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1
p. 120-123
Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, puis que nous sommes sur le Chapitre des [...]
Mots clefs :
Père Mascaron, Prédicateur, Abbé Fléchier, Sermons
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Je croy, puis que nous
fommes furie Chapitre des
Evefques, pouvoir parler
icy de Monheur de Tulles,
G A L A N T , n i
ce fameux Prédicateur, fi
connu fous le nom duPere
Mafcaron, a efté obligé de
venir à la Cour, &dequiter
fon Diocefe, où il a mis
un ordre fi grand , que
Leurs Majeftez ont crû
qu'ils l’en pouvoient faire
revenir pour prefcher l’Evangile devant Elles pendant ce Carefme. La délicatefle des Courtifans, &
le gouft qu’ils ont pour les
bonnes chofes, oblige le
Roy à choifir pour ces Emplois des Hommes tous
extraordinaires, comme il
L
I
iiz LE MERCURE
aveut fait pour l’A vent dernier Moniteur l’Abbé Flechicr, qui confirma par fes
Sermons à la Cour la grande opinion que fes Ouvra- i
ges & les Oraifons Funèbres qu’il a faites pour les
premières Perfonnes de
1 Etat, avoient données de
luy, & l’idée qu’on en devoir avoir dés que Moniteur
le Duc de MontauficrGou- i
verneur de Moniteur le I
,1 ' I
Dauphin, ayant connu le
mérite de cet excellent
Homme, le retira auprès
de luy pour eftre de la Cour
G A L A N T , il;
Je ce jeune Prince, dont
l’éducation luy a efté confiée par un Roy qui comme il eft le premier Prince
delà terre, eft audi l’Homme du monde qui a le plus
de difcernement, & fçait
mieux connoiftre les Gens.
fommes furie Chapitre des
Evefques, pouvoir parler
icy de Monheur de Tulles,
G A L A N T , n i
ce fameux Prédicateur, fi
connu fous le nom duPere
Mafcaron, a efté obligé de
venir à la Cour, &dequiter
fon Diocefe, où il a mis
un ordre fi grand , que
Leurs Majeftez ont crû
qu'ils l’en pouvoient faire
revenir pour prefcher l’Evangile devant Elles pendant ce Carefme. La délicatefle des Courtifans, &
le gouft qu’ils ont pour les
bonnes chofes, oblige le
Roy à choifir pour ces Emplois des Hommes tous
extraordinaires, comme il
L
I
iiz LE MERCURE
aveut fait pour l’A vent dernier Moniteur l’Abbé Flechicr, qui confirma par fes
Sermons à la Cour la grande opinion que fes Ouvra- i
ges & les Oraifons Funèbres qu’il a faites pour les
premières Perfonnes de
1 Etat, avoient données de
luy, & l’idée qu’on en devoir avoir dés que Moniteur
le Duc de MontauficrGou- i
verneur de Moniteur le I
,1 ' I
Dauphin, ayant connu le
mérite de cet excellent
Homme, le retira auprès
de luy pour eftre de la Cour
G A L A N T , il;
Je ce jeune Prince, dont
l’éducation luy a efté confiée par un Roy qui comme il eft le premier Prince
delà terre, eft audi l’Homme du monde qui a le plus
de difcernement, & fçait
mieux connoiftre les Gens.
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Résumé : Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Le texte décrit la nomination de prédicateurs distingués à la cour. Le Père Mascaron, surnommé le Galant, a été convoqué pour prêcher pendant le Carême après avoir réformé son diocèse. Le roi, influencé par les goûts raffinés des courtisans, choisit des individus exceptionnels pour ces missions. Par exemple, l'abbé Flechier a été sélectionné pour ses sermons et ses oraisons funèbres, ce qui a consolidé sa réputation. Le Duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, a également reconnu les mérites de Flechier et l'a pris sous sa protection. Le texte met en avant la sagesse du roi, qui, en tant que premier prince de la terre, possède un grand discernement et sait bien juger les personnes.
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2
p. 260-261
« Sa Majesté a eu aussi la bonté d'accepter la Démission [...] »
Début :
Sa Majesté a eu aussi la bonté d'accepter la Démission [...]
Mots clefs :
Démission, Abbé de Sourches, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : « Sa Majesté a eu aussi la bonté d'accepter la Démission [...] »
Sa Majesté a eu auſſi la bonté d'accepter laDémiffion del'Ab- baye de Troüars , prés de Caën,
faite par M. l'Abbé de Sour- ches,en faveurd'un Fils de Monſieur le marquis de Sourches,
Grand Prevoſt de France fon
Neveu. Cettegrace eft d'autant
plus particuliere , que le Roy ne l'accorde jamais à perſonne , &
que les raiſons qui l'ont porté à
vouloir bien diftinguer en cela
M. de Sourches,l'ont fait admirerde tous ceux à qui elles font connuës. Toute la Couren a témoigne de la joye , & l'on ne peut recevoir plus de Compli-
GALANT. 171
mensqu'il ena reçeudesPerſon- nes du plus hautran
faite par M. l'Abbé de Sour- ches,en faveurd'un Fils de Monſieur le marquis de Sourches,
Grand Prevoſt de France fon
Neveu. Cettegrace eft d'autant
plus particuliere , que le Roy ne l'accorde jamais à perſonne , &
que les raiſons qui l'ont porté à
vouloir bien diftinguer en cela
M. de Sourches,l'ont fait admirerde tous ceux à qui elles font connuës. Toute la Couren a témoigne de la joye , & l'on ne peut recevoir plus de Compli-
GALANT. 171
mensqu'il ena reçeudesPerſon- nes du plus hautran
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Résumé : « Sa Majesté a eu aussi la bonté d'accepter la Démission [...] »
Le roi a accepté la démission de l'abbaye de Troüars, près de Caen, au profit d'un fils du marquis de Sourches. Cette faveur exceptionnelle a été admirée par tous. La cour a témoigné de sa joie et M. de Sourches a reçu de nombreux compliments de personnes de haut rang.
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3
p. 161-163
M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur l'Abbé Colbert, qui employe ses meilleures heures à [...]
Mots clefs :
Sorbonne, Discours, Abbé Colbert, Sciences ecclésiastiques
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
Monfieur l'Abbé Colbert ,
qui employe ſes meilleures heures à l'étude , &qui en fait
GALANT. 117
1
fon plus agreable attachemét,
donna il y a quelques jours des marquesde ſa haute ſuffiſance par un excellent Difcours Latin qu'il fitdans la grande Salle de Sorbonne, à l'ouverturedes Sorboniques. La nombreuſe Aſſemblée qui s'ytrouva,com- poſée en partie de Cardinaux,
de Prélats ,&de Perſonnes de
la premiere Qualité, nepût af ſez admirer l éloquence avec laquelle il fit connoiſtre com- bien la protection que le Roy - donne aux Docteurs de la Faculté &de la Maisõ, leur eſtoit
avantageuſe &pour lemaintie
de leurs Privileges, &pour cõ-- ſerver les Sciences Eccleſiaſti-
- ques dans toute leur pureté. II - eſt Prieur de Sorbonne. Les
Docteurs & les Bacheliers de
118 LE MERCVRE
la Societé font ordinairement
cette élection par la voye du Scrutin; mais M l'AbbéColbert, dont le merite porte pour luy une recommandation toute particuliere,a eſté éleu de vive voix.Toutle monde le ſouhaitoit,&tout le monde le nomma
enmêmetemps.
qui employe ſes meilleures heures à l'étude , &qui en fait
GALANT. 117
1
fon plus agreable attachemét,
donna il y a quelques jours des marquesde ſa haute ſuffiſance par un excellent Difcours Latin qu'il fitdans la grande Salle de Sorbonne, à l'ouverturedes Sorboniques. La nombreuſe Aſſemblée qui s'ytrouva,com- poſée en partie de Cardinaux,
de Prélats ,&de Perſonnes de
la premiere Qualité, nepût af ſez admirer l éloquence avec laquelle il fit connoiſtre com- bien la protection que le Roy - donne aux Docteurs de la Faculté &de la Maisõ, leur eſtoit
avantageuſe &pour lemaintie
de leurs Privileges, &pour cõ-- ſerver les Sciences Eccleſiaſti-
- ques dans toute leur pureté. II - eſt Prieur de Sorbonne. Les
Docteurs & les Bacheliers de
118 LE MERCVRE
la Societé font ordinairement
cette élection par la voye du Scrutin; mais M l'AbbéColbert, dont le merite porte pour luy une recommandation toute particuliere,a eſté éleu de vive voix.Toutle monde le ſouhaitoit,&tout le monde le nomma
enmêmetemps.
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Résumé : M. l'Abbé Colbert éleu depuis peu Prieur de Sorbonne, fait un beau Discours à l'ouverture des Sorboniques. [titre d'après la table]
L'Abbé Colbert a prononcé un discours latin lors de l'ouverture des Sorboniques dans la grande salle de la Sorbonne. L'assemblée, composée de cardinaux, de prélats et de personnalités influentes, a été captivée par son allocution. Colbert a souligné la protection royale accordée aux docteurs de la Faculté et de la Maison, mettant en avant les avantages pour la préservation de leurs privilèges et la conservation des sciences ecclésiastiques dans leur pureté. En tant que Prieur de Sorbonne, Colbert a été élu de vive voix par les docteurs et les bacheliers, une procédure exceptionnelle reflétant l'unanimité et le souhait général de l'assemblée.
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4
p. 190-201
Le Roy donne l'Archevesché de Bourges au Fils de M. de la Vrilliere: L'Evesché d'Ufez à M. l'Abbé Poncet, celuy de Chaalons sur Saone à M. Felix, celuy du Bellay à M. l'Abbé du Laurens, [ce]luy de Mande à M. de Piancour, Abbé de la Croix, & celuy de Lavaur à M. l'Abbé de la Berechere. [titre d'après la table]
Début :
C'est trop diférer à vous entretenir du merite de ceux [...]
Mots clefs :
Dignités de l'Église, Evêché d'Ufé, Archevêché de Bourges, Abbé Poncet, Évêché de Châlons, Abbé du Laurent, Mr de Piancour, Evêché de Lavaur, Abbé de Noailles
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne l'Archevesché de Bourges au Fils de M. de la Vrilliere: L'Evesché d'Ufez à M. l'Abbé Poncet, celuy de Chaalons sur Saone à M. Felix, celuy du Bellay à M. l'Abbé du Laurens, [ce]luy de Mande à M. de Piancour, Abbé de la Croix, & celuy de Lavaur à M. l'Abbé de la Berechere. [titre d'après la table]
C'est trop diférer àvous entretenir du merite de ceux que le Roya élevez aux plus confi- dérables Dignitez de l'Eglife.
M. l'Evefque d'Ufés , Fils de
M 3
138 LE MERCVRE M de la Uriliere Secretaire
d'Etat , a eul'Archeveſché de
Bourges. Cette nouvelle éleva- tion faitvoir combien Sa Majeſté eft perfuadée &de fa fuf- fifance pour régler un grand Dioceſe , & de ſa pieté pour fervir d'exemple aux Peuples quivont eftre commis àſa conduite.
L'Eveſché d'Uſes a eſté donné en meſme temps àM l'Abbé Poncet , Fils de M'Poncet
Conſeiller d'Etat & du Confeil
Royal , &Neveude feuMon- fieur 1 Archeveſque de Bour- ges. C'eſt quelque choſed'af- fez glorieux pour luy , d'en- tendre dire par tout queles fervices de M fon Pere, qui com- me vous ſçavez eſt dans une tres--haute confidération,n'ont
aucune part à la Dignité qu'il vient d'acquérir.
GALANT. 139
Monfieur Felix Evefque de
Digne, a efté nommé à l'Evef- chedeChalons ſur Saone. La
maniere édifiante dont il pref- che , fait connoiſtre affez ce
qu'on doit attendre de fon zele pour la conduite de fon
Troupeau.
On n'eſt pas moins perfua- dé de celuy de M'l'Abbé du Laurens,Grand Prieur de l'Ordre de Clugny , que le Roy a
fait Eveſque du Bellay. Il eſt Frere de feu M du Laurens
Conſeiller à la Grand Chambre , qui s'eſtoit fait baftir un
1. Apartement dans l'Abbaye de S. Victor , où il eſt mortdepuis deux ans.
Je ſçay , Madame, que la ré- putation de Mª de Piancour,
Abbéde la Croix,vous eft connuë , & ainſi je nedoute point
140 LE MERCVRE
que vous n'ayez de la joye d'apprendre que Sa Majefté a
rendu juftice à ſon merite , en le nommant à l'Eveſche de
Mande. C'eſt un Pofte fort avantageux qui le rend Second Prefident des Etats de la Province. Sa picté,ſa profondedo- trine,& fon exacte régularité à remplir les devoirs que Dieu luy a impoſez , faifoient voir das ſa Perſonnetoutes les qua- litez neceffaires pour faire un tres -digne Prélat;&il y a long- tems que nous le verrions dans cette haute Dignité , s'il avoit voulu écouter les propofitions qui luy ont eſté faites ; mais il a toûjours proteſté que fi cela arrivoit, il y feroit conduit par les feules mains de la Providence;&en effet,il n'a preſque
T
GALANT. 141
point paru à la Cour,& la cho- -ſe eſtoit arreſtée en ſa faveur,
avant qu'il euſt appris qu'elle ſe duft faire. Il a beaucoup de
naiſſance,&eft Frerede Mr le
Chevalierde Piancour, qui eft mort depuis un an à Meſſine,
apres avoir rendu de fort grāds ſervices au Roy , dont il a eſté l'Agent à Malte pendant trois années. Il s'eſtoit acquité de
cet Employ avec tant de fide- lité & de zele , qu'ayant eſté rappellé en Cour, il trouva à
Marſeille une Lettre de M le
Marquis de Segnelay qui luy faiſoit ſçavoir que Sa Majefté le gratifioit d'une Galere. Il l'équipa en tres peu de temps,
&n'épargna rien pour la ren- dre une des plus confidérables quipuffent eftre employées au fervice de fon Maiſtre. Perfon
142 LE MERCVRE
ne n'ignore les belles actions qu'il fit àla grande Affaire de
Palerme. Son trop de zele luy couſta la vie unpeu apres. II ne voulut point abandonnerſa Galere , où il y avoit un fort grandnombrede Malades. Les Fievres estoient malignes,il en futpris , &mourut fort regreté de Monfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne , &de toutl'ordre
de Malte , qui avoit pour luy une eſtime tres-particuliere.
Le Roy qui fait tout avec prudence, &ne répand jamais fes graces qu'avecjuſtice,a fait l'honneur à M l'Abbé de la
Berchere , l'un de ſes Aumôniers , de le nommer à l'Evefché de Lavaur. Il eſt Docteur
de Sorbonne;&quoyqu'il n'ait pas encor trente ans, il eft con- fommé dans toutes les Scien-
GALANT. 143 ces qu'on peut fouhaiter dans ungrand Prélat. Il a prefché,
& toûjours avec ſucces ; & fi la foibleſſe de ſa voix luy euſt pû permettre de continuer , il auroit remply tres-dignement les premieres Chaires de Paris.
SonGrand Pere eft mort Premier Preſident du Parlement
de Dijon. La ſurvivance de cetteCharge avoit eſté accor- dée àMonfieurdela Berchere
ſon Pere , qui l'exerça quoy qu'iln'euſt que vingt-ſept ans.
Il paſſa à celle de Premier Pre- fidentde Grenoble, par les or- dres dela feu Reyne Mere, qui Thonoroitde fon eftime,&qui crût que ſa preſence en cette Province ne ſeroit pas inutile aux Affaires du Roy pendant la Régence. Cette grande Charge fut exercée apres fa
:
1
144 LE MERCVRE
mort , comme elle l'eſt encor
aujourd huy, par M de laBer- chere,qui en avoit la ſurvivance,& qui eſt Oncle de M.l'Abbéde laBerchere dontje vous
parle.
Je croy, Madame, que vous vous étonnez de ne point trou- ver le Nom de M. l'Abbé de
Noailles parmy tant d'Evef- ques , puis qu il ne manque d'aucunedesqualitez qui peu- vent élever à l'Epifcopat une Perſonne de ſa naiſſance. Le
Roy qui eſt fort perfuadé de fon merite,luy avoit fait l'hon- neur de le nommer ; mais les
inſtantes prieres de Monfieur le Duc de Noailles fon Pere ,
qui n'a pû ſe réfoudre à eſtre privé fi toſt dela prefence d'un Fils qu'il aime fort tendremét,
jointes à l'envie qu'il a fait paroiftre
GALANT. 145 roiſtre d'avoir encor quelques années pendant leſquelles il puſt ſe rendre plus digne des graces de Sa Majefté par fon application extraordinaire à
l'étude, en ont fufpendu
juſqu'àun autre temps.
M. l'Evefque d'Ufés , Fils de
M 3
138 LE MERCVRE M de la Uriliere Secretaire
d'Etat , a eul'Archeveſché de
Bourges. Cette nouvelle éleva- tion faitvoir combien Sa Majeſté eft perfuadée &de fa fuf- fifance pour régler un grand Dioceſe , & de ſa pieté pour fervir d'exemple aux Peuples quivont eftre commis àſa conduite.
L'Eveſché d'Uſes a eſté donné en meſme temps àM l'Abbé Poncet , Fils de M'Poncet
Conſeiller d'Etat & du Confeil
Royal , &Neveude feuMon- fieur 1 Archeveſque de Bour- ges. C'eſt quelque choſed'af- fez glorieux pour luy , d'en- tendre dire par tout queles fervices de M fon Pere, qui com- me vous ſçavez eſt dans une tres--haute confidération,n'ont
aucune part à la Dignité qu'il vient d'acquérir.
GALANT. 139
Monfieur Felix Evefque de
Digne, a efté nommé à l'Evef- chedeChalons ſur Saone. La
maniere édifiante dont il pref- che , fait connoiſtre affez ce
qu'on doit attendre de fon zele pour la conduite de fon
Troupeau.
On n'eſt pas moins perfua- dé de celuy de M'l'Abbé du Laurens,Grand Prieur de l'Ordre de Clugny , que le Roy a
fait Eveſque du Bellay. Il eſt Frere de feu M du Laurens
Conſeiller à la Grand Chambre , qui s'eſtoit fait baftir un
1. Apartement dans l'Abbaye de S. Victor , où il eſt mortdepuis deux ans.
Je ſçay , Madame, que la ré- putation de Mª de Piancour,
Abbéde la Croix,vous eft connuë , & ainſi je nedoute point
140 LE MERCVRE
que vous n'ayez de la joye d'apprendre que Sa Majefté a
rendu juftice à ſon merite , en le nommant à l'Eveſche de
Mande. C'eſt un Pofte fort avantageux qui le rend Second Prefident des Etats de la Province. Sa picté,ſa profondedo- trine,& fon exacte régularité à remplir les devoirs que Dieu luy a impoſez , faifoient voir das ſa Perſonnetoutes les qua- litez neceffaires pour faire un tres -digne Prélat;&il y a long- tems que nous le verrions dans cette haute Dignité , s'il avoit voulu écouter les propofitions qui luy ont eſté faites ; mais il a toûjours proteſté que fi cela arrivoit, il y feroit conduit par les feules mains de la Providence;&en effet,il n'a preſque
T
GALANT. 141
point paru à la Cour,& la cho- -ſe eſtoit arreſtée en ſa faveur,
avant qu'il euſt appris qu'elle ſe duft faire. Il a beaucoup de
naiſſance,&eft Frerede Mr le
Chevalierde Piancour, qui eft mort depuis un an à Meſſine,
apres avoir rendu de fort grāds ſervices au Roy , dont il a eſté l'Agent à Malte pendant trois années. Il s'eſtoit acquité de
cet Employ avec tant de fide- lité & de zele , qu'ayant eſté rappellé en Cour, il trouva à
Marſeille une Lettre de M le
Marquis de Segnelay qui luy faiſoit ſçavoir que Sa Majefté le gratifioit d'une Galere. Il l'équipa en tres peu de temps,
&n'épargna rien pour la ren- dre une des plus confidérables quipuffent eftre employées au fervice de fon Maiſtre. Perfon
142 LE MERCVRE
ne n'ignore les belles actions qu'il fit àla grande Affaire de
Palerme. Son trop de zele luy couſta la vie unpeu apres. II ne voulut point abandonnerſa Galere , où il y avoit un fort grandnombrede Malades. Les Fievres estoient malignes,il en futpris , &mourut fort regreté de Monfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne , &de toutl'ordre
de Malte , qui avoit pour luy une eſtime tres-particuliere.
Le Roy qui fait tout avec prudence, &ne répand jamais fes graces qu'avecjuſtice,a fait l'honneur à M l'Abbé de la
Berchere , l'un de ſes Aumôniers , de le nommer à l'Evefché de Lavaur. Il eſt Docteur
de Sorbonne;&quoyqu'il n'ait pas encor trente ans, il eft con- fommé dans toutes les Scien-
GALANT. 143 ces qu'on peut fouhaiter dans ungrand Prélat. Il a prefché,
& toûjours avec ſucces ; & fi la foibleſſe de ſa voix luy euſt pû permettre de continuer , il auroit remply tres-dignement les premieres Chaires de Paris.
SonGrand Pere eft mort Premier Preſident du Parlement
de Dijon. La ſurvivance de cetteCharge avoit eſté accor- dée àMonfieurdela Berchere
ſon Pere , qui l'exerça quoy qu'iln'euſt que vingt-ſept ans.
Il paſſa à celle de Premier Pre- fidentde Grenoble, par les or- dres dela feu Reyne Mere, qui Thonoroitde fon eftime,&qui crût que ſa preſence en cette Province ne ſeroit pas inutile aux Affaires du Roy pendant la Régence. Cette grande Charge fut exercée apres fa
:
1
144 LE MERCVRE
mort , comme elle l'eſt encor
aujourd huy, par M de laBer- chere,qui en avoit la ſurvivance,& qui eſt Oncle de M.l'Abbéde laBerchere dontje vous
parle.
Je croy, Madame, que vous vous étonnez de ne point trou- ver le Nom de M. l'Abbé de
Noailles parmy tant d'Evef- ques , puis qu il ne manque d'aucunedesqualitez qui peu- vent élever à l'Epifcopat une Perſonne de ſa naiſſance. Le
Roy qui eſt fort perfuadé de fon merite,luy avoit fait l'hon- neur de le nommer ; mais les
inſtantes prieres de Monfieur le Duc de Noailles fon Pere ,
qui n'a pû ſe réfoudre à eſtre privé fi toſt dela prefence d'un Fils qu'il aime fort tendremét,
jointes à l'envie qu'il a fait paroiftre
GALANT. 145 roiſtre d'avoir encor quelques années pendant leſquelles il puſt ſe rendre plus digne des graces de Sa Majefté par fon application extraordinaire à
l'étude, en ont fufpendu
juſqu'àun autre temps.
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Résumé : Le Roy donne l'Archevesché de Bourges au Fils de M. de la Vrilliere: L'Evesché d'Ufez à M. l'Abbé Poncet, celuy de Chaalons sur Saone à M. Felix, celuy du Bellay à M. l'Abbé du Laurens, [ce]luy de Mande à M. de Piancour, Abbé de la Croix, & celuy de Lavaur à M. l'Abbé de la Berechere. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs nominations ecclésiastiques réalisées par le roi. L'évêque d'Uzès, fils du secrétaire d'État, a été promu à l'archevêché de Bourges, reflétant la confiance royale en ses compétences pour diriger un grand diocèse. L'évêché d'Uzès a été confié à l'abbé Poncet, fils d'un conseiller d'État, soulignant que cette promotion n'est pas due aux services de son père. L'évêque de Digne, Félix, a été nommé à l'évêché de Chalon-sur-Saône, apprécié pour son zèle pastoral. L'abbé du Laurens, grand prieur de l'ordre de Cluny, a été désigné évêque du Bellay. L'abbé de Piancourt, nouvel évêque de Mande, est reconnu pour sa réputation et devient second président des États de la province. Le roi a nommé l'abbé de la Berchère, l'un de ses aumôniers, à l'évêché de Lavaur, malgré son jeune âge, en raison de ses compétences en théologie. Enfin, l'abbé de Noailles, bien que qualifié, n'a pas été nommé évêque à la demande de son père et pour poursuivre ses études.
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4
Le Roy donne l'Archevesché de Bourges au Fils de M. de la Vrilliere: L'Evesché d'Ufez à M. l'Abbé Poncet, celuy de Chaalons sur Saone à M. Felix, celuy du Bellay à M. l'Abbé du Laurens, [ce]luy de Mande à M. de Piancour, Abbé de la Croix, & celuy de Lavaur à M. l'Abbé de la Berechere. [titre d'après la table]
5
p. 211-212
Le Roy donne l'Abbaye de la Croix à M. l'Abbé Pellot. [titre d'après la table]
Début :
J'avois oublié à vous dire que le Roy avoit donné [...]
Mots clefs :
Abbaye de la Croix, Abbé Pellot
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne l'Abbaye de la Croix à M. l'Abbé Pellot. [titre d'après la table]
J'avois oublié àvous dire que le Roy avoit donné l'Abbaye de la Croix à M l'Abbé Pellot,
FilsdeM le Premier Prefident
deRoüen. Elle est d'un revenu
confiderable , & d'une tresgrande beauté. Feu Mr l'Abbé
de Piancour , Oncle de celuy
GALANT. 153 qui vient d'eſtre nommé à I E- veſchéde Mande , l'avoit fait
rebaſtir entierement , & elle doit la plus grande partie de fes embelliffemens aux foins de ce
dernier qui n'a rien épargné pour la rendre ce qu'elle eſt.
FilsdeM le Premier Prefident
deRoüen. Elle est d'un revenu
confiderable , & d'une tresgrande beauté. Feu Mr l'Abbé
de Piancour , Oncle de celuy
GALANT. 153 qui vient d'eſtre nommé à I E- veſchéde Mande , l'avoit fait
rebaſtir entierement , & elle doit la plus grande partie de fes embelliffemens aux foins de ce
dernier qui n'a rien épargné pour la rendre ce qu'elle eſt.
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6
p. 142-143
Le Roy nomme M. l'Abbé de Beauveau à l'Ecesché de Nantes, sur la Démission pure & simple de M. de la Baume le Blanc. [titre d'après la table]
Début :
Pendant que nous sommes à la Cour, je dois encor vous [...]
Mots clefs :
Abbé de Beauveau, Évêché de Nantes, Démission
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy nomme M. l'Abbé de Beauveau à l'Ecesché de Nantes, sur la Démission pure & simple de M. de la Baume le Blanc. [titre d'après la table]
Pendant que nous ſommes àla Cour, je dois encor vous dire que le Roy a nommé Monfieur l'Abbéde Beauveau
Tome VI. I
100 LE MERCVRE
à l'Eveſché de Nantes , fur la Démiſſion pure & fimple de Monfieurdela Baume le Blanc
qui en estoit Eveſque. Cet il- luſtre Abbé eſt recommandable par fon merite &par fa naiſſance. On a veu dans ſa
Maiſondes Séneſchaux d'Anjou , de Provence & de Lor- raine , des Gouverneurs de
Places,des Preſidens des Compres , des Chambellans des Rois Charles VII. &Loüis XI.
&des Eveſques d'Arles , d'An
gers & de Nantes. Elle eſt al- liée des Maifons de Bourbon
& de Vendoſme , & de plu- fieurs autres des plus Illuſtreş duRoyaume.
Tome VI. I
100 LE MERCVRE
à l'Eveſché de Nantes , fur la Démiſſion pure & fimple de Monfieurdela Baume le Blanc
qui en estoit Eveſque. Cet il- luſtre Abbé eſt recommandable par fon merite &par fa naiſſance. On a veu dans ſa
Maiſondes Séneſchaux d'Anjou , de Provence & de Lor- raine , des Gouverneurs de
Places,des Preſidens des Compres , des Chambellans des Rois Charles VII. &Loüis XI.
&des Eveſques d'Arles , d'An
gers & de Nantes. Elle eſt al- liée des Maifons de Bourbon
& de Vendoſme , & de plu- fieurs autres des plus Illuſtreş duRoyaume.
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Résumé : Le Roy nomme M. l'Abbé de Beauveau à l'Ecesché de Nantes, sur la Démission pure & simple de M. de la Baume le Blanc. [titre d'après la table]
Le roi a nommé l'abbé de Beauveau à l'évêché de Nantes après la démission de Monseigneur de la Baume le Blanc. L'abbé est reconnu pour ses mérites et sa lignée illustre, incluant des sénéchaux, gouverneurs, présidents de cours et évêques. Sa famille est alliée aux maisons de Bourbon et de Vendôme.
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7
p. 143-144
Le Roy donne deux Abbayes à M. le Cardinal de Bonzy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a pareillement donné deux Abbayes à Monsieur le Cardinal [...]
Mots clefs :
Cardinal de Bonzy, Abbayes
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne deux Abbayes à M. le Cardinal de Bonzy. [titre d'après la table]
LeRoy apareillement don- né deux Abbayes àMonfieur le Cardinal deBonzy. Tout ce que jepourrois dire de ce Prin-
GALANT. ΙΟΙ
コ
I
e
ce de l'Egliſe ſeroit infiniment audeſſous de luy. Sa naiſſance eſt connue , ſon eſprit & fa conduite ont paru dans les grandes Ambaſſades dont il S'eſt acquité avectant de fuc- cés , & fes manieres honnêtes & engageantes luy atti- rent les cœurs de tous ceux
qui le connoiffent.
GALANT. ΙΟΙ
コ
I
e
ce de l'Egliſe ſeroit infiniment audeſſous de luy. Sa naiſſance eſt connue , ſon eſprit & fa conduite ont paru dans les grandes Ambaſſades dont il S'eſt acquité avectant de fuc- cés , & fes manieres honnêtes & engageantes luy atti- rent les cœurs de tous ceux
qui le connoiffent.
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8
p. 116-118
L'HYPOCRITE, SONNET.
Début :
Encor un Sonnet, Madame. Il m'a esté envoyé de / Le Bigot en ce temps, pour bien faire son compte, [...]
Mots clefs :
Bigot, Faux dévots, Compter, Hypocrite, Église
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texteReconnaissance textuelle : L'HYPOCRITE, SONNET.
Encor un Sonnet , Madame.
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
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Résumé : L'HYPOCRITE, SONNET.
Le texte présente un sonnet intitulé 'L'HYPOCRITES' envoyé de Poitou. Ce sonnet critique les faux dévots et met en scène un hypocrite obsédé par la mesure du temps. Il valorise le futur, néglige le présent et compte prières et chapelets pour tromper autrui. Dieu connaît ses véritables intentions.
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9
p. 40-44
Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Début :
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la [...]
