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1
p. 3-29
DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
Début :
Les Phéniciens, au raport de Julius Pollux, attribuent l'invention de [...]
Mots clefs :
Pourpre, Extraordinaire, Écarlate, Couleur, Mer, Teinture, Robe, Poisson, Écailles, Pline, Manière, Empereur, Romains, Aristote, Draps, Livre, Saints, Triomphe, Robes
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texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
DE L'ORIGINE DE LA
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
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2
p. 28-33
« L'ouverture des Assemblées de Messieurs de l'Academie Royale [...] »
Début :
L'ouverture des Assemblées de Messieurs de l'Academie Royale [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Grains, Limaçon, Couleur, Pourpre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ouverture des Assemblées de Messieurs de l'Academie Royale [...] »
Assemblées
de Messieurs de l'Acade
mie Royale des Sciences
, se fit le Samedy 14.
Novembre,par une Assemblée
publique.
Cette assemblée commença
par les Eloges que
fit Mr de Fontenelles Secretaire
de l'Académie, de
deux Académiciens morts
pendant l'année, dont l'un
estoit Mr Carré Académicien
pensionnaire Mechanicien,
& l'autre MrClaude
Bourdelin premier Medecin
de Madame la DuchessedeBourgogne,
aujourd'huy
Madame laDauphine,
& associé Botaniste.
A prés ces Eloges ceux
qui avoient rempli leurs
places payerent leur bienvenuë.
1
4 remMplrissdoeit Reaumur qui
la place de Mr
Carré,lut un memoire contenant
1a découverte dune
nouvelle teinture de pourpre.
La pourpre des Anciens
est un lue jaunastre
qui le trouve dans un pctig
sac au col de certains lima
çons de mer. Et refpandantce
suc sur un linge,&
le laissant exposé à
l'air, de jaune qu'il estoit
il devient dune belle couleur
de pourpre. Mr de
Reaumur cherchant de
ces coquillages, observa
qu'ils se ramassoient dans
certains endroits du bord
de la mer, & que les pierres
autour desquellesils
estoient
,
se trouvoient
chargées de petits grains
oblongs ou ovales, de deux
à trois lignes de long, 6c
d'environ une lignede large
, que ces grains estoient
composez d'une peau
membraneuse
, ouverts à
une de leurs extremitez,
& fermez de l'autre
, que
l'extremité ouverte estoit
bouchée par un petit corps
rond,solide&transparent,
& que ces grains renfermoient
une liqueur jaunafire,
qui répanduë sur le
linge, & exposée au grand
air le teint en couleur de
pourpre. Ilobserva au(Xi
que cette liqueur tenuë ds
un lieu sombre & hors du
grand air, ne change point
de couleur Il doute si ces
grains sont les oeufs du limaçon
qui porte la pourpre
, ou si c'est le fruit de
quelque plantemassive qui
serve de nourriture à ces
animaux, &qui leur fournit
ce suc. Ilrapporraaussi
beaucoup d'experiences
qu ilavoit faites sur ce suc,
tant pour en découvrir la
nature , que pour trouver
la raison de ces changements
de couleur. Il a fait
remarquer deplus quecette
teinture soutient plusieursblanchissages,
quoy
qu'il avouë qu'elle se décharge
tousjoursàchaque
fois.
On donnera de ce discours
un extrait plus ample
le mois prochain,
de Messieurs de l'Acade
mie Royale des Sciences
, se fit le Samedy 14.
Novembre,par une Assemblée
publique.
Cette assemblée commença
par les Eloges que
fit Mr de Fontenelles Secretaire
de l'Académie, de
deux Académiciens morts
pendant l'année, dont l'un
estoit Mr Carré Académicien
pensionnaire Mechanicien,
& l'autre MrClaude
Bourdelin premier Medecin
de Madame la DuchessedeBourgogne,
aujourd'huy
Madame laDauphine,
& associé Botaniste.
A prés ces Eloges ceux
qui avoient rempli leurs
places payerent leur bienvenuë.
1
4 remMplrissdoeit Reaumur qui
la place de Mr
Carré,lut un memoire contenant
1a découverte dune
nouvelle teinture de pourpre.
