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1
p. 267-296
Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous écrirois tous les jours, au lieu que je [...]
Mots clefs :
Combat, Allemagne, Charles de Lorraine, Prince, Armée, Camp général, Ennemis, Escarmouche, Turcs, Bataille, Électeur de Bavière, Mouvements des troupes, Cavaliers, Honneur, Grenadiers, Héros, Empereur Constantin, Édifices
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texteReconnaissance textuelle : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
Quand je vous écrirois
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
tous les jours , au lieu que je
ne le fais qu'à la fin de cha
que mois , je ne fçay fi je
pourrois avoir l'avantage
de vous apprendre les
grands évenemens , avant
que vous en fuſſiez inſtruite,
Z ij
268 ย MERCURE
puis que par l'éclat qu'ils
font lors qu'ils arrivent , le
bruit s'en répand par tout
avec tant de promptitude,
que tout le monde les fçait
prefque en mefme temps.
Telle a efté la priſe de Nevvhaufel
, dont je dévrois aujourd'huy
vous mander les
,
circonftances ; mais comme
les Hiftoires genérales ne les
marqueront peut-eſtre de
plufieurs années je croy
pouvoir differer d'un mois à
vous en parler , afin de ne
vous laiffer rien à fouhaiter
fur cét article . Cependant
GALANT. 269
je vous envoye le Plan de la
Place , & vais vous faire part
du Combat qui s'eſt donné
avant fa prife entre les
Troupes
Chrétiennes
&
celles des Turcs. Le Prince
Charles de Lorraine ayant
appris que les Ennemis au
nombre de cinquante à foixante
mille , affiegeoient la
Ville de Gran , autrement
deux a
Strigonie , dont je vous parlay
il y ans , lors que
ce Prince la prit , réfolut
d'aller au fecours de cette
Place . Il laiffa feize mille
Hommes devant Nevvhau-
Z iij
270 MERCURE
Bataille aux
fel , fous le Commandement
du Comte Caprara , Maréchal
de Camp Genéral , &
marchant avec trente - cinq
mille , il arriva le 12. du der
nier mois à la veuë de Gran,
& des Ennemis , qui réfolus
de donner
Chrétiens , leverent auffi
- toft le Siege , & vinrent fe
pofter dans l'endroit le plus
avantageux qu'ils purent
choifir. Ils avoient le Danube
à leur droite , une longue
chaîne de Montagnes
efcarpées à leur gauche , le
chemin de Bude derriere
GALANT. 271
eux , & devant, un Marais
fort difficile , & au paffage
duquel ils attendoient l'Armée
des Chrétiens . On fit
reconnoiftre ce Marais , &
on ne jugea pas à propos de
le paffer en défilé devant une
Armée nombreuſe & en
Bataille. On campa à la portée
du Canon de ce Marais,
où l'on demeura quatre
jours en prefence . Ces qua
tre jours ſe paſſerent en efcarmouches
, où lesChrétiens
eurent prefque toûjours
l'avantage ; ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eſt
Z iiij
272 MERCURE
que les Turcs n'oferent - jamais
paffer le Marais pour
venir efcarmoucher du côté
des Allemans , & queles
Allemans le paffoient toûjours
devant eux. Enfin la
nuit du 15. au 16. les Genéraux
Allemans réfolurent
de décamper , foit pour
prendre un Pofte plus commode
, foit pour attirer les
Ennemis. Ils firent marcher
à dix heures du foir leur gros
bagage , l'Armée étant en Bataille.
Les Turcs s'apperceu
rent de ce mouvement , & le
prenant pour une fuite vouGALANT.
273
lurent en profiter.Ils avoient
déja travaillé à pouffer des retranchemens
fur les Montagnes
de leur gauche , qui
eftoient à la droite des Chré
tiens. Ils avancerent avec
beaucoup de chaleur, &pafferent
leMarais avec une grande
précipitation
, pour venir
charger les Troupes qui fe
retiroient. Ils donnerent d'abord
fur l'aifle gauche commandée
par Monfieur l'Electeur
de Baviere , où ils
furent vivement repouſſez,
avec perte de beaucoup de
Janiffaires. Les Chrétiens
274 MERCURE
n'eurent qu'un Gentilhomme
de tué , qui combattoit
à cofté de Mr le Prince
Eugéne de Savoye , dont le
Régiment de Dragons eftoit
à la tefte de l'aifle gauche.
Les Turcs firent de grands
cris toute la nuit , & travaillerent
à avancer , & à affeurer
leur retranchement qui
eftoit fur les Montagnes
,
parce qu'ils prétendoient
faire leur principal effort de
ce cofté là , à cauſe que la
cheute des Montagnes leur
donnoit moyen de prendre
l'Armée Ennemie en flanc..
GALANT. 275
Les Chrétiens de leur cofté
marcherent avec beaucoup
de filence , & gagnerent un
pofte plus reculé , & plus avantageux
, où l'on avoit
deffein d'attendre les Ennemis
. On leur fit volte-face
de temps en temps pour les
arrefter , & on les trouva en
Bataille à la pointe du jour
au Pofte qu'on avoit voulu
gagner. Il s'éleva en mefme
temps un Broüillard fi épais,
que les Ennemis ne pouvoient
voir l'Armée , ny
l'Armée les Ennemis , quoy
qu'on entendift de part &
276 MERCURE
d'autre le bruit des Tambours
& des Trompettes.
Le Soleil parut qui diffipa ce
Broüillard. On fit encore
volte-face , & l'on marcha
en pleineBataille aux Turcs,
qui ayant tous paſſé le Marais
, eftoient auffi en Bataille
. Meffieurs les Princes
de Conty & de la Roche
Sur-Yon qui attendoient depuis
long- temps le jour de
cette Bataille ,pour terminer
leur Campagne auffi glorieufement
qu'ils l'avoient
commencée , choiſirent la
droite commandée par le
GALANT. 277
Prince Charles . Ils creurent
que le fort de la Bataille ſeroit
de ce cofté là , & ils ne
ſe tromperent pas . Les Enmis
deſcendirent avec une
impetuofité terrible , & des
cris épouventables , de deffus
les Montagnes , & vinrent
fondre fur l'Efcadron
où eftoient ces deux Princes
; c'eftoit celuy de Lanthiery
, du Régiment de Saxe
Lavembourg. On vit ce
qu'on n'avoit encore jamais
veu dans les Armées d'Allemagne
,
deux Princes du
Sang de France , qui ayant
A
278 MERCURE
+
refufé tous les Commandemens
qu'on leur avoit
voulurent comofferts
,
battre comme fimples Volontaires
. Ils eftoient au
premier rang de cet Eſcadron
, qui eftoit à la teſte de
l'Armée ; ils avoient auprés
d'eux quelques- uns de leurs
Gentilshommes d'un cofté,
& de l'autre les Cavaliers
du Regiment où ils come
battoient , fi fiers de voir
ces deux Princes meflez par
my eux , qui les animoient
par leur exemple , que leurs
Officiers ravis de l'honneur
x
GALANT. 279
que recevoit leur Regiment,
& de voir tant de courage &
tant d'ardeur de combattre
dans le coeur de leurs Soldats
, dirent hautement ,
Quuee toute l'Armée Turque ne
feroit pas plierce feul Eſcadron.
Ils ne fe tromperent point ;
les Turcs tomberent fur cet
Efcadron jufques à trois fois,
avec cette fureur & ces cris
qui les rendent fi terribles ,
& ils le trouverent fi iné.
branlable , que la fermeté
de cette feule Troupe , qui
eftoit la premiere qu'ils rencontroient
, ne contribua
,
280 MERCURE
pas peu à les étonner, & à leur
faire prendre la fuite ; ce qui
caufa la déroute de leur Ármée.
Les deux Princes , quoy .
que leurs Gentilshommes
les euffent preffez de s'armer
de leurs Cuiraffes , à l'exemple
de tous les Generaux , &
de tous les Colonels de l'Empire,
eftoient en fimples Jufte-
au - corps, à la tefte de ces
Colonels tout cuiraffez , &
tout couverts de fer. Ils ef
fuyerent en cet eſtat tout le
feu du Canon & de la Mouf
queterie des Tucrs , & attendirent
leurs Sabres avec un
GALANT: 281
viſage qui raffuroit les moins
hardis. Les Turcs s'abandonnerent
entierement à la fuite
, aprés eftre venus deux ou
trois fois à la charge fans.
pouvoir rompre l'Armée
Chretienne
. On les pourfuivit
jufqu'au Marais qu'ils
pafferent en defordre , la viteffe
de leurs Chevaux les dérobant
aux Chreftiens. Le
Serafkier tâcha de les rallier
derriere le Marais , à la tefte
de ſon Camp , où une partie
fe remit en bataille , tandis
que les Generaux de l'Armée
victorieufe , qui avoit déja
Septembre 1685.
A a
282 MERCURE
pris tout le Canon , déliberoient
s'ils pourſuivroient
ce
avantage.Monfieur premier
Î'Electeur de Baviere paffa le
Marais , avec Meffieurs les
Princes & leurs Gentilshommes,
pour obferver la contenance
des Ennemis ; & le
peu d'affeurance & de fermeté
qu'ils leur remarquerent
, obligea Monfieur de
Baviere à faire paſſer l'aile
qu'il commandoit. Monfieur
le Prince Charles fit
la mefme chofe de fon cofté,
& les Ennemis épouvantez
prirent la fuite encore une
GALANT. 283
fois fans les attendre . Ils a--
bandonnerent leur Camp &
leur Bagage , & ſe fauverent
par trois chemins differens ,,
fi intimidez & fi troublez ,,
que les Janiffaires tuoient les
Spahis afin d'avoir leurs che
vaux ; de forte que les Turcs
n'ayant perdu que trois ou
quatre mille hommes dans ›
la premiere action , en per--
dirent encore beaucoup par
la terreur & le defordre . de :
leurs propres Troupes dans ›
cette feconde déroute. Aprésla
Bataille , Monfieur le Prin--
ce de Conty envoya Mr de
Aaij ;
284 MERCURE
la Chapelle Secretaire de fes
Commandemens
, porter cét
cinquante Ducats aux Cavaliers
de l'Eſcadron dans
lequel il avoit combattu , &
dix en particulier au Cavalier
qui s'eftoit trouvé à fon
cofté, Cette liberalité fut receuë
avec des marques de
joye & d'admiration, qui durerent
tout le refte du jour ,
& au bruit des Trompettes
& des Timbales. Les Generaux
& les Officiers affure,
rent ce Prince , que fon nom
feroit immortel dans les Archives
de l'Empire
, ou parGALANT:
285
my les choſes extraordinaires
qui fe font faites dans
cette derniere guerre , on
marqueroit comme la plus
grande , la refolution & la
valeur avec laquelle deux
Princes du Sang de France
avoient combattu contre les
Ennemis de la Foy.
J'ay oublié de vous dire,
Lors que
que que Monfieur l'Electeur
de Baviere eut fait
paffer le Marais à ſes Troupes
, elles fe trouverent fans
Grenadiers, parce qu'ils n'avoient
point eu ordre de fuivre.
Cela fut caufe que Mon286
MERCURE
fieur le Prince de la Rochefur-
Yon les alla querir , de
forte qu'il paffa & repaffa
deux fois le Marais, avec une
chaleur qui faifoit connoître
l'impatience que ce Prince
avoit de combattre. J'ajoûteray
une choſe dont aucune
Relation n'a parlé , &
qu'on affeure avec certitude;;
c'eſt que Monfieur l'Electeur
de Baviere & le Prince
Charles commandoient alternativement
l'Avant-garde,
& que ce dernier devant
la commander le jour que fe:
donna la Bataille , ce fut par :
GALANT 287
>
cette feule raiſon qu'il eut
l'Aile droite ce jour -là . Meffieurs
les Princes de Conty
& de la Roche -fur-Yon prévoyant
que l'Aile gauche
feroit la premiere attaquée,
refolurent d'y combattre avec
Monfieur l'Electeur de
Baviere , & la fuite fit voir
qu'ils en avoient jugé, comme
auroient pû faire les Capitaines
les plus experimentez
, puifque tout l'effort tomba
de ce cofté-là . Leur intrepidité
fait bien connoiſtre
qu'ils font nez de l'augufte
Sang de Bourbon, puifqu'ils
288 MERCURE
ont combattu fans eftre couverts
d'aucunes armes , &
qu'ils ont eu à cofté d'eux
les fimples Cavaliers du Regiment
où ils ont fait éclater
leur valeur ; ce qui marque
qu'ils n'ont voulu fe faire
diftinguer que par leur
courage , auquel ils doivent
toute la gloire qu'ils ont acquife
en cette perilleufe occafion.
Ils n'ont pas efté
moins admirez , par la maniere
dont ils ont vefcu à
l'Armée. Ils y ont toûjours
foûtenu avec éclat le Caractere
de Princes du Sang de
France
GALANT. 289
France ; & quand ils en font
partis , ils y ont fait des Prefens
qui font connoiftre que
la liberalité a toûjours eſté
une des vertus de Monfieur
le Prince de Conty.
Tant que ces deux Princes
ont efté à l'Armée , on
leur a rendu tous les honneurs
qu'on devoit à leur
naiffance & à leur merite
particulier. Avant que Monfieur
l'Electeur de Baviere
fuft arrivé , ils eftoient gardez
par des Troupes de l'Em..
pereur , dont il y avoit des
Sentinelles pofées autour de
Septembre 1685.
Bb
290 MERCURE
leurs Tentes ; & quand cet
Electeur fut au Camp , ces !
Princes ayant efté dans fon
Quartier , ils eurent la meſme
garde que luy , & des
Sentinelles de fes Gardes du
Corps . Jamais Volontaires
n'ont efté fi expoſez , & jamais
on n'a pouffé plus loin
l'intrepidité , & la refolution
d'acquerir cette veritable
gloire qui fait les Heros .
Vous en ferez convaincuë
,
quand vous aurez fceu qu'au
commencement de la Ĉampagne,
lesTurcs propoferent
de faire bonne guerre
, en
GALANT. 29r
gardant de part & d'autre
les prifonniers qu'on feroit ,
pour les échanger ; & que
les Allemans preffentant
les
avantages qu'ils devoient
remporter, &fiers par avance
des fuccés dont ils ſe croyoiét
affeurez
, répondirent
que
en fimm
comme ils ne vouloient aucun
quartier, ils n'en feroiết
point. Ainfi ces Princes ,
en combattant
ples Volontaires , étoient
prefque affeurez de perir , fi
Ies Chreftiens euffent eu du
defavantage , puifque rien
ne marquant leur naiſſance,
Bb ij
292 MERCURE
¡
on ne leur auroit point
fait de quartier dans un
temps où à peine l'auroiton
donné aux principaux
Chefs de l'Armée . Voilà
ce qui n'a point encore
efté fceu , & qui fait voir
que Meffieurs les Princes
de Conty & de la Rochefur
yon ont eſté animez
en ce Combat de ce Sang
guerrier , dont la gene
reufe & bouillante ardeur
a fait fi fouvent gagner
des Batailles.
·
Le gain de celle qui fut
donnée le feiziéme d'Aouft
GALANT. 293
dernier , avoit efté precedé
de pluſieurs avantages reinportez
par le Comte de Lef-
Jé prés du Pont d'Effex, dont
il brufla onze cens pas le 13.
du mefme mois . Il prit la
Ville d'Effex qu'il fit piller,
& il y trouva beaucoup de
vivres dont il avoit un befoin
extréme ; mais n'ayant
pû fe rendre Maistre du
Chaſteau , il ſe retira prefque
auffi-toft qu'on eut faccagé
la Ville. Le Pont d'Effex
eft un ouvrage fi confiderable
, & il en eft fi fouvent
parlé dans les Rela
Bb iij
294 MERCURE
tions des Guerres que les
Chrétiens ont contre les
Turcs , que je croy vous en
devoir dire quelque chofe.
On l'appelloit anciennemét
Murfa. C'eft où Conſtance,
Fils de l'Empereur Conſtantin,
défit le Tyran Magnence
J'an 359. Ce Pont eft le plus
beau de tous ceux qui foit en
ces quartiers là , & fur les
autres Rivieres. Il eſt baſty
en partie fur le Drave , & en
partie fur la Riviere de Femis
, qui fe débordent fouvent
l'une & l'autre . Il a environ
deux lieuës de long
GALANT. 295
II
y a cinq Tours baſties def
fus , & il eft tres- bien entretenu
', & foûtenu
par de
grands Arbres qui forment
fes Arches. Le Comte Ni
colas Serin fit abattre une
partie de ce Pont en 1664.
mais on y a fait depuis un
Pont de Bateaux
, un peu
plus bas que n'eftoit le
mier. Les Turcs n'ont pas
voulu le rebaftir dans la
mefme place , parce que les
Poutres qui le foûtenoient
& qui eftoient dans l'eau,
s'attacherent
fi fort aprés
que le feu fe fut éteint, qu'ils
Bb iiij
pre
296 MERCURE
auroient eu trop de peine à
les retirer. C'eft fur ce Pont
que paffent toutes les Armées
qui viennent en Hongrie
, & ce fut en cét endroit
que le malheureux Roy
Louis creut avoir arrefté les
Turcs qui marchoient fous
la conduite de Soliman en
1521.
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Résumé : Affaires d'Allemagne. [titre d'après la table]
En septembre 1685, la bataille de Neuhäusel opposa les troupes chrétiennes, dirigées par le Prince Charles de Lorraine, aux forces turques assiégeant Gran (Esztergom). Le Prince Charles, après avoir laissé une partie de ses troupes devant Neuhäusel, avança vers Gran avec 35 000 hommes. Les Turcs, estimés entre 50 000 et 60 000, levèrent le siège et se positionnèrent près du Danube et des montagnes. Après des escarmouches favorables aux chrétiens, les Turcs attaquèrent mais furent repoussés par l'aile gauche commandée par l'Électeur de Bavière. Le lendemain, malgré un brouillard initial, les deux armées s'affrontèrent. Les Turcs lancèrent plusieurs attaques contre l'escadron de Lanthiery, mais furent repoussés par la résistance chrétienne. Les princes français, dépourvus de cuirasses, montrèrent un grand courage. Après plusieurs charges infructueuses, les Turcs prirent la fuite, abandonnant leur camp et leurs bagages. Les généraux chrétiens, observant les ennemis, provoquèrent leur déroute. La bataille causa des pertes significatives parmi les Turcs. Les princes français furent récompensés pour leur bravoure. Les Turcs proposèrent d'échanger les prisonniers, mais les Allemands refusèrent, préférant exploiter leurs avantages. Avant cette bataille, le comte de Lestrange avait pris la ville d'Essex, mais n'avait pu s'emparer du château. Le Pont d'Essex, stratégique pour les armées se rendant en Hongrie, fut le théâtre de divers affrontements historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1-133
JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
Début :
Le 26. du mois de Juin, M. le Comte d'Athlone [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Namur, Retranchement , Jean-Louis de Barberin, M. de Reignac, Attaque, Meuse, Ville, Chemin, Maréchal, Nuit, Jour, Place, Feu, Chemin couvert , Côte, Comte, Dragons, Canon, Régiment, Château, Porte Saint-Nicolas, Régiment de Gramont, Redoute, Bastion, Grenadiers, Colonel, Maison, Hommes, Tranchée, Tranchées, Pièces, Temps, M. de Saint-Laurent, Sambre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DU SIEGE DE NAMUR.
GUR A a
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
DU SIEGE
DE NAMUR.
E 26. du mois de Juin
M. le Comte d'Athlone
décampa de Falais sur la
Mehaigne, & marcha
avec son Armée qui estoit de
25000. hommes, ayant fait pren-
dre du pain pour six jours, avec
huit pieces de petit canon: il
A
Journal du Siege
campa ce jour là à Peruiis.
M. le Marquis d'Harcourt
estant informé de ce mouvement,
se rendit à Namur, pour
observer la route que tiendroient
les Ennemis, parce que l'on
estoit incertain s'ils marcheroient
du costé de Genap, pour joindre
le Prince d’Orange, ou s'ils s'approcheroient
de Charleroy.
Le 27. on eut avis qu'ils a-
voient décampé, & qu'ils marchoient
du costé de Sombref
cela détermina M. le Marquis
d'Harcourt à se mettre aussi en
mouvement, il tira onze Batail.
lons de la garnison de Namur,
avec le Regiment d'Oneuil,
& celuy de Dragons d'Asfeld
de Namur.
il campa à Estrival avec ces mes-
mes troupes, & s'avança jusqu'à
Charleroy, où il apprit que les
Ennemis avoient plié sur leur
gauche, & arrivoient dans la
Plaine de Fleurus-, il s'en retourna
à son Camp, & voyant
que le 28. ils faisoient paroistre
une teste à Gochelie & à Chastelet,
il détacha le sieur de Mon.
tet, Lieutenant Colonel du Re-
giment de Beauvoisis, avec qua-
tre cens hommes pour entrer à
Charleroy. Il marcha avec tou-
tes ses Troupes pour se rapprocher
de Namur. Il campa à l'Abbaye
de Floref.
Le mesme jour les Ennemis
campérent à Chastelet, & firent
Aij
Fournal du Siege
4
passer la Sambre à une partie de
leuis Troupes, sous les ordres du
Baron d’Eiden, General de celles
de Brandebourg; le Comte
d'Athlone resta à Gochelie,
avec 60. Escadrons, afin de favoriser
un grand convoy de vi-
vres qui leur venoit de Bruxelles.
Le 29. leurs mouvemens firent
croire qu'ils vouloient investir
Charleroy, mais la nuit suivante
ils décampérent. M. le Baron
d'Eiden marcha du costé de Saint
Gerard, & ensuite retourna
camper à Floref, d'où M. le Marquis
d'Harcoutt estoit parti pour
faire rentrer les Troupes dans
Namur. M. le Comte d'Athlo-
ne s'avança au défilé du Mazy,
de Namur.
où il campa le trentiéme.
Le 1. de Juillet la Cavalerie des
Ennemis parut sur les hauteurs
de la Maison rouge, pour in-
vestir Namur, prit des Postes à
Maloigne & à la Maison blanche,
pour investir le costé d'entre Sam-
bre & Meuse.
Le 2. les Ennemis firent leurs
Ponts de communication sur la
Meuse au dessous de la Ville, &
sur la Sambre. Mr de Tilly arriva
à leur Camp avec 30. Escadrons,
& passa sur le Pont de Meuse,
pour investir du costé du Con-
dros, mais il ne put y arriver
assez-tost pour empescher M. le
Mareschal de Bouflers de se
Ai)
6 Fournal du Siege
jetter dans la Place, avec sept
Regimens de Dragons. Il estoit
parti de Flandre en mesme temps
que les Troupes de M. de Baviere
avoient quitté les Lignes, &
ayant fait une diligence incroya-
ble, il se trouva à la hauteur de
Sainte Barbe une heure avant
que les Ennemis eussent ache-
vé de passer la Meuse, & eut le
temps de renvoyer à Dinant tous
les chevaux des Dragons qu'il
avoit avec luy, hors ceux du
Regiment du Roy. L'on croyoit
quun si puissant renfort oblige-
roit les Ennemis de se rejetter sur
quelqu'autre Place, mais comme
ils connoissoient parfaitement cel-
le de Namur, ils ne trouvérent
rien de plus facile que d'en fairede
Namur.
le Siege, parce que la Ville n'est
pas bonne, & que le Chasteau
est si serré que plus on y a de
Troupes, moins on y peut agir;
d'ailleurs les fortifications n'en
estoient point encore achevées.
Le 3 il arriva quantité de
Troupes aux Ennemis, qui se
campérent hors de la portée du
canon de la Place; & aprés qu',
elles eurent pris le terrain qu'el-
les devoient occuper, ils firent
marcher quatre Bataillons soûte-
nus par un grand corps de Ca-
valerie, qui s'emparérent de la
hauteur de Bouge, où ils se re-
tranchérent avec beaucoup de
précaution.
A iiij
8 Fournal du Siege
M. le Comte de Guiscard
avoit fait faire pour la deffense
de la Place, un petit retranchement
le long de certaines carrieres
qui regnent depuis une maison
que l'on a nommée la maison de
Reignac, laquelle est au dessus
de la Redoute de Ballart, embrassant
la creste qui est entre cette
maison & le ravin de l'Hermitage
Saint Fiacre. M. le Mareschal ju-
gea qu'il falloit faire occuper ce
poste, pour y amuser les Ennemis
autant qu'on le pourroit &
mesme l'on mit une garde à une
mauvaise Cense ruinée, nom-
mée le Coquelet, où il ne restoit
qu'un Colombier, dans lequel on
laissa un Sergent & quinze hom-
de Namur.
mes. Elle est située dans la Plaine
à cent toises au dela de ce retranchement,
& n'estoit nulle-
ment soutenue. M. le Mares-
chal donna le commandement
de ce Poste & des quatre Redoutes
qui couvrent la Ville de ce
costé-là, à M. de Reignac, lequel
s'estoit jetté dans la Place le
jour precedent, par ordre de la
Cour. Il occupa ce retranche-
ment avec 500. hommes, un Co-
lonel, & un Lieutenant Colonel;
& comme le terrain estoit tres-
étendu, & qu'il n'estoit presque
passoûtenable, il commença à fai-
re planter quelques mauvaises pa-
lissades sur le parapet, lesquelles
n'estant posées que sur du roc,
nestoient enterrées que d'un
10 Journal du Siege
pied; en sorte qu'elles servoient
bien plus pour la figure que pour
l'utilité. Cela ne laissa pas de faire
impression aux Ennemis, car au
lieu de s'emparer de ce Poste, ils
prirent toutes les précautions qu-
on verta cy-aprés pour l'attaquer.
Le 4. les Ennemis change-
rent leurs Camps de situations.
Il leur arriva de nouvelles trou-
pes, & ils continuerent de se
retrancher dans Bouge, & avan-
cerent quelques gardes du costé
de la Place pour la resserrer, les-
quelles on fit retirer par des escar-
mouches,
M. le Mareschal fit camper la-
moitié des troupes au Chasteau,
de Namur. 11
& l'autre dans les dehors de la
Ville, les distribuant par Brigades.
Les quatre d'Infanterie furent
commandées par Mrs de Saint
Laurent & de la Badie Brigadiers,
& par Mrs le Marquis de Vieux-
bourg & le Comte de Maulevrier
qui estoient les plus anciens Co-
lonels. Il y eut aussi deux Brigades
de Dragons commandées par
Mrs le Marquis de Gramont &
le Chevalier d'Asfeld. M. de
Quélus commandoit tous les
Dragons. Mr de Bragelonne fit
ses fonctions de Major General
pour le détail du service de tou-
tes les troupes. M. de Megrigny
qui estoit entré dans la Place avec
M. le Mareschal, visita les fortifi-
cations, & ordonna ce qu'il y
12 Fournal du Siege
avoit a faire, à quoy on tra-
vailla avec beaucoup de diligence
& d'application. L'on commença
à faire une Digue pour arrester le
cours de la Sambre jusqu'à une
certaine hauteur, qu'elle pust
inonder depuis la Ville jusqu'à
la Maison blanche, afin d’em-
pescher les Ennemis de faire des
Ponts à Salzeines pour passer des
troupes, & pour les obliger d'attaquer
le retranchement du vieux
mur par le front. L'on mit 100
hommes dans l'Abbaye de Salzeines,
& 50. dans une maison qui
est sur le bord de la Sambre
que l'on nomme la Balance, afin
de s'opposer à la construction de
ces Ponts. M. de Reignac fit tra-
vailler à son retranchement, &
de Namur. 13
les troupes qui le gardoient es-
carmoucherent toute la journée
avec celles des Ennemis, qui
estoient à Bouge.
Le 5. les Ennemis firent un
Pont de Batteaux sur la Meuse au
dessous de l'Hermitage Saint
Hubert, & au dessus du premier,
qui estoit de Pontons. M. le
Prince d'Orange arriva au Camp
avec le reste de l'Armée, qui se
campa à la maison rouge; les En-
nemis commencérent à travailler
à deux Batteries sur les hauteurs
au dessous de Sainte Barbe, pour
battre à revers le retranchement
de M. de Reignac, dont les troupes
qui le gardoient estoient re-
levées tous les jours.
Fournal du Siege
14.
L'on continua les tiavaux qu'
on avoit commencez dans la
Ville, l'on porta au Chasteau
les munitions de guerre & de
bouche qui n'estoient pas utiles
à la Ville, à quoy l’on employa
les Regimens de Dragons du
Roy & d'Asfeld, qui estoient à
cheval, & M. le Mareschal fit
aussi travailler pendant le Siege
tous ses domestiques & ses che-
vaux d'équipage.
Le 6. les Ennemis rompirent
leur Pont de Pontons qu'ils avoient
à la basse Meuse, y laissant
celuy de Batteaux; ils por-
terent ce premier au dessus de la
Ville, vis-à- vis du Village de
Wespion, pour faire une commu-
de Namur.
15
nication du Condros entre Sam-
bre & Meuse; ils porterent aussi
quantité de fascines du costé de
Bouge, & l'on apprit par des Deserteurs
que leur canon n'estoit
point arrivé: ils mirent cepen-
dant quelques petites pieces qu'ils
avoient dans leur Armée aux
Batteries des hauteurs de Sainte
Barbe, & continuerent à travail-
ler à leur retranchement de
Bouge.
Pendant la journée M. de Rei-
gnac fit palissader la maison qu'il
occupoit à la droite de son retranchement,
l'on travailla a fai-
re un petit fosse autour du Co-
lombier de Coquelet. A l'égard
de ce retranchement il n'estoit
16 Fournal du Siege
pas possible d'y rien faire, atten-
du qu'estant sur le roc, on ne
pouvoit approfondir le terrain,
ses troupes & celles des Ennemis
qui estoient dans les retranche-
mens de Bouge, escarmouchoient
sans cesse. M. le Maré-
chal visitoit tous les jours les tra-
vaux que l'on faisoit, tant au
Chasteau qu'à la Ville, ayant de
grands égards pour M. le Comte
de Guiscard, à qui il renvoyoit
tout le détail du service de la Place,
laissant aussi M. de Megrigny
le maistre de faire tout ce que
bon luy sembleroit au sujet de la
Fortification, ayant en luy une
parfaite confiance. Lors que plu-
sieurs gens ont la liberté de dire
leurs sentimens sur les projets,
de Namur. 17
l'on trouve rarement que ceux
qui sont en droit de dire leurs
avis, soient d'un mesme senti-
ment: cela estoit ainsi en plu-
sieurs occasions pendant le Siege;
ce qui a fait remarquer combien
M. le Mareschal en a usé prudem-
ment, car il a si bien concilié
les esprits que quelque disposi-
tion qu'il pust y avoir pour quelque
mes. intelligence, l'on ne s'en
est point apperçû, & rien sur cela-
n'a porté de préjudice au Service
du Roy, le tout par la patience
& le bon esprit de M. le Mareschal,
lequel na jamais dit un seul
mot de desobligeant à qui que ce
soit, incitant les Officiers a bien
faire leur devoir, par l'exemple
qu'il leur montroit, les visitant
B.
18 Fournal du Siege
dans tous leurs Postes, disant à
un chacun ce qu'ils devoient faire;
ce qui faisoit que les Troupes ne
se plaignoient jamais de la fatigue
qu on leur donnoit. Quoy qu'il
fust entré dans la Place sans autre
équipage que ses chevaux, &
qu'il dust une tenir grosse ta-
ble, il ne voulut point que la
Ville luy fournist aucune chose
qu'en payant, & il achetoit ses
provisions au double, parce que
ceux qui tenoient table aussi,
s'estoient déja pourvûs de toute-
chose.
Le 7. les Ennemis marquérent
de l'inquietude de ce qu’on occupoit
toûjours le retranchement-
de M. de Reignac; ils ne croyoient
de Namur. 19
pas qu'on se fist une affaire serieuse
de le garder, mais voyant
que non seulement l'on gardoit
ce retranchement, mais que l'on
en faisoit encore d'autres à Cocquelet,
ils eurent quelque envie
d'en interrompre le travail. Ils
firent sortir de leurs retranche-
mens de Bougè trois ou quatre
cens hommes qui coulerent le
long d'un chemin creux, bordé
de quelques hayes, & firent un
grand feu sur Cocquelet. M. des
Rivieres, Capitaine au Regiment
de Piémont, qui y estoit détaché,
leur fit tirer; mais comme il n'a-
voit que trente hommes, M. de
Reignac y mena une Compagnie
de Grenadiers qui fit retirer les
Ennemis, & pour empescher
B'1)
20 Fournal du Siege
qu'ils ne pussent revenir une au-
tre fois par le mesme chemin, M.
de Megrigny fit faire un petit re-
dant à la droite de Cocquelet
qui pouvoit contenir vingt hom-
mes, l'on y fit aussi un boyau
pour y communiquer. L'on tra-
vailla avec grande application à
creuser le fossé devant le grand
retranchement du Chasteau, &
à continuer la Digue sur la Sam-
bre, l'on travallla aussi à faire un
soûterrain dans la demi lune du
front du Fort Guillaume, & à ce-
luy de la redoute de la Cassotte.
M. Derigny Ingenicur estoit
chargé de tous ces Ouvrages.
Le 8. on s'apperceut que les
Ennemis faisoient décamper leurs
de Namur. 2I
troupes, & l'on apprit qu'ils
envoyoient une partie de leur
Cavalerie du costé de Tresigny,
pour avoir plus de facilité à la
faire subsister, n'y ayant pas
beaucoup de foutage aux environs
de Namur. Ce jour là M. le
Comte d'Albert, Colonel des
Dragons du Regiment Dauphin,
se jetta dans la Place sous l'habit
de Batelier. Il passa la Meuse à la
nâge pour y entrer. Les Ennemis
avancerent une ligne de gabions
vingt toises au devant de leurs
retranchemens de Bouge, & éten.
dirent leur gauche sur la pente du-
ravin qui tombe dans la Meuse;
toute la journée se passa à travail-
ler de part & d'autre. On fit monter
sept pieces de canon sur la
2 Fournal du Siege
Redoute de Saint Fiacre, & deux
dans celle de Pied noir. ce qui ser-
vit parfaitement dans la suite. M.
le Maréchal alla visiter le poste
de M. de Reignac; il fit mettre
une Garde de Dragons à cheval à
la gauche de Coquelet, dont les
Vedettes, & celles de là Garde
des Ennemis, n'estoient qu'à une
portée de Carabine. M. de Mégrigny
fit travailler à arrester le
cours du ravin de Vedrin, afin
d'inonder le terrain qui est entre
la Ville & les Redoutes. On reçut
des Passeports pour faire sor-
tir Mesdames de Moulinneuf &
de Fumeron, & elles furent
conduites à Dinant.
Le 9. les Ennemis commence.
de Namur. 23
rent à tirer de leurs Batteries des
hauteurs de Sainte Barbe, dans
le retranchement de Mr de Reignac.
Comme leurs pieces é-
toient tres-petites, cela ne fit
pas un grand effet. Ils s'avancerent
pour occuper le Four à chaux
entre leurs retranchemens de
Bouge & celuy de Coquelet, mais
un détachement de Dragons les en
alla chasser du côté du Chasteau.
Les Ennemis s'estant emparez
d'une hauteur, d'où ils auroient
pû incommoder les Travailleurs
du retranchement, M. le Maré-
chal fit poster deux Compagnies
de Grenadiers sur la creste qui
est devant ce retranchement,
derriere lequel il fit monter sept
cens hommes pour le garder,
24 Journal du Siege
avec un Brigadier & un Colonel.
Ee 10. la Cavalerie des Ennemis
porta tout le jour une
grande quantité de fascines derriere
le village de Bouge, & dans
le ravin de la maison de Casselot,
de l'autre costé de la Meuse. La
nuit suivante il se fit un tres-
grand feu du retranchement des
Ennemis à celuy de Mr de Rei-
gnac; on voulut arrester la Ri-
viere à la Digue de la Sambre,
mais cela ne se put faire ce jour. la-
Le 1I. on vit arriver une par-
tie de l'Artillerie des Ennemis,
qu'ils placerent à leurs batteries
des hauteurs de Sainte Barbe; ils
occuperent la maison des Jesuites
au
de Namur. 25
au bas du ravin, au dessous de
Bouge. M. le Maréchal fit mettre
le feu à toutes celles qui estoient
depuis cet endroit jusqu'à la por-
te Saint Nicolas, & fit achever
de raser le Fauxbourg Sainte
Croix, ne laissant que l'Eglise,
dans laquelle on mit une Garde,
pour en soutenir une autre de
Dragons à cheval que l'on tenoit
en rase campagne. Il y eut une
grande escarmouche entre les
troupes de M. de Reignac &
celles des Ennemis, qui estoient
dans leurs retranchemens de Bou-
ge. Ils voulurent encore occu-
per le Four à chaux, mais il les
en fit chasser par des Grenadiers
du Regiment de Piedmont. Sur
le soir, on vit marcher beaucouj
Fournal du Siege
26
de troupes des Ennemis derriere
Bouge, & l'on ne douta pas qu'ils
n'eussent intention d'attaquer le
retranchement, lequel, comme
on a dit, n'estoit pas soutenable:
M. le Comte de Guiscard estoit
mesme du sentiment d'en retirer
une partie des troupes, & de n’y
laisser qu'une tres-petite garde,
mais M. le Maréchal trouva bon
que M. de Reignac y demeurast.
Il luy envoya quatre Compagnies
de Grenadiers d'augmentation:
l'on fut toute la nuit sous les ar-
mes dans ce poste, & on fut bien
surpris d'entendre travailler les
Ennemis, & encore plus lors qu'-
on s'apperceut au point du jour
qu'ils avoient ouvert la tranchée
pour s'approcher du retranche-
de Namur. 27
ment. On ne pouvoit croire qu'u-
ne Armée de quatre-vingt mille
hommes deust prendre cette pré-
caution pour s'emparer d'un poste
qui n' estoit soutenu sur la droite
que par une mauvaise maison de
Paysan, & au milieu, par un Pi-
geonnier d'une Cense abandonnée,
autour duquel on avoit fait
un fossé, & qui estoit avancé dans
la campagne à plus de cent toises
du retranchement, n'ayant par la
gauche aucune protection.
Le 12. on s'apperceut dés le ma-
tin que les Ennemis avoient ou-
vert la tranchée prés de la maison
des Jesuites, & qu'ils l'avoient
poussée vers la Meuse, environ
trente toises. Dés que l'on vit
Cij
Fournal du Siege
28
qu'ils declaroient leur attaque du
costé de la Porte Saint Nicolas, M.
de Megrigny redoubla ses soins
pour y faire travailler. Il fit en-
foncer les chemins couverts, &
élever les Traverses pour se défiler
des montagnes, desquelles on
estoit vû de revers & de flanc.
Comme il faisoit une grande con-
sommation d'argent dans la Pla-
ce, tant pour les travaux que pour
les autres necessitez, cela avoit
alteré les fonds qui estoient entre
les mains du Tresorier pour la
subsistance des troupes. M. le
Mareschal emprunta en son nom
de grosses sommes des Bourgeois
de la Ville: en sorte que pendant
tout le Siege, on n'a point manqué
d'argent.
de Namur. 29
La nuit du 12. au 13. les Enne-
mis pousserent leurs tranchées de
l'attaque Saint Nicolas jusqu'à la
Meuse; & à celle de Bouge, ils ti-
rérent un boyau le long d'un che-
min vers Cocquelet. Ils ouvrirent
une troisiéme tranchée à la maifon
de Casselot de l'autre costé
de la Meuse, & ils Vavancé-
rent jusqu'au bord de cette ri-
viere, où ils firent un retour.
Dés le point du jour ils tirérent
de leurs Batteries de Sainte Barbe,
ausquelles ils avoient quatorze
pieces de canon & six mortiers,
qui donnoient sur les Travailleurs
du chemin couvert de l'attaque
de Saint Nicolas, dans le retranchement
de M de Reignac, & sur
la Redoute de Ballart; l'on fit
CIIj
30 Fournal du Siege
masquer la porte de cette Redou-
te, & l'on travailla à des Ponts
de communication pour aller du
corps de la Place aux chemins
couverts. M. le Mareschal voyant
que les Ennemis faisoient un Sie-
ge dans les formes pour le Pigeonnier
de Cocquelet, envoya
M de Megrigny pour y faire faire
quelques travaux, & fit monter
quatre Bataillons avec un Colo-
nel pour soutenir M. de Reignac.
M. le Marquis d'Illiers y monta,
& se posta au dessous du ravin de
Saint Fiacre. On envoya aussi
huit Compagnies de Grenadiers
dans le terrain creux qui commu-
niquoit du retranchement à Co-
quelet. Les Ennemis monterent
la tranchée de cette attaque plu-
de Namur. 31
tost qu'à l'ordinaire, & avec un
plus gros corps de troupes, ce qui
fit croire à M. de Reignac qu'on
le vouloit attaquer. Ils avancerent
droit à Coquelet, d'où le sieur
Pascal, Capitaine au Regiment de
Piémont, leur fit faire un tres-
grand feu, & en melme temps
M. de Reignac y marcha avec la
Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Nice, qui obligea
les Ennemis de se retirer dans
leurs tranchées, ausquelles ils
commencerent à travailler pour
embrasser Coquelet.
La nuit du 13. au 14. les Enne-
mis firent une Batterie de douze
pieces de canon de l'autre coſté
de la Meuse, prés de la Saline;
CHI)
32 Fournal du Siege
elle commença à tirer au point
du jour sur la demi - contre.
garde du demi Bastion de Saint
Roch, & sur la Redoute de Bal-
lart. Ils avancerent leurs tran-
chées parun retour de la Meuse au
rocher, cequi faisoit une parallele à
l'attaque. Ils voulurent continuer
leurs tranchées pour embrasser
Coquelet; mais M. de Reignac fit
faire un feu si redoublé de tous ces
retranchemens qu'il ne leur fut pas
possible d'avancer leur sappe. Il
eurent quantité de gens tuez. Le
General Fagel y fut blessé. M. de
de Saint Laurent qui avoit mon-
té à la gauche avec une Brigade,
retira ses troupes dans le ravin
de Saint Fiacre. Pendant le jour,
les Ennemis firent une Batterie
de Namur.
33
de canon à Bouge pour battre les
retranchemens. L'Artillerie de la
Place tira sans discontinuer.
La nuit du 14. au 15. M. de
Gramont monta à la gauche de
Coquelet, avec une Brigade
d'Infanterie, & un détachement
de Dragons. Les Ennemis sa-
vancérent pour se loger prés de
ce Poste, mais les troupes de
M. de Reignac & celles de M.
de Gramont, firent un feu si
violent qu'ils n'avancérent leurs
tranchées que de dix toises. Sur
leur gauche ils pousserent un
boyau qui embrassoit le Four à
chaux, & qui s'approchoit de
l'angle du retranchement à l'atraque
de Saint Nicolas. Ils tiré-
Fournal du Siege
34
rent une parallele du Rocher à
la Meuse, derriere laquelle ils fi.
rent une Place d'armes pour soû-
tenir leurs tranchées. Ils élevérent
une Batterie de quatorze
pieces pour battre les chemins
couverts, le demy bastion de
Saint Roch, & la Redoute de
Ballatt, à l'attaque de la basse
Meuse. Ils pousserent un boyau
en remontant le long de la rivie.
re, à la teste de laquelle ils firent
une Place d'armes, vis à-vis de la
contre-garde. Du costé de la
haute Meuse, ils ouvrirent une
tranchée dans le ravin, au delà
de celuy de Gerenssard, qui tra-
versoit la Plaine, & joignoit une
autre tranchée qu'ils avoient ou-
verte le long de la riviere, au.
de Namur.
35
dessous de Wespion. A la teste
du Chasteau, ils occupoient seu-
lement leurs postes sans rien faire
de considerable.
Pendant le jour, ils firent un
tres-grand feu de leur Artillerie,
& rasérent le Colombier de Co-
quelet, & beaucoup de pallissades
du retranchement de M. de Rei-
gnac. Ils firent une grande ou-
verture a l'épaule droite de la
Redoute de Ballart, rasérent aussi
beaucoup de palissades à l'avant
chemin couvert de la Porte Saint
Nicolas, & firent une bréche à la
la demi-contre-garde du demi-
Bastion de Saint Roch. Vers les
quatre heures du soir, ils avance-
rent beaucoup de troupes du costé
35 Fournal du Siege
de Bouge, on crut qu'ils vouloient
attaquer le retranchement, &
comme ils firent un grand feu de
mousqueterie, M. de Reignac,
qui estoit preparé à les recevoir,
leur en opposa un semblable. Cela
ressembloit à une veritable atta-
que, ce qui fit que M. le Mareschal
marcha en personne avec la Bri-
gade de Beauvoisis pour le foûte-
nir; les Ennemis se retirerent, &
fe contenterent de relever leurs
tranchées. L'opiniastreté avec la-
quelle on avoit deffendu ce mau-
vais Poste, donna occasion d'y
faire quelques traverses. Le corps
de troupes qui y passoit la nuit
estant considerable, M. de Guis-
card y voulut rester, & se retira
le lendemain aprés avoir ordonné
en
de Namur
quelques ouvrages à la droite de
Coquelet, où l'on fit porter des
palissades.
La nuit du 15. au 16. M. de la
Badie monta à la gauche de Co-
quelet avec le nombre de troupes
ordinaire; celles du retranchement
furent aussi relevées. M.
de Reignac fit faire un profonde
tranchée de la droite à son retranchement
jusqu'à la hauteur de
Coquelet, faisant un demycercle
qui embrassoit les ouvrages, & il
fit enterrer quarante bombes
de distance en distance. Il y avoit
des augettes de l’une a l'autre,
qui venoient communiquer
dans un endroit du retranche-
ment, d'ou l'on y pouvoit met-
Fournal du Siege
tre le feu. Ensuite il fit recom-
bler cette tranchée, de maniere
qu'on ne pouvoit s'en apperce-
voir. L'on travailla à faire deux
ou trois traverses pour communi-
quer aux ruines de Coquelet, que
l'on occupoit toûjours. M. le
Comte de Guiscard y fit travail-
ler une partie de la nuit. Les Ennemis
avancerent une gabionna-
de vingt toises au devant de leurs
tranchées du costé de Bouge, &
poussérent un boyau jusques sur
le bord du Ravin qui regne vers
la maison des Jesuites. A l'atta-
que de Saint Nicolas, ils firent un
retour de la Meuse vers le rocher,
qu'ils ne purent pousser qu'à moi-
tié du terrain, parce que M. Da-
vejan, Lieutenant de Roy de la
de Namur.
39
Place, qui estoit dans le chemin
couvert, fit faire un tres-grand
feu, ce qui les empescha de con-
tinuer. Ils augmenterent leurs
Batteries de quelques embrasures
où ils placerent du canon. A l'attaque
de la basse Meuse, ils pous-
sérent une tranchée le long de la
riviere, jusque vis-à-vis la grosse
Tour de Meuse; ils continuerent
leurs Tranchées dans la Plaine du
costé de Jambe, & du costé du
Chasteau ils restoient dans l'inac-
tion. L'on gardoit toûjours le re-
tranchement du vieux mur avec
un Brigadier & le mesme nombre
de Troupes qui a esté marqué.
De l'autre costé de la Sambre, ils
firent deux Batteries à fin de battre
la Digue que l'on faisoit pour bar-
40 Journal du Siège
rer la Sambre, elles voyoient à
revers les Troupes qui gardoient
le retranchement du vieux mur.
Les Ennemis firent aussi quelques
ouvrages de terre du costé de la
Porte de Bruxelles, afin de resserrer
les Gardes que la Garnison
tenoit dans les dehors. Pendant
le jour, ils tirérent une grande
quantité de canon & de bombes.
Ils firent une bréche considerable
à la Redoute de Ballart, celle de
la demi-contre-garde ne l'estoit
pas moins. M. de Megrigny fit
en fin arrester le cours de la Sam-
bre, croyant luy faire inonder
la Prairie de Salzeine, mais cela
ne fit presque aucun effet, & ce
grand ouvrage qui avoit cousté
tant de peines demeura inutile.
de Namur. 41
Il tourna tous ses soins à continuer
le Retranchement derriere l'atta-
que de Saint Nicolas, & il fit mi-
ner le demy-Bastion de Saint
Roch. Les sieurs de Bequaire &
de Vauglaisan, Lieutenans d'Artillerie,
travailloient avec applica-
tion à faire servir le canon & les
mortiers de la Place, & faisoient
fournir avec la derniere exactitu-
de les munitions de guerre necessaires
dans chaque poste. M. le
Mareschal qui estoit jour & nuit
en mouvement, ne se contentoit
pos de visiter les Postes, il faisoit
executer devant luy les ordres
qu'il donnoit, & ne s'en rapportoit
presque à personne.
La nuit du 16. au 17. M. d'As-
D
Fournal du Siege
42
feld monta à la gauche de Coque-
let, avec M. de Sainte Hermine.
Les Ennemis avancerent. leurs
Tranchées assez prés de ce Poste;
& du costé de Bouge, ils la poussérent
fort prés du Retranchement.
Ils firent une Batterie aux
Fours à chaux. Pendant toute la
nuit l'on fit faire un feu continuel
de mousqueterie, & remettre des
palissades dans les endroits d'où
le canon les avoit emportées. A-
l'attaque de Saint Nicolas les Ennemis
continuerent leur parallele
jusqu'au rocher. A celle de la basse
Meuse, ils remonterent encore
leurs Tranchées le long de la ri-
viere, & y firent une Place d'armes.
A celle de Jambe, ils pro-
longérent leur boyau de quelques
de Namur.
43
toises, & dans les autres endroits
ils ne firent aucuns ouvrages.
ma is pendant le jour ils firent un
feu extraordinaire de leur Attil-
lerie, qui augmentoit tous les
jours; car n'ayant pû la faire re-
monter entierement par la Meu-
se, parce qu'elle estoit trop basse,
ils estoient obligez de la conduire
par charrois, & à mesure que
leurs pieces arrivoient ils les met-
toient en Batterie. Ce jour-là,
M, de Serville, Capitaine au Re-
giment de Gramont, se jetta dans
la Place, & M. le Mareschal re-
çût des Lettres du Roy par des
Transfuges qui y entrérent.
Sur les quatre heures du soir,
les Ennemis eurent quelque envie
d'attaquer le Retranchement de
Dij
Fournal du Siege
44
M de Reignac; il se fit une gran-
de escarmouche de part & d'autre,
qui se termina par leur retraite.
Ils s'estoient attachez à tirer tout
le jour dans ce Retranchement,
& le poste y estoit devenu si pe-
rilleux, que les Soldats par déri-
sion nommoient la maison où se
tenoit M. de Reignac, le Chas-
teau Gaillard.
La nuit du 17. au 18. M. de
Saint Laurent monta à la gauche
de Coquelet, avec M. de la Marre.
M. de Megrigny commença
à faire une Tranchée pour communiquer
de l'angle du Retranchement
a Coquelet, mais on
ne put l'achever, & malgré le
grand feu qui se fit de part & d'au-
de Namur-
45
tre, les Ennemis poussérent leurs
Tranchées jusqu'à dix toises de
Coquelet. Ils avancérent aussi
celle de leur gauche assez prés du
Retranchement. Il parut qu'ils
avoient donné toute leur atten-
tion de ce costé-là, parce qu'ils
ne travaillérent presque point à
toutes les auttes attaques; ils per-
fectionnérent seulement les ou-
vrages qu'ils avoient commencez
la nuit precedente. Ils établirent
à Bouge sept mortiers qui com-
mencérent a tirer dés le point du
jour avec toute leur Artillerie.
M. de Reignac, qui avoit bien
prévû que lors que l'on jetteroit
des Bombes dans son Retranche
ment, il ne seroit pas possible
d'y tenir, avoit marqué aux
fournal du Siege
46
Troupes les endroits où il y avoic
le moins de peril. Il fut contraint
d'abandonner sa maison qui fut
rasée dés sept heures du matin,
par le canon qui ne cessa point de
tirer jusqu'au moment de l'atta-
que. La quantité de bombes que
l'on y jettoit, faisoit un tel desor-
dre, que les Troupes y souffrirent
beaucoup, il y eut quantité de
Soldats tuez & blessez. M. de
Reignac manda à M. le Mares-
chal que vray-semblablement les
Ennemis l'attaquer oien t ce jourlà.
Depuis le matin on se prepa-
roit à faire une sortie sur l'attaque
de Jambe, & M. le Mareschal
ayant disposé toutes choses, en
donna la conduite à M le Mar-
de Namur.
quis de Gramont. Environ à
deux heures aprés midy, l'on fit
sortir par la Porte de Jambe deux
cens Grenadiers commandez par
M de Princé, Lieutenant Colo-
nel du Regiment Dauphin d'In-
fanterie, qui coulérent le long
de la Meuse en remontant, se
couvrant des houblonnieres qui
les déroboient à la vûë des Troupes
des Ennemis qui gardoient
la Tranchée; ensuite il sortit
cinque cens hommes choisis, com-
mandez par M. le Marquis de
Monbron, qui marchérent droit
a la Tranchée, faisant alte dans
les houblonnieres, pour attendre
le signal qu'on devoit donner
On fit suivre cinq Troupes de
Dragons, d'environ cinquante
Fournal du Siege
Maistres chacune; à la teste de
la premiere estoit M. le Comte
de Nogent Colonel du Regiment
du Roy; à la seconde, M. de
Martinet, Lieutenant Colonel du
mesme Regiment, M de Gra-
mont marchoit à la testè des trois
autres. Aprés que les cinqui troupes
eurent passe le Fauxbourg de Jam-
be, M. de Gramont donna or-
dre de marcher aux Ennemis.
M. de Nogent poussa à toute
bride avec deux Troupes dans la
Plaine, laissant la Tranchée à
droite, & s'en alla jusqu'à la
queve, sur laquelle il se rabatit
pour empescher la fuite des En-
nemis: M. de Princé qui avoit
marché jusqu'à une certaine hau-
teur, pendant que M. de Mon-
bron
de Namur.
49
bron commençoit à les charger
par la teste, les chargea en mesme
temps dans le milieu de la Tranchée,
les Ennemis ne sapperceu-
rent de la sortie que dans le mo-
ment qu'ils se virent coupez par
Mr de Nogent. Ils pritent les
armes, & firent une décharge
mais on les attaqua si vigouteu-
sement de toutes parts que de
mille hommes qu'ils avoient à la
tranchée, il ne s'en sauva que cent
quatre-vingt, qui se precipitérent
au travers des Dragons pour pren-
dre la fuite. Il y en eut soixantéhuit
faits prisonniers; le reste fut
tué sur la place; les Travailleurs
qu'on avoit fait sortir pour raser
la Tranchée, se servirent des
corps morts pour la remplir, &
Fournal du Siege
50
on en combla plus de trois cens
toises. Cette action qui fut saite à
la vuë de tous les Camps des En-
nemis, fit prendre les armes aux
Troupes de celuy du Condros.
Ils accoururent de toutes parts,
pour repousser celles de la sortie.
Mrle Comte de Morstein, Colo-
nel du Regiment de Hainault
qui s'y estoit trouvé volontaire,
sétant avancé trop prés pour re-
connoistre leur contenance, fut
malheureusement tué d'un coup
de mousquet. Deux escadrons des
Ennemis arrivérent à la Chapelle
de Sainte Barbe, & descendirent
dans la Plaine, passant par un
defilé, & comme ils se mettoient
en bataille, M. le Marquis de
Gramont les alla charger, & aprés
de Namur. 51
les avoir rompus, il leur fit pren-
dre la fuite; ils furent fortifiez
par d'autres Troupes, qui descendirent
une seconde fois. Mr de
Martinet alla à leur rencontre, &
les rechassa jusqu'à my-coste
mais leur Infanterie ayant bordé
la Montagne, fit un grand feu
sur la Troupe, & l'obligea de se
retirer. Mr le Marquis de Gra-
mont ayant donné ordre à l'In-
fanterie de se retirer dans la Place
le tout se fit avec beaucoup d'audace
& sans confusion. L'on n'y
perdit, outre Mr de Morstein,
que deux Officiers, & environ
vingt hommes.
Pendant le temps de cette sortie
l'on vit paroistre une Colom-
E 1)
52 Fournal du Siege
ne d'Infanterie, qui se mettoit
en bataille derriere Bouge. Mr
de Reignac vit bien que cela le
regardoit; il en donna avis à Mr
Mareschal, par Mr du Couret, Ca-
pitaine au Regiment Dauphin
d'Infanterie, duquel il se servoit
pour faire la fonction de Major,
Cei Officier fut quelque temps
sans pouvoir joindre Mr le Mares-
chal, parce qu'il estoit à la Porte
de Jambe, pour voir faire la sortie.
A l'instant Mr le Marquis de
Gramont qui estoit de jour pour
monter à Coquelet, eut ordre d'y
marcher avec sa Brigade qui de-
voit relever celle de Mr de Saint
Laurent, ce qu'il fit avec beau-
coup de diligence. Dans ce mo-
ment, le grand feu des bombes
de Namur. 53
des Ennemis fit sauter le Maga-
zin à poudre de Mr de Reignac.
Mr le Mareschal qui estoit déja
sorty de la Ville par la porte de
Fer, l’ayant remarqué, en voya
Mr de Cuchy, l'un de ses Ai-
des de Camp, pour luy en faire
voiturer, ce qu'il fit avec la deiniere
promptitude. Il estoit en-
viron cinque heures lors que Mr de
Gramont arriva au ravin de Co-
quelet, avec la Brigade de Beauvoisis.
Les Bataillons n'estoient
pas encore formez, n'y n'avoient
pas eu le- temps de relever les
Postes qu occupoit la Brigade de
Piémont, que commandoit Mr
de Saint Laurent, lors qu'on vit
paroistre dans la Plaine, un grand
front de Troupes Ennemies qui
E iij
54 Fournal du Siege
marchoient d'un pas grave pour
embrasser Coquelet. M. de Rei-
gnac qui estoit attentif à leurs
mouvemens, & qui avoit des
Troupes en bon ordre, vit venir
à luy quatre Bataillons pour atta-
quer le Retranchement. Il se fit
de part & d'autre un feu qui ne
se peut exprimer. Il avoit avec
luy deux cens Dragons & trois
cens Grenadiers, qui soûtinrent
le choc, ils estoient soûtenus par
cinq cens hommes, détachez de
toutes les Brigades, ayant encore
un Corps de reserve qui devoit
se porter dans les endroits qui
auroient pû estre forcez. Un Ba-
taillon des Ennemis ayant coulé
le long du ravin de la Redoute
de Ballart, & n'ayant pû soûte-
de Namur. 55
nir le feu que luy fit faire M. le
Chevalier de Mons, se retira sans
rien faire, laissant le glacis cou-
vert de leurs morts. Les qua-
tre Bataillons des Ennemis qui
estoient à la portée du pistolet de
la palissade du Retranchement
voulurent y entrer l'épée à la
main. Mr de Villars, Lieutenant
Colonel du Regiment de la Marre,
que Mr de Reignac avoit char-
gé de faire mettre le feu au Sau-
cisson, le fit si àpropos, que les
bombes qui estoient enterrées
ayant fait leur effet sous ces Ba-
taillons, on vit un spectacle ex-
traordinaire, par un nombre de
Soldats qui sautérent en l'air.
Ils en furent si ébranlez qu'ils pri-
rent la fuite. M. de Reignac qui
E iiij
56 Fournal du Siege
attendoit cet effet, sortit par la
branche droite du Retranche-
ment, avec environ trois cens tant
Dragons & Grenadiers, que gens
de bonne volonté. Il marcha a eux
l'épée à la main, & profitant de
leur desordre, il les poussa jusques
dans leurs Tranchées de Bouge
& s'empara d'un de leurs Retranchemens.
Les Ennemis firent
venir de nouvelles Troupes pour
rassurer les premieres. Mr de
Reignac s'estant retiré ne sçavoit
point si la gauche combattoit avec
le mesme avantage, car on ne se
voyoit point dans la fumée de la
poudre; il s'apperçût que l'on y
estoit poussé, parce qu'un Batail-
lon de la Brigade de Beauvoisis
estant sui vy par deux Regimens
de Namur.
9
Anglois, se jetta dans les palissa-
des du Retranchement. Mr de
Villars qui estoit à l'angle avec la
Compagnie des Grenadiers de
Nice, & la seconde de Maulevrier,
arresta par un grand feu ces
deux Regimens; & pour revenir
à ce qui se passa sur la gauche
les Ennemis n'ayant pas donné
le temps à Mr de Gramont de
poster ses Troupes, il y eut un
peu de confusion. Celles de Me
de Saint Laurent qui devoient
estre relevées, estoient déja en
mouvement pour se retirer, lors
que les Ennemis parurent, & l'on
ne put les remettre en bataille,
sans quelque espece de desordre.
Cependant, Mr de Gramont prit
son party, & opposa la Brigade de-
58 Fournal du Siege
Beauvoisis au front des Ennemis.
Mr le Marquis de Vieuxbourg,
Colonel du Regiment de Beauvoisis,
aprés avoir soutenu deux
ou trois charges derriere un Re-
tranchement, fut obligé de se re-
tirer a un second, auquel il fut
encore chargé, il y fut tué en
faisant des actions dignes de luy.
Mr le Comte de Maulevrier qui
deffendoit une Traverse à la teste
de son Regiment, y reçut les Ennemis
avec beaucoup de valeur,
& y fut aussi tué. M. le Marquis
de Gramont qui s'estoit jetté dans
Coquelet, y fut forcé & se retira
derriere un boyau, qu'il soutint
encore quelque temps. Mrde Saint
Laurent qui estoit à l'extrémité de
la gauche, soutint longtemps le
de Namur. 59
choc, & fut obligé de se retirer par
le ravin de Saint Fiacre, & à peu
prés dans le mesme temps les
Troupes de Mr le Marquis de Gramont
se retirerent. Il y avoit deux
heures que l'action estoit com-
mencée avant que les Ennemis eus-
sent pû forcer le Retranchement.
Mrde Reignac se maintenoit toû-
jours à la droite avec beaucoup
d'opiniâtreté; mais les Troupes
des Ennemis, aprés avoir poussé
celles de Mrs de Gramont & de
Saint Laurent, tournérent toutes
à la droite, où il se fit encore un si
grand feu de mousqueterie & de
grenades, qu'il ne s'en est jamais
vû de semblable, & estant en-
trées par la gauche, elles s'emparérent
du Retranchement. Mr de
60 Fournal du Siege
Reignac les en rechassa, & dans
ce moment il reçut un coup d'es-
ponton qui neanmoins ne l'em-
pescha pas d'agir. Il fut enfin ren-
versé dans le ravin à costé de la
Redoute de Ballart, faisant occu-
per par quelques détachemens les
monticules qui voyoient le loge-
ment que faisoient les Ennemis.
ME le Mareschal pendant l'action
fut toûjours à my- coste, arrestant
les Soldats qui se retiroient avec
trop de precipitation, & les ra-
menant assez prés du Retranche.
ment, où il essuya une partie du
grand feu qui se faisoit. Mr de
Reignac ayant rallié les Dragons
& les Grenadiers qui s'estoient
retirez avec luy, leur propoſa d'al-
ler regagner le Retranchement,
de Namur. 61
& aprés qu'il luy eurent dit qu'ils
estoient resolus de le suivre, il y
marcha & le regagna effective-
ment Mr le Marquis de Gramont
fit à peu prés la mesme chose à la
gauche; mais comme les Enne-
mis s'estoient emparez du débris
de la maison retranchée, il ne fut
pas possible de les en déposter,
en sorte qu'ils demeurérent mai-
stres d’une partie du Retranchement,
pendant que l'on occupoit
l'autre. L'on estoit si acharné à
se disputer une palissade l'une
aprés l'autre, qu'il estoit dix heu-
res du soit avant que l'on pust se
reconnoistre tant la fumée estoit
épaisse. Mr le Chevalier de Pe-
zeux, & Mr du Bouchet soûtin-
rent une Traverse pendant- une
62 Fournal du Siege
demi-heure avec beaucoup de va-
leur; & comme il n'estoit pas
possible de se retrancher, Mrs de
Gramont & de Reignac qui s'é-
toient joints, firent ouvrir un
cheval de frise, & sortirent du
Retranchement pour charger les
Ennemis. Mr du Rozeau, Lieu-
tenant Colonel du Regiment de
Quélus, Mr le Comte de Beaujeu
Lieutenant Colonel de Gra-
mont, & Mr Dérigny Ingenieur
qui s'y estoit trouvé, avec nom-
bre d'Officiers, entrérent tous
l'épée à la main dans un Bataillon
des Ennemis & le firent plier
mais la quantité de Troupes qu'ils
avoient obligerent Mrs de Rei-
gnac & de Gramont de rentrer.
Il y avoit deux heures que Mr le
de Namur. 63
Mareschal avoit envoyé ordre de
se retirer, mais il ne fut porté à
Mrs de Reignac & de Gramont
qu à dix heures du soir. Ils firent
leur retraite en fort bon ordre, &
rentrérent dans les chemins couverts
où ils estoient campez. Cette
action fut trop vive pour n'y
pas perdre beaucoup de monde.
Il y eut environ huit cens hommes
tuez ou blessez, & du costé des
Ennemis, de leur propre aveu, ils
laissérent dix huit cens hommes
tuez sur la place, sans compter
plus de quinze cens blessez. On a
rapporté que Mr le Prince d’O-
range qui estoit sur une hauteur,
voyant l'action, avoit dit que
jamais Colombier n'avoit esté
si bien attaqué ny mieux def-
64 Journal du Siege
fendu, & que cela avoit plus l'air
d'une bataille que d'une action
particuliere. Il avoit em ployé à
cette atiaque quatorze Batail-
lons & quatre-vingt Compagnies
de Grenadiers, ce qui faisoit en
tout prés de quinze mille hom-
mes.
La nuit du 18 les Ennemis ne
poussérent presque point leurs
Travaux & leur plus grande oc-
cupation fut de retirér leurs bles-
sez du champ de bataille. Ils
changérent quelques pieces de
canon d'une Batterie à l'autre, &
ils travaillérent a refaire la Tranchée
de l'atraque de Jambe qu'on
leur avoit rasée: ils la remirent à
peu prés au mesme estat qu'elle
de Namur 65
estoit dans le temps de la sortie.
Pendant le 19. ils continuérent
à tirer sur la Redoute de Ballart,
& firent une batterie à Coquelet,
qui battoit la Redoute de Saint
Fiacre. Ils avancérent celle qui
estoit aux Fours à chaux pour rui-
ner le flanc du demi-Bistion de
Saint Roch. Mr le Mareschal
changea la disposition du campe-
ment des Troupes, & refit les
Brigades qui furent formées de
cette manière.
Mr de Saint Laurent, premier
Brigadier d'Infanterie, eut le
commandement de celle de Pié-
mont, composée de trois Batail-
lons de ce Regiment, & du pre-
66. Fournal du Siege
mier Bataillon du Regiment de
Nice. Mr de la Badie eut quatre
Bataillons du Regiment Dauphin.
Mr de Bragelonne eut un
Bataillon de Beauvoisis, les deux
premiers de Maulevrier, & un de
Bugey. Mr de Reignac eut un
Bataillon de Hainault, un de la
Marre, un de Courten, Suisse,
un d'Illiers, Milice d'Alençon
un de Solre, & neuf Compagnies
franches de Fusiliers. On fit aussi
deux Brigades de Dragons. Le
Marquis de Gramont eut les Regimens
du Roy, Quélus, Gramont,
& Sainte Hermine Mi
d'Asfeld eut ceux de Dauphin,
Barreaux, Gange, & Asfeld. Les
Brigades d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne, campérent au Chade
Namur. 67
steau. Celles de Gtamont, S Liu-
rent & Reignac, campérent à la
Ville, & un Bataillon de Navarre
demeura au Donjon du Chasteau.
La nuit du 19. au 20. les En-
nemis continuérent leurs Tran-
chées de l'attaque de Jambe, & la
poussérent fort prés du Faux.
bourg. Ils firent de grandes Pla-
ces d'armes pour les soûtenir, &
postérent une grosse garde de
Cavalerie à l'Hermitage de Sainte
Barbe. A l'attaque de Saint Nico-
las, ils tirérent une parallele de
la maison brûlée sur le bord de
la Meuse, au rocher qui est au
dessous des Fours à chaux, Ils
commencérent une batterie de
seize pieces de canon, pour battre
F 1)
68 Fournal du Siege
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, & poussérent leurs Tran-
chées de la basse Meuse jusque
vis-à vis la Porte de Graver.
Tout le jour ils continuérent à
battre les Redoutes de Ballart &
de Saint Fiacre, la courtine de la
Porte de Saint Nicolas, & la demi-
contrescarpe; ils firent deux
Batteries, l'une de trois & l'autre
de quatte pieces de canon, sur la
montagne au dessus de Salzeine,
a fin de battre à revers les Troupes
qui gardoient le Retranchement
du vieux mur, & deux autres de
deux & trois pieces de canon, sur
des monticules qui sont au front
de ce Retranchement. Le mesme
jour on continua de travailler à
raser les Maisons de la Ville qui
de Namur 69
bordoient la Sambre du costé du
Chasteau, afin de faire un Retranchement
pour deffendre la
partie d'entre Sambre & Meuse.
On ne cessa point de porter au
Chasteau toutes les Provisions
dont on n'avoit plus de besoin à
la Ville. Il arriva un Trompette
des Ennemis pour demander un
grand nombre d'Officiers qui ne
se trouvoient point, & qui appa-
remment avoient esté tuez dans
les actions du 18, car on n'avoit
de leurs Prisonniers que trois Ca-
pitaines aux Gardes du Princed'Orangè,
quelques Subalternes
& environ quatre-vingt Soldats.
Ce Trompette avoit un Memoi-
re de ceux qu'ils avoient faits sur
la Garnison, & qui consistoient
70 Four nal du Siege
en deux Subalternes du Regi-
ment de Maulevrier, & environ
dix ou douze Soldats blefsez. Les
Domestiques du Marquis de
Vieuxbourg & du Comte de
Maulevrier, retournérent à la
Ville, sans avoir pu trouver les
corps de leurs Maistres : les Ennemis
les assurérent qu'ils les
avoient fait enterrer.
La nuit du 20. au 21. Mr de
la Badie monta à la Ville, & M.
de Gramont, au Chasteau. Les
Ennemis poussérent leurs Tranchées
de Jambe, jusque dans les
jardins du Fauxbourg qu'on avoit
fait brûler le jour precedent. A
l'attaque de la basse Meuse, ils
tirérent un grand Retranchement
de Namur. 71
le long de la riviere, vis-à-vis le
demi Bastion de Saint Roch, où
ils firent une Batterie de dix pie-
ces de canon pour battre la branche
de ce demi Bastion; à l'attaque
de Saint Nicolas, ils avancérent
leurs Tranchées d'environ
trente toises. Ils voulurent occu-
per pendant le jour une maison
qui est proche la Redoute de Bal-
lart, mais ils en furent chassez par
le grand feu que l'on fit de l'avantchemin
couvert. Leur Batterie de
seize pieces cummença à tirer sur
la face droite du Bastion de Saint
Nicolas, qu'elle battit en bréche
toute la journée. Trois Batteries
de mortiers jettoient continuelle-
ment des bombes dans les Ouvra-
ges de la Porte de Saint Nicolas,
Fournal du Siege
& dans les Redoutes de Ballart
& de Saint Fiacre. Ils avancerent
deux pieces de canon sur la pente
du ravin de Coquelet; elles tiré-
rent sut les Brigades de Saint
Laurent & de Reignac, qui
estoient campées dans les dehors
des Portes de Fer & de Bruxelles.
L'on en retira les Troupes pour
les mettre derriere des Fortifica-
tions, où elles ne pouvoient estre
veuës. Les Ennemis firent aussi
une Batterie de quatre pieces de
canon, & de quelques mortiers
à la maison qui est au dessus de la
Redoute de Ballart, de laquelle
ils battoient à revers les chemins
couverts de Saint Nicolas. L'on
travailla avec vigueur au Retran-
chement de cette attaque, à des
commu.
de Namur.
73
communications souterraines, &
à rétablir de petits Ponts pour
aller du corps de la Place dans les
chemins couverts, ce qui estoit
extrémement difficile & necessai-
re; l'on acheva de munir de toutes
choses les Redoutes de Bal-
lart, Saint Fiacre, Piednoir &
Saint Antoine.
La nuit du 21. au 22. Mr de
Bragelonne monta au Chasteau
& Mr d'Asfeld, à la Ville. Les
Ennemis avancérent leurs tranchées
à quarante toises de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, & tirérent une li-
gne de communication de leurs
Tranchées à la maison au dessus
de la Redoute de Ballart. Dés le
Fournaldu Siege
74
point du jour, toutes leurs Bat-
teries tirérent sur les Ouvrages de
cette attaque, ce qui dura tout le
jour. Du costé de Jambe, ils pous-
sérent leurs Tranchées jusqu'au
chemin pavé, & l'une des Batte-
ries de la hauteur de Salzeine ne
cessa point de tirer sur les Tra-
vailleurs de la Digue de la Sambre,
& sur le troupeau de vaches
qui estoient dans la Prairie.
Dans la Place on continual la
démo'ition des maisons & leRetranchement
de la Ville, d'entre
Sambre & Meuse. L'on voulut
aussi travaillet au Retranche-
ment derriere l'attaque de Saint
dicolas, mais les Soldats ne pu-
rent tenir au feu de canon & de
de Namur.
75
bombes que les Ennemis firent
sur eux, & il fallut attendre à la
nuit pout continuer ce travail.
L'on plaça dans les soûterrains du
Chasteau les Provisions de bou-
che qui y avoient esté menées.
La nuit du 22. au 23. Mr de
Reignac monta au Chasteau, &
Mr de Saint Laurent à la Ville.
Les ennemis ne firent pas grands
ouvrages à l'attaque de Jambe;
ils achevérent leurs Batteries &
placérent leur canon à celle de
la basse Meuse. Ils avancérent de
quelques toises à l'attaque de Saint
Nicolas, & dés le point du jour
ils firent un feu extraordinaire de
toutes leurs Batteries, ausquelles
ils avoient plus de soixante pieces
G ij
6 Journal du Siege
de canon, qui ne discontinuérent
point de tirer jusqu'à la nuit. Sur
le soir on s'apperçut que la face
de la demi-contregarde du demi-
Bastion de Saint Roch estoit ex-
trémement renveisée, & que la
bréche du Bastion de Saint Nico-
las estoit assez considerable. Les
Ennemis ouvrirent la Tranchée
à une quatriéme attaque, du costé
de Salzeine. Ils embrassérent la
creste de la hauteur qui plonge
dans l'Abbaye, dans laquelle il
y avoit une Garde de cent hom;
mes sous le commandement d'un
Capitaine de Dragons. L'on avoit
aussi redoublé la Gaide de la Ba-
lance, pour tascher d'empescher
que les Ennemis ne possentijet-
ter un Pont sur la Sambre à por-
de Namur.
tée de ce Poste ; l'on continua le
Retranchement de l'attaque de
Saint Nicolas, & celuy de la
Ville d'entre Sambre & Meuse.
La nuit du 23. au 24. Mrd'As-
feld monta au Chasteau & Mr de
Gramont à la Ville. Les Enne-
mis poussérent leur attaque de
Jambe, cinquante toises en des-
cendant la Meuse, afin de join-
dre celle de la basse Meuse, qu'ils
remontérent pour cet effet. A
l'attaque de Saint Nicolas, ils
poussérent des boyaux du costé
de la Redoute de Ballart, & le
long de la Meuſe, a pottée de
'avant chemin couvert Pendant
tout le jour, le feu de leur Artil-
lerie fut si continuel & si precipité,
G II
78 Fournal du Siege
qu'il ressembloit à celuy de la
mousqueterie. Il y avoit deux
bréches insultables, l'une à la face
de la demi-contregarde, & l'autre
à la branche du demi-Bastion
de Saint Roch. Ils ouvrirent une
Tranchée de l'autre coſté de la
Sambre, vis. a vis la Balance; leurs
Batteries du costé du Chasteau
ne firent qu'un feu tres-mediocre,
L'on continua dans la Place
le rravail du Retranchement der-
riere l'attaque, mais la pluye qui
avoit esté abondante rendoit cet
ouvrage difficile. Mrle Mareschal
resta avec les Soldats pour les y re-
tenir, car les Ennemis y jettérent
une si grande quantité de Bombes
qu'ils abandonnoient souvenr, &
de Namur. 79
Mr le Mareschal y fut enterré plu.
sieurs fois. Comme l'on croyoit
que les Ennemis attaqueroient
l'avant chemin couvert & la Re-
doute de Ballart, la nuit suivante
l'on fit tenir les Grenadiers & le
Piquet prest à matcher, & ME de
la Forest, Capitaine des Mineurs,
demeura à l'avant chemin cou-
vert pour faire jouer les fourneaux
qu'on y avoit faits.
La nuit du 24. au 25. Mt de
Bragelonne monta à la Ville, &
Mr de la Badie au Chasteau. Les
Ennemis prolongétent leurs Tran.
chées de Jambe & de la basse
Meuse, afin de joindre les deux
attaques. Ils poussérent celle de
Saint Nicolas à trente pas de l'an-
GiI
80
Journal du Siege
gle saillant de l'avant chemin
couvert, & s'estant logez à l'angle
du chemin couvert de la Redoute
de Ballart, ils firent trois fois la
descente du fossé, mais ils en fu-
rent toûjours chassez par la quan-
tité de grenades que le Chevalier
de Mons leur fit jetter, de sorte
qu'ils ne purent s'y loger.
Toute la journée leur Artille-
rie ne cessa de tirer par salves.
Les bréches de la demi contregarde
& du demi-Bastion de Saint
Roch, estoient pratiquables, &
l'on s'attendoit que la nuit ils fe-
roient une tentative pour insulter
les dehors de la Place, & qu'ils
prendroient la Redoute de Bal-
lart, ce qui obligea Mr le Ma-
de Namur. 81
reschal de redoubler la garde de
ces Postes.
Ub
La nuit du 25. au 26. Mr de
Saint Laurent monta de Briga-
dier au Chasteau, & Mr de la
Chaise; Colonel de Bugey, Mr
de Reignac Brigadier, à la Ville,
avec Mr de Sainte Hermine, Co-
lonel. Les Ennemis firent une
grande parallele le long de la Di-
gue de la Flaque d’eau, de l'avant
chemin couvert de l'attaque de
Saint Nicolas, appuyant leur gau-
che à la Meuse & la droite fort
prés de la Redoute de Ballart. Ils
attachérent le Mineur à l'angle
de l'épaule droite de cette Re-
doute, d'où ils assurérent une
communication à leurs Tran-
82. Fournal du Siege
chées, & comme l'on croyoit
qu'ils pourroient se loger sur l'a-
vant chemin couvert, l'on y mit
cent cinquante Dragons, ou
Grenadiers, sous les ordres de
Mr des Rozeaux, Lieutenant
Colonel de Quélus. L'on dispersa
huit, cens hommes, dans
tous les Postes de l'attaque aux
ordres de Mr Davejan, Lieutenant
de Roy. Mr le Comte d'e
Guiscard coucha à cette attaque,
disposant toutes choses pout y
faire une vigoureuse resistance.