Mots clefs :
Abbé Poudens, Abbé de Suse, Évêque de Tarbes, Évêché de S. Omer, Mr Tellier, Évêché de Dignes
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la porter dignement , on doit croireque son temps vien- dra , comme il eſt venu depuis quelques jours pour Me l'Abbé Poudens, que le RoyafaitEvef
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
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Résumé : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions au sein de l'Église et de la cour royale. L'abbé Poudens, docteur de Sorbonne et fils d'un président du Parlement de Pau, a été nommé évêque de Tarbes par le roi. Il a également été secrétaire du Clergé lors de la dernière assemblée, où il s'est distingué par ses compétences et a été acclamé par ses pairs. L'abbé de Suse, fils du comte de Suse, a été nommé évêque de Saint-Omer après avoir été récemment nommé évêque de Tarbes. Il est reconnu pour ses services et ses qualités personnelles, telles que la probité et la franchise. Son oncle, l'évêque de Viviers, est l'un des prélats les plus anciens du royaume. L'abbé de Suse a également des amis influents et a démontré son mérite dans diverses assemblées du Clergé et à l'Université de Paris. Le roi a récemment nommé le curé Tellier à l'évêché de Dignes, après avoir été aumônier de la reine et avoir mené une vie exemplaire. Tellier est le beau-frère de Langlois, maître d'hôtel du roi, dont le mérite et l'influence sont également reconnus. Les curés de Paris sont souvent choisis pour des postes d'évêques en raison de leur doctrine et de leur piété.
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10
p. 118-120
Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Début :
On en a donné beaucoup au choix que le Roy [...]
Mots clefs :
Abbesse de Sainte Menehoult, Madame de Boulay, Abbaye, Madame de Vaudetart de Bournonville Persan
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
On en a donné beaucoup au choixque le Roya fait deMa- dame l'Abbeſſe de Sainte Menehoud , pour la gratifier de l'Abbaye Royale de Farmonſtier
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
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Résumé : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Le roi a nommé Madame l'Abbesse de Sainte Menéhoud à l'Abbaye Royale de Faremoutiers, une dame de grand mérite et de vertu exacte, de la maison d'Uxelles. Madame du Boulay a reçu l'Abbaye de Sainte Menéhoud. Madame de Vaudetart de Bournonville Perfan a été désignée pour l'Abbaye de Saint Jacques près de Bourbon.
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11
p. 172-174
Mademoiselle de Vaillac prend l'Habit de Carmelite. [titre d'après la table]
Début :
Comme on invente tous les jours quelque chose de nouveau [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Vaillac, Carmelites, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Mademoiselle de Vaillac prend l'Habit de Carmelite. [titre d'après la table]
Comme on invente tous les
joursquelque choſe de nouveau dans lemonde, on renonce auffi tous le jours à ce qu'il y a de plus engageant. C'eſt ce que fit encordernierement Mademoifelle de Vaillac , en prenant
Habit aux grandes Carmelites,
en preſence de Leurs Alteſſes Royales Monfieur & Madame,
qui luy firent l'honneur d'af- fifter à cette Ceremonie , accompagnez de quantité de Per- ſonnes des plus qualifiéesde la Cour. Elle eſt cadette de cette
belle Mademoiselle de Vaillac,
dont le merite fait tant de bruit,
&dont on ne peutdire trop de bien. Si l'une fait fon bonheur
de la Retraite , l'autre peut faire
GALAN Τ. 109
e
1
S
1
celuy d'un des plus honneſtes Hommes du Royaume. Elle eft auſſi bien faite que belle , ſa tail- le eſt grande &dégagée , on ne peut avoir de plus beaux yeux,
&ce qui eſt un fort grand char- me, ſa bonté va audelà de tous
ceux de fa Perſonne .
joursquelque choſe de nouveau dans lemonde, on renonce auffi tous le jours à ce qu'il y a de plus engageant. C'eſt ce que fit encordernierement Mademoifelle de Vaillac , en prenant
Habit aux grandes Carmelites,
en preſence de Leurs Alteſſes Royales Monfieur & Madame,
qui luy firent l'honneur d'af- fifter à cette Ceremonie , accompagnez de quantité de Per- ſonnes des plus qualifiéesde la Cour. Elle eſt cadette de cette
belle Mademoiselle de Vaillac,
dont le merite fait tant de bruit,
&dont on ne peutdire trop de bien. Si l'une fait fon bonheur
de la Retraite , l'autre peut faire
GALAN Τ. 109
e
1
S
1
celuy d'un des plus honneſtes Hommes du Royaume. Elle eft auſſi bien faite que belle , ſa tail- le eſt grande &dégagée , on ne peut avoir de plus beaux yeux,
&ce qui eſt un fort grand char- me, ſa bonté va audelà de tous
ceux de fa Perſonne .
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Résumé : Mademoiselle de Vaillac prend l'Habit de Carmelite. [titre d'après la table]
Mademoiselle de Vaillac, cadette de la célèbre Mademoiselle de Vaillac, a rejoint les grandes Carmélites. La cérémonie a eu lieu en présence de Leurs Altesses Royales et de nombreuses personnalités de la cour. Elle est décrite comme belle, bien faite, avec une taille élancée et des yeux remarquables, et surtout dotée d'une bonté exceptionnelle.
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12
p. 184
M. d'Obeille est sacré Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Début :
Quelque Profession qu'on ait embrassée, le merite est une [...]
Mots clefs :
M. d'Obeille, Évêque d'Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. d'Obeille est sacré Evesque d'Orange. [titre d'après la table]
Quelque Profeſſion qu'on ait embraffée , le merite eft une for- te recommandation pour obte- nir les graces de ce grand Mo- narquequi va ſouvent le cher- cher hors de la Cour. Nous le
voyons en la perſonne de M. d'Obeille , qui vient d'eſtre Sa- cré Eveſque d'Orange. Il eſt
116 LE MERCVRE
Docteur de Sorbonne , & c'eſt
à cauſe de ſa grande érudition qu'il a efté élevé à la Dignité de Prelat
voyons en la perſonne de M. d'Obeille , qui vient d'eſtre Sa- cré Eveſque d'Orange. Il eſt
116 LE MERCVRE
Docteur de Sorbonne , & c'eſt
à cauſe de ſa grande érudition qu'il a efté élevé à la Dignité de Prelat
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13
p. 118-120
M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
Début :
Quelque estat de vie qu'on ait embrassé, il est [...]
Mots clefs :
Église de Xaintes, Évêque, Abbé du Plessis
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
Quelque eftat de viequ'on ait embraffe , il eſt toûjours bon d'avoir une gran- de exactitude à s'aquiterdes de- voirs qu'il nous impoſe. Nous en voyons la récompenſe enla Perfonne de Monfieur l'Abbé
du Pleffis de Geſté de la Broutiere,dont la longue application à remplir toutes les obligations de fon caractere , luy a fait me
GALANT9 riter le choixque le Roy a fait de luy pour luy confier la con- duite de l'Egliſe de Xaintes dont il fut facré Eveſque ces derniers jours. S'il fuccede àun grand Prelat qui fut fort aimé dans ce Dioceſe , ſa doctrine &ſa piete,
jointes àfon humeur honneſte &obligeante, ne luygagneront pas moins les cœurs des Peu- ples qu'on luy a commis. Il y
avoit quinze ans qu'il eſtoit Grand Vicaire de Paris. Il eſt
Docteurde Sorbonne , &d'une tres-Illuftre Famille d'Anjou.'
du Pleffis de Geſté de la Broutiere,dont la longue application à remplir toutes les obligations de fon caractere , luy a fait me
GALANT9 riter le choixque le Roy a fait de luy pour luy confier la con- duite de l'Egliſe de Xaintes dont il fut facré Eveſque ces derniers jours. S'il fuccede àun grand Prelat qui fut fort aimé dans ce Dioceſe , ſa doctrine &ſa piete,
jointes àfon humeur honneſte &obligeante, ne luygagneront pas moins les cœurs des Peu- ples qu'on luy a commis. Il y
avoit quinze ans qu'il eſtoit Grand Vicaire de Paris. Il eſt
Docteurde Sorbonne , &d'une tres-Illuftre Famille d'Anjou.'
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Résumé : M. l'Abbé du Plessis est sacré Evesque de Xaintes. [titre d'après la table]
L'Abbé du Pleffis de Gesté de la Brouetiere, récompensé pour son dévouement, a été nommé évêque de Saintes par le roi. Grand Vicaire de Paris depuis quinze ans et Docteur de Sorbonne, il succède à un prélat apprécié. Sa doctrine, piété et honnêteté devraient lui gagner l'affection des habitants. Il est issu d'une famille illustre d'Anjou.
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14
p. 120-121
Le Roy donne une Abbaye à M. l'Abbé d'Aquin, & une autre à M. de Puysegur. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui aime à répandre ses bienfaits par tout [...]
Mots clefs :
Abbé d'Aquin, Abbaye, M. de Puysegur
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne une Abbaye à M. l'Abbé d'Aquin, & une autre à M. de Puysegur. [titre d'après la table]
es-Illuftre Famille d'Anjou.'
Le Roy qui aime à répandre fes bienfaits par tout , a grati- fié M l'Abbé Daquin , Fils de ſon Premier Medecin , de l'Abbayede la Seube pres de Bor- deaux ; & comme Sa Majeſté n'oublie jamais les Services qu'on luy rend, Elle a recomDij
80 LE MERCVRE
expofe
penſe ceux de MePuylegur,
qui a eſté long-temps Lieute- nant Colonel & Meſtre de
Camp du Regiment de Pied- mont, par une Abbaye qu'Elle luy adonnée dans Toul.
Le Roy qui aime à répandre fes bienfaits par tout , a grati- fié M l'Abbé Daquin , Fils de ſon Premier Medecin , de l'Abbayede la Seube pres de Bor- deaux ; & comme Sa Majeſté n'oublie jamais les Services qu'on luy rend, Elle a recomDij
80 LE MERCVRE
expofe
penſe ceux de MePuylegur,
qui a eſté long-temps Lieute- nant Colonel & Meſtre de
Camp du Regiment de Pied- mont, par une Abbaye qu'Elle luy adonnée dans Toul.
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15
p. 188-191
M. l'Abbé de Grandmont qui avoit esté nommé à l'Evesché de S. Papoul, est sacré à Pezenas. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez sçeu, Madame, que Mr l'Abbé de Grandmont qui estoit [...]
Mots clefs :
Abbé de Grandmont, Évêché de S. Papoul, Cardinal de Bonzy
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé de Grandmont qui avoit esté nommé à l'Evesché de S. Papoul, est sacré à Pezenas. [titre d'après la table]
Vous avez ſçeu , Madame ,
que M. l'Abbé de Grandmont qui estoit Agent du Clergé ,
avoit eſté nommé par le Roy à
l'Eveſché de S.Papoul. Vousapi
GALANT. 125 prendrez aujourd'huy qu'il fut ſacré il y a quelques jours à
Pezenas par Monfieurle Cardi- nal de Bonzi , Archeveſque de
Narbonne & Preſident des
Etats, aſſiſté de Meſſieurs les
Eveſques de Beziers & de Montpellier. Les Etats s'y trou- verent en Corps. Monfieur le Duc de Verneüil Gouverneur
de Languedoc,& M. Dagueſſeau Intendant auſdits Etats , &
Commiſſaire du Roy , ne man- querent pas auffi de s'y rendre ;
& comme une pareille Ceré- monie n'avoir eſté faite depuis long-temps dans cette Provin- ce,une infinité de Perſonnes des Villes voiſines y fut attirée par la curiofité. Monfieur le Cardi,
de Bonzi traita en ſuite magni- fiquement Monfieur le Duc de
Verneüil,avec les Commiffaires
F iij
116 LE MERCVRE
du Roy , & tous les Eveſques. Celuy dont je vous parle eſt Neveu de M. de Grandmont ,
qui estoit Agent perpétuel des Etats de Languedoc , & qui fut à feu M. le Duc d'Orleans. Son
merite l'avoit mis dans une fort
grande confideration. м.lе маг- quis de Montanegre n'afſiſta point àcette Cerémonie , parce qu'il eſtoit party quelques jours auparavant pour aller faire vé- rifier au Parlement deToulouſe
ſes Proviſions de Lieutenant de Royde la Province.On nedoute point qu'elles n'y foient re- ceuës avec joye par la connoif- fance qu'on a de ſes ſervices, &
de la juftice qu'on luy a ren- duë. Vous m'avez marqué que vous l'eſtimez ; & comme je fçay que vous ferez bien-aiſe que je vous parle de luy toutes
of GALANT. 127
D
des fois que l'occafion s'en offri- ra , j'auray ſoin de vous fatis- faire.
que M. l'Abbé de Grandmont qui estoit Agent du Clergé ,
avoit eſté nommé par le Roy à
l'Eveſché de S.Papoul. Vousapi
GALANT. 125 prendrez aujourd'huy qu'il fut ſacré il y a quelques jours à
Pezenas par Monfieurle Cardi- nal de Bonzi , Archeveſque de
Narbonne & Preſident des
Etats, aſſiſté de Meſſieurs les
Eveſques de Beziers & de Montpellier. Les Etats s'y trou- verent en Corps. Monfieur le Duc de Verneüil Gouverneur
de Languedoc,& M. Dagueſſeau Intendant auſdits Etats , &
Commiſſaire du Roy , ne man- querent pas auffi de s'y rendre ;
& comme une pareille Ceré- monie n'avoir eſté faite depuis long-temps dans cette Provin- ce,une infinité de Perſonnes des Villes voiſines y fut attirée par la curiofité. Monfieur le Cardi,
de Bonzi traita en ſuite magni- fiquement Monfieur le Duc de
Verneüil,avec les Commiffaires
F iij
116 LE MERCVRE
du Roy , & tous les Eveſques. Celuy dont je vous parle eſt Neveu de M. de Grandmont ,
qui estoit Agent perpétuel des Etats de Languedoc , & qui fut à feu M. le Duc d'Orleans. Son
merite l'avoit mis dans une fort
grande confideration. м.lе маг- quis de Montanegre n'afſiſta point àcette Cerémonie , parce qu'il eſtoit party quelques jours auparavant pour aller faire vé- rifier au Parlement deToulouſe
ſes Proviſions de Lieutenant de Royde la Province.On nedoute point qu'elles n'y foient re- ceuës avec joye par la connoif- fance qu'on a de ſes ſervices, &
de la juftice qu'on luy a ren- duë. Vous m'avez marqué que vous l'eſtimez ; & comme je fçay que vous ferez bien-aiſe que je vous parle de luy toutes
of GALANT. 127
D
des fois que l'occafion s'en offri- ra , j'auray ſoin de vous fatis- faire.
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M. l'Abbé de Grandmont qui avoit esté nommé à l'Evesché de S. Papoul, est sacré à Pezenas. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez sçeu, Madame, que Mr l'Abbé de Grandmont qui estoit [...]
Mots clefs :
Abbé de Grandmont, Évêché de S. Papoul, Cardinal de Bonzy
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texteReconnaissance textuelle : M. l'Abbé de Grandmont qui avoit esté nommé à l'Evesché de S. Papoul, est sacré à Pezenas. [titre d'après la table]
Vous avez ſçeu , Madame ,
que M. l'Abbé de Grandmont qui estoit Agent du Clergé ,
avoit eſté nommé par le Roy à
l'Eveſché de S.Papoul. Vousapi
GALANT. 125 prendrez aujourd'huy qu'il fut ſacré il y a quelques jours à
Pezenas par Monfieurle Cardi- nal de Bonzi , Archeveſque de
Narbonne & Preſident des
Etats, aſſiſté de Meſſieurs les
Eveſques de Beziers & de Montpellier. Les Etats s'y trou- verent en Corps. Monfieur le Duc de Verneüil Gouverneur
de Languedoc,& M. Dagueſſeau Intendant auſdits Etats , &
Commiſſaire du Roy , ne man- querent pas auffi de s'y rendre ;
& comme une pareille Ceré- monie n'avoir eſté faite depuis long-temps dans cette Provin- ce,une infinité de Perſonnes des Villes voiſines y fut attirée par la curiofité. Monfieur le Cardi,
de Bonzi traita en ſuite magni- fiquement Monfieur le Duc de
Verneüil,avec les Commiffaires
F iij
116 LE MERCVRE
du Roy , & tous les Eveſques. Celuy dont je vous parle eſt Neveu de M. de Grandmont ,
qui estoit Agent perpétuel des Etats de Languedoc , & qui fut à feu M. le Duc d'Orleans. Son
merite l'avoit mis dans une fort
grande confideration. м.lе маг- quis de Montanegre n'afſiſta point àcette Cerémonie , parce qu'il eſtoit party quelques jours auparavant pour aller faire vé- rifier au Parlement deToulouſe
ſes Proviſions de Lieutenant de Royde la Province.On nedoute point qu'elles n'y foient re- ceuës avec joye par la connoif- fance qu'on a de ſes ſervices, &
de la juftice qu'on luy a ren- duë. Vous m'avez marqué que vous l'eſtimez ; & comme je fçay que vous ferez bien-aiſe que je vous parle de luy toutes
of GALANT. 127
D
des fois que l'occafion s'en offri- ra , j'auray ſoin de vous fatis- faire.
que M. l'Abbé de Grandmont qui estoit Agent du Clergé ,
avoit eſté nommé par le Roy à
l'Eveſché de S.Papoul. Vousapi
GALANT. 125 prendrez aujourd'huy qu'il fut ſacré il y a quelques jours à
Pezenas par Monfieurle Cardi- nal de Bonzi , Archeveſque de
Narbonne & Preſident des
Etats, aſſiſté de Meſſieurs les
Eveſques de Beziers & de Montpellier. Les Etats s'y trou- verent en Corps. Monfieur le Duc de Verneüil Gouverneur
de Languedoc,& M. Dagueſſeau Intendant auſdits Etats , &
Commiſſaire du Roy , ne man- querent pas auffi de s'y rendre ;
& comme une pareille Ceré- monie n'avoir eſté faite depuis long-temps dans cette Provin- ce,une infinité de Perſonnes des Villes voiſines y fut attirée par la curiofité. Monfieur le Cardi,
de Bonzi traita en ſuite magni- fiquement Monfieur le Duc de
Verneüil,avec les Commiffaires
F iij
116 LE MERCVRE
du Roy , & tous les Eveſques. Celuy dont je vous parle eſt Neveu de M. de Grandmont ,
qui estoit Agent perpétuel des Etats de Languedoc , & qui fut à feu M. le Duc d'Orleans. Son
merite l'avoit mis dans une fort
grande confideration. м.lе маг- quis de Montanegre n'afſiſta point àcette Cerémonie , parce qu'il eſtoit party quelques jours auparavant pour aller faire vé- rifier au Parlement deToulouſe
ſes Proviſions de Lieutenant de Royde la Province.On nedoute point qu'elles n'y foient re- ceuës avec joye par la connoif- fance qu'on a de ſes ſervices, &
de la juftice qu'on luy a ren- duë. Vous m'avez marqué que vous l'eſtimez ; & comme je fçay que vous ferez bien-aiſe que je vous parle de luy toutes
of GALANT. 127
D
des fois que l'occafion s'en offri- ra , j'auray ſoin de vous fatis- faire.
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Résumé : M. l'Abbé de Grandmont qui avoit esté nommé à l'Evesché de S. Papoul, est sacré à Pezenas. [titre d'après la table]
Le texte décrit la nomination et la consécration de l'Abbé de Grandmont à l'évêché de Saint-Papoul par le roi. La cérémonie s'est déroulée à Pézenas, où il a été sacré par le cardinal de Bonzi, archevêque de Narbonne et président des États, en présence des évêques de Béziers et de Montpellier. Les États étaient représentés, ainsi que le duc de Verneuil, gouverneur de Languedoc, et M. Daguesseau, intendant et commissaire du roi. Cette cérémonie, inhabituelle dans la province, a attiré de nombreuses personnes des villes voisines. Après la cérémonie, le cardinal de Bonzi a offert un traitement somptueux au duc de Verneuil, aux commissaires du roi et aux évêques. L'abbé de Grandmont est le neveu de M. de Grandmont, ancien agent perpétuel des États de Languedoc et proche du feu duc d'Orléans. Le marquis de Montanègre n'a pas assisté à la cérémonie, étant parti vérifier ses provisions de lieutenant du roi au Parlement de Toulouse, où elles ont été accueillies favorablement en raison de ses services et de sa justice reconnue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 213-215
Abjuration de Mad. Biseüil, [titre d'après la table]
Début :
Quoy qu'il soit tres-difficile de renoncer aux erreurs qu'on a prises [...]
Mots clefs :
Erreurs, Religion prétendue réformée, Abjuration, Jeunesse, Charmes, Voix du ciel, Famille, Vérité
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration de Mad. Biseüil, [titre d'après la table]
Quoy qu'il foit tres - difficile
de
214
MERCURE
J
3
de renoncer aux erreurs qu'on a
priſes en naiffant , Mademoiſelle
Bifeüil a fi bien examiné celles
de la Religion Pretenduë Reformée
, dans laquelle on l'avoit
élevée juſqu'à aujourd'huy, que
les ayant reconnuës , elle en a
fait abjuration depuis quelques
jours. Cette Belle , qui eft dans
fa grande jeuneffe , & une des
plus aimables Perſonnes d'Alençon
, fe voyoit adorée de fa mere
, faifoit tous les plaifirs d'une
Tante qu'elle a , & eftoit uniquement
confiderée de fa Famille.
Tous ces charmes ont cedé
à la voix du Ciel , qui apparemment
la deſtine pour exemple à
mille Gens qui n'attendoient
pas ce changement. La penetra
tion de fon efprit , & le jugement
qu'elle a fait voir dans fest
moindres actions , ont fort éclaté
J
MAGNI
FILIV
วง
GALANT. 215
té dans celle- cy . La colere de
fes Parens n'a pû l'ébranler , &:
la connoiffance de la verité qu'el
le a enfin embraſſée , luy a eſté
preferable à tout .
de
214
MERCURE
J
3
de renoncer aux erreurs qu'on a
priſes en naiffant , Mademoiſelle
Bifeüil a fi bien examiné celles
de la Religion Pretenduë Reformée
, dans laquelle on l'avoit
élevée juſqu'à aujourd'huy, que
les ayant reconnuës , elle en a
fait abjuration depuis quelques
jours. Cette Belle , qui eft dans
fa grande jeuneffe , & une des
plus aimables Perſonnes d'Alençon
, fe voyoit adorée de fa mere
, faifoit tous les plaifirs d'une
Tante qu'elle a , & eftoit uniquement
confiderée de fa Famille.
Tous ces charmes ont cedé
à la voix du Ciel , qui apparemment
la deſtine pour exemple à
mille Gens qui n'attendoient
pas ce changement. La penetra
tion de fon efprit , & le jugement
qu'elle a fait voir dans fest
moindres actions , ont fort éclaté
J
MAGNI
FILIV
วง
GALANT. 215
té dans celle- cy . La colere de
fes Parens n'a pû l'ébranler , &:
la connoiffance de la verité qu'el
le a enfin embraſſée , luy a eſté
preferable à tout .
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Résumé : Abjuration de Mad. Biseüil, [titre d'après la table]
Mademoiselle Biseüil, élevée dans la Religion Prétendue Réformée, a récemment renoncé à ses croyances après réflexion. Connue pour sa beauté et son charme, elle a décidé de se convertir malgré l'opposition familiale. Sa décision, motivée par la connaissance de la vérité, est vue comme un exemple pour d'autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 110-112
Conversion miraculeuse de Monsieur Chanrosier, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay apris avec quelle fermeté la belle Mademoiselle Biseüil d'Alençon, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Religion prétendue réformée, Ténèbres, Prière, Conversion, Religion romaine
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texteReconnaissance textuelle : Conversion miraculeuse de Monsieur Chanrosier, [titre d'après la table]
Je vous ay apris avec quelle fermeté
la belle Mademoiselle Biſeüil
d'Alençon , avoit quité les
erreurs de la Religion Prétenduë
Reformée. La ſolemnelle Abjuration
qu'elle en a faire par les
foins du P.dela Ruë Jeſuite,dont
les lumieres luy ont fort aidé à
diffiper ſes tenebres , vient d'eftre
ſuivie d'une autre qui fait
grand bruit dans la même Ville.
C'eſt celle de M. de Chanroſier,
l'Homme le plus ſpirituelqu'euf
fent
ター
GALAN T.
ſent en ce quartier- là ceux de
cette Secte . Ils le conſultoient
comme un Oracle , & ſes réponſes
paroiſſoient pour eux autant
de déciſions Onſe ſouvient dans
toute la Ville , que Monfieur de
Chanrofier ſon Pere eſtant tout
preſt de mourir , & ayant trois
Fils dans l'aveuglement , avoit
demandé à Dieu qu'il luy plût
les éclairer. Cette priere qui ſe
trouva exaucée pour les deux Aînez
, morts l'un & l'autre apres
une pareille Abjuration,ſembloit
devoir étre ſans effet pour celuy
dont je vous parle , puis qu'étant
tombé en apoplexie à l'âge de
ſoixante &cinq ans , fans avoir
encor donné aucunes marques
de converfion , il n'y avoit pas
d'apparence qu'il duſt jamais
changer de party. Cependant la
grace a eſté viſible enluy. Il eſt
revenu
112 MERCURE
revenu d'un accident qui emporte
les plus jeunes , & s'eſt ſervy
auſſitoſt du retour de ſes ſens , &
& de fa raiſon, pour faire appeller
le Pere Anſelme de Lisieux ,
Définiteur des Capucins , pré .
chant le Careſme à Alençon, entre
les mains de qui il a fait ſa
déclaration de vouloir vivre &
mourir dans l'exercice de la Religion
Romaine. Il en a enfuite
remply les devoirs avec un zele
&une pieté ſurprenante.
la belle Mademoiselle Biſeüil
d'Alençon , avoit quité les
erreurs de la Religion Prétenduë
Reformée. La ſolemnelle Abjuration
qu'elle en a faire par les
foins du P.dela Ruë Jeſuite,dont
les lumieres luy ont fort aidé à
diffiper ſes tenebres , vient d'eftre
ſuivie d'une autre qui fait
grand bruit dans la même Ville.
C'eſt celle de M. de Chanroſier,
l'Homme le plus ſpirituelqu'euf
fent
ター
GALAN T.
ſent en ce quartier- là ceux de
cette Secte . Ils le conſultoient
comme un Oracle , & ſes réponſes
paroiſſoient pour eux autant
de déciſions Onſe ſouvient dans
toute la Ville , que Monfieur de
Chanrofier ſon Pere eſtant tout
preſt de mourir , & ayant trois
Fils dans l'aveuglement , avoit
demandé à Dieu qu'il luy plût
les éclairer. Cette priere qui ſe
trouva exaucée pour les deux Aînez
, morts l'un & l'autre apres
une pareille Abjuration,ſembloit
devoir étre ſans effet pour celuy
dont je vous parle , puis qu'étant
tombé en apoplexie à l'âge de
ſoixante &cinq ans , fans avoir
encor donné aucunes marques
de converfion , il n'y avoit pas
d'apparence qu'il duſt jamais
changer de party. Cependant la
grace a eſté viſible enluy. Il eſt
revenu
112 MERCURE
revenu d'un accident qui emporte
les plus jeunes , & s'eſt ſervy
auſſitoſt du retour de ſes ſens , &
& de fa raiſon, pour faire appeller
le Pere Anſelme de Lisieux ,
Définiteur des Capucins , pré .
chant le Careſme à Alençon, entre
les mains de qui il a fait ſa
déclaration de vouloir vivre &
mourir dans l'exercice de la Religion
Romaine. Il en a enfuite
remply les devoirs avec un zele
&une pieté ſurprenante.
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Résumé : Conversion miraculeuse de Monsieur Chanrosier, [titre d'après la table]
Le texte évoque deux conversions significatives à Alençon. La première concerne Mademoiselle Biseüil, qui a abandonné la religion réformée après avoir été instruite par le Père de la Rue, un jésuite. La seconde conversion est celle de Monsieur de Chanrosier, reconnu pour sa sagesse et souvent consulté par les réformés. À l'âge de soixante-cinq ans, après avoir souffert d'une apoplexie dont il s'est remis, il a décidé de se convertir au catholicisme. Il a sollicité le Père Anselme de Lisieux, un capucin, pour déclarer son désir de vivre et de mourir dans la foi catholique. Sa conversion s'est distinguée par un zèle et une piété exceptionnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 54-116
DES TALISMANS.
Début :
Je ne doute point, Monsieur, que vous ne receviez beaucoup [...]
Mots clefs :
Talismans, Figure, Astres, Influences, Bien, Image, Vertu, Hommes, Matière, Auteur, Planètes, Effets, Livre, Soleil, Heure, Temps, Nature, Métal, Raison, Pierre, Serpents, Dieux, Corps, Humeurs, Science, Apologiste, Superstitions
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texteReconnaissance textuelle : DES TALISMANS.
SMANS
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
Fermer
20
p. 272-274
Mort & Abjuration de M. Petit, de la Religion Pretenduë Reformée, [titre d'après la table]
Début :
M Petit, celebre Avocat au Parlement de Paris, est mort [...]
Mots clefs :
Avocat au parlement, Décès, Abjuration, Religion prétendue réformée, Erreurs, Vérité, Religion romaine, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort & Abjuration de M. Petit, de la Religion Pretenduë Reformée, [titre d'après la table]
Monfieur Petit , celebre Avocat
au Parlement de Paris , eſt
mort auſſi depuis quelques jours .
Il ſçavoit beaucoup , poffedoit
les belles Lettres , & apres avoir
plaidé avec applaudiſſement pédant
fon jeune âge , il avoit quité
les pénibles occupations da
Barreau ,pour ſe donner tout entier
à fon Cabinet. Si fa perte a
affligé fes Amis (il en avoit quantité
,&des plus honneſtes Gens)
ç'a
GALANT. 183
ç'a eſté pour eux un grand ſujet
de ſe conſoler , de ce que trois
jours avant fa mort , il a fait abjuration
de la Religion Prétenduë
Reformée. Il ya longtemps
qu'il l'examinoit , & qu'éclairé
des lumieresde Monfieur le Pré
ſident de laGrange,de Monfieur
Hervé, &de Monfieur Dorat,
Conſeillers à la Grand Chambre
, & fur tout de Monfieur de
Quatrehomme Conſeiller en la
Cour des Aydes, & de Monfieur
de la Tour, il tâchoit d'en penétrer
les erreurs. Il n'eſtoit point
obſtiné , & on luy a ſouvent entendu
dire , que n'ayant jamais
cherché que la verité
doutoit point que Dicu ne luy
il ne
fiſt finir ſes jours dans la veritable
Religion . L'effet a montré
qu'ayant efperé avec foy , fon
eſpérance a eſté heureuſement
rem
184 MERCURE
remplie. C'eſt entre les mains de
Monfieur le Curé de S. Loüis
qu'il a abjuré. Madame Lhuillier
ſa Niéce n'a pas peu contribué
à cette Converfion . Rien n'eſt fi
preſſant que les raiſons dont elle
ſe ſervit pour l'obliger à ouvrir
les yeux dans fa maladie.
au Parlement de Paris , eſt
mort auſſi depuis quelques jours .
