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Liste
1
p. 254-262
Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
Début :
L'Ouverture de l'Assemblée Generale du Clergé de France, se fit [...]
Mots clefs :
Assemblée générale du Clergé de France, Église, Messe, Archevêque, Prêches, Province de Paris, Évêques, Abbé, Toulouse, Alby, Bourges, Rouen, Bordeaux, Vienne, Reims, Narbonne, Lyon, Marquis, Cérémonies, Audiences, Clercs
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texteReconnaissance textuelle : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Ouverture de l'Affemblée
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
Generale du Clergé de
France , fe fit à Saint Germain
en Laye le 4. de ce mois , dans
l'Eglife des Recolets , par une-
Meffe du Saint Efprit . M
GALANT: 255
l'Archevefque de Paris officia
en habits Pontificaux ; & M
l'Evefque d'Amiens preſcha
fur le fujet de cette Affemblée.
Ceux qui la compofent
font :
oqmidis
PROVINCE DE PARIS.
M. l'Archevefque.
M. l'Evefque de Chartres.
MIS les Abbez Cheron & de
Lufancy.
SENS.
M. l'Archevefque de Sens.
M. l'Evefque de Troye.
Miles Abbez de Chavigny
& Pecquot.
256 MERCURE
ARLES.
M. le Coadjuteur d'Arles.
M. l'Evefque de Saint Paul
Trois- Chateau.
Mrs les Abbez Roubaut & de
Vintimille.
TOULOUSE.
M. l'Archevelque de Touloufe.
M. l'Evefque de S. Papoul.
MS les Abbez Rouffeau &
de Gives .
ALBY.
M. l'Archevefque d'Alby.
M. l'Evefque de Mande
M's les Abbez Hennequin
& Langlois.
GALANT 257
BOURGES .
M. l'Archevefque de Bourges
.
M. l'Evefque de Tulles .
M's les Abbez du Favoit , de:
Serocourt , & Phelippeaux ,,
Agent.
RoüEN.
M. le Coadjuteur de Rouen..
M. l'Evefque de Lifieux.
M's les Abbez de Grancey
& de Champigny.
BORDEAUX.
M. d'Archevelque de Bor
deaux.
M. l'Evefque de Condomi
Juin 1685
Σ
258 MERCURE
rs
M's les Abbez de Vaillac &
d'Aubigny . "
SAUCH.н.
M. l'Archevefque d'Auch.
M. l'Evefque de l'Eſcar. **
Ms les Abbez de Pibrac &
de Poudenx .
VIENNE.
M. l'Evefqye du Vivier.
M. l'Evefque de Valence.
M's les Abbez le Camus, Bla
che, & de Villars, Agent.
REIMS.
M. l'Evefque d'Amiens.
M. l'Evefque de Boulogne.
-M" les Abbez de Sillery, de
GALANT 259
Beuvron & Deſmarets , an
cien
Agent.yaniduA.D
TOURS.
M. l'Evefque de Quimper.
M. l'Evefque du Mans . M
M's des Abbez Amelor & Ro
rs
bert. washood ob
AIX.
M. l'Evefque d'Apt.
M. l'Evefque de Sifteron .
Ms les Abbez de Fourbin &
de
Vallavoir.
NARBONN E.
M. l'Evefque de Lodeve.
M. l'Evefque de Carcaffonne.
Ms les Abbez de Caftres, de
l'Augnac, & de Befons, an
Y ij
260 MERCURE
cien Agent.
LYON
M. l'Evefque de Chalons .
M. l'Evefque de Mâcon
M's les Abbez de Chalmafel
&
Brochondriaɔ
AMBRUNED
A
M. l'Evefque de Digne.
M. l'Evefque de Vence .
rs
M's les Abbez Drubec & de
Ratabon,
M' l'Archevefque de Paris
prefide à cette Affemblée ,
qui a M's les Abbez Defmarefts
ancien Agent, & Cheron
pour Promoteurs , & M les
Abbez de Beſons ancien A-
;
GALANT. 261
gent, & Hennequin pour Se
cretaires. Deux jours aprés
M" les Prelats & Deputez le
rendirent à Verfailles à l'Aud
dience du Roy , à laquelle ils
furent conduits par Mile Mar
quis de Blainville , Grand Maî
tre des Ceremonies . M'l'Archevefque
de Paris harangua
le Roy , & luy prefenta les
Deputez ; aprés quoy ils eurent
audience de Monfei.
gneur le Dauphin , & de Madame
la Dauphine. Le 1. du
mefme mois , M. le Pelletier
Controlleur general des Finances,
& M. Boucherat Con
262 MERCURE
feiller d'Eftat , s'eftant rendus
à faint Germain à leur Affemblée
, avec M. le Marquis de
Seignelay , y furent receusen
qualité de Commiffaires du
Roy. M. Boucherat porta la
parole , & leur prefenta une
Lettre de Sa Majefté , dont il
leur expliqua les intentions.
Ils y retournerent le 14. & M.
l'Archevelque de Paris , comme
Preſident de l'Affemblée,
leur dit que le Clergé avoit
accordé tout d'une voix la
fomme de trois millions au
Roy, en forme de don gra
quit.
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Résumé : Ouverture de l'Assemblée du Clergé, avec les noms de ceux qui la composent. [titre d'après la table]
L'Assemblée Générale du Clergé de France s'est tenue à Saint-Germain-en-Laye du 4 juin 1685, inaugurée par une messe du Saint-Esprit. L'archevêque de Paris a officié, et l'évêque d'Amiens a prononcé un sermon. Les participants comprenaient divers archevêques, évêques et abbés de provinces françaises telles que Paris, Sens, Arles, Toulouse, et autres. L'archevêque de Paris présidait, assisté par les abbés Desmarets, Cheron, Besons et Hennequin. Deux jours plus tard, les prélats se sont rendus à Versailles pour une audience royale, où ils ont été reçus par le roi, le Dauphin et la Dauphine. Le 1er juin, des commissaires royaux, dont M. Pelletier et M. Boucherat, ont présenté les intentions du roi. Le 14 juin, l'archevêque de Paris a annoncé que le clergé avait accordé un don gratuit de trois millions au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 274-345
Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point que vous n'appreniez avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Religion, Conversions, Abjurations, Religion prétendue réformée, Calvinistes, Édits, Roi de France, Évêques, Zèle, Catholiques, Religionnaires, Église, Hérésie, Vérité, Erreurs, Nouveau converti, Communauté, Province, Duc de Noailles, Ennemis, Nîmes, Montpellier, Languedoc, Dauphiné, Déclaration, Interdiction, Ministres, Controverses, M. Allard, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis deux mois touchant les affaires de la Religion Pretenduë Reformée. [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, la France a connu plusieurs conversions au catholicisme parmi des figures influentes et des intellectuels protestants. Des personnalités respectées comme Monsieur Dacier et sa femme ont inspiré ces conversions. Des assemblées et des entretiens privés à Castres et Saint-Jean-d'Angély ont encouragé les protestants à revenir au catholicisme, aboutissant à des abjurations publiques. Des villes comme Montpellier, Saint-Gilles, Sommières, et Nîmes ont également vu des conversions massives, influencées par des figures telles que le Duc de Noailles et le Maréchal Duc de Duras. En Dauphiné, des milliers de personnes ont abjuré leur foi réformée à Briançon, Ambrun, et Lyon, grâce à des acteurs clés comme le Père Alexis du Bué. Le texte met en avant les mesures prises par le roi pour promouvoir le catholicisme et met en garde contre les dangers des 'Minières'. Il souligne l'importance de la religion catholique, unique foi des rois prédécesseurs. Le roi est encouragé à se réjouir car Dieu le protégera et étendra son royaume. Un édit royal interdit tout exercice public de la religion prétendue réformée (R.P.R.), révoquant ainsi les édits précédents en faveur des protestants, notamment l'Édit de Nantes de 1598 et celui de Nîmes de 1629. Cet édit ordonne la démolition des temples protestants et interdit tout exercice public ou privé de la religion réformée, sous peine de confiscation de biens et de corps. Les ministres protestants doivent quitter le royaume dans les quinze jours suivant la publication de l'édit, sauf s'ils se convertissent. Les enfants nés de parents protestants doivent être élevés dans la foi catholique. Des figures notables comme le Duc de Richmond et le Marquis de Mirepoix sont mentionnées pour leur zèle dans la conversion des protestants. Grâce à la piété et aux efforts du roi, la France est ainsi presque entièrement purgée de l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 242-263
Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Début :
L'Eglise de France a perdu plusieurs Prelats d'un fort grand [...]
Mots clefs :
Église de France, Décès, Prélats, Successeurs, Évêques, Archevêques, Diocèse, Paroisse, Services, Charité, Abbé, Précepteur, Piété, Docteur en théologie, Sacre, Famille, Nominations, Testament, Siège vacant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
L'Eglife de France a perdu
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
plufieurs Prelats d'un fort
grand merite . Je vous par-
Teray de chacun d'eux felon
le jour de leur mort , &
vous apprendray en meſmeGALANT:
243
鼈
temps quels Succeffeurs ils .
ont eu . Meffire Charles de
Bourlon , Evefque de Soiffons
, mourut le 26. du dernier
mois dans fon Palais Epiſcopal
. Il eſtoit âgé de 72 .
ans , & en avoit employé
35.
dans la conduite de ce Dioceze.
Sa charité luy faifoit aimer
les fatigues & les peines.
Il vifitoit fort affiduement
les Paroiffes
de la Campagne
, fecouroit les Pauvres ,
& alloit exhorter les Malades
à prendre une refignation
Chreftienne
. Quand la
Ville de Soiffons fut affligée
X ij
244 MERCURE
de la Pefte , il n'en fortit
point, & contribua de tous
fes foins au foulagement
qu'elle reçût. Il fucceda dans
cét Evefché à Meffire Simon
le Gras , dont il avoit efté
nommé Coadjuteur en 1652 .
Il luy fervit d'Evefque Affiftant
lors que le Roy fut facré
à Rheims.
M. l'Abbé Huet , de l'Academie
Françoiſe , cy devant
Sous- Precepteur de
Monfeigneur le Dauphin
a efté fait Evefque de Soiffons
. C'eft un homme d'une
tres -profonde érudition , &
GALANT. 245
dont le merite & la probité
paffent tout le bien qu'on
en peut dire.
Jerôme Grimaldi , Noble
Genois , Cardinal , Archevef
que d'Aix en Provence , Evefque
d'Albano , & Abbé
de S. Florent , mourut dans
fon Palais Archiepifcopal le
4. de ce mois , aprés avoir
receu les Sacremens avec des
marques d'une pieté toute
finguliere.Tous les Malheu
reux de fon Dioceze rece
voient de grands fecours de
fa charité , & vous jugez
bien par là qu'il y doit eſtre
X iij
246 MERCURE
extremément regreté. Il é,
toit Fils de Jean Jacques Grimaldi
Baron de S. Feli dans
le Royaume de Naples , &
de Jeronime Mari. Il fut Re
ferendaire de l'une & l'autre
Signature en 1621. fous
Gregoire X V. Urbain VIII ,
le fit Vice-Legat de la Province
du Patrimoine en 1625.
Gouverneur de Rome en
1628. & de Peroufe & d'Urbin
en 1634. Il fut envoyé
Nonce en Allemagne , puis
en France , & receut le Chapeau
de Cardinal en 1643. Il
eft mort âgé de 90. ans , & a,
GALANT 247
a
voit renoncé aux honeurs de
la Dignité deDoyen du Sacré
College , n'ayant point voulu
quitter fon Eglife pour aller
à Rome. Il y a eu un autre
Jerôme Grimaldi de Genes
, qui ayant perdu fa Femme
, dont il avoit eu trois
Fils , embraffa l'Etat Ecclefiaftique.
Clement VII. le
fit Cardinal
en 1527. Il fut
Archevefque
de Bary
,
&
eut encore
les Evefchez
de
Venafre
& d'Arbenga
.
L'Archevefché
d'Aix étant
demeuré vacant par
la mort
de M' le Cardinal Grimaldi ,
X iiij
248 MERCURE
Sa Majesté y a nommé Mef
fire Charles le Goux de la
Berchere , Evefque de Lavaur
, Prieur Commendataire
du Prieuré Royal de faint
Mauris de Senlis , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & cy-devant Aumônier
du Roy. Il eft d'une
humeur fort douce , & a l'es
manieres tres-honneftes . Il
fut nommé à l'Eveſché de
Lavaur le 18. Juin 1677. facré
le 12. Avril 1678. & en prit
poffeffion le
17. Decembre
de la mefme année . Il eſt
Fils de feu Meffire Pierre le
GALANT. 249
Goux de la Berchere , Marquis
d'Inteville , Comte de
la Rochepot , Baron de Toify
, Seigneur de la Breteſche,
Premier Prefident au Parlement
de Dijon , & depuis au
Parlement de Grenoble ; &
de Dame Loüife Joly , Soeur
de Georges Joly , Prefident
au Mortier du Parlement de
Dijon , d'une Famille qui a
donné divers Confeillers aux
Parlemens de Paris , Dijon
& Mers , & au Grand Confeil
. Son Ayeul Jean Baptifte
le Goux , Seigneur de la Berchere
, Boncourt , Vofne ,
7
250 MERCURE
Flegey , & Santeney , fut
aufli Premier Prefident au
Parlement de Bourgogne
,
& député en 1612. par le feu
Roy , pour regler avec les
Deputez d'Espagne , les Limites
du Duché & Comté
de Bourgogne. M de la
Berchere nommé Archevef
que d'Aix , a eu deux Freres .
l'aifné eftoit Denys le Goux:
de la Berchere , Marquis.
d'Inteville , Comte de Ro
chepot , Baron de Toify
Premier Prefident au Parle
ment de Dauphiné , qui eft:
mort fans alliance , & a laifGALANT.
251
fé de grands biens à l'Hofpital
de la Charité de Paris .
Le fecond eft Urbain le
Goux de la Berchere , à prefent
Maiſtre des Requeftes
,
& Intendant de Juftice à
Montauban
, & auparavant
en Auvergne. Il a auffi deux
Soeurs qui ont efté mariées ,
l'une à M ' le Coq , S ' de Corbeville
, Goupiliere & des
Porcherons , Confeiller en
la Premiere des Enqueftes
du Parlement de Paris , &
l'autre à feu M² le Marquis
de Boury de la Maifon de
Pelevé. Humbert , le Goux
252 MERCURE
Doyen de S. Vincent de
Châlons , & de Noftre- Dame
de Beaune , eftoit Confeiller
Clerc au Parlement
de Dijon , fous le Regne de
Louis XII. La Famille dés
le Goux de la Berchere ' , qui
eft de Bourgogne
porte
d'argent , à une tefte de More
de fable bandée d'argent , accompagnée
de trois Moletes de gueules
; pour Cimier une Tefte de
More bandée de Sable , eg pour
Suppots deux Mores de fable ,
bes Teftes de front.
M l'Abbé Fléchier , de
GALANT
253
l'Academie Françoiſe , Aumônier
Ordinaire de Madadame
la Dauphine , a eſté
nommé Evefque de Lavaur ,
à la place de M de la Ber
chere. On ne peut pouffer
dans un plus haut dégré qu'il
a fait l'éloquence de la Chaire
, avoir le gouft meilleur ,
plus de délicateffe d'efprit ,
ny eſtre plus honnefte homme.
Meffire Jean de
Montpezat
de Carbon , Archevel
que de Sens . Primat
des
Gaules & de
Germanie , Abbé
d'Homblieres ,
mourut
254 MERCURE
icy le 5. de ce mois , âgé de
79. ans , & fit paroiftre par
des difpofitions toutes Chrêtiennes
, qu'il fe preparoit
depuis long- temps au compte
qu'il devoit rendre de fes
actions devant le Tribunal
de la Divine Juftice . Sa Ma- ·
jefté le nomma à l'Eveſché
de Saint Papoul le 15. Juin
1658. & il y fit fon Entrée le
1. Fevrier 1659. Il fut nommé
à l'Archevefché de Bourges
le 28. Octobre 1664. Peu de
temps aprés à l'Archevefché
de Touloufè , & en 1674. à
l'Archevefché de Sens , qui
GALANT· 255
eftoit vacant par la mort de
Meffire Louis Henry de
Gondrin. Il a prefidé en plufieurs
Affemblées Generales
du Clergé , dans lesquelles il
a rendu de grands fervices à
l'Eglife & au Roy . Il a remply
dignement tous les devoirs
d'un bon & charitable
Prelat par fes Exhortations ,
& par fes Aumônes , & a
donné des marques d'une
prudence extraordinaire , &
d'une extrême douceur en
toutes fortes d'occafions . Il .
eft mort en cette Ville où
fes continuelles Infirmitez
256 MERCURE
l'avoient obligé de demeurer
depuis l'Affemblée du
Clergé, M Cheron , Official
de l'Eglife de Paris , qu'il
a fait Executeur de fon Tef
tament , M ' Mathieu , Curé
de Saint André des Arcs , &
le Pere Bourdalouë Jefuite ,
qui l'ont affifté dans les derniers
momens de fa vie , rendent
témoignage de fes fentimens
pleins de ſoûmiſſion
aux ordres de Dieu. Son
Corps a efté déposé dans l'Eglife
de Saint André des
Arts fa Paroiffe, d'où il a efté
transferé en fon Eglife MeGALANT.
257
tropolitaine de Sens , qu'il a
choifie pour fa Sepulture. It
eftoit Frere de Meffire Jofeph
de Montpezat de Carbon
, Evefque de Saint Pa
poul , puis Archevefque de
Toulouſe, & de M¹le Comte
de Tajan. Leur Maiſon eft
l'une des plus Illuftres de
Gaſcogne , & l'on tient qu'、
elle tire fon origine d'un
Claudius Carbon , ancien
Romain,que le Senat envoya
en Eſpagne. Il eft certain
que Jean de Carbon fut un
Homme illuftre quife fignala
avec avantage dans la fa-,
Novembre 1685. Y
258 MERCURE
meuſe Bataille que
les Efpa
gnols donnerent contre les
Mores. L'Hiftoire en parle
d'une maniere tres glorieufe
pour ceux de cette Maifon.
Ce Jean de Carbon s'eſtant
retiré enfuite dans le Comté
de Bigorre, s'allia aux Comtes
de Foix , de Bigorre , de
Pardia , & de Montlefun de
Bezemaux , dont eft forty
Antoine Defprez de Mont-
' pezat, Chevalier des Ordres
du Roy,Maréchal de France,
pluſieurs grands Perſonnages
, & M les Archevefques
Is
de Sens & deToulouſe.Cette
GALANT. 259
Maiſon porte écartelé au 1.
4. de gueules aux Balances d'or;
au 2. 3. de gueules au Lyon
d'argent , & fur le tout d'azur
à un Monde d'or
L'Archevefché de Sens
qui eft demeuré vacant par
cette mort , a efté donné à
M Fortin de la Hoguete
Evefque de Poitiers , & Ne
veu de feu M' de Perefixe
Archevefque de Paris . M
de la Hoguete fon Pere ef
toit Gouverneur de M' de
Longueville. C'eft à luy que
nous devons le Teftament
d'un bon Pere à fes Enfans..
Y ij
260 MERCURE
Nous avons eu peu de Livres
de nos jours , qui ayent fait
un auffi grand bruit , & dont
on puiffe tirer plus d'utilité
pour regler fes moeurs ," &
pour fe conduire avec prudence.
Ce Prelat, qui eft Docteur
de Sorbonne , a eſté
Agent du Clergé , & l'on ne
peut travailler avec plus de
fruit qu'il a fait à la Converfion
des Religionnaires dans
l'Evefché de Poitiers . La valeur
n'eft pas moins hereditaire
à cette Famille , que la
pieté & le fçavoir .M' le Chevalier
de la Hoguete fon FreGALANT.
261
re s'eft diftingué en tant de
rencontres , qu'il eft preſque
parvenu aux premiers emplois
de l'Epée.
M l'Abbé de Quincé, Fils
du fameux Comte de Quincé
General des Armées du Roy,
eft devenu Evefque de Poi
tiers par ce changement. Il
eft d'une vertu exemplaire ,
& a beaucoup de délicateffe
d'efprit.
M'l'Evefque de Pamiers
ayant trouvéque l'Epifcopat
engageoit à des devoirs qu'il
apprehendoit de ne pas remplir
affez, a donné la démif262
MERCURE
fion de fon Eveſché , & a eſté
pourveu de l'Abbaye de S.
Florent lez Saumur , Ordre
de Saint Benoist , Dioceſe
d'Angers , qu'avoit feu M❜le
Cardinal Grimaldi . Il eft Fils
de M' de Bourlemont, & Ne--
veu de M❜l'Archevefque de
Bordeaux .
L'Evefché de Pamiers , que
cette démiffion a rendu vacant
, a eſté donné à M² l'Evefque
de Glandeye , & l'Evefché
de Glandeveà M ' Ver--
jus de l'Oratoire, Evefque de
Graffe. Sa pieté eft connue de
tout le monde. Il eſt Frere de
GALANT. 263
M' le Comte de Crecy , Plenipotentiaire
pour le Roy en
Allemagne , & du Pere Verjus
Jefuite.
Mr. l'Abbé de Viens a eu
l'Evefché de Graffe. C'eft un
Homme de qualité de Provence
, Neveu de M ' de Vallavoir
, & de feu Monfieur
l'Evefque de Riez.. On ne
peut trop louer fon efprit,
fon érudition , fes bonnes
moeurs, & fes manieres honneftes.
Fermer
Résumé : Evesques decedez, avec les noms & les services qu'ont rendu à l'Eglise ceux qui ont remply leur place. [titre d'après la table]
Le texte relate le décès et les remplacements de plusieurs prélats français de haut rang. Messire Charles de Bourlon, évêque de Soissons, est décédé à l'âge de 72 ans après 35 années de service. Il était connu pour sa charité, notamment lors d'une épidémie de peste à Soissons. L'abbé Huet, reconnu pour son érudition et sa probité, lui a succédé. Jérôme Grimaldi, cardinal et archevêque d'Aix-en-Provence, est décédé à 90 ans. Charles Le Goux de la Berchere, évêque de Lavaur, a été nommé pour lui succéder. Jean de Montpezat de Carbon, archevêque de Sens, est décédé à 79 ans. L'abbé Fléchier a pris sa place à l'évêché de Lavaur. Un prélat non nommé, ayant occupé les archevêchés de Bourges, Toulouse et Sens, est décédé à Bourges en 1685. Son corps a été transféré à Sens pour y être inhumé. Fortin de la Hoguète, évêque de Poitiers, lui a succédé à Sens. L'abbé de Quincé a remplacé de la Hoguète à Poitiers. D'autres changements épiscopaux ont eu lieu à Pamiers et Grasse. L'évêque de Glandèves et Verjus de l'Oratoire ont été impliqués dans ces changements. L'abbé de Viens a été nommé à Grasse, où il a été loué pour son esprit et son érudition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
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Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 217-247
Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
Début :
Le Pape a fait une promotion de dix-huit Cardinaux [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Pape, Église, Rome, Clergé, Diocèse, Évêques, Diacres, Sainteté
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
ifcours fur l'origine & la
dignité de Cardinal.
LEPape a fait une pro-
&
motion de dix- huit Cardi
naux le 18. du mois de May,
il en a declaré onze
s'en eft refervé fept inpetto.
Onfera bien aife d'apprendre l'origine de cette dignité , qui eft à preſent la ſeconde de l'Eglife , le Pape
en eftant le chef.
Les Papes , à l'imitation
de faint Pierre & de fes
fucceffeurs , font tousjours
demeurez Evefques de RoJuin 1712.
T
218 MERCURE
me, quoyqu'ils fuffent eftablis de Dieu le chefdetous
les Chreftiens , cette ville
eftant le premier Eveſché
du monde, & le lieu particulier de leur refidence.
De là eft venu que ne
pouvant entrer eux - mefmes dans le détail du gouvernement de leur Dioceſe
pendant qu'ils avoient à
regler le fpirituel de toute
la terre,ils firent choix d'un
certain nombre d'Evef
ques , de Preftres , & de
Diacres, pour les foulager,
comme autant de Coadju
GALANT. 219
teurs , & de Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans
le détroit de Rome , à la
place du Pape , & avoient
chacun leur Eglife particuliere dans l'enceinte du
Dioceſe.
Les Preftres eftoient Titulaires des Paroiffes de la
ville , & prenoient la conduite des ames comme les.
Curez font aujourd'huy
& les Diacres avoient le
foin de quelques Eglifes ou
Chapelles de devotion qu'-
ils tenoient en Diaconies,
Tij
220 MERCURE
& devoient affifter le Pape
quand il officioit publiquement.
* Ces trois Ordres eurent
le nom de Cardinati ou Car
dinales , pour dire qu'ils eftoient les premiers & les
Chefs des autres , & que
c'eftoit fous leur conduite
que rouloient toutes les affaires du Dioceſe ; & parce que les Preftres & les
Diacres de quelques autres
villes prirent aufſi le meſme nom de Cardinaux
afin de fe diftinguer des autres Preftres, & des autres
GALANT. 221
Diacres qui leur eftoient inferieurs & foumis , les Papes ordonnerent qu'il n'y
auroit que ceux qu'ils avoient choifis , qui le pourroient honorer du titre de
Cardinal , ce qui a eſté inviolablement obfervé par
lafuite dans toute l'Italie.
Avec le temps ces digni
tez ſe font rendues fort recommandables. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes d'un merite diftingué,commencerent àavoir
une entiere confiance en
T iij
222 MERCURE
eux , ils les reveftirent des
principales charges & dignitez, ils leur donnerent
le premier rang dans tous
les tribunaux , & dans toutes les Congregations ; ils
leur mirent en mainles affaires les plus importantes ;
ils les firent leurs Confeillers d'Eftat , pour le temporel , & pour le fpirituel
de leur Royaume , ne reglerent prefque plus rien
que par leur avis , & par
leur confeil , de forte que
peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire oùnous.
GALANT. 223
E
les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faifant la meſmefigure dans l'Eſtat Ecclefiaftique que faiſoient
autrefois les Senateurs Romains dans l'ancienne
Rome.
pas
Mais ce qui releve infiniment l'éclat de ce haut
rang & leur donne le
au deffus des Evefques &
des Patriarches mefmes ,
c'eſt la puiffance qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege vacant, le droit d'élire
le nouveau Pape , & l'a
T iiij
224 MERCURE
vantage d'eftre les feuls fur
qui tombe cette élection
les Confiftoires dont ils
font les membres , comme
le Pape en eft le chef.
Ces grandes prérogati
ves leur ont acquis le titre
de Princes de l'Eglife , &
en cette qualité ils prétendent aller de pair avec les
Teftes couronnées, &trouventpeu de Princes en Ita
lie qui leur veuillent difputer le pas ; auffi ont-ils des
marques exterieures qui
font connoiftre la gran
deur d'une dignité fi émi-
GALANT. 225
mente , les fouverains Pontifesont voulu qu'ils fuffent
veftus de pourpre , & principalement quand ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier qui leur donna le chapeau rouge au Concile de
Lyon en 1244. Boniface
VIII. permit aux Cardinaux feculiers de porter
l'habit rouge , quand les
Papes commencerent à ſe
veftir de blanc. Paul III.
leur accorda le Bonnet
rouge , & enfin Gregoire
XIV. permit aux Cardi-
226 MERCURE
nota
naux Religieux de le por
ter voulant neanmoins
qu'ils continuaffent tousjours à s'habiller de la couleur de leur Ordre
queles Clercs Reguliers ne
retiennent point la couleur
de l'Ordre quand ils font
faits Cardinaux , mais ils
prennent la pourpre commeles Cardinaux feculiers
Toutes ces differentes
couleurs ne font pas fans
raifon, &fans quelque forte de myftere : le Pape eft
veftu de blanc pour donner à entendre que fa vie
GALANT. 227
doit eftre plus pure & plus
nette que celle de tous les
autres Chreftiens , & qu'il
faudroit eftre fans tache &
fans deffaut, s'il le pouvoit,
pour s'affeoir dans la chaire
de faint Pierre.
