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1
p. 47-51
AU ROY
Début :
Est-il vray, Grand Monarque, et puis-je me vanter, [...]
Mots clefs :
Monarque, Peuple, Combats, Paix
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY
AU R O Y
S t-ilvra y,G ra n d M onarque,
& puis .je me vanter,
Q ue tu prennes plaifir à me reffufciterl _ ' '
Qgfau bout de quarante ans, C in -
na, Pompée, H orace,
Reviennent à la mode & retrouvent leur place,
E t que l'heureux brillant de mes
jeunes R iv a u x ,
2/*ofie point le vieux luflre a mes
premiers travaux ?
A ch evé, les derniers riont rien qui
dégénéré,
Rien qui les faffe croire Enfant
d'un autre P e r es
t
28 LE MERCURE
Ce [ont des malheureux étouffezytu
Berceau,
Qufun feul de tes regards tirer oit
du tombeau.
JDéjaSertorius,Oedipe,Rodogine,
Sont remis par ton choix dans t oute
leur fortune,
E t ce choix montreroit qu Othon
& Surend
N e font pas des Cadets indignes
de Cinna.
7 e Peuple, je l ’avoue & la Cour
les dégradent,
d'affaiblis, ou du moins ils fe le per-
/
Pour bien écrire encore, '] ay trop
longtemps écrit,
E t les rides du front paffent jufqua
l ’ Efprit 5
M ais contre un tel abus, que] au-
bonté rimpérieufe loy
bientofi& Peuple &
GALANT. 49
5 / tu donnois le tien à mes derniers + • •
Ouvrages!
Que de cette
Rameneroit
Cour vers moyl
T el Sophocle à cent ans charmoit
encor Athènes^
T el hoüillonnoit encor [on vieux
fang dans [es veines^
Jjïroient-ils à l'envy^ lors quO edipe aux abois,
T)e cent Peuples pour luy qaqna
touteslesvoix.
le riiray pas [ loin, [ mes
quinze luftres
pont encor quelque peine aux M o
dernes illuflres^
S'il en eft de fâcheux jufqu à s'en
chagriner.)
le n auray pas longtemps à les importuner s
I
5
o LE MERCURE
Quoy que je m en promette ils neft
ont rien à craindre^
C cfi le dernier éclat d'un feu prefl
à s'éteindre^
Sur le point d'expirer il ta fiche d'é*
bloüir^
* * s F
E t ne frape lesyeux que pour se*
vanoüir:
Souffre, quoy q u ilen fo it, que mon
ame ravie
T e ctifiacre le peuqui me refie devie.
Je fers depuis dou\e ans^mais c cft
par d'autres bras
Que je verfepour toy du fian^ dans
les Combats:
J'en pleure encor un Fils, & trcmbleray pour l'autre
pos & le nofre^
JÆes frayeurs cefferont enfin pàT
cette P a ix ,
G A L A N T . 51
Qui fait de tant d'Efiats les plus
ardeiïs fouhaitS:
Cependant s'il efi vray que mon
%ele le plaife,
bon m ot, devrace^au
Pere de la Chaife.
S t-ilvra y,G ra n d M onarque,
& puis .je me vanter,
Q ue tu prennes plaifir à me reffufciterl _ ' '
Qgfau bout de quarante ans, C in -
na, Pompée, H orace,
Reviennent à la mode & retrouvent leur place,
E t que l'heureux brillant de mes
jeunes R iv a u x ,
2/*ofie point le vieux luflre a mes
premiers travaux ?
A ch evé, les derniers riont rien qui
dégénéré,
Rien qui les faffe croire Enfant
d'un autre P e r es
t
28 LE MERCURE
Ce [ont des malheureux étouffezytu
Berceau,
Qufun feul de tes regards tirer oit
du tombeau.
JDéjaSertorius,Oedipe,Rodogine,
Sont remis par ton choix dans t oute
leur fortune,
E t ce choix montreroit qu Othon
& Surend
N e font pas des Cadets indignes
de Cinna.
7 e Peuple, je l ’avoue & la Cour
les dégradent,
d'affaiblis, ou du moins ils fe le per-
/
Pour bien écrire encore, '] ay trop
longtemps écrit,
E t les rides du front paffent jufqua
l ’ Efprit 5
M ais contre un tel abus, que] au-
bonté rimpérieufe loy
bientofi& Peuple &
GALANT. 49
5 / tu donnois le tien à mes derniers + • •
Ouvrages!
Que de cette
Rameneroit
Cour vers moyl
T el Sophocle à cent ans charmoit
encor Athènes^
T el hoüillonnoit encor [on vieux
fang dans [es veines^
Jjïroient-ils à l'envy^ lors quO edipe aux abois,
T)e cent Peuples pour luy qaqna
touteslesvoix.
le riiray pas [ loin, [ mes
quinze luftres
pont encor quelque peine aux M o
dernes illuflres^
S'il en eft de fâcheux jufqu à s'en
chagriner.)
le n auray pas longtemps à les importuner s
I
5
o LE MERCURE
Quoy que je m en promette ils neft
ont rien à craindre^
C cfi le dernier éclat d'un feu prefl
à s'éteindre^
Sur le point d'expirer il ta fiche d'é*
bloüir^
* * s F
E t ne frape lesyeux que pour se*
vanoüir:
Souffre, quoy q u ilen fo it, que mon
ame ravie
T e ctifiacre le peuqui me refie devie.
Je fers depuis dou\e ans^mais c cft
par d'autres bras
Que je verfepour toy du fian^ dans
les Combats:
J'en pleure encor un Fils, & trcmbleray pour l'autre
pos & le nofre^
JÆes frayeurs cefferont enfin pàT
cette P a ix ,
G A L A N T . 51
Qui fait de tant d'Efiats les plus
ardeiïs fouhaitS:
Cependant s'il efi vray que mon
%ele le plaife,
bon m ot, devrace^au
Pere de la Chaife.
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Résumé : AU ROY
L'auteur adresse une lettre à un grand monarque, probablement Louis XIV, exprimant sa joie de voir ses œuvres anciennes, telles que 'Cinna', 'Pompée' et 'Horace', redevenir à la mode après quarante ans. Il reconnaît que ses œuvres récentes n'ont pas le même succès, mais mentionne que des personnages comme Sertorius, Œdipe et Rodogune ont été remis en lumière par le choix du monarque. Il espère que des œuvres comme 'Othon' et 'Suréna' ne seront pas considérées comme inférieures à 'Cinna'. L'auteur admet avoir été dégradé et affaibli par le peuple et la cour, mais espère que la bonté du monarque ramènera la cour vers lui. Il reconnaît que ses soixante-quinze ans lui causent encore quelques peines, mais assure que ses œuvres représentent le dernier éclat d'un feu prêt à s'éteindre. Il exprime également ses craintes pour ses fils, l'un déjà perdu et l'autre en danger, et espère que la paix mettra fin à ses frayeurs. Il conclut en espérant que son zèle plaise au monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 44-46
« Tous ces Vers, & beaucoup d'autres encore, furent presentez [...] »
Début :
Tous ces Vers, & beaucoup d'autres encore, furent presentez [...]
Mots clefs :
Paris, Vers, Reine, Monarque
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texteReconnaissance textuelle : « Tous ces Vers, & beaucoup d'autres encore, furent presentez [...] »
Tous ces Vers , &beaucoup d'autres encor,furét pre- ſentez à Monfieur quelques jours apres ſon arrivée àParis. Ce Prince avant quede
partir pour ſe rendre en cette Ville, avoit eſté au devant de
Sa Majesté à Teroüanne. Le Roy le tint un demi quart d'heureembraffé,&luy témoi gna une ſi grande tendreſſe,
quetoute la Cour fut charmée
de l'air &dela maniere avec
laquelle ce Monarque le sen çeut. Le lendemain de fon ar
36 LE MERCURE rivée à Paris, la Reyne le vint
viſiter avant que d'aller aux Carmelites , & Leurs Alteſſes Royales furent en ſuite dîner avec elle
partir pour ſe rendre en cette Ville, avoit eſté au devant de
Sa Majesté à Teroüanne. Le Roy le tint un demi quart d'heureembraffé,&luy témoi gna une ſi grande tendreſſe,
quetoute la Cour fut charmée
de l'air &dela maniere avec
laquelle ce Monarque le sen çeut. Le lendemain de fon ar
36 LE MERCURE rivée à Paris, la Reyne le vint
viſiter avant que d'aller aux Carmelites , & Leurs Alteſſes Royales furent en ſuite dîner avec elle
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Résumé : « Tous ces Vers, & beaucoup d'autres encore, furent presentez [...] »
Le prince, après avoir rencontré le roi à Térouanne, arriva à Paris. Il fut chaleureusement accueilli par la reine et les Altesses Royales. Il présenta des œuvres à un certain Monsieur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 72-79
« Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
Début :
Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...]
Mots clefs :
Siège de Cambrai, Monarque, Valenciennes, Citadelle
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texteReconnaissance textuelle : « Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
- Venons an Siege de Cam- bray. Je croy, Madame , qu'il n'eſt pas beſoin de vous fai- re ſouvenir que cette Ville
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
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Résumé : « Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
Le texte décrit le siège de Cambrai, une ancienne ville de la Gaule Belgique fondée du temps de Servius Tullius. Cambrai était connue pour sa forte défense et avait résisté à Clodion, roi des Francs, causant la mort de cinquante-trois mille hommes. Sa citadelle, construite par Charles Quint, était réputée imprenable. En 1595, Cambrai avait été perdue par les Français lors d'un siège mené par les Espagnols. Le duc de Rhettelois avait défendu la ville sur ordre du duc de Nevers, et le maréchal de Balagny en était le commandant. Les Espagnols avaient utilisé un stratagème en réduisant le prix du blé pour épuiser les réserves de la ville. Madame de Balagny, malgré les avertissements de son mari, avait vendu une grande partie des provisions. Une fois les vivres épuisés, le comte de Fuentes avait assiégé Cambrai, forçant sa reddition. Le texte souligne la gloire du roi pour avoir conquis Cambrai rapidement et sans pertes significatives, malgré la forte défense de la ville. Le roi Henri IV, occupé ailleurs, n'avait pas pu secourir Cambrai à temps. Le texte se conclut par l'arrivée du roi devant Cambrai après avoir quitté Valenciennes.
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4
p. 144-172
Tout ce qui s'est passé de remarquable au Parlement le lendemain de la S. Martin, le jour des Harangues & celuy des Mercuriales. [titre d'après la table]
Début :
Voyez, Madame, comme je me laisse insensiblement emporter à l'enchaînement [...]
Mots clefs :
Juges, Parlement, Harangues, Ouverture, Messe, Cour des aides, Présidents, Avocat général, Satyre, Audiences, Premier président, Avocats, Séances, Justice, Barreau, Monarque, Mercuriale, Mr de Lamoignon, Procureur général, Jugement
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé de remarquable au Parlement le lendemain de la S. Martin, le jour des Harangues & celuy des Mercuriales. [titre d'après la table]
Voyez , Madame, comme je me laiſſe inſenſiblement em- porter à l'enchaînement de la matiere. Je vous devois faire
part dés le Mois paffé des Ce- remonies qui s'obſervent à l'ouverture
GALANT. 97
verture du Parlement. Le nou -
veau fuccés des armes du Roy en Allemagne dont j'ay eu à
vous écrire , me les ayant fait remettre juſqu'à celuy-cy , cet Article ſembloit devoir eſtre un
des premiers de ma Lettre , &
je ne vous en ay pas encore dit la moindre choſe. On ſçait que la couſtume eſt tous les *
1896*
ans de faire des Harangues à
cette Ouverture. Ceux qui n'y vont point n'en ſçavent rien davantage , & peut-eſtre même que la plupart de ceux qui y
vont n'en reviennent gueres plus ſçavans. Voicy par ordre tout ce qui s'y paffe.
Le lendemain de la Saint
Martin , le Parlement en Corps &en Robes rouges entend la Meſſe dans la GrandSalle du
Palais. C'eſt toûjours un EvêTome X. E
98 LE MERCVRE que qui la dit. Elle a eſté ce-- lebrée cette année par celuy de S. Omer. Le Parlement rentre
apres l'avoir entenduë , &re- mercie l'Eveſque , qui luy té- moigne de fon,coſte tenir à
honneur d'avoir eſté choiſi
pour cette Ceremonie par un fi Auguſte Corps. Les Avocats &ales Procureurs preſtent le Serment en ſuite; apres quoy Monfieur le Premier Preſident
traite une partie de la Com- pagnie , & quelques - uns de Meſſieurs des Enqueſtes. Les Séances ne recommencent
que le Lundy de la huitaine franche d'apres la S. Martin. -
Le meſme jour de cette Ou- verture , Meſſieurs de la Cour
desAydes fontdes Harangues entr'eux qu'on peut appeller Mercuriales, puisqu'elles n'ont EQUE DELA
GALANT. 99 A
Conſeil TO THEOU
pour but que de faire voir en quoy les Juges manquent , &
ce qu'ils doivent faire pour ré- pondre dignement aux obliga- tions de leurs Charges. Mef- fieurs les Preſidens &
lers de cette Cour s'eſtant af
ſemblez cette année à leur or
dinaire,Monfieur le Camusqui en eſt le Chefprit la parole ,&
apres s'eſtre long-temps étendu ſur la difference qu'ily avoit de l'integrité &de la pureté devie des Siecles paſſez , à la corru- ption qui s'eſt gliſſée dans ce- -Iuy-cy , &avoir montré parun diſcours fort net & fort éloquent, que nous eſtions tres- éloignez de cette candeur qui eſtoit inséparable de tout ce qui ſe faiſoit dans ces temps heureux, il fit voir les deſordres
qui naiſſent des Jugemens trop
*
E ij
100 LE MERCVRE
précipitez , & marqua forte- ment que les Juges ne pou- voient apporter trop de pré- caution avant que de pronon-- cer ſur l'intereſt des Parties.
Voicy une comparaiſon dont il ſe ſervit. Souvenez-vous , Маdame, que tout ce que je vous dis eſt fort imparfait, & que les penſées que je vous explique perdentbeaucoup de leurgrace,
dénüées des vives expreſſions qui les mettoient dans leur
jour.
De meſme , dit - il , que les Eaux qui fe répandent dansles Campagnes par divers détours,
y portent la fertilité & l'abondance , ainſi quand lcs Magi- ſtrats accompagnent leurs Iu- gemens de toutes les reflexions neceſſaires pourdéveloper avec ſoin les differens intereſts des
GALAN T. 101
Particuliers , leurs Arreſts ſe trouvent ſoûtenus de cette
équité dont Dieu recommande
aux Hommes de ne s'éloigner jamais. Au contraire lors que cesEauxſe débordent avecl'impétuoſité d'un Torrent , elles les gaſtent , elles y mettent la ſterilité, ce qui eſt en quelque façon l'image des Juges, qui ſe laiſſant emporter au premier feu de leur génie , & ne pre- nant pour reglede leurs Déci- fions que leur enteſtement, &
leur opiniâtreté , confondent le
bon droit avec le mauvais , &
font injuſtement des malheureux.
Le ſujet que M. du Boiſme- nillet , Avocat General de la
Cour des Aydes , prit pour fon Diſcours , fut la connoiſſance
de la Verité. Il montra qu'elle Eij
1102 LE MERCVRE
*étoit fi neceffaire aux Juges, que fans elle ils ne pouvoientgoûter * de veritable plaifir danslemon- de , ny joüir d'une fortune affurée. Il fit voir que ce que l'Homme appelle Fortune, con- fiftoit dans la ſeule elevation,
que nous cherchions cette éle- *vation par tout , &que nous tâ- chions de nous la procurer à
1nous-mefme, en abaiffant ceux en qui nous décotivtions plus de merite qu'en notis , ce qui eftoit caufe qu'il nous fachoit naturellement d'entendre loüer,
-au lieu que la Satyre nons don- noit toûjours de la joye , parce qu'elle a l'adreſſe de changer les vertus en defauts , & que nous ne trouvons point d'abaif- ſement pour les autres qui ne nous ſemble une eſpece d'éle- vation pour nous ; mais qu'en
GALAN T. 103 fin cette Fortune eſtoit injuſte fans la connoiſſance de la Verité. Il adjoûta que la Fortune & les Plaiſirs eſtoient les deux
principaux motifs qui nous fai- *foient agir dans la vie , quec'é- toit ſur eux que tous les autres rouloient , & que nous eſtions *obligez de prendre party. Ce raiſonnement fut ſuivy d'un grand Eloge de Monfieur le Chancelier, qui attira un ap- - plaudiſſement general.
Le Lundy quele Parlement recommence ſes Séances,qui eſt le jour où les Audiances font ouvertes , & qu'on appelle lour - des Harangues , M. le Premier Prefident parle aux Avocats, &
apres leur avoir fait connoiſtre
leur devoir il finit en adreſſant
la parole aux Procureurs. C'eſt ce qui s'eſt toûjours pratiqué ,
Eij
104 LE MERCVRE
& ce qui ſe pratiqua encor la derniere fois. Monfieur de Lamoignon , avec cette gravité de Magiſtrat fi digne de celuy qui tient le premier rang dans ce grand Corps , dit d'abord que c'eſtoit pour la vingtième fois qu'il voyoit renouveller l'an- cienne Ceremonie depuis que la Iuftice s'expliquoit par ſa bouche ſur toutes les obliga- tions que les Avocats avoient contractées avec elle par le
Serment de fidelité qu'ils luy avoient folemnellement juré;
que dans cette longue révolu- tion d'années qui avoit paſſé comme un fonge , il avoit veu changer preſque tout le Bar- reau , & qu'à peine y reftoit- il encor quelques - uns de ceux qui estoient alors dans une ſi haute reputation , & que l'age
GALANT. 105 ou l'infirmité avoient contraints
d'abandonner un employ fi labourieux. Il exagera fort le merite de ces Avocats celebres,
&dit qu'il ſembloit qu'ils n'euf- ſent pas eu plus de durée que cos Etoilles élementaires qu'on
voit ſe détacher du Ciel dans
un temps calme , qui marquent par une trace de lumiere leur chute précipitée & qui ſe per- dent pour jamaisdansl'obſcuri- té dela nuit. Il les compara en fuite à des Torches ardentes
qui jettent une fort grande lueur, qu'on ne voit paroiſtre quepour la voirs'évanoüir dans lemeſme temps. Il adjoûta que leur memoire vivroit toûjours dans le Parlement , où l'idée en eſtoit fi forte , & le ſouvenir fi
agreable, qu'il eſtoit comme im- poſſible de ne pas croire qu'ils
Ev
1106 LE MERCVRE
fuffent encor prefens , &qu'on *entendiſt leur voix parmy cette multitude d'Avocats qui ve- noient en foule pour écouter. Il *les exhorta tous à ſe rendre infatigables dans leur employ comme avoient fait ceux dont
il leur parloit , & leur fit voir qu'ils estoient d'autant plusobli- gez de s'en acquiterdignement,
que noftre grandMonarque, au *milieu des foins qui demandoiet totute ſon application pour ce qui regardoit la Guerre , ne * perdoir jamais celuyde confer- ver l'éclat de la Justice & de
*maintenir ſes intereſts , ce qu'il avoit encor fait paroiſtre depuis *peu de jours en luy donnant pour Chefun grand Homme -dontle choix avoiteſté prévenu par les vœux de toute la France,
&fuivy de fes plus finceres ac- clamations.
GALANT. 107
M. l'Avocat General Lamoignon ſon Fils parla apres luy , M. Talon eftant tout cou- vert de la gloire que ces fortes de Harangues font acquerir.
Son Exorde fut que ſi les Dif- cours que la couſtume veut qu'on faſſe en de pareils temps n'eſtoient confiderez que com- me des Effais d'Eloquence ſem- blables à ces Concerts de Muſique qui flatent l'oreille ſans pe- netrer le cœur , ce feroit un
abus de porter la parole dans un ſi Auguſte Parlement pour maintenir les intereſts de la Juſtice, en repreſentant aux Avo-- cats à quoy les oblige le Ser- ment qu'ils renouvellent tous Ies ans. Il pourſuivit en faiſant connoiſtre que la perfection de ce Serment confiftoit dans la
-verité,la juſtice &le jugement ;
Evj
108 LE MERCVRE
Que fans ces trois conditions
tous les Sermens estoient des
Parjures, &les Parjures, la four- cede tous les malheurs; Qu'ainfi les Payens avoient dévoie à la colere du Ciel , &àl'execration
de la Terre , ceux qui ſe trou- voient coupables des deux plus grands crimes qu'on puiſſe commettre dans le monde , l'un d'avoir mépriſé la Divinité qui préſide aux Sermens , &l'autre d'avoir violé la Verité , ſans la.-
quelle les plus ſages Legiſlateurs marquoient qu'il n'y avoit point deReligion parmy les Hommes,
ny de fidelité parmy les Dieux.
Il finit par une peinture de l'honneſte Hommequ'il exhor- ta les Avocats de ſe propofer pour modelle , afin que s'ap- pliquant avec plus d'ardeur à
rendre juſtice qu'à chercher les
GALAN T. 109
occafions de s'enrichir , ils euffent unzele parfait à défendre la verité.
LeMercredy ſuivant on tient la Mercuriale. M le Premier
Preſident parle à Meſſieurs les Gens du Roy , qui luy ayant adreſſé la parole enſuite , con- tinuent en l'adreſſant aux Juges en general. M. de Lamoignon,
Chefde ce grand Corps,tourna fonDiſcours la derniere fois fur
la Verité. Il dit que les Juges eſtoient dans une obligation in- diſpenſable de la chercher ſans ſe mettre enpeine de la calom- nie , ny de ce qu'on pourroit dire contre eux quand ils fe- roiet leur devoir; Qu'ils étoient dans un rang élevé , mais expo- ſe àtout,Qu'en cherchant cette Verité , ils devoient craindre
qu'on ne les perfuadat trop ai
TIO LE MERCVRE
fément ; Que chacun croyant avoir droit , croyoit en même- temps que la Verité eſtoit pour luy , & que cependant elle ne pouvoit eftre que d'un coſté ;
Que pour la bien découvrir au travers des voiles qui l'envelopent , ils devoient tout enten- dre , ne rebuter perſonne , & fi cela ſe peut dire , écouter juf- qu'àl'injuſtice meſme, pour n'avoir aucune negligence à ſe re- procher ; Que tout leurdevant eſtre ſuſpects , ils le devoient eſtre à eux-meſmes ; que les Amis ſe laiſſant aveugler par leurs Amis, tâchoient àperfua- der des injuftices aux Iuges ,
dans la penſée qu'ils ne leurde- -< mandoient rien que de juſte, &
qu'ainſi ils avoient ſujet de fe défier de tout , &particulierement d'un Sexe qui ayant des
GALANT. III
privileges particuliers , vouloit toûjours eftre crû , & ne prioit jamais qu'avec quelque forte d'autorité. Il finit par quantité de belles choses qu'il dit ſur la grandeur du Roy , &fur la fide- lité que les Juges doivent à leur
confcience , à ſa Majesté , & à
leur miniſtere.
Monfieur de Harlay Procu- reur General parla en ſuite. II dit que le repos faiſoit fubfifter toute la Nature ; Que Dieu même en avoit étably un jour dans chaque Semaine; que les Corps apres avoir travaillé tout lejour,
eſtoient obligez de ſe délaſſer
*la nuit pour reprendre de nou- velles forces , & qu'ainſi on avoit ordonné lesVacations afin
que l'Eſprit ſe repoſaſt des fati- gues de l'année , & puſt s'ap- pliquer aux Affaires avec une
112 LE MERCVRE
nouvelle vigueur ; mais qu'au lieu d'employer ce relâchement à l'uſage auquel on l'a deſtiné,
beaucoup de Juges rentroient auffi crus qu'auparavant , il ex- plique ce terme,adjoûtant qu'ils n'avoient point aſſez digeré les preſſans devoirs qui leur font impoſez par leurs Charges , &
qu'ils ne s'eſtoint pointmis dans l'eſtat oùil faut eſtre pour s'en acquiter ; Qu'il les conjuroit de mieux profiter du temps, &que ce fuſt pour la derniere fois ,
s'ils remarquoient qu'ils en euſſent jamais abuſé.Apres cela il entra dans le détail de ce que doit ſçavoir un Juge , & ayant parlé des Ordonnances , du Droit Ciuil , & de quelques autres dont la connoiſſance luy eſtoit abfolument neceſſaire , il tomba furlafoibleſſe des Hom-
GALANT. 113 mes ſi ſujets à ſe tromper eux- meſmes , ou àſe laiſſer tromper.
Il leur fit connoiſtre que la pré- vention eſtoit lachoſedu monde la plusdangereuſe , puis que l'Innocence en pouvoit ſuffrir ;
&leur ayant marqué ce defaut comme undes plus grands &
des plus préjudiciables qu'ils puſſent avoit , il les exhorta à
fonger ſerieuſement à s'en de- fendre , &à ne donner jamais deJugement fans avoir examiné juſqu'aux moindres circonſtan- cesdes Affaires ſur leſquelles ils avoient à prononcer.
Je vous ay déja priće ,Mada- me , de ne regarder ce quej'a- vois àvous dire ſurcette matiere , que comme une ébauche qui a eftéfaite confufément fur des Portraits achevez. Ce ſont
moins en effet les penſeées de
114 LE MERCVRE
ces grands Hommes , que quel- que choſe de leurs penſées. Ils leur ont donné un tour qu'il ne m'eſt pas poſſible de trouver ,
*& j'en laiſſe beaucoup que la memoire de ceux qui les ont Sentenduës avec admiration ne
m'apûfournir.
part dés le Mois paffé des Ce- remonies qui s'obſervent à l'ouverture
GALANT. 97
verture du Parlement. Le nou -
veau fuccés des armes du Roy en Allemagne dont j'ay eu à
vous écrire , me les ayant fait remettre juſqu'à celuy-cy , cet Article ſembloit devoir eſtre un
des premiers de ma Lettre , &
je ne vous en ay pas encore dit la moindre choſe. On ſçait que la couſtume eſt tous les *
1896*
ans de faire des Harangues à
cette Ouverture. Ceux qui n'y vont point n'en ſçavent rien davantage , & peut-eſtre même que la plupart de ceux qui y
vont n'en reviennent gueres plus ſçavans. Voicy par ordre tout ce qui s'y paffe.
Le lendemain de la Saint
Martin , le Parlement en Corps &en Robes rouges entend la Meſſe dans la GrandSalle du
Palais. C'eſt toûjours un EvêTome X. E
98 LE MERCVRE que qui la dit. Elle a eſté ce-- lebrée cette année par celuy de S. Omer. Le Parlement rentre
apres l'avoir entenduë , &re- mercie l'Eveſque , qui luy té- moigne de fon,coſte tenir à
honneur d'avoir eſté choiſi
pour cette Ceremonie par un fi Auguſte Corps. Les Avocats &ales Procureurs preſtent le Serment en ſuite; apres quoy Monfieur le Premier Preſident
traite une partie de la Com- pagnie , & quelques - uns de Meſſieurs des Enqueſtes. Les Séances ne recommencent
que le Lundy de la huitaine franche d'apres la S. Martin. -
Le meſme jour de cette Ou- verture , Meſſieurs de la Cour
desAydes fontdes Harangues entr'eux qu'on peut appeller Mercuriales, puisqu'elles n'ont EQUE DELA
GALANT. 99 A
Conſeil TO THEOU
pour but que de faire voir en quoy les Juges manquent , &
ce qu'ils doivent faire pour ré- pondre dignement aux obliga- tions de leurs Charges. Mef- fieurs les Preſidens &
lers de cette Cour s'eſtant af
ſemblez cette année à leur or
dinaire,Monfieur le Camusqui en eſt le Chefprit la parole ,&
apres s'eſtre long-temps étendu ſur la difference qu'ily avoit de l'integrité &de la pureté devie des Siecles paſſez , à la corru- ption qui s'eſt gliſſée dans ce- -Iuy-cy , &avoir montré parun diſcours fort net & fort éloquent, que nous eſtions tres- éloignez de cette candeur qui eſtoit inséparable de tout ce qui ſe faiſoit dans ces temps heureux, il fit voir les deſordres
qui naiſſent des Jugemens trop
*
E ij
100 LE MERCVRE
précipitez , & marqua forte- ment que les Juges ne pou- voient apporter trop de pré- caution avant que de pronon-- cer ſur l'intereſt des Parties.
Voicy une comparaiſon dont il ſe ſervit. Souvenez-vous , Маdame, que tout ce que je vous dis eſt fort imparfait, & que les penſées que je vous explique perdentbeaucoup de leurgrace,
dénüées des vives expreſſions qui les mettoient dans leur
jour.
De meſme , dit - il , que les Eaux qui fe répandent dansles Campagnes par divers détours,
y portent la fertilité & l'abondance , ainſi quand lcs Magi- ſtrats accompagnent leurs Iu- gemens de toutes les reflexions neceſſaires pourdéveloper avec ſoin les differens intereſts des
GALAN T. 101
Particuliers , leurs Arreſts ſe trouvent ſoûtenus de cette
équité dont Dieu recommande
aux Hommes de ne s'éloigner jamais. Au contraire lors que cesEauxſe débordent avecl'impétuoſité d'un Torrent , elles les gaſtent , elles y mettent la ſterilité, ce qui eſt en quelque façon l'image des Juges, qui ſe laiſſant emporter au premier feu de leur génie , & ne pre- nant pour reglede leurs Déci- fions que leur enteſtement, &
leur opiniâtreté , confondent le
bon droit avec le mauvais , &
font injuſtement des malheureux.
Le ſujet que M. du Boiſme- nillet , Avocat General de la
Cour des Aydes , prit pour fon Diſcours , fut la connoiſſance
de la Verité. Il montra qu'elle Eij
1102 LE MERCVRE
*étoit fi neceffaire aux Juges, que fans elle ils ne pouvoientgoûter * de veritable plaifir danslemon- de , ny joüir d'une fortune affurée. Il fit voir que ce que l'Homme appelle Fortune, con- fiftoit dans la ſeule elevation,
que nous cherchions cette éle- *vation par tout , &que nous tâ- chions de nous la procurer à
1nous-mefme, en abaiffant ceux en qui nous décotivtions plus de merite qu'en notis , ce qui eftoit caufe qu'il nous fachoit naturellement d'entendre loüer,
-au lieu que la Satyre nons don- noit toûjours de la joye , parce qu'elle a l'adreſſe de changer les vertus en defauts , & que nous ne trouvons point d'abaif- ſement pour les autres qui ne nous ſemble une eſpece d'éle- vation pour nous ; mais qu'en
GALAN T. 103 fin cette Fortune eſtoit injuſte fans la connoiſſance de la Verité. Il adjoûta que la Fortune & les Plaiſirs eſtoient les deux
principaux motifs qui nous fai- *foient agir dans la vie , quec'é- toit ſur eux que tous les autres rouloient , & que nous eſtions *obligez de prendre party. Ce raiſonnement fut ſuivy d'un grand Eloge de Monfieur le Chancelier, qui attira un ap- - plaudiſſement general.
Le Lundy quele Parlement recommence ſes Séances,qui eſt le jour où les Audiances font ouvertes , & qu'on appelle lour - des Harangues , M. le Premier Prefident parle aux Avocats, &
apres leur avoir fait connoiſtre
leur devoir il finit en adreſſant
la parole aux Procureurs. C'eſt ce qui s'eſt toûjours pratiqué ,
Eij
104 LE MERCVRE
& ce qui ſe pratiqua encor la derniere fois. Monfieur de Lamoignon , avec cette gravité de Magiſtrat fi digne de celuy qui tient le premier rang dans ce grand Corps , dit d'abord que c'eſtoit pour la vingtième fois qu'il voyoit renouveller l'an- cienne Ceremonie depuis que la Iuftice s'expliquoit par ſa bouche ſur toutes les obliga- tions que les Avocats avoient contractées avec elle par le
Serment de fidelité qu'ils luy avoient folemnellement juré;
que dans cette longue révolu- tion d'années qui avoit paſſé comme un fonge , il avoit veu changer preſque tout le Bar- reau , & qu'à peine y reftoit- il encor quelques - uns de ceux qui estoient alors dans une ſi haute reputation , & que l'age
GALANT. 105 ou l'infirmité avoient contraints
d'abandonner un employ fi labourieux. Il exagera fort le merite de ces Avocats celebres,
&dit qu'il ſembloit qu'ils n'euf- ſent pas eu plus de durée que cos Etoilles élementaires qu'on
voit ſe détacher du Ciel dans
un temps calme , qui marquent par une trace de lumiere leur chute précipitée & qui ſe per- dent pour jamaisdansl'obſcuri- té dela nuit. Il les compara en fuite à des Torches ardentes
qui jettent une fort grande lueur, qu'on ne voit paroiſtre quepour la voirs'évanoüir dans lemeſme temps. Il adjoûta que leur memoire vivroit toûjours dans le Parlement , où l'idée en eſtoit fi forte , & le ſouvenir fi
agreable, qu'il eſtoit comme im- poſſible de ne pas croire qu'ils
Ev
1106 LE MERCVRE
fuffent encor prefens , &qu'on *entendiſt leur voix parmy cette multitude d'Avocats qui ve- noient en foule pour écouter. Il *les exhorta tous à ſe rendre infatigables dans leur employ comme avoient fait ceux dont
il leur parloit , & leur fit voir qu'ils estoient d'autant plusobli- gez de s'en acquiterdignement,
que noftre grandMonarque, au *milieu des foins qui demandoiet totute ſon application pour ce qui regardoit la Guerre , ne * perdoir jamais celuyde confer- ver l'éclat de la Justice & de
*maintenir ſes intereſts , ce qu'il avoit encor fait paroiſtre depuis *peu de jours en luy donnant pour Chefun grand Homme -dontle choix avoiteſté prévenu par les vœux de toute la France,
&fuivy de fes plus finceres ac- clamations.
GALANT. 107
M. l'Avocat General Lamoignon ſon Fils parla apres luy , M. Talon eftant tout cou- vert de la gloire que ces fortes de Harangues font acquerir.
Son Exorde fut que ſi les Dif- cours que la couſtume veut qu'on faſſe en de pareils temps n'eſtoient confiderez que com- me des Effais d'Eloquence ſem- blables à ces Concerts de Muſique qui flatent l'oreille ſans pe- netrer le cœur , ce feroit un
abus de porter la parole dans un ſi Auguſte Parlement pour maintenir les intereſts de la Juſtice, en repreſentant aux Avo-- cats à quoy les oblige le Ser- ment qu'ils renouvellent tous Ies ans. Il pourſuivit en faiſant connoiſtre que la perfection de ce Serment confiftoit dans la
-verité,la juſtice &le jugement ;
Evj
108 LE MERCVRE
Que fans ces trois conditions
tous les Sermens estoient des
Parjures, &les Parjures, la four- cede tous les malheurs; Qu'ainfi les Payens avoient dévoie à la colere du Ciel , &àl'execration
de la Terre , ceux qui ſe trou- voient coupables des deux plus grands crimes qu'on puiſſe commettre dans le monde , l'un d'avoir mépriſé la Divinité qui préſide aux Sermens , &l'autre d'avoir violé la Verité , ſans la.-
quelle les plus ſages Legiſlateurs marquoient qu'il n'y avoit point deReligion parmy les Hommes,
ny de fidelité parmy les Dieux.
Il finit par une peinture de l'honneſte Hommequ'il exhor- ta les Avocats de ſe propofer pour modelle , afin que s'ap- pliquant avec plus d'ardeur à
rendre juſtice qu'à chercher les
GALAN T. 109
occafions de s'enrichir , ils euffent unzele parfait à défendre la verité.
LeMercredy ſuivant on tient la Mercuriale. M le Premier
Preſident parle à Meſſieurs les Gens du Roy , qui luy ayant adreſſé la parole enſuite , con- tinuent en l'adreſſant aux Juges en general. M. de Lamoignon,
Chefde ce grand Corps,tourna fonDiſcours la derniere fois fur
la Verité. Il dit que les Juges eſtoient dans une obligation in- diſpenſable de la chercher ſans ſe mettre enpeine de la calom- nie , ny de ce qu'on pourroit dire contre eux quand ils fe- roiet leur devoir; Qu'ils étoient dans un rang élevé , mais expo- ſe àtout,Qu'en cherchant cette Verité , ils devoient craindre
qu'on ne les perfuadat trop ai
TIO LE MERCVRE
fément ; Que chacun croyant avoir droit , croyoit en même- temps que la Verité eſtoit pour luy , & que cependant elle ne pouvoit eftre que d'un coſté ;
Que pour la bien découvrir au travers des voiles qui l'envelopent , ils devoient tout enten- dre , ne rebuter perſonne , & fi cela ſe peut dire , écouter juf- qu'àl'injuſtice meſme, pour n'avoir aucune negligence à ſe re- procher ; Que tout leurdevant eſtre ſuſpects , ils le devoient eſtre à eux-meſmes ; que les Amis ſe laiſſant aveugler par leurs Amis, tâchoient àperfua- der des injuftices aux Iuges ,
dans la penſée qu'ils ne leurde- -< mandoient rien que de juſte, &
qu'ainſi ils avoient ſujet de fe défier de tout , &particulierement d'un Sexe qui ayant des
GALANT. III
privileges particuliers , vouloit toûjours eftre crû , & ne prioit jamais qu'avec quelque forte d'autorité. Il finit par quantité de belles choses qu'il dit ſur la grandeur du Roy , &fur la fide- lité que les Juges doivent à leur
confcience , à ſa Majesté , & à
leur miniſtere.
Monfieur de Harlay Procu- reur General parla en ſuite. II dit que le repos faiſoit fubfifter toute la Nature ; Que Dieu même en avoit étably un jour dans chaque Semaine; que les Corps apres avoir travaillé tout lejour,
eſtoient obligez de ſe délaſſer
*la nuit pour reprendre de nou- velles forces , & qu'ainſi on avoit ordonné lesVacations afin
que l'Eſprit ſe repoſaſt des fati- gues de l'année , & puſt s'ap- pliquer aux Affaires avec une
112 LE MERCVRE
nouvelle vigueur ; mais qu'au lieu d'employer ce relâchement à l'uſage auquel on l'a deſtiné,
beaucoup de Juges rentroient auffi crus qu'auparavant , il ex- plique ce terme,adjoûtant qu'ils n'avoient point aſſez digeré les preſſans devoirs qui leur font impoſez par leurs Charges , &
qu'ils ne s'eſtoint pointmis dans l'eſtat oùil faut eſtre pour s'en acquiter ; Qu'il les conjuroit de mieux profiter du temps, &que ce fuſt pour la derniere fois ,
s'ils remarquoient qu'ils en euſſent jamais abuſé.Apres cela il entra dans le détail de ce que doit ſçavoir un Juge , & ayant parlé des Ordonnances , du Droit Ciuil , & de quelques autres dont la connoiſſance luy eſtoit abfolument neceſſaire , il tomba furlafoibleſſe des Hom-
GALANT. 113 mes ſi ſujets à ſe tromper eux- meſmes , ou àſe laiſſer tromper.
Il leur fit connoiſtre que la pré- vention eſtoit lachoſedu monde la plusdangereuſe , puis que l'Innocence en pouvoit ſuffrir ;
&leur ayant marqué ce defaut comme undes plus grands &
des plus préjudiciables qu'ils puſſent avoit , il les exhorta à
fonger ſerieuſement à s'en de- fendre , &à ne donner jamais deJugement fans avoir examiné juſqu'aux moindres circonſtan- cesdes Affaires ſur leſquelles ils avoient à prononcer.
Je vous ay déja priće ,Mada- me , de ne regarder ce quej'a- vois àvous dire ſurcette matiere , que comme une ébauche qui a eftéfaite confufément fur des Portraits achevez. Ce ſont
moins en effet les penſeées de
114 LE MERCVRE
ces grands Hommes , que quel- que choſe de leurs penſées. Ils leur ont donné un tour qu'il ne m'eſt pas poſſible de trouver ,
*& j'en laiſſe beaucoup que la memoire de ceux qui les ont Sentenduës avec admiration ne
m'apûfournir.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé de remarquable au Parlement le lendemain de la S. Martin, le jour des Harangues & celuy des Mercuriales. [titre d'après la table]
Le texte décrit les cérémonies observées lors de l'ouverture du Parlement, initialement retardées par les succès militaires du roi en Allemagne. Les événements débutent le lendemain de la Saint-Martin avec une messe, suivie des serments des avocats et procureurs. Les séances reprennent le lundi suivant. Les harangues, appelées 'mercuriales', rappellent aux juges leurs obligations et les erreurs à éviter. Monsieur le Premier Président et Monsieur du Boisménillet, Avocat Général, insistent sur l'intégrité et la prudence dans les jugements. Monsieur de Lamoignon, Premier Président, adresse une harangue aux avocats, les exhortant à imiter les grands avocats du passé et à servir la justice avec dévouement. Monsieur Talon, Avocat Général, met l'accent sur la vérité, la justice et le jugement comme fondements du serment des avocats. Le mercredi suivant, une autre mercuriale est tenue, où Monsieur de Lamoignon parle de la nécessité de chercher la vérité sans se soucier des calomnies. Monsieur de Harlay, Procureur Général, conclut en exhortant les juges à bien utiliser les vacances pour se préparer aux affaires judiciaires et à éviter les préventions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 242-282
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir satisfait vostre curiosité dans une de mes Lettres, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Roi de France, Envoyés, Monarque, Présents, Prince, Vaisseau, Bâtiment, Londres, Royaume, Majesté, Remèdes, Argent, Sujets, Missionnaires, Nations, Europe, Gloire, Banten, Amitié, Angleterre, Voyage, États, Religion, Hommes, Peuples, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Le texte décrit les interactions entre les missionnaires français, appelés Millionnaires, et le roi de Siam. Ces missionnaires, établis au Siam, ont gagné la faveur des habitants en distribuant des remèdes et en soignant les malades sans demander de paiement, ce qui a favorisé l'expansion de la religion catholique dans le royaume. Le roi de Siam, intrigué par ces missionnaires, a découvert qu'ils étaient financés par des missions en France et des donations de particuliers. Impressionné par cette générosité, il a développé une haute estime pour le roi de France. Cependant, la perte d'un vaisseau chargé de présents pour le roi de France a contrarié le roi de Siam. Malgré cet incident, il a décidé d'envoyer de nouveaux envoyés à Paris à bord d'un petit bâtiment anglais. Ces envoyés, choisis parmi les officiers de la maison royale et exempts de certaines taxes, avaient pour missions de s'informer du sort du premier ambassadeur, de solliciter des moyens pour renforcer l'amitié entre les deux couronnes, et de féliciter le roi de France pour la naissance du Duc de Bourgogne. Le roi de Siam a également demandé à un missionnaire, M. Vachet, de les accompagner et de rapporter fidèlement ses observations sur la cour et les États français. Pour éviter que les présents destinés aux ministres français ne soient taxés en Angleterre, le roi de Siam a pris des mesures appropriées et a fourni à M. Vachet un habit de satin pour les audiences. Malgré les tentatives de sabotage par des nations jalouses, les envoyés ont finalement quitté Londres à bord d'un vaisseau anglais pour se rendre à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 71-72
Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé depuis plusieurs années des Médailles [...]
Mots clefs :
Médailles, Gloire, Monarque, Bon goût, Gratification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Ie vous ay fouvent parlé depuis
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
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Résumé : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte évoque des médailles célébrant la vie d'un roi. L'auteur a envoyé quatre-vingt-dix-neuf de ces médailles à des personnes distinguées, comme Monsieur le Procureur Général et Monsieur le Nautre, en reconnaissance de leur goût et de leur connaissance de l'antiquité. Le roi a accordé une gratification de cinquante mille livres à Monsieur Mansard, suivie de vingt-cinq mille livres supplémentaires pour l'achat de la charge d'Intendant Général des Bâtiments, précédemment détenue par Monsieur Gobert. Cette charge a été achetée cent mille francs. Par ailleurs, le roi a anobli Monsieur Landoüillette de Saugiviere pour ses services dans le commandement des bombardiers à Tabago, Alger et Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 15-31
LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Début :
On ne doit point s'étonner apres tous ces soins, / Grand Roy, qui dans l'Eglise avez le Droit d'Ainesse, [...]
Mots clefs :
Louanges, Monarque, Chevalier de Longueil, Hérésie, Lois, Église, Couronne, Honneur, Grandeur, Monstres, Conversion, Tyrans, Vérité, Auteurs, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
On ne doit point s'étonner
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
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Résumé : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Le poème adressé au roi Louis XIV, écrit par le Chevalier de Longueil, membre d'une famille distinguée par ses contributions aux lettres et aux mathématiques, célèbre les exploits du roi et ses efforts pour extirper l'hérésie en France. Le texte loue le roi pour ses actions en faveur de la foi catholique, comparant ses efforts à ceux des grands rois et héros du passé. Il met en avant les succès militaires du roi ainsi que ses réformes administratives, telles que l'ouverture de nouveaux ports et la construction de palais et de remparts. Le poème souligne la détermination du roi à éradiquer l'hérésie et à réunir les cœurs divisés, soulignant son rôle de défenseur de la foi et de l'unité nationale. Le texte se termine par une exhortation au roi de continuer ses efforts pour maintenir la paix et la justice dans le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 160-163
Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 17. de ce mois, on déchargea au Havre de Grace [...]
Mots clefs :
Statue, Cavalier, Statue du roi, Transport, Louis le Grand, Officiers, Cérémonie, Honneurs, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
LeSamedy 17. de ce mois,
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
on déchargea au Havre de
Grace la Statue Equeftre du
Roy , faite par le Cavalier
Bernin , dont je vous ay parlé
plufieurs fois . Elle y a efté
conduite de Civita Vecchia ,
GALANT 161
par M Barbaut , Capitaine
de Marine , für la Flute du
Roy , nommée le Tardif. Ort
Fa mife dans un Smak Hollandois
, qui doit la porter
à Rouen , & peut- eftre jufqu'à
Paris fans la décharger,
ce qui ne s'eftoit point encore
vû , mais rien n'eft im
poffible aux François fous le
Regne , & pour le fervice de
Louis LE GRAND . M' de
Montmor, Intendant de Ma
rine au Havre , a celébré
l'heureuſe arrivée de cette
Statue , par la décharge ' du
Canon & de la Moufquete-
Février 1685.
162 MERCURE
>
rie , & par le bruit des Bombes
& des Carcaffes . Cela
s'eft paffé en préſence de
tous les Officiers & des
Dames mefme , dont beaucoup
eftoient venues des
Environs , fur ce qu'elles
avoient fçû que l'on préparoit
pour cette Cerémonie.
Chacun à l'envy a marqué
fa joye par des cris reïtérez
de Vive le Roy , & par quantité
de Muids de Vin qui
ont efté défoncez au bruit
des Tambours & des Trompetes
. On peut connoiftre
là combien noftre aupar
GALANT. 163
guſte Monarque eft aimé de
fes Sujets , puis qu'ils ren-,
dent à la Statue les honneurs
qu'on n'avoit accoûtumé de
rendre qu'aux feules Perfonnes
des Roys .
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Résumé : Arivée de la Statuë du Roy au Havre, [titre d'après la table]
Le 17 février 1685, la statue équestre du roi, sculptée par le Cavalier Bernin, a été débarquée au Havre de Grâce après un transport depuis Civita Vecchia à bord de la flûte royale 'Le Tardif', sous la direction de M. Barbaut. Elle a ensuite été transférée dans un smack hollandais pour être acheminée jusqu'à Rouen et potentiellement Paris sans être déchargée, une première en France. Cet exploit a eu lieu sous le règne de Louis XIV. M. de Montmor, intendant de marine, a marqué l'événement par des salves de canon et de mousqueterie, ainsi que par des explosions de bombes et de carcasses. La cérémonie, en présence des officiers et de nombreuses dames, a été célébrée par la population avec des cris de 'Vive le Roy' et en défonçant des muids de vin au son des tambours et des trompettes, exprimant ainsi leur loyauté envers le monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 6-20
Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Début :
Comme ce Monarque travaille sans cesse pour le bien & [...]
Mots clefs :
Compagnie, Sujets, Commerce, Conseils, Royaume, Déclaration, Religion, Monarque, Marchandises, Articles, Étrangers, Articles, Ordonnances, Conseil d'État
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Comme ce Monarque travaille
fans ceffe pour le bien
GALANT.
7
>
& pour le repos de fes Sujets,
il ne fe paffe aucun mois où
l'on ne voye plufieurs de fes
Déclarations , & des Arrests
de fon Confeil d'Etat , à leur
avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration , nne
Compagnie fous le Titre de
Compagnie de Guinée , qui fera
feule à l'exclufion de tous autres,
le Commerce des Négres , de la
Poudre d'or , & de toutes autres
Marchandifes
, qu'elle pourra
> traiter aux Coftes d'Afrique, depuis
la Riviere de Serre - Lionne
inclufivement jufques au Cap de
bonne Efpérance. Les premie
A. iiij
8 MERCURE
[
res lignes de cette Déclara
tion marquent mieux que je
ne pourrois faire , les bonnes
intentions qu'a Sa Majeſté de
faire du bien à fes Sujets.
Elles font conceues en ces
termes . Apres avoir heureuſement
finy tant de longues & de
diferentes Guerres , pendant le
cours defquelles Dieu a beny vifiblement
, & fait profperer nos
Armes , Nous nous fommes apliquez
à donner le repos à nos Peuples
, par les Traitez de Paix
de Tréve que Nous avons
faits avec les Princes & Etats
nos Voifins . Et comme dans la
[ A
GALANT.
(9
t
tranquilité dont jouit à préfent
noftre Royaume , rien ne peutfi
naturellement introduire l'abondance
, que le Commerce, Nous
avons réfolu d'en procurer par
toutes fortes de voyes l'augmentation
, notamment de celuy qui
fe fait dans les Païs éloignez
Ces lignes font affez con
noistre de quelle maniere le
Roy veille au bien de fon
Etat. En voicy d'autres qui
regardent les biens de la
Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compagnie
en pleine proprieté les
Terres qu'elle pourra occuper és
10 MERCURE
lieux , & pendant le temps de
fa conceffion , efquels Nous luy
permettons de faire tels Etablif
femens que bon luy femblera , y
conftruire des Forts pour fa fem
reté, y faire transporter des Ar
mes & Canons , # établir
des Commandans , nombre
d'Officiers & Soldats neceſſaires
pour affurerfon Commerce , tant
contre les Etrangers que les Naaurels
, auquel Effet Nous permettons
à la Compagnie de faire
avec les Roys , Négres , tous
Traitez de Commerce quelle avifera
, apres l'expiration du
Privilege par Nous prefenteGALANT.
II
>
que ladite ment accordé , Voulons
Compagnie puiffe difpofer de fes
Habitations , Armes Munitions
, ainfi que de fes autres Effets,
Meubles, Uftancilles, Marchandifes
& Vaiffeaux , comme
de chofes à elle appartenantes
,
en toute proprieté.
2
Le principal foin du Roy
eftant de faire fleurir la Re
ligion Catholique , cette mef
me Déclaration enferme l'Article
qui fuit , Ne pourra ladite
Compagnie employer ny donner
aucunes Commiffions qu'à des
Gens de la Religion Catholique
Apoftolique Romaine , & en
12 MERCURE
cas que ladire Compagnie faffe
quelques établissemens dans les
Pays de la prefente Conceffion,
elle fera obligée de faire paffer
le nombre de Preftres au Miffionnaires
nece ffaires pour l'in
Aruction & exercice de ladite
Religion , & donner les fecours
Spirituels à ceux quiy auront eſtê
envoyez.
De cet Article de Reli
gion , je paffe à une autre
Déclaration du Roy qui la
regarde . Elle eft , Pour la pu
nition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée, qui
fouffrent dans les Temples des
GALANT 13
Perfonnes que le Roy a défendu
d'y admettre , pour l'interdi-
Etion defdits Temples. On y
contrevient fi fouvent , que
l'on ne peut eftre trop rigide
fur cet Article.
Il a auffi paru depuis peu
un Arreft du Confeil d'Etat,
Qui enjoint à tous ceux de la
Religion Prétenduë Réformée,
dont les Charges de Notaires
ont efté remplies de perfonnes
Catholiques
Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Inftices
Royales des lieux où ils
étoient. Sans cette prévoyande
remettre les
14 MERCURE
ce du Roy , le Public auroit
fouffert un jour un notable
préjudice , parce qu'avec le
temps ces Minutes auroient
efté diverties ou égarées.
Cet Arreſt a esté ſuivy de
deux autres , tous deux pour
le foûlagement des Sujets de
Sa Majesté. Le premier a
pour Tître , Arrest du Confeil
d'Etat, portant interpretation de
celuy du
30. Decembre dernier,
སྙན
qui décharge du Droit de Fret
les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le
Royaume. Le Roy par cet
Arreſt ſi judicieux , fait voir
L
GALANT. 15
que fes interefts luy font
moins chers que ceux de fon
Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prée
le
a
voyance fi defintereffée, marque
mieux que toute chofe,
combien un Monarque eft
digne de commander. Voiilcyl'autre
Arreft dont je vous
ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui
ono efté fournies aux Troupes quz
ont paffe dans les Provinces
Generalitez du Royaume , depuis
l'année 1676. jufques & compris
l'année 1685
16 MERCURE
On voit par cet Arreft que
ceux qui étoient chargez du
remboursement de ces Etapes
, n'ayant pas remboursé
plufieurs Communautez , &
Particuliers , Habitans qui
ont fouffert le Logement effectif
des Gens de Guerre,
& fourny les Etapes en ef
pece , ce qui leur à caufé un
préjudice confiderable , Sa
Majefté y pourvoit . On ne
doit plus s'étonner fi le Roy
entrant inceffamment dans
tout ce qui regarde le bien
& l'utilité de fes Sujets, pafle
les journées entieres à tra
vailler
a
L
GALANT. 17
vailler , ou feul , cu dans fes
Confeils.
Il a aufli paru depuis peu
un Arrest du Confeil d'Etat
qui ordonne , Que les Directeurs
du Domaine d'Occident,
reprefenteront inceffamment pardevant
Ms de Boucherat &
Puffort , Confeillers Ordinaires
au Confeil Royal , un état certifié
des Effets reftans de la Compagnie
des Indes Occidentales.
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiftre com--
bien le Roy marque de bon--
té pour les Sujets par cet Ar
reft,le feroit beaucoup moins
Mars 1685,
"
B
18 MERCURE
1
que les paroles fuivantes
voir
du mefme Arreft . Et Sa Majesté
voulant eftre informée de la
quantité , & de la qualité des
Effets reftans à prefent , de ceux
laiffez en la dispofition defdits
Directeurs , tant dans les fles
qu'ailleurs , & prendre une connoiffance
particuliere de toutes
les Affaires de la Direction, comme
il a eftéfait pour les Compagnies
des Indes Orientales &
du Nord, & en confequence liquider
les pretentions des Creanciers
& Actionaires , qui demandent
le remboursement ,
mefme pourvoir audit rembour
GALANT. 191
S
fement , à ce qui fe trouvera
plus convenable pour l'augmentation
des Ifles Françoifes de
l'Amerique, & du Canada. Le
Roy étant en fon Confeil
donné, c...
apor-
Il vient auffi de paroiftreune
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des
Indes Orientales . Elle mar
que les grands foins que Sa
Majefté prend pour foûtenir
& faire fleurir fon Commerce ,,
afin de donner à fes Sujets
les occafions de négocier
dans les Pais les plus éloi--
gnez , d'acheter de la pre-
7
Bij
20 MERCURE
micre main les Marchandifes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez
les Etrangers voifins de ce
grand Royaume , & d'intraduire
mefme par le moyen
du Commerce la Religion
Chrétienne , inconnue pref
que dans tous ces Pais . Ja
mais Monarque s'eft- il appli
qué avec tant de prévoyance
& de bonté , à procurer l'a
bondance à les sujets , & à
augmenter la gloire de fon
Etat?
fans ceffe pour le bien
GALANT.
7
>
& pour le repos de fes Sujets,
il ne fe paffe aucun mois où
l'on ne voye plufieurs de fes
Déclarations , & des Arrests
de fon Confeil d'Etat , à leur
avantage. Il a étably depuis
peu par une Déclaration , nne
Compagnie fous le Titre de
Compagnie de Guinée , qui fera
feule à l'exclufion de tous autres,
le Commerce des Négres , de la
Poudre d'or , & de toutes autres
Marchandifes
, qu'elle pourra
> traiter aux Coftes d'Afrique, depuis
la Riviere de Serre - Lionne
inclufivement jufques au Cap de
bonne Efpérance. Les premie
A. iiij
8 MERCURE
[
res lignes de cette Déclara
tion marquent mieux que je
ne pourrois faire , les bonnes
intentions qu'a Sa Majeſté de
faire du bien à fes Sujets.
Elles font conceues en ces
termes . Apres avoir heureuſement
finy tant de longues & de
diferentes Guerres , pendant le
cours defquelles Dieu a beny vifiblement
, & fait profperer nos
Armes , Nous nous fommes apliquez
à donner le repos à nos Peuples
, par les Traitez de Paix
de Tréve que Nous avons
faits avec les Princes & Etats
nos Voifins . Et comme dans la
[ A
GALANT.
(9
t
tranquilité dont jouit à préfent
noftre Royaume , rien ne peutfi
naturellement introduire l'abondance
, que le Commerce, Nous
avons réfolu d'en procurer par
toutes fortes de voyes l'augmentation
, notamment de celuy qui
fe fait dans les Païs éloignez
Ces lignes font affez con
noistre de quelle maniere le
Roy veille au bien de fon
Etat. En voicy d'autres qui
regardent les biens de la
Compagnie en particulier.
Appartiendront à ladite Compagnie
en pleine proprieté les
Terres qu'elle pourra occuper és
10 MERCURE
lieux , & pendant le temps de
fa conceffion , efquels Nous luy
permettons de faire tels Etablif
femens que bon luy femblera , y
conftruire des Forts pour fa fem
reté, y faire transporter des Ar
mes & Canons , # établir
des Commandans , nombre
d'Officiers & Soldats neceſſaires
pour affurerfon Commerce , tant
contre les Etrangers que les Naaurels
, auquel Effet Nous permettons
à la Compagnie de faire
avec les Roys , Négres , tous
Traitez de Commerce quelle avifera
, apres l'expiration du
Privilege par Nous prefenteGALANT.
