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1
p. 80-81
Mort de M. le Duc de Lesdiguieres. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est pas toûjours temps de rire, & apres les Bals [...]
Mots clefs :
Mort, Duc de Lesdiguières
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Duc de Lesdiguieres. [titre d'après la table]
Il n ’eft pas toujours
temps de rire, & apres les
Bals & les DivertifTemens,
il faut quelquefois longer
à des chofes plus férieufès.
de Monfieur le Duc de
Lefdiguiere-s, Gouverneur
de Dauphiné, a flic pafTer
ce Nom illuftre, ainfi que
fes grands Biens & fesGou- O
vernemens, à Monfieur le
Comte de Saulx fon Fils,
digne Heritier du Grand
G A L A N T . 8 ï
Conneftable deLefdiguieres, & du Marefchal de
Créquy, (es Grands Peres
temps de rire, & apres les
Bals & les DivertifTemens,
il faut quelquefois longer
à des chofes plus férieufès.
de Monfieur le Duc de
Lefdiguiere-s, Gouverneur
de Dauphiné, a flic pafTer
ce Nom illuftre, ainfi que
fes grands Biens & fesGou- O
vernemens, à Monfieur le
Comte de Saulx fon Fils,
digne Heritier du Grand
G A L A N T . 8 ï
Conneftable deLefdiguieres, & du Marefchal de
Créquy, (es Grands Peres
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2
p. 97-100
« Je suis vieux, Belle Iris, c'est un mal incurable; [...] »
Début :
Je suis vieux, Belle Iris, c'est un mal incurable; [...]
Mots clefs :
Mort, Vieux, Coeur, Charme, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : « Je suis vieux, Belle Iris, c'est un mal incurable; [...] »
72 LE MERCURE J
E fuis vieux , Belle Iris , c'est
un mal incurable;
Dejour en jour il croît , d'heure enheureil accable :
La mortſeule en guerit , mais fi
dejour en jour Ilme rendplus malpropre àgrof- firvôtre Cour ,
Le tire enfin cefruitde madécrepitude,
Quejevous voySans trouble Sans inquietude ,
Sans batement de cœur , & que ma liberté
Presde tous vos attraits est toute enseureté.
Tel est l'heureux
çoit des années
Secours que reUne ame dont vos loix regloient les deſtinées.
Non que jefois encor bien deſat- coutumé
Des
GALAN Τ. 75
Des douceurs que prodigue un
cœurvrayment charme;
A ce tribut flateur la bienfeance
oblige,
Le Merite l'impose, &la Beauté l'exige,
Nulâge n'en dispense , &fût-on
aux abois,
Ilfaut enfuir la veuë,ouluypa yerſes droits ;
Mais ne me rangez point , alors que j'en foûpire ,
Parmy les Soupirans dont il vous
plaist de rire.
Ecoutez mesfoûpirs ſans les conteràrien,
Iefuis de ces Mourans quiſe portentfort bien,
Ie vis aupres de vous dans une
paixprofonde ,
Et doute , quand j'enfors, fi vous estes au Mondes
Tome 3. D
76 LE MERCURE Pardonnez-moy ce mot qui ſent
le revolté,
Avec le cœurpeut-estre il est mal
concerté,
Vos regards ont pourmoy toûjours lemême charme ,
M'offrent mêmes perils , me don
nent meſme alarme ,
Etie n'espererois aucune queriſon,
Sil'âgeestoit chez vous monſeul
contrepoison.
Mais graces au bonheur de ma
triste avanture ,
Apeine ay-ie loisir d'y sentir ma bleffure.
Graces àvingt Amans dontchez
vousonſe rit,
Dés que vôtre œilmy bleſſe , un
autre œilmyguerit. Souffrez que ie m'enflate, ởqu à
mon tour ie cede
Au chagrinant Rivalqui comme
GALAN T. 77 eux vous obfede,
Qui leurfaitpresque àtous de- Serter vostre Cour ,
Et n'oſe vous parler ny d'Himen
nyd'amour.
Vousledites du moins , &voulez
qu'on le croye ,
Etmon rested'amourvous en croit
avec joye ;
Jefayplus , jele voyſans en estre
jaloux ,
Avoſtre tour m'en croyez-vous?
E fuis vieux , Belle Iris , c'est
un mal incurable;
Dejour en jour il croît , d'heure enheureil accable :
La mortſeule en guerit , mais fi
dejour en jour Ilme rendplus malpropre àgrof- firvôtre Cour ,
Le tire enfin cefruitde madécrepitude,
Quejevous voySans trouble Sans inquietude ,
Sans batement de cœur , & que ma liberté
Presde tous vos attraits est toute enseureté.