La pourpre des Anciens
est un lue jaunastre
qui le trouve dans un pctig
sac au col de certains lima
çons de mer. Et refpandantce
suc sur un linge,&
le laissant exposé à
l'air, de jaune qu'il estoit
il devient dune belle couleur
de pourpre. Mr de
Reaumur cherchant de
ces coquillages, observa
qu'ils se ramassoient dans
certains endroits du bord
de la mer, & que les pierres
autour desquellesils
estoient
,
se trouvoient
chargées de petits grains
oblongs ou ovales, de deux
à trois lignes de long, 6c
d'environ une lignede large
, que ces grains estoient
composez d'une peau
membraneuse
, ouverts à
une de leurs extremitez,
& fermez de l'autre
, que
l'extremité ouverte estoit
bouchée par un petit corps
rond,solide&transparent,
& que ces grains renfermoient
une liqueur jaunafire,
qui répanduë sur le
linge, & exposée au grand
air le teint en couleur de
pourpre. Ilobserva au(Xi
que cette liqueur tenuë ds
un lieu sombre & hors du
grand air, ne change point
de couleur Il doute si ces
grains sont les oeufs du limaçon
qui porte la pourpre
, ou si c'est le fruit de
quelque plantemassive qui
serve de nourriture à ces
animaux, &qui leur fournit
ce suc. Ilrapporraaussi
beaucoup d'experiences
qu ilavoit faites sur ce suc,
tant pour en découvrir la
nature , que pour trouver
la raison de ces changements
de couleur. Il a fait
remarquer deplus quecette
teinture soutient plusieursblanchissages,
quoy
qu'il avouë qu'elle se décharge
tousjoursàchaque
fois.
On donnera de ce discours
un extrait plus ample
le mois prochain,
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Résumé : « L'ouverture des Assemblées de Messieurs de l'Academie Royale [...] »
Le 14 novembre, l'Académie Royale des Sciences organisa une assemblée publique. L'assemblée débuta par des éloges en mémoire de deux académiciens décédés : Monsieur Carré et Monsieur Claude Bourdelin. Ensuite, les nouveaux membres accueillis payèrent leur bienvenue. René-Antoine Ferchault de Réaumur, successeur de Monsieur Carré, présenta un mémoire sur la découverte d'une nouvelle teinture de pourpre. Cette pourpre, similaire à celle des Anciens, est un liquide jaunâtre trouvé dans un petit sac au col de certains limacons de mer. En exposant ce suc à l'air sur un linge, il devient pourpre. Réaumur observa que ces coquillages se rassemblaient en certains endroits et que les pierres environnantes contenaient des grains oblongs ou ovales. Ces grains, composés d'une peau membraneuse, contenaient une liqueur jaunâtre qui, exposée à l'air, teignait le linge en pourpre. Réaumur se demanda si ces grains étaient les œufs du limacon ou le fruit d'une plante. Il rapporta plusieurs expériences sur cette liqueur pour en découvrir la nature et les changements de couleur. Il nota que la teinture résistait à plusieurs blanchissages, bien qu'elle s'affaiblît à chaque fois. Un extrait plus détaillé de ce discours sera publié le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 23-39
Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
On a promis dans le dernier Mercure cet Extrait plus [...]
Mots clefs :
Pourpre, Académie royale des sciences, Nature, Coquillages, Discours, Teinture, Anciens, Liqueurs, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
On a promis dans le
dernier Mercure cet Extrait
plus ample du Discours
leu par Monsieur de
Reaumur
,
à l'ouverture
des assemblées de l'Académie
Royalle des Sciences
câprés la saint Martin,
sur la découverte dune
nouvelleTeinture de Pourpre.