II
>
que ladite ment accordé , Voulons
Compagnie puiffe difpofer de fes
Habitations , Armes Munitions
, ainfi que de fes autres Effets,
Meubles, Uftancilles, Marchandifes
& Vaiffeaux , comme
de chofes à elle appartenantes
,
en toute proprieté.
2
Le principal foin du Roy
eftant de faire fleurir la Re
ligion Catholique , cette mef
me Déclaration enferme l'Article
qui fuit , Ne pourra ladite
Compagnie employer ny donner
aucunes Commiffions qu'à des
Gens de la Religion Catholique
Apoftolique Romaine , & en
12 MERCURE
cas que ladire Compagnie faffe
quelques établissemens dans les
Pays de la prefente Conceffion,
elle fera obligée de faire paffer
le nombre de Preftres au Miffionnaires
nece ffaires pour l'in
Aruction & exercice de ladite
Religion , & donner les fecours
Spirituels à ceux quiy auront eſtê
envoyez.
De cet Article de Reli
gion , je paffe à une autre
Déclaration du Roy qui la
regarde . Elle eft , Pour la pu
nition des Miniftres de la Reli
gion Prétendue Réformée, qui
fouffrent dans les Temples des
GALANT 13
Perfonnes que le Roy a défendu
d'y admettre , pour l'interdi-
Etion defdits Temples. On y
contrevient fi fouvent , que
l'on ne peut eftre trop rigide
fur cet Article.
Il a auffi paru depuis peu
un Arreft du Confeil d'Etat,
Qui enjoint à tous ceux de la
Religion Prétenduë Réformée,
dont les Charges de Notaires
ont efté remplies de perfonnes
Catholiques
Minutes des Contracts , & autres
Actes , aux Greffes des Inftices
Royales des lieux où ils
étoient. Sans cette prévoyande
remettre les
14 MERCURE
ce du Roy , le Public auroit
fouffert un jour un notable
préjudice , parce qu'avec le
temps ces Minutes auroient
efté diverties ou égarées.
Cet Arreſt a esté ſuivy de
deux autres , tous deux pour
le foûlagement des Sujets de
Sa Majesté. Le premier a
pour Tître , Arrest du Confeil
d'Etat, portant interpretation de
celuy du
30. Decembre dernier,
སྙན
qui décharge du Droit de Fret
les Vaiffeaux étrangers qui
ameneront des Bleds dans le
Royaume. Le Roy par cet
Arreſt ſi judicieux , fait voir
L
GALANT. 15
que fes interefts luy font
moins chers que ceux de fon
Peuple , & donne lieu aux
Etrangers d'amener des Bleds
dans le Royaume. Une prée
le
a
voyance fi defintereffée, marque
mieux que toute chofe,
combien un Monarque eft
digne de commander. Voiilcyl'autre
Arreft dont je vous
ay parlé , il concerne le
Remboursement des Etapes qui
ono efté fournies aux Troupes quz
ont paffe dans les Provinces
Generalitez du Royaume , depuis
l'année 1676. jufques & compris
l'année 1685
16 MERCURE
On voit par cet Arreft que
ceux qui étoient chargez du
remboursement de ces Etapes
, n'ayant pas remboursé
plufieurs Communautez , &
Particuliers , Habitans qui
ont fouffert le Logement effectif
des Gens de Guerre,
& fourny les Etapes en ef
pece , ce qui leur à caufé un
préjudice confiderable , Sa
Majefté y pourvoit . On ne
doit plus s'étonner fi le Roy
entrant inceffamment dans
tout ce qui regarde le bien
& l'utilité de fes Sujets, pafle
les journées entieres à tra
vailler
a
L
GALANT. 17
vailler , ou feul , cu dans fes
Confeils.
Il a aufli paru depuis peu
un Arrest du Confeil d'Etat
qui ordonne , Que les Directeurs
du Domaine d'Occident,
reprefenteront inceffamment pardevant
Ms de Boucherat &
Puffort , Confeillers Ordinaires
au Confeil Royal , un état certifié
des Effets reftans de la Compagnie
des Indes Occidentales.
Tout ce que je pourrois dire
pour faire connoiftre com--
bien le Roy marque de bon--
té pour les Sujets par cet Ar
reft,le feroit beaucoup moins
Mars 1685,
"
B
18 MERCURE
1
que les paroles fuivantes
voir
du mefme Arreft . Et Sa Majesté
voulant eftre informée de la
quantité , & de la qualité des
Effets reftans à prefent , de ceux
laiffez en la dispofition defdits
Directeurs , tant dans les fles
qu'ailleurs , & prendre une connoiffance
particuliere de toutes
les Affaires de la Direction, comme
il a eftéfait pour les Compagnies
des Indes Orientales &
du Nord, & en confequence liquider
les pretentions des Creanciers
& Actionaires , qui demandent
le remboursement ,
mefme pourvoir audit rembour
GALANT. 191
S
fement , à ce qui fe trouvera
plus convenable pour l'augmentation
des Ifles Françoifes de
l'Amerique, & du Canada. Le
Roy étant en fon Confeil
donné, c...
apor-
Il vient auffi de paroiftreune
Déclaration du Roy concernant
la Compagnie des
Indes Orientales . Elle mar
que les grands foins que Sa
Majefté prend pour foûtenir
& faire fleurir fon Commerce ,,
afin de donner à fes Sujets
les occafions de négocier
dans les Pais les plus éloi--
gnez , d'acheter de la pre-
7
Bij
20 MERCURE
micre main les Marchandifes
qui viennent des Indes , &
qu'ils alloient prendre chez
les Etrangers voifins de ce
grand Royaume , & d'intraduire
mefme par le moyen
du Commerce la Religion
Chrétienne , inconnue pref
que dans tous ces Pais . Ja
mais Monarque s'eft- il appli
qué avec tant de prévoyance
& de bonté , à procurer l'a
bondance à les sujets , & à
augmenter la gloire de fon
Etat?
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Résumé : Arrests & Déclarations, [titre d'après la table]
Le texte relate les actions du monarque en faveur du bien-être de ses sujets et du développement du commerce. Le roi a fondé la Compagnie de Guinée, qui détient le monopole du commerce des esclaves, de la poudre d'or et d'autres marchandises sur la côte africaine, depuis la rivière de Serre-Lionne jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. Cette initiative vise à augmenter le commerce et à procurer l'abondance dans le royaume. La compagnie est autorisée à occuper des terres, construire des forts, et établir des commandants et des soldats pour assurer sa sécurité. Le roi insiste également sur l'emploi exclusif de catholiques au sein de la compagnie et sur l'établissement de missionnaires pour propager la religion catholique. Le texte mentionne plusieurs déclarations et arrêts du Conseil d'État visant à punir les ministres de la religion prétendue réformée et à protéger les intérêts des sujets du roi. Par exemple, un arrêt oblige les protestants à remettre les minutes des contrats aux greffes des instances royales. Un autre arrêt exonère de droits de fret les navires étrangers apportant des céréales, facilitant ainsi l'importation de blé. Un autre arrêt prévoit le remboursement des étapes fournies aux troupes depuis 1676. Enfin, un arrêt concerne la liquidation des effets restants de la Compagnie des Indes Occidentales pour rembourser les créanciers et actionnaires, et pour augmenter les îles françaises d'Amérique et du Canada. Le roi montre ainsi une grande sollicitude pour le bien-être de ses sujets et pour le développement du commerce et de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 126-137
Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé des Arts, que les soins, [...]
Mots clefs :
Soins, Médecine, Remèdes, Apothicaire, Thériaque, Composition, Hôpitaux, Abeilles, Boeuf, Excréments, Peuple, Monarque, Animal solaire, Âme, Planètes, Astres, Morsure, Mort
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texteReconnaissance textuelle : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Je vous ay fouvent
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
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Résumé : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Le texte aborde la médecine et la thériaque, un remède spécifique. La médecine est décrite comme un art long, difficile et inélégant, mais elle émerge d'une période d'oubli grâce à la préparation de remèdes spécifiques, notamment la thériaque. À Paris, des apothicaires tels que Jos. Froy, Jauffon et Bolduc ont préparé publiquement cette composition devant la Faculté de Médecine, en présence de M. le Lieutenant Général de Police et de M. le Procureur du Roy. M. de Rouvière, apothicaire du Roy, a également entrepris cette composition et a publié des thèses à ce sujet. Le texte inclut une description d'un emblème énigmatique lié à la thériaque. Cet emblème représente des abeilles sortant des entrailles d'un bœuf mort, symbolisant la royauté et le gouvernement monarchique des abeilles. L'emblème utilise des symboles astronomiques et animaux pour illustrer la noblesse et le bonheur sous un roi. Parmi les éléments mentionnés figurent le bélier, le lézard, la vipère et le serpent, chacun ayant une signification spécifique dans le contexte de la médecine et de la royauté. L'emblème vise à montrer que les peuples seraient heureux sous la domination du monarque français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 186-202
Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Début :
Comme la Renommée répand par tout les grandes Nouvelles [...]
Mots clefs :
République de Gênes, Articles, Majestés, Pape, Sénateurs, Marquis, Doge, Grâces, Monarque, Hommage, Victoire, Piété, Justice, Prince, Envoyé extraordinaire, Gouverneur, Lettre, Audience, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Comme la Renommée ré
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
pand par tout les grandes.
Nouvelles avec une vilteffe
incroyable , il y a déja quelque
temps fans doute que
vous avez entendu parler des
Articles accordez par le Roy
GALANT. 187
à la République de Genes.
Si je ne vous en ay rien dit:
jufques à prefent , c'est parce
que j'ay crû à propos d'attendre
que je vous puffe éclaircir
feurement de tout ce qu'ils
contiennent , & mefme qu'ils
euffent efté ratifiez. Cet endroit
de l'Hiftoire de noftre :
Augufte Monarque , ne con
tribuera pas peu à mettre fa
Gloire au plus haut degré, où
celle d'aucun Souverain ait :
jamais efté portée , moins ;
toutefois par l'éclatant
Hom
mage que cette Republique:
ly rend , que parce qu'il a
Qij
188 MERCURE
bien voulu fe contenter de là
fatisfaction que vous allez
voir marquée en ces Articles,
dans un temps où il pouvoit
efperer tout de fes Armes &
de la Victoire , qui a toûjours
favorisé fes juftes deffeins .
Mais fa pieté qui n'eft pas
moins grande que fa Juftice ,
n'a pû fouffrir qu'il refufaft
aux preffantes inftances du
Pape , ce que Sa Sainteté luy
a demandé, & il n'a pas creu
devoir inquieter l'Italie , lors
qu'il la voit obligée d'unir fes
forces contre celles de l'Ennemy
du nom Chreftien. Un
)
GALANT. 189
Prince moins
genereux , &
qui n'auroit
pas appris à eſtre
toûjours
Maiſtre
de luy - mef
me , fe feroit fervy de l'occafion
; mais le Roy fatisfait
de
fa Gloire , ne diſpute
plus depuis
long-temps
à ceux qui
fe veulent
liguer contre luy,
que l'avantage
de travaillet
plus qu'eux
, à mettre
le calme
dans toute l'Europe
. C'eſt
dans la vue de l'y rétablir
entierement
, qúe Sa Majesté
figna le Pouvoir
quit fuit le
neuviéme du dernier mois.
Le Roy ayant efté informé par
le fieur Evefque de Fano, Nonce
190 MERCURE
Extraordinaire de Sa Sainteté,
que non feulement la Republique
de Genes avoit pris la réſolution
d'accepter les Conditions qui luy
ont efté impofées par Sa Majesté,.
pour tâcherpar cette faumiffion à
rentrer dans fes bonnes graces ,
mais mefine qu'elle avoit envoyé
un plein Pouvoir au fieur de
Marini pour enfigner enfonNom
les Articles, avec telles Perfonnes
qu'il plairont à Sa Majesté commettre
, Sa Majesté a pour cet
effet aurarifé de fa part , comme
Elle autorife par ces Prefentes , le
fieur Colbert , Chevalier , Marquis
de Croiffy, Confeiller en touss
GALANT. 19r
&
fes Confeils , Prefident à Mor
tier en fa Chambre de Parlement
à Paris , Secretaire d'Etat de Sa
Majefté , & de fes Commandemens
& Finances , auquel Elle
a donné plein Pouvoir, Commiffian
, & Mandement Special
d'accepter , conclurre , & figner
enfon Nom , avec ledit fieur de
Marini , les Articles dont ils feront
convenus ; promettant Sadite
Majesté, en foy & parole de
d'executer Roy , d'accomplir,
ponctuellement, & avoir agréable
, & tenir ferme & ſtable à
toujours , tout ce que ledit fieur
de Croiffy aura promis , &figné
192 MERCURE
en vertu du prefent Pouvoirs
comme auffi d'en fournir ſa Rati
fication en bonneforme , dans le
temps qu'il aura efté convenu.
En témoignage dequoy Nous
avons figné ces Prefentes de
noftre main , & à icellesfait ap
pofer noftre Scel fecret.
M' le Marquis de Marini,
Envoyé Extraordinaire de la
République de Genes auprés
de Sa Majefté , avoit reçeu
un Plein- pouvoir par une
Lettre des Duc, Gouverneurs:
& Procureurs de cette Republique
, figné Girolamo de
Mari , & Carlo Maſcardi , &
dattées
GALANT. 193
que
dattée du 29. Janvier. Cette
Lettre portoit , Que la Republique
ayant connu , tant par le
compte qu'il luy avoit rendu de
toutes chofes , que par celles que
M¹ Rannuzzi, Nonce du Pape,
avoit reprefentées à Sa Sainteté,
le Roy renfermoit la Satisfaction
qu'ilfouhaitoit , à demander
l'on envoyaft le Doge , & quatre
Senateurs en France; Qu'elle defarmaſt
les quatre Galeres armées
nouvellement; Que la Republique
fe reduifit à l'état de Neutralité,
où elle eftoit par le paffé envers
les Couronnes de France & d'Efpagne
; Qu'on payaft cent mille
Mars 1685. R
194 MERCURE
écus à M le Comte de Fiefque,.
& qu'on reftituaft aux François
qui demeuroient à Genes au mois
de May dernier , les biens qui
leur avoient efte oftez ; Les Ducs,
Gouverneurs & Procureurs , au
nom de la Republique , voulant
montrer l'extréme foumiffion
•qu'elle avoit pour tout ce que
Majefte pouvoit fouhaiter , luy
donnoient pouvoir de traiter
de conclurre fur fes Demandes,
en s'appliquant particulierement
à faire exprimer ce que devoit
faire la Republique , en paroles
claires , & qui ne puffentfouffrir
aucune équivoque.
Sa
GALANT. 195
Apres ces Pouvoirs recipro
quement donnez , M ' Col.
bert de Croiffy , arreſta avec
M' le Marquis de Marini,
que le Doge à prefent en charge
, & quatre Senateurs auffi
en charge , fe rendront dans
la fin de ce mois , ou dans le
dixiéme du mois prochain à
Marfeille , ou en quelqu'autre
Ville du Royaume , d'où
ils viendront au lieu où Sa
Majefté fera , qu'ils feront.
admis à fon Audience , reveftus
de leurs Habits de Ceremonie
; que le Doge portant
la parole au nom de la
Rij
196 MERCURE
›
Republique,témoignera l'extréme
regret qu'elle a d'avoir
déplû à Sa Majeſté , & qu'il
employera dans fon Difcours
les expreffions les plus foûmifes
, & les plus refpectueufes
& qui marqueront le
mieux le defir fincere qu'el
le a de meriter à l'avenir la
bien- veillance de Sa Majeſté,
& de fe la confetver foigneufement
. Que luy & les quatre
Senateurs étant retournez à
Genes , continueront d'exercer
leurs Charges , fans que
d'autres puiffent eftre mis à
leurs places , ny pendant leur
GALANT. 197
abfence , ny apres leur retour,
fi ce n'eft lors que le temps
ordinaire de leur Gouvernement
fera expiré. Que toutes
les Troupes Efpagnoles que
la Republique de Genes a in
troduites dans les Villes, Placès
, & Païs dépendans de cet
Etat , feront congediés dans
le temps d'un mois , & qu'el
le renonce dés à prefent en
vertu de ce Traité , à toutes
les Ligues & Affociations qu'-
elle pourroit avoir faites depuis
le 1. Janvier 1683. Que
Genois reduiront auffi dans
le mefine temps leurs Gale
eles :
R. iij
198 MERCURE
res , au mefme nobre qu'elles
eftoient il y a trois ans, & pour'
cet effet defarmeront celles
qu'ils ont fait équiper depuis.
A l'égard de ce que la Republique
a offert de rendre aux
Sujets du Roy , tout ce qu'elle
a pû retirer des effets qui
appartiennent , fur ce leur
que Sa Majefté avoit deman .
dé , qu'elle dédommageaft
tous les François , non feule.
ment de ce qui leur a efté pris
& enlevé , tant dans la Ville.
de Genès , que dans les Païs
qui en dépendent , mais auffi
de toutes les prifes qui ont
GALANT. 199
efté faites fur eux par leurs
Vaiffeaux , & autres Bafti
mens que les Genois ont armez
, ou autoriſez. Il fut dé
claré que Sa Majesté accep
tant cer offre , & fuivant les
mouvemens de fa Fieté, vouloit
bien fe contenter , qu'au
lieu des autres dédommagemens
fi juftement prétendus,
la Republique s'obligeaft de
cótribuer à la Reparation des
Egliles & lieux Sacrez , qui
ont efté rüinez , ou endommagez
par les Bombės , que
le refus de donner une jufte
fatisfaction à Sa Majefté , a
R iiij
200 MERCURE
attirées indiftinctement fur la
Ville de Genes , toute la fomme
d'argent que le Pape eftimera
convenable , remettant
à Sa Sainteté de regler le
temps , dans lequel ces Reparations
devront eftre faites..
Par un autre Article qui regarde
M' le Comte de Fief
que , & les anciennes prétentions
de fa Maifon contre
cette Republique , le Roy
ayant defiré qu'il luy fut payé
prefentement cent
Scent milles
écus , Monnoye de France , la
Republique pour témoigner
en cela fa déference pour Sa
GALANT. 201
Majefté , & meriter d'autant
plus l'honneur de fes bonnés
graces , s'obligea par ce feulmotif,
& non autrement , de
payer à M' le Comte de Fiefque
, cette fomme de cent
mille écus , fans préjudice des,
raifons qu'elle prétend avoir
contre luy,aufquelles ce payement
ne pourra donner aucune
atteinte.
Je ne vous dis rien des autres
Articles . Ils ne roulent.
que fur l'affeurance que donne
le Roy , du favorable acdueil
qu'il prépare au Dogé
& aux quatre Senateurs , pour
202 MERCURE
marquer à la Republique le
retour de fa bien - veillance
Royale , & fur la ceffation de
tous Actes d'hoftilité , tant
fur Terre que fur Mer. Ces
Articles ayant efté fignez le
douzième du paffé , par M' le
Nonce du Pape ; par M' Colbert
de Croiffy , & par M le
Marquis de Marini . Sa Ma
jefté les ratifia le troifiéme de
cé mois ce que la Republique
de Genes avoit fait des :
le 25. Fevrier.
Fermer
Résumé : Articles accordez par le Roy à la République de Génes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les accords conclus entre le roi de France et la République de Gênes. Les termes de ces accords ont rapidement été divulgués. Le roi a attendu pour en parler afin de s'assurer que les articles soient clarifiés et ratifiés. Ces accords augmentent la gloire du roi, non seulement par l'hommage de Gênes, mais aussi par sa décision de se contenter des satisfactions offertes, bien qu'il aurait pu espérer plus par la force de ses armes. Par piété et justice, le roi a refusé de troubler l'Italie, déjà engagée contre l'ennemi du nom chrétien. Il a signé un pouvoir le 9 du mois précédent pour rétablir la paix en Europe. Informé par le nonce du pape, le roi a autorisé Colbert de Croissy à accepter et signer les articles avec le marquis de Marini, représentant de Gênes. Les conditions imposées à Gênes incluent l'envoi du Doge et de quatre sénateurs en France pour témoigner de leur soumission, le désarmement de quatre galères, le retour à la neutralité envers la France et l'Espagne, le paiement de cent mille écus au comte de Fiesque, et la restitution des biens aux Français. Gênes a également accepté de congédier les troupes espagnoles et de réduire ses galères au nombre qu'elles étaient trois ans auparavant. En échange, le roi a accepté que Gênes contribue à la réparation des églises endommagées par les bombardements. Les articles ont été signés le 12 du mois précédent, ratifiés par le roi le 3 du mois en cours, et par Gênes le 25 février.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 236-280
Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé assez amplement dans ma derniere Lettre [...]
Mots clefs :
Angleterre, Proclamation, Décès, Monarque, Seigneurs, Milord, Couronne, Conseil, Charge, Armes, Cérémonies, Religion, Obéissance, Serments, Magistrats, Royaume, Archevêque, Héritiers, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé aſſez amplement
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
Fermer
Résumé : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la maladie, la mort de Charles II et l'accession au trône de son frère Jacques II. Le 7 février, les médecins rassurent le duc d'York (futur Jacques II) sur l'état de santé du roi, mais Charles II est de nouveau victime de convulsions et perd progressivement la parole. Le roi exprime sa résignation et ses sentiments pieux, demande pardon à Dieu, à la reine et au duc d'York, et recommande l'obéissance à ce dernier. Charles II meurt le 16 février à onze heures trois quarts du matin. Jacques II, devenu roi, annonce la nouvelle avec dignité et fermeté. Les cérémonies de proclamation se déroulent rapidement et sans trouble, le peuple acclamant le nouveau roi. Jacques II déclare que les fonctionnaires conservent leurs charges jusqu'à nouvel ordre et exprime son intention de convoquer un Parlement pour établir des revenus suffisants. Le corps de Charles II est embaumé et enterré à l'abbaye de Westminster. Jacques II et la reine font des dévotions publiques, et le roi annonce sa profession de la religion catholique, appelant à la franchise et à la sincérité. Les cérémonies et proclamations suivant l'accession au trône de Jacques II en Angleterre et Jacques VII en Écosse sont marquées par des manifestations de joie extraordinaire dans toutes les villes, avec des salves d'artillerie, des feux de joie et des proclamations officielles. Les magistrats, vêtus de robes d'écarlate, proclament l'avènement du nouveau roi, suivi de décharges de canons et de salves des milices. Dans les villes maritimes, les vaisseaux tirent également des salves. À Cambridge, la proclamation est faite lors d'une procession académique, suivie d'un grand repas en l'honneur du roi et de la reine. Les principales villes et communautés présentent des adresses au roi, exprimant leur zèle et leur fidélité, et remerciant le roi pour son engagement à maintenir le gouvernement établi dans l'Église et l'État selon les lois du royaume. Les compagnies de commerce soumettent également des adresses, acceptant de payer les impôts sur les marchandises conformément à la déclaration publiée. En Écosse, la proclamation est faite après la réception des lettres du roi, confirmant la continuité des officiers d'État et des magistrats dans leurs fonctions jusqu'à nouvel ordre. Jacques II, devenu Jacques VII en Écosse, est proclamé roi d'Écosse, d'Angleterre et d'Irlande, avec des serments de fidélité prêtés par les sujets. Les préparatifs pour le couronnement sont planifiés pour le mois de mai, avec des cérémonies similaires à celles du règne précédent, à l'exception de certaines traditions comme la création des chevaliers du Bain. Le duc d'Ormond reçoit l'ordre de se rendre à la cour, et des lettres circulaires sont envoyées pour convoquer le Parlement. L'université d'Oxford présente également une adresse, affirmant sa fidélité au roi et son engagement à maintenir la doctrine religieuse établie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 22-48
LETTRE.
Début :
Un Particulier ayant fait divers Ouvrages sur les dernieres Actions / Je me souviens, Monsieur, que vous avez voulu me persuader [...]
Mots clefs :
Approbation, Louis, Univers, Sentiments, Roi, Combats, Grandeur, Lois, Héros, Fortune, Monarque, Sage, Ennemis, Ambassadeur, Mérite, Guerre, Éloge, Honneur, Campagne militaire, Espagne, Vainqueur, Prudence, Courage, États, Audace, Sentiments, Conquérant, Trêve, Souverain, Armes, Peuple, Bonheur, Devise, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE.
Un Particulier ayant fait
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
Fermer
Résumé : LETTRE.
Une lettre décrit les actions récentes du roi Louis XIV, mettant en avant ses mérites dans la gestion des finances, la réforme des lois et le soutien aux arts. Le roi est présenté comme un héros tant dans les affaires publiques que privées, capable de soumettre les plus grandes puissances. L'ambassadeur d'Espagne, lors de son départ de France, a reconnu la grandeur du roi tout en restant loyal à son propre maître. La lettre souligne les succès militaires français, avec la soumission de villes et territoires, confirmant la prophétie de l'ambassadeur sur la difficulté des ennemis à résister au roi. Le texte célèbre les exploits et la sagesse de Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', en évoquant ses succès militaires et diplomatiques, notamment la soumission de Liège et Trèves. La naissance du duc d'Anjou est perçue comme un signe de futurs héros. La trêve récemment conclue par Louis XIV démontre sa maîtrise et son contrôle. Le roi est comparé à un conquérant sans égal, dont les faits seront légendaires. La devise allégorique du texte compare le roi au Soleil, avec les paroles 'Curro, fed tacito motu'. Le Soleil, symbole de la conduite du roi, est observé par des astronomes de diverses nations. La devise se développe autour de l'idée que le Soleil, régulier et puissant, distribue ses bienfaits et sa lumière partout. Le texte se conclut par une comparaison avec Mercure et une déclaration d'attachement à une personne désignée par 'vostre tres,&c. F. F. D. C. R. G.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 1-13
Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Quelque éclat qui ait accompagné le grand nombre de Victoires [...]
Mots clefs :
Victoires, Europe, Roi de France, Gloire, Admiration, Actions, Monarque, Sujets, Ministres, Affaires, Bonté, Arrêt du conseil, Malheureux, Éloges, Louis le Grand, Devises, Inscriptions, Dictionnaire, Palais de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
Fermer
Résumé : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
En mai 1685, le roi Louis XIV a accordé une remise annuelle de plus de sept cent mille livres pendant trois ans à plusieurs fermiers généraux, démontrant ainsi sa générosité. Cette décision, examinée personnellement par le roi pour garantir son équité, concernait plus de quarante personnes mentionnées dans un arrêt du Conseil d'État. La réputation du roi est souvent comparée à celle des grands princes de l'histoire, comme le montre l'ouvrage 'Parallèle de Louis le Grand avec les autres Princes qui ont été surnommés Grands' par M. de Verton. Un dictionnaire historique des conquêtes du roi de 1643 à 1679 témoigne également de ses réalisations. Louis XIV est décrit comme modeste face aux éloges, préférant être moins loué. Le texte évoque également des inscriptions poétiques destinées à orner les palais de Versailles et du Louvre, soulignant la supériorité du roi sur la nature et l'art. Une inscription anonyme, destinée au Louvre, est portée par une figure allégorique de la Renommée tenant le portrait du roi et une trompette. Les vers de cette inscription comparent la grandeur et la majesté du roi à celles des empereurs romains, affirmant : 'Monde, viens voir ce que je vois, Et ce que le Soleil admire, Rome dans un Palais, dans Paris un Empire, Et tous les Césars dans un Roy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 64-66
Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ne s'applique pas seulement à tout ce qui peut [...]
Mots clefs :
Sujets, Roi, Paix, Europe, Cour d'Espagne, Chrétienté, Ministre, Actions publiques, Monarque, Panégyrique
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texteReconnaissance textuelle : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
Le Roy ne s'applique pas
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
feulement à tout ce qui peut
fervir au falut des ames de fes
Sujets ; il travaille encore à
tout ce qui peut leur procurer
le repos pendant leur vie .
& comme il dépend fur tout
de l'affermiffement de la paix
qu'il a donnée à l'Europe , ce
grand Prince n'oublie rien
de ce qu'il juge devoir y contribuer:
Cela fe conoift par les
I
GALANT. 65
foins qu'ila pris d'envoyer à la .
Cour d'Espagne , où par de
prudentes & fages raiſons
qu'il y a fait expliquer , il a
prévenu une guerre , dont la
T
Chrétienté ne pouvoit manquer
de fouffrir beaucoup
dans la fituation où font les
affaires. Les Miniftres qu'il
a en Hollande ont auffi agy
par ſes ordres , pour empef
cher que ce feu ne s'allumaft,
& par fa judicieuſe précaution
, l'Europe s'eft veuë
hors de la crainte ou elle:
1 eftoit , d'eftre expolée de
nouveau aux mefmes mal
I
Juin 1685.
F
66 MERCURE
heurs dont elle a gemy pendant
tant d'années . Il ne faut
pas s'étonner
aprés cela , fi
dans toutes les Actions publiques
, on a toûjours fait entrer
depuis quelque temps un
Panégyrique
de ce grand
Monarque
, ou plûtoft fi fon
Eloge en a fait tout le fujet.
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Résumé : Application du Roy pour le maintien du repos de l'Europe. [titre d'après la table]
En juin 1685, le roi s'efforce d'assurer le bien-être spirituel et temporel de ses sujets. Il œuvre tant pour leur salut éternel que pour leur prospérité terrestre. La paix en Europe est une priorité, et le roi prend des initiatives pour la préserver. Il envoie des émissaires à la cour d'Espagne pour éviter une guerre, épargnant ainsi des souffrances à la Chrétienté. De plus, ses ministres en Hollande interviennent pour prévenir un conflit, protégeant l'Europe de nouveaux désastres. Ces actions diplomatiques sont fréquemment saluées dans les discours publics et les panégyriques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 67-69
Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Début :
Lors que les Particuliers font éclater le zele qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Zèle, Monarque, Panégyriques , Gloire, Assemblée, Vérité, Acclamations, Prince, Grandeur, Statues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Lors que les Particuliers
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
Fermer
Résumé : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Les populations expriment leur enthousiasme pour un grand monarque via des panégyriques et des acclamations. Elles souhaitent ériger des statues pour témoigner de leur respect. À Grenoble, les échevins demandent au roi la permission de construire une statue dans la principale place publique. Le roi accepte, approuvant ainsi l'ardeur des habitants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 89-98
Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui s'est fait le 20 du dernier mois à Luxembourg [...]
Mots clefs :
Luxembourg, Siège, Guerre, Monarque, Procession, Chapelle, Christianisme, Rois de France, Devise, Victoire, Vertus, Nymphes, Protection, Villes, Ordre religieux , Statue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Ce qui s'eft fait le zo. du
Juin 1685.
H
90 MERCURE
dernier mois à Luxembourg
vous furprendra d'autant plus,
qu'il vous paroiftra que cette
Ville quoy qu'elle ait efté
foudroyée dans le dernier
Siege qu'elle a fouffert , eſt
en auffi bon état & auffi
tranquille & floriffante que ſi
ellen'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels
defordres ne reparent pas
de temps les liberali-
>
en
peu
tez de noftre
augufte
Monarque
? Il s'agiffoit
d'une
folemnelle
Proceffion
, dans
laquelle
l'Image
miraculeufe
de Noftre
- Dame
de ConfoGALANT.
91
lation , Patronne du Duché.
de Luxembourg & Comté de
Chiny , devoit eftre reportée
de la Capitale de la Province:
en fa Chapelle. Vous n'au
rez pas de peine à eftre perfuadée
du bon ordre ou cette :
Chapelle eft prefentement,
Ipuis que le Roy , toûjours .
plein de zele pour les chofes
Saintes,a donné un fond pourla
reparer. La Proceffion étant
réfolue , & les Jefuites qui
avoient difpofé leurs Ecoliers .
ày paroiftre avec tout l'éclat
poffible , ayant choifi pour la
faire le jour que je viens de
Hijs
92 MERCURE
vous marquer. Elle commença
à fortir de leur Eglife
fur les deux heures aprés
midy. L'ouverture s'en fit
par les Genies de l'Eglife , de
la France , & du Luxembourg,
accompagnez de celuy du
Chriftianifme , chacun avec
fon infcription. Il y eut une
marche des Roys de France
les plus affectionnez à la Vierge
, tels que Clovis , Dagobert
, Charlemagne , Robert,
Philippe Augufte , S. Loüis ,
Thilippe de Valois , Charle V.
Louis XI. François I. Charles
IX . Henry III. Cette marche
GALANT. 93
fue fuivie de deux magnifi
quesChars ,l'un deLouis XIII .
offrant fa Perfonne & fon
Royaume à la Vierge , & l'au
tre de Louis le Grand con
firmant ce mefme hommage .
Sur le haut de chaque Char
qui eftoit conduit par un Genie
, on voyoit une Devife
marquant le zele & la pieté
de ces deux Princes . La
Renommée tenoit fa place
dans cette folemnité. Elle
eftoit accompagnée de la
Religion , de la Verité, & de
la Gloire . La Victoire & les
Vertus chargées de Palmes,
94 MERCURE
& couronnées de Lauriers,
y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Eglife des grandes.
actions de Sa Majefté. La
Joye , la Force , l'Abondance
, & la Santé , qui font des
biens qu'obtiennent ordinai-
·rement ceux qui honorent
la Vierge , marchoient à la
tefte des Villes du Luxembourg
, pour
que ces agréables Nymphes
leur avoient perfuadé de reclamer
fa protection . Ces
Villes eftoient
Thionville,
faire connoiftre
!
1
GALANT. 95
Arlon .
Baftoigne.
Chiny.
Diekirch .
Epternach.
Hofalife .
Marville.
Neurbourg.
La Roche .
Vianden .
Montmedy.
M Marche .
- Bitbourg.
Damvillers .
Durbuit.
Greveren- Macheren.
Ivois.
96 MERCURE
Neufchafteau .
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxem
bourg fuivoit fur fon Char, qui
eftoit conduit par deux Genies
. Elle montroit d'un côté
la Paix , l'Abondance & les
beaux Arts , & de l'autre Mars
& Bellone dans les Chaînes.
La Congregation des jeunes
Hommes , & celle des Bourgeois
mariez , chacune fous
fon Etendard , & les Corps
des Métiers marchoient immediatement
aprés ce troifiéme
GÁLANT. 97
fiéme Char. On vit enfuite
les Ordres Religieux & le
Clergé , au milieu duquel les
Jéfuites portoient la Statuë de
1 Noftre- Dame de Confolation.
Ils eftoient fuivis des
Magiftrars , & de Meffieurs
du Confeil du Roy. M le
Marquis de Lambert Gouverneur
de la Place , ayant
avec luy les principaux Officiers
, accompagna la Proceffion.
Elle rencontra pendant
fa marche divers Theatres
.dreffez dans la Ville . De
pieux Spectacles l'arrefterent
chacun. 0 On fit voir fur le
Juin 1685 .
I
98 MERCURE
premier avec quel zele le Roy
avoit donné ordre que l'on
reparaft la Chapelle de Nôtre-
Dame de Confolation . Le
fecond Theatre fit paroiftre
Mars commandant à fes
Guerriers, & à Vulcain, Bronte
, Sterope , Pyracmon , &
autres , de prendre garde de
ne plus faire d'infulte à cette
Chapelle , & fur le troifiéme
Cerés , Flore , Pomone , les
Naïades , & autres Nimphes,
fe réjouirent du retour de
Noftre Dame de Confolation
à la Campagne
.
Juin 1685.
H
90 MERCURE
dernier mois à Luxembourg
vous furprendra d'autant plus,
qu'il vous paroiftra que cette
Ville quoy qu'elle ait efté
foudroyée dans le dernier
Siege qu'elle a fouffert , eſt
en auffi bon état & auffi
tranquille & floriffante que ſi
ellen'avoit point eu de Guerre
depuis un Siecle. Mais quels
defordres ne reparent pas
de temps les liberali-
>
en
peu
tez de noftre
augufte
Monarque
? Il s'agiffoit
d'une
folemnelle
Proceffion
, dans
laquelle
l'Image
miraculeufe
de Noftre
- Dame
de ConfoGALANT.
91
lation , Patronne du Duché.
de Luxembourg & Comté de
Chiny , devoit eftre reportée
de la Capitale de la Province:
en fa Chapelle. Vous n'au
rez pas de peine à eftre perfuadée
du bon ordre ou cette :
Chapelle eft prefentement,
Ipuis que le Roy , toûjours .
plein de zele pour les chofes
Saintes,a donné un fond pourla
reparer. La Proceffion étant
réfolue , & les Jefuites qui
avoient difpofé leurs Ecoliers .
ày paroiftre avec tout l'éclat
poffible , ayant choifi pour la
faire le jour que je viens de
Hijs
92 MERCURE
vous marquer. Elle commença
à fortir de leur Eglife
fur les deux heures aprés
midy. L'ouverture s'en fit
par les Genies de l'Eglife , de
la France , & du Luxembourg,
accompagnez de celuy du
Chriftianifme , chacun avec
fon infcription. Il y eut une
marche des Roys de France
les plus affectionnez à la Vierge
, tels que Clovis , Dagobert
, Charlemagne , Robert,
Philippe Augufte , S. Loüis ,
Thilippe de Valois , Charle V.
Louis XI. François I. Charles
IX . Henry III. Cette marche
GALANT. 93
fue fuivie de deux magnifi
quesChars ,l'un deLouis XIII .
offrant fa Perfonne & fon
Royaume à la Vierge , & l'au
tre de Louis le Grand con
firmant ce mefme hommage .
Sur le haut de chaque Char
qui eftoit conduit par un Genie
, on voyoit une Devife
marquant le zele & la pieté
de ces deux Princes . La
Renommée tenoit fa place
dans cette folemnité. Elle
eftoit accompagnée de la
Religion , de la Verité, & de
la Gloire . La Victoire & les
Vertus chargées de Palmes,
94 MERCURE
& couronnées de Lauriers,
y repreſentoient en plufieurs
Tableaux divers avantages
qu'à tiré l'Eglife des grandes.
actions de Sa Majefté. La
Joye , la Force , l'Abondance
, & la Santé , qui font des
biens qu'obtiennent ordinai-
·rement ceux qui honorent
la Vierge , marchoient à la
tefte des Villes du Luxembourg
, pour
que ces agréables Nymphes
leur avoient perfuadé de reclamer
fa protection . Ces
Villes eftoient
Thionville,
faire connoiftre
!
1
GALANT. 95
Arlon .
Baftoigne.
Chiny.
Diekirch .
Epternach.
Hofalife .
Marville.
Neurbourg.
La Roche .
Vianden .
Montmedy.
M Marche .
- Bitbourg.
Damvillers .
Durbuit.
Greveren- Macheren.
Ivois.
96 MERCURE
Neufchafteau .
Remich.
Saint Vitt.
Virton.
La Province de Luxem
bourg fuivoit fur fon Char, qui
eftoit conduit par deux Genies
. Elle montroit d'un côté
la Paix , l'Abondance & les
beaux Arts , & de l'autre Mars
& Bellone dans les Chaînes.
La Congregation des jeunes
Hommes , & celle des Bourgeois
mariez , chacune fous
fon Etendard , & les Corps
des Métiers marchoient immediatement
aprés ce troifiéme
GÁLANT. 97
fiéme Char. On vit enfuite
les Ordres Religieux & le
Clergé , au milieu duquel les
Jéfuites portoient la Statuë de
1 Noftre- Dame de Confolation.
Ils eftoient fuivis des
Magiftrars , & de Meffieurs
du Confeil du Roy. M le
Marquis de Lambert Gouverneur
de la Place , ayant
avec luy les principaux Officiers
, accompagna la Proceffion.
Elle rencontra pendant
fa marche divers Theatres
.dreffez dans la Ville . De
pieux Spectacles l'arrefterent
chacun. 0 On fit voir fur le
Juin 1685 .
I
98 MERCURE
premier avec quel zele le Roy
avoit donné ordre que l'on
reparaft la Chapelle de Nôtre-
Dame de Confolation . Le
fecond Theatre fit paroiftre
Mars commandant à fes
Guerriers, & à Vulcain, Bronte
, Sterope , Pyracmon , &
autres , de prendre garde de
ne plus faire d'infulte à cette
Chapelle , & fur le troifiéme
Cerés , Flore , Pomone , les
Naïades , & autres Nimphes,
fe réjouirent du retour de
Noftre Dame de Confolation
à la Campagne
.
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Résumé : Ceremonies magnifiques faites dans la Ville de Luxembourg. [titre d'après la table]
Le 20 juin 1685, une procession solennelle a eu lieu à Luxembourg malgré les destructions causées par le dernier siège. La ville apparaissait prospère et paisible grâce aux bienfaits du monarque. Cette procession célébrait le retour de l'image miraculeuse de Notre-Dame de Consolation, patronne du Duché de Luxembourg et du Comté de Chiny, vers sa chapelle, récemment réparée grâce au financement du roi. Organisée par les Jésuites, la procession a débuté à deux heures de l'après-midi et comprenait diverses représentations symboliques. Elle a commencé avec les génies de l'Église, de la France et du Luxembourg, accompagnés du génie du Christianisme. Une marche des rois de France dévots à la Vierge a suivi, incluant des figures telles que Clovis, Charlemagne et Louis XIV. Deux chars magnifiques représentaient Louis XIII et Louis XIV offrant leurs personnes et royaumes à la Vierge. La Renommée, accompagnée de la Religion, de la Vérité, de la Gloire, ainsi que la Victoire et les Vertus, ont été mises en scène. Les villes du Luxembourg, comme Thionville, Arlon et Vianden, ont participé en réclamant la protection de la Vierge. La procession a également inclus des ordres religieux, le clergé, les magistrats et les officiers, sous la direction du Marquis de Lambert, gouverneur de la place. Divers théâtres et spectacles pieux ont marqué la procession, illustrant le zèle royal pour la réparation de la chapelle et la protection divine contre les attaques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 130-136
Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Début :
Des soins si continuels pour ne laisser aucun lieu aux [...]
Mots clefs :
Hérétiques, Religion catholique, M. Godeau, Collège des Grassins, Auditoire, Discours, Prince, Monarque, Conversion, Applaudissements
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texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Des foins fi continuels
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
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Résumé : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Le 10 du mois en cours, M. Godeau, professeur de rhétorique au Collège des Granges, a prononcé un discours visant à louer le zèle du roi pour la défense de la religion catholique. Il a souligné les qualités du roi et l'obligation de l'Université de Paris de célébrer ses vertus. Godeau a mentionné plusieurs exploits militaires et politiques du roi, notamment le secours de Raab en 1664, les conquêtes en Hollande, la visite à Strasbourg, et la réduction des pirates d'Alger et de Tripoli. La seconde partie du discours a mis en avant la conduite chrétienne du roi pour la conversion des hérétiques, comparant ses actions à celles des premiers empereurs chrétiens. Godeau a conclu en exhortant l'Université à immortaliser les bienfaits du roi pour la religion catholique et à organiser une fête solennelle en sa mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 303-308
Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
Quand je vous parlay de l'Action que M. l'Abbé de Lorraine [...]
Mots clefs :
Abbé de Lorraine, Sorbonne, Thèses, Assemblée générale du Clergé de France, Discours, Prince, Église universelle, Hérésie, Ennemis, Monarque, Religion catholique, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
Quand je vous parlay de
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
l'Action que M. l'Abbé de
Lorraine fit en Sorbonne il
y a un mois , j'oubliay de
Bb iij
304 MERCURE
vous marquer qu'il avoit
efté auparavant à Saint Germain
en Laye , où il preſenta
de fes Théfes à M's les
Prélats & Députez de l'Affemblée
Genérale du Clergé
de France , aufquels il fit
un tres -beau Difcours Latin
. Ce jeune Prince leur
dit , Qu'il eust fouhaité avec
paffion , les avoir tous pour témoins
des premiers effays de fa
Theologie ; mais qu'il n'avoit
garde de les en prier , fçachant de
quelle importance eftoient les Affaires
qui les occupoient , & qu'il
sagiffoit du bien de l'Eglife uniGALANT:
395
verfelle , & des interests du plus
grand des Roys , qui n'ayant
pointde defirs plus empreſſez que
de s'en montrer le Defenfeur , que
de la combler tous les jours de fes
bien faits , & d'arracher dans
tout fon Royaume juſqu'aux racines
de l'Hérefie , faifoit fa premiere
affaire parmy tant d'autres
qui luy coûtoient tant de foins,
de reüffir dans ce loüable& pieux
deffein. Il ajoûta , que ce grand
Monarque avoit battu fes En.
nemis en tous lieux , qu'il avoir
mis une fin auffi glorieuse que furprenante
, aux guerres qu'il avoit
eues en Flandre , en Allemagne,
Bb iiij
306 MERCURE
en Hollande , & jufqu'en Affrique
; qu'il avoit fecouru fes Atliez
, & agrandy en me mesme
temps fes Etats ; mais qu'il s'en
falloit beaucoup que tout cela ne
luy eust coûté autant de peines
& d'inquiétudes que le defir
d'augmenter le Patrimoine du
Sauveur du monde , de foûmettre
les Ennemis de la Croix , &
d'étouffer entierement l'Herefie;
de forte que fi elle refpiroit encore,
il ne falloit pas s'imaginer que
ce qui luy reftoit de vie pust
donner la moindre atteinte à lou
gloire de Sa Majefté , qui dans
le degré où Elle eftoit , auroit toû
GALANT. 307
jours moins de peine à couronner
Ifes deffeins , qu'à faire croire qu'il
les euft formez.
M. l'Abbé de Lorraine
paffa de là à l'Eloge de M.
'Archevefque de Paris , en
difant , Qu'il n'eftoit pas besoin
de nommer celuy , qui aprés le
Roy avoit le plus de part dans ce
qu'on faifoit à l'avantage de la
Religion Catholique . Que cét
illuftre Prelat , l'honneur du Clergé,&
la lumiere de l'Eglife Gallicane
, dont on ne pouvoit affez
louer la vigilance extraordinaire
lesfoins infatigables , faifoit
tous les jours éclater fon zele
308 MERCURE
contre l'Heréfie , &fon attachement
inviolable pour la Perfonne
de Sa Majesté ; qu'il le touchoit
de trop préspour parler de fa naiffance
; mais qu'il pouvoit dire que
quelque honneur que répandiſſent
fur luy les grands fervices que fes
Anceftres avoient rendus à l'Etat,
l'éclatant merite qui le diftinguoit,
paffoit de beaucoup tout ce que l'on
pouvoirdire d'eux, & queperfonne
avant luy n'avoit trouvé le fecret
, de joindre tant de délicateffe
d'efprit à tant de profondeur , ny
de tant de facilité
tant de force & de penétration.
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Résumé : Theses presentées à l'Assemblée du Clergé par Mr l'Abbé de Loraine, avec un Abregé de l'Eloge du Roy fait par le mesme. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lorraine a présenté ses thèses devant les prélats et députés de l'Assemblée Générale du Clergé de France à Saint-Germain-en-Laye. Dans un discours en latin, il a invité ces dignitaires à assister à ses premiers essais théologiques, tout en respectant leurs engagements actuels. Il a souligné l'engagement du roi à protéger l'Église universelle et à combattre l'hérésie, comparant cet effort aux victoires militaires en Flandre, en Allemagne, en Hollande et en Afrique. L'Abbé a également rendu hommage à l'archevêque de Paris, le qualifiant de principal défenseur de la religion catholique après le roi. Il a loué sa vigilance, ses efforts constants contre l'hérésie et sa loyauté envers le roi. Les mérites de l'archevêque ont été décrits comme surpassant ceux de ses ancêtres, grâce à sa délicatesse d'esprit, sa profondeur, sa facilité et sa pénétration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 23-30
Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ce Monarque toûjours appliqué à ce qui regarde la Relgion, [...]
Mots clefs :
Monarque, Religion, Parlement, Édits, Ministres, Religion prétendue réformée, Conversions, Erreurs, Vérité catholique, Doctrine, Calomnies, Dogmes, Livres, Déclaration, Fonctions, Études, Sacrements
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texteReconnaissance textuelle : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
Ce Monarque
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
toûjours appliqué à
24 MERCURE
ce qui regarde la Religion ,
a fait un Edit tout plein de
juſtice , qui a eſté enregiſtré
au Parlement le 23. du der,
nier mois. M's les Deputez
du Clergé , luy ayant repre
fenté qu'entre les moyens
dont les Miniftres de le Religion
Pretendue Reformée
fe fervoient pour empefcher
ceux de leur Party de fe convertir
, aucun ne leur réüffifloit
fi
avantageufement
que celuy de donner par des
impoſtures , une faufſe idée
de la Religion Catholique,
Sa Majeſte a fait examiner
les.
GALANT. 25 .
les erreurs que ces Miniftres
ontda hardieffe de luy imputer
, dans les Preſches , ou
dans les Livres qu'ils compofent
; & comme rien ne
bleffe tant le refpect avec lequel
les Edits les obligent
d'en parler, que de l'accufer
de profeffer une Doctrine
qu'elle condamne ; & qu'il
n'eft pas jufte de fouffrir que
leurs calomnies infpirent
aux Religionnaires de l'horreur
contre la verité , qu'ils
ne pourroient s'empefcher
de fuivre fi ces artifices ne
leur en déroboient pas la
Septembre 1685.
C
26 MERCURE
connoiffance
; Elle a defen
du aux Miniftres , & à toutes
perfonnes de la Religion
Pretenduë Reformée , de
preſcher & de compofer aucuns
Livres contre la Foy
Catholique , Apoftolique &
Romaine , & de fe fervir de
termes injurieux ou tendans
à la calomnie , en imputant
aux Catholiques des Dogmes
qu'ils condamnent , &
mefme de parler directemet
ny indirectement en quelque
maniere que ce puiffe
eftre , de la Religion Catho
lique. Les Pretendus Refor
GALANT. 27
mez n'ont point à fe plaindre
, puis qu'il doit fuffire aux
Miniftrés d'une Religion toferée
dans le Royaume, d'en
enfeigner les Maximes , fans
s'élever par des difputes &
par des calomnies contre la
veritable Religion que l'on
y profeffe , & dont leurs Predeceffeurs
fe font malheureuſement
feparez dans le
dernier Siecle .
Le Roy a fait dans le mefme
temps une Declaration ,
qui a efté auffi enregiſtrée
auParlement
. Elle porte qu'il
ne fera plus receu de Mede-
Cij
28 MERCURE
cins de la Religion Preten
due Reformée . Cette Declaration
á efté donnée avec
beaucoup de prudence . De
fortes raifons ayant fait défendre
de recevoir à l'avenir
lesPretendus Reformez dans
aucune Charge de Judicature
, on a connu que la plufpart
des jeunes gens de cette
Religion s'appliqueroient à
étudier en Medecine pour y
prendre les degrez,fe voyant
exclus de toutes autres fonctions
; ce qui augmenteroit
fi confiderablement le nombre
des Medecins CalviniGALANT.
29
ftes , que peu de Catholiques
voudroient dorefnavant s'attacher
à cette Science ; en
forte que ceux qui profefferoient
la veritable Religion
en recevroient dans la fuite
un grand préjudice pour leur
falut lors qu'ils tomberoient
malades , parce que les Medecins
Religionnaires ne ſe
mettroient pas en peine de
les avertir de l'eftat où ils fe
trouveroient pour recevoir
les Sacremens , aufquels ils
n'ont point de foy. Ce mal,
qui eftoit inévitable, demandant
un feur remede , on ne
C iij
30 MERCURE
devoit pas douter que le Roy
n'euft la bonté d'y pourvoir.
C'eft ce qu'il a fait , en défendant
à tous ceux qui font
commis pour la reception
des Médecins , d'en admettre
aucun de la Religion Prétenduë
Reformée . Cet Edit
& cette Declaration font de
plus en plus admirer les juftes
mefures qu'il prend pour
l'accroiffement de la Religion
Catholique , & pour le
falut de fes Sujets .
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Résumé : Actions de Pieté du Roy. [titre d'après la table]
En septembre 1685, un monarque a publié un édit enregistré au Parlement le 23 août précédent. Cet édit vise à réguler les pratiques des ministres de la religion prétendue réformée, accusés d'utiliser des impostures pour dissuader les conversions au catholicisme. Le roi a examiné les erreurs imputées aux catholiques par ces ministres et a interdit toute prédication ou publication de livres contre la foi catholique. Il a également interdit l'usage de termes injurieux ou calomnieux envers les catholiques. Simultanément, le roi a émis une déclaration interdisant l'admission des protestants dans les professions médicales afin de prévenir l'augmentation du nombre de médecins protestants, qui pourraient négliger les besoins spirituels des patients catholiques malades. Ces mesures montrent l'engagement du roi à renforcer la religion catholique et à assurer le bien-être de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
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22
p. 209-219
Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Je ne pus vous apprendre la derniere fois ce qui se [...]
Mots clefs :
Louvre, Fête de Saint-Louis, Procession, Carmes, Reliques, Prévôt, Église, Marquis, Communauté, Piété, Monarque, Famille royale, Bénédiction, Trompettes, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
Je ne pus vous apprendre
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
la derniere fois ce qui fe
Septembre 1685.
qui
210 MERCURE
paffa au Louvre le jour de la
Fefte de S. Louis , parce que
le mois eftoit déja tropavan
cé. Les Carmes du grand
Convent
y allerent ce jourlà
en Proceffion
, comme ils y
vont tous les ans, pour rendre
graces à Dieu du recouvrement
de la fanté du Roy ,
qui eſtant attaqué à Calais
d'une Fiévre pourprée
, eut
recours aux interceffions
de
Saint Roch , qu'on implore
en de pareilles
occaſions
.
Les Carmes
de la Place
Maubert
firent porter les
Reliques
de ce Saint à DunGALANT
211
a
querque , & Sa Majefté fe
fentant guerie , voulut à fon
retour à Paris , imiter la
Reynefa Mere , & rendre les
Pains Benits , à la Chapelle
de Saint Roch érigée en l'E
glife des Carmes , ou plu
toft , ce Prince voulut par
cette action reconnoiftre le
merite d'un fr grand Saint-
Meffieurs les Prevoft des
Marchands & Echevins de
Paris , firent auffi voeu d'al
ler tous les ans le jour de
Saint Louis à l'Eglife des
Carmes , & d'accompagnerr
les Reliques que ces Peress
S.ijj
212 MERCURE
portent à la Chapelle du
Louvre , où l'on chante une
grande Meffer, & où à l'ex
xemple du Roy , le Paint
Benit eft rendu par des Perfonnes
du premier rang.
Deux mois avant la Fefte de
Saint Louis , les Carmes , &
Mrs de la Confrairie de Saint
Roch , jettent les yeux fur
celuy à qui ils veulent fairel
cét honneur , & il est tombé
cette année fur M le Mari
quis de Bullion Prevoft de
Paris. Le P. Valentin leMulier
, avec quatre Religieux
du mefme Ordre
,
accompa
GALANT 213
de
griez de tous les Marguilliers
& Confreres de Saint
Rochs'eftant rendu chez
M. de Bullion , luy dit qu'il
eftoit fupplié au nom du
Prieur & de tous les Religieux
de la Communauté
des Carmes , ainfi que
tous ceux qui compoſent la
Confrairie Royale de Saint
Roch , des vouloir bien fe
charger des voeux de toute
la Ville , & animer par fon
exemple la pieté publique,
à rendre à Saint Roch les
devoirs annuels. Il ajoûta
qu'il imiteroit en cela le
214 MERCURE
plus grand Monarque du
monde, & toute la Famille
Royale , & qu'ils venoient
luy offrir des Benedictions
du Ciel , qu'il attireroit fans
doute fur luy par fon zele,
& lefquelles ils folliciteroient
fans ceffe la bonté de
Dieu de verfer " abondam--
ment fur fa Perfonne , & fur
toute fa Famille. M de :
Bullion leur fit connoiftre
qu'il n'oublieroit rien pour.
répondre à l'honneur qu'on
luy faifoit.
Le jour de S. Loüis, la Proceffion
dont je viens de vous
GALANT 215
parler, fe renditauLouvre das
Fordre fuivant.Les Timbales
& les Trompettes eftoient
précedées du Bâton de la
Confrairie de Saint Roch,
aux coftez duquel on voyoit
de grandes Torches , où les
Armes de la Ville eftoient
attachées . Les Pains Benits
fuivoient avec les plus magnifiques
ornemens dont
on a coûtume de les enrichir.
Ils eftoient accompa
gnez de douze Gardes de
M'de Bullion , & portez par
douze Perfonnes de fes Livrées
, fuivies de plufieurs
216 MERCURE
autres
pour les relayer.
Aprés les quatrePains Benits
marchoient l'Aumônier , le
Maistre d'Hoſtel , & plufieurs
Domestiques du mefme
Mr de Bullion. Toutes
les Reliques de l'Eglife des
Carmes paroiffoient enfuite
. Au milieu , eftoient
celles de Saint Roch , portées
toutes par des Bourgeois
vétus de noir, hors celle
de la Sainte Epine , que
des Religieux portoient . Elle
eftoit environnée d'un
tres- grand nombre de Torches
, & de Flambeaux aux
Armes
•
GALANT. 217
You
Armes de la Ville , & de toute
la Communauté des Carmes
, compofée de cent.Religieux.
Meffieurs les Prevoft
, Echevins & Offi
ciers de Ville marchoient
aprés eux , accompagnez de
cinquante Archers , il y en
avoit auffi plufieurs qui précedoient
la Proceffion , &
d'autres qui l'attendoient
au Louvre. Mr de Riants ,
Ancien Procureur du Roy
au Chaftelet , & Aumônier
d'honneur , & perpetuel de
cette Confrairie fuivoit
Meffieurs de Ville , & préce-
Septembre 1685.
T
218 MERCURE
doit les Confreres de Saint
Roch. La Proceffion eftant
arrivée au Louvre , M¹ de
> Bullion s'y rendit
placé dans un lieu de diſtin-
& fut
ction , où il y avoit une
Chaife pour luy . Les Trompettes
& les Timbales précederent
les Pains qu'on devoit
benir , lors qu'on les
porta devant l'Autel pour
cette Cerémonie. Ils furent
fuivis de l'Aumônier du
Maiſtre d'Hoſtel , & du reste
des Domeſtiques . M. le
Marquis de Bullion alla enfuite
à l'Offrande avec un
,
1
GALANT . 219
Cierge chargé d'Ecus d'or,
outre lefquels il en donna
encore autant à l'oeuvre de
la Confrairie de Saint Roch .
