étant né à Paris le 23. Aqût 1653. d'un Faruille
très-ancienne et illustre dans la Robbe , qui finit
en sa personne. L'Abbé de la Grange avoit été
reçû
JUILLET.
1733. 1631
reçû Chanoine de Paris, le 3. Avril 1679. et Conseiller
au Parlement le 13. May 1682. et il avoit
obtenu l'Abbaye de S. Sever en 1694. Il a nommé
pour son Executeur Testamentaire M. d'Argouges,
Lieutenant Civil, auquel il fait un présent
de 4. Tableaux de prix . Il avoit fait l'année deɛniere
une donation de soooo. livres au Chapitre
de Notre Dame pour l'entretien des Orgues de
l'Eglise , à la charge d'un annuel après sa mort.
Par la mort de l'Abbé de la Grange , Jean-
Baptiste Pajot de Dampierre , Soudiacre , Chanoine
de l'Eglise de Paris , depuis le 14. Octobre
1709. et Abbé de S. Loup , Diocèse de Troyes ,
du mois de Janvier 1731. Conseiller en la cinquiéme
Chambre des Enquêtes , reçû le 17. Juillet
1715. fut appellé et monta à la Grand- Chainbre
le même jour 10. Juillet 1733.
D. Marie Regnault , Veuve en premieres Nôces
d'Edme Roger du Perron , Seigneur de Corcelles ,
Intendant pour le Roy à Cazal et à Pignerol , et
en secondes , depuis le premier Avril 1720. de
Jean- Pierre Chuberé , Conseiller , Secretaire du
Roy , Maison , Couronne de France et de ses Finances
, Avocat au Parlement , et ancien Bâton→
nier , Banquier Expeditionnaire en Cour de Rome
et Legations , mourut à Paris le 13. Juillet ,
ayant eu de son premier Mary une fille mariée
avec Pierre d'Hariague , Seigneur d'Auneau en
Beauce , Secretaire du Roy , et cy-devant Trésorier
de la Maison d'Orleans , et de son second ,
Marie- Louise Chuberé , mariée le 3. Septembre
1714. avec Jean-Baptiste- Auguste le Rebours ,
Seigneur de S. Mard sur le Mont , Conseiller au
Parlement de Paris , et morte le 29. Juin 1729.
â l'âge de 36. ans.
D. Jeanne Duranti , veuve depuis le 12. Dé
K cembre
1632 MERCURE DE FRANCE
cembre 1708, de Denis Marsollier , Conseiller au
Grand Conseil , mourut à Paris en la Capitainerie
du Louvre le 14. Juillet , dans la 92. année
de son âge , étant née au mois de May 1645 .
Elle laisse une fille unique , Epouse de Louis de
Nyert , Marquis de Gambais , Seigneur de Neuville
, Gentilhomme ordinaire du Roy , et son
premier Valet de Chambre , Gouverneur de Limoges
, Bailly de Gray , en Franche - Comté , et
Capitaine- Concierge du Château du Louvre.
D. Anno de Casteras de la Riviere , Baronne
de Conflans , Epouse de Michel - Jean- Baptiste
Charon , Marquis de Ménars , Brigadier des Armées
du Roy , Capitaine des Chasses de la Capitainerie
de Blois , Gouverneur du Château de
Blois , Chevalier de S. Louis , accoucha le 26
Juin , d'une fille , qui fut nommée Anne.
D. Marie-Elisabeth de S. Simon , Epouse de
Claude Roland, Comte de Laval - Montmorency,
Maréchal des Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Philippeville , accoucha le 27 Juin ,
d'une fille, qui fut nommée Henriette - Charlotte,
par Henry de S. Simon , Colonnel du Régiment
de S. Simon , et par D. Marie Jeanne- Louise
Bouin d'Angervilliers , Epouse du Marquis de
Ruffec , Grand d'Espagne,
D. Genevieve- Adelaide- Félicité Do , Epouse
de Louis de Brancas , Duc de Lauragais , Pair de
France , accoucha le 3 Juillet , d'un fils , qui for
nommé Louis- Léon-Félicité , par Léon de Ma
daillan de Lesparre , Comte de Lassay ; et par
D, Marie-Angelique Fremin de Moras , Epouse
de Louis- Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roy.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES.
En juin et juillet 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Jean-Sébastien Hue de Miromenil, colonel du régiment de Quercy, est mort des blessures reçues lors d'un combat contre les Maures le 15 juin. Louise-Césarine de Conflans, veuve d'Emmanuel de Proisy, marquis de Morfontaines, est décédée le 19 juin à l'âge de 86 ans. Marguerite de Mareau de Villeregis, veuve de Louis de Mailly, est morte à Paris en juin à l'âge de 93 ans. Pierre-Antoine Rouillé, seigneur de Saint-Seine, est décédé en juin à l'âge d'environ 70 ans. Charles-Emmanuel de Baufremont, baron de Secy, est mort le 27 juin à l'âge de 69 ans. Frédéric-Jules de la Tour, prince d'Auvergne, est décédé à Paris le 28 juin à l'âge de 62 ans. Marie-Anne Foucault, veuve de François Petit de Villeneuve, est morte à Paris le 30 juin à l'âge de 85 ans. Frère Nicolas de Geraldin, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé le 29 juin à l'âge de 40 ans. Claude de la Villeneuve de Languedouë, enseigne au régiment des Gardes-Françoises, est mort à Draveil sur Seine le 7 juillet à l'âge d'environ 26 ans. Jean-Baptiste d'Audiffret, envoyé extraordinaire du roi auprès du duc de Lorraine, est décédé à Nancy le 9 juillet à l'âge d'environ 76 ans. Charles de la Grange-Trianon, chanoine et abbé commandataire, est mort le 10 juillet à l'âge de 80 ans. Marie Regnault, veuve de Jean-Pierre Chuberé, est décédée à Paris le 13 juillet. Jeanne Duranti, veuve de Denis Marsollier, est morte à Paris le 14 juillet à l'âge de 92 ans. Parmi les naissances, Anne de Casteras de la Rivière, baronne de Conflans, a accouché d'une fille nommée Anne le 26 juin. Marie-Élisabeth de Saint-Simon, épouse de Claude Roland, comte de Laval-Montmorency, a donné naissance à une fille nommée Henriette-Charlotte le 27 juin. Geneviève-Adélaïde-Félicité de Durfort, épouse de Louis de Brancas, duc de Lauragais, a accouché d'un fils nommé Louis-Léon-Félicité le 3 juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 2072-2075
« Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Début :
Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...]
Mots clefs :
Prologue, Rôles, Roi, Château, Musique, Duhamel, François Colin de Blamont, Motet, Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
E 2. de ce mois après midy , le Roy
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
Lfit dans la Cour du Château de Meudon
, la Revue des deux Compagnies
de Mousquetaires de la Garde de Sa Majesté
, et après que le Roy cut passé
dans les rangs , ils firent l'Exercice des
vant S. M. qui en parut fort satisfaite ,
2 .
La nuit du 23. au 24. du mois dernier,
le feu prit chez un Boulanger du Fauxbourg
S. Martin , avec tant de violence
que toute la maison fut enfâmée avant
qu'on pût y apporter du secours ; quel,
ques autres maisons ont été endommagées
, et 15 , ou 18. personnes ont péri
dans cet lucendie , entr'autres un Religieus
SEPTEMBRE. 1933. 207}
gieux Récollet et deux Enfans de l'Hôpital
de la Trinité , qui travailloient à
L'éteindre , le plancher sur lequel ils
étoient s'étant abîmé tout à coup dans
les flâmes.