La pourpre eft la couleur des Rois & des Empereurs , mais cette couleur a
efté donnée encore aux
Cardinaux pour les faire
reffouvenir qu'ils doivent
eftre tousjours preſts à repandre leur fang quand il
s'agit de fouftenir les interefts de la foy , c'eſt pour
118 MERCURE
cette raison qu'ils portent
l'habit rouge dans les jours
ordinaires qui eft la pourpre naturelle , & la veritable couleur du fang , an
lieu que dans les jours de
trifteffe ils prennent le violet qui eft une couleur de
pourpre plus lugubre &
plus obfcure , & qui imite
affez le fang livide d'un
homme accablé de maladies &dechagrins , & parce que durant deux jours
de l'année qui font le troifiéme Dimanche de l'Advent , & le quatriéme de
GALANT. 229
Carefme , l'Eglife mefle
un peu dejoye dans fa trif
teffe , comme ayant paffé
la moitié du temps de penitence , & fe voyant approcher des jours heureux
de la Naiffance , & de la
Refurrection du Sauveur,
alors les Cardinaux prennent une eftoffe de roſe feche , qui eft beaucoup plus
rouge que le violet , & qui
neanmoins eft plus fombre
que le rouge mefme.
Pour les Cardinaux Religieux ils ont retenu jufqu'aprefent la couleur de
230 MERCURE
leur Ordre fur leurs habits,
à l'exception des Clercs Reguliers , comme je l'ay dit
cy. devant , & les Papes ont
voulu faire connoiftre exterieurement par là l'eftime qu'ils ont tousjours faites de la hierarchie Regu
liere , voulant bien l'admettre avec la Seculiere
dans tous les honneurs du
Clergé , ils leur ont ſeulement accordé le Chapeau,
le Bonnet , & la Calotte
rouge, pour les diſtinguer
des autres Prélats.
Al'égard du nombredes
GALANT. 231
Cardinaux , il n'a pas tousjours efté le meſme , quelques uns prétendent qu'ils
n'eftoient que vingt- cinq
dans les premiers fiecles, &
que Rome eftant divifée en
vingt- cinq paroiffes , ils
en eftoient les Curez &
les Paſteurs ; maisfans aller
ficavant dans l'antiquité ,
contentons- nous des fiecles plus recens , nous trouverons qu'ils ont efté longtemps fixez à cinquantetrois , dont il y en avoir
fept d'Evefques, vingt huit
de Preftres , & dix - huit de
232 MERCURE
Diacres ; les Evefques eftoient les coadjuteurs du
Pape dans le Dioceſe de
Rome , & préfidoient fur
le Clergé , les vingt - huit
Preftres faifoient l'office de
Vicaires du Pape, & avoient
chacun une Eglife particuliere dans Rome où ils exerçoient toutes les fonctions parochiales , les dixhuit Diacres avoient auffi
chacun leur Eglife dans les
quatorze quartiers de la
Ville qui eftoit leur Diaconé particulier. Ce nombre.
fut fort alteré , & diminua
quand
GALANT. 233
quand les Papes ont negli
gé de pourvoir aux places
vacantes des titres, ou qu'ils
les ont donné en comman
de, & au contraire ileft de
beaucoup augmenté lorfqu'ils en ont créé de nouveaux.
Quand Nicolas III. fut
éleu Pape , il n'y avoit que
huit Cardinaux , & peu avant la mort d'Alexandre
IV. il ne s'en trouva que
quatre ; mais en revanche
fous le Pontificat de Pie IV.
on en a veu jufqu'à ſoixante & quatorze. Cette granFuin 1712.
V
234 MERCURE
de diverfité donna occa
fion à Sixte V. d'en fixer le
nombre à foixante & dix ,
en memoire des foixante &
dix Vieillards dont il eſt
parlé dans l'Ecriture , & il
ordonna qu'il y auroit fix
Evefques , cinquante Preftres , & quatorze Diacres ,
& ce nombre eft demeuré
jufques àprefent. Les Evef
ques ont chacun leur Eglife dans le détroit de Rome;
les Preftres ont leur titre
dans la Ville , & les Diacres.
yont leurs Diaconats.
La juriſdiction que les
GALANT. 235
Cardinaux Evefques ont
aujourd'huy dans leur
Eglife & dans la Ville
où elle eft fituée est une
veritable juriſdiction Epifcopale & ordinaire. Il y a
ce
cependant cette difference
que les fept Evefchez Cardinaux ( dont il y en a
deux de réunis ) ne requierent point de refiden-
& font compatibles
avec d'autres Evefchez.
Celles que les Cardinaux
Preftres, & les Cardinaux
Diacres ont dans leurs titres & dans leurs DiacoV ij
236 MERCURE
nats , fe peut direunejurifdiction prefqueEpifcopales
elle ne s'eftend que dans
l'enceinte de l'Eglife , & de
la Sacriftie. Ils y ont la
chaife Epiſcopale fous un
dais comme les Evefques.
Ils y beniffent folemnellement le peuple ; ils yont la
nomination des Benefices
quand ce font des Eglifes
Collegiales ; ils y vont le
Rochet découvert pour y
faire voir leur pouvoir , &
parmyces titres & ces Diaconats , il s'yrencontre des
Egliles Collegiales , des Par
GALANT. 237
roiffes , des Convents
d'Hommes , des Monafteres de Filles , des Hofpitaux , & de fimples Eglifes
de devotion.
Pourla forme de la crea
tion des Cardinaux , le Pa
pe en eft entierement le
maiftre, & quand il a refolu.
de faire une promotion , il
prend le jour d'un ConfiItoire ( n'ayant communiqué fon deffein à perfonne ) & aprés avoir donné
Audience aux Cardinaux ,
& avoir expedié toutes les
affaires pour lesquelles l'af
238 MERCURE
femblée confiftoriale eft
faite , fa Sainteté eftant fur
le point de fortir , tefmoigne aux Cardinaux qu'Elle
eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , &
leur demande, fuivant l'ancien ufage , ce qui leur
femble. Le Doyen des Car
dinaux parle ordinairement pour tout le corps ,
& chacun approuve feparément le choix de fa Sainteté par quelque figne de
tefte , ou autrement , aprés
quoy le Pape les créé , &
les declare Cardinaux , &
GALANT 239
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire.
Les Cardinaux nouveaux
élûs , qui font pour lors à
Rome, vontfaire leur premiere vifite au Pape dés le
mefme jour , & eftant introduits les uns aprés les
autres par un maiſtre des
ceremonies , fa Sainteté
leur donne le Bonnet rouge qu'il leur met fur la teſte
eftant à genoux , & le maiftre des ceremonies luy
met le Camail violet fur
"
240 MERCURE
•
les épaules , puis ayant ofte
fon Bonnet il baife les
pieds de fa Sainteté puis.
fa main, aprés quoy le Pa
l'embraffe & le fait relever, ce qui fe fait à tous
les uns aprés les autres
aprés quoy on leur donne
de petits fieges , & le Pape
les reçoit à l'Audience affis
pe
& couverts.
L'Audience finie ils fe
retirent , & vont rendre
viſite au Cardinal Doyen ,
& puis s'en retournent
chez eux où ils demeurent,
& reçoivent les vifites incognito ,
GALANT. 241
cognito, jufqu'au Confiftoire
public dans lequel le Pape
leur donne le Chapeau ,
où il y a ordinairement une
celebre compagnie , le Pape veſtu pontificalement ,
& placé fur fon Throne ,
avec toute fa Cour , reçoit
les nouveaux Cardinaux
qui font conduits par un!
ancien , & aprés avoir bai
sé les pieds & la main du
Pape qui les embraſſe , ils
vont embraffer tous les
Cardinaux les uns aprés les
autres , puis retournant au
Throne ils reçoivent à ge
Juin 1712.
X
242 MERCURE
noux le Chapeau rouge des
mains du Pape , aprés quoy
oftant le Chapeau, & ayant
falué fa Sainteté , fe rangent parmy les autres Cardinaux. Sa Sainteté s'eftant
retirée , les Cardinaux anciens & nouveaux vont à
la Chapelle où on chante
le Te Deum , puis les Prieres finies , les nouveaux
Cardinaux fortent les premiers , & demeurent à la
porte de la Chapelle pour
remercier les anciens à mefurequ'ils paffent , puis s'en
retournent chacun chez
eux.
GALANT. 243
L'apréfdinée ils vont à
l'Eglife faint Pierre du Vatican , où aprés avoir adoréle faint Sacrement , vont
à la Confeffion de S. Pierre pour visiter les Corps
faints , aprés quoy font
leurs vifites le lendemain
& autres jours fuivants aux
anciens Cardinaux.
J
Dans un Confiftoire ſecret le Pape fait la ceremonie de leur fermer la
bouche , qui leur est ouverte dans un autre quelques
jours aprés. Ces deux ceremonies fe font à huis
X ij
244 MERGURE
clos , & ne font rien autre
chofe qu'un filence que fa
Sainteté leur impofe , qui
les rend hors d'eftat d'opiner dans les Confiftoires & Congregations , &
quand il leur declare enfuite qu'il leur ouvre la bouche, il les releve de ces empeſchemens , & diftribuë à
chacun defdits Cardinaux
un titre de Cardinal Pref
tre , ou de Cardinal Dia
cre , leur mettant au quatriéme doigt une bague
d'or pour marque du mariage qu'ils contractent
GALANT. 245
avec l'Eglife , puis vont
prendre poffeffion de l'Eglife dont ils ont le titre.
Pour les Cardinaux abfens le Pape leur envoye
la Calotte rouge dans l'endroit où ils font en Nonciature, ou dans le Royau
meoù ils ont leur refidence, & pour lors c'est le Roy
ou le Prince Souverain qui
la leur met fur la tefte , &
qui la reçoit du Camerier
que le Pape envoye pour
cet effet , comme il s'eft
veu plufieurs fois en France , lorfque le Roy l'a donX iij
246 MERCURE
née à plufieurs Nonces que
le Pape avoit fait Cardinauxpendant leur Nonciature , & à d'autres Cardinaux François , ce qui fe
fait ordinairement après la
Meſſe du Roy. Pour le
Chapeau Rouge & les autres ceremonies, ils ne peuvent les recevoir qu'ils ne
foyent à Rome, ne pouvant
recevoir le Chapeau Rouge que des mains du Pape,
& le titre qu'après les deux
ceremonies d'ouvrir & de
fermer la bouche , c'eſt ce'
qui fait qu'il y a quantité
GALANT. 247
de Cardinaux qui n'ont jamaisreceu le Chapeau rouge , eftant morts fans avoir
efte à Rome.
Voilà tout ce qui le peut
dire en abregé fur l'origine , l'antiquité & la maniere de créér les Cardinaux , je reſerve les ceremonies de leurs obfeques
lorſque Dieu en aura difposé de quelqu'un.
dignité de Cardinal.
LEPape a fait une pro-
&
motion de dix- huit Cardi
naux le 18. du mois de May,
il en a declaré onze
s'en eft refervé fept inpetto.
Onfera bien aife d'apprendre l'origine de cette dignité , qui eft à preſent la ſeconde de l'Eglife , le Pape
en eftant le chef.
Les Papes , à l'imitation
de faint Pierre & de fes
fucceffeurs , font tousjours
demeurez Evefques de RoJuin 1712.
T
218 MERCURE
me, quoyqu'ils fuffent eftablis de Dieu le chefdetous
les Chreftiens , cette ville
eftant le premier Eveſché
du monde, & le lieu particulier de leur refidence.
De là eft venu que ne
pouvant entrer eux - mefmes dans le détail du gouvernement de leur Dioceſe
pendant qu'ils avoient à
regler le fpirituel de toute
la terre,ils firent choix d'un
certain nombre d'Evef
ques , de Preftres , & de
Diacres, pour les foulager,
comme autant de Coadju
GALANT. 219
teurs , & de Vicaires.
Les premiers faifoient la
fonction d'Evefques dans
le détroit de Rome , à la
place du Pape , & avoient
chacun leur Eglife particuliere dans l'enceinte du
Dioceſe.
Les Preftres eftoient Titulaires des Paroiffes de la
ville , & prenoient la conduite des ames comme les.
Curez font aujourd'huy
& les Diacres avoient le
foin de quelques Eglifes ou
Chapelles de devotion qu'-
ils tenoient en Diaconies,
Tij
220 MERCURE
& devoient affifter le Pape
quand il officioit publiquement.
* Ces trois Ordres eurent
le nom de Cardinati ou Car
dinales , pour dire qu'ils eftoient les premiers & les
Chefs des autres , & que
c'eftoit fous leur conduite
que rouloient toutes les affaires du Dioceſe ; & parce que les Preftres & les
Diacres de quelques autres
villes prirent aufſi le meſme nom de Cardinaux
afin de fe diftinguer des autres Preftres, & des autres
GALANT. 221
Diacres qui leur eftoient inferieurs & foumis , les Papes ordonnerent qu'il n'y
auroit que ceux qu'ils avoient choifis , qui le pourroient honorer du titre de
Cardinal , ce qui a eſté inviolablement obfervé par
lafuite dans toute l'Italie.
Avec le temps ces digni
tez ſe font rendues fort recommandables. Les Papes
qui ne choififfoient pour
Cardinaux que des perfonnes d'un merite diftingué,commencerent àavoir
une entiere confiance en
T iij
222 MERCURE
eux , ils les reveftirent des
principales charges & dignitez, ils leur donnerent
le premier rang dans tous
les tribunaux , & dans toutes les Congregations ; ils
leur mirent en mainles affaires les plus importantes ;
ils les firent leurs Confeillers d'Eftat , pour le temporel , & pour le fpirituel
de leur Royaume , ne reglerent prefque plus rien
que par leur avis , & par
leur confeil , de forte que
peu à peu ils font montez
au faifte de la gloire oùnous.
GALANT. 223
E
les voyons , & fe trouvent
aujourd'huy les premiers
du Clergé , faifant la meſmefigure dans l'Eſtat Ecclefiaftique que faiſoient
autrefois les Senateurs Romains dans l'ancienne
Rome.
pas
Mais ce qui releve infiniment l'éclat de ce haut
rang & leur donne le
au deffus des Evefques &
des Patriarches mefmes ,
c'eſt la puiffance qu'ils ont
dans l'Eglife durant le Siege vacant, le droit d'élire
le nouveau Pape , & l'a
T iiij
224 MERCURE
vantage d'eftre les feuls fur
qui tombe cette élection
les Confiftoires dont ils
font les membres , comme
le Pape en eft le chef.
Ces grandes prérogati
ves leur ont acquis le titre
de Princes de l'Eglife , &
en cette qualité ils prétendent aller de pair avec les
Teftes couronnées, &trouventpeu de Princes en Ita
lie qui leur veuillent difputer le pas ; auffi ont-ils des
marques exterieures qui
font connoiftre la gran
deur d'une dignité fi émi-
GALANT. 225
mente , les fouverains Pontifesont voulu qu'ils fuffent
veftus de pourpre , & principalement quand ils paroiffent en public.
Innocent IV. fut le premier qui leur donna le chapeau rouge au Concile de
Lyon en 1244. Boniface
VIII. permit aux Cardinaux feculiers de porter
l'habit rouge , quand les
Papes commencerent à ſe
veftir de blanc. Paul III.
leur accorda le Bonnet
rouge , & enfin Gregoire
XIV. permit aux Cardi-
226 MERCURE
nota
naux Religieux de le por
ter voulant neanmoins
qu'ils continuaffent tousjours à s'habiller de la couleur de leur Ordre
queles Clercs Reguliers ne
retiennent point la couleur
de l'Ordre quand ils font
faits Cardinaux , mais ils
prennent la pourpre commeles Cardinaux feculiers
Toutes ces differentes
couleurs ne font pas fans
raifon, &fans quelque forte de myftere : le Pape eft
veftu de blanc pour donner à entendre que fa vie
GALANT. 227
doit eftre plus pure & plus
nette que celle de tous les
autres Chreftiens , & qu'il
faudroit eftre fans tache &
fans deffaut, s'il le pouvoit,
pour s'affeoir dans la chaire
de faint Pierre.
La pourpre eft la couleur des Rois & des Empereurs , mais cette couleur a
efté donnée encore aux
Cardinaux pour les faire
reffouvenir qu'ils doivent
eftre tousjours preſts à repandre leur fang quand il
s'agit de fouftenir les interefts de la foy , c'eſt pour
118 MERCURE
cette raison qu'ils portent
l'habit rouge dans les jours
ordinaires qui eft la pourpre naturelle , & la veritable couleur du fang , an
lieu que dans les jours de
trifteffe ils prennent le violet qui eft une couleur de
pourpre plus lugubre &
plus obfcure , & qui imite
affez le fang livide d'un
homme accablé de maladies &dechagrins , & parce que durant deux jours
de l'année qui font le troifiéme Dimanche de l'Advent , & le quatriéme de
GALANT. 229
Carefme , l'Eglife mefle
un peu dejoye dans fa trif
teffe , comme ayant paffé
la moitié du temps de penitence , & fe voyant approcher des jours heureux
de la Naiffance , & de la
Refurrection du Sauveur,
alors les Cardinaux prennent une eftoffe de roſe feche , qui eft beaucoup plus
rouge que le violet , & qui
neanmoins eft plus fombre
que le rouge mefme.
Pour les Cardinaux Religieux ils ont retenu jufqu'aprefent la couleur de
230 MERCURE
leur Ordre fur leurs habits,
à l'exception des Clercs Reguliers , comme je l'ay dit
cy. devant , & les Papes ont
voulu faire connoiftre exterieurement par là l'eftime qu'ils ont tousjours faites de la hierarchie Regu
liere , voulant bien l'admettre avec la Seculiere
dans tous les honneurs du
Clergé , ils leur ont ſeulement accordé le Chapeau,
le Bonnet , & la Calotte
rouge, pour les diſtinguer
des autres Prélats.
Al'égard du nombredes
GALANT. 231
Cardinaux , il n'a pas tousjours efté le meſme , quelques uns prétendent qu'ils
n'eftoient que vingt- cinq
dans les premiers fiecles, &
que Rome eftant divifée en
vingt- cinq paroiffes , ils
en eftoient les Curez &
les Paſteurs ; maisfans aller
ficavant dans l'antiquité ,
contentons- nous des fiecles plus recens , nous trouverons qu'ils ont efté longtemps fixez à cinquantetrois , dont il y en avoir
fept d'Evefques, vingt huit
de Preftres , & dix - huit de
232 MERCURE
Diacres ; les Evefques eftoient les coadjuteurs du
Pape dans le Dioceſe de
Rome , & préfidoient fur
le Clergé , les vingt - huit
Preftres faifoient l'office de
Vicaires du Pape, & avoient
chacun une Eglife particuliere dans Rome où ils exerçoient toutes les fonctions parochiales , les dixhuit Diacres avoient auffi
chacun leur Eglife dans les
quatorze quartiers de la
Ville qui eftoit leur Diaconé particulier. Ce nombre.
fut fort alteré , & diminua
quand
GALANT. 233
quand les Papes ont negli
gé de pourvoir aux places
vacantes des titres, ou qu'ils
les ont donné en comman
de, & au contraire ileft de
beaucoup augmenté lorfqu'ils en ont créé de nouveaux.
Quand Nicolas III. fut
éleu Pape , il n'y avoit que
huit Cardinaux , & peu avant la mort d'Alexandre
IV. il ne s'en trouva que
quatre ; mais en revanche
fous le Pontificat de Pie IV.
on en a veu jufqu'à ſoixante & quatorze. Cette granFuin 1712.
V
234 MERCURE
de diverfité donna occa
fion à Sixte V. d'en fixer le
nombre à foixante & dix ,
en memoire des foixante &
dix Vieillards dont il eſt
parlé dans l'Ecriture , & il
ordonna qu'il y auroit fix
Evefques , cinquante Preftres , & quatorze Diacres ,
& ce nombre eft demeuré
jufques àprefent. Les Evef
ques ont chacun leur Eglife dans le détroit de Rome;
les Preftres ont leur titre
dans la Ville , & les Diacres.
yont leurs Diaconats.
La juriſdiction que les
GALANT. 235
Cardinaux Evefques ont
aujourd'huy dans leur
Eglife & dans la Ville
où elle eft fituée est une
veritable juriſdiction Epifcopale & ordinaire. Il y a
ce
cependant cette difference
que les fept Evefchez Cardinaux ( dont il y en a
deux de réunis ) ne requierent point de refiden-
& font compatibles
avec d'autres Evefchez.
Celles que les Cardinaux
Preftres, & les Cardinaux
Diacres ont dans leurs titres & dans leurs DiacoV ij
236 MERCURE
nats , fe peut direunejurifdiction prefqueEpifcopales
elle ne s'eftend que dans
l'enceinte de l'Eglife , & de
la Sacriftie. Ils y ont la
chaife Epiſcopale fous un
dais comme les Evefques.
Ils y beniffent folemnellement le peuple ; ils yont la
nomination des Benefices
quand ce font des Eglifes
Collegiales ; ils y vont le
Rochet découvert pour y
faire voir leur pouvoir , &
parmyces titres & ces Diaconats , il s'yrencontre des
Egliles Collegiales , des Par
GALANT. 237
roiffes , des Convents
d'Hommes , des Monafteres de Filles , des Hofpitaux , & de fimples Eglifes
de devotion.
Pourla forme de la crea
tion des Cardinaux , le Pa
pe en eft entierement le
maiftre, & quand il a refolu.
de faire une promotion , il
prend le jour d'un ConfiItoire ( n'ayant communiqué fon deffein à perfonne ) & aprés avoir donné
Audience aux Cardinaux ,
& avoir expedié toutes les
affaires pour lesquelles l'af
238 MERCURE
femblée confiftoriale eft
faite , fa Sainteté eftant fur
le point de fortir , tefmoigne aux Cardinaux qu'Elle
eft dans le deffein de leur
donner des Confreres , &
leur demande, fuivant l'ancien ufage , ce qui leur
femble. Le Doyen des Car
dinaux parle ordinairement pour tout le corps ,
& chacun approuve feparément le choix de fa Sainteté par quelque figne de
tefte , ou autrement , aprés
quoy le Pape les créé , &
les declare Cardinaux , &
GALANT 239
puis s'en va , laiffant fur un
fiege la lifte de leurs noms
qui fe publie à la fortie du
Confiftoire.
Les Cardinaux nouveaux
élûs , qui font pour lors à
Rome, vontfaire leur premiere vifite au Pape dés le
mefme jour , & eftant introduits les uns aprés les
autres par un maiſtre des
ceremonies , fa Sainteté
leur donne le Bonnet rouge qu'il leur met fur la teſte
eftant à genoux , & le maiftre des ceremonies luy
met le Camail violet fur
"
240 MERCURE
•
les épaules , puis ayant ofte
fon Bonnet il baife les
pieds de fa Sainteté puis.
fa main, aprés quoy le Pa
l'embraffe & le fait relever, ce qui fe fait à tous
les uns aprés les autres
aprés quoy on leur donne
de petits fieges , & le Pape
les reçoit à l'Audience affis
pe
& couverts.
L'Audience finie ils fe
retirent , & vont rendre
viſite au Cardinal Doyen ,
& puis s'en retournent
chez eux où ils demeurent,
& reçoivent les vifites incognito ,
GALANT. 241
cognito, jufqu'au Confiftoire
public dans lequel le Pape
leur donne le Chapeau ,
où il y a ordinairement une
celebre compagnie , le Pape veſtu pontificalement ,
& placé fur fon Throne ,
avec toute fa Cour , reçoit
les nouveaux Cardinaux
qui font conduits par un!
ancien , & aprés avoir bai
sé les pieds & la main du
Pape qui les embraſſe , ils
vont embraffer tous les
Cardinaux les uns aprés les
autres , puis retournant au
Throne ils reçoivent à ge
Juin 1712.
X
242 MERCURE
noux le Chapeau rouge des
mains du Pape , aprés quoy
oftant le Chapeau, & ayant
falué fa Sainteté , fe rangent parmy les autres Cardinaux. Sa Sainteté s'eftant
retirée , les Cardinaux anciens & nouveaux vont à
la Chapelle où on chante
le Te Deum , puis les Prieres finies , les nouveaux
Cardinaux fortent les premiers , & demeurent à la
porte de la Chapelle pour
remercier les anciens à mefurequ'ils paffent , puis s'en
retournent chacun chez
eux.
GALANT. 243
L'apréfdinée ils vont à
l'Eglife faint Pierre du Vatican , où aprés avoir adoréle faint Sacrement , vont
à la Confeffion de S. Pierre pour visiter les Corps
faints , aprés quoy font
leurs vifites le lendemain
& autres jours fuivants aux
anciens Cardinaux.
J
Dans un Confiftoire ſecret le Pape fait la ceremonie de leur fermer la
bouche , qui leur est ouverte dans un autre quelques
jours aprés. Ces deux ceremonies fe font à huis
X ij
244 MERGURE
clos , & ne font rien autre
chofe qu'un filence que fa
Sainteté leur impofe , qui
les rend hors d'eftat d'opiner dans les Confiftoires & Congregations , &
quand il leur declare enfuite qu'il leur ouvre la bouche, il les releve de ces empeſchemens , & diftribuë à
chacun defdits Cardinaux
un titre de Cardinal Pref
tre , ou de Cardinal Dia
cre , leur mettant au quatriéme doigt une bague
d'or pour marque du mariage qu'ils contractent
GALANT. 245
avec l'Eglife , puis vont
prendre poffeffion de l'Eglife dont ils ont le titre.
Pour les Cardinaux abfens le Pape leur envoye
la Calotte rouge dans l'endroit où ils font en Nonciature, ou dans le Royau
meoù ils ont leur refidence, & pour lors c'est le Roy
ou le Prince Souverain qui
la leur met fur la tefte , &
qui la reçoit du Camerier
que le Pape envoye pour
cet effet , comme il s'eft
veu plufieurs fois en France , lorfque le Roy l'a donX iij
246 MERCURE
née à plufieurs Nonces que
le Pape avoit fait Cardinauxpendant leur Nonciature , & à d'autres Cardinaux François , ce qui fe
fait ordinairement après la
Meſſe du Roy. Pour le
Chapeau Rouge & les autres ceremonies, ils ne peuvent les recevoir qu'ils ne
foyent à Rome, ne pouvant
recevoir le Chapeau Rouge que des mains du Pape,
& le titre qu'après les deux
ceremonies d'ouvrir & de
fermer la bouche , c'eſt ce'
qui fait qu'il y a quantité
GALANT. 247
de Cardinaux qui n'ont jamaisreceu le Chapeau rouge , eftant morts fans avoir
efte à Rome.
Voilà tout ce qui le peut
dire en abregé fur l'origine , l'antiquité & la maniere de créér les Cardinaux , je reſerve les ceremonies de leurs obfeques
lorſque Dieu en aura difposé de quelqu'un.
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Résumé : Discours sur l'origine & la dignité de Cardinal.
Le texte traite de la dignité et de l'origine des cardinaux dans l'Église catholique. Le 18 mai, le pape a promu dix-huit cardinaux, en déclarant onze et en réservant sept in petto. La dignité cardinalice est la seconde dans l'Église, après celle du pape. Les papes, imitant saint Pierre, résident à Rome, premier évêché du monde. Ne pouvant gérer seuls leur diocèse tout en régissant l'Église universelle, ils ont choisi des évêques, prêtres et diacres pour les assister. Ces trois ordres, appelés cardinaux, étaient chargés des affaires du diocèse et se distinguaient par leurs fonctions spécifiques : les évêques représentaient le pape dans le diocèse, les prêtres dirigeaient les paroisses, et les diacres assistaient le pape lors des offices publics. Avec le temps, les cardinaux ont acquis des prérogatives importantes, devenant conseillers du pape et participant aux affaires temporelles et spirituelles. Ils ont le droit d'élire le nouveau pape et de gouverner l'Église durant le siège vacant, ce qui leur vaut le titre de princes de l'Église. Leur habillement, notamment la pourpre, symbolise leur rôle et leur dévouement. Le nombre de cardinaux a varié au fil des siècles, mais il est actuellement fixé à soixante-dix, répartis en évêques, prêtres et diacres. La création des cardinaux est un processus cérémoniel dirigé par le pape, incluant des visites et des audiences spécifiques. Pour les cardinaux absents, le pape envoie la calotte rouge, qui est ensuite placée sur leur tête par le roi ou le prince souverain dans le pays où ils résident. Cette cérémonie a eu lieu plusieurs fois en France, souvent après la messe du roi. Le chapeau rouge et les autres cérémonies ne peuvent être reçus qu'à Rome, directement des mains du pape. De plus, le titre de cardinal est conféré après deux cérémonies spécifiques : l'ouverture et la fermeture de la bouche. En conséquence, de nombreux cardinaux n'ont jamais reçu le chapeau rouge s'ils sont décédés avant de se rendre à Rome.