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Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé au Louvre le jour de la Feste de S. Loüis. [titre d'après la table]
En septembre 1685, une procession organisée par les Carmes du grand couvent se rendit au Louvre pour célébrer la fête de Saint Louis et remercier Dieu pour la guérison du roi Louis XIV, qui avait été atteint d'une fièvre pourprée à Calais et avait invoqué l'intercession de Saint Roch. Les Carmes de la Place Maubert portèrent les reliques de Saint Roch à Dunkerque. Une fois guéri, le roi décida de rendre hommage à Saint Roch en offrant des pains bénits à la chapelle de Saint Roch dans l'église des Carmes, imitant ainsi sa mère, la reine mère. Les Prévôts des Marchands et Échevins de Paris firent vœu d'accompagner annuellement les reliques à la chapelle du Louvre, où une grande messe était chantée et des pains bénits étaient distribués. Deux mois avant la fête de Saint Louis, les Carmes et les membres de la confrérie de Saint Roch choisirent la personne chargée de représenter la ville. Cette année-là, le choix se porta sur Monsieur de Bullion, Prévôt de Paris. Le Père Valentin Lemulier, accompagné de quatre religieux, se rendit chez Monsieur de Bullion pour lui demander de se charger des vœux de la ville et d'encourager la piété publique envers Saint Roch. Le jour de la fête de Saint Louis, la procession se rendit au Louvre. Elle comprenait des timbales, trompettes, torches, pains bénits ornés, gardes, domestiques, et les reliques des Carmes, notamment celles de Saint Roch portées par des bourgeois vêtus de noir. Les Prévôts, Échevins et officiers de la ville, accompagnés d'archers, suivirent la procession. À l'arrivée au Louvre, Monsieur de Bullion prit place dans un lieu distinctif et participa à la cérémonie de bénédiction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 219-237
Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Début :
Cette Procession ne fut pas si-tost sortie de la Chapelle du Louvre, / Mon Coeur est saisi & presque consumé de douleur, quia ereptus [...]
Mots clefs :
Académie française, Messe, Panégyrique, Abbé Cappeau, Discours, Conversion, Monarque, Charité, Justice, Prince, Menaces, Souverain, Louis le Grand, Éloquence, Conférences, Public, Devises, Applaudissements
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texteReconnaissance textuelle : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
Cette Proceffion ne fut pas
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
fi-toft fortie de la Chapelle
du Louvre , qu'on y commença
une autre action de
pieté. Meffieurs de l'Academie
Françoife y font celébrer
tous les ans ce mefme
jour , une Meffe folemnelle,
& l'on fait auffi le Panégyrique
de Saint Louis . Comme
le Prédicateur eft choifi
par le Corps de l'Academie ,
& que la juſte & avantageu-
Tij
220 MERCURE
fe opinion qu'on a de fon
choix , attire une nombreufe
Affemblée
à ce Sermon,
vous ne devez pas douter
que ce Sçavant Corps ne
jette toûjours les yeux fur
de celébres Prédicateurs .
M' l'Abbé Cappeau avoit été
choifi cette année . Il fit admirer
fon éloquence
, fon
bon gouft , & la délicateſſe
de fon efprit , & mefla dans.
fon Difcours plufieurs peintures
tres- vives des Vertus
de Saint Louis , & de fonzele
pour la Converfion des
Herétiques dans fon RoyauGALANT.
221
me , conformes au Régne
heureux de LOUIS LE
GRAND . 'Auffi l'Eloge de
ce Monarque y entra -t'il naturellement.
Il appliqua à
la mort de Saint Louis , ces
paroles de Saint Ambroiſe à
la mort du Grand Theodo
fe. Conteror corde , & voicy
dans quels termes il les expliqua.
On Caur eft faifi c
prefque confumé de douleur
, quia ereptus eft vir
qualem vix poſſumus invenire
, par laperte d'un Empereur
Tiij
22Z MERCURE
que plufieurs Siecles pourront à
peine reparer. Tu Solus tamen
, Domine , es invocandus
vous eftes pourtant l'unique
objet de nos voeux , Seigneur,
difoit ce grand Docteur de l'Eglife
, Tu rogandus, vous eftes
Le feul à qui nous adreffons nos
Prieres , Ut eum in Filiis reprefentes
, afin que vous le
faffez revivre dans la perfonne de
fes Enfans.
Difons , Meffieurs , difons
aprés avoir receu du Ciel ce
Saint Ambroife luy demandoit,
c'est à dire un Prince Religieux,
les interests de Dieu,
zelé
pour
que
GALANT 223
fidelle obfervateur de fa Loy,
auffi oppofé à fes Ennemis ,. que
favorable à fon Eglife ; vous
eftes , mon Dieu , l'unique objer
de nos Voeux , de nos Prieres , &
en mefme temps de noftre confolation
de noftre joye ; les quatre
Siecles écoulez depuis la mort de
Saint Louis › ayant fait de tous
les Roys qui luy ont fuccedé com
me autant de nobles effays , pour
reproduire ce Grand Monarque
dans la Perfonne de celuy qui regne
aujourd'huy.
>
Sa charité , fa justice , fon zele
, fa moderation , ne font-ce pas
des vertus qui luyfont propres?Et
Tiiij
224 MERCURE
bien loin d'impofer à la veritéfur
unſujet fi public &fi éclatant,
pourroit- on feulement l'expofer
comme elle eft , fi l'amour & la
fidelité de fes Sujets , fi l'eſtime
la crainte des Etrangers n'en
relevoient la gloire ? Je n'entreray
dans aucun détail de la charité
& de la justice d'un Prince
qui veille à la confervation de fes
Sujets avec tant d'application,
fesfoins furpaffent toûjours
leurs befoins ; d'un Prince dont
l'entier defintereffement fait fouhaiter
qu'il voulust eſtre fouvent
le fuge de fa propre caufe.
Comme il eft le Modele
GALANT. 225
3
des autres Roys , les François
ont porté l'exemple de leur
fidelité de leurs refpects aux
autres Nations , non feulement
en leur apprenant ce qu'elles doivent
à leurs Souverains ; mais
en leur faifant connoistre ce qu'-
elles ont à craindre de la puiffance
, ou à efperer de la protection,
d'un Etat gouverné par le plus
grand Roy , défendu par les plus
fideles Sujets du monde.
S'il eftoit neceffaire de faire
parlerles Etrangers , pour
des témoignages qui ne foient fufpects
ny d'exageration ny de flaterie
, il faudroit comme un autre
donner
226 MERCURE
Apoftre , avoir le don des Langues
, pour les rapporter en autant
de differens idiomes qu'il y a eu de
Roys , d'Empereurs , & de Republiques
, qui ont envoyé leurs
Ambaſſadeurs , e de Souverains
mefmes quifont venus , at
tirez par fes vertus , gagnez par
fa clemence , étonnez par fes exploits
intimidez par fes menaces,
onforcez par fes chaſtimens , ren
dre hommage àfa puiffance , &
touchez par fa moderation
édifiez par fon zele , avoïant à
que
out
leur
retour
GRAND
eft tout ce qu'on dit,
qu'il
merite
tout ce qu'il a , qu'il
LOUIS LE
GALANT. 227
devoit eftre tout ce qu'il est, que
ne voulant jamais que ce qu'il
doit , il peut toûjours tout ce qu'il
veut, *Potens in terrâ erit femé
ejus,ſa poſteritéfera puiſſantefur
la Terre. La fouveraineté
qui fe perpetuë fur Jon Throne
fera toujours auffi chere aux yeux
de Dieu , & auffi éclatante aux
yeux des hommes , que l' Aftre qu'il
pris pour le fymbole de fes vertus.
Thronus ejus ficut Sol
in confpectu meo , beureux
prefage que nous pouvons regardercomme
une promeffe , en estant
afſeurez par un garant qui nous
* Paroles du Texte.
228 MERCURE
en répond dans le Ciel en la perfonne
d'un Saint Roy , & par
l'interceffion d'un Saint Proteteur
, & teftis in coelo fidelis.
Nous en avons auffi une af
feurance fenfible , & nous voyons
cette feconde & glorieuſe posterité
, promettre aux fiecles à venir
, l'affermiffement & l'im.
mortalité de fa puiffance , &
comme fi la benediction du Ciel
eftoit en nos mains , un Heros ca
pable de gouverner auffi
de conquerir le monde , donnant
des bornes à fes deffeins , fans en
donner à fes Victoires au con
uffi bien
que
GALANT. 229
traire en les ménageant dans le
temps , s'en preparant pluſieurs
immortelles , applique fes lumieres
& fes vertus à nous former
des Monarques dans fon auguste
Famille , leur apprenant à faire
fentir à fes Sujets & aux Étrangers
le profondrespect qu'il a pour
l'Eglife , & fon unique étude à
faire regner le Sauveur du monde
, par un faint & legitime uſage
de fa puiffance en Roy tres-
Chrétien , Potens , potens in
terrâ erit femen ejus ,fa pofterité
fera puiſſante fur la terre.
Enfuite il adreffa le Dif
cours à Meffieurs de l'Aca230
MERCURE
demie Françoife.
Je vous laiffe , Meffieurs, leur
dit-il , le glorieux employ de
loüer un gouvernement dont nous
avons déja veu , & dont nous
efperons encore de fi grands progrez.
Eftant les Sçavans du
Royaume les plus bonorez , &
les plus dignes de l'honneur qu'on
vous y défere , choifis avec connoiffance
, traitez avec diftinction
, écoutez avec respect , parlant
avec jufteffe , décidant des
doutes & des beautez de noftre
Langue , avec une fouveraineté
que vous meritez , oferois -je
voftre prefence entreprendre un
GALANT.
231
Eloge , qui ne femble devoir régarder
que vous , par la premiere
place que vous occupez dans
l'Empire des belles Lettres ? Que
voftre destinée est heureufe,
Meffieurs , de pouvoirfaire un
mefme Corps des actions de
LOUIS LE GRAND , &
de vos paroles , d'eftre en droit par
l'hiftoire de fa vie , d'inftruire
tous les autres Roys de la terre;
deforcer l'Envie , la Mort &
l'Oubly ; d'orner le Temple de la
gloire; d'arrester, pour ainfi dire la
rapidité des temps , de faire revenir
àjamais , de rendre toûjours
prefent celuy où nous fommes;
232 MERCURE
de confondre la Fable ; de remplir
l'Hiftoire ; defervir la Religion,
& l'Etat , en confacrant la memoire
de LOUIS LE
GRAND , par des termes dont
la force enleve les efprits & les
coeurs des Peuples , pour leur faire
croire à l'avenir ce que nous
voyons aujourd'huy , & ce qu'on
ne pourroit jamais croire , fi la
maniere de les rapporter n'y contribuoit
, c'eft àdire ,fi la nobleffe
de vos expreffions ne répondoit au
comble de fa grandeur.
Il y eut une excellente
Mufique
pendant la Meffe.
Elle eftoit de M' Oudot,qui
GALANT. 233
receut de grands applaudif
femens . L'Académie s'éftant:
affemblée l'aprefdînée , &
ayant laiffé la liberté d'entrer
dans le lieu où elle tient
fit
pudéclara
fes Conferences ,
bliquement la diftribution
des Prix d'Eloquence & de
Poëfie. Ml'Abbé de Dangeau
, qui en eft prefenteinent
Directeur
que la Piece d'Eloquence
que l'Académie avoit préferée
à toutes les autres , eftoit :
de Mr Brunel de Rouen . Elle
fut leuë par M ' l'Abbé Re--
gnier , Secretaire perpetuell
Septembre 1685.
V
254
MERCURE
de la mefme Compagnie
& on la trouva d'un ſtile
noble & naturel , d'une juſte
diſtribution , pleine de penfées
nouvelles , & d'un feu d'i
magination toûjours reglé
par le jugement. Je ne vous
diray rien de l'Autheur , finon
qu'il eft encore jeune,
& qu'on peut connoiſtre l'eftime
qu'il s'eft acquife par
la joye genérale qu'on a dans
Rouen , de le voir preſt à entrer
dans une Charge im
portante , ou le Public a be
foin d'un fort honnefteHomme.
On leut enfuite la Piece
GALANT 235
de Vers qu'on avoit trouvée
digne du Prix. Perfonne
alors n'en connut l'Autheur ;
mais on a fceu depuis ce
temps-là qu'elle eſt de M
d'Alibert , Seigneur de Saint :
Romain le Haut en Bourgo--
gne .
Ces deux Pieces ayant efté
leuës , M l'Abbé de Dan--
geau exhorta Mrs de l'Aca--
démie à lire quelque chofe
d'eux felon la coûtume.. M
le Clerc commença par un
petit ouvrage de Vers qui
fut extrémement applaudy..
Il contenoit la Punition
V ij,
236 MERCURE
d'Antiochus. Mr l'Abbé de
Lavau leut aprés cela l'Explication
en Vers de quelques
Devifes que feu M
Douvrier a faites fur les dernieres
Campagnes du Roy.
Le tour de fes Vers eftoit fi
juſte , qu'ils donnoient encore
de la beauté aux Devifes
. On eut enfuite le plaifir
d'entendre une fort galante
Epiftre d'Amour de M² de la
Fontaine , aprés quoy M
l'Abbé Tallemant le jeune,
leut un Chant d'un excellent
Poëme , que M¹ Perrault
a fait de la vie de S. Paulin .
GALANT. 237
Cette lecture fut interrompuë
en beaucoup d'endroits
par les applaudiffemens de
PAffemblée , qui admira
les deſcriptions riantes & naturelles
dont tout ce Poëme
eſt remply.
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Résumé : Eloge du Roy, par Mr l'Abbé Capeau. [titre d'après la table]
L'Académie Française a célébré annuellement une procession et une messe en l'honneur de Saint Louis. Cette année, l'abbé Cappeau a prononcé le sermon, soulignant les vertus de Saint Louis telles que la charité, la justice et son zèle pour la conversion des hérétiques. Il a comparé la mort de Saint Louis à celle de l'empereur Théodose, citant Saint Ambroise sur l'importance de la prière pour perpétuer les vertus royales. L'abbé Cappeau a également loué les qualités du roi régnant, mettant en avant la fidélité et le respect des sujets français, ainsi que l'admiration des nations étrangères pour la puissance et la protection offertes par un État bien gouverné. Il a mentionné les ambassadeurs et souverains étrangers attirés par les vertus et la clémence du roi, espérant que la postérité du roi continue de gouverner avec sagesse et de conquérir sans excès, formant des monarques chrétiens. Lors d'une assemblée ultérieure, des savants ont été honorés pour leurs contributions aux lettres et à la langue française. Leur rôle prestigieux et leur capacité à immortaliser les actions de Louis le Grand à travers leurs écrits ont été soulignés. La réunion incluait une messe avec une musique composée par Monsieur Oudot, suivie de la distribution des prix d'éloquence et de poésie. La pièce d'éloquence primée était de Monsieur Brunel de Rouen, lue par l'abbé Régnier, et la pièce de poésie lauréate était de Monsieur d'Alibert. Plusieurs membres de l'Académie ont ensuite lu leurs œuvres, dont un poème sur la punition d'Antiochus par Monsieur le Clerc, une explication en vers de devises par l'abbé de Lavau, une épître galante de Monsieur de La Fontaine, et un chant du poème sur la vie de Saint Paulin par Monsieur Perrault, lu par l'abbé Tallemant le jeune. Les lectures ont été marquées par des applaudissements enthousiastes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 12-13
LA FRANCE, AU ROY.
Début :
A Ta haute Valeur quel Heros peut atteindre ? [...]
Mots clefs :
Valeur, Héros, Piété, Monarque, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE, AU ROY.
LA FRANCE,
JV ROY.
- ATa haute Valeur quel Héros
peutatteindre?
TA Pietéfuitvoir de grandes actions*
Mwdrqiteteut parfait, la nos pl.uJs
rien a craindre,
Ny de tes Ennemis, ny de tes fiaffions.
JV ROY.
- ATa haute Valeur quel Héros
peutatteindre?
TA Pietéfuitvoir de grandes actions*
Mwdrqiteteut parfait, la nos pl.uJs
rien a craindre,
Ny de tes Ennemis, ny de tes fiaffions.
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25
p. 1-11
PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Début :
Voicy, Madame, un nouveau Recüeil des Ouvrages du Public. / Magnus Dominus & laudabilis nimis, & magnitudinis ejus non est [...]
Mots clefs :
Psaumes, Roi, Louanges, Grandeur, Monarque, Héros, Trônes, Latin, Justice, Conquérant, Magnificence, Univers, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
OICT, Madame , un nouveau
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
Recueil des Ouvrages
du
Public.Pefpere que vous
n'en ferez pas moins fale
tisfaite que vous l'avez esté de tous les
autres. Du moins je fuis affeuré que
commencement vous en plaira , puis
Q. d'Octobre 1685.
A
2 Extraordinaire
qu'il regarde le Roy , & que
l'admira
tion que vous avez pour cet Augufte Momarque
vous intereffe , particulierement
dans toutes les chofes qui touchent ſa
gloire. Un fort habile homme afait une
Paraphrafe deplufieurs Verfets de Pfeaumes
qu'il a appliquez aux continuels miracles
qui rendentfameux l'heureux Siecle
où nous vivons ; & ces differens ver
fets compofent une espece de Cantique ,
qui a efté extremément aprouvé de quantité
de perfonnes d'un gouft fin & délicat.
Vous n'aurez pas de peine à connoistre en
le lifant , que l'Autheur agrand accés au
Parnaffe , & quele tour aisé qu'il donne
à fes Vers , vient d'un long commerce
qu'il s'eft fait avec les Muſes.
du Mercure Galant.
SSSS SSS SS255522
PARAPHRASE
DUNCANTIQUE
POUR LE ROY.
Magnus Dominus & laudabilis nimis ,
& magnitudinis ejus non eft finis,
Pfalm. 144.
Qui
Vil eft loüable ! qu'il eft grand !
Sujetsfortunez d'un tel Maistre,
Rendez graces au Ciel de vous avoirfait
naiftre
Sous un regne fi doux,fi calme,fipuiffant.
Le moyen d'exprimerfa grandeur infinie?
Ce Monarque s'éleve aux honneurs immortels
Et le moindre jour de ſa vie
N'a - t- ilpas merité l'Encens & les Austels?
A ij
Extraordinaire
Venite & videte opera Domini , quæ
pofuit prodigiafuper terram . Pfal. 45.
Accourez de tout l'Univers ,
Venez, peuples ! venez vous-mefme vous
inftruire
De tant de prodiges divers ;
Nous ne ceffons de les écrire ,
Mais ny nos Chanfons ny nos Vers,
Ny nos mélodieux Concerts
A ce vafte deffein ne peuvent pas fufa
fire .
Conturbatæ funt gentes , & inclinata
funt regna.
Toutes les Nations du Monde
Tremblent au nom de ce Heros .
Ignorent-elles fes travaux ?
Ils ont remply la Terre &l'Onde.
Les Trônes les mieux affermis
Dont on vante la gloire immenfe ,
Chancelent s'ils nefontfoumis
A cette fupreme puiſſance.
En vain voftre air imperieux
du Mercure Galant.
Vous enchante , Grands de la terre ,
Devant ce Heros glorieux ,
Ne baifferez- vous pas toûjours , foit paix
ou guerre ,
Ne baifferez- vous pas les yeux ?
Dedit vocem fuam & mota eft terra,
Comme fes actions font autant de Miracles
,
Toutes fes paroles auffi
Ne font-elles pas des Oracles ?
D'un bout du Monde à l'autre on les écom
te ainfi ,
De cet air fouverain dontfa bouche
nonce ,
Eft-il rien de grand deformais
prae
Que cette bouche ne l'anonce ?
Un mot, tout est en guerre, un mot, tout ef
enpaix.
Fundamenta Montium conturbata funt,
quoniam iratus eft eis . Pfal. 17.
Sa met-il en conreux pour punir les con
pables,
J
A iij
6 Extraordinaire
Rien ne les fçauroit garantir s
Et quand la foudre doit partir,
Ses coups font moins inévitables .
Retraites de ces orgueilleux
Dont on a puny l'infolence ,
Boulevars & Rocs fourcilleux ,
Vous en fumez encor , tremblez fous la
puiſſance
D'un Monarque qui peut faire , fur qui
l'offense ,
Pleuvoir des deluges defeux.
Orietur in diebus ejus juftitia & abun
dantia pacis. Pfal. 70.
Qu'il récompenfe ou qu'il puniffe
Selon que l'on a merité ,
N'est-ce pas toujours fa Fuftice
Qui conduit fes faveurs, on fa ſeverité ?
Cette augufteJuftice au miieu des alarmes
De cent Peuples qu'il voit , & tremblans
& Soumis ,
Luy fait mefme quitter les armes ,
Et la paix a pour luy des charmes,"
Quifont la feureté de tous fes . Ennemis.
du Mercure Galant.
7
Memoriam fecit mirabilium fuorum.
Pfal. 110.
Monumens eternels de fa magnificence,
Que ce Monarque éleve à nos yeux aujourd'huy,
Vous durerez toujours témoins defapuif
fance,
Vous parlerez toujours de luy.
Chef- d'oeuvres où les Arts ont dompté
la
nature
Onfe perd à vous voir , grands & riches
Palais !
Vous avez épuisé toute l'Architecture ,
Mais de ce Conquerant , la hauteur fans
mesure,
Vous ne l'égalerez jamais.
Et factus eft in pace locus ejus.
Le comble enfin de fa grandeur ,
C'est que toûjours calme & tranquile
Nul indigne transport ne foûleve fon
coeur ,
Luy feul fait tout mouvoir , & demeure
immobile ,
A iiij
8 Extraordinaire
Ilsont beau chaque jour , ils ont beau redoubler
Ces foins dont le poids nous étonne
Si leur foule l'environne
Elle ne le peut troubler.
Præ fulgore in confpectu ejus nubes
tranfierunt. Pfal. 17 .
En vain pour obscurcir fa brillante carriere
De groffieres vapeurs s'élevent dans les
airs ;
Pour peu qu'il les regarde elles ne durent
guere ,
Et malgré leurs efforts volages & di
vers ,
Toujours de la mefme maniere
Il brera dans l'Univers.
Magna opera Domini , exquifita in omnes
voluntates ejus . Pfal. 110 .
Tout ce qu'il fait tient du prodige ,
Et ce que l'on croyoit impoffible autre
fois ,
du Mercure Galant.
Eft aife quand il le dirige .
Rien ne peut ébranler la force de fes
Loix ,
Famais foumiffion, jamais ne fut fi grande
Dés qu'il marque fa volonté
De quelque paffion que l'on foit agité ,
Tout obeit quand il commande.
Laudatio ejus manet in fæculum fæculi.
Pfal. 110.
Et comme à remonter dans les Siecles
paffez,
Rien n'eft comparable à fa gloire .
Il nous eft bien permis de croire
Que les beaux traits de fon Hiftoire
Ne feront jamais effacez.
Heros, quel'avenir doit encorfaire naître.
Dans ce Heros que nous chantons
Vous revererez voftre Maiftre ,
Imitant par vos voix nos accens & nos
tons.
Vous celebrerez fa loüange ,
Yous battrez comme nous incessammens
des mains
10 Extraordinaire
Sans qu'il naiffe ramais Heros chez les
huma ,
Qui vous faffe prendre le change .
Et tronus ejus ficut So ' . Pfal. 88.
La gloire de fon regne & fes travaux
divers ,
Le charme & l'horneur de l'Hiftoire
Montrent fon Trône à l'Univers,
Comme le centre de la gloire.
Que le Soleil au haut des Cieux
Pour répandre par tout l'éclat de la lumiere
,
Roule dans fa vafte carriere ,
S'il fait plus de chemin , il ne brille pas
mieux .
Afferte Domino gloriam & honorem
Affemblez tous les ornemens
Qui peuvent enrichirfa Couronne écla
tante ;
Mais le Monde entier mefme a- t- il de
diamans
Une quantité fuffifante
du Mercure Galant.
Pour la former affez brillante ?
Sit gloria Domini in fæculum. Pfal 103 .
Que fa gloire à jamais icy-has reverie
Paffant de Siecle en Siecle à nos derniers
Neveux ,
Dans la gloire des Bienheureux
Aille confondre fa durée.
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Résumé : PARAPHRASE D'UN CANTIQUE POUR LE ROY.
Le texte est un recueil d'ouvrages dédié à un roi, publié en octobre 1685. Il s'ouvre par une lettre adressée à une dame, assurant que ce recueil la satisfera autant que les précédents. Le texte met en avant les mérites exceptionnels du roi et les miracles de son règne, comparés à des prodiges. Il inclut une paraphrase de plusieurs versets des Psaumes, appliquée aux miracles contemporains, composée par un homme habile et approuvée par des personnes de goût raffiné. Le recueil est présenté comme un cantique célébrant la grandeur, la justice et les exploits militaires du roi. Il décrit la crainte des nations face au roi et la soumission des trônes les plus puissants à sa domination. Le texte loue également la capacité du roi à maintenir la paix, à punir les coupables, ainsi que sa magnificence et sa sérénité face aux défis. Il affirme que la gloire du roi est éternelle et incomparable, et que son règne est le centre de la gloire universelle. Le poème utilise des métaphores pour exprimer des idées sur la gloire et la lumière. Il compare le Soleil, qui parcourt sa trajectoire céleste, à une figure dont la luminosité n'augmente pas nécessairement avec la distance parcourue. Le poème invite à rassembler tous les ornements possibles pour enrichir une couronne éclatante, mais souligne que même avec une quantité suffisante de diamants, cela ne suffirait pas à rendre cette couronne aussi brillante que souhaitée. La deuxième partie du poème évoque la gloire divine, exprimée par la phrase latine 'Sit gloria Domini in sæculum' tirée du Psaume 103, souhaitant que cette gloire perdure éternellement et traverse les siècles jusqu'aux générations futures, partageant ainsi la béatitude des bienheureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 11-17
LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Début :
Les Vers qui suivent sont de M. le Clerc de / Digne Heritier d'Armand, & de tous tes Ayeux, [...]
Mots clefs :
Héritiers, Monarque, Palais, Attraits, Saisons, Pleurs, Amour, Paix, Richesses, Douceur, Hyménée , Successeurs, Ombre, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Les Vers qui fuivent font de M. le
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
Clerc de l'Academie Françoife ; ils
furentprefentez à Me le Duc & à Madame
la Ducheffe de Richelieu, le jour
que cette Ducheffefit fon Entrée dans
la Ville qui portefon nom . Ie vous en
ay envoyé une Relation tres ample dans
Pune de mes Lettres ordinaires..
Sa
12 Extraordinaire
52:5252 5252-525252
LA NYMPHE
DE RICHELIEU
A MONSIEUR LE DUC ,
& à Madame la Ducheffe
de Richelieu .
DigneHeritier &Armand , & da
tous tes yeux ,
Depuis que noftre Grand Monarque
Pour t'approcher de luy te fit quitter ces
lieux ,
Tous nos jours furent ennuyeux
Et de noftre langueur tout y portoit la
marque :
Ces Promenoirs charmans , ce fuperba
Palais ,
Où l'Art a feme tant d'attraits ,
N'eftoient plus qu'une affreuse & vafte
folitude,
du
Mercure Galant. 13
L'horreur regnoit dans nos Boccages
verds,
Le Printemps le plus doux n'avoit rien
que de rude ,
Et l'Autonne & l'Efté n'eftoient que des
Hyvers. $12
Que Pay versé de pleurs , & poußé de
Soupirs
Durant une fi longue abfence !
Enfin le Ciel propice exauce nos defirs
Tu nous ramenes les plaifirs ,
Noftre felicité paffe noftre esperance ;
Ton illuftre Moitié , l'Ornement de la
Cour ,
Le digne choix de ton Amour
Fait briller dans ces lieux fes vertus &
fes charmes;
On voit les fleurs y naiftre fous fespas,
Elle y répand la joye , elle en bannit les
larmes ,
Et les remplit par tout de graces
d'appas.
ទ
&
Voy tes heureux Vaſſaux venir de tous
coftez
८
14
Extraordinaire
En foule pour luy rendre hommage :
Voy que de fa douceur leurs coeursfont
enchantez ;
Voy leurs yeux fur elle arreftez:
Voy la joye & Amour peintes fur leur
viſage ;
Voy prefs à vous fervir leurs Bataillons
armez ,
Et par vos regards animez
Au milieu de laPaix reprefenter la guerre.
Ah! s'il falloit combattre leur
pour
Roy ,
Tu les verrois te fuivre aux deux bouts
de la Terre,
Pour feconder ten zele , & fignaler leur
foy.
Couple chery du Ciel, joüiffez pleinement
Du fort de vos belles années ,
C'est pour vous que fut fait ce Palais fi
Et
charmant ,
par les foins du grand Armand ,
Ces richeffes fans prix vous furent deſtinées
:
(
du Mercure Galant .
15 .
Tout rit à vostre abord , tout y devient
plus beau,
Tout y prend un éclat nouveau,
Nos Bois en font plus gais, nos fardins
refleuriffent,
De nos Vergers les ruiffeaux font plus
clairs ,
Avec plus de vigueur nos Fontaines
jaliffent,
Et d'un plus noble effort s'élancent
dans les airs .
Ces reftes précieux de la rigueur des ans ,
Qui n'en ofa faire fa proye,
Ces Heres , ces faux Dieux dans le
marbre vivans,
Si cheris des Maistres fçavans ,
D'un langage muet vous expriment
leur joye.
Vous avez rendu l'ame à ces fiers
baftimens ,
A ces pompeux appartemens,
A ces riches lambris qui me fem bloient
fi fombres,
3
16 Extraordinaire
Sur l'Orifon l'Aftre de la clarté
Ainfi des triftes nuits vient diffiper
les ombres ,
Et rend à l'Univers fa premiere beauté.
W
Que de plaifirs font joints au plaifir
de vous voir !
La douceur n'en eft point bornée.
Quel prefage flateur , quel favorable
espoir
Ne pouvons - nous pas concevoir
De ce Fruit fi charmant né de vostre
Hymenée ?
Ce tendre & cher Objet , ce jeune
Aftre naiffant,
De qui le regard innocent
Semble déja des coeurs méditer la conqueßte
,
D'un Fils illuftre, est le gage a
feuré,
D'un Fils qui de lauriers couronnera
fa tefte ,
D'un Fils tel qu'il le faut , tel qu'il
eft defiré.
du Mercure Galant.
17
3
Sous ces toits fortunez , fous ce noble
climat,
Nâquit Armand, qui par fes veilles
De tous nos Ennemis fit triompher l'Etat
,
Mais qui de noftre Potentat
Euft eu peine à prévoir les divines
merveilles.
Son Ombre vous demande encor um
Succeffeur,
De qui l'efprit , de qui le coeur
Soutiennent vostre nom , & remplif
Sent l'Hiftoire ,
Palais augufte , admirable Sejour,
Quelle douceur pour nous , quel bon
heur , quelle gloire,
Si ce Heros pouvoit recevoir. le
jour!
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Résumé : LA NYMPHE DE RICHELIEU A MONSIEUR LE DUC, & à Madame la Duchesse de Richelieu.
Le poème célèbre le retour du Duc et de la Duchesse de Richelieu dans leur ville. Les auteurs expriment leur joie et leur soulagement après une longue absence, notant que la présence du couple a transformé les lieux lugubres en un espace de bonheur et de beauté. La Duchesse est particulièrement louée pour ses vertus et ses charmes, qui apportent joie et grâce. Les vassaux manifestent leur enthousiasme et leur dévouement, prêts à servir et à combattre pour eux. Le palais, restauré et animé par leur présence, est décrit comme riche et beau. Le texte mentionne également la naissance d'un fils, annonçant un avenir glorieux, et fait référence à Armand, le fondateur du palais, qui espère un successeur digne de son héritage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 70-71
Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Début :
Le Regne de LOUIS, le plus grand Roy du Monde, [...]
Mots clefs :
Louis, Monarque, Cour, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Pour Monfieur le Chancelier .
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
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Résumé : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Le sonnet célèbre l'accession de Boucherat au poste de chancelier sous Louis, présenté comme le plus grand roi. La faveur royale repose sur le mérite. La cour de Louis est un obstacle aux intrigues. Les vertus et la sagesse de Boucherat justifient sa nomination, qui compense la mort de Le Tellier. Louis, sage, honore Boucherat au-delà de la dignité du poste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 71-87
DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Début :
Ce que l'on nous conte du Phenix est-ce une verité [...]
Mots clefs :
Phénix, Nature, Esprit humain, Créatures, Âme, Oiseau, Prodige, Auteurs, Plumes, Ailes, Miracles, Mystère, Espèces, Monarque, Victoire, Vertus
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texteReconnaissance textuelle : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
DU PHENIX.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
A MONSIEUR***.
C
E
que
Phenix
eft. ce une
verité
ou
une
fable
? Cét
admirable
Oyfeau
fe
trouve
- t'il
dans
le Monde
l'on nous conte du
72
Extraordinaire
Elt.ce une production de la Natare
ou une invention de l'Efprit
humain ? Voilà la queftion que
vous me faites , M. & fur laquelle
vous voulez que je vous écrive
mes fentimens . Ileft jufte de vous
fatisfaire , & de contenter voſtre
defir ; & peut eftre que cette recherche
ne fera pas moins agrea
ble , qu'elle eft curieuſe.
L'Esprit de l'homme eft extre
mément fecond , il paffe les bornes
de la Nature ; & quand elle
ne luy fournit pas tout ce qu'il
cherche , & dequoy remplir toutes
fes idées,il fe forme des Eftres
tels que bon luy femble . I fe
fait des Ifles fortunées , des Rivieres
de lait , des Montagnes
d'azur , des Arbres qui portent
des Pommes d'or. Il ne faut donc
pas
du Mercure Galant. 73
-
pas trouver étrange qu'il fe fort
formé un Phenix.
>
Si ce n'eftoit un fiction ou
feroit logé ce Fils du Soleil , qui
n'eft à ce que l'on dit gueres
moins beau que fon Pere ? Seroitil
poffible que la Nature qui étale
les beautez avec tant de pom.
pe , & qui prend fi grand plaifir
à en faire des Spectacles , fe
fuft allé cacher dans les Foreſts
d'Arabies ; qu'elle l'euft relgué
parmy les Beftes fauvages ,
& dérobé aux yeux des Creatu.
res intelligentes , qui font feules
capables de connoiſtre , & d'admirer
ce Chef d'oeuvre ?
Si Dieù avoit creé un Phenix,
où fe feroit.il retiré pendant le
Déluge Comment fe feroit.il
fauvé de cette Innondation ge-
Q. d'Octobre. 1685.
G
74
Extraordinaire
nerale ? Car il eft conftant que
dans l'Arche il n'y avoit point
d'Animal qui n'euft fon pareil , &
que Noé prit feulement le mafle
& la femelle de ceux qui fe multiplient
par la voye ordinaire de
la generation .
Auffi peut- on dire , qu'il n'y
a point d'autre voye pour la confervation
de chaque efpece ; Que
c'eſt un ordre étably dans la
Nature , & une Loy fans exception
; Qu'il eft impoffible qu'un
Animal fe reproduife en fe dé.
truifant ; & ainfi vous allez fans
doute conclure que ce Phenix
n'eft qu'un Phantoſme , & ſa renaiffance
qu'une Chimere.
Neanmoins , Monfieur , ne décidez
pas fi vifte , ſuſpendez un
peu voftre jugement ; ces Ardu
Mercure
Galant. 75
gumens ne font pas invincibles ,
ny ces raiſons fans réponſe.
Ileft vray que noftre Ame , qui
a je ne fçay quoy de Divin , s'éleve
fouvent au deffus de la Nature
; que ne s'arreſtant pas aux
Eftres créez , elle va jufqu'aux
Eftres poffibles
, & qu'elle fe figure
une infinité de chofes qui ne
font point en effet. Mais vous
m'avoüerez
auffi qu'elle fçait
bien difcerner la réalité d'avec
la feinte, les chofes qui font actuel.
lement d'avec celles qui n'exiftent
que dans fa penſée , un Oyfeau
veritable d'avec un Oyfeau
imaginaire.
D'ailleurs il ne faut pas s'étonner
que l'on ne voye que rarement
cét Oyſeau . On ne voit
pas tous les jours des Prodiges &
Gij
76
Extraordinaire
des Miracles ; & puifque la Nature
ne l'a pas fait invulnérable ,
& immortel , il ne luy reftoit pour
le conferver , que de le mettre
comme elle a fait en des Foreſts
écartées , où il fuft à couvert des
embuches , & de la violence des
hommes,
Que s'il n'eftoit pas dans l'Arche
avec les autres Animaux pen-
'dant le Déluge , Dieu a t'il manqué
de moyens particuliers pour
le conferver ? N'a t'il pas pû le
faire nager fur les Eaux , le tenir
balancé fur fes plumes au milieu
de l'air , l'enveloper d'un nuage ,
& le nourrir de rofée ?
Je tombe d'accord que la voye
de la generation a efté établie
dans la Nature pour la conferva
tion des Efpeces , qui ont plu
A
du Mercure Galant,
77
fieurs individus : mais cela ne
conclud rien à l'égard du Phenix,
qui eft unique en fon efpece ; &
il n'eft pas plus difficile à Dieu de
faire fortir ún nouveau Phenix
de fes cendres , qu'une nouvelle
Plante de la corruption de fa
graine.
Vous voyez donc , Monfieur ,
qu'on ne fçauroit trouver de bonnes
raifons pour combatre l'exiftence
du Phenix. La Nature eft
feconde , & ingénieufe en fes productions
. Elle a fait une infinité
de chofes pour noftre ſervice ;
mais elle en a fait quelqu'unepour
noftre admiration. Qui ne fçait
maintenant qu'il y a des Ifles Alotantes
, des Animaux qui vivent
dans cét Element qui confume
tout ; des Fontaines qui allument
G iij
78
Extraordinaire
des Flambeaux ; des Plantes dont
les Fleurs ne s'épanouiffent que
la nuit Il ne faut donc pas refufer
noftre creance à ce qui eft éloigné
de noftre veuë , lorfque
nous fommes affurez de la verité
par le témoignage de grands
Autheurs..
•
Lucrece , Enripide , Lactance ,
Virgile , Ovide, Martial & Clau.
dian parlent du Phenix , & affurent
qu'il eft en nature . Si vousvoulez
des Hiftoriens , & que
les Poëtes vous foient fufpects ;
Elian , Pline , & Tacite en font
mention dans leurs Livres.
Les Modernes confirment le
témoignage des Anciens , comme
vous pouvez voir dans Cardan
, & dans Scaliger. Si vous
n'eftes pas encore perfuadé , voi
du Mercure Galant. 79
cy des Autheurs plus confiderables
; Tertullien , Saint Ambroife
, Saint Auguftin , Saint Cyrille ,
Samt Epiphane , & plufieurs autres
Peres & Docteurs de l'Eglife
ſe fervent de la renovation du
Phenix pour prouver la Refurreaion
des Corps. Mais entendez
de la bouche d'un grand Prince
de l'Arabie mefme , un témoignage
plus fort que tous les pre-
Gedens ; le mourray dans mon nid
( dit Iob ) je multipliray mes
jours comme le Phenix.
Aprés vous avoir prouvé qu'il
y a un Phenix par cette foule honorable
de témoins , vous vou
driez peut - eftre , Monfieur , que
je vous en fiffe la peinture . Il faut
vous contenter en toutes manieres
, & faire de la plume un pin
Giiij
80 Extraordinaire
>
ceau. Le Phenix eft d'une plus
riche taille que tous les autres Oyfeaux
, & a la Tefte couronnée
d'un Diadême de plumes lui .
fantes pour marque de fa Royau
té. Celles dont la gorge eft couverte
repreſentent un Collier de
fin or , meflé de petites plumes
blanches , qui en fortent comme
autant de rayons , & font affez ,
voir la gloire de fon origine , &
qu'il eft l'Enfant du Soleil . Son
Corps & fa Queue font d'un bleu
celefte feme de Saphirs , & fes
Aifles luy font comme un manteau
de pourpre relevé de diver...
fes pierreries , fi bien qu'a chaque
pas qu'il fait , il ravit les yeux
par un changement de couleur ,
comme par un changement de
Theatre. Enfin il furpaffe tous
du Mercure Galant. 81
les Rois de la Terre par la magnificence
de fes habits : mais
ces ornemens luy font propres
& naturels & fe
pour ;
il
parer
n'a point eu befoin de chercher
au loin des Etoffes precieufes ,
ny de fouiller le Tage , ny le
Pactole. 1
>
Cependant le temps qui ruine
tous les plus beaux Ouvrages de
la Nature ne pardonne pas à
celuy cy Quoy qu'il foit mille
ans à l'admirer , avant que de le
détruire , il faut que le Phenix
obeïffe à cette Loy generale qui
ne reçoit point de difpenfe , &
qu'il meure auffi - bien que les autres
Rois. Ainfi preffé par fon
deftin , quand il fent la lumiere
de fes yeux languiffante , la vigueur
de fes membres diminuée ,
82 Extraordinaire
la legereté de fes aifles apefantie,
& que toutes fes beaurez font
effacées par la vieilleffe , il ramaffe
fous un Palmier quantité
de ces bois odoriferans dont
l'Arabie heureufe eft toute pleine
, & battant des aifles à l'oppo
fite du Soleil , il allume luy - mef
me fon Bucher , & fait à ce bel
Aftre un Sacrifice dont il eft & le
Preftre , & la Victime .
Mais voicy bien une autre mer.
veille , & un plus grand fujet d'étonnement.
Lorsqu'il femble que
le Phenix foit confumé pour jamais
, & que ce Roy des Oyfeaux
ne foit plus que de la cendre
l'on apperçoit quelque chofe au
milieu de ces charbons parfumez
qui commence à fe mouvoir , à
prendre la forme d'un Oyfeau ,
du Mercure Galant.
& à fe couvrir peu à peu de plumes.
En un mot il en fort un nou
veau Phenix. La mort éft feconde
pour luy . Son Tombeau ſe
change en Berceau ; & le feu de
Deftructeur impitoiable , devenu
dépofitaire fidelle , rend exa-
&tement ce qui luy avoit esté
confié par la Nature .
Ce qui accroift le miracle , eft
que durant ce temps là les vents .
n'ofent fouffler, de peur de difperfer
ſes cendres ; les autres Oyfeaux .
n'en approchent point , de crain-.
te que quelque bec gourmand
n'engloutiffe ce germe precieux ,
tout aux environs eft dans le ref
pect & dans le filence , pour ne
pas troubler ce Myftere , & depuis
que ce jeune Oyfeau eft hors
de fon nid il ne court aucun pe--
84
Extraordinaire
1
;
ril les fléches ny le plomb des
Chaffeurs ne l'atteignent point ;
il ne tombe jamais dans leurs
filets. C'est pourquoy Pline &
Tacite ne croyent pas que cét
Oyfeau étranger qui fut expofé
dans le Marché de Rome fous
l'Empire de Clodius' , fuft un veritable
Phenix , & que la Nature
cuft ainfi laiffé perir fon plus
bel Ouvrage .
Auffile ,Phenix n'eſt point ingrat
de toutes les faveurs qu'il
reçoit . Il ne déploye pas plûcoft
les Aifles , qu'il va rendre fes
hommages à la Divinité qui le
protege , & qui luy a donné la
victoire fur la mort, Ce Monarque
des Oyfeaux portant fon Se
pulchre parfumé , s'éleve dans
l'air , accompagné d'un nombre
du Mercure Galant. 85
infiny de fes Sujets qui honorent
fon Triomphe , & tirant droit
en Egypte , il s'en va le poſer
comme un Trophée dans le Temple
du Soleil en la Ville d'Helio-
/ polis. Durant ce voyage la paix
eft univerfelle entre les Oyfeaux;
Ceux qui femblent eſtre nez
pour faire la guerre aux autres ,
n'exercent point leur ferocité naturelle
; les Aftres n'ont que de
benignes influences ; il ne fe fait
point d'orage en l'air , ny de tempeftes
fur la Mer ; la Terre fe
pare de Fleurs , & donne des
fruits en abondance . On dit que
cette merveille a efté veuë en
Egypte fous les Regnes de Sefoftre
, d'Amafis , & de Prolomée
; & que l'on confideroit ces
apnées là comme le retour du
Siecle d'or.
86
Extraordinaire
Aptés tout , Monfieur , la France
n'a point fujet de porter envie
à l'Egypte ny à l'Arabie hen
reufe , puifqu'elle a maintenant
fon Phenix Il n'eft pas befoin de
vous défigner plus particulierement
le Roy. Ses belles qualitez
de relevent tellement au deffus
des autres Rois , qu'il femble
eftre unique en fon Efpece. Car
quel autre que luy peut forcer
en fi peu de jours des Villes capables
de ruïner des Armées ;
faire de la Conquefte d'une Pro.
vince le divertiffement d'un Carnaval
; & aprés avoir fait voir qu'il
peut Conquerir un Monde par
fa valeur , montrer qu'il eft affez
moderé pour s'arreſter au milieu
de fes Victoires ? Quelque part
que vole le Phenix , il compofe
du Mercure Galant.
87
:
les differens de tous les autres
Oyſeaux Et n'eft il pas vray
que tous les autres Souverains
fuivent les mouvemens de noſtre
Monarque , & deviennent paci
fiques à fon exemple : Toute l'Europe
s'eftoit ébranlée à fes premieres
démarches ; & toute l'Europe
s'eft calmée au mefme inftant
qu'il a fait la paix . Enfin
c'eft de luy qu'on peut dire , qu'ila
vaincu la Victoire mefme , puifqu'il
n'a pas voulu fe fervir des
avantages qu'elle luy donnoit ,
& qu'il a mieux aimé regner
fur les autres Nations par l'éclat
de fes Vertus , que par la force
de fes Armes.
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Résumé : DU PHENIX. A MONSIEUR ***.
Le texte aborde l'existence du Phénix, un oiseau légendaire, en discutant de sa réalité ou de sa fiction. L'auteur explore diverses hypothèses sur sa nature et sa localisation, soulignant que l'homme crée souvent des êtres imaginaires pour satisfaire sa curiosité. Il examine les arguments contre l'existence du Phénix, tels que son absence dans l'Arche de Noé et la nécessité de reproduction conventionnelle, mais suggère que l'âme humaine peut distinguer le réel de l'imaginaire. Il mentionne également des phénomènes rares en nature et la possibilité que Dieu préserve des créatures uniques. Le Phénix est décrit avec une apparence majestueuse : une tête couronnée de plumes, un collier d'or et de plumes blanches, un corps bleu comme des saphirs, et des ailes pourpres ornées de pierreries. Il meurt après mille ans, se sacrifiant sur un bûcher de bois odoriférants, et renaît de ses cendres, un processus respecté par la nature et observé en Égypte. Le texte compare ensuite le roi de France au Phénix, soulignant ses qualités exceptionnelles et ses actions modérées malgré ses victoires militaires. Les autres souverains suivent son exemple, et l'Europe se pacifie grâce à son initiative de paix. Le roi est ainsi vu comme ayant vaincu la victoire elle-même en choisissant de régner par ses vertus plutôt que par la force.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 161-190
Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
Début :
L'assiduité laborieuse & toute reguliere avec laquelle ce Prince [...]
Mots clefs :
Louis Boucherat, Chancelier, Parlement, Conseiller, Emplois, Maître des requêtes, Justice, Chambres, Prince, Dignité, Commissaires, Honneur, Intendant, Monarque, Mérite, Famille, Comptes
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texteReconnaissance textuelle : Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
L'affiduité laboricufe &
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
toute reguliere avec laquelle
ce Prince s'attache au gouvernement
de fon Etat , luy
donne une connoiffance par
faite de tous les grands Hom
mes de fon Royaume ; & if
en juge par les chofes qu'il
leur voit faire , & qu'il leur
entend dire dans les Confeils
où il eft prefent , par le
zele qu'ils témoignent en
s'acquittant des emplois qu'il
leur confie , par le rapport
qu'ils font des grandes affai
*
Novembre 1685 . O
162 MERCURE
res dont il les charge , & par
mille autres endroits que
nous ne connoiſſons
pas, &
par lefquels ce Monarque
éprouve la capacité, le merite
, & l'exacte maniere de
rendre juſtice de ceux qu'il
veut élever aux plus hautes
Dignitez. Ces raiſons qui
font extremément
glorieufes
à Mr Boucherat , n'ont pas
laiffé long- temps balancer le
Roy fur le choix d'un nouveau
Chancelier
. Comme ce
grand Prince fait toutes chofes
de fon propre mouvement
, qu'il ne veut point de
GALANT. 163
brigues , & qu'on n'ofe pas
meſme en faire , parce qu'on
fçait que non feulement elles
feroient inutiles auprés
de luy , mais encore qu'il les
condamneroit avec une jufte
ſeverité , chacun attendoit
que Sa Majefté declaraft fon
choix qu'Elle fçavoit feule ,
& M de Boucherat mefme
dormoit tranquillement lorf
que le Roy l'envoya querir à
neuf heures du foir , ce qui
fait connoiftre qu'il n'avoit
point l'efprit agité de ces
cruelles inquietudes que dóne
un devorant defir de s'é-
O ij
164 MERCURE
·
lever , qui ne fouffre de repos
ny nuit ny jour à ceux
qui font attaquez d'une paffion
fi violete , M' Boucherat
fe leva, & vint trouver leRoy,
qui fans ceffe occupé des affaires
de fon Etat , travailloit
feul dans fon Cabinet. Sa
Majefté luy declara qu'Elle
le faifoit Chancelier de France,
& en mefme temps luy
donna les Seaux. Ce Prince
ne faifant jamais de Dons
qu'il ne les accompagne de
paroles obligeantes , & d'agrémens
qui en augmentent
encore le prix , quelques
GALANT. 165
grands qu'ils puiffent eftre ,
il dit à M' Boucherat , Qu'en
le faifant Chancelier, il luy demandoit
une chofe , qui eftoit de
l'eftre long-temps. Ce nouveau
Chancelier
fe jetta aux genoux
de Sa Majefté , pour
luy faire les tres-humbles remerciemens
, & ne fongea
point en ce moment à la
grandeur de la Dignité où
ce Prince l'élevoit , mais
au glorieux avantage qu'il
avoit d'eftre choify par
un Roy , dont le difcernement
eft fi jufte , & dont
les choix font fi applau
166 MERCURE
dis . En effet , eftre nommé
Chef de la Juſtice par
LOUIS le Grand , c'eſt un
titre qui le fera diftinguer à
la Pofterité de tous les Chan:
celiers qui n'ont pas efté de
ce regne des miracles. S'il eſtoit
permis d'entrer dans les
fecrets mouvemens du coeur,
je dirois que peut- eſtre en
cet inftant il s'en falut peu
que M Boucherat ne fe cruft
en luy-mefme le plus grand
de tous les Hommes , puis
qu'il recevoit de fi éclatantes
marques d'eftime du plus.
grand de tous les Rois .
GALANT. 167
Aprés vous avoir parlé du
choix de Sa Majefté , il faut
vous faire connoiftre les divers
Emplois , & la Maiſon
de ce nouveau Chancelier.
Il fe nomme Louis Boucherat
, & eft Seigneur de Compans
en France . Il fut d'abord
Correcteur en la Chambre
des Comptes , puis Confeiller
au Parlement de Paris , &
Commiffaire aux Requeſtes
du Palais en 1641. & enfuite
Maistre des Requeftes, Inten
dant de Juftice à Soiffons , &
en Languedoc , Confeiller
d'Etat ordinaire , Confeiller
(
168 MERCURE
d'Honneur au Parlement de
Paris , & Confeiller au Cons
feil Royal des Finances de Sa
Majeſté en 1681. Son zele pour
le fervice du Roy , & l'intereft
du Public , a éclaté dans
rous ces emplois avec une
approbation generale ; ce qui
a fait que depuis l'année 1657,
jufqu'en 1679. il a eſté auffi
Commiffaire de Sa Majefté
aux Etats de Bretagne . En
1670. il fut un des Commiffaires
établis pour la recher
che des Ufurpateurs du titre
de Nobleffe ; & au mois de
Mars 1672. il eut l'honneur
d'eftre
1
GALANT
. 199
d'eftre un des fix Confeillers
d'Etat que Sa Majesté nomma
pour l'affifter lors qu'Elle
tenoit le Sceau en perfonne.
En 1673. il fut étably un des
Commiffaires de la Chambre
Royale,pour la Réunion des
Biens de l'Ordre de Saint Lazare
, & en 1679 , il en fut fait
Prefident. Il fut auffi un des
Commiffaires choifis en 1674
pour juger fouverainement
fe Procez des Acufez de Crimes
contre l'Etat, & en 1679.
il fut Commiffaire & Prefident
de la Chambre Souveraine
établie à l'Arſenal pour
Novembre
1685. P
170 MERCURE
la recherche des Crimes de
Poiſon. En 1683. Sa Majeſté
le fit Chef de la Commiffion
pour le Procez des Treforiers
Provinciaux des Guerres , &
le premier de ce mois , Elle
l'a nommé Chancelier &Garde
des Sceaux de France.
Mr Boucherat , qui vient
d'eftre revétu d'une Dignité
fi éminente, a eu deux Filles
d'Anne Marchant fa premiere
Femme. La premiere eſt
Magdeleine Boucherat,Fem
me d'Henry de Fourcy , Prefident
en la troifiéme Cham
bre des Enquestes du ParleGALANT.
171
ment , & Prevoft des Marchands
de la Ville de Paris.
La feconde eft Catherine
Boucherat , Femme en premicres
Noces d'Henry de
Nefmond S de Saint Difan ,
Maistre des Requeſtes , Intendant
de Juftice à Limoges
; & en fecondes Noces
d'Antoine Barillon S' de Morangis
, Maiſtre des Requeſtes
, Intendant à Caën, & cydevant.
Intendant à Metz &
Alençon , Frere de Paul de
Barillon de Morangis, Confeiller
d'Etat ordinaire , &
Ambafladeur Extraordinaire
Pij
172 MERCUR- E
de Sa Majefté en Angleterre,
De la feconde Femme de M
le Chancelier , nommée Anne
Françoiſe de Lomenie ,
Veuve de Jean de Bretel S
de Gremonville, Maiftre des
Requeſtes , & Intendant en
Champagne , d'une Famille
qui a donné divers Secretaires
d'Eftat , eft venuë Françoife
-Louife-Marie Boucherat,
mariée à Nicolas - Augufte
de Harlay, Comte de Coeli
, & Seigneur de Bonnoeil,
Maiſtre des Requeſtes , Intendant
de Juftice en Bourgogne
, cy - devant l'un des
GALANT. 173
deux Ambaffadeurs Extraor
dinaires & Plenipotentiaires
de France à l'Affemblée de
Francfort , & aux Conferences
de l'Empire. Le Pere de
Mile Chancelier, eftoit Jean
Boucherat s d'Athis prés
Lonjumeau, Doyen des Maî
tres des Comptes de Paris ; &
fon Aycul , Guillaume Boucherat
Auditeur des Comptes
.
Cette Famille porte d'azur
au Cog d'or , & defcend de
Pierre Boucherat S ' de la For
geValcon, Procureur du Roy
à Troyes , l'an 1420. Elle a
Piij
174 MERCURE
donné diverſes perſonnes de
confideration . Nicolas Boucherat
Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris, Religieux
& Procureur general
de l'Ordre de Citeaux , fut deputé
au Concile de Trente,
où il fit paroiftre fa doctrine
& fa prudence , & obtint la
confirmation des Droits &
Privileges de fon Ordre. Enfuite
il fut éleu Abbé & General
de l'Ordre de Citeaux,
&Confeiller né au Parlement
de Dijon. Il fit divers voyages
vers les Papes Pie V. &
Gregoire XIII . defquels il ob
-
GALANT. 175
tint divers Droits à l'avantage
de fon Ordre. Charles IX.
& Henry III . l'honorerent
de leur eftime , & luy donnerent
diverfes Commiffions
en Bourgogne , dont il s'acquitta
avecfuccés . Il mourut
le 12. Mars 1596. & fut inhu
mé prés le grand Autel de
l'Eglife de Citeaux . Nicolas
Boucherat fon Neveu , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris, Religieux auffi
de Citeaux, paffa à l'imitation
de fon Oncle, par les principales
Dignitez de cet Ordre.
Il fut Prieur de Citeaux, Ab-
P iiij
176 MERCURE
bé de Vaucelles , Coadjuteur
du General de Citeaux, & en
1604. Abbé & General de cet
Ordre , & Confeiller né au
Parlement de Dijon . Pendant
fon Adminiſtration , il vifita
les Monafteres de fon Ordre
en France , Franche- Comté
Suiffe,haute & baffe Allema
gne , Boheme , Hongrie &
Pais-bas. Il les reforma par
fon exemple , & y établit une
exacte rectitude de la Vie
Monaſtique , & une abſtinence
continuelle de viande.
Il fut deputé diverfes fois
vers les Rois Henry le Grand
"
GALANT. 177
& Louis le Jufte, prefida aux
Etats de Bourgogne , affifta
aux Etats generaux de Fran
ce , tint cinq Chapitres ge
neraux de fon Ordre, & infti
tua le Seminaire de Dole. II
mourut le 3. May 1625. & fut
inhumé auprés de fon Oncle.
Denys Boucherat Abbé
de Pontigny en Bourgogne,
fut Vicaire general de l'Ordre
de Citeaux. Claude Bou+
cherat a efté auffi Abbé de
Pontigny. Jacques Boucherat
fut homme d'armes de la
Compagnie d'Ordonnance
du feu Roy, fous la conduite
178 MERCURE
•
de M' de Pralin , & enfuite
Maiftre d'Hoſtel de Sa Ma
jefté. Jean Boucherat S de
Nogent , a efté Capitaine au
Regiment de Duras . Edmont
Boucherat celebre Avocat
au Parlement de Paris,
fut enfuite Avocat General
au mefme Parlement fous
Henry II . Guillaume Boucherat
fut pourveu de la
Charge de Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris
, & mourut avant qu'il y
fuft receu. Edmond Bouche
rat 5' de la Mothe,a efté Confeiller
au Grand Confeil
GALANT. 179
Guillaume Boucherat Abbé
de Saint Sever & Prieur de
Nenteuil , fut receu Confeiller
au Parlement de Paris en
1646.La Mere de M' le Chancelier
fe nommoit Catherine
de Machault , d'une ancienne
Famille , qui a donné divers
Prefidens & Confeillers
aux Parlement de Paris ,Grad
Confeil , Cour des Aides , &
autres Compagnies Supe
rieures , divers Confeillers
d'Etat , Maiftres des Reques
queftes , & Intendans de Ju
ftice . Son Aycule Marie Perrot
, eftoit d'une Famille qui
180 MERCURE
}
a donné divers Confeillers
au Parlement. Sa Bifayeule
Louife le Coq , Femme de
Baptifte de Machault Confeiller
au Parlement , eftoit
Fille de Charles le Coq Prefident
en la Cour des Mon.
noyes , & defcendoit du celebre
Jean le Coq Avocat
General au Parlement de
Paris , qui a laiffé un Traité
confiderable des Decifions
du Parlement de fon temps,
& cette Famille a donné di
vers Maiſtres des Requeſtes
& Confeillers au Parlement.