Mrde Reignac voulut aller chas-
ser les Ennemis du fosse de la Re-
doute de Ballart pour enlever le
Mineur, mais comme l'on re-
connut qu'ils s'estoient emparez
d'une maison, prés de laquelle il
de Namur. 83
falloit passer, Mr le Comie de
Guiscard ne jugea pas à propos
qu'on l'entreprist. Il fit seulement
faire une petite sortie d'un Offi-
cier & de vingt Dragons, qui
chargérent les Troupes qui soûte-
noient les Travailleurs de la
Tranchée. Cela ſe paſsa par une
simple escarmouche. Les Enne-
mis joignirent en fin leurs attaques
de Jambe & de la basse Meuse, &
ils ne travaillérent presque point
dans les autres endroits. Pendant
le jour ils tirérent une prodigieuse
quantité de coups de canon. La
bréche de la demi-contregarde
estoit tout-à-fait pratiquable, &
on pouvoit monter facilement à
celle du demi-Bastion de Roch.
Ils avoient un peu endommagé
84 Fournal du Siege
le batardeau, qui la soûtient dans
le fossé de la seconde envelope de
la Ville. Mr de Megrigny trouva
un moyen pour mettre de l'eau
dans le fossé de la premiere, qui
estoit à sec, & fit aussi continuer
le retranchement derriere l'atta-
que. Le matin, il fit un grand
broüillard, à la faveur duquel,
les Ennemis attaquérent & pri-
rent la Redoute de Ballart; le
Chevalier de Mons y demeura
prisonnier de guerre.
.
La nuit du 26. au 17. Mr. de
Gramont monta de Brigadier au
Chasteau, avec Mr de Monbron
Colonel. Mr de Qiélus, Briga-
dier, qui jusque là avoit fait le
service de Commandant des Dra-
de Namur. 85
gons, voulut prendre jour de Bri-
gadier, & monta en cette qualité à
la Ville, avec Mrle Comte de No-
gent, Colonel. Les Ennemis per-
fectionnérent les ouvrages qu'ils
avoient commencez la nuit prece-
dente à l'attaque de S. Nicolas, &
poussant leur parallele jusqu'à la
Meuse, ils embrassérent la demi-
contregarde; àla gauchede laquelle
ils firent un crochet. Ils firent aussi
trois ou quatre Bateries à my-coste
de la Redoute de Ballart, pour
battre de revers les Troupes des
chemins couverts. Tout le jour
ils ne cesserent de tirer de toutes
leurs Batteries de cette attaque,
à laquelle ils avoient plus de qua-
tre-vingt pieces de canon. Il fal-
loit avoir autant de fermeté qu'en
86 Fournal du Siege
avoient les Troupes, pour y re-
sister. Environ à trois heures
aprés midy, Mr de Moulin-neuf
alla trouver Mr le Mareschal,
pour luy dire qu'il venoit de dé-
couvrir du Chasteau plus de dix
Bataillons des Ennemis, qui mar-
choient du costé de Saint Ni-
colas, & que tous leurs Camps
estoient sous leurs armes. Il arri-
va dans ce moment un Deserteur
Anglois, qui rapporta que tous
les Grenadiers de leur Armée
estoient commandez, avec un
renfort de dix mille hommes
Mr de Guiscard marcha en dili
gence aux deux Bastions de l'attaque,
pour y donner ses ordres.
Mr le Mareſchal monta à cheval,
& alla au Campde la Porte de Brude
Namur. 87
xelles, où il fit battre la generale.
Une partie des Troupes qui
estoient dans la Ville, en arrivant
à leur Drapeau, ſe préparérent à
prendre les armes. Une heure
aprés, on vit sortir de tous les
ravins qui tomboient aux Tranchées,
des colomnes d'Infanterie,
qui à mesure qu'elles arrivoient
se mettoient en bataille, & mal-
gré le feu du canon de la Redoute
de Saint Fiacre, qui les voyoit de
revers, & qui donnoit au travers
de leurs Bataillons, elles de meuré-
rent fermes. Aprés avoir fait leurs
dispositions, lesEnnemis partirent
en bon ordre, & avec la derniere
furie, pour attaquer l'avant che-
min couvert par cinq endroits.
Lon en retira les Troupes, car
88 Fournal du Siege
n'y ayan point de communica-
tion pour les rafraischir, on ne
pouvoit pas s'y maintenir. On lais-
sa seulemeni vingt hommes dans
les angles qui attendirent les En-
nemis aussi fiérement que s'ils
avoient esté bien soutenus. Les
Assiegeanss avancérent jusqu'à la
palissade, & dans ce moment on
fit jouer trois Fourneaux, qui leur
firent sauter beaucoup de mon-
de, ce qui les mit dans un grand
desordre. Ils retournérent à la
charge, & se precipitérent dans
l'avant chemin-couvert. Mr Da-
vejan qui deffendoit le chemin
couvert, avoit si bien posté ses
Troupes qu'il foutint leur premie-
re ardeur, & les chassa de l'avant
chemin couvert, pat un grand
de Namur. 89
seu. En mesme temps, les Enne-
mis coulérent le long de la Meu-
se, où l'on ne pouvoit rien leur
opposer. Ils donnérent un assaut à
la demi contregarde, à la bréche
de laquelle on pouvoit monter à
cheval. Mr de Martinet qui la
deffendoit avec cent Dragons
les reçut si vigoureusement, qu'il
les repoussa avec une tres grande
perte, & comme ils avoient coulé
le long de la face gauche; ils vou-
lurent par cet endroit entrer dans
le chemin couvert, mais ils fu-
rent aussi repoussez par Mr le
Comte de Resnel, & par Mrlle
Chevalier de Quélus, Capitaines
de Dragons. Un Bataillon des
Gardes du Prince d'Orange al-
taqua la Place d'armes du chemin
H
90 Fournal du Siege
couvert à la gauche du Bastion de
Saint Nicolas, & pour y venir ils
passérent dans la flaque d'eau, en
ayant jusqu'à la ceinture. Les Grenadiers
du Regiment de Piémont
conservérent ce Poste quel-
que temps avec beaucoup de va-
leur, mais ils auroient esté em-
portez, si on ne les eust pas fait
soûtenir. Au moment de l'action,
Mr le Mareschal ordonna à Mr le
Comte de Quélus, Brigadier de
jour, de marcher avec quelques
Compagnies de Grenadiers &
de Dragons, pour soutenir les
Troupes du chemin couvert. Il
arriva a propos à cette Place d'ar-
mes, puis qu'il repoussa le Batail-
lon des Gardes du Prince d'O-
range, avec une perte considera-
de Namur. 91
ble; il fut blessé en ce meſme lieu
Mr le Mareſchal en voya auſsi toſt
Mr de Reignac avec cinq cens
hommes pour soûtenir ce chemin
couvert, & ordonna à Mr de
Saint Laurent de le suivre avec
sa Brigade. Celle de Mr de Rei-
gnac fut postée dans la seconde
envelope de la Place. Mr de Saint
te Hermine occupa avec son Re-
giment de Dragons le Bastion de
Jean-Petit, à la gauche de celuy
de Saint Nicolas. Les Ennemis
envoyérent de nouvelles Trou-
pes pour faire une seconde atta-
que, une partie de celles qui
avoient donné la premiere fois,
ayant esté défaites. L'on rafraichit
aussi celles de la Place. M.
Daucourt, Capitaine de Greno-
Hij
92 Fournal du Siege
diers de Maulevrier, & le Capitaine
des Grenadiers de Solre
marchérent à la bréche de la de-
mi-contregarde. Mr de Villars,
Lieutenant Colonel de la Marre,
qui commandoit dans la demi-
lune de l'attaque, envoya Mr du
Paget, Capitaine des Grenadiers
de Nice, au Poste de Mrle Comte
de Resnel, & Mr de Reignac
qui avoit passe à celuy de Mr de
Quélus, mit des renforts de nou-
velles Troupes dans tout le chemin
couvert, Les Ennemis char-
gérent encore avec la mesme im-
petuosité, & aprés un combat
tres-opiniastre, & qui dura prés
de trois quarts d'heure, ils fu-
rent encore repoussez, laissant
le glacis couvert de morts. Mr
81
de Namur.
de la Forest, Capitaine des Mi-
neurs de la Place, fut blessé à
mort: Mr de la Fey Capitaine au
Regiment du Roy, fut aussi bles-
sé, & Mr de Suzy, Capitaine
dans le Regiment de Sainte Hermine,
y fut tué avec Mr de Magny,
Major du Regiment de
Quélus. Le canon de la Place &
de la Redoute de S. Fiacre tira
avec tant de promptitude & de
succés, que si les Ennemis n'a-
voient pas eu la précaution de faire
enivrer d'eau de vie toutes les
troupes destinées pour l'attaque,
il ny en auroit eu aucune, qui
eust pû soutenir de sang froid, la
boucherie que l'on en fai soit. Mr
le Mareschal donnoit des ordres
pour faire passer dans tous les po-
94 fournal du Siege
stes les munitions qui y estoient
necessaires, & il s'exposoit à
cheval dans le chemin couvert,
faisant avancer les troupes à me-
sure qu'il estoit besoin de les re-
nouveller. Les Ennemis firent
poster un Bataillon sur des mon-
ticules à la gauché de la redoute
de Ballart: il se fit un tres- grand
feu sur les troupes du chemin cou-
vert, ce qui les incommoda beau-
coup. Elles estoient tres-fatiguées,
y ayant trois heures que l'action
avoit commencé, & une partie
des armes estoient crevées par le
grand feu qu'on avoit fait. On ne
laiſſa pas de ſe préparer à soutenir
un troisiéme assaut, car les
Ennemis ayant fait venir de nou-
veaux bataillons, revinrent à la
9
de Namur.
charge avec la mesme ardeur. Mr
le Comte de Guiscard envoya le
Regiment de Dragons de Gramont,
commandé par Mr le
Comte de Beaujeu, pour deffendre
la breche de la demi-contregarde.
Mr Davejan fit de nou-
velles dispositions, & Mr de Rei-
gnac fit avancer quelques déta-
chemens de la Brigade de Saint
Laurent pour le soutenir. Les en-
nemis entrerent encore dans l'a-
vant chemin couvert, d'où ils
furent chassez par le grand feu
que Mr Davejan continua de fai-
re, mais ils se logerent sur l'angle
saillant. Mr le Comte de Resnel
les répoussa aussi, & comme ils
monterent jusques au haut de la
breche de la demi-contregarde,
96
Fournal du Siege
Mr le Comte de Beaujeu y fit
une resistance tres grande; il les
rechassa une troisième fois; & ils
se contenterent d'establir un lo-
gement au bas de la breche. A la
gauche du chemin couvert, ils se
présenterent dans un plus gios
corps, & ayant passé par la flaque
d'eau ils y entrerent une seconde
fois. M. de Reignac leur opposa
un détachement de Dragons com-
mandé par Mr le Chevalier de
Pezeu, qui aprés en avoir tué un
nombre considerable les en chassa
l'épée à la main, & les obligea de
se retirer, en sorte qu'il demeura
maistre du chemin couvert. Il
estoit neuf heures du soir que les
choses estoient dans cette situa-
tion. Le tas des moris faisoit un
triste-
de Namur. 97
triste spectacle, & on ne pouvoit
s'empescher d'estre touché des cris
des mourans. Demie heure avant
la troisiéme attaque qui se fit sur
les six heures, Mr de Moulinneuf
envoya avertir Mr le Mareschal
que l'on voyoit approcher du coſté
du Chasteau une Colonne de
Cavalerie, & une d'Infanterie,
qui marchoient pour jetter des
ponts à Salzcine & à la Balance.
afin de passer la Sambre. Mr le
Mareschal s'y rendit dans le mo-
ment, & trouva que les ennemis
s'estoient emparez de la maison
de la Balance, & qu'ils y avoient
déja dressé un pont. Ils coulerent
ensuite le long de la Sambre pour
s'emparer aussi de l'Abbaye de
Salzeine. Il envoya ordre au Che-
98 Fournal du Siege
valier des Rivieres, qui y com-
mandoit un détachement, de se
retirer, ce qu'il fit en tres-bon or-
dre. Les Ennemis firent passer
plusieurs Bataillons, & voulurent
forcer certains postes que l'on oc-
cupoit à my-coste du retranche-
ment du vieux mur. Mr le Mareschal
fit marcher à eux Mr des
Aides à la teste de deux Troupes
de Dragons à cheval du Regiment
d'Asfeld; & comme il abordoit les
Ennemis, ils se jetterent dans des
hayes entre la Balance & Salzeine.
Mr le Mareschal envoya Mr
de Moulinneuf pour faire retirer
Mr des Aides, qui avoit esté bles-
sé. On auroit pû disputer le pas-
sage de la Sambre aux Ennemis;
mais les Troupes estoient si fati-
de Namur. 99
guées que s'il leur estoit arrivéun
échec, l'on n'auroit pas esté en
estat de deffendre le Chasteau;
cependant Mr le Mareschal ne
laiſsa pas de faire avancer des Ba-
taillons pour contenir les Enne-
mis, demeurant prés d'eux, où il
essuya un feu de leur artillerie qui
ne se peut dire. L'on ne put le
faire retirer qu'à la nuit; le Mar-
quis de Monguion, l'un de ses Ai-
des de Camp, fut tué auprés de
luy d'un coup de canon. Il coucha
au retranchement & ne se retira
que le lendemain, aprés avoir vû
que les Ennemis s'estoient seule-
ment contentez d'occuper les pos-
tes de Salzeine & de la Balance,
& d'avoir fait quelques retranche
mens pour assurer la teste de leur
Pont. Iij
100 Journal du Siege
La nuit du 27. au 28. Mr de
Bragelonne, Brigadier, monta
au Chasteau avec Mr de la Chaise,
Colonel. Mr d'Asfeld aussi Briga-
diet monta à la Ville avec Mrde la
Marre, Colonel. Mr Dantrague
qui avoit pris la place de Mr de
Bragelonne pour faire la Charge
de Major General, releva les pos-
tes. On prit un Estat des Officiers
& Soldats quion avoit perdus pen-
dant la journée aux attaques du
chemin couvert, & on trouva qu'-
il y avoit treize Officiers & envi-
ron deux cens Dragons ou Soldats
tuez ou bleſsez. Une partie du
jour il parut que le feu de l'Artil-
lerie des Ennemis s'estoit un peu
rallenty. Ils firent une baterie de
Canon de l'autre costé de la Meu-
101
de Namur.
ſe; elle tira sur le Pont de Sambre,
ce qui incommoda beaucoup la
communication de la Ville au Cha-
ſteau, où l'on songeoit à faire ſa
retraite, parce que la breche du
demy-Bastion de saint Roch estoit
parfaitement accessible, & l'on
prévoyoit que si les Ennemis l'at-
taquoient avec vigueur, ils pou-
roient s'y loger. Cependant on a
vû dans la suite que le bon accueil
qu'on leur avoit fait dans la derniere
action, leur faisoit prendre
de grandes précautions pour s'ap-
procher. Environ à deux heures
aprés midy, leur Artillerie tira a-
vec plus de violence sur l'attaque
saint Nicolas, & autant qu'on le
pouvoit distinguer, il y avoit cent
cinq pieces de Canon, & trente-
I1I
102 Journal du Siege
sept Mortiers. Mr le Comte de
Lomont qui demeura toujours à
cette attaque, faisoit travailler a.
vec la derniere diligence à faire
des tetranchemens derriere la bre-
che du demy-Bastion de S. Roch,
& Mr Davejan faisoit aussi travail.
ler dans le chemin couvert à re-
mettre des palissades, dans les endroits
où elles estoient emportées
du Canon. Mrs de Megrigny &
Filley abandonnerent l'ouvrage
de la Digue qu'ils avoient faite
pour faire remonter les eaux de la
Sambre, leur dessein estant deve-
nu inutile, aussi bien que le travail
du retranchement derriere l'atta-
que Saint Nicolas, ne jugeant pas
qu'ils pussent avoir le temps de le
mettre en estat de servir, attendu-
103
de Namur.
qu'on n’y pouvoit travailler que la
nuit. Ils s'attacherent à faire des
traverses & des épaulemens, & à
plusieurs autres ouvrages neces-
faires.
La nuit du 28. au 29. Mr de
Reignac, Brigadier, monta au
Chasteau avec Mr le Marquis de
Quélus, Colonel du Regiment de
Dragons de Languedoc. Mr de
Saint Laurent monta à la Ville
avec Mr de la Marre, Colonel.
Les Ennemis firent un logement
au dessus du bastardeau, contre la
demi-contregarde, & le demi-ba-
stion de Saint Roch. Ils attache.
rent le Mincur à ce bastardeau.
Pendant le jour leur Artillerie a-
cheva de bouleverser ce demy.
Liiij.
104 Fournal du Siege
bastion, & commença à tirer sur
la tour de Meuse, à l'angle de la
derniere envelope, marquant par
là qu'ils vouloient se mettre en
estat d'entrer dans la Ville, en cas
qu un assaut leer pust réussir. Ce
qui faisoit tirer cette conjecture,
c'est que la baterie qu'ils avoient
establie pour battre le Pont de
Sambre, n'estoit que pour couper
la communication de la Ville au
Chasteau, afin que les troupes de
la Ville ne s’y pussent retirer. Pour
prévenir cet accident, Mrle Mareschal
fit faire un pont de batteaux,
au dessus de l'Ecluse, & fit
rompre deux arches de celuy de
pierre, afin que les Ennemis ne
sen pussent servir, dans le des-
sein qu'il avoit de deffendre parde
Namur. 105
ticulierement la partie de la Ville,
d'entre Sambre & Meuse, laquelle
pour cet effet il avoit fait re-
trancher en rasant les maisons qui
regnoient le long de la Sambre.
Les Ennemis establirent à la Ba-
lance une batterie de six pieces de
Canon pour couvrir le pont qu'ils
avoient jetté sur cette rivière, &
ils travaillerent le jour à en faire
une autre de seize pieces, au front
du retranchement du vieux mur,
à laquelle ils placerent du Canon
qui commença à tirer. Mr de Rei-
gnac persuadé qu'ils avoient dessein
d'atiaquer le retranchement,
disposa ses troupes pour le deffen-
dre, & envoya ordre au Regiment
de Dragons d'Asfeld, de monter
à cheval, & aux huit Bitaillons
106 Fournal du Siege
qui estoient campez à la Cassotte,
de se tenir prests à prendre les armes.
Les Ennemis avoient fait
paroistre trois ou quatre mille
hommes au bas de la Meuse, qui
se retirerent quelque temps aprés.
Le reſte de la journée ſe paſſa à ſe
tirer beaucoup de Canon de part
& d'autre.
La nuit du 29. au 30. Mr d'As-
feld, Brigadier, monta au Cha-
steau avec Mr de Barreaux, & Mr
de Gramont, Btigadier, monta à
la Ville avec Mr de Sainte Hermi-
ne, Colonel. Avant la nuit on
s'estoit apperçû d'un grand mou-
vement dans l'Armée des Enne-
mis Deux Soldats Anglois qui se
rendirent à la Ville, assurerent
de Namur. 107
qu'outre les garde: ordinaires des
tranchées, qui estoient de sept
mille hommes, on avoit encore
commandé trois mille Grenadiers
& six hommes par Compagnie de
toute leur Armée, ce qui faisoit
un corps considerable, que le bruit
estoit dans leur Camp, que le Prin-
ce d'Orange avoit intention de
faire attaquer le retranchement
du vieux mur, & en mesme temps
de faire donner un aussaut à la Vil-
le. A l'entrée de la nuit un Espion
raporta la meſme choſe à Mr le
Mareschal, ajoûtant qu'il y avoit
plus de deux mille eschelles de
dix. huit pieds de longueur à la te-
ste de leurs Camps. Mr le Mareschal
fit prendre les armes à toute
la Garnison, & donna ordre de-
108 Fournal du Siege
faire avancer les Troupes à portée
des endroits où elles devoient
combattre. Mr le Comte de
Guiscard le fit prier de luy en-
voyer Mr de Reignac pour le se-
conder dans la deffense des breches.
Mr de Reignac y alla avec
huit Compagnies de Grenadiers,
& deux Bataillons de sa Brigade.
Toutes les Troupes furent distri-
buées de manière qu'elles ne pouvoient
s'incommoder, & que cha-
quedétachement pouvoit agir sans
confusion. La nuit se passa dans
un grand silence à la Porte Saint
Nicolas, ce qui faisoit croire que
les Ennemis se préparoient à don-
ner un assaut, & l'on pouvoit
monter à cheval aux breches du
demy bastion de Saint Roch. Mr
de Namur. 109
le Marquis de Gramont occupoit
une partie du chemin couvert
pour soutenir Mr Davejan, mais il
ne ſe paſſa aucune action du coſté
de la Ville. Les Ennemis firent
sauter la Dame qui soutenoit l'eau
du fossé de la Ville. Cela en fit
écouler trois pieds. Ils avoient
donné leur attention au retranchement
du vieux mur, & ilgl'ar-
taquerent au petit point du jour,
lors que l'on ne s'y attendoit plus.
Ils firent passer quatre mille hom-
mes d'Infanterie sur le pont de la
Balance, soutenus par deux mille
chevaux, & coulerent le long de
la Meuse pareil nombre d'Infante.
rie. En mesme temps ils se pré-
senterent aux deux gorges du re-
tranchement, sans attaquer le
110
Journal du Siege
front. Mr d'Asfeld qui avoit pré-
veu leurs dispositions, & qui avoit
un ordre particulier de Mr le Ma-
reſchal de ne rien opiniaſtrer à la
deffense de ce poste, aprés avoir
fait essuyer toutes ses décharges
aux Ennemis, se retira en fort
bon ordre dans le chemin couvert
de la Cassote, qu'il fit border par
ses Troupes. Les Ennemis enflez
du peu de resistance qu'on leur
avoit faite, marcherent avec une
grande audace aux chemins cou-
verts du Fort Guillaume, & de
la Cassotte, dans lesquels les
Troupes estoient campées. En
arrivant à la palissade ils jetté-
rent plus de deux mille Grena-
des, & firent un feu extraordi-
naire pendant plus d'une demide
Namur. 11I
heure. Mr le Mareschal s'y estant
rendu, trouva les Troupes sous les
armes. Mr d'Asfeld soutenoit le
costé de la Cassotte, & Mr de
Moulin neuf avoit fait avancer
Mrs de la Badie & de Bragelonne
à la droite du Fort Guillaume.
Mr le Mareschal prit les Regi
mens de Dragons du Dauphin,
Languedoc, Barreaux, & Gange,
& ayant fait ouvrir les barrieres
du chemin couvert de la Cassotte,
il marcha aux Ennemis, & aprés
avoir essuyé un tres-grand feu a la
portêe du pistolet, il les fit charger
l'épée à la main. L'on ne scauroit
dire jusqu où alla la valeur des Dra-
gons; ils culbutérent les Bataillons
des Ennemis, & les obligerent
de se retirer jusqu au Retranche112
Journal du Siege
ment qu'on leur avoit abandon-
né, & ensnite ils rentterent dans
le chemin couvert. Dés ce mesme
moment les Ennemis ouvrirent
la Tranchée, laquelle ils ne pousserent
pas bien loin, parce que
Mr de Moulinneuf fit faire un si
grand feu de canon & de mous.
queterie, qu'ils furent obligez de
faire des épaulemens pour leur
seuretè. Toute la journée ils ti-
rerent sur l'attaque de Saint Ni-
colas. Comme la Ville pouvoit
estre emportée d'assaut, & que
l'on ne comptoit que sur la fer-
meté des Troupes, Mr le Comte
de Lomont se presentoit aux bréches
dés qu'il y avoit apparence
que l'on voulust faire quelque
tentative, ayant avec luy Mrs de
de Namui. 113
la Bussiere, de Coufoulin, Conche,
& Vaudragon Mr de Reignac
demeura au Bastion de Saint
Nicolas, avec les Troupes dont
il a eſté parlé: il ne ſe paſſa rien à
cette attaque pendant ce jour.
La nuit du 30. au 31. Mr de
la Badie, Brigadier, monta au
Chasteau, avec Mr de Monbron,
Colonel, & Mr de Saint Laurent,
Brigadier à la Ville, avec Mr de
Marre, Colonel. On estoit toû-
jours dans l'attente que les Ennemis
donneroient un assaut aux
bréches du Bastion de Saint Roch
& de la Tour de Meuse. Il n'y
avoit aucun flanc ny deffense qui
les pust proteger. De cette ma-
niere, ils auroient laissé tous les
K
114 Fournal du Siege
dehors sans les attaquer, car outre
qu'ils pouvoient couler le long
de la Meuse pour aller aux bré-
ches, ils pouvoient encore passer
la Riviere, qui estoit si basse
qu'en certains endroits vis-à-vis
l'attaque, il n'y avoit de l'eau que
jusqu'aux genoux; il parut que
toutes leurs Troupes estoient en
mouvement. Mr le Mareschal
donna ses ordres, afin que celles
de la Place fussent bien disposées
à les recevoir. Mr le Comte de
Guiscard demeura à cette atta-
que avec Mrs de Lomont & de
Reignac. Du coſté du Ghaſteau
on croyoit que Mr de Baviere y
feroit une diversion, mais les
Ennemis ne firent aucune entre-
prise. Ils poussérent un logement
de Namur. 131
de la demi-contregarde, le long
du chemin couvert, où ils allé-
rent à la sappe jusqu'à la cinquié-
me traverse, sans que le feu qu'on
faisoit, les en pust empescher, ce
qui obligea Mr Davejan de se
retirer dans la Place d'armes, de
laquelle on ne le put chasser.
Tout le jour les Ennemis firent
un feu qui rasa presque tous les
ouvrages de l'attaque; ainsi les
Troupes ne pouvoient s'y tenir,
tant le peril estoit grand.
La nuit du dernier de Juillet au
premier d'Aoust, les Troupes de
la Ville & du Chaſteau ne pû-
rent plus rouler ensemble pour
faire le service, de sorte qu'il
domeura trois Brigadiers au Cha--
Kij115
Fournal du Siege
steau. Ce furent Mrs d'Asfeld,
la Badie & Bragelonne. Mrs de
Saint Laurent, Gramont & Reignac
demeurérent à la Ville, où
ils estoient toûjours en mouve-
ment; en sortant d'un Poste, ils
alloient dans un autre. Mr de
Gramont monta à l'attaque, Mr
de Saint Laurent au chemin cou-
vert, & Mr de Reignac resta à
la teste des Troupes qui n'estoient
pas postées, afin de se porter dans
les endroits où un Corps de reserve
seroit necessaire. Les En-
nemis rapprochérent trois Batte-
ries, & en firent deux nouvelles
le long de la Meuse, pour battre
la courtine qui regne depuis la
Tour de Meuse jusqu'à la Porte
de Graver. Ils continuérent leur
de Namur. 117
sappe pour embrasser le chemin
couvert, d'où Mr Davejan fir
faire un si grand feu de mousque-
terie, qu'il les empescha d'appro-
cher de la Place d'armes, Du
costé du Chasteau ils poussérent
un petit boyau du milieu de leur
logement de la creste de la Cassotte,
tirant vers le chemin cou-
vert. A la pointe du jour leur Ar-
tillerie commença à tirer. La
précipitation des salves conti-
nuelles qui durérent jusqu'à la
nuit, obligea les Bourgeois de se
cacher dans leurs caves, croyant
estre à leur derniere heure, tant
le bruit estoit épouvantable. Il y
avoit plus de six vingt pieces de
gros canon en batterie, avec
quarante mortiers. L'on travailla
118 Fournal du Siege
avec beaucoup de soin à s'enfon-
cer dans les logemens, à épaissir
les parapets, & à faite des épau-
lemens. Mr le Mareschal pour
rassurer les Troupes, se portoit
dans tous les endroits les plus
perilleux, où il fut plusieurs fors
enterré par l'effet des Bombes &
des boulets. Mr le Comte de
Guiscard estoit presque toûjours
à l'attaque, où plus de quarante
hommes furent tuez ou blessez.
Mr le Comte de Lomont le secondoit
avec une fermeté digne
de luy. Mr de Megrigny fit miner
la Tour de Meuse, & continua à
saire re parer le desordre que l'Ar-
tillerie des Ennemis pouvoit fai-
re., Environ onze heures du ma-
tin, Mr de Bavicre fit sortir de
de Namur 119
la Tranchée du Chaſteau un
Trompette qui fit un appel. Mrde
Moulin neuf envoya sçavoir ce
qu'il desiroit. Il dit que Mr de
Baviere demandoit une suspen-
sion d'armes pour retirer de part
& d'autre les morts & les blessez
qui estoient demeurez à l'attaque
du vieux mur Mr de Moulin neuf
le fit sçavoir à Mr le Mareschal,
qui répondit qu'il n'avoit point
de connoissance qu'on eust attaqué
ce Rrtranchement; que
n'ayant pas jugé à propos de le
garder, il avoit envoyé ordre à
ses Troupes de se retirer; que si
Mr de Baviere en le faisant occu-
per avoit perdu de ses Soldats par
le feu des chemins couverts de la-
Cassotte & du Eort Guillaume, il
120 Fournal du Siege
vouloit bien que Mr de Moulin-
neuf luy renvoyast ses morts &
ses blessez qui pouvoient estre de-
meurez sur les glacis.; qu'il n'e-
stoit pas necessaite que cela fust
reciproque, parce qu'il n'y en
avoit aucun des siens. Cela fut
executé par Mr de Moulinneuf,
qui fit rassembler environ cent
soixante & huit corps morts, &
quelques blessez que l'on porta
dans leurs Tranchées, ayant eu
l'honnesteté de ne les pas dépouil.
ler. Les Ennemis firent sur cela
beaucoup de civilité, & un mo-
ment aprés les signaux ayant esté
donnez, l'on recommença à tirer
de part & d'autre.
La nuit du premier au 2. Aoust
Mr
de Namur. 121
Mr de Reignac monta à l'attaque
Saint Nicolas, Mr de Gramont,
au chemin couvert, & Mr de
Saint Laurent, à la teste des
Troupes de la Ville. Au Chasteau,
Mr d'Asfeld demeura aux
chemins couverts, & Mr de la
Badie, au fort Guillaume. Mr de
Bragelonne estant malade, fut
quelques jours sans fonction. Mr
de Millancourt, Lieutenant de
Roy du Chaſteau, entra dans le
commandement qu'il devoit a-
voir pour la deffense du chemin
couvert. Les Ennemis ne firent
que tres-peu de chose à l'attaque
de ce Chaſteau, mais à celle de
la Ville ils firent un chemin le
long de la demi-contregarde du
L
122 Fournal du Siege
costé de la Meuse, pour se faire un
accés libre & pou voir couler leurs
troupes, afin que donnant un as-
saut au demy-Bastion de Saint
Roch, ils pussent en mesme
temps monter aux breches de la
Courtine & de la Tour de Meuse.
Mr le Comte de Guiscard fit sa
disposition ordinaire pour la def-
fense des breches. Les Ennemis
commencerent dés le point du
jour à battre cette Courtine, &
avant le soir un Bataillon y auroit
pû monter de front. Il y a-
voit aussi une breche moins gran-
de, mais fort accessible à une
Tour prés de celle de Graver.
Leurs autres batteries tirerent
continuellement sur celles de la
de Namur. 123
Tour de Meuse, & du demy
Bastion de Saint Roch. Une batterie
particuliere battit en breche
la face gauche du Bastion de Saint
Nicolas, & rasoit toutes les pa-
lissades du chemin couvert. Cela
fit juger que l'on avoit envie de
l'attaquer. Mr le Mareschal qui
estoit attentif sur les mouvemens
que les Ennemis pouvoient faire,
connut qu'ils avoient intention
de donner un assaut pendant le
jour. Il alla donner ses ordres a
Mr de Guiscard, & visita luy-
mesme tous les postes, conviant
chacun d’y bien faire son de voir.
Il n'avoit presque pas finy, lors
qu'il fut averty que l'on voyoit du
Chasteau une Colomne d'Infan-
terie qui descendoit par le Ravin
L1)
124 fournal du Siege
derriere Bouge, & peu de temps
aprés l'on vit les Ennemis sortir
de leurs tranchées qui se met-
toient en bataille. Deux Batail-
lons marcherent a la droite de la
place d'Armes du chemin cou-
vert, sur lequel ils commence-
rent l'attaque. M. de Givry, Ca-
pitaine de Dragons au Regiment
du Roy, & Mr du Plessac, Ca-
pitaine au Regiment de Quélus,
qui estoient dans cette Place
d'Armes avec soixante & dix
Dragons, les receurent avec tou-
te la valeur possible, & firent
un grand carnage des Ennemis.
Deux autres Bataillons attaque-
rent un Angle où estoit MrDa-
vejan qui y fit une forte resistan-
ce, ayant avec luy cinquante
de Namur 125
Dragons & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hai-
nault. Les Ennemis furent enco-
re repouſsez, & aprés s'estre re-
tirez, ils revinrent avec de nou-
velles Troupes. L'on avoit aussi
fortifié celles du chemin convert;
en sorte que la seconde charge
fut aussi vive que la premiere, &
fut deffenduë de mesme. Cepen-
dant les Ennemis y entrerent, &
pousserent la Troupe de Mr de
Givry jusques à une traverse, à
laquelle il fit ferme, & en estant
sorty l'épée à la main avec Mr
Davejan qui s'y estoit avancé,
tout ce qui estoit entré dans le
chemin couvert fut tué, & ceux
qui estoient sur le glacis se retire-
rent, l'artillerie de la Redoute de
L'iij
126 Fournal du Siege
Saint Fiacre leur ayant deffait
beaucoup de gens, aussi bien
que la mousquererie de la demi-
Lune de Saint Nicolas, à laquel-
le ils voulurent aussi donner un
assaut, mais ils ne sy opiniâtre-
rent pas. Leur grande attention
estoit de montrer au demy-Bas-
tion de Saint Roch, afin de fe
se rendre maistres de la-Place. Ils
commencerent cette attaque en
mesme temps que celle du che-
min couvert, ils coulerent par
le chemin qu'ils avoient fait le
long du bastardeau, & monte-
rent par la branche & par la fa-
ce du demy-Bastion dont les bré-
ches estoient jointes. Mis de Con-
che & de Vaudragon, Capitaines
de Grenadiers au Regiment Dau-
de Namur. 127
phin, ſe présenterent pour les recevoir,
soûtenus par Mr de Martinet,
Lieutenant Colonel du
Regiment du Roy avec cent
Dragons, où estoient Mrs d'Or-
nasne & le Chevalier de Lon-
gueval. Les Ennemis furent vive-
ment repoussez, & l'action dura
deux heures. Ils faisoient mon-
ter de moment à autre, denouvelles
troupes, & à la fin comme
ils commençoient à se loger au
milieu de la bréche, les Grenadiers
du Dauphin avec des Dra-
gons, à la teste desquels estoient
Mr de Lomont & Mrde Rogon,
Major de la Place, monterent sur
le parapet & ramenerent les En-
nemis jusques au bas de la bréche
au pied de laquelle on ne put les
Liii
128 Fournal du Siege
empescher d'establir un loge-
ment. L'action qui avoit com-
mencé à cinq heures du soir, ne
finit qu'a neuf. Jamais Troupes
ne firent si bien que celles du
Roy. L'on ne perdit pas beau-
coup de Dragons ni de Soldats,
mais l'on fit une tres-considera-
ble perte par la mort du Cheva-
lier de Longueval, de Mrs du
Plessac, Vaudragon & de plusieurs
Officiers. Mr Davejan,
Lieutenant de Roy, fut blessé,
& mourut de ses blessures quel-
ques jours aprés, Mr le Mareschal
fut tres content du succez de cer-
te action; à laquelle il avoit la
meilleure part, menant luy mes-
me de nouvelles Troupes dans
les endroits où il estoit besoin
de Namur. 129
de les rafraischir, conservant
son sang froid ordinaire, & sa
mesme tranquilité, au milieu des
coups de mousquet qu'il essuyoit
de fort prés.
Le soir du 2. les Brigadiers du
Chasteaud meurerent dans leurs
mesmes Postes, & on ne fit que
tres-peu de chose à l'attaque de la
Cassotte, ceux de la Ville estant
montez plutost qu'à l'ordinaire.
Mr de Gramont qui avoit relevé
à l'attaque, se trouva à l'action
où il se distingua beaucoup. Mr
de Saint Laurent monta au che-
min couvert, & fut à une partie
du choc. Il prit le poste de Mr
Davejan aprés qu'il eut esté bles.
sé. Mr de Reignac demeura à la
130
Fournal du Sirg.
teste des Troupes, & se porta
dans les endroits où sa presence
estoit necessaire, afin d'y faire
executer les ordres de Mrle Ma-
reschal. Pendant la nuit, les En-
nemis travaillérent à assurer le
logement qu'ils avoient fait au
bas de la bréche, & perfectionnérent
un petit ouvrage sur la
Place d'armes du chemin cou-
vert, qui est tout l'avantage
qu'ils avoient tiré de leur atta-
que.
Le 3. dés le point du jour, tou-
tes leurs Batteries commencérent
à titer, & avant huit heures du
matin les bréches estoient dans
un estat qu'on y auroit pu mon-
ter à cheval. Mr le Mareschal-
de Namur. 131
comptoit de soutenir encore un
assaut, mais sur les dix heures
Mr le Comte de Guiscard l'avertit
que l'on voyoit défiler beau-
coup de Troupes qui entroient
dans les Tranchées, & qu'il ne
doutoit point qu'ils ne voulussent
donner un autre assaut. On en-
voya cherchet Mr de Mégrigny
qui venoit de visiter les bréches
& il rapporta qu'elles estoient
dans un tres-mauvais estat. Mr
le Mareschal demanda leurs avis
& à Mrs les Brigadiers, ne pou-
vant se déterminer à prendre le
party de rendre la Ville. Mr le
Comte de Guiscard ayant dit
qu'elle n'estoit pas soutenable, &
qu'il n'y avoit pas un moment à
perdre pour battre la chamade.
132 Journal du Siege
Mr le Mareschal y consentit, &
ordonna à Mr de Reignac & à
Mr de Fûmeron de dresser les
articles de la Capitulation, &
cependant Mrle Comte de Guis-
card envoya Mr le Comte de No-
gent & Mr de Villefort, en osta-
ge, & ensuite les articles furent
portez par Mr du Gast, qui rentra
dans la Ville a onze heures
du soir, avec Mr le Comte
de Brouay, pour regler toutes
choses.
Le 4. tout le matin se passa
en discussions sur quelques arti-
cles. Mr le Mareschal ne vouloit
se relascher en rien sur ce qui
avoit esté proposé par Mrs de
Reignac & de Fumeron; mais
de Namur. 133
Mr de Guiscard pour qui il avoit
beaucoup d'égards, le persuada
de consentir au Traité qu'il avoit
fait avec Mr le Comte de Brouay.
Mr le Mareschal l'en laissa le
maistre, & Mr de Guiscard signa
la Capitulation qui s'ensuit.
Fermer
3
p. 152-246
« Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Début :
Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ville, Fort, Siège de Namur, Troupes, Chemin couvert , Brèche, Basse ville, Fort Guillaume, Place, Maréchal, M. de Reignac, Jean-Louis de Barberin, Sambre, Dragons, Comte, Nuit, Artillerie, Porte, Hommes, Grenadiers, Château, Cassotte, Meuse, Attaque, Temps, Poste, Batteries, M. de Lomont, Canon, Grand feu, Officiers, Régiment de Gramont, Assaut, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sur les quatre heures aprés midy, Mr le Comte de Guiscard [...] »
Sur les quatre heures aprés
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
midy, Mr le Comte de Guis-
card livra la Porte de Fer aux
Ennemis, & les autres Postes
dont on estoit convenu; & Mr.
le Maréchal ſe retira au Cha-
steau pour y donner ses ordres.
Le 5. se passa en negocia-
tions pour les Passeports que les
Ennemis avoient promis, sur-
quoy ils ne furent pas fort ponctuels
à les délivrer, ce qui causa
de Namur. 153
quelque embatras. Mr le Maré-
chal fit passer la Sambré aux
Troupes qui estoient dans la
Ville, n'y laissant que les Gardes.
Li Brigade de Mr de Siint
Laurent monta au Chasteau, &
il mit celle de Dragons de Mr de
Gramont, & celle d'Infanterie
de Mr de Reignac dans la par-
tie de la Ville d'entre Sambre
& Meuse, à laquelle on donna
le nom de Basse-Ville. On fit
rompre un des Ponts de Batteaux
de la Sambre.
Le 6. on envoya à Dinant
les Ostages de la Mairie de Bol-
duc, qui estoient prisonniers au
Chasteau, & cent Chevaux des
équipages des Troupes, ain si
154 Journal du Siege
qu'on en estoit convenu avec
les Alliez. On envoya aussi tous
les Equipages de Mr le Comte
de Guiscard, & generalement
tout ce qu'il avoit à Namur, sur
des Passeports particoliers qui
lui furent accordez. Mr le Ma-
réchal qui avoit soixante Che-
vaux d'équipage , ne voulut
point demander de Passeports
pour les faire passer à Dinant.
Il aima mieux que les Officiers
fissent fortir les Chevaux qu'ils
avoient, que de se prévaloir de
la convention qui avoit esté fai-
te, d'en faire sortirtcent de la
Garnison. L'on chargea sur un
Bitteau quelques Blessez qui
estoient dans la Ville, lesquels
remonterent le mesme jour à
155
de Namur.
Dinant, & l'on remit aux En-
nemis les clefs des Magasins de
la Ville, dans lesquels on n'a-
voit laissé que tre-peu de cho-
se. A dix heures du matin, Mr
le Maréchal fit rompre le der-
nier Pont de Sambre, & on en
brûla les Batteaux, à la reserve
de deux, qu'on laissa pour re-
passer les Gardes qui estoient
encore dans la Ville. Comme
la cessation d'armes devoit finir
à midy, l'on fit border les Pa-
rapets de la Basse-Ville, croyant
que les Ennemis commence-
roient à tirer; mais l'on demeu-
ra dans l'inaction de part &
d'autre. Chacun travaillant à
ses dispositions, on avoit laissé
les Bourgeois dans une espece
156 Journal du Siege
de negociation avec Mr de Ba-
viere, afin d'obtenir que l'on
n'attaqueroit point la Basse-Ville
ni le Chaſteau par la Ville ce-
dée. Ceux qui avoient crû la
choſe faiſable y furent trompez.
Mr le Maréchal regla la ma-
niere de faire le Service, & l'on
ne fit plus qu'une Brigade de
Dragons. Mr le Comte de Lo-
mont demeura dans la Basse-
Ville avec Mis de Gramont &
de Reignac. Il monta un Bri-
gadier au Chemin-couvert du
Fort Guillaume, & un autre à
la Basse-Ville. Mr de Millan-
court; Lieutenant de Roy du
Chasteau, resta toujours dans
le Chemin-couvert de la Cas-
de Namur. 157
sotte, & Mr le Maréchal se lo-
gea dans un Soûterain le plus
prés de l'Attaque. Mr de Guis-
card se logea aussi dans un autre,
& les Troupes s'accommoderent
des Hangards pour tâcher de se
garantir de la Bombe.
La nuit du 6. au 7. les Trou-
pes du Chemin-couvert de la
Cassotte firent un grand feu sur
la Tranchée des Ennemis, qui
en firent un assez mediocré. Ils
n'avancerent presque pas leurs
Travaux; mais ils firent plusieurs
Batteries. Ils en placerent trois
sur le bord de la Meuse devant
l'enceinte de la Basse-Ville, &
quesques autres à la hauteur de
la Cassotte. On travailla avec
158 Fournal du Siege
beaucoup de diligence à démo-
lir des maisons à la Basse-Ville
pour se faire un Rempart con-
tre l'Artillerie des Ennemis.
Dans le Chasteau on fit des
Boyaux pour communiquer d'un
Poste à l'autre. Pendant ce
temps-là on ne tiroit pas un coup
de Mousquet d'une Ville à l'autre,
& personne n'en sçavoit la
raison.
Le 8. ſe paſsa à peu prés dans
les mesmes occupations. Mr le
Maréchal pourveut Mr de Ro-
gon de l'employ de Lieutenant
de Roy, à la place de Mr Da-
vejan. Une partie du jour il
tomba une grande pluye, dont
on se réjouit beaucoup dans la
de Namun. 159
Place, par l'avantage qu'on en
titoit, en ce que cela fit grossir
la. Sambre qui estoit fort basse.
Le 9. la Sambre crut d'un
pied, & la Meuse de deux; en
sorte que les Guez ne furent
plus pratiquables, & Eon n'ap-
prehenda plus que les Ennemis
pussent les passer pour infulter
la nouvelle enceinte. L'on siap-
perceut qu'ils faisoient passer avec
diligence leur Artillerie entre
Sambre & Meuse, & on eut avis
par un Batelier, que l'on par-
loit dans leut Armée qu'il ve-
noit un Secours, & que le Prin-
ce d'Orange avoit marché avec
plus de trente mille hommes,
pour joindte Mrde Vaudemont.
160 Journal du Siege
L'on n'eur pas de peine à croire
cette nouvelle, parce qu'on
voyoit que les Ennemis ne fai-
soient pas une grande diligence
pour avancer leurs Tranchées.
Mr le Maréchal regla la distri
bution des vivres avec Mr de
Fumeron, & selon la suputation
l'on avoit des Provisions pour
deux mois. On commença à
faire tuer soixante Chevaux, &
on en servit sur la Table de Mr
le Maréchal, qui en mangea le
premier, avec les Officiers prin-
cipaux; ce qui fit qu'aprés cela
personne n'en eut du scrupule.
Les Ennemis titerent quelques
coups de Canon d'une Batterie
qu'ils avoient de l'autre costé de
la Meuse. L'Artillerie & la
de Namür. 161
Mousqueterie du Chasteau fi-
rent un grand feu tout le jour
& la nuit les Ennemis n'avancerent
presque point leurs Tran-
chées.
Le 10. les Ennemis firent deux
nouvelles batteries au delà de la
Meuſe, l'une de huit pieces de
canon, & l'autre de sept mortiers.
Ils tirerent tout le jour sur
le Chasteau, des anciennes batteries
qu'ils avoint de ce coſté-la.
Comme on n'avoit aucune certi-
tude qu'ils 'n'attaqueroient pas la
basse-Ville, Mr de Guiscard fit
demander a parler à Mr le Comte
de Brouay qui commandoit pour
les Alliez dans la Ville cedée. Il
luy demanda une explication sur
162 Fournal du Siege
cet article, à quoy il ne répondit
rien de positif. L'on vit bien
pour lors qu'il n'y avoit aucun
fond à faire sur une parole, qu'ils
avoient donnée, que quand on
ne tireroit point sur la Ville ils
ne tireroient pas sur celle que
l'on gardoit. Cela fit que Mr le
Mareschal ordonna d'y travail-
ler avec diligence. Mrs de Lo-
mont, de Gramont, & de Rei-
gnac se relevoient tour à tour, &
l'un d'eux estoit toûjours présent
sur les ouvrages, qui cependant
ne pouvoient estre bons ny soli-
des, parce que les parapets n'estoient
que de pierres seches, &
des bois du débris des maisons
qu'il fall it abattre pour ce su-
jet. Mr de Reignac commença
de Namur. 1163
aussi à faire retranoher l'Eglise
de Nostre-Dame, & il trouva
moyen de communiquer du Clo-
cher au Chasteau. par un pont
que l'on fit avec bienode da pei-
ne. Depuis la Capitulution de la
Ville cedée, on n'avoit rien com-
pris au dessein des Ennemis sur
l'attaque du Chasteau. Il sem-
bloit qu'ils attendoient liévene-
ment de quelque grosse affaire,
pour se declarer sur l'endroit où
Ils devoient faire lęut priincipale
attaque, & ce jour-à ils n'avan-
cerent que tres peu de leurs tran-
chées de la Cassote. Il firent trois
batteries de canon de l'autre co-
sté de la Sambre au dessous de
l'Eglise Sainte GtOIX. ME le Ma-
reschal qui vouloit estre par tout,
O1
164 Fournal du Siege
donnoit ses ordres sur les mesures
qu'il y avoit à prendre pour faire
une vigoureuse resistance Il pas-
soit une partie des nuits dans les
chemins couverts, où l'on faisoit
toujours un grand feu de mous-
queterie. Le danger auquel il
s'exposoit à tous momens, don-
na lieu à des Dragons & Soldats
de luy présenter un Placet, qui
en substance contenoit, qu'ils
estoient prests d'exposer leurs
vies pour le service du Roy, ma is
que ce qui leur amolissoit le
courage, estoit la etainte qu'ils
avoient de le perdre, prévoyant
bien que s'il luy arrivoit quelque
malheur, cela entraisneroit celuy
de la Place. Mr le Mareschal les
remercia de leur zele, & leur
de Namur 165.
donna quelque argent; mais cela
ne l'empescha point de suivre son-
train ordinaire.
Le II. les Ennemis commen-
cerent dés le point du jour à ti-
rer sut le Chasteau de toutes leurs
batteries, ne fixant aucun point
de vûë. Il y eut plus de soixante
hommes tuez ou blessez. Ils s'at-
tacherent pendant quelque temps
à l'entrée du sousterain de Mr le
Mareschal, où il y eut de ses gens
tuez, & l'on fut obligé d'y
faire un épaulement. Vers le soir
ils tirerent sur la Porte du Port
de Grogneau de la basse Ville, la-
quelle est à la jonction de la
Meuse & de la Sambre. Mr de
Lomont alla au Pont de Meuse,
166 Fenrnaldu Siege
pour parler àlOfficier de la Gar-
de des Ennemis qui occupoit les
deux Tours cedées, & il luy de-
manda si on pouvoit prendre
certe conduite pour une rupture,
sut la parole qu'on avoitdonnée
de ne point tirer sur les deux Vil-
les. Cer Officier répondit qu'il
falloit que ce fust une méprise &
qu'il alloit faire cesset; que nean-
moins il envoyeroit scavoir sur
cela les intentions de Mr de Ba-
viere, & que le lendemain il en
rendroit raison. L'on vit remon-
ter sur la Meuse quelquec blessez
que l'on conduisoit à Dinant.
Les Ennemis ouvrirent deux
Tranchées, l'une vers Salzeine,
& l'autre du costé de la Balance,
ce qui declaroit l'attaque du Fort
de Namur. 167
Guillaume. L'on faisoit toutes les
nuits des sorties sur les Travail-
leurs de la teste de leurs Tranchées,
ce qui les dérangeoit beau-
doup. Ili y avoit déja quelques
jours que Mr le Mareschal n'avoit
eu de nouvelles, il en appeit par
un Sergent Itlandois des Enne-
mis, qui allant de lIAbbaye de
Salzeine à la VVille, ne croyoit
pas que l'on cust des Gardes sur
la Sambre. Harriva dans un Po-
ste que l'on occupoit, & ayant
reconnu ſa béveuë il prit la fuite.
Mr du Couret & un Grenadier
du Dauphn l'ayani joint, le con-
duisiren à Mrl Mareschal On
sceut pat luy que le Prince d'O-
range n'avoit pas voulu estre
témoin du Bombardement de
168 fournal da Siege
Bruxelles, qu'il estoit revenu pour
continuer le Siège, & que Mr de
Baviere estoit party pour se met-
tre à la teste de l'Armée qui de-
voit s'y opposer, & joindre Mr
de Vaudemont.
Le 12. Mf le Mareschal
envoya Mr de Moulinneuf au
Fort Guillaume poury comman-
der. Il montoit tous les jours un
Brigadier au Chemin Couvert,
ce qui rouloit entre Mrs de Saint
Laurent, d'Asfeld, la Badie &
Bragelonne. Il montoit aussi un
Colonel au Chemin Couvert de
la Cassote aux ordres de Mr de
Millancourt, & environ douze
cens hommes à chacune de ces
deux attaques. QL'Artillerie du
Chaſteau
ler
de Namur. 169
Chaſteau démontoit de temps en
temps quelques pieces aux Ennemis,
& faisoit un feu continuel.
Mr de Megrigny estoit toujours
en mouvement pour faire travail.
ler dans les endroits par où il
croyoit que les Ennemis devoient
venir. Mr le Mareschal voulut
faire faire une grande sortie pour
culbuter les Tranchées des Enne-
mis; mais on luy representa quil
falloit conserver les Troupes pour
les coups de main dans l'attaque
des Chemins Couverts. Environ
à neuf heures du matin, les En-
nemis recommencerent a tirer
sur la Porte de Grogneau sans rendre
réponse, ainsi qu'ils avoient
promis. Monsieur de Reignac al.
la parler à l'Officier qui estoit de
P
170 Fournal du Siege
garde aux Tours de Jambe, &
luy dit, que puisqu'il manquoit
de parole on alloit brûler la Ville
qu'ils occupoient. Il s'excusa sur
ce qu'il avoit relevé le Poste ſans
qu'on luy eust communiqué l'en-
gagement dans lequel on estoit,
mais qu'il alloit faire cesser de ti-
rer, & qu'il en donneroit avis à
ses Generaux. Sur les deux heu-
res aprés midy, avant qu'il eust
rendu réponse, toutes les batte-
ries qu'ils avoient de l'autre coſté
de la Meuse, continuerent de ti-
rer ſur la meſme porte. On vit
bien qu'ils se declaroient pour y
faire une attaque. Mrle Mares-
chal vouloit dans ce moment faire
écraser leur Ville par le canon &
les bombes du Chaſteau. On luy
de Namur. 171
representa encore, que l'on n'en
tireroit aucune utilité, attendu
que si on y tiroit, les Ennemis ti-
reroient aussi d'une Ville sur l'au-
tre, & qu'il y avoit quelque mé-
nagement à garder. Il n'a point
esté decidé si cette conduite estoit
bien bonne, mais il est seur que
Mr le Mareschal ne s'y rendit
qu'avec peine. L'Artillerie des
Ennemis tirant par salves, ne
tarda pas d'y faire une bréche, &
comme il n'y avoit aucune def-
fence pour la soûtenir, on travail-
la à se retrancher derrière dans
un terrain fort serré.
Le 13. on continua de se re-
trancher dans la basse-Ville, &
l'on fit plusieurs traverses le long
PI
172 Fournal du Siege
du Rempart de Meuse jusques à
l'Eglise Nostre-Dame, M. le
Mareſchal ayant reſolu de la def-
fendre jusques à la dernière ex-
trêmité; car comme il n'y avoit
point d'eau dans le Chaſteau, on
auroit esté obligé de se rendre
peu de temps aprés la perte de
cette Ville. On y laissa les deux
Brigades qui y estoient. Celle de
Gramont estoit de prés de sept
cens Dragons; & celle de Rei-
gnac d'environ seize cens Sol-
dats. Depuis le point du jour jusques
à la nuit, les batteries des
Ennemis ne cesserent point de
tiier sur l'attaque de Grogneau;
en sorte qu'il y avoit,une brêche
tres-considerable, & par laquel-
le on pouvoit monter facilement.
de Namur. 173
Mr le Comte de Lomont croyant
que les Ennemis donnetoient l'as-
faut, fit coucher les Troupes sous
les Armes, & l'on travailla avec
vigueur à racommoder les Parapets.
Mt de Reignac descendit
pendant la nuit au bas de la bréche,
& fit sonder la Sambre dans
l'endroit où les Ennemis la poit-
voient passer pour monter à l'al-
saut; il ne s'y trouva qu'un pied
& demy d'eau. Ils avoient aussi
battu la premiere branche droite
du Fort Guillaume avec les bat-
teries de Sainte Croix. Celle de
la teste de leurs Tranchées sur
les hauteurs du Chaſteou avoit
fait bréche à la Redoute de la
Cassotre. Les Troupes des Che.
mins Couverts faisoient un si
Piij
174 Fournal du Siege
grand feu, qu'ils n'avançoient que
tres-peu leurs travaux aux trois
attaques qu'ils faisoient de ce co-
ſté-la.
Le 14 le feu de l'Artillerie des
Ennemis recommença de toutes
parts avec une grande violence
Ils ouvrirent la Bréche de Gro-
gneau par la droite & par la gau-
che pour y monter avec un plus
grand front. A midy elle fut aussi
grande & aussi praticable qu'ils
le pouvoient desirer. Ensuite ils
tirerent dans les endroits qui la
pouvoient proteger, & raserent
une partie des maisons voisines.
Sur le soir on vit quelque mou
vement de Troupes dans la Ville
des Ennemis. Cela fit croire qu'-
de Namur. 175
ils ſe disposoient à donner un as-
saut. Ils baisserent le Pont-levis
de la Porte de Graver, qui re-
garde la bréche. Les Troupes
prirent les Armes, & chacun se
rendit au Poste qui luy estoit dé-
signé. L'on demeura dans cette
situation jusques au lendemain,
que l'on vit que les Ennemis ne
vouloient rien entreprendre. Hs
pousserent leurs Travaux de l'attaque
de la Cassotte, & tirerent
une parallele pour joindre l'atta-
que de la droite du Fort-Guillau-
me. Mr le Mareschal fit comman-
der les Troupes qu'il jugeost ne-
cessaires pour faire une sortie, la
disposition en estoit mesme faite,
mais Mr de Megrigny luy repre-
senta encore qu'il falloit conser-
Piii
176 Fournal du Siege
ver les Troupes, afin de faire des
actions de vigueur, à la deffense
des Chemins couverts, & son
sentiment fut suivy. Les Enne-
mis jetterent une si grande quan-
tité de bombes que l'on ne sçavoit
où se mettre à couvert. Ils
avoient des mortiers en differen-
tes batteries, qui se croisoient de
maniere qu'on ne pouvoit pren-
dre aucune mesure pour s'en garantir
On avoit estably un Hos-
pital dans la maison du Gouver-
neur, où il y avoit deux cens
blessez qu'il fallut descendre dans
la Ville, parce que les Chirurgiens
n'estoient pas en seureté
pour les panser, & ils furent mis
dans l'Eglise Nostre Dame.
de Namur. 17
Le 15 l'on s'attendoit que les
Ennemis donneroient l'assaut à
la basse-Ville, & rien ne les en
empeschoit. Il y avoit soixante
toises de bréche. Ils pouvoient
passer la Sambre avec facilité, &
avoient un grand terrain pour
se mettre en bataille au sortir de
l'eau. Mr de Megrigny fit travail-
lerien toute diligence à baricader
les ruës avec des tonneaux rem-
plis de terre. Mr le Comte de
Lomont dressa avec Mr de Rei-
gnac un projet pour la distribu-
tion des Troupes & ce fut à peu
pres de cette sorte. La Compa-
gnie de Grenadiers de Dragons
de Quélus commandée par M.
d'Antigny, & celle de Siinte
Hermine commandée par le Mar-
178 Fournal du Siege
quis de Maury, devoient se jetter
sur la brêche au moment que
les Ennemis sy présenteroient,
& au cas qu'elles y fussent for-
cées, Mr de Reignac devoit y
marcher avec les Compagnies de
Grenadiers des Regimens de
Hainault & d'Illiers, derriere la
traverſe de l'Hoſpital, la Com-
pagnie des Grenadiers de Courten
vis-à-vis de la bréche dans
un petit terrain, trente hommes
qui auroient vû les Ennemis de
revers, & qui devoient porter
leur feu jusqu au milieu de la bré-
che. Dans la ruë qui tombe au
milieu de la bréche, on y mit
la Compagnie des Grenadiers du
Regiment de la Marre, pour oc-
cuper deux traverses qui bar-
179
de Namur.
toient cette ruë. Dans une petite
place derriere il y avoit cent hom-
mes détachez, dont une partie
devoit occuper les fenestres des
maisons qui emfilent la mesme
ruë. Cette avenuë estoit aux or-
dres d'un Lieutenant Colonel.
La gauche de la brêche estoit
deffenduë par la Compagnie de
Grenadiers de Dragons de Gramont,
commandée par le Comte
de Reſnel, estant soûtenuë par
celle de Dragons du Roy, com-
mandée par Mr de Givry, &
dans une petite fausse Braye où-
estoit la Poissonnerie, l'on y mit
la Compagnie de Grenadiers du
Regiment de Solre. Mr de Gra-
mont soûtenoit cette attaque
avec le corps des Dragons. Il y
180 fournal du Siege
avoit sur la Place deux cens hom-
mes détachez où se devoit tenir
Mr le Comte de Lomont & M.
de Rogon, afin de se porter dans
les endroits qui pourroient estre
forcez. Les Bataillons de la Bri-
gade de Mr de Reignac de voient
loûtenir la droite, celuy de Hai-
nault occupoit la Traverſe du
Cimetiere Nostre-Dame; celuy
de Solre devoit se tenir dans la
ruë de Bulley ; les deux de la
Marre & d'Illiers, devoient bor-
der le Rempart de Meuse, la
moitié de celuy de Courten gar-
doit les ouvrages de la Porte de
Bulley, & l'autre fut postée au
bout du Pont de Meuse pour voir
les Ennemis de flanc. L'on de-
meura seize heures sous les armes
181
de Namur.
attendant de moment à autre de
voir venir les Ennemis. Pendant
ce temps Mr le Mareschal vint a
tous les Postes, exhortant chacun
de bien faire son devoir. Il vouloit
meſme demeurer pour se
trouver à l'action, mais on luy
dit que les Ennemis en donnant
l'aſſaut à la Baſſe Ville, ne manqueroient
pas d'attaquer en mes-
me temps les Chemins couverts
du Fort Guillaume Cela le dé-
termina de monter au Chasteau,
aux attaques duquel les Ennemis
n'avoient pas beaucoup avancé
leurs ouvrages. La journée ſe
passa dans un grand feu d'Artil-
lerie. Les Ennemis ne tirant pres-
que plus sur la bréche de Gro-
gneau, sattacherent à rompre
182 Journal du Siege
l'Escalier qui monte de la Ville
au Chasteau. Ils battirent aussi
une des grosses Tours du Don-
jon dans laquelle estoit le Ma-
gasin à poudre. Sur le soir com-
me l'on s'attendoit à une grosse
action, il survint une grande
pluye qui dura toute la nuit, ce
qui dérangea beaucoup les Enne-
mis, ayant un pied d'eau dans
leurs Tranchées, & estant mesme
obligez de se mettre en bataille
sur le revers. Une bombe tirée
du Fort Guillaume par Mr de
Marcilly, mit le feu dans les pou-
dres de leurs batteries de Sainte
Croix, ce qui fit qu'ils furent
quelques heures sans tirer.
Le 16. la pluye continua tout
de Namur. 183
leljour, & avant huit heures du
matin les Rivieres estoient crues
d'un pied & demy, ce qui ten-
dit l'attaque de Grogneau moins
accessible, & le soir elle fut pres-
que impraticable. Le mauvais
temps empescha l'artillerie des
Ennemis de faire un feu aussi vif
qu'à l'ordinaire, mais en revan-
che elle tira toute la nuit. Les
Tranchées ne furent presque
point avancées. L'on continua de
faire faire un giand feu aux Trou-
pes des Chemins couverts. M.
de Moulinneuf reçût une contu-
sion à la teste, & une legère bles-
sure au bras, ce qui ne l'empes-
cha point d'agir. Mr de Brage-
lonne estani dans le Chemin cou-
vert avec Mr le Mareschal, y fut
184 Fournal du Siege
blessé, ainsi que quelques autres
Ofnciers.
Le 17. l'on s'apperceut que
les Ennemis en usoient de mau-
vaise foy en tout ce qu'ils avoient
promis, car ils commencerent à
faire quatre batteries dans leur
Ville pour battre la face du Chasteau
qui la regarde. Ils avancerent
leurs Tranchées assez prés
du Chemin couvert du Fort
Guillaume, & firent une nou-
velle batterie de l'autre costé de
la Meuse qui voyoit l'Escalier du
Chaſteau par l'enfilade d'une ruë
de la baſse-Ville. C'estoit la ſep-
tième qu'ils avoient pour lors de
ce costé-la. Elles tirerent toute
la journée dans la communica-
de Namur. 185
tion de l'Escalier, & dans les
fausses Brayes qui regnent depuis
le Donion jusques à l'angle du
demy-Bastion gauche-de Terra
Nova, & abbatirent les maisons
des environs de la bréche de
Grogneau, & celles qui leut em-
pêchoient la vuë de l'Escalier. Il y
avoit toûjours trois cens hommes
détachez pour travailler à la reparation
des traverses, & a percer
des maisons pour communi-
quer à la bréche sans passer dans
les rües.
Le 18. les quatorze Batteries
que les Ennemis avoient autour
de la Place, tirérent dés le point
du jour, & ne cessérent qu'à la
nuit. On n'a jamais vû un si grand
186 fournal du Siege
bouleversement, on n'estoit en
seureté dans aucun endroit. Au
travers de tout ce danger Mr
le Mireschal visitoit les Pos-
tes d'un aussi grand sang froid
que s'il n'y avoit eu aucun peril.
Cependant il y avoit tres-souvent
des gens emportez à ses coſtez.
On n'estoit pas bien reçû lors
qu'on l'exhortoit de ne pas s'ex-
poser de la manière qu'il faisoit.
Comme on l'avoit empesché de-
puis trois jours de faire la sortie
qa'il avoit projettée, il prit enfin
la resolution de la faire, & en
voicy la disposition. Il fit com-
mander six- vingt Dlagons à
cheval qui furent separez en deux
Troupes, l'une commandée par
le Chevalier de Jau, Capitaine
de Namur. 187
au Regiment du Roy, & l'autre
par un Capitaine du Regiment
d'Asfeld, le tout mené par Mr
de Martinet, Lieutenant Colonel
du Regiment du Roy, &
par Mr Collard, aussi Lieute-
nant-Colonel de Dragons. Ces
deux Troupes devoient sortir par
la Porte du secours, & couler a
la droite du Fort Guillaume,
pour entrer dans la Prairie de
Salzeine, où les Ennemis avoient
une Garde de Cavalerie, qui sou-
tenoit leur Tranchée, la teste de
laquelle de voit estre attaquée par
quatre Compagnies de Grena-
diers, commandees par Mr de
Conche, Capitaine au Regiment
Dauphin, soutenues par un autre
gtos détachement que devoit
Qij
188 Fournal du Siege
mener Mr de Monbron, lequel
ne put agir Mr de Martinet char-
gea les Ennemis, & renversa
leurs Escadrons. Au bruit de
l'escarmouche, leur Infanterie
abandonna la Tranchée, & les
Grenadiers les suivirent, faisant
un grand feu sur eux. La nuit
estant fort obscure, les Troupes
de la sortie ne purent se rallier.
Les Ennemis estant venus avec
des Troupes nouvelles. se meslérent
avec celles de la Place, &
marchérent ensemble sans se re-
connoistre, jusqu'au dessous du
Fort Guillaume, où de part &
d'autre on s'apperçeut de la mé-
priſe Aprés s'eſtre tiré pluſieurs
coups, les Ennemis se retirérent
ayant laissé plusieurs des leurs sur
de Namur. 189
la Place, avec cinq ou six Prison-
niers. Mr le Chevalier de Jau y
fut tué, aprés avoir rompu un
Escadron des Ennemis. Le Capitaine
d'Asfeld fut aussi tué
avec six Dragons & deux Grena-
diers. L'on auroit tiré de plus
grands avantages de cette fortie, si
les Ennemisn en eussent pas esté
avertis par des Deserteurs, mais
ils estoient sur leurs gardes. Si tost
que l'action fut finie, ils rentré-
rent dans leurs Tranchées, & la
poussérent prés de quarante toi-
ses, sans que l'on s'en apperçust.
Mrle Mareschal qui estoit à l'an-
gle du chemin couvert, manqua
d'y eſtre tué. Du coſté de la biſſe
Ville on commença à se mettre
dans les caves; les maisons estant
190 Journal du Siege
brisées, on ne pouvoit plus les
habiter.
Le 19. ſe paſſa comme le jour
precedent, c est à dire par un feu
continuel de la part des Ennemis.
Geluy de la Place commença à
se ralentir; toutes les embrasures
estoient rompues, & une partie
des pieces démontées. Mr le Ma-
reschal qui voyoit bien que dés
que la Sambre deviendroit gaya.
ble, les Ennemis ne manque-
roient pas de donner un assaut
general à la basse Ville, en fit
retirer le Magasin des palissades,
& les fit porter au Fort Guillau-
me. Mts d'Entragues & du Cou.
ret y furent occupez toute la
nuit. On ne laiſſa pas de travail-
de Namur- 191
ler toujours à se retrancher, Mr
de Reignac prenant le soin de la
droite, & Mr de Gramont de la
gauche. Mr de Moulinneuf tra-
vailla aussi dans le Fort Guillaume
à le mettre dans le meilleur estat
qu'il estoit possible. L'on payoit
regulierement les Travailleurs
mais le Soldat qui avoit de l'ar-
gent, n'avoit nul moyen de s'en
servir ; ils avoient une livre &
demie de pain par jour, & une
demie de chair de cheval, & autant
de viande sallée. Cela ne
faisoit de peine à personne, &
l'exemple de Mr le Mareschal
ostoit la répugnance qu on auroit
pû avoir d'en manger.
Le 20. l'Artillerie des Enne-
192. Journal du Siege
mis tira de la même maniere. Ils
joignirent leurs deux attaques du
Chaſteau par une parallele qui
embrassoit les chemins couverts
du Fort Guillaume & de la Cas-
sotte Mr de Moulinneuf, qui
avoit bien prévû qu'ils fetoient
ce travail, fit faire toute la nuit
un grand feu de mousqueterie,
& tirer huit pieces de canon à
cartouche dans la jonction des
deux boyaux, ce qui fit, que les
Ennemis y perdirent quantifé de
monde. Le marin, Mr de Mil-
lancourt fut blessé au bras & à
la teste, d'un éclat de bombe; Il
y avoit vingt jours qu'il estoit
dans le chemin couvert, y servant
avec beaucoup de distin-
ction. Mr le Maréchal envoya
chercher
de Namur. 193
chercher Mr de Rogon, qui fai-
soit les fonctions de Lieutenant
de Roy de la Basse Ville, pour
le mettre en la place de Mr de
Millancourt. Les batteries que
les Ennemis avoient faites dans
leur Ville, furent achevées, &
ils en commencerent une sur la
courtine joignant la porte de
Gravet, pour voir à revers toute
la courtine de Meuse, & rompre
les traverses qu'on y avoit faites.
La Garnison vit bien de quelle
consequence cela estoit; nean-
moins ny Officiers ny Soldats ne
marquerent d'inquietude &
comme cela regardoit directe.
ment le costé que Mr de Reignac
de voit défendre, il travailla avec
un grand somn à trouver des
R
194 Fournal du Siege
moyens de mettre ses Troupes
a couvert, mais il estoit presque
impossible; & quoy qu'il fust
malade par la fatigue de cinquan-
te jours de Siege, il ne laiſsa pas
d'agir nuit & jour. On estoit tres-
embarassé pour mettre les pou-
dres en seurété. Mr le Comté
de Lomont fit accommoder des
caves pour les y placer. Il parut
qu'il estoit arrivé un Corps de
Troupes aux Ennemis, & un
grand convoy, avec quarante
pieces de canon & dix mortiers.
Le 21. les Ennemis ne tirerent
point de canon jusqu'à sept heu-
res du matin; & comme on vit
faire plusieurs mouvemens
de Namur. 195
leur Cavalerie, & que presque
toute leur Infanterie estoit en
bataille du coſté de la Hesbée
on crut que le secours paroissoir,
& que l'on estoit au moment
d'une Bataille; mais on fut bien
surpris de voir faire une salve
aux Ennemis de toute leur Artillerie,
qui devoit estre pour
lors de prés de deux cens canons
ou mortiers. Ils en avoient placé
dans tous les jatdins de leur
Ville qui pouvoient découvrir le
Chasteau, & l'on comptoit qu'il
y avoit vingt Batteries, Comme
on n'avoit jamais entendu un si
grand bruit, les Soldats & Dra-
gons marquerent d'abord quel-
que consternation. Mr le Ma-
réchal affecta de se montrer par
Rij
196 Fournal du Siege
tout, pour les rassurer, & les
exhorter à soutenir le danger
avec fermeté. Le Chevalier de
Bouflers, son proche Parent, le
seul qui portoit son nom, & qui
loy ſervoir d'Aide de Camp, fut
tue a ses costez. Il fit débarasser
tous les soutertains pour mettre
les Soldats à couvert, & ne voulut
garder pour luy qu'un seul
endroit pour mettre un matelas.
Ce grand feu continua jusqu'à
la nuit avec tant de violence, qu'à
peine pouvoit-on s'entendre; &
l'air estoit obscurcy de la fumée.
Prés de deux cens hommes fu-
rent tuez ou blessez pendant ce
jour. Il n'y eut cependant d'Of-
nciers de consideration que Mr
de Caubet, Major du Regiment
de Namur. 197
de Dragons de Langledoc, qui
avoit servi avec uhe grande dis-
tinction depuis le commence-
ment du Siege. Mr le Maréchal-
ordonna que l'on tirast toute l'Ar-
tillerie du Chaſteau sur leur Ville.
mais celle des Ennemis imposa
ſilence à une partie des pieces,
qui furent démontées. La ma-
niere dont ils se servoient pour
ce Siege surprit bien des gens, &
particulierement Mr de Megri-
gny, qui avoit donné toutes ses
atrentions à fortifiet les endroits
par où naturellement ils devoient
fairelleur attaque. Il parot qu ils
ne vouloient point s'attachen à
la Cassotte, ny au front du Fort
Guillaume, & ils continuerent
de battre en bréche la première
Riij
198 Fournal du Siege
& seconde branche droite, & la
contre-garde de la troisiéme de
ce mesme Fort. Ils battirent aussi
en breche la branche du demi-
Bastion bas de l'Ouvrage de Terra-
nova, ruinerent tous les para-
pets, & rompirent une partie
des communications de la Basse-
ville au Chasteau. Toute la nuit
on travailla à déblayer les dé-
combres des bréches, & à plan-
ter une double pal ffade auxche-
mins couverts du Fort Guillau-
me & de la Cassotte.
Le 22. il n'y eut aucun chan-
gement sur le feu de l'Attillerie
des Ennemis, qui fut aussi vio-
lent que le jour précedent.
Tous les Officiers & Dragons
de Namur. 199
qui avoient des chevaux, les
abandonnerent, les magasins de
foin ayant esté entierement brû-
lez. Les bombes en tuerent une
grande partie; l'on en distribua
aux Troupes, & l'on en salla pour
leur donner dans la suite Les
fours où l'on cuisoit le pain fu-
rent en partie enfoncez. Mr de
Fumeron fit travailler avec dili-
gence à en construire d'autres,
& l'on se servit de ceux que
l'on trouva en estat dans la Basse
ville Le Commandant du Regi-
ment de Maule vrier eut la cuisse
emportée, & plusieurs Officiers
subalternes furent tuez ou blessez.
Comme la Sambre commençoit
a estre gayable, Mr de Lomont
redoubla ses soins sur les précau-
Rgii)
200 Journal du Siege
tions qu'il devoit prendre pour
soutenir une grande action à la
breche de Grogneau. Mr de
Reignac fit faire une traverse
au devant de celle de l'Hôpital,
laquelle estoit à l'épreuve du
canon, afin d'y pouvoir tenir
& arrester l'Ennemi, au cas que
l'on fuſt forcé à la bréche.
Le 23. les Ennemis tirerent de
la meſme maniere. Il y avoit
pour lors cinq btéches conside-
rables, & par lesquelles on pou-
voit monter, une à la basse Ville,
trois au Fort Guillaume, & l'au-
tre à la Cassotte. Mr de Moulinneuf,
qui se voyoit au moment
d'estre insulté dans ce Fort, n'ou-
blia rien de tout ce qui se pou-
de Namur. 201
voit faire pour s’y bien défendre.
La Brigade du Dauphin qu'il
avoit avec luy, n'ayant pû ſou-
tenir le feu de l'Artillerie des
Ennemis dans ce poste, demanda
à estre relevée. Mr le Maréchal
y fit monter la garde par déta-
chement, & il y avoit tous les
jours un Brigadier.
Le 24 les Ennemis retirerent
presque toute l'Artillerie qu'ils
avoient au delà de la Meuse, &
continuerent avec la mesme fu-
rie à tirer de toutes leurs autres
Batteries. Il y avoit quelque
temps qu'ils n'avançoient point
leur tranchée, mais en plein jour
ils y travaillerent avec beaucoup
de vigueur, poussant devant eux
202 Fournal du Siege
des ballots de laine, pout parer
les coups de mousquet qu'on leur
tiro it du chemin couvert du Fort
Guillaume. On ne put les em-
pêcher de l'embrasser du coſté de
Salzeine. La Batterie du Bastion
de Graver rompit la communi-
cation de l'Escalier du Chasteau,
& le pont que Mr de Reignac
avoit fait faire pour communi-
quer du Clocher Nostre Dame
à ce Chasteau. Mr de Guiscard
visita les retranchemens de la
baſſe Ville, & les trouva dans la
derniere perfection. On vit faire
de grands mouvemens à toute
l'Armée des Ennemis. Cela
donnoit quelque esperance pour
le secours que l'on avroit esté
bien-aise de voir arriver. Depuis
de Namur. 203
qn'ils avoient redoublé leur Artillerie,
il ne ſe paſsoit point de
jour que l'on ne perdist soixante
ou quatre vingt hommes. Le
premier Capitaine du Regiment
de la Marre fut tué d'un coup de
canon. Pendant la nuit, ils tra-
vaillerent fortement à leurs tran-
chées, qu'ils poussoient vers les
Briquerres devant la porte du
bord de l'eau. Ils avancerent aussi
celles de la Cassotte. L'on fit un
feu continuel du chemin couvert,
qui leur tua bien du monde.
Comme la Lune estoit claire,
leur Artillerie tira toute la nuit,
& ils jettoient jusqu'à trente
Bombes à la fois. Mr le Maréchal,
qui estoit presque toujours
dans les dchors, contribua par
204 Fournal du Siege
sa preſence à la fermeté que les
Troupes témoignoient dans cet-
te occasion. Mr de Guiscard vi-
sitoit regulierement les postes
une fois par jour, & Mr de Me-
grigny estoit toujours en mou-
vement, assisté par Mr Dérigny,
principal Ingenieur, qui agissoit
avec beaucoup d'application.