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6
p. 140-144
Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
Début :
Les lettres de Palerme du mois de Janvier portent qu'on [...]
Mots clefs :
Roi de Sicile, Reine de Sicile, Archevêque, Palerme, Évêques, Chapelle, Sceptre
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
Ceremonie du CouronnementduRoy
eftdela
Reine de Sicile.
Les lettres de Palerme
du mois de Janvier portent
qu'on fit le z*. Decembre à
Palerme la ceremonie du
Couronnement du Roy Ôc
de laReine de Sicile. L'Archevêque
-
de Palerme fit
cette fonction,assisté des
Evêques de Mazzara, de
Syracuse & de Cefalu. LEglise
Metropolitaine étoit
ornée magnifiquemene,
& on prepara un trône pour
le Roy du côté de l'Evangile,
& un pour la Reine
quiavoitundegrédemoins.
Les ornemens royaux avoient
été mis dans une
Chapelle voisine. Sur les
quinze heures d'Italie leurs
Majestezse rendirent àl'Eglise.
Le Roy de Sicile alla
d'abord dans une Chapelle
prendre des habits militaires,&
àl'entrée du Choeur
il fut reçû par deux Evêques
qui le conduisirent à l'autel,
où il file presentéàl'Archevêque,
auquel ils demanderent
qu'il le couronnât. D'abord
on lui presenta la Prosession
de Foy,qu'il fiten
mettant la main sur les Evãgiles.
On recita les prieres
prescrites dans lePontifical,
durant lesquelles le Roy étoit
à genoux prosterné sur
descarreaux.Aprés la benediâimlil
se leva, & se mit à
genoux devant l'Archevêque,
qui lui fit les onctions
sur le bras droit & entre les
épaules LaMesse futcommencée,
&au Graduelle
Roy alla dans la Chapelle se
revêtir du manteau royal.
Aprés le Graduel, l'Archevêque
s'assit,la mitre en tête;
le Roy descendit du trône,
&conduit par les deux
Evêques, il reçut à genoux
l'épée nuë,&la rendit à l'Archevêque,
qui l'aïantfaitremettre
dans le fourreau, la
lui ceignit. Sa Maj. la tira;&
l'ayant élevée, la remit de
même.Puis leRoy à genoux
reçut la couronne,que l'Archevêque
lui mit sur la tête
y & le sceptre en main. Le
grand Ecuyer porta l'épée
devant le Roy,lorsque l'Archevêque,
accompagné des
deux Assistans le cõduisit ôc
le plaça sur le trône, après
quoy le TeDeumfut chanté.
La Reine fut couronnéeensuite,
reçut les onctions,puis
elle fut revêtuë du manteau
royal. A l'Offertoire, leurs
Maj. allerentàl'offrande, la
couronne en tête ôc le sceptre
en main.Ces ceremonies
furentaccompagnéesd'une
triple salve d'artillerie.
eftdela
Reine de Sicile.
Les lettres de Palerme
du mois de Janvier portent
qu'on fit le z*. Decembre à
Palerme la ceremonie du
Couronnement du Roy Ôc
de laReine de Sicile. L'Archevêque
-
de Palerme fit
cette fonction,assisté des
Evêques de Mazzara, de
Syracuse & de Cefalu. LEglise
Metropolitaine étoit
ornée magnifiquemene,
& on prepara un trône pour
le Roy du côté de l'Evangile,
& un pour la Reine
quiavoitundegrédemoins.
Les ornemens royaux avoient
été mis dans une
Chapelle voisine. Sur les
quinze heures d'Italie leurs
Majestezse rendirent àl'Eglise.
Le Roy de Sicile alla
d'abord dans une Chapelle
prendre des habits militaires,&
àl'entrée du Choeur
il fut reçû par deux Evêques
qui le conduisirent à l'autel,
où il file presentéàl'Archevêque,
auquel ils demanderent
qu'il le couronnât. D'abord
on lui presenta la Prosession
de Foy,qu'il fiten
mettant la main sur les Evãgiles.
On recita les prieres
prescrites dans lePontifical,
durant lesquelles le Roy étoit
à genoux prosterné sur
descarreaux.Aprés la benediâimlil
se leva, & se mit à
genoux devant l'Archevêque,
qui lui fit les onctions
sur le bras droit & entre les
épaules LaMesse futcommencée,
&au Graduelle
Roy alla dans la Chapelle se
revêtir du manteau royal.
Aprés le Graduel, l'Archevêque
s'assit,la mitre en tête;
le Roy descendit du trône,
&conduit par les deux
Evêques, il reçut à genoux
l'épée nuë,&la rendit à l'Archevêque,
qui l'aïantfaitremettre
dans le fourreau, la
lui ceignit. Sa Maj. la tira;&
l'ayant élevée, la remit de
même.Puis leRoy à genoux
reçut la couronne,que l'Archevêque
lui mit sur la tête
y & le sceptre en main. Le
grand Ecuyer porta l'épée
devant le Roy,lorsque l'Archevêque,
accompagné des
deux Assistans le cõduisit ôc
le plaça sur le trône, après
quoy le TeDeumfut chanté.
La Reine fut couronnéeensuite,
reçut les onctions,puis
elle fut revêtuë du manteau
royal. A l'Offertoire, leurs
Maj. allerentàl'offrande, la
couronne en tête ôc le sceptre
en main.Ces ceremonies
furentaccompagnéesd'une
triple salve d'artillerie.
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Résumé : Ceremonie du Couronnement du Roy & de la Reine de Sicile.
En décembre, le couronnement du roi et de la reine de Sicile eut lieu à Palerme. L'Archevêque de Palerme, assisté des Évêques de Mazzara, de Syracuse et de Cefalu, officia dans l'église métropolitaine ornée pour l'occasion. À quinze heures, leurs Majestés se rendirent à l'église. Le roi, vêtu d'habits militaires, fut conduit à l'autel par deux évêques. Il reçut la profession de foi en posant la main sur les Évangiles et pria à genoux. Après la bénédiction et les onctions, il se revêtit du manteau royal et reçut l'épée, la couronne et le sceptre. Le Te Deum fut chanté. La reine fut ensuite couronnée, reçut les onctions et fut revêtue du manteau royal. À l'Offertoire, leurs Majestés allèrent à l'offrande, couronnés et sceptre en main, accompagnés d'une triple salve d'artillerie.
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7
p. 258-275
NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Début :
M Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Prince, Baron, Empereur, Roi de France, Électeur, Abbé, Princes, Évêques, Congrès de la paix à Bade, Paix, Bade, Congrès, Envoyés, Plénipotentiaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
NOMS :
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
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Résumé : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Le document décrit la liste des plénipotentiaires et envoyés présents au Congrès de la Paix à Bade, qui a commencé le 5 juin 1714. Les représentants incluent plusieurs dignitaires de haut rang. Pour l'Empereur, les représentants sont Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain, et Jean Friderich, Comte de Scilern. Pour le Roi de France, les représentants sont François Charles de Vinithamille, Comte de Marville, et Barberie, Seigneur de Saint Contest. Divers princes et États sont également représentés, notamment le Prince Henry d'Auvergne, le Baron de Malknecht pour l'Électeur de Bavière, l'Évêque de Bâle, les Princes de Birkenfeld, l'Électeur de Cologne, Madame la Princesse veuve de Monsieur le Prince de Condé, le Marquis de Bade-Dourlach, Madame la Duchesse d'Elbeuf, les États Généraux des Provinces-Unies, le Duc de Guastalla, le Landgrave de Hesse-Cassel, le Landgrave de Hesse-Hanau, le Duc de Saxe Gotha, les Princes et États protestants du Cercle du Haut Rhin, les Chapitres d'Hildesheim et de Spire, le Prince d'Isembourg, le Duc de Lorraine, le Chapitre de Liège, le Prince de Ligne, le Duc de Modène, le Duc de la Mirandole, le Prince de Montbéliard, le Cardinal Ottoboni, le Roi de Prusse, le Duc de Parme, le Roi de Sicile, l'Évêque et Prince de Spire, l'Électeur de Trèves, le Grand-Maître de l'ordre Teutonique, le Duc de Wurtemberg, et les Marquis Malaspina de Mulazzo et Madrignano. Ces individus sont identifiés par leurs titres et fonctions respectifs, avec quelques détails supplémentaires pour certains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 168-172
« aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...] »
Début :
aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...]
Mots clefs :
Cardinal, Évêques, Cardinal de Richelieu, Cardinal de Mazarin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « aussi-bien que cet autre de M. l'Abbé Richard, qui [...] »
auffibien
que cet autre de M.
l'Abbé Richard , qui a pour
titre : Parallele du Cardinal
de Richelieu , & du Cardinal
Mazarin , contenant les anecdotes
de leurs vies & de leurs
minifteres ; &c'eſt le premier
Ouvrage qui ait eſté dedié au
Regent , depuis que ce Prince
remplit fi dignement cette
place.
La lecture de l'avis au Lecteur
, nous apprend que le
même Auteur luy avoit déja
dedié le parallele du Cardinal
Ximenés
GALANT. 169
Ximenés & du Cardinal de
Richelieu , qui a eſté univerſellement
eſtimé dans toutel'Europeoù
il a eſté pluſieurs fois
imprimé , même traduit enEfpagnol
, il eſt à ſouhaiter que
l'Abbé Richard puiſſe trouver
letemps d'executer les grands
deſſeins qu'il a de faire dans le
même goût & avec le même
ſtile les paralleles de deux derniers
Archevêques de Paris ,
des deux derniers Evêques
de Meaux , des deux derniers
Evêques d'Orleans , des deux
derniers Evêques d'Evreux , &
des deux derniers Confeſſeurs
Janvier 1716 . P
170 MERCURE
du Roy , dont il a deja faitune
bonne partie ; on voit dans
celui-cy la difference du gouvernement
de Richelieu tous
Louis XIII . dans le miniſteré
de Mazarin ſous Louis XIV.
& en peu de mots il y fait
admirer les heureux commencemens
d'une Regence fous
Louis XV. il y rapporte hif
toriquement ce qui s'eſt paſſé
fous ces deux grands Cardinaux
, touchant le jugement
de la perſonne & de la doctrine
des Evêques , & la Cenfure
de l'Egliſe de France à
Poccafion de la Conftitution
GALANT. 171
d'Alexandre VII. fur le Janſeniſme
,& enfuite il tombe
fur ce qui vient de ſe paffer
depuis deux ans en France ,
pour la Conftitution Unigenitus
du Pape Clement XI . de
forte que dans ce volume in
12. on trouve des chofes trescurieuſes
ſur les affaires du
temps.Ce Livre ſe vend àParis
au Palais , chez Cavelier &
Brunet ; dans la rue S. Jacques
chez Etienne ; fur le Pont S.
Michel chez Bouillerot , &
chezCailleau ſur leQuay des
Auguftins.
10. Le même Auteur eft déja
Pij
172 MERCURE
:
connu dans la Republique des
Lettres , par pluſieurs ouvrages
d'Histoire & d'Erudition :
c'eſt luy qui avoit donné la
Vie du fameux Frere Joſeph
Capucin.
que cet autre de M.
l'Abbé Richard , qui a pour
titre : Parallele du Cardinal
de Richelieu , & du Cardinal
Mazarin , contenant les anecdotes
de leurs vies & de leurs
minifteres ; &c'eſt le premier
Ouvrage qui ait eſté dedié au
Regent , depuis que ce Prince
remplit fi dignement cette
place.
La lecture de l'avis au Lecteur
, nous apprend que le
même Auteur luy avoit déja
dedié le parallele du Cardinal
Ximenés
GALANT. 169
Ximenés & du Cardinal de
Richelieu , qui a eſté univerſellement
eſtimé dans toutel'Europeoù
il a eſté pluſieurs fois
imprimé , même traduit enEfpagnol
, il eſt à ſouhaiter que
l'Abbé Richard puiſſe trouver
letemps d'executer les grands
deſſeins qu'il a de faire dans le
même goût & avec le même
ſtile les paralleles de deux derniers
Archevêques de Paris ,
des deux derniers Evêques
de Meaux , des deux derniers
Evêques d'Orleans , des deux
derniers Evêques d'Evreux , &
des deux derniers Confeſſeurs
Janvier 1716 . P
170 MERCURE
du Roy , dont il a deja faitune
bonne partie ; on voit dans
celui-cy la difference du gouvernement
de Richelieu tous
Louis XIII . dans le miniſteré
de Mazarin ſous Louis XIV.
& en peu de mots il y fait
admirer les heureux commencemens
d'une Regence fous
Louis XV. il y rapporte hif
toriquement ce qui s'eſt paſſé
fous ces deux grands Cardinaux
, touchant le jugement
de la perſonne & de la doctrine
des Evêques , & la Cenfure
de l'Egliſe de France à
Poccafion de la Conftitution
GALANT. 171
d'Alexandre VII. fur le Janſeniſme
,& enfuite il tombe
fur ce qui vient de ſe paffer
depuis deux ans en France ,
pour la Conftitution Unigenitus
du Pape Clement XI . de
forte que dans ce volume in
12. on trouve des chofes trescurieuſes
ſur les affaires du
temps.Ce Livre ſe vend àParis
au Palais , chez Cavelier &
Brunet ; dans la rue S. Jacques
chez Etienne ; fur le Pont S.
Michel chez Bouillerot , &
chezCailleau ſur leQuay des
Auguftins.
10. Le même Auteur eft déja
Pij
172 MERCURE
:
connu dans la Republique des
Lettres , par pluſieurs ouvrages
d'Histoire & d'Erudition :
c'eſt luy qui avoit donné la
Vie du fameux Frere Joſeph
Capucin.
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9
p. 839-847
DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
Début :
LOUIS, par, &c. Après la division & les troubles que le refus de se soûmettre à la Bulle Unigenitus [...]
Mots clefs :
Bulle Unigenitus, Roi, Déclaration du roi, Église, Évêques, Édit, Archevêques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
DECLARATION
D U ROY.
Par laqunsele des Bulles des
Ar laquelle le Roy explique de nouveau fes¹
Papes , données contre le Janféniſme , & fur celle
de la Conftitution Un genitus . Donnée à Verfailles
, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement
, le 3.- Avril , le Roy y féant en fon Lit de
Juſtice.
bles
LOUIS, par, &c. Après la divifion & les trou
que le refus de fe foûmettre à la Bulle Uni
genitus avoit fait naître dans l'Eglife de France
Nous eûmes lieu d'efperer en l'année 1720. d'y
voir la paix heureufement rétablie . Des Explica--
tions dreffées dans un efprit de concorde & de
charité , approuvées par tous les Cardinaux, tous
les Archevêques , & prefque tous les Evêques de
notre Royaume , qui avoient accepté cette Con--
ftitution , adoptées même par la plupart des
Prélats qui avoient hésité d'abord à la recevoir ,
ne laiffoient aucun pretexte à ceux , qui affectant
de la décrier par des interpretations contraires à
-fon veritable fens , vouloient les faire fervir d'excufe
à leur réfiſtance. Ce fut dans des circonfrances
fi favorables que Nous jugeâmes à propos
de donner notre Déclaration du 4. Aouft 1720.
par laquelle , en ordonnant d'un côté que la
Bulle Unigenitus feroit obſervé felon fa forme &
teneur dans tous nos Etats , & en deffendant tour:
ce qui pourtoit y être contraire. Nous prîmes de
l'autre les précautions les plus convenables pour
affurer le repos & la tranquillité de ceux d'entre
nos
$40 MERCURE DE FRANCE
feu que
nos Sujets qui feroient ceder leur prévention à
Pauthorité du Chef & du Corps des premiers Pafteurs
: Nous avons eu , à la verité , la fatisfaction
de voir des Corps entiers , & un grand nombre
de Sujets des differens Ordres de l'Eglife de France
, entrer dans ces fentimens , & l'édifier par la
fincerité de leur retour : Mais, Nous fçavons que
tous ceux qui les avoient imitez dans leur réfiftance
, n'ont pas encore fuivi l'exemple de leur
foumiffion ; & Nous voyons avec déplaifir qu'il
y en a même plufieurs , qui au lieu de profiter de
notre indulgence , n'ont cherché qu'à allumer le
Nous avions voulu éteindre par notre
Déclaration. Non feulement ils ont interjetté de
nouveaux appels , & ils n'ont pas ceffé d'attaquer
la Conftitution avec la même licence , par des
Libelles auffi injurieux au Pape , aux Evêques &
à toute l'Eglife , que contraires au reſpect qui eft
dû à notre authorité ; mais ils ont entrepris de
révoquer en doute le pouvoir qui appartient aux
Evêques d'inftruire les Fideles de la foumiffion
qu'ils doivent à la Bulle Unigenitus , & d'examiner
les fentimens & les difpofitions des Ecclefiaftiques
, lorfqu'ils fe prefentent à eux , foit pour
recevoir les faints Ordtes , foit pour obtenir des
Visa ou des Inftitutions Canoniques . Ce n'eft pas
même feulement à la Conftitution Unigenitus ,
que les ennemis de cette Bulle & de la paix cherchent
à donner atteinte , ils ne ceffent d'attaquer
directement ou indirectement les Conftitutions
des Papes qui ont condamné les cinq Propofitions
tirées du Livre de Janfénius , ou qui ont
preferit la fignature du Formulaire ; ils renouvellent
les fubtilitez frivoles qui avoient été inventées
pour éluder l'obſervation de ces Bulles
ils s'authorifent de la diftinction du fait & du
droit , & abufant de ce qui fe paffa fous le Pontificat
AVRIL. 1730. 84T
tificat de Clement IX . ils prennent toujours la
deffenfe du filence refpectueux fur le fait de Janfenius
, quoique déclaré infuffifant par la Bulle
Vineam Domini Sabaoth , donnée par Clement
XI . & unanimement acceptée par tous les Prélats
de notre Royaume. Nous ne devons donc
pas divifer deux objets , qui , quoique differents,
ne font cependant que trop unis dans l'efprit de
la plus grande partie de ceux qui ne cherchent
qu'à perpetuer les troubles prefens de l'Eglife ; Et
puifque l'on Nous oblige à expliquer encore nos
intentions fur l'execution de la Bulle Unigenitus,
Nous croyons devoir prendre en même temps de
nouvelles précautions contre ces efprits indociles
, que quatre Bulles données fucceffivement par
differents Papes contre le Janféniſme,qui ont été
reçûës par toute l'Eglife , & dont l'execution a
été tant de fois affermie par notre authorité ,
n'ont pu encore réduire à une entiere obéiffance
: Nous continuërons cependant de veiller avec
attention à la conſervation des Maximes de
notre Royaume & des Libertez de l'Eglife Gallicane
, qui Nous feront toujours plus précieuſes
qu'à ceux qui s'en font un vain titre pour colol
rer leur réfiftance ; & Nous fommes perfuadez.
que nos Cours de Parlement , qui étant principalement
chargées du foin de les maintenir ,
font acquittées fi dignement de ce devoir en differentes
occafions , & dès le temps même des
Lettres Patentes du 14. Février 1714. données
fur la Bulle Unigenitus , fçauront toujours faire
un jufte difcernement entre le zele éclairé qui les
deffend avec fageffe , & les intentions fufpectes
de ceux qui n'y cherchent qu'un prétexte pour
troubler , ou pour éloigner une paix auffi défirable
pour l'interêt de l'Etat , que pour le bien
de l'Eglife. A CES CAUSES , & autres à ce Nous
fe
mouvans
842 MERCURE DE FRANCE
mouvans , de l'avis de notre Confeil , & de notre
grace fpeciale , pleine puiffance & authorité
Royale , Nous avons dit , déclaré & ordonné ;
difons, déclarons & ordonnons, voulons & Nous
plaît ce qui fuit :
Article 1. Renouvellant , en tant que befoin feroit
par ces Prefentes , fignees de notre main j
les Edits & Déclarations du feu Roy notre treshonoré
Seigneur & Bifayeul , fur la condamnation
des cinq Propofitions de Janfénius , & ſur
la fignature du Formulaire , & en particulier
l'Edit du mois d'Avril 1665. & les Lettres Patentes
du dernier jour d'Aouft 1705. Ordonnons
que les Bulles des Souverains Pontifes Innocent
X. Alexandre VII . & Clement XI . fur
lefdites Propofitions , & fur la fignature du Formulaire
, feront obfervées & exécutées felon leur
forme & teneur : Voulons en conféquence , que
perfonne ne puiffe être promú aux Ordres facrez
, ou pourvû de quelque Benefice que ce foit ,
Seculier ou Régulier , exempt ou non exempt de
la Jurifdiction de l'Ordinaire , ni même en requerir
aucun , en vertu des dégrez par lui obte
nus , fans avoir auparavant figné le Formulaire
en perfonne ; entre les mains de fon Archevêque
ou de fon Evêque , ou de leurs Grands Vicaires ;
de laquelle fignature il fera fait mention dans
l'Acte de requifition , & pareillement dans l'Aete
de prife de poffeffion de chaque Benefice ; le tout
à peine de nullité defdits Actes à l'égard de ceux
qui fe trouveroient les avoir faits , fans avoir
préalablement figné le Formulaire. Et au cas
que quelqu'un d'entre les Archevêques ou Evêques
néglige d'en exiger la fignature , voulons
& entendons , conformement à l'Edit du mois
d'Avril 1665. qu'il y foit contraint par faifie du
Revenu temporel de fon Archevêché ou Evêché.
Ordonnons
N
AVRIL. 1730. 843
que les Ordonnons en outre , fuivant ledit Edit ,
Ecclefiaftiques , qui n'ayant pas encore figné le
Formulaire , refuferont de le faire à l'occafion
du Vifa ou de l'inftitution aux Benefices dont
ils demanderont à être pourvûs , foient déclarez
incapables de les poffeder, & que tous ceux dont
lefdits Ecclefiaftiques pourroient avoir été précedemment
pourvûs , demeurent vacans & impétrables
de plein droit , fans qu'il fait befoin à cet
effet d'aucune Sentence ni Declaration judiciaire,
ainfi qu'il eft porté par ledit Edit du mois d'Avril
1665.
II. Voulons , conformement au même Edit ,
que lefdites fignatures du Formulaire foient pures
& fimples , fans aucune diftinction , interpretation
ou reftriction qui déroge directement
ou indirectement aufdites Conftitutions des Papes
Innocent X. Alexandre VII . & Clement XI .
déclarant que ceux qui fe ferviroient dans leur
fignature defdites diftinctions , interprétations ou
reftrictions ; ou qui figneroient un Formulaire
different de celui dont la fignature a été ordonnée
par ledit. Edit du mois d'Avril 1665. feront
fujets aux peines portées par ledit Edit.
III. Confirmant , en tant que befoin feroit
les Lettres Patentes du 14. Février 1714. & notre
Declaration du 4. Aouft 1720. Regiſtrées dans
toutes nos Cours de Parlement : Ordonnons que
la Conftitution Unigenitus foit inviolablement
obfervée felon fa forme & teneur dans tous les
Etats, Pays,Terres & Seigneuries de notre obéïffance
; & qu'étant une Loy de l'Eglife par l'acceptation
qui en a été faite , elle foit auffi regardée
comme une Loy de notre Royaume. Voutons
que tous nos Sujets , de quelque état & condition
qu'ils foient , ayent pour ladite Bulle le
refpect & la foumiffion qui font dûs au jugement
de
844 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglife univerfelle , en matiere de doctrine.
IV. L'Article cinquième de notredite Decla
ration fera pareillement exécuté felon fa forme
& teneur , fans neanmoins que fous prétexte du
filence que Nous y avons impofé , on puiffe prétendre
que notre intention ait jamais été d'empêcher
les Archevêques ou Evêques d'inftruire les
Ecclefiaftiques & les Peuples confiez à leurs foins ,
fur l'obligation de fe foumettre à la Conftitution
Unigenitus.
V. Deffendons , conformement à l'Art. III.
de notre Déclaration du 4. Aouft 1720. & par
les motifs qui y font expliquez , d'exiger directement
ou indirectement aucunes nouvelles formu
les de foufcription à l'occafion des Bulles des Papes
qui font reçûës dans notre Royaume. Décla
rons neanmoins, que par cette deffenfe Nous n'avons
pas entendu que les Archevêques & Evê
ques de notre Royaume ne puiffent refuſer d'admettre
aux faints Ordres, ou aux Dignitez & aux
Benefices, de quelque nature qu'ils foient, les Ec→
clefiaftiques Seculiers ou Reguliers , exempts ou
non exempts , qui auroient renouvellé leurs appels
de la Bulle Unigenitus depuis norre Decla
ration du 4. Aouft 1720. ou déclaré par écrit
qu'ils perfiftent dans ceux qu'ils avoient préce
demment interjettez , ou qui auroient compofé
ou publié des Ecrits pour attaquer ladite Bulle
ou les Explications defdits Archevêques & Evêques
, des années 1714.& 1720. ou qui auroient
renu des difcours injurieux à l'Eglife & à l'Epif
copat , & qui en feroient convaincus , foit par
des preuves légitimes , ou par l'aveu qu'ils en
feroient aufdits Archevêques ou Evêques lorfqu'ils
feroient interrogez fur lefdits faits , en fe
prefentant à eux pour l'Ordination , ou pour le
Vifa , ou l'Inſtitution Canonique , & qui perfe-
2
vere
AVRIL . 1730. 845 .
vereroient dans le même efprit de révolte, ou de
defobéiffance contre la Bulle Unigenitus , ou les
autres Conftitutions cy-deffus mentionnées , &
refuferoient de s'expliquer , conformement aux
Art. II. & III. de la prefente Declaration ,
la foumiffion due aufdites Conſtitutions.
2
fur
VI. Les Appellations comme d'abus , fi aucunes
font interjettées des refus de Vifa , ou d'Inftitution
Canonique faits par les Archevêques ou
Evêques aux Ecclefiaftiques qui fe trouveront être
dans quelqu'un des cas expliquez par les Art . I.
II. III. & V. de notre prefente Declaration
n'auront aucun effet fufpenfif , mais dévolutif
feulement , & fans que les caufes de refus marquées
dans lefdits cas , puiffent être regardées
comme un moyen d'abus . Voulons que lorfqu'outre
lefdites caufes , le refus defdits Archevêques
ou Evêques en renfermera d'autres qui feront
jugées abufives , nos Cours foient tenucs de déclarer
qu'il y a abus feulement en ce qui concerne
lefdites autres caufes ; fauf à nofd. Cours
d'ordonner en ce cas , s'il y échet , que dans le
temps qu'elles jugeront à propos de preferire, à
l'appellant comme d'abus , il fera tenu de fe retirer
fuivant l'art. VI. de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
pardevant le Superieur Ecclefiaftique de l'Evêque
ou de l'Archevêque qui lui aura refuſé le Viſa,ou
P'Inftitution Canonique pour le Benefice qui fera
le fujet de la conteftation, à l'effet d'obtenir l'un
ou l'autre, fi faire fe doit ; & après que led . Vifa
ou ladite Inftitution Canonique auront été rap-
-portez , ou faute par ledit appellant de les rapporter
, & dans le delay_qui lui aura été accordé
, il fera ftatué par nofd. Cours fur la maintenue
provifoire ou définitive au Benefice contentieux
, ainfi qu'il appartiendra.