Malgré divers Traitez
faits par les Modernes sur
la couleur de Pourpre si
précieuse aux Anciens, on
a esté peu instruit de la nature
de la liqueur qui la
fournissoit:aussi tous ces
ouvrages ne sont-ils que
des especes de Commentaires
de quelques passages
d'Aristote & de Pline
C'ell: sur la nature mesme,
Se non sur les Naturalistes
qu'il faut faire des observations
varions lorsqu'on veut dé
couvrir quelques-uns de
ses secrets.Aristote
& Pline nous ont cependant
laissé bien des choses
remarquables sur cette matiere,
mais plus propres à
exciter nostre curiosité
qu'à la satisfaire pleinement.
Monsieur de Reaumur
dit ensuite que quoy que
ces Auteurs ayentparlé en
differentsendroits des poifc
fons à coquilles qui donnoient
la liqueur dont on
se servoit pour teindre en
Pourpre , que quoy qu'ils
ayent traité de leur naissance,
dela durée de leur
vie, dela maniere dontils
se nourrissoient,comment
on les peschoit, comment
on leur enlevoitcette pré- |
cieuse liqueur, &enfinles i
diverses préparations qu'- j
onluydonnoit,onanean- )
moins mis la Teinture de !
Pourpre des Anciens au j
nombre des secrets per- ! dus.
Ce que ces Autheurs ,
poursuit-il ;nousont laissé Hj
sur cettematiere, n'a point j
<' a
empesché le Public de
trouver les agréments de
la nouveauté dans les obfervations
d'un Anglois sur
la Teinture de Pourpre,
que fournit un coquillage
communsur les costes de
son pays.Cecoquillage
n'est qu'une desespeces
comprises fous le genre
appelléBuccinum par les
Anciens, notn qu'ils a"
voient donné à ces especes
de poissons
, parce que la
figure dela coquille dont
ils sont revestus,a quelque
t, ressemblanceà celle d'un
cors de chasse. Pline
livre7. chap. 5*. rangetoutes
lesespeces de coquillages
qui donnent la Teinture
de Pourpre, fous deux
genres, dont le premier
comprend les petites especes
de Buccinum
,
& le second
les coquillages ausquels
on a donné le nom
de Pourpre comme à la
Teinture qu'ils fournis- sent
Nos costes d'Ocean
continuë Mr de Reaumur,
ne nous donnent point de
ces dernieres especes de coquillages
; mais en revanche
on y rencontre trescommunemenc
une petite
espece de Buccinum ,
donc
les plus grandes ont douze
àtreize lignes de long, &
sept à huit de diamettre
dans l'endroit où elles sont
plus grosses.tournées
en spiralescomme ce lles
de nos limaçons de jardin,
mais un peu plus allongées.
C'est en considerant au
bord de la coste les coquillages
de cette espece, que
je trouvay une nouvelle
Teinture de Pourpre, que
je ne cherchois point.
Je remarquay que les Buc.
cinum estoient ordinairement
assemblez autour, de
certaines pierres
, ou fous
certaines arcadesdesable,
pour ainsi dire cimenté,
que la Mer seuleatravail-
] , r'I lées. & qu'ils s'y assembloient
quelquefoisen
si grande quantité
,
qu'on
pouvoitles y amasser à pleines
mains, au lieu qu'ils
estoient dispersez ça & là
par tout ailleurs. Je remarquay
enmesme temps
que ces pierres ou ces lables
estoient couverts de
certains petits grains.
dont la figure avoit quelque
ressemblance à celle
d'un spheroïde elliptique,
ou d'une boule allongée;la
longueur de ces grains eC.
toit d'un peu plus de trois
lignes,& leur grosseur d'un
peu plus d'une ligne. Ils
me parurent contenirune
liqueur d'un blanc tirant
sur le jaune, couleur assez
approchante de celle de la
liqueur que les Buccinum
donnent pour teindre en
Pourpre; cette seule ressemblance,
& la maniere
dont les Buccinum estoient
tousjours aÍfernblez autour
de ces petits grains,suffirent
pour me faire soupçonner
qu'on en pourroit
peut-estre tirer une Teinture
de Pourpre, telle
qu'on la tire de ces coquillages
J'examinay
ces grains de plus prés, j'en
apperceus quelques-uns
qui avoient un oeil rougeastre.