Le Concert d'Instrumens que l'Aca
démie Royale de Musique donne tous
les ans au Château des Thuilleries ,à l'occasion
de la Fête du Roy , fut executé
par un grand nombre d'excellens Simphonistes
de la même Académie , qui
joüerent differens Morceaux de Musique
de M. de Lully et d'autres Maîtres modernes
, par une des plus belles soirées
qu'il soit possible de voir , et avec une
multitude incroyable de gens de tous
états , depuis les Princes et Princesses du
Sang , jusqu'à la plus simple Bougeoisie ;
et le tout avec un tel ordre , qu'il n'est
arrivé , non - seulement aucun accident ,
mais pas même de confusion , qu'autant
qu'il eenn falloit pour produire une va
rieté agréable et des oppositions char
mantes d'âges , de Sexes , de qualitez ,
de parures , dont le clair de la Lune ne
laissoit rien perdre ; ensorte que des
Compagnies entieres de gens de grande
condition et autres , étoient dans leur
particulier au milieu de la foule , assis sur
Hii des
2074 MERCURE
DE FRANCE
des chaises qu'on trouvoit en abondante
et qu'on disposoit en rond , &c .
Le 26. Août , il y eut Concert chez
la Reine , M. de Blamont , Sur- Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter
le Prologue et le premier Acte de
Thetis et Pelée , qui fut continué le 29.
par le second et le troisiéme Acte , et
on finit le quatrième et le dernier Acte
le 2. Septembre. Les Rôles du Prologue
qui sont la Nuit , la Victoire et le Soleil ,
ont été chantéz par les Dlles Duhamel ,
Levy,et par le sieur le Begues les Princi
paux Rôles de la Piece ont été chantez par
les Dlles Antier , Mathieu , Lenner et
Courvasier , et par les sieurs Massé , le
Begue, Ducros, d'Angerville et du Bourg.
*
Le 29. on concerta le Prologue et le
premier Acte de Thésée ; les Rôles du
Prologue furent chantez par les Dlles Mathieu
et Duhamel , et par les sieurs du
Bourg et Richer , et ceux de la Piece
par les Diles Courvasier , Petitpas
Drouin et Duhamel , et par les sieurs
d'Angerville Chassé et Tribou ,
Le 23. la Reine voulut entendre le
Prologue de la premiere Entrée des Fêtes
Grecques et Romaines , de la composi →
tion de M. de Blamont. Les Dlles Antier.
et
SEPTEMBRE . 1733. 2079
et Petitpas chanterent dans le Prologue
les Roles de Clio et d'Erato , et les sieurs
Chassé et Jeliot , ceux d'Apollon et de
Terpsicore. On chanta la seconde et troisiéme
Entrée le 26. dont les principaux
Rôles furent remplis par les Dlles Antier
, Petitpas , le Maure et Mathieu
et par les sieurs Chassé et Jeliot ; tous
ces differens Concerts firent beaucoup
de plaisir et l'éxécution en fut parfaite.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité
de la Vierge , il y eut Concert Spirituel
au Château des Thuilleries , on y chanta
le Confitebor , Motet de M. de la Lande,
qui fut suivi d'un petit Motet à voix
seule , chanté par la Dlle Petitpas , et
d'un autre par la Dlle Julie ; après plusieurs
Pieces de Simphonie excellem-
- ment executées , le Concert finit par lė
Motet Exultate justi , du même Auteur .
Fermer
Résumé : « Le 2. de ce mois après midy, le Roy fit dans la Cour du Château de Meudon, [...] »
Le 2 septembre, le roi inspecta les Mousquetaires de la Garde à Meudon et fut satisfait de leur exercice. La nuit du 23 au 24 août, un incendie chez un boulanger à Saint-Martin détruisit sa maison et endommagea plusieurs autres, causant la mort de 15 à 18 personnes, dont un religieux Récollet et deux enfants de l'Hôpital de la Trinité. Le 26 août, un concert à l'Académie Royale de Musique aux Tuileries célébra la fête du roi avec des œuvres de Lully et d'autres compositeurs modernes, attirant une foule diverse sans incident. Du 26 août au 2 septembre, des concerts à la cour inclurent des extraits de 'Thetis et Pelée' et 'Thésée', avec des chanteurs tels que les demoiselles Duhamel, Antier, et Mathieu, ainsi que les sieurs Massé et le Begue. Le 23 août, la reine écouta le prologue des 'Fêtes Grecques et Romaines' de Blamont. Le 8 septembre, à la fête de la Nativité de la Vierge, un concert spirituel aux Tuileries présenta des motets de La Lande et des pièces de symphonie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 2508-2509
ARMÉE D'ITALIE.
Début :
Les Troupes du Roy qui s'étoient mises en marche depuis le 12 Octobre, pour passer [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Troupes, Armée, Prince, Château, Marquis de Coigny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE.
ARMEE D'ITALIE.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
L
Es Troupes du Roy qui s'étoient mises en
marche depuis le 12 Octobre , pour passer
les Alpes par Briançon , par la Vallée de Barce-
Jonnette et par la Savoye , s'étant assemblées .
sous Verceil et sous Mortare , elles joignirent les
Troupes du Roy de Sardaigne. Ce Prince partit
de Turin le 29 du mois dernier pour aller se
mettre à la tête de l'Armée . Il arriva le même:
jour à Vigevano , où les Troupes du Roy et les
siennes s'étoient renduës .
Ce Prince après avoir détaché deux Corps de
Troupes pour aller former le Blocus de Tortonne
et celui de Novarre , se disposoit à marcher
avec l'Armée pour investir Pavie , lorsque les
Députez de cette Ville vinrent lui en apporter les
Clefs et celles du Château. Le Marquis d'Aix que
le Roy de Sardaigne a choisi pour commander
dans cette Place , a trouvé que les trois Bataillons
des Troupes de l'Empereur qui en sont sorzis
, y ont laissé 35 Piéces de Canon et 300 milliers.
NOVEMBRE. 1733 2.509.
liers de Poudre,avec beaucoup d'autres munitions.
de guerre.
Le Roy de Sardaigne s'étant avancé vers Pavie
,y a reçu le 4 de ce mois la députation du
Sénat et de la Ville de Milan, et il a commandé
le Marquis de Coigny , Lieutenant General des .
Armées du Roy , avec 9000 hommes pour s'assurer
de cette Place , et pour former le Blocus du
Château.
L'Armée devoit séjourner à Pavie les de ce
mois , et le Roy de Sardaigne comptoit s'avancer
le lendemain sur l'Adda , pour aller à Pizzi
ghitonne.
Le Maréchal Duc de Villars arriva à Turin ,,
le 6 de ce mois ; le lendemain il eut l'honneur de
rendre ses respects à la Reine de Sardaigne , et au
Duc de Savoye , et il partit le 9 , pour se rendre à
l'Armée , qu'il comptoit joindre le 11 , à Pizzighitone..
Suivant les dernieres nouvelles reçuës, de KArmée
, le Roy de Sardaigne devoit partir de Pa
vie le 7, pour marcher à Pizzighitone . Ce Prince
avoit envoyé ordre au Marquis de Coigny
Lieutenant General , de laisser à Milan une partie
des Troupes qu'il avoit pour former le Blo ..
cus du Château , et d'aller le 6 avec s Bataillons
ets Escadrons occuper Lodi , où le Duc d'Harcourt
, Marêchal de Camp , à la tête de 12 Es
cadrons , avoit eu ordre de se rendre.
Fermer
Résumé : ARMÉE D'ITALIE.
En octobre 1733, les troupes françaises traversèrent les Alpes et se rassemblèrent à Vercelli et Mortara, rejoignant les forces du roi de Sardaigne à Vigevano le 29 octobre. Elles bloquèrent Tortonne et Novarre avant de marcher sur Pavie, qui se rendit sans combat. Le marquis d'Aix fut nommé commandant de Pavie, où il trouva des munitions laissées par les troupes impériales. Le 4 novembre, le roi de Sardaigne reçut la députation de Milan à Pavie et ordonna au marquis de Coigny de sécuriser Milan avec 9 000 hommes. L'armée prévoyait d'avancer sur l'Adda le 6 novembre vers Pizzighettone. Le maréchal duc de Villars arriva à Turin le 6 novembre, rencontra la reine de Sardaigne et le duc de Savoie, puis rejoignit l'armée à Pizzighettone le 9 novembre. Le roi de Sardaigne quitta Pavie le 7 novembre pour Pizzighettone, laissant des troupes à Milan et Lodi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 2915-2921
ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Début :
Le Maréchal de Villars arriva le 14 Decembre à Milan, où les Troupes [...]