Il y a peu de Familles qui
GALANT. 181
fe puiffent vanter d'autant
d'avantages , foit du coſté de
la naiffance & des alliances ,
foit du cofté des Dignitez
Ecclefiaftiques , ou de celles
de Robe & d'Epée, & de plus
d'ancienneté
à l'égard de ces
Dignitez , qui ont rendu illuftre
le nom de Boucherat ,fur
tout dans le plus augufte Senat
du monde , & dans les
Conciles generaux. Mais il
n'eftoit pas befoin que Mr.
Boucherat tiraft tant de gloire
du cofté de ſes Anceſtres,
puis qu'il ne doit qu'à luymefme
la premiere Dignité
182 MERCURE
de la Robe, dont Sa Majefté
le vient d'honorer. Il ne faut
pour cela que jetter les yeux
fur les diferens Emplois qu
Elle luy a confiez , pour lef
quels il devoit avoir l'intelligence
parfaite de toutes fortes
de Loix , fçavoir les Coûtumes
des Provinces , connoître
à fonds les Finances ,
ne rien ignorer de tout ce
qui regarde les matieres Civiles
& Criminelles , avoir
une forte pénetration d'ef
prit , & eftre porté à rendre
la plus exacte juftice.Le Roy
ayant connu par les diffeGALANT.
183
ress Emplois que M ' de Boucherata
exercez , & par ceux
de confiance qu'il luy a donnez
, qu'il poffedoit toutes
les qualitez qu'on peut fou .
haiter dans un Chancelier de
France, il ne faut pas s'étonner
fi Sa Majeſté ayant ainſi
éprouvé fa capacité & fon
merite , l'a élevé à la haute
Dignité où tout le monde le
voit avec joye. Quoy que
tant de grands & divers emplois
l'ayent toûjours extremément
occupé , il n'a pas
laifféde donner beaucoup de
temps à l'étude , & il a au-
•
184 MERCURE
tant d'érudition que de
politeſſe. Sa pieté eſt connuë,
& chacun fçait combien
les interefts de la Religion
luy ont efté chers quad
il s'eft agy de les foûtenir . II
eft civil & obligeant
, & a
toûjours efté au devant des
occafions de faire plaifir aux
perfonnes de merite. Le fien
eft fi grand, & fa capacité fi
folidement établie , que Meffieurs
de la Chambre des
Comptes en eſtant convaincus
dés le temps qu'il fe prefenta
pour la Charge de Correcteur
, ordonnerent qu'il
GALANT. 18%
y
feroit receu fans Examen.
a lieu d'efperer qu'on le
verra long-temps Chancelier
, puis qu'on affeure que
Mr Boucherat fon Pere , qui
a efté Doyen de cette Chambre
, eft mort âgé de quatre--
vingt-douze ans.
A peine fceut - on que le
Roy l'avoit honoré de cette
importante Charge, que tous
les Corps de Juftice & autres,
fe préparerent à luy en aller
faire leurs Complimens. Les
grands Emplois qui luy ont
efté confiez en divers temps,
leur en fourniffant une am-
Novembre 1685. Q
186 MERCURE
3
ple matiere , ils furent bien
toft en eftat de s'acquitter
d'un devoir fi jufte . La
Chambre
des Comptes
, &
le Grand Confeil y allerent.
Le Parlement, & la Cour des
Aydes, n'y doivent aller qu'-
aprés que les Lettres auront
efté prefentées au Parlement.
On ne peut trop admirer la
memoire & la preſence d'ef
prit de ce digne Chef de la
Juſtice , qui pour répondre à
chaque Compliment , en reprenoit
tout le fens , & s'expliquoit
fur tous les articles
avec une netteté furprenanGALANT.
187
te. Il fit plus , & marqua mefme
à quelques Chefs de ces
Corps , mais d'une maniere
fort honnefte , qu'il fçavoir
qu'il s'y eftoit gliffé des
abus aufquels il falloit remedier
. L'Univerfité l'ayant ha
rangué en Latin , il répondit
qu'ayant l'honneur d'eſtre
chargé de la Parole du Roy ,
il ne devoit parler que la Lan .
gue de ce Monarque; & pour
faire voir que la Latine ne
laiffoit pas de luy eftre fami
liere , il s'en fervit fur la fin
de fa réponſe , avec des expreffions
qui faifoient con-
Q ij.
188 MERCURE
noiftre qu'il la poffedoit parfaitement.
Il a pareillement
receu les Complimens de la
Cour des Monnoyes . M' de
Chauvry qui en eft premier
Prefident , porta la parole .
Les Treforiers de France fe
font auffi acquittez du mef
me devoir par la bouche de
M' de Varoquier, Doyen des
Chevaliers de Saint Michel,
& Prefident au Bureau des
Finances. Il eft d'une naiſſan
ce diftinguée . M' de l'Academie
Françoiſe l'ont auffi
complimenté. M* Boyer,qui
eft prefentement Chancelier
GALANT. 189
de leur Compagnie , parla
avec la jufteffe ordinaire aux
Academiciens. Je vous entretiendray
plus amplement
le mois prochain de tous ces
Complimens , & vous en envoyeray
quelques -uns . J'oubliois
à vous marquer , que
la premiere fois que M³ le
Chancelier donnaSceau, il fit
voir que quoy qu'il ne duft
pas encore avoir toutes les
fumieres que donne une longue
foction dans cette Charge,
il ne pouvoit ñeanmoins
eftre furpris ; il refuſa de
feeller quantité de choſes ,
190 MERCURE
qui n'eftoient pas confor
mes aux Ordonnances .
Fermer
Résumé : Choix que le Roy fait de Mr de Boucherat, pour remplir la place de Chancelier de France, avec tout ce qui regarde cet article, & ce qui a suivy ce choix. [titre d'après la table]
En novembre 1685, Louis XIV nomma Louis Boucherat, seigneur de Compans, au poste de Chancelier de France. Cette nomination fut justifiée par les compétences, le mérite et le dévouement de Boucherat, démontrés à travers diverses fonctions prestigieuses telles que correcteur à la Chambre des Comptes, conseiller au Parlement de Paris, maître des requêtes, et intendant de justice. Boucherat avait également servi comme commissaire pour la recherche des usurpateurs de titres nobles et conseiller d'État. Sa nomination reflétait une haute estime royale. Boucherat eut trois filles : deux de son premier mariage avec Anne Marchant et une de son second mariage avec Anne Françoise de Lomenie. La famille Boucherat est distinguée et remonte à Pierre Boucherat, procureur du roi à Troyes en 1420. Parmi les membres notables, on trouve Nicolas Boucherat, docteur en théologie et député au Concile de Trente, et son neveu, également nommé Nicolas, Abbé et Général de l'Ordre de Citeaux. D'autres membres illustres incluent Denis Boucherat, Abbé de Pontigny, Jacques Boucherat, homme d'armes, et Edmond Boucherat, avocat célèbre au Parlement de Paris. La mère du chancelier, Catherine de Machault, appartenait à une famille distinguée ayant produit plusieurs présidents et conseillers au Parlement de Paris. En tant que Chancelier, Boucherat fut apprécié pour son caractère civil et obligeant, ainsi que pour sa grande réputation et ses capacités. Sa nomination fut accueillie favorablement par divers corps de justice et institutions. Boucherat impressionna par sa mémoire et sa présence d'esprit, soulignant certains abus nécessitant des remèdes et insistant sur l'usage de la langue française dans ses fonctions officielles. Il reçut des félicitations de plusieurs institutions, dont la Cour des Monnoyes, les Trésoriers de France, et l'Académie Française. Lors de sa première utilisation du sceau, Boucherat montra une connaissance approfondie des ordonnances, refusant de sceller des documents non conformes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 124-136
AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Début :
Le nombre de ceux qui se convertissent augmente de jour / Enfin, de vos ames rebelles, [...]
Mots clefs :
Conversions, Calvinistes, Erreurs, Vérité, Poésie, Grâces, Seigneur, Clémence, Rayons, Orgueil, Mystères, Attaque, Sauveur, Âme, Sentiments, Enfer, Ennemis, Monarque, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
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Résumé : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le texte relate une augmentation des conversions religieuses sincères, souvent précédées de débats où même les calvinistes les plus fermes reconnaissent leurs erreurs. L'auteur encourage les calvinistes à réfléchir sur des vers mettant en garde contre les limites de la raison face aux mystères de la foi. Un poème dédié aux nouveaux convertis célèbre la grâce divine qui les a conduits à la vérité et met en garde contre l'orgueil de la raison humaine, source d'erreurs et d'illusions. La conversion est perçue comme une libération des doutes, apportant paix et joie. La quête spirituelle est comparée à un malade affamé insatisfait, soulignant que Jésus se révèle à ceux qui l'aiment et les invite à partager son amour. Le texte loue également un roi qui utilise son pouvoir pour ramener ses sujets à la foi. Il mentionne une ode et un poème de Charles Perrault, membre de l'Académie Française. L'ode exprime le zèle et la piété de l'auteur, appelant à protéger et encourager la foi des jeunes générations. Le poème 'Saint Paulin Évêque de Nole' démontre que la poésie peut servir des sujets de dévotion, combinant élégance et descriptions vivantes pour toucher à la fois l'esprit et le cœur. Cette œuvre a été appréciée pour sa forme et la dignité de son sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 98-100
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Début :
Grand Roy, qui avez cette clarté de jugement qui tire les [...]
Mots clefs :
Hérétique, Ténèbres, Vérité, Combats, Triomphe, Monarque, Gloire, Monstre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
ROYSurlaConverfondesHérétiques.
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
GRand^Loy,quiavezcette
clartedejugement qui tire
les Heretiques des ténebresdu
mensonge, & qui découvre à
leurs yeux l'éclat de la Veriré,
nous ne devons plusregarder le
Soleil que comme un Ambassadeur
muet, qui nous avertit de
vous consacrernos hommages dés lecommencement du jour, &qui
nous dit par son silence que vous
n'estes pas seulement juste dans
vos Guerres, genereux dans vos
Combats, clemeûtdans vos Victoires,
modéré dans vos Triom.
hes3 mais que vous témoignez
que la tranquillité de l'Eglise vous
est:plus chere que le repos que
vous donnez à la France. Monarque
invincible, qui n'elles pas
moins audessus des autres par la
grandeur de vos Actions, que par,
la Dignité de voûre Sceptre. Objet
dignede Vousmesme, &seul
capable de Vous donner une gloire
qui réponde à vôtre Grandeur,
nous publions qu'il n'est rien de si
auguste que les perfections qui.
font renferméesdans Vostre Majestéj
maisque pouvons nous dire
pour en bien parler, sinon de protester
que vous vous estes acquis
un triomphe immortel dans l'esprit
de vos Peuples;- qu'après
avoir détruit ce Monstre, qui ne
subsiste que de la perte des Mortels,
vous n'au.rez pointd'autre
siege dans le Ciel, que le Trône
des Cherubins, des Puissances, &
des Dominations.
Parle Pere Claude SdlUyCeleftitt»-
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Résumé : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques.
Le texte est une louange adressée à un monarque, probablement Louis XIV, surnommé 'Roy Sur la Conversion des Hérétiques'. Il est décrit comme un souverain dont la sagesse éclaire les hérétiques et leur révèle la vérité. Le soleil est comparé à un ambassadeur muet qui incite à honorer le roi dès l'aube, soulignant sa justice, sa générosité, sa clémence, sa modération et son souci pour la tranquillité de l'Église. Le monarque est présenté comme invincible, tant par ses actions que par sa dignité royale. Le texte affirme qu'il a mérité un triomphe immortel dans l'esprit de ses sujets après avoir vaincu un 'Monstre' nuisible aux mortels. En récompense, il est destiné à siéger parmi les êtres célestes les plus élevés, tels que les Chérubins, les Puissances et les Dominations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 299-323
Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je ne croyois pas qu'en fermant ma Lettre, je vous [...]
Mots clefs :
Chevalier de Chaumont, Siam, Roi, France, Roi de Siam, Dignité, Monarque, Ordre, Ambassadeur, Siamois, Audience, Favori, Prince, Chine, Brest, Ambassadeurs, Palais, Temps, Princesse, Nouvelles, Canon, Cap de Bonne-Espérance, Gloire, Santé du roi, Éléphants, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Je ne croyois pas qu'en
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
fermant ma Lettre , je vous
300 MERCURE
apprendrois des nouvelles de
M le Chevalier de Chau
mont Ambaffadeur de France
auprés du Roy de Siam.
On le croyoit encore à fix
mille liques d'icy lors qu'il
arriva a Verſailles le 24.de ce
mois. Il en a fait douze mille
en moins d'un an , & n'a employé
que 15. mois & demy
en tout fon Voyage. Il partit
de Breft le 3. Mars de
l'année derniere
, avec un
Vaiffeau du Roy nommé
Loyfeau , inonté de 36. pieces
de Canon, & la Fregate nom
mée la Maligne , montée de
GALANT. 3or
301
3
24. Il arriva en dix jours au
Tropique du Cancer du mef
me vent , dont il avoit ap
pareillé au fortir du Porr , aprés
quoy il doubla le Cap
de bonne Efperance fans le
reconnoiftre
. Il arriva à Batavia
le 1. Aouft , & à l'entrée
du Royaume
de Siam au
commencement de Septembre.
Comme il y a peu d'ha
bitations fur cette route , &
que l'on va par eau jufques
à Siam , le Roy avoit fait bâtir
, & meubler des Maifons
de cinq lieuës en cinq lieuës
pour le recevoir , & avoit en302
MERCURE
"
voyé des Officiers pour le
traiter. Il partoit tous les
jours deux nouveaux Mandarins
de Siam qui venoient
luy faire compliment de la
part du Roy,& plus il appro
choit de cette Capitale , plus
les Mandarins qu'on envoyoit
au devant de luy , éroient
élevez en dignité ,
& un des deux derniers qui
vint le complimenter, eft l'un
des trois Ambaffadeurs que
ce Monarque a nommez
pour venir en France , & que
Sa Majefté a envoyé querir
à Breft. Mr Le Chevalier de
GALANT. 203
#
Chaumont trouva un Palais
à Siam qui avoit efté baſty
exprés & meublé pour luy
Sa Table y a toûjours efté
fervie en vaiffelle d'or , & les
Tables de ceux de fa fuite en
vaiflelle d'argent. Comme
les environs de Siam font
inondez fix mois de l'année,
& que l'on eftoit au temps de
cette inondation , il y avoir
fur la Riviere un nombre
infiny de petits Bateaux dorez
que les Siamois appellent
Balons. On y voit une efpece
de Trône dans le milieu ,
où les plus confiderables ont
7
304 MERCURE
accoûtumé de fe placer. Ces
Bâtimens tiennent environ
dix ou douze perſonnes . Le
jour que M le Chevalier de
Chaumonteut Audience , le
Roy deSiam en envoya vingt
des fiens qui eftoient d'une
tres - grande magnificence ,
pour luy & fa fuite. Il y eut ce
jour la cent mille hommes de
Milices commandez pour
luy faire plus d'honneur .
Cette Audience fut remar¹
quable par trois circonftane
ces qui furent d'un grand é
clat pour la gloire de la France,
& particulierement pour
GALANT. 305
FaPerfonne duRoy , en faveur
de qui le Roy de Siam fe dépoüilla
de tout ce qui fait
foiftrefa grandeur en de pa
Pa
reilles occafions . Les Am
baffadeurs ont de coûtume
d'entrer feuls à fon Audience,
& douze Gentilshommes
que M le Chevalier de
Chaumont avoit menez a
vec luy ,
l'accompagnerent
,.
& furentaffis fur des Tabou
rets durant l'Audience , peng
dant que toute la Cour étoip
couchée le ventre , & la face
contre terre . Les Ambaffi
deurs ont auffi coûtune: de:
Juin 1686 .
306 MERCURE
a
fe profterner ainfi , & M' le
Chevalier de Chaumont en
fut difpenfé, quoy que le Favory
& le premier Miniftre
du Roy fuffent profternez.
Les Roys de Siam ne prennent
jamais de Lettres de la
main d'aucun Ambaffadeur ,
& ceMonarque prit la Lettre
de Sa Majefté de la propre
main de Mle Chevalier de
Chaumont. Il demanda des
nouvelles de la Santé duRoy,
de celle de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , de
GALANT. 307
8
Monfeigneur le Duc d'An
jou , & de Monfieur. L'Au
dience finie , M' l'Ambafladeur
, & toute fa fuite furent
traitez dans le Palais avec
toute la magnificence ima
ginable,fuivant les manieres
du Païs , & le Roy pour luy
marquer une plus grande
diſtinction , luy envoya trois
plats des Mers les plus exquis
de fa Table. Aprés cette Au
dience folemnelle , M de
Chaumont en eut plufieurs
r
particulieres de ce Roy , dans
lefquelles il caufa familiere
ment avec luy. Ce Prince fit
Cij
3c8 MERCURE
paroiftre beaucoup d'efprit ,
& de bon fens. I parla du
Roy avec admiration , &
fit voir que toutes les gran
des actions ne luy eftoient
pas inconnues , & je puis
vous dire fur cet Article
que j'appris dés le temps que
fes deux Envoyez eftoient
icy , que ce Monarque faifoit
traduire en Siamois tout:
ce qu'on imprime des meri
veilles de la Vie du Roy , &
que ce que je vous en ay fou - 1
vent mandé , & que vous me
permettez de rendre public,
aprés l'avoir envoyé,
ous
c
GALANT. 309
de
avoit efté aufli mis en cette
Langue. Le Roy de Siam
pria M le Chevalier de
Chaumont de vifiter quel
ques -unes de fes Places , &
permettre qu'un Ingenieur
qu'il avoit amené avec
luy , en allaſt voir quelques
autres pour remarquer le
defaut des Fortifications .
M ' le Chevalier de Chaumont
a mené avec luy juf
ques à Siam fix Jefuites des
plus habiles de leur Ordre
en toutes les parties de Ma
thematiques , fur tour en
Aftronomie , fi eftimée en
310 MERCURE
}
fa Chine , où ils font principalement
deftinez , & où ces
connoiffances peuvent eftre
d'une grande utilité pour a
chever d'y établir le Chri
ftianifme. Ils y vont pourveus
de Lunettes d'approche
& d'Inftrumen's de
Mathematique d'une nou
velle conftruction , pour faires
des Obfervations , qu'ils
ont ordre d'envoyersicy à
Academie des Sciences
par toutes les occafions qu'
ils en auront. Ils doivent
joindre à la Chine les Peres
de leur Ordre, à qui ces for
GALANT 31r
?
tes de Sciences ont acquis
les bonnes graces du Prince
Tartare qui gouverne aujourd'huy
ce grand Empi
re . Sa Majefté , outre leur
Paffage , & les Inftrumens
dont Elle les a fait fournir
abondamment , leur donne
des Penfions annuelles , afin
rien ne leur manque, &
que
qu'ils ne foient à charge à
perfonne. Ils ont ordre auffi
d'entrer dans la connoiffance
des Arts , & de tout ce
qui peut contribuer à faire
fleurir icy ce qui eft encore
fufceptible de quelque per312
MERGURE
fection, de forte que ce pra
jet peut eltre mis au nom
bre d'une infinité
d'autres
qui s'executent
, & qui marquent
que le Roy n'épargne
ny foin ny dépenfe, pour les
bien de l'Eglife , & pour aug
menter la gloire de fon Re-
& la felicité de fes Peu
1
gne, &
ples.no
wh dae
,
it ,
Le
Roy
de
Siam
ayang
fceu
que
ces
fix
Jeſuites
eftoient
venus
avec
M
de
Chaumont
, les
voulut
en
tretenir
, & comme
il arriva
une
Eclipfe
en
ce
tempsla,
ces
Peres
firent
voir
à
GALANT 313.
ce Monarque, par le moyen
de leurs Lunettes , des chofes
qui le furprirent extrémement
, de maniere qu'il offrit
de leur faire bâtir une
Eglife , & une Maiſon , &
de les entretenir , s'ils vouloient
demeurer à Siam
mais comme ils ne pouvoient
accepter des offres fi
avantageufes , eftant deſtinez
pour la Chine , il fut refolu
que l'un d'eux reviendroit
en France , & qu'il en
ameneroit fix autres Peres
quand les Ambaffadeurs s'en
retourneront. Ce choix eft
Fuin 1686.
Dd
734 MERCURE
器
3
tombe fur le Pere Tachard,
qui apporte au Pere de la
Chaife , de la part de ca
Prince , un Crucifix dont le
Chrift eft d'or , & la Crois
d'un bois que les Siamois
eftiment plus que l'or mefme
, à caufe des grandes veri
tus qu'on luy attribuë. diff
Le Roy de Siam nourrit
dix mille Elephans , ce qui
luy doit revenir à des for
mes immenſes, puis que l'entretien
d'un Elephant re
vient icy à deux mille écuss
Mais quand on les nourriroit
à meilleur compte en ce
60000000 Millionsthe
.COM MI
F
GALANT.N
3
Païs-là leur nourriture: ne
doit pas laiffer que de coû
ter beaucoup . Co Monarque
seft veuf, & n'a qu'une Fille,
qu'on appelle la Princeffe
Reyne. Elle a trois grandes
Provinces far lefquelles elle
regne fouverainement,auffr
bien que fur toute faMaiſonl
Une des Filles qui la fervent
ayant dit des chofes dont
elle nendevoir pas parler ,
cette Princeffe la jugen elle
mefme , & ordonna qu'elle
auroit la bouche coufue. Les
ftime que le Roy fon pere at
pour le Roy , luy en ayant
Dd ij
36 MERCURE
fait prendre beaucoup pour
tous les François , comme je
vous lay marqué plufieurs
fois , il en demanda dix ou
douze à M' le Chevalier de
Chaumont quelque temps
avant que cet Ambaffadeur
partift de Siam. M' Fourbin
Lieutenant de Vaiffeau eft
dece nombre, avec un Ingenieur,
un Trompette , & plufeurs
autres,qui connoiffant
l'inclination que ce Roy a
pour la France , & fur tout
pour Sa Majefté, n'ont point,
fait de difficulté de le fatisfaire,
en demeurant à Siam. Il
S
GALANT 37
a honoré Mile Chevalier del
Chaumont de la premiere
Dignité de fon Royaume, &
la fait Oya. Je ne fuis pas en
core affez inftruit de ce que
c'eft que cette Dignité, pour
vous en dire davantage,mais
j'efpere vous en éclaircir lei
mois prochain . Comme il fa
loit pour eftrereceu , faire de
vant le Roy beaucoup de fi
gures qui approchoient de la
genuflexion , & ſe profterner
plufieurs fois , ce Prince en
difpenfa Mª de Chaumont ,{
& luy envoya les marques
de cette Dignité . Outre tous
Id 1 d in
6
18 MERCURE
les Preſens qu'il luy a faits,
il luy a donnés quand il eft
party , tous les meubles du
Palais qu'il eftoit logé , mais
Mide Chaumont n'en a pris
qu'une partie , & la donnél
coux qu'il avoit apportezide
France, pourife meubler une
chainbre , avec une Chaifea
Porcours fort magnifique,au
Favory du Roy de Siam , qui
elt né Grec , & qui fait profeffon
de la Religion Ca
tholique. Ce Favory eft élevé
à une Dignité qui eft audeffus
du premier Miniſtre
appellé le Barcalon . M teChe
GALANTM319:
valier de Chaumont a fait de l
grandes liberalitez à ceux
qui lay ont apportédes Preg
fens de ce Monarque , & a
donné un tres- beau Miroir à
la Princeffe Reyne. Jamais
on n'a vû un fi bon ordre que
celuy qu'il avoit mis dans fa
Mailon. Ses Domestiques
n'ont fait aucun defordre, &
il avoit impoſé des peines
pour châtier fur l'heure ceux
qui contreviendroient à fes
Reglemens, de forte qu'il eft
party deceRoyaume là avec
l'admiration de la Cour &
des Peuples. Le Favory du
Dd iiij
220 MERCURE
Royle vint conduiré juſques :
au lieu où ils eft rembarqué,
qui eft à plus de 40 lieues
de Siam, & le regala magnifiquement.
Après quoy M²:
deChaumont's embarqua a
vec les ttrrooiiss Ambaffadeurs
if viennent vend Siamois ent
qui
France , & qui ont cinquan
të perſonnes à leur ſuite . Si
toft qu'il fut embarqué,il fa
lãa de cinquante volées de
Canon ceux qui l'avoient ac
compagne jufqu'à fon embarquement.
Ces Ambaffa
deurs apportent beaucoup
de Prefens pour le Roy,pour
GALANT 32k
?
toute la Maifon Royale , &
pour les Miniftres. Je ne
vous en feray point aujour
d'huy de dénombrement
mais je ne fçaurois m'empê
cher de vous dire que parmy
ces Prefens, il y a de tres
beauxCanons fondus à Siam,
dont toute la garniture eft
d'argent. Il y auffi de riches
érofes , une infinité de Por
celaines fingulieres , des Cabinets
de la Chine , & quantité
d'Ouvrages des plus curieux
des Indes, & du Japon.
M'de Chaumont arriva le 19.
de ce mois dans le Port de
1-
322 MERCURE
Breft , & depois que Valco
de Gama a doublé le Cap des
Bonne Efperance , & que
Chriftophe Colomb a dési
couvert l'Amerique , il n'y al
aucun exemple d'une plus
grande diligence navale en
fair de Navigation de long
cours. Mais l'Etoile du Roy
guidoit cet Ambaffadeur , &
e'eftoit affez , puis qu'elle reghe
fur les Mers comme fur
la Terre. Si cette Relation
n'eft pas tout- à - fait exacte ,
vous n'en devez pas eftre
furpriſe. A peine ay je pu
avoir deux jours pour ramal
GALANT. 323
fer ce que je vous mande , &
apparemment vous n'atten
diez pas de moy ce mois- cy
tant de recherches curieus
fes fur cette matiere. Je con
tinueray le mois prochain, &
fije me fuis abufé en quel
que chofe , je vous le feray
fçavoir.
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Résumé : Particularitez touchant le Voyage de M. le Chevalier de Chaumont à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage et la mission diplomatique du Chevalier de Chaumont, ambassadeur de France au Siam. Parti de Brest le 3 mars de l'année précédente avec deux navires, il arriva à Versailles le 24 juin, après avoir parcouru 12 000 lieues en moins de 15 mois et demi. Son itinéraire inclut le passage du Tropique du Cancer, du Cap de Bonne Espérance, ainsi que des escales à Batavia et au Siam. À son arrivée, le roi de Siam avait préparé des maisons et des mandarins pour l'accueillir et lui offrit une audience solennelle avec des honneurs exceptionnels, permettant à Chaumont et à ses gentilshommes de rester assis tandis que la cour était prosternée. Le roi de Siam manifesta une grande admiration pour le roi de France et ses actions, demandant des nouvelles de la famille royale française et offrant des présents somptueux. Chaumont visita également des places fortes et permit à un ingénieur de vérifier les fortifications. Il était accompagné de six jésuites, experts en mathématiques et astronomie, destinés à la Chine pour y établir le christianisme. Impressionné par leurs connaissances, le roi de Siam offrit de leur construire une église et une maison. Le roi de Siam, veuf, a une fille, la princesse Reine, qui règne souverainement sur trois grandes provinces. Chaumont reçut la première dignité du royaume, devenant Oya, et fut dispensé de certaines prosternations. Il refusa une partie des meubles du palais mais offrit des présents, dont un miroir à la princesse Reine. Il quitta le Siam avec l'admiration de la cour et du peuple, accompagné par le favori du roi jusqu'à son embarquement. Les ambassadeurs siamois, au nombre de trois, l'accompagnèrent en France avec une suite de cinquante personnes, apportant des présents pour le roi de France et la maison royale. Chaumont arriva à Brest le 19 juin, marquant une grande diligence navale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
s. p.
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
Début :
MONSEIGNEUR, S'il n'y a rien de plus difficile [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Roi, Siège, Prince, Ennemis, Place, Vie, Temps, Ordres, Âge, Lieux, Monarque, Places, Guerre, Troupes, Combat, Reine, Admiration, Actions, Attaque
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
ASON ALTESSE ROYALE
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
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Résumé : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Orléans, frère unique du roi, et met en lumière les vertus et les exploits du Duc. L'auteur reconnaît la difficulté de décrire une vie aussi glorieuse et vertueuse, tout en soulignant que les bonnes inclinations d'un prince peuvent se manifester dès l'enfance, bien que l'histoire offre des exemples contraires. Le Duc d'Orléans est loué pour son respect et sa tendresse envers la reine, sa mère, ainsi que pour son attachement au roi. Il a souvent préféré la compagnie de la reine aux plaisirs habituels de son âge, et son chagrin était visible lorsqu'il croyait lui avoir déplu. La reine souhaitait qu'il se rapproche du roi, ce qui fut réalisé. Leur relation est marquée par une respectueuse amitié et une parfaite intelligence, renforcée par des divertissements et des spectacles où ils brillaient ensemble. Lors des divertissements martiaux, le Duc et le roi se distinguaient dans les carrousels et les fêtes guerrières. Leur union a été admirée par le roi de Siam, qui y voyait une clé du bonheur et de la prospérité de l'État français. L'épître détaille également les exploits militaires du Duc, notamment lors de la guerre contre une puissance inférieure. Le Duc a joué un rôle crucial dans la prise de plusieurs places fortes, comme Orsoy, Zutphen, et Bouchain, montrant un courage et une détermination exceptionnels, souvent au péril de sa vie. Il a également participé à la bataille de Cassel, où il a mené les troupes avec ardeur et stratégie. Sa conduite sage et brave a été saluée par tous. Enfin, l'épître souligne la magnificence du Duc, visible dans ses bâtiments superbes, ses meubles magnifiques, et la richesse de ses pierreries, tout en notant que ces richesses n'entravent pas sa noblesse et sa générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 136-185
Arras [titre d'après la table]
Début :
Le 19. ils disnerent à Sarbret, & ce qu'il y a de surprenant, [...]
Mots clefs :
Arras, Ville, Roi, Ambassadeurs, Comté, France, Dames, Ambassadeur, L'Arbret, Aix-Noulette, Temps, Église cathédrale, Place, Officiers, Actions, Armes, Magnificence, Fortifications, Régiment, Villeneuve, Gloire, Guerre, Prince, Citadelle, Mains, Lieutenant, Honneurs, Capitaine, Monarque, Merveilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arras [titre d'après la table]
Le 19. ils difnerent à Sarbret
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
, & ce qu'il y a de furprenant
, c'eſt qu'encore qu'il
n'y euſt en cet endroit qu'une
ſeule maiſon , deſtinée ſeulement
pour la Poſte , & dans
laquelle il n'y a que des chevaux
, les Ambaſſadeurs y
furent ſervis avec la meſme
magnificence qu'à Paris , ce
qur
qui dans un petit lieu , où
l'on ne peut rien trouver
ſembla tenir de l'enchante-
2
des Amb. de Siam. 137
ment. Les Services paroiffoient
preſque auffi grands que la
Maiſon , ce qui fit dire au
premier Ambaſſadeur que tout
contribuoit à faire voir la magnificence
du Roy. Ils partirent
enfuite pour Arras , Capitale
de l'Artois fur la riviere de
Scarpe. C'eſt une Ville dont
les Fortifications font tresregulieres.
Elle est fort ancienne
, & eftoit la premiere
du Comté de Flandre, quand
Charles leChauvé ladonna en
dotàJudith ſa fille , que Baudoüin
ditBras de fer,Comte de
Flandre épouſa en 863. Elle fut
M
138 III. P. dùVoyage
réunie à la France avec tout
l'Artois en 1180. par le mariage
de Philippe Augufte , avec
Iſabelle de Hainaut , Fille de
Baudoüin V. Le Chapitre de
l'Eglife Cathedrale de Nôtre-
Dame eſt compoſé de 40.
Chanoines , & de 52. Chapelains.
L'Evêque d'Arras eft
Suffragant de Cambray. Il y
a encore d'autres belles Eglifes
, la celebre Abaye de S.
Vaft , & unCollege de Jefuites.
Cette Ville fut livrée à
Maximilien I. en 1493. & enfin
ſoûmiſe aux François en
1640.
des Amb. de Siam. 139.
Les Ambaſſadeurs arriverent
fur les trois heures àune
demie licuë de cette Place . La
Cavalerie qui estoit allée au
devant d'eux , lesy attendoit.
Elle estoit compofée de douze
Compagnies du Regiment
de Conigſmark de 40.Maîtres
chacune. M' Mullor premier
Major du Regiment les commandoit.
Lorſque les Ambaffadeurs
approcherent , il les
fit ſaluer de l'épée par toute
cette Cavalerie , qui preceda
enfuite leur Caroffe. Ils trouverent
à la Bariere de la Contreſcarpe
, Male Comte de
Mij
140 III . P. du Voyage
1
Villeneuve Lieutenant de
Roy d'Aras , & qui commande
en l'abſence deM leComte
de Nancré qui en eſtGouverneur.
Il eſtoit accompagné
de tous les Officiers Majors. Il
leur témoigna la joye qu'il
avoit de pouvoir leur rendre
tous les honneurs que Sa Majeſté
luy avoit ordonné de
leur faire. Ils répondirent à ce
compliment de la maniere la
plus honneſte , & qui pouvoit
mieux marquer leur reconnoiſſance
Ils entrerent enfuite
dans la Ville au bruit
du Canon, & au travers d'une
des Amb. de Siam , 14
double haye d'Infanterie.Elle
eſtoit compoſée du Regiment
de Phiffer , qui avoit la droite,
& de 4 Compagnies du Regiment
de Stoup le jeune ,
qui estoit à gauche , à la tête
deſquelles eſtoit M. Lifler Capitaine
du Regiment. Les
Ambaſſadeurs faluerent toutes
les Dames qui estoient aux
feneftres pour les voir paffer.
Toute l'Infanterie les ſalua
de la pique. Pendant cetems
le carillon de la Ville ſe faifoit
entendre , & l'on fonna
une Cloche appellée Ioyeuse ,
parce qu'on ne la ſonne ja
142 III. P. du Voyage
mais que pour des ſujets de
réjoüiſlance. Quand la tête
de la Cavalerie eût atteint la
queuë de la Garde , à la teſte
de laquelle estoit M Courteft
Capitaine de Phiffer , elle
s'ouvrit , & forma deux hayes
pour laiſſer paffer leurs Caroffes
. M le Comte de Villeneuve
les reçut à la porte de
leur logis , & les conduifit
dans leur chambre , où il
entra feul avec M Torf , &
les Officiers Majors. On lia
converfation en attendant
Mrs les Magiſtrats. Les Ambaſſadeurs
ſe ſervirent de ce
desAmb. de Siam. 143
temps pour demander combien
il y avoit de feux &
d'Habitans dans Arras , & de
quelle grandeur eſtoit la Ville,
dont ils marquerent ſouhaiter
le Plan. Le Pere Recteur
des Jefuites vint pendant ce
temps- là , & leur témoigna ſa
reconnoiſſance que toute la
Compagnie avoit du bon
accüeil que le Roy de Siam
faiſoit aux Jeſuites dans fon
Royaume. L'Ambaſſadeur
luy répondit que le Roy fon
Maître les estimoit beaucoup ,
qu'ils n'en pouvoiët douter, puis
qu'il en demandoit encore. Mrs
144 III. P. du Voyage
du Magiſtrat eftant enſuite
arrivez , les Ambaſſadeurs ſe
leverent de leurs fauteüils , &
apres qu'ils les eurent ſaluez
à leur maniere pour repondre
à leur falut , Mª Palifor
d'Incourt Confeiller de Ville ,
& Deputé General & ordinaire
des Etats d'Artois pour
te tiers Etat , leur parla de cetle
forte .
MESSEIGNEVRS,
Cette Ville d' Arras a toûjours esté
Si jalouſe d'exécuter les ordres du
Roy , qu'elle les a toûjours receus
avec autant d'empreffement que de
Soumiffion. Ceux que Sa Majesté
nous
des Amb.de Siam. 145
nous donne aujourd'huy de vous
honorer avec une distinction toute
finguliere, font fi precis &fi pofitifs
, que nous avons juſte ſujet de
craindre que nos efforts ne soient
auſſi vains là deſſus, que nos volontezfont
finceres & toutes remplies
de ce zéle qui a toûjours fait toute
l'ame&tout l'esprit de nostre obéiffance.
En effet, Meſſeigneurs , ce
grand Roy ne pouvoit pas publier
avec plus d'éclat l'estime qu'il fait
de vostre Monarque & de vos Per-
Sonnes, qui charmez de la gloire
qu'il s'est acquiſe dans les expeditions
de la Guerre , &de laſageſſe
de ſa conduite dans la Paix, avez
bien voulu traverſer tant de mers
&fuivre, pour ainsi dire, le cours
du Soleil , pour voir un Prince quż
par la rapidité defes Victoires Sçait
N
146 III. P. du Voyage
le mieux imiter le mouvement de
ce bel Astre , qu'il prend pour fa
Deviſe. Vous reſſemblez en cela à
l'excellente Princeffe Nicaulis Reine
d'Egypte & d'Ethiopie, laquelle
ayant entendu parler de la vertu &
de la sagesse de Salomon, defira de
voir de ses propres yeux ,fi ce que
la Renommée publivit de luy estoit
veritable ; elle ne craignit point
pour cet effet d'entreprendre un long
voyage ; & aprés avoir esté remplie
d'étonnement de voir dans ce Prince
une capacitéfi extraordinaire, &
tant de merveilles dansfon Royau
me , elle ne pût s'empêcher de s'écrier,
Probavi quod media pars
mihi nuntiata non fuerit , major
eft fapientia tua & opera tua ,
quam rumor quem audivi. Ainsi,
Meßeigneurs , nous ne doutons pas
3
1
des Amb. de Siam. 147
qu'aprés que vous aurez admiré
l'esprit de Loüis le Grand , qui est
le Salomon de nostre fiecle, dans la
grandeur & la magnificence deſes
Bâtimens , dans l'oeconomie de sa
Maison, dans le bel ordre de fes
Troupes nombreuſes tant sur mer
quesur terre , dans le nombre infiny
deſesſurprenantes Conquestes , dans
la regularité des Fortifications de
fes Places, & en un mot, dans tout
le reste deſa conduite, vous ne rapportiezfidellement
à voſtre Souverain
Seigneur , que le bonheur de
nostre augusteMonarquefurpaſſede
beaucoup tout ce que vous vous en
estiezimaginé, &qu'il faut l'avoir
vû pour le pouvoir croire. Au reſte,
Meſſeigneurs , nous ne pouvons
mieux répondre aux commandemens
de Sa Majesté , qu'en vous
Nij
148 III . P. du Voyage
Suppliant trés-humblement de nous
honorer des vostres , & d'agréer ces
petits Prefens que nous vous apportons
pour marque qu'il n'y a rien
dans la Ville qui ne foit entierement
à voſtre diſpoſition , & que
nous sommes avec tout le respect
dont nous sommes capables,
MESSEIGNEVRS,
Vos tres humbles &
tres- obéïffans Serviteurs ,
Les Mayeur & Eſchevins
de la Ville d'Arras ..
1
L'Ambaſſadeur répondit,
Que le Roy fon Maistre estoit
un grand Monarque , qui ayant
entendu parler de la grandeur
desAmb de Siam. 149
du Roy de France , defes Conquestes,
&deſes manieres toutes
genereuſes , avoit envoyé il y a
quelques années des Ambaſſadeurs
pour luy demander fon
amitié ; mais que ces Ambaſſadeurs
ayant vray-femblablement
pery, puiſqu'on n'en avoit point
entendu parler, Sa Majesté Siamoiſe
impatiente de voirfon defir
accomply, les avoit de nouveau
envoyezenFrance, non pour aucun
interest ny pour traiterd'affaires
, puisque l'on doit estre
affez perfuadé que ces deux
grands Rois n'en ont point à
démefler enſemble ; mais uni-
Niij
150 III . P. du Voyage
quement pour l'honorer & pour
luy marquer avec quel empreffement
le Roy de Siam recherche
fon amitié. Ils adjoûterent,
qu'ils avoient beaucoup d'obligation
au Roy de la reception
qu'il avoit ordonné qu'on leur
fift dans toutes les Villes où ils
avoient paßé , & qu'ils remer
cioient en particulierMrs d'Arras
, de l'honneur & des Prefens
qu'ils leur faisoient. Cette réponſe
fit connoiſtre qu'ils
avoient compris le ſens de la
Harangue, puiſque l'Hiſtoire
nous apprend que la Reine de
Saba n'eſtoit venuë voir Sa-
1
des Amb. de Siam. 151
lomon que pouffée du defir
de reconnoiſtre en luy toutes
les merveilles que la Renommée
en publioit, & non pour
traiter avec luy d'aucunes
affaires . M de Ville eftant
fortis , M le Comte de Villeneuve
leur demanda l'ordre
, & ils donnerent pour
mot , qui m'attaque fe pert. Il
eſt à propos de marquer icy
une choſe qui vous fera connoiſtre
les raiſons qu'ils ont
cuës de donner par tout les
mots qui ont eſte ſi approuvez
, & qui leur ont fait meriter
tant de loüanges. En
Niiij
152 III. P. du Voyage
approchant de chaque Ville,
ils s'informoient de l'hiſtoire
de la Ville où ils alloient , de
l'état de la Place , des Sieges
qu'elle avoit ſoûtenus, & du
merite , de la qualité & des
actions du Gouverneur ; & de
toutes ces chofes , ainſi que
de ce qui leur arrivoit , &
de ce qu'ils voyoient dans la
Place, ils formoient les mots
que pour leur faire plus
d'honneur & marquer plus
de déference , les Commandans
leur demandoient. C'eſt
pourquoy ils donnerent celuy
de qui m'attaque se pert,
des Amb. de Siam. 153
ayant appris que de nombreuſes
Armées remplies de
Troupes de differentes Na--
tions,&commandées par des
Chefs d'une grande experience
, & d'une haute reputation
, avoient eſté contraints
de lever le Siege de devant
Arras. Le concours du peuple
fut grand pour les voir
ſouper ; mais comme ils auroient
eſté trop incommodez
, on ne laiſſa entrer que
les premieres perſonnes de la
Ville , & les principales Dames,
auſquelles ils firent tout
le bon accüeil imaginable.
154 III . P. du Voyage
Ils donnerent à la plus confiderable
ce que leur Deffert
avoit de plus beau , pour le
diftribuer aux autres ; ce
qu'ils ont fait fort ſouvent
en de pareilles occaſions .
Ils ne fortirent point le
lendemain matin , mais ils
reçûrent les viſites de M. le
Comte de Villeneuve Lieutenant
de Roy , de M² Bifſetz
Major de la Place , des
principaux Officiers de la
Garnifon , & de quelques
Mrs du Confeil. La plupart
de la Nobleſſe des environs
d'Arras vint auſſi les falier.i
des Amb. de Siam. iss
Onleur propoſa de leur faire
entendre l'aprés- dînée ce qui
fut chanté à Sceaux devant
le Roy , lorſque Sa Majefté
fit l'honneur àMª de Seignelay
d'aller voir cette belle
Maiſon , à quoy ils confentirent.
On ne laiſſa entrer
que les Dames pour les voir
dîner. Sur les deux heures
Me le Comte de Villeneuve
les vint prendre dans quatre
Carroffes , pour les mener à
la Citadelle , où Mª de la
Pleigniere qui en eſt Gouverneur
, les fit recevoir au
bruit du Canon. Ils paffer
156 III. P. du Voyage
rent au travers de deux hayes
d'Infanterie , & les Officiers
les falüerent de la Pique. II
leur fit voir les Fortifications
de la Place ; ils les examinerent
toutes , & demanderent
le nom de chaque piece. Ils
virent auſſi faire l'Exercice à
un Bataillon de Picardie qui
eftoit ſous les Armes , à quoy
ils prirent beaucoup de plaifir
. On leur fit voir enſuite
l'Arcenal , & tout ce qu'il y
a de remarquable dans cette
Citadelle ; aprés quoy on leur
fervit une magnifiqueCollation
, où l'on bût de quandesAnb.
de Siam. 157
zité de differentes Liqueurs.
Les Dames les plus diftinguées
de la Ville s'eſtoient
renduës dans la Citadelle ,
pour les voir plus commodément.
Ils les regalerent
de Confitures , & trouverent
qu'Arras ne manquoit pas de
beautez . La Santé du Roy
ne fut pas oubliée , & quelques
Dames la bûrent auffi.
Cette Affemblée n'eſtoitcompoſée
que de Gens de marque
, puiſqu'outre les Dames
il n'y avoit d'Hommes que
les Officiers de la Garniſon,
tant de la Ville , que de
158 IHI. P. du Voyage
la Citadelle . L'Ambaſſadeur
ayant apperçu un Plan qui
eſtoit attaché à la Tapiſſerie,
demanda quel Plan c'eſtoit.
On luy répondit , que s'eftoit
celuy de la Citadelle ; &
il le demanda à Mª de la
Pleigniere, qui le luy donna.
Comme ils avoient encore
beaucoup de choſes à
voir pendant le reſte de l'aprés-
dînée , ils ſortirent aufſi
- tôt que la Collation fut
finie , aprés avoir remercié
Mª de la Pleigniere en termes
fort obligeans, & le Canonſe
fit entendre à leur for
des Amb . de Siam. 159
tie de la même maniere qu'il
avoit fait lorſqu'ils eftoient
entrez. Ils allerent de là à
F'Eglife Cathedrale , où tout
le Peuple eſtoit accouru en
foule ; ils furent reçûs au
grand Portail par tout leChapitre
en corps , ce qui marquoit
quelque choſe de venerable
& d'augufte. Il avoit
à ſa tête M. le Févre
Prevoſt , Chanoine & Theologal
de cette Cathedrale ,
que nous avons veu Aumônier
& Predicateur de la Reine.
Voicy en quels termes
it parla aux Ambaſſadeurs .
160 III. P. du Voyage
MESSEIGNEURS ,
Puisque Sa Majesté vous envoye
furfes Frontieres pour vous rendre
Spectateurs de ſes Conquestes , que
la Renommée a portées jusqu'au
bout du Monde , ce qui vous afait
traverſer tant de Mers pour venir
admirer ce Salomon de nôtre Siecle
, nous ofons vous afſeurer que
la Ville d'Arras est un des plus
beaux &un des plus anciens Fleurons
de sa Couronne , & qu'il n'a
point dans tous ſes Estats de Province
plus memorable que celle
d'Artois , puisqu'elle a toûjours esté
regardée comme l'oeil & la clefde
toute la Flandre. En effet , Cefar
même n'a point balancé de paſſer
les Alpes , & de faire voir l'Aigle
Romaine aux Portes de cette CapidesAmb.
de Siam. 161
tale , dont le Siege luy cousta si
cher, qu'il avoue dansſes Commentaires
, que dans toutes les autres
attaques il avoit combattu pour la
gloire , mais qu'il avoit dans cellecy
deffendu fa propre vie , tant il
avoit trouvé de courage & de reſiſtance
dans lesPeuples qui la deffendoient.
On en voit encore les
glorieux restes , dans ce fameux
Camp * qui nous environne , où
ce grand Capitaine fut obligé de
demeurer fort long-temps , ne pou
vant vaincre cette genereuse opiniaſtreté
des Artefiens , qui arresta
le cours de ſes Victoires , &qui luy
fit acheter fi cherement la gloire
qu'il en remporta.
Cette Comté fameuse ayant par la
viciffitude des Temps & la revo-
*Le Camp de Cefar prés de l'Abbaye d'Eſtrun
162 III . P. duVoyage
lution des Guerres changé deMaitre
, & passé des mains des Ro
mains , dans celles des François,نم
de Payenne estant devenue Chrétienne,
fut l'Appanage de nos Princes
du Sang. Le grand faint Louys
enfit un Present à Robertfon Frere
; luy laiſſant pour partage les
Fleurs-de-Lys fans nombre , * it
luy fit comprendre qu'il ne devoit
point donner de bornes àson courage
sous un si glorieux Eftendart.
C'est ce Robert d'Artois qui paffantfur
le ventre à tant d'Infideles,
dont il achevoit la deffaiteà la
Mazoure dans l'Egypte , en devint
enfin la Victime , se croyant trop
heureux de verſertoutsonfangpour
la querelle du Sauveur du Monde ,
dont il vouloit arracher le facré
* Qui font les Armes encore aujourd'huy de
cetteProvince,
des Amb. de Siam. 163
Sepulchre des mains des Ottomans,
àla pointe deson épée.
Maissi cette Ville d'Arras s'est
distinguéepar les actions heroïques
qui se sont paßées au pied deses
murailles, &parses Princes qui se
font transportez chez les Nations
tesplus reculées pourysignaler leur
valeur , elle n'est pas moins recommandable
par ce fameux Traité de
Paix d'Arras en 1435.qui mit fin
à tant de differens, &à unesifanglante
guerre qui s'estoit allumée
dans toute l'Europe , ou le Duc de
Bourgogne fut en perſonne avec la
Ducheffefon Epouse Infante de Por
tugal. Ce Traitéy attira tout ce qu'il
yavoit de gens plus confiderables &
plus nobles fur la terre , les Legats
du Pape Eugene IV. ceux du Concile
de Bafle,&de l'Anti-Pape Fe
O ij
164 III. P. du Voyage
lix. L'EmpereurSigismond, lesRois
de Caſtille, d'Arragon, de Navarre,
de Naple , de Sicile & de Chypre,
de Dannemark & de Pologne, yenu.
voyerent leurs Ambaſſadeurs , qui .
jaloux de la gloire de leurs Nations
, affectoient une magnificence
extraordinaire . Ceux de France &
d'Angleterre encherirentfur les au
tres par la pompe de leurs Equipages
, les Ducs de Bourbon & de
Vendofme, avec les Conneſtable &
Chancelier, les Marcſchaux deRieux.
& de la Fayette, Adam de Cambray
Premier President au Parlement de
Paris,tous accompagnez d'une infinité
de Nobleffe de la Nation, qui
par leur politeffe & leur lustre don
nerent une haute idée de la leur.
Ce fut dans cetteAſſemblée que le..
Roy de France &le Duc de BourdesAmb.
de Siam. 165
gogne jetterent les fondemens d'une
Paix fincere, dont les fuites ont
esté trés- avantageuses à toute l'Europe
, qui fut jurée folemnellement
dans cette Eglise Cathedrale.
Voilà, Meffſeigneurs , l'éclat que
ba Ville d'Arras a tiré de la Paix
comme de la Guerre ; & cette Capitale
ayant depuis tombé tantôt.
dans les mains de Lauys XI. tantôt
dans celles de l'Empereur Maximilien
, qui faisoient à l'envy
leurs efforts pout s'en rendre les
Maistres , elle fut ensuite la dépofitaire
des cendres des Heros les.
plus distinguez dans la Guerre ;
puisque le Duc de Parme &le Maréchal
de Gaffion fant ensevelis.
dans l'enceinte de ses murailles,
comme si c'estoit le deftin à cette
Ville martiale de garder les précieux.
166 III. P. du Voyage
reftes de la bravoure& de la ge
nerosité qui fut le partage de ces
deux grands Capitaines.
Enfin Louys le lufte fut le dernier
Prince qui s'en afſeura la conqueste
par ses Armes victorieuses .
Elle ne balança pas d'ouvrir fis
Portes à un Roy qui devoit finir
fes miferes auffi- tôt qu'elle deviendroit
sasujette ; &pour en écarter
àjamais la tempeste qui la me
naçoit , LOVIS LE GRAND
en a reculé si loin la Frontiere de
fes Estats , qu'elte en est aujour
d'huy le centre , au lieu qu'elle en
estoit autrefois l'extremité : fi bien
que comme le grand Pompée fe
vantoit d'avoir fait parsa victoire
de l'Asie mineure , le milieu de
l'Empire Romain , qu'elle bornoiz
auparavant ; auffi l'on peut dire
des Amb. de Siam. 167
que la fameuse Ville d'Arras doit
aux Armesde LOVIS LE GRAND
l'avantage d'estre aujour'dbuy le
coeur de la France , dont elle estoit
cy - devant la teste.
Mais il manquoit àfagloire d'avoir
pour témoins deses antiquitez,
deses Fortifications , &defes
fertiles Campagnes , les Peuples les
plus reculez , quipour admirer toutes
ces merveilles ont traversé
toute la distance qui ſeparele Gange
d'avec la Mer Occidentale ,
qui vivant dans des Climats où
le Soleil commence sa course , font
venus jusqu'à ceux où ce grand
Aftre la finit ; en forte que l'on
peut dire de chacun de vous, Mef-
Seigneurs, ce que nous liſons dans
LeRoyProphete, quand il nous veut
donner une idée de fon mouve168
III . P. du Voyage
ment : * Exultavit ut gigas ad
currendam viam à ſummo Cælo
egreffio ejus , & occurfus ejus,
uſque ad fummum ejus.
Heureuſe Province , d'avoir receu
des Ambassadeurs Estrangers,
également venerables par le Prince
qu'ils reprefentent , &par l'importance
de leur ministere , qui n'ont
point apprehendé de faire un Voyage
de fix mille lieües pour ſe ménager
une Alliance avec LOVIS
LE GRAND. Ils pourront apprendre
au Roy de Siam toutes les
chofes quise font paßées sous fon
Regne , les grandes & fameuses
Victoires qu'il a remportées , les
Provinces qu'il a conquiſes , les
Citadelles qu'il a fait élever au
milien des Eaux , les Marais qu'il
*Pfal.. 44
desAmb de Siam. 169
deſſechez, le fecret qu'il a trouvé
de faire une Digue à la Mer,
pour arreſter l'impetuosité de ses ondes
qui n'avoient point encore più
trouver d'obstacle à leur rapidité.
Sans doute , Meſſeigneurs , le Roy
de Siam furpris de tant de merveilles
, se fera de LOVIS LE
GRAND une idée bien au deſſus
de celle que sa reputation luy avoit
donnée. Vôtre Roy que vous nommez
chez vous le Seigneur des Seigneurs
, & la seule cause du bon
heur deses Peuples , fera bien aiſe
d'apprendre de vous que vom avez
trouvé les François pleins de refpect
& de foimiſſion pour leur
Prince. Puiſſi z vous l'affeurer qu'il
n'est pas moins l'exemple , que le
Souverain de fes Sujets , &qu'il les
gouverne encore plus parses vertus,
P
1
170 III. P. du Voyage
que parses Loix. Peut- estre qu'en
luy representant l'Architecture &م
la beauté de cette Cathedrale , ore
reposent les cendres de Monfieur le
Comte de Vermandois , qui marchant
fur les traces de fon auguste Pere ,
aujourd'huy le plus grand des Rois ,
commençoit à ſe ſignaler déja dans la
Guerre ( C'est le précieux dépost que
Sa Majesté nous a confié depuis trois
ans dans ce Temple , où les ceremonies
de l'Eglife Chrétienne se celebrent
avec tant d'exactitude, & qui
depuis plus de treize Siecles a toujours
efté deffervie par tant de Saints
Evêques par tant de Chanoines,
d'un merite fi diftingué ) Peut- estre,
dis - je , que par un miracle qui n'a
point encore paru dans nosjours , le
Ciclouvrira fon coeur , & le faisant
fortir avec ses sujets des tenebres
des Amb. de Siam. 171
qui les aveuglent , il luy donnera
l'envie d'imiter LOVIS LE
GRAND dans sa Religion , comme
dans sa Domination : fi bienque
faisant tous deux une Alliance de
picté , comme de commerce ilsferont
tous deux également heureux
dans ce Monde , &pourront ajous.
ter à la Couronne qu'ils poſſedent
déjafur la Terre , celle de l'Eternité.
,
CetteHarangue ayant eſté
interpretée , l'Ambaſſadeur
répondit , Voftre Harangue ,
Monfieur , roule fur deux chefs,
fur la gloire de Loüis XIV. &
fur le defir que vous avez ainſi
que Sa Majesté , de noftre con-
Pij
172 III. P. du Voyage
version. A l'égard du premier,
on ne peut estre mieux perfuadé
que nous leſommes, des grandes
actions de ce Monarque , dont
la reputation nous a fait venir
de fi loin. Nous ne doutons pas
non plus defa magnificence &
de fa grandeur, puisque nous en
avons fait une experience ſenſible
à ſa Cour &furfes Frontieres.
A l'égard du ſecond point
qui regarde nostre converſion à
la Foy Catholique Romaine, nous
avons des Evesques en noftre
Royaume , qui pourront nous en
inftruire. Il remercia enfuite
tout le Corps du Chapitre,
des Amb. de Siam. 173
de l'honneur qu'il leur faifoit
; aprés quoy ils regarderent
l'Egliſe tant par dehors
que par dedans. Ils entrerent
dans le Choeur , dont ils admirerent
l'Architecture , &
particulierement les petits pilliers
qui ſoûtiennent un auffi
grand Vaiſſeau. On les conduifit
vers la Tombe de M
le Comte de Vermandois , &
on leur dit , qu'il eſtoit grand
Admiral, legitimé de France, &
Frere de Madame la Princeffe de
Conty. L'on s'apperceut alors
qu'ils ſe mirent tous trois fur
ce Tombeau, qu'ils porterent
Piij
174 III . P. du Voyage
leurs mains à leurs yeux , &
qu'ils les frotterent ; & l'on
apprit que c'eſt une maniere
uſitée chez eux pour témoigner
leur deüil. Ils prirent
beaucoup de plaisir à entendre
les Orgues de cette Cathedrale
, qui font fort bonnes
; & fortirent de cette
Egliſe aprés avoir fait de
nouveaux remercîmens au
Prevoſt & aux Chanoines .