J'endétachay aush-
raft des pierres ausquelles
ils sont fortadhérants,
& me servant du premicl".
linge, & le moins coloré
qui se presenta dans lemoment,
j'exprimay de.]eue,
suc sur les manchettesde
ma chemise
j
elles m'eparurent
un peu plus sales,
mais je n'y vis d'autres
couleurs qu'un petit oeil
jaunaftre que je demeslois
à peine dans certains endroits.
D'autres objets qui
attiroient mon attention,
me firent oublierceque je
venois de faire. Je n'y pensois
plus du tout, lorsque
jettant par hasardles yeux
surces mesmes manches
tesun aprés, demi quart d'heure
je fus frappé d'une
greable surprise
,
je vis
une fort belle couleur
pourpre sur les endroits où
les grains avoient esté
écrasez. J'avois peine à
croire un changement si
prompt& si grand.
Je ramassay de nouveau de
ces grains, mais avec plus
de choix, car j'avois foin
de ne détacher des pierres
que ceux qui me paroissoient
les plus blancs, ou
plustost les moins jaunes.
Je moüillay encore mesV
manchettes de leur suc , mais en des endroits differents
, ce qui ne leur donna
point d'abord de couleur
qui approchast en auXs
cune façon du rouge. Cependant
je les consideray
à peine pendant trois ou
quatre minutes que je leur
vis tout d'un coup prendre
une aussi belle couleur
pourpre que la premiere
que ces grains avoient donnée.
C'en estoitassez pour
ne pouvoir pas douter que
ces grains donnoient une
couleur pourpre aussi belle
ouLe1le des Buccinurn,
Monsieur de Reaumur
ra pporte ensuite plusieurs
experiences qu'il fit pour
connoistre si cette liqueur
avoit autant de tenacité
quecelle desBuccinum,fait
remarquer que le linge
trempé dans la liqueur de
ces grains,ne prend lacouleur
de pourpre que lorsqu'on
l'expose au grand
air; & que quelques experiences
qu'il ait tentées
pour découvrir ce que sont
ces petits grains, il n'en a
point fait d'assez heureuses
pour y parvenir; qu on tireroic
la liqueur de ces
grains de Pourpre d'une
maniere infiniment p!bc
commode que celle dont
les Anciens ostoient la liqueur
des Buccinum
,
& fait
à ce sujet un détail tresample
& très-curieux,
aprés lequelil conclut qu'-
on pourroit tirer de ces
oeufs plus d'utilité que les
Anciens n'en tiroient des
Buccinum, parce qu'il y a
; incomparablement plus de
cesoeufs que decescoquili-
-
lages,& quon auroit leur
liqyeur beaucoup plus aisément
: enfin que la couleur
de cette liqueur paroist
parfaitement belle sur
le linge
, & que dans le
grand goust où l'on est à
present pour les toiles
peintes, on pourroit s'en
servir avec succez pour imprimer
sur du linge toutes
fortes de figures; cette liqueur
aussi bien que celle
des Buccinum, y seroit, ditil,
d'autant plus propre qu'elle , ne s'étend point
par delà l'endroitoùonl'a
posée
,
de sortequ'elle
pourroittousjours tracer
des traits nets.
dernier Mercure cet Extrait
plus ample du Discours
leu par Monsieur de
Reaumur
,
à l'ouverture
des assemblées de l'Académie
Royalle des Sciences
câprés la saint Martin,
sur la découverte dune
nouvelleTeinture de Pourpre.
Malgré divers Traitez
faits par les Modernes sur
la couleur de Pourpre si
précieuse aux Anciens, on
a esté peu instruit de la nature
de la liqueur qui la
fournissoit:aussi tous ces
ouvrages ne sont-ils que
des especes de Commentaires
de quelques passages
d'Aristote & de Pline
C'ell: sur la nature mesme,
Se non sur les Naturalistes
qu'il faut faire des observations
varions lorsqu'on veut dé
couvrir quelques-uns de
ses secrets.Aristote
& Pline nous ont cependant
laissé bien des choses
remarquables sur cette matiere,
mais plus propres à
exciter nostre curiosité
qu'à la satisfaire pleinement.