Le 25. il parut que les Ennes
mis avoient encore augmenté
leurs Batteries dans leur Ville,
cat dés le point du jour ils tire
rent par salves, & avec tant de
promptitude, qu'il n'y avoit point
d'inter vale. Ils jetterent beaucoup e
de Carcasses, pots à feu, & bom-
bes dans la basse Ville. Toutes
les brêches estoient insultabl,
de Namur. 205
& lon navoit que les Chemins
a couverts dans lesquels on pouvoit
tenir, mais il eſtoit à craindre
que lors qu'on les attaqueroit on
n'emportast en mesme temps le
Fort Guillaume. Mr le Mares-
chal prenoit toutes les précau-
tions imaginables. Comme tout
dépendoit de la fermeté des Trou-
pes dont une partie des meilleu-
res estoit perie, & que le reste se
trouvoit dans un mauvais estat
tant parce qu'elles ne reposoient
point à cause de l'effet des bom-
bes, que parce qu'elles commen-
çoient à souff ir par la mauvaise
m nourriture, il se trouvoit dans
de grandes perplexitez. Cepen-
dant il ne témoignoit point son
inquietude, & se montroit par
206 Journal du Siege
tout avec un visage tranquile.
Les gens à qui il se confioit le
plus connoissoient bien ce qui se
passoit dans son esprit. Pendant
tout le jour on vit arriver des
Troupes aux Ennemis du costé
de la Condros. Ils occuperent
avec quatre ou cinq cens hom-
mes le Fauxbourg de la Plante
devant la Porte de Bulley, &
firent un grand feu sur un Poste
que l'on occupoit à my coſte du
Chemin couvert de la Cassotte.
Mr le Mareschal ne voulant pas
les y laisser establir, manda à M-
le Comte de Lomont de faire
faire une sortie par la Porte des
Bulley pour les en chasser, &
que dans le mesme temps que
les Troupes de la basse-Ville
de Namur. 207
commenceroient à charger, M-
de Megrigny qui estoit dans le
Chemin couyert de la demy-Lu-
ne calemattée, feroit descendre
deux cens Grenadiers pour les
prendre en flanc. Cela fut fort
bien executé de part & d'autre.
Mr le Comte de Lomont ayant
fait commander deux cens Grenadiers
ou Dragons, Mr de Rei-
gnac les fit passer pat le Chemin
couvert de cette Porte de Bulley,
& les divisa en trois Troupes,
l'une commandée par Mr de la
Borie, Capitaine des Grenadiers
du Regiment de Hainault, qui
devoit suivre le grand chemin
de Dinant. Mr de Givry, Capitaine
de Dragons au Regiment
de Quélus, paſsa dans les jardi-
208 Journal du Siege
nages du Fauxbourg avec la se-
conde, & le Capitaine des Grenadiers
du Regiment d'Illiers
marcha le long de la Meuse avec
la troisiéme. Mr de Cochardiere
estoit sur le tout, cela ne ſe put
faire si promptement que les En-
nemis ne s'en apperceussent. Ils
prirent des Postes avantageux
pour se deffendre, mais on les
attaqua si vivement, qu'ils pri-
rent la fuite, laissant quarante
morts sur la place, & vingt-trois
prisonniers. Mr de Cochardiere,
commandant le Regiment de
Quélus, s'en acquitta tres-digne-
ment. L'on apprit par ces pri-
sonniers qu'ils estoient des Trou-
pes de Hessen, venuës nouvel-
lement d'Allemagne, & que le
de Namur. 209
secours estoit fort proche. Les
Ennemis avancerent de quelques
toises leurs tranchées du coſté de
la Sambre, & vers les neuf heu-
res du soir ils firent descendre
des batteaux le long de cette Ri-
viere, sur lesquels ils avoient
embarqué des Grenadiers qui a-
borderent à la Redoute que l'on
occupoit à la droite de la Porte
du bord de l'eau, laquelle est de.
tachée de tous les ouvrages. Ils
jetterent un Pont de Clayes sur
le fossé de la gorge, & s'en rendirent
maistres, sans que l'Offi-
cier qui y commandoit pust faire
la moindre resistance, parce qu-
il estoit dans une galerie dont la
communication avoit esté cou-
pée par une batterie que les En-
S
210 Journal du Siege
nemis avoient mise sur le Rempart
de la Ville. Il fut fait pri-
sonnier avec quinze hommes qui
estoient avec luy. Ce poste fer-
moit entierement la ligne des
Ennemis jusques à la Sambre.
Quoy que leur Artillerie tirast
toute la nuit, Mr le Mareschal
ne laissa pas de visirer toutes les
brêches. Mr de Moulinneuf qui
commandoit dans le Fort Guil-
laume, eut la jambe cassée auprés
de luy, & il en mourut quelques
jours aprés, ce qui fut une veri-
table perte, car outre qu'il ser-
voit avec toute la vivacité ima-
ginable, Mr le Mareſchal ſe re-
posoit beaucoup sur luy pour la
deffense de ce Poste. Cela fit
changer l'ordre du service, Mt
de Namur. 21I
de Princé fut mis dans ce Fort
pour le détail de la Place, sous
les ordres du Brigadier qui montoit
au Chemin couvert. L'on
fit aussi monter un Brigadier a
celuy de la Cassotte.
Le 26 se passa en salves con-
tinuelles de l'Artillerie des En-
nemis. Ils continuerent de jetter
une prodigieuse quantité de carcasses,
pots à feu & bombes dans
la basse-Ville. Presque toutes les
massons furent ren versées, & ja-
mais l'on ne vit rien de si pitoyable
que le desordre où se
trouverent les Soldats qui es-
toient aux Hospitaux, lesquels
estoient entierement enfoncez.
L'on en voyoit, à qui on avoit
S1)
212 Fournal du Siege
coupé des bras & des jambes, qui
rampoient pour se garantir de
l'incendie. Mr le Comte de Lo-
mont donnoit tous ses soins pour
y remedier, mais comme la plus
grande partie des Chirurgiens
avoient eſté tuez, on ne sçavoit
comment les faire panser. Les
bombes renverserent aussi une
partie des traverses que l'on avoit
faites le long du Rempart de
Meuſe, & du costé de la Sambre.
Ces Rivieres estoient fort basses,
& on n'avoit de ressource pour
se garantir d'une insulte, que de
soûtenit un assaut l'épée à la
main, n’y ayant pas un seul flanc
d'où l'on pust tirer un coup de
mousquet. Le Fort Guillaume
estoit ouvert en trois endroits,
de Namur. 2
& l'on pouvoit monter un Ba-
taillon de front par chaque bré-
che. La branche du demy- Ba-
stion bas de Terra Nova estoit
renversée, & l'on battoit les petits
ouvrages qui tombent en am-
phiteatre jusques à la Riviere,
en sorte que les Ennemis pou-
voient attaquer le Fort Guillau-
me, Terra Nova, la basse-Ville,
& le Chemin Couvert de la Cassotte
tout à la fois. Un autre que
Mr le Mareschal auroit marqué
de l'inquietude, mais il donnoit
ses ordres sans qu'il parust avoir
de la crainte du danger qu'il y
avoit, & l'on estoit toûjours dans
l'attente d'estre attaqué. Il divisa
Mis les Officiers Generaux dans
toutes les attaques. Mt de Gra-
214 Fournal du Siege
mont raſta à la basse-Ville a vec
Mr le Comte de Lomont. Mide
Reignac monta au Chemin cou-
vert de la Cassotte avec trois
Lieutenans Colonels, & Mr de
la Badie à celuy du Fort Guillau-
me. La nuit ſe paſſa ſans aucune
entreprise de la pirt des Ennemis.
Ils pousserent leurs Tran-
chées vers la redoure de la Sam-
bre, & ils mirent encore cinqe
pieces de canon en batterie sur
le Bastion de Graver pour achever
de ruiner les épaulemens
qu'on avoit faits à la bréche de
Grogneau. Mr de Megrigny tra-
vailla à reparer les bréches du
Fort Guillaume, & à se retrancher
derriere celle de Terra No-
va. Mr de Courcelle, Capitaine
de Namur. 215
des Grenadiers du Bataillon des
Fusilliers, fut tué à l'angle Sail-
lant droit du Chemin couvert de
ce Fort. Sur le minuit on enten-
dit plusieurs coups de canon vers
le defilé du Mazy, sans que l'on
pust sçavoir pour lors ce que
c'estoit.
Le 27. les décharges de l'Ar-
tillerie des Ennemis continue-
rent de la mesme force. Celle de
la Place tira toûjours sur leur
Ville, & les bombes écraserent
plusieurs maisons. L'on vit un
grand mouvement dans leur Ar-
mée, laquelle quittoit le costé de
la Condros, & prenoit le grand
chemin de Bruxelles. Toute la
Garnison commença à se réjouir,
216 Journal du Siege
sut ce qu'on ne doutoit plus du
secours. Ce qui le faisoit conjec-
turer, c est la précipitation avec
laquelle les Ennemis poussoient
leurs Travaux. Mrde Saint Lau-
rent monta a la Cassotte, M-
de Gramont au Fort Guillau-
me, & Mr de Reignac à la basse-
Ville. Sur les dix heures du
soir, J'on apperceut un hom-
me proche la bréche de Terra
Nova. Comme on croyoit quil
estoit venu pour l'examiner,
Mr de Sainte Hermine estant à
la Porte du bord de l'eau avec
son Regiment, fit avancer qua-
tre Dragons pour tirer sur luy,
mais il cria qu'il se presentoit
pour parler à Mr le Marechal.
Oni luy jetta une corde, & on
le
de Namur
217
le monta à la basse-Ville. Il dit
qu'il estoit François, qu'il fer-
voit un homme a Mr de Baviere,
qu'il estoit bien-aise d'avertit que
dans peu on seroit secouru, &
que l'Armée de France estoit à
la hauteur du Mazy. Les Ennemis
continuerent leurs travaux
pour joindre la Sambre, & leut
Artillerie tira comme le jour.
Le 28. l'on fut surpris de ce
que l'Artillerie des Ennemis
pouvoit tirer, car les pieces de-
voient estre éventées; cependant
on n’y reconnut aucun
changement. Il sembloit même
qu elle estoit encore mieux servie,
& il falloit qu'ils en eussent
une prodigieuse quantité, pour
Journal du Siege
218
changer celles qui ne pouvoient
plus fervir. Jusques alors on en
avoit ignore le nombre, mais
un Officier de leurs Troupes , à
qui on parla, dit qu'ils avoient
plus de deux cens canons ou
mortiers en batterie, Sur le midy
Mr de Reignac fut avery qu'il
paroissoit une flote de Batteaux
jui descendoient à la Ville. L'on
crut que c'estoit des. Troupes qui
venoient debarquer à la brêche
de Grogneau. Il en donna avis
à Mr le Comte de Lomont, qui
fit prendre les armes, & chacun
occupa son poste. Mr de Reignac
ſoitit bors de la porte de Bulley.
pour les teconnoiſtre. Un Bate-
lier avoit averty que c'estoit dix-
neuf Batteaux que l'on avoit
de Namur. 219
fait descendre de Dinant & de
Givet, pour le transport des Bles-
sez qu'on avoit laissez dans la
Ville, suivant la Capitulation,
lesquels contre la bonne foy,
avoient esté arrestez pendant
seize jours, ce qui fit qu'on les
laissa passer. Les Ennemis ne fi-
rent pas beaucoup d'ouvrages à
leurs tranchées, & l'on vit bien
par leurs mouvemens qu'ils ne
vouloient pas hazarder un assaut
avant la décision de l'action à la.
quelle on s'attendoit pour le se-
cours. Ils firent une batterie de
dix pieces de canon à my-coſte
du Chemin couvert de la droite
du Fort Guillaume, qui battoit la
Porte du Secours, afin de ruiner
la défense du flanc qui voyoit la
TI
220 Fournal du Sirge
bréche de la branche du demy-
Bastion de Terra Nova, qui n'en
est qu'à la portée du pistolet. Elle
battoit aussi la face de ce demy-
Bastion Mr de Megrigny fit tra-
vailler à des Fougaces sous le dé-
bris des brêches. Les Officiers
commencerent à murmurer de
ce que Mr le Maréchal s'exposoit
trop, & luy representerent que
le ſalut de la Place toulant sur sa
ſeule personne, il estoit du sei vi-
ce du Roy qu'il se conservast da-
vantage. Cependant il ne laissa
pas de visiter les postes à l'ordi-
nairc. Mr d'Asfeld monta au
Fort Guillaume, Mr de la Badie
au Chemin couvert de la Cassot.
te, & Mr de Reignac resta à la
basse-Ville avec Mr de Lomont,
de Namur. 221
pout y achever les retranchemens
qu'il, y avoit fait faire, lesquels
estoient détruits en partie
par le canon & les bombes.
Le 29. on vit passer un grand
Convoy qui alloit à l'Armée du
Prince d'Orange, laquelle s'estoit
rapprochée de la Place. L'on
ne sçavoit où estoit celle de Mr
le Maréchal de Villeroy, dont
on n'avost eu aucun avis depuis
le 25. de Juillet. La brêche de
Tetra Nova, qui estoit le corps
de la Place, attendu que l'on ne
pouvoit plus le retirer dans les
deux petites envelopes, estoit si
grande & si accessible que l'on-
estoit dans la crainte diy estre
emporté, si les Ennemis don-
Tiij
111 Fournal du Siege
noient un assaut; mais l'on ne
pouvoit s'imaginer qu'ils deus-
sent y venir, la teste de leur tran-
chée en estant encore à plus de
trois cens toises. Mr de Megri-
gny fit abattre un corps de Ca-
sernes pour continuer le retran-
chement derrière cette bréche.
C'estoit un ouvrage difficile à
cause du grand feu d'Artillerie
que les Ennemis faisoient jour
& nuit dans cet endroit. Mr le
Mareschal qui prévoyoit ce qui
arriva le lendemain, voulut faire
une disposition generale, &
mettte des Commandans avec
des Troupes fixes à toutes les
attaques, afin que chacun re-
connust son terrain, & qu'on s'y
accommodast pour attendre les
de Namur 22
Ennemis. L'execution en fut dif-
ferée, à cause que l'on assuira
qu'il n'estoit pas possible qu'ils
pussent partir de si loin pour ve-
nit a l'assaut, & bien des gens
estoient de cette opinion: Mr de
Saint Laurent monta au Chemin
couvert de la Cassotte, Mr de
Reignac a celuy du Fort Guil-
laume, & Mr de Gramont à la
basse-Ville; & comme l'on estoit
dans l'attente d'une grande action,
l'on redoubla la garde de
ces postes.
Le 30. au point du jour l'on
s'apperceut qu'il yavoit un grand
mouvement dans les tranchées
des Ennemis où l'on vit entrer
quantité de Troupes, Mr de Rei-
Tilij
224 Fournal du Siege
gnac en donna avis à Mr le Ma-
reschal. Mr de Saint Laurent en
fit la mesme chose, vers les six
heures du matin. Comme on vie
distribuer aux Ennemis, quan-
nité de faux à revers, & d'espon-
tons, l'on reconnut qu'ils se dif-
posoient à donner un assaut,
mais l'on croyoit qu'ils ne vou-
loient qu'attaquer le Fort Guil-
laume, & le Chemin couvert de
la Cassotte. Mr de Reignac man
da encore à Mr le Mareschal qu'-
il ne doutoit plus que l'on n'allast
estre attaqué. Sur ce dernier avis
on fit prendre les armes à toute
la Garnison, & chacun courut à
son poste. Mr le Mareschal reſta
à celuy de Terranova, avec Mn
de Megrigny, d'Asteld & de
de Namur.
125
Nogent, & environ cinq cens
hommes. Mr de Guiscard se posta
a la demi-lune casematée avec
un corps d'environ mille hom-
mes, ayant avec luy Mr de la
Badic & Mrs de Montbron &
de la Chaise. Mr de Reignac,
comme il a esté dit, estoit au
poste avancé du Fort Guillaume,
ayant avec luy Mr des Barreaux,
Colonel de Dragons, & Mr de
Fonlongue, avec six cens Dra-
gons ou Grenadiers. Mr de Prin.
cé resta dans ce Fort avec Mrde
Verduisant, & environ cinqui cens
hommes. Mr de Montagnac
commandoit dans la demi-lune,
avec cent hommes. Mr le Mar-
quis de Quélus, Colonel de Dra-
gons de Languedoc, occupoit la-
226 Journal du Siege
gauche du Chemin couvert avec
cent Dragons & deux cens hom-
mes d'Infanterie. MEnde Saint
Laurent commandoit avec trois
Lieutenans Colonels & douze
cens hommes d'Infanterie, dans
tous les Chemins couverts de la
Cassotte. Mr de la Cime, Capi-
taine au Regiment de Beauvoisis,
estoit dans la Redoute de la Cas-
sotte avec soixante hommes. M-
le Comte de Lomont resta dans
la basse-Ville, avec Mrs de Gramont,
de Sainte Hermine, &
de la Marre, ayant trois cens
Dragons & environ quatorze
cens hommes d'Infanterie. Mr
de Marigny, Major du Chaſteau,
estoit dans le Donjon, avec cinqui
cens hommes d'Infanterie.
de Namur. 22.7
Sursles dix heures du matin,
l'Artillerie des Ennemis cessa de
tirer, & les Troupes sortirent de
toures leurs Tranchées, & se mi-
tent en bataille sur le revers, ob-
servant un grand ordre & un
grand silence, aprés quoy elles
se separerent par pelotons. Il
sortit aussi environ trois mille
hommes de l'Abbaye de Salzei-
ne, qui aprés s'estre mis en ba-
taille, s'approcherent des tranchées
dans lesquelles apparem-
ment ils n'avoient pû contenir.
Dans le temps qu'ils faisoient
leurs dispositions, un Officier
parut sur le Rempart de leur
Ville, & demanda à parler a Mt
le Comte de Guiscard, & un
Officier luy ayant répondu qu'il
228 Journal du Siege
pouvoit dire ce qu'il souhaitoit,
il dit qu'il venoit de la part de
Mr de Baviere pour l'avertir qu'-
il n'y avoit plus de secours à esperer,
que Mr de Villeroy s'e-
stoit retiré, & que comme il
estoit sur le point de faire don-
ner un assaut general, il l'exhor-
toit à vouloir faire une bonne
Capitulation, & qu'on la luy
accorderoit fort avantageuse; que
ce seroit le moyen de bien épar-
gner du sang de part & d'autre,
mais que l'on ne luy donnoit
qu'un quart d'heure pour se dé-
terminer. Mr le Comte de Lo-
mont qui estoit sur le Bastion du
bord de l'eau, répondit qu'il ne
se chargeoit pas d'une telle com-
mission, & que Mr de Baviere
de Namur. 229
n'avoit qu'à suivre son chemin
que l'on estoit préparé à le rece-
voit. Dans le mesme temps un
autre Officier se presenta sut le
revers de leurs tranchées, prés
le chemin couvert du Fort Guil-
laume, & demanda l'Officier ge
neral qui y commandoit. Mr de
Reignac ayant paru, il luy fit le
mesme compliment, à quoy il
répondit qu'il n'écoutoit point de
semblables propositions, que tou-
tes choses estoient préparées pour
se bien deffendre, & qu'ils n'a-
voient qu'à commencer. Chacun
se retira, & en un instant les En-
nemis donnerent le signal, qui
fut de trois décharges de toute
leur Artillerie, & ensuite ils mar-
cherent à l'attaque qu'on leur
avoit designée.
Fournal du Siege
230
Comme ils estoient plus pro-
che du Chemin couvert du Fort
Guillaume, que des endroits où
ils devoient aussi donner l'assaut,
l'action commença par la. Ils
l'attaquerent par trois differens
endroits avec une extrême vi-
gueur; mais on s'y deffendit
avec tant de fermeté, qu'ils ne
purent y entrer. Ils firent avan-
cer des Troupes fraîches qui vou-
lurent passer par la droite de ce
Chemin couvert pour s'emparer
des brêches de ce Fort. Mr de
Reignac qui avoit préveu la cho-
se, leur opposa un si grand feu
qu'ils furent obligez de se retirer,
& ils ne s'y piesenterent plus.
Ils rejetterent leurs forces du co-
ſté de la Place d'armes où estoit
de Namur. 231
Mr de Barreaux. Ils y entrerent
& en furent rechassez, mais com-
me ceux qui avoient attaqué par
la gauche s'estoient rendus mai-
stres d'un angle mort, ou estoit
Mrde Quélus, ils porterent leur
feu sur ceux qui deffendoient cet.
te Place d'Armes, qu'ils voyoient
à revers. Cela obligea Mr de Rei-
gnac de les faire reurer derriere
des traverses, & les Ennemis se
logerent six toises au dessous de
Langle. Quelque temps aprés de
nouvelles Troupes leur estant en-
core arrivées & Mrde Barreaux
ayant eſté bleſſé à mort, ils vou-
lurent encore entrer dans le Che-
min couvert par cette Place d'Ar-
mes qui n'estoit pas occupée M-
de Reignac y fit avancer Mis de
232 Fournal du Siege
Fonlongue, le Comte de Sanzée,
Mrs des Rouvilles, Belleisse,
Quarvillé, de Givry, de Saint
Sauveur, & de Mortin, qui les
chargerent avec tant de vigueur
qu'aprés un fort grand carnage
les Ennemis se retirerent à leur
logement. Mr de Reignac qui
avoit eu deux legeres blessures
au commencement de l'action,
en receut une troisiéme d'un é-
clat de palissade qui luy donna
par la teste & le porta par terre.
Le feu estant cesse de part &
d'autre il se retira, estant toujours
maistre du Chemin cou-
vert, quoy qu'il y eust perdu
plus de la moitié des Officiers &
Soldats qui estoient avec luy.
de Namur.
23
Pendant que les choses se passoient
ainsi au Fort Guillaume,
les Ennemis attaquerent le Che-
min couvert de la Cassotte par
quatre endroits avec un grand
nombre de Troupes. Mr de Saint
Laurent le soûtint pendant un
quart d'heure, mais Mr de Guis-
card luy ayant envoyé ordre de
ne rien opiniâtrer, il l'abandonna
& se retira dansceluy de la de-
my-Eune Casematée. Les Ennemis
se logerent sur tout le front de
la Cassotte, & voulurent empor-
ter la Redouie, mais Mr de la
Cime s'y deffendit sicbien qu'ils
ne purent s'en rendre maistres,
ny chasser Mr de Quélus des
Traverses derriere lesquelles il
s'estoit retiré.
Journal du Siege
234
Les Etnemis qui vouloient
aussi attaquer la basse-Ville en
mesme tempe que le Chasteau,
firent une fausse attaque à la Porte
de Bulley. Mr de la Marre
qui gardoit ce coſté-là les en
chassa sans beaucoup de peine,
mais dans le moment ils sorti-
rent de leur Ville par la Porte
de Graver, se mirent en bataille
& passerent la Sambre qui estoit
jayable, & ayant voulu monter
à la bréche de Grogneau, Mr de
Lomont leut opposa cent Dra-
gons commandez par Mis Dantigny
& le Marquis de Maury,
soutenus par Mr de la Borie, &
le Capitaine des Grenadiers du
Bataillon de Solre. L'on fit un si
grand feu sur les Ennemis, & on
de Namur
235
uleur tua tant de monde, que la
Riviere estoit teinte de leur sang,
en sorte que ne pouvant plus re-
fister, ils prirent la fuite. Mr le
Marquis de Maury y fut tué, &
plusieurs autres Officiers. Mr de
Lomont s'y porta avec beaucoup
de valeur & de conduite. Quoy
que Mr le Marquis de Gramont,
& Mr. de Sainte Hermine qui
deffendoient le coſté de la Porte
du Baſtion du bord de l'eau,
n'eussent point esté attaquez, il
est certain qu'ils essuyerent un
tres-grand feu, & qu'ils servirent
fort utilement, comme on le
verra dans la suite. Dés que le
signal fut donné pour les atta-
ques, les Ennemis parurent aux
fenestres des maisons qui regnent
236 Fournal du Siege
le long de la Sambre & dans la
Ville cedée, & firent un feu ex-
traordinaire sur le Poste de Mde
Gramont où l'on ne pouvoit
se mettre à couvert, & où il
resta jusques à la fin, mais il per-
dit la moitié des Troupes qu'il
avoit avec luy. Mr de la Vinouze,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Hainault fut tué, &
quantité d'Officiers de Dragons.
Le Chevalier de Pezeux y fut
blessé.
L'entreprise la plus hardie que
firent les Ennemis fut celle cy-
Huit cens Grenadiers Anglois
choisis, soutenus de trois mille
hommes qui estoient sortis de
l'Abbaye de Salzeinc, coulerent
de Namur. 235
le long du chemin, entre le
Fort Guillaume & la Sambre
& marcherent droit à Terra
Nova, afin d'y monter à la bréche,
pour la deffense de laquel-
le il y avoit cent hommes de
garde, qui à l'approche des
Ennemis s'y présenterent de
fort bonne grace, & les receurent
avec beaucoup de fermeté.
Ils auroient neanmoins esté
forcez, sans que Mr le Ma-
reschal y envoya Mr de Martinet
avec cent Dragons. Mr
de Martinet y fut tué, aprés
avoir renversé les Grenadiers des
Ennemis aubas de la bréche. Un
de leurs Bataillons estant arrivé,
monta & posa ses Drapeaux sur
le haut de la brêche; mais il fut
23 Journal. du Siege
repouſſe pai Mrs d'Asfeld & de
Nogent. Ce Bitailton ayant pris
la fuite, un autre ſe preſenta, à
la teste duquel il y avoit aussi
des Grenadiers qui s'estoient tal.
liez. Ily en eut plusieurs qui en-
rrerent dans la Place, & y furent
tuez, & comme l'affaire estoit
douteuse, Mr le Marécbal mar-
cha l'épée à la main avec la
Compagnie de ses Gardes, &
combattit avec les Troupes qui
estoient à la bréché, lesquelles
sans ſa presence paroissoient fort
rébutées. L'on fit de si grands
efforts, que les Ennemis furent
rechaſsez avec beaucoup de con-
fusion, ce qui fit qu'ils se cul-
buterent les uns sur les autres
&t renverfetent leur troisième
de Namur. 2-39
Bataillon, qui n'avoit point en-
core combatu. Ils ne purent se
rallier que dans la Prairie de
Salzeine. Il y eut deux choses
essencielles qui les obligerent d'a-
bandonnercette bréche; l'une, le
feu que Mr le Mirquis de Gra-
mont leur fit faire a revers du
Bastion du bord de Leau, qui
ein'en est qu'à une portée de pisto-
let; l'autre, celuy que leur fitent
faire Mr de la Badie & Mr de la
Chaise. Mr le Comte de Guis-
card voyant le danger où estoit
Terranova, les avoit envoyez
avec cent Dragons ou Soldats,
pour prendre les Ennemis en
flanc, & ce fut l'arrivée de ce
detachement, qui détermina les
Ennemis de prendre la fuite M140Journal
du Siege
d'Entragues qui s'y estoit presen-
té dés le commencement, & qui
n'avoit pas assez de Troupes pour
sopposer aux Ennemis, ne laissa
pas de leur tuer beaucoup de
monde. Cette bréche demeura
couverte de leurs morts, & ils
sont convenus depuis, qu'ils eu-
rent trois mille hommes de tuez
ce jour-là, & plus de deux mil-
le bleſſez. Cela ne ſe put paſſer
qu'avec une grande perte du co-
té des Troupes de la Place, Il
y eut un tiers des Officiers tuez
ou blessez, & prés de quinze
cens Soldats. L'affiire ne finit
que sur les cinq heures du soir
& l'on ne s'occupa de part &
d'autre qu'a retirer les blessez,
Pendant la nuit, les Ennemis
s'enfon-
de Namur.
24
s'enfoncerent dans leur loge
ment, & travaillerent à embras
ser plus de terrain.
Le 31. les Ennemis à l'ordi-
naire firent un feu continuel de
leur Arrillerie. Au point du jour,
l'on vit un grand mouvement de
leurs Troupes dans la Prairie de
Salzeine, & elles resterent long.
temps en Bataille. Mr le Mareschal
crut qu'ils avoient intention
de donner un second assaut general,
& il disposa toutes choses
pour le soutenir. Vers les dix
heures du matin, les Ennemis fe
separerent & n'entreprirent rien;
l'on transporta dans la basse Ville
tous les Blessez qui estoient au
Fort Guillaume, & dans les au-
X
Fournal du Siege
242
tres endroits où ils avoient esté
mis le jour précedent. Mr de
Megrigny travailla avec toute la
diligence possible, à mettre en
estat le retranchement auquel il
faisoit travailler derriere la bré-
che de Terra Nova. Mr de Prin-
cé qui estoit resté Commandant
au Fort Guillaume, alla trouver
Mule Maréchal, pour luy répre.
fenter qu'il n estoit presque pas
possible de le deffendte, tous les
ouvrages estant si renverfez qu'-
ils n'avoient presque plus aucune
figure. L'on travailla neanmoins
pendant la nuit à relever des ter-
res dertiere les brêches, pour
mettre à couvert les Troupes qui
devoient les deffendre.
de Namur. 243
Le premier du mois de Sep.
tembre l'on vit un grand mou-
vement dans les Tranchées des
Ennemis, & l'on crut par les dis-
positions qu'ils faisoient, que l'on
de voit s'attendre à une grande
action. Mr le Mareschal n'oublia
rien des mesures qu'il pouvoit
prendre pour la soûtenir. Vers
les six heures du matin, Mr de
Guiscard l'alla trouver, pour luy
répresenter le mauvais estat de
la Place, & combien l'on hazarderoit
les Troupes, s'il vouloit
soûtenir um second assaut. Mr le
Mareschal fut un peu surpris de
se voir reduit à cette exttemité.
Ilne voulut cependant prendre
aucune resolution. Il croyoit que
les Ennemis alloient attaouer de
X 1)
de Namur.
244
moment à autre, lors qu'ils de-
manderent une suspension d'ar
mes, pour retirer les morts &
les blessez qu'ils n'avoient pu
avoir aprés la derniere action,
Mr le Mareschal leur accorda
deux heures, pendant lesquelles
on fit porter à leurs Tranchées
tous ceux qui se trouverent sur
les brêches, & sur les glacis: Tan-
dis que cela s'executoit, Mr de
Guiscard ayant répresenté une
seconde fois à Mr le Mareschal
le mauvais estat de la Place, il
consentit de faire assembler les
Officiers Generaux, afin de sça-
voir leur sentiment. Mr de Megrigny,
aprés avoir rendu com-
pte de l'estat des ouvrages, témoigna
qu'il estoit dangereux de
de Namur.
245
tisquer une affaire semblable a la
derniere. Mr Filley en fit remar-
quer les inconveniens, & Mrs les
Brigadiers qui s y trouverent sui-
virent tous l'avis de Mr le Comte
de Guiscard. Ainsi il fut reso-
lu que l'on capituleroit, & il alla
pour ce sujet au Fort Guillaume,
& lors que la suspension d'armes
fut finie, il demanda a parler à
l'Officier General qui comman-
doit la Tranchée des Ennemis,
qui estoit Mr de Leindebonn
auquel il fit sa proposition, &
ensuite l'on fit les échanges des
Oſtages. Du coſté de la Garni-
son on donna Mt de la Badie &
Mr de Monbron. Le reste du
jour ſe paſſa à negociet la Capi-
tulation, dont les Articles furent
XII)
Fournal du Siege
246
dressez & portez par Mr de Fu-
meron. Cela fut arresté & signé
le meſme jour, ainsi qu'il ensuit.
Fermer
4
p. 86-97
RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Début :
Le 24. Septembre Mr le Chevalier de Valence, Capitaine de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Infanterie, Dragons, Grenadiers, Chevaux, Cavalerie, Valence, Vive-Saint-Éloi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
RELATION
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
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Résumé : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Le 24 septembre, le Chevalier de Valence, Capitaine de Galère, alerta le roi de la remontée d'un convoi ennemi par la Lys. Le 18 septembre, à dix heures du soir, Monsieur de Ravignan, Maréchal de Camp, partit avec plusieurs officiers et troupes, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Ils marchèrent toute la nuit et arrivèrent à Oucghem, sur le bord de la Lys. Des hussards signalèrent que les ennemis se préparaient à combattre à Vive Saint-Eloy. Monsieur de Ravignan organisa ses troupes pour attaquer, allongeant sa gauche et postant des fusiliers et des dragons pour contrer la cavalerie ennemie. Les grenadiers chargèrent les ennemis, causant un grand carnage, tandis que les dragons et les hussards défirent la cavalerie ennemie. La bataille fut victorieuse, avec 1300 hommes d'infanterie ennemis tués ou noyés, et de nombreux chevaux capturés ou tués. Le Comte d'Athlone, commandant l'escorte ennemie, fut fait prisonnier. Après la bataille, Monsieur de Ravignan marcha vers Rouffelar, où il reçut des renforts et repoussa une attaque ennemie. Il arriva à Ipres le 10 octobre au soir.
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5
p. 59-65
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le Roy a nommé les Officiers Generaux qui doivent servir [...]
Mots clefs :
Espagne, Grenadiers, Cavalerie, Comte
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles d'Espagne.
LeRoy a
nommé les Officiers Généraux qui doivent servir dansses armées
pendant cette Campagne.
On remplit les magasins
de Vinaros
,
de Mequinenia, de Tortose, de Penifcola & de Lerida. Le
Duc de Vendosme doit
partir dans peu pour aller
visiter lesplaces du Royaume de Valence. SaMajesté a
declaré Lieutenant
General de ses armées Dom
Miguel Pons. On mande
de Tarragone que les Anglois vendoient leurs chevaux & leurs équipa ges
,
pour s'embarquer sur les
vaiffiaux qu'ils attendoient. On écrit de Barcelone que la.cliertlé des vi-
vres est fort grande, que
le Comte de Staremberg
avoic esté obligé d'y envoyer son Regiment avec un
autre, que les Miquelers
ny les Soumettants ne font
plus si zelez pour le service de l'Archiduc.LesLettres du Gouverneur de la
Havane dans Tlfle de Cubai &celles des Magistrats
de lamesme Ville
,
marquent que leDuc de LinalésViceroy du Mexique a
envoyé une somme considerable d'argent à sa Majesté)afin qu'elle pust s'en
servir pour la campagne.
On écrit de Catalogne qu'-
un grand corps de Troupes & de Miquelets ennemisvouloients'emparer de
nouveau du pont de Suert,
mais Dom Miguel Pons en
ayant esté informé, les attaqua avec tant de vigueur
qu'il les obligea à se retirer
avec perte de plusieursdes
leurs tuez & faits prisonniers ;ilobligea le Colonel
Nebot qui venoit les secourir, à se retirer en diligence. On mande de la Conça du Tremps, qu'un Lieu-
tenant Colonel du Régiment d'Univés'estant avancé avec quelques Troupes
pour lever les contributions, rencontra un détachement desEnnemis qu'il
fit attaquer si brusquement
qu'il les mit en fuite à la
premiere décharge, en
ayant tue plusieurs & fait
plusieurs prisonniers, parmy lesquels sont quatre
Officiers. Onécrit deCervera que le General Fran-
~Kenberg estoit parti de Santa Colonna avec mille chevaux, quinze cents fantas-
sins,deux mortiers, & quelques pieces de canon dans
le dessein de surprendre
Cervera, mais le Comte
d'Hercelles qui y commande en ayant eu avis,s'estoit
préparé à les bien recevoir.
Les Ennemis arrivèrent le
14. à la pointe du jour
,
il
détachaun Lieutenant des
Grenadiers des Gardes Valonnes avec quarante Cavaliers, pour aller reconnoistre une troupe qui s'estoic avancée; il l'attaqua
avec tant de vigueur qu'il
les obligea à se retirer. Le
Comte
Comte d'Hercelles voyant
qu'ils se retiroient, sortit
avec toute sa cavalerie ôc
la pluspart des Grenadiers,
chargea leur arriere garde,
les mit en fuite
,
laissant
plusieurs morts, nombre
de prisonniers & leur artillerie. On apprend des
deserteurs & des paysans
que les Officiers & les soldats Anglois continuent à
s'embarquer, disant que
c'est pour retourner en Ail:
gleterre
LeRoy a
nommé les Officiers Généraux qui doivent servir dansses armées
pendant cette Campagne.
On remplit les magasins
de Vinaros
,
de Mequinenia, de Tortose, de Penifcola & de Lerida. Le
Duc de Vendosme doit
partir dans peu pour aller
visiter lesplaces du Royaume de Valence. SaMajesté a
declaré Lieutenant
General de ses armées Dom
Miguel Pons. On mande
de Tarragone que les Anglois vendoient leurs chevaux & leurs équipa ges
,
pour s'embarquer sur les
vaiffiaux qu'ils attendoient. On écrit de Barcelone que la.cliertlé des vi-
vres est fort grande, que
le Comte de Staremberg
avoic esté obligé d'y envoyer son Regiment avec un
autre, que les Miquelers
ny les Soumettants ne font
plus si zelez pour le service de l'Archiduc.LesLettres du Gouverneur de la
Havane dans Tlfle de Cubai &celles des Magistrats
de lamesme Ville
,
marquent que leDuc de LinalésViceroy du Mexique a
envoyé une somme considerable d'argent à sa Majesté)afin qu'elle pust s'en
servir pour la campagne.
On écrit de Catalogne qu'-
un grand corps de Troupes & de Miquelets ennemisvouloients'emparer de
nouveau du pont de Suert,
mais Dom Miguel Pons en
ayant esté informé, les attaqua avec tant de vigueur
qu'il les obligea à se retirer
avec perte de plusieursdes
leurs tuez & faits prisonniers ;ilobligea le Colonel
Nebot qui venoit les secourir, à se retirer en diligence. On mande de la Conça du Tremps, qu'un Lieu-
tenant Colonel du Régiment d'Univés'estant avancé avec quelques Troupes
pour lever les contributions, rencontra un détachement desEnnemis qu'il
fit attaquer si brusquement
qu'il les mit en fuite à la
premiere décharge, en
ayant tue plusieurs & fait
plusieurs prisonniers, parmy lesquels sont quatre
Officiers. Onécrit deCervera que le General Fran-
~Kenberg estoit parti de Santa Colonna avec mille chevaux, quinze cents fantas-
sins,deux mortiers, & quelques pieces de canon dans
le dessein de surprendre
Cervera, mais le Comte
d'Hercelles qui y commande en ayant eu avis,s'estoit
préparé à les bien recevoir.
Les Ennemis arrivèrent le
14. à la pointe du jour
,
il
détachaun Lieutenant des
Grenadiers des Gardes Valonnes avec quarante Cavaliers, pour aller reconnoistre une troupe qui s'estoic avancée; il l'attaqua
avec tant de vigueur qu'il
les obligea à se retirer. Le
Comte
Comte d'Hercelles voyant
qu'ils se retiroient, sortit
avec toute sa cavalerie ôc
la pluspart des Grenadiers,
chargea leur arriere garde,
les mit en fuite
,
laissant
plusieurs morts, nombre
de prisonniers & leur artillerie. On apprend des
deserteurs & des paysans
que les Officiers & les soldats Anglois continuent à
s'embarquer, disant que
c'est pour retourner en Ail:
gleterre
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le texte décrit divers événements militaires et logistiques en Espagne. LeRoy a nommé les officiers généraux pour la campagne en cours et a rempli les magasins de plusieurs villes, dont Vinaros, Mequinensia, Tortose, Penifcola et Lerida. Le Duc de Vendosme doit visiter les places du Royaume de Valence. Sa Majesté a désigné Dom Miguel Pons lieutenant général de ses armées. À Tarragone, les Anglais vendent leurs chevaux et équipements pour s'embarquer. À Barcelone, la cherté des vivres a conduit le Comte de Staremberg à envoyer des régiments pour maintenir l'ordre. Les Miquelers et les Soumettants montrent moins de zèle pour le service de l'Archiduc. Le Duc de Linares, Vice-roi du Mexique, a envoyé une somme d'argent pour la campagne. En Catalogne, Dom Miguel Pons a repoussé une attaque ennemie sur le pont de Suert. En Concà del Tremps, un lieutenant-colonel a mis en fuite un détachement ennemi. À Cervera, le Comte d'Hercelles a repoussé une attaque du Général Frankenberg, capturant plusieurs prisonniers et de l'artillerie. Des déserteurs et des paysans rapportent que les officiers et soldats anglais continuent de s'embarquer pour retourner en Angleterre.
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6
p. 139-144
NOUVELLES d'Espagne.
Début :
Le Roy a donné par interim le commandement de l'armée [...]
Mots clefs :
Espagne, Armée de Catalogne, Royaume d'Aragon, Saragosse, Gouverneur, Grenadiers, Garnison, Prisonniers, Balaguer, Aragon
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne.
NOUVELLES
d'Espagne.
Le Roy a donné par interim le commandement de
l'armée de Catalogne au
Prince Tferclas de Tilly ,
& le commandement de
Sarragoffe & des armes du
Royaume d'Arragon qu'il
exerçoit , a efté donné au
Marquis de Valdecanas
Capitaine General , & la
charge de Lieutenant Colonel du Regiment de Salamanque qui eft en Sicile ,
à Don Miguel Carreno
Mij
140 MERCURE
Capitaine de Grenadiers.
On mande de Sarragoffe
que les Ennemis avoient
tenté pour la troifiéme fois
defurprendreCervera avec
deux mille hommes de
troupes reglées , & deux
mille Micquelers ou Soumettant. Le Gouverneur
en ayant efté informé fit
venir de Balaguerfix cents
Grenadiers , il fit faire un
fi grand feu de mouſqueterie & de canon , que
Ennemis furent contraints
de fe retirer en defordre, &
avec perte ; ils ont abanles
GALANT. 14Ï
donné leurs outils à remuer
la terre , & deux pieces de
canon qu'ils enclouerent
en fe retirant .
Les Lettres de Balaguer
& de Cervera portent qu'-
un Regiment Neapolitain
s'eftant pofté aux environs
de Gironne, le Gouverneur
› en ayant efté informé, fortit avec une partie de fa
garniſon , le défit entiere
ment.
Le Marquis de Valdecanas ayant appris que
quelques Volontaires avoient paffé l'Ebro , & s'a
142 MERCURE
vançoient vers Daroca ,
commanda, pour les couper , plufieurs partis , l'un
defquels conduit par Don
Manuel de faint Martin
Capitaine de Cavalerie, les
rencontra , & les défit ; il
fit plufieurs prifonniers, du
nombre defquels ca efté
leur chef Don Antonio
Biella.
On écrit des frontieres
d'Eftremadure que le Marquis de Bay avoit fait attaquer deux atalayas ou tours
fortifiez , par quelques
compagniesdeGrenadiers,
GALANT. 143
& qu'elles s'eftoient renduës fans faire aucune refiftance , que le Gouverneur de Campo Mayor y
ayant renvoyé de plus fortes garnifons , le Marquis
de Bay fit un détachement
fous les ordres de Don Melchior Cano Marefchal de
Camp qui les obligea à ſe
rendre prifonniers de guerre , & fit rafer les tours.
On mande d'Arragon
que Don Patricio Laules
Marefchal de Camp &
Commandant de Benavar
ri ayant efté informé que
144 MERCURE
14
les Volontaires & les Miquelets s'eftoient affemblez au nombre de huit
cens à deffein de le furprendre , fut à leur rencontre , les furprit , & les obligea de prendre la fuite avec
tant de précipitation que la
plufpart abandonnerent
leurs chevaux , dont on en
prit un grand nombre , il y
en eut plufieurs tuez &faits.
prifonniers.
d'Espagne.
Le Roy a donné par interim le commandement de
l'armée de Catalogne au
Prince Tferclas de Tilly ,
& le commandement de
Sarragoffe & des armes du
Royaume d'Arragon qu'il
exerçoit , a efté donné au
Marquis de Valdecanas
Capitaine General , & la
charge de Lieutenant Colonel du Regiment de Salamanque qui eft en Sicile ,
à Don Miguel Carreno
Mij
140 MERCURE
Capitaine de Grenadiers.
On mande de Sarragoffe
que les Ennemis avoient
tenté pour la troifiéme fois
defurprendreCervera avec
deux mille hommes de
troupes reglées , & deux
mille Micquelers ou Soumettant. Le Gouverneur
en ayant efté informé fit
venir de Balaguerfix cents
Grenadiers , il fit faire un
fi grand feu de mouſqueterie & de canon , que
Ennemis furent contraints
de fe retirer en defordre, &
avec perte ; ils ont abanles
GALANT. 14Ï
donné leurs outils à remuer
la terre , & deux pieces de
canon qu'ils enclouerent
en fe retirant .
Les Lettres de Balaguer
& de Cervera portent qu'-
un Regiment Neapolitain
s'eftant pofté aux environs
de Gironne, le Gouverneur
› en ayant efté informé, fortit avec une partie de fa
garniſon , le défit entiere
ment.
Le Marquis de Valdecanas ayant appris que
quelques Volontaires avoient paffé l'Ebro , & s'a
142 MERCURE
vançoient vers Daroca ,
commanda, pour les couper , plufieurs partis , l'un
defquels conduit par Don
Manuel de faint Martin
Capitaine de Cavalerie, les
rencontra , & les défit ; il
fit plufieurs prifonniers, du
nombre defquels ca efté
leur chef Don Antonio
Biella.
On écrit des frontieres
d'Eftremadure que le Marquis de Bay avoit fait attaquer deux atalayas ou tours
fortifiez , par quelques
compagniesdeGrenadiers,
GALANT. 143
& qu'elles s'eftoient renduës fans faire aucune refiftance , que le Gouverneur de Campo Mayor y
ayant renvoyé de plus fortes garnifons , le Marquis
de Bay fit un détachement
fous les ordres de Don Melchior Cano Marefchal de
Camp qui les obligea à ſe
rendre prifonniers de guerre , & fit rafer les tours.
On mande d'Arragon
que Don Patricio Laules
Marefchal de Camp &
Commandant de Benavar
ri ayant efté informé que
144 MERCURE
14
les Volontaires & les Miquelets s'eftoient affemblez au nombre de huit
cens à deffein de le furprendre , fut à leur rencontre , les furprit , & les obligea de prendre la fuite avec
tant de précipitation que la
plufpart abandonnerent
leurs chevaux , dont on en
prit un grand nombre , il y
en eut plufieurs tuez &faits.
prifonniers.
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Résumé : NOUVELLES d'Espagne.
Le roi a nommé le Prince Tferclas de Tilly commandant par intérim de l'armée de Catalogne. Le Marquis de Valdecanas a été désigné Capitaine Général et commandant de Sarragosse et des armes du Royaume d'Aragon. Don Miguel Carreno a été nommé Lieutenant Colonel du Régiment de Salamanque en Sicile. À Sarragosse, les ennemis ont été repoussés après une attaque contre Cervera, abandonnant des outils et deux pièces de canon. À Balaguer et Cervera, un régiment napolitain a été défait par le gouverneur. Le Marquis de Valdecanas a vaincu des volontaires près de Daroca, capturant leur chef, Don Antonio Biella. En Estrémadure, le Marquis de Bay a pris deux tours fortifiées et contraint les renforts à se rendre. En Aragon, Don Patricio Laules a mis en fuite des volontaires et des miquelets, capturant plusieurs chevaux et faisant des prisonniers.
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7
p. 261-274
A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Début :
Mr le Comte de Broglio fut chargé de faire un [...]
Mots clefs :
Abbaye de Crepin, Comte de Broglio, Fourrages, Retraite, Troupes, Cavalerie, Village, Grenadiers, Compagnies, Chevaux
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texteReconnaissance textuelle : A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Al'Abbaye dr Crepin le
18. Septembre 1712.
Mr le Comte de Broglio
fut chargé de faire un fourage hier du cofté de la
Haine; les ennemis en
kayane cfté avertis par leurs
262 MERCURE
efpions & par l'avis qu'on
avoit donné aux Païfans
de fauver leurs Vaches
devant eſtre fouragez ,
pafferent avant hier au foir
la Haine à S. Guilain avec
douze cent Chariots , deux
cent Houzars & cinq cent
Grenadiers qu'ils laifferent
à la tefte de la Chauffée de
S. Guilain , pour favorifer
leur retraite , ils commencerent à paffer cette riviere
à une heure aprés minuit
à peu prés dans le temps que
nous paffions l'Escaut à
Condé , de forte qu'à la
GALANT 263
pointe du jour toutes leurs
Troupes eftoient entre
Outrage & S. Guilain : nous
arivames auffi dans ce
temps là avec mille Grena
diers & neuf cent chevaux
à la tefte du Village de
Ville , qui eft contigu à
celuy de Pommervil ; Mr
le Comte de Broglio mit lá
la Cavalerie en bataille dans
une petite Plaine à la tefte
de ce Village , barrant de
la Riviere au Bois , elle
eftoit foutenue par les
mille Grenadiers qu'il poſta
en mefme temps dans les
4 MERCURE
ayeda Villages. Le fielt
Charfwars qu'il avoir e
woyé đés la voille aveccent
wheraux & cinquante Hea
ers aperçeur les ennemis
und demi heurer de jour
entre Outrage & S. Gui
dain où ils titoient, en alte
envoya dire à Mr de
Broglio qu'il voyoit sun
affez gros corps de Cavalet
Tie fans pouvoir en dire le
nombre. Un moment aprés
les, ennemis marchérent à
Juy, &l'obligerent à fe retis
rer fur une Troupe avancée
que nous avions entre las
Villages
GALANT. 265
Village d'Outrage & de
Ville.
Mr le Comte deBroglio
s'y porca aulli toft pour
connoiftre la force de ces
Troupes qui déboucherene
au galop rempliſſant te
terrain , à melure qu'elles
eftoient formées ,
nos
Houfars efcarmoucherent
pendant ce temps- là avec
ceux des ennemis , mais
leur Troupe groffillant ,
Mronde Broglio» envoya
avertir dans les Villages
de Pommereüil & de Ville
la Cavalerie de monter
Septembre 1712. Z
*** MERCURE
A
à cheval, & fit retirer les
Houfars & la Cavalerie
qui eſtoient en avant fur
le gros de la Cavalerie qui
eftoient en bataille en pre
miere ligne devant les mille
Grenadiers poftez dans les
hayes à la telte du Village de
Ville , en ayant mis crois
Compagnies à la droite
de la Cavalerie, & trois
Compagnies à la gauche
pour la flanquer. 11
D'abord quelles ennemis
curent formé toutes leurs
Troupes fur quatre lignes,
ls marcherent de front fur
GALANT. 267
noftre Cavalerie qui foren
verfavallat premieres charge
par fa droite fur les trois
Compagnies de Grenadiers
du Flánc droit & fe jedterenr
dans le chemin de Pommie
reüil d'où elle fe retiraà une
Troupe de Carabiniers qui
fe reforma dans le chemin
& quity refta . 51 amp fiv
zioLestennemis ayant ainfi
pouffe noftre Cavalerievoufurent tour de fuite paffer
fur noftre Infantérie máis
Male Comte de Broglio
luy fit faire une déchange
àbouttouchant quien jerta
Zij
268 MERCURE
beaucoup par terres&idet
culbuta , ce qui les obligea
à le jetter par leur gauche il
entra une Troupe ou deux
dans le Village de Ville,
n'ayantpûmettred'Infante
tie par cette droite , parce
que le front cftoit trop
grand, Mr de Broglio ayant
vûquecette Cavaleriefejeg
toit fur fa gauche quichoir
noftre droite pour entrer
dans ce Villageymarcha
d'abord à la tefte des Gre
nadiers dans le grandi che
min , & trouva ces deux
Troupes des ennemis entre
GALANT. 169
Pommercial & Ville. Il fit
faire feu fur cux par cinquante Grenadiers asi que
commandoit le fieur de la
Chaize Capitaine des
Grenadiers de Meuſe , ce
quicles culbutas dans le
moment.fls,anot of
anals ofed retirerent fans
perdre de temps & affcz
precipirament, & depuis co
temps là on n'a plus vû
uh ennemi, quoyque nos
Troupes ayent trefté en
bataille dans le Village plus
de trois heures aprés.
97.dls n'ont pris , de foursZiij
478 MERCURE
gours que ce qui eſtoit entre
la riviere de Pommercüil &
le Village de Ville dans les
Prairies , qui eftoient en pe
tit nombre , & gens qui
avoient paffé les efcortos.
r! Mrr de Suryavoir poſté
fix cens hommes le long du
bois depuis le Village de
Ville jufqu'à Berniffar avec
doux cent chevaux dans la
Trouée qui va dans des
Bruyeres de Blaton; & Mr
de Franla avoit place buit
ccds hommes depuis Bernif
far , longeant la Foreft
de Noftre -Dame de bon
GALANT 277
Secours jufqu'à l'Efcaut
pour couvrir les Ponts qui
cftoient fairs au-deſſus de
Condé avec deux cens
chevaux dans la Plaine entre
L'Efcant & les bois de
Noftre Dame dombon
Secours.51
Tous ceux qui ont fouragé de ce coftézlà, qui
affoient les trois quarts &
demy de fourageurs , onc
raporté du fourage H n'y
arcûr que la Referve qui
étoit as a teſte qui eft
venuë fans fourager inn
roll eſt reſté quelques che
Ziiij
*** MERCURS
vaux de Cavaliers rondus
qu'on a trouvés lo long!
des chemins , parce qu'ils!
eftoient en tres mauvais
état, car pour de pris je
fuis certain qu'il n'y en a pas
cinquante.
Si l'on avoit feparé les
Grenadiers commcorc'cft
l'ufage & qu'ils n'euffent
pas efté tous enſemble à la
tefte , toute l'alle gauche
auroit couru grand rifques
C'eftoit Mr d'Atel Licu
tenant General des ennemis
qui commandoit ce déta
chement. Nous avons cú
GALANT 2**
。
environ lept Coub huir
hommes tuez mais pour
les ennemis foit de la dés
charge de nos Grenadiers
fur leur Cavalerie , foit de
ceux que nous avons trouvé
dans le Village , quandnous
y ſommes rentrez, il y en a
au moins une centaine fur
le quarreaustrop. 53 ayout
Il faut dire à la décharge
della Cavalerie de n'avoir
pas mieux fait qu'outre que
les ennemis eftoient quatre
contresun, c'est que felon
la loüable coûtume › des
Officiers les jours de fourage
174 MERCURE
ils ne donnent que les che
vaux éclopez pour les ef
Cortes, & gardent les bons
pour fourager
18. Septembre 1712.
Mr le Comte de Broglio
fut chargé de faire un fourage hier du cofté de la
Haine; les ennemis en
kayane cfté avertis par leurs
262 MERCURE
efpions & par l'avis qu'on
avoit donné aux Païfans
de fauver leurs Vaches
devant eſtre fouragez ,
pafferent avant hier au foir
la Haine à S. Guilain avec
douze cent Chariots , deux
cent Houzars & cinq cent
Grenadiers qu'ils laifferent
à la tefte de la Chauffée de
S. Guilain , pour favorifer
leur retraite , ils commencerent à paffer cette riviere
à une heure aprés minuit
à peu prés dans le temps que
nous paffions l'Escaut à
Condé , de forte qu'à la
GALANT 263
pointe du jour toutes leurs
Troupes eftoient entre
Outrage & S. Guilain : nous
arivames auffi dans ce
temps là avec mille Grena
diers & neuf cent chevaux
à la tefte du Village de
Ville , qui eft contigu à
celuy de Pommervil ; Mr
le Comte de Broglio mit lá
la Cavalerie en bataille dans
une petite Plaine à la tefte
de ce Village , barrant de
la Riviere au Bois , elle
eftoit foutenue par les
mille Grenadiers qu'il poſta
en mefme temps dans les
4 MERCURE
ayeda Villages. Le fielt
Charfwars qu'il avoir e
woyé đés la voille aveccent
wheraux & cinquante Hea
ers aperçeur les ennemis
und demi heurer de jour
entre Outrage & S. Gui
dain où ils titoient, en alte
envoya dire à Mr de
Broglio qu'il voyoit sun
affez gros corps de Cavalet
Tie fans pouvoir en dire le
nombre. Un moment aprés
les, ennemis marchérent à
Juy, &l'obligerent à fe retis
rer fur une Troupe avancée
que nous avions entre las
Villages
GALANT. 265
Village d'Outrage & de
Ville.
Mr le Comte deBroglio
s'y porca aulli toft pour
connoiftre la force de ces
Troupes qui déboucherene
au galop rempliſſant te
terrain , à melure qu'elles
eftoient formées ,
nos
Houfars efcarmoucherent
pendant ce temps- là avec
ceux des ennemis , mais
leur Troupe groffillant ,
Mronde Broglio» envoya
avertir dans les Villages
de Pommereüil & de Ville
la Cavalerie de monter
Septembre 1712. Z
*** MERCURE
A
à cheval, & fit retirer les
Houfars & la Cavalerie
qui eſtoient en avant fur
le gros de la Cavalerie qui
eftoient en bataille en pre
miere ligne devant les mille
Grenadiers poftez dans les
hayes à la telte du Village de
Ville , en ayant mis crois
Compagnies à la droite
de la Cavalerie, & trois
Compagnies à la gauche
pour la flanquer. 11
D'abord quelles ennemis
curent formé toutes leurs
Troupes fur quatre lignes,
ls marcherent de front fur
GALANT. 267
noftre Cavalerie qui foren
verfavallat premieres charge
par fa droite fur les trois
Compagnies de Grenadiers
du Flánc droit & fe jedterenr
dans le chemin de Pommie
reüil d'où elle fe retiraà une
Troupe de Carabiniers qui
fe reforma dans le chemin
& quity refta . 51 amp fiv
zioLestennemis ayant ainfi
pouffe noftre Cavalerievoufurent tour de fuite paffer
fur noftre Infantérie máis
Male Comte de Broglio
luy fit faire une déchange
àbouttouchant quien jerta
Zij
268 MERCURE
beaucoup par terres&idet
culbuta , ce qui les obligea
à le jetter par leur gauche il
entra une Troupe ou deux
dans le Village de Ville,
n'ayantpûmettred'Infante
tie par cette droite , parce
que le front cftoit trop
grand, Mr de Broglio ayant
vûquecette Cavaleriefejeg
toit fur fa gauche quichoir
noftre droite pour entrer
dans ce Villageymarcha
d'abord à la tefte des Gre
nadiers dans le grandi che
min , & trouva ces deux
Troupes des ennemis entre
GALANT. 169
Pommercial & Ville. Il fit
faire feu fur cux par cinquante Grenadiers asi que
commandoit le fieur de la
Chaize Capitaine des
Grenadiers de Meuſe , ce
quicles culbutas dans le
moment.fls,anot of
anals ofed retirerent fans
perdre de temps & affcz
precipirament, & depuis co
temps là on n'a plus vû
uh ennemi, quoyque nos
Troupes ayent trefté en
bataille dans le Village plus
de trois heures aprés.
97.dls n'ont pris , de foursZiij
478 MERCURE
gours que ce qui eſtoit entre
la riviere de Pommercüil &
le Village de Ville dans les
Prairies , qui eftoient en pe
tit nombre , & gens qui
avoient paffé les efcortos.
r! Mrr de Suryavoir poſté
fix cens hommes le long du
bois depuis le Village de
Ville jufqu'à Berniffar avec
doux cent chevaux dans la
Trouée qui va dans des
Bruyeres de Blaton; & Mr
de Franla avoit place buit
ccds hommes depuis Bernif
far , longeant la Foreft
de Noftre -Dame de bon
GALANT 277
Secours jufqu'à l'Efcaut
pour couvrir les Ponts qui
cftoient fairs au-deſſus de
Condé avec deux cens
chevaux dans la Plaine entre
L'Efcant & les bois de
Noftre Dame dombon
Secours.51
Tous ceux qui ont fouragé de ce coftézlà, qui
affoient les trois quarts &
demy de fourageurs , onc
raporté du fourage H n'y
arcûr que la Referve qui
étoit as a teſte qui eft
venuë fans fourager inn
roll eſt reſté quelques che
Ziiij
*** MERCURS
vaux de Cavaliers rondus
qu'on a trouvés lo long!
des chemins , parce qu'ils!
eftoient en tres mauvais
état, car pour de pris je
fuis certain qu'il n'y en a pas
cinquante.
Si l'on avoit feparé les
Grenadiers commcorc'cft
l'ufage & qu'ils n'euffent
pas efté tous enſemble à la
tefte , toute l'alle gauche
auroit couru grand rifques
C'eftoit Mr d'Atel Licu
tenant General des ennemis
qui commandoit ce déta
chement. Nous avons cú
GALANT 2**
。
environ lept Coub huir
hommes tuez mais pour
les ennemis foit de la dés
charge de nos Grenadiers
fur leur Cavalerie , foit de
ceux que nous avons trouvé
dans le Village , quandnous
y ſommes rentrez, il y en a
au moins une centaine fur
le quarreaustrop. 53 ayout
Il faut dire à la décharge
della Cavalerie de n'avoir
pas mieux fait qu'outre que
les ennemis eftoient quatre
contresun, c'est que felon
la loüable coûtume › des
Officiers les jours de fourage
174 MERCURE
ils ne donnent que les che
vaux éclopez pour les ef
Cortes, & gardent les bons
pour fourager
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Résumé : A l'Abbaye dr Crepin le 18. Septembre 1712.
Le 18 septembre 1712, le comte de Broglio reçut l'ordre de mener une opération de fourrage près de la Haine. Informés par leurs espions et les habitants locaux, les ennemis traversèrent la Haine à Saint-Guilain avec 1 200 chariots, 200 hussards et 500 grenadiers. Ils commencèrent à traverser la rivière à une heure après minuit, simultanément à la traversée de l'Escaut par les troupes françaises à Condé. À l'aube, toutes les troupes ennemies étaient positionnées entre Outrage et Saint-Guilain. Les forces françaises, composées de 1 000 grenadiers et 900 cavaliers, arrivèrent à Ville, un village adjacent à Pommervil. Le comte de Broglio déploya la cavalerie en bataille dans une petite plaine, soutenue par les grenadiers postés dans les villages voisins. Les hussards français repérèrent les ennemis et signalèrent leur présence. Les ennemis avancèrent, forçant les hussards à se retirer. Le comte de Broglio organisa la cavalerie en bataille, avec les grenadiers en soutien. Les ennemis, formant leurs troupes en quatre lignes, chargèrent la cavalerie française, qui se retira vers une troupe de carabiniers. Les ennemis tentèrent ensuite de passer sur l'infanterie française mais furent repoussés par une décharge de grenadiers, commandée par le sieur de La Chaize. Les ennemis se retirèrent précipitamment et ne furent plus vus par la suite. Les troupes françaises restèrent en bataille dans le village pendant plus de trois heures. Les ennemis ne prirent que peu de fourrage, principalement entre la rivière de Pommervil et le village de Ville. Les forces françaises, sous les ordres de Mr de Sury et Mr de Franla, étaient positionnées pour couvrir les ponts et les zones de fourrage. Les pertes françaises s'élevèrent à environ 100 hommes tués, tandis que les ennemis subirent des pertes significatives, estimées à une centaine de morts. La cavalerie française fut critiquée pour avoir utilisé des chevaux éclopés pour les escortes, gardant les meilleurs pour le fourrage.
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8
p. 111-120
CREATION d'Officiers de Marine.
Début :
Le 23. Janvier, le Roy fit à Marly un remplacement [...]
Mots clefs :
Chevalier, Lieutenants, Marly, Grenadiers, Capitaines
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texteReconnaissance textuelle : CREATION d'Officiers de Marine.
CREATION
d'Officiersde Marine.
LE 13. Janvier,le Roy sit
à Marly un remplacement
d'Officiers des Galeres.
Chefd'Escadre.
Le Commandeur - de
Bourfeville.
Commandant des Grenadiers.
Le Sieur de Fontette.
Capitaines.
Les Sieurs de Laubefpin.
De Lubieres.
LeCommandant de Marcellangcs.
Le
Le Chevalier de Marfillac
de la Messeliere.
Le Commandeur de la
Periniere.
< Major.
Le Sieur du Chaftelier.
Capitaines- Lieutenants.
Le Chevalierde Bissy.
Les Marquis d'Efpennes.
DeLefpinay.
Les Chevaliers de Moncolieu.
l
De Levy.
Et de Tranftourette.
Lieutenants.
Les Sieurs Chevalier de
Pontfrach.
De Maroulles.
De Champagne.
Thoron d'Artignofe.
Cassendi Campagne.
De Sabran.
Le Marquis decaftclannè.
Sous-Lieutenants de la Rtale.
Le Sieur de la Gareimfe^
Le Chevalier de Pilles.
Sous-Lieutenants de Galeres.
Les Sieurs de Ginestet.
De Bernages.
De Tournesort
De Langerie.
DeGaillac.
De Caumont.
Le Chevalier de Romieu,
De Gardanne.
De Pontevez Maubouf
quet.
De Saint Ofraaanc.
Chevaliers.
DeCastelanned'Espennes.
De Puydorfile.
, DeMontolieu.
Et de Fontette.
Enseignes de la Reale.
Les Sieurs Bayard.
Chevalier.
f De Pontevez-Tournon.
Enseignes de Galeres,
Les Sieurs de Flotte.
De Soessans.
Chevalier de Ponce-v.e*z. DesTourres.
DeVilleneuve deVaucluse.
D'Espaner.
LeChevalier d'Haraucourt
DeChabannes.
De Manse.
S. Victoret.
DeChaumont.
Le Chevalier de Pigeon.
Dorgnon Terras.
De Savonnieres.
Et le Chevalier de la Fare.
Capitaine de la Compagnie
des Gardes de rEtendart.
Le Chevalier de Courtebonne.
Lieutenant.
Le Commandeur de Froulay.
Enseigne.
*->
Le Sieur-la Balme.
MareschaldesLogis.
Le Sieur Bosco.
Sa Adajefié a fait Chevaliers
de Saint Louis.
Les Sieurs de Com-bant.,
De Chaumonr.
De Cheyladet.
De Cambray.
Ferrant.
Pelicor.
La Combe.
Bevoland.
Chasteauneuf.
D'Heureux.
Marin.
Du Revert Darcuffia;
De BarasChantcrcier.
Le Comte de Beüil.
De Neuvi.
De Razac.
Juliani.
Le Chevalier de Maulevrier..
•j
DeC1aux.] Desidery.
Luguet.
Et de Pontfrach.
NO VVELLEJ
d'Officiersde Marine.
LE 13. Janvier,le Roy sit
à Marly un remplacement
d'Officiers des Galeres.
Chefd'Escadre.
Le Commandeur - de
Bourfeville.
Commandant des Grenadiers.
Le Sieur de Fontette.
Capitaines.
Les Sieurs de Laubefpin.
De Lubieres.
LeCommandant de Marcellangcs.
Le
Le Chevalier de Marfillac
de la Messeliere.
Le Commandeur de la
Periniere.
< Major.
Le Sieur du Chaftelier.
Capitaines- Lieutenants.
Le Chevalierde Bissy.
Les Marquis d'Efpennes.
DeLefpinay.
Les Chevaliers de Moncolieu.
l
De Levy.
Et de Tranftourette.
Lieutenants.
Les Sieurs Chevalier de
Pontfrach.
De Maroulles.
De Champagne.
Thoron d'Artignofe.
Cassendi Campagne.
De Sabran.
Le Marquis decaftclannè.
Sous-Lieutenants de la Rtale.
Le Sieur de la Gareimfe^
Le Chevalier de Pilles.
Sous-Lieutenants de Galeres.
Les Sieurs de Ginestet.
De Bernages.
De Tournesort
De Langerie.
DeGaillac.
De Caumont.
Le Chevalier de Romieu,
De Gardanne.
De Pontevez Maubouf
quet.
De Saint Ofraaanc.
Chevaliers.
DeCastelanned'Espennes.
De Puydorfile.
, DeMontolieu.
Et de Fontette.
Enseignes de la Reale.
Les Sieurs Bayard.
Chevalier.
f De Pontevez-Tournon.
Enseignes de Galeres,
Les Sieurs de Flotte.
De Soessans.
Chevalier de Ponce-v.e*z. DesTourres.
DeVilleneuve deVaucluse.
D'Espaner.
LeChevalier d'Haraucourt
DeChabannes.
De Manse.
S. Victoret.
DeChaumont.
Le Chevalier de Pigeon.
Dorgnon Terras.
De Savonnieres.
Et le Chevalier de la Fare.
Capitaine de la Compagnie
des Gardes de rEtendart.
Le Chevalier de Courtebonne.
Lieutenant.
Le Commandeur de Froulay.
Enseigne.
*->
Le Sieur-la Balme.
MareschaldesLogis.
Le Sieur Bosco.
Sa Adajefié a fait Chevaliers
de Saint Louis.
Les Sieurs de Com-bant.,
De Chaumonr.
De Cheyladet.
De Cambray.
Ferrant.
Pelicor.
La Combe.
Bevoland.
Chasteauneuf.
D'Heureux.
Marin.
Du Revert Darcuffia;
De BarasChantcrcier.
Le Comte de Beüil.
De Neuvi.
De Razac.
Juliani.
Le Chevalier de Maulevrier..
•j
DeC1aux.] Desidery.
Luguet.
Et de Pontfrach.
NO VVELLEJ
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Résumé : CREATION d'Officiers de Marine.
Le 13 janvier à Marly, une décision royale a été prise concernant le remplacement d'officiers de marine. Plusieurs postes ont été attribués, incluant ceux de chef d'escadre, commandant des grenadiers, capitaines, capitaines-lieutenants, lieutenants, sous-lieutenants, et enseignes. Le Commandeur de Bourfeville a été nommé chef d'escadre, le Sieur de Fontette commandant des grenadiers. D'autres officiers nommés sont les Sieurs de Laubespin, de Lubières, et le Chevalier de Marfillac. Le texte mentionne également la nomination de plusieurs chevaliers de Saint-Louis, tels que les Sieurs de Combant, de Chaumont, et le Chevalier de Maulevrier. Des postes spécifiques comme celui de capitaine de la Compagnie des Gardes de l'Étendard et de maréchal des logis ont été attribués au Chevalier de Courtebonne et au Sieur Bosco.
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9
p. 73-77
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Les Lettres de Madrid portent qu'un Commissaire Portugais y [...]
Mots clefs :
Madrid, Commissaire portugais, Manufactures, Grenadiers, Escadre anglaise, Troupes allemandes
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvellesd'Espagne.
Les Lettres de Madrid
portent qu'un Commissaire
Portugais y étoit arrivé avec
trente mille écus en lettres
dechange pour payer les
provisions qui ont esté fournies
aux Tronpes Portugai-
Juin 1713. G
ses sur leur route en retournant
par terre de Catalogne
en Portugal.Que Sa Majesté
avoit accordé divers Privileges
à des particuliers qtfi
ont établi à Valdemors, qui
n'est éloigné que de quatre
lieuës de Madrid, des Manufactures
de Draps fins.
On mande de Lerida, que les
Troupes des Royaumes
d'Arragon & de Valence * s'avançcrent verscetteVille;
que le Duc de Popoli qui éft
nommé pour les commander,
devoit partir dans peu
avec Don Joseph Patinno
quiétoit ci-devant Intendant
de l'armée d'Estremadure.
On écrit de Balaguer, que le
Marquis de Cera- Grimaldi
avoit fait entrer dans le Château
d'Ager un ,grand con- voy, escorté par le Colonel
Don Dionisio Martinez de
la Urga, avec sept Compagnies
de Grenadiers & soixante
chevaux: qu'ensuitele
même Colonel avoir chiffe
les Miquelets du Font de
Montfort sur la Noguera
Kilo CGorrçana: qUII l'avoit
fait brûler, & raser le Fore
qui le couvroit. Les dernieres
Lettres de Madrid
portent que le Duc de Popolienétoit
parti le 18.May
pour aller en Catalogue,où
il doit à son arrivée trouver
toutes les Troupes assemblées
au rendez vous marque;
celles de Barcelone
portent que le General Staremberg
étoit fort occupé à
contenir & appaiser les peuples
irritez des desordres que
commettent les Troupes Allemandes,
d'autant plus
qu'elles ne font pas payées
& qu'elles manquent même
de pain; qu'il attendoit le
Vice-Amiral Jennings avec
l'Escadre Angloise qu'il commande,&
les Bastimens de
rranfport, pour faire embarquer
& transporter en
Italie toutes les Troupes Allemandes
qui font en Catalogne;
qu'il tenoit toujours
en arrest le Commandant
des Troupes qui campoienc
aux environs de Tarragone,
& le General Raphaël Neboty
avec quelques autres Officiers
pour leurs concussions.
Les Lettres de Madrid
portent qu'un Commissaire
Portugais y étoit arrivé avec
trente mille écus en lettres
dechange pour payer les
provisions qui ont esté fournies
aux Tronpes Portugai-
Juin 1713. G
ses sur leur route en retournant
par terre de Catalogne
en Portugal.Que Sa Majesté
avoit accordé divers Privileges
à des particuliers qtfi
ont établi à Valdemors, qui
n'est éloigné que de quatre
lieuës de Madrid, des Manufactures
de Draps fins.
On mande de Lerida, que les
Troupes des Royaumes
d'Arragon & de Valence * s'avançcrent verscetteVille;
que le Duc de Popoli qui éft
nommé pour les commander,
devoit partir dans peu
avec Don Joseph Patinno
quiétoit ci-devant Intendant
de l'armée d'Estremadure.
On écrit de Balaguer, que le
Marquis de Cera- Grimaldi
avoit fait entrer dans le Château
d'Ager un ,grand con- voy, escorté par le Colonel
Don Dionisio Martinez de
la Urga, avec sept Compagnies
de Grenadiers & soixante
chevaux: qu'ensuitele
même Colonel avoir chiffe
les Miquelets du Font de
Montfort sur la Noguera
Kilo CGorrçana: qUII l'avoit
fait brûler, & raser le Fore
qui le couvroit. Les dernieres
Lettres de Madrid
portent que le Duc de Popolienétoit
parti le 18.May
pour aller en Catalogue,où
il doit à son arrivée trouver
toutes les Troupes assemblées
au rendez vous marque;
celles de Barcelone
portent que le General Staremberg
étoit fort occupé à
contenir & appaiser les peuples
irritez des desordres que
commettent les Troupes Allemandes,
d'autant plus
qu'elles ne font pas payées
& qu'elles manquent même
de pain; qu'il attendoit le
Vice-Amiral Jennings avec
l'Escadre Angloise qu'il commande,&
les Bastimens de
rranfport, pour faire embarquer
& transporter en
Italie toutes les Troupes Allemandes
qui font en Catalogne;
qu'il tenoit toujours
en arrest le Commandant
des Troupes qui campoienc
aux environs de Tarragone,
& le General Raphaël Neboty
avec quelques autres Officiers
pour leurs concussions.
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
En juin 1713, plusieurs événements marquants se sont produits en Espagne. Un commissaire portugais est arrivé à Madrid avec 30 000 écus pour régler des provisions destinées aux troupes portugaises en Catalogne. Le roi a octroyé des privilèges à des particuliers ayant créé des manufactures de draps fins à Valdemors, près de Madrid. À Lerida, les troupes des royaumes d'Aragon et de Valence, dirigées par le Duc de Popoli et Don Joseph Patinno, ont avancé vers la ville. À Balaguer, le Marquis de Cera-Grimaldi a escorté un grand convoi jusqu'au château d'Ager, accompagné du Colonel Don Dionisio Martinez de la Urga, qui a également chassé les Miquelets du Fort de Montfort et détruit ce dernier. Le Duc de Popoli est parti pour la Catalogne le 18 mai. À Barcelone, le Général Staremberg tentait de maîtriser les troubles causés par les troupes allemandes non payées et manquant de pain. Il attendait l'arrivée du Vice-Amiral Jennings pour transporter ces troupes en Italie et avait arrêté plusieurs officiers pour concussions.
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10
p. 203-215
NOUVELLES de Landau.
Début :
LEs Lettres du camp devant Laudau portent que le 17. [...]
Mots clefs :
Landau, Tranchée, Lunettes, Maréchal de Villars, Assiégés, Grenadiers, Prince Eugène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Landau.
NOVVELLES
de Landau.
Les Lettres du camp
devant Laudauporrent
que le 17. Juillet l'une des
sappes fut poussée jusqu'au
chemin couvert de la lunette
de la droite, que le'
Mareschal de Bezonsestant
allé à la tranchée,avoit
ordonné de continuer la
sappe,&que si les ennemis
sortoient de la lunette,de
ne leur opposer qu'une
vingtaine de Grenadiers ;
malgrél'ordredonné,quelques
ennemis s'estant avancez
hors de la lunetre furent
chargez par cinq
compagnies du Regimenc
de Navarre, & par trois
piquets du Régiment de
Medoc
,
qui les repousserent,
& se logerent fer
deux angles saillants du
chemin couvert de la lunette
; mais estant exposez
à découvert au feu de
la Place,& des quatre lunettes,
il y eut onze Officiers
& cent cinquante soldats
tuez ou blessez. Que
le Prince Talmont qui
commandoit la Tranchée
ce jour là y recent une contusion
d'un gabion qui fut
renversé surluy.Que la
nuit du18. au 19. l'Arsena
l avoiteste bruslé avec
quinze mille mousquets &:
tous les affuts de rechange
des assiegez. Que le20.
sept batreries de quatre cancns
c hacune, commencerent
à battre en breche
les quatre lunettes
, que
nostre artillerie faisoit un
si grand feu qu'il y avoit
desja des brec hesauxcontregardes,
& avoit démonté
tous les canons des assiegez
,à la reserve de quatre
ou cinq, & qu'aussitost que
les lunettes seroient prises
on battroit la Place avec
soixante & dix pieces de
canon, quarante mortiers
& vingt pierriers. Que les
assiegez faisoient souvent
jouër des mines sans esser.
On écrit de l'armée des
ennemis que le Prince Eugene
avoit passé le Rhin
avec vingt mille hommes,
&qu'il estoit campé près
de Mayence
, ayant sa
droite couverte par le
Rhin, sa gauche par un
ruisseau
,
& devant luy un
double retranchement
jquMavok laissé quaranteJ
mille hommes pour garder
ses lignes. La nuit du 25.
au 24. on s'em para de la
quatrième lunette sur la
droite que les ennemis abandonnerent,
on se logea
devant la gorge à cause
des fourneaux. Lanuitdu
30.au 31. les ennemis firentunesortie
dela redoute
de Hessy
,
ils renverserent
quelques gabions
deux compagnies de Gre-J
nadiers les repousserent.
La nuit du 51. au premier
Aoust leMareschal de Villars
fit attaquer les trois
lunettes qui restoient, avec
neuf compagnies de la
tranchée & treize autres
quiestoient venuës dela
grande afnée.