Mots clefs :
Marquis, Régiment, Brigadier, Troupes du roi, Grenadiers, Tranchée, Château, Roi de Sardaigne, Siège du château de Milan, Chemin couvert , Maréchal de camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
ARME'E D'ITALIE,
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
Fermer
Résumé : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Le maréchal de Villars arriva à Milan le 14 décembre 1733, où les troupes françaises et sardes, parties du camp devant Pizzighitone les 9 et 10 décembre, s'étaient rendues pour faire le siège du château de Milan. La tranchée fut ouverte la nuit du 15 au 16 décembre sous les ordres du marquis d'Asfeld et du marquis de Louvigny, avec le soutien de plusieurs régiments. Deux parallèles furent établies sans perte humaine. Le 16 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Savines et le marquis de Mison avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Les travaux avancèrent pendant la nuit. Le 17 décembre, le marquis de Cadrieux et M. de Cadeville prirent la relève avec des bataillons du régiment de Champagne et des grenadiers du régiment de Savoie. Des batteries de canons et de mortiers furent établies, provoquant une riposte ennemie intense. Les jours suivants, les travaux continuèrent avec des relèves régulières par divers officiers et régiments. Le 20 décembre, une parallèle fut établie dans un avant-fossé, et des sapes furent poussées vers le chemin couvert. Les ennemis continuèrent à tirer, mais leur feu diminua le 24 décembre lorsque les batteries françaises commencèrent à tirer. Le 25 décembre, le marquis de Lanion et le marquis de Louvigny prirent la relève avec des régiments de la Saarre et de la Ferté-Imbaut. Les sapes atteignirent le chemin couvert, et les travaux pour éventer les mines continuèrent. Le 26 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Fervaques et le marquis de Mison avec des régiments du Royal Roussillon et de Piémont. Les mineurs découvrirent des galeries abandonnées, permettant aux troupes françaises de s'installer dans le chemin couvert. Les batteries furent perfectionnées pour battre les fortifications ennemies. Le 28 décembre, la tranchée fut relevée par le duc d'Harcourt et M. de Cumiane avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Le 30 décembre, après la capitulation, la garnison du château, réduite à environ 800 hommes, sortit avec les honneurs de la guerre et se retira à Mantoue. Le siège de Novarre fut ensuite résolu, avec 15 bataillons français et 3 bataillons sardes partant pour cette mission. Le marquis de Coigni commanda ce siège, assisté par plusieurs maréchaux de camp. Par ailleurs, le comte de Broglio envoya un détachement pour s'emparer de Guastalle, et le comte de Boissieux prit le contrôle du château de Lecco et du fort de Fuentes, capturant leur garnison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 161-162
ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
Début :
La Garnison du Château de Milan en sortit le 2. de ce mois avec les honneurs de la [...]
Mots clefs :
Novare, Troupes, Nuit, Marquis de Coigny, Compagnies de grenadiers, Château, Mois, Guerre, Tranchée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
AR ME'E D'ITALIE
Prise de Novarre , & c.
A Garnison du Château de Milan en sortit
le 2. de ce mois avec les honneurs de la
Guerre. Le Maréchal Visconti qui étoit à la
tête , l'a conduite à Mantouë , au nombre d'environ
800 hommes.
•
Les Troupes qui avoient été commandées
après cette expedition pour aller sous les ordres
du Marquis de Coigny , Lieutenant General
' faire le Siége de Novarre , étant arrivées devant
cette Place , la Tranchée fut ouverte la nuit du
sau 6 de ce mois : on y employa deux mille
Travailleurs , soutenus par les deux Bataillons
du Regiment Dauphin , et par six Compagnies
de Grenadiers et les Troupes furent commandées
par M. d'Affry Maréchal de Camp. On
forma pendant cette nuit une parallele d'environ
300 toises , sans perdre un seul homme , quoique
les assiégez se fussent apperçus des travaux,
parce qu'un brouillard très épais joint à l'obscu
rité de la nuit , avoir obligé d'allumer des méches
de distance en distance pour être en état de traouvrages.
ser les
>
H▾
2
Le
162 MERCURE DE FRANCE
1
Le 6 le Marquis de Fervaques Maréchal de
Camp , releva la Tranchée avec deux Bataillons
des Troupes du Roy de Sardaigne , et quatre
Compagnies de Grenadiers de celles du Roy ;
on perfectionna les travaux commencez la
veille , et on établit deux Batteries de quatre
Mortiers chacune , lesquelles commencerent à
tirer le lendemain : pendant la nuit on fit une
seconde parallele et plusieurs communications
avec la premiere.
On travailloit le à placer les Batteries de
Canon lorsque les assiégez demanderent à capituler.
Il leur fut accordé de sortir avec les
honneurs de la Guerre et deux pièces de Canon ,
et le Gouverneur s'obligea par la capitulation
de faire sortir sans Canon ni Artillerie le Détachement
de la Garnison qui etoit dans le Fort
d'Arrona.
Le Maréchal de Villars ayant appris à Milan
le 8 de ce mois par un Courier que lui dépêcha
le Marquis de Coigny, la Prise de Novarre et du
Fort d'Arrona il fit partir sur le champ le
Marquis de Firmacon , pour en aller porter la
nouvelle au Roy .
,
La Garnison de Novarre qui étoit de 1300
hommes , en est sortie le 10 pour se retirer à
Mantouë.
Le Marquis de Maillebois, Lieutenant General ,
arriva le s devant le Château de Sarravale , et le
même jour le Commandant qui avoit été sommé
de se rendre , demanda à capituler vers les
huit heures du soir.
Le Marquis de la Chatre qui commandoit la
Tranchée , entra à la tête des Troupes dans le
Château , où il fit exécuter ce qui avoit été convenu
avec le Commandant la Garnison : été
faite Prisonniere de Guerre , les Officiers ont été
envoyez à Alexandrie , et les Soldats à Asti .
Prise de Novarre , & c.
A Garnison du Château de Milan en sortit
le 2. de ce mois avec les honneurs de la
Guerre. Le Maréchal Visconti qui étoit à la
tête , l'a conduite à Mantouë , au nombre d'environ
800 hommes.
•
Les Troupes qui avoient été commandées
après cette expedition pour aller sous les ordres
du Marquis de Coigny , Lieutenant General
' faire le Siége de Novarre , étant arrivées devant
cette Place , la Tranchée fut ouverte la nuit du
sau 6 de ce mois : on y employa deux mille
Travailleurs , soutenus par les deux Bataillons
du Regiment Dauphin , et par six Compagnies
de Grenadiers et les Troupes furent commandées
par M. d'Affry Maréchal de Camp. On
forma pendant cette nuit une parallele d'environ
300 toises , sans perdre un seul homme , quoique
les assiégez se fussent apperçus des travaux,
parce qu'un brouillard très épais joint à l'obscu
rité de la nuit , avoir obligé d'allumer des méches
de distance en distance pour être en état de traouvrages.
ser les
>
H▾
2
Le
162 MERCURE DE FRANCE
1
Le 6 le Marquis de Fervaques Maréchal de
Camp , releva la Tranchée avec deux Bataillons
des Troupes du Roy de Sardaigne , et quatre
Compagnies de Grenadiers de celles du Roy ;
on perfectionna les travaux commencez la
veille , et on établit deux Batteries de quatre
Mortiers chacune , lesquelles commencerent à
tirer le lendemain : pendant la nuit on fit une
seconde parallele et plusieurs communications
avec la premiere.
On travailloit le à placer les Batteries de
Canon lorsque les assiégez demanderent à capituler.
Il leur fut accordé de sortir avec les
honneurs de la Guerre et deux pièces de Canon ,
et le Gouverneur s'obligea par la capitulation
de faire sortir sans Canon ni Artillerie le Détachement
de la Garnison qui etoit dans le Fort
d'Arrona.