Monsieur de Reaumur
dit ensuite que quoy que
ces Auteurs ayentparlé en
differentsendroits des poifc
fons à coquilles qui donnoient
la liqueur dont on
se servoit pour teindre en
Pourpre , que quoy qu'ils
ayent traité de leur naissance,
dela durée de leur
vie, dela maniere dontils
se nourrissoient,comment
on les peschoit, comment
on leur enlevoitcette pré- |
cieuse liqueur, &enfinles i
diverses préparations qu'- j
onluydonnoit,onanean- )
moins mis la Teinture de !
Pourpre des Anciens au j
nombre des secrets per- ! dus.
Ce que ces Autheurs ,
poursuit-il ;nousont laissé Hj
sur cettematiere, n'a point j
<' a
empesché le Public de
trouver les agréments de
la nouveauté dans les obfervations
d'un Anglois sur
la Teinture de Pourpre,
que fournit un coquillage
communsur les costes de
son pays.Cecoquillage
n'est qu'une desespeces
comprises fous le genre
appelléBuccinum par les
Anciens, notn qu'ils a"
voient donné à ces especes
de poissons
, parce que la
figure dela coquille dont
ils sont revestus,a quelque
t, ressemblanceà celle d'un
cors de chasse. Pline
livre7. chap. 5*. rangetoutes
lesespeces de coquillages
qui donnent la Teinture
de Pourpre, fous deux
genres, dont le premier
comprend les petites especes
de Buccinum
,
& le second
les coquillages ausquels
on a donné le nom
de Pourpre comme à la
Teinture qu'ils fournis- sent
Nos costes d'Ocean
continuë Mr de Reaumur,
ne nous donnent point de
ces dernieres especes de coquillages
; mais en revanche
on y rencontre trescommunemenc
une petite
espece de Buccinum ,
donc
les plus grandes ont douze
àtreize lignes de long, &
sept à huit de diamettre
dans l'endroit où elles sont
plus grosses.tournées
en spiralescomme ce lles
de nos limaçons de jardin,
mais un peu plus allongées.
C'est en considerant au
bord de la coste les coquillages
de cette espece, que
je trouvay une nouvelle
Teinture de Pourpre, que
je ne cherchois point.
Je remarquay que les Buc.
cinum estoient ordinairement
assemblez autour, de
certaines pierres
, ou fous
certaines arcadesdesable,
pour ainsi dire cimenté,
que la Mer seuleatravail-
] , r'I lées. & qu'ils s'y assembloient
quelquefoisen
si grande quantité
,
qu'on
pouvoitles y amasser à pleines
mains, au lieu qu'ils
estoient dispersez ça & là
par tout ailleurs. Je remarquay
enmesme temps
que ces pierres ou ces lables
estoient couverts de
certains petits grains.
dont la figure avoit quelque
ressemblance à celle
d'un spheroïde elliptique,
ou d'une boule allongée;la
longueur de ces grains eC.
toit d'un peu plus de trois
lignes,& leur grosseur d'un
peu plus d'une ligne. Ils
me parurent contenirune
liqueur d'un blanc tirant
sur le jaune, couleur assez
approchante de celle de la
liqueur que les Buccinum
donnent pour teindre en
Pourpre; cette seule ressemblance,
& la maniere
dont les Buccinum estoient
tousjours aÍfernblez autour
de ces petits grains,suffirent
pour me faire soupçonner
qu'on en pourroit
peut-estre tirer une Teinture
de Pourpre, telle
qu'on la tire de ces coquillages
J'examinay
ces grains de plus prés, j'en
apperceus quelques-uns
qui avoient un oeil rougeastre.
J'endétachay aush-
raft des pierres ausquelles
ils sont fortadhérants,
& me servant du premicl".
linge, & le moins coloré
qui se presenta dans lemoment,
j'exprimay de.]eue,
suc sur les manchettesde
ma chemise
j
elles m'eparurent
un peu plus sales,
mais je n'y vis d'autres
couleurs qu'un petit oeil
jaunaftre que je demeslois
à peine dans certains endroits.