On commença l'atraque
à la droite pour y attirer
les ennemis ; un moment
après on attaqua les
trois lunettes: on fit jouer
une mine fous la redoute
de Mélac, qui ayant fait
une breche suffisante
,
fut
emportée
emportée la bayonnette au
bout du fusil, les deux autres
furent prises par escalade;
nous y avons perdu
dans ces differentes attaques
deux Capitaines & un
Ingenieur tuez, & quarante
six blessez. Lanuitdu
au 3. les alliegezfirent
joüer deuxfourneaux dans
les gorges des trois lunettes
que nous avions prises
deux jours auparavant, ils
firent des sorties pour car--
cher de les reprendre,ils
entrerent dans une, mais
ils furent coupez, plusieurs
furent faits prisonniers, ôc
les autres repoussez avec
perte, & si vigoureusement
qu'un Sergent & quinze
Grenadiers entrerent
dans le chemin couvert
que les ennemis abandonnoient
croyant qu'on vouloit
l'attaquer
, nous avons
perdu dans cette occasion
deux Capitaines de Grenadiers
du Regiment d'Orleans
,huit autres Officiers
& quatre Ingénieurs
blessez, quarante ou cinquante
soldats tuez, & environ
cent blessez. Lanuit
du 4.au 5. fut em ployée à
faire une parallele detrois
à quatre cens toises sur le
glacis du chemin couvert
du front des attaques, on
y establit des batteries de
canon, de mortiers & de
pierriers. On attacha des
mineurs fous les an gles
saillansdu chemin couvert
depuis la porte de France
jusqu'à la sortie de la riviere;
les assiegez firent jouër
cinq ou six fourneaux qui
leur causerent plus de perte
qu'aux assiegeants. La mesme
nuit on attaqua le pafte
quicouvroit U l"¡;,tJC'
qui barre la riviere &i\m*
plissoit d'eau le fosse de la
contrescarpe qui eil: devant
le reduit; ce pasté fut emporté
,
il estoit deffendu
par cent hommes commandez
par un Capitaine
qui sur pris, toute sa troupe
fut prise, tuée ou noyée.
Tandis qu'on travailloit à
s'y loger les assiegez firent
une sortie pour reprendre
cet ouvrage, mais ils furent
repoussez, nous n'avons
perdu dans cette attaque
que quelques soldats & un
Capitaine de Grenadiers
du Regiment de Villars-
Suisse, le sieur ManyMajor
aesté dangereusement
blessé. Depuis qu'on a coupé
la digue de charpente &
l'écluse qui sont à la gorge
-
du pasté
,
les eaux sont
beaucoup diminuées. On
asseure que les assiegez ont
desja faitjouer plus de quarante
mines. On écrit du
camp de Spire que le 18,
Juillet le Maréchal de Villars
ayant fait un détachement
de cavalerie & de
dragons fut visiter les bords
du Rhin jusqu'au dessous
deMayence,&reconnoistre
les nouveaux ouvrages
dont les ennemis ont augmenté
les fortifications de
la place. Il y arriva le 25.
& reconnut que le Prince
Eugene avoit formé un
camp entre le Mein & le
Rhin, que les troupes
d'Hanoverestoient encore
à cinqou six lieuës de Mayenc,&
que celle de Hesse
& des autresen eftoienc
encore plus esloignées. Le
Marechal de Villars revint
le 30. à son camp; cette j
course causa une grande
allarme. Le Duc deBourbon
fit le 5. la reveuë de la
Cavalerie.
de Landau.
Les Lettres du camp
devant Laudauporrent
que le 17. Juillet l'une des
sappes fut poussée jusqu'au
chemin couvert de la lunette
de la droite, que le'
Mareschal de Bezonsestant
allé à la tranchée,avoit
ordonné de continuer la
sappe,&que si les ennemis
sortoient de la lunette,de
ne leur opposer qu'une
vingtaine de Grenadiers ;
malgrél'ordredonné,quelques
ennemis s'estant avancez
hors de la lunetre furent
chargez par cinq
compagnies du Regimenc
de Navarre, & par trois
piquets du Régiment de
Medoc
,
qui les repousserent,
& se logerent fer
deux angles saillants du
chemin couvert de la lunette
; mais estant exposez
à découvert au feu de
la Place,& des quatre lunettes,
il y eut onze Officiers
& cent cinquante soldats
tuez ou blessez. Que
le Prince Talmont qui
commandoit la Tranchée
ce jour là y recent une contusion
d'un gabion qui fut
renversé surluy.Que la
nuit du18. au 19. l'Arsena
l avoiteste bruslé avec
quinze mille mousquets &:
tous les affuts de rechange
des assiegez. Que le20.
sept batreries de quatre cancns
c hacune, commencerent
à battre en breche
les quatre lunettes
, que
nostre artillerie faisoit un
si grand feu qu'il y avoit
desja des brec hesauxcontregardes,
& avoit démonté
tous les canons des assiegez
,à la reserve de quatre
ou cinq, & qu'aussitost que
les lunettes seroient prises
on battroit la Place avec
soixante & dix pieces de
canon, quarante mortiers
& vingt pierriers. Que les
assiegez faisoient souvent
jouër des mines sans esser.
On écrit de l'armée des
ennemis que le Prince Eugene
avoit passé le Rhin
avec vingt mille hommes,
&qu'il estoit campé près
de Mayence
, ayant sa
droite couverte par le
Rhin, sa gauche par un
ruisseau
,
& devant luy un
double retranchement
jquMavok laissé quaranteJ
mille hommes pour garder
ses lignes. La nuit du 25.
au 24. on s'em para de la
quatrième lunette sur la
droite que les ennemis abandonnerent,
on se logea
devant la gorge à cause
des fourneaux. Lanuitdu
30.au 31. les ennemis firentunesortie
dela redoute
de Hessy
,
ils renverserent
quelques gabions
deux compagnies de Gre-J
nadiers les repousserent.
La nuit du 51. au premier
Aoust leMareschal de Villars
fit attaquer les trois
lunettes qui restoient, avec
neuf compagnies de la
tranchée & treize autres
quiestoient venuës dela
grande afnée.
On commença l'atraque
à la droite pour y attirer
les ennemis ; un moment
après on attaqua les
trois lunettes: on fit jouer
une mine fous la redoute
de Mélac, qui ayant fait
une breche suffisante
,
fut
emportée
emportée la bayonnette au
bout du fusil, les deux autres
furent prises par escalade;
nous y avons perdu
dans ces differentes attaques
deux Capitaines & un
Ingenieur tuez, & quarante
six blessez. Lanuitdu
au 3. les alliegezfirent
joüer deuxfourneaux dans
les gorges des trois lunettes
que nous avions prises
deux jours auparavant, ils
firent des sorties pour car--
cher de les reprendre,ils
entrerent dans une, mais
ils furent coupez, plusieurs
furent faits prisonniers, ôc
les autres repoussez avec
perte, & si vigoureusement
qu'un Sergent & quinze
Grenadiers entrerent
dans le chemin couvert
que les ennemis abandonnoient
croyant qu'on vouloit
l'attaquer
, nous avons
perdu dans cette occasion
deux Capitaines de Grenadiers
du Regiment d'Orleans
,huit autres Officiers
& quatre Ingénieurs
blessez, quarante ou cinquante
soldats tuez, & environ
cent blessez. Lanuit
du 4.au 5. fut em ployée à
faire une parallele detrois
à quatre cens toises sur le
glacis du chemin couvert
du front des attaques, on
y establit des batteries de
canon, de mortiers & de
pierriers. On attacha des
mineurs fous les an gles
saillansdu chemin couvert
depuis la porte de France
jusqu'à la sortie de la riviere;
les assiegez firent jouër
cinq ou six fourneaux qui
leur causerent plus de perte
qu'aux assiegeants. La mesme
nuit on attaqua le pafte
quicouvroit U l"¡;,tJC'
qui barre la riviere &i\m*
plissoit d'eau le fosse de la
contrescarpe qui eil: devant
le reduit; ce pasté fut emporté
,
il estoit deffendu
par cent hommes commandez
par un Capitaine
qui sur pris, toute sa troupe
fut prise, tuée ou noyée.
Tandis qu'on travailloit à
s'y loger les assiegez firent
une sortie pour reprendre
cet ouvrage, mais ils furent
repoussez, nous n'avons
perdu dans cette attaque
que quelques soldats & un
Capitaine de Grenadiers
du Regiment de Villars-
Suisse, le sieur ManyMajor
aesté dangereusement
blessé. Depuis qu'on a coupé
la digue de charpente &
l'écluse qui sont à la gorge
-
du pasté
,
les eaux sont
beaucoup diminuées. On
asseure que les assiegez ont
desja faitjouer plus de quarante
mines. On écrit du
camp de Spire que le 18,
Juillet le Maréchal de Villars
ayant fait un détachement
de cavalerie & de
dragons fut visiter les bords
du Rhin jusqu'au dessous
deMayence,&reconnoistre
les nouveaux ouvrages
dont les ennemis ont augmenté
les fortifications de
la place. Il y arriva le 25.
& reconnut que le Prince
Eugene avoit formé un
camp entre le Mein & le
Rhin, que les troupes
d'Hanoverestoient encore
à cinqou six lieuës de Mayenc,&
que celle de Hesse
& des autresen eftoienc
encore plus esloignées. Le
Marechal de Villars revint
le 30. à son camp; cette j
course causa une grande
allarme. Le Duc deBourbon
fit le 5. la reveuë de la
Cavalerie.
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Résumé : NOUVELLES de Landau.
Le document décrit les opérations militaires autour de Landau en juillet et août. Le 17 juillet, une sape atteignit le chemin couvert de la lunette droite, et malgré les ordres, des compagnies des régiments de Navarre et de Médoc chargèrent les ennemis, subissant des pertes. Le Prince Talmont fut blessé lors de cet affrontement. La nuit du 18 au 19 juillet, l'arsenal ennemi fut incendié, détruisant 15 000 mousquets. Le 20 juillet, sept batteries commencèrent à bombarder les lunettes, démontant presque tous les canons ennemis. Parallèlement, le Prince Eugène traversa le Rhin avec 20 000 hommes et établit son camp près de Mayence. La nuit du 25 au 26 juillet, la quatrième lunette fut capturée. Le 30 au 31 juillet, une sortie ennemie fut repoussée. Le 1er août, le Maréchal de Villars lança une attaque contre les trois lunettes restantes, les prenant par escalade et mine avec des pertes légères. Les alliés tentèrent de reprendre les lunettes mais furent repoussés. Du 4 au 5 août, une parallèle fut construite et des batteries établies. Les assaillants attaquèrent et prirent un pâté défendu par 100 hommes. Le Maréchal de Villars inspecta les fortifications ennemies près de Mayence et revint à son camp le 30 juillet. Le Duc de Bourbon passa en revue la cavalerie le 5 août.
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11
p. 222-224
De Landau ce 13. Aoust 1713.
Début :
La nuit du 12. au 13. on a attaqué le [...]
Mots clefs :
Redent, Grenadiers, Contregarde
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texteReconnaissance textuelle : De Landau ce 13. Aoust 1713.
De Landauce13.jdouftijii.
La nuit du 12. au 13. on
a attaqué le redent qui est
entre les deux angles rentrans
des deux conrregardes,
sçavoir la verte & celle
qui est reveftuë où l'on
s'est logé le long de la gorge
,& l'on a fait une communication
sur la mesme
ligne avec un crochet en
retour depuis ladite gorge
jusqu'aux pallissades du
tambour le long de la demie
gorge qui regarde la
contregarde du réduit; l'on
a poussé une sappe à la parallele
qui fait le front de
la face gauche de cette
mesme contregarde
)
cela
a esté attaqué par vingt
Grenadiers, & soutenus
duRegiment Dauphin, le
redent n'estoit nullement
endommagé,il estoit frisé
,
pallissadé avec un fossé
& chemin couvert , nous
n'y avons perdu que trois
Grenadiers, soixante travailleurs,
un Capitaine de
Brosse blessé
,
& un Lieutenant
de Saillant. L'on a
jetté un pont sur le fossé
de lacontregarde de la demie
Lune bruslé par les
assiegez, & restabli dans
la nuit;l'on a fait une batterie
de six pieces de canon
pour battre en breche
la contregarde qui fera
à la gauche du redent,
elle doit tirer demain matin
14. de ce mois.
La nuit du 12. au 13. on
a attaqué le redent qui est
entre les deux angles rentrans
des deux conrregardes,
sçavoir la verte & celle
qui est reveftuë où l'on
s'est logé le long de la gorge
,& l'on a fait une communication
sur la mesme
ligne avec un crochet en
retour depuis ladite gorge
jusqu'aux pallissades du
tambour le long de la demie
gorge qui regarde la
contregarde du réduit; l'on
a poussé une sappe à la parallele
qui fait le front de
la face gauche de cette
mesme contregarde
)
cela
a esté attaqué par vingt
Grenadiers, & soutenus
duRegiment Dauphin, le
redent n'estoit nullement
endommagé,il estoit frisé
,
pallissadé avec un fossé
& chemin couvert , nous
n'y avons perdu que trois
Grenadiers, soixante travailleurs,
un Capitaine de
Brosse blessé
,
& un Lieutenant
de Saillant. L'on a
jetté un pont sur le fossé
de lacontregarde de la demie
Lune bruslé par les
assiegez, & restabli dans
la nuit;l'on a fait une batterie
de six pieces de canon
pour battre en breche
la contregarde qui fera
à la gauche du redent,
elle doit tirer demain matin
14. de ce mois.
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Résumé : De Landau ce 13. Aoust 1713.
La nuit du 12 au 13, une attaque a été lancée contre un redent situé entre deux contregardes. Les assaillants se sont positionnés le long de la gorge et ont établi une communication sur la même ligne avec un crochet en retour jusqu'aux palissades du tambour. Une sape a été creusée parallèlement au front de la face gauche de cette contregarde. L'attaque a été menée par vingt grenadiers, soutenus par le Régiment Dauphin. Malgré la présence de palissades, d'un fossé et d'un chemin couvert, le redent n'a subi aucun dommage significatif. Les pertes françaises se sont limitées à trois grenadiers, soixante travailleurs, un capitaine blessé et un lieutenant. Un pont a été jeté sur le fossé de la contregarde de la demi-lune, brûlée par les assiégés et restaurée durant la nuit. Une batterie de six pièces de canon a été construite pour battre en brèche la contregarde située à gauche du redent, prévue pour tirer le matin du 14.
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12
p. 275-282
Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
Début :
Avant hier je montay ma huitiéme tranchée qui fait la [...]
Mots clefs :
Camp, Tranchée, Grenadiers, Contre-gardes, Drapeau blanc, Otages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
An Camp devant Landau le
2.0. AvuftJ713.
Avanthier je montay ma
huitiéme tranchée qui fait
la cinquante-huitième du
Siège: L'on attaqua les deux
Contre Gardes; sçavoir celle
du Réduit & celle de la
demie-lune;la premiere fut
attaquée par les deux Compagnies
de Grenadiers de
mon Regiment,soûtenuë
d'une de Daguillc & une de
NIce.) qui sortirenr par le
Pasté & passerent le long du
Bâtardeau qui est à l'Angle
de l'ouvrage où l'on avoit
mis de clayes; nos Grenadiers
gagnerent cet Angle
& monterent dans l'ouvrage,
leur ordre estoit de fuir
vre le long de l'épaule jusqu'à
la communication du
chemin couvert qui cft à la
droite de nostre attaque., &
en même temps deux Compagnies
de Grenadiers de
Surbeck passerent la rivicre
au-dessous du Pont qui avoit
esté rompû & monteent
dans le même ouvrage
our nettoyer l'épaule gau..
hc; cela a estéexecuté avec
ne valedr inconcevable &
os Grenadiers se sont renus
maistres de tout jusqua
i premiere place d'armes du
hemin couvert malgré la
a resistance qu'ont fait les
nnemis, à quatre trrverses
lui estoient avant cette placc
l'armes des six Officiers de
Grenadiersde mon Régien
ayeû deux
-.
de tuez ôc
rois de blessez nous avons
raic nostre logement entier;
çavoir, coupé l'ouvrage de
la gorge le long du fosé du
Reduit & deux boyaux parale
lles aux deux Flancs de
l'ouvrage; l'autre Contre-
Garde de la demie-lune, aprés
avoir fait joüé deuxmines
aux deux épaules, ont
esté attaquez par deux Compagnies
de Xaintonges d'une
part & de l'autre par la
troisîéme de Sui beck, &les
deux de Bur bon, ouvrage
a esté emporté comme l'autre,
à la reserve que les- A[--
úegcz ont gardé deux tra
ver sèss dont nous ne no
lommes pas rendus Maiftrifl
Le Comte de Sczane& Mr
de Gonlaque eftoiem les Généraux
de tranchéej Mr de
Cebret, Brigadier, & moy
nous avons esté chargez de
l'attaque de la droite. Mr
Houet, Capitaine aux Gardes
montant comme Brigadier
avec Mr de Lemellc
Colonel à la fuite de Sorbcck,
de celle de l'autre demie-
lune; ils ont perdu un
Capitaine de Grenadiers tué,
&un bkfle5& un Lieutenant
& environ soixante-six Grenadiers
; à nostre attaque un
Capitaine de mon Régiment
& un Lieutenant tuez, ci
Capitaines blessez, qua
Lieutenants ou Sous-Liei
nants & environ quat
vingt Grenadiers dont il
a dix-neufd'une Compagi
& dix-sepe de l'autre. Il)
eu environ cent travaillel
tuez; nous avons pris à h
taque de mon Regiment 6
prisonniers avec un Capit;
n:. Les Affiegezavoientcei
Grenadiers, cent Fufilie
dans cet ouvrage & cer
pour les foûrenir; cette bc
sogne a elle faite de fiiço
que Meilleurs les tvlard
chaux ont esté très-contents,
ils ne lont pas moins cilé
lors qu'ils ont [û qu'à neuf
heures les, Assiegez avoienc
arboré le Drapeau blanc &
demandoient des otages,jy
ay esté envoyé avec unLieutenant
Colonel, un Major;
ils ont d'abord demandez la mc Capitulation que Mr
leMaréschal de Tallard avoir
accordé au Comte de Frize;
elle leur a elle rerufee, nos - Mareschaux les voulant prilanniers
de guerre. Ils demandèrent
ensuite celle que
le Prince Eugene avoir accordec
a Tournay, elle leur a
encore cfté refusée; enfin à
huit heures nous recommençâmes
à tirer,& cette nuit
ils ont fait un feu enragé ;
mlis au moment que je vous
écrit on me vient dire qu'ils
ont arboré le Drapeau sur la
2.0. AvuftJ713.
Avanthier je montay ma
huitiéme tranchée qui fait
la cinquante-huitième du
Siège: L'on attaqua les deux
Contre Gardes; sçavoir celle
du Réduit & celle de la
demie-lune;la premiere fut
attaquée par les deux Compagnies
de Grenadiers de
mon Regiment,soûtenuë
d'une de Daguillc & une de
NIce.) qui sortirenr par le
Pasté & passerent le long du
Bâtardeau qui est à l'Angle
de l'ouvrage où l'on avoit
mis de clayes; nos Grenadiers
gagnerent cet Angle
& monterent dans l'ouvrage,
leur ordre estoit de fuir
vre le long de l'épaule jusqu'à
la communication du
chemin couvert qui cft à la
droite de nostre attaque., &
en même temps deux Compagnies
de Grenadiers de
Surbeck passerent la rivicre
au-dessous du Pont qui avoit
esté rompû & monteent
dans le même ouvrage
our nettoyer l'épaule gau..
hc; cela a estéexecuté avec
ne valedr inconcevable &
os Grenadiers se sont renus
maistres de tout jusqua
i premiere place d'armes du
hemin couvert malgré la
a resistance qu'ont fait les
nnemis, à quatre trrverses
lui estoient avant cette placc
l'armes des six Officiers de
Grenadiersde mon Régien
ayeû deux
-.
de tuez ôc
rois de blessez nous avons
raic nostre logement entier;
çavoir, coupé l'ouvrage de
la gorge le long du fosé du
Reduit & deux boyaux parale
lles aux deux Flancs de
l'ouvrage; l'autre Contre-
Garde de la demie-lune, aprés
avoir fait joüé deuxmines
aux deux épaules, ont
esté attaquez par deux Compagnies
de Xaintonges d'une
part & de l'autre par la
troisîéme de Sui beck, &les
deux de Bur bon, ouvrage
a esté emporté comme l'autre,
à la reserve que les- A[--
úegcz ont gardé deux tra
ver sèss dont nous ne no
lommes pas rendus Maiftrifl
Le Comte de Sczane& Mr
de Gonlaque eftoiem les Généraux
de tranchéej Mr de
Cebret, Brigadier, & moy
nous avons esté chargez de
l'attaque de la droite. Mr
Houet, Capitaine aux Gardes
montant comme Brigadier
avec Mr de Lemellc
Colonel à la fuite de Sorbcck,
de celle de l'autre demie-
lune; ils ont perdu un
Capitaine de Grenadiers tué,
&un bkfle5& un Lieutenant
& environ soixante-six Grenadiers
; à nostre attaque un
Capitaine de mon Régiment
& un Lieutenant tuez, ci
Capitaines blessez, qua
Lieutenants ou Sous-Liei
nants & environ quat
vingt Grenadiers dont il
a dix-neufd'une Compagi
& dix-sepe de l'autre. Il)
eu environ cent travaillel
tuez; nous avons pris à h
taque de mon Regiment 6
prisonniers avec un Capit;
n:. Les Affiegezavoientcei
Grenadiers, cent Fufilie
dans cet ouvrage & cer
pour les foûrenir; cette bc
sogne a elle faite de fiiço
que Meilleurs les tvlard
chaux ont esté très-contents,
ils ne lont pas moins cilé
lors qu'ils ont [û qu'à neuf
heures les, Assiegez avoienc
arboré le Drapeau blanc &
demandoient des otages,jy
ay esté envoyé avec unLieutenant
Colonel, un Major;
ils ont d'abord demandez la mc Capitulation que Mr
leMaréschal de Tallard avoir
accordé au Comte de Frize;
elle leur a elle rerufee, nos - Mareschaux les voulant prilanniers
de guerre. Ils demandèrent
ensuite celle que
le Prince Eugene avoir accordec
a Tournay, elle leur a
encore cfté refusée; enfin à
huit heures nous recommençâmes
à tirer,& cette nuit
ils ont fait un feu enragé ;
mlis au moment que je vous
écrit on me vient dire qu'ils
ont arboré le Drapeau sur la
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Résumé : Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
Le 20 octobre 1713, lors du siège de Landau, l'auteur a supervisé la construction de sa 58ème tranchée. Les troupes ont attaqué les deux contre-gardes, celle du réduit et celle de la demi-lune. La première contre-garde a été prise par les grenadiers du régiment de l'auteur, soutenus par des compagnies de Daguille et de Nice. Ils ont sécurisé un angle de l'ouvrage et nettoyé l'épaule gauche. Simultanément, deux compagnies de grenadiers de Surbeck ont traversé la rivière et pris la première place d'armes malgré la résistance ennemie. Les pertes incluent deux officiers de grenadiers tués et trois blessés dans le régiment de l'auteur. Les travaux de sape ont coupé l'ouvrage et creusé des boyaux parallèles. La deuxième contre-garde a été attaquée par des compagnies de Xaintonges, de Suibek et de Burbon, mais les assiégés ont gardé deux traverses. Les généraux de tranchée étaient le Comte de Szeane et Monsieur de Gonlaque, tandis que Monsieur de Cebret et l'auteur dirigeaient l'attaque de la droite. Les pertes ennemies incluent un capitaine de grenadiers tué et environ soixante-six grenadiers. Les assiégés ont arboré le drapeau blanc à neuf heures, demandant des otages, mais leurs demandes de capitulation ont été refusées. À huit heures, les tirs ont repris et les assiégés ont continué à résister.
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13
p. 80-83
Extrait d'une lettre du camp devant Fribourg ce 9. Octobre.
Début :
Les ennemis sortirent avant hier à la pointe du jour [...]
Mots clefs :
Grenadiers, Fribourg, Marquis de Nangis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une lettre du camp devant Fribourg ce 9. Octobre.
Extrait d'une lettre du camp
devant Fribourg ce 9.
Oflobre.
Les ennemis sortirent
avant hier à la pointe du
jour sur la droite de nôtre
tranchée, M. le Marquis
de Nangis qui y commandoit
les voyant venir fit
retirer tous les travailleurs,
disposa promptement ses
troupes, & fitun sigran
feu qu'ils n'oserent venir
jusquau boyau,& se retirerent.
M. de Nangis fit sortir
en même temps les grenadiers
d'Issenghien & de
Royal Roussillon,commandez
par M. de Chimene
Colonel, & Meilleurs de
Mas & de l'Ile Capitaines,
qui pousserent les ennemis
jusques dans les palissades.
M. de Nangis se louë fort
de ces Meilleurs.
Nos fappes sont de cette
nuit sur les glacis même de
la nuit derniere, & nous
esperons d'attaquer bientôt
une lunette & le chemin
couvert. Les ennemis
firent hier une sortie assez
violente à l'attaque du Château
:
Ils prirent nôtresappe
gauche à revers ayant
de bouche par derriere
leurs redoutes, les trois
Compagnies de Grenadiers
qui étoient à cette tête
n'ont pu resister long-tems
maigré lcui grand urage,
ils ont été obligez de se
retirer jusqu'a la croisée
des deux sappes,les ennemis
nous ont dérange pendant
ce temps-là quelques
Gabions, un moment après
nos Grenadiersont remonté.
& ont obligé les ennemis
de se retirer. M. de
S. Sernin qui s'est appercû
le premier de la sortie des
ennemis fit avertir le Brigadier
de tranchée, & y fit
faire les dispositions. Nous
y avons eu un Capitane
de Grenadiers tué, un blesfé,
& trois ou quatre au-
, tres Officiers tuez ou blessez,
& environ cinquante
soldats.
-
.AC4mp devant Fribourg le 1-
devant Fribourg ce 9.
Oflobre.
Les ennemis sortirent
avant hier à la pointe du
jour sur la droite de nôtre
tranchée, M. le Marquis
de Nangis qui y commandoit
les voyant venir fit
retirer tous les travailleurs,
disposa promptement ses
troupes, & fitun sigran
feu qu'ils n'oserent venir
jusquau boyau,& se retirerent.
M. de Nangis fit sortir
en même temps les grenadiers
d'Issenghien & de
Royal Roussillon,commandez
par M. de Chimene
Colonel, & Meilleurs de
Mas & de l'Ile Capitaines,
qui pousserent les ennemis
jusques dans les palissades.
M. de Nangis se louë fort
de ces Meilleurs.
Nos fappes sont de cette
nuit sur les glacis même de
la nuit derniere, & nous
esperons d'attaquer bientôt
une lunette & le chemin
couvert. Les ennemis
firent hier une sortie assez
violente à l'attaque du Château
:
Ils prirent nôtresappe
gauche à revers ayant
de bouche par derriere
leurs redoutes, les trois
Compagnies de Grenadiers
qui étoient à cette tête
n'ont pu resister long-tems
maigré lcui grand urage,
ils ont été obligez de se
retirer jusqu'a la croisée
des deux sappes,les ennemis
nous ont dérange pendant
ce temps-là quelques
Gabions, un moment après
nos Grenadiersont remonté.
& ont obligé les ennemis
de se retirer. M. de
S. Sernin qui s'est appercû
le premier de la sortie des
ennemis fit avertir le Brigadier
de tranchée, & y fit
faire les dispositions. Nous
y avons eu un Capitane
de Grenadiers tué, un blesfé,
& trois ou quatre au-
, tres Officiers tuez ou blessez,
& environ cinquante
soldats.
-
.AC4mp devant Fribourg le 1-
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Résumé : Extrait d'une lettre du camp devant Fribourg ce 9. Octobre.
Le 9 octobre, les forces ennemies ont lancé une attaque à l'aube sur la droite des tranchées françaises près de Fribourg. Le Marquis de Nangis, commandant sur place, a réagi en retirant les travailleurs et en ordonnant un feu intense pour stopper l'avancée ennemie. Il a également déployé les grenadiers d'Issenghien et de Royal Roussillon, dirigés par le Colonel de Chimene et les Capitaines Meilleurs de Mas et de l'Ile, qui ont repoussé les ennemis jusqu'à leurs palissades. M. de Nangis a particulièrement salué le courage des Capitaines Meilleurs. La nuit précédente, des sapeurs français travaillaient sur les glacis. Une attaque ennemie violente avait eu lieu la veille pour s'emparer du château, prenant à revers la sape gauche française et forçant les grenadiers à se retirer temporairement. Ces derniers ont rapidement contre-attaqué, obligeant les ennemis à se retirer. Les pertes françaises incluent un capitaine de grenadiers tué, un blessé, trois ou quatre autres officiers tués ou blessés, et environ cinquante soldats.
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14
p. 113-124
Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Début :
Monsieur le Maréchal ayant resolu en même tems d'attaquer une [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Grenadiers, Lunette, Attaque, Colonel, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Âu Camp de Fribçurg le 15.
Oflobre.
ReUtion duMaréchal de
; Villars,
Monsieur le Maréchal
ayant resolu en même tems
d'attaquer une lunette &
tout le chemin couvert
du Poligone, où nous allons,
on commanda quarante
Compagnies de Grenadiers
distribuez en divers
end roits, les un p our attaquer
& d'autres pour foti-"
tenir; le hazard fit queles
ennemis, qui avoient preparé
une sortie de douze
cent hommes, commandez
par le General MajorVveitersheim,
un Brigadier &
deux Colonels, commençoient
à sortir du chemin
couvert. Le quart de ces
gens étoient déja sur le
glacis, lorsque nos grenadiers
debouchoient pour
attaquer la lunette & le
chemin couvert; ces gens
qui faisoient une sortie
considerable fc voyan
chargez, furent bien tôt
renversez ; l'on en tua un
très grand nombre, le General
Major fut pris avec
un Colonel, ces douze cent
hommes étant troupes
choisies. La plupart se placerent
dans le chemin couvert
à la droite & à la gauche
de l'attaque, & firent
un très-grand feu.
La lunerte étoit défendue
par deux cens hommes
choisis, & ordre du Gouverneur
de se défendre jusqu'au
dernier homme,avec
promessed'être bien soutenus,
outre cela ilyavoit
cent trente hommes dans
la communication du chemin
couvert à la lunette:
mais ils furent emportez
d'abord par nos grenadiers,
qui se logèrent dans la
communication ; l'on ne
devoit pas s'attendre que
deux cent hommes coupez,
& à qui l'on promettoit
quartier le refusassent;
tous nos: Grenadiers qui
voulurent entrer furent
renversez à coup de hallebarde&
de faulx. Le Marquis
de Vivans Lieutenant
General commandant la
tranchée y mena les bataillons
& les drapeaux de
Poitou,_& deRoyalRoussillon,
les Colonels àla tête,
ils marchèrent à la lunette,
les ennemisfirent grande,
resistance, cequi obligea
Messieurs de Coigny, le
Comte de Broglio,Nangis,
Contades, le Marquis de
Broglio, Çhar".illo"n.,voIon..
taires auprès du Maréchal
de Villars,de marcher à
cette lunette. On fie, avancer
cent cinquante dragons
qui passerent sur le glacis
pour ne pas troubler l'attaque
trés-vive des batail-
Ions, & faisant un dernier
effort la lunette fut emportée
,
& presque tous ceux
qui la défendoient tuez,
ensuite on continua les logemens
sur tous les angles
saillansduPoligoneattaqué,
, le grand feu des ennemis,
les bombes qu'ils nous jettoient
nont pas empêché
que nos logemens ne fc
soient trouvez en fort bon état
à la pointe du jour. Le
Maréchal de Villars voyant
que les troupes étoient fatiguées
, &ne voulant pas
que les ennemis, qui avoient
déja fait plusieurs
sorties, pussent détruire les
têtes de nos logemens,envoya
ordre à la brigade de
Limosin la plus voisine, de
venir à la queuë de la tranchée
; on fit aussi marcher
cinq cens hommes de la
brigade de Picardie,& les
trois bataillons deLorraine,
avec ordre à la brigade de la
Sarre de se tenir prête, tant
pourêtre superieur en troupes,
ne rien craindre /^quc
pour avoir des travailleurs
tout prêts pour remplacer
ceux qui étoienthors dç combat. 3 -
v
Le Maréchal se louë
beaucoup de toutes ses
troupes. Monsieur de Vivans
Lieutenant General de\
tranchée
a fait tout ce qu'on
pouvoir attendre d'un brave
Officier. Monsieur de
Silly Maréchal de Campa
très utillement servi à l'attaque
du centre où commandoit
le Sieur Monerot
Colonel Commandant
d'Alsace. M. d'Ormesson
BBiriigadier commandoit la
Z~D-yadicr coiiii-nandoir gauche,
gauche, Messieurs les Comte
de Roucy & Valory étoient
auprès du Maréchal
de Villars, & avoient trésbien
dirigé les attaques ôc
services d'Ingenieurs, donc
la plûpart ont été tuez ou
blessez. Nous avons perdu
plusieurs Capitaines deGrenadiers
,
desquels on ne
peut trop louer la valeur;
les Grenadiers des Gardes
ont fait des merveilles,tous
leurs Officiers ont ététuez
ou blessez. Monsieur de
Contade Major General,
qui portoit. ôc faisoit Foxe..:
cuter tous les ordres, a été
enversé d'un coup de casion,
& le visagepercé de
plusieurs coups de pierres,
le Comte de Croissy volontaire,
le Duc de Fronsac
& le Marquis de Nangis
ont reçû des coups de
pierre à latranchée. M. le
Maréchal a reçu un coup
de pierre à la hanche;cette
action est des plus glorieuse
pour les troupes du
Roy, & d'un succés bien
avantageux, puifquelle a
empotefUence à une garnison
qui a montré tant de
valeur.
Nous sommes logez sur
les angles saillans du chemin
couvert, le General
Vvéistheim a dit que le
Gouverneur de la place
avoit assuré la garnison que
le Prince Eugéne devoir
les secourir;il est vrai que
le 12. ce Prince s'avanca sur
Hosgraben, qui n'est qu'à
cinq lieuës, & d'où il peut
reconnoître nos postes:mais
il s'en retourna le lendedemain;
il y eut il y a deux
jours une action trés-vive à
l'attaque du Château,les ennemis
firent une sortie considerable
>
&, renverserent
la tête de nôtre tranchée.
Le Chevalier de Pezeux à
la tête
;
desbataillons,de
Lavalreprit nos postes. l'épée
à la main, & tua un
grandnombre desennemis
, Monsieur deLaval
Colonel fut blessé deux
Capitaines de Grenadiers ]
&unde Dragonstuez.On
; n'a Doiht encorede lifte des <
tuez & b!ef!cz..j,
Les Ducs de Guiche ôc
Mortemart étoient volontaires
danscette action,
présdu Maréchal dcVillarsj
Oflobre.
ReUtion duMaréchal de
; Villars,
Monsieur le Maréchal
ayant resolu en même tems
d'attaquer une lunette &
tout le chemin couvert
du Poligone, où nous allons,
on commanda quarante
Compagnies de Grenadiers
distribuez en divers
end roits, les un p our attaquer
& d'autres pour foti-"
tenir; le hazard fit queles
ennemis, qui avoient preparé
une sortie de douze
cent hommes, commandez
par le General MajorVveitersheim,
un Brigadier &
deux Colonels, commençoient
à sortir du chemin
couvert. Le quart de ces
gens étoient déja sur le
glacis, lorsque nos grenadiers
debouchoient pour
attaquer la lunette & le
chemin couvert; ces gens
qui faisoient une sortie
considerable fc voyan
chargez, furent bien tôt
renversez ; l'on en tua un
très grand nombre, le General
Major fut pris avec
un Colonel, ces douze cent
hommes étant troupes
choisies. La plupart se placerent
dans le chemin couvert
à la droite & à la gauche
de l'attaque, & firent
un très-grand feu.
La lunerte étoit défendue
par deux cens hommes
choisis, & ordre du Gouverneur
de se défendre jusqu'au
dernier homme,avec
promessed'être bien soutenus,
outre cela ilyavoit
cent trente hommes dans
la communication du chemin
couvert à la lunette:
mais ils furent emportez
d'abord par nos grenadiers,
qui se logèrent dans la
communication ; l'on ne
devoit pas s'attendre que
deux cent hommes coupez,
& à qui l'on promettoit
quartier le refusassent;
tous nos: Grenadiers qui
voulurent entrer furent
renversez à coup de hallebarde&
de faulx. Le Marquis
de Vivans Lieutenant
General commandant la
tranchée y mena les bataillons
& les drapeaux de
Poitou,_& deRoyalRoussillon,
les Colonels àla tête,
ils marchèrent à la lunette,
les ennemisfirent grande,
resistance, cequi obligea
Messieurs de Coigny, le
Comte de Broglio,Nangis,
Contades, le Marquis de
Broglio, Çhar".illo"n.,voIon..
taires auprès du Maréchal
de Villars,de marcher à
cette lunette. On fie, avancer
cent cinquante dragons
qui passerent sur le glacis
pour ne pas troubler l'attaque
trés-vive des batail-
Ions, & faisant un dernier
effort la lunette fut emportée
,
& presque tous ceux
qui la défendoient tuez,
ensuite on continua les logemens
sur tous les angles
saillansduPoligoneattaqué,
, le grand feu des ennemis,
les bombes qu'ils nous jettoient
nont pas empêché
que nos logemens ne fc
soient trouvez en fort bon état
à la pointe du jour. Le
Maréchal de Villars voyant
que les troupes étoient fatiguées
, &ne voulant pas
que les ennemis, qui avoient
déja fait plusieurs
sorties, pussent détruire les
têtes de nos logemens,envoya
ordre à la brigade de
Limosin la plus voisine, de
venir à la queuë de la tranchée
; on fit aussi marcher
cinq cens hommes de la
brigade de Picardie,& les
trois bataillons deLorraine,
avec ordre à la brigade de la
Sarre de se tenir prête, tant
pourêtre superieur en troupes,
ne rien craindre /^quc
pour avoir des travailleurs
tout prêts pour remplacer
ceux qui étoienthors dç combat. 3 -
v
Le Maréchal se louë
beaucoup de toutes ses
troupes. Monsieur de Vivans
Lieutenant General de\
tranchée
a fait tout ce qu'on
pouvoir attendre d'un brave
Officier. Monsieur de
Silly Maréchal de Campa
très utillement servi à l'attaque
du centre où commandoit
le Sieur Monerot
Colonel Commandant
d'Alsace. M. d'Ormesson
BBiriigadier commandoit la
Z~D-yadicr coiiii-nandoir gauche,
gauche, Messieurs les Comte
de Roucy & Valory étoient
auprès du Maréchal
de Villars, & avoient trésbien
dirigé les attaques ôc
services d'Ingenieurs, donc
la plûpart ont été tuez ou
blessez. Nous avons perdu
plusieurs Capitaines deGrenadiers
,
desquels on ne
peut trop louer la valeur;
les Grenadiers des Gardes
ont fait des merveilles,tous
leurs Officiers ont ététuez
ou blessez. Monsieur de
Contade Major General,
qui portoit. ôc faisoit Foxe..:
cuter tous les ordres, a été
enversé d'un coup de casion,
& le visagepercé de
plusieurs coups de pierres,
le Comte de Croissy volontaire,
le Duc de Fronsac
& le Marquis de Nangis
ont reçû des coups de
pierre à latranchée. M. le
Maréchal a reçu un coup
de pierre à la hanche;cette
action est des plus glorieuse
pour les troupes du
Roy, & d'un succés bien
avantageux, puifquelle a
empotefUence à une garnison
qui a montré tant de
valeur.
Nous sommes logez sur
les angles saillans du chemin
couvert, le General
Vvéistheim a dit que le
Gouverneur de la place
avoit assuré la garnison que
le Prince Eugéne devoir
les secourir;il est vrai que
le 12. ce Prince s'avanca sur
Hosgraben, qui n'est qu'à
cinq lieuës, & d'où il peut
reconnoître nos postes:mais
il s'en retourna le lendedemain;
il y eut il y a deux
jours une action trés-vive à
l'attaque du Château,les ennemis
firent une sortie considerable
>
&, renverserent
la tête de nôtre tranchée.
Le Chevalier de Pezeux à
la tête
;
desbataillons,de
Lavalreprit nos postes. l'épée
à la main, & tua un
grandnombre desennemis
, Monsieur deLaval
Colonel fut blessé deux
Capitaines de Grenadiers ]
&unde Dragonstuez.On
; n'a Doiht encorede lifte des <
tuez & b!ef!cz..j,
Les Ducs de Guiche ôc
Mortemart étoient volontaires
danscette action,
présdu Maréchal dcVillarsj
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Résumé : Au Camp de Fribourg le 15. Octobre. Relation du Maréchal de Villars.
Le 15 octobre, au camp de Fribourg, le maréchal de Villars a ordonné une attaque sur une lunette et le chemin couvert du polygone, impliquant quarante compagnies de grenadiers. Simultanément, les ennemis, dirigés par le général major Weitersheim, ont lancé une sortie de douze cents hommes. Les grenadiers français ont repoussé cette attaque, tuant de nombreux ennemis et capturant le général major et un colonel. La lunette était défendue par deux cents hommes, soutenus par cent trente autres. Malgré une résistance acharnée, les grenadiers français ont pris la lunette après un combat intense. Le marquis de Vivans a mené les bataillons de Poitou et de Royal-Roussillon à l'assaut, tandis que plusieurs officiers, dont les messieurs de Coigny, le comte de Broglie, Nangis, Contades, et le marquis de Broglie, ont dû intervenir face à la forte résistance ennemie. Cent cinquante dragons ont renforcé l'attaque, permettant finalement la prise de la lunette. Les travaux de fortification ont été achevés malgré le feu ennemi. Le maréchal de Villars a salué le courage de ses troupes, notamment le marquis de Vivans et le marquis de Silly. Plusieurs officiers et grenadiers des Gardes ont été tués ou blessés, et le maréchal de Villars a lui-même été blessé à la hanche. Cette action a été jugée glorieuse et avantageuse pour les troupes du roi. Les Français sont maintenant positionnés sur les angles saillants du chemin couvert. Le général Weitersheim a rapporté que le gouverneur de la place avait assuré la garnison du secours du prince Eugène, qui s'était approché mais s'était retiré. Une récente action au château a vu une sortie ennemie repoussée par le chevalier de Pezeux et le colonel de Laval, ce dernier étant blessé. Les ducs de Guiche et de Mortemart étaient également présents en tant que volontaires.
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15
p. 73-84
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Les lettres de Madrid portent que le Roy a donné [...]
Mots clefs :
Grenadiers, Archidiacre, Commissaire général, Madrid, Tolède, Grenade, Abbaye, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles d'E'/pagne.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Regent de
l'Audiance de Seville à Don
Manuel de Torrés, Auditeur
du même Tribynal;
celle de Commissaire géneral
de la Croizade, que
possedoit Don Francisco
Rodriguez de Mendaros
Queta, Archidiacre de Maddrriidd,
à Don Philippe Antoj~
a Plil
nio deTaboada, President
de l'Audiance de Valladolid
; & celle de Regent du
fuprêmc Conseil de Navarre,
vacante par le decés
de Don Carlos de la Penna,
à Don Pedro Afan de
Ribera: que le Roy a ordonné
que dés le commencement
de l'année on afferme
les revenus des vingt
& une Provinces ou districts,
dans lesquelles ce
Royaume est partagé, a
vin gt & une personnes,chacune
desquelles fera chargée
de recevoir tous les revveennuuss&&
iimmppoosritions des
pays pour lesquels ils feront
destinez. Que les quatre
Presidens du Conseil des
Finances ont ordre de regler
ces Fermes de la maniere
suivante.
L'Evêque de Gironne
fera Directeur de celles de
Cordouë
,
de Jaen, de Seville,
de Grenade, de Murcie
& de Cuenca.
Le Marquis de Campo
Florido de celles de Borgos,
de Galice, de Zamo
ra ,
de Toro, de Salamanque
&: de Valladolid.
Don Sebastian Garcia
Romero de cellesd'Avila,
de Guadalaxara, de Palencia,
de Leon & d'Estramadure.
Don Manuel Antonio de
Azevedo de celles de Tolede
,
de la Manche, de Madrid,
deSegovie&deSoria.
Que Sa Majesté a nommé
à l'Evêché de SiguençaDon
Francisco * Rodriguez de
MendarozQueta, Commissaire
general de laCroizade
&Archidiacre de Madrid.
A l'Archevêché de Sarragosse
Don Manuel de
Araziel Evêque de Leon.
A l'Evêché de Leon Don
Joseph de Ulzurrun & Aslança,
Archidiacre de Daroca.
A l'Evêché de Jaen l'Eveque
de Segorbe.
A l'Evêché de Segorbe
Don Diego Munno Vaquerizo,
Inquisiteur de Valence.
A l'Evêché de Horihuela
Don Joseph de Espeja &
Cisneros
,
Archidiacre de
Malaga.
A l'Evêché de Salamanque
l'Evêque de Tortose.
A l'Evêché de Tortose
Don Juan Miguelez, President
de Grenade.
A l'Evêché des Canaries
Don Lucas Conciero
&Molina.
A l"Evêché de Ciudad-
Rodrigo Don Santos de
San Pedro Inquisiteur.
A l'Evêché d'Urgel Don
Simon de Guinda & Aperregni,
Abbé de saintIsidore
de Leon.
Sa Majesté a aussi donné
l'Abbaye de saint Isidore
de Leon à Don Andrez de
Pitillas, Chanoine de Tolede,
& ce Canonicat à
Don Juan Francisco de
Bierga & Vadillo. r
L'Abbaye de San Pedro
de Besalu à Don Francisco
Pastor, Abbé de l'Abbaye
de laO.
Le Prieuré de Roncevaux
à Don Francisco de
la Torre ôc Herrera, Inquisiteur
de Cordouë &
Chanoine de Palencia, &
ce Canonicat à Don Manuel
Curé de Munnez.
L'Archidiaconé de Madrid
à Don Carlos Borja,
Patriarche des Indes, ôc
l'Archidiaconé de Calatrava
qu'il avoit, à Don Raymond
de Villacis.
L'Archidiaconé de Malaga
à Don Juan de Lazaro
& Aparicio.
On écrit de Catalogne,
qu'il y avoit de la division
& une grande consternation
parmi les habitans de
Barcelone; que le Duc de
Popoli occupoit tous les
postes de la côte, pour empêcher
qu'on n'introduise
des provisions dans cette
ville-là, & que son camp
étoit bien renforcé par les
troupes Espagnoles arrivées
desPays-Bas, Onmande de
Solfone du 12. Decembre,
que Don Joseph Vallejo,
Brigadier d'armée, qui
commande dans cette ville-
là & sur la frontiere voisine,
ayant été informé que
les rebelles de Cardone en
étoient sortis avec deux
compagnies de grenadiers,
un detachement de cent
cinquante hommes d'infanterie
de trou pes reglées,
cent cinquante Miquelets
ou Sommettans, & tous
leurs volontaires à cheval,
pour attaquer une maison
à une lieuë de Solsone, où
il avoir postéle Sieur Min- ,-
nones de Falco avec sa compagnie
de Miquelets fideles,
le mit en campagne
avec toute la cavalerie &
ses dragons, & tous les grenadiers
de sa garnison. Sitôt
que les rebeles l'apperçurent
,
leur cavalerie se
sauva à toute bride, l'infanterie
prit auni la suite; elle
fut neanmoins jointe par
la cavalerie ôc les dragons,
qui firent main basse sur
eux. La perte des ennemis
consiste en la prise de Don
Pedro d'Alba ôc Marques,
Gouverneur de la ville de
Cardonne, & du Major du
regiment de la ville de Barcelone,
qui l'étoit aussi de
la ville & du château de
Cardonne, tous deux blessez
dangereusement '5 un
Capitaine de grenadiers tue
& l'autre blessé & fait prisonnier
; un Lieutenant de
grenadiers tué & l'autre prisonnier,
aussi bien que les
deux Enseignes un Sergent
& plus de trente hommes
prisonniers,&un grand
* nombre tuez. On leur a
pris deux charettes chargées
de poudre, de balles,
de grenades & d'outils. La
compagnie du Sieur Minnonés
de Falco se défendit
durant deux heures avec
une extrême vigueur.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Regent de
l'Audiance de Seville à Don
Manuel de Torrés, Auditeur
du même Tribynal;
celle de Commissaire géneral
de la Croizade, que
possedoit Don Francisco
Rodriguez de Mendaros
Queta, Archidiacre de Maddrriidd,
à Don Philippe Antoj~
a Plil
nio deTaboada, President
de l'Audiance de Valladolid
; & celle de Regent du
fuprêmc Conseil de Navarre,
vacante par le decés
de Don Carlos de la Penna,
à Don Pedro Afan de
Ribera: que le Roy a ordonné
que dés le commencement
de l'année on afferme
les revenus des vingt
& une Provinces ou districts,
dans lesquelles ce
Royaume est partagé, a
vin gt & une personnes,chacune
desquelles fera chargée
de recevoir tous les revveennuuss&&
iimmppoosritions des
pays pour lesquels ils feront
destinez. Que les quatre
Presidens du Conseil des
Finances ont ordre de regler
ces Fermes de la maniere
suivante.
L'Evêque de Gironne
fera Directeur de celles de
Cordouë
,
de Jaen, de Seville,
de Grenade, de Murcie
& de Cuenca.
Le Marquis de Campo
Florido de celles de Borgos,
de Galice, de Zamo
ra ,
de Toro, de Salamanque
&: de Valladolid.
Don Sebastian Garcia
Romero de cellesd'Avila,
de Guadalaxara, de Palencia,
de Leon & d'Estramadure.
Don Manuel Antonio de
Azevedo de celles de Tolede
,
de la Manche, de Madrid,
deSegovie&deSoria.
Que Sa Majesté a nommé
à l'Evêché de SiguençaDon
Francisco * Rodriguez de
MendarozQueta, Commissaire
general de laCroizade
&Archidiacre de Madrid.
A l'Archevêché de Sarragosse
Don Manuel de
Araziel Evêque de Leon.
A l'Evêché de Leon Don
Joseph de Ulzurrun & Aslança,
Archidiacre de Daroca.
A l'Evêché de Jaen l'Eveque
de Segorbe.
A l'Evêché de Segorbe
Don Diego Munno Vaquerizo,
Inquisiteur de Valence.
A l'Evêché de Horihuela
Don Joseph de Espeja &
Cisneros
,
Archidiacre de
Malaga.
A l'Evêché de Salamanque
l'Evêque de Tortose.
A l'Evêché de Tortose
Don Juan Miguelez, President
de Grenade.
A l'Evêché des Canaries
Don Lucas Conciero
&Molina.
A l"Evêché de Ciudad-
Rodrigo Don Santos de
San Pedro Inquisiteur.
A l'Evêché d'Urgel Don
Simon de Guinda & Aperregni,
Abbé de saintIsidore
de Leon.
Sa Majesté a aussi donné
l'Abbaye de saint Isidore
de Leon à Don Andrez de
Pitillas, Chanoine de Tolede,
& ce Canonicat à
Don Juan Francisco de
Bierga & Vadillo. r
L'Abbaye de San Pedro
de Besalu à Don Francisco
Pastor, Abbé de l'Abbaye
de laO.
Le Prieuré de Roncevaux
à Don Francisco de
la Torre ôc Herrera, Inquisiteur
de Cordouë &
Chanoine de Palencia, &
ce Canonicat à Don Manuel
Curé de Munnez.
L'Archidiaconé de Madrid
à Don Carlos Borja,
Patriarche des Indes, ôc
l'Archidiaconé de Calatrava
qu'il avoit, à Don Raymond
de Villacis.
L'Archidiaconé de Malaga
à Don Juan de Lazaro
& Aparicio.
On écrit de Catalogne,
qu'il y avoit de la division
& une grande consternation
parmi les habitans de
Barcelone; que le Duc de
Popoli occupoit tous les
postes de la côte, pour empêcher
qu'on n'introduise
des provisions dans cette
ville-là, & que son camp
étoit bien renforcé par les
troupes Espagnoles arrivées
desPays-Bas, Onmande de
Solfone du 12. Decembre,
que Don Joseph Vallejo,
Brigadier d'armée, qui
commande dans cette ville-
là & sur la frontiere voisine,
ayant été informé que
les rebelles de Cardone en
étoient sortis avec deux
compagnies de grenadiers,
un detachement de cent
cinquante hommes d'infanterie
de trou pes reglées,
cent cinquante Miquelets
ou Sommettans, & tous
leurs volontaires à cheval,
pour attaquer une maison
à une lieuë de Solsone, où
il avoir postéle Sieur Min- ,-
nones de Falco avec sa compagnie
de Miquelets fideles,
le mit en campagne
avec toute la cavalerie &
ses dragons, & tous les grenadiers
de sa garnison. Sitôt
que les rebeles l'apperçurent
,
leur cavalerie se
sauva à toute bride, l'infanterie
prit auni la suite; elle
fut neanmoins jointe par
la cavalerie ôc les dragons,
qui firent main basse sur
eux. La perte des ennemis
consiste en la prise de Don
Pedro d'Alba ôc Marques,
Gouverneur de la ville de
Cardonne, & du Major du
regiment de la ville de Barcelone,
qui l'étoit aussi de
la ville & du château de
Cardonne, tous deux blessez
dangereusement '5 un
Capitaine de grenadiers tue
& l'autre blessé & fait prisonnier
; un Lieutenant de
grenadiers tué & l'autre prisonnier,
aussi bien que les
deux Enseignes un Sergent
& plus de trente hommes
prisonniers,&un grand
* nombre tuez. On leur a
pris deux charettes chargées
de poudre, de balles,
de grenades & d'outils. La
compagnie du Sieur Minnonés
de Falco se défendit
durant deux heures avec
une extrême vigueur.
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Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le document expose diverses nominations et décisions royales en Espagne. Le roi a nommé Don Manuel de Torrés au poste de Regent de l'Audience de Séville, Don Philippe Antoñio de Taboada à celui de Commissaire général de la Croisade, et Don Pedro Afan de Ribera comme Regent du Conseil de Navarre. De plus, le roi a ordonné l'affermage des revenus des vingt-et-une provinces du royaume à partir du début de l'année, avec des directeurs désignés pour chaque district. Parmi les nominations ecclésiastiques, on trouve Don Francisco Rodríguez de Mendaroz Queta à l'évêché de Siguença et Don Manuel de Araziel à l'archevêché de Sarragosse, ainsi que plusieurs autres évêques et abbés. En Catalogne, des tensions et des affrontements opposent les troupes royales aux rebelles. Le Brigadier d'armée Don Joseph Vallejo a mené une opération contre des rebelles près de Solsone, résultant en plusieurs prisonniers et morts parmi les ennemis.
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16
p. 226-241
DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
Début :
En attendant je vais suivre l'histoire de ce Siege & en / Courten. Balincour. Bataillons. Grenadiers. Vieille Tranchée. Castille I I Murcia. [...]
Mots clefs :
Ordres, Bataillons, Troupes, Attaque, Grenadiers, Siège, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
En attendant je vais ſuivre
P'hiſtoire de ce Siege & en
reprendre le détail depuis le
onze de Septembre , qui eſt le
*Art. Poëtique,
1
GALANT . 227
jour que l'affaut general fut
donné. Voicy un ordre exact
de l'attaque generale.
***********************
DROITE AUX ORDRES
de Meffieurs Dhilon , LieutenantGeneral;
Caftille, Maréchal
de Camp ; Revez ,
✓ Brigadier.
Courten.
Balincour.
Bataillons. Grenadiers.
VieilleTranchée.
Caſtille. I I
Murcia. I. I
228 MERCURE
Nouvelle Tranchée.
Savoye.
Aftourias. I
I I
I
Extraordinaire.
Gardes Eſpagnoles .
Gardes Valones .
2 2
I I
B. 7. G. 7.
200. Travailleurs.
Sçavoir ,
Mineurs.
Canoniers .
IS
10
25
GALANT . 229
Depost destinépour cette attaque.
Celuy desGardes Eſpagnoles.
Celuy des Gardes Valones.
CENTRE AUX ORDRES
deM. le Marquis de Laverre.
Bataillons. Grenadiers.
Provence. 2 2
Auvergne. 2 2
Artois . 2 2
Normandie. I I
Anjou. 2 2
La Reine . I
F
1
230 MERCURE
.
La Couronne . 2
Baffigny.
2
I
13. 13 .
5. Compagnies extraordinaires.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Sanfay.
Guerchy.
Blaifois.
2
[
I
I
G.18.
300. Travailleurs François ,
un Capitaine par so.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Guerchy.
125
so
GALANT. 231
}
Sanſay.
Mineurs.
Canoniers.
125
300.
Depost destiné pour cette
attaque.
Celuyd'Auvergne.
Caſtelar.
La Marine.
12
10
22
232 MERCURE
GAUCHEAUXORDRES
de Meſſieurs de Silly , Lieutenant
General ; Rivadeo ,
Maréchal de Camp;delPouerto
, Brigadier.
Nonant.
Curcy.
Bataillons. Grenadiers.
La Marine. 3 3
Caſtelas. 3 3
Medoc. 2
2
Ponticu. 2
2
10. 10.
2.
GALANT . 233
2. Compagnies extraordinaires .
Talleran .
Houdetor.
I
I
Τ. 12 .
300. Travailleurs François.
Sçavoir ,.
La Marche.
Blaifois.
*
100
100
*
Talleran .
so
Houdetor. so
D
Τ. 300 .
Mineurs. 12
Canoniers. 10
Octobre 1714 . V
T. 22.
234 MERCURE
Depoft destiné pour cette attaque.
Normandic.
La Couronne .
RESERVE AUX
ordres de M. le Maréchal
deBerwick.
Brigadiers .
Ordoigno.
Valieco.
Bataillons.
Gardes Eſpagnoles.
Cordoüa.
Grenadiers.
+
I I
I
GALANT. 235
Orleans. 2 2
Guerchy. I 1
L'Ile de France. 2 2
Royal Artillerie. I
Bombardiers. I
Courten. 2 2
La Noüa. I I
B. 12. G. 9 .
J
1
Travailleurs.
I
)
2
I
2
So
01002503535
so
t
25
Vij
236 MERCURE
2
I
G. 9 .
100
75 7
Τ. 350 .
500. Travailleurs .
Sçavoir ,
Un Lieutenant, un Sergent
&vingt cinq hommes parBataillons
, comme il eſt detaillé
cy-deflus.
DETAIL.
Sçavoir ,
Eſpagnols. Ijo
François. 350
T. 5oo.
600. Dragons commandez
par M. de Chateaufort .
)
1
GALANT. 237
L'affaut commença vers les
quatre heures du matin , & en
peu de temps les breches & les
Baſtions de la Porte neuve de
Sainte Claire & du Levant ,
& la grande coupure furent
emportez avec peu de perte ;
mais les Troupes animées par
ce ſuccés s'avancerent vers les
entrées des ruës qui estoient
toutes retranchées , &les maifons
percées , d'où les Ennemis
faifoient grand feu de
Mousqueterie & de Canons
chargez à cartouches ; elles
voulurent auffi s'emparer fans
neceffité du Baſtion de Saint
*
238 MERCURE
:
Pierre qui estoit commandé
de tous coſtez par les maiſons
voiſines , ce qui caufa une
perte qu'on n'auroit pas faite ,
fi les ordres avoient eſté ſuivis.
Enfin les Troupes voyant
la réſiſtance des Afliegez , ſe
coulerent à droit& à gauche ,
le long des remparts ; pour les
envelopper de tous coſtez.
Ces mouvemens furieux les
déconcerterent,&vers les cinq
heures du foir , ils battirent la
chamade en trois endroits dif.
ferents ,& ils envoyerent des
Deputez qui demanderent /
une fufpenfion d'armes pour
1
GALANT. 239
}
traiter. M. le Maréchal de
Berwick l'accorda , à condition
qu'ils ſe rendroient le
lendemain au matin .
Le 12 à midy ils confentirent
de ſe rendre àdiſcretion ,
fur lapromeſſe que leur fit M.
le Maréchal de leur fauver la
vie& les biens , ſuivant les or.
dres qu'il avoit receus du Roy
d'Eſpagne , d'épargner les
Habitans , autant qu'il pourroit
,&de conſerver les Egliſes.
LeChaſteau de Montjoüy
& les autres poftes furent livrez
le même jour ,& le lendemain
le Comte de Monte.
240 MERCURE
mar partit avec des Troupes
pour aller prendre poffeffion
du Chaſteau de Cardonne qui
eſtoit la ſeule Fortereffe qui
reſtoit aux Rebelles . Des
Troupes Eſpagnoles il ya eu
24. Officiers tuez , parmi leſquels
il n'y a aucun Officier
General , ny Colonel , & 86 .
bleffez , 336. Soldats tuez , &
760. bleſſez. La perte des
Alfiegez a eſté beaucoup plus
grande , quatre de leurs principaux
Chefs ont eſté tuez , &
le Marquis de Villaroel , d'Almau
, & Romana bleffez . On
a trouvé dans la Place 18.3 .
pieces
4
GALANT. 241
pieces deCanons, & 3 2. Mortiers.
Voicy une Relation de
l'entrée de M. le Maréchal
dans cette Ville.
P'hiſtoire de ce Siege & en
reprendre le détail depuis le
onze de Septembre , qui eſt le
*Art. Poëtique,
1
GALANT . 227
jour que l'affaut general fut
donné. Voicy un ordre exact
de l'attaque generale.
***********************
DROITE AUX ORDRES
de Meffieurs Dhilon , LieutenantGeneral;
Caftille, Maréchal
de Camp ; Revez ,
✓ Brigadier.
Courten.
Balincour.
Bataillons. Grenadiers.
VieilleTranchée.
Caſtille. I I
Murcia. I. I
228 MERCURE
Nouvelle Tranchée.
Savoye.
Aftourias. I
I I
I
Extraordinaire.
Gardes Eſpagnoles .
Gardes Valones .
2 2
I I
B. 7. G. 7.
200. Travailleurs.
Sçavoir ,
Mineurs.
Canoniers .
IS
10
25
GALANT . 229
Depost destinépour cette attaque.
Celuy desGardes Eſpagnoles.
Celuy des Gardes Valones.
CENTRE AUX ORDRES
deM. le Marquis de Laverre.
Bataillons. Grenadiers.
Provence. 2 2
Auvergne. 2 2
Artois . 2 2
Normandie. I I
Anjou. 2 2
La Reine . I
F
1
230 MERCURE
.
La Couronne . 2
Baffigny.
2
I
13. 13 .
5. Compagnies extraordinaires.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Sanfay.
Guerchy.
Blaifois.
2
[
I
I
G.18.
300. Travailleurs François ,
un Capitaine par so.
Sçavoir ,
Beauvoiſi.
Guerchy.
125
so
GALANT. 231
}
Sanſay.
Mineurs.
Canoniers.
125
300.
Depost destiné pour cette
attaque.
Celuyd'Auvergne.
Caſtelar.
La Marine.
12
10
22
232 MERCURE
GAUCHEAUXORDRES
de Meſſieurs de Silly , Lieutenant
General ; Rivadeo ,
Maréchal de Camp;delPouerto
, Brigadier.
Nonant.
Curcy.
Bataillons. Grenadiers.
La Marine. 3 3
Caſtelas. 3 3
Medoc. 2
2
Ponticu. 2
2
10. 10.
2.
GALANT . 233
2. Compagnies extraordinaires .
Talleran .
Houdetor.
I
I
Τ. 12 .
300. Travailleurs François.
Sçavoir ,.
La Marche.
Blaifois.
*
100
100
*
Talleran .
so
Houdetor. so
D
Τ. 300 .
Mineurs. 12
Canoniers. 10
Octobre 1714 . V
T. 22.
234 MERCURE
Depoft destiné pour cette attaque.
Normandic.
La Couronne .
RESERVE AUX
ordres de M. le Maréchal
deBerwick.
Brigadiers .
Ordoigno.
Valieco.
Bataillons.
Gardes Eſpagnoles.
Cordoüa.
Grenadiers.
+
I I
I
GALANT. 235
Orleans. 2 2
Guerchy. I 1
L'Ile de France. 2 2
Royal Artillerie. I
Bombardiers. I
Courten. 2 2
La Noüa. I I
B. 12. G. 9 .
J
1
Travailleurs.
I
)
2
I
2
So
01002503535
so
t
25
Vij
236 MERCURE
2
I
G. 9 .
100
75 7
Τ. 350 .
500. Travailleurs .
Sçavoir ,
Un Lieutenant, un Sergent
&vingt cinq hommes parBataillons
, comme il eſt detaillé
cy-deflus.
DETAIL.
Sçavoir ,
Eſpagnols. Ijo
François. 350
T. 5oo.
600. Dragons commandez
par M. de Chateaufort .
)
1
GALANT. 237
L'affaut commença vers les
quatre heures du matin , & en
peu de temps les breches & les
Baſtions de la Porte neuve de
Sainte Claire & du Levant ,
& la grande coupure furent
emportez avec peu de perte ;
mais les Troupes animées par
ce ſuccés s'avancerent vers les
entrées des ruës qui estoient
toutes retranchées , &les maifons
percées , d'où les Ennemis
faifoient grand feu de
Mousqueterie & de Canons
chargez à cartouches ; elles
voulurent auffi s'emparer fans
neceffité du Baſtion de Saint
*
238 MERCURE
:
Pierre qui estoit commandé
de tous coſtez par les maiſons
voiſines , ce qui caufa une
perte qu'on n'auroit pas faite ,
fi les ordres avoient eſté ſuivis.
Enfin les Troupes voyant
la réſiſtance des Afliegez , ſe
coulerent à droit& à gauche ,
le long des remparts ; pour les
envelopper de tous coſtez.
Ces mouvemens furieux les
déconcerterent,&vers les cinq
heures du foir , ils battirent la
chamade en trois endroits dif.
ferents ,& ils envoyerent des
Deputez qui demanderent /
une fufpenfion d'armes pour
1
GALANT. 239
}
traiter. M. le Maréchal de
Berwick l'accorda , à condition
qu'ils ſe rendroient le
lendemain au matin .
Le 12 à midy ils confentirent
de ſe rendre àdiſcretion ,
fur lapromeſſe que leur fit M.
le Maréchal de leur fauver la
vie& les biens , ſuivant les or.
dres qu'il avoit receus du Roy
d'Eſpagne , d'épargner les
Habitans , autant qu'il pourroit
,&de conſerver les Egliſes.
LeChaſteau de Montjoüy
& les autres poftes furent livrez
le même jour ,& le lendemain
le Comte de Monte.
240 MERCURE
mar partit avec des Troupes
pour aller prendre poffeffion
du Chaſteau de Cardonne qui
eſtoit la ſeule Fortereffe qui
reſtoit aux Rebelles . Des
Troupes Eſpagnoles il ya eu
24. Officiers tuez , parmi leſquels
il n'y a aucun Officier
General , ny Colonel , & 86 .
bleffez , 336. Soldats tuez , &
760. bleſſez. La perte des
Alfiegez a eſté beaucoup plus
grande , quatre de leurs principaux
Chefs ont eſté tuez , &
le Marquis de Villaroel , d'Almau
, & Romana bleffez . On
a trouvé dans la Place 18.3 .
pieces
4
GALANT. 241
pieces deCanons, & 3 2. Mortiers.
Voicy une Relation de
l'entrée de M. le Maréchal
dans cette Ville.
Fermer
Résumé : DROITE AUX ORDRES de Messieurs Dhilon, Lieutenant General ; Castille, Maréchal de Camp ; Revez, Brigadier.
Le 11 septembre 1714, l'assaut final d'un siège commence à quatre heures du matin. L'attaque est structurée en trois sections : droite, centre et gauche, chacune dirigée par différents officiers. Les forces engagées comprennent des bataillons de grenadiers, des compagnies extraordinaires, des travailleurs, des mineurs et des canonniers. Rapidement, les brèches et bastions stratégiques sont conquis avec peu de pertes. Cependant, des pertes inutiles surviennent lors de la tentative de prise d'un bastion sans respecter les ordres. À cinq heures, les assiégés demandent une suspension des hostilités et se rendent le lendemain, le 12 octobre, après avoir reçu la garantie de la sauvegarde de leur vie et de leurs biens. Le château de Montjuïc et d'autres postes sont remis le même jour. Les pertes espagnoles s'élèvent à 24 officiers tués, 86 blessés, 336 soldats tués et 760 blessés. Parmi les assiégés, quatre chefs principaux sont tués et plusieurs autres sont blessés. La ville contient 183 pièces d'artillerie et 32 mortiers. Le maréchal de Berwick prend possession de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 134-156
Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Début :
Le matin dudit jour 11. Juin on tira le coup de partance [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Armée, Troupes, Chevalier, Guerre, Galères, Hommes, Marquis, Matin, Vaisseaux, Officiers, Débarquement, Transport, Grenadiers, Régiments, Cavalerie, Munitions, Empereur, Expédition, Roi d'Espagne, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
Fermer
18
p. 51-65
JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
Début :
Sa Majesté Imperiale, aprés les succez de la Compagne passée, [...]
Mots clefs :
Comte, Armée, Prince, Camp, Régiment, Cavalerie, Vaisseaux, Ennemis, Guerre, Grenadiers, Artillerie, Danube, Commandement, Bataille, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
JOURNAL DE HONGRIE ,
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
Fermer
19
p. 2495-2499
SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
Début :
La nuit du 22. au 23. Octobre, la Tranchée fut relevée par le Marquis de Dreux, Lieutenant [...]
Mots clefs :
Garnison, Siège de Kehl, Fort de Kehl, Duc de Berwick, Régiment de Navarre, Roi, Lieutenant général, Maréchal de camp, Grenadiers, Ouvrage, Brigadier d'infanterie, Gendarmerie, Capitulation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
SUITE de la Relation du Siege et da
la Prise du Fort de Kell , &c.
A nuit du 22. au 23 Octobre , la Tranchée
Lfut relevée par le Marquis de Dreux , Lieutenant
General , par le Marquis de la Fare ,
Maréchal de Camp , et par M. de Buckele , Brigadier
d'Infanterie ; les 250. Travailleurs ,
commandez pour les Ouvrages , furent soutenue
par les trois Bataillons du Régiment de la Marine,
par six Compagnies de Grenadiers du Régiment
de Navarre , d'Alsace et de Rouergue ,
et par des Détachemens de la Gendarmerie et
de la Cavalerie, et des Dragons, pareil à ceux des
jours précedens. Pendant cette nuit la Tranchée
fut poussée à so. toises du chemin couvert de
l'Ouvrage à corne , et on se logea dans une Lunette
de terre, que les Aseiegez n'avoient pas cu
le temps d'achever.
La nuit du 23. au 24. le Marquis de Nangis ,
Lieutenant General , le Comte de Saxe , Maréobal
de Camp , et le Comte de Bayiere , Briga
dier
2496 MERCURE DE FRANCE
dier , monterent la Tranchée avec les deux Ba-)
taillons du Régiment de Richelieu , et celui de
Gensac , six Compagnies de Grenadiers , un Dé.
tachement de la Gendarmerie , de la Cavalerie
et des Dragons , de 550 hommes et 1200 Travailleurs.
On poussa pendant cette nuit une sappe
entre le Rhin et la branche droite de l'Ouvrage à
corne. M. de la Serre , Capitaine des Grenadiers
dans le Régiment de Richelieu, fut tué avec deux
Grenadiers , et il y en eut deux autres de blessez.?
Le 25. M. de Quadt , Lieutenant General , le
Marquis de Clermont , Maréchal de Camp , et
M. de Chenelette , Brigadier d'Infanterie , étant
de Tranchée avec 400. Travailleurs et le même
nombre de Troupes que les jours précedens , les
Assiegez firent une sortie sur la sappe poussée
entre le Rhin et l'Ouvrage à corne , mais les
Grenadiers les obligerent de se retirer et la sapper
fut continuée.
Le Chevalier de Lamberval , Capitaine de Gre- :
nadiers , dans le Régiment de Bourbonnois , fut ?
blessé dans cette occasion , et M. de.Noyelles
Lieutenant des Grenadiers dans le même Régi
ment , fut tué.
Cette nuit la Tranchée fut relevée par le Duc t
de Duras , Lieutenant Géneral , M. de Sioujcat ,
Maréchal de Camp et M. Hosanussy , Brigadier
d'Infanterie , avec trois Bataillons , six Compagaies
de Grenadiers , le Détachement ordinaire
de la Gendarmerie , de la Cavalerie et des Dragons
, et roo, Travailleurs. On a fait pendang
cette nuit un logement dans la Contresparpe du
demi-Bastion de la droite de l'Ouvrage à corne,
et on se dispose à attacher le Mincur à la branche
droite de cet Ouvrage.
Le Marquis de Renel , Colonel du Régiment
de
NOVEMBRE . 1733. 2497 -
Sancerre , et gendre du Maréchal Duc de
Berwick , arriva à Fontainebleau le 31. Octobre
vers les 6. heures du soir, et il apporta au Roy la
nouvelle de la prise du Fort de Kell. Il étoit
parti le 28. a 9. heures du soir , dans le moment
que le General de Phall avoit fait battre la chamade
, et ce n'est que le 2. de ce mois que le Roy
a reçu les articles de la Capitulation accordée à
la Garnison, par le Maréchal Duc de Berwick,
Il a été convenu par cette Capitulation , que
le Fort de Kell et tous les Ouvrages qui en dépendent
, seroient rendus aux Troupes du Roy
le 29. au matin ; que le lendemain 30 la Garnison
sortireit avec armes et bagages , Tambour
battant , Enseignes déployées , deux Pieces de
Canon de bronze , et 12. coups de munition
pour chaque Soldat.
Qu'on donneroit la permission à tous les Offciers
Ecclesiastiques et Séculiers de toute Religion
et Profession , de la Garnison du Fort de
Kell , de se retirer où bon leur sembleroit.
Que les Vivandiers et les Commerçans de la
Garnison , pourroient sortir librement après
avoir vendu leurs meubles et effets , et que ceux
qui voudroient demeurer au Fort de Kell , seroient
traitez comme les Sujets du Roy .
Qu'il seroit permis à la Garnison de laisser
dans la Place les blessez et les malades , avec des
Officiers e tdes Chirurgiens pour en avoir soin.
Que tous les Baillifs et Sujets du Margrave de
Bade , domiciliez dans l'Ouvrage à corne du
Fort de Kell , seroient , ainsi que leurs effets
sous la protection de S. M. que la Garnison
mettroit le temps qu'elle jugeroit à propos pour
se rendre à Erlingheim , pourvû que ce terme
'excedât pas celui de 5. jours ; qu'elle seroit
*
H escortéct
2498 MERCURE DE FRANCE
escortée par les Troupes du Roy jusqu'à Etlingheim
, et qu'on lui donneroit pour aller jusqu'à
Ulm , un Passeport et un Trompette.
Que personne de la Garnison ne seroit inquié
té pour des dettes contractées au Fort de Kell ,
ou à Strasbourg , le General Phull s'en étant
rendu caution personnellement ; que ce General
donneroit les ordres qu'il jugeroit convenables ,
si pendant la marche de la Garnison pour se
rendre à Ulm , il arrivoit quelques desordres sur
la route , qu'il seroit donné des ôtages jusqu'au'
retour des Troupes du Roy qui auront escorté
la Garnison.
Que les Etats des munitions de guerre et de
bouche , seroient remis avec les clefs des Maga
Zins , aux Officiers préposez par le Maréchal Duc
de Berwick.
Qu'on fourniroit les vivres nécessaires pour
la subsistance de la Garnison pendant 3. ou 4.
jours de marche , et qu'il seroit donné un Passeport
à trois Officiers , Ingenieurs Prussiens ,
envoyez depuis 5. mois par l'Empire pour faire
réparer les Fortifications du Fort de Kell , ep
qui n'avoient pas eu
eu le temps de se retirer,
On a appris du Camp de Stolhoffen , que les
Troupes qui composoient la Garnison du Fort
de Kell , en sortirent le 13. du mois dernier , au
nombre de 1200. hommes; elles défilerent le long
de la ligne , l'Armée du Roy étant en bataille .
et conformément à un des articles de la Capitulation
, elles furent escortées jusqu'à Etlinghen
par un Détachement de Cavalerie.
Le même jour le Maréchal Duc de Berwick
fit entrer dans le Fort de Kell , le Régiment de
Gensac et celui de Rouergue , qui y doivent res
ser en garnison , et il nonma pour commander
dans
•
2499%
NOVEMBRE
. 1733
dans la Place M. de la Fitte , Commandant le
troisiéme Bataillon du Régiment de Navarre.
Le 2. de ce mois , le Chevalier de Givry , Ma
réchal de Camp , fut détaché de l'Armée avec
six Bataillons et un Régiment de Dragons ,
pour se rendre à Huningue , et pour y faire rétablir
le Pont de cette Ville. Le lendemain le
Maréchal Duc de Berwick partit avec une partie
de l'Armée du Roy , du Camp de Sundheem,
et il campa à Bichem ; il alla le 4. à Liectenaw
et il arriva le 5. vis-à- vis du Fort- Louis.
Le reste de l'Armée marcha le 4. sous les or¬
dres du Duc de Noailles ; et après avoir campé
le même jour à Bichem , il se rendit le s. à
Stolhoffen , où toute l'Armée est actuellement.
Le centre est à Selingue , la droite au Village de
Stolhoffen , et la gauche à celui d'Hugelsheim.
On travaille à rétablir le Pont de communication
du Fort - Louis à l'Ile du Marquisat et à
l'Ouvrage à corne qui doit le deffendre.
On apprend de Strasbourg , que le Maréchal
Duc de Berwick , fit le 9. de ce mois la Revûë
generale de l'Armée. Le Comte de Charolois , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu , s'y trou
verent. Le 12. une partie de l'Armée repassa
le Rhin , le reste suivit le lendemain , et le 13 .
les Troupes commencerent à défiler pour se
rendre dans leurs quartiers . Les Régimens de la
Marine , d'Alsace , de Pont, de Sancerre , Royal
Baviere , et celui de Mortemart , qui composent
ro, Bataillons , sont campez dans l'Isle du Marquisat
, pour y achever les ouvrages qui y ont
été commencez , et les Régimens de Piémont ,
de Lionnois et celui d'Angoumois , sont à Humingue
, pour en faire rétablir le Pont.
la Prise du Fort de Kell , &c.
A nuit du 22. au 23 Octobre , la Tranchée
Lfut relevée par le Marquis de Dreux , Lieutenant
General , par le Marquis de la Fare ,
Maréchal de Camp , et par M. de Buckele , Brigadier
d'Infanterie ; les 250. Travailleurs ,
commandez pour les Ouvrages , furent soutenue
par les trois Bataillons du Régiment de la Marine,
par six Compagnies de Grenadiers du Régiment
de Navarre , d'Alsace et de Rouergue ,
et par des Détachemens de la Gendarmerie et
de la Cavalerie, et des Dragons, pareil à ceux des
jours précedens. Pendant cette nuit la Tranchée
fut poussée à so. toises du chemin couvert de
l'Ouvrage à corne , et on se logea dans une Lunette
de terre, que les Aseiegez n'avoient pas cu
le temps d'achever.