Le Maréchal de Villars ayant appris à Milan
le 8 de ce mois par un Courier que lui dépêcha
le Marquis de Coigny, la Prise de Novarre et du
Fort d'Arrona il fit partir sur le champ le
Marquis de Firmacon , pour en aller porter la
nouvelle au Roy .
,
La Garnison de Novarre qui étoit de 1300
hommes , en est sortie le 10 pour se retirer à
Mantouë.
Le Marquis de Maillebois, Lieutenant General ,
arriva le s devant le Château de Sarravale , et le
même jour le Commandant qui avoit été sommé
de se rendre , demanda à capituler vers les
huit heures du soir.
Le Marquis de la Chatre qui commandoit la
Tranchée , entra à la tête des Troupes dans le
Château , où il fit exécuter ce qui avoit été convenu
avec le Commandant la Garnison : été
faite Prisonniere de Guerre , les Officiers ont été
envoyez à Alexandrie , et les Soldats à Asti .
Fermer
Résumé : ARMÉE D'ITALIE, Prise de Novarre, &c.
Le texte décrit plusieurs événements militaires en Italie. Le 2 du mois, la garnison du Château de Milan, dirigée par le Maréchal Visconti, quitta Milan avec les honneurs de la guerre et se dirigea vers Mantoue, composée d'environ 800 hommes. Par la suite, des troupes commandées par le Marquis de Coigny arrivèrent devant Novarre pour en faire le siège. La nuit du 6 du mois, une tranchée fut ouverte par 2 000 travailleurs soutenus par des bataillons du Régiment Dauphin et des compagnies de grenadiers, sous les ordres de M. d'Affry. Malgré la vigilance des assiégés, les travaux furent réalisés sans perte grâce à un brouillard épais. Le 6, le Marquis de Fervaques prit le relais avec des troupes du Roi de Sardaigne et des grenadiers, perfectionnant les travaux et établissant des batteries de mortiers. Pendant la nuit, une seconde parallèle et plusieurs communications furent créées. Alors que les batteries de canon étaient en cours de placement, les assiégés demandèrent à capituler. Ils obtinrent de sortir avec les honneurs de la guerre et deux pièces de canon, tandis que le gouverneur dut faire sortir le détachement du Fort d'Arrona sans canon ni artillerie. Le Maréchal de Villars, informé de la prise de Novarre et du Fort d'Arrona, envoya le Marquis de Firmacon porter la nouvelle au Roi. La garnison de Novarre, composée de 1 300 hommes, se retira à Mantoue le 10. Par ailleurs, le Marquis de Maillebois arriva devant le Château de Sarravale et le commandant demanda à capituler. La garnison fut faite prisonnière de guerre, les officiers furent envoyés à Alexandrie et les soldats à Asti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
40
p. 169-173
« Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Début :
Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Château, Reine, Marquis, Chevaliers, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.;
L
E premier Janvier les Princes et
Princesses du Sang et les Seigneurs
et Dames de la Cour , curent l'honneur
de complimenter le Roy et la Reine sur
la nouvelle année.
170 MERCURE DE FRANCE
,
Le même jour le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du
Duc du Maine , du Prince de Dombes
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse,
et des Chevaliers Commandeurs et Officiers
des ordres qui s'étoient assemblez
dans le Cabinet de S. M. se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles . Le
Roy devant lequel les deux Huissiers de
la Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. Le Roy
entendit la Gran P'Messe chantée par la
Musique à laquelle l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
officia pontificalement. Après la Messe
$. M. fut reconduite dans son Appartement
avec les Cérémonies accoutumées.
,
Le 2 le Roy accompagné comme le
jour précédent , se rendit à la Chipelle
vers les onze heures : S. M. étoit en
Habit violet er en Manteau court ,
la
Collier de l'Ordre par - dessus, et les Chevaliers
en Habits noirs et Manteau court,
le Roy assista à la Grand'Messe qui fut
célébrée par le même Prélat , pour le repos
des Ames des Chevaliers et Commandeurs
de l'Ordre, morts depuis le Service
solemJANVIER
1734 171
solemnel fait pour le même sujet le 5 Juin
1724, Ce Service ordonné par les Statuts
de l'Ordre , et qui depuis quelque tems
n'avoit été célébré , le sera dans la
pas
suite tous les ans le 2 Janvier où le lendemain
de la Fête de la Purification .
Le 3 la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury son Grand Aumonier.
Le 3 de ce mois les Députez des Etats
de Bretagne curent audiance publique du
Roy , étant présentez par le Comte de
Toulouze , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , et conduits par le Grand
Maître et par le Maître des Cérémonies.
Ils eurent le même jour audiance de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin er
de Mesdames de France. La Députation
étoit composée pour le Clergé de l'Evêque
de Tréguier qui porta la parole , du
Sr Baillon Sénéchal de la Ville de Rennes
pour le Tiers - Etar et du Comte de
Coëtlogon , Syndic de la Province. Le
Député pour la Noblesse étoit le Marquis
de Lannion , Maréchal de Camp , qui ne
s'eft point trouvé à l'audiance de S. M.
parce qu'il est actuellement employê à
l'Armée d'Italie.
172 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a accordé au Comte de Tous
louze , Amiral de France , la Survivance
de cette Charge pour le Duc de Penthiévre
son fils , qui prêta serment le 4. entre
les mains de S. M.
Le Marquis de Villars qui étoit parti
e Milan le 30. Décembre après midi,
arriva àVersailles le 4. de ce mois au soir,
et apporta au Roy la nouvelle de la prise
du Château de Milan .
Le 14 après midi , le Roy reçut par le
Marquis de Firmarcon que le Maréchal
de Villars a dépêché à S. M. la nouvelle
de la prise de Novarre et du Fort
d'Arrona.
La Duchesse d'Alincourt ayant demandé
à S. M. la permission de remettre sa
place de Dame du Palais de la Réine
le Roy a nommé pour la remplacer la
Duchesse de Bouflers.
François de Franquetot , Marquis de
Coigny , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de ses Armées , servant
actuellement en son Armée d'Italie,
et Gouverneur de la Ville , Château et
Principauté de Sédan , a obtenu l'agrément
du Roy de se démettre de la Charge
JANVIER. 1734 175
ge
de Colonel Generai des Dragons , en
faveur de Jean Antoine-François de Franqu
tot , Comte de Coigry , son fils , né
le 27 Septembre 1702. Grand Bailli et
Gouverneur de la Ville et Château de
Caën Le Marquis de Coigny avoit été
pourvû de cette Charge de Colonel General
le 7 Décembre 1704 .
Le Régiment de Cavalerie vacant par
la mort du Marquis d'Urfé , a été donné
à François Bernardin du Chastelet, Marquis
d'Aubigny , Comte de Clémont ,
connu sous le nom de Marquis du Chastelet
, Brigadier des Armées du Roy , du
premier Février 1719 , et Gouverneur du
Château de Vincennes.
L
E premier Janvier les Princes et
Princesses du Sang et les Seigneurs
et Dames de la Cour , curent l'honneur
de complimenter le Roy et la Reine sur
la nouvelle année.
170 MERCURE DE FRANCE
,
Le même jour le Roy accompagné du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty du
Duc du Maine , du Prince de Dombes
du Comte d'Eu , du Comte de Toulouse,
et des Chevaliers Commandeurs et Officiers
des ordres qui s'étoient assemblez
dans le Cabinet de S. M. se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles . Le
Roy devant lequel les deux Huissiers de
la Chambre portoient leurs Masses , étoit
en Manteau , le Collier de l'Ordre par
dessus , ainsi que les Chevaliers. Le Roy
entendit la Gran P'Messe chantée par la
Musique à laquelle l'Archevêque de
Vienne , Prélat Commandeur de l'Ordre
officia pontificalement. Après la Messe
$. M. fut reconduite dans son Appartement
avec les Cérémonies accoutumées.