Il ſçavoit beaucoup , poffedoit
les belles Lettres , & apres avoir
plaidé avec applaudiſſement pédant
fon jeune âge , il avoit quité
les pénibles occupations da
Barreau ,pour ſe donner tout entier
à fon Cabinet. Si fa perte a
affligé fes Amis (il en avoit quantité
,&des plus honneſtes Gens)
ç'a
GALANT. 183
ç'a eſté pour eux un grand ſujet
de ſe conſoler , de ce que trois
jours avant fa mort , il a fait abjuration
de la Religion Prétenduë
Reformée. Il ya longtemps
qu'il l'examinoit , & qu'éclairé
des lumieresde Monfieur le Pré
ſident de laGrange,de Monfieur
Hervé, &de Monfieur Dorat,
Conſeillers à la Grand Chambre
, & fur tout de Monfieur de
Quatrehomme Conſeiller en la
Cour des Aydes, & de Monfieur
de la Tour, il tâchoit d'en penétrer
les erreurs. Il n'eſtoit point
obſtiné , & on luy a ſouvent entendu
dire , que n'ayant jamais
cherché que la verité
doutoit point que Dicu ne luy
il ne
fiſt finir ſes jours dans la veritable
Religion . L'effet a montré
qu'ayant efperé avec foy , fon
eſpérance a eſté heureuſement
rem
184 MERCURE
remplie. C'eſt entre les mains de
Monfieur le Curé de S. Loüis
qu'il a abjuré. Madame Lhuillier
ſa Niéce n'a pas peu contribué
à cette Converfion . Rien n'eſt fi
preſſant que les raiſons dont elle
ſe ſervit pour l'obliger à ouvrir
les yeux dans fa maladie.
Fermer
Résumé : Mort & Abjuration de M. Petit, de la Religion Pretenduë Reformée, [titre d'après la table]
Monsieur Petit, avocat distingué au Parlement de Paris, est décédé récemment. Reconnu pour sa vaste érudition et son éloquence, il avait cessé sa carrière juridique pour se consacrer à ses études personnelles. Sa disparition a profondément affecté ses nombreux amis respectables. Ils ont toutefois trouvé du réconfort dans le fait qu'il avait abjuré la religion réformée trois jours avant sa mort. Cette décision résultait de longues réflexions, guidées par des conseillers influents comme Monsieur le Président de la Grange, Monsieur Hervé, Monsieur Dorat, Monsieur de Quatrehomme et Monsieur de la Tour. Petit souhaitait terminer ses jours dans la véritable religion. Son vœu a été exaucé grâce à l'intervention de Madame Lhuillier, sa nièce, qui a facilité sa conversion. La cérémonie d'abjuration a été conduite par Monsieur le Curé de Saint-Louis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 275
Autre Abjuration de M. Ranchin, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait une autre Abjuration fort solemnelle. C'est celle [...]
Mots clefs :
Abjuration, Conseiller au Parlement, Religion romaine, Vérités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Abjuration de M. Ranchin, [titre d'après la table]
Il s'eſt fait une autre Abjuration
fort folemnelle . C'eſt
celle de Monfieur de Ranchin
Conſeiller au Parlement de Tou.
louſe. Son eſprit luy a fait acquerir
une eſtime genérale , &
il porte un nom qui ne ſçauroit
vous eſtre inconnu. Des Perfonnes
de ce poids ne changent
jamais de party legerement , &
quand ils embraflent la Religion
Romaine , on doit croire qu'ils
ſont parfaitement convaincusdes
veritez donr ils ont voulu ſe faire
inſtruire.
fort folemnelle . C'eſt
celle de Monfieur de Ranchin
Conſeiller au Parlement de Tou.
louſe. Son eſprit luy a fait acquerir
une eſtime genérale , &
il porte un nom qui ne ſçauroit
vous eſtre inconnu. Des Perfonnes
de ce poids ne changent
jamais de party legerement , &
quand ils embraflent la Religion
Romaine , on doit croire qu'ils
ſont parfaitement convaincusdes
veritez donr ils ont voulu ſe faire
inſtruire.
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22
p. 6-10
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Ce qui fait connoistre qu'il n'y a jamais eu que des Esprits [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Erreur, Vérité, Catholique, Prêches, Controverse, Hérésie protestante, Conversions, Abjurations, Âme
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Ce qui fait connoiftre qu'il
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
n'y a jamais eu que des Efprits
foibles , qui en paffant dans la
Religion Prétendue Reformée
fans la bien connoître , ayent
efté capables de préferer l'erreur
à la verité , c'est que tous les
jours ceux de cette Religion embraffent
la Catholique, apres une
entiere conviction des chofes
qui leur avoient donné fujet de
dout er
GALANT.
7
douter. Il ne faut que voir le
fruit que fait depuis quelque
temps le P. Alexis du Buc Theatin
, qui prêche tous les Dimanches
& jours de Feſte , la Controverfe
, dans l'Eglife de ceux de
fon Ordre.On y voit un concours
de monde extraordinaire , &
beaucoup de Proteftans y font
abjuration de leur Heréfie . Ily
en eut deux fort confiderables le
Mois paflé. L'une fut celle de
Monfieur Quoyriel de S. Ferriol,
d'une des premieres Maifons
du Dauphiné ; & l'autre , celle
de Meſdemoiſelles de Brueil
de Gercy de la Ville
de Sedan. Les decifions qui
éclairciffent les Points que l'on
met en Controverfe , fe donnent
publiquement , & il n'y a
perfonne qui ne refte convaincu
que toutes ces converfions fe
A iiij
8 MERCURE
doivent à la feule force de la
verité .
Monfieur de S. Eftienne Molinier
, de la Ville de Millau, a auffi
fait Abjuration depuis trois femajnes.
Quelques doutes qui
l'embaraffoient touchant l'invocation
des Saints , & le Purgatoire,
l'ayant fait refoudre d'aller s'en
éclaircir à Alby , qui eft à trois
journées de Millau , il y confera
avec Monfieur Arquier, Homme
d'une vertu & d'une érudition
peu commune , connu pour tel
dans toute la Province , & qui
pour cette raifon a efté fait le
Premier Métropolitain , par le
Premier Archevêque d'Alby. Ce
fut apres en avoir reçeu les lumieres
dont il eut befoin, qu'il fit
cette importante action entre fes
mains, dans la Chapelle du Seminaire
de Sainte Cecile , dont
Monfieur Arquier eſt Chanoine
GALANT.
gner
& qui paffe pour une des plus
belles Eglifes de toute l'Europe.
Vous voyez , Madame, que le zele
de Monfieur l'Archevêque
d'Alby fe fait remarquer en tout ,
Il a nommé de fi dignes Officiers
, que quand les affaires du
Clergé le contraignent à s'éloide
fon Dioceſe , ſon abſence
ne diminue rien des foins où
l'engage l'ardeur qu'il a de contribuer
de tout fon pouvoir à ce
qui regarde la converfion des
Ames . On ne peut douter que
celle dont je vous viens de parler,
n'ait efté fincere , puis que celuy
qui l'a faite a demeuré depuis ce
temps-là dans Alby , parce que
fes Parens qui font d'une tresbonne
Famille, ne le veulent plus
recevoir chez eux. Monfieur de
Saint Etienne a porté les Armes
, & on l'a veu Lieutenant.
A v
ΤΟ MERCURE
dans le Regiment de Vendofme.
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte évoque des conversions religieuses au sein de la religion catholique, où des protestants, après réflexion, choisissent de se convertir. Le Père Alexis du Buc, théatin, prêche la controverse dans son église et attire de nombreux protestants, dont Monsieur Quoyriel de Saint-Ferriol et les demoiselles de Brueil de Gercy de Sedan. Ces conversions sont attribuées à la démonstration publique de la vérité lors des discussions controversées. Monsieur de Saint-Étienne Molinier, de Millau, a également abjuré sa foi protestante après des échanges avec Monsieur Arquier, Premier Métropolitain d'Alby, qui ont clarifié ses doutes sur l'invocation des saints et le purgatoire. Cette conversion s'est déroulée dans la chapelle du séminaire de Sainte-Cécile. L'archevêque d'Alby est salué pour son zèle missionnaire et son travail continu pour la conversion des âmes. La sincérité de la conversion de Monsieur de Saint-Étienne est confirmée par son refus de retourner chez ses parents protestants respectables. Il a servi comme lieutenant dans le régiment de Vendôme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 129-131
Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
Début :
Ces Messieurs, avant que de finir leur Assemblée, ont estably [...]
Mots clefs :
Conversions, Église, Abjurations, Religion prétendue réformée, Ministre, Erreurs, Controverses
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
Ces Meffieurs ,
avant que de finir leur Affemblée,
ont eftably quantité de Penfions
, non feulement pour les
nouveaux Convertis , mais auffi
en faveur des Illuftres qui travaillent
pour la gloire de l'Eglife.
Elles doivent eftre en affez
grand nombre pour les premiers,
puis que les abjurations de la
Religion Pretenduë reformée
deviennent de jour en jour plus
frequentes. Il s'en fit une tresconfiderable
le Dimanche onzieme
de ce mois . C'eft celle de
Monfieur Bazin ,fameux Miniſtre
d'Orthez au Dioceſe d'Efcar .
Quoy qu'il copre neuf Miniftres
dans fa Famille , dont l'exemple
Ei
F v
30 MERCURE
pouvoit l'affermir dans fes erreurs
, il les abjurà le jour que je
viens de vous marquer, entre les
mains de Monfieur l'Evefque
d'Acqs , à l'iffuë de la Controverfe
qui fe fait tous les Dimanches
apres Vefpres dans l'Eglife de
S. Sulpice par Monfieur le Vicaire
de cette Parroiffe . Le Sieur de
Beaumais , dit le Mercier de Paris
, y foûtient fous lay . Cette cerémonie
attira une affluence prodigieufe
de Peuple . Monfieur
l'Evefque de Geneve y affifta , &
foufcrivit à fon abjuration avec
Monfieur de la Bernaudiere Curé
de S. Sulpice .
La Miffion entretenue par Sa
Majefté à Marennes & aux autres
lieux du voisinage de la
Xaintonge , a converty plus de
fix- vingts Perfonnes depuis quatre
mois . C'est ainsi que Dieu
benit
GALANT.
131
benit en tous lieux les Ouvrages
de noftre augufte Monarque .
avant que de finir leur Affemblée,
ont eftably quantité de Penfions
, non feulement pour les
nouveaux Convertis , mais auffi
en faveur des Illuftres qui travaillent
pour la gloire de l'Eglife.
Elles doivent eftre en affez
grand nombre pour les premiers,
puis que les abjurations de la
Religion Pretenduë reformée
deviennent de jour en jour plus
frequentes. Il s'en fit une tresconfiderable
le Dimanche onzieme
de ce mois . C'eft celle de
Monfieur Bazin ,fameux Miniſtre
d'Orthez au Dioceſe d'Efcar .
Quoy qu'il copre neuf Miniftres
dans fa Famille , dont l'exemple
Ei
F v
30 MERCURE
pouvoit l'affermir dans fes erreurs
, il les abjurà le jour que je
viens de vous marquer, entre les
mains de Monfieur l'Evefque
d'Acqs , à l'iffuë de la Controverfe
qui fe fait tous les Dimanches
apres Vefpres dans l'Eglife de
S. Sulpice par Monfieur le Vicaire
de cette Parroiffe . Le Sieur de
Beaumais , dit le Mercier de Paris
, y foûtient fous lay . Cette cerémonie
attira une affluence prodigieufe
de Peuple . Monfieur
l'Evefque de Geneve y affifta , &
foufcrivit à fon abjuration avec
Monfieur de la Bernaudiere Curé
de S. Sulpice .
La Miffion entretenue par Sa
Majefté à Marennes & aux autres
lieux du voisinage de la
Xaintonge , a converty plus de
fix- vingts Perfonnes depuis quatre
mois . C'est ainsi que Dieu
benit
GALANT.
131
benit en tous lieux les Ouvrages
de noftre augufte Monarque .
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Résumé : Plusieurs Conversions en divers endroits du Royaume, [titre d'après la table]
L'assemblée a institué des pensions pour les nouveaux convertis et les personnalités influentes au service de l'Église. Le nombre de conversions depuis la religion prétendue réformée augmente. Une abjuration marquante a eu lieu le 11 du mois : Monsieur Bazin, ministre d'Orthez, a abjuré devant l'évêque d'Acqs après des controverses dominicales à l'église Saint-Sulpice. Le sieur de Beaumais, l'évêque de Genève et le curé de Saint-Sulpice étaient présents. La cérémonie a attiré une grande foule. Par ailleurs, la mission royale à Marennes et en Saintonge a converti plus de soixante personnes en quatre mois, illustrant les bénédictions divines sur les actions du monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 7-21
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
En voicy d'autres, dont j'ay à vous faire part. [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Vérité, Sermons, Ministres, Maximes catholiques, Sincérité, Erreurs, Inquisition, Hérésie, Couvent
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
En voicy d'autres,
dont j'ay à vous faire
part. Celle de Guillaume-
Jofeph David , Chevalier,
Comte de Villemontade, eft
fort finguliere. Il eſt de Bretagne
, Fils de Mathurin
David,Seigneurde laRoche
bernard , Villemontade, &c.
& de Dame Mathurine
Jumel du Bordage , dans le
Dioceſe de S. Malo. Apres
A
iiij
8 MERCVRE
eftre forty des Etudes , &
avoir achevé fes Exercices,
les réfléxiós qu'il avoit faites
dés fes plus tendres années,
fur l'indifpenfable obligation
de chercher la verité,
fans s'obftiner dans l'erreur
par confidération de Famille
, commencerent à luy
faire fentir de grands troubles
. Il entendit diférens
Sermons dans nos Eglifes,
dont il fut affez touché,pour
s'accoûtumer à des Prati
ques de devotion contraires
à la Religion où il eftoit né.
Elles fervirent à fortifier le
GALANTM ,
deffein qu'il avoit eu de tour
temps de s'éclaircir de fes
doutes. Il confulta les plus
fçavans Miniftres qu'il put
trouver , & n'eftant point fak
tisfait de leurs réponfes , il
fe retira dans le Séminaire de
S. Lazare , où de jour en
jour on luy deffilloit les
yeux . M' de Villemontade
fon Pere , ayant eu avis
qu'il conféroit avec nos
Docteurs , prit un prétexte
éloigné pour le faire revenir.
Si -toft qu'il fut de retour , il
l'enferma dans un lieu , où il
fut traité pendant trois mois
10 MERCVRE
avec toutes les rigueurs ima
ginables. Il en comprit la
raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eftoit fon crime.
Il foufrit longtemps cette
perfécution fans qu'on le
laiffaft parler à perfonne.
Enfin ayant reconnu que la
feinte feule luy rendroit la
liberté , il déclara que les
Maximes des Catholiques
qu'il avoit voulu fçavoir, n'avoient
fait que l'affermir
dans la Religion de fes
Peres , qu'il prétendoit y
mourir, & que s'il eftoit coupable
, ce ne pouvoit eftre
GALANT. II
que d'avoir efté trop cu
rieux. La fincerité qu'il
affecta ayant adoucy fon
Pere , non feulement il le
tira de priſon , mais il commença
de travailler à fon
élevation du cofté de la Forrune.
Les honneurs qu'il
luy vouloir affurer furent
incapables de l'ébloüir. II
s'échapa dés qu'il en trouva
l'occafion , & apres avoir
confulté tout de nouveau en
diférens Lieux ce qu'il ren
contra de fameux Miniſtres,
fans qu'il en reçeuft aucun
éclairciffement qui le far
12 MERCVRE
tisfift, il ceffa de balancer,
& enfin le 17. de Septembre,
il abjura les erreurs à Avignon
, entre les mains du
Pere de Péruffis , Maistre de
l'Inquifition , qui luy avoit
procuré quelques conférences
avec M' le Vice- Légat.
Cette action faite avec un
zele qui marquoit affez l'attrait
preffant de la Grace,,
fut fuivie d'une autre qu'on
n'attendoit pas. Il réfolut de
quiter le monde , & choifit
le Tiers Ordre de S. François,
par le motif d'un quatriéme
Vou de Pénitence
GALANT. 13
que l'on y fait, outre les trois
folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de
cet Ordre font appellez Pénitens
. On les nomme auffi
Picpus , en beaucoup de
Villes du Royaume , à cauſe
d'un tres - beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans
une Rue appellée Picpus.
Ce vertueux Poftulant fut
renvoyé à Lyon , où eſt le
Novitiat de la Province , &
y prit l'Habit le cinquième
d'Octobre dernier , avec le
nom de Frere François-
Marie. Sa ferveurſurprend,
14 MERCVRE
Vi
& comme il eft agé de vingtfix
ans , & qu'il n'a rien fait
qu'apres avoir bien déliberé,
il eft aifé de connoistre que
l'Eſprit de Dieu agit veritablement
en luy.
Pendant le fejour que
M' le Duc de Navailles a
1
fait depuis peu à la Rochelle
, deux jeunes Perfonnes
, Filles de M' Pagez,
d'une des meilleures Familles
de la Ville , ont abjuré
les mefmes erreurs. Le
foupçon qu'on avoit de
leur deffein les ayant fait
obferver , la Cadete ſe tira
GALANT. 15
爆
adroitement de la Maifon
de fon Pere , & vint à celle
de Ville , demander la pro
tection de Madame la Du
cheſſe de Navailles , pour
elle , & pour fon Aînée qui
eftoit dans le deffein de la
.
fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection ,
cette Ducheffe fe faiſant un
plaifir particulier de pro
teger ceux qui luy demandentazile,
& ayant d'ailleurs
l'ardeur la plus empreffée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva
peu de temps apres les
16 MERCVRE
moyens de s'échaper , &
toutes deux apres s'eftre fait
inftruire par M Vignier de
l'Oratoire , Curé de S. Barthelemy
, ont renoncé à
l'Hérefie de Calvin, Ce zelé
Paſteur les a fait mettre aux
Filles de la Providence , où
il a foin qu'elles ne manquent
d'aucune des chofes
qui leur peuvent eſtre ncceffaires.
La principale loüange
de cette bonne oeuvre,
eft deue aux manieres infinuantes
& perfuafives, auffibien
qu'à la pieté d'une
de leurs Soeurs aînées, qui
GALANT. 17
changea de Religion il y
a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante
de Rochefort , à qui elle
avoit communiqué fon deffein
, l'ayant fait conduire à
Xaintes , au Convent des
Filles de Sainte Claire , elle
y embraffa les veritez Catholiques,
dont un fçavant
Recolet luy donna l'inftruction.
Depuis ce tempsM'de
Muns l'a recommandée au
Pere de la Chaife,& en a ob
tenu pour elle une Penfion
du Roy. Sa fage conduite a
toûjours édifié ces faintes
Decembre 1680. B
18 MERCVRE
Religieuses , & enfin elle eft
revenue à la Rochelle , où
M'le Duc, & Madame la Ducheffe
de Navailles , l'avoient
reconciliée avec les Parens ;
mais depuis la Converfion
de fes deux Cadetes , ils ne
veulent plus qu'on leur parle
d'elle. C'eft une Fille d'un
efprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dixfept
ans. Madame la Du
cheffe de Navailles l'a confiée
en partant à Madame
de Fontmort , qui eft une
-Dame d'une genérofité fort
peu commune , & auffi
GALANT. 19
connue dans le monde
par les charmes de fon
entretien , que par l'agré
ment qu'elle fçait donner
à toutes fes Lettres . Elle
eft Coufine germaine de
Madame la Marquife de
Maintenon , & Petite- Fille
comme elle du fameux M
d'Aubigny , qui eut tant de
part à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand .
Ces Converfions ont efté
fuivies de celle de M' Marie,
Avocat au Parlement ,
apres avoir longtemps combatu,
termina toutes les diffi
qui
Bij
20 MERCVRE
cultez qui l'arreftoient par
la folemnelle Abjuration:
qu'il fit le 17. de l'autre Mois ,
dans l'Eglife du Novitiat des
Jefuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur
de la Congregation établie
dans cette Maiſon , avec qui
il avoit eu de fréquentes
conférences. Ileft de Grenoble
, & on a efté convaincu
de la fincerité de ſon
changement, non feulement
par les interefts du monde
, aufquels il a genéreuſement
renoncé, abandonant
tous les avantages que luy
4
GALANT 21
ofroient fes Parens , mais
encor par les Motifs qu'il a
prononcez en Robe au pied
de l'Autel, & cela d'une maniere
fi édifiante , qu'il s'eſt
attiré
l'admiration de quan
tité de
Perſonnes de la premiere
qualité, qui ont efté
témoins de cette action,
dont j'ay à vous faire
part. Celle de Guillaume-
Jofeph David , Chevalier,
Comte de Villemontade, eft
fort finguliere. Il eſt de Bretagne
, Fils de Mathurin
David,Seigneurde laRoche
bernard , Villemontade, &c.
& de Dame Mathurine
Jumel du Bordage , dans le
Dioceſe de S. Malo. Apres
A
iiij
8 MERCVRE
eftre forty des Etudes , &
avoir achevé fes Exercices,
les réfléxiós qu'il avoit faites
dés fes plus tendres années,
fur l'indifpenfable obligation
de chercher la verité,
fans s'obftiner dans l'erreur
par confidération de Famille
, commencerent à luy
faire fentir de grands troubles
. Il entendit diférens
Sermons dans nos Eglifes,
dont il fut affez touché,pour
s'accoûtumer à des Prati
ques de devotion contraires
à la Religion où il eftoit né.
Elles fervirent à fortifier le
GALANTM ,
deffein qu'il avoit eu de tour
temps de s'éclaircir de fes
doutes. Il confulta les plus
fçavans Miniftres qu'il put
trouver , & n'eftant point fak
tisfait de leurs réponfes , il
fe retira dans le Séminaire de
S. Lazare , où de jour en
jour on luy deffilloit les
yeux . M' de Villemontade
fon Pere , ayant eu avis
qu'il conféroit avec nos
Docteurs , prit un prétexte
éloigné pour le faire revenir.
Si -toft qu'il fut de retour , il
l'enferma dans un lieu , où il
fut traité pendant trois mois
10 MERCVRE
avec toutes les rigueurs ima
ginables. Il en comprit la
raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eftoit fon crime.
Il foufrit longtemps cette
perfécution fans qu'on le
laiffaft parler à perfonne.
Enfin ayant reconnu que la
feinte feule luy rendroit la
liberté , il déclara que les
Maximes des Catholiques
qu'il avoit voulu fçavoir, n'avoient
fait que l'affermir
dans la Religion de fes
Peres , qu'il prétendoit y
mourir, & que s'il eftoit coupable
, ce ne pouvoit eftre
GALANT. II
que d'avoir efté trop cu
rieux. La fincerité qu'il
affecta ayant adoucy fon
Pere , non feulement il le
tira de priſon , mais il commença
de travailler à fon
élevation du cofté de la Forrune.
Les honneurs qu'il
luy vouloir affurer furent
incapables de l'ébloüir. II
s'échapa dés qu'il en trouva
l'occafion , & apres avoir
confulté tout de nouveau en
diférens Lieux ce qu'il ren
contra de fameux Miniſtres,
fans qu'il en reçeuft aucun
éclairciffement qui le far
12 MERCVRE
tisfift, il ceffa de balancer,
& enfin le 17. de Septembre,
il abjura les erreurs à Avignon
, entre les mains du
Pere de Péruffis , Maistre de
l'Inquifition , qui luy avoit
procuré quelques conférences
avec M' le Vice- Légat.
Cette action faite avec un
zele qui marquoit affez l'attrait
preffant de la Grace,,
fut fuivie d'une autre qu'on
n'attendoit pas. Il réfolut de
quiter le monde , & choifit
le Tiers Ordre de S. François,
par le motif d'un quatriéme
Vou de Pénitence
GALANT. 13
que l'on y fait, outre les trois
folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de
cet Ordre font appellez Pénitens
. On les nomme auffi
Picpus , en beaucoup de
Villes du Royaume , à cauſe
d'un tres - beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans
une Rue appellée Picpus.
Ce vertueux Poftulant fut
renvoyé à Lyon , où eſt le
Novitiat de la Province , &
y prit l'Habit le cinquième
d'Octobre dernier , avec le
nom de Frere François-
Marie. Sa ferveurſurprend,
14 MERCVRE
Vi
& comme il eft agé de vingtfix
ans , & qu'il n'a rien fait
qu'apres avoir bien déliberé,
il eft aifé de connoistre que
l'Eſprit de Dieu agit veritablement
en luy.
Pendant le fejour que
M' le Duc de Navailles a
1
fait depuis peu à la Rochelle
, deux jeunes Perfonnes
, Filles de M' Pagez,
d'une des meilleures Familles
de la Ville , ont abjuré
les mefmes erreurs. Le
foupçon qu'on avoit de
leur deffein les ayant fait
obferver , la Cadete ſe tira
GALANT. 15
爆
adroitement de la Maifon
de fon Pere , & vint à celle
de Ville , demander la pro
tection de Madame la Du
cheſſe de Navailles , pour
elle , & pour fon Aînée qui
eftoit dans le deffein de la
.
fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection ,
cette Ducheffe fe faiſant un
plaifir particulier de pro
teger ceux qui luy demandentazile,
& ayant d'ailleurs
l'ardeur la plus empreffée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva
peu de temps apres les
16 MERCVRE
moyens de s'échaper , &
toutes deux apres s'eftre fait
inftruire par M Vignier de
l'Oratoire , Curé de S. Barthelemy
, ont renoncé à
l'Hérefie de Calvin, Ce zelé
Paſteur les a fait mettre aux
Filles de la Providence , où
il a foin qu'elles ne manquent
d'aucune des chofes
qui leur peuvent eſtre ncceffaires.
La principale loüange
de cette bonne oeuvre,
eft deue aux manieres infinuantes
& perfuafives, auffibien
qu'à la pieté d'une
de leurs Soeurs aînées, qui
GALANT. 17
changea de Religion il y
a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante
de Rochefort , à qui elle
avoit communiqué fon deffein
, l'ayant fait conduire à
Xaintes , au Convent des
Filles de Sainte Claire , elle
y embraffa les veritez Catholiques,
dont un fçavant
Recolet luy donna l'inftruction.
Depuis ce tempsM'de
Muns l'a recommandée au
Pere de la Chaife,& en a ob
tenu pour elle une Penfion
du Roy. Sa fage conduite a
toûjours édifié ces faintes
Decembre 1680. B
18 MERCVRE
Religieuses , & enfin elle eft
revenue à la Rochelle , où
M'le Duc, & Madame la Ducheffe
de Navailles , l'avoient
reconciliée avec les Parens ;
mais depuis la Converfion
de fes deux Cadetes , ils ne
veulent plus qu'on leur parle
d'elle. C'eft une Fille d'un
efprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dixfept
ans. Madame la Du
cheffe de Navailles l'a confiée
en partant à Madame
de Fontmort , qui eft une
-Dame d'une genérofité fort
peu commune , & auffi
GALANT. 19
connue dans le monde
par les charmes de fon
entretien , que par l'agré
ment qu'elle fçait donner
à toutes fes Lettres . Elle
eft Coufine germaine de
Madame la Marquife de
Maintenon , & Petite- Fille
comme elle du fameux M
d'Aubigny , qui eut tant de
part à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand .
Ces Converfions ont efté
fuivies de celle de M' Marie,
Avocat au Parlement ,
apres avoir longtemps combatu,
termina toutes les diffi
qui
Bij
20 MERCVRE
cultez qui l'arreftoient par
la folemnelle Abjuration:
qu'il fit le 17. de l'autre Mois ,
dans l'Eglife du Novitiat des
Jefuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur
de la Congregation établie
dans cette Maiſon , avec qui
il avoit eu de fréquentes
conférences. Ileft de Grenoble
, & on a efté convaincu
de la fincerité de ſon
changement, non feulement
par les interefts du monde
, aufquels il a genéreuſement
renoncé, abandonant
tous les avantages que luy
4
GALANT 21
ofroient fes Parens , mais
encor par les Motifs qu'il a
prononcez en Robe au pied
de l'Autel, & cela d'une maniere
fi édifiante , qu'il s'eſt
attiré
l'admiration de quan
tité de
Perſonnes de la premiere
qualité, qui ont efté
témoins de cette action,
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs conversions religieuses marquantes. Guillaume-Joseph David, Comte de Villemontade, originaire de Bretagne, a été influencé par des réflexions sur la vérité religieuse dès son jeune âge. Après des discussions infructueuses avec divers ministres et docteurs, il s'est retiré au Séminaire de Saint-Lazare. Malgré l'opposition paternelle, il a abjuré le protestantisme à Avignon le 17 septembre et a rejoint le Tiers Ordre de Saint-François, prenant le nom de Frère François-Marie. À La Rochelle, deux filles de la famille Pagez ont également abjuré le calvinisme sous la protection de la Duchesse de Navailles et avec l'aide du curé Vignier. Une autre jeune fille, convertie grâce à l'Intendante de Rochefort, a été recommandée au Père de la Chaise et a reçu une pension royale. La Duchesse de Navailles l'a confiée à Madame de Fontmort, connue pour sa générosité et son esprit. Le texte mentionne aussi la conversion d'une femme issue d'une famille liée à Madame la Marquise de Maintenon et à Monsieur d'Aubigny, favori d'Henri IV. De plus, Monsieur Marie, avocat au Parlement, a abjuré solennellement sa foi précédente le 17 du mois précédent dans l'église du noviciat des Jésuites à Grenoble. Cette abjuration, supervisée par le Père du Doy, a suivi plusieurs conférences préparatoires. La sincérité de sa conversion a été démontrée par son renoncement aux intérêts mondains et aux avantages familiaux. Il a prononcé des motifs édifiants en robe au pied de l'autel, attirant l'admiration de nombreuses personnes de haut rang présentes lors de cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 229
Conversion, [titre d'après la table]
Début :
Le P. Aléxis du Bus, Theatin, continuant d'appliquer ses soins [...]
Mots clefs :
Âme, Salut, Erreurs, Religion prétendue réformée, Abjuration, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion, [titre d'après la table]
Le P. Alexis du Buc, Thea
tin , continuant d'appliquer
fes foins au falut des Ames,
a fait connoiftre à Madame
de Vallegrand & à deuxde ſes '
Enfans, les erreurs de la Reli
gion Prétendue Reformée .
Ils en firent abjuration entre
fes mains le fecond jour de
ce Mois , dans l'Eglife des
grandes Carmelites . La Maifon
de Vallegrand eft une
des premieres de Champa
gne,
tin , continuant d'appliquer
fes foins au falut des Ames,
a fait connoiftre à Madame
de Vallegrand & à deuxde ſes '
Enfans, les erreurs de la Reli
gion Prétendue Reformée .
Ils en firent abjuration entre
fes mains le fecond jour de
ce Mois , dans l'Eglife des
grandes Carmelites . La Maifon
de Vallegrand eft une
des premieres de Champa
gne,
Fermer
26
p. 4-15
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé de la Déclaration qui enjoint aux Officiers [...]
Mots clefs :
Déclarations, Ministres, Religion prétendue réformée, Catholique, Vérité, Erreurs, Abjuration, Hérésie, Conversions, Missions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Jevous ay parlé
de la Déclaration qui enjoint
aux Officiers de Juftice
de fe tranfporter dans les
MA
GALANT. 5
Maiſons des Malades de la
Religion Prétenduë Refor
mée, pour fçavoir d'eux s'ils
ont deffein d'y mourir , &
leur donner par ces fortes
de vifites une entiere liberté
d'expliquer leurs fentimens.
Elle fut regiftrée le Jeudy
23. de l'autre Mois , en
l'Audience du Préfidial de
Niort, & deux jours apres it
y'eur occafion d'en tirer du
fruit. Marie Meftayer, Fem
me de Louis Vilain S de
Grandmaiſon , dangereufement
malade , eftoit fi fort
obfedée de fes Miniftres,
A iij
6 MERCVRE
que quelque envie qu'elle
témoignaſt de s'éclaircir de
beaucoup de doutes , elle ne
pouvoit trouver moyen de
faire appeller aucun Catholique.