La nuit du 23. au 24. le Marquis de Nangis ,
Lieutenant General , le Comte de Saxe , Maréobal
de Camp , et le Comte de Bayiere , Briga
dier
2496 MERCURE DE FRANCE
dier , monterent la Tranchée avec les deux Ba-)
taillons du Régiment de Richelieu , et celui de
Gensac , six Compagnies de Grenadiers , un Dé.
tachement de la Gendarmerie , de la Cavalerie
et des Dragons , de 550 hommes et 1200 Travailleurs.
On poussa pendant cette nuit une sappe
entre le Rhin et la branche droite de l'Ouvrage à
corne. M. de la Serre , Capitaine des Grenadiers
dans le Régiment de Richelieu, fut tué avec deux
Grenadiers , et il y en eut deux autres de blessez.?
Le 25. M. de Quadt , Lieutenant General , le
Marquis de Clermont , Maréchal de Camp , et
M. de Chenelette , Brigadier d'Infanterie , étant
de Tranchée avec 400. Travailleurs et le même
nombre de Troupes que les jours précedens , les
Assiegez firent une sortie sur la sappe poussée
entre le Rhin et l'Ouvrage à corne , mais les
Grenadiers les obligerent de se retirer et la sapper
fut continuée.
Le Chevalier de Lamberval , Capitaine de Gre- :
nadiers , dans le Régiment de Bourbonnois , fut ?
blessé dans cette occasion , et M. de.Noyelles
Lieutenant des Grenadiers dans le même Régi
ment , fut tué.
Cette nuit la Tranchée fut relevée par le Duc t
de Duras , Lieutenant Géneral , M. de Sioujcat ,
Maréchal de Camp et M. Hosanussy , Brigadier
d'Infanterie , avec trois Bataillons , six Compagaies
de Grenadiers , le Détachement ordinaire
de la Gendarmerie , de la Cavalerie et des Dragons
, et roo, Travailleurs. On a fait pendang
cette nuit un logement dans la Contresparpe du
demi-Bastion de la droite de l'Ouvrage à corne,
et on se dispose à attacher le Mincur à la branche
droite de cet Ouvrage.
Le Marquis de Renel , Colonel du Régiment
de
NOVEMBRE . 1733. 2497 -
Sancerre , et gendre du Maréchal Duc de
Berwick , arriva à Fontainebleau le 31. Octobre
vers les 6. heures du soir, et il apporta au Roy la
nouvelle de la prise du Fort de Kell. Il étoit
parti le 28. a 9. heures du soir , dans le moment
que le General de Phall avoit fait battre la chamade
, et ce n'est que le 2. de ce mois que le Roy
a reçu les articles de la Capitulation accordée à
la Garnison, par le Maréchal Duc de Berwick,
Il a été convenu par cette Capitulation , que
le Fort de Kell et tous les Ouvrages qui en dépendent
, seroient rendus aux Troupes du Roy
le 29. au matin ; que le lendemain 30 la Garnison
sortireit avec armes et bagages , Tambour
battant , Enseignes déployées , deux Pieces de
Canon de bronze , et 12. coups de munition
pour chaque Soldat.
Qu'on donneroit la permission à tous les Offciers
Ecclesiastiques et Séculiers de toute Religion
et Profession , de la Garnison du Fort de
Kell , de se retirer où bon leur sembleroit.
Que les Vivandiers et les Commerçans de la
Garnison , pourroient sortir librement après
avoir vendu leurs meubles et effets , et que ceux
qui voudroient demeurer au Fort de Kell , seroient
traitez comme les Sujets du Roy .
Qu'il seroit permis à la Garnison de laisser
dans la Place les blessez et les malades , avec des
Officiers e tdes Chirurgiens pour en avoir soin.
Que tous les Baillifs et Sujets du Margrave de
Bade , domiciliez dans l'Ouvrage à corne du
Fort de Kell , seroient , ainsi que leurs effets
sous la protection de S. M. que la Garnison
mettroit le temps qu'elle jugeroit à propos pour
se rendre à Erlingheim , pourvû que ce terme
'excedât pas celui de 5. jours ; qu'elle seroit
*
H escortéct
2498 MERCURE DE FRANCE
escortée par les Troupes du Roy jusqu'à Etlingheim
, et qu'on lui donneroit pour aller jusqu'à
Ulm , un Passeport et un Trompette.
Que personne de la Garnison ne seroit inquié
té pour des dettes contractées au Fort de Kell ,
ou à Strasbourg , le General Phull s'en étant
rendu caution personnellement ; que ce General
donneroit les ordres qu'il jugeroit convenables ,
si pendant la marche de la Garnison pour se
rendre à Ulm , il arrivoit quelques desordres sur
la route , qu'il seroit donné des ôtages jusqu'au'
retour des Troupes du Roy qui auront escorté
la Garnison.
Que les Etats des munitions de guerre et de
bouche , seroient remis avec les clefs des Maga
Zins , aux Officiers préposez par le Maréchal Duc
de Berwick.
Qu'on fourniroit les vivres nécessaires pour
la subsistance de la Garnison pendant 3. ou 4.
jours de marche , et qu'il seroit donné un Passeport
à trois Officiers , Ingenieurs Prussiens ,
envoyez depuis 5. mois par l'Empire pour faire
réparer les Fortifications du Fort de Kell , ep
qui n'avoient pas eu
eu le temps de se retirer,
On a appris du Camp de Stolhoffen , que les
Troupes qui composoient la Garnison du Fort
de Kell , en sortirent le 13. du mois dernier , au
nombre de 1200. hommes; elles défilerent le long
de la ligne , l'Armée du Roy étant en bataille .
et conformément à un des articles de la Capitulation
, elles furent escortées jusqu'à Etlinghen
par un Détachement de Cavalerie.
Le même jour le Maréchal Duc de Berwick
fit entrer dans le Fort de Kell , le Régiment de
Gensac et celui de Rouergue , qui y doivent res
ser en garnison , et il nonma pour commander
dans
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NOVEMBRE
. 1733
dans la Place M. de la Fitte , Commandant le
troisiéme Bataillon du Régiment de Navarre.
Le 2. de ce mois , le Chevalier de Givry , Ma
réchal de Camp , fut détaché de l'Armée avec
six Bataillons et un Régiment de Dragons ,
pour se rendre à Huningue , et pour y faire rétablir
le Pont de cette Ville. Le lendemain le
Maréchal Duc de Berwick partit avec une partie
de l'Armée du Roy , du Camp de Sundheem,
et il campa à Bichem ; il alla le 4. à Liectenaw
et il arriva le 5. vis-à- vis du Fort- Louis.
Le reste de l'Armée marcha le 4. sous les or¬
dres du Duc de Noailles ; et après avoir campé
le même jour à Bichem , il se rendit le s. à
Stolhoffen , où toute l'Armée est actuellement.
Le centre est à Selingue , la droite au Village de
Stolhoffen , et la gauche à celui d'Hugelsheim.
On travaille à rétablir le Pont de communication
du Fort - Louis à l'Ile du Marquisat et à
l'Ouvrage à corne qui doit le deffendre.
On apprend de Strasbourg , que le Maréchal
Duc de Berwick , fit le 9. de ce mois la Revûë
generale de l'Armée. Le Comte de Charolois , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Prince de Dombes et le Comte d'Eu , s'y trou
verent. Le 12. une partie de l'Armée repassa
le Rhin , le reste suivit le lendemain , et le 13 .
les Troupes commencerent à défiler pour se
rendre dans leurs quartiers . Les Régimens de la
Marine , d'Alsace , de Pont, de Sancerre , Royal
Baviere , et celui de Mortemart , qui composent
ro, Bataillons , sont campez dans l'Isle du Marquisat
, pour y achever les ouvrages qui y ont
été commencez , et les Régimens de Piémont ,
de Lionnois et celui d'Angoumois , sont à Humingue
, pour en faire rétablir le Pont.
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Résumé : SUITE de la Relation du Siege et de la Prise du Fort de Kell, &c.
En octobre 1733, le siège et la prise du Fort de Kell furent marqués par des travaux de tranchée dirigés par plusieurs officiers de haut rang, dont le Marquis de Dreux, le Marquis de la Fare et M. de Buckele, avec le soutien de divers régiments et détachements. Les travaux avancèrent rapidement, avec la construction d'une lunette de terre et une sappe entre le Rhin et l'ouvrage à corne. Plusieurs incidents notables se produisirent, notamment la mort du Capitaine M. de la Serre et du Lieutenant M. de Noyelles, ainsi que des blessures subies par le Chevalier de Lamberval. Le 31 octobre, le Marquis de Renel informa le roi de la prise du Fort de Kell. La capitulation stipulait que la garnison sortirait avec armes et bagages, tambour battant, et que les blessés et malades resteraient sous la protection du roi. La garnison fut escortée jusqu'à Etlingheim, et des passeports furent fournis pour leur voyage jusqu'à Ulm. Les troupes du roi prirent possession du fort, et les régiments de Gensac et de Rouergue y furent stationnés sous le commandement de M. de la Fitte. Par la suite, le Maréchal Duc de Berwick déplaça une partie de l'armée vers Huningue et le Fort-Louis, où des travaux de réparation furent entrepris. Le 9 novembre, le Maréchal Duc de Berwick effectua une revue générale de l'armée à Strasbourg. Le 12 et 13 novembre, les troupes commencèrent à se rendre dans leurs quartiers d'hiver. Les régiments de la Marine, d'Alsace, de Pont, de Sancerre, Royal Bavière et de Mortemart furent stationnés dans l'île du Marquisat pour achever les ouvrages, tandis que les régiments de Piémont, de Lionnois et d'Angoumois furent envoyés à Huningue pour rétablir le pont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 2717-2724
ARMÉE D'ITALIE. Siege et Prise de Pizzigithone.
Début :
Le Roy de Sardaigne étant parti de Pavie à la tête de son Armée, pour s'avancer sur la [...]
Mots clefs :
Roi de Sardaigne, Marquis, Tranchée, Lieutenant général, Adda, Grenadiers, Brigadier, Régiment, Pizzighettone, Compagnies, Armées du roi, Siège de Pizzighettone
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE. Siege et Prise de Pizzigithone.
ARMEE D'ITALIE.
f
Siege et Prise de Pizzigitbone.
La Rue de son aimée ,pou paavancersur la
E Roy de Sardaigne étant parti de Pavie à
Riviere d'Adda , arriva au Camp de Malleo ,
sous Pizzighitone , le to. Novembre après midi,
et le lendemain il fit investir Gerra d'Adda * par
* C'est un Fort couronné de trois Bastions et de
deux demi Lunes , séparé du corps de la Place de
Pizzighitone , par la Riviere d'Adda.
I. Vola
Hv 24.
2718 MERCURE DE FRANCE
24. Compagnies de Grenadiers et neuf Escadrons
de Cavalerie et de Dragons , commandez par le
Marquis de Maillebois , Lieutenant General.
Le 11. le Maréchal Duc de Villars arriva
les cinq heures du soir au Camp , et il alla rendre
ses respects au Roy de Sardaigne , avec le
quel il eut une longue Conférence Les jours
suivans on s'occupa à préparer tout ce qui étoit
néccessaire pour former le Siege de Gerra- d'Adda
, et à établir par des Ponts sur l'Adda, la communication
avec les Troupes qui étoient de l'autre
côté de cette Riviere, vis- à- vis de Pizzighitone ;
on travailla en même- temps à creuser un Canal
pour l'écoulement des eaux que les Ennemis
avoient retenues dans le dessein de s'en servir
pendant le Siege pour inonder la Tranchée.
La nuit du 17. au 18. le Marquis d'Alsfeld ,
Lieutenant General , le Marquis de Sandricourt ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de Louvigny,
Brigadier , firent ouvrir la Tranchée avec 1000.
Travailleurs , soutenus par deux Bataillons du
Régiment des Gardes de Rebinder , par les Régimens
Dauphin , d'Anjou , du Maine , et par celui
de Savoye. Les travaux dont les Ennemis
n'eurent connoissance que deux heures après
qu'ils eurent été commencez , furent fort avancez
cette nuit.
Le 8. à dix heures du matin , le Marquis de
Coigny , Lieutenant General , M. d'Affry , Ma
réchal de Camp , et le Marquis de Boissieux ,
releverent la Tranchée avec le Régiment de Picardie
, celui de la Sarre , et quatre Compagnies
de Grenadiers des Régimens de la Reine , d'Orleans
, de Bourbon , et du Régiment des Fusiliers
de Savoye , et un Détachement de 100. Dragons
des Régimens de la Reine et Dauphin. Les
I. Vol . 800.
77 DECEMBR
E. 1733. 2719
8oo. Travailleurs commandez ce jour-là per
fectionnerent la Tranchée , dont la seconde pa
raltele avoit été avancée la veille jusqu'à jo
toises du chemin couvert. His firent une communication
entre la Tranchée de la droite et celle
de la gauche , et on commença ce jour-là l'établissement
de deux batteries , chacune de 15.
pieces de Canon.
Le soir vers les neuf heures , les Ennemis ten
terent de faire une sortie sur la gauche , mais
ils furent repoussez par les Grenadiers , qui les
obligerent de se retirer avec précipitation dans
le Chemin couvert , et malgré le grand feu de
deur Canon et de leur Mousqueterie , il n'y eut
que deux hommes de tuez et cinq blessez.
Le 19. le Comte de Broglio , Lieutenant General
, le Comte de Chatillon , Maréchal de
Camp et le Comte de Valence , Brigadier , rele
verent la Tranchée avec les Régimens de Cham .
pagne et Royal- Roussillon , deux Compagnies
de Grenadiers du Régiment du Roy , une de ce
lui de Souvré , et une de Riedeman Piedmontois,
Le Prince Charles de Lorraine , Lieutenant
General, le Duc d'Harcourt , Maréchal de Camp
et le Marquis de Lautrec , Brigadier , ont monté
la Tranchée le 20. avec les Régimens d'Auver
gne et de Condé , une Compagnie de Grenadiers
du Régiment des Gardes du Roy de Sardaigne
et trois des Régimens de Louvigny , de S. Simon
et de Medoc .
Le 21 la Tranchée fut relevée par le Marquis
de Ravignan , Lieutenant General , par le
Marquis d'Aix , Officier General dans les Trou
pes du Roy de Sardaigne, et par M. de Cadeville,
Brigadier des Armées du Roy, avec les 4. Batail
lons du Régiment du Roy , deur Compagnies
AI. Vol.
de Hvj
2720 MERCURE DE FRANCE
de Grenadiers du Régiment de Picardie , une
de celui de la Sarre , et une du Régiment de Re
bender.
Le 22 , le Marquis de Savines , Lieutenant General
, le Marquis de Sandricourt , Maréchal de
Camp , et le Marquis de Clermont , Brigadier
des Armées du Roy de Sardaigne , monterent la
Tranchée avec les Régimens Dauphin et de
Bourbon , et 4 Compagnies de Grenadiers des
Régimens de Champagne , du Maine et de
Luxembourg
Les travaux furent vigoureusement poussez
pendant les deux nuits suivantes. On avança la
troisiéme et la quatrième Paralleles à 35 toises
du Chemin couvert, et il n'y cut que s.pt hommes
de tuez ou blessez . Le 23 , le Marquis de
Cadrieux , Lieutenant Général , et le Marquis de
Louvigny monterent la Tranchée avec les Régimens
d'Anjou et de Médoc , et quatre Compagnies
de Grenadiers des Régimens d'Auvergne
, de Souvré , de Condé , et du Régiment de
Savoie.
La nuit du 23 au 2+ , le Roy de Sardaigne fit
attaquer le Chemin couvert de Getra - d'Adda ;
les Ennemis en furent chassez ; nos Troupes y
établirent leur logement malgré le feu des Assiégez
qui fut tres - vif pendant toute l'action ,
dans laquelle il y eut trois Capitaines de Grenadiers
tuez ou blessez , zo hommes de tuez es
11 de blessez .
Le 24 , la Tranchée fut relevée par le Comte
de Beuil , Lieutenant General , et par le Marquis
de Boissieux , Brigadier , avec les Régimens
de Souvré et de Tessé. On travailla ce jour-là à
periectionner les Ouvrages et on acheva la
Communication avec les deux Angies.
'I. Val. M.
DECEMBRE. 1733. 2722
M. de Contade , Lieutenant Général , et le
Marquis de Lautrec , Brigadier , releverent la
Tranchée le 25 avec les Régimens de la Reine e
de Nivernois , on contmua à préparer une Bat
terie sur le Glacis , pour battre en bréche , et à
y conduiré le Canon , et ce fut - ià , en donnant
les ordres pour le faire avancer , que le Chevalier
Dempser , Général de l'Artillerie du Roy de
Sardaigne fut tué près du Pont fait sur l'avant
fossé , lorsqu'on avoit attaqué le Chemin cou
vert.
Le 26, le Marquis d'Entréves , Lieutenant Gé•
néral des Armées da Roy de Sardaigne , et M.de
Cadeville , Brigadier des Armées du Roy , monterent
la Tranchée , qui fut relevée le 27 , par le
Marquis de Maillebois , Lieutenant Géneral , et
par le Marquis de Clermont , Brigadier des Armées
du Roy de Sardaigne. La Batterie de 11
Piéces de Canon , à laquelle on travailloit depuis
quelques jours , fut entierement établie
cette nuit et elle battit en bréche .
On fit pendant la même nuit , l'ouverture de
la Contrescarpe sur la droite , et la desconte du
Fossé se trouva si avancée le lendemain ào
heures du matin , que les Assiégez battirent la
Chamade dans le moment que le Marquis d'Asfeld
et le Marquis de Louvigny relevoient la
Tranchée avec trois Bataillons du Régiment de
Picardie , et deux Compagnies de Grenadiers
des Régimens de Tessé er de Nivernois .
Les Otages ayant été envoyez de part et d'autre
, le Roy de Sardaigne , et le Maréchal de
Villars se rendirent à la Tranchée pour écon
ter les propositions des Assiégez qui demande
rent qu'il leur fut permis de sortir de Gerra
d'Adda avec les honneurs de la Guerre , sans
I.Vd.
qu'il
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il fut libre aux Assiégeans d'attaquer Pizzi.
ghitone par ce côté , mais seulement par l'atta
que commencée de l'autre côté de l'Adda , où
la Tranchée avoit été ouverte le 23.
Leur proposition fut rejettée , et on leur répondit
qu'on ne recevoit aucune proposition sur
Gerra d'Adda , qu'à condition que Pizzighitone
se rendroit en même- temps.
Cette réponse ayant été portée au Gouver
neur , il consentit à rendre Gerra - d'Adda ; et à
l'égard de Pizzighitone , il fut convenu qu'il y
auroit une Tréve de deux jours , pour donner
le temps au Gouverneur d'envoyer à Mantouë
consulter le Prince de Wirtemberg sur ce qu'il
devoit faire.
L'Officier chargé de cette commission et qui
a été accompagné par le Marquis de Boissieux ,
rapporté qu'à son arrivée à Mantoue, le Prin
ce de Wirtemberg et les Officiers Generaux des
Troupes de l'Empereur , avoient tenu un Con
seil de Guerre , dont le résultat avoit été de
mander au Gouverneur de Pizzighitone de se
rendre le 16 Decembre.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Vil
Jars , informez de cette réponse , ont offert de
donner huit jours , et c'est à cette condition quela
Capitulation fut signée le 30 Novembre.
Le 2 de ce mois , M. de Contade , Lieutenant
General des Armées du Roy , fut détaché de
l'Armée avec six Bataillons des : Troupes Fran➜
çoises et un des Troupes du Roy de Sardaigne ,
pour aller se rendre maître du Château de Črés
mone , où les Impériaux avoient laissé un Dé--
tachement lorsqu'ils abandonnerent la Ville. La
Garnison de ce Château parut vouloir se deffendre
la nuit, du 3 ou 4 , mais le lendemain elle
capitula et se retira le même jour...
J. Vol. Le
DECEMBRE . 172. 2723
Le Roy de Sardaigne alla à Crémone , où H
coucha le 3 ; il en partit le lendemain pour se
rendre à Cazal- Major , d'où il doit aller à Sabionette
et à Bozolo , pour retourner le 8 aú
Camp devant Pizzighitone , et envoir sortit
la Garnison.
Les Troupes qui sont restées devant cette Pla
ce depuis la signature de la Capitulation , ontcontinué
, suivant ce qui avoit été convenu , à
faire des logemens sur la Contrescarpe ,et à placer
les Batteries , dont l'établissement fut fini le
quatre.
La Tranchée fut montée tous les jours , et relevée
jusqu'à la sortie de la Garnison de la Place.
Le Maréchal Duc de Villars est allé avec le
Roy de Sardaigne à Crémone , d'où il ira visiter
les bords de l'Oglio,
Le Comte de Boissieux , Brigadier , partit le 3 .
de ce mois avec 4 Bataillons et 2 Escadrons
pour s'emparer du Château de Trezzo , de celui
de Lecco , et du Fort de Fuentez.
La Garnison de Pizzighitone en sortit le 9 de
ce mois vers les 9 heures du matin , elle étoit
composée de 2000 hommes , lesquels conformé
ment à la Capitulation , signée le 30 du mois
dernier , se sont retirez à Mantoue avec 4 Canons
2 Mortiers et 4 Chariots couverts . On a
trouvé dans la Place 52 Pieces de Canon, 4 Mortiers
, et une grande quantité de Munitions de
Guerre , et de toute sorte de Provisions. Une
heure avant que la Garnison sortit , k Roy de´
Sardaigne entra dans la Ville . S. Men partit le
lendemain , et elle arriva le 11 à Milan.
و
les Troupes qui étoient devant Pizzighitone
commencerent le 9 à marcher pour s'y rendre.
On y avoit conduit dès le 4 , is Pieces de Ca
I. Volnon
2724 MERCURE DE FRANCE
1
non , et le reste de l'Artillerie y arriva peu après.
Le Marécbal Duc de Villars , après avoir séjourné
que ques jours à Crémone , s'est avancé
vers l'Oglio , et il a visité tous les Postes qui ont
été établis sur cette Riviere , il s'est rendu le 8 à
Sabionette , où il a eu une conférence avec le
Comte de Montemar , Capitaine General des Armées
du Roy d'Espagne , et il a couché le même
jour à Bezzole , d'où il est attendu à Milan .
Le Comte de Boissieux s'est emparé du Château
et de la Ville de Trezzo .
Les avis reçus du Trentin portent que l'Evêque
de Trente avoit fait prendre les Armes à la
Milice du Païs de son obéissance ; que cette Mi
lice étoit commandée par le Comte de wolchenstein
, et qu'elle étoit en marche pour aller joindre
le Corps de Troupes Impériales , que comman
de le General Rost.
f
Siege et Prise de Pizzigitbone.
La Rue de son aimée ,pou paavancersur la
E Roy de Sardaigne étant parti de Pavie à
Riviere d'Adda , arriva au Camp de Malleo ,
sous Pizzighitone , le to. Novembre après midi,
et le lendemain il fit investir Gerra d'Adda * par
* C'est un Fort couronné de trois Bastions et de
deux demi Lunes , séparé du corps de la Place de
Pizzighitone , par la Riviere d'Adda.
I. Vola
Hv 24.
2718 MERCURE DE FRANCE
24. Compagnies de Grenadiers et neuf Escadrons
de Cavalerie et de Dragons , commandez par le
Marquis de Maillebois , Lieutenant General.
Le 11. le Maréchal Duc de Villars arriva
les cinq heures du soir au Camp , et il alla rendre
ses respects au Roy de Sardaigne , avec le
quel il eut une longue Conférence Les jours
suivans on s'occupa à préparer tout ce qui étoit
néccessaire pour former le Siege de Gerra- d'Adda
, et à établir par des Ponts sur l'Adda, la communication
avec les Troupes qui étoient de l'autre
côté de cette Riviere, vis- à- vis de Pizzighitone ;
on travailla en même- temps à creuser un Canal
pour l'écoulement des eaux que les Ennemis
avoient retenues dans le dessein de s'en servir
pendant le Siege pour inonder la Tranchée.
La nuit du 17. au 18. le Marquis d'Alsfeld ,
Lieutenant General , le Marquis de Sandricourt ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de Louvigny,
Brigadier , firent ouvrir la Tranchée avec 1000.
Travailleurs , soutenus par deux Bataillons du
Régiment des Gardes de Rebinder , par les Régimens
Dauphin , d'Anjou , du Maine , et par celui
de Savoye. Les travaux dont les Ennemis
n'eurent connoissance que deux heures après
qu'ils eurent été commencez , furent fort avancez
cette nuit.
Le 8. à dix heures du matin , le Marquis de
Coigny , Lieutenant General , M. d'Affry , Ma
réchal de Camp , et le Marquis de Boissieux ,
releverent la Tranchée avec le Régiment de Picardie
, celui de la Sarre , et quatre Compagnies
de Grenadiers des Régimens de la Reine , d'Orleans
, de Bourbon , et du Régiment des Fusiliers
de Savoye , et un Détachement de 100. Dragons
des Régimens de la Reine et Dauphin. Les
I. Vol . 800.
77 DECEMBR
E. 1733. 2719
8oo. Travailleurs commandez ce jour-là per
fectionnerent la Tranchée , dont la seconde pa
raltele avoit été avancée la veille jusqu'à jo
toises du chemin couvert. His firent une communication
entre la Tranchée de la droite et celle
de la gauche , et on commença ce jour-là l'établissement
de deux batteries , chacune de 15.
pieces de Canon.
Le soir vers les neuf heures , les Ennemis ten
terent de faire une sortie sur la gauche , mais
ils furent repoussez par les Grenadiers , qui les
obligerent de se retirer avec précipitation dans
le Chemin couvert , et malgré le grand feu de
deur Canon et de leur Mousqueterie , il n'y eut
que deux hommes de tuez et cinq blessez.
Le 19. le Comte de Broglio , Lieutenant General
, le Comte de Chatillon , Maréchal de
Camp et le Comte de Valence , Brigadier , rele
verent la Tranchée avec les Régimens de Cham .
pagne et Royal- Roussillon , deux Compagnies
de Grenadiers du Régiment du Roy , une de ce
lui de Souvré , et une de Riedeman Piedmontois,
Le Prince Charles de Lorraine , Lieutenant
General, le Duc d'Harcourt , Maréchal de Camp
et le Marquis de Lautrec , Brigadier , ont monté
la Tranchée le 20. avec les Régimens d'Auver
gne et de Condé , une Compagnie de Grenadiers
du Régiment des Gardes du Roy de Sardaigne
et trois des Régimens de Louvigny , de S. Simon
et de Medoc .
Le 21 la Tranchée fut relevée par le Marquis
de Ravignan , Lieutenant General , par le
Marquis d'Aix , Officier General dans les Trou
pes du Roy de Sardaigne, et par M. de Cadeville,
Brigadier des Armées du Roy, avec les 4. Batail
lons du Régiment du Roy , deur Compagnies
AI. Vol.
de Hvj
2720 MERCURE DE FRANCE
de Grenadiers du Régiment de Picardie , une
de celui de la Sarre , et une du Régiment de Re
bender.
Le 22 , le Marquis de Savines , Lieutenant General
, le Marquis de Sandricourt , Maréchal de
Camp , et le Marquis de Clermont , Brigadier
des Armées du Roy de Sardaigne , monterent la
Tranchée avec les Régimens Dauphin et de
Bourbon , et 4 Compagnies de Grenadiers des
Régimens de Champagne , du Maine et de
Luxembourg
Les travaux furent vigoureusement poussez
pendant les deux nuits suivantes. On avança la
troisiéme et la quatrième Paralleles à 35 toises
du Chemin couvert, et il n'y cut que s.pt hommes
de tuez ou blessez . Le 23 , le Marquis de
Cadrieux , Lieutenant Général , et le Marquis de
Louvigny monterent la Tranchée avec les Régimens
d'Anjou et de Médoc , et quatre Compagnies
de Grenadiers des Régimens d'Auvergne
, de Souvré , de Condé , et du Régiment de
Savoie.
La nuit du 23 au 2+ , le Roy de Sardaigne fit
attaquer le Chemin couvert de Getra - d'Adda ;
les Ennemis en furent chassez ; nos Troupes y
établirent leur logement malgré le feu des Assiégez
qui fut tres - vif pendant toute l'action ,
dans laquelle il y eut trois Capitaines de Grenadiers
tuez ou blessez , zo hommes de tuez es
11 de blessez .
Le 24 , la Tranchée fut relevée par le Comte
de Beuil , Lieutenant General , et par le Marquis
de Boissieux , Brigadier , avec les Régimens
de Souvré et de Tessé. On travailla ce jour-là à
periectionner les Ouvrages et on acheva la
Communication avec les deux Angies.
'I. Val. M.
DECEMBRE. 1733. 2722
M. de Contade , Lieutenant Général , et le
Marquis de Lautrec , Brigadier , releverent la
Tranchée le 25 avec les Régimens de la Reine e
de Nivernois , on contmua à préparer une Bat
terie sur le Glacis , pour battre en bréche , et à
y conduiré le Canon , et ce fut - ià , en donnant
les ordres pour le faire avancer , que le Chevalier
Dempser , Général de l'Artillerie du Roy de
Sardaigne fut tué près du Pont fait sur l'avant
fossé , lorsqu'on avoit attaqué le Chemin cou
vert.
Le 26, le Marquis d'Entréves , Lieutenant Gé•
néral des Armées da Roy de Sardaigne , et M.de
Cadeville , Brigadier des Armées du Roy , monterent
la Tranchée , qui fut relevée le 27 , par le
Marquis de Maillebois , Lieutenant Géneral , et
par le Marquis de Clermont , Brigadier des Armées
du Roy de Sardaigne. La Batterie de 11
Piéces de Canon , à laquelle on travailloit depuis
quelques jours , fut entierement établie
cette nuit et elle battit en bréche .
On fit pendant la même nuit , l'ouverture de
la Contrescarpe sur la droite , et la desconte du
Fossé se trouva si avancée le lendemain ào
heures du matin , que les Assiégez battirent la
Chamade dans le moment que le Marquis d'Asfeld
et le Marquis de Louvigny relevoient la
Tranchée avec trois Bataillons du Régiment de
Picardie , et deux Compagnies de Grenadiers
des Régimens de Tessé er de Nivernois .
Les Otages ayant été envoyez de part et d'autre
, le Roy de Sardaigne , et le Maréchal de
Villars se rendirent à la Tranchée pour écon
ter les propositions des Assiégez qui demande
rent qu'il leur fut permis de sortir de Gerra
d'Adda avec les honneurs de la Guerre , sans
I.Vd.
qu'il
2722 MERCURE DE FRANCE
qu'il fut libre aux Assiégeans d'attaquer Pizzi.
ghitone par ce côté , mais seulement par l'atta
que commencée de l'autre côté de l'Adda , où
la Tranchée avoit été ouverte le 23.
Leur proposition fut rejettée , et on leur répondit
qu'on ne recevoit aucune proposition sur
Gerra d'Adda , qu'à condition que Pizzighitone
se rendroit en même- temps.
Cette réponse ayant été portée au Gouver
neur , il consentit à rendre Gerra - d'Adda ; et à
l'égard de Pizzighitone , il fut convenu qu'il y
auroit une Tréve de deux jours , pour donner
le temps au Gouverneur d'envoyer à Mantouë
consulter le Prince de Wirtemberg sur ce qu'il
devoit faire.
L'Officier chargé de cette commission et qui
a été accompagné par le Marquis de Boissieux ,
rapporté qu'à son arrivée à Mantoue, le Prin
ce de Wirtemberg et les Officiers Generaux des
Troupes de l'Empereur , avoient tenu un Con
seil de Guerre , dont le résultat avoit été de
mander au Gouverneur de Pizzighitone de se
rendre le 16 Decembre.
Le Roy de Sardaigne et le Maréchal de Vil
Jars , informez de cette réponse , ont offert de
donner huit jours , et c'est à cette condition quela
Capitulation fut signée le 30 Novembre.
Le 2 de ce mois , M. de Contade , Lieutenant
General des Armées du Roy , fut détaché de
l'Armée avec six Bataillons des : Troupes Fran➜
çoises et un des Troupes du Roy de Sardaigne ,
pour aller se rendre maître du Château de Črés
mone , où les Impériaux avoient laissé un Dé--
tachement lorsqu'ils abandonnerent la Ville. La
Garnison de ce Château parut vouloir se deffendre
la nuit, du 3 ou 4 , mais le lendemain elle
capitula et se retira le même jour...
J. Vol. Le
DECEMBRE . 172. 2723
Le Roy de Sardaigne alla à Crémone , où H
coucha le 3 ; il en partit le lendemain pour se
rendre à Cazal- Major , d'où il doit aller à Sabionette
et à Bozolo , pour retourner le 8 aú
Camp devant Pizzighitone , et envoir sortit
la Garnison.
Les Troupes qui sont restées devant cette Pla
ce depuis la signature de la Capitulation , ontcontinué
, suivant ce qui avoit été convenu , à
faire des logemens sur la Contrescarpe ,et à placer
les Batteries , dont l'établissement fut fini le
quatre.
La Tranchée fut montée tous les jours , et relevée
jusqu'à la sortie de la Garnison de la Place.
Le Maréchal Duc de Villars est allé avec le
Roy de Sardaigne à Crémone , d'où il ira visiter
les bords de l'Oglio,
Le Comte de Boissieux , Brigadier , partit le 3 .
de ce mois avec 4 Bataillons et 2 Escadrons
pour s'emparer du Château de Trezzo , de celui
de Lecco , et du Fort de Fuentez.
La Garnison de Pizzighitone en sortit le 9 de
ce mois vers les 9 heures du matin , elle étoit
composée de 2000 hommes , lesquels conformé
ment à la Capitulation , signée le 30 du mois
dernier , se sont retirez à Mantoue avec 4 Canons
2 Mortiers et 4 Chariots couverts . On a
trouvé dans la Place 52 Pieces de Canon, 4 Mortiers
, et une grande quantité de Munitions de
Guerre , et de toute sorte de Provisions. Une
heure avant que la Garnison sortit , k Roy de´
Sardaigne entra dans la Ville . S. Men partit le
lendemain , et elle arriva le 11 à Milan.
و
les Troupes qui étoient devant Pizzighitone
commencerent le 9 à marcher pour s'y rendre.
On y avoit conduit dès le 4 , is Pieces de Ca
I. Volnon
2724 MERCURE DE FRANCE
1
non , et le reste de l'Artillerie y arriva peu après.
Le Marécbal Duc de Villars , après avoir séjourné
que ques jours à Crémone , s'est avancé
vers l'Oglio , et il a visité tous les Postes qui ont
été établis sur cette Riviere , il s'est rendu le 8 à
Sabionette , où il a eu une conférence avec le
Comte de Montemar , Capitaine General des Armées
du Roy d'Espagne , et il a couché le même
jour à Bezzole , d'où il est attendu à Milan .
Le Comte de Boissieux s'est emparé du Château
et de la Ville de Trezzo .
Les avis reçus du Trentin portent que l'Evêque
de Trente avoit fait prendre les Armes à la
Milice du Païs de son obéissance ; que cette Mi
lice étoit commandée par le Comte de wolchenstein
, et qu'elle étoit en marche pour aller joindre
le Corps de Troupes Impériales , que comman
de le General Rost.
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Résumé : ARMÉE D'ITALIE. Siege et Prise de Pizzigithone.
Le texte décrit le siège et la prise de Pizzigitbone par l'armée du Roi de Sardaigne, soutenue par les forces françaises commandées par le Maréchal Duc de Villars. Le 10 novembre, le Roi de Sardaigne arriva au camp de Malleo près de Pizzigitbone et investit le fort de Gerra d'Adda, situé de l'autre côté de la rivière d'Adda. Les préparatifs inclurent la construction de ponts sur l'Adda et le creusement d'un canal pour drainer les eaux retenues par les ennemis. Les travaux de siège commencèrent la nuit du 17 au 18 novembre, avec l'ouverture de la tranchée par des travailleurs soutenus par plusieurs régiments. Malgré les tentatives de sortie des ennemis, divers officiers et régiments se relayèrent pour avancer les travaux. Le 23 novembre, le Roi de Sardaigne attaqua et prit le chemin couvert de Gerra d'Adda. Le 26 novembre, une batterie de 11 pièces de canon fut établie et ouvrit le feu sur les défenses ennemies. Le 28 novembre, les assiégés demandèrent à sortir avec les honneurs de la guerre, mais leur proposition fut rejetée à moins que Pizzigitbone ne se rende en même temps. Après consultation, le gouverneur de Pizzigitbone accepta de se rendre le 16 décembre. La capitulation fut signée le 30 novembre, et la garnison de Pizzigitbone sortit le 9 décembre, se retirant à Mantoue avec ses armes et provisions. Après la reddition, les troupes françaises et sardes continuèrent à renforcer les défenses et à établir des batteries. Le Maréchal Duc de Villars inspecta les postes sur l'Oglio et eut une conférence avec le Comte de Montemar. Le Comte de Boissieux s'empara de plusieurs châteaux et forteresses, tandis que des milices dans le Trentin se préparaient à rejoindre les troupes impériales.
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21
p. 2915-2921
ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Début :
Le Maréchal de Villars arriva le 14 Decembre à Milan, où les Troupes [...]
Mots clefs :
Marquis, Régiment, Brigadier, Troupes du roi, Grenadiers, Tranchée, Château, Roi de Sardaigne, Siège du château de Milan, Chemin couvert , Maréchal de camp
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texteReconnaissance textuelle : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
ARME'E D'ITALIE,
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
Et Siége du Château de Milan.
E Maréchal de Villars arriva le 14
Decembre à Milan , où les Troupes
du Roy et celles du Roy de Sardaigne ,
qui étoient parties du Camp devant Pizzighitone
le 9 et le 10 de ce mois , et
qui étoient destinées à faire le Siége du
Château , s'étoient renduës le 13 .
La Tranchée fut ouverte du côté du
Bourg des Hortolani, la nuit du 15 au 16,
sous les ordres du Marquis d'Asfeld
Lieutenant Général , ét du Marquis de
Louvigni , Brigadier par 20co Travailleurs
, soûtenus du Régiment des Gardes
du Roy de Sardaigne , de celui de Tessé
et de trois Compagnies de Grenadiers des
11. Vel. Ré2918
Régimens de Champagne , du Roy et de
Piémont. On établit pendant cette nuit
deux Paralleles , dont la plus avancée
n'étoit à la gauche qu'à 60 toises du Chemin
couvert ; il n'y eut pas un seul homme
de tué ni de blessé .
Le 16 , à dix heures du matin , le Marquis
de Savines , Lieutenant General , et
le Marquis de Mison , Brigadier , releverent
la Tranchée avec trois Bataillons du
Régiment de Picardie , et trois Compagnies
de Grenadiers des Regimens d'Auvergne
, du Roy , et de la Ferté- Imbaut;
les Travailleurs furent employez à élargir
et à perfectionner la Tranchée, dont
les Ouvrages furent assez avancez pen
dant la nuit.
Le 17 , le Marquis le Cadrieux , Lieutenant
Général , et M. de Cadeville , Brigadier
, monterent la Tranchée avec les
trois Bataillons du Régiment de Champagne
, et une Compagnie de Grenadiers
du Régiment de Savoye .
On commença cette nuit à travailler à
l'établissement de plusieurs Batteries de
Canons et de Mortiers , et les Ennemis
qui n'avoient pas beaucoup tiré les deux
nuits précedentes s'étant apperçus de ces
travaux , firent un feu si considérable ,
qu'il y cut plusieurs Soldats tucz ou
blessez.
DECEM BRE. 1733. 2917
Le 18 la Tranch e fut relevée par le
Marquis de Beuil , Lieutenant Gen ral ,
et par M. de Cumiane , Brigadier des
Troupes du Roy de Sardaigne , avec les
Regimens d'Auvergne et de Flandreset
une Compagnie de Grenadiers de celui
d'Orleans.
La nuit du 19 au 20. on s'établit dans
un avant-fossé dont on fit une parallele
au pied du glacis , et on poussa en avant
trois sapes , à la tête desquelles on commença
le zo à faire des puits pour pouvoir
éventer les mines . Les assiégez continuerent
à faire un très grand feu d'Artillerie
et de Mousqueterie mais qui
diminua beaucoup le 24. que nos trois
Batteries de Canon et deux de Mortiers
commencerent à tirer.
Le 25 Décembre le Marquis de Lanion ,
Maréchal de Camp , et le Marquis de
Louvigny Brigadier, monterent la Tranchée
devant le Château avec le Regiment
de la Saarre , le second Bataillon de celui
de la Ferté- Imbaut , et deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Champagne et de Souvré. Les sapes furent
poussées jusqu'au Chemin couvert ,
et on continua les travaux necessaires
pour pouvoir éventer les mines qu'on
croyoit trouver sous les fortifications du
Chemin couvert .
2918 MERCURE DE FRANCE
La Tranchée fut relevée le 26. sous les
ordres du Marquis de Fervaques , Maréchal
de Camp , et du Marquis de Mison,
Brigadier , par le Regiment Royal Roussillon
, par celui de Piémont , des Troupes
du Roy de Sardaigne et par deux
Compagnies deGrenadiers des Regimens
d'Auvergne et de Nivernois.
Les Mineurs employez à découvrir les
mines n'ayant trouvé que des galleries
abandonnées , on entra dans le Chemin
couvert , d'où les Ennemis s'étoient retirez
, et on s'y logea par une paraliele sur
toute l'étendue de l'attaque.
›
Le lendemain on travailla à perfection .
ner les logemens , et on commença à rétablir
plusieurs Batteries pour battre les
deux faces de la demi lune celies des
deux Bastions d'Acunha et de Velasio ,
et les deux flancs des mêmes Bastions.
Le Comte de Chatillon Maréchal de
Camp , et le Comte de Boissieux Briga
dier monterent laTranchée ce jour- là avec
les deux Bataillons du Regiment des
Girdes du Roy de Sardaigne , un de celui
de Schulembourg une Compagnie
de Grenadiers du Regiment du Roy ,
et une de celui d'Orleans . Le soir , deux
Batteries de quatre piéces de Canons
chicune commencerent de battre en
11. Vol.
و
>
bréche
DECEMBRE. 1733. 2919
,
bréche les deux faces de la demie- lune .
Le 28 la Tranchée fut relevée par le
premier et le troisième Bataillon du Regiment
de Picardie , et par deux Compagnies
de Grenadiers des Regimens de
Louvigny et de Montferrat sous les ordres
de M. S. Perrier Maréchal de
Camp , et de M. de Cadeville , Brigadier,
et le 29. par le Duc d'Harcourt , Maréchal
de Camp , et de M. de Cumiane
Brigadier des Troupes du Roy de Sardai
gne , avec le second Bataillon du Regiment
de Picardie , le Regiment de Tessé,
uneCompagnie de Grenadiers de celui de
la Ferté - Imbaut , et une du Regiment
de Piémont.
On travailla ce jour- là à faire dans le
Chemin couvert six débouchez pour descendre
dans le Fossé , et ils étoient assez
avancez , lorsque le Maréchal Viscomti
qui avoit été forcé d'abandonner la demi
June , et qui jugea que les breches qui se
formoient aux faces des deux Bastions
seroient bien tôt praticables , fit battre la
chamade vers les trois heures après midi.
On lui demanda de livrer une des Portes
du Château , il la remit le lendemain 30 .
le Marquis de Villars partit le même jour
après midi pour en aller
velle au Roy.
porter la nou-
II. Vol. La
2920 MERCURE DE FRANCE
La Garnison du Château , réduite environ
à 800 hommes en sortira le 2 Janver
, avec les honneurs de la Guerre ,
et se retirera à Mantoüe suivant la capitulation
convenuë le 30 de ce mois.
Le Siége de Novarre ayant été resolu ,
15 Bataillons des Troupes du Roy et
trois de celles du Roy de Sardaigne, sont
partis de Milan pour aller faire le Siége
de cette Place , avec les Troupes qui en
ont formé le blocus depuis le commencement
de la Campagne.
· Le Marquis de Coigni , Lieutenant
General , commandera à ce Siége , et les
Maréchaux de Camp qui y serviront sous
ses ordres , sont M. d'Affry , le Marquis
de Fervaques , et le Duc d'Harcourt.
Le Comte de Broglio , Lieutenant Ceneral
, qui commande les Troupes qui
sont aux environs de Cazal Major, envoya
le 28. Decembre un Détachement d Infanterie
de 3000 hommes, cent Dragons ,
cent Carabiniers , et vingt Hussarts du
Regiment de Ratsкy pour s'emparer de
Guastalle. Le Marquis de Valence qui
commandoit ce Détachement, après avoir
fait passer le Po à ses Troupes à Dozolo
er à Viadana arriva le même jour à
Guastalle , où il fut reçû par le Comte
- de · II. Vol.
,
DECEMBRE . 1733 2921
de Spilinberg , Ministre du Duc de
Guastalle, Le Marquis de Valence avoit
été precedé d'un Officier chargé de complimenter
ce Ministre et de lui faire entendre
qu'en occupant cette Place on
n'avoit d'autre dessein que d'empêchet
les Troupes de l'Empereur de s'en emparer.
Le Comte de Boissieux s'est rendu
Maître du Château de Lecco , et du Fort
de Fuentes , dont la Garnison a été faite
prisonniere de Guerre .
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Résumé : ARMÉE D'ITALIE, Et Siége du Château de Milan.
Le maréchal de Villars arriva à Milan le 14 décembre 1733, où les troupes françaises et sardes, parties du camp devant Pizzighitone les 9 et 10 décembre, s'étaient rendues pour faire le siège du château de Milan. La tranchée fut ouverte la nuit du 15 au 16 décembre sous les ordres du marquis d'Asfeld et du marquis de Louvigny, avec le soutien de plusieurs régiments. Deux parallèles furent établies sans perte humaine. Le 16 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Savines et le marquis de Mison avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Les travaux avancèrent pendant la nuit. Le 17 décembre, le marquis de Cadrieux et M. de Cadeville prirent la relève avec des bataillons du régiment de Champagne et des grenadiers du régiment de Savoie. Des batteries de canons et de mortiers furent établies, provoquant une riposte ennemie intense. Les jours suivants, les travaux continuèrent avec des relèves régulières par divers officiers et régiments. Le 20 décembre, une parallèle fut établie dans un avant-fossé, et des sapes furent poussées vers le chemin couvert. Les ennemis continuèrent à tirer, mais leur feu diminua le 24 décembre lorsque les batteries françaises commencèrent à tirer. Le 25 décembre, le marquis de Lanion et le marquis de Louvigny prirent la relève avec des régiments de la Saarre et de la Ferté-Imbaut. Les sapes atteignirent le chemin couvert, et les travaux pour éventer les mines continuèrent. Le 26 décembre, la tranchée fut relevée par le marquis de Fervaques et le marquis de Mison avec des régiments du Royal Roussillon et de Piémont. Les mineurs découvrirent des galeries abandonnées, permettant aux troupes françaises de s'installer dans le chemin couvert. Les batteries furent perfectionnées pour battre les fortifications ennemies. Le 28 décembre, la tranchée fut relevée par le duc d'Harcourt et M. de Cumiane avec des bataillons du régiment de Picardie et des grenadiers. Le 30 décembre, après la capitulation, la garnison du château, réduite à environ 800 hommes, sortit avec les honneurs de la guerre et se retira à Mantoue. Le siège de Novarre fut ensuite résolu, avec 15 bataillons français et 3 bataillons sardes partant pour cette mission. Le marquis de Coigni commanda ce siège, assisté par plusieurs maréchaux de camp. Par ailleurs, le comte de Broglio envoya un détachement pour s'emparer de Guastalle, et le comte de Boissieux prit le contrôle du château de Lecco et du fort de Fuentes, capturant leur garnison.
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22
p. 1211-1214
ALLEMAGNE.
Début :
Le Prince de Wirtemberg, qui commande par interim l'Armée que l'Empereur a [...]
Mots clefs :
Troupes, Prince, Empereur, Pálffy, Milices, Prince Louis de Wurtemberg, Armée, Grenadiers, Autriche, Prince Alexandre de Wurtemberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
>
E Prince Louis de Wirtemberg , qui commande
par interim l'Armée. que l'Empereur a
en Italie , a écrit à S.M. Imperiale, que les Troupes
Allemandes, lorsquelles avoient passé le Po , étoient
disposées dans l'ordrde suivant : la premiere colonne
composée de 26. Bataillons , trois de
Guido - Staremberg , trois de Harrach , deux de
Lirengstein , trois de Firstenbusch trois de
Hildbourghaussen , un de Wallis , deux de Palfi ,
trois de Daun , un d'Oglivi , trois de Maximilien
Staremberg , et deux de Wachtendoncsk ;
de 28. Escadrons , sept de Saxe Gotha , sept de
Mercy , sept de Palfi , et sept de Jorger ;
et de
20. Compagnies de Grenadiers , ayant à la tête
le Baron de Lanthieri , le Prince de Livengstein ,
les Comtes de Diesbach , et de Saint- Amour ,
Lieutenants Generaux.
La seconde colonne de 17. Bataillons , un de
Welsech , deux de Culmbach , trois de Seckendorf
, rois du Grand - Maître de l'Ordre Teutonique
, deux de Ligneville , deux de Wallis , et
trois de Konigseg , de 24. Escadrons , 7. de
Lichteinstein , 6. de Veterani , 6. d'Hamilton , et
5. de Frederic de Wirtemberg , et de 14. Compagnies
de Grenadiers , sous les ordres des Comtes
de Culmbach et de Valperoso.
Dans le Conseil d'Etat que l'Empereur tint à
Vienne le 16. du mois dernier , il fut résolu
d'assembler les Milices du Royaume de Boheme
et des Provinces de Silesie et de Moravie ,
. I. Vol.
et de
faire
1212 MERCURE DE FRANCE
faire marcher à l'Armée la dixième partie des
Habitans de la Basse- Autriche qui sont en état de
porter les armes . Le bruit court qu'on a déliberé ·
dans le même Conseil si l'on obligeroic la Noblesse
de la Haute Autriche de lever et d'entretenir
à ses dépens un Corps de 10000. homines.
On apprend de Ratisbonne , que la Diete a
reglé que
e les Princes et les Cercles ne fourniroien
que les trois cinquièmes des subsides que
S. M. Imp . avoit demandé pour l'entretien des
Troupes de l'Empire , et que la Caisse Militaire
seroit établie à Francfort.
Les Régimens ie Hager , du Prince Alexandre
de Wirtemberg , de Veles , de Carolis , de Seer
et de Palfi , qui s'étoient mis en marche pour se
rendre à l'Armée sur le Rhin ont reçû ordre de
s'arrêter dans les environs de Passaw ; on croit
qu'elles y formeront un Camp ,
et que les Milices
qu'on leve dans la Basse- Autriche iront les
y joindre.
Sur l'avis qu'on a reçû d'une irruption qu'un
corps de Troupes Polonoises , composé d'environ
4000. hommes , a faite en Silesie , où il a
ravage plusieurs terres consi terables , particulierement
celles du Comte de Henkel , S. M. Imp.
a pris la résolution d'envoyer un Détachement
de Cavalerie et d'Infanterie dans cette Province,
et une partie du Régiment de Chauveray est
déja partie pour renforcer quelques postes de la
Frontiere. On assure que le Camp qu'on y doit
former , sera composé du Régiment du Prince
Alexandre de Wittemberg , de ceux de Weles ,
du Comte Louis de Palfi , de Seer , d'Ogilvi , de
Welsech , du Régiment de Grenadiers de Lorraine,
d'une partie de celui de Chauvirey , et de
ICOo homines des Milices de Transilvanie , ces
I. Vol. Troupes
JUIN. 1734. 1213
par
Troupes doivent être commandées le Baron .
de Damnitz , Feld- Maréchal , qui aura sous ses
ordres le Comte de Jorger.
Le Conseil de Guerre a ordonné à quelques
Régimens qui sont en Italie , d'en revenir, et
l'on compte qu'ils seront envoyez sur les Frontieres
de l'Electorat de Baviere , avec le nouveau
Corps des Milices qu'on leve dans le Tirol .
On a fait prendre les Armes aux Habitans de
Vienne qui sont en état de les porter , et on a
nommé des Officiers pour les commander et leur
apprendre les Exercices Militaires.
pas
L'Empereur a fait publier un Edit , portant
que tous les Particuliers qui n'auroht donné
une déclaration de leurs biens avant le temp ;
dans lequel on doit commencer à lever le Dixiéme
sur tous les revenus , seront condamnez à
payer une Taxe proportionnée à leurs facultez.
Le Marquis de Rubi , Conseiller du Conseil
Privé , et que l'Empereur a nommé Feldt Maréchal
de ses Armées , vient d'étre déclaré Viceroi
de Sicile , à la place du Comte de Sastago.
>
E Prince Louis de Wirtemberg , qui commande
par interim l'Armée. que l'Empereur a
en Italie , a écrit à S.M. Imperiale, que les Troupes
Allemandes, lorsquelles avoient passé le Po , étoient
disposées dans l'ordrde suivant : la premiere colonne
composée de 26. Bataillons , trois de
Guido - Staremberg , trois de Harrach , deux de
Lirengstein , trois de Firstenbusch trois de
Hildbourghaussen , un de Wallis , deux de Palfi ,
trois de Daun , un d'Oglivi , trois de Maximilien
Staremberg , et deux de Wachtendoncsk ;
de 28. Escadrons , sept de Saxe Gotha , sept de
Mercy , sept de Palfi , et sept de Jorger ;
et de
20. Compagnies de Grenadiers , ayant à la tête
le Baron de Lanthieri , le Prince de Livengstein ,
les Comtes de Diesbach , et de Saint- Amour ,
Lieutenants Generaux.
La seconde colonne de 17. Bataillons , un de
Welsech , deux de Culmbach , trois de Seckendorf
, rois du Grand - Maître de l'Ordre Teutonique
, deux de Ligneville , deux de Wallis , et
trois de Konigseg , de 24. Escadrons , 7. de
Lichteinstein , 6. de Veterani , 6. d'Hamilton , et
5. de Frederic de Wirtemberg , et de 14. Compagnies
de Grenadiers , sous les ordres des Comtes
de Culmbach et de Valperoso.
Dans le Conseil d'Etat que l'Empereur tint à
Vienne le 16. du mois dernier , il fut résolu
d'assembler les Milices du Royaume de Boheme
et des Provinces de Silesie et de Moravie ,
. I. Vol.
et de
faire
1212 MERCURE DE FRANCE
faire marcher à l'Armée la dixième partie des
Habitans de la Basse- Autriche qui sont en état de
porter les armes . Le bruit court qu'on a déliberé ·
dans le même Conseil si l'on obligeroic la Noblesse
de la Haute Autriche de lever et d'entretenir
à ses dépens un Corps de 10000. homines.
On apprend de Ratisbonne , que la Diete a
reglé que
e les Princes et les Cercles ne fourniroien
que les trois cinquièmes des subsides que
S. M. Imp . avoit demandé pour l'entretien des
Troupes de l'Empire , et que la Caisse Militaire
seroit établie à Francfort.
Les Régimens ie Hager , du Prince Alexandre
de Wirtemberg , de Veles , de Carolis , de Seer
et de Palfi , qui s'étoient mis en marche pour se
rendre à l'Armée sur le Rhin ont reçû ordre de
s'arrêter dans les environs de Passaw ; on croit
qu'elles y formeront un Camp ,
et que les Milices
qu'on leve dans la Basse- Autriche iront les
y joindre.
Sur l'avis qu'on a reçû d'une irruption qu'un
corps de Troupes Polonoises , composé d'environ
4000. hommes , a faite en Silesie , où il a
ravage plusieurs terres consi terables , particulierement
celles du Comte de Henkel , S. M. Imp.
a pris la résolution d'envoyer un Détachement
de Cavalerie et d'Infanterie dans cette Province,
et une partie du Régiment de Chauveray est
déja partie pour renforcer quelques postes de la
Frontiere. On assure que le Camp qu'on y doit
former , sera composé du Régiment du Prince
Alexandre de Wittemberg , de ceux de Weles ,
du Comte Louis de Palfi , de Seer , d'Ogilvi , de
Welsech , du Régiment de Grenadiers de Lorraine,
d'une partie de celui de Chauvirey , et de
ICOo homines des Milices de Transilvanie , ces
I. Vol. Troupes
JUIN. 1734. 1213
par
Troupes doivent être commandées le Baron .
de Damnitz , Feld- Maréchal , qui aura sous ses
ordres le Comte de Jorger.
Le Conseil de Guerre a ordonné à quelques
Régimens qui sont en Italie , d'en revenir, et
l'on compte qu'ils seront envoyez sur les Frontieres
de l'Electorat de Baviere , avec le nouveau
Corps des Milices qu'on leve dans le Tirol .
On a fait prendre les Armes aux Habitans de
Vienne qui sont en état de les porter , et on a
nommé des Officiers pour les commander et leur
apprendre les Exercices Militaires.
pas
L'Empereur a fait publier un Edit , portant
que tous les Particuliers qui n'auroht donné
une déclaration de leurs biens avant le temp ;
dans lequel on doit commencer à lever le Dixiéme
sur tous les revenus , seront condamnez à
payer une Taxe proportionnée à leurs facultez.
Le Marquis de Rubi , Conseiller du Conseil
Privé , et que l'Empereur a nommé Feldt Maréchal
de ses Armées , vient d'étre déclaré Viceroi
de Sicile , à la place du Comte de Sastago.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le Prince Louis de Wurtemberg, commandant par intérim l'armée de l'Empereur en Italie, a rapporté la disposition des troupes allemandes après leur passage du fleuve Po. La première colonne comprenait 26 bataillons, 28 escadrons et 20 compagnies de grenadiers, sous les ordres de plusieurs officiers de haut rang. La seconde colonne était composée de 17 bataillons, 24 escadrons et 14 compagnies de grenadiers, dirigées par les Comtes de Culmbach et de Valperoso. Lors du Conseil d'État tenu à Vienne le 16 du mois précédent, il a été décidé de mobiliser les milices du Royaume de Bohême et des provinces de Silésie et de Moravie, ainsi que la dixième partie des habitants de la Basse-Autriche aptes au service militaire. Des rumeurs indiquaient que la noblesse de Haute-Autriche pourrait être contrainte de lever et entretenir un corps de 10 000 hommes. À Ratisbonne, la Diète a décidé que les princes et les cercles ne fourniraient que les trois cinquièmes des subsides demandés par l'Empereur pour l'entretien des troupes de l'Empire, et que la Caisse Militaire serait établie à Francfort. Plusieurs régiments, initialement en route pour l'armée sur le Rhin, ont reçu l'ordre de s'arrêter près de Passau pour former un camp, auquel se joindraient les milices de Basse-Autriche. En réponse à une incursion de troupes polonaises en Silésie, l'Empereur a envoyé un détachement de cavalerie et d'infanterie, renforcé par une partie du régiment de Chauveray. Un camp devait être formé avec plusieurs régiments et des milices de Transylvanie, sous le commandement du Baron de Damnitz. Le Conseil de Guerre a ordonné le retour de certains régiments d'Italie pour renforcer les frontières de l'Électorat de Bavière, accompagnés de nouvelles milices du Tyrol. Les habitants de Vienne en état de porter les armes ont été armés et des officiers nommés pour les commander. L'Empereur a publié un édit condamnant ceux qui n'avaient pas déclaré leurs biens à payer une taxe proportionnelle à leurs facultés. Le Marquis de Rubi a été nommé Vice-roi de Sicile, remplaçant le Comte de Sastago.
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23
p. 1224-1229
ATTAQUES du Château et du Bourg de Colorno &c.
Début :
Les Ennemis voulant déguiser leur marche vers la Lenza, envoyérent le 25 du mois [...]
Mots clefs :
Ennemis, Attaque du château de Colorno, Colorno, Grenadiers, Détachement, Marquis de Maillebois, Hussards, Régiment
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texteReconnaissance textuelle : ATTAQUES du Château et du Bourg de Colorno &c.
ATTAQUES du Château et du Bourg
de Colorno & c.
L >
Es Ennemis voulant déguiser leur marche
vers la Lenza envoyérent le 25 du mois
passé un Détachement de 200 Dragons ou Hussarts
vers le Village de Colorno ; ce Détachement
ayant attaqué le Château , une Compagnie
de Grenadiers qui y étoit postée le défendit ,
IVol.
JUIN. 1734. 1225
et donna le tems au Marquis de Maillebois qui
commande le Camp de Sacca , d'arriver à Colorno
avec quatre Compagnies de Grenadiers ; it
mit en déroute le Détachement des Ennemis qui
ont eû dans cette occasion 15 Dragons ou Hussarts
de tuez ou de blessez .
Le lendemain le Marquis de Ligneville , General
Major des Troupes Imperiales , fut détaché
avec 800 Grenadiers et un pareil nombre
de Cuirassiers ou Hussarts, pour s'emparer de ce
poste que le Marquis de Maillebois avoit renforcé
de 400 hommes , et dans lequel il avoit laissé
le Marquis de Fimarcon , Colonel du Regimeut
de Bourbon ; l'avantgarde du Détachement des
Ennemis qui étoit de 100 hommés de Cavalerie
fut attaquée dans sa marche par un parti de 30
Dragons et de 30 Hussarts François , commandé
par M. Daniel , Capitaine de Hussarts . 11
chargea les Ennemis , les battit , fit 20 prisonniers
et il les poursuivit jusqu'à la tête de leur
Camp , mais y ayant trouvé tout le Détachement
il fut obligé de se retirer après avoir perdu
20 Dragons ou Hussarts , et conservé seulement
4 des prisonniers qu'il avoit faits.
Le Détachement des Ennemis s'avança à Colorno
, où il resta pendant plus de deux heures
autour du Village , et du Château sans pouvoir
y pénétrer.
Les Grenadiers qui étoient derriere les murs
des terrasses du Jardin firent deux décharges sur
les Cuirassiers dont il en est resté 12 sur la place,
indépendamment de ceux qui ont été blessez .
Le premier de ce mois , les Ennemis marcherent
avec 4000 hommes d'Infanterie
Cuirassiers ou Hussarts et 6 piéces de canon pour
attaquer ce poste.
I Vol.
2 1200
M.
12.6 MERCURE DE FRANCE
1
M. de Contade , fils du Lieutenant General
Colonel du Regiment de Flandres , qui étoit détaché
dans le Château avec M. Coninghan ,
Lieutenant Colonel du Regiment Dauphin Infanterie
, et 400 hommes , ayant apperçu les
Ennemis à l'extremité des allées qui aboutissent
au Jardin du Château , il en fit avertir le Marquis
de Maillebois , qui commandoit le Camp
de Sacca .
Les Ennemis marcherent au Château dans lequel
M. de Contade se défendit si bien , que
malgré trois décharges de leur artillerie ils fûrent
plus d'une heure sans pouvoir s'en approcher
, et y perdirent beaucoup de monde par le
grand feu qu'ils essuyerent.
Le Marquis de Maillebois qui sur le premier
avis de l'attaque du Château de Colorno , s'étoit
avancé avec io Compagnies de Grenadiers et de
Piquets de son Camp , jugeant que le Pont qui
pouvoit favoriser la retraite de M. de Contade
alloit être forcé , et ne se trouvant pas assez fort
pour engager une affaire , envoya dire à M. de
Contade de le venir joindre , ce qu'il fit avec un
très grand ordre , sans avoir eû un seul homme
de tué ni de blessé.
M. Darsy , Capitaine au Regiment de Picardie
, qui étoit du Détachement , resta avec 30
hommes dans une Tour du Château , il s'y défendit
encore depuis la retraite de M. de Contade
, et il fit sa capitulation .
Les Ennemis suivirent jusqu'à une portée de
mousquet du retranchement de Sacca , le Marquis
de Maillebois , qui n'eût que 10 Grenadiers
blessez , et qui se retira en si bon ordre , que les
Ennemis n'oserent l'attaquer.
Ils ont perdu dans cette occasion 4.0 hommes,
I Vol.
JUI N. 1734. 1227
ét 300 à l'attaque du Château de Colorno . On
dit que le Marquis de Ligneville et le Comte de
Tarno , Generaux Majors , y ont été tucz.
Le 3 , les Troupes du Roy et celles du Roy
de Sardaigne passerent le Po , et vinrent camper
entre Sacca et Colorno .
Le lendemain le Marquis de Maillebois à la
tête de 20 Compagnies de Grenadiers et de 20
Piquets , et ayant sous ses ordres M. d'Affry es
le Marquis de l'Isle , Maréchaux de Camp ,
M. Thomé Brigadier , le Duc de la Tremouille,
Colonel du Regiment de Champagne , et M. de
Souillac , Lieutenant Colonel du Regiment de
Picardie , s'avança à Colorno .
Ces Troupes entrerent par trois differents endroits
dans la partie de ce Bourg qui est en deçà
de la Parma , elles pénétrérent de maison en
maison , elles en chassérent les Ennemis , et elles
s'étendirent par la droite et par la gauche le long
de la chausse sur le bord de la Riviere , afin de
masquer le Pont de Colorno , et d'occuper plus.
sûrement le Pont de pierres qui est sur Lorno..
M. Thomé attaqua ce dernier Pont avec son
Détachement et il renversa les Ennemis , lesquels
en se retirant essayérent tout le feu des Grenadiers
qui étoit au centre avec le Marquis de Maillebois.
,
Ce fut dans ce moment que toute l'Infanterie
des Ennemis , qui s'étoit postée de l'autre côté
de la Riviere , commença son feu qui fut très
vif pendant trois heures tant des maisons et
jardins qui étoient de l'autre côté de la Riviere,
que des petits épaulements qu'ils avoient le long
de la chaussée , mais celui de nos Troupes qui
étoient dans les premiers étages des maisons étant
superieur , les Ennemis prirent le parti de se re-
I Vol Liren
*
1228 MERCURE DE FRANCE
tirer dans le Château et dans le Jardin qui étoit
sur la droite , d'où ils continuérent à tirer jusqu'à
la nuit.
Pendant ce tems - là le Marquis de Maillebois
fit établir deux Ponts sur Lorno à une très petite
distance du Château ; l'Infanterie et la Cavalerie
y passérent et allérent camper vis - à-vis
la Parma en s'étendant jusques vers Sant Andrea
et tirant vers Parme.
Les au matin , les Ennemis au nombre de
2000 hommes se présenterent hors de leurs retranchements
vis - à - vis les deux Ponts qui
étoient sur Lorno , et laissant toujours la Parma
entre deux , mais le feu continuel que l'on fit sur
eux les ayant forcé de se retirer , 10 Compagnies
de Grenadiers , et les Piquets d'Infanterie et de
Cavalerie se disposoient à passer la Parma audessus
de Colorno en remontant , lorsqu'on aprit
que les Ennemis abandonnoient Colorno.
·
Le Marquis de Pezé , Maréchal de Camp
fut détaché aussi - tôt avec M. de Valcourt
commandant une Brigade de Carabiniers
200 Grenadiers et 500 Chevaux pour suivre les
Ennemis dans leur retraite. Il ne put les joindre
et il raporta qu'il avoit vû leur derniere colonne
prendre le chemin de Sorbolo .
Le Roy de Sardaigne et le Marquis de Coigny
entrérent le soir dans Colorno , où les Ennemis
ont eû plus de 700 hommes de tuez .
Nous avons perdu en cette action 50
et il y en a eû 120 de blessez.
Soldats ,
Le Comte de Clermont, Colonel du Regiment
d'Auvergne , qui sans être commandé étoit allé
poster o hommes sur la Parma , y reçut un
coup de mousquet dont il est mort le 6. M. de
Montlaur , Lieutenant d'Artillerie , ayant voulu
I.Vol.
charJUIN.
1229 1734.
> charger une piéce de.. canon en fut brulé , et it
mourut deux heures après.
M. Thomé a été blessé à la jambe. M. de
Squillac au genouil , et le Duc de la Tremoüille
a cû une contusion à la cuisse : il y a eû quatre
Officiers de tuez et 15 de blessez , du nombre
desquels sont trois Officiers d'Artillerie.
On a apris en dernier lieu que les Ennemis
après avoir été forcez d'abandonner le Château
de Colorno , étoient restez en deçà de la Lenza
que le 13 de ce mois le Comte de Mercy avoit
passé cette Riviere avec toute son Infanterie
sur le Pont de Sorbolo , que le lendemain au
soir il avoit remonté la même Riviere , et qu'il
l'avoit repassé à Pontedi Lama pour joindre sa
Cavalerie à San Prospero , entre Parme et la
Lenza. Ces Lettres ajoutent que le Roy de Sardaigne
et le Marquis de Coigny , informez de
cette marche des Ennemis , avoient fait avancer
leurs Troupes , et qu'ils étoient allez camper le
17 , leur droite à un mille de Parme , et la gau
che à Sant Andrea.
de Colorno & c.
L >
Es Ennemis voulant déguiser leur marche
vers la Lenza envoyérent le 25 du mois
passé un Détachement de 200 Dragons ou Hussarts
vers le Village de Colorno ; ce Détachement
ayant attaqué le Château , une Compagnie
de Grenadiers qui y étoit postée le défendit ,
IVol.
JUIN. 1734. 1225
et donna le tems au Marquis de Maillebois qui
commande le Camp de Sacca , d'arriver à Colorno
avec quatre Compagnies de Grenadiers ; it
mit en déroute le Détachement des Ennemis qui
ont eû dans cette occasion 15 Dragons ou Hussarts
de tuez ou de blessez .
Le lendemain le Marquis de Ligneville , General
Major des Troupes Imperiales , fut détaché
avec 800 Grenadiers et un pareil nombre
de Cuirassiers ou Hussarts, pour s'emparer de ce
poste que le Marquis de Maillebois avoit renforcé
de 400 hommes , et dans lequel il avoit laissé
le Marquis de Fimarcon , Colonel du Regimeut
de Bourbon ; l'avantgarde du Détachement des
Ennemis qui étoit de 100 hommés de Cavalerie
fut attaquée dans sa marche par un parti de 30
Dragons et de 30 Hussarts François , commandé
par M. Daniel , Capitaine de Hussarts . 11
chargea les Ennemis , les battit , fit 20 prisonniers
et il les poursuivit jusqu'à la tête de leur
Camp , mais y ayant trouvé tout le Détachement
il fut obligé de se retirer après avoir perdu
20 Dragons ou Hussarts , et conservé seulement
4 des prisonniers qu'il avoit faits.
Le Détachement des Ennemis s'avança à Colorno
, où il resta pendant plus de deux heures
autour du Village , et du Château sans pouvoir
y pénétrer.
Les Grenadiers qui étoient derriere les murs
des terrasses du Jardin firent deux décharges sur
les Cuirassiers dont il en est resté 12 sur la place,
indépendamment de ceux qui ont été blessez .
Le premier de ce mois , les Ennemis marcherent
avec 4000 hommes d'Infanterie
Cuirassiers ou Hussarts et 6 piéces de canon pour
attaquer ce poste.
I Vol.
2 1200
M.
12.6 MERCURE DE FRANCE
1
M. de Contade , fils du Lieutenant General
Colonel du Regiment de Flandres , qui étoit détaché
dans le Château avec M. Coninghan ,
Lieutenant Colonel du Regiment Dauphin Infanterie
, et 400 hommes , ayant apperçu les
Ennemis à l'extremité des allées qui aboutissent
au Jardin du Château , il en fit avertir le Marquis
de Maillebois , qui commandoit le Camp
de Sacca .
Les Ennemis marcherent au Château dans lequel
M. de Contade se défendit si bien , que
malgré trois décharges de leur artillerie ils fûrent
plus d'une heure sans pouvoir s'en approcher
, et y perdirent beaucoup de monde par le
grand feu qu'ils essuyerent.
Le Marquis de Maillebois qui sur le premier
avis de l'attaque du Château de Colorno , s'étoit
avancé avec io Compagnies de Grenadiers et de
Piquets de son Camp , jugeant que le Pont qui
pouvoit favoriser la retraite de M. de Contade
alloit être forcé , et ne se trouvant pas assez fort
pour engager une affaire , envoya dire à M. de
Contade de le venir joindre , ce qu'il fit avec un
très grand ordre , sans avoir eû un seul homme
de tué ni de blessé.
M. Darsy , Capitaine au Regiment de Picardie
, qui étoit du Détachement , resta avec 30
hommes dans une Tour du Château , il s'y défendit
encore depuis la retraite de M. de Contade
, et il fit sa capitulation .
Les Ennemis suivirent jusqu'à une portée de
mousquet du retranchement de Sacca , le Marquis
de Maillebois , qui n'eût que 10 Grenadiers
blessez , et qui se retira en si bon ordre , que les
Ennemis n'oserent l'attaquer.
Ils ont perdu dans cette occasion 4.0 hommes,
I Vol.
JUI N. 1734. 1227
ét 300 à l'attaque du Château de Colorno . On
dit que le Marquis de Ligneville et le Comte de
Tarno , Generaux Majors , y ont été tucz.
Le 3 , les Troupes du Roy et celles du Roy
de Sardaigne passerent le Po , et vinrent camper
entre Sacca et Colorno .
Le lendemain le Marquis de Maillebois à la
tête de 20 Compagnies de Grenadiers et de 20
Piquets , et ayant sous ses ordres M. d'Affry es
le Marquis de l'Isle , Maréchaux de Camp ,
M. Thomé Brigadier , le Duc de la Tremouille,
Colonel du Regiment de Champagne , et M. de
Souillac , Lieutenant Colonel du Regiment de
Picardie , s'avança à Colorno .
Ces Troupes entrerent par trois differents endroits
dans la partie de ce Bourg qui est en deçà
de la Parma , elles pénétrérent de maison en
maison , elles en chassérent les Ennemis , et elles
s'étendirent par la droite et par la gauche le long
de la chausse sur le bord de la Riviere , afin de
masquer le Pont de Colorno , et d'occuper plus.
sûrement le Pont de pierres qui est sur Lorno..
M. Thomé attaqua ce dernier Pont avec son
Détachement et il renversa les Ennemis , lesquels
en se retirant essayérent tout le feu des Grenadiers
qui étoit au centre avec le Marquis de Maillebois.
,
Ce fut dans ce moment que toute l'Infanterie
des Ennemis , qui s'étoit postée de l'autre côté
de la Riviere , commença son feu qui fut très
vif pendant trois heures tant des maisons et
jardins qui étoient de l'autre côté de la Riviere,
que des petits épaulements qu'ils avoient le long
de la chaussée , mais celui de nos Troupes qui
étoient dans les premiers étages des maisons étant
superieur , les Ennemis prirent le parti de se re-
I Vol Liren
*
1228 MERCURE DE FRANCE
tirer dans le Château et dans le Jardin qui étoit
sur la droite , d'où ils continuérent à tirer jusqu'à
la nuit.
Pendant ce tems - là le Marquis de Maillebois
fit établir deux Ponts sur Lorno à une très petite
distance du Château ; l'Infanterie et la Cavalerie
y passérent et allérent camper vis - à-vis
la Parma en s'étendant jusques vers Sant Andrea
et tirant vers Parme.
Les au matin , les Ennemis au nombre de
2000 hommes se présenterent hors de leurs retranchements
vis - à - vis les deux Ponts qui
étoient sur Lorno , et laissant toujours la Parma
entre deux , mais le feu continuel que l'on fit sur
eux les ayant forcé de se retirer , 10 Compagnies
de Grenadiers , et les Piquets d'Infanterie et de
Cavalerie se disposoient à passer la Parma audessus
de Colorno en remontant , lorsqu'on aprit
que les Ennemis abandonnoient Colorno.
·
Le Marquis de Pezé , Maréchal de Camp
fut détaché aussi - tôt avec M. de Valcourt
commandant une Brigade de Carabiniers
200 Grenadiers et 500 Chevaux pour suivre les
Ennemis dans leur retraite. Il ne put les joindre
et il raporta qu'il avoit vû leur derniere colonne
prendre le chemin de Sorbolo .
Le Roy de Sardaigne et le Marquis de Coigny
entrérent le soir dans Colorno , où les Ennemis
ont eû plus de 700 hommes de tuez .
Nous avons perdu en cette action 50
et il y en a eû 120 de blessez.
Soldats ,
Le Comte de Clermont, Colonel du Regiment
d'Auvergne , qui sans être commandé étoit allé
poster o hommes sur la Parma , y reçut un
coup de mousquet dont il est mort le 6. M. de
Montlaur , Lieutenant d'Artillerie , ayant voulu
I.Vol.
charJUIN.
1229 1734.
> charger une piéce de.. canon en fut brulé , et it
mourut deux heures après.
M. Thomé a été blessé à la jambe. M. de
Squillac au genouil , et le Duc de la Tremoüille
a cû une contusion à la cuisse : il y a eû quatre
Officiers de tuez et 15 de blessez , du nombre
desquels sont trois Officiers d'Artillerie.
On a apris en dernier lieu que les Ennemis
après avoir été forcez d'abandonner le Château
de Colorno , étoient restez en deçà de la Lenza
que le 13 de ce mois le Comte de Mercy avoit
passé cette Riviere avec toute son Infanterie
sur le Pont de Sorbolo , que le lendemain au
soir il avoit remonté la même Riviere , et qu'il
l'avoit repassé à Pontedi Lama pour joindre sa
Cavalerie à San Prospero , entre Parme et la
Lenza. Ces Lettres ajoutent que le Roy de Sardaigne
et le Marquis de Coigny , informez de
cette marche des Ennemis , avoient fait avancer
leurs Troupes , et qu'ils étoient allez camper le
17 , leur droite à un mille de Parme , et la gau
che à Sant Andrea.
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Résumé : ATTAQUES du Château et du Bourg de Colorno &c.
En juin 1734, les forces ennemies tentèrent de progresser vers la Lenza en attaquant le village de Colorno. Le 26 juin, un détachement de 200 dragons ou hussards fut repoussé par les grenadiers du château, permettant au marquis de Maillebois d'arriver avec des renforts et de mettre en déroute les assaillants, qui subirent 15 pertes. Le lendemain, le marquis de Ligneville, à la tête de 1 600 hommes, attaqua le poste renforcé par Maillebois. Une avant-garde ennemie fut battue, mais le détachement ennemi se renforça et repoussa les Français. Le 1er juin, les ennemis attaquèrent le château de Colorno avec 4 000 hommes et six pièces de canon. M. de Contade, avec 400 hommes, résista vaillamment, repoussant les assauts ennemis pendant plus d'une heure. Maillebois, alerté, envoya des renforts et organisa une retraite ordonnée. Les ennemis poursuivirent Maillebois jusqu'au retranchement de Sacca, subissant de lourdes pertes. Le 3 juin, les troupes du roi et du roi de Sardaigne traversèrent le Pô et campèrent entre Sacca et Colorno. Le lendemain, Maillebois, à la tête de 20 compagnies de grenadiers et de piquets, reprit Colorno en chassant les ennemis de maison en maison. Les ennemis se retirèrent dans le château et continuèrent à tirer jusqu'à la nuit. Les Français établirent deux ponts sur la Lorno et campèrent près de la Parma. Le 5 juin, 2 000 ennemis furent repoussés par un feu continu. Les Français se préparèrent à traverser la Parma, apprenant ensuite que les ennemis abandonnaient Colorno. Le marquis de Pezé fut envoyé pour poursuivre les ennemis en retraite. Le roi de Sardaigne et le marquis de Coigny entrèrent à Colorno, où les ennemis perdirent plus de 700 hommes. Les Français subirent 50 morts et 120 blessés, incluant plusieurs officiers. Les ennemis se retirèrent au-delà de la Lenza, et le comte de Mercy tenta de rejoindre sa cavalerie à San Prospero. Les troupes du roi de Sardaigne et du marquis de Coigny avancèrent pour les contrer.