VII
846 MERCURE DE FRANCE
VII . Ordonnons au furplus , que notre Declaration
du 10. May 1728. concernant les Imprimeurs
, foit executée felon fa forme & teneur;
ce faifant , que tous ceux qui feront convaincus
d'avoir compofé, imprimé, debité ou autrement
diftribué , fous quelque titre ou nom que ce puif.
fe être , des Ouvrages , Ecrits , Lettres ou autres
Libelles qui attaqueroient directement ou indirectement
les Conftitutions des Papes cy - deffus
marqués, nommément la Bulle Unigenitus, l'Inftruction
Paftorale de 1714. les Explications de
1720. ou qui tendroient à foûtenir , renouveller
ou favorifer en quelque maniere que ce foit les
Propofitions condamnées par ladite Conftitution
, ou qui feroient contraires à la Religion, au
refpect dû à notre S.Pere le Pape & aux Evêques,
ou à notre authorité , aux droits de notre Ĉouronne,
ou aux libertez de l'Eglife Gallicane,foient
condamnez aux peines portées par ladite Decla
ration du 10. May 1728. Voulons que les Corps
ou Communautez , & pareillement les Particuliers
qui auroient prêté leurs Maifons , en tout
ou en partie , pour fervir de dépôt à des Ouvrages
ou Ecrits de la nature cy-deffus marquez , &
pour les y mettre en sûreté , foient condamnez
pour la premiere fois en 3000 liv. d'amende , &
les Corps ou Communautez déclarez en outre
déchûs de tous les Privileges à eux accordez par
Nous ou par les Rois nos Predeceffeurs . Ordonnons
qu'en cas de récidives, les Particuliers foient
condamnez au banniffement à temps , même à
plus grande peine s'il y échet. Enjoignons à nos
Cours de Parlement & autres nos Juges , de tenir
la main à ce que ces Prefentes foient exactement
& inviolablement obfervées , & de prêter
aux Archevêques ou Evêques , ou à leurs Officiaux
, lorſqu'ils en feront requis , le fecours &
l'affiftance
AVRIL 1730.
847.
l'affiftance neceffaires . pour l'execution des Ordonnances
& Jugemens qui en feront par eux
rendus contre les contrevenans dans les cas qui
regardent les Juges d'Eglife ; le tout conformement
à l'Art. XXX . de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
& c.
D U ROY.
Par laqunsele des Bulles des
Ar laquelle le Roy explique de nouveau fes¹
Papes , données contre le Janféniſme , & fur celle
de la Conftitution Un genitus . Donnée à Verfailles
, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement
, le 3.- Avril , le Roy y féant en fon Lit de
Juſtice.
bles
LOUIS, par, &c. Après la divifion & les trou
que le refus de fe foûmettre à la Bulle Uni
genitus avoit fait naître dans l'Eglife de France
Nous eûmes lieu d'efperer en l'année 1720. d'y
voir la paix heureufement rétablie . Des Explica--
tions dreffées dans un efprit de concorde & de
charité , approuvées par tous les Cardinaux, tous
les Archevêques , & prefque tous les Evêques de
notre Royaume , qui avoient accepté cette Con--
ftitution , adoptées même par la plupart des
Prélats qui avoient hésité d'abord à la recevoir ,
ne laiffoient aucun pretexte à ceux , qui affectant
de la décrier par des interpretations contraires à
-fon veritable fens , vouloient les faire fervir d'excufe
à leur réfiſtance. Ce fut dans des circonfrances
fi favorables que Nous jugeâmes à propos
de donner notre Déclaration du 4. Aouft 1720.
par laquelle , en ordonnant d'un côté que la
Bulle Unigenitus feroit obſervé felon fa forme &
teneur dans tous nos Etats , & en deffendant tour:
ce qui pourtoit y être contraire. Nous prîmes de
l'autre les précautions les plus convenables pour
affurer le repos & la tranquillité de ceux d'entre
nos
$40 MERCURE DE FRANCE
feu que
nos Sujets qui feroient ceder leur prévention à
Pauthorité du Chef & du Corps des premiers Pafteurs
: Nous avons eu , à la verité , la fatisfaction
de voir des Corps entiers , & un grand nombre
de Sujets des differens Ordres de l'Eglife de France
, entrer dans ces fentimens , & l'édifier par la
fincerité de leur retour : Mais, Nous fçavons que
tous ceux qui les avoient imitez dans leur réfiftance
, n'ont pas encore fuivi l'exemple de leur
foumiffion ; & Nous voyons avec déplaifir qu'il
y en a même plufieurs , qui au lieu de profiter de
notre indulgence , n'ont cherché qu'à allumer le
Nous avions voulu éteindre par notre
Déclaration. Non feulement ils ont interjetté de
nouveaux appels , & ils n'ont pas ceffé d'attaquer
la Conftitution avec la même licence , par des
Libelles auffi injurieux au Pape , aux Evêques &
à toute l'Eglife , que contraires au reſpect qui eft
dû à notre authorité ; mais ils ont entrepris de
révoquer en doute le pouvoir qui appartient aux
Evêques d'inftruire les Fideles de la foumiffion
qu'ils doivent à la Bulle Unigenitus , & d'examiner
les fentimens & les difpofitions des Ecclefiaftiques
, lorfqu'ils fe prefentent à eux , foit pour
recevoir les faints Ordtes , foit pour obtenir des
Visa ou des Inftitutions Canoniques . Ce n'eft pas
même feulement à la Conftitution Unigenitus ,
que les ennemis de cette Bulle & de la paix cherchent
à donner atteinte , ils ne ceffent d'attaquer
directement ou indirectement les Conftitutions
des Papes qui ont condamné les cinq Propofitions
tirées du Livre de Janfénius , ou qui ont
preferit la fignature du Formulaire ; ils renouvellent
les fubtilitez frivoles qui avoient été inventées
pour éluder l'obſervation de ces Bulles
ils s'authorifent de la diftinction du fait & du
droit , & abufant de ce qui fe paffa fous le Pontificat
AVRIL. 1730. 84T
tificat de Clement IX . ils prennent toujours la
deffenfe du filence refpectueux fur le fait de Janfenius
, quoique déclaré infuffifant par la Bulle
Vineam Domini Sabaoth , donnée par Clement
XI . & unanimement acceptée par tous les Prélats
de notre Royaume. Nous ne devons donc
pas divifer deux objets , qui , quoique differents,
ne font cependant que trop unis dans l'efprit de
la plus grande partie de ceux qui ne cherchent
qu'à perpetuer les troubles prefens de l'Eglife ; Et
puifque l'on Nous oblige à expliquer encore nos
intentions fur l'execution de la Bulle Unigenitus,
Nous croyons devoir prendre en même temps de
nouvelles précautions contre ces efprits indociles
, que quatre Bulles données fucceffivement par
differents Papes contre le Janféniſme,qui ont été
reçûës par toute l'Eglife , & dont l'execution a
été tant de fois affermie par notre authorité ,
n'ont pu encore réduire à une entiere obéiffance
: Nous continuërons cependant de veiller avec
attention à la conſervation des Maximes de
notre Royaume & des Libertez de l'Eglife Gallicane
, qui Nous feront toujours plus précieuſes
qu'à ceux qui s'en font un vain titre pour colol
rer leur réfiftance ; & Nous fommes perfuadez.
que nos Cours de Parlement , qui étant principalement
chargées du foin de les maintenir ,
font acquittées fi dignement de ce devoir en differentes
occafions , & dès le temps même des
Lettres Patentes du 14. Février 1714. données
fur la Bulle Unigenitus , fçauront toujours faire
un jufte difcernement entre le zele éclairé qui les
deffend avec fageffe , & les intentions fufpectes
de ceux qui n'y cherchent qu'un prétexte pour
troubler , ou pour éloigner une paix auffi défirable
pour l'interêt de l'Etat , que pour le bien
de l'Eglife. A CES CAUSES , & autres à ce Nous
fe
mouvans
842 MERCURE DE FRANCE
mouvans , de l'avis de notre Confeil , & de notre
grace fpeciale , pleine puiffance & authorité
Royale , Nous avons dit , déclaré & ordonné ;
difons, déclarons & ordonnons, voulons & Nous
plaît ce qui fuit :
Article 1. Renouvellant , en tant que befoin feroit
par ces Prefentes , fignees de notre main j
les Edits & Déclarations du feu Roy notre treshonoré
Seigneur & Bifayeul , fur la condamnation
des cinq Propofitions de Janfénius , & ſur
la fignature du Formulaire , & en particulier
l'Edit du mois d'Avril 1665. & les Lettres Patentes
du dernier jour d'Aouft 1705. Ordonnons
que les Bulles des Souverains Pontifes Innocent
X. Alexandre VII . & Clement XI . fur
lefdites Propofitions , & fur la fignature du Formulaire
, feront obfervées & exécutées felon leur
forme & teneur : Voulons en conféquence , que
perfonne ne puiffe être promú aux Ordres facrez
, ou pourvû de quelque Benefice que ce foit ,
Seculier ou Régulier , exempt ou non exempt de
la Jurifdiction de l'Ordinaire , ni même en requerir
aucun , en vertu des dégrez par lui obte
nus , fans avoir auparavant figné le Formulaire
en perfonne ; entre les mains de fon Archevêque
ou de fon Evêque , ou de leurs Grands Vicaires ;
de laquelle fignature il fera fait mention dans
l'Acte de requifition , & pareillement dans l'Aete
de prife de poffeffion de chaque Benefice ; le tout
à peine de nullité defdits Actes à l'égard de ceux
qui fe trouveroient les avoir faits , fans avoir
préalablement figné le Formulaire. Et au cas
que quelqu'un d'entre les Archevêques ou Evêques
néglige d'en exiger la fignature , voulons
& entendons , conformement à l'Edit du mois
d'Avril 1665. qu'il y foit contraint par faifie du
Revenu temporel de fon Archevêché ou Evêché.
Ordonnons
N
AVRIL. 1730. 843
que les Ordonnons en outre , fuivant ledit Edit ,
Ecclefiaftiques , qui n'ayant pas encore figné le
Formulaire , refuferont de le faire à l'occafion
du Vifa ou de l'inftitution aux Benefices dont
ils demanderont à être pourvûs , foient déclarez
incapables de les poffeder, & que tous ceux dont
lefdits Ecclefiaftiques pourroient avoir été précedemment
pourvûs , demeurent vacans & impétrables
de plein droit , fans qu'il fait befoin à cet
effet d'aucune Sentence ni Declaration judiciaire,
ainfi qu'il eft porté par ledit Edit du mois d'Avril
1665.
II. Voulons , conformement au même Edit ,
que lefdites fignatures du Formulaire foient pures
& fimples , fans aucune diftinction , interpretation
ou reftriction qui déroge directement
ou indirectement aufdites Conftitutions des Papes
Innocent X. Alexandre VII . & Clement XI .
déclarant que ceux qui fe ferviroient dans leur
fignature defdites diftinctions , interprétations ou
reftrictions ; ou qui figneroient un Formulaire
different de celui dont la fignature a été ordonnée
par ledit. Edit du mois d'Avril 1665. feront
fujets aux peines portées par ledit Edit.
III. Confirmant , en tant que befoin feroit
les Lettres Patentes du 14. Février 1714. & notre
Declaration du 4. Aouft 1720. Regiſtrées dans
toutes nos Cours de Parlement : Ordonnons que
la Conftitution Unigenitus foit inviolablement
obfervée felon fa forme & teneur dans tous les
Etats, Pays,Terres & Seigneuries de notre obéïffance
; & qu'étant une Loy de l'Eglife par l'acceptation
qui en a été faite , elle foit auffi regardée
comme une Loy de notre Royaume. Voutons
que tous nos Sujets , de quelque état & condition
qu'ils foient , ayent pour ladite Bulle le
refpect & la foumiffion qui font dûs au jugement
de
844 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglife univerfelle , en matiere de doctrine.
IV. L'Article cinquième de notredite Decla
ration fera pareillement exécuté felon fa forme
& teneur , fans neanmoins que fous prétexte du
filence que Nous y avons impofé , on puiffe prétendre
que notre intention ait jamais été d'empêcher
les Archevêques ou Evêques d'inftruire les
Ecclefiaftiques & les Peuples confiez à leurs foins ,
fur l'obligation de fe foumettre à la Conftitution
Unigenitus.
V. Deffendons , conformement à l'Art. III.
de notre Déclaration du 4. Aouft 1720. & par
les motifs qui y font expliquez , d'exiger directement
ou indirectement aucunes nouvelles formu
les de foufcription à l'occafion des Bulles des Papes
qui font reçûës dans notre Royaume. Décla
rons neanmoins, que par cette deffenfe Nous n'avons
pas entendu que les Archevêques & Evê
ques de notre Royaume ne puiffent refuſer d'admettre
aux faints Ordres, ou aux Dignitez & aux
Benefices, de quelque nature qu'ils foient, les Ec→
clefiaftiques Seculiers ou Reguliers , exempts ou
non exempts , qui auroient renouvellé leurs appels
de la Bulle Unigenitus depuis norre Decla
ration du 4. Aouft 1720. ou déclaré par écrit
qu'ils perfiftent dans ceux qu'ils avoient préce
demment interjettez , ou qui auroient compofé
ou publié des Ecrits pour attaquer ladite Bulle
ou les Explications defdits Archevêques & Evêques
, des années 1714.& 1720. ou qui auroient
renu des difcours injurieux à l'Eglife & à l'Epif
copat , & qui en feroient convaincus , foit par
des preuves légitimes , ou par l'aveu qu'ils en
feroient aufdits Archevêques ou Evêques lorfqu'ils
feroient interrogez fur lefdits faits , en fe
prefentant à eux pour l'Ordination , ou pour le
Vifa , ou l'Inſtitution Canonique , & qui perfe-
2
vere
AVRIL . 1730. 845 .
vereroient dans le même efprit de révolte, ou de
defobéiffance contre la Bulle Unigenitus , ou les
autres Conftitutions cy-deffus mentionnées , &
refuferoient de s'expliquer , conformement aux
Art. II. & III. de la prefente Declaration ,
la foumiffion due aufdites Conſtitutions.
2
fur
VI. Les Appellations comme d'abus , fi aucunes
font interjettées des refus de Vifa , ou d'Inftitution
Canonique faits par les Archevêques ou
Evêques aux Ecclefiaftiques qui fe trouveront être
dans quelqu'un des cas expliquez par les Art . I.
II. III. & V. de notre prefente Declaration
n'auront aucun effet fufpenfif , mais dévolutif
feulement , & fans que les caufes de refus marquées
dans lefdits cas , puiffent être regardées
comme un moyen d'abus . Voulons que lorfqu'outre
lefdites caufes , le refus defdits Archevêques
ou Evêques en renfermera d'autres qui feront
jugées abufives , nos Cours foient tenucs de déclarer
qu'il y a abus feulement en ce qui concerne
lefdites autres caufes ; fauf à nofd. Cours
d'ordonner en ce cas , s'il y échet , que dans le
temps qu'elles jugeront à propos de preferire, à
l'appellant comme d'abus , il fera tenu de fe retirer
fuivant l'art. VI. de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
pardevant le Superieur Ecclefiaftique de l'Evêque
ou de l'Archevêque qui lui aura refuſé le Viſa,ou
P'Inftitution Canonique pour le Benefice qui fera
le fujet de la conteftation, à l'effet d'obtenir l'un
ou l'autre, fi faire fe doit ; & après que led . Vifa
ou ladite Inftitution Canonique auront été rap-
-portez , ou faute par ledit appellant de les rapporter
, & dans le delay_qui lui aura été accordé
, il fera ftatué par nofd. Cours fur la maintenue
provifoire ou définitive au Benefice contentieux
, ainfi qu'il appartiendra.
VII
846 MERCURE DE FRANCE
VII . Ordonnons au furplus , que notre Declaration
du 10. May 1728. concernant les Imprimeurs
, foit executée felon fa forme & teneur;
ce faifant , que tous ceux qui feront convaincus
d'avoir compofé, imprimé, debité ou autrement
diftribué , fous quelque titre ou nom que ce puif.
fe être , des Ouvrages , Ecrits , Lettres ou autres
Libelles qui attaqueroient directement ou indirectement
les Conftitutions des Papes cy - deffus
marqués, nommément la Bulle Unigenitus, l'Inftruction
Paftorale de 1714. les Explications de
1720. ou qui tendroient à foûtenir , renouveller
ou favorifer en quelque maniere que ce foit les
Propofitions condamnées par ladite Conftitution
, ou qui feroient contraires à la Religion, au
refpect dû à notre S.Pere le Pape & aux Evêques,
ou à notre authorité , aux droits de notre Ĉouronne,
ou aux libertez de l'Eglife Gallicane,foient
condamnez aux peines portées par ladite Decla
ration du 10. May 1728. Voulons que les Corps
ou Communautez , & pareillement les Particuliers
qui auroient prêté leurs Maifons , en tout
ou en partie , pour fervir de dépôt à des Ouvrages
ou Ecrits de la nature cy-deffus marquez , &
pour les y mettre en sûreté , foient condamnez
pour la premiere fois en 3000 liv. d'amende , &
les Corps ou Communautez déclarez en outre
déchûs de tous les Privileges à eux accordez par
Nous ou par les Rois nos Predeceffeurs . Ordonnons
qu'en cas de récidives, les Particuliers foient
condamnez au banniffement à temps , même à
plus grande peine s'il y échet. Enjoignons à nos
Cours de Parlement & autres nos Juges , de tenir
la main à ce que ces Prefentes foient exactement
& inviolablement obfervées , & de prêter
aux Archevêques ou Evêques , ou à leurs Officiaux
, lorſqu'ils en feront requis , le fecours &
l'affiftance
AVRIL 1730.
847.
l'affiftance neceffaires . pour l'execution des Ordonnances
& Jugemens qui en feront par eux
rendus contre les contrevenans dans les cas qui
regardent les Juges d'Eglife ; le tout conformement
à l'Art. XXX . de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
& c.
Fermer
Résumé : DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
Le document est une déclaration royale de Louis XV, datée du 24 mars 1730, concernant l'application de la bulle papale Unigenitus et des constitutions contre le jansénisme. Le roi rappelle les efforts passés pour rétablir la paix dans l'Église de France après le refus initial de se soumettre à la bulle Unigenitus. Il souligne que des explications approuvées par les cardinaux, archevêques et évêques ont été adoptées, mais certains continuent de résister. La déclaration renforce l'obligation d'observer la bulle Unigenitus et les constitutions contre le jansénisme, en ordonnant que la bulle soit respectée dans tous les États et que les sujets du roi doivent lui montrer soumission. Le roi défend également les libertés de l'Église gallicane et ordonne des mesures contre ceux qui attaquent les constitutions papales ou troublent la paix. La déclaration réitère l'interdiction de promouvoir des ecclésiastiques sans qu'ils aient signé le formulaire et confirme les peines pour ceux qui refusent de se soumettre. Elle précise également les procédures pour les appels comme d'abus et les sanctions contre les imprimeurs de libelles contraires aux constitutions. Un autre décret royal, daté d'avril 1730, condamne les individus ou les communautés ayant prêté leurs maisons pour servir de dépôt à des ouvrages ou écrits interdits. Les peines prévues incluent une amende de 3 000 livres pour la première infraction, avec perte des privilèges pour les corps ou communautés concernés. En cas de récidive, les particuliers encourent le bannissement ou des peines plus sévères. Le décret ordonne aux cours de parlement et autres juges de faire respecter ces dispositions et de prêter assistance aux autorités ecclésiastiques pour l'exécution des jugements concernant les contrevenants. Cette mesure est conforme à l'article XXX de l'édit d'avril 1695 sur la juridiction ecclésiastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
10
p. 1039-1042
Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Début :
Le 21. Avril, & les trois jours suivans, les Capucins de la rüe S. Honoré celebrerent avec [...]
Mots clefs :
Capucins, Messe, Église, Évêques, Vêpres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Le 21. Avril , & les trois jours fuivans ,
Capucins de la rue S. Honoré celebrerent avec
beaucoup de folemnité la Beatification du Pere
Fidel de Simarinque , Capucin , Préfet & premier
Martyr de la Miffion ' Apoftolique , établie chez
les Grifons par la Sacrée Congrégation , chargée
de travailler à la propagation de la Foi.
Ces Peres avoient fait élever dans la Cour de
leur Eglife une Galerie ornée de Pilaftres peints
en Marbre , dont les Chapiteaux & les Piedeftaux
étoient peints en or , ce qui formoit une espece
de Colonade ; entre ces Pilaftres , fous des Arcades
ornées de Feftons & de Guirlandes , on avoit
placé des Caiffes de fleurs & d'autres ornemens
& les murs étoient revêtus de très-riches Tapifferies.
"
Au- devant du Porche de l'Eglife , étoit élevé
un Portique peint en Marbre , aufli -bien que les
Colomnes qui le foutenoient , & dans un Cartouche
au-deffus de la grande entrée étoient écri-
I ij
tes
1040 MERCURE DE FRANCE
tes ces paroles tirées du Livre des Proverbes ,
Vir Fidelis multùm laudabitur.
Au même Porche, du côté de la ruë, deux Piramides
étoient élevées fur des Piedeſtaux & furmontées
de Vafes , ce qui formoit une entrée, audeffus
de laquelle étoient écrites ces paroles de
PEcclefiaftique : Sic celebrabitur Fidelis in confpectu
Dei.
Aux deux côtez de la Porte de l'Eglife , étoient
placées fur leurs Piedeftaux , deux Figures grandes
comme le naturel , qui repréfentoient la Foi
& la Charité , le tout orné de très - belles Tapifferies
; on avoit placé au- deffus de la Porte exterieure
de l'Eglife , les Armes du feu Pape Benoît
XIII. celles du Roi & de l'Archevêque de
Paris.
Toute l'Eglife depuis la Corniche jufqu'au
Lambris , étoit ornée de Tapifleries de la Ĉouronne
, au bas defquelles regnoit une espece de
Gradin chargé de Camayeux , qui repréſentoient
les principaux Miracles du Saint , accompagné
de chaque côté de Pots de fleurs. Entre ces Camayeux
étoient des Piramides peintes en or , furmontées
de Girandoles . On avoit écrit au bas des
Piramides differens Paffages de l'Ecriture , convenables
au fujet .
Les Fenêtres de l'Eglife étoient fermées par des
grands rideaux de Damas cramoifi , galonnez
d'or ; la Voute étoit ornée de Feftons & de Guirlandes
, d'où fortoient de gros cordons de foye
pour foutenir quantité de Luftres garnis de bougies.
Le devant de la Tribune deftinée pour la
Mufique , étoit auffi couvert d'une pareille étoffe
de Damas galonné d'or , de même que la Chaire
du Prédicateur. On avoit placé au- deffus de la
Tribune , un grand Camayeu réprefentant le
Bienheureux Fidel martyrifé par les Heretiques,
Le
MAY. 1730. 1041
Le Pavé du Sanctuaire & une partie de la Nef
qui fervoit de Choeur , étoit couvert de quantité
de très-beaux Tapis. On avoit élevé à une petite
diftance de l'Autel , un Trône pour les Evêques
qui ont officié pontificalement , on avoit placé
au -deffous un Fauteuil , & un Prie-Dieu , couvert
d'un Tapis de Velours cramoifi , furmonté d'un
Dais brodé en or & en argent."
Le premier jour de la Fête , les Capucins commencerent
leur Proceffion à une heure après midi,
ils étoient precedez de plufieurs jeunes garçons
vétus en Chevaliers Romains , fous leur Guidon ,
portant les Inftrumens du Martyre du Bienheureux
Fidel , & d'une quantité d'Enfans vétus trèsproprement
en Anges , qui portoient des Banderoles.
Ces Peres , au nombre de plus de cent , allerent
proceffionellement prendre les Cordeliers
du Grand Convent qui vinrent avec eux chanter
les premieres Vêpres ; cette Communauté fut faluée
en arrivant d'une décharge de quantité de
Boëtes, & au fon de Trompettes & Timbales , &
reçue à la porte de l'Eglife par quatre Peres Capucins,
dont deux étoient revétus d'Aubes, & pre-
Tentoient de l'Eau - Benite aux Religieux qui entroient
, & les deux autres , en furplis , les encenfoient.
La même ceremonie a été obfervée à l'entrée
& à la fortie de toutes les Communautez
qui font venues aux Capucins, pour y chanter la
Meffe ou les Vêpres.
Le 22. M. Robinet , Official & Vicaire General
de M. l'Archevêque de Paris , fe rendit dans l'Egfife
des Capucins , où il fit la lecture de la Bulle
de la Beatification du Pere Fidel , après laquelle
le Te Deum fut chanté au bruit d'un grand nombre
de Boetes qu'on tira dans le Jardin de ces
Peres.
Le même jour les Capucins allerent procef-
I iij hionnd1042
MERCURE DE FRANCE
fionellement prendre les Religieux Feüillans qui
vinrent chanter la grande Meffe dans leur Eglife..
L'aprés midi , les Jacobins de la rue S. Honoré
y vinrent chanter les Vêpres ; le Panégyrique du
Saint fut prononcé par le P. Dom Jerôme , le Salut
fut chanté enfuite en Mufique , auquel officia
l'Evêque de Quebec.
ac-
Le 23. le Clergé de la Paroiffe de S. Roch ,
compagné des Capucins , vint chanter la grande
Meffe dans leur Eglife,& l'après midi les Feuillans
y chanterent les Vêpres ; le Panegyrique du Saint
fut prononcé par le Pere de la Cofte, Cordelier , l'Evêque
de Laon officia au Salut qui fut chanté après.
Le 24. le Clergé de S. Germain de Lauxerrois
accompagné des Capucins , vint celebrer la
Meffe qui fut chantée par la Mufique du Chapitre
, & l'après midi les Récollets y chanterent les
Vêpres, l'Abbé Billard prononça le Panegyrique .
du Saint , l'Evêque de Cifteron officia au Salut &
an Te Deum qui fut chanté enfuite , à la fin duquei
la Bannière du Saint fut élevée au plus haut
de la voute de l'Eglife , au fon des Trompettes
des Timballes & de la Simphonie. La Fête fut
terminée le foir du même jour par une très - belle
Illumination de la Maifon des Capucins , des
Gours & du Jardin , dans lequel on tira un Feu
d'artifice, qui fut executé avec beaucoup de fuccès.
Capucins de la rue S. Honoré celebrerent avec
beaucoup de folemnité la Beatification du Pere
Fidel de Simarinque , Capucin , Préfet & premier
Martyr de la Miffion ' Apoftolique , établie chez
les Grifons par la Sacrée Congrégation , chargée
de travailler à la propagation de la Foi.
Ces Peres avoient fait élever dans la Cour de
leur Eglife une Galerie ornée de Pilaftres peints
en Marbre , dont les Chapiteaux & les Piedeftaux
étoient peints en or , ce qui formoit une espece
de Colonade ; entre ces Pilaftres , fous des Arcades
ornées de Feftons & de Guirlandes , on avoit
placé des Caiffes de fleurs & d'autres ornemens
& les murs étoient revêtus de très-riches Tapifferies.
"
Au- devant du Porche de l'Eglife , étoit élevé
un Portique peint en Marbre , aufli -bien que les
Colomnes qui le foutenoient , & dans un Cartouche
au-deffus de la grande entrée étoient écri-
I ij
tes
1040 MERCURE DE FRANCE
tes ces paroles tirées du Livre des Proverbes ,
Vir Fidelis multùm laudabitur.
Au même Porche, du côté de la ruë, deux Piramides
étoient élevées fur des Piedeſtaux & furmontées
de Vafes , ce qui formoit une entrée, audeffus
de laquelle étoient écrites ces paroles de
PEcclefiaftique : Sic celebrabitur Fidelis in confpectu
Dei.
Aux deux côtez de la Porte de l'Eglife , étoient
placées fur leurs Piedeftaux , deux Figures grandes
comme le naturel , qui repréfentoient la Foi
& la Charité , le tout orné de très - belles Tapifferies
; on avoit placé au- deffus de la Porte exterieure
de l'Eglife , les Armes du feu Pape Benoît
XIII. celles du Roi & de l'Archevêque de
Paris.
Toute l'Eglife depuis la Corniche jufqu'au
Lambris , étoit ornée de Tapifleries de la Ĉouronne
, au bas defquelles regnoit une espece de
Gradin chargé de Camayeux , qui repréſentoient
les principaux Miracles du Saint , accompagné
de chaque côté de Pots de fleurs. Entre ces Camayeux
étoient des Piramides peintes en or , furmontées
de Girandoles . On avoit écrit au bas des
Piramides differens Paffages de l'Ecriture , convenables
au fujet .
Les Fenêtres de l'Eglife étoient fermées par des
grands rideaux de Damas cramoifi , galonnez
d'or ; la Voute étoit ornée de Feftons & de Guirlandes
, d'où fortoient de gros cordons de foye
pour foutenir quantité de Luftres garnis de bougies.