"M' de Fontmor Préfident
& Lieutenant
Ge
neral de la Ville , fe rendit
chez cette Femme, en vertu
de la Déclaration
dont je
viens de vous parler. Elle
luy marqua la joye qu'elle
avoit de ce que fa prefence
luy donnoit la liberté de fatisfaire
à ce que Dieu vouloit
d'elle , & luy déclara
devant M' le Procureur du
GALANT 7
Roy, que jamais elle n'avoit
efté bien perfuadée de la
Religion qu'elle profeffoit.
Alors ce Préfident prenant
la parole , luy dit les choles
du monde les plus tou
chantes , & employa des raifonnemens
fi forts pour luy
faire connoiftre
la verité,
qu'eftant pleinement convaincue
de ſes erreurs , elle
demanda à y renoncer. On
fit venir auffit Cer. On
le Pere
Gardien des Capucins qui
en reçeur l'Abjuration , &
qui luy donna les inftru
ctions dont elle eut befoin.
A iiij
8 MERCVRE
M de Fontmort ne la quita
qu'apres de grandes marques
de liberalité qu'il laiffa
chez elle. Il les reitera le
lendemain par quantité de
rafraîchiffemens qu'il fit
porter à cette Malade . Elle
ne fut pas la feule qui abjura
l'Heréne. Son Mary voulut
fuivre fon exemple , & prit
des Lettres de recommandation
de ce Président pour
aller à Poitiers fe faire inftruire.
Cela nous fait voir
combien il eftoit neceffaire
que par une fi juſte précaution
Sa Majefté pourveuft
GALANT.
aux contraintes , dans lef
quelles les Malades de la
Religion de Calvin font
prefque toujours retenus
par leurs Parens qui les obfedent
au lit de la mort.
Il en eft beaucoup qui
n'attendent pas ces derniers
momens pour
ſe tirer d'un
Party où le péril eft fi manifelte.
Ce ne font par tout
que Converſions , & le Pere
Tiburce de Copiac Capucin
, & quelques Religieux
de ce mefme Ordre , en ont
fait un fort grand nombre
dans leur Miffion de Lunel
*
10 MERCVRE
en Languedoc. C'eſt une
Ville du Diocefe de Montpellier.
Parmy les Religionnaires
de l'un & de l'autre Se-
-xe qu'ils ont convertis ,il s'en
trouve trois des principaux
de la Ville. Le premier eft
Noble François de Cadolle,
Seigneur de Cannau , Capitaine
dans le Regiment de
Champagne, & Major dans
la Citadelle de Montpellier
..
Il a fervy depuis vingt- cinq
ou trente ans dans les Armées
de Flandre , d'Allemagne
& de Catalogne , &
a eu divers CommandeGALANT.
It
mens aux Sieges des Villes..
Les playes dont tout fon
Corps eft couvert en font
une preuve.Ila plufieursFreres
Capitaines. L'Aîné qui
demeure à Montpellier
, &
qu'on appelle M de Cadolle
, a fait la mefme Abju
ration avec Madame fa
Femme & tousleurs Enfans,
dont il y en a qui ſont Officiers
dans les Armées . M
de Cadelle font d'une Nobleffe
tres- cófidérable dans
le Languedoc , & Co-Seigneurs
avec le Roy de la
Ville de Lunel.
*
12 MERCVRE
M de Nicol s'eft converty
dans le mefme temps .
Il eft à préfent le premier
Conful de Lunel , & a fait
fon entrée aux Etats du Languedoc
qui fe font tenus
dans Montpellier , où il a
efté reçeu à l'Office de Correcteur.
C'est une Charge
des plus importantes dans
la Cour des Aydes, Mef
fieurs des Etats luy ont mar
qué une extréme joye de cet
heureux changement.
Elle n'a pas efté moindre
pour celuy de M de Boſenguet
, l'un des plus honGALANT.
13
neftes Hommes, & des plus
riches de toute la Ville. Son
exemple a efté fuivy de fes
Enfans qui font en grand
nombre. Ila un Fils Lieutenant-
Major dans un Regiment.
Tous les Catholiques
de Montpellier en ont fait
des réjouiffances publiques
par dés Feux allumez devant
leurs Portes apres le Te
-Deum chanté folemnellement.
Ces utiles Miffions
font voir le foin que M
l'Evefque de Montpellier
prendde fon Troupeau . On
ne doit pas moins eftimer le
14 MERCVRE
zele de M' l'Evefque de
Nifmes , qui eftant voiſin,
& s'appliquant tout entier à
ce qui peut eftre avantageux
àl'Eglife , a donné pouvoir
aux mefmes Miffionnaires
de recevoir l'Abjuration de
ceux de fon Dioceſe.
Il s'eft faitune autre Mil
fion à Bourges avec beaucoup
de fuccés. M' l'Abbé
Hervé , Fils de M' Hervé,
Confeiller en la Grande
Chambre du Parlement de
Paris , qui a fait en tant de
Lieux des Converfions admirables,
en eftoit le Chef.
GALANT. K
Cette Miffion fut terminée
le 12. de l'autre Mois par un
excellent Difcours que M
Laurent Chanoine prononça
dans la Métropoli
taine. Ce Difcours , qui
eftoit adreffé à M' l'Arche
vefque de Bourges , fit voir
que ce grand Prélat eftoit
le Fleuve de l'Ecriture qu'on
vit changé en Lumiere & en
Soleil.
de la Déclaration qui enjoint
aux Officiers de Juftice
de fe tranfporter dans les
MA
GALANT. 5
Maiſons des Malades de la
Religion Prétenduë Refor
mée, pour fçavoir d'eux s'ils
ont deffein d'y mourir , &
leur donner par ces fortes
de vifites une entiere liberté
d'expliquer leurs fentimens.
Elle fut regiftrée le Jeudy
23. de l'autre Mois , en
l'Audience du Préfidial de
Niort, & deux jours apres it
y'eur occafion d'en tirer du
fruit. Marie Meftayer, Fem
me de Louis Vilain S de
Grandmaiſon , dangereufement
malade , eftoit fi fort
obfedée de fes Miniftres,
A iij
6 MERCVRE
que quelque envie qu'elle
témoignaſt de s'éclaircir de
beaucoup de doutes , elle ne
pouvoit trouver moyen de
faire appeller aucun Catholique.
"M' de Fontmor Préfident
& Lieutenant
Ge
neral de la Ville , fe rendit
chez cette Femme, en vertu
de la Déclaration
dont je
viens de vous parler. Elle
luy marqua la joye qu'elle
avoit de ce que fa prefence
luy donnoit la liberté de fatisfaire
à ce que Dieu vouloit
d'elle , & luy déclara
devant M' le Procureur du
GALANT 7
Roy, que jamais elle n'avoit
efté bien perfuadée de la
Religion qu'elle profeffoit.
Alors ce Préfident prenant
la parole , luy dit les choles
du monde les plus tou
chantes , & employa des raifonnemens
fi forts pour luy
faire connoiftre
la verité,
qu'eftant pleinement convaincue
de ſes erreurs , elle
demanda à y renoncer. On
fit venir auffit Cer. On
le Pere
Gardien des Capucins qui
en reçeur l'Abjuration , &
qui luy donna les inftru
ctions dont elle eut befoin.
A iiij
8 MERCVRE
M de Fontmort ne la quita
qu'apres de grandes marques
de liberalité qu'il laiffa
chez elle. Il les reitera le
lendemain par quantité de
rafraîchiffemens qu'il fit
porter à cette Malade . Elle
ne fut pas la feule qui abjura
l'Heréne. Son Mary voulut
fuivre fon exemple , & prit
des Lettres de recommandation
de ce Président pour
aller à Poitiers fe faire inftruire.
Cela nous fait voir
combien il eftoit neceffaire
que par une fi juſte précaution
Sa Majefté pourveuft
GALANT.
aux contraintes , dans lef
quelles les Malades de la
Religion de Calvin font
prefque toujours retenus
par leurs Parens qui les obfedent
au lit de la mort.
Il en eft beaucoup qui
n'attendent pas ces derniers
momens pour
ſe tirer d'un
Party où le péril eft fi manifelte.
Ce ne font par tout
que Converſions , & le Pere
Tiburce de Copiac Capucin
, & quelques Religieux
de ce mefme Ordre , en ont
fait un fort grand nombre
dans leur Miffion de Lunel
*
10 MERCVRE
en Languedoc. C'eſt une
Ville du Diocefe de Montpellier.
Parmy les Religionnaires
de l'un & de l'autre Se-
-xe qu'ils ont convertis ,il s'en
trouve trois des principaux
de la Ville. Le premier eft
Noble François de Cadolle,
Seigneur de Cannau , Capitaine
dans le Regiment de
Champagne, & Major dans
la Citadelle de Montpellier
..
Il a fervy depuis vingt- cinq
ou trente ans dans les Armées
de Flandre , d'Allemagne
& de Catalogne , &
a eu divers CommandeGALANT.
It
mens aux Sieges des Villes..
Les playes dont tout fon
Corps eft couvert en font
une preuve.Ila plufieursFreres
Capitaines. L'Aîné qui
demeure à Montpellier
, &
qu'on appelle M de Cadolle
, a fait la mefme Abju
ration avec Madame fa
Femme & tousleurs Enfans,
dont il y en a qui ſont Officiers
dans les Armées . M
de Cadelle font d'une Nobleffe
tres- cófidérable dans
le Languedoc , & Co-Seigneurs
avec le Roy de la
Ville de Lunel.
*
12 MERCVRE
M de Nicol s'eft converty
dans le mefme temps .
Il eft à préfent le premier
Conful de Lunel , & a fait
fon entrée aux Etats du Languedoc
qui fe font tenus
dans Montpellier , où il a
efté reçeu à l'Office de Correcteur.
C'est une Charge
des plus importantes dans
la Cour des Aydes, Mef
fieurs des Etats luy ont mar
qué une extréme joye de cet
heureux changement.
Elle n'a pas efté moindre
pour celuy de M de Boſenguet
, l'un des plus honGALANT.
13
neftes Hommes, & des plus
riches de toute la Ville. Son
exemple a efté fuivy de fes
Enfans qui font en grand
nombre. Ila un Fils Lieutenant-
Major dans un Regiment.
Tous les Catholiques
de Montpellier en ont fait
des réjouiffances publiques
par dés Feux allumez devant
leurs Portes apres le Te
-Deum chanté folemnellement.
Ces utiles Miffions
font voir le foin que M
l'Evefque de Montpellier
prendde fon Troupeau . On
ne doit pas moins eftimer le
14 MERCVRE
zele de M' l'Evefque de
Nifmes , qui eftant voiſin,
& s'appliquant tout entier à
ce qui peut eftre avantageux
àl'Eglife , a donné pouvoir
aux mefmes Miffionnaires
de recevoir l'Abjuration de
ceux de fon Dioceſe.
Il s'eft faitune autre Mil
fion à Bourges avec beaucoup
de fuccés. M' l'Abbé
Hervé , Fils de M' Hervé,
Confeiller en la Grande
Chambre du Parlement de
Paris , qui a fait en tant de
Lieux des Converfions admirables,
en eftoit le Chef.
GALANT. K
Cette Miffion fut terminée
le 12. de l'autre Mois par un
excellent Difcours que M
Laurent Chanoine prononça
dans la Métropoli
taine. Ce Difcours , qui
eftoit adreffé à M' l'Arche
vefque de Bourges , fit voir
que ce grand Prélat eftoit
le Fleuve de l'Ecriture qu'on
vit changé en Lumiere & en
Soleil.
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle en France, une déclaration ordonnait aux officiers de justice de visiter les protestants malades pour leur offrir la possibilité de se convertir au catholicisme avant leur décès. Cette déclaration fut enregistrée le 23 du mois précédent par le Présidial de Niort. Deux jours plus tard, Marie Mestayer, épouse de Louis Vilain de Grandmaison, gravement malade et influencée par ses ministres protestants, fut visitée par M. de Fontmort, Président et Lieutenant général de la ville. Marie Mestayer exprima son désir de clarifier ses doutes mais ne pouvait appeler un catholique. M. de Fontmort lui offrit la liberté de se convertir. Convaincue de ses erreurs, elle abjura le protestantisme en présence du Père Gardien des Capucins, qui reçut son abjuration et lui donna les instructions nécessaires. Son mari suivit son exemple et obtint des lettres de recommandation pour se faire instruire à Poitiers. Le texte souligne l'importance de telles précautions pour permettre aux protestants de se convertir avant leur mort, souvent retenus par leurs proches. De nombreuses conversions eurent lieu, notamment à Lunel en Languedoc, où plusieurs notables, comme François de Cadolle et M. de Nicol, se convertirent. Ces conversions furent célébrées par des réjouissances publiques. Les missions de conversion étaient également actives à Bourges, dirigées par l'abbé Hervé, avec un discours final prononcé par M. Laurent, Chanoine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 253-262
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le zele que le Roy fait éclater en toutes rencontres [...]
Mots clefs :
Zèle, Vraie religion, Religion prétendue réformée, Abjurations, Erreurs, Conversions, Église, Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le zele que le Roy fait
éclater en toutes rencontres
pour les chofes qui
regardent l'intéreſt de la
vraye Religion , eft vifiblement
récompenfé
par les
grandes pertes que fait tous
les jours la Prétendue Réformée.
Il eft furprenant
254 MEROVRE
d'avoir veu deux cens Perfonnes
enabjurer les erreurs
toutes à la fois. C'est ce qui
vient d'arriver dans les Villages
de Chenay & de Chey,
Diocefe de Poitiers . Ceux
de ce Party devroient bien
par là rentrer en eux - mefmes,
& s'appliquer tout- debon
à chercher la verité, qui
fe découvre toûjours , lors
que l'obftination ne la cache
point. La Converſion
de Madame de Gritin en eft
pour eux une preuve. Cette
Dame, qui par l'étendue de
fes lumieres fembloit forti
GALANT 255
her leur
aveuglement , apres
avoir combatu pédant deux
ans , a efté enfin contrainte
à fe rendre. Vous pouvez
juger de fon efprit par la
belle Lettre que je vous envoyay
au mois de Novembre
, dans laquelle eft contenue
l'Hiftoire
extraordinaire
de cette jeune Perfonne
, que fes Parcns avoient
forcée à fe marier. C'eft elle
qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contef
ter, nous fait affez voir que
fi elle a changé de Religion,
ce n'a pas efté fans connoif
.
256 MERCVRE
fance de cauſe. Nous devons
fon changement, ainfi que
celuy de M' de Gritin fon
Mary, aux foins de M' Vi
gnier , qui y a travaillé avec
une affiduité extraordinaire,
& qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne lait
tirée du précipice où elle
eftoit , pour la faire entrer
dans le bon chemin. Elle
abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
M" de la Miffion de Riche
lieu, & on peut dire qu'elle a
pratiqué le confeil de l'E
vangile, puis qu'elle a quité
GALANT. 257
Parens & Amis , & qu'elle
s'eft mefme brouillée avec
Madame fa Mere, pour qui
elle a toûjours eu un tresgrand
refpect , & dont elle
eftoit aimée avec toute la
tendreffe imaginable. "
Le Mardy u . de ce mois,
Mademoiſelle de la Mote
de la Godinelaye fit la mefme
abjuration dans l'Eglife
des Religieufes Urfulines de
Rennes. Elle eft âgée de
vingt- trois ans. Madame fa
Mère s'eftoit remariée au
篆
Miniftre de l'Eglife des Prés
tendus Réformez , & avoit
Février 1681. Y
258 MERCVRE
mis aupres d'elle une Gou
vernante des plus obftinées
dans fes erreurs . Cette jeune
Demoiselle n'a pas laiffé de
venir à bout de la convertir,
apres avoir efté convaincue
des veritez de noftre Religion
par l'excellent Livre de
M ' l'Evefque de Condom ,
que luy avoit expliqué M
du Pleffis - Bardoul , Gentilhomme
de fes Voifins à la
Campagne. Elle avoit dit
fort longtemps , qu'elle ef
toit de la Religion du Livre
de M de Condom , mais elle
fe croyoit bien fodée à croire
GALANT 259
que la ReligionRomaine n'y
eftoit pas conforme. On luy
afait venir toutes les Atteftations
qui ont efté données
pour ce Livre, & on l'a fi pleinemét
éclaircie de quelques
Points qui l'embarafſoient,
qu'elle n'a pû davantage
fermer les yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre de Decembre , de
Madame de Fontmort, Préfidente
à Niort , à qui Madame
la Ducheffe de Navailles
en partant de la Ro
chelle , avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Con-
Y ij
260 MERCVRE
verfion. Cette Dame, dont
la vertu eftoit tres - connue,
amena icy dans ce mefme
mois trois de fes Niéces de
le Religion Prétenduë Réformée
, dans l'efpérance de
la leur faire abjurer en préfence
de la Cour. Elle a
employé toutes fortes de
moyens pour venie à bout
de ce deffein , & n'a réuffy
que pour la Cadere , que
Madame la Marquife de
Maintenon fa Parente , a
prife aupres d'elle . Les deux
Aînées n'ayant voulu entrer
en aucune explication fur les
GALANT 2611
Points cotroverfez, Madame:
de Fontmort s'eftoit yeuë
scontrainte de les remener
en Poitou , où de tres- pref
fantes Lettres les rappelloient.
Elle cfpéroit les gagner
avec le temps , & c'eftoit
par là qu'elle n'avoit
pû les laiffer partir fans leur
tenir compagnie , mais elle
n'a fait qu'une partie du
voyage, ayant efté attaquée
au Port de Pile d'une apo
pléxie fi violente dans la nuit
du 12.au 13. de ce mois, qu'
elle en eft morte fix heures .
apres. C'eftune perte confi
262 MERCVRE
dérable pour les beaux Efprits
de la Province, & pour
tous ceux dont elle pre - 1
noit les intérefts . Elle eftoit
d'une libéralité fans exemple,
& peu de Perfonnes luy
ont demandé fa protection ,
fans qu'elle leur ait donné
des marques d'une genéro
peu commune,
éclater en toutes rencontres
pour les chofes qui
regardent l'intéreſt de la
vraye Religion , eft vifiblement
récompenfé
par les
grandes pertes que fait tous
les jours la Prétendue Réformée.
Il eft furprenant
254 MEROVRE
d'avoir veu deux cens Perfonnes
enabjurer les erreurs
toutes à la fois. C'est ce qui
vient d'arriver dans les Villages
de Chenay & de Chey,
Diocefe de Poitiers . Ceux
de ce Party devroient bien
par là rentrer en eux - mefmes,
& s'appliquer tout- debon
à chercher la verité, qui
fe découvre toûjours , lors
que l'obftination ne la cache
point. La Converſion
de Madame de Gritin en eft
pour eux une preuve. Cette
Dame, qui par l'étendue de
fes lumieres fembloit forti
GALANT 255
her leur
aveuglement , apres
avoir combatu pédant deux
ans , a efté enfin contrainte
à fe rendre. Vous pouvez
juger de fon efprit par la
belle Lettre que je vous envoyay
au mois de Novembre
, dans laquelle eft contenue
l'Hiftoire
extraordinaire
de cette jeune Perfonne
, que fes Parcns avoient
forcée à fe marier. C'eft elle
qui l'a écrite. Le long temps
qu'elle a employé à contef
ter, nous fait affez voir que
fi elle a changé de Religion,
ce n'a pas efté fans connoif
.
256 MERCVRE
fance de cauſe. Nous devons
fon changement, ainfi que
celuy de M' de Gritin fon
Mary, aux foins de M' Vi
gnier , qui y a travaillé avec
une affiduité extraordinaire,
& qui ne l'a point voulu
abandonner , qu'il ne lait
tirée du précipice où elle
eftoit , pour la faire entrer
dans le bon chemin. Elle
abjura au commencement
de ce mois dans l'Eglife de
M" de la Miffion de Riche
lieu, & on peut dire qu'elle a
pratiqué le confeil de l'E
vangile, puis qu'elle a quité
GALANT. 257
Parens & Amis , & qu'elle
s'eft mefme brouillée avec
Madame fa Mere, pour qui
elle a toûjours eu un tresgrand
refpect , & dont elle
eftoit aimée avec toute la
tendreffe imaginable. "
Le Mardy u . de ce mois,
Mademoiſelle de la Mote
de la Godinelaye fit la mefme
abjuration dans l'Eglife
des Religieufes Urfulines de
Rennes. Elle eft âgée de
vingt- trois ans. Madame fa
Mère s'eftoit remariée au
篆
Miniftre de l'Eglife des Prés
tendus Réformez , & avoit
Février 1681. Y
258 MERCVRE
mis aupres d'elle une Gou
vernante des plus obftinées
dans fes erreurs . Cette jeune
Demoiselle n'a pas laiffé de
venir à bout de la convertir,
apres avoir efté convaincue
des veritez de noftre Religion
par l'excellent Livre de
M ' l'Evefque de Condom ,
que luy avoit expliqué M
du Pleffis - Bardoul , Gentilhomme
de fes Voifins à la
Campagne. Elle avoit dit
fort longtemps , qu'elle ef
toit de la Religion du Livre
de M de Condom , mais elle
fe croyoit bien fodée à croire
GALANT 259
que la ReligionRomaine n'y
eftoit pas conforme. On luy
afait venir toutes les Atteftations
qui ont efté données
pour ce Livre, & on l'a fi pleinemét
éclaircie de quelques
Points qui l'embarafſoient,
qu'elle n'a pû davantage
fermer les yeux à la verité.
Je vous ay parlé dans ma
Lettre de Decembre , de
Madame de Fontmort, Préfidente
à Niort , à qui Madame
la Ducheffe de Navailles
en partant de la Ro
chelle , avoit confié Mademoiſelle
Pagez apres ſa Con-
Y ij
260 MERCVRE
verfion. Cette Dame, dont
la vertu eftoit tres - connue,
amena icy dans ce mefme
mois trois de fes Niéces de
le Religion Prétenduë Réformée
, dans l'efpérance de
la leur faire abjurer en préfence
de la Cour. Elle a
employé toutes fortes de
moyens pour venie à bout
de ce deffein , & n'a réuffy
que pour la Cadere , que
Madame la Marquife de
Maintenon fa Parente , a
prife aupres d'elle . Les deux
Aînées n'ayant voulu entrer
en aucune explication fur les
GALANT 2611
Points cotroverfez, Madame:
de Fontmort s'eftoit yeuë
scontrainte de les remener
en Poitou , où de tres- pref
fantes Lettres les rappelloient.
Elle cfpéroit les gagner
avec le temps , & c'eftoit
par là qu'elle n'avoit
pû les laiffer partir fans leur
tenir compagnie , mais elle
n'a fait qu'une partie du
voyage, ayant efté attaquée
au Port de Pile d'une apo
pléxie fi violente dans la nuit
du 12.au 13. de ce mois, qu'
elle en eft morte fix heures .
apres. C'eftune perte confi
262 MERCVRE
dérable pour les beaux Efprits
de la Province, & pour
tous ceux dont elle pre - 1
noit les intérefts . Elle eftoit
d'une libéralité fans exemple,
& peu de Perfonnes luy
ont demandé fa protection ,
fans qu'elle leur ait donné
des marques d'une genéro
peu commune,
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les initiatives du roi pour promouvoir la 'vraye Religion' et les conversions qui en découlent. Dans les villages de Chenay et de Chey, diocèse de Poitiers, deux cents personnes ont abjuré leurs erreurs religieuses. Parmi les conversions notables, celle de Madame de Gratin est particulièrement mentionnée. Après deux années de résistance, elle a finalement abjuré grâce aux efforts de Monsieur Vignier. Une jeune femme, contrainte par ses parents de se marier, a également relaté son histoire et sa conversion après une longue réflexion dans une lettre. Mademoiselle de la Mothe de la Godinelaye, âgée de vingt-trois ans, a abjuré dans l'église des Religieuses Ursulines de Rennes. Sa mère, remariée à un ministre protestant, avait placé une gouvernante obstinée auprès d'elle. La jeune fille a été convaincue par le livre de l'évêque de Condom, expliqué par Monsieur du Plessis-Bardoul. Madame de Fontmort, présidente à Niort, a tenté de convertir trois de ses nièces protestantes, mais n'a réussi qu'avec la cadette. Les deux aînées ont refusé toute discussion. Madame de Fontmort est décédée subitement d'une apoplexie lors de son retour en Poitou. Sa mort est perçue comme une grande perte pour la province et ceux dont elle protégeait les intérêts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 291-299
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçaurois quiter le Poitou, où il se fait [...]
Mots clefs :
Poitou, Conversions, Abjurations, Erreurs, Religion prétendue réformée, Missionnaires, Malades, Calvin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Je ne fçaurois quiter le
Poitou?ou-illel'ait tous les
jours des Conversons en si
grand nombre, (ans vous
parler de celle de Madame
de Pontieu, quidepuis fort
peude tCtllpS, a faitLabjuration;
de- les erreur?;,dans
lEgUfe des Pers de l'Oratoire
de Niort. Le mérité de
cette Dame, rend cechangement
fortimportant. Eilç
rua quitésa Religion qu'après
un long examen, car il
y adéjà plusieurs années
qu'elle cherchoit às'éclaircirdeses
doutes. Aussi ne
s'entretenoit
-
elle presque
jamais d'autre chose quand
elle trouvok d'habiles Gens
de Fim!ôc>l'autre party,
avec qui entrer en
conférence.
Si elle eustvoulu
changeril y a cinq ou fis.
m©lsr ç'eustesté peut-estre
avec de grands avantagesy
mais ellen'estoitpas
encor assez bien persuadée
pdiir se convertir fincéremens,
& elleasuivy les ve-
Hriz. Catholiques knsnul
intereil,(Ltolt qu'elleaeu
toutes les lumieres qu'elle
fOuhaitOic. Mr le Président
de Fanmort. si persuasif&
si zelé, n'a rien oublié pour
ce grand ouvrage. UneReligieuse
Ursuline de beaucoup
d'esprit , & Parente
fort proche de Mr Maboul
Procureur General des Requestes,
n'y a pas peu contribué
de ion costé par ses
exhortations tendres &pieuses
& par le conseil qu'elle
Poitiers. C'estun détaildont
je ne fuis pointassezinformé.
Tour ce que je;,içay^
ci estque ce zelé-Rrélat,
qu'une fiévre au/lifacheufe
que longue avoir, clflpeièbé;
d'agir parluy-mesme, ne
s"en est pasveu plûtost foulage,
qu'ils'est transporcé
djlns lesmesmes lieux oùii
avoir envoyé, [Qn, Grande
Vicaire.Lefruitqu'il a,faûk
par sa. présence a esté; fort,
grand, & continue tous les
jours par l'ordre qu'il a donné
aux Miflionnauvs--.ôcauxy
Curez, deveillerinceffamrucnràrinftru&
ion de ceux
qui1feroit< capablesde la
re'Çfcybir;
^iU'cïlfkicauilî-pluficurS'
1..1" aburations à S:Quentin,
sbit deMaladesà l'article de
la^fnort,'foie de Personnes
qui-doucoient depuis longtemps.
L'exemple leur en a
estédonné par Mr Benard
qui'a'presr plusieurs remifes-
IlaP'Lili enfin sedéfendre
d'embrasser la verité.Il a un
Frere quiay ant reconnu
avant luyla fausseté des ma-;
ximesde Calvin,luy a fort
aidé àexecuter ioneiurer>
prises Il est premier Secre- !
taire de Mrl'Evesque de :
Tournay ,
&ce futentreles j
mains de ce grand Prélir.
que Mr Benard fit sa profcision
publique de Foy, sur la
fin du dernier Mois. A peine -
fut-il de retour à S. Quentin,
qu'il fit connoistre à la
Femme toutes les raisons
qui l'avoient portéa ce changement.
Elle y trouvatantî
de force,que se sentant convaincue,
elle résolut de l'imiter.
Ainsi elle abjura le i
7. deceMois,entre lesmains i
de Mr Bendier, Docteur de
-—— *
la Maison de Sorbonne,Chanoine
de l'Eglise Royale Ôc.
Collegiale de S. Quentin, &
Officiai du Chapitre.
La santéde MrleMaréchal
Poitou?ou-illel'ait tous les
jours des Conversons en si
grand nombre, (ans vous
parler de celle de Madame
de Pontieu, quidepuis fort
peude tCtllpS, a faitLabjuration;
de- les erreur?;,dans
lEgUfe des Pers de l'Oratoire
de Niort. Le mérité de
cette Dame, rend cechangement
fortimportant. Eilç
rua quitésa Religion qu'après
un long examen, car il
y adéjà plusieurs années
qu'elle cherchoit às'éclaircirdeses
doutes. Aussi ne
s'entretenoit
-
elle presque
jamais d'autre chose quand
elle trouvok d'habiles Gens
de Fim!ôc>l'autre party,
avec qui entrer en
conférence.
Si elle eustvoulu
changeril y a cinq ou fis.
m©lsr ç'eustesté peut-estre
avec de grands avantagesy
mais ellen'estoitpas
encor assez bien persuadée
pdiir se convertir fincéremens,
& elleasuivy les ve-
Hriz. Catholiques knsnul
intereil,(Ltolt qu'elleaeu
toutes les lumieres qu'elle
fOuhaitOic. Mr le Président
de Fanmort. si persuasif&
si zelé, n'a rien oublié pour
ce grand ouvrage. UneReligieuse
Ursuline de beaucoup
d'esprit , & Parente
fort proche de Mr Maboul
Procureur General des Requestes,
n'y a pas peu contribué
de ion costé par ses
exhortations tendres &pieuses
& par le conseil qu'elle
Poitiers. C'estun détaildont
je ne fuis pointassezinformé.
Tour ce que je;,içay^
ci estque ce zelé-Rrélat,
qu'une fiévre au/lifacheufe
que longue avoir, clflpeièbé;
d'agir parluy-mesme, ne
s"en est pasveu plûtost foulage,
qu'ils'est transporcé
djlns lesmesmes lieux oùii
avoir envoyé, [Qn, Grande
Vicaire.Lefruitqu'il a,faûk
par sa. présence a esté; fort,
grand, & continue tous les
jours par l'ordre qu'il a donné
aux Miflionnauvs--.ôcauxy
Curez, deveillerinceffamrucnràrinftru&
ion de ceux
qui1feroit< capablesde la
re'Çfcybir;
^iU'cïlfkicauilî-pluficurS'
1..1" aburations à S:Quentin,
sbit deMaladesà l'article de
la^fnort,'foie de Personnes
qui-doucoient depuis longtemps.
L'exemple leur en a
estédonné par Mr Benard
qui'a'presr plusieurs remifes-
IlaP'Lili enfin sedéfendre
d'embrasser la verité.Il a un
Frere quiay ant reconnu
avant luyla fausseté des ma-;
ximesde Calvin,luy a fort
aidé àexecuter ioneiurer>
prises Il est premier Secre- !
taire de Mrl'Evesque de :
Tournay ,
&ce futentreles j
mains de ce grand Prélir.
que Mr Benard fit sa profcision
publique de Foy, sur la
fin du dernier Mois. A peine -
fut-il de retour à S. Quentin,
qu'il fit connoistre à la
Femme toutes les raisons
qui l'avoient portéa ce changement.
Elle y trouvatantî
de force,que se sentant convaincue,
elle résolut de l'imiter.
Ainsi elle abjura le i
7. deceMois,entre lesmains i
de Mr Bendier, Docteur de
-—— *
la Maison de Sorbonne,Chanoine
de l'Eglise Royale Ôc.