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24
p. 2090-2096
Victoires remportées sur les ennemis, [titre d'après la table]
Début :
Le Maréchal de Noailles envoya ordre aux deux autres Détachemens que commandoient [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Roi, Troupes, Maréchal de Noailles, Rhin, Compagnies, Chevalier de Belle-Isle, Village, Ponts, Grenadiers, Détachement, Santé du roi
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texteReconnaissance textuelle : Victoires remportées sur les ennemis, [titre d'après la table]
Le Maréchal de Noailles envoya ordre
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
Fermer
25
p. 179-187
ALLEMAGNE.
Début :
ON mande de Vienne du 24 du mois dernier, qu'un courier arrivé de Boheme [...]
Mots clefs :
Troupes, Prince Charles de Lorraine, Reine, Armée, Grenadiers, Empereur, Roi de Prusse, Elbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
N mande de Vienne du 24 du mois
dernier , qu'un courier arrivé de Boheme
le ar a rapporté que le 19 l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit paffé l'Elbe , ſans éprouver aucun
obſtacle de la part des Pruffiens , &
qu'elle s'étoit avancée entre Tainitz & Clumez,
و
Le Général Nadaſti s'eſt emparé d'une
caiſſe d'argent , qu'un Commiſſaire des guerres
conduiſoit au camp du Roi de Pruffe
& dans laquelle étoient quelques contributions
que ce Prince avoit exigées dans le
Royaume de Bohéme.
La reponſe des Etats Generaux aux lettres
que la Reine leur a écrites , pour les
prier de la fecourir encore plus efficacement
qu'ils n'ont fait juſqu'à preſent , porte que
leur intentionest non ſeulement d'entretenir
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
une étroite union avec S. M. mais encore
de l'aider autant que leurs forces pourront
le permettre;qu'elle a déja reçu des marques
de leur attachement & de leur bonne volonté
, & qu'ils continueront de lui en donner
des preuves en rempliſſant tous les engagemens
dans lesquels ils font entrés , mais
qu'ils ſe détermineroient difficilement à une
rupture ouverte avec la France; qu'ils efperent
que la Reine n'inſiſtera pas davantage
fur cet article , & que du refte ils font
diſpoſés à concerter dès à preſent avec
elle toutes les méſures qu'il conviendra de
prendre pour ſes intérêts , qu'ils lui fourniront
toujours les troupes qu'ils ont deja.
fait marcher pour ſa défenſe , qu'ils les augmenteront
même, s'ils peuvent en engager
d'Etrangeres à leur folde ,& qu'ils fe conformeront
volontiers aux défirs & aux beſoins .
de S. M. pour ce qui regarde l'uſage qu'on
fera de ces troupes , & les lieux dans lesquels
elles feront employées ; qu'ils feront leurs
efforts pour perfuader à diverſes Puittances
de joindre leurs forces à celles de la Reine
& de fes Alliés , & qu'il eſt ſur-tout néceffaire
d'avoir l'année prochaine dans les
Pays Bas une Armée nonbreuſe fous la conduite
d'un General expérimenté.
On a appris de Bourghaufen du 21 du mois
dernier qu'un détachement des troupes ImDECEMBRE.
1744. 18
periales , commandé par le Comte de Saint
Germain , emporta le 20 cette Ville l'épée à
Ia main , & que le Comte de la Roche , Capitaine
dans le Régiment de Dragons Walons
, eft entré le premier dans le Château
dont il a eſcaladé les murs avec 30 Dragons .
Il fut ſuivi des Grénadiers du Régiment de
Saxe Hildsburghauſen , à la tête deſquels
étoit M. de la Roſée , Lieutenant Colonel de
ce Régiment , qui s'eſt extrêmement diftingué
dans cette expédition , ainſi que fon
frere , qui eſt Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cuiraffiers de Terring , & qui a ett
une très-grande part nonſeulement au fuccès
de l'entrepriſe , mais encore au projet
l'arrangement des meſures priſes pour l'éxécuter.
&à
Les Compagnies de Grenadiers de troupes
Françoiſes , qui étoient dansle détachement
du Comte de Saint Germain ont eſcaladé les
deux Poligones ſous les ordres du Comte de
Ruppelmonde , & ils ont donné des preuves
de la plus grande intrépidité.
Les Grenadiers à cheval de l'Empereur ,
commandés par M.de Cofpor,& le Régiment
de Fugger ont auſſi combattu avec beaucoup
de valeur . De 1500 hommes dont la garnifon
étoit compoſée 450 ont été tués , il y
en a eu plus de 400 de bleſſés & les autres.
ont été faits priſonniers de guerre , à l'exception
de 80 qui ſe ſont ſauvés..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les Imperiaux & les François ont perdu
très-peu d'Officiers & de Soldats. M. de Chevry,
Capitaine dans les Grénadiers à cheval,a
été bleſſé mortellement , & il est fort regretté.
Onmande de Hambourg du 30 du mois
dernier , que ſuivant les avis reçus de l'armée
du Roi de Pruſſe il paroiffoit que ce
Prince , en faiſant repaſſer l'Elbe à ſes troupes
, n'avoit d'autre deſſein que de les faire
cantonner le long de cette riviere.
(Les nouvelles du camp Impérial portent que
le 16 du mois dernier l'Empereur ayant fait
canoner le Château de Griefbach , la garnifon
n'avoit pas attendu pour ſe rendre prifonniere
de guerre , que la brêche eut été
faite; que la priſe de ce Château eft d'autant
plus importante , que ſa ſituation est trèsavantageuſe
, parce qu'il fait face à la riviere
d'Inn , & qu'il défend l'approche de celle de
Vils; que l'Empereur s'étoit déterminé à faire
entrer ſes troupes en quartiers d'hyver , &
qu'une partie de l'armée Impériale s'étoit
déja ſéparée ; que le 20 S. M I. étoit retournée
à Munich , où elle a trouvé le Prince
Royal & le Prince Clement de Baviere.
On apprend de Vienne du premier de ce
mois qu'il ſe tint le : 6du mois dernier une
Conference chés le Conte d'Vhlefeldt ,
qui communiqua aux Envoyés ExtraordiDECEMBRE.
1744. F1S83
naires du Roi de la Grande Bretagne &
des Etats Généraux le projet d'un nouveau
Traité d'Alliance que la Reine de Hongrie
propoſe à ces deux Puiſſances.
Suivant ce projet tous les engagemens
contractés reſpectivement par les trois Puiffances
feront renouvellés & confirmés de la
maniere la plus folemnelle. Les poffeffions
de chacune feront garanties par les deux
autres dans la meilleure forme poffible : on
conviendra de toutes les meſures qui feront
jugées néceſſaires à la ſureté commune ,&
les trois Puiſſances feront obligées de faire
agir , en cas de beſoin , leurs forces réunies.
On employera les plus vives inſtances pour
engager pluſieurs Princes de l'Empire d'accéder
à ce Traité , & l'on exigera que ceux
qui prendront ce parti entretiennent toujours
un Corps de troupes proportionné à
leurs revenus..
On a reçu avis du Camp de Clumez
du 24 du mois dernier que le 14 le
Prince Charles de Lorraine tint un Conſeil
de Guerre , dans lequel il fut réſolu de tenter
le paſſage de l'Elbe. En conféquence les
Troupes combinées ſe mirent en marche
dès la nuit fuivante , & le Baron de Trenck
fut détaché vers Kollin pour faire croire au
Roi de Prufſe qu'on ne penſoit qu'à l'atta
que de ce Poſte, Les meſures étoient ſi bien
184 MERCURE DE FRANCE.
priſes qu'on en attendoit un heureux fuccès
, mais les Pontons deſtinés pour le paffage
ne purent arriver aſſés tôt. Le Prince
Charles de Lorraine , obligé par cet accident
de différer ſon entrepriſe , s'arréta à
Perloch, & il fit attaquer Kollin par le Baron
de Trenck qui fut repouffé par la garniſon
& qui fut bleſſé conſidérablement.
Les troupes de la Reine firent le 18
un nouveau mouvement par leur gauche
pour s'approcher de celles de Saxe , & le
Duc de Saxe Weiſſenfels ayant reconnu le
même jour l'endroit où l'on avoit projetté
de paſſer l'Elbe , il donna ordre au Comte
de Schulembourg , Lieutenant Général des
troupes Saxonnes , d'aller ſe poſter avec
de l'Artillerie & des Pontons entre Kwalewitz
& Szdeckowitz. Le Baron de Haxthauſen
, Major Général , fut auffi détaché par
ce Prince avec 29ompagnies de Grenadiers
& plufieurs Piéces de campagne pour
occuper les hauteurs de ffcheliz .
Le 19 à fix heures du matin toutes les
troupes étant arrivées fur le bord de la
riviere , & ayant été diftribuées ſelon les
arrangemens qui avoient été pris , on fit fur
quatreBaraillons & quelques Efcadrons Pruffiens
un feu très - vit de deux Batteries qui
prenoient les Ennemis de front & en écharpė.
On commença en meme tems à jetter
DECEMBRE 1744.
139
les Pontons , & le Colonel Pirch ayant paffé
avec quelques Compagnies de,Grenadiers
malgré les efforts des Pruffiens il fut fuivi'de
pluſieurs Régimens qui furent fort maltraités
par les Eſcadrons qu'ils avoient en tête & qui
eurent beaucoup de peine à s'établir de ce
côté de l'Elbe , mais qui enfin y réuffirent.
Comme les ennemis avoient pris des quartiers
de cantonnement , leurs troupes étoient
diſperſées , & le détachement que l'on attaquoit
ne pouvant eſpérer d'étre foutenu ,
l'Officier qui le commandoit prit le parti de
fe retirer. On conſtruifit auffi-tôt cinq autres
Ponts ſur leſquels toute l'armée combinée
acheva de paſſer la riviere , & le Prince
Charles de Lorraine alla camper à Tenitz .
Le 21 il s'avanca à Schiſſelitz où l'on ſéjourna
le lendemain , & le 23 il vint occuper
le Camp de Clumez.
Depuis le paſſage de l'armée le Roi de
Prufſe a été rejoint par toutes les troupes
qu'il avoit laiffées à Kollin , à Nimbourg &
àPodiebrodt , & étant décampé de New
Biczow il s'eft replié vers Konigſgratz.
Les Pruffiens qui occupoient le pofte de
Pardubitz l'ont auſſi abandonné après avoir
jetté dans la riviere les munitions qu'ils n'ont
pu emporter.
On a appris de Munich du 30 du mois
dernier que les troupes Impériales ſe ren
,
186 MERCURE DE FRANCE.
doient ſucceſſivement dans les quartiers qui
leur ont été aſſignés & que l'on en diftribuoit
la plus grande partie depuis Vilshoven juf.
qu'à Bourghauſen & fur les Frontieres de
l'Archevéché de Saltzbourg.
L'Empereur a envoyé ordre au Prince de
Saxe Hildſburghauſen de marcher avec un
corps conſidérable pour chaſſer de la Ville
de Lauffen le détachement de troupes de
la Reine de Hongrie qui s'en étoit emparé.
Le Maréchal de Seckendorf a fait conduire
à Straubingen tous les prifonniers faits
fur les ennemis. On a conſtruit plufieurs redoutes
en divers endroits de la Frontiere
pour mettre l'Electorat de Baviere à couvert
des courſes des troupes de la Reine de
Hongrie
,
Le Chapitre de Saltzbourg ayant écrit à
l'Empereur pour s'excuſer d'avoir permis à
un détachement des troupes de cette Princeſſe
d'entrer dans la Ville de Saltzbourg
S. M. I. a fait réponſe qu'elle regardoit la
démarche de ce Chapitre comme contraire
à la neutralité qu'il doit obſerver , & que
s'il ne faiſoit fortir inceſſamment de la Ville
les troupes qui y avoient été recues , un
Corps de troupes Impériales iroit prendre
des quartiers dans le territoire qui en depend.
On a appris de Francfort que le Mémoire
DECEMBRE 1744 187
préſenté à la Diette de l'Empire par les Mi
niſtres des Electeurs de Mayence , de Treves
, de Cologne , de Saxe & de Hanover
&par ceux de l'Evêque de Bamberg & de
Wurtzbourg , du Duc de Saxe Gotha &
du Landgrave de Heſſe Darmſtadt , porte
que les Princes leurs Maîtres ayant été informés
des préparatifs faits pour la marche
d'un Corps de troupes Françoiſes , qui devoit
ſe rendre ſur le bas Rhin, ils ne pouvoient
ſe diſpenſer de repréſenter les allar-
- mes que cette nouvelle leur cauſoit ; que
# pluſieurs Etats d'Allemagne , particulierement
ceux qui ſont ſitués entre le Haut &
le Bas Rhin étoient menacés de voir ces
troupes paffer l'hyver chés eux ; qu'i's fu-
- plioient très-humblement l'Empereur d'employer
ſes efforts pour affûrer la tranquillité
de ces Etats , & pour qu'ils continuent
de joiir de tous les avantages de la neutra
lité.
Les avis reçûs de Boheme portent que le
premier & le ſecond de ce mois - l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit campé à Czernilop , qu'elle avoit
marché le trois vers les Frontieres du Comté
deGlatz , que ce Prince avoit établi fon quartier
à Oppotſcna .
L'Impératrice partit le 12 de ce mois de
Francfort pour ſe rendre à Munich,
N mande de Vienne du 24 du mois
dernier , qu'un courier arrivé de Boheme
le ar a rapporté que le 19 l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit paffé l'Elbe , ſans éprouver aucun
obſtacle de la part des Pruffiens , &
qu'elle s'étoit avancée entre Tainitz & Clumez,
و
Le Général Nadaſti s'eſt emparé d'une
caiſſe d'argent , qu'un Commiſſaire des guerres
conduiſoit au camp du Roi de Pruffe
& dans laquelle étoient quelques contributions
que ce Prince avoit exigées dans le
Royaume de Bohéme.
La reponſe des Etats Generaux aux lettres
que la Reine leur a écrites , pour les
prier de la fecourir encore plus efficacement
qu'ils n'ont fait juſqu'à preſent , porte que
leur intentionest non ſeulement d'entretenir
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
une étroite union avec S. M. mais encore
de l'aider autant que leurs forces pourront
le permettre;qu'elle a déja reçu des marques
de leur attachement & de leur bonne volonté
, & qu'ils continueront de lui en donner
des preuves en rempliſſant tous les engagemens
dans lesquels ils font entrés , mais
qu'ils ſe détermineroient difficilement à une
rupture ouverte avec la France; qu'ils efperent
que la Reine n'inſiſtera pas davantage
fur cet article , & que du refte ils font
diſpoſés à concerter dès à preſent avec
elle toutes les méſures qu'il conviendra de
prendre pour ſes intérêts , qu'ils lui fourniront
toujours les troupes qu'ils ont deja.
fait marcher pour ſa défenſe , qu'ils les augmenteront
même, s'ils peuvent en engager
d'Etrangeres à leur folde ,& qu'ils fe conformeront
volontiers aux défirs & aux beſoins .
de S. M. pour ce qui regarde l'uſage qu'on
fera de ces troupes , & les lieux dans lesquels
elles feront employées ; qu'ils feront leurs
efforts pour perfuader à diverſes Puittances
de joindre leurs forces à celles de la Reine
& de fes Alliés , & qu'il eſt ſur-tout néceffaire
d'avoir l'année prochaine dans les
Pays Bas une Armée nonbreuſe fous la conduite
d'un General expérimenté.
On a appris de Bourghaufen du 21 du mois
dernier qu'un détachement des troupes ImDECEMBRE.
1744. 18
periales , commandé par le Comte de Saint
Germain , emporta le 20 cette Ville l'épée à
Ia main , & que le Comte de la Roche , Capitaine
dans le Régiment de Dragons Walons
, eft entré le premier dans le Château
dont il a eſcaladé les murs avec 30 Dragons .
Il fut ſuivi des Grénadiers du Régiment de
Saxe Hildsburghauſen , à la tête deſquels
étoit M. de la Roſée , Lieutenant Colonel de
ce Régiment , qui s'eſt extrêmement diftingué
dans cette expédition , ainſi que fon
frere , qui eſt Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cuiraffiers de Terring , & qui a ett
une très-grande part nonſeulement au fuccès
de l'entrepriſe , mais encore au projet
l'arrangement des meſures priſes pour l'éxécuter.
&à
Les Compagnies de Grenadiers de troupes
Françoiſes , qui étoient dansle détachement
du Comte de Saint Germain ont eſcaladé les
deux Poligones ſous les ordres du Comte de
Ruppelmonde , & ils ont donné des preuves
de la plus grande intrépidité.
Les Grenadiers à cheval de l'Empereur ,
commandés par M.de Cofpor,& le Régiment
de Fugger ont auſſi combattu avec beaucoup
de valeur . De 1500 hommes dont la garnifon
étoit compoſée 450 ont été tués , il y
en a eu plus de 400 de bleſſés & les autres.
ont été faits priſonniers de guerre , à l'exception
de 80 qui ſe ſont ſauvés..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les Imperiaux & les François ont perdu
très-peu d'Officiers & de Soldats. M. de Chevry,
Capitaine dans les Grénadiers à cheval,a
été bleſſé mortellement , & il est fort regretté.
Onmande de Hambourg du 30 du mois
dernier , que ſuivant les avis reçus de l'armée
du Roi de Pruſſe il paroiffoit que ce
Prince , en faiſant repaſſer l'Elbe à ſes troupes
, n'avoit d'autre deſſein que de les faire
cantonner le long de cette riviere.
(Les nouvelles du camp Impérial portent que
le 16 du mois dernier l'Empereur ayant fait
canoner le Château de Griefbach , la garnifon
n'avoit pas attendu pour ſe rendre prifonniere
de guerre , que la brêche eut été
faite; que la priſe de ce Château eft d'autant
plus importante , que ſa ſituation est trèsavantageuſe
, parce qu'il fait face à la riviere
d'Inn , & qu'il défend l'approche de celle de
Vils; que l'Empereur s'étoit déterminé à faire
entrer ſes troupes en quartiers d'hyver , &
qu'une partie de l'armée Impériale s'étoit
déja ſéparée ; que le 20 S. M I. étoit retournée
à Munich , où elle a trouvé le Prince
Royal & le Prince Clement de Baviere.
On apprend de Vienne du premier de ce
mois qu'il ſe tint le : 6du mois dernier une
Conference chés le Conte d'Vhlefeldt ,
qui communiqua aux Envoyés ExtraordiDECEMBRE.
1744. F1S83
naires du Roi de la Grande Bretagne &
des Etats Généraux le projet d'un nouveau
Traité d'Alliance que la Reine de Hongrie
propoſe à ces deux Puiſſances.
Suivant ce projet tous les engagemens
contractés reſpectivement par les trois Puiffances
feront renouvellés & confirmés de la
maniere la plus folemnelle. Les poffeffions
de chacune feront garanties par les deux
autres dans la meilleure forme poffible : on
conviendra de toutes les meſures qui feront
jugées néceſſaires à la ſureté commune ,&
les trois Puiſſances feront obligées de faire
agir , en cas de beſoin , leurs forces réunies.
On employera les plus vives inſtances pour
engager pluſieurs Princes de l'Empire d'accéder
à ce Traité , & l'on exigera que ceux
qui prendront ce parti entretiennent toujours
un Corps de troupes proportionné à
leurs revenus..
On a reçu avis du Camp de Clumez
du 24 du mois dernier que le 14 le
Prince Charles de Lorraine tint un Conſeil
de Guerre , dans lequel il fut réſolu de tenter
le paſſage de l'Elbe. En conféquence les
Troupes combinées ſe mirent en marche
dès la nuit fuivante , & le Baron de Trenck
fut détaché vers Kollin pour faire croire au
Roi de Prufſe qu'on ne penſoit qu'à l'atta
que de ce Poſte, Les meſures étoient ſi bien
184 MERCURE DE FRANCE.
priſes qu'on en attendoit un heureux fuccès
, mais les Pontons deſtinés pour le paffage
ne purent arriver aſſés tôt. Le Prince
Charles de Lorraine , obligé par cet accident
de différer ſon entrepriſe , s'arréta à
Perloch, & il fit attaquer Kollin par le Baron
de Trenck qui fut repouffé par la garniſon
& qui fut bleſſé conſidérablement.
Les troupes de la Reine firent le 18
un nouveau mouvement par leur gauche
pour s'approcher de celles de Saxe , & le
Duc de Saxe Weiſſenfels ayant reconnu le
même jour l'endroit où l'on avoit projetté
de paſſer l'Elbe , il donna ordre au Comte
de Schulembourg , Lieutenant Général des
troupes Saxonnes , d'aller ſe poſter avec
de l'Artillerie & des Pontons entre Kwalewitz
& Szdeckowitz. Le Baron de Haxthauſen
, Major Général , fut auffi détaché par
ce Prince avec 29ompagnies de Grenadiers
& plufieurs Piéces de campagne pour
occuper les hauteurs de ffcheliz .
Le 19 à fix heures du matin toutes les
troupes étant arrivées fur le bord de la
riviere , & ayant été diftribuées ſelon les
arrangemens qui avoient été pris , on fit fur
quatreBaraillons & quelques Efcadrons Pruffiens
un feu très - vit de deux Batteries qui
prenoient les Ennemis de front & en écharpė.
On commença en meme tems à jetter
DECEMBRE 1744.
139
les Pontons , & le Colonel Pirch ayant paffé
avec quelques Compagnies de,Grenadiers
malgré les efforts des Pruffiens il fut fuivi'de
pluſieurs Régimens qui furent fort maltraités
par les Eſcadrons qu'ils avoient en tête & qui
eurent beaucoup de peine à s'établir de ce
côté de l'Elbe , mais qui enfin y réuffirent.
Comme les ennemis avoient pris des quartiers
de cantonnement , leurs troupes étoient
diſperſées , & le détachement que l'on attaquoit
ne pouvant eſpérer d'étre foutenu ,
l'Officier qui le commandoit prit le parti de
fe retirer. On conſtruifit auffi-tôt cinq autres
Ponts ſur leſquels toute l'armée combinée
acheva de paſſer la riviere , & le Prince
Charles de Lorraine alla camper à Tenitz .
Le 21 il s'avanca à Schiſſelitz où l'on ſéjourna
le lendemain , & le 23 il vint occuper
le Camp de Clumez.
Depuis le paſſage de l'armée le Roi de
Prufſe a été rejoint par toutes les troupes
qu'il avoit laiffées à Kollin , à Nimbourg &
àPodiebrodt , & étant décampé de New
Biczow il s'eft replié vers Konigſgratz.
Les Pruffiens qui occupoient le pofte de
Pardubitz l'ont auſſi abandonné après avoir
jetté dans la riviere les munitions qu'ils n'ont
pu emporter.
On a appris de Munich du 30 du mois
dernier que les troupes Impériales ſe ren
,
186 MERCURE DE FRANCE.
doient ſucceſſivement dans les quartiers qui
leur ont été aſſignés & que l'on en diftribuoit
la plus grande partie depuis Vilshoven juf.
qu'à Bourghauſen & fur les Frontieres de
l'Archevéché de Saltzbourg.
L'Empereur a envoyé ordre au Prince de
Saxe Hildſburghauſen de marcher avec un
corps conſidérable pour chaſſer de la Ville
de Lauffen le détachement de troupes de
la Reine de Hongrie qui s'en étoit emparé.
Le Maréchal de Seckendorf a fait conduire
à Straubingen tous les prifonniers faits
fur les ennemis. On a conſtruit plufieurs redoutes
en divers endroits de la Frontiere
pour mettre l'Electorat de Baviere à couvert
des courſes des troupes de la Reine de
Hongrie
,
Le Chapitre de Saltzbourg ayant écrit à
l'Empereur pour s'excuſer d'avoir permis à
un détachement des troupes de cette Princeſſe
d'entrer dans la Ville de Saltzbourg
S. M. I. a fait réponſe qu'elle regardoit la
démarche de ce Chapitre comme contraire
à la neutralité qu'il doit obſerver , & que
s'il ne faiſoit fortir inceſſamment de la Ville
les troupes qui y avoient été recues , un
Corps de troupes Impériales iroit prendre
des quartiers dans le territoire qui en depend.
On a appris de Francfort que le Mémoire
DECEMBRE 1744 187
préſenté à la Diette de l'Empire par les Mi
niſtres des Electeurs de Mayence , de Treves
, de Cologne , de Saxe & de Hanover
&par ceux de l'Evêque de Bamberg & de
Wurtzbourg , du Duc de Saxe Gotha &
du Landgrave de Heſſe Darmſtadt , porte
que les Princes leurs Maîtres ayant été informés
des préparatifs faits pour la marche
d'un Corps de troupes Françoiſes , qui devoit
ſe rendre ſur le bas Rhin, ils ne pouvoient
ſe diſpenſer de repréſenter les allar-
- mes que cette nouvelle leur cauſoit ; que
# pluſieurs Etats d'Allemagne , particulierement
ceux qui ſont ſitués entre le Haut &
le Bas Rhin étoient menacés de voir ces
troupes paffer l'hyver chés eux ; qu'i's fu-
- plioient très-humblement l'Empereur d'employer
ſes efforts pour affûrer la tranquillité
de ces Etats , & pour qu'ils continuent
de joiir de tous les avantages de la neutra
lité.
Les avis reçûs de Boheme portent que le
premier & le ſecond de ce mois - l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit campé à Czernilop , qu'elle avoit
marché le trois vers les Frontieres du Comté
deGlatz , que ce Prince avoit établi fon quartier
à Oppotſcna .
L'Impératrice partit le 12 de ce mois de
Francfort pour ſe rendre à Munich,
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26
p. 205-217
RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
Début :
Je crois avant que d'entrer dans le détail du Siege du Fort [...]
Mots clefs :
Île de Minorque, Port Mahon, Fort Saint-Philippe, Siège, Garnison, Grenadiers, Attaque, Description historique, Description géographique, Anglais
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texteReconnaissance textuelle : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
RELATION HISTORIQUE
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
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Résumé : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
En 1756, les forces françaises, sous le commandement du maréchal de Richelieu et de M. de La Galissonnière, prirent l'île de Minorque, située en Méditerranée et faisant partie des Baléares. Minorque, dotée d'un climat tempéré avec des chaleurs intenses en été, est divisée en cinq territoires, dont Mahon est la capitale et le principal port. L'île a été sous la domination de diverses civilisations, notamment les Carthaginois, les Romains, les Goths, les Vandales, les Sarrazins, et les Espagnols, avant de passer sous contrôle britannique en 1708. Les Britanniques avaient renforcé le Fort Saint-Philippe après l'avoir pris en 1708. En 1756, les Français débarquèrent à Ciutadella et marchèrent vers Mahon. Après plusieurs semaines de siège et de bombardements intensifs, ils prirent le Fort Saint-Philippe le 30 juin 1756. Le texte détaille les opérations militaires, les mouvements des troupes et les batailles navales qui précédèrent cette prise. L'attaque française, planifiée pour le 27 juin, fut divisée en quatre points principaux. Le Marquis de Laval dirigea l'attaque de la gauche, ciblant plusieurs forts et redoutes avec 16 compagnies de grenadiers et quatre bataillons. Le Prince de Bauveau attaqua la Redoute de l'Ouest et la Lunette Caroline. Le Comte de Lannion et le Marquis de Monteynar dirigèrent les attaques de la droite, ciblant respectivement le Fort de Malborough et la Lunette de Sud-Ouest. L'attaque débuta à dix heures du soir après un signal donné par un coup de canon et des bombes. Les troupes prirent plusieurs forts après un combat intense. Les ennemis firent exploser des fourneaux, causant des pertes. Les attaques de la droite dépendaient de la prise du Fort Saint-Charles, mais les ennemis empêchèrent le débarquement de M. de Roquépine. À la pointe du jour, des hommes furent établis dans les forts conquis. Les pertes françaises inclurent environ 25 officiers tués ou blessés et 400 soldats. Le succès de l'attaque fut attribué à la conduite de M. de Monti. Des mortiers, des canons et quinze prisonniers, dont le second commandant ennemi, furent capturés. Le 28 juin, des députés de la place demandèrent un délai de vingt-quatre heures pour négocier la capitulation, accordé jusqu'à huit heures du soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 208-219
ALLEMAGNE.
Début :
Leurs Majestés Impériales ont envoyé au Feld-Maréchal Comte de Browne leurs [...]
Mots clefs :
Vienne, Feld-Maréchal de Browne, Saxons, Roi de Prusse, Prague, Grenadiers, Camp de Budin, Général Haddick, Prisonniers, Occupation militaire, Déplacement des troupes, Attaques, Soldats croates, Prince Piccolomini, Comtes, Comté de Glatz, Litoměřice, Major Manstein, Dresde, Régiments, Ordonnance, Infanterie, Leipzig, Magistrats, Conseillers, Contribution financière, Bautzen, États du cercle, Berlin, Patente, Biens, Francfort, Décret de l'Empereur
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE...
DE VIENNE , le 27 Novembre.
Leurs Majeftés Impériales ont envoyé au Feld-
Maréchal Comte de Browne leurs portraits enrichis
de diamans , & l'on compte que ce Général
fera mis an nombre des Chevaliers de l'Ordre de
la Toifon d'Or , qui font en cette Cour.
Le Comte d'Eftrées , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi Très- Chrétien , arriva ici le 10 de ce
mois. Il eut le 12 fes audiences de Leurs Majeſtés
Impériales.
Près de trois cens Saxons qui ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe , font arrivés à Ybbi & à Crem's.
On apprend de Cracovie que les quatre Régimens
d'Infanterie & les deux de Cavalerie de cette Nátion
qui étoient en Pologne , s'avancent du côté
de Bielitz dans la haute Siléfie , pour le joindre aux
troupes de l'Impératrice Reine.
DE PRAGUE , le 14 Novembre.
Quatre Compagnies de Grenadiers des Régimens
que l'Impératrice Reine a fait venir d'Ita
lie , ont été mifes ici en garnifon. On a déposé
JANVIER. 1757. 200
dans l'Arcenal de cette Ville tous les pontons de
l'armée commandée par le Feld- Maréchal de
Browne. Il arrive tous les jours un grand nombre
de Déferteurs Pruffiens. Plufieurs prennent parti
dans les troupes de l'Impératrice Reine.
Depuis quelques jours les troupes qui
étoient dans le camp de Budin , fe font féparées.
Le Feld- Maréchal Comte de Browne a établi fon
quartier général en cette Ville . Il a donné le commandement
de tous les poftes au delà de l'Elbe au
Comte de Maguire. Le Général Haddick commandera
ceux en deçà de cette riviere. Les Huf
fards & les Croates ont formé un cordon le long
des frontieres de la Saxe , & plufieurs Efcadrons
de Cuiraffiers & de dragons font à portée de foutenir
ces troupes irrégulieres.
On doit faire à Carlsbadt l'échange des prifonniers.
Il s'y rendra pour cet effet de chaque côté
un Lieutenant Colonel , un Capitaine , un Auditeur
& un Commiffaire des guerres.
Pendant cet hyver , la Garniſon de cette Ville
fera compofée du Régiment de Jeune Wolfenbu
tel , d'un Bataillon de Wallis , & de vingt- deux
Compagnies de Grenadiers.
Du Camp de Budin , le 7 Novembre.
Le 27 du mois dernier , les Pruffiens ayant
abandonné la Ville d'Auffig , le Feld - Maréchal
Comte de Browne la fit occuper par un Détachement
de Croates. Il fit paffer en même temps
l'Elbe à la plupart des troupes de cette Nation ,
harceler l'arriere- garde de l'armée ennemie.
Le Général Haddick s'avança le 28 avec fon détachement
vers Peterwald. Les Pruffiens s'en re-.
tirerent , & il en prit poffeffion. Le 29 , le Lieute
nant-Colonel Maceligot attaqua un poſte , dans
pour
1
ZIO MERCURE DE FRANCE.
:
lequel un corps d'ennemis étoit retranché avec
huit canons. L'action fut très- vive , & les Pruffiens
fe défendirent long-temps à la faveur de leur
artillerie mais le Colonel Velha étant venu au
fecours du fieur Maceligot , le pofte fut emporté.
Les ennemis y ont laiffé près de deux cens morts
ou bleffés . On eut le 30 des avis certains , que l'ennemi
avoit entiérement évacué la Boheme ; & le
31 , le Feld - Maréchal de Browne rappella les
Détachemens qu'il avoit envoyés dans les Cercles
de Saatz & de Leitmeritz . Sur le bruit qui fe
répandit le premier de ce mois , que les Pruffiens
faifoient de nouveaux mouvemens du côté de Zitau
& de Gabel , ce Général fit avancer le Comte
Lafcy à la tête de quelques Bataillons & d'un
Corps de Huffards vers Jung- Buntzlau , & le Lieutenant-
Colonel Louden vers Bambourg, avec huit
cens Croates. Le Baron de Wolfersdorff , Major
Général , fut détaché le 3 avec fix Bataillons , un
pareil nombre de Compagnies de Grénadiers , fix
cens chevaux , & douze pieces de canon
foutenir le Comte Lafcy . Le s , on apprit que les
ennemis avoient pris des cantonnemens ; qu'il n'y
avoit plus que quatre mille hommes de leurs troupes
qui fuffent campés ; & que ce Corps étoit
retranché derriere Nellendorff.
, pour
Du Quartier Général du Prince Piccolomini
Hollochlau , le 8 Novembre 1756.
Les troupes commandées par le Prince Piccolomini
, ne ſe ſont arrêtées qu'un jour à Jaromitz
, & le 27 du mois dernier elles font venues
camper ici. On fut informé le 29 , qu'un Corps
de Pruffiens qui étoit reſté à Neuſtadt , s'etoit retiré.
Auffitôt le Prince Piccolomini manda au
Comte Spada , de faire prendre poffeffion de ce
JANVIER. 1757. 27F
le
pofte. Sur l'avis qu'on reçut le même jour , que
le Feld- Maréchal de Schwerin décampoit de Skalitz
, & qu'il paroifloit avoir deffein de fe replier
vers Lewin ; les Comtes de Spada , Louis de Starhemberg
& de Rodolphe de Palfy , eurent ordre
de fe porter en avant .En même temps, on détacha
le Colonel Mibaliewich , pour inquiéter
les ennemis dans leur retraite. Le 30 ils fe retirerent
jufqu'à Reinerz dans le Comté de Glatz . Le
fieur Mibaliewich , après les avoir poursuivis ,
eft revenu prendre pofte à Lewin. Le Feld - Maréchal
de Schwerin leva de nouveau fon camp
premier de ce mois. Continuant de retourner
en arriere , il alla fe pofter fous Glatz , & s'eft
replié enfuite jufqu'à Warthe : il n'a laiffé à
Glatz que deux Régimens. Quelques difpofitions.
de ce Général font juger qu'il à même deſſein
d'évacuer entiérement le Comté de Glatz . Les
troupes de l'Impératrice Reine y paient tout ar
gent comptant , excepté le pain & les fourrages ,
qu'elles ne prennent même qu'en donnant des reçus.
Deux Détachemens fe font avancés à Reinerz
& à Gofbubel , pour obferver les mouvemens des
ennemis. Nos Huffards font campés entre Czaftch
& Slany. Les Régimens de Cuiraffiers de Schmerzing
, de Kalckreuter & de Gelhay , & les Régimens
de Huffards de Nadafti & de Kaluocki
font arrivés de Hongrie en Moravie , où ils s'ar
rêteront juſqu'à nouvel ordre.
DE LEITMERITZ , le 2 Novembre.
Quelques jours avant que les Prufſiens abandonnaffent
la Boheme , le fieur de Tallange atta--
qua Salefl , où étoient trois cens hommes d'Infanterie
& quatre-vingts Huffards de leur troupes ,
212 MERCURE DE FRANCE .
avec deux pieces de canon . Il tailla en pieces cent
foixante -dix hommes , & il encloua les deux canons
, ne pouvant les enlever parce que fix cens
Cavaliers ennemis vinrent au fecours du pofte attaqué.
Le Major Manftein , qui y commandoir ,
a perdu la vie. Il n'y a eu que feize hommes tués
& vingt-trois bleffés du côté des Autrichiens . Le
Général Maguire a fait former , par les troupes
qu'il a fous fes ordres , un cordon le long de la
frontiere .
DE DRESDE , le 29 Novembre.
NeufRégimens de l'armée de Sa Majeſté Pruſfienne
devoient traverfer le Cercle de Buntzlau
pour aller joindre l'armée qui eft aux ordres du
Feld-Maréchal de Schwerin . Ils n'ont pu exécuter
ce projet , les Autrichiens ayant occupé les principaux
poftes fitués le long des montagnes de la
Luface. Des lettres de Léipfick avoient marqué ,
que deux Régimens Saxons avoient trouvé le
moyen de fe rendre à Prague. Les mêmes lettres
ajoutoient , que cent cinquante Soldats des mêmes
troupes avoient forcé trois cens Cavaliers
Pruffiens , qui avoient été envoyés à leur pour
fuite , de mettre les armes bas , & qu'il les
avoient emmenés prifonniers en Boheme. Ces
nouvelles ne font pas confirmées. Il eft vrai feule
ment que le Régiment Saxon de Lubomirsky a
refufé de marcher fous les ordres des Officiers
Pruffiens , qui lui avoient été donnés pour commander
qu'il en a tué quelques- uns , & qu'il
s'eft enfuite entiérement difperfé .
Quelques Régimens des troupes Electorales
ayant conftamment refufé de prêter ferment au
Roi de Pruffe , & un grand nombre de Soldats des
JANVIER. 1757. 213
mêmes troupes ayant pris la fuite , le Prince
Maurice d'Anhalt - Deſſau en a porté des plaintes
au Feld- Maréchal Comte de Rutowski , par ordre
de Sa Majesté Pruffienne. Ce Feld- Maréchal a
fait à la lettre du Prince d'Anhalt une réponſe ,
dont voici l'extrait.
« V. A. S. fçait mieux que perfonne , que la plu-
»part des Officiers, après avoir paffé le Pont de Rhuden
,ont été d'abord éloignés de leurs Régimens.
»Comment peut- on exiger d'eux qu'ils répon-
>>dent de leur monde ; & de moi , que je réponde
pour les Officiers ? En vertu de la Capitula-
»tion , il étoit libre à ces derniers de refter au fer-
»vice de S. M. le Roi de Pologne , ou de deman-
» der leur congé. On a convenablement annoncé
»aux Soldats qu'ils feroient prifonniers de guer-
>>re ; mais on ne leur a dit , ni de ma part , ni
>>de celle de qui que ce foit , qu'ils devoient prê-
»ter ferment au Roi de Pruffe , & qu'ils y fe-
Proient forcés. Je me fuis expreffément défendu
»dans la Capitulation , je l'ai fait représenter à S.
>>M. Pruffienne . Malgré cela , perfonne n'eft &
»ne fe croit autorifé à retenir quelques hommes
»de l'Artillerie , de l'Infanterie & de la Cavalerie.
»V. A. S. n'a qu'à nommer ceux des Généraux &
»>Officiers , qu'elle accufe. Notre qualité de prifonniers
de guerre ne nous permet pas de
>>nous éloigner des lieux de notre réfidence , &
chacun de nous eft refponfable de ce qui pourroit
fe faire contre la Capitulation . Mais V. A. S.
>>me permettra de lui dire que l'éloignement des
troupes pour la preftation de ferment qu'on éxi-
»goit d'elles & qu'on leur a fait faire par des
moyens violens , ne devroit point lui paroître
métrange ; & quoi qu'il en foit , il n'eft guere poffible
de rendre refponfables de cet éloignement
214 MERCURE DE FRANCE.
>>leurs Officiers qui font féparés d'elles .... Sur
la Lifte des Grenadiers Gardes du Corps , on a
»mis des hommes qui doivent avoir été auprès des
Ȏquipages des Officiers , & dont une partie s'eft
»perdue avec les bagages , & l'autre a été renvoyée
de Pirna & de Drefde . On a d'ailleurs fpé-
»ciné , comme étant à Drefde , des malades qui
wétoient reftés à Thurmfdorff & à Naumdorff , &
que les troupes Pruffiennes doivent y avoir trou
»vés. Il y a auffi beaucoup de Soldats qui étoient
nabfens par congé . Les Officiers ne fçavent où ils
>>font reftés , ni ce qu'ils font devenus . On a porté
>> pareillement furl'état des troupes plufieurs Ca-
» dets qui ne font encore que des enfans , & qui
»ne font jamais venus au Drapeau , quoique la
>> Cour ait bien voulu leur accorder , comme une
» grace , la paie pour leur entretien....... >>
On publia le premier de ce mois une Ordonnance
, par laquelle S. M. Pruffienne prefcrivoit
aux Cercles de cet Electorat , de fournir neuf
mille foixante -quinze hommes , pour recruter les
Régimens Saxons qu'Elle a pris à ſon ſervice. Par
la répartition qui avoit été faite , ce Prince demandoit
deux mille cent vingt hommes au Cercle
de Mifnie , dix- fept cens trente-cinq au Cercle
de Léipfick , deux cens foixante -un au Cercle
de Neuftadt , quatre cens foixante-onze au Cercle
Electoral , feize cens foixante- cinq au Cercle
des Montagnes , neuf cens cinq au Cercle de
Thuringe , quatre cens foixante - fix au Cercle de
Voigtland , fix cens au Marquifat de la Haute-
Luface , trois cens foixante - huit à la Baffe- Luface
, deux cens trente-e- quatre au Chapitre de Merfebourg
, & deux cens trente au Chapitre de
Naumbourg & de Zeift. Il étoit recommandé aux
Régences de n'enrôler que des hommes qui euf- -
JANVIER. 1757 . 275
>
fent au moins cinq pieds cinq pouces , & qui
n'euffent pas plus de vingt- huit ans ; & de les
choifir principalement parmi les Artifans , particuliérement
parmi les Charrons , Forgerons ,
Charpentiers , Maçons & Serruriers . Toutes ces
recrues devoient être prêtes le 15 & il avoit été
fignifié à chaque Cercle , que , fi elles ne fe trouvoient
pas affemblées pour ce temps , ou fi elles
n'étoient pas telles que S. M. Pruffienne les exigoit,
on procéderoit contre les Membres de la Régence
du Cercle par voie d'éxécution militaire ;
que même ils feroient arrêtés , & que , fans aucune
diftinction de perfonnes , on les condamneroit
aux travaux des fortifications .
Dix Régimens d'Infanterie de l'armée Saxonne
font confervés en entier. S. M. Pruffienne a incorporé
dans les troupes les Grenadiers Gardes du
Corps , le Régiment de la Reine ; celui de la Princeffe,
épouse du Prince Electoral ; fix Régimens de
Cavalerie , & le Corps d'Artillerie . Elle a envoyé
dans fes Etats le Régiment de Dragons de Rutow.
ski , ainfi que les foldats qui ont refufé de prêter
ferment . Plufieurs Officiers , foupçonnés d'avoir
contribué par leurs confeils à ce refus , ont été mis
aux arrêts .
Quelques Soldats Saxons s'étant évadés en paſfant
par Dornau , le détachement Pruffien , qui
les conduifoit , a enlevé les Magiftrats de ce Bourg ,
& les a emmenés prifonniers. On a publié une
Ordonnance du Directoire de Guerre , établi par
le Roi de Pruffe à Torgau . Elle porte que les foldats
qui quitteront les Régimens Saxons que ce
Prince a pris à fon fervice , feront traités comme
déferteurs. Par la même Ordonnance , il eft enjoint
aux Magiftrats de faire arrêter ceux qui le
trouveront dans leurs diftricts , & de les faire conduire
à la garnifon la plus prochaine , fous peine
216 MERCURE DE FRANCE.
d'en répondre en leur propre & privé nom. Il eſt
expreffément défendu de faire tenir aux fugitifs
rien de ce qui peut leur appartenir. Les Magiftrats
auffi-tôt qu'ils feront informés de l'évalion de
quelqu'un , feront obligés de faifir ſes biens meubles
ou immeubles , & ils payeront de leurs
pres fonds les effets qui feront détournés. Toutes
perfonnes qui auront contribué à la fuite d'un
foldat , ou qui , ayant connoiffance de fa fuite , ne
dénonceront pas le fugitif , fubiront la peine prononcée
contre lui .
pro-
Sur les repréſentations des Députés des différens
Cercles de la Saxe , & avec le confentement
du Roi de Pruffe , le Major Général Rezow s'eft
chargé d'acheter la levée des Milices que Sa Majeſté
Pruſſienne a demandées à cet Electorat.
1
On parle diverſement des caufes de la détention
du fieur de Heinecke , Confeiller privé. Le ſcellé
a été mis fur tous les papiers. Le fieur Hibler ,
Major d'un Régiment d'Infanterie des troupes
Saxonnes , a été arrêté en même temps que ce
Magiftrat , pour avoir exhorté des foldats à paffer
chez les Autrichiens.
DE LEIPSICK , le 2 Décembre.
Sur la réquifitión de nos Magiftrats & du Corps
de nos Négocians , le Roi de Pruffe a confenti
d'accorder une diminution fur la contribution de
cinq cens mille écus , qu'il avoit fait demander à
cette Ville. En même temps Sa Majeſté Pruffienne
a recommandé aux habitans de n'entretenir aucune
intelligence avec les Autrichiens , & de ne leur
faire aucune livraiſon , de quelque nature que ce
pût être.
Ce Prince arriva le 24 du mois dernier en cette
Ville , & il prit fon logement chez le fieur Heman
,
JANVIER. 1757. 217
man ,Confeiller des Finances. S.M. Pruffienne vifita
le lendemain matin , les quartiers qu'une partie de
fes troupes occupe dans les environs ; & le foir
Elle retourna à Drefde . Elle a témoigné qu'Elle
auroit défiré de pouvoir accorder une plus grande
diminution fur la contribution qu'Elle a demandée
; mais que les circonftances ne le lui
avoient pas permis . Il y a actuellement ici quatre
mille hommes en garnifon , fans y comprendre
les Gardes du Corps & les Gendarmes du Roi de
Pruffe , qui font logés dans les fauxbourgs . On
compte dans plufieurs maifons jufqu'à huit & dix
foldats . La Bourgeoifie eft obligée de leur céder
les chambres fur le devant , afin qu'ils -foient plus
à portée d'obſerver ce qui fe paffe dans les rues
& d'entendre les fignaux que les Officiers peuvent
avoir befoin de leur donner.
Le Roi de Pruffe , en faiſant la visite des quar
tiers que plufieurs Corps de fes troupes occupent
dans les environs de cette Ville , a employé plus
de deux heures à examiner la plaine de Lutzen ,
où Guftave Adolphe , Roi de Suede , perdit la vie ,
& où fon armée , quoique privée de ce Prince ,
remporta une victoire complette fur les Impériaux
. On obferva que S. M. Pruffienne écrivoit
plufieurs remarques fur les tablettes . Il y a actuellement
ici fix Bataillons en garniſon .
DE BAULZEN , le 22 Novembre.
Depuis quelques jours , le prince de Pruffe a
établi ici fon quartier. Après avoir fait diftribuer
des logemens à quatre Baraillons qu'il a amenés
avec lui , il a adreffé aux Etats du Cercle l'ordre
fuivant.
« S. A. R. difpenfant les habitans de fournir
»la nourriture aux troupes, efpere que les louables
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE .
»Etats , de concert avec le Magiftrat & le Cha-
» pitre , régleront les chofes entr'eux de façon que
chaque foldat reçoive journellement fix deniers
& le Bas Officier un gros , & qu'il foit payé
tous les mois dix écus aux Lieutenans , Sous-
>> Lieutenans & Enfeignes , vingt aux Capitaines ,
» quarante aux Lieutenans - Colonels , foixante aux
»Colonels. S. A. R. ne demande rien Elle .
pour
»A l'égard de fes Aides de Camp , Elle laiffe à la
»difcrétion des Etats , de décider de quelle maniere'
>>on doit en ufer. Elle ne penſe pas , que ces
>> Etats faffent la moindre difficulté de remplir fes
>>intentions fur ces différens articles. Au refte , Elle
»promet qu'Elle empêchera l'Officier & le foldat
» d'exiger rien de leurs hôtes au - delà des fommes
»fpécifiées ci -deffus ; bien entendu néanmoins que
» la lumiere & le bois ferontfournis gratuitement
» & que
l'hôte fera tenu de cuire & d'apprêter pour
» le foldat la viande que celui- ci aura achetée . De
» plus , S. A. R. demande qu'on prépare trois cens
>>lits pour établir en cette Ville un Hôpital Mili-
>>> taire. >>>
DE BERLIN , le 28 Novembre.
Il paroît une Patente du Roi , pour rappeller
tous les Vaffaux ou Sujets de Sa Majeſté , qui font
au fervice de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme , ou qui réfident dans les Etats de
cette Princeffe. Le Roi leur ordonne de ſe repréfenter
dans le terme de deux mois , à compter
du jour de la publication de la Patente . Les biens
de ceux qui n'obéiront pas , feront confifqués au
profit des Officiers ou fujets de S. M. qui par
repréfailles pourroient effuyer quelque dommage
de la part de la Cour de Vienne.
C
JANVIER. 1757. 219
DE FRANC FORT , le 6 Décembre.
On afficha ici le 3 de Novembre dans toutes les
Places publiques le Decret de l'Empereur contre
le Roi de Pruffe ; & les Magiftrats ont défendu
de faire , dans cette Ville , & dans fon territoire ,
aucunes levées de foldats pour S. M. Pruffienne .
L'Empereur ayant ordonné la voie d'exécution
contre ce Prince , a déféré cette commiffion au
Duc de Saxe -Gotha en l'abſence du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe . Le Duc de Saxe - Gotha s'eft
excuſé de ſe mêler de cette affaire ; mais les raifons
qu'il allegue pour s'en difpenfer , n'ont pas
fatisfait Sa Majefté Impériale , & Elle lui a adreffé
une nouvelle Admonition.
le Ba-
Les lettres de Ratisbonne marquent que
ron de Ponickau , Miniftre du Roi de Pologne
Electeur de Saxe à la Diete de l'Empire , a préfenté
un nouveau Mémoire à cette aſſemblée . La
moitié du Bourg de Kupferberg dans l'Evêché de
Bamberg , vient d'être réduite en cendre. Il y a eu
auffi un grand incendie à Wetzlar .
DE VIENNE , le 27 Novembre.
Leurs Majeftés Impériales ont envoyé au Feld-
Maréchal Comte de Browne leurs portraits enrichis
de diamans , & l'on compte que ce Général
fera mis an nombre des Chevaliers de l'Ordre de
la Toifon d'Or , qui font en cette Cour.
Le Comte d'Eftrées , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi Très- Chrétien , arriva ici le 10 de ce
mois. Il eut le 12 fes audiences de Leurs Majeſtés
Impériales.
Près de trois cens Saxons qui ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe , font arrivés à Ybbi & à Crem's.
On apprend de Cracovie que les quatre Régimens
d'Infanterie & les deux de Cavalerie de cette Nátion
qui étoient en Pologne , s'avancent du côté
de Bielitz dans la haute Siléfie , pour le joindre aux
troupes de l'Impératrice Reine.
DE PRAGUE , le 14 Novembre.
Quatre Compagnies de Grenadiers des Régimens
que l'Impératrice Reine a fait venir d'Ita
lie , ont été mifes ici en garnifon. On a déposé
JANVIER. 1757. 200
dans l'Arcenal de cette Ville tous les pontons de
l'armée commandée par le Feld- Maréchal de
Browne. Il arrive tous les jours un grand nombre
de Déferteurs Pruffiens. Plufieurs prennent parti
dans les troupes de l'Impératrice Reine.
Depuis quelques jours les troupes qui
étoient dans le camp de Budin , fe font féparées.
Le Feld- Maréchal Comte de Browne a établi fon
quartier général en cette Ville . Il a donné le commandement
de tous les poftes au delà de l'Elbe au
Comte de Maguire. Le Général Haddick commandera
ceux en deçà de cette riviere. Les Huf
fards & les Croates ont formé un cordon le long
des frontieres de la Saxe , & plufieurs Efcadrons
de Cuiraffiers & de dragons font à portée de foutenir
ces troupes irrégulieres.
On doit faire à Carlsbadt l'échange des prifonniers.
Il s'y rendra pour cet effet de chaque côté
un Lieutenant Colonel , un Capitaine , un Auditeur
& un Commiffaire des guerres.
Pendant cet hyver , la Garniſon de cette Ville
fera compofée du Régiment de Jeune Wolfenbu
tel , d'un Bataillon de Wallis , & de vingt- deux
Compagnies de Grenadiers.
Du Camp de Budin , le 7 Novembre.
Le 27 du mois dernier , les Pruffiens ayant
abandonné la Ville d'Auffig , le Feld - Maréchal
Comte de Browne la fit occuper par un Détachement
de Croates. Il fit paffer en même temps
l'Elbe à la plupart des troupes de cette Nation ,
harceler l'arriere- garde de l'armée ennemie.
Le Général Haddick s'avança le 28 avec fon détachement
vers Peterwald. Les Pruffiens s'en re-.
tirerent , & il en prit poffeffion. Le 29 , le Lieute
nant-Colonel Maceligot attaqua un poſte , dans
pour
1
ZIO MERCURE DE FRANCE.
:
lequel un corps d'ennemis étoit retranché avec
huit canons. L'action fut très- vive , & les Pruffiens
fe défendirent long-temps à la faveur de leur
artillerie mais le Colonel Velha étant venu au
fecours du fieur Maceligot , le pofte fut emporté.
Les ennemis y ont laiffé près de deux cens morts
ou bleffés . On eut le 30 des avis certains , que l'ennemi
avoit entiérement évacué la Boheme ; & le
31 , le Feld - Maréchal de Browne rappella les
Détachemens qu'il avoit envoyés dans les Cercles
de Saatz & de Leitmeritz . Sur le bruit qui fe
répandit le premier de ce mois , que les Pruffiens
faifoient de nouveaux mouvemens du côté de Zitau
& de Gabel , ce Général fit avancer le Comte
Lafcy à la tête de quelques Bataillons & d'un
Corps de Huffards vers Jung- Buntzlau , & le Lieutenant-
Colonel Louden vers Bambourg, avec huit
cens Croates. Le Baron de Wolfersdorff , Major
Général , fut détaché le 3 avec fix Bataillons , un
pareil nombre de Compagnies de Grénadiers , fix
cens chevaux , & douze pieces de canon
foutenir le Comte Lafcy . Le s , on apprit que les
ennemis avoient pris des cantonnemens ; qu'il n'y
avoit plus que quatre mille hommes de leurs troupes
qui fuffent campés ; & que ce Corps étoit
retranché derriere Nellendorff.
, pour
Du Quartier Général du Prince Piccolomini
Hollochlau , le 8 Novembre 1756.
Les troupes commandées par le Prince Piccolomini
, ne ſe ſont arrêtées qu'un jour à Jaromitz
, & le 27 du mois dernier elles font venues
camper ici. On fut informé le 29 , qu'un Corps
de Pruffiens qui étoit reſté à Neuſtadt , s'etoit retiré.
Auffitôt le Prince Piccolomini manda au
Comte Spada , de faire prendre poffeffion de ce
JANVIER. 1757. 27F
le
pofte. Sur l'avis qu'on reçut le même jour , que
le Feld- Maréchal de Schwerin décampoit de Skalitz
, & qu'il paroifloit avoir deffein de fe replier
vers Lewin ; les Comtes de Spada , Louis de Starhemberg
& de Rodolphe de Palfy , eurent ordre
de fe porter en avant .En même temps, on détacha
le Colonel Mibaliewich , pour inquiéter
les ennemis dans leur retraite. Le 30 ils fe retirerent
jufqu'à Reinerz dans le Comté de Glatz . Le
fieur Mibaliewich , après les avoir poursuivis ,
eft revenu prendre pofte à Lewin. Le Feld - Maréchal
de Schwerin leva de nouveau fon camp
premier de ce mois. Continuant de retourner
en arriere , il alla fe pofter fous Glatz , & s'eft
replié enfuite jufqu'à Warthe : il n'a laiffé à
Glatz que deux Régimens. Quelques difpofitions.
de ce Général font juger qu'il à même deſſein
d'évacuer entiérement le Comté de Glatz . Les
troupes de l'Impératrice Reine y paient tout ar
gent comptant , excepté le pain & les fourrages ,
qu'elles ne prennent même qu'en donnant des reçus.
Deux Détachemens fe font avancés à Reinerz
& à Gofbubel , pour obferver les mouvemens des
ennemis. Nos Huffards font campés entre Czaftch
& Slany. Les Régimens de Cuiraffiers de Schmerzing
, de Kalckreuter & de Gelhay , & les Régimens
de Huffards de Nadafti & de Kaluocki
font arrivés de Hongrie en Moravie , où ils s'ar
rêteront juſqu'à nouvel ordre.
DE LEITMERITZ , le 2 Novembre.
Quelques jours avant que les Prufſiens abandonnaffent
la Boheme , le fieur de Tallange atta--
qua Salefl , où étoient trois cens hommes d'Infanterie
& quatre-vingts Huffards de leur troupes ,
212 MERCURE DE FRANCE .
avec deux pieces de canon . Il tailla en pieces cent
foixante -dix hommes , & il encloua les deux canons
, ne pouvant les enlever parce que fix cens
Cavaliers ennemis vinrent au fecours du pofte attaqué.
Le Major Manftein , qui y commandoir ,
a perdu la vie. Il n'y a eu que feize hommes tués
& vingt-trois bleffés du côté des Autrichiens . Le
Général Maguire a fait former , par les troupes
qu'il a fous fes ordres , un cordon le long de la
frontiere .
DE DRESDE , le 29 Novembre.
NeufRégimens de l'armée de Sa Majeſté Pruſfienne
devoient traverfer le Cercle de Buntzlau
pour aller joindre l'armée qui eft aux ordres du
Feld-Maréchal de Schwerin . Ils n'ont pu exécuter
ce projet , les Autrichiens ayant occupé les principaux
poftes fitués le long des montagnes de la
Luface. Des lettres de Léipfick avoient marqué ,
que deux Régimens Saxons avoient trouvé le
moyen de fe rendre à Prague. Les mêmes lettres
ajoutoient , que cent cinquante Soldats des mêmes
troupes avoient forcé trois cens Cavaliers
Pruffiens , qui avoient été envoyés à leur pour
fuite , de mettre les armes bas , & qu'il les
avoient emmenés prifonniers en Boheme. Ces
nouvelles ne font pas confirmées. Il eft vrai feule
ment que le Régiment Saxon de Lubomirsky a
refufé de marcher fous les ordres des Officiers
Pruffiens , qui lui avoient été donnés pour commander
qu'il en a tué quelques- uns , & qu'il
s'eft enfuite entiérement difperfé .
Quelques Régimens des troupes Electorales
ayant conftamment refufé de prêter ferment au
Roi de Pruffe , & un grand nombre de Soldats des
JANVIER. 1757. 213
mêmes troupes ayant pris la fuite , le Prince
Maurice d'Anhalt - Deſſau en a porté des plaintes
au Feld- Maréchal Comte de Rutowski , par ordre
de Sa Majesté Pruffienne. Ce Feld- Maréchal a
fait à la lettre du Prince d'Anhalt une réponſe ,
dont voici l'extrait.
« V. A. S. fçait mieux que perfonne , que la plu-
»part des Officiers, après avoir paffé le Pont de Rhuden
,ont été d'abord éloignés de leurs Régimens.
»Comment peut- on exiger d'eux qu'ils répon-
>>dent de leur monde ; & de moi , que je réponde
pour les Officiers ? En vertu de la Capitula-
»tion , il étoit libre à ces derniers de refter au fer-
»vice de S. M. le Roi de Pologne , ou de deman-
» der leur congé. On a convenablement annoncé
»aux Soldats qu'ils feroient prifonniers de guer-
>>re ; mais on ne leur a dit , ni de ma part , ni
>>de celle de qui que ce foit , qu'ils devoient prê-
»ter ferment au Roi de Pruffe , & qu'ils y fe-
Proient forcés. Je me fuis expreffément défendu
»dans la Capitulation , je l'ai fait représenter à S.
>>M. Pruffienne . Malgré cela , perfonne n'eft &
»ne fe croit autorifé à retenir quelques hommes
»de l'Artillerie , de l'Infanterie & de la Cavalerie.
»V. A. S. n'a qu'à nommer ceux des Généraux &
»>Officiers , qu'elle accufe. Notre qualité de prifonniers
de guerre ne nous permet pas de
>>nous éloigner des lieux de notre réfidence , &
chacun de nous eft refponfable de ce qui pourroit
fe faire contre la Capitulation . Mais V. A. S.
>>me permettra de lui dire que l'éloignement des
troupes pour la preftation de ferment qu'on éxi-
»goit d'elles & qu'on leur a fait faire par des
moyens violens , ne devroit point lui paroître
métrange ; & quoi qu'il en foit , il n'eft guere poffible
de rendre refponfables de cet éloignement
214 MERCURE DE FRANCE.
>>leurs Officiers qui font féparés d'elles .... Sur
la Lifte des Grenadiers Gardes du Corps , on a
»mis des hommes qui doivent avoir été auprès des
Ȏquipages des Officiers , & dont une partie s'eft
»perdue avec les bagages , & l'autre a été renvoyée
de Pirna & de Drefde . On a d'ailleurs fpé-
»ciné , comme étant à Drefde , des malades qui
wétoient reftés à Thurmfdorff & à Naumdorff , &
que les troupes Pruffiennes doivent y avoir trou
»vés. Il y a auffi beaucoup de Soldats qui étoient
nabfens par congé . Les Officiers ne fçavent où ils
>>font reftés , ni ce qu'ils font devenus . On a porté
>> pareillement furl'état des troupes plufieurs Ca-
» dets qui ne font encore que des enfans , & qui
»ne font jamais venus au Drapeau , quoique la
>> Cour ait bien voulu leur accorder , comme une
» grace , la paie pour leur entretien....... >>
On publia le premier de ce mois une Ordonnance
, par laquelle S. M. Pruffienne prefcrivoit
aux Cercles de cet Electorat , de fournir neuf
mille foixante -quinze hommes , pour recruter les
Régimens Saxons qu'Elle a pris à ſon ſervice. Par
la répartition qui avoit été faite , ce Prince demandoit
deux mille cent vingt hommes au Cercle
de Mifnie , dix- fept cens trente-cinq au Cercle
de Léipfick , deux cens foixante -un au Cercle
de Neuftadt , quatre cens foixante-onze au Cercle
Electoral , feize cens foixante- cinq au Cercle
des Montagnes , neuf cens cinq au Cercle de
Thuringe , quatre cens foixante - fix au Cercle de
Voigtland , fix cens au Marquifat de la Haute-
Luface , trois cens foixante - huit à la Baffe- Luface
, deux cens trente-e- quatre au Chapitre de Merfebourg
, & deux cens trente au Chapitre de
Naumbourg & de Zeift. Il étoit recommandé aux
Régences de n'enrôler que des hommes qui euf- -
JANVIER. 1757 . 275
>
fent au moins cinq pieds cinq pouces , & qui
n'euffent pas plus de vingt- huit ans ; & de les
choifir principalement parmi les Artifans , particuliérement
parmi les Charrons , Forgerons ,
Charpentiers , Maçons & Serruriers . Toutes ces
recrues devoient être prêtes le 15 & il avoit été
fignifié à chaque Cercle , que , fi elles ne fe trouvoient
pas affemblées pour ce temps , ou fi elles
n'étoient pas telles que S. M. Pruffienne les exigoit,
on procéderoit contre les Membres de la Régence
du Cercle par voie d'éxécution militaire ;
que même ils feroient arrêtés , & que , fans aucune
diftinction de perfonnes , on les condamneroit
aux travaux des fortifications .
Dix Régimens d'Infanterie de l'armée Saxonne
font confervés en entier. S. M. Pruffienne a incorporé
dans les troupes les Grenadiers Gardes du
Corps , le Régiment de la Reine ; celui de la Princeffe,
épouse du Prince Electoral ; fix Régimens de
Cavalerie , & le Corps d'Artillerie . Elle a envoyé
dans fes Etats le Régiment de Dragons de Rutow.
ski , ainfi que les foldats qui ont refufé de prêter
ferment . Plufieurs Officiers , foupçonnés d'avoir
contribué par leurs confeils à ce refus , ont été mis
aux arrêts .
Quelques Soldats Saxons s'étant évadés en paſfant
par Dornau , le détachement Pruffien , qui
les conduifoit , a enlevé les Magiftrats de ce Bourg ,
& les a emmenés prifonniers. On a publié une
Ordonnance du Directoire de Guerre , établi par
le Roi de Pruffe à Torgau . Elle porte que les foldats
qui quitteront les Régimens Saxons que ce
Prince a pris à fon fervice , feront traités comme
déferteurs. Par la même Ordonnance , il eft enjoint
aux Magiftrats de faire arrêter ceux qui le
trouveront dans leurs diftricts , & de les faire conduire
à la garnifon la plus prochaine , fous peine
216 MERCURE DE FRANCE.
d'en répondre en leur propre & privé nom. Il eſt
expreffément défendu de faire tenir aux fugitifs
rien de ce qui peut leur appartenir. Les Magiftrats
auffi-tôt qu'ils feront informés de l'évalion de
quelqu'un , feront obligés de faifir ſes biens meubles
ou immeubles , & ils payeront de leurs
pres fonds les effets qui feront détournés. Toutes
perfonnes qui auront contribué à la fuite d'un
foldat , ou qui , ayant connoiffance de fa fuite , ne
dénonceront pas le fugitif , fubiront la peine prononcée
contre lui .
pro-
Sur les repréſentations des Députés des différens
Cercles de la Saxe , & avec le confentement
du Roi de Pruffe , le Major Général Rezow s'eft
chargé d'acheter la levée des Milices que Sa Majeſté
Pruſſienne a demandées à cet Electorat.
1
On parle diverſement des caufes de la détention
du fieur de Heinecke , Confeiller privé. Le ſcellé
a été mis fur tous les papiers. Le fieur Hibler ,
Major d'un Régiment d'Infanterie des troupes
Saxonnes , a été arrêté en même temps que ce
Magiftrat , pour avoir exhorté des foldats à paffer
chez les Autrichiens.
DE LEIPSICK , le 2 Décembre.
Sur la réquifitión de nos Magiftrats & du Corps
de nos Négocians , le Roi de Pruffe a confenti
d'accorder une diminution fur la contribution de
cinq cens mille écus , qu'il avoit fait demander à
cette Ville. En même temps Sa Majeſté Pruffienne
a recommandé aux habitans de n'entretenir aucune
intelligence avec les Autrichiens , & de ne leur
faire aucune livraiſon , de quelque nature que ce
pût être.
Ce Prince arriva le 24 du mois dernier en cette
Ville , & il prit fon logement chez le fieur Heman
,
JANVIER. 1757. 217
man ,Confeiller des Finances. S.M. Pruffienne vifita
le lendemain matin , les quartiers qu'une partie de
fes troupes occupe dans les environs ; & le foir
Elle retourna à Drefde . Elle a témoigné qu'Elle
auroit défiré de pouvoir accorder une plus grande
diminution fur la contribution qu'Elle a demandée
; mais que les circonftances ne le lui
avoient pas permis . Il y a actuellement ici quatre
mille hommes en garnifon , fans y comprendre
les Gardes du Corps & les Gendarmes du Roi de
Pruffe , qui font logés dans les fauxbourgs . On
compte dans plufieurs maifons jufqu'à huit & dix
foldats . La Bourgeoifie eft obligée de leur céder
les chambres fur le devant , afin qu'ils -foient plus
à portée d'obſerver ce qui fe paffe dans les rues
& d'entendre les fignaux que les Officiers peuvent
avoir befoin de leur donner.
Le Roi de Pruffe , en faiſant la visite des quar
tiers que plufieurs Corps de fes troupes occupent
dans les environs de cette Ville , a employé plus
de deux heures à examiner la plaine de Lutzen ,
où Guftave Adolphe , Roi de Suede , perdit la vie ,
& où fon armée , quoique privée de ce Prince ,
remporta une victoire complette fur les Impériaux
. On obferva que S. M. Pruffienne écrivoit
plufieurs remarques fur les tablettes . Il y a actuellement
ici fix Bataillons en garniſon .
DE BAULZEN , le 22 Novembre.
Depuis quelques jours , le prince de Pruffe a
établi ici fon quartier. Après avoir fait diftribuer
des logemens à quatre Baraillons qu'il a amenés
avec lui , il a adreffé aux Etats du Cercle l'ordre
fuivant.
« S. A. R. difpenfant les habitans de fournir
»la nourriture aux troupes, efpere que les louables
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE .
»Etats , de concert avec le Magiftrat & le Cha-
» pitre , régleront les chofes entr'eux de façon que
chaque foldat reçoive journellement fix deniers
& le Bas Officier un gros , & qu'il foit payé
tous les mois dix écus aux Lieutenans , Sous-
>> Lieutenans & Enfeignes , vingt aux Capitaines ,
» quarante aux Lieutenans - Colonels , foixante aux
»Colonels. S. A. R. ne demande rien Elle .
pour
»A l'égard de fes Aides de Camp , Elle laiffe à la
»difcrétion des Etats , de décider de quelle maniere'
>>on doit en ufer. Elle ne penſe pas , que ces
>> Etats faffent la moindre difficulté de remplir fes
>>intentions fur ces différens articles. Au refte , Elle
»promet qu'Elle empêchera l'Officier & le foldat
» d'exiger rien de leurs hôtes au - delà des fommes
»fpécifiées ci -deffus ; bien entendu néanmoins que
» la lumiere & le bois ferontfournis gratuitement
» & que
l'hôte fera tenu de cuire & d'apprêter pour
» le foldat la viande que celui- ci aura achetée . De
» plus , S. A. R. demande qu'on prépare trois cens
>>lits pour établir en cette Ville un Hôpital Mili-
>>> taire. >>>
DE BERLIN , le 28 Novembre.
Il paroît une Patente du Roi , pour rappeller
tous les Vaffaux ou Sujets de Sa Majeſté , qui font
au fervice de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme , ou qui réfident dans les Etats de
cette Princeffe. Le Roi leur ordonne de ſe repréfenter
dans le terme de deux mois , à compter
du jour de la publication de la Patente . Les biens
de ceux qui n'obéiront pas , feront confifqués au
profit des Officiers ou fujets de S. M. qui par
repréfailles pourroient effuyer quelque dommage
de la part de la Cour de Vienne.
C
JANVIER. 1757. 219
DE FRANC FORT , le 6 Décembre.
On afficha ici le 3 de Novembre dans toutes les
Places publiques le Decret de l'Empereur contre
le Roi de Pruffe ; & les Magiftrats ont défendu
de faire , dans cette Ville , & dans fon territoire ,
aucunes levées de foldats pour S. M. Pruffienne .
L'Empereur ayant ordonné la voie d'exécution
contre ce Prince , a déféré cette commiffion au
Duc de Saxe -Gotha en l'abſence du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe . Le Duc de Saxe - Gotha s'eft
excuſé de ſe mêler de cette affaire ; mais les raifons
qu'il allegue pour s'en difpenfer , n'ont pas
fatisfait Sa Majefté Impériale , & Elle lui a adreffé
une nouvelle Admonition.
le Ba-
Les lettres de Ratisbonne marquent que
ron de Ponickau , Miniftre du Roi de Pologne
Electeur de Saxe à la Diete de l'Empire , a préfenté
un nouveau Mémoire à cette aſſemblée . La
moitié du Bourg de Kupferberg dans l'Evêché de
Bamberg , vient d'être réduite en cendre. Il y a eu
auffi un grand incendie à Wetzlar .
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En novembre 1756 et janvier 1757, plusieurs événements militaires et diplomatiques marquent l'Allemagne et l'Europe centrale. À Vienne, les empereurs offrent des portraits enrichis de diamants au Feld-Maréchal Comte de Browne, qui doit être nommé Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or. Le Comte d'Estrées, ministre plénipotentiaire du roi de France, est reçu en audience par les empereurs. Près de trois cents Saxons désertent l'armée prussienne pour rejoindre les troupes autrichiennes. En Bohême, des régiments italiens sont mis en garnison à Prague, et des déserteurs prussiens continuent d'arriver. Les troupes autrichiennes se réorganisent sous la direction du Feld-Maréchal Comte de Browne, qui établit son quartier général à Prague et nomme des commandants pour les postes de part et d'autre de l'Elbe. Des échanges de prisonniers doivent avoir lieu à Carlsbad. À Budin, les troupes prussiennes abandonnent la ville d'Aussig, permettant aux Autrichiens de prendre plusieurs positions. Le Prince Piccolomini mène des opérations contre les Prussiens, qui se retirent vers Glatz et Warthe. À Dresde, des régiments saxons refusent de prêter serment au roi de Prusse, et des déserteurs saxons sont arrêtés et menacés de sanctions. Le roi de Prusse ordonne le recrutement de neuf mille six cent soixante-quinze hommes pour renforcer les régiments saxons. Des ordonnances sont publiées pour punir les déserteurs et les magistrats complaisants. En décembre 1756 et janvier 1757, des mesures administratives et militaires sont prises en Saxe et en Prusse. Les personnes contribuant à la désertion ou ne dénonçant pas un fugitif subissent la même peine que le déserteur. Sur demande du Roi de Prusse, le Major Général Rezow achète la levée des milices saxonnes. Le conseiller privé Heinecke et le Major Hibler sont arrêtés pour avoir encouragé des soldats à déserter. Le Roi de Prusse accepte de réduire la contribution demandée à Leipzig à la demande des magistrats et des négociants. Il visite Leipzig et les environs, inspectant les troupes et recommandant aux habitants de ne pas collaborer avec les Autrichiens. Les habitants de Leipzig doivent loger les soldats prussiens et fournir des lits pour un hôpital militaire. À Baulzen, le Prince de Prusse ordonne aux États du Cercle de fournir nourriture et logement aux troupes. Le Roi de Prusse publie une patente rappelant ses sujets au service de l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême. À Francfort, un décret impérial contre le Roi de Prusse est affiché, interdisant les levées de soldats pour la Prusse. Des incendies détruisent une partie du bourg de Kupferberg et la ville de Wetzlar.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 173-188
ALLEMAGNE.
Début :
Le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé d'exiger des contributions du Royaume de Prusse. [...]
Mots clefs :
Dantzig, Vienne, Prague, Dresde, Francfort, Hambourg, Hanovre, Camp d'Insterbourg, Camp du prince Charles de Lorraine, Camp de Valle, Camp de Closter-Seven, Maréchal, Troupes, Ennemis, Marquis, Détachements, Grenadiers, Canons, Prusse, Maréchal de Richelieu, Comte d'Apraxin, Impératrice, Prisonniers, Retraite, Magistrats, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En août 1757, le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé à exiger des contributions du Royaume de Prusse, ordonnant aux magistrats de Tilsit de livrer des vivres et des fourrages. Les troupes russes ont traversé la Samogitie et la Lituanie, occupant Tilsit le 29 septembre. Le Feld-Maréchal de Lehwald s'est replié sur la Prégel et a campé à Welau. Des escarmouches quotidiennes ont lieu entre les postes avancés des deux armées. La flotte russe n'a pas été vue sur les côtes de Poméranie, suggérant un retour à Cronstadt. Depuis l'entrée des troupes russes en Prusse-Duché, le Conseil de Régence de Königsberg s'est retiré, laissant seulement les magistrats chargés de la police. Les contributions exigées par les Russes sont très élevées, comme les 40 000 écus demandés à Memel. À Vienne, un officier a apporté des drapeaux pris aux Prussiens à Gabel et Zittau. Zittau, sous domination saxonne, a subi des destructions importantes. Le fisc impérial a cité les magistrats de Francfort pour non-respect des avocatures impériales. Le Chevalier Robert Keith a repris la route de Londres, et le Comte de Stainville est arrivé à Vienne en tant que nouvel ambassadeur de France. En Silésie, les Prussiens ont attaqué les troupes de l'Impératrice Reine, mais ont été repoussés après un combat intense, subissant de lourdes pertes. Le Colonel Jahnus a repris les hauteurs de Zeifchenberg près de Freyberg. À Prague, le Comte de Nadasty a avancé vers Levin, capturant des prisonniers prussiens. L'armée de l'Impératrice Reine a continué sa marche, avec des détachements envoyés vers la Silésie. À Dresde, le Colonel Laudon a continué à harceler les Prussiens, capturant un détachement ennemi. À Francfort, le Prince de Soubize a été salué par les magistrats, et les troupes françaises se déplacent vers la Turinge. À Hambourg, des navires anglais ont mouillé à l'embouchure de l'Elbe pour embarquer des effets de Hanovre. Le Colonel Jahnus a remporté une victoire en Silésie contre les Prussiens. À Hanovre, les contributions exigées incluent des quantités importantes de fourrage et de grains. Les troupes françaises ont pris possession des portes de la capitale, et les ducs de Chevreuse et de Saint-Pern ont rassuré les habitants. Brunswick et Wolfenbuttel ont ouvert leurs portes aux Français, et le Maréchal Duc de Richelieu se prépare à passer la Leine. L'armée du Duc de Cumberland est campée à Ferden, travaillant à améliorer les routes vers Stade. Le Maréchal Duc de Richelieu a reçu des nouvelles de la capitulation de Gueldre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 195-203
ALLEMAGNE.
Début :
L'Armée Impériale continue de suivre de près celle des Prussiens. [...]
Mots clefs :
Königgrätz, Armée impériale, Prusse, Général, Maréchal, Troupes, Bataille, Cavalerie, Grenadiers, Colonels, Ennemis, Bravoure, Défaite des ennemis, Armée du Prince de Soubise, Quartier général, Duc de Broglie, Infanterie, Régiments, Comte, Duc, Baron, Cassel, Munitions, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGN Ε.
DE KONIGGRATZ EN BOHEME, le 17 Juillet .