Apres cela ils allerent au
Magaſin d'Armes, qu'ils trouverent
en trés-bon état. C'eſt
l'effet des ſoins du Miniſtre
qui s'en meſle. Ils virent auffi
desAmb . de Siam , 175
la celebre Abbaye de Saint-
Vaaſt , & furent receus à la
Porte par le Grand Prieur ,
qui eſtoit à la teſte de fa
Communauté , & qui leur fit
un compliment affez court.
Il le finit en diſant , qu'ils les
recevoient avec tous les honneurs
qu'il eſtoit en leur pouvoir de
leurfaire, puiſque la haute eftime
que Sa Majesté faisoit du
Monarque qui les luy avoit envoyez,
&la confideration particuliere
qu'Elle avoit pour leurs
Excellences , estoit la régle du
profond respect avec lequel ils
ſe preſentoient à eux, en leur
Piiij
176 III. P. du Voyage
offrant très-humblement leMonastere
& tout ce qui en dépendoit.
Ils répondirent qu'ils eftoient
bien perfuadez que les
honneurs que ces Religieux leur
rendoient, estoient une continiation
des effets de la bonté du
Roy à leur égard , & que c'eftoit
à Sa Majesté à qui ils en
avoient toute l'obligation ; mais
qu'ils vouloient pourtant leur en
avoir aufſi. Enfuite ils les
remercierent de la maniere
honneſte dont ils en uſoient;
aprés quoy ils entrerent dans
l'Eglife , & s'arreſterent dans
la Nef pour en confiderer la
des Amb. de Siam. 177
ſtructure ; ce qu'ils firent fort
attentivement. Puis ils entrerent
au Choeur , & s'attacherent
à regarder la ſculpture
des Chaiſes, qui eſt trés-belle
&fort eſtimée . On leur montra
leTombeau du RoyThierry
de la premiere Race , & Fondateur
de ce Convent ; & on
leur dit qu'il ne s'en faloit que
8 années qu'il ne fuft mort ily
a mille ans. L'Ambaſſadeur
demanda comment il eſtoit poffible
qu'ily eust un Roy de France
enterré dans cette Abbaye depuis
fi longtemps , &qu'ily en
cust fi peu , que ce Pays ap
178 III. P. du Voyage
partenoit à la France , Arras
ayant esté pris par le feu Roy.
Le Grand Prieur leur expliqua
en peu de mots , comment
tout le Pays-bas eſtoit
une partie du Royaume de
France ; qu'il n'en avoit eſté
ſeparé que trés-peu de temps,
ſçavoir depuis l'an 1525. jufques
en l'an 1640. & qu'à
l'exception de ce temps-là,
les Rois de France en avoient
toûjours eſté reconnus pour
legitimes Souverains . On les
mena au fortir de l'Eglife ,
dans les Cloiftres, & dans un
Refectoire. De là ils repaffe
des Amb. de Siam. 179
rent par l'Eglife , & eftant à
la porte , l'Ambaſſadeur fit
tout ce qu'il pût pour empeſcher
le Grand Prieur de le
conduire juſqu'à fon carroffe
; mais il crut eſtre obligé
de l'y voir monter. Je ne
vous parleray point des complimens
de remercîment que
firent les Ambaſſadeurs , & je
les retrancheray meſme en
beaucoup d'endroits, puiſque
leur civilité eſt aſſez connuë
pour ne pas douter qu'ils n'en
ayent donné des marques à
toutes les perſonnes qui ont
pris la peine de leur montrer
quelque choſe.
180 III. P. du Voyage
Au fortir de l'Abbaye de
Saint Vaaft , ils allerent au
Concert dont on leur avoit
parlé le matin , & dont Madame
de Préfontaine, femme
du Prefident du Confeil d'Artois
, faifoit les honneurs
Elle les reçût accompagnée
des principales Dames de la
Ville. Les Muficiens estoient
dans une fort grande Salle,
dans laquelle il ſe trouva une
grande affluence de monde,
quelque ordre qu'on cût apporté
pour empêcher la foule.
Ils furent fort fatisfaits
de ce Concert , & le témoides
Amb . de Siam. 181
gnerent à Madame de Préfontaine
, en luy faiſant leurs
remerciemens . Ils retournerent
enſuite chez eux , où ils
trouverent leur Garde ſous
les Armes ; car on avoit mis
à la porte de leur Logement
une Compagnie Suiſſe , avec
un Capitaine & un Lieutenant.
Elle fortoit du Corps
de garde pour ſe mettre en
hayequand les Ambaſſadeurs
devoient fortir , & battoit
lorſqu'ils fortoient & qu'ils
rentroient. Aufli - tôt qu'ils
furent arrivez chez eux , Mr
Biſſetz leur porta le Plan de
182 III. P.du Voyage
la Ville que le premier Am
baffadeur luy avoit deman-
-dé , & qu'il examina d'une
maniere qui marquoit qu'il
commençoit à devenir ſçavant
dans nos Fortifications .
Ce même Major leur demanda
le mot , & ils donnerent
Actions éclatantes , par
rapport à ce ce qu'on leur
avoit dit, qu'aux deux Sieges
d'Arras il y avoit eu beaucoup
d'actions remarquables,
& particulierement au ſecond
, où les Afliegeans avoient
ſouvent eſté repouffez.
On leur avoit même
4
des Amb. de Siam. 183
montré les endroits où les
actions de vigueur s'eftoient
-faites . Le premier Ambaffadeur
demanda à M Biffetz
, s'il estoit François ; &
comme on luy eut répondu ,
que oüy , &qu'il estoit Major
de la Place , il luy dit , qu'en
fon Pays on avoit la barbe &
les cheveux comme luy. M
Biſſetz luy répondit , que s'il
n'eſtoit point François , il voudroit
estre Siamois . Comme
il y avoit beaucoup de Dames
à Arras qui n'avoient
encore pû les voir , il s'en
trouva beaucoup ce foir-là à
r
184 III. P.du Voyage
leur ſoûpé , où tout ſe paſſa
à lordinaire .
Le lendemain 21. M le
Lieutenant de Roy & Ms les
Officiers Majors , ſe rendirent
à leur lever ; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez
avec des expreffions
pleines de reconnoiffance ,
monterent en Carroſſe à huit
heures préciſes du matin ; &
toutes les Troupes eſtant
fous les Armes comme à leur
arrivée , ils fortirent au bruit
du Canon & du Carillon de
la Ville. Mes du Magiſtrat
le firent joüer trois fois le
desAmb. de Siam. 185
jour pendant tout le temps
que ces Ambaſſadeurs féjournerent
à Arras , ſçavoir une
heure au matin , une hcure à
midy , & une heure. le ſoir,
ainſi qu'à leur entrée & à leur
fortie . Ils allerent ce jour-là
21. dîner à Aiffe , qui eſt un
petit Village entre Arras &
Bethune.
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Résumé : Arras [titre d'après la table]
Le 19, les ambassadeurs de Siam arrivèrent à Sarbret, où ils furent reçus avec magnificence malgré l'absence de commodités. Ils se dirigèrent ensuite vers Arras, capitale de l'Artois, située sur la rivière de Scarpe. Arras est une ville ancienne, ayant été donnée en dot par Charles le Chauve à Judith, épouse de Baudouin Bras de Fer en 863, et réunie à la France en 1180 par le mariage de Philippe Auguste avec Isabelle de Hainaut. La ville possède des fortifications régulières et plusieurs édifices religieux notables, dont la cathédrale Notre-Dame et l'abbaye de Saint-Vaast. Les ambassadeurs furent accueillis par une cavalerie composée de douze compagnies du régiment de Conigsmark et reçus par le comte de Villeneuve, lieutenant du roi d'Arras. Ils entrèrent dans la ville au bruit du canon et au travers d'une haie d'infanterie. Les magistrats de la ville leur adressèrent un discours, soulignant la loyauté d'Arras envers le roi de France et l'estime portée aux ambassadeurs. Ces derniers répondirent en exprimant leur gratitude et en soulignant que leur visite n'avait pas de but diplomatique, mais visait à honorer le roi de France. Les ambassadeurs visitèrent la citadelle d'Arras, où ils assistèrent à un exercice militaire et reçurent une collation. Ils se rendirent également à la cathédrale Notre-Dame, où ils furent accueillis par le chapitre. Leur séjour à Arras fut marqué par des réceptions et des visites officielles, témoignant de l'importance accordée à leur mission. Les ambassadeurs assistèrent à un concert à Arras, accueillis par Madame de Préfontaine, épouse du Président du Conseil d'Artois, et les principales dames de la ville. Malgré les mesures pour éviter la foule, une grande affluence se rassembla dans la salle. Les ambassadeurs apprécièrent le concert et exprimèrent leur satisfaction à Madame de Préfontaine. De retour chez eux, ils trouvèrent une compagnie suisse en garde à leur porte. Le Major Bissetz leur apporta un plan de la ville, que le premier ambassadeur examina avec intérêt, démontrant ses connaissances en fortifications. Bissetz demanda le mot de passe, et les ambassadeurs mentionnèrent les actions militaires remarquables lors des sièges d'Arras. Le lendemain, les ambassadeurs furent salués par le Lieutenant du Roi et les officiers majors avant de quitter Arras en carrosse, escortés par les troupes et accompagnés par le canon et le carillon de la ville. Ils se rendirent à Aisse pour dîner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 8-98
Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est le dessein d'une These pour le Roy, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Roi, Louis XIV, Thèse, Monarques, Monarque, Ouvrage, Actions, Paix, 1684, 1685, Médaille, Mots, Ordre, France, Royaume, 1677, Villes, Parler, Histoire, Marquer, Détail, Événements, Paroles, Armes, Clémence, Couronne, Thèses, Conduite, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
C'est le des.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
sein d'une These pour leRoy,
fait par un homme qui s'est
attaché avec tant d'exactitu
de à rechercher tout ce qui
regarde la Vie de ce Grand
Monarque, que je puis vous
aíïèurer qu'encore qu'on ait ^
tâché de l'imiter , & de le co
pier en beaucoup d'endroits,
dans des Ouvrages qu'on a
GALANT.. 9
presentez {ans avoir ose' les
rendre publics , il est l'original
de tout ce que nousavons
vû de cette nature. Le tra
vail de cet Ouvrage, ou tou
tes les dates font , est quelque
chose d'incomprehensiblej íì
je puis parler ainsi, & pour
le rendre correct, Y Auteur a
a eu besoin de toute l'applicatïon
d'un hommeauíïi zelc
qu'il lest pour le Roy. Tous
les Eloges de ce Monarque i
& rout ce qu'on a fait de son
Histoire, ne nous en sçauroient
faire si bien connoik
tre la grandeur que cet Ou
vrage , & c'est ce qui merite
une réflexion bien serieuse,
& qui jettera dans tâtonne
ment tous ceux qui voudront
la faire. Il ne s'agit que de
marquer ce qu'à fait le R.oyy
fans détail , fans raisonne
ment , & sans éloge .y & ce
pendant cette These peur
passer pour une chose prek
que impoíïîble > à cause du,
grand nombre d'Actions qu'
elle contrent.Tous les Siecle*
ne nous fòurniífënt rien de
semblable. Je purs , & je dois
le dire à la teste d'un Ouvra
ge qui n'est remply que de
GALANT, ii
Faits y. & l'on ne peut ea
voyant cela que se taire , &
demeurer dans 1 etonnement»
Je n'ay dit qu'un mot de ces
raits. là , & ce n'a mefme esté.
que d'une partie ,& j'en ay
parlé dans deux cens Volu
mes. Peut-on dire apres cela
qu'il soit aisé de faire L'HiÇ
toire du Roy , si l'on y veut
renfermer tout ce qu'il a fait
de grand ? Pour moy, je suis
persuadé qu'il faudroit un Sie
cle entier , si ion vouloit
mettre dans leur jour toutes
les actions de ee Monarque M
& que cette .Histoire pour
i2 MERCURE
roit remplir seule des Biblio
theques. Vous en ferez en
tierement convaincuè,quand
vous aurez lû l'Ouvrage sui
vant , qui sera d'une grande
utilité pour tous ceux qui
voudront travailler à cette
Histoire . & qui leur epar
gnera plusieurs annees de
recherches. Sou venez- vous ,
s'il vous plaiít , que l'Auteur
luppose ion dessein executes
& qu'il décrit la Thèse com
me si elle eítoit faite. >
DESSEIN DE L'OUVRAGE.
Les Actions immortelles
de Louis XIV. estant ad
V
GALANT, i?
mirees de touce la Terre , il
n'est pas possible de trouver
aujòurd'huy quelqu'un qui
n'en soit pas informé, & qui
puiíïè demander avec raison,
pourquoy nous appelions ce
Prince Louis le Grand ,
mais afin d'en instruire la
Posterité ,on luy dédie une
These qui pourra luy servir
de regie dans les sentimens
qu'elle doit avoir des vertus
héroïques de nostre incom
parable Monarque. Les prin
cipaux évenemens de son Re
gne depuis 1658. y sont mar
quez d'une maniere qui ne
«4 MERCURE
fera peut estre pas deíagreable.
Quoy qu'il y eust une
infinité de belles choses à di
re avant ce temps. là, on n'a
pas cru devoir remonter plus
haut , afin de ne se pas co
pier soy mesme dans d'autres
Ouvrages, où elles n'ont pas
esté oubliées ; mais plus que
tout cela , pour n'établir les
louanges de Louis le
<j r a n d que fur des actions
d'éclat , dans lesquelles il a
toujours eu la premiere part,
St afin de le suivre plus exa.
#ement depuis un âge où sa
teste / son coeur, son bras &
GALANT. y rç.
son esprit ont commencé d'a
gir de concert pour le bien
2e ses Etats. .L Histoire du
Roy est une matiere riche, &
un vaste champ ouvert à tous
ceux qui s'y voudront exer
cer! Heureux mille fois celuy
cpi le fera avec succès ! On
a cru devoir ne s'expliquer
qu'en François, soit dans les
Inscriptions , soit dans les
Conclusions historiques êc
politiques , parce qu'on a eu
four objet la satisfaction des
Perfonnes qui préferent cet
te Langue , que nos Victoi
res oat rendue si florissante
ì6 MERCURE
dans toutes les Patries du
Monde.
DES C RIPT ION
... . de la Thèse.
Le Portrait du Roy est
placé au milieu d'une Cou
ronne de laurier , relevée de
quatorze Médailles , le tout
posé fur une dépqiïille de
Lion.Quatre grands Octogo
nes avec de riches bordures
accompagnent le Portrait,
&font voir par quatre gran
des Inscriptions la gloire du
Roy dans les quatre Parties
du Monde. / ,
GALANT. 17
/. INSCRIPTION.
HEurope inutilement conjus
rce pour s opposer à la Course
wiclorieusi de LOV IS LE
GRAND, cede a U force de
fin bras , &fi njoit contrainte
£accepter là Paix , que ce Mo
narque luy accorde au milieu de
fis Victoire*.
IL INSCRIPTION.
LÌAfìc étonnée des ABions ad
mirables de la Grandeur dtp
fioy 3 recherche fin Alliance , &
députe trois fois des Ambassa
deurs du Royaume de Siam a*vec
de riches Prefins. '
Janvier 1687. B
18 MERCURE
IN SCRIPT 10m.
il Afrique humiliée par les
frequentes défaites des Corsai
res d'Alger , de Tunis , de Tri
poli, de Maroc & de Salé , que
LOUIS XIV. a punk jusque
dans leurs Portereffe* , <vient de
mander la Paix'au pied du Trô
ne de Sa Majefié.
IV. INSCRIPTION.
L Amerique owverte aux Ar
mes de LOVIS LE GRAND,
a eflé le Theatre des Victoires
qu'il a remportées Jùr Jes Bar
bares 3 & des Conqueftes qùil a
faites à S. Christophe, à Tabagoy
dans toutes leslsles Antilles.
' \
». t . '
. ' 4
19
Les quatorze Médailles
font autantde Vertus ou At
tributs du Roy , representez
par des Devises ou Emblè
mes, 8c expliquez dans l'Exerque
de chaque Médaille..
Comme les Armoiries four
nissent le corps le plus naturel
Sc le plus ordinaire des Devi
ses, on s'est fait icy une obli
gation d'en tirer quatre des'
Lys , qui composent les Ar
mes de nos Rois , quatre du;
Soleil, qui est le symbole du;
Roy , &une du Coq , qui re
presente la France.
zo MERCURE ...
/. M ED AILLE.
Le Soleil éclairant tout le
monde avec ces mots, Eclai
re sVnivers. Dans l'Exerque
pour Vertu , Sagesse.
II. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots, Que
jòn odeur efi douce ! Dans 13*
xerque, Clemence.
III. MEDAILLE.
Une Justice tenant la Ba
lance , avec ces mots , Sou
tien des Loix. Dans l'Exer
que , Justice.
IV. MED AILLE.
Un Laurier. Pour Ame ,
Chery de Minerve & de Marr.
21
Dans l'Exerque , Liberalité.
V. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots. Des
Mortels Vamour & le plaifìn
Dans l'Exerque , Èonté.
VI. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces mots ,
// commande aux Saijòns£)àn&
l'Exerque, Puissance. '
VII. MEDAILLE.
Un Coq qui a une patte
en l'air. avec ces mots , La
terreur des Lions. Dans l'Exer
que , Vigilance.
VIII. MEDAILLE,
Un double Foudre en l'air .
avec ces mots , La terreur des
22 MERCURE
Ingrats. Dans l'Exerque , fer*
metê.
IX. MEDAILLE.
Un Soleil avec ces paroles,,
A qui rien ne peut refîfter.Da.ns>
l'Exerque, Force.
X. MEDAILLE.
Un Lys avec ces mots , Son
odeur va plus loin. Dans l'E
xerque, Gloire.
XI. MEDAILLE.
Un Foudre fur un Autel
avec ces paroles , Joûijfexde
fin repos. Dans l'Exerque,
Moderation.
, XII. MEDAILLEUne
Caíîolete fumante fur;
- GALANT. 2?
un Autel avec ces mots , La
gloire des Autels. Dans l'Exer*
que, Pieté.
XIII. MEDAILLE.
Un Lys , avec un grand
rejetton à droite ,. & trois au
tres petits à gauche, & pour
ame, NofireJiècondejpoir. Dans
l'Exerque , Bonheur.
XIV. MEDAILLE.
Un Soleil qui parcourt le
Zodiaque, avec ces mots , //
ne peut sarrefter. Dans l'Exer-.
que , Vaillance.
Dans le milieu de la bor
dure, au bas du Portrait, font
les Armes de Sa Majeste' en
H MERCURE
tourées des deux Colliers des
Ordres de Saint Michel & du
Saint Esprit, & ornées de Gui
dons, d'Etendards, & de Tro
phees , qui jettent des bran
ches d'Olive , pour marquer
la Clemence de ce Prince ,
qui a bien voulu donner la
Paix au milieu de ses Victoi
res. Il y a deux grandes Trom
pettes qui accompagnent la
Couronne , avec deux aifles
qui s'étendent de chaque costé
, pour porter les Armes
de Louis le Grand ju£
ques aux extrémitez du mon
de. Tous ces ornemens qui
fonc
.GALANT, n
font le haut de la These, sonc
soutenus dune table d'atten
te , ou parement irregulier
d'Architecture d'un ordre
Composite , avec la Corni
che, sa Frise, son Architra
ve , Colomnes , Pilastres ,
Chapiteaux , Piedestaux &c
Baies. Un grand Cartouche
posé sur le milieu de la Frise,
contient ces mots , A L A
POSTERITE'. Le grand
Quadre destiné pour les The.
ses , est échaneré par le bas ,
& pôle entre les Pilastres. U
contient quatorze Theses ou
Conclusions , qui répondent
Janvier 1687. C
26 MERCURE
par ordre aux quatorze Me
dailles , & qui prouvent cha
que Vertu ou Attribut du
Roy. C'est: par cette raison
qu'on s'est attaché à com
mencer la plufpart des Con
clusions par les paroles de la
Devise qu'elles, justifient.
Comme les Theses font le
principal fondement de tout
cet Ouvrage , on croit devoir
en expliquer la conduite su.
vec un peu plus de détail. Le
stileen est assez particulier,
mais cette Philosophie que
nous donnons n'estant pas
ordinaire, & ne faisant que
GALANT. 27
de haistre , elie s'est trouvée
capable de toutes les formes
cju/on a. voulu luy donner.
Certaines expressions de Poe
sie , & d'autres libertez qu'on
ne prendroit pas ailleurs, en
ont rendu les Propositions
courtes & ferrees en des
endroits , & plus étendues
en,* d'autres, Tout cela est
permis en cette occasion, ou
l'on doit dire beaucoup de
choses en peu de paroles. On
peut inesme. parler Ecolier, si
cette expression m'est permi
se , pourveu qu'on le faíïè
pour exprimer plus naturel-
Cij
28 MERCURE .;
lement les opinions que l'on
propose. Nous n'avons pû
nous dispenser d'employer
des chifres pour marquer les
jours & les années de plu
sieurs évenemens. Cela n'est
pas íàns exemple, puis que
nous voyons tanc de Theses
remplies de semblables chi
fres. Cependant on ne l'a fais
que lors que les Actions du
Roy ne íònt pas marquées
dans les autresMédailles donc
nous parlerons dans la fuites
Cette Chronologie a sonutúj
lité, & le Public ne sera peut,
eítre pas fâché de. la tçouyer
GALANT, zf
observée dans cet Ouvrage
avec assez de íòin. Les The-t
ses ont pour Titre \
HtftQrtques&Polittqucs.
.,' Q13ESTION* ;
Qui devez - vous estimer Ic
plus Gi."and de tous les
Monarques de la Terreî
1 CONCLVSION.
LOVIS XIV. donné de
^Dieu d une maniere mira*
culeajè, éclaire Y Univers par
les rayons éclatans de fa SageC
C iij
?o MERCURE
se. Cette Vertu parut en luy
beaucoup de temps avant Vâge
ordinaire. Peut-on dire qu'il ait
manqué une feule fois a prevoir
jusqu'aux moindre* évenemens
dans tout ce qu'il a entrepris f
Qùon montre un Monarque plus
exaBa remplir J&s obligations
mieux reglé dans fa conduite ,
& plus àjjìdu au gouvernement
defm Etat. Cet Augnfte Prince
également habile dans la 'Taix
& dans la Guerre, efi l ame de
Jon Cabinet. Ses secretsfmt im
penetrable*. Il donne autant
dorades o."n de réponses &
. fréfire dwertijjimens íes
GALANT.; ?t
plm innocens au travail quil
devore , pour ainfi dire , afin de
Jòuìagerjon Peuple. Considere^
ay ec quelle Sagesfè il commença,
par le reglement de ses Finan
ces. Ensuite ayant racheté Dunquerque
, il o/la aux Etrangers le
seul Port qui leur reftoit em
France, & aux Corsaires une
ancienne retraite. Compare^ nos
Troupes d aujourdhuy a<vec cel
le* de* Regnes précedens ;faites
reflexion fur le discernement
qu il a dans le choix de ceux qui
le fervent , fur la force & fur
t étendue de fòn Genie. Voye^i
Le hel ordre quil a étably dans>
G nij,
ji MERCURE
toutfin Royaume, & vommac*
cordere^facilement que Lo ii i s.
XIV. eít le plus Sage de tous
les Monarques de la Terre.
//.
G)umd le R jy paroifl armé,
cefipour obliger des Ennemis a
profiter de fi Clemence. Telle
fut la Bataille des Dunes qui fit
conclure la Paix des Pirenées.
Combien de f'is LOUIS a-t.il
épargn é kfxng des Vaincus ? Sa
Clemence empefiha le Sac de
Vtlencienncs , (1677. ) Sans elle
Alger Tunis , Tripoli , Genes ,
& tant £autres Places auroient
esté des bûchers de viçîimes deuë.s
GALANT
a la jufiice defis Armes. Amster
dam , la Haye , & le rcfie de la
Hollande defilée ( 1672.) & mefi
me tonte l Europe firoit encore
un Theatre de feu & desang, fi
ce Grand Prince nefi suft (vain
cu luy.mcfme , ôf s il nefi fuft
arrcfié au milieu de fis Victoi
res , enforçant les Ennemis d ac
cepter la Paix , & enfiúte une
Trêve de vingt ans , aprés en
avoir prescrit l&$ conditions >
qui ont rendu le repos a l Eglifii
& qui font avoûer que
Loiiis XIV. est le plus Paci
fique de cous les Monarques,
de k Terre..
34 MERCURE
///.
> // Joûtient les Loix par la
Justice de fis Ordonnames &
defis Edits. Lific^fin Code, qui i
fuit la reg'e de nos Juges. Ad
mire^ t®m les Arrefis que ce
Monarque a rendus, comme il a
puny les Due'difics , les Empoi
sonneurs ( 1676. ) & les Vfiirim
(168.0. ) Que dites-vous de
ce bel ordre étably pourl' AdmL
nifiration de U Justice } Mon^
trex^moy un Etat ou la Police
soit mieux reglée qùen France, j
Le Roy a-t-il jamais accordé ou
refusé aucune grace quilne fuft ,
Jujk d'accorder ou. de refuser ï
GALANT. #
Mais quand <vous <vous Jouvien^
drev^qùila jugé luy-mefme con
tre Jes propres interefis dans
. lajp ire du Vofé [ufto. ] dit&
^Loiiis XIV. est le plus
Juste de rousles Monarques,
de la Terre.
IV.
Poureflre chery de Miner
ve & de Mars , /'/ faut proteger
les beaux Arts, & récompenser
dignement les Vertus militaires*.
Nos Muses donneront des loiian*
ges éternelles à Sa Majefiépour
avoirflit baflir l Observatoire,
pris la protection de l Academie
Françoise [ 1672. ] institué celles
îá MERCURH
deSoijs.ns, d' Arles, de N(/mes,
de Villefranche^ d Amiens. Le
Journal des Sqavans, qui a com
mencé en 1660 efi deua lamour
que cette protection a injpirée
pour les belles connoijfmces j &
le Mercure G4.Ia.nt qui a com.,
mencé en 1677. efi un fruit de
la grandeur de ses AíTions , qui
en fournijfent la matiere. II a.
ctably l Academie Royale des
Arts & des Sciences > celles de
Peinture & de Sculpture , les
Ecoles de Droit Civil a Parti ,
[ 1679. ] & de Droit François
par tout le Royaume [ 168 1. ]
Combien d habiles Ouvriers en~
GALANT, v
tretenus pour des Ouvrages ra
res au Us ont portes a la dernie-
» re perfiction ! Faites reflexion
Jur le grand nombre de Scavans
qui Jont dans ce Royaume , &
Jur la politejfe que ion y remar
que depuis vingt ans. Admire,z.
la Magnificence de ce Prince
dans l EntréeJolcmnelle quilfit
a la Reyne fin Epousé le 2.6.
Aouft 1660. Confidences Cours,
les Rampars, les Arcs de Triom
phe , l Edifice du Pont Royal ,
les belles Fontaines , iélargisse
ment des Rues , le Quay de la
Riviere , &lesauprcs ornemens
ajoutez, à la Ville de Paris, ^ue
>
?8 MERCURE
penfczjvous des Bafiimens su
perbes de toutes les Maisons
Roydes , de ceux du Louvre &
de ceux de Ver/ailles , qui peut
paffer pour une huitième Merveille
du mondes Voye\ les belles
dépenses que LOUIS LE
CRAND a faites dans les Car
rousels de i«6i. 1685. & l686. h*
Di'vertijsemens de f Isle enchan
tée &de la Paix,avec les grands
Balets , les Machinessurprenan
tes . & les representations des
Opera , fins parier de la richejfe
de fis Meubles & de la ma
gnificence de fa Cour. Mais fur
tout , accorde^- mqy que cefi
GALANT. ?9
dans ce Royaume que les vrais
services de la Noblejfe font re~
connus par le rétablissement de
I Ordre de S. Lazare [1673.]/^
I Institution des Compagnies des
jeunes Gentilshommes [ i68z] £5?
par la fondation de la Maifin
Royale des Dames & DcmoifèL
les de Saint Cyr [ 1686. ] Les
vieux Soldats j ou ceux qui ont
efié cfiropie^ dans le service ,
/ont nourris &Joulage^le reste
de leur vie dans t Hoftel Royal
des Invalides , fondé le 14. lé
vrier 1671. Donc Loiiis XIV.
est le plus Magnifique & le.
plus Liberal de tous les Mo4o
MERCURE.
mrques de la Terre.
V.
LeRqyefl Y Amour & le Plai
sir defin Peuple , dont il efìle
Pere.. Sçavez^vous le grand
nombre de Places quil a bien
voulu rendre en consideration de
la Paix,&'avec combien de bontéila
remis aux Espagnols trois
millions cinq cens mille livres
qu ils luy devoientpour les Con
tributions de la Flandre ( 1684 )
& comme il leur a rendu deux
gros Calions quils avoicntjuftement
perdus dans une défaite en
1686 ì LOVIS L E GR AND
a délivré jusqu'à pesent plus
GMAKs. 4v
de ijra&. Esclaves defis SujetsT
€^ de differentes Nations à Ât~
ger , outre les 600. qùtl aura, de
Tripoli , ffî tous ceux qùildoir
retirer de Tunis (d?- de Maroc..
tiy a plus ; fa bonté luy a fait
dïmnmr les Tailles de trois:
millions prés de 5 00. mille Uvres:
( 1684, ) donner de grandes som
mes pour occuper les Pauvres h
des Travaux aujfí utiles a leur'
Misere qua Vornement des Vil^
les ( 1685. .) fairè des chantes
considerables pendant lafkmnè.
de 166 1. fç) le grand Hiver"
{ 1684. ) & une diminution tres±.
grande four fis Droits fur Us
s Janvier 16S7» I>
ai MERCURE
bled. ( 1685. ) Ses mains RoyaU
les occupées à porter le Sceptre ,
n ont pas dedaigne' depuis fix
ansde composer des Remedespour
le fiulagement , fé) la guerison
deses Sujets ; & de leur en don
ner luy-mesme les secrets qùil d
publie^depuis peu, {g) quilrìavoit
achete^ que pour fin Peu
ple. N oublie^pas encore cetar-.
trfice benin dont il 'vient de Je
sèrqjir ,pour cacher a toute fi.
Famille Royale 0, àfin Royau
me une maladie qui le tourmentoit
, afin de nous épargner l in
quietude g) la douleur de fia-
*vQtr un fi bon Prince dans
4?
les peines.^ Reconnoipz dom'
de bonne.fy qu il merite mieux.
le nom de tres bon que cetËm-.
pereur Romain a qui on le decerna
5 puisque LOUIS XIV.'
vray Pere de la Patrie , est le
plus Aimable &. le Meilleur
de tous les Monarques de la'.
Terre.
VI.
Il commande aux Saisons ,4
lors qu 'il trouve le moyen de'
faire la Guerre au milieu de'
L Hiver. Qui pourra comme luy '
parvenir a cette puiflànce, d as-
Jteger en me/me temps quatre'
Villes tres-fortes [ \6yz. ) & de
D ijj ~
A4 MERCURE
faire recevoir ses Loix en un
mcfme jour a deux Places auffp
considerables que Strasbourg fg)
Ca%al ? Jl a dompté les Jroquois
( i66j. ) & reduit en fìx jours
les Algeriens ,quetout le Regne
de f Empereur ChaHes-Quint avecfa
fortune n eut pas feule~
ment le pouvoir d'intimider.
N a.t il pas contraint les Corfaires
de Tripoli , de Maroc y
de Tunis , de Salé , avec ceux
de Majorque .{ 1681. ) aprés le
avoirfournis , de refpeûer nos
Vaisseaux , fg) de rendre tous nos
Esclaves ? Conjïdere^ce que cest
que de joindre les deux Mers e»
í GALANT. 45
Languedoc par un Canal long
de 64. lieues , commencé le 16*.
Avril 166-7. (ë>r acheve dans le
y me/me mois de l année 1681. Tau
re confiruire l Acqucduc de
Maintenon pour la conduite des
Eaux de la Riviere d'Eure ,
( 1685. ) d°nt ïédifice Jurpajfe
tout Ce que les Romains ont en~
trepris de semblable. Cefi la
puiíïànce du Roy qui Va fait
triompherfur Mer des Anglçis
en 1666. des Hollandois le sep*
tiéme Juin 167.2,. & encore
deux fois de la me/me Na»
tion en 1673. ft) a Stromboli ,
*n Sicile , { Janvier 1676. ) des
4* MERCURE
Ejpagnols , fg) des Hollandais
devant Augufia le n. Avril
suivant , ou le fameux Ruiter
qui commandoit fut blessé à,
mort , le deuxième Juin de Id
mcjme Année devant Palerme ,
ou l on remporta la plus glorieu
se Victoire de Mer qui se fòit
veuè depuis la Bataille de Le
sante ì les Plotés d. Espagne @p
de Hollande ayant efié défaites 3
& ensuite brûlées clans le Port ,
dont le miserable. rejle fut vain
cu le 3. Mars 1677. a Tabago
dans l Amerique. Dom LOUIS
XI V. est le plus Puissant de
'tous les. Monarques de la
Terre.
-GALANT. 47.
.'.y vil
La terreur des Lyons , ccfl
cette vigikfvre qui fait <voir
le Roy , le premier à la tefie da
ses Aimées > moissonner des Pal
mes fg) des Lauriers avant que
le Printemps nous donne des
fleurs. G efi encore cette applica
tion exacte fç) reguliere a gou
verner par luy-mefme , q) À
tenir tous les jours ses Conseils.
Lefoin qùilprend de connoifire
Jès Officiers , de Jefaire rendre
compte de tout , (gf de prévoir
dans le détail a mille choses qui
rendent ïexecution de desordres
plusfacile ft) plusprompte. N'a
48 MERCORjE
vons-nous pas veu baflir une- *
Gídere en dix heures f ( 1679. )
N efi.ce pas par les fins de Sa
Majestéau ily a tant de Gardes. .
fç) d illuminations , pour lafu
reté de Paris ? On lu.y doitauffí
r établijfcment des Compagnies
des Indes Orientales (d?. Occidentales
, (efr de plusieurs belles
Manufactures ) une Compagnie
de Guinée1 ( 1685. ) avec beau
coup d autres avantages procures
à ce Royaume , poury faire fle»\
rir le Commerce avec succes La,
Navigation efiparvenue à une
telle perfection cheries François>
paria, vigilance de LOVÎS LR
GRAND»
GALANT. 49
CRAND y que les autres Na
tions rapprennent de nous. Tou
tes nos Provinces ont acquis la
/curetépar la bonté des Torts de
Merspur les armeniens des F'lo
tes , par lafortification des Villes
frontieres parla construction
'de Saar-Louis , d Huningue , g)
de Mon.Louis , fins parler de
tant de fortes Citadelles baflies
par les Ordres de LOUIS X IV.
ìe plus Vigilant de tous les
Monarques de la Terre.
VIJL
L0V1S prend quelque fois
le foudre en main y pour punir
les ingrats, pour maintenir les
Janvier 1687. E
T° MFRCURE
drain de fa Couronne , fg)pour
rvur.ger la foy publique , (d?- le
droit des gens violes ( 1674. )
dans lAjJemblée de Cologne. Si
la Garde Corse a la temerité
d'attaquer un Minifite Public,
le Ry fîsait en tirer la/àtisfa~
Síijn deu'è afa dignité ^obtenant
tout ce qu'il pouroit pretendre .,
par le traité de Vise conclu le íiì
Mars 1664. avantage ont
remporté les Espagnols en reffini
U pìts a noftrç JmbajC
fadeur a Londres ( 1661. ) fnon
d'avoir efié oblige\depuis a déc
'arerpubliquùmnt qu'ils cedent
par tout la préfëAme aux Bran
GALANT, v
cjmviïe íeurK^pïrkiénfpBsf Á
qttoy bon troubles leï Wibitdns
<£ Andxye \ ^) donner fant ; de
ra^fiùtâ.rfitgàtàiïsû T.rdacé
potier é%ká" de coùctúre ïaffàre
êe £ÌPnduttê fc'efioitpour fiire
ítòarSfc tohte ^Eiïïope ; t^itè U
éRWWb si/fisst p wmdntekir
jfòn titre de Duc de Rmr~
g.gnâ": t tûìó.ï) pour remettre
Jtsv:S*jeù en pòjpjfià ÏÏe UVcf,
chf{\tô$ pourfdre trembler
tmte . tífpÁgne en tenant une
grmde Vhttè bloquéè devant
ôadix ( Í68&.v ) Le Turc a <veu les
Eij
y. MERCURE
Corsaires de Tripofy poursuivis
fç) battusjusque dans le Port de
Chío \ 168 1. ) @r nostre Vlotte
^ victorieuse menaçant les Dar da
nelles , porter lépouvante jus
que dans le coeur de fin Em
pire. Ces preuves de la fermeté
du Roy , (gf. la vigueur de fin.
Ministre en 1677. 1680.(^-1681*
ont obligé le Sultan d'accorder le
Sopha à noftre Ambassadeur , ft)
d'autres Privileges pour la Re
ligion Catholique , ce qui fait
voir qu'il estime davantage
LOVJS LE GRAND que tous
les autres Monarques ensemble.
Jtfvs Allier ont aujst goûté les
GALANT. <î
fruits defa ferme ré , lors qu'il
leur a fit. rendre (1679. ) les
Villes (§>?> les Provinces qu'ils
avoient perdues pendant la,
Guerre ; toute f Europe vient
de recònnoiftre par la réunion de
-' plus de xoo. Villes famées ,.
800. grés Bourgs ffi 3000.
Villages ujurpe^jur la France
pendant les 'Revolutions de ce
Royaume , que LOUIS XIV.
est le plus ferme de tous les
Monarques à maintenir les
droits de sa Couronne.
Rien ne peut resister à la
íbree d'un Roy Invincible „
Eiij,
qui s'efi fut, luy, me/me une
routeJm le Rhin , mal.?iéjò%
extrême largeur *Jk rapidite Cs*
f profondeur ; metuint en der
r.ute une Armée qui <voulokJuy
,eu disputer le píjf^ge. * Tohyii ,
& qui fut contrainte de le luy
ahj^donn£î{ Le it. Juin. i6,7*.f
incomparable Mcfos a fins
&ej- beMwjèwnt plus de
Guerres , gagnéplus de 6p. B%-
t^ïlks ou Combats s bordéde$f
Cûnquefies le&hin ,le Viyahai'i
la Moselle , U Meuse \ íljfel i
la Lys , lFfiut , &f pris plus
4e 6oo. Villes par Sieges ^ TfaL
t&L o ou pifoteçftm. Aprés m fi
GALANT.' vf,
grand nombre de Con^uefiês ,
que d/tes^vms de & force' des
Places , les çriyczjvms imprena
bles f Je <vous oppojèray aujfìtjfl
Dunquerque s le Fort de
Schein, M.ifircic, Valenàennesy
Cambray, Suint Orner , Tpres ,
Puioerda., Strasbourg , Luxem
bourg , & tant, dautres que
vous voyez^parmy les Conquefies
d un Roy toujours le plus fort.
Voulczc^vous au contrairefiûtenir
quïl rìy a. point de Villes
qu'on ne puijfe prendre ? Sans
doute vous ave^mblié que nos
Ennemis ont levé le Siege de
vant Voêrden , & devant Char—
E ÌÌÌj'
*s MERCURE
leroy , ( 1672.. ) devant Oudenxrde
qu'ils affiegeoient avec>
trois Armées , ( Septembre
1674. J devant Haguenau
Saverne ( 1675. ) devant Augufla
en Scicilc [ Janvier ] de
vant Mzftreic le vj. Aoujl 1676.
& devant Chxrlcny le 14. Aouft
1677. Accordons-nous , ffi dïfms
qu'il n'y a point de Villes
imprenables fi Louis les attaque,
& qu'elles ne peuvent efirefor
cées lorsqu'il les dcffend. Vous
Jçave^ auffi que nofire Vlotte
Vichrieufe a toujours battu cel
les de nos Ennemis ; m iis e:iffìe%r
vuus cru , fi toute U terre ne
GALANT, r?
meus en affeuroit que le braie
d'Erlingue avec fin seul Vais
seau \ euft osé livrer le Combat
à 37. Galeres tant Espagnole?
que Genoises [ 1684. ] qu'a
pres les avoir battues , $~ leur
avoir tué zooo hsmmes 3 // cufi
pu heureusement fi retiret danr
son Port. Donc LOUIS XIV.
est: le plus fort de tous les Mo
narques de. la Terre..
X. •
Dans ler Panegyriques des
LOVIS LE GRAND , je pje*
fire toujours la vetité toute/im
pie , a la figure aux Allegotics.
le Juif donc, entierement
$ MF.RCURïï
perju.idé qUilJuffit icy d'ejì.iblir
sa ?\oirc Jurjes propres actions
(d/-sûr des sits connus de toute
l Europe. Jgui osera nier que
f Empereur n ait eu befitn du
secours de France , [ 1664. ]
poursuivcrh Hongrie & toute
s Allemagne qui allait devenir U
proye des Ottamms ì Le Grand
Duc de Mswie a recherché
í Alliance du Roy par ses Am.
b.jfideurs [ i66g & 1*81, }fEm*
percur des Turcs [ 1669. ] un Roy
de Guinée [ 1670. ] t§jr le Roy
de Si^msiit voir par des Presens
magnifiques , @r par trois
Ambajjudes qùi[ envoye du miGALANT
S9
lieu de l Asie, [ i6Sì. ] OMre
1684. &.\en Aoufi 1686. quelle,
efiìme il fut de LOUIS LE
ÇK AND . Ce Prince qui nefi
fin da jcctte cflïme que pour le
bien de la Religion y ria. t-ilpas
feu nn Souverain à fis genoux ?
[ifSf. ] (&y lun defis Gene
reux donner un Pzjjcpon le 2.4.
Septembre 1677. à l Aimée En
nemie beaucoupplus nofnbreufi
qW U nafire , pourfirtir d'un
lieu, oà'eUe benoit de fifiuver, .
nprés avo'.T efié b&ttuë ? Le
grffld Gufîoe<ze qui appeUoit il
y.tì 56 Ans les Autres Monarquesy
des Roitelets en' comparaism dfk
6o MERCURE .
Roy de France 3 s'il vivait au~
sourd huy , ne diroit ilpas avec
nous que la Gloire de LOUIS
XIV. ne peut avoir de bornes*
& que c'eír. avec justice qu'iî
est le plus estimé de tous les
Monarques de la Terre ?
XI.
Joiiiíïèz de son repos, Frìnces
inutilement jaloux d'une
grandeur à laquelle vous' «?
parviendre^jamaìs. L'on a re
fusé les Secours qu il offroit fi
genereusement ; mais fans luy on
n'a pu aller à. la Victoire , puis,
qu'il cflint le Maifire du chemin
qui vonsy acmdmts. Les droits.
' ".GALANT, rît
que ce Prince avoitjur le PaUtinat,
oni.ils esté capables de le
tenter ? Point du tout. Jl a cher,
ché les tvoycs de douceur , ^) fi
dele dans la parole qu'il avoit
donnée de ne point agir, il a
cedé fis propres avantages pour
ne pas interrompre le cours des
zostres. Jgui peut dire qu'il fa
jamais veu en colere ? Ennemy
des loila nges fg) de la flatterie ,
toujours affííble , toujours pa
tient , & le plus moderé de
tous les Monarques.
XII.
La gloire des Autels, c est la
Pieté dont LOVIS LE
MERCURE
€ R A N D, a donné, (èfy* dón±
m feus les jours de fi grandi
exemples. S efi-ilfirwy defèsú.i
wantages k>rs> quïl a <veu l!Allei
vtagne embarajfci t$mébàìùm
pás. a ft moderation een.x que
'vous avez remportez: en Hon
grie* Cefile Beffwfîtfhde^^E*
glija , le VviMfàjcr des. yEv<fl
qu.es , & le Defiruffeurde l'He*
refie. Il a fmi nf de grande?
fimmes. aux Venitiens. (1658. )
pour sûre la Çttdrre. .qu'ils'
efloient obligez defmtenir. H à
proscrit les Blasphèmes & les
Inipietcz^parfis Déclarations &
Edks de 1665. 1667* q) t6?y}
GALANT. 61
V Eglise cl recoww éfa premiere
tranquilîté fr les Jèntimens &
Jur les points delicats de la Re
ligion , par les Joins de ce Mo
narque qui a envoyé dessecours
considerables de Troupes en Can*
die contre les Turcs. [ 166S.
166y. ] ft) employeses forces de.
Mer contre.eux [1670. ] Il a
tefiab fy lexercice denofire Relu
gbn dans les Villes Herretiques
d'Osfy, de Rhimberg, de B u -
fi h ,dVtrech., (g^c. [ 1671.
de Geneve en 16S0. fê) de Stras
bourg en 1681. Ce Prince trespieux
a rtmis en p'ojfcjfion de la,
Garde du S. Sepulcre les Relï*
H MERCURE
gieux de S. François t677, $
leur continuéfa proteêiion Roya
le ses liberalits^ dans toute
la, Terre Sainte. Il a émt au
Roy de Ferse enfaveur des Ca
tholiques , (dr en a obtenu tout
ce qu 'il a demandépour nos Mf
fionnaircs^ Les grandes Con
versons quil a procurées dans
le Royaume de Siam , g) dans la
Chine depuis plusieurs années >
ï Edit de 1681. qui deffènd a ses
Sujets de quitternoftre Religions
g) cet autre de 1683. qui oblige
les Idolatres qui renoncent a
leurs erreurs , d'embrajfer la
Communion Romaine ; En un
[
mot ce qu 'il a ordonné ( ifâçy
pmr le, rejUblijfement des Eglifis
g) des Fresbiïeres y @J ce'
\ Mmdcment pourfaire observer
la, modestie cUns les Eglises ,i
14S6* tout cela ne montre t il
pas la vcritableYxçxè de LOVIS
JLE GRAND .<? Ajouflons , quaprj
la Conversion volontaire ft)
libre de plus de fíx cens mille A~
mes reunies à l Eglise Catholique'
depuis plusieurs années , que le
zgle , les Joins charitablesfs gj.
les belles Ordonnances du Roy
les sollicitent à se convertira it
a revoqué L'Edit de Nantes ,
jait abbatre tous les Temples des>
Janvier 168 j. K
(S MERCURE
tìuguenots.., g) ab&ty s Heresie1
áxns fin Royaume , W me attûée
, ce quejer PredeecjsetìTsna-
^oknt pas fait pendant plus
d un fiede : hissant a lapoflcrite.
un bel exemple dont le Duc de
&&wye u le premier Jùivy les
traces. Ces grands services ren
dus à lEglîJi ijans parler de
ceuxqxtin atteted, prouvent que
LOUIS XIV. est le plus
Pieux de tous les Monar
ques. • l"4 1 '' " \';
C'est pour 4'es grandes Vetttts
du Roy , que "Dieu l a. comblé
d'un jufte Bonheur , en hy .
.l . i rjr. A\\
galant: ef
donnant une nombreuse Pò/fe-
" rite. Heureux dans ï Alliance
qu'il a faite arvec une Keyne parfaite
& remplie des graces du
Ciel : heureux dans un Fils incomparabie,
&dansjfon Augufie
Epwíjc : heureux enfin dans un
Frere félon Jon coeur , & dans
tmdxfíFAmilk 'Rijyalequil <voit"
entierement devoiiee ajonservi- .
ce. Ses Mìnifirts font vigilans, ,
ecíaire^ &fidelles ;Jòn Rojaume '
flwiffìnt Jh Armes' invin
cibles, il eft cbery de fort Peuple, :
estimé de. toute la Terre , & par
tout Vííforieux, Ainfì lors que '
*vsHt ditçs €pue les Defltns jòntr
68 MERCURE .
pour luyjans contrainte , que
cefiparce qu'il a enchaîné laVortune
qu'il efi le plus Grand des
Rois , reconnoijfez. en mefme
temps que cefiparfa propre ver
tu qu'il efi leplus Grand de tous .
les hommes. Voila lafeule raison
pour laquelle Louis XIV. est
ie plus Heureux de cous les
Monarques de la Terre.
ll ne peut s'arrester dans la
belle route des Heros ; ce Prince
Magnanime , nmrry dans le
sein de la Victoire. Ses Ennemis
me/me avoâent qu'il ne fe con
tente pas de marcher le premier
GALANT <9
k la tefle de ses Armées , mais
qu'il les mene en personne au
Combat & a la VÏBoire , d'oà
vient qu'il efi plusbefiin de le
reunir que de l exciter. Sa Vail
lance ne nous fit-eUe pas une
frayeur fans pareille , lors quaprés
s'estre exposé à mille dan
gers , & a des fatigues inconce
vables au Siege de Dunquerque
[ 1658. ] il demeura luy seul in
trepide pendant une dangereuse
maladie qui defcfyeroit toutjòn
Royaume ? Pouvez.- vous Jans
admiration & fans larmes pen
ser avec quelle grandeur dame
LOVJS a souffert fa blejfure
7o MERCURE
dux. Septembre 1683. & une
Operation accompagnee de dou~
leurs aiguës ? [18. Nov. 1686. ]
Suive^ ce Vainqueur en Vranchc-
Comté qu'il prit luy.mcfme
en dix jours au milieu de iHy.
ver: & en Lorraine qu 'il fou
rnit en peu de jours, îl a conquis
en petfinnc fiixante-ánq
Villes en deux mois , fortifiées
dans l&endué d on%e Provinces;
M ifirich , que l<m efitmoit im
prenable , en tre ize jours z & les.
années /ùivantes, Valevúenmsy
Gand , & Tpres. Assiegeant U
Ville de Bouchaïn ìm 1676. les
Armées des Confederres tenteGALANT.
71
sent le secours de cette Place.
Le Roy aÛa au devant , leur
prtfenta la Bataille qu'ils evif
terent par U fuite. Voulc^wous
d autres Victoires rempotréesfar
Terre par L OV I S LE
• G RA N D , .<" Je <vom rapporte
les principales. Ce font les Ba
tailles ou Combats des Dunes le
14. fuin 1658. de S. Godart au
p&Jfage du Raxb en Hongrie le
premier Aoufl 1664. En 1674. de
Zein?ein , de Molsheim , de Se*
n ef contre trois Armées , d'Emf
heim , dans laquelle vingt mille
François défirent trois Arméet
defiixante &fex miUe hommes>
7& MERCURE
commande^ 9 par vingt Princes
Souverains , ou de Maison Soumeraine-,
de Mulhaufein ën 167^.
de Turshcin , apres laquelle les
Csnfedere^ furenf chajfcz^ , &
contraints de repasser le Rhin..
En 1677. lonziéme Avril .celle
de Cajfel, remportée par Son Al
tesse Royale ^ quï defit les Espa
gnols (dp les HoUàndois , mmmande^
pçr le Prince d'"Orange,.
prit enfmte*Sa}rit Orner. Lés
Batailles d'Mpoûille en Catalo
gne , de la SeiÛe, & dAufembourg.
Le Combat du Pont- a-
Mmjfon^ de Koquerberg^outre
vingt-cinq mille hommes perdus
par
GALANT, .71
par les Allemans dans le Cam
pement de Mouron. En 167g.
les Combats de Rheinsfeld le 8.
Juillet , & de Saint Denis le 14.
Aòufi. En 1684. le 16. May le
Combat de Pont . Major , au
pajfige dei la Riviere de Tur. Re.
iconnoijfeç^ donc que U Vaillan
ce duRoy ta rendu leplus grand
Conquerants qu'un concours fi
heureux de tant de Vertus Mo
rales & Politiques \ prouvent
invinciblement que L ou is XI V.
£st çeluy que vous devez esti
mer le plus Grand de tous les
Monarques de la Terre.
Dans le grand Quadre aux
Janvier 1687. G
74 MtkteOKl
deux coffe2 des Theses ©a
Conclusions historiques &
politiques ,sont marquees les
principales ; Conqu'istòs du
Roy selon Tordre dèsanne'eS}
afin qu'on puíílê1 les> tròuvéV
tout d'un corjp,^d%ríè feuX
le veuë , 4en lisant ' tes autres
Actions de ce Prince Cha
que coríjdueste k *fir titèfrífue
pour en> c1>n'si$ïfteM£
tion selón la "Geographie,,
cela se trouve eitpîîqué dans
un Cartouche poï^itfus 'le
Quadre. *^\^r^h
.. .GÀLAKÎV 7s
Pour cottuoifire la situation
des Cottquefies. ,
A AtVòîè^' Cornu, eles JPtys '-ba*
Catholiques. : v; v^,«»'.> '
.'.'Akace ; : ':£attáptèvi4Ì^ iÀBemagne.
. . ' '."'O '
B Brabant1; Dùchí «M&$sÌ>at
Catholiques.
C GleVes'; ^u^ìenlÂneriapie.
f Cologne „ EleBorar^ .en Àlle~
Magne. ' . -* 1
F Flandres, Comté desPJy:-ha.t
G Gueldres , 2>«^ , deiProvïh-
. ces-y^ìes.. , ij^.n-'. ! ? .
IjF HàìnVùt, & ktyi ú*
3J" Cathotîquês. 4t"
G ij
j4 MERCURE
h Hollande , Comté , des Provin
ces-Unies.
L Liège* Principaute , £Attenta-
,gne. ^ x- .> "WïjK
\ Luxembourg, Duché, des Paysbas
Catholiques.
N Namur, Comté , des Pays-bd*
Catholìquts. .'. ...'>' •
O Owerissel , Seigneurie, des Pro
vinces. Unies.
P Palatinat , Eleïlorat , en AUemairie.
:' .£, : J
V Utrecht , Seigneurie des Pro
vinces-Unies. . ; ... ,4. ../'.f
Z Zutphen , Comté , des Provin
ces.Unies, i •.;
Ces seize Provinces ont esté
le Theatre le plus ordinaire
des Conquestes de Louis lk
Grand, quov qu'il cn ait
GALANT. 77
fait beaucoup dans plusieurs
aurres Provinces , qui font
marquées à la fin de chacune
de ces Villes. Ainsi Ton trou
vera peut. estreaíïèr d'utilité
dayotrenïì peu d'espace les
principales Conquestes, lan,
née quelles ont esté faires,
& le Païs pu elles font situées.
Trinàpdes Conquestes du Roy*
Dunkerque. F
Gravelines» ;'" F
Oudenarde. F
Menitì. F
Ypres. F
Comm.ines. F
Grammoat. F
Giìj
78 MERCURE
Dixmude. F
M or tare v Duché de Mitau , en
Jtaïiey \"
1663.
Marûl , en Lorraine.
"... : ."s t&7> . \
L.a Bassée. F
Conde. H
Charle.Roy. . iH
Bergues. > ' ' ' B
T.Huruy. .'. .?. .. V F
AcH, . H
Doiiay. ...I.'...' 'I'- í?
.F urnes. '.. . W
Çourtray. ^ ' |?
Oudenarde- p
Lisle. .fr
.^.lost, deux fois. .• m. . F
Árrnentieres. > ,. , ' Jf
GALANT. 19
.y léóS.'
ècíànçon. . .. . ,~ sf.v . K S
Salins.' • . »
Dole. ' I»
Grais. u O
Chasteau de JoujíVj...:. ^ |
Fort Sainte Anne. >-
£t toute la Franche-Comté. . .
Pont-à.Mousson. ,„ ,y., . \\
Çpinal, Nancy , & toute la Zar*
, rainer
fpngres. . j,,7/L
Weifet. . X
ltfascik. Mjv.'vk
Sjtuar.. . ^ 3. I*
Fsluquemont,,D«^.^ Zifpktìur£.
flLhimberg. v t
jfurìck* .r....;. Ç
G iiij
8o MERCURE
Weícl. • } C
Rées , & son Fort. >:!; C
Fort de Lippe , enVvestfhalie.
Emmeuk. ;:.v ì,- G
Locken, '1 Z
Bvoí kelo. Vvtfifhalìe; >
Grool. * ,: ' Z
Doëtkum, >ír Z
VHrz. ' Z
Brtwoort. ' ' ^.^ 2^
H. sselt. c V . • O
Ommetij .. ''.'• O
Kemperi. O
Zwol. ?- >.••v^:/.|"0;.
Deventer. ' r-:
Zûtphen. H : > . . ' Z
Óoësbourg. ». ' > Z
Fort deSkeink. . ''".rí"'.»>: f
Utreicht. •
Mu'íden. .;:>.''-í\, fc:
Naërden. ••' ' h
GALANT. 8t
E&ourg. . G
Harderwick. >ì . G
Hattettî'ï *ì>♦ ï ..• .. t '>'»*.. ' . G
Amersford. A
V^oërden. h
Oudewarer. %, \v. . ' h
Arnheim. G
Vianem. ~>«t : Ja
W"agcninghen. G
Rhenéen. j:> V
Duëstede. V
'Wic... Duché de Zimècurg.
Knotzeiobourg., *. F
Les Forts de Saint André & de
W'orms. i G
Isles de Bomel & du Betwe, G
Creveeoeur. " : B
Nimegue. ' G
Grave. st
Genep. .<..'.. C
Bodengrave* .> ' 'h']
82 MERCURE
1673.
Mastreick. : '
Tout le Comte de la Marek. ' ? . '
Salins. Sf
Principauté de Lure. »*.
Chafte'au Sainte Anne.
Fauconnié , & toute la Franche-
Comte'. • •'' fj.í
<îermeinsheim. .? P
Duren. ^ Ì..t ; '>> >• 'P
Heiníberg. .'»»'•»• *v p
jpinnick. .'Jwt...i:;:^p
Citadelle de Lieo.e .n...O
.-l^: O » *
Trêves , A'Jemayie.
1674. .
TJinan.
Huy, L
GALANT. 8?
Limbourg y Duché.
F^rt de Monivic Cataleyte.
Augusta , en Sicile.
167$,
Fort de Link. F
Condé. .' H
Bouchain. H
Aire. A
Builloru £•
Tôrmiuna. j >
S.aletta. a?
La Croix. .... £s
Savoca.
Ficumedcntsi.
Fort &Iflc de k Caïenne , dans
tAmerique.