Collegiale de S. Quentin, &
Officiai du Chapitre.
La santéde MrleMaréchal
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Dans la région du Poitou, plusieurs conversions religieuses notables ont eu lieu. Madame de Pontieu a abjuré ses erreurs dans l'église des Pères de l'Oratoire de Niort après une longue réflexion et des discussions avec des personnes des deux camps religieux. Cette conversion est significative en raison de son mérite personnel et de son influence. Monsieur le Président de Fanmort et une religieuse ursuline, parente de Monsieur Maboul, ont joué des rôles importants dans ce processus. Un zélé religieux, affaibli par une longue fièvre, a visité les lieux où il avait été envoyé en tant que Grand Vicaire. Sa présence a marqué les esprits, et il a encouragé les missionnaires et curés à poursuivre l'instruction des personnes susceptibles de se convertir. À Saint-Quentin, Monsieur Bernard, premier secrétaire de l'évêque de Tournay, a abjuré les maximes de Calvin après plusieurs remises. Son frère, déjà convaincu de la fausseté des doctrines calvinistes, l'a soutenu dans cette décision. Monsieur Bernard a fait sa profession publique de foi devant l'évêque de Tournay. De retour à Saint-Quentin, il a convaincu sa femme de suivre son exemple, et elle a abjuré entre les mains de Monsieur Bendier, docteur de la Sorbonne et chanoine de l'église royale et collégiale de Saint-Quentin. La santé de Monsieur le Maréchal est mentionnée sans détails supplémentaires.
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29
p. 312-315
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday la derniere fois que Mr l'Evesque de Poitiers, [...]
Mots clefs :
Évêque de Poitiers, Abjurations, Religionnaires, Neveu, Conversions, Religion prétendue réformée, Honnête homme
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Je vous manday la der
niere fois que M' l'Évelque
de Poitiers, n'avoit pas fitoft
fenty les accés de fa fiévre diminuez
, qu'il alla luy- mefme
recevoir les abjurations
=
d'un
GALANT 313
4
d'un tres -grand nombre de
Religionnaires. Vous fçavez
qu'il eft Neveu de feu M
de Péréfixe , Précepteur du
Roy, & Archevefque de Paris
, & Fils du fameux M' de
la Hoguete qui a fait le Teſtament
fidelle d'un bon Pere à
fes Enfans. Ce zelé Prélat
continue fes foins fans aucun
relâche , pour tout ce qui
peut contribuer à faciliter les
converfions . M' Rabereul
"Doyen de l'Eglife de Poi-
"tiers , & fon Grand Vicaire,
accompagne M' de Maril
lac , Intendant de la Pro
Avril 1681. Dd
314 MERCVRE
vince, qui avec un zele qu'on
ne fçauroit exprimer , va
dans tous les lieux où il fe
croit neceffaire pour l'avancement
de ce grand Ouvrage.
Le fuccés en eft fi
grand , que depuis deux
mois , on compte plus de
fept mille Perfonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ont abjuré. M' de
Marillac eft Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom,
Petit Fils du Garde des
Sceaux , & Petit Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eft
un parfaitement honneſte
GALANT. 315
Honime , dont on ne peut
trop eftimer la probité.
niere fois que M' l'Évelque
de Poitiers, n'avoit pas fitoft
fenty les accés de fa fiévre diminuez
, qu'il alla luy- mefme
recevoir les abjurations
=
d'un
GALANT 313
4
d'un tres -grand nombre de
Religionnaires. Vous fçavez
qu'il eft Neveu de feu M
de Péréfixe , Précepteur du
Roy, & Archevefque de Paris
, & Fils du fameux M' de
la Hoguete qui a fait le Teſtament
fidelle d'un bon Pere à
fes Enfans. Ce zelé Prélat
continue fes foins fans aucun
relâche , pour tout ce qui
peut contribuer à faciliter les
converfions . M' Rabereul
"Doyen de l'Eglife de Poi-
"tiers , & fon Grand Vicaire,
accompagne M' de Maril
lac , Intendant de la Pro
Avril 1681. Dd
314 MERCVRE
vince, qui avec un zele qu'on
ne fçauroit exprimer , va
dans tous les lieux où il fe
croit neceffaire pour l'avancement
de ce grand Ouvrage.
Le fuccés en eft fi
grand , que depuis deux
mois , on compte plus de
fept mille Perfonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ont abjuré. M' de
Marillac eft Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom,
Petit Fils du Garde des
Sceaux , & Petit Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eft
un parfaitement honneſte
GALANT. 315
Honime , dont on ne peut
trop eftimer la probité.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Au XVIIe siècle, en France, des efforts significatifs sont déployés pour convertir les protestants. L'évêque de Poitiers, neveu de l'ancien précepteur du roi et archevêque de Paris, ainsi que fils de l'auteur du 'Testament fidèle d'un bon Père à ses Enfants', joue un rôle clé dans ces conversions. Il est soutenu par M. Rabereul, doyen de l'église de Poitiers et son grand vicaire, ainsi que par M. de Marillac, intendant de la province. Ce dernier, reconnu pour son zèle, parcourt divers lieux pour encourager ces conversions. En deux mois, plus de sept mille personnes de la religion prétendue réformée ont abjuré. M. de Marillac est décrit comme un homme honnête et probe, fils d'un conseiller d'État et petit-neveu du maréchal de Marillac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 1-7
Avant-propos, [titre d'après la table]
Début :
Le nom de Grand a esté donné à beaucoup de Princes, [...]
Mots clefs :
Roi, Auguste monarque, Victoires, Sujets, Religion prétendue réformée, Nouvelles ordonnance, Conversions, Abjurations, Logement de soldats, Hérésie de Calvin, Diminution, Provinces, Poitou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avant-propos, [titre d'après la table]
Enom de Grand a
Vyrup peſté donné à beaucoup
de Princes,
5
mais aucun ne l'a jamais eu
a fi jufter titre que noftre
auguſte Monarque. › S'il fe
diftingues à lá Guengalenute
May 1681.
A
2 MERCVRE
fi
les autres Souverains du
Monde , c'eſt par un
grand nombre de Victoires,
qu'il eft aifé de connoiſtre
qu'il en peut feul arreſter le
cours. S'il s'attache à ce qui
regarde la justice qu'un Roy
doit rendre à fes Peuples, il
ne fe contente pas d'en réformer
un abus. Il fait examiner
à fond tous ceux qui
-s'y font gliffez , ou qui s'y
peuvent gliffer , & par un
Code nouveau il épargne à
fes Sujets de longues & rujneufes
procédures . Enfin s'il
s'applique à dés actions de
•1 8dIqnM
GALANT. 3
pieté, & dignes d'un Prince
qui porte le Nom de Tres-
Chreftien, c'eſt avec un zele
qui attire tous les foins ; &
comme il ne fuffit
pas d'imaginer
de beaux Regle
mens , fi l'on ne trouve
moyen de les faire réüffir
Sa Majesté , apres en avoir
tant fait pour faciliter la
converfion de ceux de la
Religion Prétendue Réformée,
cherche inceffamment
à lever tous les obftacles qui
les peuvent retenir, La nouvelle
Ordonnance qu'on a
publiée en est une preuve.
A ij
4 MERCVRE
Quelques - uns d'entr'eux
balançoient à fe faire Catholiques
par la crainte du
crédit qu'ont les Seigneurs
des Lieux de leur demeure,
qui font de la meſme Reli
gion , fur ceux qui font la
diftribution des Gens de
guerre qui y paſſent ou ſea
journent. Ils eftoient perfuadez
avec beaucoup d'a
parence de raiſon , que s'ils
fe convertiffoient
, l'indigna
tion que ces Seigneurs en
pourroient avoir , les feroit
charger de ce Logement de
Gens de guerre ; & pour leur
GALANT. 5
ofter tout fujet de crainte,
le Roy a ordonné que tous
ceux de fes Sujets qui ont fait
abjuration de l'Herefie de Čabvin
depuis lepremier deJanvier,
ou qui laferont à l'avenir, feront
déchargez pendant deux
ans , nonfeulement de fes Gens
de guerre, tant d'Infanterie que
de Cavalerie Françoife & Etrangeres
de quelque condition
qu'ilsfoient , qui pafferont , lageront,
&fejourneront, ouſeront
envoyez en Quartier dans
les Villes & Lieux de leur ré
fidence actuelle , mais auffi de
toutes impofitions & aides qui
A iij
6 MERCVRE
Je pourront faire à l'occafion de
ces mefmes Logemens .
Vous voyez , Madame,
avec quelle exacte vigilance
le Roy employe les précautions
les plus feûres pour
mettre ceux de cette Religion
dans une entiere liberté
de fe convertir. Auffi leur
Party eft il fort diminué depuis
quelque temps. Nos
Miffionnaires répádus dans
les Provinces , y font de tresgrands
progrés, & c'eft quelque
chofe de furprenant de
voir toutes les femaines des
cinq & fix cens Perſonnes
GALANT
abjurer dans le Poitou .
Vyrup peſté donné à beaucoup
de Princes,
5
mais aucun ne l'a jamais eu
a fi jufter titre que noftre
auguſte Monarque. › S'il fe
diftingues à lá Guengalenute
May 1681.
A
2 MERCVRE
fi
les autres Souverains du
Monde , c'eſt par un
grand nombre de Victoires,
qu'il eft aifé de connoiſtre
qu'il en peut feul arreſter le
cours. S'il s'attache à ce qui
regarde la justice qu'un Roy
doit rendre à fes Peuples, il
ne fe contente pas d'en réformer
un abus. Il fait examiner
à fond tous ceux qui
-s'y font gliffez , ou qui s'y
peuvent gliffer , & par un
Code nouveau il épargne à
fes Sujets de longues & rujneufes
procédures . Enfin s'il
s'applique à dés actions de
•1 8dIqnM
GALANT. 3
pieté, & dignes d'un Prince
qui porte le Nom de Tres-
Chreftien, c'eſt avec un zele
qui attire tous les foins ; &
comme il ne fuffit
pas d'imaginer
de beaux Regle
mens , fi l'on ne trouve
moyen de les faire réüffir
Sa Majesté , apres en avoir
tant fait pour faciliter la
converfion de ceux de la
Religion Prétendue Réformée,
cherche inceffamment
à lever tous les obftacles qui
les peuvent retenir, La nouvelle
Ordonnance qu'on a
publiée en est une preuve.
A ij
4 MERCVRE
Quelques - uns d'entr'eux
balançoient à fe faire Catholiques
par la crainte du
crédit qu'ont les Seigneurs
des Lieux de leur demeure,
qui font de la meſme Reli
gion , fur ceux qui font la
diftribution des Gens de
guerre qui y paſſent ou ſea
journent. Ils eftoient perfuadez
avec beaucoup d'a
parence de raiſon , que s'ils
fe convertiffoient
, l'indigna
tion que ces Seigneurs en
pourroient avoir , les feroit
charger de ce Logement de
Gens de guerre ; & pour leur
GALANT. 5
ofter tout fujet de crainte,
le Roy a ordonné que tous
ceux de fes Sujets qui ont fait
abjuration de l'Herefie de Čabvin
depuis lepremier deJanvier,
ou qui laferont à l'avenir, feront
déchargez pendant deux
ans , nonfeulement de fes Gens
de guerre, tant d'Infanterie que
de Cavalerie Françoife & Etrangeres
de quelque condition
qu'ilsfoient , qui pafferont , lageront,
&fejourneront, ouſeront
envoyez en Quartier dans
les Villes & Lieux de leur ré
fidence actuelle , mais auffi de
toutes impofitions & aides qui
A iij
6 MERCVRE
Je pourront faire à l'occafion de
ces mefmes Logemens .
Vous voyez , Madame,
avec quelle exacte vigilance
le Roy employe les précautions
les plus feûres pour
mettre ceux de cette Religion
dans une entiere liberté
de fe convertir. Auffi leur
Party eft il fort diminué depuis
quelque temps. Nos
Miffionnaires répádus dans
les Provinces , y font de tresgrands
progrés, & c'eft quelque
chofe de furprenant de
voir toutes les femaines des
cinq & fix cens Perſonnes
GALANT
abjurer dans le Poitou .
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Résumé : Avant-propos, [titre d'après la table]
Le texte met en lumière les mérites d'un monarque français, qualifié de 'Grand' pour ses nombreuses victoires militaires, ses réformes judiciaires visant à éviter les abus et les procédures longues, ainsi que son zèle religieux. Le roi encourage la conversion des protestants au catholicisme en publiant une ordonnance qui supprime les obstacles à cette conversion. Certains protestants hésitaient à se convertir par crainte des seigneurs locaux, qui pourraient les obliger à loger des soldats. Pour les rassurer, le roi a décrété que les convertis seraient exemptés de loger des soldats et de payer certaines taxes pendant deux ans. Cette mesure vise à favoriser les conversions, et les missionnaires royaux signalent des progrès notables, notamment dans le Poitou où des centaines de personnes se sont récemment converties.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 7-10
Entrée de M. l'Evesque de Poitiers à Niort, [titre d'après la table]
Début :
Rien ne sçauroit égaler les soins de Mr l'Evesque de Poitiers, [...]
Mots clefs :
Évêque de Poitiers, Zèle, Niort, Clergé, Hérésie, Charité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée de M. l'Evesque de Poitiers à Niort, [titre d'après la table]
Rien
ne fçauroit égaler les foins
de M. l'Evefque de Poitiers,
qui fait éclater un zele extraordinaire
pour tirer d'er-
Feur ceux qui l'ont reçeuë
avec la naiffance. Ce digne
Prélat fit fon Entrée à Niort,
feconde Ville de fon Diocefe
, fur la fin du dernier
mois. Tous les Corps tant
du Clergé, que de la Justice
& de la Ville , allerent fort
loin au devant de luy, & luy
firent à l'envy tous les honneurs
qu'il pouvoit attendre.
A peine fut ildans la Maiſon
A iiij
8 MERCVRE
préparée pour fon Loge.
ment, qu'on la vit environ
née de plus de deux mille
Perfonnes qui luy deman
doient l'abfolution de l'Hé
refie . Il la leur donna apres
les Inftructions neceffaires,
avec tant de marques de
joye & de charité, qu'il fut
admiré de tout le monde.
Cette charité parut non feulement
dans fon extréme
application à des devoirs fi
preffans , mais encor dans
le fecours qu'il prefta à un
fort grand nombre de Mala
heureux. Pendant tout le
GALANT.ng
temps de fon fejour, il ne fe
fit à Niort aucune Solemnité
à laquelle il n'affiftaft avec
une pieté toute exemplaire.
Ce ne fut
pas
fans
que divers
éloges publics qu'il fut
contraint d'écouter , fiffent
fort fouffrir la modeftie. Sur
tout,le Pere Bonnet, de l'O--
ratoire, prêchant devant luy
le 3. de ce mois dans l'Eglife
des Carmelites , fe fervit de
termes fi juftes & fi bien
choifis, dans le Compliment
qu'il luy adreffa , qu'il ne
pouvoit confirmer avec plus
de gloire l'approbation qu'il
I
10 MERCVRE
7
s'eftoit acquife de tout le
Pais par fes Sermons du Carefine.
ne fçauroit égaler les foins
de M. l'Evefque de Poitiers,
qui fait éclater un zele extraordinaire
pour tirer d'er-
Feur ceux qui l'ont reçeuë
avec la naiffance. Ce digne
Prélat fit fon Entrée à Niort,
feconde Ville de fon Diocefe
, fur la fin du dernier
mois. Tous les Corps tant
du Clergé, que de la Justice
& de la Ville , allerent fort
loin au devant de luy, & luy
firent à l'envy tous les honneurs
qu'il pouvoit attendre.
A peine fut ildans la Maiſon
A iiij
8 MERCVRE
préparée pour fon Loge.
ment, qu'on la vit environ
née de plus de deux mille
Perfonnes qui luy deman
doient l'abfolution de l'Hé
refie . Il la leur donna apres
les Inftructions neceffaires,
avec tant de marques de
joye & de charité, qu'il fut
admiré de tout le monde.
Cette charité parut non feulement
dans fon extréme
application à des devoirs fi
preffans , mais encor dans
le fecours qu'il prefta à un
fort grand nombre de Mala
heureux. Pendant tout le
GALANT.ng
temps de fon fejour, il ne fe
fit à Niort aucune Solemnité
à laquelle il n'affiftaft avec
une pieté toute exemplaire.
Ce ne fut
pas
fans
que divers
éloges publics qu'il fut
contraint d'écouter , fiffent
fort fouffrir la modeftie. Sur
tout,le Pere Bonnet, de l'O--
ratoire, prêchant devant luy
le 3. de ce mois dans l'Eglife
des Carmelites , fe fervit de
termes fi juftes & fi bien
choifis, dans le Compliment
qu'il luy adreffa , qu'il ne
pouvoit confirmer avec plus
de gloire l'approbation qu'il
I
10 MERCVRE
7
s'eftoit acquife de tout le
Pais par fes Sermons du Carefine.
Fermer
Résumé : Entrée de M. l'Evesque de Poitiers à Niort, [titre d'après la table]
L'évêque de Poitiers est arrivé à Niort à la fin du mois précédent. Il a été accueilli avec honneur par les représentants du clergé, de la justice et de la ville. Plus de deux mille personnes lui ont demandé l'absolution de leurs péchés, qu'il a accordée après les instructions nécessaires, montrant une grande joie et charité. Pendant son séjour, il a aidé de nombreux malheureux et a participé à toutes les solennités avec une piété exemplaire. Il a reçu divers éloges publics, notamment du Père Bonnet de l'Oratoire, qui l'a loué lors d'un sermon dans l'église des Carmélites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 10-24
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu icy dans le mesme temps beaucoup [...]
Mots clefs :
Conversions, Amour, Cavalier, Demoiselle, Croyances, Coeur, Habits, Religion, Mariage, Religion prétendue réformée, Catholique, Renoncer à l'erreur, Aveu, Vérité, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Il y a eu icy dans le meſ
me temps beaucoup de Converfrons
de Perfonnes remarquables,
entre lefquelles
il s'en eft fait une, dont fi la
force de la verité a infpiré le
deffein , on peut dire que
l'amour en a hafté l'exécu
tion . En voicy les circon
tances.
Un Cavalier fe promenant
feul aux Thuileries , y vit une
jeune Demoiſelle qui luy
parut toute aimable . Elle
GALANT. M
avoit l'air fin , la taille bien
prife, & tant d'agrément fur
le vifage , quoy qu'avec des
traits irréguliers, que dés ce
premier moment il en eut
le coeur touché. Il la regarda
avec un plaifir qui
auroit deû luy eftre fufpect,
s'il en euft voulu penétrer la
caufe , & apres qu'elle fe fut:
retirée , il en conferva une
idée fi forte, que la rencontrant
le lendemain dans le
mefme Lieu veftuë d'une autre
maniere , il n'eut pas de
peine à la reconnoiftre . Il la
vit ainfi cinq ou fix fois fans
12 MERCVRE
que
trouver perfonne qui la connuft.
Cela luy fit croire
c'eftoit une Fille de Provin
ce ; & pour découvrir qui
elle eftoit , il ſe réfolvoit enfin
à la fuivre , quand il apperçeut
un de fes Amis qui
la falua. Il le joignit auffitoft
, & luy demanda fi ce
falut eftoit civilité genérale
pour toutes les Belles , ou
particuliere pour une Perfonne
qui luy fuft connue.
Il reçeut de luy l'éclairciffement
qu'il fouhaitoit ; mais
s'il apprit avec joye que la
Belle vivoit à Paris avec une
GALANT. 13
Mere qui n'afpiroit qu'à la
marier , il apprit en meſme
temps avec beaucoup de
chagrin qu'elle eftoit d'une
Croyance contraire à la fienne.
Ses efpérances, formées
confufément par l'amour, ſe
trouvòiết détruites par cette
nouvelle. Cependant les fentimens
de fon coeur l'empor
tant fur fa raifon , il voulut
hier habitude avec la Belle,
& crût n'y pouvoir mieux
réüffir qu'en fe feignant Re
ligionnaire. Ainfi l'ayant
aperçeuë le jour fuivant, accompagnée
feulement d'une
14 MERCVRE
Parente, il fit fi bien, qu'en
paſſant tout proche d'elle,
fon Epée s'embaraſſa dans
un des Rubans qui eftoient
autour d'un petitHabit d'Eté
qu'elle portoit, couleur de
Rofe. La Belle qui fe fentit
arreftée, demanda au Cavalier
s'il nevouloit point faire
grace à fon Ruban. Il luy
répondit, que quand il l'em.
porteroit , elle devoit peu
s'en inquiéter, puis qu'il luy
laiffoit un gage qui eftoit
d'un autre prix. La galanterie
de la réponſe obligea la
Belle à répliquer ; & la conGALANT.
K
verfation s'eftant noüée infenfiblement,
leCavalier luy
fit croire qu'il l'avoit veuë
plufieurs fois à Charenton
& qu'il fouhaitoit depuis
longtemps de trouver loccafion
que le hazard luy
avoit fait naître. Ils fe féparerent
fort fatisfaits l'un de
l'autre, & la Belle eftant venue
plufieurs autres foirs
aux Thuileries , le Cavalier
luy fit paroiftre des fenti
mens fi paflionnez , qu'ils
firent l'effet qu'il en avoit
attendu. La Parente de la
Belle qui le croyoit du
16 MERCVRE
mefme party pour ce qui re
garde la Religion, favorifoit
cet amour naiſſant , & en
peu de jours les affurances
que
ue le Cavalier donna du
fien, allerent fi loin, qu'elle
fe crût en droit de luy dire
qu'il n'avoit qu'à le déclarer
avec la Mere , & qu'on tâcheroit
à le fervir. Le Cal
valier, que cette propofition
embarafla , pria la Belle de
venir le lendemain accom
pagnée de pluſieurs Perſonnes
, afin qu'il puft luy dire
un fecret fans eltre entendu
de fa Parente. La chofe fe
GALANT. 17
fit comme il l'avoit fouhaité.
Une Amie commune accompagna
la Parente , &
apres un tour d'Allée, le Ca
valier qui les avoit jointes,
engagea la Belle à les laiffer
quelques pas derriere, pour
apprendre ce qu'il avoit à
luy confier. Il commença
par les plus tendres protefta
tions , & apres luy avoir
fait fes, remercîmens de ce
qu'elle confentoit qu'il la
demandaft en mariage , il
adjoûta , que ne voulant
point qu'on luy reprochaft
de l'avoir trompée, il ſe ſeng
May 1681 .
B
18 MERCVRE
toit obligé de luy découvrir
qu'il trouvoit de grands
abus dans la prétenduë réforme
de leur Eglife, & que
n'en croyant de vraye que
la Catholique, il ne pouvoit
fe défendre de renoncer à
l'erreur. Ce difcours furprit
la Belle , mais fans luy donner
aucun chagrin. Elle demanda
s'il avoit pris une
veritable réſolution , & le
voyant comme inébranlable
dans fon deffein, elle ne put
luy.cacher qu'elle eftoit perfuadée
auffi- bien que luy,
que la Religion qu'elle pro
t
GALANT. 19
feffoit n'eftoit point la vraye;;
qu'on l'avoit déja inftruite
fur plufieurs doutes ; que la
crainte d'une Mere de qui
elle dépendoit, l'avoit empefchée
de pouffer plus loin
l'éclairciffement qui luy ef
toit néceffaire ; & que fon
exemple la fortifiant , elle
écouteroit avec plaifir les
mefmes Perfonnes qui a
voient fervy à le détromper.
Le Cavalier ménagea la
chofe adroitement , qu'il
* la mit en conférence avec
un des Hommes les plus
confommez dans ces fortes
Bij
20 MERCVRE
de matieres. Ce fçavant
Homme la convainquit fi
bien de la verité , que ſon
Amant ne crût plus aucun
péril à luy avouer la tromperie
qu'il luy avoit faite.
Elle ne pût l'en blâmer ; &
l'amitié qu'elle avoit pour
fa Parente, l'obligeant à fou
haiter que les lumieres qu '
elle recevoit fe répandiſſent
fur elle, il ne luy fut pas poffible
de luy déguifer ce qui
ſe paffoit. Elle cut cependant
beau faire. Sa Parente .
ceffa d'eſtre ſon Amie , fi
toft qu'elle luy parla d'ouGALANT.
21
vrir les
yeux
à la verité ; &
apprenant
que le Cavalier
eftoit Catholique
, le chagrin
qu'elle eut de voir que
c'eftoit par luy que la Belle
changeoit de Religion , &
qu'elle avoit elle - meſme
contribué à ce changement,
en foufrant leurs entreveuës,
luy fit former le deffein
d'empefcher leur mariage.
Les avis qu'elle donna à la
Mere de la Belle , l'aigrirent
fi fort contre fon Amant,
qu'il euſt eſté mal ro
çey s'il euſt fait quelques
avances. Cette Mere au de22
MERCVRE
feſpoir , n'oublia rien pour
gagner fa Fille . Elle pria,
elle menaça, & fes menaces
n'obtinrent pas plus que fes
prieres. La Belle foûtint ces
divers affauts avec une fer
meté qui ne fe peut conce-
8
..
voir ; & tous les obftacles .
qu'on luy fit naître ayant
efté furmontez par fon cou
rage, il falut enfin la laiffer
maîtreffe de fes volontez ,
La cerémonté dé fon Abju
ration a eſté publique , &
s'eft faite icy depuis affez
peu de temps. Si le bonheur
qu'elle s'est acquis par là
C
ˇ
GALANT. 23
luy doit donner de la joye,
fes peines font grandes pour
ce qui regarde l'intéreſt de
fon amour. Sa Mere indignée
de fon changement de
Religion , ne peut pardonner
au Cavalier qui en eft la
caufe. Les
avantages que la
Belle trouveroit en l'époufant,
ne la touchent point,
& pour empefcher qu'elle
ne luy parle , elle la fait obferver
par tout. D'un autre
cofté , le Pere du Cavalier
qui a fçeu la chofe, ne trou
vant point la Belle affez riche,
défend à fon Fils de
24 MERCVRE
fonger à elle , & dans la contrainte
où ils font forcez de
vivre , ils n'ont que les Lettres
pour fe confoler. Ils.
cherchent en s'écrivant , cepour
fe qu'il y a de plus fort
jurer l'un à l'autre une conf
tance etèrnelle , & eſperent
que le temps les fera venirà
bout de tous les obftacles
qui les font foufrir
me temps beaucoup de Converfrons
de Perfonnes remarquables,
entre lefquelles
il s'en eft fait une, dont fi la
force de la verité a infpiré le
deffein , on peut dire que
l'amour en a hafté l'exécu
tion . En voicy les circon
tances.
Un Cavalier fe promenant
feul aux Thuileries , y vit une
jeune Demoiſelle qui luy
parut toute aimable . Elle
GALANT. M
avoit l'air fin , la taille bien
prife, & tant d'agrément fur
le vifage , quoy qu'avec des
traits irréguliers, que dés ce
premier moment il en eut
le coeur touché. Il la regarda
avec un plaifir qui
auroit deû luy eftre fufpect,
s'il en euft voulu penétrer la
caufe , & apres qu'elle fe fut:
retirée , il en conferva une
idée fi forte, que la rencontrant
le lendemain dans le
mefme Lieu veftuë d'une autre
maniere , il n'eut pas de
peine à la reconnoiftre . Il la
vit ainfi cinq ou fix fois fans
12 MERCVRE
que
trouver perfonne qui la connuft.
Cela luy fit croire
c'eftoit une Fille de Provin
ce ; & pour découvrir qui
elle eftoit , il ſe réfolvoit enfin
à la fuivre , quand il apperçeut
un de fes Amis qui
la falua. Il le joignit auffitoft
, & luy demanda fi ce
falut eftoit civilité genérale
pour toutes les Belles , ou
particuliere pour une Perfonne
qui luy fuft connue.
Il reçeut de luy l'éclairciffement
qu'il fouhaitoit ; mais
s'il apprit avec joye que la
Belle vivoit à Paris avec une
GALANT. 13
Mere qui n'afpiroit qu'à la
marier , il apprit en meſme
temps avec beaucoup de
chagrin qu'elle eftoit d'une
Croyance contraire à la fienne.
Ses efpérances, formées
confufément par l'amour, ſe
trouvòiết détruites par cette
nouvelle. Cependant les fentimens
de fon coeur l'empor
tant fur fa raifon , il voulut
hier habitude avec la Belle,
& crût n'y pouvoir mieux
réüffir qu'en fe feignant Re
ligionnaire. Ainfi l'ayant
aperçeuë le jour fuivant, accompagnée
feulement d'une
14 MERCVRE
Parente, il fit fi bien, qu'en
paſſant tout proche d'elle,
fon Epée s'embaraſſa dans
un des Rubans qui eftoient
autour d'un petitHabit d'Eté
qu'elle portoit, couleur de
Rofe. La Belle qui fe fentit
arreftée, demanda au Cavalier
s'il nevouloit point faire
grace à fon Ruban. Il luy
répondit, que quand il l'em.
porteroit , elle devoit peu
s'en inquiéter, puis qu'il luy
laiffoit un gage qui eftoit
d'un autre prix. La galanterie
de la réponſe obligea la
Belle à répliquer ; & la conGALANT.
K
verfation s'eftant noüée infenfiblement,
leCavalier luy
fit croire qu'il l'avoit veuë
plufieurs fois à Charenton
& qu'il fouhaitoit depuis
longtemps de trouver loccafion
que le hazard luy
avoit fait naître. Ils fe féparerent
fort fatisfaits l'un de
l'autre, & la Belle eftant venue
plufieurs autres foirs
aux Thuileries , le Cavalier
luy fit paroiftre des fenti
mens fi paflionnez , qu'ils
firent l'effet qu'il en avoit
attendu. La Parente de la
Belle qui le croyoit du
16 MERCVRE
mefme party pour ce qui re
garde la Religion, favorifoit
cet amour naiſſant , & en
peu de jours les affurances
que
ue le Cavalier donna du
fien, allerent fi loin, qu'elle
fe crût en droit de luy dire
qu'il n'avoit qu'à le déclarer
avec la Mere , & qu'on tâcheroit
à le fervir. Le Cal
valier, que cette propofition
embarafla , pria la Belle de
venir le lendemain accom
pagnée de pluſieurs Perſonnes
, afin qu'il puft luy dire
un fecret fans eltre entendu
de fa Parente. La chofe fe
GALANT. 17
fit comme il l'avoit fouhaité.
Une Amie commune accompagna
la Parente , &
apres un tour d'Allée, le Ca
valier qui les avoit jointes,
engagea la Belle à les laiffer
quelques pas derriere, pour
apprendre ce qu'il avoit à
luy confier. Il commença
par les plus tendres protefta
tions , & apres luy avoir
fait fes, remercîmens de ce
qu'elle confentoit qu'il la
demandaft en mariage , il
adjoûta , que ne voulant
point qu'on luy reprochaft
de l'avoir trompée, il ſe ſeng
May 1681 .