Le devant de la Tribune deftinée pour la
Mufique , étoit auffi couvert d'une pareille étoffe
de Damas galonné d'or , de même que la Chaire
du Prédicateur. On avoit placé au- deffus de la
Tribune , un grand Camayeu réprefentant le
Bienheureux Fidel martyrifé par les Heretiques,
Le
MAY. 1730. 1041
Le Pavé du Sanctuaire & une partie de la Nef
qui fervoit de Choeur , étoit couvert de quantité
de très-beaux Tapis. On avoit élevé à une petite
diftance de l'Autel , un Trône pour les Evêques
qui ont officié pontificalement , on avoit placé
au -deffous un Fauteuil , & un Prie-Dieu , couvert
d'un Tapis de Velours cramoifi , furmonté d'un
Dais brodé en or & en argent."
Le premier jour de la Fête , les Capucins commencerent
leur Proceffion à une heure après midi,
ils étoient precedez de plufieurs jeunes garçons
vétus en Chevaliers Romains , fous leur Guidon ,
portant les Inftrumens du Martyre du Bienheureux
Fidel , & d'une quantité d'Enfans vétus trèsproprement
en Anges , qui portoient des Banderoles.
Ces Peres , au nombre de plus de cent , allerent
proceffionellement prendre les Cordeliers
du Grand Convent qui vinrent avec eux chanter
les premieres Vêpres ; cette Communauté fut faluée
en arrivant d'une décharge de quantité de
Boëtes, & au fon de Trompettes & Timbales , &
reçue à la porte de l'Eglife par quatre Peres Capucins,
dont deux étoient revétus d'Aubes, & pre-
Tentoient de l'Eau - Benite aux Religieux qui entroient
, & les deux autres , en furplis , les encenfoient.
La même ceremonie a été obfervée à l'entrée
& à la fortie de toutes les Communautez
qui font venues aux Capucins, pour y chanter la
Meffe ou les Vêpres.
Le 22. M. Robinet , Official & Vicaire General
de M. l'Archevêque de Paris , fe rendit dans l'Egfife
des Capucins , où il fit la lecture de la Bulle
de la Beatification du Pere Fidel , après laquelle
le Te Deum fut chanté au bruit d'un grand nombre
de Boetes qu'on tira dans le Jardin de ces
Peres.
Le même jour les Capucins allerent procef-
I iij hionnd1042
MERCURE DE FRANCE
fionellement prendre les Religieux Feüillans qui
vinrent chanter la grande Meffe dans leur Eglife..
L'aprés midi , les Jacobins de la rue S. Honoré
y vinrent chanter les Vêpres ; le Panégyrique du
Saint fut prononcé par le P. Dom Jerôme , le Salut
fut chanté enfuite en Mufique , auquel officia
l'Evêque de Quebec.
ac-
Le 23. le Clergé de la Paroiffe de S. Roch ,
compagné des Capucins , vint chanter la grande
Meffe dans leur Eglife,& l'après midi les Feuillans
y chanterent les Vêpres ; le Panegyrique du Saint
fut prononcé par le Pere de la Cofte, Cordelier , l'Evêque
de Laon officia au Salut qui fut chanté après.
Le 24. le Clergé de S. Germain de Lauxerrois
accompagné des Capucins , vint celebrer la
Meffe qui fut chantée par la Mufique du Chapitre
, & l'après midi les Récollets y chanterent les
Vêpres, l'Abbé Billard prononça le Panegyrique .
du Saint , l'Evêque de Cifteron officia au Salut &
an Te Deum qui fut chanté enfuite , à la fin duquei
la Bannière du Saint fut élevée au plus haut
de la voute de l'Eglife , au fon des Trompettes
des Timballes & de la Simphonie. La Fête fut
terminée le foir du même jour par une très - belle
Illumination de la Maifon des Capucins , des
Gours & du Jardin , dans lequel on tira un Feu
d'artifice, qui fut executé avec beaucoup de fuccès.
Fermer
Résumé : Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Du 21 avril au 24 avril, les Capucins de la rue Saint-Honoré célébrèrent la béatification du Père Fidèle de Sigmaringen, premier martyr de la Mission Apostolique chez les Grisons. Pour cette occasion, une galerie ornée de pilastres peints en marbre et dorés fut érigée dans la cour de leur église. Des arcades décorées de festons et de guirlandes, des caisses de fleurs, et des tapisseries richement ornées couvraient les murs. Au-dessus du porche, une inscription tirée des Proverbes, 'Vir Fidelis multùm laudabitur', était affichée. Deux pyramides surmontées de vases flanquaient l'entrée, avec l'inscription 'Sic celebrabitur Fidelis in conspectu Dei'. À l'intérieur, des figures représentant la Foi et la Charité étaient placées de chaque côté de la porte, accompagnées des armes du pape Benoît XIII, du roi et de l'archevêque de Paris. L'église était décorée de tapisseries de la couronne, de camées représentant les miracles du saint, et de pyramides dorées surmontées de girandoles. Les fenêtres étaient fermées par des rideaux de damas cramoisi galonné d'or, et la voûte était ornée de festons et de guirlandes. Les célébrations commencèrent par une procession des Capucins, précédés de jeunes garçons vêtus en chevaliers romains et d'enfants habillés en anges. Les premiers vêpres furent chantés par les Cordeliers du Grand Convent, accueillis par des salves de boîtes à feu et des trompettes. Le 22 avril, M. Robinet, vicaire général de l'archevêque de Paris, lut la bulle de béatification, suivie du Te Deum. Les jours suivants, diverses communautés religieuses, dont les Feuillans, les Jacobins, et les Récollets, se succédèrent pour chanter la messe et les vêpres, et prononcer des panégyriques. La fête se conclut par une illumination et un feu d'artifice dans le jardin des Capucins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 1063-1073
MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
Début :
Comme je sçai, Messieurs, qu'on voit votre Journal en Angleterre, [...]
Mots clefs :
Angleterre, York, Église, Antiquités, Évêques, Histoire, Diocèse, Northumberland
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
EMOIRE adreffe aux Auteurs du
Mercure de France , fur les Antiquitez
de Northumberland en Angleterre.
C
Omme je fçai , Meffieurs , qu'on
voit votre Journal en Angleterre ,
trouvez bon que je vous prie d'y inferer
I. Vol. la
A iiij
1064 MERCURE DE FRANCE
la demande de quelques éclairciffemens
que je ferois bien aiſe d'avoir ſur une des
Eglifes de ce Royaume , qui a été illuftre
dans fon temps . Il m'eft tombé entre les
mains un Manufcrit du milieu du treiziéme
fiecle , qui contient entre autres
chofes un Catalogue des Evêques de cette
Ifle. Pour en verifier quelque choſe fur
les Collections Benedictines de Dom Mabillon
, j'ai choifi les derniers Sieges dont
il eft parlé , c'est-à- dire les plus Septentrionnaux
& du Pays que les Anglois appellent
Northumberland , ou l'ancienne
Province Ecclefiaftique d'York , & je me
fuis apperçu de quelques difficultez qui
reftent à lever fur les origines de l'Eglife
d'Hauguftald , par rapport à ce qu'en a
dit le P. Mabillon en differens endroits
de fes Ouvrages .
On trouve dans la premiere Partie du
troifiéme fiecle Benedictin , p. 208. l'Ecrit
d'un Chanoine Régulier de cette Eglife ,
rédigé au XII. fiecle , par lequel il paroît
, Num. 24. que ce fut le Roi Egfrid,
à qui S. Wilfrid , placé dès l'an 664. fur
le Siege d'York , avoit le malheur de déplaire
, lequel conjointement avec Theodore
, Archevêque de Cantorbery , pour
diminuer l'étendue du Diocèfe d'York ,
érigea un Evêché à Hauguftald , & que
le premier Evêque placé fur ce nouveau
I. Vol. Siege
JUIN. 1730. 1065
Siege s'appelloit Eata ou Aata. Quoique
le Catalogue manuſcrit que j'ai vŷ , paroiffe
s'accorder avec cet Imprimé , j'en
tranfcrirai cependant ici le commencement
, afin qu'on puiffe juger s'il eſt ſuffifamment
conforme à l'Hiftoire de Bede ,
qui ne pouvoit ignorer l'Hiftoire d'un
Diocèfe dont il étoit.
1
Paulinus primus fuit Archiepifcopus Eboracenfis.
Quo expulfo Scotti videlicet Aidenus,
Finianus, Colemannus fuccefferunt ; qui
nec pallio nec Urbis nobilitate volentes at
tolli , in infula Lindisfarnenfi delituerunt.
Succeffit wilfridus. Quo ultra mare caufa
confecrationis moras nectente , Ceadda contra
regulas ob Ofwio rege inthronizatur :
fed ipfo ab Archiepifcopo Theodoro extrufo ,"
wilfridus , iterum Epifcopus conftituitur. Quo
iterum expulfo duo pro eo conftitui funt ; in
Eboraco Bofa ; in Auguftaldo Eata. Illo
autem defuncto Johannes pro eo ordinatur
tempore Alfridi Regis.. Iterum in totum Epif
copatum wilfridus expulfis Johanne de Auguftaldo
& Bofa de Eboraco receptus eft per
annos quinque. Expulfo iterum wilfrido , illi
fedibus fuis reftituti funt. Defuncto Rege Al
frido , iterum in concordiam wilfridus receptus
fedem apud Auguftaldum habuit , Johanne
in Eboraco migrante , quia jam Bofa
defunctus erat. Succeffit in Eboraco Wilfridus
Presbiter fuus. Ifto defuncto fubftituitur·
1
Egbertus , &c. is
Et A v
1066 MERCURE DE FRANCE
Et dans l'Article fuivant intitulé
Dunhelmenfes Epifcopi , le Catalogue commence
ainfi Lindefarne eft Infula exigua
que nomine à Provincialibus Haligeland
vocatur, in qua Aidanus primus fedit Epif
eopus : Succeffores ejus fuerunt Finianus ,
Colemannus , Tudda , Eata , Cuthbertus ,
Adbertus, Edbertus , Adelwoldus , Kinewlfus
, Higebaldus. Hujus temporibus dani
depopulati funt Infulam , & c.
La liaifon qui a parû à plufieurs Ecrivains
être entre le Siege de Lindisfarne.
& celui d'Auguftald , m'a engagé a rapporter
auffi les dix dernieres lignes que
vous venez de lire . On ne fçauroit produire
trop de Catalogues , lorsqu'on veut
être parfaitement éclaifci fur des points
d'antiquité fi reculez . Il faut auffi avouer
que les variations arrivées dans l'Eglife
d'York , & celles qui ont été formées de
fes démembremens furent fi frequentes:
en peu d'années , que le Pere Mabillonparoit
même s'y être trompé. Il le mar
que au bas de la vie de S. Wilfrid par
Éddi , qu'il a publiée à la fin du premier
Tome du quatriéme fiecle Benedictin
mais d'une maniere qui fe contredit , puifqu'à
la page 689. il dit que lorfque Théodofe
divifa en trois l'Evêché d'York , ce
fut à Haguftald ou Lindisfarne que fur
mis Bofa , & que celui qui s'appelloit Eate
I. Vol. fut
JUIN. 1730. 1067
fut placé à York , & à la page 712. il
place ces deux Evêques tout au contraire,
& neanmoins par la main de Théodore
Bofa à York , & Eate à Haguſtald : qui
eft le fentiment qu'il a fuivi depuis dans
fes Annales , & qui eft conforme à Bede
& aux autres qui ont écrit depuis lui.
Mais cette faute échappée au Pere Mabillon
, eft pour faire voir en paffant que
l'arrangement des Evêques portionnaires
du Diocèfe d'York eft un vrai caffe - tête ,
que les plus habiles peuvent s'y tromper
, jufqu'à ce que les Anglois ayent écrit
à fond fur cette matiere.
&
L'Anonyme Chanoine Régulier d'Hauguftald
au XII fiecle, dont l'écrit paroît
avoir déterminé le P. Mabillon à admettre
Eate pour premier Evêque d'Hauguf
tald , avoit fait des recherches dans les
Chroniques & les Hiftoires du Pays , ainfi
qu'il le dit lui-même , Num. 24. & voici
le rang qu'il femble qu'on doit donner
aux Evêques de ce Siege , fuivant les Memoires
qu'il en a laiffés. Saint Eate auroit
été le premier Evêque d'Hauguftald ; fon
Epifcopat auroit été interrompu par quelques
années de la prélature d'un nommé
Jumbert ou Trumbertht , & cependant
Ş. Eate feroit mort Evêque d'Hauguftald .
Il auroit eu pour fucceffeur S. Jean , puis
S. Wilfrid d'York, lorfque Jean eut choifi
I. Vol.
York
1068 MERCURE DE FRANCE
Yorc , au lieu d'Hauguftald , enfuite faint
Acca , puis les Evêques qui fuivent , fçavoir
, S. Fredbert , S. Alchmond , & un
autre nommé Tilbert. Richard , Prieur
de la même Eglife d'Hauguftald , qui a
auffi étrit au XII . fiecle , fur les origines
de cette Eglife , marque (a) que ce fut
fainte Ethelrede , Reine , Epoufe du Roi
Egfrid , qui fit prefent à S. Wilfrid en
674. de la petite Ville d'Hauguftald , pour
y établir un Evêché. Ut eam Epifcopali
Cathedra fublimaret , cui ipfe primus ac poft
eum alii jure Ecclefiaftico federent , & en
effet ce faint Evêque d'York y bâtit à ce
deffein une Eglife en l'honneur de faint-
André , felon Eddi , Cap. 21.- Auteur de
fa Vie , plus ancien que Bede : mais il n'eut
pas le loifir d'accomplir lui- même la condition
que lui avoit demandée la fainte
Reine. On a vû plus haut que ce fut
Théodore de Cantorbery qui fit cette
érection dans la perfonne d'Eate. Où donc
placer un nommé Oftfore , que Dom Mabillon
met parmi les Evêques du Siege
d'Hauguftald , qui ont été de la connoiffance
du venerable Bede ? Ce feroit un
embarras difficile à lever , s'il étoit certain'
que ce fçavant Benedictin ne fe fût pas
trompé dans cet endroit de ſes Annales ,(b)
. (a) Sac. iij. Bened. P. 1. pag. 228
(b), Annal. Bened. P. 1. pag. 474.
L..Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1069
Mais en comparant avec ce qu'il dit ,
l'endroit du quatriéme Livre de Bede
qu'il cite , Num. 23 on reconnoît que-
F'Evêque d'Hauguftald , dont Bede fait là
mention , eft S. Jean , qui le fut après la
mort de S. Eate , & qu'Oftfore , que Bede
nomme le troifiéme des Prélats formez
dans leur jeuneffe par les Ecclefiaftiques :
ou Moines deflervans le Monaftere de
fainte Hilde , & non perfonnellement par
cette fainte Abbeffe , comme le dit Dom
Mabillon , fut Evêque dans la contrée dés
Wicciens , & non d'Hauguftald . Il eft inu
tile de faire remarquer que c'eft encore
par une espece d'inadvertance que les mê
mes Annales Benedictines , page 595. attribuent
à Aetla ou Elda , Evêque de
Dorceſter , tous les voyages & les actions
que Bede , au même endroit , attribue às
cet Oftfore , Evêque des Wicciens . Cela
ne fait rien à P'Hiftoire des Origines
d'Hauguftald..
Mais ce qu'il ne feroit pas indifferent
de fçavoir eft , touchant la maniere ,d'e
crire le nom de la Ville dont je parle ,,
& s'il n'eft pas de l'exactitude de le com--
mencer par une aſpiration & non pas fimplement
par la voyelle A , comme fait le:
Manufcrit que j'ai rapporté cy- deffus &
d'autres Auteurs pofterieurs. N'y ayant:
point d'apparence que les Villes d'An-
Lt.Voll gleterre
FOTO MERCURE DE FRANCE
gleterre ayent tiré leur nom du Latin ,
puifque l'afpiration y eft ufitée jufques
dans les noms qui commencent par une
confonne , tel que Hripis , qui fignifie
l'Abbaye de Ripon; il eft , ce femble, plus
conforme à l'origine des chofes , d'employer
l'afpiration à tous les endroits où
les Anciens l'employoient dans ces noms
propres. On dira peut-être que le nom
d'Auguftald vient de quelque Empereur
Romain, par exemple, d'Hadrien , lequel
fit bâtir peu loin delà le fameux mur qui
féparoit les Bretons Romains d'avec les
Barbares ; mais c'eft deviner que d'avancer
un tel fait fans aucun garant. Richard,
Prieur de cette Eglife , donna , ce femble,
il y a fix cens ans , le dénouement de cette
difficulté Géographique . Parlant des Origines
de cette Ville : Hac autem , dit- il ,
arivulo ibi de currente & quandoque ad
modum torrentis exuberante Heftild nomine
Heftoldeldam quafi prædium Heftild vocatur,
& ailleurs il l'appelle Heftoldesham. Selon
cette étimologie , le nom d'Hauguftald
n'appartient à la Langue Latine , que par
les terminaifons des cas qu'on y ajuste , à
la maniere ordinaire , comme a fait Bede
& les autres depuis lui ; car Eddi , plus
ancien que lui écrit toûjours Haguftaldefe,
fans aucune influxion de cas. Le Chanoine
Regulier anonyme du XII . fiecle qui
Ꮧ. Vol . emJUIN.
1730. 1071
·
employe plufieurs fois l'expreffion de
Sandla Hanguftaldenfis Ecclefia , s'eſt ſervi
auffi une fois du terme d'Haguftaldunum :
& delà vient , fans doute, que dans les
fiecles fuivans cette terminaifon a été ufitée.
Pierre de Natalibus rapportant toute
la vie de S. Jean d'Hauguftald , tirée de
Bede , donne à cet Evêché d'Angleterre
le nom d'Auguftodunum. Ce changement
ou adouciffement de nom s'étant introduit
peu à peu , Maurolycus , Abbé de
Mefane & Baronius depuis lui , s'y font
conformez dans leurs Martyrologes . C'eft
pourquoi j'excuferois volontiers le Cardinal
Baronius , d'avoir annoncé ainfi dans.
le fien au 29. Octobre l'une des Fêtes de
S. Jean d'Hauguftald ; Auguftoduni S. Johannis
Epifcopi & Confefforis. On voit
fuffisamment par la Note , où il fait mention
d'un Wilfrid , fucceffeur de ce faint
Jean , que ce Cardinal n'a nullement cu
en vûe l'Eglife d'Autun en France . Mais
fi ce qu'on me mande du Calendrier du
nouveau Breviare d'Autun eft veritable .
fçavoir que les Editeurs ont fait de ce
faint Evêque d'Angleterre un Evêque
Bourguignon & affis fur le Siege d'Autun ;
la méprife mérite d'être remarquée dans
le fiecle où nous fommes . C'eft comme fi
les Poitevins s'avifoient de mettre au rang
de leurs Evêques un S. Victorin , Evêque
I. Vol.
de
1072 MERCURE DE FRANCE
de Pettau en Stirie , duquel a parlé faine
Jérôme , & qu'ils fe laiffaffent féduire par
le mauvais Latin de Baronius , qui a mis
Pictavienfis au lieu de Pictabionenfis . Je
ne doute pas que les Anglois ne revendiquent
bien vîte le S. Prélat Jean d'Hau ▲ -
guftald,, qquuee M. Robert , dans fa Gaule
Chrétienne , & M. Chaſtelain depuis lui ,
dans fon Martyrologe univerfel , ont
reconnu leur appartenir , & nullement à
l'Eglife d'Autun.
Quoique excufe en quelque maniere
Baronius , fur l'annonce qu'il a faite au
29. Octobre , je dirai cependant qu'il ſeroit
à fouhaiter qu'il s'en fût abftenu ;-
parce que la regle n'eft pas de marquer
un même Saint à deux jours differens
à moins qu'on ne dife que l'un des deux
jours eft celui d'une Tranflation ou autre
Fête , fans quoi on induit les Lecteurs
dans l'erreur . Peut être eft- ce cette duplication
d'annonce qui a porté ceux qui
ont dreffé la Table Topographique de fon
Martyrologe , à ranger ce S. Jean parmi
les Evêques d'Autun , à caufe du mot
´d'Auguftodunum , qu'ils ne fçavoient pas
être le même qu'Auguftaldunum d'Angleterre.
Quoiqu'il en foit , Baronius avoit
déja mis au 7. May le faint Jean Evêque ·
d'Haguftald , fous le nom de Jean de Beverley
, Archevêque d'York. On a vit cy
L. vol. deffus
JUIN
1730. 1073
deffus par les Hiftoriens que j'ai rapportez,
qu'en effet il paffa au Siege d'York après
avoir été affis fur celui d'Hauguftald . Mais
fon grand âge l'obligeant de quitter , il
fe retira à Beverley , qui étoit une Terre
qu'il avoit acquife , & il y mourut. Delà
fui vint ce fur- nom de Beverley , fous lequel
il eft connu plus communément.
L'experience journaliere des Taureaux indomptez
qui devenoient doux comme des
Moutons , dès qu'on les avoit fait entrer
dans le Cimetiere de l'Eglife où il avoit
été inhumé , eft une chofe finguliere à lire
dans Guillaume de Malmesbury . On trouve
auffi que Rever- Ley tire fon étymologie
de Petuaria- Parifiorum. 11 eft affez
fenfible comment Bever vient de Petuaria :
mais on ne voit pas bien d'où a été formée
cette dénomination de Parifiorum. La Capitale
de notre Royaume auroit- elle
vigné jufques- là ? Y auroit- elle envoyé
une Colonie ? Voilà des doutes à réfoudre
, auffi-bien que l'étymologie veritable
d'Hauguftald , l'Egifcopat d'Oftfore & le
nom du premier Prélat qui occupa le
nouveau Siege d'Hauguſtald
Mercure de France , fur les Antiquitez
de Northumberland en Angleterre.
C
Omme je fçai , Meffieurs , qu'on
voit votre Journal en Angleterre ,
trouvez bon que je vous prie d'y inferer
I. Vol. la
A iiij
1064 MERCURE DE FRANCE
la demande de quelques éclairciffemens
que je ferois bien aiſe d'avoir ſur une des
Eglifes de ce Royaume , qui a été illuftre
dans fon temps . Il m'eft tombé entre les
mains un Manufcrit du milieu du treiziéme
fiecle , qui contient entre autres
chofes un Catalogue des Evêques de cette
Ifle. Pour en verifier quelque choſe fur
les Collections Benedictines de Dom Mabillon
, j'ai choifi les derniers Sieges dont
il eft parlé , c'est-à- dire les plus Septentrionnaux
& du Pays que les Anglois appellent
Northumberland , ou l'ancienne
Province Ecclefiaftique d'York , & je me
fuis apperçu de quelques difficultez qui
reftent à lever fur les origines de l'Eglife
d'Hauguftald , par rapport à ce qu'en a
dit le P. Mabillon en differens endroits
de fes Ouvrages .
On trouve dans la premiere Partie du
troifiéme fiecle Benedictin , p. 208. l'Ecrit
d'un Chanoine Régulier de cette Eglife ,
rédigé au XII. fiecle , par lequel il paroît
, Num. 24. que ce fut le Roi Egfrid,
à qui S. Wilfrid , placé dès l'an 664. fur
le Siege d'York , avoit le malheur de déplaire
, lequel conjointement avec Theodore
, Archevêque de Cantorbery , pour
diminuer l'étendue du Diocèfe d'York ,
érigea un Evêché à Hauguftald , & que
le premier Evêque placé fur ce nouveau
I. Vol. Siege
JUIN. 1730. 1065
Siege s'appelloit Eata ou Aata. Quoique
le Catalogue manuſcrit que j'ai vŷ , paroiffe
s'accorder avec cet Imprimé , j'en
tranfcrirai cependant ici le commencement
, afin qu'on puiffe juger s'il eſt ſuffifamment
conforme à l'Hiftoire de Bede ,
qui ne pouvoit ignorer l'Hiftoire d'un
Diocèfe dont il étoit.
1
Paulinus primus fuit Archiepifcopus Eboracenfis.
Quo expulfo Scotti videlicet Aidenus,
Finianus, Colemannus fuccefferunt ; qui
nec pallio nec Urbis nobilitate volentes at
tolli , in infula Lindisfarnenfi delituerunt.
Succeffit wilfridus. Quo ultra mare caufa
confecrationis moras nectente , Ceadda contra
regulas ob Ofwio rege inthronizatur :
fed ipfo ab Archiepifcopo Theodoro extrufo ,"
wilfridus , iterum Epifcopus conftituitur. Quo
iterum expulfo duo pro eo conftitui funt ; in
Eboraco Bofa ; in Auguftaldo Eata. Illo
autem defuncto Johannes pro eo ordinatur
tempore Alfridi Regis.. Iterum in totum Epif
copatum wilfridus expulfis Johanne de Auguftaldo
& Bofa de Eboraco receptus eft per
annos quinque. Expulfo iterum wilfrido , illi
fedibus fuis reftituti funt. Defuncto Rege Al
frido , iterum in concordiam wilfridus receptus
fedem apud Auguftaldum habuit , Johanne
in Eboraco migrante , quia jam Bofa
defunctus erat. Succeffit in Eboraco Wilfridus
Presbiter fuus. Ifto defuncto fubftituitur·
1
Egbertus , &c. is
Et A v
1066 MERCURE DE FRANCE
Et dans l'Article fuivant intitulé
Dunhelmenfes Epifcopi , le Catalogue commence
ainfi Lindefarne eft Infula exigua
que nomine à Provincialibus Haligeland
vocatur, in qua Aidanus primus fedit Epif
eopus : Succeffores ejus fuerunt Finianus ,
Colemannus , Tudda , Eata , Cuthbertus ,
Adbertus, Edbertus , Adelwoldus , Kinewlfus
, Higebaldus. Hujus temporibus dani
depopulati funt Infulam , & c.
La liaifon qui a parû à plufieurs Ecrivains
être entre le Siege de Lindisfarne.
& celui d'Auguftald , m'a engagé a rapporter
auffi les dix dernieres lignes que
vous venez de lire . On ne fçauroit produire
trop de Catalogues , lorsqu'on veut
être parfaitement éclaifci fur des points
d'antiquité fi reculez . Il faut auffi avouer
que les variations arrivées dans l'Eglife
d'York , & celles qui ont été formées de
fes démembremens furent fi frequentes:
en peu d'années , que le Pere Mabillonparoit
même s'y être trompé. Il le mar
que au bas de la vie de S. Wilfrid par
Éddi , qu'il a publiée à la fin du premier
Tome du quatriéme fiecle Benedictin
mais d'une maniere qui fe contredit , puifqu'à
la page 689. il dit que lorfque Théodofe
divifa en trois l'Evêché d'York , ce
fut à Haguftald ou Lindisfarne que fur
mis Bofa , & que celui qui s'appelloit Eate
I. Vol. fut
JUIN. 1730. 1067
fut placé à York , & à la page 712. il
place ces deux Evêques tout au contraire,
& neanmoins par la main de Théodore
Bofa à York , & Eate à Haguſtald : qui
eft le fentiment qu'il a fuivi depuis dans
fes Annales , & qui eft conforme à Bede
& aux autres qui ont écrit depuis lui.
Mais cette faute échappée au Pere Mabillon
, eft pour faire voir en paffant que
l'arrangement des Evêques portionnaires
du Diocèfe d'York eft un vrai caffe - tête ,
que les plus habiles peuvent s'y tromper
, jufqu'à ce que les Anglois ayent écrit
à fond fur cette matiere.
&
L'Anonyme Chanoine Régulier d'Hauguftald
au XII fiecle, dont l'écrit paroît
avoir déterminé le P. Mabillon à admettre
Eate pour premier Evêque d'Hauguf
tald , avoit fait des recherches dans les
Chroniques & les Hiftoires du Pays , ainfi
qu'il le dit lui-même , Num. 24. & voici
le rang qu'il femble qu'on doit donner
aux Evêques de ce Siege , fuivant les Memoires
qu'il en a laiffés. Saint Eate auroit
été le premier Evêque d'Hauguftald ; fon
Epifcopat auroit été interrompu par quelques
années de la prélature d'un nommé
Jumbert ou Trumbertht , & cependant
Ş. Eate feroit mort Evêque d'Hauguftald .