Valenciennes. H
Cambray , &; .& Citadelle. H
Saint-Omer. A
Fribourg.. :.. . .i
8+ MERCURE
ChasteaudeBoslu. s']\ .x > H
Saint Guillain. H
Sarbruk. Lorraine, ...r;
Forts de Tabago & d'Orange.
Amerique. . - \%,;\\
1678.
Fort Rouge.
2s.ores, .v,..)..,.: F
l'uycerda. Catalogne.
... > «
Fort de Kiell. , a
Kampen.
Landav, & le Chasteau de Lichtemberg^
»^//^
apte.
Aix-la Chapelle , & tout le Du.
ché dejuliers excepte la Ca
pitale. i,»C:L Vïlì :.
Nuis. .. ., , .." ^
GALANT 8c
1680.
Chademont. fss
Hombourg , Frontiere du Palàtinat.
;
Virton. JBaillages du
Chin y. Luxembourg,
Enchimont. L
Strasbourg. a
E/CazaI , Italie , en me[me jour. :
1683.
Courtray, p
Dixmude.. ' \ . • ; p
1/84.
Luxembourg. L
Cap-de-Quiers , en Catahqnt. .
réunions.
Fumay. j_j
Le Comté de Rochefort.
Le Marquisat d'Arloh. :' >
Herbemonk ,.,'.'
Urbu.
fc< ME&CfJRE
Orchimont.
Revin.
fiastoine. , > r
La Roche. rs '".lV *
HofFalize, ' ' r
Saint Hubert,
Marche-en Famines : >
Ì.c Neufchateaiu •',' .,,v.
Echternach.
L i Principauté de Sálm,êcci. dam
le Luxembourg. 1
Et les Comtez de Morîçbe'íará^
&íde Sponheim, en A ema<gn&.
LesColomnes,Jçs Pilastres,
& les Feítóns font ie^idrtïs de
cinquante.'huit revérs de Medailles,
qui font autant d'Ins
criptions qui rna&qttent seloû.
Tordre des années y les prihl.
GALANT. 87
cipales Actions du Roy, qui
n'ont pas esté compriiès en
particulier dans les Thèses.
On va les rapporter íuívanc
qu'elles font disposées.
I i! . . J . . ,.l 1 . . . ì
..t.4.; Çharrìhre de Justice, pour
rétablis l'oirdrQ daìis les Finan
ces, 1658. .•..:,/.'. í { ,
ì. Edit contre.Ies Duels , Kjj?.
3 . Les Rois de France & u'ÉC
pagnes voyemt ] & fígntnr la
Paix le 7. Novembre 1659.
4. AccruiíìtiondeDurikerque,
ì'66l. . .Jt*. />'[ ri: 'i . .. , ií í '.
. . 5. Le Roy d'Espagne cede la
préséance â 4a France , & le dé
clare le 14.. Mars 1661. ; r-'
Alliinjce/renouyellée avec
les Suisses j 1663. >; .
88 MERCURE
7. Protection accordée au
Comté de Venaiflìn , 8c à Avi
gnon ,1663.
8. Etablìílement da CommerJ
ce aux Indes , 1664.
9. Piramide élevée á Rome,
Íîour faire satisfaction au Roy de
Iníûltede la Garde Corfe,i<?64.
10. Satisfaction faite au Roy
par le Legat , 1664.
n. Victoire far les Corfaúes
d'Alger, St deTunis, , '
ïì. Grands Jours en Auvergne
pour la Justice, t66$. .
13 .Protection donnée aux Hollandois
contre l'Evefque deMunr
ster &: contre 1 Angleterre, 1666.
; 14. Paix entre la France & Jes
Algeriens, 1666.
„ 15. Paix de 3reda avec les Anglois>
i667. >.r^v.,.:.
16. Les Procedures detruites.
'par le Code » 1667.
17. Paix d'Aix-la- Chapelle ,
166$
iff. Secours de Candie „ r66&.
1669.
19. Le Roy visite ses Conqueftes
, ^70. & 1683.
zo. Le Roy fait fortifier & vi
sité ícs Conquestes , 167s,
11. Les Hollandois forcez ai»
Poste A'AmtidéttyVÍJxi. '
xi. Secours jetté dans Meflîhe
aprés 'la déraite des Ennemis ,
Février 1675V'"
~ 13 . Desunion de s Considerez „
1^78..
24. Les dix Villes imperiales;
d' Alsace prestent ferment de fi»
delité au Roy, 1679, .
. zf. Protection Sc secours don-
Janvier 1687. H
90 MERCURE
nez par Sa Majesté aux Rois de
Portugal,.i668. & de Suede 1679.
16. Les Corsaires de Tripoli
featcus ,.puis défaits jusque dans
le Porc de Cíik>: ce qui allanne le
Turc, Juillet 1681.
27. Les Villes dq Strasbourg ,
& de Gazai soumises au Roy, le
30, Septembre 1,681.
' r8. Paix de Maroc , & de Salé,
Decembre 1 681.
29. Alger foudroyé , Juin 1683.
„ 30. ìì.Decembre Luxembourg
foudio^i, 1683.
: 31. Les Vaisseaux d'Alger b rir
iez à Sarcelles i68ì. &: ces Cor
saires battus plusieurs fois 1683,
, r Genes foudroyée, May 1684.
33 . La Vifle de Trêves déman
telee 6c punie , en Juin 1684*
34. Un de^ ûos vaisseaux Mar
ì ... ^<Ì:PlLM€Tì &
l .cèaods repris au milieu de treoie-
trois, autres , 1684.
35. Protection donnée à l'Evefque
de Lîege contre íés SujjSt4s»
l jtebfeljes,i^..;. ./' y\J
. 36, T rive de ,vipgj ans accor-.
dée. à 1 Éuto,pe par le Roy, r 68 4».
. r. #8. .TîripQ)!! foudroye v .en Jaít»
*' ' p. ^Amrjassá^eû/dé Fránce"
-e&ftent le Sopha à An^rinople
p "áeî^'r^ction de i'Hétesie par tour
ic Royaume , 168'5.
?'-.4^ JLe^avf doàne jdfifîsecowiîs.
sw&ugí.de^ayojfc^r }'>£>o.&~
92 MERCURE
tiort del'Heresie dans sesEstats^
6c afin de reduire les Protestans
rebelles des Vallées , 1686.
Les deux precedentes In£. ^
criptions ont esté pôiëes íùr
lc Piedestal de chaqu c Co
lonne , pour montrer que U
Base & le fondement des
Actions de LOUIS LE
G RAND » cest ta Reli
gion. Les Festons n'estant a~
joûtez que pour TornemenÊ,
l'on a crû qu'ils fefoient trespropres
à porter lés' Médaif- \
les qui contiennent les NaiC
sances , les. Mariages , & les
autres eVenèmens de cette
t ' > .
>
GALANT. <x
forte , qui sont afïèz souvenu
representez par Les Fleurs.
Cette précaution ne déplaira
ï pas aux personnes exactes ,
.qui auroient peut.eftre trou,
vé à redire qu'on eu st meílé
ces faits avec les autres..L'on
n'.a pas eu de peine à se re
soudre à eette separation. Il y '
a tant de belles choses à dire
du Roy , que nous ne /òmmes
pas reduits à la necessite'
d'établir les louanges de ce
grand Monarque fur des efl
rets étrangers. Ainsi Ion a
piis sa Naissance t son Maria
ge, les Enfans qu'il a eus,noa
£4 MERCURE
'pas pour en faire des~ siijets
d'Eloges , mais pour donner
plus; d'osnemeint À cet; Ou
vrage ,ôc a;5n de ne pa& pri
ver ies curieux de ces remar.-
.ques , quirait paru ,de con&-
,rjuencfi. . J \ìs:ìïûy\,i.ï
v> i r : . j '''; >.i ' r,. t
43. Naissancedu Roy, aonae.
. heures avant Midy le Dimanche
5. Septembre' 1638. '* ' .
44 . Le Roy déclare : Ma^Xir te
Jeudy 7.. Septembre tápJ ' i'.'ísí
^ 43., Sacre, du Roy; ;à;R4injï§ £e
"Dimanche 7. Juin .f4f4, j
46^ Mariage *dú Roy te 3. Juki
1660,
47. Naissance de Mouseigiíeur
GALANT. 9Y
k j4^. Naiííànce de Madame" Eli!
zabethde France yle Samedy.r8V
Novembre 1662.,
. 49. Naissance de Madame
Marie Anne de France , le Di
manche 16. Novembre 1664.
50. Naissance de Madame Marie-
Therefe de France , le Di
manche z. Janvier 1667.
51. Naissance de Monsieur Phi
lippes de Bourbon Duc d'An
jou ,1e Dimanche 5. Aoust 1668.
52. Naissance de Monsieur
Louis-François de Bourbon,Dut
d'Anjou ,1e Mardy 14. Juin 1672.
5J. Mariage de Monseigneur ,
le 28.|anvier 1680.
. 54. Naiííànce de Monseigneur
îeiDtrc de Bourgogne , lejeudy
S. Aouft i8f*. ».
íSíaiQàmae de iMxsrièigneu*
oá MERCURE
le Duc d'Anjou , le Dimanche
19. Décembre 1685.
56. Naissance de Monseigneur
le Duc de Berry , le Sastiedy 31.
Aoust 1686.
$7. Mariage de Madame h
Princeíïê de Conty , le 16. Jan,
vier 1680.
58. Mariage de Madame la Du.,
chessí de Bourbon , le 14. Juil
let lé86v
Voilà un petit crayon du
plus beau Portrait qui fut ja
mais. Si lan trouve que quek
que chose y manque , Ton
fera reflexion que ce n'est icy
qu'un abregé r qui n'a pû
contenir tout ce que le Roy
a fait de grand depuis vingthuit
... GALANT. 97
huit ans. On auroit bien vou
lu marquer tant d'Illustres,
qui ont eu part aux actions
héroïques qui font aujourd'huy
l'admiration de toute
la Terre ; mais l'efpace d'une
These nous borne , il faut se
reserver pour un plus grand
Ouvrage que l'on médite , &
qui renfermera l'Histoire de
nos Braves aprés celle de leur
Auguste Souverain. Nous ne
craignons pas d*y marcher
fur 'lai mesme route que les
autres Auteurs. Celle que
nous suivrons fera nouvelle;
& c'est un bonheur de vivre*
fanyitr 1687*
98 MFRCURE
íous un Monarque, dont toui
tes les démarches sontautanc
<le miracles ; & qui occupe
tellement les Historiens, que <
quelque foin qu'ils aportent ,
ils laiíïèront encore beau
coup à dire pour ceux qui
ecriront aprés eux.
Fermer
Résumé : Description entiere d'une These qui contient toute la vie du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente une thèse dédiée à Louis XIV, rédigée par un auteur ayant minutieusement recherché la vie de ce monarque. L'ouvrage est décrit comme unique et incompréhensible sans une application zélée. Il couvre les principaux événements du règne de Louis XIV à partir de 1658, évitant de remonter plus haut pour ne pas se copier sur d'autres œuvres. L'auteur inclut des médailles symbolisant les vertus du roi, telles que la force, la gloire, la modération, la piété, le bonheur et la vaillance. La thèse est soutenue par une table d'attente avec des ornements architecturaux et des trophées symbolisant la clémence du roi. Les quatorze thèses ou conclusions de l'ouvrage répondent aux médailles et prouvent chaque vertu ou attribut du roi. Le style de l'ouvrage est particulier, utilisant des expressions poétiques et des libertés pour rendre les propositions courtes et fermes. L'auteur utilise des chiffres pour marquer les jours et les années des événements, offrant une chronologie utile au public. Les questions et conclusions abordent la sagesse, la clémence, la justice, la magnificence et l'amour du roi pour son peuple. Louis XIV est présenté comme le plus sage, pacifique, juste, magnifique, libéral et aimable de tous les monarques. L'ouvrage se termine par une réflexion sur les actions bienveillantes du roi envers son peuple, soulignant son dévouement et son amour pour la patrie. Le texte décrit également les exploits militaires et les réalisations politiques de Louis XIV. Il mentionne des conquêtes telles que celles des Iroquois, des Algériens, et des corsaires de Tripoli, Maroc, Tunis et Majorque. Louis XIV a imposé ses lois à des places importantes comme Strasbourg et Cassel. Ses victoires navales incluent des triomphes contre les Anglais en 1666, les Hollandais en 1672 et 1673, et les Espagnols en 1676. Il a également construit des infrastructures majeures, comme le canal reliant la Méditerranée à l'Atlantique et l'aqueduc de Maintenon. Sur le plan intérieur, Louis XIV a établi des compagnies de commerce et des manufactures pour stimuler l'économie. Il a renforcé la sécurité à Paris et dans les provinces frontalières par la construction de citadelles. En matière de religion, Louis XIV a promulgué des édits pour défendre la foi catholique, comme l'édit de 1681 interdisant aux sujets de quitter leur religion et l'édit de 1683 obligeant les idolâtres à embrasser la communion romaine. Il a également révoqué l'Édit de Nantes en 1685, mettant fin à la tolérance envers les protestants. Le texte mentionne également les alliances et les relations diplomatiques de Louis XIV avec divers souverains. Ses victoires militaires incluent des batailles comme celle de Haguenau en 1674, Augsbourg en 1675, et la prise de Strasbourg en 1681. Enfin, le texte énumère les principales conquêtes territoriales de Louis XIV, incluant des villes comme Dunkerque, Gravelines, et toute la Franche-Comté, ainsi que des provinces en Allemagne et aux Pays-Bas. Le texte présente également une liste de conquêtes, de fortifications et d'événements militaires et politiques liés à la France entre 1674 et 1687. Parmi les lieux mentionnés figurent la Principauté de Lure, la Citadelle de Liège, Trêves, Huy, Limbourg, et plusieurs forteresses en France et à l'étranger. Le texte détaille également des événements significatifs tels que la cession de la préséance par le roi d'Espagne à la France en 1661, la protection accordée à divers comtés et villes, et des victoires militaires contre les Algériens et les Turcs. Des alliances et traités de paix sont également mentionnés, comme la paix d'Aix-la-Chapelle en 1668 et la paix de Maroc en 1681. Le texte inclut aussi des événements personnels du roi, tels que son sacre en 1654, ses mariages, et les naissances de ses enfants entre 1662 et 1686. Enfin, il souligne l'importance de la religion comme base des actions de Louis le Grand et mentionne la préparation d'un ouvrage plus complet sur les actions héroïques du roi et de ses braves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 110-122
These consacrée à la destruction de l'Heresie, & soûtenuë en Sorbonne par M. l'Abbé de Révol. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 14. du mois passé, Mr l'Abbé de Revol soûtint [...]
Mots clefs :
Abbé de Révol, Thèse, Hérésie, Destructions, Ancêtres, Religion, Henry IV, Conversion, Conseils, Privilèges, Hérétiques, Livre, Calvinistes, Erreurs, Vérités, Monarque, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : These consacrée à la destruction de l'Heresie, & soûtenuë en Sorbonne par M. l'Abbé de Révol. [titre d'après la table]
Le Samedy Ì4. du mois
pafle , MR l'Abbé de Revot
soûtint en Sorbonne une
Théfé consacrée à la destru
ction de l' Herresie dans ce
Royaume. Il fit voir par là
qu'U suivoit ies traces de ses
Âncestres , qui se font tou
jours intereslez dans tout
ce qui a regardé la Religions i
mais particulierement Louis
'de Revol, premier Secretaire
& Ministre d'Estat du Roy .
GALANT, ni
Henry I V. qui dans les Pro
visions qu'il luy fit expedier
de cette importante Charge,
ìe qualifie homme fidelle , de
faine réputation , dejinterep
sé , & accoutumé a le sertir
dés ses premieres années. Il
contribua avec un zele ex
traordinaire à la Conversion
<lcce Prince , & mourut preC
que auílj tost, qu'il eut veu
î'effet de ses conseils par fa
réunion à l'Eglisé , en quoy
l'on, peut dire qu'il a du rap
port avec feu Mr le Tellier,
dernier Chancelier de Fran-
, ce , à qui pour recompense
in MERCURE
de ses grands travaux , Dieu
a donné la satisfaction de fi-'
nir íà vie , aprés avoir scellé
l'Edit qui porte la révoca
tion des Privileges accordez
autrefois aux Herretiques.
Cette Thèse fut soutenue en
presence d'un grand nombre
de personnes d'un rang di
stingue , & de la pluspartdes
Abbez considerables par leur
naissance & par leur merite.
La Divine Sapience y estoit
representee d'un costé , é- "
levée sur des Rochers pour
marquer sa fermeté. Elletenoit
d'une main un Livre d'od
GALANT, ii?
pendoient sept Sçeaux , &fur
lequel paroiíîoit un Agneau.
Ce Livre reprefentoit ecluy
que S* Jean décrit dans lf Apocalypfe
, puis qu'il en portoit
toutes les marques , qui
íònt lçs.sept Sceaux ouverts.
avec l: Agneau. Ces sept
Sçeaux autrefois fermez &
presentement, ouverts , font
fermages naturelles des sept
Sacremens dë l'Eglife que
les Calvinistes, refufoieftt de.
r£conn°istre pendant qu'ils'
etìoienc malheureusement.;
engagez dans les. erreurs de'
leur Secte. Le plus grand des;
Janvier i6&7> KMERCURE
Sac remens > qui est ceky ât&
l'Eucharistie , y eítoifc parti
culierement designé pati'Açneau
que l'on voyoit atí dé1~>
íus du Livre. Cette meíme
Sapience Divine tenoit de
l'autre mainrimage du Saint.
Esprit íòus la figure d'une Co- :
lomhe , pour faire voir que
lìEgl'Ue ' a receu i du Sauveur
du mondeson Esprit lors qu'il.
elt monté au Ciel , pour le
faire paíïèr jusqu'à; íçs En fans»
Elle estai t habillée cn Ama
zone , pour nous apprendre
que quelque douceur qu'ait
la Grace, &: de quelques charGALAKT.
n$
mes queíbit accompagné Fe:
joug du Seigneur , il saur,
pourtant quelquefois user de;
lès forces,que les Péres appels
lent une heureuse violence..
Du mefme costé , mais un?
peu plus bas,estoit le Portrait
de la Verite' fous la Figure
d'une Femme aíïèz agreable
& à demv.nuë, pour marquer
qu'elle se presente à tous ceux;
qui la veulent suivre. Elle'
brilloit des rayons que le So*
leit répandoit fur elle , afin de
fàire comprendre, que c'est au
ía Grace à faire connoistre lai
Verité , & que si elle eífc re-.
né MERCURE
connue de nos jours par
ceux qui estaient ses plus
cruels Ennemis , la France en
est redevable aux foins de
l'Incomparable Monarque
qui la gouverne. Encore plus
bas & de ce mesme coste' , étoit
la Justice ayant devant
elle un faisceau d'Armes,
ce qui reprefentoit encore
mieux que c'est à la Justice
du Roy & à fes Edirs que
nous devons le triomphe de
la Verité fur le Mensonge. La >
Justice estoit assise fur une
grande pierre quarrée , pour
Faire voir par l'immobilité de
.GALANT. n?
cette pierre que le fruit & lat
gloire de cette grande actioni
dureront eternellemenr.
De l'autre costé on yoyoit
Pallas debout , montrant la
Sapience Divine à un, tresgran<
l nombre de personnes
qui sortoient dune épaisse
Forest. Par cette Forest on faisoit
entendre les ombres de la
mort dans lesquelles estoient
ensevelies tant de personnes
qui depuis un an ont renon
cé à Terreur. Il y en avoit
une entre autres qui se pros
ternant adoroit la Divine
Sapience j $c jettoitdeux Lir
ïi8 MERCURE
vresdont le deíïus les faifoit
connoistre pour ceux de Gaivin
& de Zuingle. Elle jettoic
auíïì un. Masque pour
marquer qu'elle quittoit cou»
tes les préoccupations dont
elle avoit esté prevenue dés
sa jeuneííe. Pallas estant la
Déeííè des Sciences fer voie
à faire connoistre lalliance
de la raison avec lâ foy , &
representoit enniesme temps
îes diíFerens Corps de ce
Royaume qui ont fourny à*
TEgliíe dans ces derniers
temps un grand nombre de
personnes également pieuses
GALANT. is<r
& sçavantes pour detromper
les Herretiques y mais parti
culierement la Faculté de
Theologie de Paris, compo
sée de grands Prelats ,de sçavans
Paíteurs & de Mission
naires zelez , qui. montrant
la Verité , la portent jusque
dans les extremitez non feulement
de la France , mais
encore du monde entier.
M*' l' Abbé de Revol s acy
quita de cette action avec
beaucoup de íùccez. Il est
Fils de Meííìre Pierre de Re
vol , Conseiller du Roy ert
ses Conseils d'Estat & Privé
120 MERCURE
en son Parlement de Mets,
Seigneur des Avenieres de
Baron de Charney , cy.de
vant Procureur General eri
la Cour desAydes de Vien
ne en Dauphine , & dans la,
Cour Souveraine de Bourg
en Breíïè , & de Dame Fran
çoise de S. Chamans de l'Illu.
stre Maison de S.Chamans du:
Pescher, qui compre parmy
les Grands Hommes qui en
font sortis plusieurs Cheva
liers des Ordres du Roy ,& en
tre autres Jean de S; ChamanSyGouverneur
du haut &
bas Liinosin,rnarzé à Margue.
] GALANT, m
rite d'Abche àt la Maiso»
d'Uzez,une des plus ancien-
^ nes du Languedoc j Hugues
de S. Chamans , Òc Helie de
S. Chamans son Fils , qui flit
faic prisonnier a la Bataille de
S.Quentin,apre's avoir donné
mille preuves d'unevaleur ex»
traordinaire. La Maison de
S.Chamans est alliée à celles
d'Uzez , de Luxembourg,
de Turennes , de Noailles,
des Urfins , d'Hauceforc , &c
des Princes de Vaudemonr ,
desquels descendoit Aimce:
de Ponthalier , Ayeulede la
Mere de M l'Abbé de Re-.
Jtirwier 1SS7. L
m MERCURE
voL Elle a aujourd'huy pour
ChefMr de S. Chamans,Mar-,
quis de Mery , Baron du
Pefcher,& Capitaine Exempt
de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps , dont
touc le monde connoit le
merite.
pafle , MR l'Abbé de Revot
soûtint en Sorbonne une
Théfé consacrée à la destru
ction de l' Herresie dans ce
Royaume. Il fit voir par là
qu'U suivoit ies traces de ses
Âncestres , qui se font tou
jours intereslez dans tout
ce qui a regardé la Religions i
mais particulierement Louis
'de Revol, premier Secretaire
& Ministre d'Estat du Roy .
GALANT, ni
Henry I V. qui dans les Pro
visions qu'il luy fit expedier
de cette importante Charge,
ìe qualifie homme fidelle , de
faine réputation , dejinterep
sé , & accoutumé a le sertir
dés ses premieres années. Il
contribua avec un zele ex
traordinaire à la Conversion
<lcce Prince , & mourut preC
que auílj tost, qu'il eut veu
î'effet de ses conseils par fa
réunion à l'Eglisé , en quoy
l'on, peut dire qu'il a du rap
port avec feu Mr le Tellier,
dernier Chancelier de Fran-
, ce , à qui pour recompense
in MERCURE
de ses grands travaux , Dieu
a donné la satisfaction de fi-'
nir íà vie , aprés avoir scellé
l'Edit qui porte la révoca
tion des Privileges accordez
autrefois aux Herretiques.
Cette Thèse fut soutenue en
presence d'un grand nombre
de personnes d'un rang di
stingue , & de la pluspartdes
Abbez considerables par leur
naissance & par leur merite.
La Divine Sapience y estoit
representee d'un costé , é- "
levée sur des Rochers pour
marquer sa fermeté. Elletenoit
d'une main un Livre d'od
GALANT, ii?
pendoient sept Sçeaux , &fur
lequel paroiíîoit un Agneau.
Ce Livre reprefentoit ecluy
que S* Jean décrit dans lf Apocalypfe
, puis qu'il en portoit
toutes les marques , qui
íònt lçs.sept Sceaux ouverts.
avec l: Agneau. Ces sept
Sçeaux autrefois fermez &
presentement, ouverts , font
fermages naturelles des sept
Sacremens dë l'Eglife que
les Calvinistes, refufoieftt de.
r£conn°istre pendant qu'ils'
etìoienc malheureusement.;
engagez dans les. erreurs de'
leur Secte. Le plus grand des;
Janvier i6&7> KMERCURE
Sac remens > qui est ceky ât&
l'Eucharistie , y eítoifc parti
culierement designé pati'Açneau
que l'on voyoit atí dé1~>
íus du Livre. Cette meíme
Sapience Divine tenoit de
l'autre mainrimage du Saint.
Esprit íòus la figure d'une Co- :
lomhe , pour faire voir que
lìEgl'Ue ' a receu i du Sauveur
du mondeson Esprit lors qu'il.
elt monté au Ciel , pour le
faire paíïèr jusqu'à; íçs En fans»
Elle estai t habillée cn Ama
zone , pour nous apprendre
que quelque douceur qu'ait
la Grace, &: de quelques charGALAKT.
n$
mes queíbit accompagné Fe:
joug du Seigneur , il saur,
pourtant quelquefois user de;
lès forces,que les Péres appels
lent une heureuse violence..
Du mefme costé , mais un?
peu plus bas,estoit le Portrait
de la Verite' fous la Figure
d'une Femme aíïèz agreable
& à demv.nuë, pour marquer
qu'elle se presente à tous ceux;
qui la veulent suivre. Elle'
brilloit des rayons que le So*
leit répandoit fur elle , afin de
fàire comprendre, que c'est au
ía Grace à faire connoistre lai
Verité , & que si elle eífc re-.
né MERCURE
connue de nos jours par
ceux qui estaient ses plus
cruels Ennemis , la France en
est redevable aux foins de
l'Incomparable Monarque
qui la gouverne. Encore plus
bas & de ce mesme coste' , étoit
la Justice ayant devant
elle un faisceau d'Armes,
ce qui reprefentoit encore
mieux que c'est à la Justice
du Roy & à fes Edirs que
nous devons le triomphe de
la Verité fur le Mensonge. La >
Justice estoit assise fur une
grande pierre quarrée , pour
Faire voir par l'immobilité de
.GALANT. n?
cette pierre que le fruit & lat
gloire de cette grande actioni
dureront eternellemenr.
De l'autre costé on yoyoit
Pallas debout , montrant la
Sapience Divine à un, tresgran<
l nombre de personnes
qui sortoient dune épaisse
Forest. Par cette Forest on faisoit
entendre les ombres de la
mort dans lesquelles estoient
ensevelies tant de personnes
qui depuis un an ont renon
cé à Terreur. Il y en avoit
une entre autres qui se pros
ternant adoroit la Divine
Sapience j $c jettoitdeux Lir
ïi8 MERCURE
vresdont le deíïus les faifoit
connoistre pour ceux de Gaivin
& de Zuingle. Elle jettoic
auíïì un. Masque pour
marquer qu'elle quittoit cou»
tes les préoccupations dont
elle avoit esté prevenue dés
sa jeuneííe. Pallas estant la
Déeííè des Sciences fer voie
à faire connoistre lalliance
de la raison avec lâ foy , &
representoit enniesme temps
îes diíFerens Corps de ce
Royaume qui ont fourny à*
TEgliíe dans ces derniers
temps un grand nombre de
personnes également pieuses
GALANT. is<r
& sçavantes pour detromper
les Herretiques y mais parti
culierement la Faculté de
Theologie de Paris, compo
sée de grands Prelats ,de sçavans
Paíteurs & de Mission
naires zelez , qui. montrant
la Verité , la portent jusque
dans les extremitez non feulement
de la France , mais
encore du monde entier.
M*' l' Abbé de Revol s acy
quita de cette action avec
beaucoup de íùccez. Il est
Fils de Meííìre Pierre de Re
vol , Conseiller du Roy ert
ses Conseils d'Estat & Privé
120 MERCURE
en son Parlement de Mets,
Seigneur des Avenieres de
Baron de Charney , cy.de
vant Procureur General eri
la Cour desAydes de Vien
ne en Dauphine , & dans la,
Cour Souveraine de Bourg
en Breíïè , & de Dame Fran
çoise de S. Chamans de l'Illu.
stre Maison de S.Chamans du:
Pescher, qui compre parmy
les Grands Hommes qui en
font sortis plusieurs Cheva
liers des Ordres du Roy ,& en
tre autres Jean de S; ChamanSyGouverneur
du haut &
bas Liinosin,rnarzé à Margue.
] GALANT, m
rite d'Abche àt la Maiso»
d'Uzez,une des plus ancien-
^ nes du Languedoc j Hugues
de S. Chamans , Òc Helie de
S. Chamans son Fils , qui flit
faic prisonnier a la Bataille de
S.Quentin,apre's avoir donné
mille preuves d'unevaleur ex»
traordinaire. La Maison de
S.Chamans est alliée à celles
d'Uzez , de Luxembourg,
de Turennes , de Noailles,
des Urfins , d'Hauceforc , &c
des Princes de Vaudemonr ,
desquels descendoit Aimce:
de Ponthalier , Ayeulede la
Mere de M l'Abbé de Re-.
Jtirwier 1SS7. L
m MERCURE
voL Elle a aujourd'huy pour
ChefMr de S. Chamans,Mar-,
quis de Mery , Baron du
Pefcher,& Capitaine Exempt
de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps , dont
touc le monde connoit le
merite.
Fermer
Résumé : These consacrée à la destruction de l'Heresie, & soûtenuë en Sorbonne par M. l'Abbé de Révol. [titre d'après la table]
Le 4 avril, l'abbé de Revot a présenté une thèse à la Sorbonne sur la destruction de l'hérésie dans le royaume. Il a mis en avant son engagement religieux, s'inspirant de ses ancêtres, dont Louis de Revol, secrétaire et ministre d'État du roi Henri IV, qui le décrivait comme un homme fidèle, de bonne réputation, désintéressé et dévoué dès son jeune âge. La thèse abordait la conversion des sacrements, en particulier l'Eucharistie, et soulignait la sagesse divine représentée par une colombe, symbole de l'Esprit Saint reçu par l'Église après l'ascension du Christ. La Grâce était comparée à une amazone, illustrant sa capacité à être douce mais aussi ferme. La Vérité était représentée par une femme agréable et nue, illuminée par les rayons du Soleil, symbolisant la grâce nécessaire pour la connaître. La Justice, armée d'un faisceau d'armes, montrait que le triomphe de la vérité sur le mensonge était dû à la justice royale et à ses édits. La Justice était assise sur une pierre carrée, signifiant l'éternité de cette action. Pallas, déesse des sciences, guidait des personnes sortant d'une forêt obscure, représentant les ombres de la mort et les erreurs abandonnées. Parmi eux, une personne jetait des livres de Calvin et Zwingli, symbolisant l'abandon des préoccupations hérétiques. Pallas incarnait l'alliance de la raison et de la foi, ainsi que les corps savants du royaume, notamment la Faculté de Théologie de Paris, qui combattaient l'hérésie. L'abbé de Revot, fils de Pierre de Revol, conseiller du roi, et de Françoise de Saint-Chamans, issue d'une famille illustre ayant produit plusieurs chevaliers, a brillamment réussi cette démonstration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 350-379
Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à la situation des Affaires de l'Europe telles qu'elles [...]
Mots clefs :
Affaires de l'Europe, France, Espagne, Monarque, Puissances, Armée, Angleterre, Doctrine, Ministère, Chambre des pairs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
Je paffe à la fituation des
Affaires de l'Europe telles qu'el
les fe trouvent dans le moment
que je vous écris. Je dis dans le
moment que je vous écris , car
il pourroit y avoir du changement dans le temps que vous
recevrez ma Lettre.
TITIT
ยม
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il
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una
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Jues
mêdoit hut,
de
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THEQUE
DE
BIBLIO
LYON
#1893
19TH THE 1971
35
ឬŠ/đឬ
SULE
rec
GALANT 35%
De quelque cofté que l'Em
pereur regarde fes Affaires , il
fe trouve fort embaraffé. Il eft
certain que fes Troupes ont
efté battues en plufieurs occafions par les Confederez
d'Hongrie , & qu'il a fait une
perte confiderable , qui a efté
fuivie de celle de l'Ile de Schut.
Ce font des faits conftants
dont les nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez mêmes font mention. On doit
remarquer que l'Ifle de Schut,
n'eftant qu'à douze lieües de
Vienne , les Confederez peuvent faire des courfes juſqu'à
352 MERCURE
fes Porres , & que l'on n'en
fortir fans rifquer beau- peut
coup.
Les Cercles ne fe font pas
encore mis en devoir de lever
un fol, ni un homme pour tenir tefte à une Armée victoricufe & de prés de cinquante
millehommes que les François
ont du cofté du haut Rhin.
Cette Armée ne manque de
rien , ayant tiré les Contributions que les Allemans ont efté
obligez de luy payer moitié en
argent & moitié en grains.
L'Empereur ne peut efperer
aucunes Troupes de Danne-
GALANT 353
marck , & fur tout depuis la
derniere Bataille , ny d'aucun
autre cofté ; de maniere qu'il
fe trouve obligé de faire revenir d'Italie huit mille hömmes de fes meilleures Troupes,
qui ne fuffiront pas pour envoyer du cofte d'Hongrie &
du cofté du Rhin ; & ces Troupes , tirées d'Italie feront caufe
que Monfieur le Duc de Savoyenefera pas affez fort pour
mettre une Armée en Campagne. Joignez à cela qu'il luy
fera tres- difficile de tirer des
fubfides d'Angleterre , puis
qu'elle n'a pas tous les fonds
"Mars 1710. Gg
354 MERCURE
neceffaires pour faire la Campagne prochaine , & qu'il luy
fera abfolument impoffible de
rien tirer des Hollandois , qui
manquent encore beaucoup
plus d'argent , & des chofes
neceffaires pour faire la Campagne que les Anglois. Cefone
des faits connus, & publiezpar
eux-mêmes.
2
Quant à la France elle ne
manque point de Troupes , &
elles font invincibles lorfqu'elles font bien conduites. Ses
fonds feront plus que fuffifans
pout faire une gleufe Campagne. Le rachatla Paulet-
GALANT 355
de celuy de la Capitation
du Clergé , de plufieurs Affaires & de plufieurs autres
Particuliers qui ont laiffé en
mourant des fommes immenfes qui appartiennent au Roy,
& de fes revenus ordinaires qui
commencent à produire beaucoup , & qu'une grande recolte que le Ciel femble luy promettre , doit encore augmenter beaucoup , remettront fes
affaires dans une bonne fituation. Joignez à cela qu'elle
doit tirer une grande quantité
de bleds du Languedoc , que
la Bretagne luy en fournit tous
•
Gg ij
356 MERCURE
les jours ; qu'il en eſto venu
beaucoup du Levant ; qu'il en
vient encore tous les jours deo
ce cofté- là , & que tout celuy
du premier envoy que les Ge
nois devoient faire eft arrivé à
Marſeille , oùilyena quaranté
mille muids que l'on a com
mencé à fairevenir de ce coftécy, & dont une partie arrivera
inceffamment à Paris. Jenedis
rien de tous les fruits de la terre dont il paroift que nous de
vons avoir une abondante recolte. Toutes les Recrues des
Troupes font faites il ya déja
long temps , & lorfqu'il fera
GALANT 357
temps d'entrer en Campagne,
les Alliez connoîtront qu'ils
onc efté longtemps abufez fur
la veritable fituation de nos
affaires.
Il paroift qu'ils doivent peu
compter fur les Troupes Saxo
nes. Le Roy Auguſte , il eft
vray, cft retourné en Pologne;
mais comme les affaires de ce
Royaume font encore dans un
granddefordre , & que tous les
Partis ne luy font pas favorables , il a beſoin de Troupes
pour s'y maintenir , & moins
les Polonois veulent voir de
Saxons dans leurs Etats , plus
358 MERCURE
"
il y doit faire groffir le nombre de fes Troupes , fans lef
quelles il ne peut eftre bien af
fermi fur le Tiône. Enfin de
quelque cofté que l'on envifa
ge la fituation des Affaires , il
paroift que toutes les Puiffan
ces ont befoin de leurs Troum
pes , & que quand les Alliezauroient plus d'argent à leur don
ner qu'ils n'en ont en effet , ils
ont trop befoin deleurs Trou.
pes pour les envoyer hors de
chez eux , & peut- cftre , comme nous verrons dans la fuite,
les Augios feront- ils obligez
d'en referver beaucoup chez
GALANT 359
eux , puifqu'il eft impoffible
que le feu de la divifion quis'y
eft mis , puiffe eftre ftoft
éteint , & qu'il le puiffe même
eftre qu'en apparence , car les
divifions caufées par des affaires de Religion finiffent rarement ; & lors qu'on les croit
finies , elles ne font qu'affoupics , & font toûjours prêtes à
reprendre feu. A l'égard des Affaires d'El
pagne , elles fe trouvent, aujourd'huy dans une fi heureufe fituation qu'elle eft en état
de fe procurer feule fa gloire
& fon bonheur fans rien de-
360 MERCURE
voir à perfonne , & de maintenir fur fes Trônes le Monarqueà qui ils appartiennentlegitiment ; qu'elle a reconnu avec
joye , & audevant duquel elle a
envoyé avec unempreffement
remplyd'allegreffe ; de maniere
qu'elle n'auroir pas fait autre
ment quand elle l'auroit ellement choifi. Et en effet c'étoit
le choifir que de reconnoître
fesdroits fondez fur la nature
& declarez juftes par fon dernier Monarque mourant , &
en prefence de fon Dieu , ce
qu'il n'auroit pas fait s'il avoit
ctû le contraire dans le moment
GALANT 361
ment qu'il eftoit preft de luy
aller rendre compte de fes actions , &fes droits font fi vifi;
bles & fi inconteſtables , que
toutes les Puiffances de l'Europe qui les luy diſputent aujourd'huy , les ont non feulementreconnus , mais ont même efté jufqu'à Madrid l'affurer de cette reconnoiſſance , &
ont demeuré à fa Cour, foit
en qualité d'Ambaffadeurs ,
foit en qualité d'Envoyez pour
yrefider. De maniere quetoutes les Puiffances qui font liguées aujourd huy contre luy,
excepté la Maifon d'Autriche
Mars 1710.
.Hh
362 MERCURE
fur
qui ne veut pas reconnoître
fon droit , n'ont des rai- que
fons politiques pour le faire
defcendre d'un Trône auquel
tant d'autres font unis , & qui
luy appartient legitimement.
Leurs raifons font fi foibles ,
que n'eftint fondées que
la politique, &non fur le droit,
ils fe font laffez d'en parler, ou
plûtôt ils en ont eu honte.
Ainfi il n'eft plus queftion parmy les Alliez pour détrôner
Philippes V. d'autres raifons ,
que de raifons de bien-ſeance;
& c'eft pourquoy le Ciel qui
n'approuve pas ces raifons , a
GALANT 363
toûjours protegé fi vifiblement cette Couronne , & la
protege encore contre toutes
les Puiffances liguées qui l'attaquent , & que les feuls Elpagnols ont entrepris de défendre aux dépens de tout leur
fang & de tout leur bien. Ils
font charmez de la juftice
de l'efprit , de la valeur &
de la douceur du Monarque
qui les gouverne , & de la Reine fon époufe en qui toutes
les vertus abondent , & qui en
plufieurs occafions a fait voir
le cœur d'une veritable Amazone, & qui feroit digne de
Hhij
364 MERCURE
commander fi , ayant dit que
l'occafion s'en prefentoit , elle
iroit à la tefte de l'Armée avec
le Prince fon fils ; qui ne fait
pas plus de dépenfe qu'une
Dame particuliere , & qui envoye chaque jour à la Caiſſe
Militaire tout ce qu'elle reçoit
pour fon entretien , fuivant la
grandeur de fon rang. Enfin
il paroît que le Ciel a beny
cette Monarchie , & le Roy &
la Reine d'Efpagne , puifqu'il
leur a donné un fucceffeur , la
feule chofe qu'il pouvoit leur
manquer. Ils ont le plaifir de
voir aujourd'huy ſous les ar-
GALANT 365
més , pour maintenir leurs
droits , toute l'Efpagne ; c'eftà-dire , un monde entier , fans
avoir befoin d'aucun fecours
étranger. L'argent ne leur manque point non plus que les
hommes. Tous les Royaumes
leur donnent gratuitement
tout ce qui fe trouvent chez
eux , les uns des Chevaux ,
les autres des Vivres , & le
Clergé , même leur a offert
toute l'Argenterie de leurs Eglifes qui eft nombreuſe en Efpagne , ce qu'ils n'accepteront
qu'en cas qu'ils en ayent un
preffant befoin , ce qui n'arriHhv
366 MERCURE
vera pas pendant le cours de la
Campagne qui va commencer;
de forte qu'ils pourront garder
cette reffource pour une autre
Campagne, ainfi que l'argent
de la florte du Mexique qui
vient d'arriver à Cadix , fans
les grandes fommes qui peuvent continuellement arriver
du Perou, d'où ils peuvent toû
jours en attendre , & que l'on
ne manquera pas de leur envoyer pour foûtenir la gloire
d'une Nation qui va feule fe
défendre glorieuſement contre un Monde d'Ennemis. La
fituation des affaires eft telle ,
9
GALANT 367
que les Alliez ne pouvant envoyer contre l'Espagne des
Troupes que par Mer , toute
l'Europe s'épuiferoit d'hommes avant que de pouvoir former en Espagne une Armée
qui fut à beaucoup prés capable de tenir tefte aux fidelles
Efpagnols , parce que le trajet
feroit périr beaucoup d'hommes & de chevaux , à caufe des
maladies que l'air de la Mer
caufe parmy les Troupes de
tranfport qui ne font pas accoûtumées à faire un long féjour fur Mer , & de la mortalité qu'il caufe parmy les Che
368 MERCURE
;
vaux , joint à ce que les tempêtes fontperir de Vaiffeaux
& par confequent d'hommes
& de chevaux , & que l'air du
Pays atoûjours fait auffi mourir beaucoup de ceux qui yfont
arrivez à bon port ; en forte
que par les calculs que l'on a
fouvent faits , on a trouvé que
de toutes les troupes qu'on envoyoit par Mer en Espagne &
en Portugal , le cinquième
homme pouvoit à peine être
en état de rendre fervice.
Quand aprés tant de pertes
&de dépenfes , les Alliez pourroient former une Armée ca-
GALANT 369
pable de faire quelque tentative , il luy feroit abfolument
impoffible de conquerir tous
les Royaumes d'Espagne les
uns aprés les autres , & avant
que d'avoir pû emporter quelques Places , ces troupes feroient tellement diminuées que
les Alliez feroient obligez à
recommencer les mêmes dépenfes , & à faire les mêmes.
efforts ; de forte qu'aprés quelque temps toutes leurs forces
periroient , & qu'ils ne pou
roient continuer à faire des
levées qui n'auroient pas un
meilleur fuccés. Ainfil'on peut
370 MERCURE
dire que l'Espagne eft prefentement comme un rocher au
milieu de la Mer , contre lequeltous les Vaiffeaux qui en
approcheroient fe briferoient.
Je reviens à ce qui regarde
l'affaire du Docteur Sacheverel dont je vous ay déja parlé.
Il eft impoffible , tant que la
face des affaires , & la face du
Gouvernement ne feront pas
changées , que l'Angleterre ,
&fur tout la Ville de Londres
ne s'en reffentent , & que
plus grande partie des Troupes de l'un & de l'autre Parti
puiffent abandonner Londres
la
GALANT 371
1
fans craindre que leur party
foit infulté , ce quifera grand
tort aux Affaires du Royaumedans la fituation où elles fe
trouvent aujourd'huy, puifque,
de la maniereque tournent les
Affaires , les Alliez doivent avoir befoin de Troupes Angloifes , &fur tout s'il arrive ,
comme il s'y trouve beaucoup
d'apparence que les Troupes
Danoifes , celle du Roy Augufte , & celles de l'Electeur de
Brandebourg en foient rappellées. Ce qui donne lieu
de le craindre , eft que ces
Puiffances ayant engagé pour
372 MERCURE
leurs propres intereft le Roy
de Dannemarck d'attaquer le
Royde Suede , elles fe trouvent
engagées à foûtenir S. M. D.
pour nela pas laiffer périr , &
que d'ailleurs fi elles l'abandonnent , le Roy de Suede avançant toûjours , & fe faifant
jour par tout , pouroit encore
s'agrandir , & leur tailler bien
de la befogne. Et ainfi les Allicz qui fouffrent de tant de
manieres en Flandre auroient
bien de la peine à y continuer
guerre, ou pour mieux dire
nel'y pouroient foûtenir. Ainfila Cour d'Angleterre doit de
plus
la
GALANT 373
plus en plus ouvrir lesyeux fur
la faute qu'elle a faite en attaquant le Docteur Sacheverel.
Tous ceux dont on a pillé les
Temples auront raiſon auffibien que les Anglicans , de ne
pas envoyer hors du Royaume
les Troupes de leur Religion
& fi les premiers ont cité infultez ils n'en doivent accufer
que ceux qui gouvernent en
Angleterre qui auroient pû
feindre de n'avoir pas remarqué ce que le Docteur Sacheverel avoit prêché,puifqu'il n'a
fait que parler pour la Religion dominante du Pays , &
Mars 1710. I i
374 MERCURE
établie par les Loix , & que les
autres ne font que tollerées
pour les interefts de la Reine ,
& par une politique dont je
vous ay fouvent parlé , & que
je vous ay amplement expli
quée.
La Caufe du Docteur Sacheverel eft fi jufte que fes Avocats le jour qu'ils commencerent à répondre à fes accufations , ne firent autre chofe que
lire des Homelies , des Sermons , & d'autres ouvrages
qui enfeignent la même Doctrine qu'il a prêchée & qui elt
autorisée par les Livres ap-
GALANT 375
prouvez par le Parlement
Le Chevalier Harcourt plaidant en faveur de ce Docteur
fur le premier Chef d'accufation , dit entre autres chofes ,
que le Docteur Sacheverel n'avoit rien avancé contre la revolution , & que s'il avoit toûjours foûtenu la Doctrine de
l'obéïffance paffive , il avoit une foule de garents & d'autoritez parmy les fameux Docteurs de l'Eglife Anglicane ,
tant morts que vivants , & entr'autres plus de vingt Archevêques ou Evêques , dont quelques-uns étoient là pour le ju
Ii ij
376 MERCURE
ger , & dans les Sermons ou
certe Doctrine étoit maintenuë , quiavoient eftéimprimez
par ordre exprés de S. M. ou
de la Chambredes Pairs.
Le lendemain les quatre Avocats du Docteur Sacheverel
produifirent un figrand nombre de preuves pour la Doctrine de l'obéillance paffive ,
que cela occupa la Cour depuis onze heures du matin juf
qu'à fix heures du ſoir.
Les accufations faites contre le Docteur Sacheverelfont
fi criantes , & ont tellement
irrité tous les Anglicans , que
GALANT 377
2
nonobſtant les pourſuites qu'2
ils ont vû faire contre ce Docteur , ils font prefts de l'imiter
en tout ce qui regardera leur
Miniftere lorfqu'ils fe trouveront en pareilles occafions fans
craindre d'encourir la difgrace
de la Cour , & il eft arrivé làdeffus un fait auffi extraordinaire que furprenant , & qui
fait voir que les Docteurs de
Egliſe Anglicane la défendront toûjours. Ce fait eft arrivé en preſence de la Reine , &
l'on pouroit dire en s'adreffant
à elle-même , puifqu'il parloit
à l'Auditoire dont cette PrinIi iij
378 MERCURE
ceffe étoit à la tête.
Mr Palmer ayant eſté nommé par l'Evêque de Londres
pour prêcher dans la Chapelle
de la Reine à Witchall , il obéït ; mais dans fon Sermon il
pria Dieu pour le Docteur Sacheverel commepour unhomme perfecuté , & comme la
Reine a donné ordre à l'Evêque de Londres de le fufpendre de fes fonctions ; ce procedé qui eſt auſſi hardy que
glorieux pour ce Predicateur ,
a efté fort applaudi des Anglicans , & l'on peut juger par là
des fuites que l'on doit crainK
GALANT 379
dre de cette affaire , & de la
combuftion où se trouve toute la Nation Angloiſe , qui
penfera moins à l'avenir aux
affaires du dehors qu'à celles du
dedans , tous les chaftimens
n'ayant fait que l'aigrir , &
chacun ne fongeant plus qu'à
la défenfe de fa caufe, & à fa
défenſe même.
Enfin pour mieux faire remarquer la fituation violente
oùfe trouvent les chofes , il me
fuffira de vous dire que l'on
prêche hautement dans Londres contre l'injuftice du Gou
vernement.
Affaires de l'Europe telles qu'el
les fe trouvent dans le moment
que je vous écris. Je dis dans le
moment que je vous écris , car
il pourroit y avoir du changement dans le temps que vous
recevrez ma Lettre.
TITIT
ยม
SEm.
il
elt
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una
efté
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35
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GALANT 35%
De quelque cofté que l'Em
pereur regarde fes Affaires , il
fe trouve fort embaraffé. Il eft
certain que fes Troupes ont
efté battues en plufieurs occafions par les Confederez
d'Hongrie , & qu'il a fait une
perte confiderable , qui a efté
fuivie de celle de l'Ile de Schut.
Ce font des faits conftants
dont les nouvelles publiques
imprimées chez les Alliez mêmes font mention. On doit
remarquer que l'Ifle de Schut,
n'eftant qu'à douze lieües de
Vienne , les Confederez peuvent faire des courfes juſqu'à
352 MERCURE
fes Porres , & que l'on n'en
fortir fans rifquer beau- peut
coup.
Les Cercles ne fe font pas
encore mis en devoir de lever
un fol, ni un homme pour tenir tefte à une Armée victoricufe & de prés de cinquante
millehommes que les François
ont du cofté du haut Rhin.
Cette Armée ne manque de
rien , ayant tiré les Contributions que les Allemans ont efté
obligez de luy payer moitié en
argent & moitié en grains.
L'Empereur ne peut efperer
aucunes Troupes de Danne-
GALANT 353
marck , & fur tout depuis la
derniere Bataille , ny d'aucun
autre cofté ; de maniere qu'il
fe trouve obligé de faire revenir d'Italie huit mille hömmes de fes meilleures Troupes,
qui ne fuffiront pas pour envoyer du cofte d'Hongrie &
du cofté du Rhin ; & ces Troupes , tirées d'Italie feront caufe
que Monfieur le Duc de Savoyenefera pas affez fort pour
mettre une Armée en Campagne. Joignez à cela qu'il luy
fera tres- difficile de tirer des
fubfides d'Angleterre , puis
qu'elle n'a pas tous les fonds
"Mars 1710. Gg
354 MERCURE
neceffaires pour faire la Campagne prochaine , & qu'il luy
fera abfolument impoffible de
rien tirer des Hollandois , qui
manquent encore beaucoup
plus d'argent , & des chofes
neceffaires pour faire la Campagne que les Anglois. Cefone
des faits connus, & publiezpar
eux-mêmes.
2
Quant à la France elle ne
manque point de Troupes , &
elles font invincibles lorfqu'elles font bien conduites. Ses
fonds feront plus que fuffifans
pout faire une gleufe Campagne. Le rachatla Paulet-
GALANT 355
de celuy de la Capitation
du Clergé , de plufieurs Affaires & de plufieurs autres
Particuliers qui ont laiffé en
mourant des fommes immenfes qui appartiennent au Roy,
& de fes revenus ordinaires qui
commencent à produire beaucoup , & qu'une grande recolte que le Ciel femble luy promettre , doit encore augmenter beaucoup , remettront fes
affaires dans une bonne fituation. Joignez à cela qu'elle
doit tirer une grande quantité
de bleds du Languedoc , que
la Bretagne luy en fournit tous
•
Gg ij
356 MERCURE
les jours ; qu'il en eſto venu
beaucoup du Levant ; qu'il en
vient encore tous les jours deo
ce cofté- là , & que tout celuy
du premier envoy que les Ge
nois devoient faire eft arrivé à
Marſeille , oùilyena quaranté
mille muids que l'on a com
mencé à fairevenir de ce coftécy, & dont une partie arrivera
inceffamment à Paris. Jenedis
rien de tous les fruits de la terre dont il paroift que nous de
vons avoir une abondante recolte. Toutes les Recrues des
Troupes font faites il ya déja
long temps , & lorfqu'il fera
GALANT 357
temps d'entrer en Campagne,
les Alliez connoîtront qu'ils
onc efté longtemps abufez fur
la veritable fituation de nos
affaires.
Il paroift qu'ils doivent peu
compter fur les Troupes Saxo
nes. Le Roy Auguſte , il eft
vray, cft retourné en Pologne;
mais comme les affaires de ce
Royaume font encore dans un
granddefordre , & que tous les
Partis ne luy font pas favorables , il a beſoin de Troupes
pour s'y maintenir , & moins
les Polonois veulent voir de
Saxons dans leurs Etats , plus
358 MERCURE
"
il y doit faire groffir le nombre de fes Troupes , fans lef
quelles il ne peut eftre bien af
fermi fur le Tiône. Enfin de
quelque cofté que l'on envifa
ge la fituation des Affaires , il
paroift que toutes les Puiffan
ces ont befoin de leurs Troum
pes , & que quand les Alliezauroient plus d'argent à leur don
ner qu'ils n'en ont en effet , ils
ont trop befoin deleurs Trou.
pes pour les envoyer hors de
chez eux , & peut- cftre , comme nous verrons dans la fuite,
les Augios feront- ils obligez
d'en referver beaucoup chez
GALANT 359
eux , puifqu'il eft impoffible
que le feu de la divifion quis'y
eft mis , puiffe eftre ftoft
éteint , & qu'il le puiffe même
eftre qu'en apparence , car les
divifions caufées par des affaires de Religion finiffent rarement ; & lors qu'on les croit
finies , elles ne font qu'affoupics , & font toûjours prêtes à
reprendre feu. A l'égard des Affaires d'El
pagne , elles fe trouvent, aujourd'huy dans une fi heureufe fituation qu'elle eft en état
de fe procurer feule fa gloire
& fon bonheur fans rien de-
360 MERCURE
voir à perfonne , & de maintenir fur fes Trônes le Monarqueà qui ils appartiennentlegitiment ; qu'elle a reconnu avec
joye , & audevant duquel elle a
envoyé avec unempreffement
remplyd'allegreffe ; de maniere
qu'elle n'auroir pas fait autre
ment quand elle l'auroit ellement choifi. Et en effet c'étoit
le choifir que de reconnoître
fesdroits fondez fur la nature
& declarez juftes par fon dernier Monarque mourant , &
en prefence de fon Dieu , ce
qu'il n'auroit pas fait s'il avoit
ctû le contraire dans le moment
GALANT 361
ment qu'il eftoit preft de luy
aller rendre compte de fes actions , &fes droits font fi vifi;
bles & fi inconteſtables , que
toutes les Puiffances de l'Europe qui les luy diſputent aujourd'huy , les ont non feulementreconnus , mais ont même efté jufqu'à Madrid l'affurer de cette reconnoiſſance , &
ont demeuré à fa Cour, foit
en qualité d'Ambaffadeurs ,
foit en qualité d'Envoyez pour
yrefider. De maniere quetoutes les Puiffances qui font liguées aujourd huy contre luy,
excepté la Maifon d'Autriche
Mars 1710.
.Hh
362 MERCURE
fur
qui ne veut pas reconnoître
fon droit , n'ont des rai- que
fons politiques pour le faire
defcendre d'un Trône auquel
tant d'autres font unis , & qui
luy appartient legitimement.
Leurs raifons font fi foibles ,
que n'eftint fondées que
la politique, &non fur le droit,
ils fe font laffez d'en parler, ou
plûtôt ils en ont eu honte.
Ainfi il n'eft plus queftion parmy les Alliez pour détrôner
Philippes V. d'autres raifons ,
que de raifons de bien-ſeance;
& c'eft pourquoy le Ciel qui
n'approuve pas ces raifons , a
GALANT 363
toûjours protegé fi vifiblement cette Couronne , & la
protege encore contre toutes
les Puiffances liguées qui l'attaquent , & que les feuls Elpagnols ont entrepris de défendre aux dépens de tout leur
fang & de tout leur bien. Ils
font charmez de la juftice
de l'efprit , de la valeur &
de la douceur du Monarque
qui les gouverne , & de la Reine fon époufe en qui toutes
les vertus abondent , & qui en
plufieurs occafions a fait voir
le cœur d'une veritable Amazone, & qui feroit digne de
Hhij
364 MERCURE
commander fi , ayant dit que
l'occafion s'en prefentoit , elle
iroit à la tefte de l'Armée avec
le Prince fon fils ; qui ne fait
pas plus de dépenfe qu'une
Dame particuliere , & qui envoye chaque jour à la Caiſſe
Militaire tout ce qu'elle reçoit
pour fon entretien , fuivant la
grandeur de fon rang. Enfin
il paroît que le Ciel a beny
cette Monarchie , & le Roy &
la Reine d'Efpagne , puifqu'il
leur a donné un fucceffeur , la
feule chofe qu'il pouvoit leur
manquer. Ils ont le plaifir de
voir aujourd'huy ſous les ar-
GALANT 365
més , pour maintenir leurs
droits , toute l'Efpagne ; c'eftà-dire , un monde entier , fans
avoir befoin d'aucun fecours
étranger. L'argent ne leur manque point non plus que les
hommes. Tous les Royaumes
leur donnent gratuitement
tout ce qui fe trouvent chez
eux , les uns des Chevaux ,
les autres des Vivres , & le
Clergé , même leur a offert
toute l'Argenterie de leurs Eglifes qui eft nombreuſe en Efpagne , ce qu'ils n'accepteront
qu'en cas qu'ils en ayent un
preffant befoin , ce qui n'arriHhv
366 MERCURE
vera pas pendant le cours de la
Campagne qui va commencer;
de forte qu'ils pourront garder
cette reffource pour une autre
Campagne, ainfi que l'argent
de la florte du Mexique qui
vient d'arriver à Cadix , fans
les grandes fommes qui peuvent continuellement arriver
du Perou, d'où ils peuvent toû
jours en attendre , & que l'on
ne manquera pas de leur envoyer pour foûtenir la gloire
d'une Nation qui va feule fe
défendre glorieuſement contre un Monde d'Ennemis. La
fituation des affaires eft telle ,
9
GALANT 367
que les Alliez ne pouvant envoyer contre l'Espagne des
Troupes que par Mer , toute
l'Europe s'épuiferoit d'hommes avant que de pouvoir former en Espagne une Armée
qui fut à beaucoup prés capable de tenir tefte aux fidelles
Efpagnols , parce que le trajet
feroit périr beaucoup d'hommes & de chevaux , à caufe des
maladies que l'air de la Mer
caufe parmy les Troupes de
tranfport qui ne font pas accoûtumées à faire un long féjour fur Mer , & de la mortalité qu'il caufe parmy les Che
368 MERCURE
;
vaux , joint à ce que les tempêtes fontperir de Vaiffeaux
& par confequent d'hommes
& de chevaux , & que l'air du
Pays atoûjours fait auffi mourir beaucoup de ceux qui yfont
arrivez à bon port ; en forte
que par les calculs que l'on a
fouvent faits , on a trouvé que
de toutes les troupes qu'on envoyoit par Mer en Espagne &
en Portugal , le cinquième
homme pouvoit à peine être
en état de rendre fervice.