,
Le 2 le Roy accompagné comme le
jour précédent , se rendit à la Chipelle
vers les onze heures : S. M. étoit en
Habit violet er en Manteau court ,
la
Collier de l'Ordre par - dessus, et les Chevaliers
en Habits noirs et Manteau court,
le Roy assista à la Grand'Messe qui fut
célébrée par le même Prélat , pour le repos
des Ames des Chevaliers et Commandeurs
de l'Ordre, morts depuis le Service
solemJANVIER
1734 171
solemnel fait pour le même sujet le 5 Juin
1724, Ce Service ordonné par les Statuts
de l'Ordre , et qui depuis quelque tems
n'avoit été célébré , le sera dans la
pas
suite tous les ans le 2 Janvier où le lendemain
de la Fête de la Purification .
Le 3 la Reine communia par les mains
du Cardinal de Fleury son Grand Aumonier.
Le 3 de ce mois les Députez des Etats
de Bretagne curent audiance publique du
Roy , étant présentez par le Comte de
Toulouze , Gouverneur de la Province ,
et par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , et conduits par le Grand
Maître et par le Maître des Cérémonies.
Ils eurent le même jour audiance de la
Reine , de Monseigneur le Dauphin er
de Mesdames de France. La Députation
étoit composée pour le Clergé de l'Evêque
de Tréguier qui porta la parole , du
Sr Baillon Sénéchal de la Ville de Rennes
pour le Tiers - Etar et du Comte de
Coëtlogon , Syndic de la Province. Le
Député pour la Noblesse étoit le Marquis
de Lannion , Maréchal de Camp , qui ne
s'eft point trouvé à l'audiance de S. M.
parce qu'il est actuellement employê à
l'Armée d'Italie.
172 MERCURE DE FRANCE
Le Roy a accordé au Comte de Tous
louze , Amiral de France , la Survivance
de cette Charge pour le Duc de Penthiévre
son fils , qui prêta serment le 4. entre
les mains de S. M.
Le Marquis de Villars qui étoit parti
e Milan le 30. Décembre après midi,
arriva àVersailles le 4. de ce mois au soir,
et apporta au Roy la nouvelle de la prise
du Château de Milan .
Le 14 après midi , le Roy reçut par le
Marquis de Firmarcon que le Maréchal
de Villars a dépêché à S. M. la nouvelle
de la prise de Novarre et du Fort
d'Arrona.
La Duchesse d'Alincourt ayant demandé
à S. M. la permission de remettre sa
place de Dame du Palais de la Réine
le Roy a nommé pour la remplacer la
Duchesse de Bouflers.
François de Franquetot , Marquis de
Coigny , Chevalier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General de ses Armées , servant
actuellement en son Armée d'Italie,
et Gouverneur de la Ville , Château et
Principauté de Sédan , a obtenu l'agrément
du Roy de se démettre de la Charge
JANVIER. 1734 175
ge
de Colonel Generai des Dragons , en
faveur de Jean Antoine-François de Franqu
tot , Comte de Coigry , son fils , né
le 27 Septembre 1702. Grand Bailli et
Gouverneur de la Ville et Château de
Caën Le Marquis de Coigny avoit été
pourvû de cette Charge de Colonel General
le 7 Décembre 1704 .
Le Régiment de Cavalerie vacant par
la mort du Marquis d'Urfé , a été donné
à François Bernardin du Chastelet, Marquis
d'Aubigny , Comte de Clémont ,
connu sous le nom de Marquis du Chastelet
, Brigadier des Armées du Roy , du
premier Février 1719 , et Gouverneur du
Château de Vincennes.
Fermer
Résumé : « Le premier Janvier les Princes et Princesses du Sang et les Seigneurs [...] »
Le 1er janvier, les membres de la cour ont félicité le roi et la reine pour la nouvelle année. Le roi, accompagné de plusieurs ducs et princes, a assisté à la grand-messe à la chapelle du château de Versailles, officiée par l'archevêque de Vienne. Le 2 janvier, le roi a de nouveau participé à la grand-messe, cette fois en mémoire des chevaliers et commandeurs de l'ordre décédés depuis le service solennel du 5 juin 1724. Le 3 janvier, la reine a communié et les députés des États de Bretagne ont été reçus en audience publique par le roi, le dauphin et les princesses de France. À cette occasion, le comte de Toulouse a été nommé amiral de France et son fils a prêté serment pour la survivance de cette charge. Le marquis de Villars a annoncé la prise du château de Milan. Le 14 janvier, le roi a appris la prise de Novarre et du fort d'Arrona. La duchesse d'Alincourt a été remplacée par la duchesse de Bouflers comme dame du palais de la reine. Le marquis de Coigny a obtenu l'approbation du roi pour transmettre la charge de colonel général des dragons à son fils. Enfin, le régiment de cavalerie vacant à la suite du décès du marquis d'Urfé a été attribué au marquis du Chastelet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 793-798
« Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
Début :
Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...]
Mots clefs :
Roi, Sa Majesté, Reine, Château, Musique, Camp, Régiment, Concert, Lieutenant, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
E Roy a donné il y a déja quelque
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
Fermer
Résumé : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
En 1734, plusieurs événements militaires et religieux marquants ont eu lieu. Le roi a nommé M. de Sioujeat gouverneur de Thionville, Lieutenant Général de ses armées. Le Marquis de Montrevel a été promu Maréchal de Camp et était Maître de Camp du Régiment de Cavalerie du roi, sans être Colonel du Régiment de Rouergue. Le Marquis de Graville a été désigné Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie d'Orléans, le Chevalier de Castelane Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Dragons d'Orléans, et M. de Saint Simon Maître de Camp Lieutenant du Régiment du Mayne. Une École de Trompettes a été établie à l'Hôtel Royal des Invalides pour servir dans les troupes du roi. Les trompettes y sont formés aux frais de Sa Majesté et reçoivent une augmentation de salaire proportionnelle à leurs progrès. Le 21 mars, l'Évêque d'Évreux a été sacré dans l'Église du Noviciat des Jésuites par l'Archevêque de Rouen, assisté des Évêques de Coutances et de Metz. Le 25 mars, il a prêté serment de fidélité au roi. Le 31 mars, un concert a eu lieu à Versailles chez la Reine, où M. Destouches, Surintendant de la Musique du roi, a fait chanter le prologue et le premier acte de l'opéra 'Tarsis et Zélie'. Les 6 et 7 avril, l'opéra a été continué, suscitant une grande satisfaction royale. Le 11 avril, un concert spirituel a été donné au Château des Tuileries, avec des motets chantés par les demoiselles Erremens, Petitpas, Julie et une autre chanteuse de province. Le concert s'est terminé par le 'Miserere' de M. de Lalande. Le Marquis de Nicolaï a pris possession de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes le 7 avril, après la démission de son père. Le 6 avril, le roi a passé en revue les Mousquetaires de la Garde à la Place d'Armes. Le 18 avril, un concert a été continué pendant la Semaine Sainte, avec des motets de M. de Lalande et d'autres maîtres modernes. Les lettres de Madrid indiquent que le Prince des Asturies était presque guéri d'une opération. Le roi a assisté à diverses cérémonies religieuses durant la Semaine Sainte, incluant la bénédiction des palmes, la messe, les vêpres, et le lavement des pieds. Le Vendredi Saint, le roi et la reine ont assisté au sermon de la Passion. Le Samedi Saint, le roi a communié et touché un grand nombre de malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 2136-2139
LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
Début :
SI tous les Sujets de S. M. ont donné des marques de la plus vive douleur, en apprenant sa maladie, [...]
Mots clefs :
Roi, Fête, Château, Officiers, Bourgeois, Habitants, Table, Santé, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
LETTRE écrite de CHOISI - LE -ROL,
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
Fermer
43
p. 2304-2305
ACTIONS de graces & Fête à Nogent-le-Rotrou. Extrait d'une Lettre du 17 Septembre 1744.
Début :
M. le Duc de Sully, Seigneur de la Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche, [...]
Mots clefs :
Officiers, Bailliage, Château, Te Deum, Roi, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTIONS de graces & Fête à Nogent-le-Rotrou. Extrait d'une Lettre du 17 Septembre 1744.