Il auroit eu pour fucceffeur S. Jean , puis
S. Wilfrid d'York, lorfque Jean eut choifi
I. Vol.
York
1068 MERCURE DE FRANCE
Yorc , au lieu d'Hauguftald , enfuite faint
Acca , puis les Evêques qui fuivent , fçavoir
, S. Fredbert , S. Alchmond , & un
autre nommé Tilbert. Richard , Prieur
de la même Eglife d'Hauguftald , qui a
auffi étrit au XII . fiecle , fur les origines
de cette Eglife , marque (a) que ce fut
fainte Ethelrede , Reine , Epoufe du Roi
Egfrid , qui fit prefent à S. Wilfrid en
674. de la petite Ville d'Hauguftald , pour
y établir un Evêché. Ut eam Epifcopali
Cathedra fublimaret , cui ipfe primus ac poft
eum alii jure Ecclefiaftico federent , & en
effet ce faint Evêque d'York y bâtit à ce
deffein une Eglife en l'honneur de faint-
André , felon Eddi , Cap. 21.- Auteur de
fa Vie , plus ancien que Bede : mais il n'eut
pas le loifir d'accomplir lui- même la condition
que lui avoit demandée la fainte
Reine. On a vû plus haut que ce fut
Théodore de Cantorbery qui fit cette
érection dans la perfonne d'Eate. Où donc
placer un nommé Oftfore , que Dom Mabillon
met parmi les Evêques du Siege
d'Hauguftald , qui ont été de la connoiffance
du venerable Bede ? Ce feroit un
embarras difficile à lever , s'il étoit certain'
que ce fçavant Benedictin ne fe fût pas
trompé dans cet endroit de ſes Annales ,(b)
. (a) Sac. iij. Bened. P. 1. pag. 228
(b), Annal. Bened. P. 1. pag. 474.
L..Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1069
Mais en comparant avec ce qu'il dit ,
l'endroit du quatriéme Livre de Bede
qu'il cite , Num. 23 on reconnoît que-
F'Evêque d'Hauguftald , dont Bede fait là
mention , eft S. Jean , qui le fut après la
mort de S. Eate , & qu'Oftfore , que Bede
nomme le troifiéme des Prélats formez
dans leur jeuneffe par les Ecclefiaftiques :
ou Moines deflervans le Monaftere de
fainte Hilde , & non perfonnellement par
cette fainte Abbeffe , comme le dit Dom
Mabillon , fut Evêque dans la contrée dés
Wicciens , & non d'Hauguftald . Il eft inu
tile de faire remarquer que c'eft encore
par une espece d'inadvertance que les mê
mes Annales Benedictines , page 595. attribuent
à Aetla ou Elda , Evêque de
Dorceſter , tous les voyages & les actions
que Bede , au même endroit , attribue às
cet Oftfore , Evêque des Wicciens . Cela
ne fait rien à P'Hiftoire des Origines
d'Hauguftald..
Mais ce qu'il ne feroit pas indifferent
de fçavoir eft , touchant la maniere ,d'e
crire le nom de la Ville dont je parle ,,
& s'il n'eft pas de l'exactitude de le com--
mencer par une aſpiration & non pas fimplement
par la voyelle A , comme fait le:
Manufcrit que j'ai rapporté cy- deffus &
d'autres Auteurs pofterieurs. N'y ayant:
point d'apparence que les Villes d'An-
Lt.Voll gleterre
FOTO MERCURE DE FRANCE
gleterre ayent tiré leur nom du Latin ,
puifque l'afpiration y eft ufitée jufques
dans les noms qui commencent par une
confonne , tel que Hripis , qui fignifie
l'Abbaye de Ripon; il eft , ce femble, plus
conforme à l'origine des chofes , d'employer
l'afpiration à tous les endroits où
les Anciens l'employoient dans ces noms
propres. On dira peut-être que le nom
d'Auguftald vient de quelque Empereur
Romain, par exemple, d'Hadrien , lequel
fit bâtir peu loin delà le fameux mur qui
féparoit les Bretons Romains d'avec les
Barbares ; mais c'eft deviner que d'avancer
un tel fait fans aucun garant. Richard,
Prieur de cette Eglife , donna , ce femble,
il y a fix cens ans , le dénouement de cette
difficulté Géographique . Parlant des Origines
de cette Ville : Hac autem , dit- il ,
arivulo ibi de currente & quandoque ad
modum torrentis exuberante Heftild nomine
Heftoldeldam quafi prædium Heftild vocatur,
& ailleurs il l'appelle Heftoldesham. Selon
cette étimologie , le nom d'Hauguftald
n'appartient à la Langue Latine , que par
les terminaifons des cas qu'on y ajuste , à
la maniere ordinaire , comme a fait Bede
& les autres depuis lui ; car Eddi , plus
ancien que lui écrit toûjours Haguftaldefe,
fans aucune influxion de cas. Le Chanoine
Regulier anonyme du XII . fiecle qui
Ꮧ. Vol . emJUIN.
1730. 1071
·
employe plufieurs fois l'expreffion de
Sandla Hanguftaldenfis Ecclefia , s'eſt ſervi
auffi une fois du terme d'Haguftaldunum :
& delà vient , fans doute, que dans les
fiecles fuivans cette terminaifon a été ufitée.
Pierre de Natalibus rapportant toute
la vie de S. Jean d'Hauguftald , tirée de
Bede , donne à cet Evêché d'Angleterre
le nom d'Auguftodunum. Ce changement
ou adouciffement de nom s'étant introduit
peu à peu , Maurolycus , Abbé de
Mefane & Baronius depuis lui , s'y font
conformez dans leurs Martyrologes . C'eft
pourquoi j'excuferois volontiers le Cardinal
Baronius , d'avoir annoncé ainfi dans.
le fien au 29. Octobre l'une des Fêtes de
S. Jean d'Hauguftald ; Auguftoduni S. Johannis
Epifcopi & Confefforis. On voit
fuffisamment par la Note , où il fait mention
d'un Wilfrid , fucceffeur de ce faint
Jean , que ce Cardinal n'a nullement cu
en vûe l'Eglife d'Autun en France . Mais
fi ce qu'on me mande du Calendrier du
nouveau Breviare d'Autun eft veritable .
fçavoir que les Editeurs ont fait de ce
faint Evêque d'Angleterre un Evêque
Bourguignon & affis fur le Siege d'Autun ;
la méprife mérite d'être remarquée dans
le fiecle où nous fommes . C'eft comme fi
les Poitevins s'avifoient de mettre au rang
de leurs Evêques un S. Victorin , Evêque
I. Vol.
de
1072 MERCURE DE FRANCE
de Pettau en Stirie , duquel a parlé faine
Jérôme , & qu'ils fe laiffaffent féduire par
le mauvais Latin de Baronius , qui a mis
Pictavienfis au lieu de Pictabionenfis . Je
ne doute pas que les Anglois ne revendiquent
bien vîte le S. Prélat Jean d'Hau ▲ -
guftald,, qquuee M. Robert , dans fa Gaule
Chrétienne , & M. Chaſtelain depuis lui ,
dans fon Martyrologe univerfel , ont
reconnu leur appartenir , & nullement à
l'Eglife d'Autun.
Quoique excufe en quelque maniere
Baronius , fur l'annonce qu'il a faite au
29. Octobre , je dirai cependant qu'il ſeroit
à fouhaiter qu'il s'en fût abftenu ;-
parce que la regle n'eft pas de marquer
un même Saint à deux jours differens
à moins qu'on ne dife que l'un des deux
jours eft celui d'une Tranflation ou autre
Fête , fans quoi on induit les Lecteurs
dans l'erreur . Peut être eft- ce cette duplication
d'annonce qui a porté ceux qui
ont dreffé la Table Topographique de fon
Martyrologe , à ranger ce S. Jean parmi
les Evêques d'Autun , à caufe du mot
´d'Auguftodunum , qu'ils ne fçavoient pas
être le même qu'Auguftaldunum d'Angleterre.
Quoiqu'il en foit , Baronius avoit
déja mis au 7. May le faint Jean Evêque ·
d'Haguftald , fous le nom de Jean de Beverley
, Archevêque d'York. On a vit cy
L. vol. deffus
JUIN
1730. 1073
deffus par les Hiftoriens que j'ai rapportez,
qu'en effet il paffa au Siege d'York après
avoir été affis fur celui d'Hauguftald . Mais
fon grand âge l'obligeant de quitter , il
fe retira à Beverley , qui étoit une Terre
qu'il avoit acquife , & il y mourut. Delà
fui vint ce fur- nom de Beverley , fous lequel
il eft connu plus communément.
L'experience journaliere des Taureaux indomptez
qui devenoient doux comme des
Moutons , dès qu'on les avoit fait entrer
dans le Cimetiere de l'Eglife où il avoit
été inhumé , eft une chofe finguliere à lire
dans Guillaume de Malmesbury . On trouve
auffi que Rever- Ley tire fon étymologie
de Petuaria- Parifiorum. 11 eft affez
fenfible comment Bever vient de Petuaria :
mais on ne voit pas bien d'où a été formée
cette dénomination de Parifiorum. La Capitale
de notre Royaume auroit- elle
vigné jufques- là ? Y auroit- elle envoyé
une Colonie ? Voilà des doutes à réfoudre
, auffi-bien que l'étymologie veritable
d'Hauguftald , l'Egifcopat d'Oftfore & le
nom du premier Prélat qui occupa le
nouveau Siege d'Hauguſtald
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Résumé : MEMOIRE adressé aux Auteurs du Mercure de France, sur les Antiquitez de Northumberland en Angleterre.
L'auteur sollicite des éclaircissements auprès des rédacteurs du Mercure de France concernant une église anglaise illustre. Il possède un manuscrit du XIIIe siècle listant les évêques de cette île et se concentre sur les sièges épiscopaux du Northumberland, ancienne province ecclésiastique d'York. Il rencontre des difficultés concernant les origines de l'église d'Hauguftald, mentionnée par le Père Mabillon. Le manuscrit et les écrits de Bède le Vénérable, historien anglais du VIIIe siècle, indiquent que le roi Egfrid et l'archevêque Théodore de Cantorbéry ont fondé un évêché à Hauguftald. Le premier évêque de ce siège était Eata ou Aata. Le catalogue manuscrit de l'auteur confirme cette information mais inclut également des extraits pour comparaison. L'auteur examine les variations et erreurs possibles dans les écrits de Mabillon concernant les démembrements du diocèse d'York. Il mentionne un chanoine régulier du XIIe siècle et un prieur de l'église d'Hauguftald, qui ont écrit sur les origines de cette église. Ils indiquent que la reine Sainte Ethelrede a fait don de la ville d'Hauguftald à Saint Wilfrid pour y établir un évêché. L'auteur aborde également des questions d'étymologie et d'orthographe concernant le nom de la ville d'Hauguftald. Il examine les différentes formes du nom utilisées par divers auteurs et conclut que l'utilisation de l'aspiration est plus conforme à l'origine des choses. Il mentionne également des erreurs dans les martyrologes et les calendriers, notamment celle de confondre Saint Jean d'Hauguftald avec un évêque d'Autun en France. Enfin, l'auteur évoque des légendes locales et des étymologies incertaines concernant des lieux comme Beverley, où Saint Jean d'Hauguftald s'est retiré à la fin de sa vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 211-219
« Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
Début :
Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...]
Mots clefs :
Évêques, Archevêques, Roi, Cardinal, Messe, Chapelle, Abbé, Marquis, Chevalier, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE vaiffeau le Bethune , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft entré le 10 Mai dans le port
de l'Orient. On a appris par ce bâtiment que M.
Dupleix étoit parti le 15 Octobre de Pondichery ,
& qu'il étoit arrivé le 25 Novembre à l'Ile de
France.
Le 16 de Mai , Fête de S. Jean Nepomucene ,
la Reine vint de Marly entendre le Sermon dans
l'égliſe des Recolets de Verſailles. Il fut pronon
cé par le P. Couterot , de la Congrégation des
Barnabites , & Prédicateur du Roi. Sa Majefté
affiſta enfuite au Salut , & retourna le foir à Marly.
Leurs Majeftés & Mefdames de France ſe rendirent
à Verfailles le jour fuivant pour y paffer les
Fêtes , & le 20 leurs Majeftés & Mefdames de
France retournent à Marly.
Le 17 , veille de la Fête de la Pentecôte , Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine entendirent
à Marly dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres , aufquelles l'Archevêque de
Sens officia pontificalement , & qui furent chantées
par les Cordeliers de Noify.
212 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Efprit s'étant affemblés vers les onze heures du
du matin dans le cabinet du Roi , Sa Majefté
fortit de fon appartement pour aller à la Chapelle.
Le Roi , devant qui les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre par- deffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or . Sa Majesté
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin qui
étoit arrivé le matin , du Duc d'Orléans , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. L'Archevêque de Narbonne
Prélat , Commandeur de l'Ordre , célébra pontificalement
la grande Meffe , qui fut chantée par
la Mufique. Au fortir de la Chapelle le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée
.
>
La Reine & Meſdames de France entendirent
la grande Meffe dans la tribune.
Monfeigneur le Dauphin après la cérémonie ,
retourna joindre à Marly Madame la Dauphine ,
que des foupçons de groffeffe ont empêché de
quitter ce château.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mesdames ,
affifterent l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Bertier , Vicaire Général de l'Evêché de Troyes ,
& Doyen du Chapitre de Vezelai . Après le Sermon
leurs Majeftés entendirent les Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Abbé Gergoy
officia , & le Salut célébré par les Miffionnaires.
Ce même jour la Marquife de Montmorin
Saint Herem fut préſentée au Roi & à la Reine ;
& leurs Majeftés fignerent le contrat de mariage
JUI N. 1755. 213
du Marquis de Merinville avec Dlle de Lhôpital.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Marquis de Dreux , Maréchal de camp , & Grand
Maître des cérémonies de France , avec Dlle de
Pezé.
Le 19 , les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa Majesté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de cette
province & de celle de Picardie ; & par le Comte
d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat , qui en
a le département . Selon l'uſage , ils ont été con◄
duits par le Marquis de Dreux , Grand Maître
des cérémonies. La députation étoit compofée
de l'Evêque d'Arras pour le Clergé , du Comte
de Douchen pour la Nobleffe , & de M. Goffe ,
ancien Echevin des ville & cité d'Arras , pour le
Tiers Etat . L'Evêque d'Arras porta la parole.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvilain,
fils de Louis-Jean - Marie de Bourbon , Duc de Penthievre
; & de feue Marie - Therefe- Félicité d'Eft
Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris , âgé
de fix ans fix mois & deux jours. Le même jour
le Prince de Dombes annonça cette mort au Roi.
La Reine communia le 20 par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon premier Aumônier.
Il paroît trois arrêts du Confeil d'Etat . Le
premier caffe un arrêt du Parlement de Toulouſe ,
du 25 Février , & ordonne l'exécution de celui de
la Cour des Monnoies de Lyon , dụ 4 du même
mois. Le fecond ordonne que les fujets qui juftifieront
d'un apprentiffage & compagnonage chez
les Maîtres d'une ville quelconque du Royaume ,
dans laquelle il y aura Jurande , feront admis à
la maîtrife de leur profeffion dans les Communautés
d'arts & métiers de telle autre ville du
goyaume qu'ils jugeront à propos de choisir ,
214 MERCURE DE FRANCE.
l'exception des villes de Paris , Lyon , Lille &
Rouen. Par le troiſieme arrêt , le Roi commet
M. Doyen , Notaire , pour faire la recette des
portions qui reviennent aux Abbés & Chanoines
Réguliers de Sainte Genevieve dans les produits
des trois lotteries de S. Sulpice , des Enfans-Trouvés
& des Communautés.
L'Académie royale de Chirurgie , outre le prix
qu'elle adjuge tous les ans , donnera deformais
chaque année une autre medaille d'or à celui des
Chirurgiens , étrangers ou regnicoles , qui l'aura
méritée par un ouvrage fur quelque matiere de
Chirurgie que ce foit , au choix de l'auteur. Ce
fecond prix , dont la valeur fera de deux cens
livres , fera nommé Prix d'émulation . L'Académie
diftribuera de plus tous les ans cinq médailles
d'or , de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens,
foit Académiciens de la claffe des Libres , foit
fimplement regnicoles , qui auront fourni pendant.
le cours de l'année un mémoire , ou trois obfervations
intéreffantes.
Un bâtiment nommé le Sainte-Helene , de Saint-
Malo , venant de la Martinique , a péri la nuit du
sau 6 de Mai dans le Golfe de Fos , près de Martigues.
Le navire le Grand Saint- Paul , de Marfeille
, a découvert à l'oueft du Cap Saint - Vincent
trois chabecs algériens. Une pinque de Corron
a rencontré fur la Guillâtre un vaiffeau , un chabec
& une galiotte de la même nation. Deuxi
autres bâtimens barbarefques ont été apperçus à
quelque diftance de la côte de Sardaigne.
Le 24 , leurs Majeftés fignerent le contrat de
mariage du Marquis de Dreux , Grand Maître des
cérémonies de France . avec Dlle de Pezé..
Elles fignerent le 25 celui du Marquis de Beranger
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
JUIN. 1755. 215
France , avec Dlle de Saffenage , fille du Marquis
de ce nom , Chevalier des ordres du Roi , &
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine.
En confidération de ce mariage , le Marquis de
Beranger a obtenu la furvivance de la charge de
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine ,
dont il ne doit exercer les fonctions qu'à vingtcinq
ans.
Le Roi a accordé au Marquis d'Efpagne la
charge de Sénéchal & Gouverneur du Comté de
Nebouzan .
Les Prélats & les Députés du fecond Ordre qui
compofent l'Affemblée générale du Clergé de
France, s'affemblerent le 25 de Mai chez le Cardi
nal de la Rochefoucauld pour remettre leurs procurations.
Ils tinrent le 27 une feconde Affemblée,
dans laquelle les procurations furent admifes. Le
28 , l'ouverture folemnelle de l'Affemblée fe fit
dans l'églife des Grands Auguftins , par la Meffe
du Saint-Efprit. Le Cardinal de la Rochefoucauld
y officia pontificalement , & tous les Députés y
communierent. Le fermon fut prononcé par l'Evêque
du Puy. Les Députés font , pour la province
de Paris , les Evêques de Meaux & de Blois , &
les Abbés Guillot de Montjoye & d'Apchon . Pour
la province de Lyon , les Evêques de Langres &
d'Autun , l'Abbé de Montjouvant , Comte de
Lyon , & l'Abbé de la Croix. Pour celle de Rouen,
les Evêques de Bayeux & d'Evreux , & les Abbés
de Saint-Aulaire & de Belbeuf. Pour celle de
Sens , l'Archevêque de Sens , l'Evêque de Nevers ,
l'Abbé de Murat de Baing , & l'Abbé d'Oſmond
de Medavy , Comte de Lyon. Pour celle de Reims,
les Evêques d'Amiens & de Senlis , & les Abbés
de Trudaine & de Modene . Pour celle de Tours
PArchevêque de Tours , l'Evêque de Quimper
216 MERCURE DE FRANCE.
les Abbés de Monteclair & de Soulange . Pour
celle de Bourges , le Cardinal de la Rochefoucauld
, Archevêque de Bourges ; l'Evêque du Puy,
& les Abbés de Fretat de Sarra & de Molin de
Mons. Pour celle d'Alby , l'Archevêque d'Alby ,
l'Evêque de Rhodès , & les Abbés de Roquigny
de Bulonde & de Langlade. Pour celle de Bordeaux
, les Evêques de Saintes & de Sarlat , & les
Abbés de Montefquiou & Dudon . Pour celle
d'Auch , l'Archevêque d'Auch ; l'Evêque d'Oleron
, & les Abbés de Berthier & de Larbouft . Pour
celle de Narbonne , l'Archevêque de Narbonne ,
P'Evêque de Montpellier , & les Abbés de Roquefort
& de Boizay de Courcenay. Pour celle de
Toulouſe , l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque
de Lavaur , & les Abbés de Bruyeres de Chalabre
& de Bauteville. Pour celle d'Aix , les Evêques de
Riez & d'Apt , & les Abbés de Gadagne & de Canorgue.
Pour celle d'Embrun , l'Archevêque
d'Embrun , l'Evêque de Glandeve , & les Abbés du
Queylard & de Baumel. Pour celle de Vienne , les
Evêques de Grenoble & de Die , & les Abbés de
Gouvernet & de Breves. Pour celle d'Arles , l'Atchevêque
d'Arles , l'Evêque de Saint -Paul Troischâteaux
, & les Abbés de Chapt de Raftignac &
d'Almant de Château - neuf. L'Affemblée a élu
pour Préfidens le Cardinal de la Rochefoucauld ,
P'Archevêque de Narbonne , l'Archevêque d'Embrun
, l'Archevêque d'Auch , l'Evêque de Bayeux ,
'Evêque de Langres , l'Evêque de Grenoble &
P'Evêque de Montpellier. L'Abbé de Coriolis ,
ancien Agent général du Clergé , eft Promoteur ;
l'Abbé de Raftignac , Vice- Promoteur ; l'Abbé
de Caftries , ancien Agent général , Secrétaire ;
l'Abbé d'Ofmond , Vice-Secrétaire. Les nouveaux
Agens généraux font l'Abbé de Crillon & l'Abbé.
de Jumilhac Le
J
JUIN. 1755. 217
Le 27 , l'Archevêque de Paris bénit dans l'églife
des Religieufes Bénédictines de Conflans , les
Guidons des Gendarmes de la Garde de Sa Majefe
Le détachement étoit de cinquante Gendarmes
& le Prince de Soubife à leur tête affitta à la
cérémonie.
M. Jean Crochet , Chanoine honoraire de l'églife
Cathédrale de Noyon , eft mort le 21 en
cette derniere ville , âgé de quatre-vingt -douze
ans. Il avoit été nommé Chanoine le 31 Mars
1676 , & il a vû deux fois renouveller fon Chapitre.
Ce fut le feu Cardinal de Retz qui fit accorder
à cet Eccléfiaftique la difpenfe d'âge pour
être Chanoine d'une Cathédrale .
Woldemar , Comte de Lowendalh & du Saint
Empire , Maréchal de France , Chevalier des ordres
du Roi , & des ordres de Saint - Alexandre
Neuski & de Saint- Hubert , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie allemande de fon nom , un des
Académiciens honoraires de l'Académie royale
des Sciences , & ci - devant Général des armées de
l'Impératrice de Ruſſie , mourut à Paris le 27 de
ce mois. Lorsqu'il eſt entré au ſervice de Sa Ma◄
jefté , il étoit déja regardé comme un des plus
habiles Généraux de l'Europe. La priſe d'Oudenarde
, d'Oftende , de Nieuport & de Berg - opzoom
, & le fuccès de toutes les autres expéditions
dont il a été chargé , ont confirmé fa réputation.
Le Maréchal de Lowendalh étoit né à Hambourg
le 6 Avril 1700 , & il étoit fils de Woldemar , Baron
de Lowendalh , Chevalier des Ordres de l'Aigle-
blanc , de l'Elephant & de Danebrog , grand
Maréchal& Miniftre du Roi de Pologne , Electeur
de Saxe. Son grand - pere étoit Ulric Frederic ,
Gomte de Guldenloew , Chevalier de l'Ordre de
('Elephant , Maréchal Général des armées de Da
II. Vol. K
21S MERCURE DE FRANCE.
nemarck , Chancelier du même royaume & Viceroi
de Norwege , fils naturel de Frederic III ,
Roi de Danemarck. Au mois de Janvier 1747 , le
Maréchal de Lowendalh obtint des lettres de
naturalité pour lui, pour la Maréchale de Lowendalh
, & pour trois enfans qu'ils avoient eus en
pays étranger. Il a montré par fon zele pour la
gloire du Roi & pour les intérêts de la France ,
qu'en acquerant les priviléges des fujets nés dans
le Royaume , il avoit pris leurs fentimens .
Le 28 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante livres : les billets
de la premiere lotterie royale à huit cens cinquante
, & ceux de la feconde lotterie à fept cens qua
rante-cinq.
Le même jour , leurs Majeftés & la Famille
royale revinrent de Marly.
Le 29 , Fête du Saint Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
Adelaïde , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife s'eft rendu à l'Eglife de Notre-Dame. Sa
Majefté y a entendu la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion qui eft venue felon l'uſage
à la Chapelle du Château. La Reine & Madame
la Dauphine ont reçu dans la Chapelle la benédiction
du Saint Sacrement. Leurs Majeſtés & la
Famille royale ont affifté cet après-midi aux Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Abbé
Gergoy a officié , & au Salut célébré par les Miffionnaires
, pendant lequel la Mufique a chanté
une élévation , de la compofition de M. Blanchard
, Maître de la Muſique de la Chapelle en
quartier.
Dans l'Evêché d'Acqs douze villages ou ha
meaux , diverfes mailons de campagne & un grand
nombre de Moulins ont été réduits en cendres .
JUIN 1755. 219
Plufieurs perfonnes & quantité de beftiaux ont
péri dans les flammes. On fait monter à plus d'un
million la perte caufée par cet incendie. L'Evêque
d'Acqs a reffenti auffi vivement que l'exigeoit de
lui fa qualité de Pafteur la défolation d'une partie
de fon diocefe. Voyant d'honnêtes familles réduites
à la derniere mifere , il en a pris les enfans
fous fa protection ; if les a placés à fes dépens
dans des penfions , & il les y fait élever ſuivant
leur état. La charité de ce Prélat s'eft étendue fur
tous les autres malheureux qui ont fouffert , & il
leur a fait diftribuer du bled & de l'argent.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE vaiffeau le Bethune , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft entré le 10 Mai dans le port
de l'Orient. On a appris par ce bâtiment que M.
Dupleix étoit parti le 15 Octobre de Pondichery ,
& qu'il étoit arrivé le 25 Novembre à l'Ile de
France.
Le 16 de Mai , Fête de S. Jean Nepomucene ,
la Reine vint de Marly entendre le Sermon dans
l'égliſe des Recolets de Verſailles. Il fut pronon
cé par le P. Couterot , de la Congrégation des
Barnabites , & Prédicateur du Roi. Sa Majefté
affiſta enfuite au Salut , & retourna le foir à Marly.
Leurs Majeftés & Mefdames de France ſe rendirent
à Verfailles le jour fuivant pour y paffer les
Fêtes , & le 20 leurs Majeftés & Mefdames de
France retournent à Marly.
Le 17 , veille de la Fête de la Pentecôte , Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine entendirent
à Marly dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres , aufquelles l'Archevêque de
Sens officia pontificalement , & qui furent chantées
par les Cordeliers de Noify.
212 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Efprit s'étant affemblés vers les onze heures du
du matin dans le cabinet du Roi , Sa Majefté
fortit de fon appartement pour aller à la Chapelle.
Le Roi , devant qui les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre par- deffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or . Sa Majesté
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin qui
étoit arrivé le matin , du Duc d'Orléans , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. L'Archevêque de Narbonne
Prélat , Commandeur de l'Ordre , célébra pontificalement
la grande Meffe , qui fut chantée par
la Mufique. Au fortir de la Chapelle le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée
.
>
La Reine & Meſdames de France entendirent
la grande Meffe dans la tribune.
Monfeigneur le Dauphin après la cérémonie ,
retourna joindre à Marly Madame la Dauphine ,
que des foupçons de groffeffe ont empêché de
quitter ce château.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mesdames ,
affifterent l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Bertier , Vicaire Général de l'Evêché de Troyes ,
& Doyen du Chapitre de Vezelai . Après le Sermon
leurs Majeftés entendirent les Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Abbé Gergoy
officia , & le Salut célébré par les Miffionnaires.
Ce même jour la Marquife de Montmorin
Saint Herem fut préſentée au Roi & à la Reine ;
& leurs Majeftés fignerent le contrat de mariage
JUI N. 1755. 213
du Marquis de Merinville avec Dlle de Lhôpital.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Marquis de Dreux , Maréchal de camp , & Grand
Maître des cérémonies de France , avec Dlle de
Pezé.
Le 19 , les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa Majesté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de cette
province & de celle de Picardie ; & par le Comte
d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat , qui en
a le département . Selon l'uſage , ils ont été con◄
duits par le Marquis de Dreux , Grand Maître
des cérémonies. La députation étoit compofée
de l'Evêque d'Arras pour le Clergé , du Comte
de Douchen pour la Nobleffe , & de M. Goffe ,
ancien Echevin des ville & cité d'Arras , pour le
Tiers Etat . L'Evêque d'Arras porta la parole.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvilain,
fils de Louis-Jean - Marie de Bourbon , Duc de Penthievre
; & de feue Marie - Therefe- Félicité d'Eft
Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris , âgé
de fix ans fix mois & deux jours. Le même jour
le Prince de Dombes annonça cette mort au Roi.