B
18 MERCVRE
toit obligé de luy découvrir
qu'il trouvoit de grands
abus dans la prétenduë réforme
de leur Eglife, & que
n'en croyant de vraye que
la Catholique, il ne pouvoit
fe défendre de renoncer à
l'erreur. Ce difcours furprit
la Belle , mais fans luy donner
aucun chagrin. Elle demanda
s'il avoit pris une
veritable réſolution , & le
voyant comme inébranlable
dans fon deffein, elle ne put
luy.cacher qu'elle eftoit perfuadée
auffi- bien que luy,
que la Religion qu'elle pro
t
GALANT. 19
feffoit n'eftoit point la vraye;;
qu'on l'avoit déja inftruite
fur plufieurs doutes ; que la
crainte d'une Mere de qui
elle dépendoit, l'avoit empefchée
de pouffer plus loin
l'éclairciffement qui luy ef
toit néceffaire ; & que fon
exemple la fortifiant , elle
écouteroit avec plaifir les
mefmes Perfonnes qui a
voient fervy à le détromper.
Le Cavalier ménagea la
chofe adroitement , qu'il
* la mit en conférence avec
un des Hommes les plus
confommez dans ces fortes
Bij
20 MERCVRE
de matieres. Ce fçavant
Homme la convainquit fi
bien de la verité , que ſon
Amant ne crût plus aucun
péril à luy avouer la tromperie
qu'il luy avoit faite.
Elle ne pût l'en blâmer ; &
l'amitié qu'elle avoit pour
fa Parente, l'obligeant à fou
haiter que les lumieres qu '
elle recevoit fe répandiſſent
fur elle, il ne luy fut pas poffible
de luy déguifer ce qui
ſe paffoit. Elle cut cependant
beau faire. Sa Parente .
ceffa d'eſtre ſon Amie , fi
toft qu'elle luy parla d'ouGALANT.
21
vrir les
yeux
à la verité ; &
apprenant
que le Cavalier
eftoit Catholique
, le chagrin
qu'elle eut de voir que
c'eftoit par luy que la Belle
changeoit de Religion , &
qu'elle avoit elle - meſme
contribué à ce changement,
en foufrant leurs entreveuës,
luy fit former le deffein
d'empefcher leur mariage.
Les avis qu'elle donna à la
Mere de la Belle , l'aigrirent
fi fort contre fon Amant,
qu'il euſt eſté mal ro
çey s'il euſt fait quelques
avances. Cette Mere au de22
MERCVRE
feſpoir , n'oublia rien pour
gagner fa Fille . Elle pria,
elle menaça, & fes menaces
n'obtinrent pas plus que fes
prieres. La Belle foûtint ces
divers affauts avec une fer
meté qui ne fe peut conce-
8
..
voir ; & tous les obftacles .
qu'on luy fit naître ayant
efté furmontez par fon cou
rage, il falut enfin la laiffer
maîtreffe de fes volontez ,
La cerémonté dé fon Abju
ration a eſté publique , &
s'eft faite icy depuis affez
peu de temps. Si le bonheur
qu'elle s'est acquis par là
C
ˇ
GALANT. 23
luy doit donner de la joye,
fes peines font grandes pour
ce qui regarde l'intéreſt de
fon amour. Sa Mere indignée
de fon changement de
Religion , ne peut pardonner
au Cavalier qui en eft la
caufe. Les
avantages que la
Belle trouveroit en l'époufant,
ne la touchent point,
& pour empefcher qu'elle
ne luy parle , elle la fait obferver
par tout. D'un autre
cofté , le Pere du Cavalier
qui a fçeu la chofe, ne trou
vant point la Belle affez riche,
défend à fon Fils de
24 MERCVRE
fonger à elle , & dans la contrainte
où ils font forcez de
vivre , ils n'ont que les Lettres
pour fe confoler. Ils.
cherchent en s'écrivant , cepour
fe qu'il y a de plus fort
jurer l'un à l'autre une conf
tance etèrnelle , & eſperent
que le temps les fera venirà
bout de tous les obftacles
qui les font foufrir
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Dans un parc parisien, un cavalier s'éprend d'une jeune femme appartenant à une religion différente de la sienne. Pour se rapprocher d'elle, il simule l'adoption de ses croyances et obtient ainsi sa confiance. Leur relation évolue rapidement, et la jeune femme accepte de l'épouser après qu'il lui a révélé sa véritable foi catholique. Elle décide de se convertir, soutenue par un érudit. Cependant, une parente de la jeune femme, scandalisée par cette conversion, persuade la mère de s'opposer au mariage. La mère refuse catégoriquement l'union malgré les supplications et les menaces de sa fille, qui reste résolue. La jeune femme abjure publiquement sa foi, mais cette action ne lui procure guère de satisfaction en raison des obstacles rencontrés. La mère, furieuse, refuse de pardonner à l'amant et surveille étroitement sa fille. Parallèlement, le père du cavalier désapprouve la relation en raison d'une dot insuffisante, interdisant à son fils de fréquenter la jeune femme. Malgré ces difficultés, les amants continuent de communiquer par lettres, se promettant une fidélité éternelle et espérant surmonter les obstacles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 16-25
Prières & Cerémonies faites à Vendosme pour obtenir de la pluye, [titre d'après la table]
Début :
Les Cerémonies publiques dont je viens de vous parler, me [...]
Mots clefs :
Ville, Mois, Procession, Pluie, Relique, Sécheresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prières & Cerémonies faites à Vendosme pour obtenir de la pluye, [titre d'après la table]
Les Cerémonies publi
:
quesdontje viens de vous
parler,me fontſouvenirde
celles qui ont eſté faites à
Vendoſme pourobtenir de
lapluye. Une ſechereſſe ex
traordinaire de plusdedeux
mois, ayant donné lieu de
craindre pour tous lesBiens
dela terre, on eutrecours
aux prieres, & lemoyen le-plus infaillible qu'on trouva
pourmériter qu'elles fufſſent
exaucées,ce futdefaire por
GALANT. 17
a
1
IS
Le
e
X
e
S
S
ser proceffionnellement la
SainteLarmequeleSauveur
du monde répandit fur le
Lazare. CettepréticufeRe
lique eft gardée avec grand
foin dans l'Abbaye desRe
ligieux Benedictins de la
Trinité de Vendofme , où
elle fut apportée l'an 1042.
parſonFondateurGeoffroy
Martel, Comte d'Anjou &
duVendômois. C'eftoitun
Préſent que luy avoit fait
Michel Paphlagon Empe
reur deConftantinople, en
reconnoiffance du secours
qu'il avoit donné à Catalus
Juin1681.
B
18 MERCVRE
fon. Gouverneur en Sicile,,
dans ladéfaite qu'ily fitdes
Sarraſins , qui eſtant fortis
d'Afrique en grand nom
bre, s'eſtoient rendus maî
tresde toute l'Iſle. Les mi
racles continuels qu'elle fair
en foulageant ceuxqui ſont
en péril de perdre laveuë,
làmettentdansuneextréme
veneration. Auffsobſerve- on beaucoup de formali.
tez quand on la portedans
une Proceffiongenérale, ce
qui ne ſe faitjamais qu'en
de tres- preſſantes neceffi
rez. La menace d'une fort
&
GALANT 19
grande diſete ayant étonné
S
S
+
tout la Pais, les Magiftrats
&les Echevins s'aſſemble
rent en laMaiſon de Ville
de Mercredy 27. de l'autre
mois, d'où s'eſtant rendus
en CorpspaylAbbaye, ils
expolerent au Supérieur les
vœux empreffez que fail
foientlesPeuples. Ce qu'ils
demandoient leur fut ac
cordéngOnoréſolut de faire
une Proceffion partoute la
Ville, dans laquelle la Sainte
Larmeferoitportée avec les
cérémonies & précautions
accoutumées pour fanfeu
Bij
20 MERCVRE
reté; & le Dimanche ſui
vant, Feſte de la Trinité,
ayantefté choiſy pourcela,
les Religieux jeûnerent au
pain & àl'eau juſques à ce
jour, pendant que M.de
Remilly Bailly du Vendô
mois, &Maire perpétuel de
;
laVille, donna tous les or
dres neceffaires pour cette
Solemnité. Il mandales
Curez dequatre-vingtsſeize
Paroiffes de la Campagne,
fit avertir les Compagnies
des Corps de la Ville
poſalesBourgeois àprendre
dif
les armes, &n'oublia rien
GALANT. 21
de ce qui pouvoit contri
buer àlapompede laFeſte.
Lejour en eſtantvenu, on
fit batre le Tambour, au
e bruitduquel chacun ſeren
edit ſous fon Drapeau. La
Proceſſion ſortit dans cet
ordre. <
Toutes les Banieres des
Paroiſſes, tant de la Cam
pagne quede laVille, mar
choient àla tefte chacune à
la file, au milieu d'une dou
blehayede Bourgeois ran
gez ſous les armes. Les
Croix ſuiyoient dela meſme
forte, puis les Capucins &
22 MERCVRE
fesCordeliers endeuxrangs.
Apreseux paroiſſoient tous
les Curez reveftus de Cha
pes, ainſi que foixanteRe
ligieux de l'Ordre de S.Be
noiſt, qur formoient deux
lignes. Le Prieur tenant la
Sainte Relique , marchoit
fous un DaisdeVelours cra
moiſy en broderie d'or,
portépar lesEchevins de la
Ville. Ils eftoient précedez
depluſieurs jeunes Enfans
veſtus en Anges, qui jer
toient des Fleurs dans les
Rues qu'onavoit ornéesde
Tapifferies.Dechaquecôté
GALANT. 23
ous
du Dais eftoienthuitBour
geois proprement veſtus,
ayant chacun une Pertui
fane. La Proceffion finif
foit par les Magiſtrats de la
us Ville,lesOfficiers desGrandss
Jours, & ceux de l'Election,,
avec leurs Habits de ceré
monie. La Milice Bour
geoiſe qui les ſuivoit, faiſoit
Idesdécharges àtouslesRe
e pofoirs qu'on avoit dreſſez
en beaucoupd'endroits,afin
d'y poſer la Sainte Larme,
C'eſtoit là que la Muſique
e chantoit de fortbeauxMo
tets,& que les Harpes, les
24 MERCVRE
Luths, & les Violons, fai
foient un agreable concert
aveclesHautbois &lesMu
fetes. Au retour on chanta
le Te Deum dansl'Egliſe de
laTrinité, qui eſt une des
plusbellesEgliſesdeFrance.
Cequevousadmirerez,c'eſt
queletempsayantparufort
ferein juſques à huitheures
du matin,une pluye douce
1
tomba dans l'inſtantque la
Proceffion commençoit fa
marche,&continuajusqu'au
lendemain. LesProcés ver.
baux quel'on conferve de
toutes lesautresde cette na
ture,
1
GALANT. 25
rure, juſtifientque cet effer
n'ajamais manqué. Ilyaل
e
Sa
douze ans qu'on fitlader
niere.
:
quesdontje viens de vous
parler,me fontſouvenirde
celles qui ont eſté faites à
Vendoſme pourobtenir de
lapluye. Une ſechereſſe ex
traordinaire de plusdedeux
mois, ayant donné lieu de
craindre pour tous lesBiens
dela terre, on eutrecours
aux prieres, & lemoyen le-plus infaillible qu'on trouva
pourmériter qu'elles fufſſent
exaucées,ce futdefaire por
GALANT. 17
a
1
IS
Le
e
X
e
S
S
ser proceffionnellement la
SainteLarmequeleSauveur
du monde répandit fur le
Lazare. CettepréticufeRe
lique eft gardée avec grand
foin dans l'Abbaye desRe
ligieux Benedictins de la
Trinité de Vendofme , où
elle fut apportée l'an 1042.
parſonFondateurGeoffroy
Martel, Comte d'Anjou &
duVendômois. C'eftoitun
Préſent que luy avoit fait
Michel Paphlagon Empe
reur deConftantinople, en
reconnoiffance du secours
qu'il avoit donné à Catalus
Juin1681.
B
18 MERCVRE
fon. Gouverneur en Sicile,,
dans ladéfaite qu'ily fitdes
Sarraſins , qui eſtant fortis
d'Afrique en grand nom
bre, s'eſtoient rendus maî
tresde toute l'Iſle. Les mi
racles continuels qu'elle fair
en foulageant ceuxqui ſont
en péril de perdre laveuë,
làmettentdansuneextréme
veneration. Auffsobſerve- on beaucoup de formali.
tez quand on la portedans
une Proceffiongenérale, ce
qui ne ſe faitjamais qu'en
de tres- preſſantes neceffi
rez. La menace d'une fort
&
GALANT 19
grande diſete ayant étonné
S
S
+
tout la Pais, les Magiftrats
&les Echevins s'aſſemble
rent en laMaiſon de Ville
de Mercredy 27. de l'autre
mois, d'où s'eſtant rendus
en CorpspaylAbbaye, ils
expolerent au Supérieur les
vœux empreffez que fail
foientlesPeuples. Ce qu'ils
demandoient leur fut ac
cordéngOnoréſolut de faire
une Proceffion partoute la
Ville, dans laquelle la Sainte
Larmeferoitportée avec les
cérémonies & précautions
accoutumées pour fanfeu
Bij
20 MERCVRE
reté; & le Dimanche ſui
vant, Feſte de la Trinité,
ayantefté choiſy pourcela,
les Religieux jeûnerent au
pain & àl'eau juſques à ce
jour, pendant que M.de
Remilly Bailly du Vendô
mois, &Maire perpétuel de
;
laVille, donna tous les or
dres neceffaires pour cette
Solemnité. Il mandales
Curez dequatre-vingtsſeize
Paroiffes de la Campagne,
fit avertir les Compagnies
des Corps de la Ville
poſalesBourgeois àprendre
dif
les armes, &n'oublia rien
GALANT. 21
de ce qui pouvoit contri
buer àlapompede laFeſte.
Lejour en eſtantvenu, on
fit batre le Tambour, au
e bruitduquel chacun ſeren
edit ſous fon Drapeau. La
Proceſſion ſortit dans cet
ordre. <
Toutes les Banieres des
Paroiſſes, tant de la Cam
pagne quede laVille, mar
choient àla tefte chacune à
la file, au milieu d'une dou
blehayede Bourgeois ran
gez ſous les armes. Les
Croix ſuiyoient dela meſme
forte, puis les Capucins &
22 MERCVRE
fesCordeliers endeuxrangs.
Apreseux paroiſſoient tous
les Curez reveftus de Cha
pes, ainſi que foixanteRe
ligieux de l'Ordre de S.Be
noiſt, qur formoient deux
lignes. Le Prieur tenant la
Sainte Relique , marchoit
fous un DaisdeVelours cra
moiſy en broderie d'or,
portépar lesEchevins de la
Ville. Ils eftoient précedez
depluſieurs jeunes Enfans
veſtus en Anges, qui jer
toient des Fleurs dans les
Rues qu'onavoit ornéesde
Tapifferies.Dechaquecôté
GALANT. 23
ous
du Dais eftoienthuitBour
geois proprement veſtus,
ayant chacun une Pertui
fane. La Proceffion finif
foit par les Magiſtrats de la
us Ville,lesOfficiers desGrandss
Jours, & ceux de l'Election,,
avec leurs Habits de ceré
monie. La Milice Bour
geoiſe qui les ſuivoit, faiſoit
Idesdécharges àtouslesRe
e pofoirs qu'on avoit dreſſez
en beaucoupd'endroits,afin
d'y poſer la Sainte Larme,
C'eſtoit là que la Muſique
e chantoit de fortbeauxMo
tets,& que les Harpes, les
24 MERCVRE
Luths, & les Violons, fai
foient un agreable concert
aveclesHautbois &lesMu
fetes. Au retour on chanta
le Te Deum dansl'Egliſe de
laTrinité, qui eſt une des
plusbellesEgliſesdeFrance.
Cequevousadmirerez,c'eſt
queletempsayantparufort
ferein juſques à huitheures
du matin,une pluye douce
1
tomba dans l'inſtantque la
Proceffion commençoit fa
marche,&continuajusqu'au
lendemain. LesProcés ver.
baux quel'on conferve de
toutes lesautresde cette na
ture,
1
GALANT. 25
rure, juſtifientque cet effer
n'ajamais manqué. Ilyaل
e
Sa
douze ans qu'on fitlader
niere.
Fermer
34
p. 132-136
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. du dernier mois, Mr. le Comte de Creange, l'un [...]
Mots clefs :
Comte de Créange, Seigneur, Maladie, Abjuration, Hérésie de Luther, Conversions, Religion prétendue réformée, Évêque, Conseiller du Parlement, Cérémonie, Hérésie de Calvin, Mademoiselle, Prières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le 7. du dernier mois,
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
En Lorraine, le 7 du dernier mois, le Comte de Creange, un puissant seigneur, abjura l'hérésie de Luther après une grave maladie. Sa conversion fut célébrée, car elle influencerait celle de ses sujets. Deux jours plus tard, Monsieur de Streff, capitaine de cavalerie, quitta également la Réforme et fit abjuration devant l'évêque de Metz, en présence d'un conseiller du Parlement de Metz, à Montigny-lès-Metz. Le 21 du même mois, Mademoiselle d'Iloire, du duché d'Aumale, abjura l'hérésie de Calvin à l'église Saint-Eustache. Quinze jours auparavant, elle avait discuté avec M. Claude, ministre, sans obtenir satisfaction. Mademoiselle Loir, initialement opposée aux conversions, avait elle-même abjuré cinq ans plus tôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 136-141
Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait encor plusieurs Abjurations en diverses Villes, [...]
Mots clefs :
Abjurations, Villes, Vérités, Religion catholique, Discours, Conversions, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Il s'eſt fait encor pluſieurs
Abjurations en diverſesVilles,
mais il en eſt peu d'auſſi
éclatantes que celle que M
l'Archeveſque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
GALANT. 137
dans la Capitale de ſon Dio
ceſe. M.Fremin de Marzilly,
Capitaine dans le Regiment
de Grancé , apres avoir étu.
dié depuis deux ans avec une
application extraordinaire,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a eſté enfin
entierement convaincu par
les conférences qu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le ſçavant M.Faure
fon Vicaire general. La Cerémonie
de ſa Reconciliation
ſe fit dans la Cathédrale
le Jeudy 12. de ce mois , en
préſence de tous les Corps,
Juin 1681. M
138 MERCVRE
& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Ville. M
l'Archeveſque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus folemnelle,
•voulut la faire luy-meſme,
la termina par un excellent
Diſcours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les intereſts de l'Eglife.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mef
me jour que le Cadet de M
de Marzilly , connu fous le
nom de Sainte Fraiſe dans
le Regiment de Coningſ
mark , où il eſt Lieutenant
5
GALANT. 139
. d'une Compagnie , venoit
auſſi de faire abjuration à
Boulogne ; & ce qu'il y a
de ſurprenant, c'eſt que ces
deux font heureuſement
fortis dans le meſme
temps des voyes de l'erreur,
fans que l'un ſçeuſt rien du
deſſein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere , & quatre
Soeurs auſſi ſpirituelles que
bien faites , & c'eſt là tout
ce qui reſte aujourd'huy à
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée ; de forte
que ſans compter les effets
que cegrand exemple don-
Mij
140 MERCVRE
ne ſujet d'eſpérer, cetteVille
peut dés-à-préſent ſe vanter
d'eſtre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de M. de Marzilly
ont beaucoup contribué à
la joye que tous ceux qui le
connoiffent ont euë de ce
changement. Il eſt bien fait,
fpirituel , agreable , d'une
probité qui n'eſt pas commune,&
fçavant au dela de
ce qu'on croiroit d'un Hom
me âgé ſeulement de vingthuit
ans. Ainſi on peut dire
que c'eſtoit une conqueſte
digne du grand Prélat qui
GALANT. 141
I'a faite,& deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans le Poitou..
Les Miſſions que M. l'Eveſque
de Poitiers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Inſtructions dont on a
beſoin, ontunſuccés ſi avantageux
, que plus de douze
mille Perſonnes ſe ſont converties
depuis quatre mois..
Abjurations en diverſesVilles,
mais il en eſt peu d'auſſi
éclatantes que celle que M
l'Archeveſque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
GALANT. 137
dans la Capitale de ſon Dio
ceſe. M.Fremin de Marzilly,
Capitaine dans le Regiment
de Grancé , apres avoir étu.
dié depuis deux ans avec une
application extraordinaire,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a eſté enfin
entierement convaincu par
les conférences qu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le ſçavant M.Faure
fon Vicaire general. La Cerémonie
de ſa Reconciliation
ſe fit dans la Cathédrale
le Jeudy 12. de ce mois , en
préſence de tous les Corps,
Juin 1681. M
138 MERCVRE
& des Perſonnes les plus
qualifiées de la Ville. M
l'Archeveſque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus folemnelle,
•voulut la faire luy-meſme,
la termina par un excellent
Diſcours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les intereſts de l'Eglife.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mef
me jour que le Cadet de M
de Marzilly , connu fous le
nom de Sainte Fraiſe dans
le Regiment de Coningſ
mark , où il eſt Lieutenant
5
GALANT. 139
. d'une Compagnie , venoit
auſſi de faire abjuration à
Boulogne ; & ce qu'il y a
de ſurprenant, c'eſt que ces
deux font heureuſement
fortis dans le meſme
temps des voyes de l'erreur,
fans que l'un ſçeuſt rien du
deſſein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere , & quatre
Soeurs auſſi ſpirituelles que
bien faites , & c'eſt là tout
ce qui reſte aujourd'huy à
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée ; de forte
que ſans compter les effets
que cegrand exemple don-
Mij
140 MERCVRE
ne ſujet d'eſpérer, cetteVille
peut dés-à-préſent ſe vanter
d'eſtre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de M. de Marzilly
ont beaucoup contribué à
la joye que tous ceux qui le
connoiffent ont euë de ce
changement. Il eſt bien fait,
fpirituel , agreable , d'une
probité qui n'eſt pas commune,&
fçavant au dela de
ce qu'on croiroit d'un Hom
me âgé ſeulement de vingthuit
ans. Ainſi on peut dire
que c'eſtoit une conqueſte
digne du grand Prélat qui
GALANT. 141
I'a faite,& deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans le Poitou..
Les Miſſions que M. l'Eveſque
de Poitiers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Inſtructions dont on a
beſoin, ontunſuccés ſi avantageux
, que plus de douze
mille Perſonnes ſe ſont converties
depuis quatre mois..
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Résumé : Conversion faite par Mr l'Archevesque de Rheims dans la Capitale de son Diocese, [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs abjurations récentes, dont celle de M. Fremin de Marzilly, capitaine dans le régiment de Grancé. Après deux années d'étude approfondie de la religion catholique, il a été convaincu lors de conférences avec l'archevêque de Reims et M. Faure, vicaire général. La cérémonie de réconciliation a eu lieu le 12 juin 1681 dans la cathédrale de Reims, en présence des notables de la ville. L'archevêque a souligné le zèle de M. de Marzilly pour les intérêts de l'Église. Le même jour, il a été révélé que le cadet de M. de Marzilly, lieutenant dans le régiment de Coningsmark, avait également abjuré à Boulogne. Les deux frères se sont convertis simultanément sans connaître les intentions de l'autre. Leur mère et leurs quatre sœurs restent les seuls membres de la famille pratiquant la religion prétendue réformée à Reims. Cette double conversion a renforcé la réputation catholique de la ville. M. de Marzilly est décrit comme un homme bien fait, spirituel, agréable, probe et savant, malgré son jeune âge de vingt-huit ans. Par ailleurs, les missions établies par l'évêque de Poitiers dans le Poitou ont conduit à la conversion de plus de douze mille personnes en quatre mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 307-315
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Alexis du Buc Religieux Théatin, continuë toûjours [...]
Mots clefs :
Controverse, Abjuration, Religion protestante, Cérémonie, Conversions, Prétendus réformés, Déclaration, Religion de Calvin, Erreur, Religion romaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Pere Alexis du Buc
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
Religieux Théatin, continuë
toûjours la Controverſe dans
l'Egliſe de ces Peres . Entre
pluſieurs Abjurations , qui
font l'heureux fruit des Ve
ritez qu'il enſeigne , celle
qu'il reçeut de Mademoi
felle de Biron le 7. de ce mois
eft conſidérable. Cette De
1
Ccij
308 MERCURE
moiſelle eft âgée de 25 ans,
& d'une des plus illuftres
Familles d'Angleterre , où
ſes Parens ont toûjours efté
l'appuy de la Religion Proteltante.
La Cerémonie s'en
fit dans l'Egliſe des Carmelites
du grand Convent. Les
Converſions cótinuënt auſſi
à ſe faire en tres-grand nombre
dans le Poitou, &depuis
un mois plus de quinze cens
Perſonnes y ont encor abjuré.
Le zele des Magiftrats
à faire obſerver dans toutes
les Villes les Déclarations
de Sa Majefté touchant les
GALANT. 309
Prétendus Reformez , produit
des effets tres - avantageux,&
on l'a veu depuis peu
dans la Ville de Lunel en la
perſonne de M de Montfagean
, qui avoit veſcu foixante
ans dans la Religion
-de Calvin. M² de Froment
Procureur du Roy , l'eſtant
allé voir quand il eut appris
qu'il eſtoit malade, il luy
déclara qu'il vouloit ſe convertir,
& fit abjuration entre
les mains des Capucins qui
vinrent l'inſtruire. Il veſcut
encor dix jours, & employa
tout ce temps àdes acteمsهل de
310 MERCVRE
devotion & de piete, qui ſur
prirent tout le monde. Les
Ordres Religieux accompa
gnerent fon Corps,avec tous
les Catholiques , dans l'Egliſe
des Obfervantins, où il
ſouhaita d'eſtre enterré.
Il s'eſt fait une autre Converſion
dans la mefme Ville,
qui a eu beaucoup d'éclat.
Mademoiselle Prifille de
Roſſillon , âgée d'environ
vingt ans , Fille unique de
M'de Roffillon, l'un des plus
celébres Miniftres de Lunel,
ayant eu des doutes qui luy
rendirent ſa Religion fuf
GALANT. 311
pecte , ſe fit inſtruire par les
Capucins des Veritez de la
noſtre. Les conférences qu'.
-elle eut avec eux ne pûrent
fe faire avec aſſez de ſecret
pour eſtre inconnues à ce
Miniſtre. Il les découvrit,
&pour empeſcher le changement
qu'il craignoit , il
luy oſta la liberté de fortir,
juſqu'à ce qu'il puſt la faire
conduire à Orange , ou à
Geneve. Toute obſervée
qu'elle eſtoit, elle vint à bout
de s'évader , & les Dames
Catholiques entre les mains
deſquelles elle ſe remit,
312 MERCURE
ayant averty les Magiftrats,
elle fut conduite à la grande
Egliſe , où elle embraſſa publiquement
la Religion Romaine.
On chanta le Te
Deum à la fin d'une grande
Meſſe qu'on celébra ; & M
de Roffillon ſon Pere , qui
fut averty de cette Cerémonie
, y accourut auffitoft. If
l'aimoit tres - tendrement,
pour ſes belles qualitez , &
luy trouvoit tant d'eſprit,
qu'il avoit bien dit des fois,
qu'il euſt ſouhaité qu'elle
euſt eſté un Garçon , pour
en faire un des plus fameux
Miniſtres
GALANT. 313
Miniftres de France. Il luy
-parla ſans emportement , &
ayant ſçeu d'elle qu'elle avoit
examiné ce qu'elle faiſoit,
il luy proteſta devant toute
l'Aſſemblée,que pour s'eſtre
convertie, il ne l'aimeroit pas
moins, & la pria de ne point
l'abandonner, l'aſſurant qu'il
la laiſſeroit aller, quand elle
voudroit , dans un Convent
de Religieuſes, pour achever
de ſe faire inſtruire. Cela ſe
fit quelques jours apres. On
la conduifit à Montpellier
au Convent de S. Charles,
où Madame de Pradel, Soeur
Juillet1681. 1. P. Dd
314 MERCURE
de l'Eveſque de la meſme
Ville, & Madame de S. André,
ont un ſoin particulier
des Nouvelles Converties.
Meſdemoiselles de Nicol,
Filles deM' de Nicol , dont
jevous appris la converfion
par ma Lettre de Fevrier,
font auffi dans ce Convent,
où leur ferveur eſt d'un
grand exemple.
M' de Clauſel , un des
plus vieux Conſeillers de la
Cour des Aydes , & fort eftimé
pour ſon eſprit & pour
fon mérite , a fait la meſme
abjuration. Madame de k
GALANT. 315
Roux ſa Niece, Tl''aaiimmité,
Elle eſt Femme de M² de
Roux , autre Conſeiller de
la meſme Cour des Aydes,
qui s'eſtoit fait Catholique
quelque temps auparavant.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses dans le contexte de la controverse entre catholiques et protestants. Le Père Alexis du Buc, religieux théatin, a accueilli l'abjuration de Mademoiselle de Biron, une jeune femme de 25 ans issue d'une famille protestante influente d'Angleterre, lors d'une cérémonie à l'église des Carmélites du grand couvent. En Poitou, plus de mille cinq cents personnes ont abjuré au cours du dernier mois. À Lunel, Monsieur de Montfagean, après soixante ans de vie calviniste, s'est converti au catholicisme avant de décéder dix jours plus tard. Mademoiselle Prifille de Rossillon, fille d'un ministre protestant célèbre de Lunel, s'est également convertie malgré les efforts de son père pour l'en empêcher. Elle a été conduite à l'église pour embrasser publiquement la religion catholique et a ensuite été autorisée à entrer dans un couvent. À Montpellier, plusieurs jeunes femmes, dont les demoiselles de Nicol et Madame de Roux, ont rejoint le couvent de Saint-Charles pour achever leur instruction religieuse. Monsieur de Clausel, conseiller à la Cour des Aides, et sa nièce Madame de Roux se sont également convertis au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 124-126
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 2. de ce mois, une Famille toute entiere d'un riche [...]
Mots clefs :
Famille, Bourgeoisie, Abjuration, Conversion, Marquis de Vaisley, Vérité catholique, Zèle, Difficulté, Grand-vicaire, Conseiller
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Samedy 2. de ce mois,
une Famille toute entiere
d'un riche Bourgeois de
Châlons fur Sône, compoſée
du Pere âgé de ſoixante ans;
dala Mere, de cinquante-fix ;
d'un Fils , de trente ; & de
cinq Filles dont la plus jeune
a quinze ans , abjura l'Hé
réfie de Calvin dans la Paroiffe
de St Jean de Dijon.
Leur converfion eft l'effet
des foins, & de l'extréme application
de M. le Marquis
de Vaifley à les convaincre
des VeritezCatholiques. Les
difficultez qu'ils luy ont opGALANT.
125
pofées pendant trois ans
n'ont point rebuté fon zele ,
& il eft enfin venu à bout
de ce glorieux ouvrage. Il
y a déja quelques années
que ce Marquis demeure
à Châlons , fon peu de fanté
luy ayant
vice dans lequel il s'eft toû
jours diftingué. Il est tout
percé de coups . Ce font d'aflez
fortes preuves de fa bravoure.
L'abjuration
dont j'ay
commencé de vous parler
s'eft fait
publiquement, &
avec beaucoup de pompe,
entre les mains de M. Arfait
quiter le Ser-
Liij
126 MERCVRE
mat ,
>
Grand- Vicaire de M.
de Langres. Il eftoit accompagné
de M. Bouhier Official
, ancien Confeiller au
Parlement de Dijon &
Doyen de la Sainte Chapelle
, & de M: Buiſſon Promoteur
, Chanoine de la
Chapelle aux Riches de la
mefme Ville.
une Famille toute entiere
d'un riche Bourgeois de
Châlons fur Sône, compoſée
du Pere âgé de ſoixante ans;
dala Mere, de cinquante-fix ;
d'un Fils , de trente ; & de
cinq Filles dont la plus jeune
a quinze ans , abjura l'Hé
réfie de Calvin dans la Paroiffe
de St Jean de Dijon.