Quand aprés tant de pertes
&de dépenfes , les Alliez pourroient former une Armée ca-
GALANT 369
pable de faire quelque tentative , il luy feroit abfolument
impoffible de conquerir tous
les Royaumes d'Espagne les
uns aprés les autres , & avant
que d'avoir pû emporter quelques Places , ces troupes feroient tellement diminuées que
les Alliez feroient obligez à
recommencer les mêmes dépenfes , & à faire les mêmes.
efforts ; de forte qu'aprés quelque temps toutes leurs forces
periroient , & qu'ils ne pou
roient continuer à faire des
levées qui n'auroient pas un
meilleur fuccés. Ainfil'on peut
370 MERCURE
dire que l'Espagne eft prefentement comme un rocher au
milieu de la Mer , contre lequeltous les Vaiffeaux qui en
approcheroient fe briferoient.
Je reviens à ce qui regarde
l'affaire du Docteur Sacheverel dont je vous ay déja parlé.
Il eft impoffible , tant que la
face des affaires , & la face du
Gouvernement ne feront pas
changées , que l'Angleterre ,
&fur tout la Ville de Londres
ne s'en reffentent , & que
plus grande partie des Troupes de l'un & de l'autre Parti
puiffent abandonner Londres
la
GALANT 371
1
fans craindre que leur party
foit infulté , ce quifera grand
tort aux Affaires du Royaumedans la fituation où elles fe
trouvent aujourd'huy, puifque,
de la maniereque tournent les
Affaires , les Alliez doivent avoir befoin de Troupes Angloifes , &fur tout s'il arrive ,
comme il s'y trouve beaucoup
d'apparence que les Troupes
Danoifes , celle du Roy Augufte , & celles de l'Electeur de
Brandebourg en foient rappellées. Ce qui donne lieu
de le craindre , eft que ces
Puiffances ayant engagé pour
372 MERCURE
leurs propres intereft le Roy
de Dannemarck d'attaquer le
Royde Suede , elles fe trouvent
engagées à foûtenir S. M. D.
pour nela pas laiffer périr , &
que d'ailleurs fi elles l'abandonnent , le Roy de Suede avançant toûjours , & fe faifant
jour par tout , pouroit encore
s'agrandir , & leur tailler bien
de la befogne. Et ainfi les Allicz qui fouffrent de tant de
manieres en Flandre auroient
bien de la peine à y continuer
guerre, ou pour mieux dire
nel'y pouroient foûtenir. Ainfila Cour d'Angleterre doit de
plus
la
GALANT 373
plus en plus ouvrir lesyeux fur
la faute qu'elle a faite en attaquant le Docteur Sacheverel.
Tous ceux dont on a pillé les
Temples auront raiſon auffibien que les Anglicans , de ne
pas envoyer hors du Royaume
les Troupes de leur Religion
& fi les premiers ont cité infultez ils n'en doivent accufer
que ceux qui gouvernent en
Angleterre qui auroient pû
feindre de n'avoir pas remarqué ce que le Docteur Sacheverel avoit prêché,puifqu'il n'a
fait que parler pour la Religion dominante du Pays , &
Mars 1710. I i
374 MERCURE
établie par les Loix , & que les
autres ne font que tollerées
pour les interefts de la Reine ,
& par une politique dont je
vous ay fouvent parlé , & que
je vous ay amplement expli
quée.
La Caufe du Docteur Sacheverel eft fi jufte que fes Avocats le jour qu'ils commencerent à répondre à fes accufations , ne firent autre chofe que
lire des Homelies , des Sermons , & d'autres ouvrages
qui enfeignent la même Doctrine qu'il a prêchée & qui elt
autorisée par les Livres ap-
GALANT 375
prouvez par le Parlement
Le Chevalier Harcourt plaidant en faveur de ce Docteur
fur le premier Chef d'accufation , dit entre autres chofes ,
que le Docteur Sacheverel n'avoit rien avancé contre la revolution , & que s'il avoit toûjours foûtenu la Doctrine de
l'obéïffance paffive , il avoit une foule de garents & d'autoritez parmy les fameux Docteurs de l'Eglife Anglicane ,
tant morts que vivants , & entr'autres plus de vingt Archevêques ou Evêques , dont quelques-uns étoient là pour le ju
Ii ij
376 MERCURE
ger , & dans les Sermons ou
certe Doctrine étoit maintenuë , quiavoient eftéimprimez
par ordre exprés de S. M. ou
de la Chambredes Pairs.
Le lendemain les quatre Avocats du Docteur Sacheverel
produifirent un figrand nombre de preuves pour la Doctrine de l'obéillance paffive ,
que cela occupa la Cour depuis onze heures du matin juf
qu'à fix heures du ſoir.
Les accufations faites contre le Docteur Sacheverelfont
fi criantes , & ont tellement
irrité tous les Anglicans , que
GALANT 377
2
nonobſtant les pourſuites qu'2
ils ont vû faire contre ce Docteur , ils font prefts de l'imiter
en tout ce qui regardera leur
Miniftere lorfqu'ils fe trouveront en pareilles occafions fans
craindre d'encourir la difgrace
de la Cour , & il eft arrivé làdeffus un fait auffi extraordinaire que furprenant , & qui
fait voir que les Docteurs de
Egliſe Anglicane la défendront toûjours. Ce fait eft arrivé en preſence de la Reine , &
l'on pouroit dire en s'adreffant
à elle-même , puifqu'il parloit
à l'Auditoire dont cette PrinIi iij
378 MERCURE
ceffe étoit à la tête.
Mr Palmer ayant eſté nommé par l'Evêque de Londres
pour prêcher dans la Chapelle
de la Reine à Witchall , il obéït ; mais dans fon Sermon il
pria Dieu pour le Docteur Sacheverel commepour unhomme perfecuté , & comme la
Reine a donné ordre à l'Evêque de Londres de le fufpendre de fes fonctions ; ce procedé qui eſt auſſi hardy que
glorieux pour ce Predicateur ,
a efté fort applaudi des Anglicans , & l'on peut juger par là
des fuites que l'on doit crainK
GALANT 379
dre de cette affaire , & de la
combuftion où se trouve toute la Nation Angloiſe , qui
penfera moins à l'avenir aux
affaires du dehors qu'à celles du
dedans , tous les chaftimens
n'ayant fait que l'aigrir , &
chacun ne fongeant plus qu'à
la défenfe de fa caufe, & à fa
défenſe même.
Enfin pour mieux faire remarquer la fituation violente
oùfe trouvent les chofes , il me
fuffira de vous dire que l'on
prêche hautement dans Londres contre l'injuftice du Gou
vernement.
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Résumé : Situation des Affaires de l'Europe, [titre d'après la table]
En mars 1710, la situation politique et militaire en Europe est marquée par des difficultés pour l'Empereur. Ses troupes ont subi plusieurs défaites, notamment en Hongrie et à l'île de Schut, près de Vienne. Les cercles impériaux n'ont pas encore mobilisé de fonds ou de soldats pour affronter l'armée française victorieuse près du Rhin. L'Empereur ne peut compter sur des renforts du Danemark ou d'autres alliés et doit rapatrier des troupes d'Italie, affaiblissant ainsi la défense en Savoie. Les finances de l'Angleterre et des Pays-Bas sont également insuffisantes pour soutenir une campagne. En revanche, la France dispose de troupes nombreuses et bien équipées, avec des fonds suffisants grâce à divers rachats et revenus royaux. Les récoltes abondantes et les importations de blé assurent une bonne situation alimentaire. Les recrues sont prêtes et les alliés sous-estiment la véritable situation des affaires françaises. Les troupes saxonnes sont nécessaires en Pologne pour maintenir le roi Auguste face à l'opposition locale. Toutes les puissances européennes ont besoin de leurs troupes et les alliés, malgré leurs ressources financières, manquent de soldats à envoyer à l'extérieur. En Espagne, la situation est favorable au roi Philippe V, légitimement reconnu et soutenu par les Espagnols, qui fournissent volontairement hommes et ressources. Les alliés ne peuvent envoyer des troupes par mer sans subir de lourdes pertes, comparant la situation en Espagne à un rocher imprenable. En Angleterre, l'affaire du Docteur Sacheverell, dont les prédications ont causé des tensions, est un point crucial. Le Chevalier Harcourt, chef d'accusation contre Sacheverell, a affirmé que ce dernier n'avait jamais contesté la révolution et soutenait la doctrine de l'obéissance passive, partagée par de nombreux docteurs de l'Église Anglicane. Les sermons de ces autorités, imprimés par ordre du roi ou de la Chambre des Pairs, maintenaient cette doctrine. Les accusations ont suscité une forte réaction parmi les Anglicans, prêts à imiter Sacheverell malgré les poursuites. Un fait notable est survenu en présence de la reine : Mr Palmer, nommé par l'évêque de Londres pour prêcher à la chapelle de la reine, a prié pour Sacheverell comme pour un homme persécuté, acte applaudi par les Anglicans. La situation est tendue, avec des prêches contre l'injustice du gouvernement à Londres, la nation étant plus préoccupée par les affaires intérieures que par les affaires extérieures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 51-55
EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
Début :
MONSIEUR, Quelle obligation n'avons-vous pas à nostre grand [...]
Mots clefs :
Gouverneur, Martinique, Monarque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
EXTRAIT
d'un ComplimentproflancedlaMartmique
àMrdePhelypeaux.
MONSIEURY
Quelle obligation n'avons-
nous;pas à nostre
grand Monarquequi malgré
tant d'affaires qui sembloient
occuper toute sa
pnidence& son courage
pour soutenir son Royaume
contre l'envie de la
pluspart des Princes de
l'Europe, n'oublie cependant
pas les peuples qu'il a
loin de ses yeux, & leur
donne des marques de son
attention pour leur bonheur,
& a leur fureté en
vous choisissant pour son
Gouverneur general dans
UUEC partie dç l'Arnerique
qu'il possede.
Quel plaisir pour nous
de remarquer que le Roy.
regarde les Isles quoyqu'éloignées
de luy par cette
vaste étendue de mer ,
comme ua membre inseparable
de sa Monarchie,
puisqu'il nous donne un
Gouverneurd'un nom par
lequel non-seulement nostre
Nouvelle France se
soutient depuis si longtemps
,
mais encore qui
luy est si utile dans le coeur
de son Royaume où nous
le voyons remplir & la premiere
Charge de la Couronne
dans la personne de
l'auguste Chancelier
,
&
les grands travaux du ministere
dans ce' le de t'itiustre
Secretaire d'Estat de la
Marine, & enfin les premiersemploisdela
Guerre
&: du Conseil d'ilftat qui
sont réünis en vous.
Ce nom si connu si respecté,
si cheri, nousest un
gage du bonheur que nous
allons gouster. L es Loix la Police, le , COlnnlerce,
ôc la tranquillité vont fleurir
parmy nous, Se nous
aurons la consolation de
rendre long-temps des graces
singulieres au Seigneur
pqouu'ilr les longues années donnera au grand
Monarque,au grand Ministre,
Se àl'illustre Gouverneur,
qui daignent nous
proteger.
d'un ComplimentproflancedlaMartmique
àMrdePhelypeaux.
MONSIEURY
Quelle obligation n'avons-
nous;pas à nostre
grand Monarquequi malgré
tant d'affaires qui sembloient
occuper toute sa
pnidence& son courage
pour soutenir son Royaume
contre l'envie de la
pluspart des Princes de
l'Europe, n'oublie cependant
pas les peuples qu'il a
loin de ses yeux, & leur
donne des marques de son
attention pour leur bonheur,
& a leur fureté en
vous choisissant pour son
Gouverneur general dans
UUEC partie dç l'Arnerique
qu'il possede.
Quel plaisir pour nous
de remarquer que le Roy.
regarde les Isles quoyqu'éloignées
de luy par cette
vaste étendue de mer ,
comme ua membre inseparable
de sa Monarchie,
puisqu'il nous donne un
Gouverneurd'un nom par
lequel non-seulement nostre
Nouvelle France se
soutient depuis si longtemps
,
mais encore qui
luy est si utile dans le coeur
de son Royaume où nous
le voyons remplir & la premiere
Charge de la Couronne
dans la personne de
l'auguste Chancelier
,
&
les grands travaux du ministere
dans ce' le de t'itiustre
Secretaire d'Estat de la
Marine, & enfin les premiersemploisdela
Guerre
&: du Conseil d'ilftat qui
sont réünis en vous.
Ce nom si connu si respecté,
si cheri, nousest un
gage du bonheur que nous
allons gouster. L es Loix la Police, le , COlnnlerce,
ôc la tranquillité vont fleurir
parmy nous, Se nous
aurons la consolation de
rendre long-temps des graces
singulieres au Seigneur
pqouu'ilr les longues années donnera au grand
Monarque,au grand Ministre,
Se àl'illustre Gouverneur,
qui daignent nous
proteger.
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Résumé : EXTRAIT d'un Compliment prononcé à la Martinique à Mr de Phelypeaux.
Le texte est un hommage à Monsieur de Phélypeaux, nouvellement nommé gouverneur général d'une partie de l'Amérique. L'auteur exprime sa gratitude envers le roi pour son attention envers les peuples éloignés, malgré les nombreuses affaires européennes. Le choix de Phélypeaux souligne l'importance des îles américaines pour la monarchie. Phélypeaux est reconnu pour ses multiples rôles prestigieux : chancelier, secrétaire d'État de la Marine, et haut fonctionnaire dans les domaines de la guerre et du Conseil d'État. Son nom inspire respect et confiance, promettant prospérité, justice et tranquillité. L'auteur espère que le roi, le ministre et le gouverneur bénéficieront de longues années pour continuer à protéger et à gouverner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 49-60
ODE SUR LA JUSTICE. A M. d'Argenson, Conseiller d'Etat.
Début :
Quelle est cette auguste Immortelle [...]
Mots clefs :
Justice, Mortels, Argenson, Maître, Monarque, Peuple, Vertus, Juste pouvoir, Zèle, Peindre
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA JUSTICE. A M. d'Argenson, Conseiller d'Etat.
ODE
SUR. LA JUSTICE.
A M.. d'Argenfin
,
Conseillet
d'Etat. QtJelle est cette auguste
Immortelle
Que je vois descendre des
Cieux?
Tout mon cœur s'enflâme
pour elle,
Sitôt qu'elle brille à mes
yeux.
N'en doutons pointy c'en:
la Justice
:
Mortels, que chacun obeisse
Elle vient nous donner des
des loix:
Oracle du Maître suprême,
L'enfer, la terre, le ciel
même, 1\
Tout doit reconnoître sa
VOIX
* Digne choix du plus digne
Maître
Qui jamais ait régné sur
nous,
D'Argenson,tusçaisla con- noître,
'Ce,te voix qui nous parle
à
tous.
Sur tes consèils elle preside;
Peut-on sans la prendre
pour guide
Discerner le mal & le bien?
C'est sur elle que tout se
sonde,
Et le premier trône du
monde -
N'a point de plus ferme
soûtien.
Le Maître à qui tout rend
hommage
Surl'équité fonde ses droits;
Louis est sa vivante image,
Qu'il soit le module des
Rois.
Long-temps cheri de laviCtoire
A-t-ilfaitconfiller sa gloire
Dans le vain nom de conquérant?
Non, ce qui le rend plus
auguste,
C'est qu'en lui le tirre de
juste
Confirme le titre de grand.
En vain un Monarque se
Rare
Que son pouvoir n'a point
,
.dcga!
; *
Desquesaninjusticeéclate
L'univers est son tribunal.
Il se voit contraint d'y repondre;
S'il s'égare jusqu'à confodre
L'innocent & le criminel
,
Le châtiment
,
la recompenle
Font de la main qui les diCpense
L'éloge ou l'opprobre éternel.
C'est peu que de sa loy suprême
On appelle au Maître des
Rois,
Il répond comme de luimême
Des Ministres dont il faitchoix.
C'est à
ces infaillibles marques
Que du plus sage des Monarques
Lajustice éclateànosyeux,
Il commet son peuple à ton
zele,
Et tu fais, ministre fidele,
La felicicé de ces lieux.
Ici ma voix est suspenduë,
J'ai trop de vertus à chanter,
Et ma recherche conson.
duë
Ne sçait à quel choix s'arreter.
Mais c'est trop garderle si..
;lence,
D'où vient que ma Musc
balance?
Mon choix nest-il pas deja
-
fait?
J'ai fîû d'abord me le préferire,
Et la justice peut suffire
A faire un Ministre parfais
O combien son amourt'enflâme!
Qu'il excite en toy de transports !
Ce feu rrop presle dans ton
ame
Cherche à se répandre au
dehors;
De là ce courroux qui c'a.-
nime
A la feule approche du crime:
L'épouvante fuit le respect,
Il n'estpoint de si fier coupable,
Quelque effort dont il soit
capable,
Qui ne pâlisse à
ton aspect.
Mais quel bonheur pour
l'innocence
>
Qui jamais ne t'implore en
vain!
Sur ton cœur qu'elle a
de
puissancei
Tu n'as plus qu'un aspect
serain:
Telsur les flots un prompt
orage
Couvrant le ciel d'un noir
nuage
> Contraint le jour à se cac
her;
Mais le pere de lalumiere
Reprend-il sa splendeur
premiere,
Il rend l'esperance au nocher.
-
Ainsi, favorable & severe,
Signalant unjuste pouvoir,
Tour à
tour de juge & de
pere
Tu remplis le double de- voir; Sourd à l'interêt, à la brigue
Perçant la plussecrete intrigue
Que l'impostiure ore tramer;
Tel enfin que j'ose te peindre,
Forçant les méchans à
te
craindre
x
Tu portes les bons à t'aimer.
Je n.o[e endire davantage,
Et si jachevoisle tableau,
Loin de m'accorder ton
suffrage,
Tu defàvoûrois mon pinceau :
Mais mon zele fût-il coupable,
Tu cefleroisd'être équitable,
Si tu ne t'en prenois qu'à
moy;
Ta vertu même en est complice.
J'ai voulu peindre la Justice,
Je ne lai pu que d'aprés
toy.
MlleBARBIER
SUR. LA JUSTICE.
A M.. d'Argenfin
,
Conseillet
d'Etat. QtJelle est cette auguste
Immortelle
Que je vois descendre des
Cieux?
Tout mon cœur s'enflâme
pour elle,
Sitôt qu'elle brille à mes
yeux.
N'en doutons pointy c'en:
la Justice
:
Mortels, que chacun obeisse
Elle vient nous donner des
des loix:
Oracle du Maître suprême,
L'enfer, la terre, le ciel
même, 1\
Tout doit reconnoître sa
VOIX
* Digne choix du plus digne
Maître
Qui jamais ait régné sur
nous,
D'Argenson,tusçaisla con- noître,
'Ce,te voix qui nous parle
à
tous.
Sur tes consèils elle preside;
Peut-on sans la prendre
pour guide
Discerner le mal & le bien?
C'est sur elle que tout se
sonde,
Et le premier trône du
monde -
N'a point de plus ferme
soûtien.
Le Maître à qui tout rend
hommage
Surl'équité fonde ses droits;
Louis est sa vivante image,
Qu'il soit le module des
Rois.
Long-temps cheri de laviCtoire
A-t-ilfaitconfiller sa gloire
Dans le vain nom de conquérant?
Non, ce qui le rend plus
auguste,
C'est qu'en lui le tirre de
juste
Confirme le titre de grand.
En vain un Monarque se
Rare
Que son pouvoir n'a point
,
.dcga!
; *
Desquesaninjusticeéclate
L'univers est son tribunal.
Il se voit contraint d'y repondre;
S'il s'égare jusqu'à confodre
L'innocent & le criminel
,
Le châtiment
,
la recompenle
Font de la main qui les diCpense
L'éloge ou l'opprobre éternel.
C'est peu que de sa loy suprême
On appelle au Maître des
Rois,
Il répond comme de luimême
Des Ministres dont il faitchoix.
C'est à
ces infaillibles marques
Que du plus sage des Monarques
Lajustice éclateànosyeux,
Il commet son peuple à ton
zele,
Et tu fais, ministre fidele,
La felicicé de ces lieux.
Ici ma voix est suspenduë,
J'ai trop de vertus à chanter,
Et ma recherche conson.
duë
Ne sçait à quel choix s'arreter.
Mais c'est trop garderle si..
;lence,
D'où vient que ma Musc
balance?
Mon choix nest-il pas deja
-
fait?
J'ai fîû d'abord me le préferire,
Et la justice peut suffire
A faire un Ministre parfais
O combien son amourt'enflâme!
Qu'il excite en toy de transports !
Ce feu rrop presle dans ton
ame
Cherche à se répandre au
dehors;
De là ce courroux qui c'a.-
nime
A la feule approche du crime:
L'épouvante fuit le respect,
Il n'estpoint de si fier coupable,
Quelque effort dont il soit
capable,
Qui ne pâlisse à
ton aspect.
Mais quel bonheur pour
l'innocence
>
Qui jamais ne t'implore en
vain!
Sur ton cœur qu'elle a
de
puissancei
Tu n'as plus qu'un aspect
serain:
Telsur les flots un prompt
orage
Couvrant le ciel d'un noir
nuage
> Contraint le jour à se cac
her;
Mais le pere de lalumiere
Reprend-il sa splendeur
premiere,
Il rend l'esperance au nocher.
-
Ainsi, favorable & severe,
Signalant unjuste pouvoir,
Tour à
tour de juge & de
pere
Tu remplis le double de- voir; Sourd à l'interêt, à la brigue
Perçant la plussecrete intrigue
Que l'impostiure ore tramer;
Tel enfin que j'ose te peindre,
Forçant les méchans à
te
craindre
x
Tu portes les bons à t'aimer.
Je n.o[e endire davantage,
Et si jachevoisle tableau,
Loin de m'accorder ton
suffrage,
Tu defàvoûrois mon pinceau :
Mais mon zele fût-il coupable,
Tu cefleroisd'être équitable,
Si tu ne t'en prenois qu'à
moy;
Ta vertu même en est complice.
J'ai voulu peindre la Justice,
Je ne lai pu que d'aprés
toy.
MlleBARBIER
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Résumé : ODE SUR LA JUSTICE. A M. d'Argenson, Conseiller d'Etat.
L'ode 'Sur la Justice' est dédiée à M. d'Argenfon, Conseiller d'État. Elle célèbre la justice comme une force divine et immortelle, descendue des cieux, qui guide les hommes à distinguer le bien du mal et fonde les lois. La justice est l'oracle du Maître suprême, reconnue par l'enfer, la terre et le ciel. Le roi Louis est loué pour incarner la justice non par ses conquêtes, mais par son titre de juste. Tout monarque doit rendre des comptes à l'univers en cas d'injustices. La justice dirige également les ministres choisis par le roi. Le poète exprime son admiration pour la justice, qui inspire respect et crainte, comparée à un orage apportant l'espoir après la tempête. Elle est à la fois sévère et favorable, capable de percer les intrigues secrètes et de forcer les méchants à la craindre tout en inspirant l'amour des bons. Le poète conclut en affirmant que sa description de la justice est inspirée par les vertus de M. d'Argenfon, qu'il considère comme l'incarnation de la justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 90-96
COMPLIMENT A son Altesse Electorale Monseigneur le Duc de Baviere. Par le Curé de Surêne & de Putaux, le 7. Mars 1713.
Début :
MONSEIGNEUR, Un juste empressement attire devant Vôtre Altesse Electorale un [...]
Mots clefs :
Altesse, Curé, Pasteur, Paroisse, Monarque, Sanctuaire
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT A son Altesse Electorale Monseigneur le Duc de Baviere. Par le Curé de Surêne & de Putaux, le 7. Mars 1713.
COMPLIMENT
A Son Altesse Electorale
Monseigneur le Duc
de Baviere.
Par le Curé de Surêne & de
Putaux, le 7. Mars I7I3.
MONSEIGNEUR,
Un juste empressement
attire devant Vôtre Altesse
Electorale un foible Clergé
,
accompagné de la Justice,&
des principauxChefs
d'une Communeassez nombreuse
: mais c'est moins
ici une specieuse offrande
de nos profonds respects,
qu'un sincere hommage
de nos coeurs; &, si je
l'ose dire,un pur mouvement
de nôtre amour propre.
Quel ravissement pour
le Pasteur en particulier,
de revoir aujourd'hui de
si prés, & dans sa Parois.
se,un Souverain qu'il eut
autrefois le plaisir de considerer
dans toute la splendeur
de son Empire! Quelle
allegresse pour Is troupeau
en général
,
de posseder
dans ce petit coin
de la terre un Heros donc
le nom precieux remplit
l'univers! Quel charme enfin
pour ce village, de parrager
avec les premieres
villes du Royaume les delices
d'une presencequ'-
elles se disputent à l'envie !
Quel astre favorable vient
nous éclairer! Quelle heureuse
destinée se declare
pour nous! Pourrons-nous
assez nous en feliciter?
Dure long-temps un bonheur
sidesiré, & si chéri;
dût- il nous faire une infinité
de jaloux, jamais nous
ne nous lasserions de contempler
un Prince qui se
retrace dans les nôtres par
la vive impressiondeson
genereux sang, qui coule
dans leurs veines; jamais
nous ne cesserions
d'admirer en son auguste
personne ces riches quaticez
des plus belles ames valeur, magnificence,,
bonté, religion; en un
mot ces nobles caracteres
, & ces dignes vertus
de vrais Souverains: car
en quel autre voit-on briller
plus de majesté > Mais
quelle que soit l'ardeur de
nos souhaits, pour joüir
encore plus long-temps
d'un si doux spectacle,
c'est un bien precieux que
nous va ravir la paix, que
s'efforce de rendre à l'Europe
le puissant Monarque
qui nous gouverne.
Au milieu de tant d'interêts
divers, qu'il regle
au poids du Sanctuaire, il
n'oublie pas sans doute ce
qu'il doit à les meilleurs
amis, à ses plus fideles alliez;
leurs droits lui sont
aussi sacrez, aussî sensibles,
ou plus chers que
les siens; & par quels EC.
tats , par quelles Couron.
nes même son grand coeur
ne voudroit-il pas payer
l'inviolable attachement
d'un Heros qui a tout sacrisié
à la justice de la bonne
cause ?
A Son Altesse Electorale
Monseigneur le Duc
de Baviere.
Par le Curé de Surêne & de
Putaux, le 7. Mars I7I3.
MONSEIGNEUR,
Un juste empressement
attire devant Vôtre Altesse
Electorale un foible Clergé
,
accompagné de la Justice,&
des principauxChefs
d'une Communeassez nombreuse
: mais c'est moins
ici une specieuse offrande
de nos profonds respects,
qu'un sincere hommage
de nos coeurs; &, si je
l'ose dire,un pur mouvement
de nôtre amour propre.
Quel ravissement pour
le Pasteur en particulier,
de revoir aujourd'hui de
si prés, & dans sa Parois.
se,un Souverain qu'il eut
autrefois le plaisir de considerer
dans toute la splendeur
de son Empire! Quelle
allegresse pour Is troupeau
en général
,
de posseder
dans ce petit coin
de la terre un Heros donc
le nom precieux remplit
l'univers! Quel charme enfin
pour ce village, de parrager
avec les premieres
villes du Royaume les delices
d'une presencequ'-
elles se disputent à l'envie !
Quel astre favorable vient
nous éclairer! Quelle heureuse
destinée se declare
pour nous! Pourrons-nous
assez nous en feliciter?
Dure long-temps un bonheur
sidesiré, & si chéri;
dût- il nous faire une infinité
de jaloux, jamais nous
ne nous lasserions de contempler
un Prince qui se
retrace dans les nôtres par
la vive impressiondeson
genereux sang, qui coule
dans leurs veines; jamais
nous ne cesserions
d'admirer en son auguste
personne ces riches quaticez
des plus belles ames valeur, magnificence,,
bonté, religion; en un
mot ces nobles caracteres
, & ces dignes vertus
de vrais Souverains: car
en quel autre voit-on briller
plus de majesté > Mais
quelle que soit l'ardeur de
nos souhaits, pour joüir
encore plus long-temps
d'un si doux spectacle,
c'est un bien precieux que
nous va ravir la paix, que
s'efforce de rendre à l'Europe
le puissant Monarque
qui nous gouverne.
Au milieu de tant d'interêts
divers, qu'il regle
au poids du Sanctuaire, il
n'oublie pas sans doute ce
qu'il doit à les meilleurs
amis, à ses plus fideles alliez;
leurs droits lui sont
aussi sacrez, aussî sensibles,
ou plus chers que
les siens; & par quels EC.
tats , par quelles Couron.
nes même son grand coeur
ne voudroit-il pas payer
l'inviolable attachement
d'un Heros qui a tout sacrisié
à la justice de la bonne
cause ?
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Résumé : COMPLIMENT A son Altesse Electorale Monseigneur le Duc de Baviere. Par le Curé de Surêne & de Putaux, le 7. Mars 1713.
Le 7 mars 1713, le curé de Surêne et de Putaux adresse un compliment à Son Altesse Électorale, Monseigneur le Duc de Bavière, exprimant la joie et l'honneur de le revoir dans leur paroisse. Les habitants manifestent une grande admiration et un profond respect envers le duc, qu'ils considèrent comme un héros célèbre dans le monde entier. Le curé loue les qualités du duc, notamment sa valeur, sa magnificence, sa bonté et sa piété, le qualifiant de véritable souverain. Il souligne que la présence du duc est une bénédiction pour le village. Cependant, il mentionne que la paix que le monarque s'efforce de rétablir en Europe mettra fin à cette visite. Malgré cela, le curé espère que le duc se souviendra de l'attachement et de la fidélité de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 139-150
ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
Début :
Toy qui fis retentir le monde [...]
Mots clefs :
Paix, Roi, Monarque, Héros, Louis, Prince, Grand monarque, Bruit, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
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Résumé : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
L'ode célèbre les exploits du roi et la reconnaissance de la France pour la paix rétablie. Le poète invoque les muses pour louer le roi, soulignant que ses mérites dépassent ses victoires militaires. Il compare favorablement le roi à Alexandre le Grand, car il utilise sa puissance pour le bien-être de son peuple plutôt que pour la guerre. Le texte critique les princes cherchant uniquement la gloire militaire au détriment de leur peuple, les qualifiant de tyrans. Il loue les vertus du roi, sa sagesse et sa justice, ainsi que sa force militaire. La paix est présentée comme le couronnement de ses exploits, apportant joie et réunification des familles. Le poème se conclut par un vœu pour une longue vie au roi, entourée de paix et de bienfaits pour son peuple.
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42
p. 81-89
La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
Début :
Aux yeux de l'ignorant vulgaire [...]
Mots clefs :
Vertu, Noblesse, Prince, Monarque
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texteReconnaissance textuelle : La veritable Noblesse consiste dans la vertu. ODE.
La veritable Nobleße confifte
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
dans la vertu .
ODE.
Aux yeux de l'ignorant vulgaire
Soyez le plus heureux mortel
Quelefort s'attache àvous plaire
Habitez un fuperbe Hoſtel
Ayz un nombreux Domestique ,
Brillezpar un train magnifique ,
Etpar desfomptueux repas ,
Fuffiez- vous du fang des Monarques,
Vous croirai je noble à ces marques
?
82 MERCURE
Non , cefaste ne ſuffitpas.
N'enviſageons point la Nobleffe
Par tous ces dehorsſpecieux :
Méprisons-lesfilaſageſſe
N'y jointſes trésors precieux.
Cefameux Roide laJudée
N'eutétéqu'un Prince en idée
Sans cet inestimable bien :
A- t-ilperdu ce bien (upreme!
Tout l'éclat defon Diademe
Nedoit être compté pour rien.
Prudent , égal , doux , charitable
,
Fidele obfervateur des loix,
GALANT 83
Toûjours droit , toûjours équitable
Au deſſus de tous vos emplois :
Pour les Saints Autels plein de
zele,
Courant où l'honneur vous appele,
Vainqueurdes trompeuſes Circés :
Fier au combat , ailleurs modefte,
Ah ! vous êtes Noblede reſte ,
Vousſeul , vous , vous ennobliffés.
Mais vous , qui , s'il faut
vous en croire
Descendez d'un illustrefang,
84 MERCURE
Pour en retirer quelque gloire ,
Soyez digne de vôtre rang
C'eſten vainque l'orguëil étale
Au tourdes murs de vôtre Sale
Les vieuxportraitsde vos Ayeux,
Si leur memoire reverée
Par vos vices deshonorée
Vous rend roturier à nosyeux.
ॐ
Quoi ! parmi ces grands perfonnages
Je vous voifierementplacé,
Vous dont les moeurs font tant
d'outrages
1
Au beau nom qu'ils vous ont
laiffé
Que veut dire cette cuiraffe
GALANT. 85
1
:
Que le vaillant Dieu de la Thrace
Jamais ne vous a vû porter ?
Qu'un prompt pinceau vous en
depoüille ,
Etqu'il vous mette la quenoüille,
Qu'Omphale vient vous prefen-
1
ter?
ॐ
Ce n'est point ausein des delices
Quesefontformez ces Heros :
C'estàde rudes exercices a
Qu'est dû le fruit de leurs travaux
:
Ennemis de toute moleffe ,
Vrais amateurs de laſageſſe
Prudens Magistrats , grands
Guerriers :
46 MERCURE
Les uns l'honneur de leur Province
,
Les autres l'appui de leur Prince ,
Ils ontjoint l'olive aux lauriers.
ॐ
Mais quelsfont vos exploits
deguerre ?
Par quel endroit vousloûronsnous?
Surquelle mer , dans quelle terre,
Avez- vous fait parler de vous ?
parler de vous
Vous gardez un honteuxfilence :
Pourquoi donc avec infolence
Vous vanterdes hautsfaits d'autrui!
Voulez- vous qu'en vous je revere
Les vertus d'un Ayeul d'unpere,
1
GALANT. 87
Tel qu'eux montrez vous aujourd'huy
?
La g'oire brille d'avantage
Quanddupere ellepaffe aufils ;
Mais ce n'estpoint un heritage,
Denosfueurs elle est le prix :
Noble objet des coeurs magnanimes,
Element des eſpritsfublimes ,
Rayon de lafplendeur des Cieux,
Elle est l'immortel : Couronne
Qu'àses amis la vertu donne,
Et qui les place au rang des
Dieux.
ॐ
Loin d'elle ces ames hautaines ,
87 MERCURE
Quefeduit leur propre fierté;
Etqui , fans merite , font waines
D'unfantôme de qualité:
Loin ces hommes dontles richeſſes
Sont l'inftrument de leursfoibleffes
:
Victimes deleurs paſſions :
Quele vin , la table abrutißent ;
Et qui leur nobleſſe aviliſſent
Parmille indignes actions.
ॐ
Tellequ'en la route azurée ,
Vertu , parois encesbas lieux ;
Etde tous tes attraits parée ,
Fais-les éclaterà nosyeux ,
Redui ces vains géans en poudre :
Pour
GALANT. 89
Pour eux ton aspectestunfoudre :
Sur leur frontſe peint la pafleur:
Privéz, de tes chaſtes delices
En proyeà l'horreurde leurs vices,
Ledeſeſpoirfuit leur douleur.
Fermer
43
p. 90-91
AUTRE.
Début :
Jamais ô grand Monarque, avec toy Mars ne . cloche, [...]
Mots clefs :
Mars, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Jamais ô grand Monarque , avec
toyMars ne cloche,
Il veut que tes laurierssurpasent
le sapin,
'g*Us triomphent par tout , en dépitdu vilain;
Avec Itty tu petts tout, tul'as toujours
en poche.
r.fllte d'arme aux combats, Nico.
lasprendsa , broche,
Et firrs se soucier de larder fin
Lapin,
Il emmene avecluyson Marmiton
Martin,
L'un & l'autre pour toy ,
surmontent
toute accroche.
Le François du combat revient toûjours
fanglanr,
Ilne cede jamais , c'estsonmoindre
talenr,
Ton nom,Louis
,
inspireunechaleur
divine.
Jamaissous tes drapeaux on nefut
malheureux
Tu charmes le Dieu Mars, tu le rends amoureux,
Et Bellone en t'aimant, ness point
une , coquine,
Jamais ô grand Monarque , avec
toyMars ne cloche,
Il veut que tes laurierssurpasent
le sapin,
'g*Us triomphent par tout , en dépitdu vilain;
Avec Itty tu petts tout, tul'as toujours
en poche.
r.fllte d'arme aux combats, Nico.
lasprendsa , broche,
Et firrs se soucier de larder fin
Lapin,
Il emmene avecluyson Marmiton
Martin,
L'un & l'autre pour toy ,
surmontent
toute accroche.
Le François du combat revient toûjours
fanglanr,
Ilne cede jamais , c'estsonmoindre
talenr,
Ton nom,Louis
,
inspireunechaleur
divine.
Jamaissous tes drapeaux on nefut
malheureux
Tu charmes le Dieu Mars, tu le rends amoureux,
Et Bellone en t'aimant, ness point
une , coquine,
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44
p. 14-22
ODE.
Début :
Quel malheur cause la tristesse, [...]
Mots clefs :
Prince, Héros, Ciel, Monarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE.
Quel malheur cauſe la triſteſſe,
Que j'apperçois de toutes parts ;
Peuples quelle douleur vous
preffe
Etpourquoy ces tristes regards ?
Mais malgré mon impatience
GALANT. IS
Vous gardez un morne filence ;
Ofort! o regretsfuperflus ;
Les grandes douleursfont muettes
Mais vos pleurs font vos interprêtes
,
Je les entens! Lovis n'est plus.
Ainsi cetAuguste Monarque
Deſes ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'immuable fatalité.
Ce Soleil finitfa carriere !
O toy qui reprensfa lumiere ,
Ciel ! nous imploronsſa bonté;
Mais déjasa mainfecourable
D'un nouvel aftre favorable
Fait luirefur nous la clarté.
ॐ
16 MERCURE
Que vois-je ! quel prodige en.
core
Paroift ! en croiray-je mesyeux?
La Divinité qu'on implore
Viendroit- elle habiter ces lieux?
Vois- je defcendre fur la Terre
La fille du Dieu du Tonnerre ,
Faut- il luy dreffer des Autels ?
N'en doutons plus ; deſaprefence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
ॐ
Comme l'on voit aprés l'orage
Les humains erransfur les flots
Découvrir enfin le rivage
Qui rend l'espoir aux matelots ;
Ainfi
GALANT. 17
&
Ainſi ſe diffipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros ;
Ferme appuy d'un peuple fidele
Pour récompenfe defon zele
Il va luy rendre le repos.
Les temps de Saturne & de
Rhee
Se renouvellent parſes ſoins ,
Déja Themis autorisée
Luy reprefente nos beſoins.
Il est touchéde nos allarmes
Sa main daigne effuyer nos larmes
Il previent, comble nos fouhaits ;
Qu'à jamais le Ciel qui l'anime,
Faße àce Heros magnanime
Octobre 1715 . B
18 MERCURE
11
Un fort digne de ſes bienfaits .
١٠
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats ,
On avûce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats ;
८ Et maintenant infatigable
Par un travail inexprimable
Il cherche un remede ànos maux,
Déja l'iniquité proſcrite ,
Les emplois donnez au merite ,
Illuftrentſes premiers travaux.
Parar une maxime maximeſiſage ,
Poup'es heureux vous recevez
L'infaillible &precieux gage
GALANT. 19
Des biens qui vous font refervez;
Voicy lafaiſon defirée
DeThemis , ainsique d' Aftrée ,
Lesfaints Autelsfont rétablis.
La valeurjointe à la prudence ,
Fontsous une augusteRegence ,
Fleurir le rejetton desLys.
*
Venez Rois , prenez le modele
Qui vous eft icy preſenté,
Du bonheur d'un peuple fidele
Faites voſtrefelicité?
Et vous puißances immortelles ,
S'il eft quelques graces nouvelles
Que vous referviezà nos voeux,
Que de ce Heros les années ,
Degloire &d'honneurs couronnées
Bij
20 MERCURE
1
S'étendent jusqu'à nos neveux.
Mais que fais- tu , Muse in
difcrete ?
Defifoibles expreffions
Ne font qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis unfujet moins fublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des efforts impuißans ;
Arrête, abandonne la Lire
Aux Auteursqu' Apollon inſpire;
Dis ,fi tu peux , ce quejefens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
GALANT. 21
Achanter fon nom ,ſes vertus ,
Meritez, s'ilsepeur , l'estime
D'un Prince plus grand que
Titus.
Tracez vous des routes nouvelles,
Le paſſfén'a plus de modeles
Si dignes de vous être offerts ;
Mais craignezle destin d'Icare?
Que d'Auteurs enſuivantPindare
Irontſe perdre dans les airs !
Prince que la France revere ,
Moins par lefang&le pouvoir,
Que par lefacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir.
22 MERCURE
Daignez excufer mon audace ,
Le respect dans mon coeur fais
place
Au zele que vous m'inſpirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes l'Image
,
Nos voeux neſont point rebutez.
Quel malheur cauſe la triſteſſe,
Que j'apperçois de toutes parts ;
Peuples quelle douleur vous
preffe
Etpourquoy ces tristes regards ?
Mais malgré mon impatience
GALANT. IS
Vous gardez un morne filence ;
Ofort! o regretsfuperflus ;
Les grandes douleursfont muettes
Mais vos pleurs font vos interprêtes
,
Je les entens! Lovis n'est plus.
Ainsi cetAuguste Monarque
Deſes ennemis redouté,
Subit des Arrests de la Parque
L'immuable fatalité.
Ce Soleil finitfa carriere !
O toy qui reprensfa lumiere ,
Ciel ! nous imploronsſa bonté;
Mais déjasa mainfecourable
D'un nouvel aftre favorable
Fait luirefur nous la clarté.
ॐ
16 MERCURE
Que vois-je ! quel prodige en.
core
Paroift ! en croiray-je mesyeux?
La Divinité qu'on implore
Viendroit- elle habiter ces lieux?
Vois- je defcendre fur la Terre
La fille du Dieu du Tonnerre ,
Faut- il luy dreffer des Autels ?
N'en doutons plus ; deſaprefence
Sous les traits du Regent de
France
Minerve honore les mortels.
ॐ
Comme l'on voit aprés l'orage
Les humains erransfur les flots
Découvrir enfin le rivage
Qui rend l'espoir aux matelots ;
Ainfi
GALANT. 17
&
Ainſi ſe diffipent les craintes
Dont nos ames estoient atteintes
Al'aspectde nostre Heros ;
Ferme appuy d'un peuple fidele
Pour récompenfe defon zele
Il va luy rendre le repos.
Les temps de Saturne & de
Rhee
Se renouvellent parſes ſoins ,
Déja Themis autorisée
Luy reprefente nos beſoins.
Il est touchéde nos allarmes
Sa main daigne effuyer nos larmes
Il previent, comble nos fouhaits ;
Qu'à jamais le Ciel qui l'anime,
Faße àce Heros magnanime
Octobre 1715 . B
18 MERCURE
11
Un fort digne de ſes bienfaits .
١٠
Tel que l'on nous dépeint Alcide
Terrible au milieu des combats ,
On avûce Prince intrepide
Etre l'exemple des Soldats ;
८ Et maintenant infatigable
Par un travail inexprimable
Il cherche un remede ànos maux,
Déja l'iniquité proſcrite ,
Les emplois donnez au merite ,
Illuftrentſes premiers travaux.
Parar une maxime maximeſiſage ,
Poup'es heureux vous recevez
L'infaillible &precieux gage
GALANT. 19
Des biens qui vous font refervez;
Voicy lafaiſon defirée
DeThemis , ainsique d' Aftrée ,
Lesfaints Autelsfont rétablis.
La valeurjointe à la prudence ,
Fontsous une augusteRegence ,
Fleurir le rejetton desLys.
*
Venez Rois , prenez le modele
Qui vous eft icy preſenté,
Du bonheur d'un peuple fidele
Faites voſtrefelicité?
Et vous puißances immortelles ,
S'il eft quelques graces nouvelles
Que vous referviezà nos voeux,
Que de ce Heros les années ,
Degloire &d'honneurs couronnées
Bij
20 MERCURE
1
S'étendent jusqu'à nos neveux.
Mais que fais- tu , Muse in
difcrete ?
Defifoibles expreffions
Ne font qu'une ébauche imparfaite
Des vertus que nous admirons.
Choisis unfujet moins fublime
Apeindre un Heros magnanime
Tu fais des efforts impuißans ;
Arrête, abandonne la Lire
Aux Auteursqu' Apollon inſpire;
Dis ,fi tu peux , ce quejefens.
Vous qu'une noble ardeur
anime
GALANT. 21
Achanter fon nom ,ſes vertus ,
Meritez, s'ilsepeur , l'estime
D'un Prince plus grand que
Titus.
Tracez vous des routes nouvelles,
Le paſſfén'a plus de modeles
Si dignes de vous être offerts ;
Mais craignezle destin d'Icare?
Que d'Auteurs enſuivantPindare
Irontſe perdre dans les airs !
Prince que la France revere ,
Moins par lefang&le pouvoir,
Que par lefacré caractere
Que le Ciel en vous nous fait
voir.
22 MERCURE
Daignez excufer mon audace ,
Le respect dans mon coeur fais
place
Au zele que vous m'inſpirez.
Vostre aspect même m'encourage.
Des Dieux dont vous estes l'Image
,
Nos voeux neſont point rebutez.
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45
p. 122-140
De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
Début :
Le sieur Robin, chargé des affaires du Consulat de la Nation [...]
Mots clefs :
Louis XIV, Pompe funèbre, Couronne de laurier, Roi, Pieds, Charge, Fleurs, Hercule, Monarque, Pompe funèbre de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Cadix, le premier Mars. DESCRIPTION de la Pompe Funebre de Loüis XIV.
DDeCe aCJ~ixdi,le*'pleremier.Matsi
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
DESCRIPTION4 i
de la PomPt Funebre
deLamXIV. r
Le sieur Robin, chargé des
affaires du Coniulac de la Nation
Françoise
,
& les autres
Negocians François establis à
Cadix ,ont fait leurs efforts
pour rendre,à la mémoire de
Loüis le Grandles honneurs
qui luy font deus. '': r.
Ils ont fait ériger un va(le
Maufoléc dans le grand vaisseau
de l'Eglise de S. François
decetteVille. Il paroissoitêtre
d'un beau marbreazur&blanc
doré dans tous ses ornemenrs.
Il estoit de cinquante-un pied
de haut, survingt-quatre de
base.
Quatre pieds d'estaux terminoient
les quatre angles d'un
grand socle & portoient chacun
une pyramide chargée de
flambeaux, seméed'unegrosse
fleur-de lys dorée;douze grandes
colomnes,le tiers avec un
demy relief doré & disposées
de trois en trois sur les angles
du socle, supportoient un entablement
quarré enrichi d'une
belle corniche char gée dans
ses quatre faces des Armes de
France en gros relief avec une
riche Couronne. De Itenrablcment
s'élevoit un grand dôme
octogone accompagnéde quatre
grandes Statuës qui tc-j
:
noient une Couronne, un Sceptre
,une Epée, uneBalance
, dorées;quatreAnges l'encensoir
à la main,& quatre grandes
urnes doréts occupoient
huit vuides du dôme;il étoit
terminé par une Mort qui paroissoit
avoir arraché plusieurs
tiges de fleurs de-lys d'une
plante ,excepté une, avec ces
mots:PluTlbus avulsis non d(ftcil
alter; & aux pieds de laMort
estoit un trophée d'armes. &
d'étendarts qu'elle souloit. Enfin
entre les douze colomnes
ont découvroit sous un pavillond'un
riche damas noir ouvert
par quatre endroits, un
magnifique cercuëil couvert
d'un tapis de velours noir en
broderie d'or. Deuxcarreaux
de même estoient posez sur le
devant chargez d'une Main de
Justice & d'un Sceptre doré
passez en fauroir & d'une riche
Couronne. Les quatre faces
estoient semées de fleurs-de-lys
& la premiereestoit occupée
par un grand Ecu de Franceen
gros relief doré avec la Couronne
demême; quatre pyramides
garnies de flambeaux
éclairoient le cercuëil & le desfous
de l'entablement.Tous
lesbords dusocle & des coraidhes,
les pyramides, tout le
dessus du dôme estoient couverts
de cire blanche, tous les
Autels&tout le contour du
dedans de l'Eglise en ettotenc
également chargez.
- On a osé entreprendre de
ttoceraux yeux duPublic quelques
traits de la vie dece Monarque
aussi respectable par sa
pieté éclatante envers Dieu,
qu'il sur grand devant les hommes
par ses actions inoüies.
Les soubassements du Mausoiée
representoient douze
grandes faces.
La première representoit le
Roy mettant la Couronnesur
la teste de deux Princes de son
Sang, l'un grand,& l'autreencore
Enfant, avec ces paroles t
Secundam Cm tertiam coronavit
generationem; & une Renommée
qui mettoit au Royune
Couronnede lauriers, avec ces
paroles:Fatis vita cejjit9sed[d;"
tnâ gesta manebunt. :
La seconde representoit la
Mort qui renverfoic aux pieds
du Roy plusieurs jeunes Princes,
avec ces paroles qui marquoienr
la confiance du Prophere
Job: Fihos dederat mihi
Domious, DominusMnlit*
;
La troisiéme representoit
un Soleil éteint surla fin de sa
cour se,&une grande Etoile
naissante vers ~l'Ouent, avec ces
paroles: Minor )fd non eriL
tmpar.
La quatriéme representoit
une Couronne,contre laquelle
plusieursmainstiroient de toutes
parts des flêches, avec ces
paroles: Mille, ad illamautem
nulla appropinquavit.
La cinquiéme representoit
un Phoenix qui se brûloit sur
un bucher, & un autre jeune
Phoenixau- dessusnaissantd'une
nuë,avec ces paroles:IA
dlterorevivifeam:
•*; JJ,:
La sixiéme representoitun
Hercule qui scioituneMontagne,
avecces paroles:Milta.
planos fecit.- - 1
La septiéme representoit
encore un Hercule, & d'un
côté deux Combattants,qui
aprés avoir jeetez leurs cpecs
en l'airs'embrassoient; de l'autre
deux Lyons affrontez chacun
avec un mord à la bouche
avec cesparoles:Cuello,solus
quifroenum posuit. - La neuviéme representoit
lesneuf Muses qui pleuroient
autour du Roy étendu &cou..
ronné de lauriers,avec ces pa.,
roles: MUftt! nosterobiit j4polio.
La dixiémerepresentoit un
Berger melancolique gardant
un grand Troupeau, avec ces
paroles:Fletemcoe Lodoicum extinctumflet?
cAffclloe.
-': La onziéme representoit
un. grand Aigle qui prenoit
l'effort vers l'Orient ,portant
un Livre des Evangiles à son
bec, accompagné d'une foule
d'Aiglons;&un autre de mèr
me qui voloit vers le Couchant,
avec ces paroles:Ab
gOrieentleiaud omccasum. misit Evan- tn t Evan.
La douzièmerepresentoit la
Mortqui retwerfon d'un seul
pied une grande Tour & une
Chaumicre :Æquopedepulsat
paupemm tabernas
,
RrgumfJ!lt
turres.,Í -
Toute l'Egliseestoittapisfée
de noir, &de part & dautre
les Tapisseries furent ornées
de douze grands Tableaux.
Le premier representoit le
Roy donnant la main au Roy
& à la Reine de la Grande Bretagne,
accompagnez duPrince
& de la Princesse de Galles, &
achevants de descendre d'un
Navire, avec ces paroles: Reges
Regno Patriaque passospif*
cepit befpitio.
Le second representoit le
Buste du Roy avec un Trident
au dessous , présidant à la
jonction de l'Océan & de la
Mer Méditerranée, qui après
avoir nv.fle leurs caux, alloient
arroser un grand Globe, avec
ces paroles: Nomenejus currit
sicunt unda per orbem.
Le troisiéme representoit
le Roy cuirasse, qui d'une main
ébranloit un arbre chargé de
Pommes d'or
, autour de
l'ar brc estoient representez
ks beaux Arts sous la figure
deFemmes qui travailloient à
divers ouvrages; une Renom.
mée mettant une Couronne de
lauriers sur la celle du Roy,
avec ces paroles: Non minus
ac armis,artibus astra petit.
, Le quatriéme representoit
un Hercule,assommant avec
sa massuël'Hydreà sept tcfics,
avec ces paroles: Hoerejim ex-
ItrpaVtt è regno.
Le cinquiéme representoit
lesAmb)(fadeursdeSiam&de
Pet se,offrant leurs Prcfcns au
Roy sur son Trosne,avec ces
paroles: Ab Oriente venerunt
ut 'tJidtret gloâam ejns*
"i Le sixtémerepresentoit le
Roy à l'entrée du College des
quatre Nations, & un grand
Trophée d'armes à sespieds,
avec ces paroles Puguuuit ut
David, adtficaitit utSalomon. ,,..
Le septiéme representoit le
Roy à costé de tHoRet des
Invalidesn & une Compagnie
d'Officiers qui y entroit, avec
ces paroles: Invalidisquoesivit solatium.
Le huitiéme representoit
une Foy voilée, couronnant
le Roy étendu à sespieds,avec
ces paroles: Vere meus hic sir
lius IrAt.
Le neuviéme representoit
le Roy tenant entre ses mains
nostre,jeune.Monarque qu'il
estroit à Dieu à l'entrée d'un
Tabernacle, avec ces paroles:
Unum.petit 4 Domino., ut si
fortis in fide pArentum» !
- Le dixiéme representoie
l'Espagne sous la figure d'une
Femme, donnant la main à la
France fous lafigure d'une
jeune Fille affligée, avec ces paroles:
Soron non deficiam.
Le onziéme representoit un
grandVafc chargé deFleursde
Lysflêtries & abattues
toutes autour du Vase, exceptc
cepté deux qui s'élevoient au
milieu, une passant au travers
d'une Couronne de France,
& l'autre au travers d'une
Couronne d'Espagne ;.'-un
Ange les arrofoit avec l'huile
de la Sainte Ampoule , avec
ces paroles: Darabunt in fudlvitatem
odoris.
Le douziéme representoit
un Phaëton couronné -de
France ,porté dans le Char
du Soleil semé de Fleurs-dc-
Lys; une nouvelle Etoile d'un
grand éclat luy marquait la
route qu'il devoit tenir, avec
ces paroles; Auredia. Régente
luce a via non aberrabo.
1 Le Chapitre de laCathédrale
vint chanter une grande
Mené en Musique; toutes les
Communautez Religieuses y
vinrent à leur tout, ensuite
les Prestres de l'Ordre de S.
François occuperent tous les
Autels de l'Egliseen unmême
temps, & le Service se commença
au bruit des cloches de
toutes les Eglises de la Ville
qui avoient déjàsonné dés la
veille pendant l'Office des
Morts qui fut chanté. L'Oraison
funèbre fut prononcée
enEspagnol:MleGouverneur,
le Chapitre, les Prélats des Ordres
Religieux & toute la Noblesse:
honorercnt cette Pompe
funebre de leur presences
Ce
-
furent là les marques
extérieuresd'une douleur trésintimede
la Nation Françoise,
qui pour estreéloignée de sa
Patile,n'enaestéqueplusvivemencamigeelEMe
puise toute
sa consolation dans le bonheur
de voir la précieufc vie du
Monarque que le Ciel luy a
reservé, entre les mains de
Spn Altesse Royale Monfeigneur
le Duc d'Orléans,dont
l'habileté
,
la prévoyance ÔC
le génie superieurreconnus de
tout l'Univers, sont desassurances
certaines que son regne
ne fera pas moins formidable,
heureux & glorieux que l'a
cfié. celuy du Grand Roy que
nous venons de perdre.
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46
p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
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47
p. 182-205
Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
Début :
Dans la Relation que je fis imprimer à part, le mois passé, touchant [...]
Mots clefs :
Tsar, Prince, Dîner, Chasse, Duc, Remparts, Abbaye, Monarque, Jardins, Sérénade, Marquis, Versailles, Médailles, Visites, Cortège, Cavalerie, Duc, Infanterie, Invalides, Audience, Académie, Messe, Mousquetaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Partie du Journal de Historique, ou de la Relation imprimée le mois passé, concernant le Czar. [titre d'après la table]
DAnJlaRelarion quejefis imprimer
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
a part, le mois passét
touchant le Czar, le laissai ce Prince
à Pult-bcurt; : Il eji présentement
de
de mon devoir, que je reprene la'fate de ceJournal
, en condui-
,
sant ce Monarque jusqu'aux Eaux
de Spaa, où il va joindre la Clarine
son Epouse.
Le Dimanche30. du passé, le
Czar arriva de bonneheure àPetit-
Bourg, où M. le Duc d'Antin lui
fit servir un dîner magnifique;
après lequel il alla coucher à Fontainebleau.