La Reine communia le 20 par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon premier Aumônier.
Il paroît trois arrêts du Confeil d'Etat . Le
premier caffe un arrêt du Parlement de Toulouſe ,
du 25 Février , & ordonne l'exécution de celui de
la Cour des Monnoies de Lyon , dụ 4 du même
mois. Le fecond ordonne que les fujets qui juftifieront
d'un apprentiffage & compagnonage chez
les Maîtres d'une ville quelconque du Royaume ,
dans laquelle il y aura Jurande , feront admis à
la maîtrife de leur profeffion dans les Communautés
d'arts & métiers de telle autre ville du
goyaume qu'ils jugeront à propos de choisir ,
214 MERCURE DE FRANCE.
l'exception des villes de Paris , Lyon , Lille &
Rouen. Par le troiſieme arrêt , le Roi commet
M. Doyen , Notaire , pour faire la recette des
portions qui reviennent aux Abbés & Chanoines
Réguliers de Sainte Genevieve dans les produits
des trois lotteries de S. Sulpice , des Enfans-Trouvés
& des Communautés.
L'Académie royale de Chirurgie , outre le prix
qu'elle adjuge tous les ans , donnera deformais
chaque année une autre medaille d'or à celui des
Chirurgiens , étrangers ou regnicoles , qui l'aura
méritée par un ouvrage fur quelque matiere de
Chirurgie que ce foit , au choix de l'auteur. Ce
fecond prix , dont la valeur fera de deux cens
livres , fera nommé Prix d'émulation . L'Académie
diftribuera de plus tous les ans cinq médailles
d'or , de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens,
foit Académiciens de la claffe des Libres , foit
fimplement regnicoles , qui auront fourni pendant.
le cours de l'année un mémoire , ou trois obfervations
intéreffantes.
Un bâtiment nommé le Sainte-Helene , de Saint-
Malo , venant de la Martinique , a péri la nuit du
sau 6 de Mai dans le Golfe de Fos , près de Martigues.
Le navire le Grand Saint- Paul , de Marfeille
, a découvert à l'oueft du Cap Saint - Vincent
trois chabecs algériens. Une pinque de Corron
a rencontré fur la Guillâtre un vaiffeau , un chabec
& une galiotte de la même nation. Deuxi
autres bâtimens barbarefques ont été apperçus à
quelque diftance de la côte de Sardaigne.
Le 24 , leurs Majeftés fignerent le contrat de
mariage du Marquis de Dreux , Grand Maître des
cérémonies de France . avec Dlle de Pezé..
Elles fignerent le 25 celui du Marquis de Beranger
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
JUIN. 1755. 215
France , avec Dlle de Saffenage , fille du Marquis
de ce nom , Chevalier des ordres du Roi , &
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine.
En confidération de ce mariage , le Marquis de
Beranger a obtenu la furvivance de la charge de
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine ,
dont il ne doit exercer les fonctions qu'à vingtcinq
ans.
Le Roi a accordé au Marquis d'Efpagne la
charge de Sénéchal & Gouverneur du Comté de
Nebouzan .
Les Prélats & les Députés du fecond Ordre qui
compofent l'Affemblée générale du Clergé de
France, s'affemblerent le 25 de Mai chez le Cardi
nal de la Rochefoucauld pour remettre leurs procurations.
Ils tinrent le 27 une feconde Affemblée,
dans laquelle les procurations furent admifes. Le
28 , l'ouverture folemnelle de l'Affemblée fe fit
dans l'églife des Grands Auguftins , par la Meffe
du Saint-Efprit. Le Cardinal de la Rochefoucauld
y officia pontificalement , & tous les Députés y
communierent. Le fermon fut prononcé par l'Evêque
du Puy. Les Députés font , pour la province
de Paris , les Evêques de Meaux & de Blois , &
les Abbés Guillot de Montjoye & d'Apchon . Pour
la province de Lyon , les Evêques de Langres &
d'Autun , l'Abbé de Montjouvant , Comte de
Lyon , & l'Abbé de la Croix. Pour celle de Rouen,
les Evêques de Bayeux & d'Evreux , & les Abbés
de Saint-Aulaire & de Belbeuf. Pour celle de
Sens , l'Archevêque de Sens , l'Evêque de Nevers ,
l'Abbé de Murat de Baing , & l'Abbé d'Oſmond
de Medavy , Comte de Lyon. Pour celle de Reims,
les Evêques d'Amiens & de Senlis , & les Abbés
de Trudaine & de Modene . Pour celle de Tours
PArchevêque de Tours , l'Evêque de Quimper
216 MERCURE DE FRANCE.
les Abbés de Monteclair & de Soulange . Pour
celle de Bourges , le Cardinal de la Rochefoucauld
, Archevêque de Bourges ; l'Evêque du Puy,
& les Abbés de Fretat de Sarra & de Molin de
Mons. Pour celle d'Alby , l'Archevêque d'Alby ,
l'Evêque de Rhodès , & les Abbés de Roquigny
de Bulonde & de Langlade. Pour celle de Bordeaux
, les Evêques de Saintes & de Sarlat , & les
Abbés de Montefquiou & Dudon . Pour celle
d'Auch , l'Archevêque d'Auch ; l'Evêque d'Oleron
, & les Abbés de Berthier & de Larbouft . Pour
celle de Narbonne , l'Archevêque de Narbonne ,
P'Evêque de Montpellier , & les Abbés de Roquefort
& de Boizay de Courcenay. Pour celle de
Toulouſe , l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque
de Lavaur , & les Abbés de Bruyeres de Chalabre
& de Bauteville. Pour celle d'Aix , les Evêques de
Riez & d'Apt , & les Abbés de Gadagne & de Canorgue.
Pour celle d'Embrun , l'Archevêque
d'Embrun , l'Evêque de Glandeve , & les Abbés du
Queylard & de Baumel. Pour celle de Vienne , les
Evêques de Grenoble & de Die , & les Abbés de
Gouvernet & de Breves. Pour celle d'Arles , l'Atchevêque
d'Arles , l'Evêque de Saint -Paul Troischâteaux
, & les Abbés de Chapt de Raftignac &
d'Almant de Château - neuf. L'Affemblée a élu
pour Préfidens le Cardinal de la Rochefoucauld ,
P'Archevêque de Narbonne , l'Archevêque d'Embrun
, l'Archevêque d'Auch , l'Evêque de Bayeux ,
'Evêque de Langres , l'Evêque de Grenoble &
P'Evêque de Montpellier. L'Abbé de Coriolis ,
ancien Agent général du Clergé , eft Promoteur ;
l'Abbé de Raftignac , Vice- Promoteur ; l'Abbé
de Caftries , ancien Agent général , Secrétaire ;
l'Abbé d'Ofmond , Vice-Secrétaire. Les nouveaux
Agens généraux font l'Abbé de Crillon & l'Abbé.
de Jumilhac Le
J
JUIN. 1755. 217
Le 27 , l'Archevêque de Paris bénit dans l'églife
des Religieufes Bénédictines de Conflans , les
Guidons des Gendarmes de la Garde de Sa Majefe
Le détachement étoit de cinquante Gendarmes
& le Prince de Soubife à leur tête affitta à la
cérémonie.
M. Jean Crochet , Chanoine honoraire de l'églife
Cathédrale de Noyon , eft mort le 21 en
cette derniere ville , âgé de quatre-vingt -douze
ans. Il avoit été nommé Chanoine le 31 Mars
1676 , & il a vû deux fois renouveller fon Chapitre.
Ce fut le feu Cardinal de Retz qui fit accorder
à cet Eccléfiaftique la difpenfe d'âge pour
être Chanoine d'une Cathédrale .
Woldemar , Comte de Lowendalh & du Saint
Empire , Maréchal de France , Chevalier des ordres
du Roi , & des ordres de Saint - Alexandre
Neuski & de Saint- Hubert , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie allemande de fon nom , un des
Académiciens honoraires de l'Académie royale
des Sciences , & ci - devant Général des armées de
l'Impératrice de Ruſſie , mourut à Paris le 27 de
ce mois. Lorsqu'il eſt entré au ſervice de Sa Ma◄
jefté , il étoit déja regardé comme un des plus
habiles Généraux de l'Europe. La priſe d'Oudenarde
, d'Oftende , de Nieuport & de Berg - opzoom
, & le fuccès de toutes les autres expéditions
dont il a été chargé , ont confirmé fa réputation.
Le Maréchal de Lowendalh étoit né à Hambourg
le 6 Avril 1700 , & il étoit fils de Woldemar , Baron
de Lowendalh , Chevalier des Ordres de l'Aigle-
blanc , de l'Elephant & de Danebrog , grand
Maréchal& Miniftre du Roi de Pologne , Electeur
de Saxe. Son grand - pere étoit Ulric Frederic ,
Gomte de Guldenloew , Chevalier de l'Ordre de
('Elephant , Maréchal Général des armées de Da
II. Vol. K
21S MERCURE DE FRANCE.
nemarck , Chancelier du même royaume & Viceroi
de Norwege , fils naturel de Frederic III ,
Roi de Danemarck. Au mois de Janvier 1747 , le
Maréchal de Lowendalh obtint des lettres de
naturalité pour lui, pour la Maréchale de Lowendalh
, & pour trois enfans qu'ils avoient eus en
pays étranger. Il a montré par fon zele pour la
gloire du Roi & pour les intérêts de la France ,
qu'en acquerant les priviléges des fujets nés dans
le Royaume , il avoit pris leurs fentimens .
Le 28 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante livres : les billets
de la premiere lotterie royale à huit cens cinquante
, & ceux de la feconde lotterie à fept cens qua
rante-cinq.
Le même jour , leurs Majeftés & la Famille
royale revinrent de Marly.
Le 29 , Fête du Saint Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
Adelaïde , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife s'eft rendu à l'Eglife de Notre-Dame. Sa
Majefté y a entendu la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion qui eft venue felon l'uſage
à la Chapelle du Château. La Reine & Madame
la Dauphine ont reçu dans la Chapelle la benédiction
du Saint Sacrement. Leurs Majeſtés & la
Famille royale ont affifté cet après-midi aux Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Abbé
Gergoy a officié , & au Salut célébré par les Miffionnaires
, pendant lequel la Mufique a chanté
une élévation , de la compofition de M. Blanchard
, Maître de la Muſique de la Chapelle en
quartier.
Dans l'Evêché d'Acqs douze villages ou ha
meaux , diverfes mailons de campagne & un grand
nombre de Moulins ont été réduits en cendres .
JUIN 1755. 219
Plufieurs perfonnes & quantité de beftiaux ont
péri dans les flammes. On fait monter à plus d'un
million la perte caufée par cet incendie. L'Evêque
d'Acqs a reffenti auffi vivement que l'exigeoit de
lui fa qualité de Pafteur la défolation d'une partie
de fon diocefe. Voyant d'honnêtes familles réduites
à la derniere mifere , il en a pris les enfans
fous fa protection ; if les a placés à fes dépens
dans des penfions , & il les y fait élever ſuivant
leur état. La charité de ce Prélat s'eft étendue fur
tous les autres malheureux qui ont fouffert , & il
leur a fait diftribuer du bled & de l'argent.
Fermer
Résumé : « Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
En mai 1755, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 10 mai, le vaisseau Le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, est arrivé au port de l'Orient. Il a rapporté que Dupleix avait quitté Pondichéry le 15 octobre et était arrivé à l'île de France le 25 novembre. Le 16 mai, la Reine a assisté à un sermon dans l'église des Recolets de Versailles pour la fête de Saint Jean Népomucène. Le 17 mai, le Dauphin et la Dauphine ont entendu les premières vêpres à Marly. Le 18 mai, jour de la Pentecôte, le Roi a assisté à la messe de l'Ordre du Saint-Esprit, accompagné de plusieurs dignitaires. La Reine et Mesdames de France ont écouté la messe dans la tribune. Le même jour, le Roi et la Reine ont assisté à un sermon et aux vêpres. Le 19 mai, les députés des États d'Artois ont eu audience auprès du Roi. Le Duc de Châteauvillain est décédé à Paris à l'âge de six ans et six mois. Le 20 mai, la Reine a communié. Plusieurs arrêts du Conseil d'État ont été publiés, concernant notamment les métiers et les lotteries. L'Académie royale de Chirurgie a annoncé de nouveaux prix pour les chirurgiens. Plusieurs incidents maritimes ont été signalés, incluant la perte du navire Sainte-Hélène près de Martigues et des rencontres avec des navires barbaresques. Le 24 mai, le Roi a signé le contrat de mariage du Marquis de Dreux. Le 25 mai, il a signé celui du Marquis de Béranger. Le Marquis d'Espagne a obtenu la charge de Sénéchal et Gouverneur du Comté de Nébouzan. L'Assemblée générale du Clergé de France s'est réunie à partir du 25 mai, avec la participation de nombreux prélats et députés. Le 27 mai, l'Archevêque de Paris a béni les guidons des Gendarmes de la Garde. Plusieurs décès notables ont été rapportés, dont celui du Chanoine Jean Crochet à Noyon et du Maréchal de Lowendahl à Paris. Le 28 mai, les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1760 livres. Le 29 mai, pour la fête du Saint Sacrement, le Roi et la famille royale ont assisté à la messe et aux vêpres à Notre-Dame. Un incendie a détruit plusieurs villages et moulins dans l'évêché d'Acqs, causant des pertes évaluées à plus d'un million.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 179-192
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Henri premier. 1033 & 1034. La famine se fait sentir à Paris (I), [...]
Mots clefs :
Ville de Paris, Paris, Abbaye, Roi, Église, Abbé, Évêques, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Pape, Monastère, Corps, Chanoines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte relate des événements historiques concernant Paris sous les règnes de Henri Ier et Philippe Ier, ainsi que des figures religieuses et monastiques notables. En 1033 et 1034, Paris est frappée par une famine sévère, où le prix du blé atteint soixante fois sa valeur normale. Cette crise entraîne une épidémie et un incendie majeur. En 1035, un concile se tient à Paris pour condamner Bérenger, accusé d'hérésie contre l'Eucharistie. Henri Ier accorde à l'évêque Imbert et à ses chanoines quatre églises situées dans les faubourgs de Paris. En 1059, Henri Ier fait sacrer et couronner son fils Philippe Ier à Reims, nommant Baudouin de Flandre comme tuteur. Henri Ier meurt en 1060 et fonde le monastère de Saint-Martin-des-Champs. Philippe Ier continue les travaux du monastère et le consacre en 1067. Sous son règne, les prévôts apparaissent, avec Étienne comme premier prévôt de Paris. En 1092, un concile se tient à Paris, et en 1093, l'abbaye Saint-Magloire est réformée. Guillaume, évêque de Paris, fait plusieurs donations aux chanoines et au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. En 1104, un concile à Paris voit Philippe Ier renoncer publiquement à une relation scandaleuse. En 1107, l'abbaye Saint-Éloi est supprimée, et plusieurs paroisses sont créées à sa place. Philippe Ier meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire. Son fils Louis VI lui succède. Sous Louis VI, des chartes sont données pour protéger les serfs de l'église de Paris. L'évêque Galon reçoit une relique de la vraie Croix. Guillaume de Champeaux fonde l'abbaye Saint-Victor, où Abélard obtient une chaire de professeur. Louis VI dote l'abbaye de revenus et de privilèges. Gilduin devient le premier abbé de Saint-Victor, et l'abbaye reçoit plusieurs donations et privilèges. Le texte mentionne également des événements liés à des monastères et des figures religieuses. En décembre 1755, des voyageurs de Cantorbéry se sont arrêtés dans un monastère en se rendant à Paris. Ce monastère conservait des reliques, notamment la cape de voyage d'un saint abbé et le cilice d'un saint archevêque. L'abbaye est devenue une congrégation comptant quarante abbayes et plus de cent monastères, comme mentionné dans le testament du roi Louis VIII en 1225. Cependant, cette congrégation a été dissoute en raison des malheurs des temps et du relâchement de la discipline monastique. Le texte évoque également la vie d'Abbélard, un théologien qui enseignait à Paris. Sa relation avec Héloïse, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, est bien connue. Condamné pour sa doctrine sur la Trinité lors d'un concile à Soissons, Abbélard a trouvé refuge auprès de Thibaud, Comte de Champagne. Il a construit une chapelle près de Troyes et est devenu abbé de Saint-Gildas en Bretagne. Il a ensuite cédé son ermitage du Paraclet à Héloïse, qui s'y est retirée avec des religieuses. Abbélard a été de nouveau condamné lors du concile de Sens, mais a reçu l'absolution du pape Innocent II. Il est mort à Châlons-sur-Saône le 21 avril 1142 à l'âge de 63 ans. L'école d'Abbélard à Paris, située près de la cathédrale, se concentrait sur l'étude des Écritures saintes, contribuant ainsi à l'émergence de la théologie scolastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 198-203
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 9 du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy, Ministre d'Etat, [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Roi de France, Parlement, Escadre anglaise, Vaisseaux, Canons, Marchandises, Frégates, Attaque, Princesse, Ducs, Serment, Chevalier, Évêques, Mademoiselle de Charolois, Cérémonie funèbre, Édit du roi, Rentes, Taxes, Capitaines, Corsaires, Combat naval
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &G.
Lag du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy,
Miniftre d'Etat , prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Tréforier de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Les deux nouveaux Maréchaux de France ( MM.
les Comces de Bercheny & de Conflans ) prêterent
auffi ferment le même jour en cette qualité.
Le Roi ayant fait choix de M. le Maréchal Duc
de Befle- Ifle pour remplir la charge de Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre , Sa Majefté
a appellé près de fa perfonne M. de Crémille ,
Lieutenant- Général de fes Armées , pour aider
M. le Maréchal de Belle-Ifle dans les fonctions &
dans les détails de fon Département , & fous les
ordres.
La Vacance du Parlement ayant obligé de remettre
la Proceffion qui fe fait tous les ans le 22
de Mars , en mémoire de la réduction de certe
Capitale fous Pobéiffance de Henry IV , elle fe
fr en la maniere accoutumée le 7 de ce mois. Les
Lettres du Roi avoient été portées la veille aux
Compagnies , dont la préfence y eft requiſe , fuivant
l'ufage , par M. de Gizeux , Maître des cérémonies
de France en furvivance.
L'Efcadre Angloife , commandée par l'Amiral
Hawke , eft entrée le 4 Avril après-midi aux ra
des de la Rochelle , & a mouillé le 5 dans celle
de l'Ifle. Daix . Elle en eft repartie le 7 au matin
M A 1. 1758. 199
Cette Efcadre étoit compofée de fept Vaiffeaux de
ligne le Ramillies , de yo canons , le Royal-
Georges & le Royal- Guillaume , de 100 canons
chacun ; le Torbay , de 74 ; le Bedford , de 70 ;
l'Intrépide , de 64 ; & le Windſor , de 60 , avec
trois Frégates & un Senaw. L'Amiral Hauke a fait
débarquer quelque monde à l'ifle Daix , & y a
fait brûler les plattes formes , outils de travailleurs
, tombereaux , charettes , fauciffons , fafcinages
, ponts , & généralement tout ce qui s'eft
trouvé de combuftible dans les fortifications provifionnelles
que l'on y exécutoir. Tous les habitans
& ouvriers qui étoient à l'Iſle Daix , s'en étoient
retirés à Fouras dans le moment où l'Eſcadre Angloife
a paru , & il n'y étoit resté que quelques
Soldats. Les Anglois en ont emmené fept ou huit
avec eux. Les Vaiffeaux du Roi le Floriffant , le
Dragón , le Sphinx , le Hardy & le Warwick , qui
étoient en rade avec quelques Frégates , n'étant
point en état de réfilter à des forces fi fupérieures ,
fe font réfugiés dans la Charente entre Fouras &
l'Iſle Madame , & ils s'y font entraversé de maniere
à empêcher Pentrée de la riviere à l'Efcadre
Angloife , fi elle eût fair quelques tentatives pour
forcer le paffage. On avoit fait des difpofitions à
Rochefort , pour nuire par tous les moyens praticables
aux Vaiffeaux Anglois , s'ils n'en avoient
pas prévenu l'effet par leur retraite . Cependant les
Chaloupes canonnieres Anguille & l'Aventure ,
armées chacune d'un canon de 24 , & comman→
dées par les fieurs de Kergariou & de Camiran
Enfeignes de Vaiffeau, ont fort incommodé le
Vaiffeau Anglois l'Intrépide , qui étoit échoué fur
le banc de Boyard , & qui attendoit la haute mer
pour le mettre à flor. Nos Chaloupes feroient même
parvenues à le défemparer , fans le Vaiffeau le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Windfor & quelques Frégates qui ont mis fours
voile pour le dégager . Les Fregates . la Thetis
l'Anemone & l'Ecureuil , commandées par les
fieurs de Goimpy , de Feuquieres , Lieutenant de
Vaiffeau , du Guafpern & de Queralbeau , Enfeignes
, conduifoient un convoi de Navires de commerce
de Breft à Rochefort . L'Anemone a gagné
l'entrée de la Charente avec une partie du convoi
, & le refte s'eft mis fous la protection de la
Citadelle de Saint-Martin de Ré , avec les Fregates
la Thetis & l'Ecureuil. Cette premiere s'eft même
emparé dans le Pertuis - Breton du Corſaire Anglois
le Franc-Maçon , de 10 carrons & de 70 hommes
d'équipage , & l'a fait entrer à Saint -Martin
de Ré à la vue de l'Efcadre Angloiſe.
Le 14 Avril , le Roi tint le Sceau pour la vingtfeptieme
fois.
Sa Majefté , à l'occafion de la mort de Mademoiſelle
de Charolois , alla le même jour rendre
vifite à la Princeffe de Conty , & à Mademoiſelle
de Sens , chez qui fe trouverent le Prince & la
Princeffe de Condé .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame Infante , Madame
& Mefdames Victoire & Louiſe , vifiterent auffi
ces Princeffes .
Le 15 , la Princeffe de Conty & Mademoiſelle
de Sens , allerent faire leurs révérences au Roi , à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , Madame Louife donna le voile
à la Dame de Ziner , dans l'Abbaye de Saint Cyr.
Le 19 , MM. l'Evêque de Digne & l'Evêquè
d'Aire prêterent ferment entre les mains du Roi .
Les fieurs Guyot de Saint- Amand & de Gangy
MA 1.1758. 201
4
prêterent ferment entre les mains du Roi le 9 du
même mois ; le premier , pour la charge de Lieutenant
de Roi de la Province du Chalonnois ; le
fecond , pour la charge de Lieutenant de Roi au
Département & Sénéchauffée de Poitiers & de Lu
fignan.
Le Roi reçut le même jour Chevaliers de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , M. le Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , Menin de Monfeigneur le
Dauphin , & MM. les ) Comtes de Biernay , Soulieutenant
des Gendarmes de Berry ; de Lordat ,
Soulieutenant des Chevaux- Légers de Bretagne ;
de Murinais , premier Cornette des Chevaux - Legers
d'Aquitaine ; de Noé & de Saiffeval , Guidons
de Gendarmerie.
M. PEyêque de Digne a été facré le 16 Avril
dans l'Eglife des Miffions Etrangeres , par M.
l'Archevêque d'Embrun , affifté des Evêques de
Dol & de Vence,
M. l'Evêque d'Aire,a été facré le même jour à
Meaux par l'Evêque de cette derniere Ville , affifté
de l'ancien Evêque de Troyes & de celui de
Condom.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu le
feur Bezout & le Comte de Lauragais , pour remplir
les deux places d'Adjoints - Méchaniciens , va
cantes par la promotion de M. le Chevalier d'Arcy
& de M. Yaucanfon à celles d'Affociés Ordinaires
, le Roi a bien voulu agréer fon choix.
Le Corps de Mademoiſelle de Charolois , après
avoir été embaumé , a été expofé pendant plufeurs
jours dans une Chambre de parade , éclairée.
par un grand nombre de lumieres , & tendue de
blanc. Il fut porté le 13 Avril au Couvent des
Carmelites du Fauxbourg Saint Jacques , pour y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
être inhumé. Le cortège du Convoi étoit compoft
de cent Pauvres , couverts de draps gris , & tenant
chacun un fambeau ; des Officiers , des Suiffes &
des Valets de Chambre de la Princeffe à cheval
de plus de cent cinquante Valers de pieds , de fept
Carroffes drapés à fix chevaux harnachés & capa
raçonnés de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes , les principaux Of
heiers , & les Femmes de Chambres ; & de deux
Carroles à huit chevaux. Dans le premier de ces
deux Carroffes , étoit le Corps de la Princeffe
avec les deur Aumôniers. La Princeffe de Condé
étoit dans le fecond avec la Princeffe de Rohan
la Dame de Renty , fa Dame d'Honneur , la Dame
du Guefelin , fa Dame de Compagnie , & les
Dames attachées à la Princeffe défunte. Lorsqu'on
fut aux Carmelites , le Corps fat defcendu du Carroffe
par les huit Valers de Chambre, & porté fous
le portique intérieur de l'Eglife , ou les Religieufes
, tenant chacune un cierge à la main , étoient
rangées à droite & à gauche avec trente Eeclefiafriques
, le Supérieur de la Maifon à leur tête. L'Evêque
de Valence en camail & en rochet , accom
pagné du Curé de Saint Sulpice en étole ; en préfentant
le Corps & le Coeur de la Princeffe aux
Carmelites , leur fit un difcours auquel le Supé
rieur répondit , enfuite ces Religieufes commencerent
l'Office des Morts. Les prietes finies , les
hair Valets de Chambre porterent le Corps près de
la foffe , & Py ayant defeende , le Ceur fur pofe
fur la croix du cerceuil . La Princeffe de Condé qui
menoit le deuil , étoit en longue mante , dont la
queue étoit portée par le fieur de Tourailles , for
fecond Ecuyer.
On vient de publier un Edit du Roi portant
création de trois millions deur cens mille livres
MAI. 1758.
203
actuelles & effectives de Rentes héréditaires à
quatre pour cent fur les Aydes & Gabelles , par
forme de remplacement des Rentes créées par
l'Edit de Juin 1720. Chaque conſtitution particuliere
defdites Rentes ne pourra être moindre que
de mille livres de principal , qui produiront quarante
livres de rente. Il n'y aura fur ces Rentes
aucune retenue de vingtieme ni des deux fols pour
livre du dixieme , & de toutes autres impofitions.
Les Communautés Eccléfiaftiques , les Hôpitaux ,
& tous gens de main- morte , ainfi que les Etran
gers non-naturalifés & ceux mêmes qui demeure-
Font hots du Royaume , pourront acquérir lefdites
Rentes & en jouir , fans être obligés à aucune
formalité, ni payer aucuns droits d'amortiffemens.
On pourra en tranfmettre la propriété à d'autres
par voie de réconftitution. A commencer du premier
Janvier 1760 , on remboursera tous les ans
en deniers comptans une partie des capitaux defdites
Rentes jufqu'à leur extinétion totale , & ce
remboursement fe fera par la voie du fort , en
forme de Loterie , en la maniere qu'il eft porté &
expliqué par l'Edit . Les capitaux desdites Rentes
feront fournis moitié en argent, moitié en contrats .
Les lettres de Livourne annoncent que la Frégate
la Rofe , de 16 canons , commandée par le
feur de Sade , Capitaine de Vaiffeau , a conduit
à Malte le 9 Mars le Corſaire Anglois le Léopard,
de 36 canons , dont elle s'eft emparé après um
long combat.
•
Le Capitaine Ferdinand de Renaud , qui commande
le Corfaire le Duc d'Ayen , de Boulogne ,
s'eft rendu maître des Brigantins Anglois le Sal
tens, chargéd'orge & de farine,& laFortune, ayant
pour cargaifon du fucre ,du fel , des vins , des fruits,
&c. & il les a fait conduire à Dunkerque. Le mê-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
me Corfaire a pris un troifieme Bâtiment Anglois
chargé de charbon de terre , qui s'est échoué aux
environs d'Oftende .
Le Navire Anglois le Thomlefon , d'Antigues ,
'de 200 tonneaux , chargé de fucre & de coton
eft arrivé à Morlaix : il a été pris par le Corfaire
le Comte de Langeron , de Saint -Malo..