ACTIDNS degrâces& Fête à Nogem-le-
Roîrou. Extrait d'une Lettre du 17
Septembre 1744. M le Duc de Sully, Seigneur de la
Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche
,
nommée aujourd'hui dans tous les
ActesNogent-le-Bethune,ayant donné ses
ordres, pour que dans touslesLieuxqui lui
appartiennent, il fut rendu à Dieu de solemnelles
actionsde grâces v&c. pour l'heureux
rétablissement de la- santé du Roi, M.
Morin,l'un des principaux Officiers du Bailliage
& de la Police de Nogent, chargé par
desordres particuliers, s'en est acquitté ici
avec tout le zéle & tout le succès possibles.
LaFêtefutannoncée le soir parleson
des Cloches,& commencée par un Te Denm-,
solemnellement chanté dans l'Eglise Collégiale
de S. Jean. Le Bailliage en Corps,
ayantM.de Perceval ,Lieutenant Général,
à latête
,
& le Corps de Ville, y assisterent,
accompagnésde deux Compagnies de Milice
Bourgoise, avec leurs Officiers & les
Enseignes déployées.
Après le Te Dmm
, on alluma le Feu de
joye
,
quiavoit été préparé devant la principale
Porte du Château ; un Peuple innom
nombrable fit en même-tems retentir l'air
de cris redoublés de Vive le Roi. On fit pluſieurs
décharges de moufqueterie , & on
entendit par întervalles la Symphonie de
pluſieurs Inſtrumens.
Après cette Cérémonie , toute la façade
du Château fut illuminée avec beaucoup
d'art : un tems doux & tranquile conferva
long-tems le feu des Lampions , enforte que
toute la Ville , qui eſt beaucoup dominée
par le Château , eût le plaiſir de joüir longtems
de cet agréable ſpectacle.
M. Morin donna enfuite un grand repas ,
auquel fûrent invités le Doyen de S. Jean ,
les Officiers & Avocats du Bailliage , le
Maire , les Officiers de la Bourgeoifie , &
d'autres perſonnes de diſtinction. Tout y
fût ſervi avec autant de profuſion que de
délicateſſe. Toute la Ville étoit dans la
joye ; les Violons donnerent des Serenades
à la porte des principaux Officiers ,
&la Fête , qui dura preſque toute la nuit ,
fût terminée ſans le moindre bruit , &à la
fatisfaction de tout le monde.
Roîrou. Extrait d'une Lettre du 17
Septembre 1744. M le Duc de Sully, Seigneur de la
Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche
,
nommée aujourd'hui dans tous les
ActesNogent-le-Bethune,ayant donné ses
ordres, pour que dans touslesLieuxqui lui
appartiennent, il fut rendu à Dieu de solemnelles
actionsde grâces v&c. pour l'heureux
rétablissement de la- santé du Roi, M.
Morin,l'un des principaux Officiers du Bailliage
& de la Police de Nogent, chargé par
desordres particuliers, s'en est acquitté ici
avec tout le zéle & tout le succès possibles.
LaFêtefutannoncée le soir parleson
des Cloches,& commencée par un Te Denm-,
solemnellement chanté dans l'Eglise Collégiale
de S. Jean. Le Bailliage en Corps,
ayantM.de Perceval ,Lieutenant Général,
à latête
,
& le Corps de Ville, y assisterent,
accompagnésde deux Compagnies de Milice
Bourgoise, avec leurs Officiers & les
Enseignes déployées.
Après le Te Dmm
, on alluma le Feu de
joye
,
quiavoit été préparé devant la principale
Porte du Château ; un Peuple innom
nombrable fit en même-tems retentir l'air
de cris redoublés de Vive le Roi. On fit pluſieurs
décharges de moufqueterie , & on
entendit par întervalles la Symphonie de
pluſieurs Inſtrumens.
Après cette Cérémonie , toute la façade
du Château fut illuminée avec beaucoup
d'art : un tems doux & tranquile conferva
long-tems le feu des Lampions , enforte que
toute la Ville , qui eſt beaucoup dominée
par le Château , eût le plaiſir de joüir longtems
de cet agréable ſpectacle.
M. Morin donna enfuite un grand repas ,
auquel fûrent invités le Doyen de S. Jean ,
les Officiers & Avocats du Bailliage , le
Maire , les Officiers de la Bourgeoifie , &
d'autres perſonnes de diſtinction. Tout y
fût ſervi avec autant de profuſion que de
délicateſſe. Toute la Ville étoit dans la
joye ; les Violons donnerent des Serenades
à la porte des principaux Officiers ,
&la Fête , qui dura preſque toute la nuit ,
fût terminée ſans le moindre bruit , &à la
fatisfaction de tout le monde.
Fermer
44
p. 2338-2340
« On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
Début :
On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris de Luneville du 2 de ce mois, que le Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à [...] »
On a appris de Luneville du 2 de ce mois,que le
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
Roi étant parti de Metz le 29 du mois dernier à
midi , s'y rendit le même jour , après avoir traverſe
la Ville de Nancy , où S. M. vit les préparatifs d'une
illumination générale & des autres marques de réjouiſſance
, par leſquelles les habitans de cette Ca
pitale ſe diſpoſoient à faire éclater ce jour-là leur
joye d'avoir eû le bonheur de voir le Roi Le Peuple
du Pays , qui étoit accouru ſur le paſſage de S.
M. a montré par de continuelles acclamations ſes
ſentimens pour elle.
Vers les huit heures du ſoir , le Roi arriva au
Château , dont la façade étoit illuminée du côté de
la Ville & de celui du Jardin avec beaucoup de
goût & de magnificence. Les aîles de la grande &
de la petite cour , & la cour intérieure , l'étoient
auffi , & cette illumination , marquant le deſſein
de l'Architecture , qui est très-belle , produiſoit un
effet aufli admirable qu'on en ait jamais vû en ce
genre.
Le Roi trouva , en entrant dans laVille , les deux
Compagnies des Gardes du Corps du Roi de Pologne
, & dans la premiere cour du Château les Gardes
à pied de ce Prince. S. M. deſcendit de caroffe
ſous le Periſtille , où elle fut reçûë par le Roi de
Pologne,qui la conduiſit dans l'appartement qu'elle
devoit occuper , &dans lequel la Reine , qui étoit
arrivée à Luneville la veille , & la Reine de Pologne,
attendoient le Roi.
Les cris de Vive le Roi , au bruit deſquels S. M.
étoit entrée au Château , ſe renouvellerent toutes
. les
OCTOBRE. 2339 1744.
les fois qu'elle parut à la fenêtre , & ils durerent
juſqu'à ce que le Roi ſe couchât. S. M. foupa ſeule,
&dès qu'elle fut fortie de table , on ſervit dans
l'appartement avec autant de délicateſſe que d'abondance
plaſieurs tables pour des Dames des deux
Reines , pour les Seigneurs de la Cour , & pour
toutes les perſonnes qui ont l'honneur de ſuivre le
Roi. Les mêmes tables ont été ſerviesſoir & matin
pendant le ſéjour que le Roi a fait à Luneville. Le
foir , la Ville fut entierement illuminée ,& l'on tira
un grand nombre de fuſées ſur la terraſſe du Château.
Le 30 au matin , le Roi alla voir un petit Bâtiment
à la Chinoiſe , nommé le Kiofe , que le Roi de
Pologne a fait conſtruire pour y dîner dans les
grandes chaleurs , & dans lequel il y a une grande
quantité de Jets-d'eau &de Caſcades. Leurs Majefſtés
dînerent avec le Roi & la Reine de Pologne
dans le grand Cabinet de l'appartement qu'occupe
Ja Reine. A trois heures , le Roi monta à cheval ,
&alla àChanheux , Maiſon de Plaiſance , qui a été
bâtie , par ordre du Roi de Pologne , au bout de la
grande allée du Jardin , & dans laquelle il y a un
Salon où la magnificence , l'Art & le goût ſe font
également admirer. S. M. étant revenuë enſuite fe
promener dans les Jardins , s'arrêta à la Caſcade de
la tête du Canal , qui borde le Jardin , & qui eſt un
des embelliſſemens que le Roi de Pologne y a
ajoûtés.