Le lendemain, il courut
le Cerf avec l'Equipage du
Roy; il monta les Chevaux de
lÆgr le <3bmte de Toulonfe
,
qui
se trouva à cetteChasse ; elle fut
sivive que le Cerf fut forcé en
moins d'une heure & demie. Le
Czar qui n'avoir jamais pris ce
-
plaisir Royal, en parutfort content
,.<')[ fit à M. le Comte de
Toulousetoutes les honnêtetés
imaginables. Après la ChasTe
, ce
Prince dîna dans le Pavillon qui
est au milieu de la grande piéce
d'eau, où il resta fort long-tems à
;table. Comme on s'étoit flaté qu'il féjourneroitpluslon^-temsài-oatainebleau
, on avoir tout disposé
pour cet effet; cependant il en
partit ce jour là même
,
après s'être
promené quelque tems le long
du Tibre. Il revint coucherà
Petit-Bourg ,
ou M. le Ducd'Antin
le recut aussi magnifiquement
que la veilles quoique ce retour
fut imprévû. Après avoir parcouru
les Jardins, & laTerrassequi
sert de barriere àla Seine, il entra
le premier Juin, dans une Gondole
, qui le ramena àParis
, avec
toutesa Cour qui lesuivit dans
d'autresBateaux,il s'arrêtaàChoisi,
où il fut accueilli par Madame la
Princesse de Conty Doüairiere ,
qui doit y séjourner tout l'Eté;il
vit les Jardins & les Appartemens:
S'yétantrafraîchi, il continua son
chemin en Gondole
,
& ayant
traverfe^ous 4cs Ponts de Paris,
il vint descendieà l'A breuvoir , audefloas dela Porte de la Conférence
; il monta en Carosse
,
&- D.-flart surles Rempàrts de
la Ville
,
il allachez unArtificier
oùil acheta une grande quantité
de Fusées & de Pétards qu'il voulut
tirer lui-même, dans le Jardin
de l'Hôtel de Lesdiguiéres.
Le 2 ,
il alla l'aprés midy à
l'Abbayede S. Denis, où on lui
fit voir l'Eglise, le Trésor
,
les
Tombeaux
, & lesuperbe Bâtiment
que lesReligieux ont élevé
depuis quelquesannées, & qui
n'est pas encore achevé : la solidité
des Murs & des Voutes lui
plût extremement. Les Benedictins
lui avoient préparéunetrés
grande col lation, qu'il se fit apporter
dans une Cellule qui est
au bout du Dortoir
,
& dont la
vue est charmante; il revint de
S. Denis par S, Quen. où M.
le Duc deTresmes avec route sa
famille, l'attendoit. On lui servitunemagnifique
collation.
Le 3 ce Monarque partir d'ici,
accompagnéde toute sa Cour, de
M. le Maréchal de Tessé, & de
M. le Marquis de Bellegarde
fécond fils de , INI. leDucd'Antin;
ce jeune Seigneur ayant été pré
posé pour faire les honneurs des
Maisons Royales à la place de
M. son pète) qui comme -
Chef.
du Conseil du dedans du Royaume
,
n'avoit pu suivre S. M.
Czarienne ,à cause de quelques
affaires importantes. Le Czar
avoitcompté passer quelques jours
à Versailles, & même on s'étoit
préparé à l'y recevoir; mais il ne
s' y arrêtaqu'un moment , étant
allé coucher à Trianon, où il a
occupé avec toute sa suite, les
Appartemens duCorridor qui donne
sur
-
les Goulottes. Pendant le ,féjotfL"qu'il a fait à Trianon, il
prenoit surtout le plaisirdela promenade
dansles Jardins en Calesche,
& sur le Canal en Gondolle
; il a visitétous les endroits
les plus remarquables des environs.
Le 6, il partit de Trianon,
pour aller au Château de Clagny;
il monta au grand Aqueduc, &
de là se rendit à Af/trly. Il a eiij
[
ployé le tems qu'il y a demeuré,
à peu prés comme à Trianon,se
-- promenant presque tout le jour, &examinant les Jets d'eau, les
Cascades &les Statuës, avê..,cunc
attention surprenante;ilalloit surtout
à chaque instant, voir la Cascade
j4grij>pwne.
Le 10
,
M. deVerton,Maître;
d'Hôteldu Roy ,
qui est chargcf.
par ordre de la Cour ,de servirle
Czar,ayant ordonné un rres-benir
feu d'Artifice, avoirplacé dans
le Bosquet de Marly, unegrande
quantité de Haut-bois&detoutes
fortes d'instrumens qui préluderent
& donnerent une Serenade
qui dura prés d'une heure;
aprés quoi on tira le feu d'artifice
lequel fut suivi d'une tres belle
illumination, que M. le Marquis
, de Bellegarde avoit faitprepararer
dans les Bosquets desBains
d'Agrippinne, & dans celui de la
Cascade;lafête finit par une cfc
pece de Bal: Toutes les Dames
que la curiosité avoit attirée 1«
Marly, danserentdans le Sallort;-
bienavant dans la nuit. Le Czar
fut si content de cette galanterie,
qu'il se coucha trés tard, contre
son ordinaire.
Le II, étant alléle matin- à
Saint Germain en Laye; il examina
le Château vieux &: la neuf,
& resta fort long-temssurlaTerrafle.
Il descendit au Val, &delà
au Monastere de S. Cyr, où
a.-tt Madame de Maintenon qui
reçût sa visite sur son lict; il demanda
à voir les cinq Classes &
routes les Demoiselles, chacune
dans leur place;le Prince sist sort
édifié del'utilité &de la magnificence
de l'établissement de cette
Maison, & de la maniere dont les
Filles y étoient élevées.Aprés
s'estre beaucouppromené, il remonta
en Carosse -ex; revint coucher
à Trianon,
Le 12. il quitta avec regret ces
lieux enchantez, pour revenir à
Paris, il passa par Versailles, où
:-l dîna; avant que de se mettre à
table, il vit tous les Appartemens
~L: le Cabinet, des Curiositez
,
qui
cft auprès de la Piece de la Chapelle
;on lui montra les Medailles
Ȑc les Coquillages.LesLivrescurieux
& les Estampes magnifiques
r
des Anciens Balers du Roy,l'occuperent
plus agréablement, que
toute autrechose.Ildescendità
la Grande & àla Petite Ecurie; il
vit travailler dans l'une & dans
l'autre,plusieurs Chevaux que les
Ecuyers monterenten sa presence. Ilmonta en Carosse sur les cinq
heures, & vint à Chaillot, rendre
visite à la Reine d'Angleterre;Il
traversa, sans s'arrêter, le Cours la
r. Reine, où l'on se promenoit: Il
àvint descendre chez Mr deLaunai la Monoye des Medailles, où
Mr le Duc d'Antin l'attendoit ; ce
Seigneur fit fraper en la presence
de cePrince, une -
Medaille
d'Or, qu'il lui presenta : Le Czar
fat surpris de trouver d'un côté
son Portrait en Buste, ayant
- pour Legende,Petrus Alexievvitz.
T\ar, Mag. Russ. Im(J'eratol; ôî
au revers une Renomméedans les
airs , avec deux Trompettes ; autour
étoient ces mots, Vires aLgo'.
fit eundo. Cequifaitallusion aux
differens voyages que ce Souverain
a faitdepuis vingt ans :8c dans
l'Exergue;Lutet. Paris, 1717. Ilmonta
ensuitepour voir-leCabinet
des Medailles,où il trouva un Medailler
remplidetrente Médaillésd'Argent,
& de quarante Médailles
de Bronze, pareilles à celle qui
luiavoirétépresentéeenOr.Ilen
fut surpris, & encore plus, lorsqu'il
vit qu'elles furent distribuées aux
Personnes. qui l'accompagnoient
Après qu'il ût consideré avec attention
lOUt
ce qu'il y -avoit-diansla
MonoyedesMedailles,ilpna
dans l'Orphevrerie, oùil trouva
i?n grand nombre de beaux Ouvrages
de ce Metail , dont la plus
grande partie étoit pour le Roy,
&quelques uns aussi pour le Roy
de Portugal & à ses Armes ; il les
examina avec itn- discernement
lui marque son bon goût pour TOUtes
sortes de choses. Lorsqu'il s'en
alla
, en lui presenta de rechefune
pareilleMedaille de son Portrait,
quivenoitd'être achevée,dont
les fondsétoient de Bronze brune,
& tous les reliefs en Or.
Le 13. au matin, il reçût la Visîte
du Nonce, qui lui fit un com- pliment en Italien, auquel le Vice-
Chancellier Schaffirauu répondit.
Il sortitseull'aprés-midi, & se
rendit le soir chez Mr le Duc
d'Antin, où il soupa avec Mgr le
Comte deToulouses le repas fut
superbe.
Le15.aumatin, ilallaàl'ImprimerieRoyale
? on tira devant
lui plusieurs Epreuves:ll passa ensuite
au Collége des Quatre Nations,
fondé par le Cardinal de-
Mazarin; Il viGta l'Eglise&la Biblioteque,
& fit amitié à M Varignon,
le plus fameux Géometre
du Royaume; il s'infirma des
fonds destinez à entretenir un pareilEtabli(
Ternent*, il parut content
du détail qu'on luien fit, ~f~
ce qu'outre deux Colléges qu'il (li fondez dans ses Etats,l'un à Mor:
covu, & l'autre à Peterbourg ,il
a encore dessein d'en ériger de
nouveaux. Au sortir de cette Mai.
son,il passa chez le sieurPigeon,
Auteurd'une Sphere mouvante
très curieuse, suivant le Systéme
de Copernic; illa trouva parfaitement
executée; elle lui PZC si
fort, qu'il donna ordre
, en parrant,
del'acheter deux «mille ~écusa.
Ilalla ensuiteen Sorbonne,où-il
fMuat isrôençû,qup'ialr^lpeasciDeoucftaebuerasudcoeupa^
il admira le Tombeau du Cardinal
de Richelieu
, que l'on regôritr
comme un des Chefs d'Oeuvre de
Girardon. L'après-midi, ce Prince
monta sur les Tours de Nôtre-Dame
, pour découvrir d'un coup d'oeil, toute l'étenduëde cette
Capitale; il trouva , en rentrant à
l'Hôtelde Lesdiguieres, lesAmbassadeurs
de Portugal & de Malte
» qui vinrent en grand Cortége-,
lui rendre-visite.
-Le lS. au matin, étant retourne
aux Gobelins, il prit plaisiràvoir
r travailler: Entre plusieurs pieces
deTapisseriequ'on lui exposa, il
il fut Epris de l'Histoire de Don
Guichotte
,
dont les desseins sont
du jeune M,. Coëpel: LeRay lui
en a fait present du depuis, avec
quelques autres. L'après-diné, il
monta dans une Caleche,en forme
de Gondole
, ouverte de tous côtez,
appartenant à M. le Maréchal
deTeflé: Ce Monarque étoit accompagné
de ce Seigneur
,
de son
Chambellan ordinaire & de M.
de Verron ; il visita enpassant dans
la ruë des Bernardins,la Maison
de M. de Torpane, que lui aven-
,
du M. l'Abbé Bignon: Ensuite
celle de Madame la Duchesse de
.- la Ferté, qui donne sur lePalais
Royal; il sur charmédu gouc &
de la magnificencedontelleétoit
ornée: Il passarte làl'Hôtel de
MS- le Conre de Tou-ouïe*, après
quoi
,
CLlf le soir, il aiii (e promener
au Cours
,
où il fit plufîeucs
SOULS.
Le 16. le Czar ayant témoigné
quelque envie de voirles Troupes
de la Maison du Roy, Msr le-Duc
Regent donna ordre aux Gensdarmes
, aux Chevaux-Legers.,
aux deux Compagnies des Mousquetaires,
& aux Gardes Fran--
çoises& Suiffes, de se tenir prêts
le 16. aprés midi. On choisit, pour
enfail-e la revûë, la grande Allée
des Champs Elifées. Les Gardes
Françoises & Suisses étoient
rangées sur cinq Lignes, depuis le
commencementdecette Allée,jusqu'à
la Barriere qui la separe des
Allées du Roule. La Cavalerie se
plJça sur quatre Lignes, depuis
cette Barriere, juqu'aiideffiis-de la
grande Etoile. Le Prince deRohan
& lePrincedeSoubise reçû en survivance
de laChaige de M.son pere,
étoit à la tête de la Compagnie
des Cens-darmes. M. le Duc de
<.h2uLLesé[()ir au tri avec M. son
Fils -
,
à la tête des Chevaux Legers
:M.d'Arcagnancommandoit
les Mousquetaires Gris-, & M. de
Caullhc
i Canillac, les Noirs. Mgr le Duc du
'r Maine & M. le Duc de Guiche
* étoien à cheval:Le Czar arri va à
- trois heures & demie, au bas des -Allées
-
des Champs Elizées; il
monta sur un Cheval du Roy; on
en avoir aussiamené pour toute sa
Suite. Mgr le Duc d'Orleans étoit à
L cheval, suivi de plusieurs Seigneurs
de la Cour. Le Czar accompagné
de S. A. R. palTa fort
1. vîte devant le premier Rang ,
jusi
qu'au bout dela Ligne, &revint
t au petit galop : Etant parvenu à
,
l'entrée de l'Allée des Champs
Elifées, il vit faire l'exercice r à toute l'lnfanterie; mais s'étant
élevé des tourbillons épais de
-
poussiere,par la quantité des caros- | ses
,
des chevaux,& d'une multitude
infinie de Peuples qui s'y
rrouvetent; ce Prince en fut si fort
incommodé, qu'il fut obligé de se
retirer, sans avoir û la satisfaction
de voir défiler de si belles
Troupes: Il descendit avec Mgr
le Duc d'Orléans, pour viiiter le
nouveau Pont tournant des Tuilleries.
Ces deux Princes se retire- Jj
rent ensemble dans un endroit separé,
& ûrent une Conference
d'une demie heure, en présence
du Prince Kurakin qui servoit 1
d'Interprete à S. M. Cz. Après
s'être promené un moment dans
les Tuilleries, il monta enCarosse,
accompagné de Messieurs les Marêchaux
de Tdlè, d'Estrées -
,
de
Matignon,& autres Seigneurs. Il
allasouperàS.Ouen,chezM.le
Duc de Tresmes, Gouverneur de
Paris : Il y fut traité splendidement
; il s'entretint prèsque toujours
, pendant le repas qui dura
près de trois heures, avec M. le
Comte de Bethune
, qui parle
Polonois&Allemand. Ce Prince
ayant sçû que Madame la Comtesse
de Bethune
,
fille de M.le Duc
de Tresmes étoit feulement
spectatrice
,
illa pria tres-gracieusement
de se mettre à table, ce
qu'elle fit.
Le 17. Mgrle Comte deToulouse,
fit presenter à ce Prince une grande
Carte Marine, avec plusieurs
Ecrans magnifigniques. Il retourna
encor à l'observatoire,où
il fut prés de deux heureàfaire
des observations, & de là il se
rendit chez Mr le Maréchal de
Villars qui le reçût avec tout l'appareil
possible; le souper se passa
enjoye,&àchaquesanté on tia
plusieurs boëtes.
Le 18 au matin,le Czar qui
avoir mandé MrDelisle le Géographe
,l'entretint fort longtems
par Interprète, sur la situation &
l'étendue de son Empire, dont
ce Prince est mieux instruit que
personne. Pour lui en donner une
connoissance plus exacte ; il ordonna
qu'on aporta deux Cartes
Manuscrites qu'il avoir fait faire
d'une partie de ses Etats, il fit
remarquer à M. Delisle la situation
d'une nouvelle Fortersse
qu'il avoir fait bâtir en Tartart,
& lui fit part de ses nouvelles
acquisitions dans ces quartiers-là,
par la soumission d'un Roy T*r±
tare, qui s'est rendu son Vassal, ÔÊ
par la jonction de cent mille Calmoucs,
avec les autres Tartares
quisont déja fous sa domination.
CePrincealla voir enfuitc
plusieurs experiences Chimiques
que Mr Geosroi. lui avoit prépa- rées. Le iS- leCzar vint à cinq heures
incognito,prendre congé du Roy ;il
entra par l'apparrement deM. le
Maréchal de Villeroy, il fit present
à S.M. du Plan dePeterbourg-
On peut juger del'importance &
de la grandeur de cette Place,
par les32Battions qui doivent U-.
deffendre. S. - M. l'a placé dansle
Cabinet du Conseil. Après
avoirreçûlavisite de Mgr. le
Duc Regent; il alla au Palais
Royal, où il salua Monseigneur&
MadamelaDuchene d'Orleans.
Le même jour,le Czar curieux de
- voir rendre la vue à un Aveugle,
donna ordre à M. Areskin son
premier Medecin, de lui decouVIrr
un habile Oculiste; s'étant
,
adressé à M. du Vernay Professeur
Royal d"Anatomie au Iardin des
Plantes ,
il lui indiqua M. de
VvolhouseGentil-hommeAnglois,
qui ayant amené à l'Hôtel de Lesdiguieres,
un Invalide Aveugledepuis
la Bataille d'Hochsteet, âgé
de65 ans, prépara tout pour cette
opération difficile. Le Czar voyant
planterl'éguille dans l'oeil de
l'Invalide, se détourna un moment:
mais la curiosité l'ayant
emporté, il le vit travailler &
illia preuve que la Cararacte étoit.
abatuë ;car ce Prince ayant motitré
sa main à l'Invalide, celui-ci
la distingua. Un succés si hûreux -
• a engagé S. M. Cz.a promettre
, ausieurde Woolhouse un Elève,
pour le former fous un si habil
Homme
,
à l'imitation du Grand
- Duc de Toscane, & du Roy de
Sicile qui lui en ont envoyée&qu'il
a perfectionnés dans cet Art.
Le 19. le Czar semit dans son
Bain,suivant la coûtume qu'il
a de le baigner tous les Samedis.
Le même jour, ce Prince voulant
setrouv et à une Audiencedu
: Parlement,s'y rendit. Il entra d'abord
chez MrPremier Président,
d'où il sur conduit par le Bailly du - Palais, à la Grand-Chambre. On
leplaça dans une des Lanternes
que l'on avoit décorée, d'où il vit
MESSIEURSSiégeantssurles
hauts Bancs. On appela une Cause
; après que les deux Avocars
Mres Milchault & Guerin ûrent
plaidé, M.,de Lamoignon Avocat
General
,
se leva; & après avoir
résumé l'affaire qu'on plaidoit
alors, dit qu'il y avoit plusieurs
exemples, où la Couravoir
été consultée par des Souverains,
dans les affaires 'es plus importantes
de leurs Etats, mais qu'un
• Monarque si éloigné dela France
, également puissant en Europe
fleen Asie. ût voulu être témoin
de. son Auguste Séance, c'étoirunexemple
rare: il ajouta
qu'un tel événement méritoir d'êne
conservé dans les Registres du
Parlement,& d'être transmis à la
Postérité.L'Académie finie, le
- Czar salüen sortant,cet Auguste
Sénat, qui étoit en Robes Rouges,
& les Présidens avec leurs FOUÏrures
; ce qui ne s'étoit pratiqué
en pareil cas,quepour l'Empereur
Charles-^wnt.
Le même jour, l'après-midi, le
Roy alla àl'Hôtel delesdiguieres,
rendrevisite au Czar, qui, après
l'avoir reçû,vint à l'Academie
des Sciences,où M,l'Abbé Bignon
présidoit:*Mr de la Faye lui montra
un modéle de laMachine qu'on
a imaginée fort ingenieusément pourélever l'eau , avec la moindre
force qu'il est possible,fondé sur les
Proportions les plus difficiles de
-
Geometrie. Le Czar confirma par
son approbation, le jugement du
Public & del'Academie. M.Lemery
lui fit observer l'effet de deux
vegetations chimiques fort singulieres,
& Monsieur de Reaumnr,
les desseins de la Defcrip-
* Capitaine aux Gardes Françoises,
tion des Arts, prêts à imprimer:
Enfin M. Dalesme lui fit voir l'esset
d'un nouveau Cric à Cremail---
lere
, qui,avec moins de force, fait
plus d'effet que les Crics. S. M.Cz.
a prêté beaucoup d'attention à
toutes ces Nouveautez
, & a bien
voulu prendre séance,permettant
à la Compagnie de s'asseoir, pour,
voir l'ordre de l'Academie & le
rang des Academiciens. Il a vû
pareillement celle des belles Lettres
, où on lui montra l'Histoire
de LouisXIV. en Medailles.
Le Dimanche 20. à deux heures
après midi., il envoya demander,
s'ilpouvoit revenir voir les
Medailles desRois de France, & - la suitte de l'Histoire de Loüis-
Quatorze,dont une grande partieétoit
de même que celle qu'on lui
avoit presentée de Bronze ,& les
reliefsd'Or. Il y arriva une heure - après
,
& examina tout avec encore
pLs d'attention quelapremiere
fois. Et comme il s'arrêta beaucoup
à considerer la Medaille de
LOUIS XV,qui a pour revers un Soleillevant,vec ces mots, Iubet
sperare; qui étoitaussi deBronze&
les reliefs d'Or.Le Directeur de la
Monoye crut devoir la lui offrir. Il
la recût trés-gracieusement, marquant
,en touchant sur sa Poitrine,
qu'il la garderoit éternellemenr.
Sur les 6. heures, il retourna à
l'Hôtel de Lesdiguieres, pour assilier
aux Vigillesde la Pentecôte,
dans la Chapelle; elles furent
chantées parce Prince &par les
Musiciens
,
quiavoient chacun, un
Livre de Plain-Chant à la main.
Le Czar,après avoir entendu
la Messe de la Pentecôte, selon
l'ancien stile & la Liturgie des
Grecs, partit enfinle it.au soir,
pour les Eaux de Spaa.; il étoit escorté
par dix Mousquetaires
,
qui
devoient se relayer successivement
enpareil nombre, jusqu'à Soissons. Ilsoupa &coucha à Livrv, chez
le Marquisde ce Nom; il bût à la
Santé du Roy&àcelledeMgr le
Régent.
Il a fait plusieurs largesses avant
son départ; il a donné son Portrait
enrichi de Diamans à M. le Duc
d'Antin,àM.leMarechal deTessé,,
à M. le Maréchal d'Estrées à
M. le Marquis deLivry, &à
& à M, de Verton, pour lequel
il a û des egards particuliers, qu'il
s'est attiré par les manières polies
& engageantes, & par une attention
continuelle au service de ce
Monarque
, qui l'a toujours fait
mangeravec lui pendant son sejour
à Paris. Ce Monarque a faitlpulius
en sa faveur,il ademandépour
à M.le DucRegent une pension
- de 6000 liv. sur
des
Benefices ;
ayant sçû que comme Chevalier
de S. Lazare
,
il pouvoit posseder
des Pensionsjusqu'àcettesomme
ce qui lui a c~ accordé. Il n'a pas
oublié M. de Cresmes. Contrôlleur
de la Maison du Roy, à qui
il a fait présent d'une trésbelle
Montre d'or; il a distribué plusieurs
grandes Médailles d'or du
poids de sept Louis d'or neufs, à. -
quelqu'autres,Officiers; 1500Ducats
pour lesOfficiers de la bouche
du Roy, & autant pourles
officiersde Versailles,deMarly,
deTrianon,dela Ménagerie,de
Meudon & de Fonrtainebleau ;
c'est M. de Verton qirc le Czar
achargé de toutes ses libéralités-
Le Lundy matinxi cePrin.-
ce, après s'estre promené dans les
Jardins de Livry, monta dans
une Chaise de Poste avec M. de
son Chambellan, alla
dîneràNanteuil, ensuite coucher
àSoissons. Il s'embarquera àCharleville
sur la Meuse, afin de se
-
tendre à Liege, où il se reposera
quelques loiirs,,dans un Palais que
l'EleB:e\11 de Cologne lui a fait
préparer. S. A.E. lui.afaitoffre
par M. Vvaldor son Envoyé en
France, de 100 de ses Gardes &
200 Hommes de sesTroupes pour
lui servir d'escorté.
,LeC-Laradittfi,mé àM-leDucd'Antin
&àplu/ïeu'sSeig-î«iTsdelaCour,uce
fuitedeMédaillesfrapées enHollandeà
son coin, où sontreprésentées les Aâions
les plus éclatants de ion lÚgde.
Fermer
48
p. 1756-1767
FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
Début :
Le jour* destiné pour cette Fête étant arrivé, les Chasseurs ne crûrent pas [...]
Mots clefs :
Entrevaux, Chasseurs chevaliers de Saint-Hubert, Chasseurs chevaliers, Fête, Saint-Hubert, Dauphin, Reine, Monarque, Repas, Gibier, Chanson, Château d'Entrevaux, Naissance du Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
FESTE des Chaffeurs Chevaliers de Saint
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
Hubert , donnée à Entrevaux en Provence.
*
E jour deſtiné pour cette Fête étant
Larrivé ,les Chaffeurs ne crurent pas
la pouvoir mieux commencer que par une
Meffe qu'ils firent celebrer par un Aumônieren
titre qu'ils qualifierent de Saint
Hubert. Ce fut , comme on dit ordinairement
, une Meffe de Cháffeur ; mais fi
elle fut courte , elle fut fuivie d'un Dif
Cours un peu long , mais affez éloquent,
& qui n'auroit pas été defaprouvé ailleurs.
que
le 4.
Nous n'avons reçû cette Relation
Août 1730. par lafause de la perfonne qui s'en
ésoit chargées
Le
A O UST . 1730. 1757
L'Orateur , je veux dire , le nouvel Abbé
de S.Hubert , s'adreffant aux Chevaliers
de'Ordre , leur dit en fubftance :
و
MESSIEURS ,
7
Après avoir offert le Sacrifice felon vos
intentions pour remercier le Roi des Rois de
la grace fignalée qu'il vient d'accorder à ce
Royaume , en nous donnant un Dauphin,
après l'avoir ardemment fupplié de nous conferver
un don fi précieux qui affure le bonheur
de la France & la tranquilité de l'Enrope
, après lui avoir demandé qu'il faſſe
jouird'une fanté parfaite cette vertuense Reine
fi précieuse àl'Etat parfon heureufefecondité,
qu'il prolonge enfin les jours du Roi audelà
des plus longsjours de fes prédeceffeurs,
je ne puis que louer le zele qui vous anime
& qui vous a fait prendre le deffein de confacrer
cejour à lajoye que doit caufer cet Evenement
à tous les coeurs françois. Vous avez
choifi parmi les vertusRoyalles de notre augufte
Monarque celle qu'il vous convient le
mieux de celebrer ; vous voulez, honorer cette
vertu héroïque dont l'inclination pour la Chaf
fe eft toujours le préſage. En effet , Meffieurs ,
Les hiftoires ne nous repréfentent gueres de
Héros qui n'ayent eu dans leur enfance ce pen
chant dominant pour la Chaffe , les Alexan
dre les Cyrus , les Conftantins , les Charle
magne
1758 MERCURE DE FRANCE
magne , les Saint Louis , les Henris & c
tous ont été Chaffeurs avant que d'être Conquerans
; ce noble exercice eft l'école des grands
Capitaines ; les Chaffeurs ont leurs loix
leurs ordres , leurs campemens , leurs marches,
leurs rufes en un mot , la Chaffe eft l'image
de la guerre.
Puiffiez- vous , Meffieurs , fi lajustice des
armes de la France venoit à realifer cette
image , vous fervir de la force , de l'adreſſe ,
du courage , du fangfroid & de toutes les autres
qualités qui s'acquierent dans ce penible
exercice : puiffiez- vous vous en fervir efficacement
pour la gloire de notre Monarque ,
pour le bien & l'honneur de la Patrie.
Ce Difcours étant fini , on fe rendit au
lieu deſtiné , & où tous les préparatifs
avoient été faits les jours précedens . On
avoit choiſi un petit terrain , fitué ſur le
bord duVar , proche des limites qui féparent
la France de la Savoye , du côté de
Nice , à un quart de lieuë de la Ville d'Entrevaux
; on avoit la Riviere à gauche en
regardant le Levant , & à droite un Rocher
fort élevé, du haut duquel fe préci
pitent les eaux d'un ruiffeau qui forment
une affez agréable Caſcade , & qui font
-en cet endroit là la féparation des deux
-Etats.
Il feroit difficile d'exprimer avec quelle
vîteffe
A O UST. 1730. 1759
viteffe & quelle regularité on vit élever
en fi
peu de tems une piramide triangu
laire , il eft vrai qu'on avoit préparé d'avance
des fapins & des peupliers fort
hauts , des planches , des clous & tous les
outils neceflaires , & fur tout des Echelles;
on avoit de même déja peint en autant de
differens chaffis toutes les pieces qui devoient
revêtir cette Piramide , à quoi plu
fieur rames de papier furent employées.
Ici un Lecteur qui ne fe feroit pas défait
des prejugés de l'enfance , pourroit
fur ce mot de papier fe former une idée
peu avantageule du travail & de la peinture
qui ornoient cette Piramide ; mais
eft-ce toujours la matiere feule qui fait le
prix d'un Ouvrage La forme avec tout
ce qu'une habile main peut ajoûter d'agréable
& d'ingénieux à la matiere , de
quelque nature qu'elle foit , ne lui eft- elle
pas ce que l'ame eft au corps ? de quelles
beautés le papier n'eft- il pas fufceptible ?
Et quels tréfors ne lui confie- t- on pas ?
on pourroit en apporter cent exemples
fi cette verité avoit befoin de preuve ; s'il
avoit fallu dans cette occafion que la richeffe
de la matiere eut répondu à l'ar
deur de notre zele , ni les métaux les plus
précieux , ni les marbres les plus riches ,
n'auroient jamais pû le faire ; & quelque
pompeux & folide qu'eut été ce monu
ment
1760 MERCURE DE FRANCE
ment , il n'auroit jamais eu la durée
que
le papier peut lui donner.
On auroit de la peine à
comprendre ,
ainfi que je viens de dire , comme tout fut
mis en place avec tant de jufteffe , fi on
ne faifoit
remarquer que parmi ces Chaf
feurs il y avoit des Ingenieurs , des Architectes
, des Peintres , des Poëtes & c,
fans qu'aucun d'eux en faffe
profeffion .
Venator omnis homo.
Tous ces talens réunis furent d'un grand
fecours pour la perfection de l'Ouvrage
& fur tout fi l'on ajoûte qu'outre la main
& la direction de fept Maîtres , il y avoit
autant de valets , dont les uns étoient
Charpentiers , les autres Maffons. & c. Enfin
avant la nuit tout fut mis en place , &
tout fut illuminé dès qu'elle parut.
Je ne m'amuferai pas à faire un détail
de
l'arrangement , ni de l'effet d'un nombre
infini de falots & de lampions qui entouroient
tout le terrain qu'on avoit choifi
, tout Lecteur qui comprend ce que fçavent
faire des gens entendus , bien intionnés
& genereux , en concevra une
idée plus
avantageufe que celle que je
pourrois lui en donner par des
tions outrées ; il me fuffit de dire qu'on
n'a peut-être jamais rien fait de plus charmant
, & qui ait eu moins de fpectateurs ;
nous en étions les feuls , auffi ne l'avions
exageranous
A O UST. 1730. 1761
nous fait que pour nous , c'eft à dire ,
uniquement pour le plaifir de donner en
particulier les marques les plus finceres
de cette joye que le coeur d'un bon François
peut fentir, & que fa langue ne fçauroit
exprimer.
le
D'ailleurs, fi cette charmante Fête n'eut
pas d'autres témoins , c'eſt qu'il n'appartient
qu'à de gens de guerre ou à de Chaf
feurs de camper , habet fua Caftra Diana,
& de paffer la nuit dans des agitations ſi
differentes & dans des mouvemens qui
ne furent pas même interrompus par
repos de la table ; car quoique des valets
entendus fuffent chargés du foin de faire
tirer par intervale un grand nombre de
Boëtes , dont le bruit s'étendoit fi au loin
par les ondulations & les repercuffions
fucceffives des échos des Montagnes, qu'on
nous a affuré avoir été entendu de trois
ou quatre lieuës à la ronde ; quoique nos
Valets , dis-je , euffent le foin de cette artillerie
bruyante , il fe détachoit toujours
quelque Maître pour ordonner & pour
faire executer à propos. C'eft ainfi que la
préſence de l'Officier eft neceffaire aux
Soldats dans une expedition militaire.
Je ne dis rien du Repas ni de l'apetit.
On ne fervit que du Gibier , & l'on mangea
comme des Chaffeurs ; c'eft tout dire.
La table étoit dreffée à la Turque , la nape
D étoit
7
1762 MERCURE DE FRANCE
étoit étenduë fur le même gazon qui nous.
fervoit de fiege . De cette charmante &
naturelle fituation , non loin de nos Barraques
, gardées par plufieurs chiens à
l'attache , nous admirions la face de la Piramide
qui tournoit de ce côté- là; je donnerai
l'Extrait abregé de ce qu'elle repréfentoit,
& de ce qu'on voyoit fur les deux,
autres faces , après avoir dit en deux mots
ce que j'avois oublié en parlant de ce Monument
élevé en fi peu de temps. Le piédeſtal
de cette Pyramide tranſparente
étoit d'un très -beau Marbre feint & richement
veiné ; elle étoit furmontée d'un .
Globe parfait, ouvert au - deffus , très - bien
illuminé au-dedans. On voyoit fur ce.
Globe de trois côtez les Armes de France
foûtenuës par trois Dauphins , chacun fur
un des Angles , où l'on avoit ménagé , de
même qu'en plufieurs autres endroits , des .
ouvertures pour la fumée des Lampions.
qui étoient en dedans , & dont la lumiere
moins vive , mêlée à celle des Lampions
du dehors qui regnoient tout le long des
trois angles , diftribuoit fi à propos le
clair & l'obfcur fur la Peinture , qu'au jugement
des connoiffeurs , on n'a jamais
rien vû de plus curieux . Auffi M. le Chevalier
de..... qui en eft l'Inventeur , a
promis de faire admirer cet effet furprenant
dans une grande Ville à la naiffance
du
AOUST . 1730. 1763
du fecond Prince que nous attendons.
On voyoit tout le long de ces trois faces
des Devifes & des Emblêmes qui répondoient
au fujet qui étoit repréſenté
au bas ; c'étoit comme trois Tableaux ;
dans l'un on voyoit la Reine avec cet
air de Majefté qui infpire le refpect & la
confiance , elle avoit à fa fuite toutes les
Vertus peintes avec leurs attributs , elles
faifoient paroître leur admiration & leur
joye , & fembloient dire à la Reine qu'elles
avoient contribué à faire defcendre du
Ciel ce cher Dauphin que l'on voyoit fur
une nuée dans un Berceau que deux Anges
foutenoient d'une main , portant de
l'autre plufieurs tiges de Lys. Voici comme
on fait parler les Vertus .
Quem tua vota diù Filium Regina petebant ,"
Hunc Deus , & nobis, dum dedit ipfe tibi.
per-
On avoit repréſenté de l'autre côté une
Mer tranquille avec un Dauphin portant
Arion furfon dos ; une multitude de
fonnes de toutes Nations, très -bien repréfentées
par leurs differens habits , paroiffoit
fur le Rivage , les yeux attachez fur
ce Dauphin. Les Devifes en plufieurs fortes
de Langues, exprimoient parfaitement
l'interêt que doivent prendre ces differens
Peuples au bonheur de la France ; ces Devifes
étoient en Italien , en Efpagnol , en
Dij Allez
1764 MERCURE DE FRANCE
Allemand , en Anglois , en Arabe , & c.
Venator omnis homo. Je le repete , & toûjours
dans le même fens. La plupart de
ces Meffieurs ont voyagé dans ces differens
Pays , mais il y avoit réelement 'un
Gafcon de Nation , qui voulut mettre en
fa propre Langue , une Devife parmi celles
là , ce qui donna lieu au Gafconifme
des derniers Couplets de la Chanfon , où
l'on voit la Lettre b,au lieu de l'u . Ce fut ce
changement de Lettres ou de prononciation
qui fit autrefois dire à Scaliger :
26
Non temerè antiquas mutas vafconia voces
Cui nihil eft aliud vivere quàm bibere.
Lés Gafcons , fans témerité ,
Prononçant aujourd'hui contre l'Antiquité
N'en peuvent dire d'autre cauſe ;
Sinon que la vivacité ,
Avec la bibacité ,
Eft chez eux une même chose.
Enfin dans la troifiéme face en Perfpective
des Chaffeurs , on voyoit fur un nuage
brillant S. Hubert qui fuiyoit le Roi,
& qui fembloit lui marquer la route qu'il
devoit tenir à la Chaffe . Ce Monarque
étoit à pied , & avec cette adreffe & cette
bonne grace qui le font diſtinguer fi facilement
des autres hommes , il couchoit
fon
AOUST. 1730. 1765
fon fufil en jouë fur des Oifeaux de proye,
fur des Corbeaux & autres Oifeaux de
mauvaiſe augure , qu'on voyoit dans le
lointain s'envoler en confufion , comme
on voyoit plus bas fur un terrain éloigné ,
des Loups , des Renards , &c. rentrer avec
précipitation dans leurs tanieres , tandis
qu'il paroiffoit fur une autre ligne & à la
portée du fufil , des Colombes , des Tourterelles
, &c. qui ſembloient ſe réjoüir &
fe raffurer à fon approche.
On avoit peint à fes pieds des Chiens de
Chaffe , à l'arrêt des Perdrix, des Lievres ,
&c. deforte qu'on auroit dit que le Gibier
le venoit offrir lui- même aux dépens
de fa vie , pour le plaifir du Roy. On
avoit exprimé cela par ces Vers :
Agmina nigra fugat , ceffant trepidare Cotumba
,
Heros venator fic LoDoicús erit.
Ecce Lupos cogit & vulpes intrare cavernas ?
Nos verò occidat Regis amica manus.
Voila à peu près , en abregé , la Rela
tion de la Fête des Chaffeurs , qu'on a
fupprimée avec celle de la Fête que le
Grand-Vicaire de Glandé ve fit le même
jour à l'Evêché. Il y avoit devant la porte
un Arc de Triomphe très - bien entendu ,
parfaitement illuminé & chargé de quan-
Diij tité
1766 MERCURE DE FRANCE
tité de Devifes . On ne pouvoit rien ajoûter
aux Illuminations , au bruit continuel
des Boëtes & à tout ce qui peut fuppléer
aux Artifices & aux Fufées qu'il ne
fut pas poffible d'avoir dans ces Montagnes.
Si ces deux Relations , qui étoient une
fuite de celle de la Réjoüiffance du Commandant
d'Entrevaux , avoient paru , le
Public , à qui il ne faut jamais impoſer, &
qu'il fautau contraire inftruire des faits hif
toriques qu'on peut ignorer , auroit appris
des particularitez fur l'établiffement
& l'ancienneté de cet Evêché & de la Ville
d'Entrevaux au lieu que l'Auteur du
;
Memoire qui a été inferé dans le Mercure,
donne pour toute érudition plufieurs fautes
en peu de mots. Il fait entr'autres la petiteVille
d'Entrevaux Frontiere de Piemont,
tandis qu'elle ne l'eft que de cette partie
de Savoye , qu'on appelle la Comté de Nice
, dont les Habitans font Régnicoles de
France. Nice , Villefranche , Vintimille ,
& leurs dépendances , faifoient partie de
la Provence , dont les Rois de France ſe
difent encore Comtes aujourd'hui.
S'il n'eft pas d'une grande importance
de fçavoir ces faits , il eſt au moins trèscertain
qu'il n'étoit pas fi neceffaire de
manquer d'exactitude fur ce point & fur
plufieurs autres , dont les perfonnes de 7
ce
AOUST. 1730. 1767
ce Pays ont été fâchées . On ne fçauroit ,
au refte , affez louer le zele de ce genereux
Commandant , ni la bonne volonté
de M. Paravicini , & non Palavicini , Capitaine
d'une Compagnie Suiffe . Il ne me
refte plus qu'à joindre ici les Vers que fit
un des Chaffeurs , & qui fùrent mis en
Mufique par un autre Chaffeur . Venator
omnis homo.
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Résumé : FESTE des Chasseurs Chevaliers de Saint Hubert, donnée à Entrevaux en Provence.
La fête des Chaffeurs Chevaliers de Saint-Hubert a été organisée à Entrevaux en Provence le 4 août 1730. La célébration a débuté par une messe suivie d'un discours prononcé par le nouvel abbé de Saint-Hubert. Ce discours visait à remercier le Roi des Rois pour la naissance du Dauphin et à prier pour la santé du roi, la fécondité de la reine et la tranquillité de l'Europe. L'orateur a également exalté les vertus des grands héros historiques, tous chasseurs dans leur enfance, et a encouragé les Chevaliers à utiliser les qualités acquises par la chasse pour la gloire du monarque et le bien de la patrie. Après le discours, les participants se sont dirigés vers un terrain près du Var, à la frontière entre la France et la Savoie. Ils y ont rapidement érigé une pyramide triangulaire décorée de sapins, de peupliers, de planches et de papier peint. Cette pyramide représentait des scènes allégoriques : la reine entourée de vertus, une mer tranquille avec un dauphin, et Saint-Hubert guidant le roi vers la chasse. La fête a inclus des illuminations, des feux d'artifice et un repas composé de gibier, servi à la turque sur un gazon. La soirée a été marquée par des activités militaires simulées et des démonstrations de chasse. La fête a été organisée avec une grande précision et un sens esthétique, malgré l'absence de matériaux précieux. Le texte mentionne également des événements spécifiques et des dates, notamment le 7 août 1730 et 1767, ainsi qu'un pays dont les habitants ont été mécontents. Il loue le zèle d'un commandant généreux et la bonne volonté de M. Paravicini, capitaine d'une compagnie suisse. Enfin, il est fait référence à des vers écrits par un des chasseurs et mis en musique par un autre, accompagnés de la phrase latine 'Venator omnis homo'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 1768-1770
COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
Début :
Pour répondre à ces Tonnerres, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Monarque
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
COUPLETS fur l'Air de la Cathereine
, qui furent chantez pendant le Repas
que donna M. le Commandant de
la Ville & Château d'Entrevaux .
Pour répondre à ces Tonnerres ,
Que fait le bruit du Canon ,
Faifons en choquant nos verres ,
Un Bachique carillon ;
De cette Liqueur charmante ,
On ne fçauroit voir la fin ,
Si fans ceffe l'on ne chante
Vive , vive le Dauphin.
Pour une fanté fi chere ,
Notre zelé Gouverneur ,
Avec la meilleure chere ,
Livre fon vin & fon coeur;
Veut- on fçavoir comme il penſe
Il croit que c'eft être heureux ,
Quand pour l'honneur de la France,
On peut être genereux.
Répondons par notre zele ,
A ces nobles fentimens ,
Sur ce genereux modele ,
Regions nos empreffemens ;
Qu'à fes foins nos voix s'uniffent ,
Et
A O UST. 1730. 1769
Et chantons fi fort qu'enfin ,
Nos Rochers ne retentiffent ,
Que du feul nom du Dauphin.
M
Et toi, Nymphe , qui repetes,
Chante plus haut , c'eſt à toi ,
Porte le bruit de nos Fêtes ,
Jufqu'à l'oreille du Roi ;
Et di lui que Ja Provence ,
Sans richeffe , fans éclat ,
Surpaffe en Réjouiffance
Tout le refte de l'Etat.
粥
Di que rien n'eft magnifique ,
Que notre fimplicité ,
Et que notre politique
N'eft que la fincerité ;
Echo , fidele Interprete ,
Qui rends toûjours fon pour fon'
Vole par tout & repete
,
Tout ce que dit ma Chanfon
Di qu'une Reine féconde ,
En nous donnant ce Heros ;
Affure au refte du monde ,
Le bonheur & le repos;,
La Paix long-temps fur la terre ,
Dv
Amufera
1770 MERCURE DE FRANCE
Amufera le Guerrier ,
Ou s'il veut faire la guerre ,
Ce ne fera qu'au Gibier.
藥
Déja l'augufte Monarque ,
Sans craindre pour fa fanté ,
Lui que la main de la Parque ,
A fi fouvent refpecté ;
Quand Diane le délaffe ,
Des foins du Gouvernement
Nous fait voir combien la Chaffe
Eft un noble amuſement.
Puifque ce noble Exercice
Fait fes innocens plaifirs ,
Saint Hubert lui ſoit propice
Et feconde fes defirs ;
Qu'en chaffant il le conduife ,
Et le conduife fi bien ,
Que jamais rien ne lui nuife,
Pas même à fon petit Chien.
, qui furent chantez pendant le Repas
que donna M. le Commandant de
la Ville & Château d'Entrevaux .
Pour répondre à ces Tonnerres ,
Que fait le bruit du Canon ,
Faifons en choquant nos verres ,
Un Bachique carillon ;
De cette Liqueur charmante ,
On ne fçauroit voir la fin ,
Si fans ceffe l'on ne chante
Vive , vive le Dauphin.
Pour une fanté fi chere ,
Notre zelé Gouverneur ,
Avec la meilleure chere ,
Livre fon vin & fon coeur;
Veut- on fçavoir comme il penſe
Il croit que c'eft être heureux ,
Quand pour l'honneur de la France,
On peut être genereux.
Répondons par notre zele ,
A ces nobles fentimens ,
Sur ce genereux modele ,
Regions nos empreffemens ;
Qu'à fes foins nos voix s'uniffent ,
Et
A O UST. 1730. 1769
Et chantons fi fort qu'enfin ,
Nos Rochers ne retentiffent ,
Que du feul nom du Dauphin.
M
Et toi, Nymphe , qui repetes,
Chante plus haut , c'eſt à toi ,
Porte le bruit de nos Fêtes ,
Jufqu'à l'oreille du Roi ;
Et di lui que Ja Provence ,
Sans richeffe , fans éclat ,
Surpaffe en Réjouiffance
Tout le refte de l'Etat.
粥
Di que rien n'eft magnifique ,
Que notre fimplicité ,
Et que notre politique
N'eft que la fincerité ;
Echo , fidele Interprete ,
Qui rends toûjours fon pour fon'
Vole par tout & repete
,
Tout ce que dit ma Chanfon
Di qu'une Reine féconde ,
En nous donnant ce Heros ;
Affure au refte du monde ,
Le bonheur & le repos;,
La Paix long-temps fur la terre ,
Dv
Amufera
1770 MERCURE DE FRANCE
Amufera le Guerrier ,
Ou s'il veut faire la guerre ,
Ce ne fera qu'au Gibier.
藥
Déja l'augufte Monarque ,
Sans craindre pour fa fanté ,
Lui que la main de la Parque ,
A fi fouvent refpecté ;
Quand Diane le délaffe ,
Des foins du Gouvernement
Nous fait voir combien la Chaffe
Eft un noble amuſement.
Puifque ce noble Exercice
Fait fes innocens plaifirs ,
Saint Hubert lui ſoit propice
Et feconde fes defirs ;
Qu'en chaffant il le conduife ,
Et le conduife fi bien ,
Que jamais rien ne lui nuife,
Pas même à fon petit Chien.
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Résumé : COUPLETS sur l'Air de la Cathereine, qui furent chantez pendant le Repas que donna M. le Commandant de la Ville & Château d'Entrevaux.
Lors d'un repas organisé par le commandant de la ville et du château d'Entrevaux, les convives célèbrent le Dauphin en faisant tinter leurs verres et en chantant en son honneur. Le gouverneur, décrit comme zélé et généreux, offre son vin et son cœur pour l'honneur de la France. Les participants expriment leur zèle et leur générosité, unissant leurs voix pour chanter le nom du Dauphin. Ils souhaitent que leurs réjouissances atteignent le roi et soulignent que la Provence, malgré son manque de richesse, surpasse les autres régions en réjouissance. Le texte vante la simplicité et la sincérité de la Provence et espère que le Dauphin apportera le bonheur et la paix. Il mentionne également le roi, qui se livre à la chasse, un noble amusement, et souhaite que cette activité lui soit bénéfique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 2006-2010
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Début :
Il prit pour texte ce Passage de la Sagesse, Chapitre 9. Envoyez-moi, Seigneur, [...]
Mots clefs :
Saint Louis, Seigneur, Dieu, Sagesse, Ciel, Trône, Armée, Monarque, Tranquillité, Royaume, Royauté, Académie des belles-lettres, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
EXTRAIT du Panegirique de S. Louis
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
prononcé en présence des Académies des
Belles Lettres & des Sciences , auquel
préfidoit M. l'Abbé Bignon , par le Reverend
Pere Dom Leandre Petuzet , Benedictin
Reformé de l'Ordre de Cluni ,
dans l'Eglife des P P. de l'Oratoire de la
rue S. Honoré.
Il prit pour texte ce Paffage de la Sageffe
, Chapitre 9. Envoyez-moi , Seigneur,
la fageffe du Ciel , votre Sanctuaire , qui eft
le Trône de votre Grandeur , afin qu'elle foit
& travaille avec moi.
P
Our prouver que S. Louis a été orné du don
de fageffe , l'Orateur diftingua deux chofes
effentielles dans la Royauté , qu'on ne peut défunir
fans en faire un phantôme. L'une que les
Rois doivent éviter , & ce font les dangers qui
en font incomparables ; l'autre qu'ils doivent
remplir , & ce font les charges qui y font attachées.
Ce font ces Charges & ces dangers qui lui
ont fourni la matiere de l'éloge de S. Louis.
En parlant de l'humilité de ce S. Roi , il dit
qu'il l'avoit portée à un point qu'on auroit peine
à atteindre ; mais qu'elle ne fut point l'effet du
temperament, & que s'il la poffeda dans un fouverain
degré , elle fut en lui une vertu chrétienne.
Jamais il n'y eut une ame plus douce , plus
debonnaire & plus humble, & jamais on n'en vît
de plus remplie de courage. Jamais Prince ne fut
plus difpofé que lui à s'aneantir devant le Seigneur
, & jamais il n'y en eut qui montrât plus
de
1
SEPTEMBRE. 1730. 2007
de fermeté devant les hommes , quand il s'agit de
foutenir les interêts de fa Couronne. Jamais Monarque
n'eut moins d'ambition pour étendre les
limites de fon Royaume , & jamais on n'en trouya
qui eut une plus fainte jaloufie de conferver
celui que le Ciel lui avoit donné pour fon heritage.
Il renonce au droit legitime qu'il avoit fur
le Royaume de Caftille , parce que la conquête
ne pouvoit s'en faire qu'aux dépens du fang de
fes Sujets. Il refuſe genereuſement l'Empire que
Gregoire IX . lui préfente , content de comman
der à ceux que le Ciel avoit foumis à ſa puiſfance
, & fi ce Souverain Pontife veut en revêtir
le Comte d'Artois , frere de ce S. Roi , il fçait
lui faire fentir ,fans s'éloigner de l'obéiffance qu'il
lui doit , qu'il n'appartient pas plus à la puiffance
Ecclefiaftique de toucher au Trône , qu'à là
temporelle de s'ingerer dans le Miniftere Sacré ;
mais il n'oublie rien pour contenir fes Sujets dans
les bornes étroites du devoir ; il porte , quand il
le faut, la terreur dans le coeur de ceux qui trou
blent la tranquillité publique &c.
En parlant de fa charité , il dit que cette divi
ne vertu qui avoit pris de profondes racines dans
fon coeur , ne lui permit pas d'avoir des entrail
les de fer pour le pauvre & le miſerable ; & ſi
Job nous dit que la mifericorde étoit fortie avec
lui du fein de fa mere & avoit crû enſemble ,
qu'on le pouvoit dire avec autant de juftice de
Louis , dequoi le Panegiriſte donna des preuves
par des faits éclatans .
>
En parlant des Charges attachées à la Royauté,
il en diftingua deux aufquelles toutes les autres
peuvent fe rapporter , & dont aucun Roi ne fe
peut difpenfer : l'une d'être équitable à l'égard
de leur peuple , l'autre d'être fidele à Dieu. Il remarqua
avec S. Jacques deux caracteres dans la
E vj Lageffe
2008 MERCURE DE FRANCE
fageffe Chrétienne qui engagent ceux qui la poffedent
à les remplir dignement ; elle n'eft point
diffimulée ; elle le porte avec docilité à tout le
bien qu'on lui propofe.
Quel eft , dit-il , le Roi Chrétien qui réduifie
plus fidelement en pratique ces deux nobles caracteres
Jufte à l'égard de fon peuple , il jugea
fans diffimulation , & avec équité. Fidele à Dieu,
il procura avec un faint zele toutes les bonnes
oeuvres qui pouvoient lui rendre le cu te qui lui
eft dû. I s'étendit beaucoup fur les preuves de
ces deux Propofitions , & retraça de beaux traits
de l'Histoire du S. Monarque.
Il peignit l'état pitoyable où étoit réduite la
Paleſtine , & tout ce que fit l'Eglife pour engager
les Princes Chrétiens à rendre la liberté cette
Terre fainte, où nous avions été délivrez de la fervitude
du démon. En falloit - il davantage , dit-il ,
pour remplir d'une fainte & noble ardeur le Fils
aîné de l'Eglife , & lui faire dire dans l'efprit de
David , je le jure devant le Seigneur , & j'en fais
un voeu au Dieu de Jacob , je n'entrerai point
dans ma maiſon , je ne repoſerai point fur mon
lit , je ne permettrai point à mes yeux de dormir
, ni à mes paupieres de fommeiller , que je
n'aye trouvé le moyen de rétablir le Seigneur
dans fa Maiſon.
Il entra dans le détail de toutes les rencontres
où S. Louis fignaia fon courage & donna à toute
fon armée le charmant fpectacle d'un Héros
vraiment Chrétien , il décrivit le Siege de Damiete
, la perte d'une Bataille qui mit l'armée de
S. Louis aux abois , & enfin la captivité. Que
vos Jugemens , ô mon Dieu , s'écria- t-il , font
impenetrables ! qui n'en admirera la profondeur ,
quand nous voyons dans les chaînes un Roi
Chrétien qui vient pour délivrer d'une cruelle
oppreffion
SEPTEMBRE . 1730. 2009
oppreffion ceux que vous avez rachetez de votre
Sang précieux ; mais ne le perdons pas de vûë
dans cette fâcheufe extremité ; le Seigneur qui
l'humilie eft à fes côtez pour le foutenir . Semblable
à Jofeph , fa fageffe ne l'abandonne pas dans la
prifon , ou comme l'Arche captive chez les Philifins
, ce Heros prifonnier fait plus honorer Dieu
par fa réfignation , que vainqueur des Infideles .
Il parla de fa feconde expedition contre les Infideles
pour aller fecourir les Chrétiens d'Afrique,
qui gémiffoient fans efperance & fans confolation .
Que n'eût - il pas fait , dit-il , pour la gloire du
Seigneur , fi en exigeant le facrifice de fa vie , il
ne le fût contenté de fa bonne volonté... Que ne
puis -je vous le préfenter accablé fous fa Tente
d'une maladie mortelle & prêt à recevoir fa récompenfe
de celui pour lequel il avoit fi glorieufement
combattu. Vit- on jamais une tranquillité
plus inalterable, une réfignation plus parfaite, des
defirs plus ardens de s'unir à fon Dieu , une préfence
d'efprit plus entiere il donne fes ordres
aux principaux Chefs de fon armée & leur recommande
de ne point faire de paix avec ceux
qui n'en avoient point avec Dieu ; il appelle fon
Fils , fucceffeur de fa Couronne , & lui fait des
leçons pleines de lumieres , de fageffe & de charité
; il donne à tous des exemples preffans d'une
folide pieté , il meurt enfin comme Moyfe dans
le baifer du Seigneur , & fi comme ce Patriarche
il n'entre pas en poffeffion de la Terre qui lui
fembloit promife , il va établir fon féjour dans
les Tabernacles éternels .
Après une courte morale le Panegyrifte finit
en s'adreffant à S. Louis & lui difant : Daignez
grand Roi , du haut du Ciel où vous regnez avec
Dieu , recevoir les voeux d'un Peuple zele pour
votre gloire , fidele à votre Sang & plein de
confiance
2010 MERCURE DE FRANCE
confiance en votre puissante protection . Mais
regardez toûjours d'un oeil propice cet augufte
Monarque , qui eft affis fur votre Trône , qui
n'eft pas moins heritier de vos vertus que de vctre
Sceptre, & qui fe voit heureusement renaître
dans un Prince que le Ciel n'a pas refufé à
la ferveur de nos prieres qu'il a accordé à la
falide pieté d'une Reine digne du fublime rang
qu'elle remplit & dont la Naissance affermit
notre esperance & affure notre tranquillité.
Seyez beni , ô mon Dieu , de nous avoirfait un
don fi précieux , confervez les pour en faire un
jour de bonheur du Royaume que S. Louis gouverna
avec tant de fageffe ; formez-le fur ce
modele des veritables Rois , & que semblable
à fon Pere , il exprime avec lui la valeur qui
le rendit redoutable à fes ennemis , la charité
qui le fit pere de fon Peuple , la Religion qui le
fanctifia fur le Trône.
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Résumé : EXTRAIT du Panegirique de S. Louis prononcé en présence des Académies des Belles Lettres & des Sciences, auquel présidoit M. l'Abbé Bignon, par le Reverend Pere Dom Leandre Petuzet, Benedictin Reformé de l'Ordre de Cluni, dans l'Eglise des P P. de l'Oratoire de la rüe S. Honoré.
Le Panégyrique de Saint Louis, prononcé par le Révérend Père Dom Leandre Petuzet, met en lumière les vertus et les actions du roi Saint Louis. L'orateur utilise un passage de la Sagesse pour démontrer que Saint Louis était doté du don de sagesse. Il distingue deux aspects essentiels de la royauté : les dangers à éviter et les charges à remplir. Saint Louis est loué pour son humilité, une vertu chrétienne qu'il cultivait malgré son rang. Il était à la fois doux et courageux, humble devant Dieu et ferme devant les hommes. Il refusait d'étendre son royaume par la violence et renonça à des opportunités de pouvoir, comme le trône de Castille et l'Empire offert par Grégoire IX. La charité de Saint Louis est également mise en avant. Il avait un profond sens de la miséricorde envers les pauvres. Les deux charges principales de la royauté, selon le texte, sont d'être équitable envers le peuple et fidèle à Dieu. Saint Louis est décrit comme un roi juste et zélé pour les bonnes œuvres. Le texte détaille ses actions en Terre Sainte, son courage lors des batailles, et sa captivité, où il resta fidèle à Dieu. Il mentionne également sa seconde expédition en Afrique pour secourir les chrétiens. Saint Louis est présenté comme un modèle de piété et de sagesse, mourant en paix et recommandant à son fils de ne pas faire la paix avec les infidèles. Le panégyrique se termine par des vœux pour que le roi actuel, héritier des vertus de Saint Louis, gouverne avec la même sagesse et charité.
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