L'ARMÉS Impériale continue de ſuivre de près
celle des Pruſſiens. La premiere campa le 3 àGewitz
, & en y arrivant , on apprit que le Roi de
Prufſe étoit déja àLeutomiſchel avec les deux premieres
colonnes de ſon armée ; mais que la troifieme
commandée d'abord par le Général Fouquet
, & actuellement par le Maréchal Keith
étoit encore à Zwittau & dans les environs , d'où
cependant elle commençoit à défiler. Le 7 , le
Comtede Laſci , Lieutenant général , qui avoit
dévancé l'armée pour marquer le camp deGewitz,
avec le corps desGrenadiers & des Carabiniers ,
ayant découvert cette troiſieme colonne qui marchoit
par Krenau à Zwittau , fit fes diſpoſitions
pour en charger l'arriere-garde. Il força d'abord le
village de Krenau ; il s'y foutint affez long-temps
pour arrêter la marche des ennemis , & il obligea
toute la colonne de faire halte. Nos Chaſſeurs ,
qui garniſſoient un bois au deſſus du Village , firentde-
là ſur les Prufſiens un feu continuel , leur
détruifirent pluſieurs charriots chargés de pontons
, prirent beaucoup de chevaux , & firent
quantité de butin. Les ennemis craignant de le
Lij
196 MERCURE DE FRANCE .
voir arrêter long-temps dans leur marche , prirent
leparti de ſe former & ſe préſenterent en bataille,
Comme le feu de leur canon qui n'étoit point
ſupérieur au nôttrree , ne fit point l'effet qu'ils en
attendoient; ils détacherent de l'Infantteerriiee&de
la Cavalerie pour attaquer le village de Krenau.
Quatre compagnies de Grenadiers aux ordres du
Général de Tillier , en occupoient le cimetiere ;
deux autres compagnies dans le Village flanquoient
ce poſte des deux côtés , & le Comte de
Brunian , Colonel des Huſſards Eſclavons , étoit
fur la gauche en dehors avec deux compagnies
de Carabiniers. Au premier choc la Cavalerie ennemie
prit la fuite , & l'Infanterie fut repouſſée
avec perte. La nuit étant ſurvenue , l'ennemi pro.
fita des ténebres pour nous dérober ſa marche ,
ce qu'il fit avec tant de promptitude & de précaution
qu'il nous échappa. L'armée Impériale ſe
remit le 9 en mouvement , & marcha en deux
colonnes par les montagnes ſur Politzka , où elle
ſéjourna le 10. Elle ſe porta le 11 à Sebranitz ,
comptantjoindre à Leutomiſchel la troiſieme colonne
des ennemis , & l'y attaquer ; mais elle en
étoit partie avant le jour , après avoir mis le feu
àfon camp , pendant que les deux autres colonnes
s'avançoient par Hollitz vers cette Place. Le 12 ,
cette troiſieme colonne prit la route des deux
premieres. Comme elle en étoit aſſez éloignée
pour ne pouvoirpas en être ſecourue , lesGénéraux
Laudohn , Ziskowitz & de Saint- Ignon , qui
continuoient de cotoyer l'ennemi ſur ſon flanç
gauche , réfolurent de l'attaquer. Le premier fit
d'abord feu fur les Pruffiens de quatre pieces de
canon , près du village de Woſtzetin : ils répondirent
de dix pieces de leur groſſe artillerie ; ce
pendant ils furent obligés de rebrouffer chemin
SEPTEMBRE. 1758 . 197
&de regagner les hauteurs où ils ſe retrancherent
fur le champ. Ils mirent auſſi le feu au village de
Woſtzetin , apparemment dans le deſſein de faire
connoître par ce ſignal au Roi de Pruſſe qu'ils
étoient attaqués. Tandis que nos Huſſards & nos
Croates harceloient les Pruffiens , le Général de
Saint- Ignon arriva avec ſa Cavalerie. Auffi-tôt
qu'il eut remarqué la façon dont la CavaleriePruffienne
ſe formoit , il la fit obſerver d'un côté par
lesChevaux- légers de Lowenstein , & la fit attaquer
de l'autre par les Grenadiers & les Dragons
de Wirtemberg. Cette attaque ſe fit avec tant
d'ordre & de bravoure , que les ennemis furent
pluſieurs fois renversés , enſuite mis en déroute ,
&totalement diſpertés , malgré leur artillerie qui
tiroit de quatre côtés différens. Déja nous nous
étions emparé de pluſieurs pieces de canon ; mais
l'arrivée du Roi de Pruffe qui accourut avec douze
mille hommes , obligea nos troupes de les abandonner
pour ſe replier ſur leurs anciens poſtes ,
&l'on ſe contenta d'emmener deux caiffons de
poudre & pluſieurs charriots , avec un ſeul étendard.
Cette affaire coûte aux ennemis en morts
bleffés & déferteurs , plus de mille hommes . L'armée
Impériale vint camper le 12 près de Hohenmauth
, & le 1s à Hrochow - Teunitz . Les ennemis
n'ont occupé cette Place qu'un jour , & nos
troupes s'en font remiſes en poffeffion le 14. On
apprend que l'armée Pruſſienne marche avec précipitation
par Jaromitz vers la Siléfie & le Comté
de Glatz.
5 ,
Du Quartier général de l'Armée du Prince
de Soubiſe à Caffel , le 9 Août.
M. le Prince de Soubiſe a détaché le 20 JuilletM.
I inj
198 MERCURE DE FRANCE.
Fiſcher, pour s'emparer du Fort de Zighenhein. La
garniſon ſe retiroit au moment que nos troupes
légeres y font arrivées. On a tué ou bleſſé aux
ennemis vingt hommes & fait environ quatrevingts
priſonniers. On a trouvé dans ce Fort quazorze
pieces de gros canon & fix mille ſacs de:
farine.
M. le Duc de Broglie , que le Prince de Soubiſe
avoit envoyé en avant, & qui commandoit l'avantgardede
l'armée depuis Friedberg , s'eſt avancé le
21 à Veſberg. L'armée est venue camper àHoltzdorff,
& les ennemis ont fait une marche rétro
grade. M. le Prince de Soubiſe a envoyé un renfort
d'une brigade d'Infanterie & d'une de Cavalerie
à M. le Duc de Broglie, pour le mettre en états
d'attaquer les ennemis , s'il en trouvoit l'occaſion.
favorable. M. le Duc de Broglie s'eſt avancé le
22 àHortz , & M. le Prince de Soubiſe a porté
foncamp à Yeſberg. Le 23 , M. le Duc de Broglie
s'eſt avancé à Caffel , dans l'intention d'attaquer.
Parriere-garde des ennemis , au moment qu'ils
décamperoient du village de Sunderhauſen od
étoit leur camp. Il a attendu que fon Infanterie
fût aux portes de Caffel , pour envoyer ordre aux
troupes légeres de paſſer la Fulda au gué du moulin
au deſſus de Caffel. L'Infanterie , la Cavalerie
&lesDragons ont joint au delà du village de Bertelhauſen.
Les ennemis avoient marché par leur
droite , pour ſe porter vers le grand chemin de
Munden. Ce mouvement a déterminé M. le Duc
deBroglie à ſe porter en diligence ſur le village
de Sunderhausen. Il a monté fur la hauteur d'où
il avu les ennemis en bataille , leur droite appuyée
àungrand eſcarpement de la Fulda , & leur gauche
à un bois très-fourré. Il a compris que l'affaire
devenoit féricaſe , & demandoit des diſpoſitions.
SEPTEMBRE. 1758 . 199
fages &meſurées. Il avoit laiffé dans Caffel deux
bataillons de Royal Deux-Ponts , & un bataillon
du même Régiment à Sunderhauſen , pour garder
le défilé en cas d'événement. Ce détachement
avoit réduit le corps qu'il commandoit à environ
ſept mille hommes , & les ennemis à qui il avoit
affaire, étoient plus forts que lui. Le terrein étant
étroit , il a mis l'Infanterie en premiere ligne , la
Cavalerie & les Dragons en ſeconde ligne , & il a
appuyé ſa droite au bois. Il ſe propoſoit d'attaquer
l'Infanterie que les ennemis avoient dans ce
bois , & de les tourner par leur gauche , pour les
culbuter dans la riviere , ſi l'attaque réuffiſſoit.
Lorſque ſa difpofition a été faite , il a placé dix
pieces de canon pour tirer fur la Cavalerie des
ennemis. L'incommodité de ce feu a déterminé
cetteCavalerie à charger l'Infanterie de M. le Duc
deBroglie. Alors ce Générał a fait doubler le Régiment
de Waldner derriere celui de Dieſback ,
&le Régiment de Royal-Baviere derriere un bataillon
de Deux- Ponts. Il a fait avancer par cer
intervalle les Régimens deWirtemberg , de Royal-
Allemand & de Naffau , commandés par M. le
Comte de Raugrave. Lorſque la cavalerie Heſſoiſe
les a vu dépaſſer l'Infanterie , elle s'eſt jettée ſur
fa droite , & a paru vouloir gagner notre gauche.
M. le Duc de Broglie a couru promptement au
Régiment de Raugrave ; il l'a fait avancer par un
intervalle de l'Infanterie ; il a fait marcher le Régiment
d'Apchon à la gauche de cette Infanterie ,
&ce mouvement a arrêté la Cavalerie des ennemis.
Pendant qu'elle étoit incertaine du parti
qu'elle devoit prendre , Wirtemberg , Royal-
Allemand&Naſſau l'ont chargée ; ils ont enfuite
plié , & ont été ſuivis aſſez vivement par les ennemis.
M. le Duc de Broglie a craint pendant un
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
moment que cela n'ébranlât l'Infanterie qui ſe
trouvoit ſans Cavalerie ; mais le Régiment de
Royal- Baviere a fait une ſi vive décharge ſur le
Régiment d'Iſembourg , & l'a maltraité de façon ,
que cette Cavalerie n'a plus reparu depuis.
Pendant ce temps-là ,MM. les Comtes de Waldner
& de Dieſback , la brigade Suiffe & trois compagnies
de Royal Deux- Ponts attaquoient le bois ,
ytrouvoient de la réſiſtance , mais s'y foutenoient
avec beaucoup de valeur. Toute l'Infanterie de la
droite & du centre des ennemis marchoit vivement
à notre gauche , où étoit la brigade de Rohan
, dont Beauvoiſis fermoit la gauche. Cette
Brigade effuyoit le plus grand feu , & y répondoit
avec la plus grande intrépidité. Les ennemis ont
reculé quelques centaines de pas ; mais ils font
revenus avec plus de fureur , & ſe couvrant de
l'eſcarpement , ils avoient un grand avantage fur
nos troupes qui étoient à découvert , de forte que
notre gauche a été obligée de ſe replier. Les ennemis
ſe ſont alongés le long de l'eſcarpement ,
& vouloient gagner nos derrieres. Pour les en
empêcher , M. le Duc de Broglie a fait avancer
quelques eſcadrons de notre Cavalerie qui s'étoient
ralliés . Le feu continuoit toujours avec beaucoup
de violence ; les Régimens de Rohan & de Beauvoiſis
perdoient beaucoup , & la poudre commençoit
à nous manquer. Alors M. le Duc de Broglie
a joint les deux bataillons de Royal- Baviere & de
Deux-Ponts à ceux de Rohan & de Beauvoiſis .
Ces Régimens ont d'abord foncé la bayonnette
au bout du fufil; les ennemis ont pris la fuite , &
ſe ſont jettés dans les bois qui bordent la riviere .
Comme il étoit ſept heures du ſoir , & que les
troupes étoient fatiguées de la marche forcée
qu'elles avoient faite le mêmejour , M. le Duc de
SEPTEMBRE. 1758. 201
)
Broglie a jugé à propos de s'arrêter. Il a envoyé le
Baron de Travers , Brigadier , avec fept cens volontaires
& les Huſſards à la pourſuite de l'ennemi.
L'affaire a duré trois heures , & a été très- vive.
M. le Comte de Roſen , qui s'y eſt conduit avec
beaucoup de valeur , eſt bleſſé de deux coups de
fabre , qui ne font pas dangereux ; M. le Prince de
Naſſau d'un coup de fufil dans le bras , M. le Marquis
de Puyſegur d'un coup de feu à la tête , qui
n'aura pas de ſuites fâcheuſes ; M. le Marquis de
Broglie , Aide de Camp , & neveu du Duc de Broglie
, eſt auſſi bleſſé d'un coup de feu à la cuiffe.
Les ſieurs de Saint-Martin , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Rohan , & du Rouſſet , Major de
Beauvoiſis , ont été tués. M. le Duc de Broglie a
euun cheval bleſſe ſous lui ; ſon Ecuyer& fon Aide
de Camp ont eu leurs chevaux tués. L'Infanterie
a fait des merveilles . La Brigade de Rohan s'eft
extrêmement diftinguée ; elle a pris quatre pieces
de canon aux ennemis , & M. le Prince de Rohan
s'y eſt acquis beaucoup de gloire. Le Régiment
d'Apchon a auffi combattu très-valeureuſement.
L'artillerie a été ſervie avec l'ardeur & l'activité
ordinaires . Cette action , qui eſt une ſuite des difpoſitions
&des marches de notre armée , commandée
par M. le Prince de Soubiſe , eſt une nouvelle
preuve du courage de nos troupes , qui toutes en
général ont bien fait leur devoir. M. le Prince de
Soubiſe a envoyé M. le Marquis d'Autichamp-
Beaumont, Aïde de Camp de M. le Duc de Broglie,
porter la nouvelle de ce combat à la Cour.
M. le Baron de Travers a pourſuivi les ennemis
juſqu'à Munden , d'où ils étoient déja partis. Il
s'en eſt peu fallu que le Prince d'Iſembourg , qui
s'y étoit arrêté , n'ait été pris.
Il y avoit dans Caſſel, au départ du courier, ſept
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
àhuit cens prifonniers , parmi leſquels cinquante
Officiers. Le Comte de Kanitz , qui commandoit
ſous le Prince d'iſembourg , eſt de ce nombre ,
ainſique lepremier Adjudantde ceGénéral &pluſieurs
Lieutenans-Colonels & Majors. La pertedes
Heſſoisdoit être très- conſidérable ; car outre trois
àquatre cens hommes qui ſe ſont précipités du
hautde l'eſcarpement & noyés dans la riviere , nos
foldats en ont fait un grand carnage , lorſqu'ils
les ont mis enfuite la bayonnette au bout dit fufil.
Les ennemis avoient à cette action ſeize pieces
decanon ; nous en avons pris ſept ſur le champ
debataille , & huit autres en les pourſuivant dans
leur retraite. Nous avons perdu de notre côté , par
le feu vifque nos troupes ont effuyé pendant une
heure , quatre cens hommes qui ont été tués,&
douze cens bleſlés ,&dans ce nombre plufieurs
Officiers. Les Milices Heſſoiſes , qui faisoient partie
de cette armée , ont jetté leurs armes &ſe ſont
ſauvées dans les bois , pour retournerdans leurs
villages. On croit que cette armée de huit mille
hommes eft réduite aujourd'hui à trois mille..
M. le Prince de Soubiſe eſt arrivé le 25 à Caſſel
avec le reſte de l'armée. Il y ſéjournera pendant:
quelques jours pour attendre le Duc de Wirtem-..
berg, qui doit l'y joindre le 31 avec fix mille hom--
mesdeſestroupes.
L'attaque de la redoute du fauxbourg de Koniggratz
a eu des fuites avantageuſes. Les Pruffiens
yont laiſſé pluſieurs morts,parmi lesquels s'eft
trouvé le fieur de Brankenbourg , Colonel du Régiment
de Pannowitz. Leur fuite précipitée a empêché
que leur perte ne fût auffi conſidérable
qu'elle devoit l'être. Ils ont emporté plufieurs de
leurs bleſſés , de forte qu'on ne sçauroit en évaluer
exactement le nombre. On leur a enlevé outre le
SEPTEMBRE. 1758 . 203
canon , cinq charriots de munitions , & un fixieme
qui a ſauté. Nous n'avons eu que deux foldats
tués & quinze bleſſés , avec un Officier.
Toute l'armée Pruffienne décampa le 26 des environs
de Koniggratz . Nos troupes légeres furent
détachées auflitôt pour l'incommoder dans ſa retraite.
Le Maréchal Daun fit marcher les jours
ſuivans ſon armée , qui eſt préſentement campée
entre Koniggratz & Jaromitz.
Les Généraux Jahnus & Ziſcowitz ont pénétré
en Siléſie , ont mis les Villes de Friedberg & de
Patſchar à contribution , ont ſurpris & enlevé un
convoi avec une caiſſe de trente-un mille florins
qui alloit à Breſlau.
Le 29 les ennemis ne firent aucun mouvement ;
ils porterent un détachement à Neustadt , & firent "
des diſpoſitions propres à perfuader qu'ils vouloient
s'établir aux environs. Le Maréchal Daun ,
dont le deſſein eſt de les contraindre à évacuer la
Boheme, fit marcher ſon armée le 30 fur trois
colonnes , & ſe forma en arrivant à Hollolowren
ordre de bataille , dans l'intention de combattre
les Pruſſiens. Ils avoient décampé la nuit , & paffé
la Métau. Le 31 , un nouveau mouvement de leur
part fit préſumer qu'ils vouloient entrer en Siléſie
parTrautnau. En conséquence, le Général Jahnus
fit des diſpoſitions qui arrêterent leur marche. Le
Comte de Kalnocki a eu ſon avant-garde attaquée
aux environs de Neustadt. Il a tué aux Pruffiens
ſoixante hommes , un Capitaine & un Lieutenant
, & leur a bleſſé beaucoup de monde. 11
n'a perdu que vingt-cinq hommes ,&pas un ſeul
Officier.
DE KONIGGRATZ EN BOHEME, le 17 Juillet .
L'ARMÉS Impériale continue de ſuivre de près
celle des Pruſſiens. La premiere campa le 3 àGewitz
, & en y arrivant , on apprit que le Roi de
Prufſe étoit déja àLeutomiſchel avec les deux premieres
colonnes de ſon armée ; mais que la troifieme
commandée d'abord par le Général Fouquet
, & actuellement par le Maréchal Keith
étoit encore à Zwittau & dans les environs , d'où
cependant elle commençoit à défiler. Le 7 , le
Comtede Laſci , Lieutenant général , qui avoit
dévancé l'armée pour marquer le camp deGewitz,
avec le corps desGrenadiers & des Carabiniers ,
ayant découvert cette troiſieme colonne qui marchoit
par Krenau à Zwittau , fit fes diſpoſitions
pour en charger l'arriere-garde. Il força d'abord le
village de Krenau ; il s'y foutint affez long-temps
pour arrêter la marche des ennemis , & il obligea
toute la colonne de faire halte. Nos Chaſſeurs ,
qui garniſſoient un bois au deſſus du Village , firentde-
là ſur les Prufſiens un feu continuel , leur
détruifirent pluſieurs charriots chargés de pontons
, prirent beaucoup de chevaux , & firent
quantité de butin. Les ennemis craignant de le
Lij
196 MERCURE DE FRANCE .
voir arrêter long-temps dans leur marche , prirent
leparti de ſe former & ſe préſenterent en bataille,
Comme le feu de leur canon qui n'étoit point
ſupérieur au nôttrree , ne fit point l'effet qu'ils en
attendoient; ils détacherent de l'Infantteerriiee&de
la Cavalerie pour attaquer le village de Krenau.
Quatre compagnies de Grenadiers aux ordres du
Général de Tillier , en occupoient le cimetiere ;
deux autres compagnies dans le Village flanquoient
ce poſte des deux côtés , & le Comte de
Brunian , Colonel des Huſſards Eſclavons , étoit
fur la gauche en dehors avec deux compagnies
de Carabiniers. Au premier choc la Cavalerie ennemie
prit la fuite , & l'Infanterie fut repouſſée
avec perte. La nuit étant ſurvenue , l'ennemi pro.
fita des ténebres pour nous dérober ſa marche ,
ce qu'il fit avec tant de promptitude & de précaution
qu'il nous échappa. L'armée Impériale ſe
remit le 9 en mouvement , & marcha en deux
colonnes par les montagnes ſur Politzka , où elle
ſéjourna le 10. Elle ſe porta le 11 à Sebranitz ,
comptantjoindre à Leutomiſchel la troiſieme colonne
des ennemis , & l'y attaquer ; mais elle en
étoit partie avant le jour , après avoir mis le feu
àfon camp , pendant que les deux autres colonnes
s'avançoient par Hollitz vers cette Place. Le 12 ,
cette troiſieme colonne prit la route des deux
premieres. Comme elle en étoit aſſez éloignée
pour ne pouvoirpas en être ſecourue , lesGénéraux
Laudohn , Ziskowitz & de Saint- Ignon , qui
continuoient de cotoyer l'ennemi ſur ſon flanç
gauche , réfolurent de l'attaquer. Le premier fit
d'abord feu fur les Pruffiens de quatre pieces de
canon , près du village de Woſtzetin : ils répondirent
de dix pieces de leur groſſe artillerie ; ce
pendant ils furent obligés de rebrouffer chemin
SEPTEMBRE. 1758 . 197
&de regagner les hauteurs où ils ſe retrancherent
fur le champ. Ils mirent auſſi le feu au village de
Woſtzetin , apparemment dans le deſſein de faire
connoître par ce ſignal au Roi de Pruſſe qu'ils
étoient attaqués. Tandis que nos Huſſards & nos
Croates harceloient les Pruffiens , le Général de
Saint- Ignon arriva avec ſa Cavalerie. Auffi-tôt
qu'il eut remarqué la façon dont la CavaleriePruffienne
ſe formoit , il la fit obſerver d'un côté par
lesChevaux- légers de Lowenstein , & la fit attaquer
de l'autre par les Grenadiers & les Dragons
de Wirtemberg. Cette attaque ſe fit avec tant
d'ordre & de bravoure , que les ennemis furent
pluſieurs fois renversés , enſuite mis en déroute ,
&totalement diſpertés , malgré leur artillerie qui
tiroit de quatre côtés différens. Déja nous nous
étions emparé de pluſieurs pieces de canon ; mais
l'arrivée du Roi de Pruffe qui accourut avec douze
mille hommes , obligea nos troupes de les abandonner
pour ſe replier ſur leurs anciens poſtes ,
&l'on ſe contenta d'emmener deux caiffons de
poudre & pluſieurs charriots , avec un ſeul étendard.
Cette affaire coûte aux ennemis en morts
bleffés & déferteurs , plus de mille hommes . L'armée
Impériale vint camper le 12 près de Hohenmauth
, & le 1s à Hrochow - Teunitz . Les ennemis
n'ont occupé cette Place qu'un jour , & nos
troupes s'en font remiſes en poffeffion le 14. On
apprend que l'armée Pruſſienne marche avec précipitation
par Jaromitz vers la Siléfie & le Comté
de Glatz.
5 ,
Du Quartier général de l'Armée du Prince
de Soubiſe à Caffel , le 9 Août.
M. le Prince de Soubiſe a détaché le 20 JuilletM.
I inj
198 MERCURE DE FRANCE.
Fiſcher, pour s'emparer du Fort de Zighenhein. La
garniſon ſe retiroit au moment que nos troupes
légeres y font arrivées. On a tué ou bleſſé aux
ennemis vingt hommes & fait environ quatrevingts
priſonniers. On a trouvé dans ce Fort quazorze
pieces de gros canon & fix mille ſacs de:
farine.
M. le Duc de Broglie , que le Prince de Soubiſe
avoit envoyé en avant, & qui commandoit l'avantgardede
l'armée depuis Friedberg , s'eſt avancé le
21 à Veſberg. L'armée est venue camper àHoltzdorff,
& les ennemis ont fait une marche rétro
grade. M. le Prince de Soubiſe a envoyé un renfort
d'une brigade d'Infanterie & d'une de Cavalerie
à M. le Duc de Broglie, pour le mettre en états
d'attaquer les ennemis , s'il en trouvoit l'occaſion.
favorable. M. le Duc de Broglie s'eſt avancé le
22 àHortz , & M. le Prince de Soubiſe a porté
foncamp à Yeſberg. Le 23 , M. le Duc de Broglie
s'eſt avancé à Caffel , dans l'intention d'attaquer.
Parriere-garde des ennemis , au moment qu'ils
décamperoient du village de Sunderhauſen od
étoit leur camp. Il a attendu que fon Infanterie
fût aux portes de Caffel , pour envoyer ordre aux
troupes légeres de paſſer la Fulda au gué du moulin
au deſſus de Caffel. L'Infanterie , la Cavalerie
&lesDragons ont joint au delà du village de Bertelhauſen.
Les ennemis avoient marché par leur
droite , pour ſe porter vers le grand chemin de
Munden. Ce mouvement a déterminé M. le Duc
deBroglie à ſe porter en diligence ſur le village
de Sunderhausen. Il a monté fur la hauteur d'où
il avu les ennemis en bataille , leur droite appuyée
àungrand eſcarpement de la Fulda , & leur gauche
à un bois très-fourré. Il a compris que l'affaire
devenoit féricaſe , & demandoit des diſpoſitions.
SEPTEMBRE. 1758 . 199
fages &meſurées. Il avoit laiffé dans Caffel deux
bataillons de Royal Deux-Ponts , & un bataillon
du même Régiment à Sunderhauſen , pour garder
le défilé en cas d'événement. Ce détachement
avoit réduit le corps qu'il commandoit à environ
ſept mille hommes , & les ennemis à qui il avoit
affaire, étoient plus forts que lui. Le terrein étant
étroit , il a mis l'Infanterie en premiere ligne , la
Cavalerie & les Dragons en ſeconde ligne , & il a
appuyé ſa droite au bois. Il ſe propoſoit d'attaquer
l'Infanterie que les ennemis avoient dans ce
bois , & de les tourner par leur gauche , pour les
culbuter dans la riviere , ſi l'attaque réuffiſſoit.
Lorſque ſa difpofition a été faite , il a placé dix
pieces de canon pour tirer fur la Cavalerie des
ennemis. L'incommodité de ce feu a déterminé
cetteCavalerie à charger l'Infanterie de M. le Duc
deBroglie. Alors ce Générał a fait doubler le Régiment
de Waldner derriere celui de Dieſback ,
&le Régiment de Royal-Baviere derriere un bataillon
de Deux- Ponts. Il a fait avancer par cer
intervalle les Régimens deWirtemberg , de Royal-
Allemand & de Naffau , commandés par M. le
Comte de Raugrave. Lorſque la cavalerie Heſſoiſe
les a vu dépaſſer l'Infanterie , elle s'eſt jettée ſur
fa droite , & a paru vouloir gagner notre gauche.
M. le Duc de Broglie a couru promptement au
Régiment de Raugrave ; il l'a fait avancer par un
intervalle de l'Infanterie ; il a fait marcher le Régiment
d'Apchon à la gauche de cette Infanterie ,
&ce mouvement a arrêté la Cavalerie des ennemis.
Pendant qu'elle étoit incertaine du parti
qu'elle devoit prendre , Wirtemberg , Royal-
Allemand&Naſſau l'ont chargée ; ils ont enfuite
plié , & ont été ſuivis aſſez vivement par les ennemis.
M. le Duc de Broglie a craint pendant un
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
moment que cela n'ébranlât l'Infanterie qui ſe
trouvoit ſans Cavalerie ; mais le Régiment de
Royal- Baviere a fait une ſi vive décharge ſur le
Régiment d'Iſembourg , & l'a maltraité de façon ,
que cette Cavalerie n'a plus reparu depuis.
Pendant ce temps-là ,MM. les Comtes de Waldner
& de Dieſback , la brigade Suiffe & trois compagnies
de Royal Deux- Ponts attaquoient le bois ,
ytrouvoient de la réſiſtance , mais s'y foutenoient
avec beaucoup de valeur. Toute l'Infanterie de la
droite & du centre des ennemis marchoit vivement
à notre gauche , où étoit la brigade de Rohan
, dont Beauvoiſis fermoit la gauche. Cette
Brigade effuyoit le plus grand feu , & y répondoit
avec la plus grande intrépidité. Les ennemis ont
reculé quelques centaines de pas ; mais ils font
revenus avec plus de fureur , & ſe couvrant de
l'eſcarpement , ils avoient un grand avantage fur
nos troupes qui étoient à découvert , de forte que
notre gauche a été obligée de ſe replier. Les ennemis
ſe ſont alongés le long de l'eſcarpement ,
& vouloient gagner nos derrieres. Pour les en
empêcher , M. le Duc de Broglie a fait avancer
quelques eſcadrons de notre Cavalerie qui s'étoient
ralliés . Le feu continuoit toujours avec beaucoup
de violence ; les Régimens de Rohan & de Beauvoiſis
perdoient beaucoup , & la poudre commençoit
à nous manquer. Alors M. le Duc de Broglie
a joint les deux bataillons de Royal- Baviere & de
Deux-Ponts à ceux de Rohan & de Beauvoiſis .
Ces Régimens ont d'abord foncé la bayonnette
au bout du fufil; les ennemis ont pris la fuite , &
ſe ſont jettés dans les bois qui bordent la riviere .
Comme il étoit ſept heures du ſoir , & que les
troupes étoient fatiguées de la marche forcée
qu'elles avoient faite le mêmejour , M. le Duc de
SEPTEMBRE. 1758. 201
)
Broglie a jugé à propos de s'arrêter. Il a envoyé le
Baron de Travers , Brigadier , avec fept cens volontaires
& les Huſſards à la pourſuite de l'ennemi.
L'affaire a duré trois heures , & a été très- vive.
M. le Comte de Roſen , qui s'y eſt conduit avec
beaucoup de valeur , eſt bleſſé de deux coups de
fabre , qui ne font pas dangereux ; M. le Prince de
Naſſau d'un coup de fufil dans le bras , M. le Marquis
de Puyſegur d'un coup de feu à la tête , qui
n'aura pas de ſuites fâcheuſes ; M. le Marquis de
Broglie , Aide de Camp , & neveu du Duc de Broglie
, eſt auſſi bleſſé d'un coup de feu à la cuiffe.
Les ſieurs de Saint-Martin , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Rohan , & du Rouſſet , Major de
Beauvoiſis , ont été tués. M. le Duc de Broglie a
euun cheval bleſſe ſous lui ; ſon Ecuyer& fon Aide
de Camp ont eu leurs chevaux tués. L'Infanterie
a fait des merveilles . La Brigade de Rohan s'eft
extrêmement diftinguée ; elle a pris quatre pieces
de canon aux ennemis , & M. le Prince de Rohan
s'y eſt acquis beaucoup de gloire. Le Régiment
d'Apchon a auffi combattu très-valeureuſement.
L'artillerie a été ſervie avec l'ardeur & l'activité
ordinaires . Cette action , qui eſt une ſuite des difpoſitions
&des marches de notre armée , commandée
par M. le Prince de Soubiſe , eſt une nouvelle
preuve du courage de nos troupes , qui toutes en
général ont bien fait leur devoir. M. le Prince de
Soubiſe a envoyé M. le Marquis d'Autichamp-
Beaumont, Aïde de Camp de M. le Duc de Broglie,
porter la nouvelle de ce combat à la Cour.
M. le Baron de Travers a pourſuivi les ennemis
juſqu'à Munden , d'où ils étoient déja partis. Il
s'en eſt peu fallu que le Prince d'Iſembourg , qui
s'y étoit arrêté , n'ait été pris.
Il y avoit dans Caſſel, au départ du courier, ſept
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
àhuit cens prifonniers , parmi leſquels cinquante
Officiers. Le Comte de Kanitz , qui commandoit
ſous le Prince d'iſembourg , eſt de ce nombre ,
ainſique lepremier Adjudantde ceGénéral &pluſieurs
Lieutenans-Colonels & Majors. La pertedes
Heſſoisdoit être très- conſidérable ; car outre trois
àquatre cens hommes qui ſe ſont précipités du
hautde l'eſcarpement & noyés dans la riviere , nos
foldats en ont fait un grand carnage , lorſqu'ils
les ont mis enfuite la bayonnette au bout dit fufil.
Les ennemis avoient à cette action ſeize pieces
decanon ; nous en avons pris ſept ſur le champ
debataille , & huit autres en les pourſuivant dans
leur retraite. Nous avons perdu de notre côté , par
le feu vifque nos troupes ont effuyé pendant une
heure , quatre cens hommes qui ont été tués,&
douze cens bleſlés ,&dans ce nombre plufieurs
Officiers. Les Milices Heſſoiſes , qui faisoient partie
de cette armée , ont jetté leurs armes &ſe ſont
ſauvées dans les bois , pour retournerdans leurs
villages. On croit que cette armée de huit mille
hommes eft réduite aujourd'hui à trois mille..
M. le Prince de Soubiſe eſt arrivé le 25 à Caſſel
avec le reſte de l'armée. Il y ſéjournera pendant:
quelques jours pour attendre le Duc de Wirtem-..
berg, qui doit l'y joindre le 31 avec fix mille hom--
mesdeſestroupes.
L'attaque de la redoute du fauxbourg de Koniggratz
a eu des fuites avantageuſes. Les Pruffiens
yont laiſſé pluſieurs morts,parmi lesquels s'eft
trouvé le fieur de Brankenbourg , Colonel du Régiment
de Pannowitz. Leur fuite précipitée a empêché
que leur perte ne fût auffi conſidérable
qu'elle devoit l'être. Ils ont emporté plufieurs de
leurs bleſſés , de forte qu'on ne sçauroit en évaluer
exactement le nombre. On leur a enlevé outre le
SEPTEMBRE. 1758 . 203
canon , cinq charriots de munitions , & un fixieme
qui a ſauté. Nous n'avons eu que deux foldats
tués & quinze bleſſés , avec un Officier.
Toute l'armée Pruffienne décampa le 26 des environs
de Koniggratz . Nos troupes légeres furent
détachées auflitôt pour l'incommoder dans ſa retraite.
Le Maréchal Daun fit marcher les jours
ſuivans ſon armée , qui eſt préſentement campée
entre Koniggratz & Jaromitz.
Les Généraux Jahnus & Ziſcowitz ont pénétré
en Siléſie , ont mis les Villes de Friedberg & de
Patſchar à contribution , ont ſurpris & enlevé un
convoi avec une caiſſe de trente-un mille florins
qui alloit à Breſlau.
Le 29 les ennemis ne firent aucun mouvement ;
ils porterent un détachement à Neustadt , & firent "
des diſpoſitions propres à perfuader qu'ils vouloient
s'établir aux environs. Le Maréchal Daun ,
dont le deſſein eſt de les contraindre à évacuer la
Boheme, fit marcher ſon armée le 30 fur trois
colonnes , & ſe forma en arrivant à Hollolowren
ordre de bataille , dans l'intention de combattre
les Pruſſiens. Ils avoient décampé la nuit , & paffé
la Métau. Le 31 , un nouveau mouvement de leur
part fit préſumer qu'ils vouloient entrer en Siléſie
parTrautnau. En conséquence, le Général Jahnus
fit des diſpoſitions qui arrêterent leur marche. Le
Comte de Kalnocki a eu ſon avant-garde attaquée
aux environs de Neustadt. Il a tué aux Pruffiens
ſoixante hommes , un Capitaine & un Lieutenant
, & leur a bleſſé beaucoup de monde. 11
n'a perdu que vingt-cinq hommes ,&pas un ſeul
Officier.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En 1758, des affrontements militaires ont eu lieu en Bohême entre les armées impériale et prussienne. Le 3 juillet, l'armée impériale, dirigée par le comte de Lascy, a découvert une colonne prussienne près de Zwittau. Le 7 juillet, Lascy a attaqué l'arrière-garde prussienne à Krenau, détruisant plusieurs charriots et capturant du butin. Les Prussiens, après une résistance initiale, se sont retirés à la nuit tombée. L'armée impériale a poursuivi les Prussiens et les a engagés près de Wostzetin le 12 juillet. Malgré une victoire initiale, l'arrivée du roi de Prusse avec des renforts a forcé les impériaux à se replier. Les Prussiens ont perdu plus de mille hommes, tandis que les impériaux ont capturé des canons et des charriots. Parallèlement, le prince de Soubise a détaché Fischer pour prendre le fort de Zighenhein, capturant des prisonniers et des provisions. Le duc de Broglie, sous les ordres de Soubise, a engagé les Prussiens près de Caffel le 23 juillet. Après une bataille intense, les impériaux ont repoussé les Prussiens, capturant des canons et infligeant des pertes significatives. Les impériaux ont perdu environ 1600 hommes, tandis que les Prussiens ont vu leur armée réduite de 8000 à 3000 hommes. Le prince de Soubise est arrivé à Cassel le 25 juillet pour attendre des renforts. En septembre 1758, une confrontation a opposé les forces prussiennes à celles du Maréchal Daun. Les Prussiens ont subi des pertes, dont le colonel de Brankenbourg, et ont dû fuir précipitamment. Les forces opposées ont capturé un canon, cinq charriots de munitions et un sixième qui a explosé. Les pertes autrichiennes se sont limitées à deux soldats tués, quinze blessés et un officier blessé. Le 26 septembre, l'armée prussienne a quitté les environs de Koniggratz. Les troupes légères autrichiennes ont harcelé les Prussiens en retraite. L'armée du Maréchal Daun s'est déplacée et est campée entre Koniggratz et Jaromitz. Les généraux Jahnus et Ziscowitz ont pénétré en Silésie, mis les villes de Friedberg et Patschar à contribution, et capturé un convoi contenant trente-et-un mille florins destiné à Breslau. Le 29 septembre, les ennemis n'ont fait aucun mouvement notable, mais ont envoyé un détachement à Neustadt. Le Maréchal Daun a avancé son armée en trois colonnes pour forcer les Prussiens à évacuer la Bohême. Cependant, les Prussiens avaient déjà quitté les lieux. Le 31 septembre, un mouvement prussien a suggéré une tentative d'entrée en Silésie via Trautnau, mais les dispositions du général Jahnus ont arrêté leur avancée. Le comte de Kalnocki a repoussé une attaque prussienne près de Neustadt, tuant soixante hommes, un capitaine et un lieutenant, et blessant de nombreux autres, tout en ne perdant que vingt-cinq hommes et aucun officier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 198-203
Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Début :
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé par M. le Marquis de Vaudreuil, [...]
Mots clefs :
Marquis de Montcalm, Colonies, Canada, Protection, Troupes, Anglais, Chevalier, Renforts, Lac Saint-Sacrement, Mouvements des troupes, Grenadiers, Lieutenant colonel, Régiments, Détachement, Bataille, Colonnes milliaires, Munitions, Secours, Pertes ennemies, Les sauvages, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Détail de l'affaire qui s'eſt paſſsée le 8 Juillet entre
les Troupes du Roi , commandées par M. le Marquis
de Montcalm , & celles d'Angleterre , aux
ordres du Général Abercromby.
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé
par M. le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
Général du Canada, pour protéger la frontiere de
la Cólonie du côté du Lac Saint- Sacrement , fe
rendit à Carillon le 30 Juin. Il y trouva huit Bataillons
de troupes de terre , une compagnie de
Canonniers , deux à trois cens Ouvriers , & quelques
Sauvages. Il reçut quelques jours après un
renfort de quatre cens hommes des troupes de la
Colonie & des Canadiens , commandés par M. de
Remond , Capitaine. Il apprit à Carillon , que les
Anglois avoient aſſemblé au fonds du Lac Saint-
Sacrement , près des ruines du Fort Georges , une
armée compoſée de vingt mille hommes deMilice
, & de fix mille de troupes réglées , aux ordres
du Major Général Abercromby , & qu'elle devoit
ſe mettre en mouvement pour s'emparer du Fort
Carillon& envahir le Canada. Sur l'avis que M.
leMarquis de Montcalm en donna à M. le Marquisde
Vaudreuil ,& fur ceux que ce Gouverneur
en avoit déja reçus , il changea la deftination de
M. le Chevalier de Levis , qui avoit été détaché
du côté de Corlac ; il lui donna ordre de ſe joindre
à M. le Marquis de Montcalm , & fit les
diſpoſitions néceſſaires pour lui procurer d'autres
renforts.
M. le Marquis de Montcalm prit d'abord le
parti d'occuper le poſte de la Chute , fur le bord
du Lac Saint-Sacrement , pour retarder l'ennemi,
OCTOBRE. 1758.
ة ر و
Il y reſta juſqu'au 6 Juillet que les Anglois parurent
en force fur le Lac. M. le Marquis de Montcalm
repaſſa la riviere de la Chute avec toutes
fes troupes , pour venir camper ſous le Fort Carillon
, où il avoit déja fait tracer des retranchemens
. Il envoya en même temps différens détachemens
, pour harceler l'ennemi dans ſa deſcente.
Un de ces détachemens , commandé par MM. de
Trépezée & de Langis , s'étant égaré par la faure
des guides , tomba dans une colonne de l'armée
ennemie déja toute formée.
De ce détachement , qui étoit d'environ trois
cens hommes , il y eut deux Officiers tués , qua
tre Sauvages , & cent quatre-vingt- quatre foldats
desTroupes & Milices tués , ou priſonniers ; le
reſte joignit le corps de nos Troupes.
:
M. le Marquis de Montcalm n'avoit dans ſon
camp devant Carillon en y arrivant , qu'environ
deux mille huit cens hommes de troupes de France
, & quatre cens cinquante de la Colonie , encore
faut-il diſtraire de ce nombre un des batail
lons de Berry , lequel , à l'exception de ſa compagnie
deGrenadiers , fut occupé à la garde & au
ſervice du Fort .
2 Le 7 Juillet au masin , l'armée fut toute employé
au travail des abbatis , ſous la protection
des compagnies de Grenadiers & des Volontaires
qui la couvroient. Les Officiers , la hache à la
main, donnoient l'exemple , & les drapeaux étoient
plantés ſur l'ouvrage. La gauche occupée par les
bataillons de la Sarre & de Languedoc , étoit appuyée
à un eſcarpement diſtant de quatre- vingt
toiſes de la riviere de la Chute. Le fommet de
l'eſcarpement étoit couronné par un abbatis. Cet
abbatis flanquoit une trouée que gardoient de
front les deux compagnies de Volontaires de
1
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Bernard&deDuprat. Derriere cette trouée , on
devoit placer fix pieces de canon. La droite gardée
par la Reine , Bearn &Guyenne, étoit également
appuyée à une hauteur dont la pente n'étoit pas
fi roide que celle de lagauche. Dans la plaine
entre cette hauteur & la riviere de Saint- Frederic
furent portés les Troupes de la Colonie & les
Canadiens , qui s'y retrancherent auſſi avec des
abbatis. Le canon du Fort étoit dirigé ſur cette
partie , ainſi que ſur le lieu où le débarquement
pouvoit ſe faire àla gauche de nos retranchemens.
Le centre ſuivoit les ſinuoſités du terrein , confervant
le ſommet des hauteurs , &toutes les parties
ſe flanquoient réciproquement. Ce centre étoit
formé par les bataillons de Royal Rouffillon &
par le premier bataillon de Berry. Dans tout le
front de la ligne , chaque bataillon avoit derriere
lui une compagnie de Grenadiers & un Piquet en
réſerve.
Ceseſpeces de retranchemens étoient faits de
zroncs d'arbres couchés les uns ſur les autres
ayant en avant des arbres renversés , dont les
branches coupées & pointues faifoient l'effet de
chevaux de frife .
Le 7 au foir , il arriva quatre cens hommes
d'élite des Troupes qui avoient d'abord eu une
deftination particuliere ſous les ordres de M. le
Chevalier de Levis. Leur arrivée répandit une
grande joie dans notte armée , & M. le Chevalier
de Levis arriva bientôt après avec M. de Sennezergues,
Lieutenant Colonel du Régiment de la Sarre.
M. le Marquis de Montcalm chargea le Chevalier
de Levis de la défenſe de la droite, le ſieur de
Bourlamaque de celle de la gauche , & il ſe réſerva
le commandement du centre , pour être plus à
portéede donner ſes ordres partout.
OCTOBRE. 1758. 201
L'armée coucha au bivouac. Le 8. à la pointe
du jour , on battit la générale , pour que toutes les
troupes puſſent connoître leurs poſtes. Après ce
mouvement , une partie fut employée à achever
l'abbatis , & l'autre à conſtruire les batteries .
Vers les dix heures du matin, les troupes legeres
des ennemis parurent de l'autre côté de la riviere
, & firent un grand feu , mais de fi loin , que
l'on continua le travail ſans leur répondre..
A midi & demi leur armée déboucha fur nous.
Nos gardes avancées , ainſi que les volontaires &
les compagnies de grenadiers , ſe replierent en bon
ordre,& rentrerent dans la ligne , ſans perdre un
ſeulhomme. Au moment même du ſignal convenu,
les travailleurs & toutes les troupes furent à leurs
armes& à leurs poſtes. La gauche fut la premiere
attaquée par deux colonnes , dont l'une cherchoit
à tourner le retranchement , & ſe trouva ſous le
feu du Régiment de la Sarre ; l'autre dirigea ſes
efforts ſur un angle ſaillant , entre Languedoc &
Berry. Le centre où étoit Royal Rouffillon , fut
attaqué preſqu'en même temps par une troiſieme
colonne,& une quatrieme porta ſon attaque vers
la droite , entre les Bataillons de Bearn & de la
Reine.
Comme les troupes de la Colonie & les Canadiens
, qui occupoient la plaine du côté de la riviere
de Saint - Frédéric ne furent point attaqués , ils
fortirent de leur retranchement , prirent en flanc
la colonne qui attaquoit notre droite ,& tomberent
deſſus avec la plus grande valeur ; çes troupes
étoient commandées par le ſieur de Remond , Capitaine.
Environ à cinq heures , la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de Royal Rouſillon , s'étoit
rejettée ſur l'angle ſaillant du retranchement , dé
Lv
202 MERCURE DE FRANCE.
fendu par le Bataillon de Guyenne & par la gauche
de celui de Bearn : la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de la Reine & de Bearn , s'y rejetta
auſſi , de forte que le danger devint très-grand
à cette attaque. M. le Chevalier de Levis s'y porta
avec quelques troupes de la droite : M. le Marquis
de Montcalm y accourut auſſi avec quelques
troupes de réſerve. Ils firent éprouver aux ennemis
une réſiſtance qui rallentit d'abord leur ardeur.
Le ſieur de Bourlamaque fut bleſſé à cette
attaque , & les ſieurs de Sennezergues & de Privat
, Lieutenans-Colonels , le ſuppléerent.
Vers les fix heures , les deux colonnes de la droite
abandonnerent leur attaque , vinrent faire encore
une tentative contre les Bataillons de Royal
Rouffillon & de Berry , &enfin tenterent un dernier
effort à la gauche.
Depuis fix heures juſqu'à ſept , l'armée ennemie
s'occupa de fa retraite , favoriſée par le feu de ſes
troupes légeres , qui dura juſqu'à la nuit.
Pendant l'action , le feu prit en pluſieurs endroits
; mais il fut éteint ſur le champ. On reçur
du Fort en munitions & en rafraîchiſſemens , tousles
ſecours néceſſaires .
L'obſcurité de la nuit , l'épuiſement & le petir
nombre de nos troupes , les forces de l'ennemi
qui , malgré ſa défaite , étoient encore bien ſupérieures
aux nôtres , la nature du pays dans lequel
on ne peut s'engager ſans guides , ne permirent
pas à nos troupes de pourſuivre lesAnglois. On
comptoit même qu'ils reviendroient le lendemain à
lacharge , mais ils avoient abandonné les poſtes
de la Chute & du Portage ; & M. le Chevalier de
Levis qui fut envoyé le lendemain pour les reconnoître
, ne trouva que des traces d'une fuite precipitée.
OCTOBRE. 1758 . 203
Ön eſtime la perte des ennemis d'après le rapport
de leurs priſonniers , à quatre mille hommes
tués ou bleſſés , parmi leſquels il y a pluſieurs
Officiers de marque. Le Lord How & le ſieur
Spitall , Major général des Troupes réglées , ont
été tués.
Cinq cens Sauvages qui étoient dans l'armée
Angloiſe , ſont toujours reſtés derriere , &n'ont
pas voulu prendre part à l'action .
Le ſuccès de cette journée eſt dû aux bonnes
diſpoſitions de M. le Marquis de Montcalm , &
à la valeur de nos troupes. MM. le Chevalier de
Levis & de Bourlamaque , ſe ſont diftingués dans
le commandement de la droite & de la gauche ;
le premier a eu pluſieurs coups de fufil dans fon
habit , & le ſecond a été bleſſé dangereuſement.
M. de Bougainville , Aide de Camp de M. le Marquis
de Montcalm & M. de Langis , ont été
bleſſés à ſes côtés. Tous les Officiers en général
méritent les plus grands éloges .
Nous avons perdu douze Officiers & quatrevingt-
douze foldats tués ſur le champ de bataille.
Il y a eu vingt- cinq Officiers , & deux cens quarante-
huit foldats bleſſés .
Le Corſaire le Moiſſonneur , eſt rentré dans le
port de Dunkerque avec une priſe Angloiſe eſtimée
vingt-deux mille livres , & une rançon de
deux cens cinquante guinées. Il va armer de nouveau
pour ſa troiſieme courſe , qui aura lieu à la
finde ce mois .
les Troupes du Roi , commandées par M. le Marquis
de Montcalm , & celles d'Angleterre , aux
ordres du Général Abercromby.
M. le Marquis de Montcalm ayant été envoyé
par M. le Marquis de Vaudreuil , Gouverneur
Général du Canada, pour protéger la frontiere de
la Cólonie du côté du Lac Saint- Sacrement , fe
rendit à Carillon le 30 Juin. Il y trouva huit Bataillons
de troupes de terre , une compagnie de
Canonniers , deux à trois cens Ouvriers , & quelques
Sauvages. Il reçut quelques jours après un
renfort de quatre cens hommes des troupes de la
Colonie & des Canadiens , commandés par M. de
Remond , Capitaine. Il apprit à Carillon , que les
Anglois avoient aſſemblé au fonds du Lac Saint-
Sacrement , près des ruines du Fort Georges , une
armée compoſée de vingt mille hommes deMilice
, & de fix mille de troupes réglées , aux ordres
du Major Général Abercromby , & qu'elle devoit
ſe mettre en mouvement pour s'emparer du Fort
Carillon& envahir le Canada. Sur l'avis que M.
leMarquis de Montcalm en donna à M. le Marquisde
Vaudreuil ,& fur ceux que ce Gouverneur
en avoit déja reçus , il changea la deftination de
M. le Chevalier de Levis , qui avoit été détaché
du côté de Corlac ; il lui donna ordre de ſe joindre
à M. le Marquis de Montcalm , & fit les
diſpoſitions néceſſaires pour lui procurer d'autres
renforts.
M. le Marquis de Montcalm prit d'abord le
parti d'occuper le poſte de la Chute , fur le bord
du Lac Saint-Sacrement , pour retarder l'ennemi,
OCTOBRE. 1758.
ة ر و
Il y reſta juſqu'au 6 Juillet que les Anglois parurent
en force fur le Lac. M. le Marquis de Montcalm
repaſſa la riviere de la Chute avec toutes
fes troupes , pour venir camper ſous le Fort Carillon
, où il avoit déja fait tracer des retranchemens
. Il envoya en même temps différens détachemens
, pour harceler l'ennemi dans ſa deſcente.
Un de ces détachemens , commandé par MM. de
Trépezée & de Langis , s'étant égaré par la faure
des guides , tomba dans une colonne de l'armée
ennemie déja toute formée.
De ce détachement , qui étoit d'environ trois
cens hommes , il y eut deux Officiers tués , qua
tre Sauvages , & cent quatre-vingt- quatre foldats
desTroupes & Milices tués , ou priſonniers ; le
reſte joignit le corps de nos Troupes.
:
M. le Marquis de Montcalm n'avoit dans ſon
camp devant Carillon en y arrivant , qu'environ
deux mille huit cens hommes de troupes de France
, & quatre cens cinquante de la Colonie , encore
faut-il diſtraire de ce nombre un des batail
lons de Berry , lequel , à l'exception de ſa compagnie
deGrenadiers , fut occupé à la garde & au
ſervice du Fort .
2 Le 7 Juillet au masin , l'armée fut toute employé
au travail des abbatis , ſous la protection
des compagnies de Grenadiers & des Volontaires
qui la couvroient. Les Officiers , la hache à la
main, donnoient l'exemple , & les drapeaux étoient
plantés ſur l'ouvrage. La gauche occupée par les
bataillons de la Sarre & de Languedoc , étoit appuyée
à un eſcarpement diſtant de quatre- vingt
toiſes de la riviere de la Chute. Le fommet de
l'eſcarpement étoit couronné par un abbatis. Cet
abbatis flanquoit une trouée que gardoient de
front les deux compagnies de Volontaires de
1
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Bernard&deDuprat. Derriere cette trouée , on
devoit placer fix pieces de canon. La droite gardée
par la Reine , Bearn &Guyenne, étoit également
appuyée à une hauteur dont la pente n'étoit pas
fi roide que celle de lagauche. Dans la plaine
entre cette hauteur & la riviere de Saint- Frederic
furent portés les Troupes de la Colonie & les
Canadiens , qui s'y retrancherent auſſi avec des
abbatis. Le canon du Fort étoit dirigé ſur cette
partie , ainſi que ſur le lieu où le débarquement
pouvoit ſe faire àla gauche de nos retranchemens.
Le centre ſuivoit les ſinuoſités du terrein , confervant
le ſommet des hauteurs , &toutes les parties
ſe flanquoient réciproquement. Ce centre étoit
formé par les bataillons de Royal Rouffillon &
par le premier bataillon de Berry. Dans tout le
front de la ligne , chaque bataillon avoit derriere
lui une compagnie de Grenadiers & un Piquet en
réſerve.
Ceseſpeces de retranchemens étoient faits de
zroncs d'arbres couchés les uns ſur les autres
ayant en avant des arbres renversés , dont les
branches coupées & pointues faifoient l'effet de
chevaux de frife .
Le 7 au foir , il arriva quatre cens hommes
d'élite des Troupes qui avoient d'abord eu une
deftination particuliere ſous les ordres de M. le
Chevalier de Levis. Leur arrivée répandit une
grande joie dans notte armée , & M. le Chevalier
de Levis arriva bientôt après avec M. de Sennezergues,
Lieutenant Colonel du Régiment de la Sarre.
M. le Marquis de Montcalm chargea le Chevalier
de Levis de la défenſe de la droite, le ſieur de
Bourlamaque de celle de la gauche , & il ſe réſerva
le commandement du centre , pour être plus à
portéede donner ſes ordres partout.
OCTOBRE. 1758. 201
L'armée coucha au bivouac. Le 8. à la pointe
du jour , on battit la générale , pour que toutes les
troupes puſſent connoître leurs poſtes. Après ce
mouvement , une partie fut employée à achever
l'abbatis , & l'autre à conſtruire les batteries .
Vers les dix heures du matin, les troupes legeres
des ennemis parurent de l'autre côté de la riviere
, & firent un grand feu , mais de fi loin , que
l'on continua le travail ſans leur répondre..
A midi & demi leur armée déboucha fur nous.
Nos gardes avancées , ainſi que les volontaires &
les compagnies de grenadiers , ſe replierent en bon
ordre,& rentrerent dans la ligne , ſans perdre un
ſeulhomme. Au moment même du ſignal convenu,
les travailleurs & toutes les troupes furent à leurs
armes& à leurs poſtes. La gauche fut la premiere
attaquée par deux colonnes , dont l'une cherchoit
à tourner le retranchement , & ſe trouva ſous le
feu du Régiment de la Sarre ; l'autre dirigea ſes
efforts ſur un angle ſaillant , entre Languedoc &
Berry. Le centre où étoit Royal Rouffillon , fut
attaqué preſqu'en même temps par une troiſieme
colonne,& une quatrieme porta ſon attaque vers
la droite , entre les Bataillons de Bearn & de la
Reine.
Comme les troupes de la Colonie & les Canadiens
, qui occupoient la plaine du côté de la riviere
de Saint - Frédéric ne furent point attaqués , ils
fortirent de leur retranchement , prirent en flanc
la colonne qui attaquoit notre droite ,& tomberent
deſſus avec la plus grande valeur ; çes troupes
étoient commandées par le ſieur de Remond , Capitaine.
Environ à cinq heures , la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de Royal Rouſillon , s'étoit
rejettée ſur l'angle ſaillant du retranchement , dé
Lv
202 MERCURE DE FRANCE.
fendu par le Bataillon de Guyenne & par la gauche
de celui de Bearn : la colonne qui avoit attaqué
les Bataillons de la Reine & de Bearn , s'y rejetta
auſſi , de forte que le danger devint très-grand
à cette attaque. M. le Chevalier de Levis s'y porta
avec quelques troupes de la droite : M. le Marquis
de Montcalm y accourut auſſi avec quelques
troupes de réſerve. Ils firent éprouver aux ennemis
une réſiſtance qui rallentit d'abord leur ardeur.
Le ſieur de Bourlamaque fut bleſſé à cette
attaque , & les ſieurs de Sennezergues & de Privat
, Lieutenans-Colonels , le ſuppléerent.
Vers les fix heures , les deux colonnes de la droite
abandonnerent leur attaque , vinrent faire encore
une tentative contre les Bataillons de Royal
Rouffillon & de Berry , &enfin tenterent un dernier
effort à la gauche.
Depuis fix heures juſqu'à ſept , l'armée ennemie
s'occupa de fa retraite , favoriſée par le feu de ſes
troupes légeres , qui dura juſqu'à la nuit.
Pendant l'action , le feu prit en pluſieurs endroits
; mais il fut éteint ſur le champ. On reçur
du Fort en munitions & en rafraîchiſſemens , tousles
ſecours néceſſaires .
L'obſcurité de la nuit , l'épuiſement & le petir
nombre de nos troupes , les forces de l'ennemi
qui , malgré ſa défaite , étoient encore bien ſupérieures
aux nôtres , la nature du pays dans lequel
on ne peut s'engager ſans guides , ne permirent
pas à nos troupes de pourſuivre lesAnglois. On
comptoit même qu'ils reviendroient le lendemain à
lacharge , mais ils avoient abandonné les poſtes
de la Chute & du Portage ; & M. le Chevalier de
Levis qui fut envoyé le lendemain pour les reconnoître
, ne trouva que des traces d'une fuite precipitée.
OCTOBRE. 1758 . 203
Ön eſtime la perte des ennemis d'après le rapport
de leurs priſonniers , à quatre mille hommes
tués ou bleſſés , parmi leſquels il y a pluſieurs
Officiers de marque. Le Lord How & le ſieur
Spitall , Major général des Troupes réglées , ont
été tués.
Cinq cens Sauvages qui étoient dans l'armée
Angloiſe , ſont toujours reſtés derriere , &n'ont
pas voulu prendre part à l'action .
Le ſuccès de cette journée eſt dû aux bonnes
diſpoſitions de M. le Marquis de Montcalm , &
à la valeur de nos troupes. MM. le Chevalier de
Levis & de Bourlamaque , ſe ſont diftingués dans
le commandement de la droite & de la gauche ;
le premier a eu pluſieurs coups de fufil dans fon
habit , & le ſecond a été bleſſé dangereuſement.
M. de Bougainville , Aide de Camp de M. le Marquis
de Montcalm & M. de Langis , ont été
bleſſés à ſes côtés. Tous les Officiers en général
méritent les plus grands éloges .
Nous avons perdu douze Officiers & quatrevingt-
douze foldats tués ſur le champ de bataille.
Il y a eu vingt- cinq Officiers , & deux cens quarante-
huit foldats bleſſés .
Le Corſaire le Moiſſonneur , eſt rentré dans le
port de Dunkerque avec une priſe Angloiſe eſtimée
vingt-deux mille livres , & une rançon de
deux cens cinquante guinées. Il va armer de nouveau
pour ſa troiſieme courſe , qui aura lieu à la
finde ce mois .
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Résumé : Détail de l'affaire qui s'est passée le 8 Juillet entre les Troupes du Roi, commandées par M. le Marquis de Montcalm, & celles d'Angleterre, aux ordre du Général Abercromby.
Le 8 juillet, les troupes françaises dirigées par le Marquis de Montcalm affrontèrent les forces anglaises commandées par le Général Abercromby près du Fort Carillon. Montcalm, envoyé par le Gouverneur Général du Canada, le Marquis de Vaudreuil, avait pour mission de défendre la frontière du Lac Saint-Sacrement. Informé de l'approche d'une armée anglaise de vingt-cinq mille hommes, il prit position à la Chute et fit construire des retranchements autour du Fort Carillon. Le 7 juillet, les troupes françaises renforcèrent leurs défenses. Le 8 juillet, à l'aube, les Anglais lancèrent leur attaque. Les Français, bien positionnés, repoussèrent les assauts ennemis grâce à une défense organisée et à l'utilisation stratégique des abattis et des canons. Les Canadiens et les milices jouèrent un rôle crucial en prenant à revers une colonne ennemie. La bataille dura jusqu'au soir, avec des pertes importantes pour les Anglais, estimées à quatre mille hommes tués ou blessés, incluant plusieurs officiers de haut rang. Les Français perdirent douze officiers et quatre-vingt-douze soldats tués, et vingt-cinq officiers et deux cent quarante-huit soldats blessés. Après la bataille, les Anglais se retirèrent, laissant derrière eux des traces de fuite précipitée. Le succès français fut attribué aux stratégies de Montcalm et au courage des troupes.
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31
p. 197
De Paderborn, le 11 Juillet.
Début :
Il y eut le 5 de ce mois du côté de Halle une escarmouche très-vive entre [...]
Mots clefs :
Escarmouche, Comte de Broglie, Prince Ferdinand , Alliés, Colonel, Régiment, Détachement, Troupes, Cavalerie, Grenadiers, Combat, Renforts, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paderborn, le 11 Juillet.
De Paderborn , le 11 Juillet.
II y a eu les de ce mois du côté de Halle une
efcarmouche très-vive entre un détacheinent des
troupes Françoifes & un corps nombreux des
Alliés. Le Comte de Broglie qui vouloit recon-
noître avec exactitude la pofition du Prince Fer-
dinand , avoit formé le projet de s'emparer de
Halle qui étoit occupé par deux cens Hanovriens.
Il chargea de cette entreprife le fieur de Com-
meyras , Colonel des Volontaires de Clermont ,
qui y marcha avec fon régiment. Il fe fit pré-
céder par un détachement de fes Volontaires
aux ordres du fieur de Romans. Celui-ci s'avança
près du village de Halle , & n'eut pas plutôt
achevé fa difpofition qu'il apperçut une nom
breuse colonne d'Infanterie qui fe déployoit pour
lui faire face. Il fondit fur elle avec tant d'im-
pétuofité , qu'il la força de rentrer dans le Vil
lage où il l'attaqua ; & elle fut contrainte de
l'abandonner. Le fieur de Commeyras arriva
dans ce moment avec le refte de fa troupe , &
pouffa le corps Hanovrien jufques fous le canon
de Ravenfberg. Ce corps eluya dans fa retraite
le feu de quatre cens Volontaires de la None
qui s'étoient embufqués dans les bois de Ra-
venfberg. Mais ayant reçu un renfort de Grena-
diers & de, Cavalerie détaché du camp du Prince
Ferdinand , il fit reculer ces quatre cens Volon-
taires. Le feur de Commeyras , pour favorifer
leur retraite , dirigea fi à propos le feu de fon
canon fur les Hanovriens , qu'ils prirent la fuite
en défordre. Ce combat , qui a duré depuis huit
heures du matin jufqu'à quatre heures après m dì,
a coûté aux Alliés la perte de plus de qub rẻ
cens hommes. Les François ont perdu beaucoup
moins, & font reftés maîtres de-Halle.
II y a eu les de ce mois du côté de Halle une
efcarmouche très-vive entre un détacheinent des
troupes Françoifes & un corps nombreux des
Alliés. Le Comte de Broglie qui vouloit recon-
noître avec exactitude la pofition du Prince Fer-
dinand , avoit formé le projet de s'emparer de
Halle qui étoit occupé par deux cens Hanovriens.
Il chargea de cette entreprife le fieur de Com-
meyras , Colonel des Volontaires de Clermont ,
qui y marcha avec fon régiment. Il fe fit pré-
céder par un détachement de fes Volontaires
aux ordres du fieur de Romans. Celui-ci s'avança
près du village de Halle , & n'eut pas plutôt
achevé fa difpofition qu'il apperçut une nom
breuse colonne d'Infanterie qui fe déployoit pour
lui faire face. Il fondit fur elle avec tant d'im-
pétuofité , qu'il la força de rentrer dans le Vil
lage où il l'attaqua ; & elle fut contrainte de
l'abandonner. Le fieur de Commeyras arriva
dans ce moment avec le refte de fa troupe , &
pouffa le corps Hanovrien jufques fous le canon
de Ravenfberg. Ce corps eluya dans fa retraite
le feu de quatre cens Volontaires de la None
qui s'étoient embufqués dans les bois de Ra-
venfberg. Mais ayant reçu un renfort de Grena-
diers & de, Cavalerie détaché du camp du Prince
Ferdinand , il fit reculer ces quatre cens Volon-
taires. Le feur de Commeyras , pour favorifer
leur retraite , dirigea fi à propos le feu de fon
canon fur les Hanovriens , qu'ils prirent la fuite
en défordre. Ce combat , qui a duré depuis huit
heures du matin jufqu'à quatre heures après m dì,
a coûté aux Alliés la perte de plus de qub rẻ
cens hommes. Les François ont perdu beaucoup
moins, & font reftés maîtres de-Halle.
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Résumé : De Paderborn, le 11 Juillet.
Le 11 juillet, une escarmouche intense a opposé les troupes françaises à un corps nombreux des Alliés près de Halle. Le Comte de Broglie, désirant connaître la position du Prince Ferdinand, avait ordonné la prise de Halle, alors occupée par deux cents Hanovriens. Cette mission fut confiée au Colonel de Commeyras, à la tête des Volontaires de Clermont. Précédé par un détachement de Volontaires sous les ordres de Romans, de Commeyras affronta une colonne d'infanterie ennemie près du village de Halle. Après avoir repoussé les Hanovriens jusqu'au canon de Ravenfberg, les Français furent à leur tour repoussés par des renforts ennemis, incluant des Grenadiers et de la Cavalerie. De Commeyras intervint avec son artillerie, permettant la retraite des Volontaires. Le combat, qui dura de huit heures du matin à quatre heures de l'après-midi, causa la perte de plus de quatre cents hommes aux Alliés, tandis que les Français perdirent beaucoup moins d'hommes et restèrent maîtres de Halle.
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32
p. 199-204
DE LONDRES, le 20 Octobre.
Début :
La Cour a reçu plusieurs lettres du Canada, dont le contenu vient d'être [...]
Mots clefs :
Canada, Troupes, Général, Bataillons, Ennemis, Camp, Indiens d'Amérique, Français, Débarquement, Siège de Québec, Attaques, Blessés et morts, Grenadiers, Avantages, Commandant, Vaisseaux, Amiral, Forts, Capitaine, Courrier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Octobre.
De
LONDRES , le 20 Octobre.
La Cour a reçu plufieurs lettres du Canada ,
dont le contenu vient d'être rendu public , Elles
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
portent en fubftance les nouvelles fuivantes :
Les troupes aux ordres du Général Wolf dé
barquerent le 2 Juin dans l'Ifle d'Orléans. Deux
jours après , le fieur Monckton , Brigadier , fut
détaché avec quatre bataillons pour déloger quel→
ques troupes ennemies , qui occupoient la pointe
de Lévi. Il fit cette entrepriſe le 30 , tandis qu'un
fecond détachement commandé par le Colonel
Carleton s'établiffoit à la pointe occidentale de
l'Ifle. On travailla aufſitôt à conſtruire des batte
ries à la pointe de Lévi . Seize cens Ennemis tra
verferent le fleuve dans l'intention de détruire
nos ouvrages ; mais ils furent repouffés & obligés
de fe retirer avec perte, La Compagnie du Capi +
taine Dancks , qui avoit éte poftée dans les bois
pour couvrir nos travailleurs , fut attaquée par
un corps d'Indiens , & entierement détruite.
Le camp du Général Wolf n'étoit féparé de celui
du Marquis de Montcalm ,que par la riviere de
Montmorenci. Nos troupes firent pluſieurs tenta
tives pour paffer cette riviere;mais elles trouverent
le bod oppofé tout-à-fait inacceffible ; & les Indiens
qui le gardoient leur tuerent une quarantaine
d'hommes. Le 31 Juillet le Général Wolf fir
embarquer à la pointe de Lévi un détachement
fur les efquifs de la flotte. Le vaiffeau le Centurion
entra dans le canal pour protéger les troupes
contre le feu des batteries de l'Ennemi . On gar
nit d'artillerie les hauteurs. Treize Compagnies
de Grenadiers aborderent avec deux cens hommes
du ſecond bataillon Américain . Ils avoient
ordre de ne commencer l'attaque que lorsqu'ils
verroient les brigades des fieurs Monckton &
Townshend à portée de les foutenir. Leur ardeur
ne leur permit pas d'attendre ce fecours.
Ils attaquerent une redoute , & furent foudrøyés
par le feu des François. Il fallut les rappeller , &.
DECEMBRE . 1759. 201
renoncer à cette attaque , où nous avons eu deux
cens hommes tués , & près de fept cens bleffés.
Quelques jours après le Général Wolf envoya
à Chambaud un détachement de douze cen's
hommes , & le magafin que les ennemis y avoient
formé fut brûlé . Ce Général , de concert avec
l'Amiral Saunders , reconnut attentivement l'état
de la place , & la pofition de l'armée Françoife
qui occupoit un camp retranché le long de la
côte de Beauport , depuis la riviere de Saint-
Charles,jufqu'au faut de Montmorency : Il jugea
qu'il étoit impoffible de réuffir dans le fiége de
Québec , à moins qu'on ne vînt à bout de tirer
l'armée Françoile de fa pofition & de l'engager
à une bataille. Après avoir pris l'avis des Officiers-
Généraux , il fut réfolu qu'une partie de la flotte
remonteroit la riviere pour attaquer les vailleaux
ennemis , & que les bateaux plats feroient employés
à débarquer les troupes à trois milles au
dellas de la ville. Cette réfolution fut exécutée le
8 Septembre.
Le débarquement fe fit le 11 une heure avant
le jour à quelque diſtance du Cap Diamant . Le
lendemain l'action s'engagea. Le front de l'ennemi
étoit couvert par des brouffail es. Les François
commencerent l'attaque & chargerent notre
droite avec beaucoup de vivacité . Cette attaque
devint funefte aux deux Généraux. Le Marquis
de Montcalm fut tué à la tête de fes bataillons.
Le Général Wolf eut le même fort ; & les Commandans
en fecond des deux troupes furent
dangereufement bleffés . On fe battit de part &
d'autre avec acharnement. Nos Grenadiers for--
dirent fur l'ennemi la bayonnette au bout du
fufil , & le firent plier de toute part. L'attaque
Fut moins vive à notre gauche. L'Ennemi tenta
plufieurs fois de prendre en flancs mais fes
Iy
202 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens furent toujours arrêtés par l'activité
de nos troupes : enfin reſtés maîtres du champ de
bataille , nous nous emparâmes d'une pièce de
canon , & nous fimes quatorze Officiers prifonniers
de guerre.
Notre avantage avoit été confidérable , mais
il n'étoit pas décifif. Nos Généraux prirent toutes
les mesures néceffaires pour bien fortifier leur
camp. Le 17 , nous n'avions point encore de
batterie établie , & les travaux de la tranchée
étoient à peine commencés . Sur le foir , contre
notre attente , le Commandant de la Place
demanda à capituler. Les articles furent dreffés
pendant la nuit , & fignés le jour fuivant à huit
heures du matin. Nos Généraux ont accordé à
la garniſon tous les honneurs de la guerre. Les
habitans ont été maintenus dans leurs poffeffions ,
& dans la jouiffance de leurs priviléges . On s'eft
engagé à leur conferver le libre exercice de leur
religion . On s'eft déterminé à leur accorder toutes
leurs demandes , parce que la faifon étoit déjà
bien avancée , & qu'on craignoit qu'une plus
longue résistance de leur part n'expofât les
troupes & furtout la flotte à de fâcheux accidens .
La garniſon vient d'être embarquée fur plufieurs
de nos bâtimens , qui doivent la conduire
en France , où elle a demandé d'être tranfportée.
Nous avons trouvé dans la ville fix petits
canons de bronze , cent quatre-vingt-dix canons
de fer , feize mortiers, & quantité de bombes , de
boulets & de munitions. ( L'arrivée des Officiers
François les met à portée de détruire la mauvaile
impreffion que les papiers Anglois ont pu donner
fur leur conduite. )
Du 28.
L'Amiral Saunders a fait embarquer la Garni
fon Françoile de Quebec , avec tous les priſonDECEMBRE.
1759. 203
niers que nos troupes ont fait dans le Canada. Il
mande qu'il a eu avis que les François ont abandonné
tous les Forts qu'ils avoient fur l'Ohio ,
après les avoir démolis ; & qu'ils ont fait dire aux
Indiens qu'ils étoient obligés de fe rapprocher de
Montréal , mais qu'ils efpéroient de retourner
fur l'Ohio l'année prochaine .
Du 6 Novembre.
Depuis qu'on a été informé que le Capitaine
Thurot étoit parti de Dunkerque, on a été trèsattentif
à découvrir la route de fon eſcadre , & à
prendre des mefures pour faire échouer fes def
Teins que l'on ignore. Quelques bâtimens Hollandois
qui font entrés dans nos Ports ont déclaré
qu'ils avoient apperçu cette efcadre à la hauteur
de Texel , faifant voile vers le Nord. Le Chef
d'Efcadre Boys a ordre de la poursuivre. Il arriva
le 25 du mois dernier à Edimbourg , où il s'arrêta
quelques heures pour renouveller fes provifions ;
& il en partit enfuite pour aller à la recherche de
cet ennemi. On a détaché plufieurs corvettes qui
ont ordre de croifer le long des Côtes orientales
d'Angleterre & d'Ecoffe. Le Chevalier Brett doit
fe porter inceffamment fur la Côte d'Irlande ,
pour veiller à la fureté de ce Royaume.
L'Amiral Broderick continue de croifer à la
hauteur de Cadix , pour empêcher la fortie des
vaiffeaux qui faifoient partie de l'efcadre du fieur
de la Clue , & qui ont relâché dans ce Port. Le
Chef d'Elcadre Duff eft avec dix vailleaux devant
la baye de Quiberon en Bretagne.
L'Amiral Hawke eft devant Breft avec vingtun
vaiffeaux de ligne. Il a informé la Cour que
le Maréchal de Conflans avoit reçu des ordres
pofitifs de mettre à la voile, & qu'on doit s'at
tendre qu'il les exécutera inceffamment . L'efca
dre de l'Amiral Hawke a été affoiblie par l'e
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
détachementqu'il a eu ordre de faire de quelques
vaiffeaux de guerre qui font partis pour aller
croifer à la hauteur du Cap de Finiftere. L'objet
de ce détachement eft d'arrêter l'efcadre du fieur
de Bompart , qui eft en route pour revenir fur
les Côtes de France.
150
Le 31 , on dépêcha un Courier au Roi de Pruffe.
On le dit chargé de porter à ce Prince le renouvellement
du Traité de Subfide entre les Cours
de Londres & de Berlin. Le fubfi te accordé à Sa
Majefté Pruffienne pour l'année prochaine , eft
d'un million de livres fterling. On affure que le
Traité avec le Landgrave de Helle- Caffel fera renouvellé
incellamment , & que ce Prince fournira
un nouveau corps de fix mille hommes à la
folde de l'Angleterre .
Un Courier arriva de Petersbourg ce même
jour. On n'a rien publié jufqu'à prélent du contenu
de les dépêches . Mais on fçait que le fieur
Keith , Miniftre du Roi à la Cour de Ruffie , a été
trompé dans l'efpérance qu'il avoit conçue d'engager
cette Couronne à retirer les troupes.
LONDRES , le 20 Octobre.
La Cour a reçu plufieurs lettres du Canada ,
dont le contenu vient d'être rendu public , Elles
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
portent en fubftance les nouvelles fuivantes :
Les troupes aux ordres du Général Wolf dé
barquerent le 2 Juin dans l'Ifle d'Orléans. Deux
jours après , le fieur Monckton , Brigadier , fut
détaché avec quatre bataillons pour déloger quel→
ques troupes ennemies , qui occupoient la pointe
de Lévi. Il fit cette entrepriſe le 30 , tandis qu'un
fecond détachement commandé par le Colonel
Carleton s'établiffoit à la pointe occidentale de
l'Ifle. On travailla aufſitôt à conſtruire des batte
ries à la pointe de Lévi . Seize cens Ennemis tra
verferent le fleuve dans l'intention de détruire
nos ouvrages ; mais ils furent repouffés & obligés
de fe retirer avec perte, La Compagnie du Capi +
taine Dancks , qui avoit éte poftée dans les bois
pour couvrir nos travailleurs , fut attaquée par
un corps d'Indiens , & entierement détruite.
Le camp du Général Wolf n'étoit féparé de celui
du Marquis de Montcalm ,que par la riviere de
Montmorenci. Nos troupes firent pluſieurs tenta
tives pour paffer cette riviere;mais elles trouverent
le bod oppofé tout-à-fait inacceffible ; & les Indiens
qui le gardoient leur tuerent une quarantaine
d'hommes. Le 31 Juillet le Général Wolf fir
embarquer à la pointe de Lévi un détachement
fur les efquifs de la flotte. Le vaiffeau le Centurion
entra dans le canal pour protéger les troupes
contre le feu des batteries de l'Ennemi . On gar
nit d'artillerie les hauteurs. Treize Compagnies
de Grenadiers aborderent avec deux cens hommes
du ſecond bataillon Américain . Ils avoient
ordre de ne commencer l'attaque que lorsqu'ils
verroient les brigades des fieurs Monckton &
Townshend à portée de les foutenir. Leur ardeur
ne leur permit pas d'attendre ce fecours.
Ils attaquerent une redoute , & furent foudrøyés
par le feu des François. Il fallut les rappeller , &.
DECEMBRE . 1759. 201
renoncer à cette attaque , où nous avons eu deux
cens hommes tués , & près de fept cens bleffés.
Quelques jours après le Général Wolf envoya
à Chambaud un détachement de douze cen's
hommes , & le magafin que les ennemis y avoient
formé fut brûlé . Ce Général , de concert avec
l'Amiral Saunders , reconnut attentivement l'état
de la place , & la pofition de l'armée Françoife
qui occupoit un camp retranché le long de la
côte de Beauport , depuis la riviere de Saint-
Charles,jufqu'au faut de Montmorency : Il jugea
qu'il étoit impoffible de réuffir dans le fiége de
Québec , à moins qu'on ne vînt à bout de tirer
l'armée Françoile de fa pofition & de l'engager
à une bataille. Après avoir pris l'avis des Officiers-
Généraux , il fut réfolu qu'une partie de la flotte
remonteroit la riviere pour attaquer les vailleaux
ennemis , & que les bateaux plats feroient employés
à débarquer les troupes à trois milles au
dellas de la ville. Cette réfolution fut exécutée le
8 Septembre.
Le débarquement fe fit le 11 une heure avant
le jour à quelque diſtance du Cap Diamant . Le
lendemain l'action s'engagea. Le front de l'ennemi
étoit couvert par des brouffail es. Les François
commencerent l'attaque & chargerent notre
droite avec beaucoup de vivacité . Cette attaque
devint funefte aux deux Généraux. Le Marquis
de Montcalm fut tué à la tête de fes bataillons.