Leur converfion eft l'effet
des foins, & de l'extréme application
de M. le Marquis
de Vaifley à les convaincre
des VeritezCatholiques. Les
difficultez qu'ils luy ont opGALANT.
125
pofées pendant trois ans
n'ont point rebuté fon zele ,
& il eft enfin venu à bout
de ce glorieux ouvrage. Il
y a déja quelques années
que ce Marquis demeure
à Châlons , fon peu de fanté
luy ayant
vice dans lequel il s'eft toû
jours diftingué. Il est tout
percé de coups . Ce font d'aflez
fortes preuves de fa bravoure.
L'abjuration
dont j'ay
commencé de vous parler
s'eft fait
publiquement, &
avec beaucoup de pompe,
entre les mains de M. Arfait
quiter le Ser-
Liij
126 MERCVRE
mat ,
>
Grand- Vicaire de M.
de Langres. Il eftoit accompagné
de M. Bouhier Official
, ancien Confeiller au
Parlement de Dijon &
Doyen de la Sainte Chapelle
, & de M: Buiſſon Promoteur
, Chanoine de la
Chapelle aux Riches de la
mefme Ville.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le 2 octobre, une famille de riches bourgeois de Châlons-sur-Saône, composée du père (60 ans), de la mère (56 ans), d'un fils (30 ans) et de cinq filles (la plus jeune ayant 15 ans), a abjuré l'hérésie calviniste dans la paroisse de Saint-Jean de Dijon. Cette conversion, obtenue après trois années d'efforts, est attribuée au Marquis de Vaifley, résidant à Châlons depuis plusieurs années et connu pour son zèle et sa bravoure, illustrés par ses nombreuses blessures. L'abjuration s'est déroulée publiquement et solennellement en présence de l'Archevêque de Sens, Grand-Vicaire de M. de Langres, de M. Bouhier, Officiel et ancien Conseiller au Parlement de Dijon, et de M. Buisson, Promoteur et Chanoine de la Chapelle aux Riches de Dijon.
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38
p. 333-336
Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait plusieurs conversions de Personnes considérables, parmy lesquelles [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Marquis, Duc, Illustre famille, Vicomte, Hérésie de Calvin, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
tolls'est fait plufieurs converfions
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
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Résumé : Plusieurs Conversions remarquables, [titre d'après la table]
En août 1681, plusieurs conversions religieuses notables ont eu lieu. Le Marquis de Montaut, membre d'une famille illustre de Béarn, a apporté une grande joie au Maréchal Duc de Navailles, son oncle, en se convertissant. Le Vicomte de Beynac et son frère, Maître de Camp d'un régiment de cavalerie, ainsi que le Chevalier de Vialar, capitaine de Chevaux-Légers dans le régiment de Gassion, ont également abjuré l'hérésie calviniste. La maison de Beynac est réputée parmi les meilleures du Périgord, tandis que le Chevalier de Vialar appartient à la famille du Comte de Viamés et possède des domaines en Béarn. M. du Vignau, un gentilhomme béarnais érudit en belles lettres, a joué un rôle significatif dans ces conversions après sa propre conversion. Il maîtrise les Pères de l'Église et l'Écriture sainte, impressionnant plusieurs personnes illustres. M. de Chadirac, seigneur de Gacharnaut, s'est converti sous l'influence du Père Alexis du Buc, théatin, et a prononcé un discours éloquent sur ses motivations, concluant par des éloges au roi, comparé à Saint Louis pour son zèle contre l'hérésie.
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39
p. 22-26
Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque, Duc de Laon, & Pair de France, ayant fait [...]
Mots clefs :
Évêque, Duc de Laon, Conversion, Hérétiques, Zèle, Succès, Discours, Nouveaux catholiques, Ténèbres, Erreurs, Vérités, Lumière, Église, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
M' l'Evesque, Duc de
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Le duc de Laon, pair de France, a pris possession de sa ville épiscopale et a commencé à convertir les hérétiques. Sept jours après son arrivée, dix personnes ont abjuré leurs croyances hérétiques. L'évêque a exprimé sa joie de débuter son ministère par cette conversion, affirmant que leur expérience passée les rendrait aptes à promouvoir la vérité. Il a décrit les caractéristiques de la véritable Église, son unité et son universalité, de manière claire et sublime. Les convertis pourraient ainsi instruire les opposants. L'évêque a encouragé les nouveaux catholiques à adopter des principes moraux élevés et à bénéficier de la protection royale, qui garantissait leur sécurité et offrait des récompenses pour leur soumission à l'Église. Ce discours a été bien accueilli et bénéfique pour tous les auditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 265-273
Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait une Abjuration fort remarquable par les circonstances [...]
Mots clefs :
Abjurations, Religion prétendue réformée, Familles, Hérésie, Lumières, Religieuses, Déclaration, Calvin, Gentilhomme, Controverse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
Il s'eft fait une Abjuration
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub
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Résumé : Plusieurs Abjurations, [titre d'après la table]
En novembre 1681, à Orbec, une ville normande avec un bailliage, une jeune fille de onze ans et demi, fille de l'avocat Defpars, quitta sa famille pour entrer dans un couvent de religieuses catholiques. Son père, protestant, tenta de la récupérer en se basant sur une déclaration royale de 1669 qui permettait aux enfants de moins de douze ans de changer de religion. Cependant, une nouvelle déclaration royale du 8 juillet 1681 autorisait les enfants de plus de sept ans à se convertir au catholicisme. La jeune fille abjura donc le protestantisme quelques semaines plus tard dans l'église principale d'Orbec, en présence du clergé et des autorités locales. Parallèlement, Monsieur de Roffin, un gentilhomme de Champagne, fit également abjuration grâce aux efforts du Père Alexis du Buc, un théatin reconnu pour ses conversions. Le Père Alexis exprima sa gratitude envers le roi pour ses initiatives visant à restaurer le culte catholique dans les régions protestantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 210-212
Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque de Clermont a reçeu depuis dix ou douze [...]
Mots clefs :
Évêque de Clermont, Abjuration, Madame de Strada, Hérésie, Seigneur, Conversion, Erreur de Calvin, Cérémonie, Discours, Larmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
M'l'Evefque de Clermont
a reçeu depuis dix ou douze
jours l'Abjuration de M &
de Madame de Strada, à la-
S
GALANT. 211
quelle ce vigilant & pieux
Prélat travailloit depuis long
temps. Ils eftoient tous deux
nez dans l'Héreſie , Mª de
Strada, Seigneur de Serlieve
àune lieuë de Clermont, eftant
originaire de Flandre,
&Madame de Strada de la
Famille des Fabrices. Les
bonnes qualitez de l'un &
de l'autre les faifoient fort
eſtimer dans la Province, &
ils n'eſtoient connus de perſonne
qui ne ſouhaitaft leur
converfion. Ainſi ce fut une
joje univerſelle de les voir
enfin aſſez penétrez des lu
Sij
212 MEROVRE
mieres de noſtre Foy , pour
abjurer l'Erreur de Calvin.
La Cerémonie fe fit dans
l'Eglife Cathédrale de Clermont
avec une affluence de
monde incroyable. Mademoiſelle
de Strada leur Fille
ſuivit leur exemple , ainfi
qu'une Fille de leurs Domeſtiques
. M l'Eveſque
leur fit un Diſcours qui attira
les larmes de tous ceux
qui l'entendirent. Le Te
Deum fut chanté en ſuite ſolemnellement
, & tout le
monde ſortit avec une ſatisfaction
extraordinaire.
a reçeu depuis dix ou douze
jours l'Abjuration de M &
de Madame de Strada, à la-
S
GALANT. 211
quelle ce vigilant & pieux
Prélat travailloit depuis long
temps. Ils eftoient tous deux
nez dans l'Héreſie , Mª de
Strada, Seigneur de Serlieve
àune lieuë de Clermont, eftant
originaire de Flandre,
&Madame de Strada de la
Famille des Fabrices. Les
bonnes qualitez de l'un &
de l'autre les faifoient fort
eſtimer dans la Province, &
ils n'eſtoient connus de perſonne
qui ne ſouhaitaft leur
converfion. Ainſi ce fut une
joje univerſelle de les voir
enfin aſſez penétrez des lu
Sij
212 MEROVRE
mieres de noſtre Foy , pour
abjurer l'Erreur de Calvin.
La Cerémonie fe fit dans
l'Eglife Cathédrale de Clermont
avec une affluence de
monde incroyable. Mademoiſelle
de Strada leur Fille
ſuivit leur exemple , ainfi
qu'une Fille de leurs Domeſtiques
. M l'Eveſque
leur fit un Diſcours qui attira
les larmes de tous ceux
qui l'entendirent. Le Te
Deum fut chanté en ſuite ſolemnellement
, & tout le
monde ſortit avec une ſatisfaction
extraordinaire.
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Résumé : Conversion de M. & M. de Strada, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion au catholicisme de Monsieur de Strada et de Madame de Strada, initialement calvinistes. Monsieur de Strada, seigneur de Serlieve près de Clermont, était originaire de Flandre, tandis que Madame de Strada appartenait à la famille des Fabriques. Leur conversion, souhaitée par de nombreux habitants de la province, a été accueillie avec joie. La cérémonie s'est tenue dans la cathédrale de Clermont en présence d'une grande foule. Leur fille et une domestique ont également abjuré le calvinisme. L'évêque de Clermont a prononcé un discours émouvant, suivi du chant solennel du Te Deum, laissant l'assistance satisfaite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 173-182
Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
Début :
On continuë à faire grand fruit en France aupres des [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Conversion, Famille, Marquis, Famille d'Antiquar, Vérités catholiques, Controverses, Erreurs, Zèle, Cérémonie, Diocèse, Évêché, Preuves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
fruit en France aupres des
Prétendus RéformezLaconversion
de la Famille entiere
de Mrle Marquis d'Anquitar
en est une marque. Cette Famillen'est
pas moins illustre
par son esprit & par sa vertu,
que parsanoblelle. CeMarquisest
Cousin-germain de
Mela DuctieQe deRichelieu,
1
& allié des meilleuresMaisons
du Royaume. L'exemple de
Mr le Marquis de S. Simon.
aÇûuJJar/
lln1 cp^'ct-
S"'1Ht?
dAnquitarson Fils, qui ab-
- jura icy des l'Eté passé,l'avoit
porte à examiner sérieusement
les veritez Catholiques.
iln-eut pas de peine àen estre
convaincu. Madame la Marquised'Anquitarsa
Femme,
a combatu plus longtemps,
mais enfin les doctes Sermons
du P. Bernard Jesuite,
qui pendanrcouTTAvenc &
le Caresme,a sceu mesler à
propos quelques points de
Controverse aux grandssujets
qu'il a traitez en sa présence
dans l'Eglise de Richelieu,
avec les solidesentretiens,&
les sçavans Ecrits de Mr du
Fresnede la Mission de la mesme
Ville, l'ont entierement
retirée de ses erreurs.Les mouvemens
de la Grace furent si
puissans sur [onefi)rir,qu'ay at
dressé de sa propre maia un
mémoire de tout et qui luy
faisoit le plus dG peine dans sa
Religion, elle le porta ellemesme
auxMinistres dt Loudun.
Elle en revint tres- peu
satisfaite de leurs réponses, &
Mrle Marquisd'Anquitar la
voyant persuadée de ce qu'il
croyoit déjà, dépefcha sur
l'heure un Homme exprés à
Mr l'Evesque de Poitiers. Ce
digne Prélat, detat le zele est
connu de toute la France, par
l'application continuelle qu'il
apporte au gouvernement de
son Diocese, & par le grand
nombre de conversionsqu'il
y a faites, & qu'il y fait encor
tous les jours, n'attendit pas
qu'ileust terminé les grandes
affaires qui l'occupoient à
Poitiers, dans le temps du
Jubilé& de la Semaine Sainte.
Il n'écouta que la voix du
Ciel, & partant le lendemain,
il alla chercher avec une joye
inconcevable cescheres Brébis
égarées pour les ramener
àTon Troupeau. La cérémonie
de cette Abjuration se fit
à Richelieule Samedy21. du
dernier mois, en présence
d'unnôbreinfiny de Spéctateurs.
Mesdemoisellesd'Anquitar
suivirent l'exemple
dun Pere si spirituel & si
pieux, & d'une Mere si éclairée&
si sage. Deux autres
Personnes decemesmeDiocefeabjurèrent
en mesme
temps, &Mr l'Evesque de
Poitiers leur fit à tous une
exhortation si forte & si éloquente,
que s'illeur fust resté
encor quelques doutes, ell
auroit esté capable de les diffi
per entierement. Madame
laMarquise d'Anquitar, es
dela Maison de S.Gelais.
dont elle porte le nom. Cett
Famille est illustre. Melinde
S.-Ge-lais) Abbé de Reclus
Poëte Fort celebre, en estoit
Sonespritlefit beaucoup esti
mer à la Cour des RoysFra
çois I. & Henry II. Il esso.
Fils d'Octavien deS. Ge]
lais, qui estant devenu veuÇj
eut l'Eveschéd'Angoulesme.
Sa raillerie estoit fine, & l'onl
trouvoit sa Poëtie si délicate,
qu'on l'appelloit l'Ovide
François. Beaucoup prétendent
qu'il aitsurpassé Marot.
Ronsard luy donna de lajalousse,
& il en donna aussià
Ronsard. Cependant ils ne
jlaiffoient pas d'avoir grande
estime l'un pour l'autre. Il fut
AumônierôcBMiotequaire
du Roy, & mourut à Paris
en 1554. Son Corps fut enterré
dans l'Eglise de S. Thomas
duLouvre.Onvoitquantité
de Pieces de sa façon.
06jtavien de S. Gelais, Evesque
d'Angoulesme,estoit
Fils de Pierre, Seigneur de
Mont-lieu, & de Philbert
deFontenay. Il succeda
Pierre de Luxembourg à ce
Evesché en 1492. compos
plusieursEcrits, &nefutpa
moins distingué par son cfpri
que parfa naissance. Il estoi
Frere de Jean deS.Gelais
Evesque d'Usés, &Doyer
d'Angoulesme, oùil fit basti
une Chapelle. On y voit le
Tombeau d'Octavien. Ces
deux Freres en avoient un
a.utr»e,quifutCharles de Archidiacre de «Luçon. Ils ont pris leur nom
du Bourgde S. Gelais, de
l'ancienPatrimoine des SeigneursdeLufi~
nan en Poitou.
Aussi ceux de cette Maison
prétendentestre sortis de
celle deLusignan, dont ils
raportent des Preuves tresconvainquantes.
Loüis de
S. Gelais, Baron de la Mothe
S. Heraye, Seigneur de Lansac&
de Precy Chevalier
d'honneur de laReyne Ca-
~therrne de Médicis, & Surifcteèdant
de sa Maison, se
surnomma de Lusignan, &
se servit desPreuves qu'il en
donna pourestrereçeuàrOrdredu
SaintEsprit. Il orna
v J
f
aussi ses Armes dt la Figur
de lacelebre Mélusine clu
prit pour Cimier.MrdeLar
Cac estoit Cadet de cette Ma
son, d'où sont sortis de granc
Hommes.
Prétendus RéformezLaconversion
de la Famille entiere
de Mrle Marquis d'Anquitar
en est une marque. Cette Famillen'est
pas moins illustre
par son esprit & par sa vertu,
que parsanoblelle. CeMarquisest
Cousin-germain de
Mela DuctieQe deRichelieu,
1
& allié des meilleuresMaisons
du Royaume. L'exemple de
Mr le Marquis de S. Simon.
aÇûuJJar/
lln1 cp^'ct-
S"'1Ht?
dAnquitarson Fils, qui ab-
- jura icy des l'Eté passé,l'avoit
porte à examiner sérieusement
les veritez Catholiques.
iln-eut pas de peine àen estre
convaincu. Madame la Marquised'Anquitarsa
Femme,
a combatu plus longtemps,
mais enfin les doctes Sermons
du P. Bernard Jesuite,
qui pendanrcouTTAvenc &
le Caresme,a sceu mesler à
propos quelques points de
Controverse aux grandssujets
qu'il a traitez en sa présence
dans l'Eglise de Richelieu,
avec les solidesentretiens,&
les sçavans Ecrits de Mr du
Fresnede la Mission de la mesme
Ville, l'ont entierement
retirée de ses erreurs.Les mouvemens
de la Grace furent si
puissans sur [onefi)rir,qu'ay at
dressé de sa propre maia un
mémoire de tout et qui luy
faisoit le plus dG peine dans sa
Religion, elle le porta ellemesme
auxMinistres dt Loudun.
Elle en revint tres- peu
satisfaite de leurs réponses, &
Mrle Marquisd'Anquitar la
voyant persuadée de ce qu'il
croyoit déjà, dépefcha sur
l'heure un Homme exprés à
Mr l'Evesque de Poitiers. Ce
digne Prélat, detat le zele est
connu de toute la France, par
l'application continuelle qu'il
apporte au gouvernement de
son Diocese, & par le grand
nombre de conversionsqu'il
y a faites, & qu'il y fait encor
tous les jours, n'attendit pas
qu'ileust terminé les grandes
affaires qui l'occupoient à
Poitiers, dans le temps du
Jubilé& de la Semaine Sainte.
Il n'écouta que la voix du
Ciel, & partant le lendemain,
il alla chercher avec une joye
inconcevable cescheres Brébis
égarées pour les ramener
àTon Troupeau. La cérémonie
de cette Abjuration se fit
à Richelieule Samedy21. du
dernier mois, en présence
d'unnôbreinfiny de Spéctateurs.
Mesdemoisellesd'Anquitar
suivirent l'exemple
dun Pere si spirituel & si
pieux, & d'une Mere si éclairée&
si sage. Deux autres
Personnes decemesmeDiocefeabjurèrent
en mesme
temps, &Mr l'Evesque de
Poitiers leur fit à tous une
exhortation si forte & si éloquente,
que s'illeur fust resté
encor quelques doutes, ell
auroit esté capable de les diffi
per entierement. Madame
laMarquise d'Anquitar, es
dela Maison de S.Gelais.
dont elle porte le nom. Cett
Famille est illustre. Melinde
S.-Ge-lais) Abbé de Reclus
Poëte Fort celebre, en estoit
Sonespritlefit beaucoup esti
mer à la Cour des RoysFra
çois I. & Henry II. Il esso.
Fils d'Octavien deS. Ge]
lais, qui estant devenu veuÇj
eut l'Eveschéd'Angoulesme.
Sa raillerie estoit fine, & l'onl
trouvoit sa Poëtie si délicate,
qu'on l'appelloit l'Ovide
François. Beaucoup prétendent
qu'il aitsurpassé Marot.
Ronsard luy donna de lajalousse,
& il en donna aussià
Ronsard. Cependant ils ne
jlaiffoient pas d'avoir grande
estime l'un pour l'autre. Il fut
AumônierôcBMiotequaire
du Roy, & mourut à Paris
en 1554. Son Corps fut enterré
dans l'Eglise de S. Thomas
duLouvre.Onvoitquantité
de Pieces de sa façon.
06jtavien de S. Gelais, Evesque
d'Angoulesme,estoit
Fils de Pierre, Seigneur de
Mont-lieu, & de Philbert
deFontenay. Il succeda
Pierre de Luxembourg à ce
Evesché en 1492. compos
plusieursEcrits, &nefutpa
moins distingué par son cfpri
que parfa naissance. Il estoi
Frere de Jean deS.Gelais
Evesque d'Usés, &Doyer
d'Angoulesme, oùil fit basti
une Chapelle. On y voit le
Tombeau d'Octavien. Ces
deux Freres en avoient un
a.utr»e,quifutCharles de Archidiacre de «Luçon. Ils ont pris leur nom
du Bourgde S. Gelais, de
l'ancienPatrimoine des SeigneursdeLufi~
nan en Poitou.
Aussi ceux de cette Maison
prétendentestre sortis de
celle deLusignan, dont ils
raportent des Preuves tresconvainquantes.
Loüis de
S. Gelais, Baron de la Mothe
S. Heraye, Seigneur de Lansac&
de Precy Chevalier
d'honneur de laReyne Ca-
~therrne de Médicis, & Surifcteèdant
de sa Maison, se
surnomma de Lusignan, &
se servit desPreuves qu'il en
donna pourestrereçeuàrOrdredu
SaintEsprit. Il orna
v J
f
aussi ses Armes dt la Figur
de lacelebre Mélusine clu
prit pour Cimier.MrdeLar
Cac estoit Cadet de cette Ma
son, d'où sont sortis de granc
Hommes.
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Résumé : Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion au catholicisme de la famille du Marquis d'Anquitar, une famille distinguée par son esprit, sa vertu et sa noblesse. Le Marquis, cousin germain de la Duchesse de Richelieu et allié des plus grandes familles du royaume, fut influencé par la conversion préalable de son fils. Madame la Marquise d'Anquitar, après une résistance initiale, fut convaincue par les sermons du Père Bernard Jésuite et les écrits de Monsieur du Fresne de la Mission de Richelieu. Elle rédigea un mémoire de ses doutes religieux et le soumit aux ministres de Loudun, bien qu'elle n'en fût pas entièrement satisfaite. Le Marquis, voyant sa femme convaincue, envoya un émissaire à l'évêque de Poitiers, réputé pour son zèle et ses nombreuses conversions. L'évêque se rendit à Richelieu pour ramener les convertis. La cérémonie d'abjuration eut lieu le 21 du dernier mois en présence de nombreux spectateurs. Les filles du Marquis, ainsi que deux autres personnes du même diocèse, suivirent l'exemple de leurs parents. Madame la Marquise d'Anquitar appartient à la maison de Saint-Gelais, une famille illustre ayant produit des figures marquantes dans les domaines littéraire et religieux, comme Octavien de Saint-Gelais, évêque d'Angoulême et poète célèbre sous les règnes de François Ier et Henri II.
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43
p. 182-186
Conversion de Mademoiselle de Sainte Afrique, [titre d'après la table]
Début :
Je croy vous avoir déja parlé de plusieurs conversions, qui ont [...]
Mots clefs :
Conversions, Mademoiselle de Sainte Afrique, Religion prétendue réformée, Henry IV, Catholique, Religionnaires, Voix de Dieu, Religieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de Mademoiselle de Sainte Afrique, [titre d'après la table]
Je croy vous avoir déj
parlé de - plusieurs conve
fions, qui ont esté faites
Montpellier depuis peu d
temps. Celle de Mademo
selle deSainte Afrique, Fill
de MessireAbeldu Suc, Se
gneur de Sainte Afrique,
de Dame Marte de Gallier
est une des plus remarqu
bles. SonBisayeulfutMr d
Suc, Premier Présidenten la
'Chambre de l'Edit deCastres.
Le Roy Henry IV. qui le
connoissoit pour un Homme
d'unmérite extraordinaire,
lavoit honoré de cette Char- te:LePere deMademoiselle
de Sainte Afrique, mort dans
lia Religion Prétenduë Réformée
,laissa quatre Fils & une
Fille.c-L-Aînédeses Fils s'est
tant converty peu de temps
apres, touchases trois Freres,
qui suivirent son exemple.
-
Il
i ne restoit que la Fille,âgée
1 alors d'environ onze ans. Elle
alloit l auPresche avec saMere,
&cette Mereayant décou
vert qu'elle avoit quelque
panchant à se faire Catholi
que, l'envoya à Montpellie
chez Mr delaVérune-Gal
liere son Oncle, Conseille
en la Cour des Comptes, Aydes
& Finances afin qu'il 1;
confirmas dans la Religor
où elle estoit née. Elle y a
demeuré environ cinq ans
&ufqu"a la mort de Madame
de Sainte Afrique se
Mere. Alors l'Aîné de ses
Freres se voyanc plus libre,
présenta Requeste à:1 Daguesseau,
Intendant de Languedoc,
le supliantd'ordonner
qu'elle fust tirée de la -
MaisondeMrde Galliere son
Oncle,&mise dans un Convent
pour deux ou trois mois,
afin que cessant d'estre obsedée
parles Religionnaires,
ellefust en libertéd'écouter
la Voix de Dieu. On la fit
entrer presque aussitost chez
lesUrsulines de S. Charles de
Montpellier, où elle abjura
publiquement le 23. de Fevrier
entre les mains de Mr
l'AbbédeS.Michel, Vicaire
General de Mr l'Evesque de
Montpellier. Les Religieuses
chez
-
quiellea voulu reste
quelque temps, en prennent
un fort grand soin,ainsi que
de beaucoup d'autres qui se
font coverties dans ce mesme
Monastere. Ces Religieuses
prennent encor foin de la
Maison de la Providence, où
elles tiennent trois de leurs
Soeurs pourinstruire les nouvellesCatholiques
;ce quiest
tres- édifiant pour toute la
Ville.
On
parlé de - plusieurs conve
fions, qui ont esté faites
Montpellier depuis peu d
temps. Celle de Mademo
selle deSainte Afrique, Fill
de MessireAbeldu Suc, Se
gneur de Sainte Afrique,
de Dame Marte de Gallier
est une des plus remarqu
bles. SonBisayeulfutMr d
Suc, Premier Présidenten la
'Chambre de l'Edit deCastres.
Le Roy Henry IV. qui le
connoissoit pour un Homme
d'unmérite extraordinaire,
lavoit honoré de cette Char- te:LePere deMademoiselle
de Sainte Afrique, mort dans
lia Religion Prétenduë Réformée
,laissa quatre Fils & une
Fille.c-L-Aînédeses Fils s'est
tant converty peu de temps
apres, touchases trois Freres,
qui suivirent son exemple.
-
Il
i ne restoit que la Fille,âgée
1 alors d'environ onze ans. Elle
alloit l auPresche avec saMere,
&cette Mereayant décou
vert qu'elle avoit quelque
panchant à se faire Catholi
que, l'envoya à Montpellie
chez Mr delaVérune-Gal
liere son Oncle, Conseille
en la Cour des Comptes, Aydes
& Finances afin qu'il 1;
confirmas dans la Religor
où elle estoit née. Elle y a
demeuré environ cinq ans
&ufqu"a la mort de Madame
de Sainte Afrique se
Mere. Alors l'Aîné de ses
Freres se voyanc plus libre,
présenta Requeste à:1 Daguesseau,
Intendant de Languedoc,
le supliantd'ordonner
qu'elle fust tirée de la -
MaisondeMrde Galliere son
Oncle,&mise dans un Convent
pour deux ou trois mois,
afin que cessant d'estre obsedée
parles Religionnaires,
ellefust en libertéd'écouter
la Voix de Dieu. On la fit
entrer presque aussitost chez
lesUrsulines de S. Charles de
Montpellier, où elle abjura
publiquement le 23. de Fevrier
entre les mains de Mr
l'AbbédeS.Michel, Vicaire
General de Mr l'Evesque de
Montpellier. Les Religieuses
chez
-
quiellea voulu reste
quelque temps, en prennent
un fort grand soin,ainsi que
de beaucoup d'autres qui se
font coverties dans ce mesme
Monastere. Ces Religieuses
prennent encor foin de la
Maison de la Providence, où
elles tiennent trois de leurs
Soeurs pourinstruire les nouvellesCatholiques
;ce quiest
tres- édifiant pour toute la
Ville.
On
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Résumé : Conversion de Mademoiselle de Sainte Afrique, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses à Montpellier, notamment celle de Mademoiselle de Sainte Afrique, fille de Messire Abel du Suc et de Dame Marte de Gallière. Son grand-père, Monsieur du Suc, était Premier Président à la Chambre de l'Édit de Castres et avait été honoré par le roi Henri IV. Après le décès de son père, appartenant à la religion réformée, Mademoiselle de Sainte Afrique, alors âgée d'environ onze ans, fut envoyée chez son oncle, Monsieur de la Vérune-Gallière, conseiller à la Cour des Comptes, pour être éduquée dans la foi catholique. Elle y resta cinq ans jusqu'à la mort de sa mère. Par la suite, son frère aîné demanda à l'Intendant de Languedoc de la placer dans un couvent. Elle entra chez les Ursulines de Saint-Charles à Montpellier et abjura publiquement le 23 février. Les religieuses prenaient soin des nouvelles converties, y compris celles de la Maison de la Providence, où elles instruisaient les nouvelles catholiques, ce qui était très édifiant pour la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 8-148
TRAITÉ DE LA POURPRE.
Début :
En vous envoyant dans le dernier Extraordinaire le Discours que vous / Pour rapporter avec quelque sorte de méthode ce que j'ay [...]
Mots clefs :
Pourpre, Teinture, Couleur, Livre, Robe, Pline, Rouge, Empereur, Usage, Riche, Grand, Laine, Magistrats, Rois, Nom, Rome, Privilège, Précieux, Écarlate, Vie, Romains, Honneur, Enfants, Ornement, Prêtres, Prix, Invention , Substance, Cher, Auteur, Empire, Chevaliers, Peuple, Effet, Confection, Sang, Noble, Armée, Habits, Cérémonie, Plutarque, Martial, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Envomenvoyantdansledernier
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
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Résumé : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Le texte examine les origines légendaires et la production de la teinture pourpre, une couleur prestigieuse. Selon diverses légendes, Hercule ou un berger aurait découvert cette teinture après avoir observé un animal teinté par un coquillage. Pline attribue l'invention aux Lydiens. La matière première est un mollusque marin dont la liqueur vermillon est extraite après les jours caniculaires ou au printemps. La teinture est obtenue en traitant les mollusques pour extraire leur sang, mélangé avec du sel et bouilli dans des chaudrons de plomb. Il existe trois types principaux de teintures pourpre : la 'Purpura ignea', la 'Amethystina' et la 'Purpura carulea'. La méthode de teinture s'est perdue, remplacée par des teintures à base de graine de kermès ou de cochenille. La pourpre était principalement produite à Tyr, Cyzique, Hermione et Sparte, et strictement réglementée. Elle symbolisait l'autorité et l'honneur, utilisée pour les robes impériales et les commandements militaires. Dans la religion juive, elle était utilisée pour les vêtements sacrés. Les Romains respectaient cette sainteté et l'utilisaient également dans les vêtements ecclésiastiques chrétiens et chez les nations idolâtres. La pourpre était omniprésente dans les contextes religieux et politiques de l'Antiquité. Elle était utilisée dans les robes sacerdotales et les vêtements officiels des magistrats et dignitaires. Les empereurs romains adoptaient la pourpre comme symbole de pouvoir impérial. La pourpre servait aussi de signal dans les armées, comme l'Oriflame, un étendard historique français, et le labarum, étendard impérial romain.
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45
p. 78-81
Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
J'aurois un long Article à vous faire, si je vous marquois [...]