Au bout d'une des branches du Canal , le Roi
vit ce qu'on appelle les Rochers ; c'eſt un Tableau
mouvant , repréſentant un Village , & dans lequel
des Figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes par le moyen de l'eau qui les fair
mouvoir. Il y eut Comédie l'après- midi , & la Reine
y alliſta. Le foir , le Roi ſoupa ſeul ; la Reine ſoupa
I ij avec
2340 MERCURE DE FRANCE:
avec ſes Dames du Palais & avec celles qui font attachées
en cette qualité à la Reine de Pologne.
Fermer
45
p. 2344
Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Début :
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalescence du Roi, avec toute la solemnité possible, [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Château, Chanter, Saint-Germain-en-Laye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à S. Germain en Laye, [titre d'après la table]
Le Te Deum fut chanté le 13 pour la Convalefcence
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
du Roi , avec toute la folemnité poſſible ,
dans l'Egliſe de la Paroiſſe du Château de S. German
en-Laye ,& il y eut le même jour des illuminations
dans toute la Ville .
Les Officiers du Roi , qui y réſident , aſſiſterent
en Corps le 15 au Te Deum , qu'ils firent chanter
dans la même Eglife .
Le mêmejour , les Anglois, qui demeurent dans
le Château , firent chanter auſſi le Te Deum dans la
Chapelle par la Muſique du Roi , & le Château fut
entierement illuminé.
Fermer
46
p. 138-140
Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés trouverent à Passy une nouvelle illumination & même un Feu [...]
Mots clefs :
Passy, Château, Feu d'artifice, Terrines, Bosquets, Potager, Terrasse, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Illumination à Passy, [titre d'après la table]
Leurs Majeftés trouverent à Paſſy une
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
nouvelle illumination & même un Feu
d'artifice , qu'avoit fait préparer le Préfident
de Rieux , qui eſt Seigneur de ce Village
, & qui y a une fort belle maiſon ſur le
bordde la riviere .
En face du Château,vis-à-visde la Chauf
fée,ſur une demie lune,étoit poſé un corps
de Feu d'artifice , qui fut très-bien exécuté
& dura 12 minutes ; il commença par
une ſalve de 125 Boëtes & de 6 piéces
decanon, lorſque le Roi futen préſence du
Château ; 100 Fuſées volantes ſuivirent
&on vit enfuite partir un corps de Feu ,
dont les ſpectateurs admirerent l'exécution
;ſur une Terraffe du Potager, attenant
C
4
NOVEMBRE. 1744. 139
le grand chemin , étoit placé un corps de
Muſique , compoſé de Tymbales , Trompettes
, Cors-de-Chaffe & Hautbois , qui
ne cefferentpoint de jouerdes Fanfares ,
tant que le Roi fut en préſence du Château
; le Potager étoit illuminé dès trois
heures & demie , par une quantité confidérable
de Terrines ; elles ſuivoientles defſeins
d'une piéce de Parterre en palmette ,
&d'une pièce d'eau qui montoit avec un
jet d'eau ; ces piéces ſont bordées fuivant
leurs deſſeins ,d'un treillage qui étoit auffi
illuminé ; les Boſquets du bas du Potager ,
qui font auſſi garnis de treillage , étoient
pareillement illuminés de Terrines ſuivant
leurs décorations , & bordés des deux côtés
par undoublefilet de lumiere; le longde
la face du Château , du côté de S. Cloud ,
regnoientdeux cordonsdegroſſes Terrines,
le fort de l'illumination étoit pofé fur trois
grands eſcaliers qui deſcendent du rés de
chauflée , & aboutiſſent à une fort belle
Terraffe ; un cordon de Terrines bordoit
cette Terraſſe ; elle étoit garnie de Vaſes
qui portant chacun un Pot-à-feu , formoient
par leur élevation une Pyramide
de lumière ; la ſeconde Terraffe de ce Parterre
étoit garnie d'environ 300 Vaſes, qui
portojent aufli des Pots-à-feu & fuivoient
Gij
140 MERCURE DE FRANCE.
les deſſeins reguliers de chaque Parterre.
Au pied de ces Terraſſes eſt un mattif
d'une grande beauté ; il eſt compoſé de
huit Boſquets garnis d'environ 4000 pieds
d'Arbres ; dans le centre eſt une pièce de
gazon octogone , au milieu de laquelle on
voit une figure repréſentant une Déeffe
qui montre la Muſique aux Amours ; ces
Boſquets & la figure font accompagnés de
quatre autres belles figures qui forment les
quatre coins du maſſif; le tout étoit entouré
de Vaſes chargés de Pots à feu, qui éclairoient
toutes les parties de ces Boſquets.
Monfieur de Rieux avoit fait illuminer
tous les appartemens & la galerie de fon
Château , & avoit invitée à cette Fête unc
nombreuſe Compagnie.
Fermer
47
p. 140-143
Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Début :
Leurs Majestés arriverent enfin à Versailles. Les Habitans de cette Ville n'avoient [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Avenue, Portiques, Portique, Arc de triomphe, Colonnes, Pilastres, Statue, Renommée, Château, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée de Leurs Majestés à Versailles, & Réjouissances faites dans cette Ville, [titre d'après la table]
Leurs Majestés arriverent enfin à Verfailles
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
. Les Habitans de cette Ville n'avoient
pas été moins empreſſés , que ceux
de Paris , à faire éclater la joie que leur
caufoit le retour du Roi.
Ils avoient fait élever vis-à-vis du Château,
à l'entrée de la principale Avenuë, entre
la Grande & la Petite Ecurie , un Arc
de Triomphe , compofé de trois Portiques
, dont celui du milieu avoit trentehuit
pieds de haut fur vingt de large. La
NOVEMBRE. 1744. 141
hauteur des deux autres Portiques étoit de
trente - quatre pieds , & leur largeur de
quinze. Ces Portiques étoient accompa
gnés de Colonnes & de Pilastres d'Ordre
Corinthien avec les Chapiteaux ornés de
Volutes & de feuillages d'or. Les Colonnes
& les Pilaſtres foutenoient un Entablement
, furmonté d'une Balustrade dont la
Friſe étoit embellie par pluſieurs Guirlandesde
fleurs .
د
Au-deſſus de la Balustrade , du côté de
l'Avenuë , on voyoit fur le Portique du
milieu , un Tableau de trente pieds de hauteur
dans lequel la Muſe de l'Hiſtoire
étoit repréſentée , écrivant dans un Livre
que portoit le Tems , les actions du Roi ,
dictées par la Renommée. Des Palmes &
des branches de Laurier entrelaffées achevoient
le Couronnement. Dans le retour
circulaire , étoient à droite la Statuë de la
Gloire , & à gauche celle de l'Amour de la
Patrie , chacune ſur un Piédeſtal & entre
deux Pilaſtres ..
La Constance & la Clémence étoient placées
, l'une à la gauche du Portique de la
droite ,& l'autre à la droite du Portique de
la gauche , chacune entre deux Colonnes
entourées de Guirlandes. A la droite du
premier de ces deux Portiques & à la gau
Gy
142 MERCURE DEFRANCE.
chedu ſecond s'élévoit entre deux Pilaſtres
un ſuperbe Trophée , poſé ſur un Cul de
Lampe , dans lequel étoit un Ecuffon avec
trois Lis d'Or .
Dans la façade du côté du Château , on
liſoit à l'Architrave du grand Portique cette
Infcription , Regi , Patri , Heroi. Un
Globe avec les Armes de France , foutenu
par deux Eſclaves , faifoit le Couronnement.
La Renommée au-deſſus de ceGlobe
tenoit le Portrait du Roi , tandis qu'un Genie
deſcendoit du Ciel , pour couronner
Sa Majefté . Aux pieds de la Renommée
quelques autres Genies badinoient avec
une Guirlande de fleurs. On avoit placé
aux deux côtés de ce Portique la Valeur &
la Libéralité,
6
L'Humanité & la Force occupoient dans
cette façade les mêmes places que la Conftance
& la Clémence dans la façade du côté
de l'Avenue , & la Décoration étoit terminée
de même par deux Trophées. Les Platfonds
des trois Portiques étoient revêtus
dedivers ornemens relevés en Or , & l'on
avoit peintdes Trophées dans les Cloifons.