Le Général Wolf eut le même fort ; & les Commandans
en fecond des deux troupes furent
dangereufement bleffés . On fe battit de part &
d'autre avec acharnement. Nos Grenadiers for--
dirent fur l'ennemi la bayonnette au bout du
fufil , & le firent plier de toute part. L'attaque
Fut moins vive à notre gauche. L'Ennemi tenta
plufieurs fois de prendre en flancs mais fes
Iy
202 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens furent toujours arrêtés par l'activité
de nos troupes : enfin reſtés maîtres du champ de
bataille , nous nous emparâmes d'une pièce de
canon , & nous fimes quatorze Officiers prifonniers
de guerre.
Notre avantage avoit été confidérable , mais
il n'étoit pas décifif. Nos Généraux prirent toutes
les mesures néceffaires pour bien fortifier leur
camp. Le 17 , nous n'avions point encore de
batterie établie , & les travaux de la tranchée
étoient à peine commencés . Sur le foir , contre
notre attente , le Commandant de la Place
demanda à capituler. Les articles furent dreffés
pendant la nuit , & fignés le jour fuivant à huit
heures du matin. Nos Généraux ont accordé à
la garniſon tous les honneurs de la guerre. Les
habitans ont été maintenus dans leurs poffeffions ,
& dans la jouiffance de leurs priviléges . On s'eft
engagé à leur conferver le libre exercice de leur
religion . On s'eft déterminé à leur accorder toutes
leurs demandes , parce que la faifon étoit déjà
bien avancée , & qu'on craignoit qu'une plus
longue résistance de leur part n'expofât les
troupes & furtout la flotte à de fâcheux accidens .
La garniſon vient d'être embarquée fur plufieurs
de nos bâtimens , qui doivent la conduire
en France , où elle a demandé d'être tranfportée.
Nous avons trouvé dans la ville fix petits
canons de bronze , cent quatre-vingt-dix canons
de fer , feize mortiers, & quantité de bombes , de
boulets & de munitions. ( L'arrivée des Officiers
François les met à portée de détruire la mauvaile
impreffion que les papiers Anglois ont pu donner
fur leur conduite. )
Du 28.
L'Amiral Saunders a fait embarquer la Garni
fon Françoile de Quebec , avec tous les priſonDECEMBRE.
1759. 203
niers que nos troupes ont fait dans le Canada. Il
mande qu'il a eu avis que les François ont abandonné
tous les Forts qu'ils avoient fur l'Ohio ,
après les avoir démolis ; & qu'ils ont fait dire aux
Indiens qu'ils étoient obligés de fe rapprocher de
Montréal , mais qu'ils efpéroient de retourner
fur l'Ohio l'année prochaine .
Du 6 Novembre.
Depuis qu'on a été informé que le Capitaine
Thurot étoit parti de Dunkerque, on a été trèsattentif
à découvrir la route de fon eſcadre , & à
prendre des mefures pour faire échouer fes def
Teins que l'on ignore. Quelques bâtimens Hollandois
qui font entrés dans nos Ports ont déclaré
qu'ils avoient apperçu cette efcadre à la hauteur
de Texel , faifant voile vers le Nord. Le Chef
d'Efcadre Boys a ordre de la poursuivre. Il arriva
le 25 du mois dernier à Edimbourg , où il s'arrêta
quelques heures pour renouveller fes provifions ;
& il en partit enfuite pour aller à la recherche de
cet ennemi. On a détaché plufieurs corvettes qui
ont ordre de croifer le long des Côtes orientales
d'Angleterre & d'Ecoffe. Le Chevalier Brett doit
fe porter inceffamment fur la Côte d'Irlande ,
pour veiller à la fureté de ce Royaume.
L'Amiral Broderick continue de croifer à la
hauteur de Cadix , pour empêcher la fortie des
vaiffeaux qui faifoient partie de l'efcadre du fieur
de la Clue , & qui ont relâché dans ce Port. Le
Chef d'Elcadre Duff eft avec dix vailleaux devant
la baye de Quiberon en Bretagne.
L'Amiral Hawke eft devant Breft avec vingtun
vaiffeaux de ligne. Il a informé la Cour que
le Maréchal de Conflans avoit reçu des ordres
pofitifs de mettre à la voile, & qu'on doit s'at
tendre qu'il les exécutera inceffamment . L'efca
dre de l'Amiral Hawke a été affoiblie par l'e
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
détachementqu'il a eu ordre de faire de quelques
vaiffeaux de guerre qui font partis pour aller
croifer à la hauteur du Cap de Finiftere. L'objet
de ce détachement eft d'arrêter l'efcadre du fieur
de Bompart , qui eft en route pour revenir fur
les Côtes de France.
150
Le 31 , on dépêcha un Courier au Roi de Pruffe.
On le dit chargé de porter à ce Prince le renouvellement
du Traité de Subfide entre les Cours
de Londres & de Berlin. Le fubfi te accordé à Sa
Majefté Pruffienne pour l'année prochaine , eft
d'un million de livres fterling. On affure que le
Traité avec le Landgrave de Helle- Caffel fera renouvellé
incellamment , & que ce Prince fournira
un nouveau corps de fix mille hommes à la
folde de l'Angleterre .
Un Courier arriva de Petersbourg ce même
jour. On n'a rien publié jufqu'à prélent du contenu
de les dépêches . Mais on fçait que le fieur
Keith , Miniftre du Roi à la Cour de Ruffie , a été
trompé dans l'efpérance qu'il avoit conçue d'engager
cette Couronne à retirer les troupes.
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Résumé : DE LONDRES, le 20 Octobre.
En 1759, des événements militaires significatifs se sont déroulés au Canada. Le 2 juin, les troupes du Général Wolfe ont débarqué sur l'île d'Orléans. Le Brigadier Monckton a été chargé de déloger des troupes ennemies à la pointe de Lévi, tandis que le Colonel Carleton établissait une position à l'ouest de l'île. Les Britanniques ont construit des batteries à la pointe de Lévi, repoussant une attaque ennemie de 160 hommes. Cependant, une compagnie britannique a été détruite par des Indiens. Le 31 juillet, Wolfe a tenté une attaque sur les lignes françaises mais a subi de lourdes pertes. Quelques jours plus tard, un détachement britannique a brûlé un magasin ennemi à Chambaud. Wolfe et l'Amiral Saunders ont décidé d'attaquer Québec en remontant la rivière et en débarquant les troupes à trois milles de la ville. Le 11 septembre, les troupes ont débarqué près du Cap Diamant et ont engagé le combat le lendemain. Les généraux Wolfe et Montcalm ont été tués. Les Britanniques ont pris le contrôle du champ de bataille, capturant des prisonniers et des canons. Le commandant français a demandé à capituler le 17 septembre. Les Britanniques ont accordé à la garnison les honneurs de la guerre et ont embarqué les prisonniers pour la France. Par ailleurs, l'Amiral Saunders a reçu des informations sur l'abandon des forts français sur l'Ohio. En Europe, des mesures ont été prises pour contrer les mouvements de l'escadre française du Capitaine Thurot. Divers amiraux britanniques surveillaient les côtes pour empêcher les sorties de vaisseaux français. Un traité de subside entre l'Angleterre et la Prusse a été renouvelé, et un courier a été envoyé à Petersbourg sans que le contenu des dépêches soit divulgué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 201-202
DE FRANCFORT, le 8 Décembre.
Début :
Le Prince héréditaire de Brunswick ayant été détaché de l'armée [...]
Mots clefs :
Prince Héréditaire de Brunswick, Prince Ferdinand , Duc, Postes militaires, Grenadiers, Régiments, Infanterie, Cavalerie, Déplacement des troupes, Attaque, Ennemis, Expédition, Retraite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE FRANCFORT, le 8 Décembre.
De FRANCFORT , le 8 Décembre.
Le Prince héréditaire de Brunfwick ayant été
détaché de l'armée du Prince Ferdinand avec un
nombre confidérable de troupes , s'eft porté par
des marches forcées vers Fulde , où le Duc de
Wirtemberg étoit depuis quelques jours avec fes
troupes , que le Roi a prifes à fa folde , & dont
une partie s'étoit avancée dans la Heffe . Les
Poftes avancés du Duc de Wirtemberg ayant été
forcés de fe replier , le Prince héréditaire s'avança
rapidement vers Fulde , & parut le premier
de ce mois à neuf heures du matin près de
cette Ville .
Le Duc de Wirtemberg avoit déja raffemblé
la plus grande partie de fes Grenadiers & quelques
piéces de canon avec un de fes Régimens de
Cuiralliers fur la rive gauche de la Fulde , difpu
tant le terrein aux Ennemis , afin d'avoir le temps;
de faire arriver le refte de fes troupes.
Pendant ce temps-là , le Prince héréditaire
I w
202 MERCURE, DE FRANCE.
avançoit en force vers Fulde , faiſant filer par
fa droite une colonne d'Infanterie & de Cava-
Jerie pour attaquer les ponts & couper la retraite
du Duc de Wirtemberg. Le pont de la
Ville fur attaqué avec beaucoup de vigueur. Les
Grenadiers de Wirtemberg s'y défendirent avec
toute la valeur poffible ; mais le canon des Ennemis
qui les plongeoit , les maltraita extrêmement.
Ils fe retirerent en fe défendant pied - àpied
dans la Ville. Le fecond pont fut également
force ; le canon des Ennemis ayant tou-
Jours la fupériorité , & les Grenadiers de Wirten
berg continuant de montrer la même valeur.,
La Ville fut difputée ; mais les Ennemis la foumirent.
Ce Prince fe trouvoit alors léparé d'une
grande partie de fon corps d'armée , qui n'avoit
pu arriver à cauſe de l'éloignement de fa pofition
. Il fut obligé d'ordonner la retraite , qui ſe
fit fous les yeux des Ennemis avec tout l'ordre
poffible jufqu'au-delà du pont de l'Enherode , fur
un des ruilleaux que forme la riviere de Fulde.
Après cette expédition le Prince héréditaire
s'eft replié ; & dès le 2 de ce mois, les Huffards
du Duc de Wirtemberg étoient rentrés dans
Fulde.
Le Prince héréditaire de Brunfwick ayant été
détaché de l'armée du Prince Ferdinand avec un
nombre confidérable de troupes , s'eft porté par
des marches forcées vers Fulde , où le Duc de
Wirtemberg étoit depuis quelques jours avec fes
troupes , que le Roi a prifes à fa folde , & dont
une partie s'étoit avancée dans la Heffe . Les
Poftes avancés du Duc de Wirtemberg ayant été
forcés de fe replier , le Prince héréditaire s'avança
rapidement vers Fulde , & parut le premier
de ce mois à neuf heures du matin près de
cette Ville .
Le Duc de Wirtemberg avoit déja raffemblé
la plus grande partie de fes Grenadiers & quelques
piéces de canon avec un de fes Régimens de
Cuiralliers fur la rive gauche de la Fulde , difpu
tant le terrein aux Ennemis , afin d'avoir le temps;
de faire arriver le refte de fes troupes.
Pendant ce temps-là , le Prince héréditaire
I w
202 MERCURE, DE FRANCE.
avançoit en force vers Fulde , faiſant filer par
fa droite une colonne d'Infanterie & de Cava-
Jerie pour attaquer les ponts & couper la retraite
du Duc de Wirtemberg. Le pont de la
Ville fur attaqué avec beaucoup de vigueur. Les
Grenadiers de Wirtemberg s'y défendirent avec
toute la valeur poffible ; mais le canon des Ennemis
qui les plongeoit , les maltraita extrêmement.
Ils fe retirerent en fe défendant pied - àpied
dans la Ville. Le fecond pont fut également
force ; le canon des Ennemis ayant tou-
Jours la fupériorité , & les Grenadiers de Wirten
berg continuant de montrer la même valeur.,
La Ville fut difputée ; mais les Ennemis la foumirent.
Ce Prince fe trouvoit alors léparé d'une
grande partie de fon corps d'armée , qui n'avoit
pu arriver à cauſe de l'éloignement de fa pofition
. Il fut obligé d'ordonner la retraite , qui ſe
fit fous les yeux des Ennemis avec tout l'ordre
poffible jufqu'au-delà du pont de l'Enherode , fur
un des ruilleaux que forme la riviere de Fulde.
Après cette expédition le Prince héréditaire
s'eft replié ; & dès le 2 de ce mois, les Huffards
du Duc de Wirtemberg étoient rentrés dans
Fulde.
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Résumé : DE FRANCFORT, le 8 Décembre.
Le 8 décembre, le Prince héréditaire de Brunswick, accompagné de troupes, a quitté l'armée du Prince Ferdinand pour se diriger vers Fulde. Le Duc de Wurtemberg, présent à Fulde avec ses forces, avait déjà avancé une partie de ses troupes en Hesse. Le Prince héréditaire a atteint Fulde le 1er décembre. Le Duc de Wurtemberg avait positionné ses grenadiers et quelques canons sur la rive gauche de la Fulde pour défendre la ville. Le Prince héréditaire a envoyé une colonne d'infanterie et de cavalerie pour attaquer les ponts et couper la retraite du Duc de Wurtemberg. Malgré une défense vaillante, les grenadiers de Wurtemberg ont dû se retirer dans la ville face à la supériorité de l'artillerie ennemie. La ville de Fulde a été disputée et finalement soumise par les forces ennemies. Le Duc de Wurtemberg, séparé d'une grande partie de son armée, a ordonné une retraite ordonnée jusqu'au-delà du pont de l'Enherode. Après cette expédition, le Prince héréditaire s'est replié, et dès le 2 décembre, les hussards du Duc de Wurtemberg étaient rentrés à Fulde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 190-194
De l'Armée de l'Empire, le 21 Août.
Début :
Le Feld-Maréchal Prince de Deux-Ponts, ayant résolu d'obliger les Prussiens [...]
Mots clefs :
Armée, Feld-maréchal, Prince de Deux-Ponts, Général, Mouvements des troupes, Prussiens, Corps, Ennemis, Camps militaires, Colonel, Ordre, Attaques, Résistance, Positions, Détachement, Cavalerie, Artillerie, Infanterie, Grenadiers, Prince Henri, Marche, Forces armées, Perte de l'ennemi, Champ de bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée de l'Empire, le 21 Août.
De l'Armée de l'Empire , le 21 Août.
Le Feld-Maréchal Prince de Deux -Ponts , ayant
réfolu d'obligerles Pruffiens à quitter les environs
de Drefde , fit avancer , dès le de ce mois , le
Prince de Stolberg avec la réferve à Keffeldorff.
Le Général de Weczey fe porta avec les troupes
Jégéres à Wilfdruff , d'où il étendit les poftes jufqu'à
Weiffdrop & Lamperfdorff. En même temps
le Général de Klééfeld marcha de Freyberg à Auguftulberg
, & il fit occuper par des détachemens
Roffwein & Seligenstadt . Ces difpofitions obligerent
les Pruffiens à fe retirer de la Ville de Noffen .
Il ne fe fit le 10 & le 11 aucun mouvement confidérable
, les poftes que nous avions du côté de
Seligenstadt furent attaqués par un Corps de Huffards
& de Dragons Pruffiens ; mais il fut repous
fé & fuivi jufqu'à Windifchbora ; l'on fit dans cetteoccafion
plufieurs prifonniers. Le pofte de Roffwein
fut attaqué le 11 par des forces fupérieures ,
& nos troupes furent obligées de fe replier. Mais
les Pruffiens , après avoir exigé des contributions
de cette petite ville , l'abandonnerent la nuit fuivante
; & nous y rentrâmes auffitôt . On eut avis
le même jour , que les ennemis raffembloient
au- deffous de leur Camp un grand nombre de
bateaux ; ce qui détermina le Prince de Deux-
Ponts à renforcer par un Corps de Grenadiers
& de Huffards le Colonel de Zetwitz , qui étoit
chargé de garder , avec les Bannaliſtes , la rive
OCTOBRE. 1760 191
droite de l'Elbe . On apprit que le fieur de Graven ,
Colonel dans le Régiment de Baroniai , avoit
marché de Gera à Naumbourg , & qu'à ſon approche
, le Colonel de Salemon s'étoit replie
fur Léipfick , & le Capitaine Kowars ſur Merſe
bourg.
L'Armée eut ordre , le 12 au foir , de fe tenir
prête à marcher. Les Grenadiers & les Carabiniers
, avec l'artillerie de réſerve , fe mirent en
mouvement , à l'entrée de la nuit , fous les ordres
du Lieutenant Général Comte de Guafco.
L'Armée décampa de Plawen , le 13 à la pointe
du jour , & marcha vers Meiffen . Elle établit fon
camp près de Reiodorff, fa droite appuyée à
Conitabel , & fa gauche à Sora . Le corps du
Général de Guafco prit pofte entre Seligenstadt
& Burckerswalde . Le Prince de Deux-Ponts fit
en même temps attaquer les poftes avancés des
ennemis par la réſerve du Général Prince de
Stolberg. Cette attaque eut tout le fuccès qu'on
pouvoit defirer. On délogea les Pruffiens des hauteurs
de Polentz & de Sihenrichen , & on les
pouffa jufqu'aux Fauxbourgs de Meiffen.Le Géné
ral Klééfeld chaffa auffi les ennemis des retran--
chemens qu'ils occupoient du côté d'Auguſtuſberg
, & il les repouffa jufqu'à Katzenhaufen :
pendant qu'on exécutoit ces attaques à la gauche
de l'Elbe , le Colonel de Zetwitz fe pofta fur la
droite à Alten- Clofter au - deffous du camp des
Ennemis , & il brûla les bateaux qu'ils y avoient
raffemblés . Il s'en trouva plufieurs qui venoient
d'arriver de Torgau , & qui étoient chargés de
vivres & de munitions de guerre. On continua ,
le 14 , de pouffer les Pruffiens de pofte en pofte ,
ils furent délogés des hauteurs de Katzenhaufen,
ainfi que des Villages de Miltitz , de Sopen & de
Gregitz , & ils le retirerent dans leur camp re
91 MERCURE DE FRANCE
tranché entre Lotayn & Meyffen, L'Armée occur
pa le pofte de Katzenhaufen , & le quartier général
fut établi à Haynitz. La Ville de Meiffen
fut évacuée , & nous en prîmes poffeffion . On y
trouva un magazin confidérable & beaucoup d'armes
. Un des fauxbourgs avoit été brûlé la veille ,
par ordre du Commandant Pruffien .
L'armée ne fit aucun mouvement le rs & le 16;
le Maréchal Prince de Deux - Ponts alla reconnoître
le Camp Pruffien , & il en trouva la poſition extrêmement
avantageufe. La difficulté de le forcer
lui fit prendre la réfolution d'en déloger l'ennemi
, en lui coupant fes communications ; dans ce
deffein il pouffa le corps de réſerve en avant juſqu'à
Giezenhayn fur le chemin de Lomatfch. Ce
mouvement détermina le Général Hulsen à quitter
fa pofition. L'Armée Pruffienne détendit fon
camp à dix heures du foir . Elle marcha toure
la nuit par Nieder-Miltitz , & par Welfch , &
elle alla camper entre Riefa & Brauffnitz. Auffitôt
qu'on eut avis de fa retraite , les troupes légéres
& quelques détachemens de Cavalerie furent
envoyés à fa pourſuite. On amena plufieurs
prifonniers avec quelques chevaux . Le Colonel
Zetwitz continua , le même jour , de marcher
le long de la rive droite de l'Elbe ; il fe porta de
de Wienbiehla à Zahdel , où il brûla encore fix
bateaux qui venoient de Torgau chargés de vivres
& de fourages pour l'Armée Pruffienne. Il y eur ,
près de Waldheim , une vive efcarmouche entre un
gros détachement Pruffien fous les ordres du Cofonel
de Kleift & un corps de nos Chaffeurs com .
mandé par le Colonel Otto ; ce dernier fut obligé
de fe replier fur Sloha . Il ne fut point pourfuivi
par les Pruffiens.
On fe remit en marche le 17 à midi , & l'on
occupa les hauteurs de Lomatfch. Le Corps des
Grenadiers
OCTOBRE . 1760. 193
Grenadiers fut porté en avant , & le Colonel de
Zetwitz fe pofta a Zeidlitz , d'où il poulla des Détachemens
jufqu'a Zehrhauzen. La réſerve du
Prince de Stolberg , qui avoit cottoyé les Pruffiens
pendant leur marche , prit poſte à Staucha..
Nous fumes informés , le lendemain au matin,
que l'armée Prullienne avoit profité de l'obfcurité
pour continuer fa retraite fur Strehla , & qu'elle
y campoit dans la même pofition que le Prince.
Henri avoit occupée l'année précédente. Sur cette.
nouvelle , l'Armée reçut ordre de poursuivre fa
marche , & elle vint camper à Riefa , où le quartier
général fut établi . On fit le même jour quel
ques prifonniers aux Pruffiens, & l'on reçut un
grand nombre de déſerteurs.
Le Maréchal Prince de Deux Ponts alla reconnoître
, le 19 au matin , avec le Baron de Haddick
, la pofition des Pruffiens. Il remarqua qu'ils
Occupoient une étendue beaucoup plus confidérable
que leurs forces ne leur permettoient. Cette
circonftance le détermina à les attaquer dès le
lendemain.
On le mit en marche , à minuit , du Camp de
Riela fur quatre colonnes ; & l'on fut , avant le
jour , à la portée de l'ennemi. La principale attaque
fut dirigée contre le Corps qui occupoit les
retranchemens de la montagne de Dirrenberg,
& le foin en fut confié au Prince de Stolberg. Ce
Général, à la tête de la réſerve ſoutenue par les
Grenadiers & par les Régimens de Palavicini &
de Saxe-Gotha aux ordres du Général Comte de
Guafco , commença l'attaque au point du jour.
Notre artillerie fut fi bien fervie , que les bateries
des ennemis furent démontées en peu de
temps ; & en moins de demi heure , nous fumes
maîtres de ce pofte important. Les ennemis fe
replierent en défordre fur une hauteur qu'ils
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
avoient derriere eux . Ils firent pendant quelques
hêúres une vigoureuſe réſiſtance ; mais le Géné
ral de Kleefeld , qui étoit chargé d'une des atta
ques , les prit en flanc avec tant de vivacité , qu'il
les obligea d'abandonner ce fecond poſte. Ils le res
tirèrent dans les retranchemens de Strehla , laillant
fur le champ de bataille un grand nombre de
morts & de bleffés . Il étoit à peine huit heures du
matin, lorſque nos troupes remporterent ce fecond
avantage.
Cependant les ennemis occupoient en Force
leur Camp de Strehla. Pour en rendre l'accès plus
difficile , ils mirent le feu à deux villages qu'ils
avoient en avant. Mais lorfqu'ils virent qu'on fe
difpofoit à les attaquer , ils fe retirèrent du côté de
Torgau , à travers les bois & les défilés. Le Maréchal
Prince de Deux- Ponts détacha fur le champ
pour les pourfuivre fes troupes légères , foutenues
par quelques régimens de Cavalerie & de Dragons,
fous les ordres du Lieutenant Général Comte
de Lanthieri. La perte des ennemis n'eſt pas
encore conftatée ; mais on eftime qu'elle monte
à plus de deux mille hommes , & qu'elle eft au
moins double de la nôtre.
Le Feld-Maréchal Prince de Deux -Ponts , ayant
réfolu d'obligerles Pruffiens à quitter les environs
de Drefde , fit avancer , dès le de ce mois , le
Prince de Stolberg avec la réferve à Keffeldorff.
Le Général de Weczey fe porta avec les troupes
Jégéres à Wilfdruff , d'où il étendit les poftes jufqu'à
Weiffdrop & Lamperfdorff. En même temps
le Général de Klééfeld marcha de Freyberg à Auguftulberg
, & il fit occuper par des détachemens
Roffwein & Seligenstadt . Ces difpofitions obligerent
les Pruffiens à fe retirer de la Ville de Noffen .
Il ne fe fit le 10 & le 11 aucun mouvement confidérable
, les poftes que nous avions du côté de
Seligenstadt furent attaqués par un Corps de Huffards
& de Dragons Pruffiens ; mais il fut repous
fé & fuivi jufqu'à Windifchbora ; l'on fit dans cetteoccafion
plufieurs prifonniers. Le pofte de Roffwein
fut attaqué le 11 par des forces fupérieures ,
& nos troupes furent obligées de fe replier. Mais
les Pruffiens , après avoir exigé des contributions
de cette petite ville , l'abandonnerent la nuit fuivante
; & nous y rentrâmes auffitôt . On eut avis
le même jour , que les ennemis raffembloient
au- deffous de leur Camp un grand nombre de
bateaux ; ce qui détermina le Prince de Deux-
Ponts à renforcer par un Corps de Grenadiers
& de Huffards le Colonel de Zetwitz , qui étoit
chargé de garder , avec les Bannaliſtes , la rive
OCTOBRE. 1760 191
droite de l'Elbe . On apprit que le fieur de Graven ,
Colonel dans le Régiment de Baroniai , avoit
marché de Gera à Naumbourg , & qu'à ſon approche
, le Colonel de Salemon s'étoit replie
fur Léipfick , & le Capitaine Kowars ſur Merſe
bourg.
L'Armée eut ordre , le 12 au foir , de fe tenir
prête à marcher. Les Grenadiers & les Carabiniers
, avec l'artillerie de réſerve , fe mirent en
mouvement , à l'entrée de la nuit , fous les ordres
du Lieutenant Général Comte de Guafco.
L'Armée décampa de Plawen , le 13 à la pointe
du jour , & marcha vers Meiffen . Elle établit fon
camp près de Reiodorff, fa droite appuyée à
Conitabel , & fa gauche à Sora . Le corps du
Général de Guafco prit pofte entre Seligenstadt
& Burckerswalde . Le Prince de Deux-Ponts fit
en même temps attaquer les poftes avancés des
ennemis par la réſerve du Général Prince de
Stolberg. Cette attaque eut tout le fuccès qu'on
pouvoit defirer. On délogea les Pruffiens des hauteurs
de Polentz & de Sihenrichen , & on les
pouffa jufqu'aux Fauxbourgs de Meiffen.Le Géné
ral Klééfeld chaffa auffi les ennemis des retran--
chemens qu'ils occupoient du côté d'Auguſtuſberg
, & il les repouffa jufqu'à Katzenhaufen :
pendant qu'on exécutoit ces attaques à la gauche
de l'Elbe , le Colonel de Zetwitz fe pofta fur la
droite à Alten- Clofter au - deffous du camp des
Ennemis , & il brûla les bateaux qu'ils y avoient
raffemblés . Il s'en trouva plufieurs qui venoient
d'arriver de Torgau , & qui étoient chargés de
vivres & de munitions de guerre. On continua ,
le 14 , de pouffer les Pruffiens de pofte en pofte ,
ils furent délogés des hauteurs de Katzenhaufen,
ainfi que des Villages de Miltitz , de Sopen & de
Gregitz , & ils le retirerent dans leur camp re
91 MERCURE DE FRANCE
tranché entre Lotayn & Meyffen, L'Armée occur
pa le pofte de Katzenhaufen , & le quartier général
fut établi à Haynitz. La Ville de Meiffen
fut évacuée , & nous en prîmes poffeffion . On y
trouva un magazin confidérable & beaucoup d'armes
. Un des fauxbourgs avoit été brûlé la veille ,
par ordre du Commandant Pruffien .
L'armée ne fit aucun mouvement le rs & le 16;
le Maréchal Prince de Deux - Ponts alla reconnoître
le Camp Pruffien , & il en trouva la poſition extrêmement
avantageufe. La difficulté de le forcer
lui fit prendre la réfolution d'en déloger l'ennemi
, en lui coupant fes communications ; dans ce
deffein il pouffa le corps de réſerve en avant juſqu'à
Giezenhayn fur le chemin de Lomatfch. Ce
mouvement détermina le Général Hulsen à quitter
fa pofition. L'Armée Pruffienne détendit fon
camp à dix heures du foir . Elle marcha toure
la nuit par Nieder-Miltitz , & par Welfch , &
elle alla camper entre Riefa & Brauffnitz. Auffitôt
qu'on eut avis de fa retraite , les troupes légéres
& quelques détachemens de Cavalerie furent
envoyés à fa pourſuite. On amena plufieurs
prifonniers avec quelques chevaux . Le Colonel
Zetwitz continua , le même jour , de marcher
le long de la rive droite de l'Elbe ; il fe porta de
de Wienbiehla à Zahdel , où il brûla encore fix
bateaux qui venoient de Torgau chargés de vivres
& de fourages pour l'Armée Pruffienne. Il y eur ,
près de Waldheim , une vive efcarmouche entre un
gros détachement Pruffien fous les ordres du Cofonel
de Kleift & un corps de nos Chaffeurs com .
mandé par le Colonel Otto ; ce dernier fut obligé
de fe replier fur Sloha . Il ne fut point pourfuivi
par les Pruffiens.
On fe remit en marche le 17 à midi , & l'on
occupa les hauteurs de Lomatfch. Le Corps des
Grenadiers
OCTOBRE . 1760. 193
Grenadiers fut porté en avant , & le Colonel de
Zetwitz fe pofta a Zeidlitz , d'où il poulla des Détachemens
jufqu'a Zehrhauzen. La réſerve du
Prince de Stolberg , qui avoit cottoyé les Pruffiens
pendant leur marche , prit poſte à Staucha..
Nous fumes informés , le lendemain au matin,
que l'armée Prullienne avoit profité de l'obfcurité
pour continuer fa retraite fur Strehla , & qu'elle
y campoit dans la même pofition que le Prince.
Henri avoit occupée l'année précédente. Sur cette.
nouvelle , l'Armée reçut ordre de poursuivre fa
marche , & elle vint camper à Riefa , où le quartier
général fut établi . On fit le même jour quel
ques prifonniers aux Pruffiens, & l'on reçut un
grand nombre de déſerteurs.
Le Maréchal Prince de Deux Ponts alla reconnoître
, le 19 au matin , avec le Baron de Haddick
, la pofition des Pruffiens. Il remarqua qu'ils
Occupoient une étendue beaucoup plus confidérable
que leurs forces ne leur permettoient. Cette
circonftance le détermina à les attaquer dès le
lendemain.
On le mit en marche , à minuit , du Camp de
Riela fur quatre colonnes ; & l'on fut , avant le
jour , à la portée de l'ennemi. La principale attaque
fut dirigée contre le Corps qui occupoit les
retranchemens de la montagne de Dirrenberg,
& le foin en fut confié au Prince de Stolberg. Ce
Général, à la tête de la réſerve ſoutenue par les
Grenadiers & par les Régimens de Palavicini &
de Saxe-Gotha aux ordres du Général Comte de
Guafco , commença l'attaque au point du jour.
Notre artillerie fut fi bien fervie , que les bateries
des ennemis furent démontées en peu de
temps ; & en moins de demi heure , nous fumes
maîtres de ce pofte important. Les ennemis fe
replierent en défordre fur une hauteur qu'ils
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
avoient derriere eux . Ils firent pendant quelques
hêúres une vigoureuſe réſiſtance ; mais le Géné
ral de Kleefeld , qui étoit chargé d'une des atta
ques , les prit en flanc avec tant de vivacité , qu'il
les obligea d'abandonner ce fecond poſte. Ils le res
tirèrent dans les retranchemens de Strehla , laillant
fur le champ de bataille un grand nombre de
morts & de bleffés . Il étoit à peine huit heures du
matin, lorſque nos troupes remporterent ce fecond
avantage.
Cependant les ennemis occupoient en Force
leur Camp de Strehla. Pour en rendre l'accès plus
difficile , ils mirent le feu à deux villages qu'ils
avoient en avant. Mais lorfqu'ils virent qu'on fe
difpofoit à les attaquer , ils fe retirèrent du côté de
Torgau , à travers les bois & les défilés. Le Maréchal
Prince de Deux- Ponts détacha fur le champ
pour les pourfuivre fes troupes légères , foutenues
par quelques régimens de Cavalerie & de Dragons,
fous les ordres du Lieutenant Général Comte
de Lanthieri. La perte des ennemis n'eſt pas
encore conftatée ; mais on eftime qu'elle monte
à plus de deux mille hommes , & qu'elle eft au
moins double de la nôtre.
Fermer
Résumé : De l'Armée de l'Empire, le 21 Août.
Le 21 août, le Feld-Maréchal Prince de Deux-Ponts initia une offensive contre les Prussiens autour de Dresde. Il déploya le Prince de Stolberg avec la réserve à Keffeldorff et le Général de Weczey avec les troupes légères à Wilfdruff, étendant les postes jusqu'à Weiffdrop et Lamperfdorff. Le Général de Klééfeld, ayant marché de Freyberg à Auguftulberg, occupa Rosswein et Seligenstadt, forçant les Prussiens à se retirer de Nossen. Les 10 et 11 août, les Prussiens tentèrent d'attaquer les postes à Seligenstadt et Rosswein, mais furent repoussés. Le 12 août, l'armée reçut l'ordre de se préparer à marcher. Le 13 août, elle quitta Plawen pour Meissen et établit son camp près de Reiodorff. Les attaques contre les Prussiens furent couronnées de succès, les repoussant jusqu'aux faubourgs de Meissen. Le 14 août, les Prussiens furent délogés de plusieurs positions et se retirèrent dans leur camp retranché entre Lomatz et Meissen. Le 16 août, le Maréchal Prince de Deux-Ponts décida de couper les communications ennemies, forçant les Prussiens à se retirer. Le 17 août, l'armée occupa les hauteurs de Lomatz. Le 18 août, elle poursuivit les Prussiens en retraite jusqu'à Strehla. Le 19 août, le Maréchal reconnut la position ennemie et décida de les attaquer le lendemain. À minuit, l'armée se mit en marche et attaqua les Prussiens, les repoussant de plusieurs positions. Les Prussiens se retirèrent vers Torgau, laissant de lourdes pertes sur le champ de bataille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 193-201
De PARIS, le 18 Février 1763.
Début :
L'Académie Royale des Sciences ayant présenté au Roi les Sieurs [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Roi, Traité de paix, Duc, Ambassadeur, Statue, Loterie, Constitution, Cavalerie, Régiment, Compagnies, Comte, Colonel, Lieutenant, Soldats, Soldes, État-major, Ordonnance, Gardes, Grenadiers, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 18 Février 1763.
De PARIS , le 18 Février 1763.¨
L'Académie Royale des Sciences ayant préfenté
au Roi les Sieurs Bailli & J eaurat pour la
place d'Adjoint Aftronome , vacante par la mort
de l'Abbé de la Caille , S. M. les a nommés un
II. Vol, obim Indus »
194 MERCURE DE FRANCE.
:1
& l'autre , à la charge que la premiere place qui
vaquera dans cette Claffe ne fera point remplie.
Le Traité définitif de Paix a été figné le 10
de ce mois chez le fieur Duc de Bedfort , Ambaffadear
Extraordinaire & Plénipotentiaire du
Roi de la Grande- Bretagne , entre les Ambaffadeurs
& Plénipotentiaires qui ont figné les Préliminaires
à Fontainebleau te 3 Novembre de l'année
derniere. Le fieur de Mello , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de Portugal près du Roi , &
fon Ambaffadeur pour les conférences de la Paix ,
a figné en même temps l'acte d'acceffion de Sa
Majefté très fidele au Traité définitif.
Le 29 du mois dernier , le fieur Gor , Commiffaire
Général des fontes de l'Artillerie , a coulé
en bronze à l'Arfenal la Statue pédestre du Roi ,
qui doit être érigée dans la Place Royale de
Rheims. Cette fonte a eu le même fuccès que
celle qui a été faite le 20 Novembre dernier des
deux Figures de dix pieds de proportion qui doivent
accompagner le Piédeftal . La figure du Roi
a onze pieds & demi de proportion , ce Monu
ment , que la Ville de Rheims confacre à la
gloire de S.M. eft de la compofition du Sr Pigalle.
Le Vingt- cinquiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoptumée. Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au numero 53043 ; celui de
vingt mille liv. eft échu au numero 5 26 38 ; & les
deux de dix mille 1. aux numero 53005 & 58779 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune , font , 19 , 30 , 3 , 42 , 18. Le prochain
tirage le fera le Mars.
Le Roi ayant pris la réfolution de donner à
tout fon Brat Militaire une conftitution nouvelle ,
uniforme & conftante , vient de rendre une OrAVRIL
1763.
donnance , pour la Cavalerie , conçue fur le même
195
plan que celles qui a déja été publiée concernant
'Infanterie. Par cette nouvelle Ordonnance , darée
du 21 Décembre 1762 , Sa Majesté conferve
fur pied ,
indépendamment du Régiment des Carabiniers
de
Monfeigneur le Comte de Provence ,
les trente Régimens de Cavalerie fuivans ; le Colonel
- Général , le Meftre de- Camp- Général , le
Commiffaire-Général , Royal , du Roi , Royal-
Etranger , les Cuiratliers du Roi , Royal -Cravates ,
Royal- Rouillon , Royal-Piémont , Royal- Almand
, Royal- Pologne , Royal- Lorraine , Royal-
Picardie , Royal-
Champagne , Royal-Navarre ,
Royal
Normandie, la Reine, Dauphin,
Bourgogne ,
Berry , Artois , Orléans , Chartres , Condé, Bourbon
, Clermont , Conti , Penthiévre & Noailles,
Chacun de ces trente
Régimens fera composé en
tout temps de huit
Compagnies qui formeront quatre
efcadrons . On créera une place de Sous- Lieutenant
dans chaque
Compagnie , & le titre de
Cornette fera fupprimé , à la réserve de celui qui
eft attaché à la
compagnie du Colonel - Général
de la Cavalerie. La place de Maréchal - des - Logis
relle qu'elle eft
aujourd'hui , fera
fupprimée , &
il fera crée dans chaque
compagnie quatre places
de
Maréchal- des- Logis pour y remplir les
mêmes
fonctions que les Sergens dans l'Infanterie.
Chaque
compagnie de Cavalerie fera commandée
en tout temps par un
Capitaine y
Lieutenant & un- Sous-
Lieutenant , &
compofée
de quatre
Maréchaux -des- Logis , un Fourrier ,
huit
Brigadiers , huit
Carabiniers , trente- deux
Cavaliers & un
Trompette , tous montés . Ille-
Ta créé dans chacun des trente
Régimens de Cavalerie
deux charges de Sous -Aide Major & une
place de Tréforier ; il fera
pareillement établi
un
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
un Quartier- Maître dans chaque Régiment & un
Porte- Etendard par chaque Elcadron . Les difpofitions
qui regardent le choix , les rangs & les fon
Aions des Officiers , la police & la difcipline , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens
& des congés , &c , font les mêmes que
celles qui ont été établies pour l'Infanterie . Sa
Majeſté a auffi réglé une paye de paix & une
paye de guerre pour les troupes de fa Cavalerie
de la manière fuivante.
Compagnies. A chaque Capitaine , 2000 livres
par an en paix , & 3600 livres en guerre. Au
Capitaine Lieutenant des Compagnies Meſtrede
- Camp des Régimens du Meftre- de- Camp
Général & du Commiflaire- Général. A chaque
Lieutenant & au Sous- Lieutenant de la Compagnie
du Colonel- Général , 900 livres en paix &
1200 livres en guerre. A chacun des Cornettes
& Sous- Lieutenant des Compagnies du Colonel-
Général de Meftre- de- Camp- Général & du Commiffaire-
Général , 675 livres en paix & 900 livres
en guerre. A chaque Sous- Lieutenant , 600 livres
en paix & 800 livres en guerre. A chaque
Maréchal des Logis , 234 livres en paix & 270
livres en guerre. Au Fourrier , 216 livres en paix
>
252 livres en guerre. A chaque Brigadier
144 livres en paix & 180 livres en guerre. A
chaque Carabinier , 135 livres en paix & 171 livres
en guerre. A chaque Cavalier , Timbalier
ou Trompette , 126 livres en paix & 162 livres
en guerre.
Etat-Major. Au Meftre- de-Camp , indépendamment
de fes appointemens de Capitaine ,
2500 livres en paix & 3000 livres , en guerre.
A Chacun des Meftres-de- Camp- Commandans
des Régimens de Meftre- de-Camp- Général ,
AVRIL. 1763. 197
1
Commiffaire- Général & du Régiment Royal-
Allemand , 2500 livres en paix & 3000 livres
en guerre . Au Lieutenant- Colonel , indépendamment
de les appointemens de Capitaine , 1600 li
vres en paix & 1800 livres en guerre. Au Major
, 3000 livres en paix & 4500 livres en guerre.
A chaque Aide-Major , avec commiffion de Capitaine
, 1800 livres en paix & 3000 livres en
guerre. A chaque Aide- Major , fans commiffion
de Capitaine , 1500 livres en paix & 2000
livres en guerre. A chaque Sous - Aide - Major
1000 livres en paix & 1200 livres en guerre.
Au Quartier- Maître , 600 livres en paix & 800
livres en guerre. A chaque Porte- Etendard ,
480 livres en paix & 540 livres en guerre . Au-
Tréforier , 2000 livres en paix ,
& 3000 livres
en guerre . A l'Aumônier , 720 livres en temps
de guerre ſeulement. Au Chirurgien , 720 livres
en temps de guerre feulement .
Sa Majefte veut que la paye de guerre ne
foit donnée qu'à ceux defdits Régimens qui ferviront
en campagne , à commencer du jour de
leur arrivée à l'armée , juſqu'à celui de leur départ
de l'armée pour rentrer dans le Royaume ;
& que ceux qui demeureront en garniſon dans
le Royaume pendant la guerre ne touchent que
la paye réglée pour le temps de paix. Sa Majefté
établit les moyens de parvenir à la nouvelle
compofition & à la réforme preſcrites.
Cette Ordonnance eft terminée par un état de
l'uniforme réglé par le Roi pour l'habillement
& équipement des Régimens de fa Cavalerie.
Il paroît auffi trois autres Ordonnances du Roi.
Par la premiere , en date du 12 Décembre
1762 , & portant réduction dans les trente Compagnies
du Régiment des Gardes Françoiſes , Sa
ཙྩ
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Majefté ordonne que ces trente Compagnies 3
qui font actuellement compofées de cent quarante
hommes , feront réduites au nombre de
cent vingt- fix , y compris fix Sergens , trois
Caporaux , neufAnfpeffades , quatre Tambours ,
& cent quatre Fusiliers .
Par la feconde & la troifiéme , du 21 du
même mois , Sa Majesté réforme la Compagnie
des Volontaires de Cambefort & le Régiment
de Cavalerie Allemande deNaffau-Wfingen.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 21 .
Décembre 1762 concernant les Régimens d'Infanterie
Irlandoife . Suivant cette Ordonnance , Sa
Majeſté conferve fur pied les Régimens de Bulkeley
, Clare , Dillon , Rothe & de Berwick ; le Régiment
Royal- Ecoffois & ceux d'Ogilvy & de Lally
feront fupprimés & incorporés dans les cinq qui
feront confervés , & dont chacun formera un bataillon
divifé en une Compagnie de Grenadiers
& huit de Fufiliers ; chacune des compagnies de
Grenadiers fera commandée en tout temps , ainfi
que chaque compagnie de Fufiliers , par un Capitaine
, un Lieutenant & un Sous - Lieutenant.
Celles des Grenadiers feront compofées chacune
de deux Sergens , d'un Fourrier, quatre Caporaux,
quatre Appointés , quarante Grenadiers , & d'un
Tambour ; celles des Fufiliers , en temps de paix ,
de quatre Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux
, huit Appointés , quarante Fufiliers & de
deux Tambours : il fera créé dans chaque Régiment
un Sous-Aide- Major , un Tréſorier ,
Quartier-Maître, deur Porte -Drapeaux , un Tambour-
Major. Il continuera d'être entretenu un
Colonel en fecond dans le Régiment de Dillon .
Les difpofitions qui ont été établies pour l'Infanterie
& la Cavalerie Françoiſes feront exactement
fuivies relativement au choix , aux rangs & aux
un
AVRIL. 1763 . 199
fonctions des Officiers , à la police & à la difcipline
, ainfi qu'à l'adminiftration de la caiffe ,
&c. La paye de paix & la paye de guerre feront
réglées de la manière fuivante , & avec les mêmes
claufes que celles portées dans les précédentes
Ordonnances de Sa Majesté.
Compagnies de Grenadiers . A chaque Capitaine
, 2000 en paix , & 3000 livres ¿en guerre ;
au Lieutenant 900 livres en paix , & 1200 livres
en guerres au Sous-Lieutenant 500 livres
en paix , & 900 livres en guerre ; à chaque Sergent
, 222 livres en paix , & 228 livres en guerre ;
au Fourrier , 180 livres en paix , & 186 livres
en guerre à chaque Caporal , 156 livres en
paix , & 162 livres en guerre ; à chaque appointé ,
138 livres en paix , & 144 livres en guerre ; à
chaque Grenadier & au Tambour , 120 livres en
paix & 126 livres en guerre.
>
Compagnies de Fufilters . Au Capitaine , 1800
livres en paix , & 2400 livres en guerre au
Lieutenant 600 livres en paix , & 1000 en
guerres au Sous - Lieutenant 540 livres en
paix , & 800 livres en guerre à chaque Sergent
204 livres en paix , & 210 livres en guerre ,
au Fourrier , 162 livres en paix , & 168 en
guerre à chaque Caporal , 138 livres en paix .
& 144 livres en guerres à chaque Appointé
120 livres en paix 126 livres en guerres à cha-,
que Fufilier ou Tambour , 102 livres en paix
& 108 livres en guerre.
Etat-Major. Au Colonel , y compris les appointemens
de Capitaine , 12000 livres en tout
temps ; au Lieutenant colonel , indépendamment
de fes appointemens de Capitaine 1700.
livres en paix , & 3000 livres en guerre ; au
Major , 2880 livres en paix , & 4000 livres en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
>
guerres à chaque Aide- Major , avec la commiffion
de Capitaine , 1800 livres en paix , &.
2400 livres en guerre ; à chaque Aide- Major ,
fans commiffion de Capitaine , 1200 livres en
paix , & 1860 livres én guerre ; à chaque Sous-
Aide- Major , 600 livres en paix , & 1200 livres
en guerres à chaque Porte- Drapeau , 450 livres
en paix , & 600 livres en guerre ; au Quartier-
Maître , 540 livres en paix & 800 livres en
guerres au Tréforier , 1200 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; au Tambour- Major
252 livres en tout temps ; à l'Aumônier , soo
livres en paix , & 720 livres en guerre ; Au Chirurgien
, co livres en paix , & 720 livres en
guerre ; au Colonel en fecond du Régiment de
Dillon , 2400 liv . en paix , & 2880 liv . en guerre.
A
>
Les Officiers excédans le nombre préfcrit feront
reformés. Les Colonels qui feront dans ce cas
conferveront leurs appointemens en y comprenant
la gratification qui étoit attachée à leurs
charges. Les autres Officiers réformés & qui
feront étrangers , ou originaires Anglois , Ecoffois
& Irlandois , jouiront ; fçavoir , les Lieutenants-
Colonels , de 1800 livres de penſions
les Capitaines de Grenadiers de 1200 livres ; les
Capitaines de Fufiliers qui auront vingt ans de fervice
, & le Major , de 1050 livres ; les autres
Capitaines de Fufiliers , de 800 livres ; les Lieutenans
de 400 liv . & les Lieutenans en fecond
ou Enfeignes de 300 livres. Les Capitaines
ou Capitaines en fecond , qui feront François ,
jouiront en penfions fur le Tréfor Royal , s'ils
ont vingt ans de fervice , de 300 livres feulement.
Quant aux Lieutenans , Lieutenans en.
fecond ou Enfeignes qui feront François , its
fe retireront chez eux pour y attendre les em-
›
AVRIL. 1763.
201
plois auxquels Sa Majefté les deftine. Cette Ordonnance
eft terminée par un état de l'unifórme
réglé par Sa Majefté pour l'habillement
& équipement de ces cinq Régimens.
L'Académie Royale des Sciences ayant préfenté
au Roi les Sieurs Bailli & J eaurat pour la
place d'Adjoint Aftronome , vacante par la mort
de l'Abbé de la Caille , S. M. les a nommés un
II. Vol, obim Indus »
194 MERCURE DE FRANCE.
:1
& l'autre , à la charge que la premiere place qui
vaquera dans cette Claffe ne fera point remplie.
Le Traité définitif de Paix a été figné le 10
de ce mois chez le fieur Duc de Bedfort , Ambaffadear
Extraordinaire & Plénipotentiaire du
Roi de la Grande- Bretagne , entre les Ambaffadeurs
& Plénipotentiaires qui ont figné les Préliminaires
à Fontainebleau te 3 Novembre de l'année
derniere. Le fieur de Mello , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de Portugal près du Roi , &
fon Ambaffadeur pour les conférences de la Paix ,
a figné en même temps l'acte d'acceffion de Sa
Majefté très fidele au Traité définitif.
Le 29 du mois dernier , le fieur Gor , Commiffaire
Général des fontes de l'Artillerie , a coulé
en bronze à l'Arfenal la Statue pédestre du Roi ,
qui doit être érigée dans la Place Royale de
Rheims. Cette fonte a eu le même fuccès que
celle qui a été faite le 20 Novembre dernier des
deux Figures de dix pieds de proportion qui doivent
accompagner le Piédeftal . La figure du Roi
a onze pieds & demi de proportion , ce Monu
ment , que la Ville de Rheims confacre à la
gloire de S.M. eft de la compofition du Sr Pigalle.
Le Vingt- cinquiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoptumée. Le lot de cinquante
mille liv. eft échu au numero 53043 ; celui de
vingt mille liv. eft échu au numero 5 26 38 ; & les
deux de dix mille 1. aux numero 53005 & 58779 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune , font , 19 , 30 , 3 , 42 , 18. Le prochain
tirage le fera le Mars.
Le Roi ayant pris la réfolution de donner à
tout fon Brat Militaire une conftitution nouvelle ,
uniforme & conftante , vient de rendre une OrAVRIL
1763.
donnance , pour la Cavalerie , conçue fur le même
195
plan que celles qui a déja été publiée concernant
'Infanterie. Par cette nouvelle Ordonnance , darée
du 21 Décembre 1762 , Sa Majesté conferve
fur pied ,
indépendamment du Régiment des Carabiniers
de
Monfeigneur le Comte de Provence ,
les trente Régimens de Cavalerie fuivans ; le Colonel
- Général , le Meftre de- Camp- Général , le
Commiffaire-Général , Royal , du Roi , Royal-
Etranger , les Cuiratliers du Roi , Royal -Cravates ,
Royal- Rouillon , Royal-Piémont , Royal- Almand
, Royal- Pologne , Royal- Lorraine , Royal-
Picardie , Royal-
Champagne , Royal-Navarre ,
Royal
Normandie, la Reine, Dauphin,
Bourgogne ,
Berry , Artois , Orléans , Chartres , Condé, Bourbon
, Clermont , Conti , Penthiévre & Noailles,
Chacun de ces trente
Régimens fera composé en
tout temps de huit
Compagnies qui formeront quatre
efcadrons . On créera une place de Sous- Lieutenant
dans chaque
Compagnie , & le titre de
Cornette fera fupprimé , à la réserve de celui qui
eft attaché à la
compagnie du Colonel - Général
de la Cavalerie. La place de Maréchal - des - Logis
relle qu'elle eft
aujourd'hui , fera
fupprimée , &
il fera crée dans chaque
compagnie quatre places
de
Maréchal- des- Logis pour y remplir les
mêmes
fonctions que les Sergens dans l'Infanterie.
Chaque
compagnie de Cavalerie fera commandée
en tout temps par un
Capitaine y
Lieutenant & un- Sous-
Lieutenant , &
compofée
de quatre
Maréchaux -des- Logis , un Fourrier ,
huit
Brigadiers , huit
Carabiniers , trente- deux
Cavaliers & un
Trompette , tous montés . Ille-
Ta créé dans chacun des trente
Régimens de Cavalerie
deux charges de Sous -Aide Major & une
place de Tréforier ; il fera
pareillement établi
un
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
un Quartier- Maître dans chaque Régiment & un
Porte- Etendard par chaque Elcadron . Les difpofitions
qui regardent le choix , les rangs & les fon
Aions des Officiers , la police & la difcipline , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens
& des congés , &c , font les mêmes que
celles qui ont été établies pour l'Infanterie . Sa
Majeſté a auffi réglé une paye de paix & une
paye de guerre pour les troupes de fa Cavalerie
de la manière fuivante.
Compagnies. A chaque Capitaine , 2000 livres
par an en paix , & 3600 livres en guerre. Au
Capitaine Lieutenant des Compagnies Meſtrede
- Camp des Régimens du Meftre- de- Camp
Général & du Commiflaire- Général. A chaque
Lieutenant & au Sous- Lieutenant de la Compagnie
du Colonel- Général , 900 livres en paix &
1200 livres en guerre. A chacun des Cornettes
& Sous- Lieutenant des Compagnies du Colonel-
Général de Meftre- de- Camp- Général & du Commiffaire-
Général , 675 livres en paix & 900 livres
en guerre. A chaque Sous- Lieutenant , 600 livres
en paix & 800 livres en guerre. A chaque
Maréchal des Logis , 234 livres en paix & 270
livres en guerre. Au Fourrier , 216 livres en paix
>
252 livres en guerre. A chaque Brigadier
144 livres en paix & 180 livres en guerre. A
chaque Carabinier , 135 livres en paix & 171 livres
en guerre. A chaque Cavalier , Timbalier
ou Trompette , 126 livres en paix & 162 livres
en guerre.
Etat-Major. Au Meftre- de-Camp , indépendamment
de fes appointemens de Capitaine ,
2500 livres en paix & 3000 livres , en guerre.
A Chacun des Meftres-de- Camp- Commandans
des Régimens de Meftre- de-Camp- Général ,
AVRIL. 1763. 197
1
Commiffaire- Général & du Régiment Royal-
Allemand , 2500 livres en paix & 3000 livres
en guerre . Au Lieutenant- Colonel , indépendamment
de les appointemens de Capitaine , 1600 li
vres en paix & 1800 livres en guerre. Au Major
, 3000 livres en paix & 4500 livres en guerre.
A chaque Aide-Major , avec commiffion de Capitaine
, 1800 livres en paix & 3000 livres en
guerre. A chaque Aide- Major , fans commiffion
de Capitaine , 1500 livres en paix & 2000
livres en guerre. A chaque Sous - Aide - Major
1000 livres en paix & 1200 livres en guerre.
Au Quartier- Maître , 600 livres en paix & 800
livres en guerre. A chaque Porte- Etendard ,
480 livres en paix & 540 livres en guerre . Au-
Tréforier , 2000 livres en paix ,
& 3000 livres
en guerre . A l'Aumônier , 720 livres en temps
de guerre ſeulement. Au Chirurgien , 720 livres
en temps de guerre feulement .
Sa Majefte veut que la paye de guerre ne
foit donnée qu'à ceux defdits Régimens qui ferviront
en campagne , à commencer du jour de
leur arrivée à l'armée , juſqu'à celui de leur départ
de l'armée pour rentrer dans le Royaume ;
& que ceux qui demeureront en garniſon dans
le Royaume pendant la guerre ne touchent que
la paye réglée pour le temps de paix. Sa Majefté
établit les moyens de parvenir à la nouvelle
compofition & à la réforme preſcrites.
Cette Ordonnance eft terminée par un état de
l'uniforme réglé par le Roi pour l'habillement
& équipement des Régimens de fa Cavalerie.
Il paroît auffi trois autres Ordonnances du Roi.
Par la premiere , en date du 12 Décembre
1762 , & portant réduction dans les trente Compagnies
du Régiment des Gardes Françoiſes , Sa
ཙྩ
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Majefté ordonne que ces trente Compagnies 3
qui font actuellement compofées de cent quarante
hommes , feront réduites au nombre de
cent vingt- fix , y compris fix Sergens , trois
Caporaux , neufAnfpeffades , quatre Tambours ,
& cent quatre Fusiliers .
Par la feconde & la troifiéme , du 21 du
même mois , Sa Majesté réforme la Compagnie
des Volontaires de Cambefort & le Régiment
de Cavalerie Allemande deNaffau-Wfingen.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 21 .
Décembre 1762 concernant les Régimens d'Infanterie
Irlandoife . Suivant cette Ordonnance , Sa
Majeſté conferve fur pied les Régimens de Bulkeley
, Clare , Dillon , Rothe & de Berwick ; le Régiment
Royal- Ecoffois & ceux d'Ogilvy & de Lally
feront fupprimés & incorporés dans les cinq qui
feront confervés , & dont chacun formera un bataillon
divifé en une Compagnie de Grenadiers
& huit de Fufiliers ; chacune des compagnies de
Grenadiers fera commandée en tout temps , ainfi
que chaque compagnie de Fufiliers , par un Capitaine
, un Lieutenant & un Sous - Lieutenant.
Celles des Grenadiers feront compofées chacune
de deux Sergens , d'un Fourrier, quatre Caporaux,
quatre Appointés , quarante Grenadiers , & d'un
Tambour ; celles des Fufiliers , en temps de paix ,
de quatre Sergens , d'un Fourrier , de huit Caporaux
, huit Appointés , quarante Fufiliers & de
deux Tambours : il fera créé dans chaque Régiment
un Sous-Aide- Major , un Tréſorier ,
Quartier-Maître, deur Porte -Drapeaux , un Tambour-
Major. Il continuera d'être entretenu un
Colonel en fecond dans le Régiment de Dillon .
Les difpofitions qui ont été établies pour l'Infanterie
& la Cavalerie Françoiſes feront exactement
fuivies relativement au choix , aux rangs & aux
un
AVRIL. 1763 . 199
fonctions des Officiers , à la police & à la difcipline
, ainfi qu'à l'adminiftration de la caiffe ,
&c. La paye de paix & la paye de guerre feront
réglées de la manière fuivante , & avec les mêmes
claufes que celles portées dans les précédentes
Ordonnances de Sa Majesté.
Compagnies de Grenadiers . A chaque Capitaine
, 2000 en paix , & 3000 livres ¿en guerre ;
au Lieutenant 900 livres en paix , & 1200 livres
en guerres au Sous-Lieutenant 500 livres
en paix , & 900 livres en guerre ; à chaque Sergent
, 222 livres en paix , & 228 livres en guerre ;
au Fourrier , 180 livres en paix , & 186 livres
en guerre à chaque Caporal , 156 livres en
paix , & 162 livres en guerre ; à chaque appointé ,
138 livres en paix , & 144 livres en guerre ; à
chaque Grenadier & au Tambour , 120 livres en
paix & 126 livres en guerre.
>
Compagnies de Fufilters . Au Capitaine , 1800
livres en paix , & 2400 livres en guerre au
Lieutenant 600 livres en paix , & 1000 en
guerres au Sous - Lieutenant 540 livres en
paix , & 800 livres en guerre à chaque Sergent
204 livres en paix , & 210 livres en guerre ,
au Fourrier , 162 livres en paix , & 168 en
guerre à chaque Caporal , 138 livres en paix .
& 144 livres en guerres à chaque Appointé
120 livres en paix 126 livres en guerres à cha-,
que Fufilier ou Tambour , 102 livres en paix
& 108 livres en guerre.
Etat-Major. Au Colonel , y compris les appointemens
de Capitaine , 12000 livres en tout
temps ; au Lieutenant colonel , indépendamment
de fes appointemens de Capitaine 1700.
livres en paix , & 3000 livres en guerre ; au
Major , 2880 livres en paix , & 4000 livres en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
>
guerres à chaque Aide- Major , avec la commiffion
de Capitaine , 1800 livres en paix , &.
2400 livres en guerre ; à chaque Aide- Major ,
fans commiffion de Capitaine , 1200 livres en
paix , & 1860 livres én guerre ; à chaque Sous-
Aide- Major , 600 livres en paix , & 1200 livres
en guerres à chaque Porte- Drapeau , 450 livres
en paix , & 600 livres en guerre ; au Quartier-
Maître , 540 livres en paix & 800 livres en
guerres au Tréforier , 1200 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; au Tambour- Major
252 livres en tout temps ; à l'Aumônier , soo
livres en paix , & 720 livres en guerre ; Au Chirurgien
, co livres en paix , & 720 livres en
guerre ; au Colonel en fecond du Régiment de
Dillon , 2400 liv . en paix , & 2880 liv . en guerre.
A
>
Les Officiers excédans le nombre préfcrit feront
reformés. Les Colonels qui feront dans ce cas
conferveront leurs appointemens en y comprenant
la gratification qui étoit attachée à leurs
charges. Les autres Officiers réformés & qui
feront étrangers , ou originaires Anglois , Ecoffois
& Irlandois , jouiront ; fçavoir , les Lieutenants-
Colonels , de 1800 livres de penſions
les Capitaines de Grenadiers de 1200 livres ; les
Capitaines de Fufiliers qui auront vingt ans de fervice
, & le Major , de 1050 livres ; les autres
Capitaines de Fufiliers , de 800 livres ; les Lieutenans
de 400 liv . & les Lieutenans en fecond
ou Enfeignes de 300 livres. Les Capitaines
ou Capitaines en fecond , qui feront François ,
jouiront en penfions fur le Tréfor Royal , s'ils
ont vingt ans de fervice , de 300 livres feulement.
Quant aux Lieutenans , Lieutenans en.
fecond ou Enfeignes qui feront François , its
fe retireront chez eux pour y attendre les em-
›
AVRIL. 1763.
201
plois auxquels Sa Majefté les deftine. Cette Ordonnance
eft terminée par un état de l'unifórme
réglé par Sa Majefté pour l'habillement
& équipement de ces cinq Régimens.
Fermer
Résumé : De PARIS, le 18 Février 1763.
En février 1763, l'Académie Royale des Sciences a proposé les sieurs Bailli et Jeaurat pour le poste d'Adjoint Astronome, vacant après le décès de l'Abbé de la Caille. Le roi les a nommés à condition que la première place vacante dans cette classe ne soit pas remplie. Le 10 février, le traité définitif de paix a été signé chez le duc de Bedford, ambassadeur de Grande-Bretagne, par les ambassadeurs ayant signé les préliminaires à Fontainebleau le 3 novembre précédent. Le sieur de Mello, ministre plénipotentiaire du roi de Portugal, a également signé l'acte d'accession au traité définitif. Le 29 janvier, le sieur Gor, commissaire général des fontes de l'Artillerie, a coulé en bronze à l'Arsenal la statue pédestre du roi destinée à la Place Royale de Reims. Cette statue, de onze pieds et demi, est de la composition de M. Pigalle. La fonte des deux figures de dix pieds pour le piédestal, réalisée le 20 novembre précédent, a également réussi. Le 25 janvier, le vingt-cinquième tirage de la loterie de l'Hôtel-de-Ville a eu lieu. Les lots gagnants étaient : 50 000 livres pour le numéro 53043, 20 000 livres pour le numéro 52638, et 10 000 livres pour les numéros 53005 et 58779. Le tirage de la loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu, avec les numéros sortis : 19, 30, 3, 42, 18. Le prochain tirage est prévu pour mars. Le roi a décidé de réformer son bras militaire. Une ordonnance pour la cavalerie, datée du 21 décembre 1762, a été publiée. Elle conserve les trente régiments de cavalerie existants et supprime la place de maréchal-des-logis, remplacée par quatre maréchaux-des-logis par compagnie. Les soldes de paix et de guerre ont été réglées pour chaque grade. Trois autres ordonnances royales ont été publiées : une pour réduire les compagnies du régiment des Gardes Françaises à 126 hommes, et deux pour réformer la compagnie des Volontaires de Cambefort et le régiment de cavalerie allemande de Nassau-Weissen. Une ordonnance concernant les régiments d'infanterie irlandaise a également été publiée. Elle conserve les régiments de Bulkeley, Clare, Dillon, Rothe et de Berwick, et supprime les régiments Royal-Écossais, Ogilvy et de Lally, qui sont incorporés dans les cinq régiments conservés. Les soldes de paix et de guerre ont été réglées pour chaque grade. Les officiers excédentaires seront réformés et recevront des pensions selon leur grade et leur ancienneté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 206-211
DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Début :
Le Comte de Monteynard, Enseigne de la seconde Compagnie des Mousquetaires, ayant [...]
Mots clefs :
Comte, Compagnie des Mousquetaires, Statue du roi, Place, Piédestal, Ordonnances du roi, Compagnies, Réduction, Grenadiers, Officiers réformés, Régiment, Infanterie, Dragons, Colonel, Général, Soldes, Paix, Guerre, Soldats, Pensions militaires, Congé, Archevêque, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
DE PARIS. , le 18 Mars 1763.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
3
16
·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le Comte de Monteynard , Enſeigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , ayant
obtenu du Roi la permifion de fe démettre de
cet emploi , Sa Majesté a diſpoſé de la cornette
vacante en faveur du Marquis du Hallay , Capitaine
au Régiment Royal- Etranger , Cavalerie.
Le 17 du mois dernier , fur les huit heures
du matin , le Statue du Roi , que Sa Majesté
a permis à la Ville de Paris de lui ériger , &
qui a été fondue fur le modéle du feu Sieur
Bouchardon , a commencé d'être conduite de
l'Attelier vers la place où elle doit être poſée ;
on avoit eu la précaution de la renfermer dans
une cage de charpente roulante ; par le moyen
< de Vindas & de mains d'hommes , on lui a fait
parcourir , dans l'espace de trois jours , le chemin
qu'elle avoit à tenir depuis la fortie de
l'Attelier , hors de la barrière du Fauxbourg
du Roule , jufqu'à la Place de Louis XV , en
lui faifant fuivre toute la rue dudit Fauxbourgi
& le 23 elle a été établie fur fon piedeſtal , aux
acclamations d'un grand concours de peuple.
Le fervice s'eft fait en préfence du Duc de Chevreuſe
, Gouverneur de Paris , du Prévôt des
Marchands & du Bureau de la Ville , avec tout
le fuccès que l'on pouvoit attendre des ſoins & de
l'intelligence des différentes perfonnes qui y
cétoient proposées , & en particulier du fieur
3
16
·M A 1. 1763. 207
2
'Herbette , Maître Charpentier à S. Denis , Entrepreneur
des Ponts & Chauffées & des Bâtimens
du Roi , Auteur des machines. En paffant devant
la porte de la maiſon où eft décédé le fieur Bouchardon
, on a fait une décharge de Canons &
de Boetes , pour honorer la mémoire d'un Ar
tifte fi excellent , qui par cet ouvrage immortel ,
s'eft afferé une gloire que la Nation partage
avec lui.
Il paroît quatre Ordonnances du Roi.
Par la première , en date du 21 Décembre dernier
,"Sa Majesté réduit à trente Compagnies les
quarante qui compofent actuellement le Régiment
des Carabiniers de Monfeigneur le Comte
de Provence. Les difpofitions qui concernent la
nouvelle compofition & la difcipline de ces Corps
font conformes à celles qui ont été établies par
P'Ordonnance de la Cavalerie.
Dans la feconde, du 20 Janvier 1763 , S. M.
réforme le Corps des Grenadiers- Royaux revenus
de la Martinique.
La troifiéme du 31 - da même mois , concerne
le traitement des Officiers réformés des Régimens
de Foix , de Boulonnois , de Quercy & d'Angoumois
, qui étoit de fervice à S. Domingue.
Par la quatrième , du même jour , S. M. réforme
les fx piquets d'Infanterie employés à S.
Domingue.
11 paroît encore quatres autres Ordonnances
du Roi datées du 21 Décembre dernier.
Par la première , concernant le Régiment
Royal- Italien , le Roi fupprime le Régiment d'In-
#fanterie Royal- Corfe dont les neuf Compagnies
feront incorporées dans le Régiment Royal d'Infanterie
Italienne , lequel , au n: oyen de cette inccorporation
, fera compofée de deux Bataillons."
208 MERCURE DE FRANCE.
Par la feconde , concernant les Régimens d'In
fanterie Allemande , Sa Majefté conferve fur pied
ceux d'Altace , d'Anhalt , la Marck , Royal- Bavière
, Royal - Suédois , Naffau , Royal - Deux- Ponts &
celui de Bouillon . Le Régiment d'Alface ne formera
plus que trois Bataillons ; chacun de ceux d'Anhalt
, la Marck , Royal- Bavière , Royal - Suédois ,
Naffau & Royal - Deux-Ponts ne feront compofés
que de deux , & celui de Bouillon d'un feulement
Le Bataillons excédens feront réformés & incorporés
dans ceux que Sa Majefté a jugé à propos
de conferver fur pied . Quant à ce qui concerne
la compofition des Bataillons & Compagnies ,
la création des nouvelles places , le choix & les
fonctions des Officiers , la paye de paix & de guerre
, le traitement des Officiers réformés , &c.
Les difpofitions de ces deux Ordonnances font
conformes à celles qui feront fuivies à l'égard de
l'Infanterie Françoife . Ces deux nouvelles Ordonnances
ont cela de particulier que S. M. accorde
un fol par jour avec une ration de pain aux
femmes des étrangers mariés qui voudront fervir
dans les fufdits Régimens ; mais ce traitement
n'aura lieu que tant qu'elles refteront au quartier
d'affemblée , & que leurs maris feront attachés
aux Régimens.
Par la troifiéme , Sa Majefté conferve fur
pied dix -fept Régimens de Dragons , fçavoir ,
Colonel - Général ; Meftrede Camp - Géné
ral , Royal , du Roi , de la Reine , Dauphin ,
Orléans , Bauffremont , Choifeul , d'Autichamp ,
Chabot , Coigny , Nicolaï , Chapt , Chabril
lant , Languedoc & Schomberg . Chacun de ces
Régimens fera compofé en tout temps de huit
compagnies celui de Schomberg confervera
les huit qui le compoſent ; & les feize de
MA I. 1763 . 208
shacun des autres Régimens feront doublées
pour n'en former également que huit. Chaque
compagnie fera compofée , en temps de paix
de quatre Maréchaux-des- Logis , un Fourrier ,
huit Brigadiers , huit Appointés , vingt-quatra
Dragons & un Tambour , formant quarante- fix
hommes , dont trente feront montés , & feize
refteront à pied. La paye de paix & de guerre.
eft fixée de la maniere fuivante,
COMPAGNIE S A chaque Capitaine ;
1800 livres en paix , & 3600 livres en guerre ;
à chaque Capitaine - Lieutenant des Compagnies ,
Colonel- Général & Meftre- de - Camp- Général , &
à chaque Lieutenant des autres Compagnies
800 livres en paix , & 1000 livres en guerres
au Sous- Lieutenant de la Compagnie du Colonel-
Général des Dragons , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; au Cornette de ladite
Compagnie , 540 livres en paix , & 800 livres
en guerre ; au Sous- Lieutenant des autres Compagnies
, 500 livres en paix , & 800 livres en .
guerre à chaque Maréchal- des- Logis , 216
livres en paix , & 252 livres en guerre ; à chaque
Fourrier , 189 livres en paix , &-225 livres
en guerre ; à chaque Brigadier , 135 livres enpaix
, & 171 livres en guerre ; à chaque Appointé
, 126 livres en paix , & 162 livres en
guerre ; à chaque Dragon ou Tambour , 117
livres en paix , & 153 livres , en guerre. ETATMAJOR.
Au Meftre- de- Camp , y compris fes .
appointemens de Capitaine , 6000 livres en
paix , & 6600 livres en guerre; au Lieutenant-Colonel
, y compris fes appointemens de Capitai
ne , 3600 livres en paix , & 5400 livres en ½
guerre à chacun des Meftre- de- Camp en fe- ..
cond des Régimens du Meftre- de Camp Gé
210 MERCURE DE FRANCE.
néral , d'Orléans & de Schomberg , 2500 livres
en paix , & 3000 livres en guerre ; au Major ,
3000 livres en paix , & 4500 livres en guerre ;
à chaque Aide - Major , avec commiſſion de Capitaine
, 1800 livres en paix , & 3000 livres
en guerre à chaque Aide- Major , fans commillion
de Capitaine , 1500 livres en paix , &
2000 livres en guerre ; à chaque Sous - Aide-
Major , 1000 livres en paix , & 1200 livres en
guerre; au Quartier- Maître , 600 livres en paix ,
& 800 livres en guerre ; à chaque Porte - Guidon
, 480 livres en paix , & 540 livres en guerre
; au Tréforier , 2000 livres en paix , & 3.000
livres en guerre à l'Aumônier & au Chirurgien
, à chacun 720 livres en temps de guerre
feulement.
Les Capitaines réformés jouiront en penfion
fur le Tréfor Royal de soo livres ; les Lieutenans
, qui auront fervi dix ans , de 250 livres
; & les Cornettes , qui auront été Maréchaux-
des- Logis , de 150 livres. Quant aux Offi
ciers incorporés & réformés , à la fuite des Régimens
, ils fe retireront chez eux , & y toucheront
les appointemens qui leur ont été précédemment
accordés ; Sa Majesté ne voulant
plus entretenir d'Officiers incorporés ou réformés
à la fuite des Régimens de Dragons. Cette
* Ordonnance eft terminée par un état de l'uniforme
réglé par le Roi pour les Régimens cidefus.
Par la derniere , Sa Majesté conferve fur pied
les trois Régimens de Houflards de, Berchiny , de
Chamborant & de Royal - Naffau , dont chacun
fera composé de douze compagnies , formant
trois escadrons en temps de paix , & fix en
temps de guerre..Chaque compagnie fera comM
A I. 1763.
2.11
pofée de vingt- neuf hommes , dont dix monstés
, & dix -neuf à pied . Les Tymbales & Eten-.
dards de ces trois Régimens , ainfi que le Prevôt
qui eft dans le Régiment Royal - Nallau ,
feront fupprimés. Sa Majefté regle auffi pour
les Régimens confervés une paye de paix & une
paye de guerre , ainfi que l'uniforme de leur
habillement. L'Ordonnance de la Cavalerie fert
de regle aux deux nouvelles Ordonnances pour
ce qui concerne le choix , le rang & les fonctions
des Officiers , la fuppreffion de certaines
places , la création de nouvelles , l'adminiftration
de la caifle , le terme des engagemens &
la délivrance actuelle des congés , &c.
Le Comte de Taflo , jeune Seigneur Polonois ,
qui étoit en France depuis dix - huit mois , en est
reparti le deux de ce mois, pour retourner en Pologne
, après avoit eu l'honneur de prendre congé
de la Reine , qui luia marqué beaucoup de bonté.
Charles-Antoine de la Roche- Aymon Grand
Aumônier de France , ci-devant Archevêque de
Narbonne , aujourd'hui Archevêque de Rheims ,
& en cette qualité premier Pair Eccléfiaftique du
Royaume ; & le Duc de Sully , Prince d'Enrichemont
, ont été reçus le 14 de ce mois au Parlement,
& y ont pris féance en qualité de Pairs de
France. Le Duc d'Orléans , le Duc de Chartres ,
le Prince de Condé , le Prince de Conti , & le
Comte de la Marche , ont aſſiſté à leur récep-
Ation .
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Fermer
Résumé : DE PARIS, le 18 Mars 1763.
Le 18 mars 1763, le Comte de Monteynard, Enseigne des Mousquetaires, a obtenu la permission du Roi de démissionner. Le Marquis du Hallay, Capitaine au Régiment Royal-Étranger de Cavalerie, a été nommé pour le remplacer. Le 17 mars, la statue du Roi, fondue d'après le modèle du défunt Bouchardon, a été transportée de l'atelier à la Place de Louis XV. Installée sur son piédestal le 23 mars, elle a été acclamée par une grande foule en présence du Duc de Chevreuse et d'autres dignitaires. Le Maître Charpentier Herbette a supervisé les machines utilisées pour le transport. Quatre ordonnances royales ont été publiées. La première, datée du 21 décembre 1762, réduit le Régiment des Carabiniers de Monseigneur le Comte de Provence à trente compagnies. La deuxième, du 20 janvier 1763, réforme le Corps des Grenadiers-Royaux revenus de la Martinique. La troisième, du 31 janvier, concerne le traitement des officiers réformés des régiments de Foix, de Boulonnois, de Quercy et d'Angoumois, en service à Saint-Domingue. La quatrième réforme les six piquets d'infanterie employés à Saint-Domingue. Quatre autres ordonnances, datées du 21 décembre 1762, ont également été publiées. La première supprime le Régiment d'Infanterie Royal-Corse et incorpore ses compagnies dans le Régiment Royal d'Infanterie Italienne. La deuxième conserve plusieurs régiments d'infanterie allemande et réforme les bataillons excédentaires. La troisième conserve dix-sept régiments de Dragons et réforme leur composition et leur paye. La quatrième conserve trois régiments de Houzards et réforme leur composition et leur paye. Le Comte de Tarslo, un jeune seigneur polonais, a quitté la France le 2 mars pour retourner en Pologne après avoir pris congé de la Reine. Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Grand Aumônier de France et Archevêque de Reims, et le Duc de Sully ont été reçus au Parlement le 14 mars et y ont pris séance en qualité de Pairs de France. Le Duc d'Orléans, le Duc de Chartres, le Prince de Condé, le Prince de Conti et le Comte de la Marche ont assisté à leur réception.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 225-229
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Début :
Le 14 du mois dernier, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Académie française, Élection, Comte, Assemblée, Cardinal, Cérémonie, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnie, Légion royale, Dragons, Grenadiers, Capitaine, Pensions militaires, Soldats, Guerre, Paix, Colonels, Infanterie, Procureur du roi, Académie royale, Bibliothèque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 18 Avril 1763.
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : De PARIS, le 18 Avril 1763.
En avril 1763, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de Radonvilliers pour succéder à Marivaux. Le 26 avril, l'Abbé a prononcé son discours de réception lors d'une assemblée publique, auquel le Cardinal de Luynes a répondu. Le 22 avril, une procession solennelle a commémoré la réduction de Paris sous l'obéissance de Henri IV, en présence du Corps de Ville. Le 1er mars 1763, une ordonnance royale a réorganisé les troupes légères. Le roi a décidé de maintenir quatre légions de troupes légères, en plus des régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise, et de supprimer le régiment des Volontaires Étrangers de Wurmser et la compagnie des Chauffeurs de Poncet. Les légions sont nommées Légion Royale, Légion de Flandre, Légion du Hainaut et Légion de Conflans. Chaque légion est composée de dix-sept compagnies, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Les régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise comptent neuf compagnies chacun. L'ordonnance régit également les soldes de paix et de guerre pour les différents grades des compagnies de grenadiers, fusiliers et dragons, ainsi que pour l'état-major. Les officiers réformés recevront des appointements annuels en fonction de leur grade. L'ordonnance précise aussi l'uniforme des troupes. Par ailleurs, le sieur Moriau, ancien Procureur du Roi et de la Ville, a légué sa bibliothèque à la Ville de Paris à condition qu'elle soit publique. La bibliothèque, placée à l'Hôtel de Lamoignon, a été ouverte au public le 13 avril et le sera tous les mercredis et samedis jusqu'aux vacances. Le sieur de Bonamy et l'Abbé Ameithon ont été nommés bibliothécaire et sous-bibliothécaire respectivement.
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