On mande de Marfeille , qu'il y a été conduit
un Brigantin Anglois appellé le Conftant , chargé
raifins fecs , qui a été pris par les Corfaires la
Conftance & le Charron , de ce port .
Le Corfaire la Ville- Helio , de Vannes , ayant
rencontré le 17 Juillet dernier au Cap Finiſtere
le Navire Anglois l'Elifabeth , forti de Roterdam
le 2 du même mois fous pavillon Hollandois , le
fomma d'amener & d'exhiber fes papiers . Ce Bâtiment
ayant refuſé d'amener , le Corſaire François
l'attaqua , & après un combat fanglant , s'en rendit
maître à l'abordage . Cette prife fi légitime a
fait l'objet d'une conteftation qui a été jugée le 8
de ce mois au Confeil des Prifes , en faveur du
Corfaire de Vannes. Elle eft eftimée plus de quatre
cens mille livres.
Le Capitaine Adrien de Lille , commandant le
Corfaire la Fulvie , de Dunkerque , s'eft rendu
maître des Navires Anglois l'Ellis , de Liverpool ,
de 200 tonneaux , armé de 4 canons & de 15 hommes
, & la Providence , de Briſtol , de 350 tonneaux
, armé de 24 canons & de 60 hommes. Ces
deux Bâtimens , qui alloient à la Jamaïque chacun
avec un chargement confiftant en vivres & en
marchandifes feches , ont été conduits à Morlaix .
Le Capitaine de Lille , en fociété avec le Corſaire
le Maurepas , de Dunkerque , a fait de plus pour
environ cinquante mille livres de rançons.
Le Navire Anglois l'Ulyffe , de la Nouvelle .
MA I. 1758 . 203
Yorck, d'où il venoit avec un chargement compofé
de bois de campêche, & de 80 barrils de goudron
, a été pris par le Corfaire l'Espérance , de
Bayonne, où il eft arrivé.
Le Capitaine Durbecq- de la Ciotat , commandant
la Galliote la Curieufe , qui a été armée en
courſe à Marſeille au mois de Janvier dernier , s'eft
rendu maître à la hauteur de Malaga , d'un Navire
Anglois dont le Capitaine a offert deux mille livres
fterlings pour fa rançon .
Lag du mois d'Avril, M. le Marquis de Paulmy,
Miniftre d'Etat , prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la charge de Tréforier de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Les deux nouveaux Maréchaux de France ( MM.
les Comces de Bercheny & de Conflans ) prêterent
auffi ferment le même jour en cette qualité.
Le Roi ayant fait choix de M. le Maréchal Duc
de Befle- Ifle pour remplir la charge de Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre , Sa Majefté
a appellé près de fa perfonne M. de Crémille ,
Lieutenant- Général de fes Armées , pour aider
M. le Maréchal de Belle-Ifle dans les fonctions &
dans les détails de fon Département , & fous les
ordres.
La Vacance du Parlement ayant obligé de remettre
la Proceffion qui fe fait tous les ans le 22
de Mars , en mémoire de la réduction de certe
Capitale fous Pobéiffance de Henry IV , elle fe
fr en la maniere accoutumée le 7 de ce mois. Les
Lettres du Roi avoient été portées la veille aux
Compagnies , dont la préfence y eft requiſe , fuivant
l'ufage , par M. de Gizeux , Maître des cérémonies
de France en furvivance.
L'Efcadre Angloife , commandée par l'Amiral
Hawke , eft entrée le 4 Avril après-midi aux ra
des de la Rochelle , & a mouillé le 5 dans celle
de l'Ifle. Daix . Elle en eft repartie le 7 au matin
M A 1. 1758. 199
Cette Efcadre étoit compofée de fept Vaiffeaux de
ligne le Ramillies , de yo canons , le Royal-
Georges & le Royal- Guillaume , de 100 canons
chacun ; le Torbay , de 74 ; le Bedford , de 70 ;
l'Intrépide , de 64 ; & le Windſor , de 60 , avec
trois Frégates & un Senaw. L'Amiral Hauke a fait
débarquer quelque monde à l'ifle Daix , & y a
fait brûler les plattes formes , outils de travailleurs
, tombereaux , charettes , fauciffons , fafcinages
, ponts , & généralement tout ce qui s'eft
trouvé de combuftible dans les fortifications provifionnelles
que l'on y exécutoir. Tous les habitans
& ouvriers qui étoient à l'Iſle Daix , s'en étoient
retirés à Fouras dans le moment où l'Eſcadre Angloife
a paru , & il n'y étoit resté que quelques
Soldats. Les Anglois en ont emmené fept ou huit
avec eux. Les Vaiffeaux du Roi le Floriffant , le
Dragón , le Sphinx , le Hardy & le Warwick , qui
étoient en rade avec quelques Frégates , n'étant
point en état de réfilter à des forces fi fupérieures ,
fe font réfugiés dans la Charente entre Fouras &
l'Iſle Madame , & ils s'y font entraversé de maniere
à empêcher Pentrée de la riviere à l'Efcadre
Angloife , fi elle eût fair quelques tentatives pour
forcer le paffage. On avoit fait des difpofitions à
Rochefort , pour nuire par tous les moyens praticables
aux Vaiffeaux Anglois , s'ils n'en avoient
pas prévenu l'effet par leur retraite . Cependant les
Chaloupes canonnieres Anguille & l'Aventure ,
armées chacune d'un canon de 24 , & comman→
dées par les fieurs de Kergariou & de Camiran
Enfeignes de Vaiffeau, ont fort incommodé le
Vaiffeau Anglois l'Intrépide , qui étoit échoué fur
le banc de Boyard , & qui attendoit la haute mer
pour le mettre à flor. Nos Chaloupes feroient même
parvenues à le défemparer , fans le Vaiffeau le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Windfor & quelques Frégates qui ont mis fours
voile pour le dégager . Les Fregates . la Thetis
l'Anemone & l'Ecureuil , commandées par les
fieurs de Goimpy , de Feuquieres , Lieutenant de
Vaiffeau , du Guafpern & de Queralbeau , Enfeignes
, conduifoient un convoi de Navires de commerce
de Breft à Rochefort . L'Anemone a gagné
l'entrée de la Charente avec une partie du convoi
, & le refte s'eft mis fous la protection de la
Citadelle de Saint-Martin de Ré , avec les Fregates
la Thetis & l'Ecureuil. Cette premiere s'eft même
emparé dans le Pertuis - Breton du Corſaire Anglois
le Franc-Maçon , de 10 carrons & de 70 hommes
d'équipage , & l'a fait entrer à Saint -Martin
de Ré à la vue de l'Efcadre Angloiſe.
Le 14 Avril , le Roi tint le Sceau pour la vingtfeptieme
fois.
Sa Majefté , à l'occafion de la mort de Mademoiſelle
de Charolois , alla le même jour rendre
vifite à la Princeffe de Conty , & à Mademoiſelle
de Sens , chez qui fe trouverent le Prince & la
Princeffe de Condé .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
Monſeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame Infante , Madame
& Mefdames Victoire & Louiſe , vifiterent auffi
ces Princeffes .
Le 15 , la Princeffe de Conty & Mademoiſelle
de Sens , allerent faire leurs révérences au Roi , à
la Reine & à la Famille Royale.
Le même jour , Madame Louife donna le voile
à la Dame de Ziner , dans l'Abbaye de Saint Cyr.
Le 19 , MM. l'Evêque de Digne & l'Evêquè
d'Aire prêterent ferment entre les mains du Roi .
Les fieurs Guyot de Saint- Amand & de Gangy
MA 1.1758. 201
4
prêterent ferment entre les mains du Roi le 9 du
même mois ; le premier , pour la charge de Lieutenant
de Roi de la Province du Chalonnois ; le
fecond , pour la charge de Lieutenant de Roi au
Département & Sénéchauffée de Poitiers & de Lu
fignan.
Le Roi reçut le même jour Chevaliers de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , M. le Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , Menin de Monfeigneur le
Dauphin , & MM. les ) Comtes de Biernay , Soulieutenant
des Gendarmes de Berry ; de Lordat ,
Soulieutenant des Chevaux- Légers de Bretagne ;
de Murinais , premier Cornette des Chevaux - Legers
d'Aquitaine ; de Noé & de Saiffeval , Guidons
de Gendarmerie.
M. PEyêque de Digne a été facré le 16 Avril
dans l'Eglife des Miffions Etrangeres , par M.
l'Archevêque d'Embrun , affifté des Evêques de
Dol & de Vence,
M. l'Evêque d'Aire,a été facré le même jour à
Meaux par l'Evêque de cette derniere Ville , affifté
de l'ancien Evêque de Troyes & de celui de
Condom.
L'Académie Royale des Sciences ayant élu le
feur Bezout & le Comte de Lauragais , pour remplir
les deux places d'Adjoints - Méchaniciens , va
cantes par la promotion de M. le Chevalier d'Arcy
& de M. Yaucanfon à celles d'Affociés Ordinaires
, le Roi a bien voulu agréer fon choix.
Le Corps de Mademoiſelle de Charolois , après
avoir été embaumé , a été expofé pendant plufeurs
jours dans une Chambre de parade , éclairée.
par un grand nombre de lumieres , & tendue de
blanc. Il fut porté le 13 Avril au Couvent des
Carmelites du Fauxbourg Saint Jacques , pour y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
être inhumé. Le cortège du Convoi étoit compoft
de cent Pauvres , couverts de draps gris , & tenant
chacun un fambeau ; des Officiers , des Suiffes &
des Valets de Chambre de la Princeffe à cheval
de plus de cent cinquante Valers de pieds , de fept
Carroffes drapés à fix chevaux harnachés & capa
raçonnés de noir , qui étoient remplis par les
Ecuyers , les Gentilshommes , les principaux Of
heiers , & les Femmes de Chambres ; & de deux
Carroles à huit chevaux. Dans le premier de ces
deux Carroffes , étoit le Corps de la Princeffe
avec les deur Aumôniers. La Princeffe de Condé
étoit dans le fecond avec la Princeffe de Rohan
la Dame de Renty , fa Dame d'Honneur , la Dame
du Guefelin , fa Dame de Compagnie , & les
Dames attachées à la Princeffe défunte. Lorsqu'on
fut aux Carmelites , le Corps fat defcendu du Carroffe
par les huit Valers de Chambre, & porté fous
le portique intérieur de l'Eglife , ou les Religieufes
, tenant chacune un cierge à la main , étoient
rangées à droite & à gauche avec trente Eeclefiafriques
, le Supérieur de la Maifon à leur tête. L'Evêque
de Valence en camail & en rochet , accom
pagné du Curé de Saint Sulpice en étole ; en préfentant
le Corps & le Coeur de la Princeffe aux
Carmelites , leur fit un difcours auquel le Supé
rieur répondit , enfuite ces Religieufes commencerent
l'Office des Morts. Les prietes finies , les
hair Valets de Chambre porterent le Corps près de
la foffe , & Py ayant defeende , le Ceur fur pofe
fur la croix du cerceuil . La Princeffe de Condé qui
menoit le deuil , étoit en longue mante , dont la
queue étoit portée par le fieur de Tourailles , for
fecond Ecuyer.
On vient de publier un Edit du Roi portant
création de trois millions deur cens mille livres
MAI. 1758.
203
actuelles & effectives de Rentes héréditaires à
quatre pour cent fur les Aydes & Gabelles , par
forme de remplacement des Rentes créées par
l'Edit de Juin 1720. Chaque conſtitution particuliere
defdites Rentes ne pourra être moindre que
de mille livres de principal , qui produiront quarante
livres de rente. Il n'y aura fur ces Rentes
aucune retenue de vingtieme ni des deux fols pour
livre du dixieme , & de toutes autres impofitions.
Les Communautés Eccléfiaftiques , les Hôpitaux ,
& tous gens de main- morte , ainfi que les Etran
gers non-naturalifés & ceux mêmes qui demeure-
Font hots du Royaume , pourront acquérir lefdites
Rentes & en jouir , fans être obligés à aucune
formalité, ni payer aucuns droits d'amortiffemens.
On pourra en tranfmettre la propriété à d'autres
par voie de réconftitution. A commencer du premier
Janvier 1760 , on remboursera tous les ans
en deniers comptans une partie des capitaux defdites
Rentes jufqu'à leur extinétion totale , & ce
remboursement fe fera par la voie du fort , en
forme de Loterie , en la maniere qu'il eft porté &
expliqué par l'Edit . Les capitaux desdites Rentes
feront fournis moitié en argent, moitié en contrats .
Les lettres de Livourne annoncent que la Frégate
la Rofe , de 16 canons , commandée par le
feur de Sade , Capitaine de Vaiffeau , a conduit
à Malte le 9 Mars le Corſaire Anglois le Léopard,
de 36 canons , dont elle s'eft emparé après um
long combat.
•
Le Capitaine Ferdinand de Renaud , qui commande
le Corfaire le Duc d'Ayen , de Boulogne ,
s'eft rendu maître des Brigantins Anglois le Sal
tens, chargéd'orge & de farine,& laFortune, ayant
pour cargaifon du fucre ,du fel , des vins , des fruits,
&c. & il les a fait conduire à Dunkerque. Le mê-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
me Corfaire a pris un troifieme Bâtiment Anglois
chargé de charbon de terre , qui s'est échoué aux
environs d'Oftende .
Le Navire Anglois le Thomlefon , d'Antigues ,
'de 200 tonneaux , chargé de fucre & de coton
eft arrivé à Morlaix : il a été pris par le Corfaire
le Comte de Langeron , de Saint -Malo..
On mande de Marfeille , qu'il y a été conduit
un Brigantin Anglois appellé le Conftant , chargé
raifins fecs , qui a été pris par les Corfaires la
Conftance & le Charron , de ce port .
Le Corfaire la Ville- Helio , de Vannes , ayant
rencontré le 17 Juillet dernier au Cap Finiſtere
le Navire Anglois l'Elifabeth , forti de Roterdam
le 2 du même mois fous pavillon Hollandois , le
fomma d'amener & d'exhiber fes papiers . Ce Bâtiment
ayant refuſé d'amener , le Corſaire François
l'attaqua , & après un combat fanglant , s'en rendit
maître à l'abordage . Cette prife fi légitime a
fait l'objet d'une conteftation qui a été jugée le 8
de ce mois au Confeil des Prifes , en faveur du
Corfaire de Vannes. Elle eft eftimée plus de quatre
cens mille livres.
Le Capitaine Adrien de Lille , commandant le
Corfaire la Fulvie , de Dunkerque , s'eft rendu
maître des Navires Anglois l'Ellis , de Liverpool ,
de 200 tonneaux , armé de 4 canons & de 15 hommes
, & la Providence , de Briſtol , de 350 tonneaux
, armé de 24 canons & de 60 hommes. Ces
deux Bâtimens , qui alloient à la Jamaïque chacun
avec un chargement confiftant en vivres & en
marchandifes feches , ont été conduits à Morlaix .
Le Capitaine de Lille , en fociété avec le Corſaire
le Maurepas , de Dunkerque , a fait de plus pour
environ cinquante mille livres de rançons.
Le Navire Anglois l'Ulyffe , de la Nouvelle .
MA I. 1758 . 203
Yorck, d'où il venoit avec un chargement compofé
de bois de campêche, & de 80 barrils de goudron
, a été pris par le Corfaire l'Espérance , de
Bayonne, où il eft arrivé.
Le Capitaine Durbecq- de la Ciotat , commandant
la Galliote la Curieufe , qui a été armée en
courſe à Marſeille au mois de Janvier dernier , s'eft
rendu maître à la hauteur de Malaga , d'un Navire
Anglois dont le Capitaine a offert deux mille livres
fterlings pour fa rançon .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En avril 1758, plusieurs événements significatifs se sont déroulés à la cour de France. Le Marquis de Paulmy a prêté serment pour la charge de Trésorier de l'Ordre du Saint-Esprit. Les Comtes de Bercheny et de Conflans ont été nommés Maréchaux de France et ont également prêté serment. Le Roi a nommé le Maréchal Duc de Belle-Isle au Département de la Guerre et a appelé M. de Crémille pour l'assister. La procession annuelle en mémoire de la réduction de Paris sous Henri IV a été reportée au 7 avril. Sur le plan militaire, l'escadre anglaise commandée par l'Amiral Hawke est entrée dans la rade de l'île d'Aix le 4 avril, composée de sept vaisseaux de ligne et de trois frégates. Les vaisseaux français se sont réfugiés dans la Charente pour éviter un affrontement. Les chaloupes canonnières françaises ont attaqué le vaisseau anglais l'Intrépide, échoué sur le banc de Boyard. Plusieurs frégates françaises ont protégé un convoi de navires de commerce. Le Roi a tenu le Sceau pour la vingt-septième fois le 14 avril. À l'occasion de la mort de Mademoiselle de Charolois, le Roi et la famille royale ont rendu visite à la Princesse de Conty et à Mademoiselle de Sens. Le corps de Mademoiselle de Charolois a été inhumé au couvent des Carmélites du Faubourg Saint-Jacques. Des nominations et promotions ont eu lieu, notamment celles des Évêques de Digne et d'Aire, et de plusieurs officiers. L'Académie Royale des Sciences a élu les sieurs Bezout et le Comte de Lauragais comme Adjoints-Mécaniciens. Un édit royal a créé trois millions de livres de rentes héréditaires à quatre pour cent. En mer, plusieurs prises de navires anglais par des corsaires français ont été signalées, notamment par le Capitaine de Renaud et le Capitaine Adrien de Lille. Ces prises ont été conduites à Dunkerque et à Morlaix.
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15
p. 208
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Sa Majesté a écrit aux Archevêques & Evêques de son Royaume, pour faire [...]
Mots clefs :
Archevêques, Évêques, Victoire en Amérique, Te Deum, Victoire en Bretagne
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour de Paris , & c.
SAA Majefté a écrit aux Archevêques & Evêques
de fon Royaume , pour faire chanter le Te Deum ,
en actions de graces de la victoire remportée en
Amérique par M. le Marquis de Montcalm , ou
quatre mille François ont combattu & vaincu
vingt- deux mille hommes ; & de la défaite totale
des Anglois , à Saint- Caft en Bretagne , par M. le
Duc d'Aiguillon , qui a donné dans cette journée
les preuves les plus éclatantes de fon habileté &
de fa valeur.
SAA Majefté a écrit aux Archevêques & Evêques
de fon Royaume , pour faire chanter le Te Deum ,
en actions de graces de la victoire remportée en
Amérique par M. le Marquis de Montcalm , ou
quatre mille François ont combattu & vaincu
vingt- deux mille hommes ; & de la défaite totale
des Anglois , à Saint- Caft en Bretagne , par M. le
Duc d'Aiguillon , qui a donné dans cette journée
les preuves les plus éclatantes de fon habileté &
de fa valeur.
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16
p. 202-203
« Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
Début :
Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...]
Mots clefs :
Prince de Soubise, Évêques, Nominations, Chevalier, Comte, Duc, Officiers, Ministre d'État, Gouvernement, Vicaire général, Roi
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texteReconnaissance textuelle : « Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 19 Octobre , le Roi nomma M. le Prince de
Soubife Maréchal de France.
Le même jour , M. l'Evêque d'Autun prêta ferment
entre les mains de Sa Majeſté .
Le Roi a accordé à l'occafion de l'affaire de
Saint Caft en Bretagne , une penfion de deux mille
livres fur le Tréfor Royal à M. le Chevalier de
Redmont , Maréchal de Camp ; le grade de Maréchal
de Camp à M. le Marquis de la Chaftre ,
Brigadier d'Infanterie , ci - devant Colonel du Régiment
de Crambrefis.
Sa Majesté a fait Brigadiers d'Infanterie , MM .
le Chevalier de Saint- Pern , Colonel du Régiment
de Penthievre ; le Chevalier de la Tour d'Auvergne
, Colonel du Régiment de Boulonnois ; le
Marquis de Broc , Colonel du Régiment de Bourbon
; le Chevalier de Polignac , Colonel du Régiment
de Brie ; le Chevalier de Sainte-Croix , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Bourbon ; & Brigadier
de Dragons le Marquis de Marbeuf , Meftre
de Camp du Régiment de fon nom .
Le Roi a auffi accordé aux Officiers des troupes
qui ont contribué aux fuccès de cette affaire , &
aux Gentilhommes de cette Province ' , des penfions
, des gratifications & des Croix de S. Louis.
Le 2 Novembre , M. Berrier , Miniftre d'Etat
prêta ferment entre les mains du Roi pour
charge de Secretaire d'Etat de la Marine ; M. de
Maffiac , Lieutenant général des Armées Nayales ,
DECEMBRE . 1758. 203
ayant obtenu la permiffion de Sa Majefté de fe
démettre de cette charge , ainfi que M. le Normand-
de Maizy , qui y étoit adjoint .
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la ville
de Nay en Bearn , en faveur du Baron d'Eſpalungue
, premier Baron des Etats de Bearn , Moufquetaire
du Roi , & aide de Camp de M. le Duc de Tref
mes , Pair de France , Lieutenant général des Armées
du Roi , Commandant pour Sa Majesté à
Bayonne , & fur les côtes .
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux de
l'Archevêque de Paris , pour faire rendre à Dieu
de folemnelles actions de graces , au fujet de la
victoire remportée fur les Heffois & les Hanòvriens
par les troupes
de Sa Majefté aux ordres du
Prince de Soubiſe , on chanta le 28 du mois dernier
le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine . M.
l'Abbé d'Agoult , Doyen du Chapitre , y officia.
M. de Lamoignon , Chancelier de France, accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat , & Maîtres
des Requêtes , y affifta , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , & le
Corps de Ville , qui y avoient été invités de la part
de Sa Majefté par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
Le Clergé de France y fut auffi invité
de la part du Roi , & y affifta .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 19 Octobre , le Roi nomma M. le Prince de
Soubife Maréchal de France.
Le même jour , M. l'Evêque d'Autun prêta ferment
entre les mains de Sa Majeſté .
Le Roi a accordé à l'occafion de l'affaire de
Saint Caft en Bretagne , une penfion de deux mille
livres fur le Tréfor Royal à M. le Chevalier de
Redmont , Maréchal de Camp ; le grade de Maréchal
de Camp à M. le Marquis de la Chaftre ,
Brigadier d'Infanterie , ci - devant Colonel du Régiment
de Crambrefis.
Sa Majesté a fait Brigadiers d'Infanterie , MM .
le Chevalier de Saint- Pern , Colonel du Régiment
de Penthievre ; le Chevalier de la Tour d'Auvergne
, Colonel du Régiment de Boulonnois ; le
Marquis de Broc , Colonel du Régiment de Bourbon
; le Chevalier de Polignac , Colonel du Régiment
de Brie ; le Chevalier de Sainte-Croix , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Bourbon ; & Brigadier
de Dragons le Marquis de Marbeuf , Meftre
de Camp du Régiment de fon nom .
Le Roi a auffi accordé aux Officiers des troupes
qui ont contribué aux fuccès de cette affaire , &
aux Gentilhommes de cette Province ' , des penfions
, des gratifications & des Croix de S. Louis.
Le 2 Novembre , M. Berrier , Miniftre d'Etat
prêta ferment entre les mains du Roi pour
charge de Secretaire d'Etat de la Marine ; M. de
Maffiac , Lieutenant général des Armées Nayales ,
DECEMBRE . 1758. 203
ayant obtenu la permiffion de Sa Majefté de fe
démettre de cette charge , ainfi que M. le Normand-
de Maizy , qui y étoit adjoint .
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la ville
de Nay en Bearn , en faveur du Baron d'Eſpalungue
, premier Baron des Etats de Bearn , Moufquetaire
du Roi , & aide de Camp de M. le Duc de Tref
mes , Pair de France , Lieutenant général des Armées
du Roi , Commandant pour Sa Majesté à
Bayonne , & fur les côtes .
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux de
l'Archevêque de Paris , pour faire rendre à Dieu
de folemnelles actions de graces , au fujet de la
victoire remportée fur les Heffois & les Hanòvriens
par les troupes
de Sa Majefté aux ordres du
Prince de Soubiſe , on chanta le 28 du mois dernier
le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine . M.
l'Abbé d'Agoult , Doyen du Chapitre , y officia.
M. de Lamoignon , Chancelier de France, accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat , & Maîtres
des Requêtes , y affifta , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , & le
Corps de Ville , qui y avoient été invités de la part
de Sa Majefté par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
Le Clergé de France y fut auffi invité
de la part du Roi , & y affifta .
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Résumé : « Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
Le 19 octobre, le roi nomma le Prince de Soubise Maréchal de France et l'Évêque d'Autun prêta serment. À la suite de l'affaire de Saint-Cast en Bretagne, le roi accorda une pension de deux mille livres au Chevalier de Redmont et le grade de Maréchal de Camp au Marquis de la Chastre. Plusieurs Brigadiers d'Infanterie furent nommés, dont le Chevalier de Saint-Pern, le Chevalier de la Tour d'Auvergne, le Marquis de Broc, le Chevalier de Polignac et le Chevalier de Sainte-Croix. Le Marquis de Marbeuf fut nommé Brigadier de Dragons et Maître de Camp. Des pensions et des Croix de Saint-Louis furent attribuées aux officiers et gentilshommes ayant contribué aux succès de cette affaire. Le 2 novembre, M. Berrier prêta serment comme Secrétaire d'État de la Marine, remplaçant M. de Massiac et M. le Normand-de Maizy. Le roi attribua le Gouvernement de la ville de Bayonne au Baron d'Espalungue et ordonna des actions de grâce pour la victoire sur les Hessois et les Hanovriens, avec un Te Deum chanté le 28 du mois précédent.
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17
p. 128-129
GRAVURE.
Début :
CARTE des noms, armes & blasons des Archevêques & Evêques qui composent [...]
Mots clefs :
Cartes, Blasons, Archevêques, Évêques, Maître à écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
CARTE des noms , armes & blaſons
des Archevêques & Evêques qui compofent
le Clergé de France , tel qu'il
eft actuellement , avec ceux des Généraux
des Ordres & Grands - Prieurs de
France , par le fieur Dubuiffon Généalogifte
& Doreur du Roi. On y a
joint leur taxe en Cour de Rome &
leurs revenus. Cette Carte eft très - commode
, par les changemens que l'on y
peut faire , en mettant un écuffon à la
place d'un autre , ce qui la rend perpétuelle.
Prix , 30 fols , chez le fieur
JANVIER 1763. 129
Dubuiffon , rue S. Jacques , vis -à-vis
S. Benoît.
PIECES de principes d'écriture , par
le fieur Rochon , Maître à écrire & d'Arithmétique
à Verfailles. Ces deux Piéces
, gravées fur une feule feuille , renferment
généralement tout ce qui concerne
l'écriture . Elles font dédiées à M.
le Comte de Noailles , & fe vendent
chez l'Auteur même , à Versailles.
CARTE des noms , armes & blaſons
des Archevêques & Evêques qui compofent
le Clergé de France , tel qu'il
eft actuellement , avec ceux des Généraux
des Ordres & Grands - Prieurs de
France , par le fieur Dubuiffon Généalogifte
& Doreur du Roi. On y a
joint leur taxe en Cour de Rome &
leurs revenus. Cette Carte eft très - commode
, par les changemens que l'on y
peut faire , en mettant un écuffon à la
place d'un autre , ce qui la rend perpétuelle.
Prix , 30 fols , chez le fieur
JANVIER 1763. 129
Dubuiffon , rue S. Jacques , vis -à-vis
S. Benoît.
PIECES de principes d'écriture , par
le fieur Rochon , Maître à écrire & d'Arithmétique
à Verfailles. Ces deux Piéces
, gravées fur une feule feuille , renferment
généralement tout ce qui concerne
l'écriture . Elles font dédiées à M.
le Comte de Noailles , & fe vendent
chez l'Auteur même , à Versailles.
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Résumé : GRAVURE.
Le document présente deux annonces. La première concerne une gravure de Dubuiffon, généalogiste du Roi, montrant les noms, armes et blasons des archevêques, évêques, généraux des ordres et grands-prieurs de France, avec leurs taxes et revenus. Elle est modifiable et vendue 30 sols en 1763. La seconde annonce concerne des pièces d'écriture de Rochon, maître à écrire à Versailles, dédiées au Comte de Noailles.
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