Mots clefs :
Conversions, Controverses, Abjurations, Missions, Prétendus réformés, Procession
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texteReconnaissance textuelle : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
J'aurois un long Article à vous
faire , fi je vous marquois toutes
les Converfions dont on ma donné
avis . Les Controverfes que le
P. Aléxis du Buc Théatin continuë
de prefcher tous les Dimanches
, font toûjours fuivies d'un
tres grand fuccés ; & parmy
plufieurs Abjurations du dernier
mois , il a receu celles de Mademoiſelle
Rachel Amiraut , Niéce
du Miniftre de ce nom , & de
Monfieur
·
GALANT. 79
Monfieur Salomon Morin , Neveu
de Monfieur Morin , Miniftres
de Caën.Quand des Perfonnes
qui touchent de pres les plus
éclairez de ceux de la R. P. R. renoncent
à leurs erreurs , on peut
dire qu'elles font bien convaincuës
des véritez de la noftre, puis
que leurs Docteurs intéreffez par
le fang , ne leur peuvent oppofer
d'affez puiffantes raifons pour
les retenir dans la croyance où
elles font nées. Le mefme P.Alexis
du Buc ayant convaincu Madame
Ifabelle Aubeftin , Niéce de
Monfieur Aubeftin Miniftre, elle
a abjuré depuis un mois entre les
mains de Monfieur l'Evefque de
Lavaur.
Le Pere Rochette , qui enfeigne
la Métaphyfique à Arles,
a auffi converty Monfieur d'Arval
de Mareft. Ce changement a
D iiij
So MERCURE
donné beaucoup de joye à toute
la Ville.
Je ne vous dis rien de
quantité
d'Abjurations reçeuës pendant
une Miffion que les Peres
Capucins ont faite à Orbec , petite
Ville de Normandie. Le Pere
Jerothée , Premier Définiteur
de cette Province , & l'un des
plus excellens Prédicateurs de
leur Ordre , en eftoit le Chef. Il у
a eu tous les jours cinq Sermons
pendant deux mois. Outre celuy
qu'il commençoit toûjours à
neuf heures , il preſchoit la Controverfe
tous les Lundis & les
Vendredis ; & comme il eft infiniment
éclairé fur cette matiere ,
la plupart des Prétendus Refor
mez qui le venoient écouter,
trouvoient d'autant moins de jour.
à ne fe pas rendre aux preuves
de fes propofitions , qu'il les faifoit
GALAN T.
1
foit par leurs propres Livres. Il a
fouvent prié leur Miniftre de luy
répondre , & il fe trouvoit pour
cela chaque Dimanche à fon
Preſche en la compagnie d'un
des Lieutenans Genéraux , & des'
autres Officiers, mais ce Miniftre
ne l'a ofé entreprendre . Cette
Miffion fe termina le jour de
Quasimodo parune Proceffion fo
lemnelle qui fe fit avec une affluencede
Peuple extraordinaire, en
un Lieu quieſt au deffus de la Vil
le; On planta là une Croix fur une
petite éminence où apres que ce
mefme Pere Jerothée eut fait un
tres beau difcours, on brûla quan- ,
tité de Caracteres & de Manufcrits
qui avoient fervy à faire des
maléfices .
faire , fi je vous marquois toutes
les Converfions dont on ma donné
avis . Les Controverfes que le
P. Aléxis du Buc Théatin continuë
de prefcher tous les Dimanches
, font toûjours fuivies d'un
tres grand fuccés ; & parmy
plufieurs Abjurations du dernier
mois , il a receu celles de Mademoiſelle
Rachel Amiraut , Niéce
du Miniftre de ce nom , & de
Monfieur
·
GALANT. 79
Monfieur Salomon Morin , Neveu
de Monfieur Morin , Miniftres
de Caën.Quand des Perfonnes
qui touchent de pres les plus
éclairez de ceux de la R. P. R. renoncent
à leurs erreurs , on peut
dire qu'elles font bien convaincuës
des véritez de la noftre, puis
que leurs Docteurs intéreffez par
le fang , ne leur peuvent oppofer
d'affez puiffantes raifons pour
les retenir dans la croyance où
elles font nées. Le mefme P.Alexis
du Buc ayant convaincu Madame
Ifabelle Aubeftin , Niéce de
Monfieur Aubeftin Miniftre, elle
a abjuré depuis un mois entre les
mains de Monfieur l'Evefque de
Lavaur.
Le Pere Rochette , qui enfeigne
la Métaphyfique à Arles,
a auffi converty Monfieur d'Arval
de Mareft. Ce changement a
D iiij
So MERCURE
donné beaucoup de joye à toute
la Ville.
Je ne vous dis rien de
quantité
d'Abjurations reçeuës pendant
une Miffion que les Peres
Capucins ont faite à Orbec , petite
Ville de Normandie. Le Pere
Jerothée , Premier Définiteur
de cette Province , & l'un des
plus excellens Prédicateurs de
leur Ordre , en eftoit le Chef. Il у
a eu tous les jours cinq Sermons
pendant deux mois. Outre celuy
qu'il commençoit toûjours à
neuf heures , il preſchoit la Controverfe
tous les Lundis & les
Vendredis ; & comme il eft infiniment
éclairé fur cette matiere ,
la plupart des Prétendus Refor
mez qui le venoient écouter,
trouvoient d'autant moins de jour.
à ne fe pas rendre aux preuves
de fes propofitions , qu'il les faifoit
GALAN T.
1
foit par leurs propres Livres. Il a
fouvent prié leur Miniftre de luy
répondre , & il fe trouvoit pour
cela chaque Dimanche à fon
Preſche en la compagnie d'un
des Lieutenans Genéraux , & des'
autres Officiers, mais ce Miniftre
ne l'a ofé entreprendre . Cette
Miffion fe termina le jour de
Quasimodo parune Proceffion fo
lemnelle qui fe fit avec une affluencede
Peuple extraordinaire, en
un Lieu quieſt au deffus de la Vil
le; On planta là une Croix fur une
petite éminence où apres que ce
mefme Pere Jerothée eut fait un
tres beau difcours, on brûla quan- ,
tité de Caracteres & de Manufcrits
qui avoient fervy à faire des
maléfices .
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Résumé : Plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs conversions religieuses marquantes. Le Père Alexis du Buc, membre de l'ordre des Théatins, organise des controverses dominicales populaires et a récemment obtenu les abjurations de Mademoiselle Rachel Amiraut, nièce du ministre Amiraut, et de Monsieur Salomon Morin, neveu du ministre de Caen. Ces conversions sont notables car elles concernent des proches de figures influentes de la Religion Prétendue Réformée (R.P.R.). Le Père Alexis a également convaincu Madame Isabelle Aubefstin, nièce du ministre Aubefstin, qui a abjuré il y a un mois. Par ailleurs, le Père Rochette, professeur de métaphysique à Arles, a converti Monsieur d'Arval de Marest, suscitant une grande joie dans la ville. De plus, une mission des Pères Capucins à Orbec, dirigée par le Père Jérothée, a abouti à de nombreuses abjurations. Pendant deux mois, le Père Jérothée a prêché quotidiennement et tenu des controverses les lundis et vendredis, utilisant des arguments tirés des livres des Prétendus Réformés pour convaincre de nombreux fidèles. La mission s'est achevée par une procession solennelle et la destruction de documents liés à des pratiques maléfiques.
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46
p. 118-121
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Vous avez déja sçeu que Mr Arnaud, Intéressé depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Abjurations, Religion prétendue réformée, Médisance, Discours, Archevêque, Conversion
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Vous avez déja fçeu que
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Monsieur Arnaud, intéressé par les Fermes générales du roi, a abjuré la Religion Prétendue Réformée il y a plus d'un an. Sa conversion, initialement suspectée de motivations humaines, a été confirmée comme sincère et authentique. Son exemple et ses actions ont conduit plus de cent dix personnes à se convertir, incluant deux de ses parents et un de ses commis. Monsieur de Fontaines, fils de Madame Arnaud, a été le premier à suivre cet exemple au début du Carême. Le 7 mars, Madame Arnaud, Monsieur Blair, Monsieur des Plantes, deux fils de Madame Arnaud d'un premier lit, Monsieur de Fayolle, et la demoiselle de Madame Arnaud ont abjuré devant l'Archevêque de Paris, en présence de Monsieur Lamet et Monsieur Varet. Le même jour, le Baron d'Arros d'Auriac, sa femme et sept de leurs enfants ont abjuré à Pau, convaincus par les motifs de conversion de Monsieur de Blair, envoyés à Madame d'Arros, sa sœur. Ces motifs doivent être rendus publics sur ordre du roi et sur rapport de l'Archevêque.
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47
p. 223-224
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 21. de ce mois Mr Boisnier, Sr de la Mothe, [...]
Mots clefs :
Ministre, Religion de Calvin, Cérémonies, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le Dimanche 21. de ce
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
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48
p. 224-238
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait aussi beaucoup de Conversions de Personnes de qualité [...]
Mots clefs :
Conversions, Normandie, Demoiselle, Calvinistes, Religion, Protestants, Obstination, Religion prétendue réformée, Vérité, Liberté, Déclaration, Zèle, Catholiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il s'eft fait auffi beaucoup
de Converfions de Perfonnes
de qualité en Normandie
; mais depuis longtemps
GALANT. 225
aucune n'a fait tant de bruit
que celle dont je vay vous
apprendre le détail . Une
jeune Demoiſelle du Ponteaudemer
, d'une tres- bonne
Maiſon , & alliée des plus
illuftres Calviniftes de France
, & mefme de quelques
Seigneurs d'Angleterre , ne
trouvant perfonne de fon
rang dans la Religion qu'-
elle profeffoit , fut obligée
de faire focieté avec quelques
Demoiselles Catholiques
, pour ne pas vivre toûjours
feparée du monde. Elle
s'attacha particulierement
226 MERCURE
à une de ſes Voiſines , chez
qui plufieurs autres avoient
accoûtumé de fe rendre , attirées
par le tour aifé de fon
efprit , & par l'enjoüement
de fon humeur . Il s'y rencontroit
de temps en temps
quelques Cavaliers , qui ne
contribuoient
pas peu àrendre
la converfation agreable ;
& comme les inclinations
fe trouvent ordinairement
partagées , quelques -uns furent
touchez de cette jeune
& aimable Proteftante
, &
F'intéreſt qu'ils prenoient en
elle leur faifoit fouvent mêGALANT.
227
ler la Controverfe aux Difcours
galans. Elle répondoit
fort jufte à tout ce qu'on
luy difoit ; & quand on attaquoit
fa Religion , elle
montroit tant d'efprit à la
défendre , qu'il eftoit aifé de
voir qu'on l'en avoit bien
inftruite. Quoy
Quoy que fes
réponſes
fuffent fortes , &
qu'elle paruft opiniâtre , c'étoit
un grand fujet d'eſpérance
de la voir fi volontiers
conſentir à la difpute.
Ses Parens ayant apris ce qui
fe paffoit par une Demoifelle
Ecoffoife , qui l'accom228
MERCURE
pagnoit quelquefois dans ſes
viftes , réfolurent de l'envoyer
à la Campagne chez
une Perfonne de qualité de
la R. P. R. pour l'éloigner
d'un lieu où ils ` croyoient
que fa Religion & ſon coeur
couroient un fort grand danger.
Elle y fut conduite , &
tellement obfervée
, qu'une
Femme mefme qu'on luy
envoya , fous le prétexte de
faccommoder
des Points ,
ne put trouver le moyen de
luy donner un Billet. Mais
la contrainte
n'eft pas ce qui
gagne les efprits . Elle ne
GALANT: 229
fervit qu'à luy faire faire des
refléxions fort férieuſes , &
qu'à luy rendre fufpect le
party qu'on craignoit tant
qu'elle ne quitaft . Enfin
l'obligation de faire la Céne
à Paſques , la fit rappeller de
fon éxil. Elle revint au Ponteaudemer
, où un ſejour de
huit ou dix jours parut n'avoir
rien de dangereux. Elle
obtint la liberté d'y voir fes
Amies , & on la luy accorda
avec d'autant moins de
peine, qu'elle montroit grande
fermeté pour les erreurs
où elle eftoit née. On de-
•
230 MERCURE
voit dans peu l'envoyer plus
loin , & mefme on avoit def
fein de la marier avecun des
plus zelez Religionnaires ,
pour luy ofter toute forte de
moyens de fe convertir.Pendant
qu'on difpofoit tout
pour le voyage, fes Amies remirent
fur le tapis les mefmes
matieres. Elle écouta ,
refifta , & deux jours avant
qu'elle duft partir , elle fe
fentit fi fort ébranlée , qu'il
n'y avoit plus que les fentimens
de la Nature qui la faifoient
balancer. C'estoit pour
elle un rude combat à foûte,
GALANT. 231
nir, que fe repréſenter une
Mere en pleurs , accablée de
douleur & de chagrins, mais
la Grace demeura victorieufe,
& la fit réfoudre de fe foûmettre
à la Verité, quoy qui
arrivaft. Il fut arrefté par la
Compagnie , qui ce jour là
eftoit fort nom breu fe, qu'on
la conduiroit , ou dans un
Convent, ou chez une Dame
de qualité dont on luy avoit
offert la Maifon ; & c'est ce
qu'on auroit fait fur l'heure,
fi elle n'euft demandé le reſte
du jour pour de petits foins
qui la regardoient. Cepen
232 MERCURE
dant elle ne put s'échaper le
lendemain ; & comme les
chofes les mieux concertées
n'ont pas toûjours la fin que
l'on s'eft promife , le trouble
& la crainte qu'une fi grande
réſolution luy caufa , éclaterent
malgré elle, & trahirent
fon fecret. Madame fa Mere
qui le foupçonna , jugea qu'il
n'y avoit plus à diférer. Son
départ fut réſolu à l'inftant
meſme . On la mit dans un
Carroffe , & par des chemins
détournez , elle fut conduite
à Camamber. On y mit tout
en ufage pour l'obliger à
9
GALANT. 233
changer de fentimens. On fit
fucceder la douceur à la colere
, les promeffes aux menaces
, & plufieurs Partis avantageux
qu'on luy propofa
, luy laiffoient le choix d'une
affez grande fortune. Cet
enlevement ayant fait éclat,
M' le Lieutenant General du
Ponteaudemer , remply de
zele pour l'intéreſt de l'Egli
fe, & excité par les Lettres de
M' le Blanc , Intendant en
Normandie, informa de cette
affaire , & ayant mis en
comparence perfonelle tous
ceux qu'on fçavoit y avoir
Juin 1682. V
234 MERCURE
contribué , il ordonna que la
Demoiſelle feroit repréfentée
dans trois jours , fous les
peines contenues dans les
Déclarations de Sa Majesté.
On fut contraint d'obeïr.
Elle parut au jour ordonné,
accompagnée de dix ou douze
de fes Parens , & leurs remontrances
l'ayant étonnée,
elle declara d'abord qu'elle
trouvoit fa Religion bonne.
On luy voulut donner le
temps de s'examiner ; & pour
l'empefcher d'eftre obfedée,
elle fut mife chez une Dame
Catholique , pleine de fagef
GALANT 235
fc & de vertu. On luy fit voir
dans cette Maiſon un Cavalier
nouveau converty , &
fort éclairé , qui luy expli
qua les puiffans motifs qui
l'avoient porté à fe féparer
des Calviniftes. Elle goufta
fes raiſons , & déclara hautement
quelques jours apres,
qu'elle vouloit faire abjuration.
Madame fa Mere qui
eftoit allée à Rouen préſenter
requeſte à la Cour , pour
obtenir permiffion de la
voir , fut confternée de cette
nouvelle qu'elle apprit à fon
retour. Elle prétendit qu'on
Vij
236 MERCURE
avoit feduit la Fille, & le refte
du Party la voyant ferme
dans fa déclaration , commença
de publier que l'efpérance
de fe marier plus aifément
chez les Catholiques ,
cftoit la feule & vraye cauſe -
de fon changement de Religion.
Cette calomnie ne l'ébranla
point. Le refus qu'elle
avoit fait des avantages qui
luy venoient d'eſtre offerts à
Camamber, la juftifioit affez.
Apres s'eftre fait pleinement
inftruite des Veritez qui luy
avoient toûjours efté inconnuës
, elle abjura le jour de la
GALANT. 237
Pentecofte entre les mains
de M' le Curé de S. Oüen du
Ponteaudemer ; & la retraite
luy paroiffant neceffaire pour
ouvrir entierement fon coeur
à la Grace , elle entra le 17. de
ce mois dans l'Abbaye de
Preaux , celebre par les Dames
de qualité qui y font ,
par fa fituation agréable , &
par les grands revenus . Elle
acheva de cette maniere genéreuſe
ce qu'elle avoit fi
bien commencé , & laiffa
dans le monde de tres -avanpurs
fentageuſes
idées des
timens qui l'avoient portée à
238 MERCURE
fe convertir. La Femme de
Chambre d'une de fes Tantes
fuivit fon exemple dans
le meſme lieu , & le jour meſ
me de fon abjuration . Quelques-
uns de ce party l'ont
imitée depuis ce temps- là.
D'autres fe font veus contrains
d'éloigner leurs Enfans
tout prefts de le faire , & fi
l'on en croit le bruit commun
, leur Miniſtre meſme
donne lieu de préfumer qu'il
ne mourra pas dans fon erreur.
de Converfions de Perfonnes
de qualité en Normandie
; mais depuis longtemps
GALANT. 225
aucune n'a fait tant de bruit
que celle dont je vay vous
apprendre le détail . Une
jeune Demoiſelle du Ponteaudemer
, d'une tres- bonne
Maiſon , & alliée des plus
illuftres Calviniftes de France
, & mefme de quelques
Seigneurs d'Angleterre , ne
trouvant perfonne de fon
rang dans la Religion qu'-
elle profeffoit , fut obligée
de faire focieté avec quelques
Demoiselles Catholiques
, pour ne pas vivre toûjours
feparée du monde. Elle
s'attacha particulierement
226 MERCURE
à une de ſes Voiſines , chez
qui plufieurs autres avoient
accoûtumé de fe rendre , attirées
par le tour aifé de fon
efprit , & par l'enjoüement
de fon humeur . Il s'y rencontroit
de temps en temps
quelques Cavaliers , qui ne
contribuoient
pas peu àrendre
la converfation agreable ;
& comme les inclinations
fe trouvent ordinairement
partagées , quelques -uns furent
touchez de cette jeune
& aimable Proteftante
, &
F'intéreſt qu'ils prenoient en
elle leur faifoit fouvent mêGALANT.
227
ler la Controverfe aux Difcours
galans. Elle répondoit
fort jufte à tout ce qu'on
luy difoit ; & quand on attaquoit
fa Religion , elle
montroit tant d'efprit à la
défendre , qu'il eftoit aifé de
voir qu'on l'en avoit bien
inftruite. Quoy
Quoy que fes
réponſes
fuffent fortes , &
qu'elle paruft opiniâtre , c'étoit
un grand fujet d'eſpérance
de la voir fi volontiers
conſentir à la difpute.
Ses Parens ayant apris ce qui
fe paffoit par une Demoifelle
Ecoffoife , qui l'accom228
MERCURE
pagnoit quelquefois dans ſes
viftes , réfolurent de l'envoyer
à la Campagne chez
une Perfonne de qualité de
la R. P. R. pour l'éloigner
d'un lieu où ils ` croyoient
que fa Religion & ſon coeur
couroient un fort grand danger.
Elle y fut conduite , &
tellement obfervée
, qu'une
Femme mefme qu'on luy
envoya , fous le prétexte de
faccommoder
des Points ,
ne put trouver le moyen de
luy donner un Billet. Mais
la contrainte
n'eft pas ce qui
gagne les efprits . Elle ne
GALANT: 229
fervit qu'à luy faire faire des
refléxions fort férieuſes , &
qu'à luy rendre fufpect le
party qu'on craignoit tant
qu'elle ne quitaft . Enfin
l'obligation de faire la Céne
à Paſques , la fit rappeller de
fon éxil. Elle revint au Ponteaudemer
, où un ſejour de
huit ou dix jours parut n'avoir
rien de dangereux. Elle
obtint la liberté d'y voir fes
Amies , & on la luy accorda
avec d'autant moins de
peine, qu'elle montroit grande
fermeté pour les erreurs
où elle eftoit née. On de-
•
230 MERCURE
voit dans peu l'envoyer plus
loin , & mefme on avoit def
fein de la marier avecun des
plus zelez Religionnaires ,
pour luy ofter toute forte de
moyens de fe convertir.Pendant
qu'on difpofoit tout
pour le voyage, fes Amies remirent
fur le tapis les mefmes
matieres. Elle écouta ,
refifta , & deux jours avant
qu'elle duft partir , elle fe
fentit fi fort ébranlée , qu'il
n'y avoit plus que les fentimens
de la Nature qui la faifoient
balancer. C'estoit pour
elle un rude combat à foûte,
GALANT. 231
nir, que fe repréſenter une
Mere en pleurs , accablée de
douleur & de chagrins, mais
la Grace demeura victorieufe,
& la fit réfoudre de fe foûmettre
à la Verité, quoy qui
arrivaft. Il fut arrefté par la
Compagnie , qui ce jour là
eftoit fort nom breu fe, qu'on
la conduiroit , ou dans un
Convent, ou chez une Dame
de qualité dont on luy avoit
offert la Maifon ; & c'est ce
qu'on auroit fait fur l'heure,
fi elle n'euft demandé le reſte
du jour pour de petits foins
qui la regardoient. Cepen
232 MERCURE
dant elle ne put s'échaper le
lendemain ; & comme les
chofes les mieux concertées
n'ont pas toûjours la fin que
l'on s'eft promife , le trouble
& la crainte qu'une fi grande
réſolution luy caufa , éclaterent
malgré elle, & trahirent
fon fecret. Madame fa Mere
qui le foupçonna , jugea qu'il
n'y avoit plus à diférer. Son
départ fut réſolu à l'inftant
meſme . On la mit dans un
Carroffe , & par des chemins
détournez , elle fut conduite
à Camamber. On y mit tout
en ufage pour l'obliger à
9
GALANT. 233
changer de fentimens. On fit
fucceder la douceur à la colere
, les promeffes aux menaces
, & plufieurs Partis avantageux
qu'on luy propofa
, luy laiffoient le choix d'une
affez grande fortune. Cet
enlevement ayant fait éclat,
M' le Lieutenant General du
Ponteaudemer , remply de
zele pour l'intéreſt de l'Egli
fe, & excité par les Lettres de
M' le Blanc , Intendant en
Normandie, informa de cette
affaire , & ayant mis en
comparence perfonelle tous
ceux qu'on fçavoit y avoir
Juin 1682. V
234 MERCURE
contribué , il ordonna que la
Demoiſelle feroit repréfentée
dans trois jours , fous les
peines contenues dans les
Déclarations de Sa Majesté.
On fut contraint d'obeïr.
Elle parut au jour ordonné,
accompagnée de dix ou douze
de fes Parens , & leurs remontrances
l'ayant étonnée,
elle declara d'abord qu'elle
trouvoit fa Religion bonne.
On luy voulut donner le
temps de s'examiner ; & pour
l'empefcher d'eftre obfedée,
elle fut mife chez une Dame
Catholique , pleine de fagef
GALANT 235
fc & de vertu. On luy fit voir
dans cette Maiſon un Cavalier
nouveau converty , &
fort éclairé , qui luy expli
qua les puiffans motifs qui
l'avoient porté à fe féparer
des Calviniftes. Elle goufta
fes raiſons , & déclara hautement
quelques jours apres,
qu'elle vouloit faire abjuration.
Madame fa Mere qui
eftoit allée à Rouen préſenter
requeſte à la Cour , pour
obtenir permiffion de la
voir , fut confternée de cette
nouvelle qu'elle apprit à fon
retour. Elle prétendit qu'on
Vij
236 MERCURE
avoit feduit la Fille, & le refte
du Party la voyant ferme
dans fa déclaration , commença
de publier que l'efpérance
de fe marier plus aifément
chez les Catholiques ,
cftoit la feule & vraye cauſe -
de fon changement de Religion.
Cette calomnie ne l'ébranla
point. Le refus qu'elle
avoit fait des avantages qui
luy venoient d'eſtre offerts à
Camamber, la juftifioit affez.
Apres s'eftre fait pleinement
inftruite des Veritez qui luy
avoient toûjours efté inconnuës
, elle abjura le jour de la
GALANT. 237
Pentecofte entre les mains
de M' le Curé de S. Oüen du
Ponteaudemer ; & la retraite
luy paroiffant neceffaire pour
ouvrir entierement fon coeur
à la Grace , elle entra le 17. de
ce mois dans l'Abbaye de
Preaux , celebre par les Dames
de qualité qui y font ,
par fa fituation agréable , &
par les grands revenus . Elle
acheva de cette maniere genéreuſe
ce qu'elle avoit fi
bien commencé , & laiffa
dans le monde de tres -avanpurs
fentageuſes
idées des
timens qui l'avoient portée à
238 MERCURE
fe convertir. La Femme de
Chambre d'une de fes Tantes
fuivit fon exemple dans
le meſme lieu , & le jour meſ
me de fon abjuration . Quelques-
uns de ce party l'ont
imitée depuis ce temps- là.
D'autres fe font veus contrains
d'éloigner leurs Enfans
tout prefts de le faire , & fi
l'on en croit le bruit commun
, leur Miniſtre meſme
donne lieu de préfumer qu'il
ne mourra pas dans fon erreur.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte relate la conversion religieuse d'une jeune demoiselle protestante de Pont-Audemer, appartenant à une famille noble liée à des calvinistes influents de France et d'Angleterre. Ne trouvant pas de compagnons partageant ses croyances, elle fréquente des jeunes filles catholiques et engage des discussions religieuses avec des cavaliers. Ses parents, informés par une amie, l'envoient à la campagne pour la tenir éloignée des influences protestantes. À son retour, elle maintient sa décision de se convertir au catholicisme. Sa mère, doutant de cette conversion, l'envoie à Camembert, mais la jeune femme réaffirme son désir de changer de religion. Le lieutenant général de Pont-Audemer ordonne alors son retour, et elle proclame publiquement son attachement au catholicisme. Les protestants la soupçonnent de vouloir faciliter son mariage, mais elle reste ferme dans sa conviction. Sa conversion est perçue comme motivée par une foi sincère plutôt que par des intérêts matériels. Elle abjure le jour de la Pentecôte et rejoint l'Abbaye de Preaux pour approfondir sa foi. Sa conversion suscite une impression favorable et incite plusieurs personnes de son entourage à suivre son exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 156-157
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Si j'ay manqué une fois à dire la verité sur un Article [...]
Mots clefs :
Mademoiselle, Religion de Calvin, Cérémonie, Abjuration, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Si j'ay manqué une fois à
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
dire la verité fur un Article
de cette naturé , vous devez
eftre affurée que je vous donne
aujourd'huy une
velle certaine , en vous apprenant
que Mademoiſelle
Charlote de Leviſton a abjuré
depuis peu de temps la
Religion de Calvin. La ceGALANT.
157
rémonie de cette Abjuration
fe fit à Angers, dans l'Eglife
des Peres Capucins , entre
les mains de M' l'Evefque.
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50
p. 158-161
SONNET.
Début :
Vous voyez par là, Madame, que le Roy s'attache toûjours avec / Le Ciel souscrit aux Loix du plus grand des Monarques, [...]
Mots clefs :
Roi, Religion, Béarn, Calvinistes, Abjurations, Gloire, Hérésie, Lois, Empire, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Vous voyez par là , Madame
, que le Roy s'attache
toûjours avec un extréme
foin , à ce qui regarde la Religion.
Elle caufe quelques
diférens dans le Bearn , &
auffi- toft ce zelé Monarque
"
GALANT. 159
donne fes ordres pour les terminer.
Si les Calviniftes ne
trouvent pas que fes Or
donnances leur foient favorables,
il ne fait rien contre la
foy des Traitez. Il veut feulement
les voir rentrer en
eux- mefmes , & les obliger,
s'il peut, à connoiftre leurs erreurs
. Le grand nombre
d'Abjurations dont on entend
tous les jours parler ,
fait affez voir que Dieu benit
fes deffeins. Il luy refervoit
la gloire de détruire
l'Herefie ; & c'est là- deffus
qu'a efté fait le Sonnet qui
160 MERCURE
fuit. Le Tonnerre tombé à
Chauny fur la Maiſon d'un
Miniftre, en a fourny la penfée.
L
SONNET.
E Cielfoufcritaux Loix duplus
grand des Monarques,
Et s'accorde avec luy pour détruire
Calvin;
Le confeil en eftpris , c'est un Arreft
divin,
Dont le Foudre à nos yeux vient de
donner des marques .
Sa
Tout meurt, tout eftfujet à l'Empire
des Parques;
Herétique, il est temps, tu vas trouver
tafin;
Mais n'en murmure pas, cette fatale
Main
GALANT. 161
Renverfe également les Trônes &
les Barques
.
Sa
LOVIS a commencé de te jetter à
bas ;
Le Ciel, pour t'achever, favoriſeſon
Bras,
Ce Bras victorieuxfur la terre &
fur l'onde.
Se
Dy-moy, qu'attendois tu que des coups
inoüis,
Quand mon Prince entreprend ce que
le Cielfeconde,
le Cicl combat fecondé de
Ou
que
LOVIS
?
L'Hermite de Sinceny
fur Chauny.
, que le Roy s'attache
toûjours avec un extréme
foin , à ce qui regarde la Religion.
Elle caufe quelques
diférens dans le Bearn , &
auffi- toft ce zelé Monarque
"
GALANT. 159
donne fes ordres pour les terminer.
Si les Calviniftes ne
trouvent pas que fes Or
donnances leur foient favorables,
il ne fait rien contre la
foy des Traitez. Il veut feulement
les voir rentrer en
eux- mefmes , & les obliger,
s'il peut, à connoiftre leurs erreurs
. Le grand nombre
d'Abjurations dont on entend
tous les jours parler ,
fait affez voir que Dieu benit
fes deffeins. Il luy refervoit
la gloire de détruire
l'Herefie ; & c'est là- deffus
qu'a efté fait le Sonnet qui
160 MERCURE
fuit. Le Tonnerre tombé à
Chauny fur la Maiſon d'un
Miniftre, en a fourny la penfée.
L
SONNET.
E Cielfoufcritaux Loix duplus
grand des Monarques,
Et s'accorde avec luy pour détruire
Calvin;
Le confeil en eftpris , c'est un Arreft
divin,
Dont le Foudre à nos yeux vient de
donner des marques .
Sa
Tout meurt, tout eftfujet à l'Empire
des Parques;
Herétique, il est temps, tu vas trouver
tafin;
Mais n'en murmure pas, cette fatale
Main
GALANT. 161
Renverfe également les Trônes &
les Barques
.
Sa
LOVIS a commencé de te jetter à
bas ;
Le Ciel, pour t'achever, favoriſeſon
Bras,
Ce Bras victorieuxfur la terre &
fur l'onde.
Se
Dy-moy, qu'attendois tu que des coups
inoüis,
Quand mon Prince entreprend ce que
le Cielfeconde,
le Cicl combat fecondé de
Ou
que
LOVIS
?
L'Hermite de Sinceny
fur Chauny.
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Résumé : SONNET.
Le texte décrit l'engagement du roi pour la religion et ses efforts pour résoudre les différends religieux dans le Béarn. Le roi, qualifié de zélé mais galant, promulgue des ordonnances pour régler ces conflits tout en respectant les traités en vigueur. Il espère que les calvinistes reconnaîtront leurs erreurs, et les nombreuses abjurations sont perçues comme un signe du soutien divin à ses actions. Un sonnet célèbre, inspiré par la chute de la foudre sur la maison d'un ministre à Chauny, célèbre la destruction de l'hérésie et la victoire du roi Louis. Ce sonnet compare la puissance divine et royale, soulignant que le roi agit avec le soutien du ciel pour vaincre l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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