Entre cet Arc de Triomphe & le Châreau
, étoient ſous les Armes , d'un côté
cent Enfans de douze à quatorze ans , tous
vêtus de blanc , & de l'autre la Garde de la
,
NOVEMBRE. 1744 143
Ville. Huit Compagnies Bourgeoiſes , de
cent cinquante 'hommes chacune , cinq de
la Ville-Neuve , & trois du vieux Verfailles
, bordoient le paſſage du Roi depuis
l'Arcde Triomphe juſqu'à la moitié de l'Avenuë.
Trois autres Compagnies , à cheval
, dont une avoit un Uniforme bleu
avec des Brandebourgs d'argent &les.
deux autres un Uniforme écarlate avec des
veſtes galonnées d'or , chapeaux bordés
avec des plumets , allerent au-devant du
Roi juſqu'à l'extrêmité de l'Avenue ,&
elles avoient à leur tête le Comte de Noailles
, Gouverneur de Verſailles.
: Ces trois dernieres Compagnies accom
pagnerent Sa Majesté dans le reſte de ſa
marche juſqu'au Château , qui étoit illuminé,
ainſi que l'Arc de Triomphe , avec
autant de goût que de magnificence.
Le foir , avant le fouper du Roi , la Ville
fit tirer un feu d'artifice ily eut des illu
minations dans toutes les rues , & l'on
n'entendoit de toutes parts que des acclamations
réitérées ,d'autant plus flateuſes
pour Sa Majesté , qu'on pouvoit lire dans
tous les yeux , que ces hommages étoient
rendus moins à ſon rang quà ſa per
fonne.
Fermer
48
p. 178
« L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...] »
Début :
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Chevalier de Belle-Isle, Fribourg-en-Brisgau, Château, Commandant, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'armée commandée par le Maréchal de Coigny, investit la Ville de Fribourg du 17 au 20 de Septembre ; [...] »
L'armée commandée par le Maréchal de Coigny ,
inveſtit la Ville de Fribourg du 17 au 20de Septembre;
on travailla à détourner la riviere , qui y
pafle.
Le Chevalier de Belle-Ifle , après avoir ſoumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & toute la
partie de l'Autriche anterieure , entre le haut Danube
& le Lac de Conftance , a ſubjugué auſſi
Waldshut , l'une des quatre Villes forestieres ; Sicxengen
& Loffenbourg ont éprouvé le même fort.
La Villede Rhinfeldt a ofé ſe défendre & a été
priſe d'affaut . Le Commandant & la garniſon. ſe
font retirés dans un Château ſur le Rhin , toujours
eſtimé imprenable , mais M. le Chevalier de Belle-
Iſle a triomphe à la fois du Château & du Préjugé.
inveſtit la Ville de Fribourg du 17 au 20de Septembre;
on travailla à détourner la riviere , qui y
pafle.
Le Chevalier de Belle-Ifle , après avoir ſoumis à
l'Empereur le Comté de Nullenbourg & toute la
partie de l'Autriche anterieure , entre le haut Danube
& le Lac de Conftance , a ſubjugué auſſi
Waldshut , l'une des quatre Villes forestieres ; Sicxengen
& Loffenbourg ont éprouvé le même fort.
La Villede Rhinfeldt a ofé ſe défendre & a été
priſe d'affaut . Le Commandant & la garniſon. ſe
font retirés dans un Château ſur le Rhin , toujours
eſtimé imprenable , mais M. le Chevalier de Belle-
Iſle a triomphe à la fois du Château & du Préjugé.
Fermer
49
p. 178-180
« Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Début :
Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...]
Mots clefs :
Roi, Roi de Pologne, Stanislas Leszczynski, Château, Lunéville, Jardin, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi partit de Metz à midi le 29, & après avoir passé par Nancy, où il remarqua les apprêts [...] »
Le Roi partit de Metz à midi le 29 , & après
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
avoir paſſé par Nancy , où il remarqua les apprêts
d'une illumination générale & les autres fignes
d'une réjoüiſſance publique , vive & fincere; les
continuelles acclamations des Peuples du Pays
accourus ſur ſon paſſage , garantiſſoient leurs juſtes
ſentimens Le Roi arriva au Château de Luneville
vers les huit heures du ſoir. La façade , tant du
côté de la Ville que du Jardin , étoit magnifiquement
illuminée , & cette illumination marquoit le
deſſein de l'Architecture, qui est très-belle . Le même
goût régnoit dans les illuminations de la grande &
NOVEMBRE. 1744-
t
179
e la petite cour , & même de la cour intérieure.
En entrant dans la Ville , le Roi trouva les deux.
Compagnies desGardes du Corps du Roi de Pologne,
& dans la premiere cour du Château, les Gardes
à pied de ce Prince , qui le reçut ſous le Periſtile,
&le conduiſit dans ſon appartement. Il y étoit
attendu par la Reine , & la Reine de Pologne. Les
cris de Vive le Roi , ſe renouvelloient ſans ceſſe ,
&durerent juſqu'au coucher de Sa Majesté. Elle
ſoupa ſeule ,& des tables abondantes , & cependant
délicates , furent ſervies pour la Cour dans
l'appartement. Le ſoir ,la Ville fut totalement illus,
minée, & la Terraſſe du Château fut éclairée par
les fuſées qu'on y prodigua.
Le 30 , le Roi alla le matin voir un petit Bâtiment
àlaChinoiſe , nommé le Kiofc. Le Roi de Pologne
l'a fait conſtruire , pour éviter les grandes chaleurs,
&pour cet effet il eſt rempli de Jets-d'Eau & de
Caſcades. Leurs Majeſtés dînerent avec le Roi &
la Reine de Pologne , dans le grand Cabinet de
l'appartement qu'occupe la Reine. A trois heures
le Roi alla à cheval àChanheux , Maiſon de Plaiſance
du Roi de Pologne , ſituée au bout de la
grande allée du Jardin ; il y a un Salon admirable..
LeRoi ſe promena dans les Jardins , & vit la Cafcade
qui eſt à la tête du Canal , qui bordele Jardin.
C'eſtun embelliſſement ajouté par le Roi de Polo
gne ; c'eſt là qu'on s'arrête avec plaifir , pour confiderer
ce qu'on appelle les Rochers. C'eſt un 'Ta.
bleau mouvant , repréſentant un Village , où des
figures de grandeur naturelle prennent differentes
attitudes , par le moyen de l'Eau qui les fait
agir. :
L'après midi , la Reine aſſiſta à la Comédie , &.
le ſoir, leRoi ſoupa ſeul. Les Dames du Palais de la
Reine eurent l'honneur de manger avec elle.
130 MERCURE DE FRANCE.
Celles de la Reine de Pologne y furent admiſes ,
leur Princeſſe étant indiſpoſée.
Le Roi , après avoir paflé à l'appartement de cette
Reine , alla ſe promener le long du Canal , & voir
une petite Maiſon du Roi de Pologne , appellée Jo..
livet. On a changé un Marais bourbeux , qui l'au.
roit environnée , en de très-agréables Jardins. Le
Roi , en partant de Luneville , a fait la revue de la
Gendarmerie près de Chanheux , & y a dîné ; il a
couché à Saarburg. Pendant le ſéjour du Roi à Luneville
, le Roi & la Reine de Pologne lui ontprouц-
vé par les témoignages les plus éclatans , la fatisfaction
infinie que leur cauſoit ſa préſence.
Le Roi de Pologne a nommé le Maréchal de
Belle- Ifle , Lieutenant Général au Gouvernement
de la Lorraine.
Fermer
50
p. 85-113
MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
Début :
ON sçait assés que la coûtume du Calife Haroün Araschild étoit de sortir [...]
Mots clefs :
Parelin, Père, Mère, Amour, Aimer, Amant, Temps, Sylphe, Calife, Malheurs, Époux, Château, Yeux, Vie, Coeur, Pirate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
MANUSCRIT traduit de l'Arabe ,
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
Fermer