D'autres objets qui
attiroient mon attention,
me firent oublierceque je
venois de faire. Je n'y pensois
plus du tout, lorsque
jettant par hasardles yeux
surces mesmes manches
tesun aprés, demi quart d'heure
je fus frappé d'une
greable surprise
,
je vis
une fort belle couleur
pourpre sur les endroits où
les grains avoient esté
écrasez. J'avois peine à
croire un changement si
prompt& si grand.
Je ramassay de nouveau de
ces grains, mais avec plus
de choix, car j'avois foin
de ne détacher des pierres
que ceux qui me paroissoient
les plus blancs, ou
plustost les moins jaunes.
Je moüillay encore mesV
manchettes de leur suc , mais en des endroits differents
, ce qui ne leur donna
point d'abord de couleur
qui approchast en auXs
cune façon du rouge. Cependant
je les consideray
à peine pendant trois ou
quatre minutes que je leur
vis tout d'un coup prendre
une aussi belle couleur
pourpre que la premiere
que ces grains avoient donnée.
C'en estoitassez pour
ne pouvoir pas douter que
ces grains donnoient une
couleur pourpre aussi belle
ouLe1le des Buccinurn,
Monsieur de Reaumur
ra pporte ensuite plusieurs
experiences qu'il fit pour
connoistre si cette liqueur
avoit autant de tenacité
quecelle desBuccinum,fait
remarquer que le linge
trempé dans la liqueur de
ces grains,ne prend lacouleur
de pourpre que lorsqu'on
l'expose au grand
air; & que quelques experiences
qu'il ait tentées
pour découvrir ce que sont
ces petits grains, il n'en a
point fait d'assez heureuses
pour y parvenir; qu on tireroic
la liqueur de ces
grains de Pourpre d'une
maniere infiniment p!bc
commode que celle dont
les Anciens ostoient la liqueur
des Buccinum
,
& fait
à ce sujet un détail tresample
& très-curieux,
aprés lequelil conclut qu'-
on pourroit tirer de ces
oeufs plus d'utilité que les
Anciens n'en tiroient des
Buccinum, parce qu'il y a
; incomparablement plus de
cesoeufs que decescoquili-
-
lages,& quon auroit leur
liqyeur beaucoup plus aisément
: enfin que la couleur
de cette liqueur paroist
parfaitement belle sur
le linge
, & que dans le
grand goust où l'on est à
present pour les toiles
peintes, on pourroit s'en
servir avec succez pour imprimer
sur du linge toutes
fortes de figures; cette liqueur
aussi bien que celle
des Buccinum, y seroit, ditil,
d'autant plus propre qu'elle , ne s'étend point
par delà l'endroitoùonl'a
posée
,
de sortequ'elle
pourroittousjours tracer
des traits nets.
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Résumé : Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
Monsieur de Reaumur a présenté à l'Académie Royale des Sciences une découverte concernant une nouvelle teinture de pourpre. Malgré les travaux des Modernes et les descriptions d'Aristote et de Pline, la nature de la liqueur fournissant la pourpre ancienne restait peu connue. Les auteurs anciens avaient mentionné des mollusques à coquilles produisant cette liqueur, mais leurs descriptions n'avaient pas permis de percer ce secret. Reaumur a observé des coquillages de l'espèce Buccinum sur les côtes de l'Océan, regroupés autour de certaines pierres ou sous des arches de sable. Il a remarqué des petits grains sphéroïdes elliptiques contenant une liqueur blanche jaunâtre, similaire à celle des Buccinum. En écrasant ces grains sur ses manchettes, il a observé une coloration pourpre après quelques minutes. Pour vérifier la ténacité de cette liqueur, Reaumur a mené plusieurs expériences. Il a constaté que le linge trempé dans cette liqueur prenait une couleur pourpre lorsqu'il était exposé à l'air. Il a également noté que cette liqueur pouvait être extraite de manière plus simple que celle des Buccinum anciens. Reaumur a conclu que cette nouvelle teinture pourrait être utilisée pour imprimer des figures sur du linge, car elle ne s'étend pas au-delà de l'endroit où elle est posée, permettant ainsi de tracer des traits nets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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