Tel est l'heureux
çoit des années
Secours que reUne ame dont vos loix regloient les deſtinées.
Non que jefois encor bien deſat- coutumé
Des
GALAN Τ. 75
Des douceurs que prodigue un
cœurvrayment charme;
A ce tribut flateur la bienfeance
oblige,
Le Merite l'impose, &la Beauté l'exige,
Nulâge n'en dispense , &fût-on
aux abois,
Ilfaut enfuir la veuë,ouluypa yerſes droits ;
Mais ne me rangez point , alors que j'en foûpire ,
Parmy les Soupirans dont il vous
plaist de rire.
Ecoutez mesfoûpirs ſans les conteràrien,
Iefuis de ces Mourans quiſe portentfort bien,
Ie vis aupres de vous dans une
paixprofonde ,
Et doute , quand j'enfors, fi vous estes au Mondes
Tome 3. D
76 LE MERCURE Pardonnez-moy ce mot qui ſent
le revolté,
Avec le cœurpeut-estre il est mal
concerté,
Vos regards ont pourmoy toûjours lemême charme ,
M'offrent mêmes perils , me don
nent meſme alarme ,
Etie n'espererois aucune queriſon,
Sil'âgeestoit chez vous monſeul
contrepoison.
Mais graces au bonheur de ma
triste avanture ,
Apeine ay-ie loisir d'y sentir ma bleffure.
Graces àvingt Amans dontchez
vousonſe rit,
Dés que vôtre œilmy bleſſe , un
autre œilmyguerit. Souffrez que ie m'enflate, ởqu à
mon tour ie cede
Au chagrinant Rivalqui comme
GALAN T. 77 eux vous obfede,
Qui leurfaitpresque àtous de- Serter vostre Cour ,
Et n'oſe vous parler ny d'Himen
nyd'amour.
Vousledites du moins , &voulez
qu'on le croye ,
Etmon rested'amourvous en croit
avec joye ;
Jefayplus , jele voyſans en estre
jaloux ,
Avoſtre tour m'en croyez-vous?
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Résumé : « Je suis vieux, Belle Iris, c'est un mal incurable; [...] »
Le poème explore la vieillesse et l'amour à travers les yeux d'un narrateur âgé. Ce dernier exprime son malheur croissant avec l'âge, se sentant indigne de la cour d'Iris. Cependant, il affirme voir Iris sans trouble, sa liberté étant assurée face à ses attraits. Il reconnaît les douceurs d'un cœur charmé, mais se distingue des soupirants dont Iris se moque. Il vit près d'elle dans une paix profonde et doute de sa présence au monde lorsqu'il en sort. Le narrateur demande pardon pour ses paroles rebelles, admettant que les regards d'Iris ont toujours le même charme et lui causent les mêmes alarmes. Il ne voit aucun remède à son état, sauf l'âge, qui chez elle serait son seul contrepoison. Grâce à la présence de vingt amants qui se succèdent, il est rapidement guéri de ses blessures. Il cède au rival qui l'obsède et observe qu'Iris dit aimer et vouloir qu'on le croie, ce qu'il accepte avec joie, sans jalousie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 173-190
Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Début :
Ces Lions n'ont pû estre domtpez, qu'il ne nous en [...]
Mots clefs :
Amour conjugal, Mari, Femme, Mort, Foule de soupirants, Mr de la Forêt, Veuve, Argent, Désirs, Coquetterie, Machines, Receveur, Perfide
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Ces Lions n'ont pû eſtre
domptez , qu'il ne nous en ait couſté unpeude ſang ; &voi- cyune Avanture que ce fang
répandu a produite.
Paffez,Héros , paſſez , venez
courirnos Plaines ,
GALANT. 127
Le
*
HEQUR
PON
La Femme d'un Capitaine d'Infanterie parut un parfait modele d'amour conjugal, tant que ſonMary veſcut. Ses Voi- fins , ſes Parens , & ſes Amis ,
n'étoient occupez qu'à eſſuyer les larmesqu'elle verſoitquand il partoit pour l'armée.
moindre bruit d'une Bataille ,
ou d'un Siege la deſeſperoit elle enpouſſoitdes cris quifai- foient compaffion à tout le monde , &rien n'euſt égalé là haute réputation où la mettoit une ſi juſte tendreſſe , ſi elle fuſt morte avant ſon Mary ;
mais par malheurpour fa ver- tu,uncoupdeMouſquet ayant emportéce cher Epoux , cette paffion fi légitime &fi violente ſe démentit. Aprés avoir pleu- ré quelques jours, elle s'ennuya de pleurer ,ſes lamentations
128 LE MERCVRE
K
cefferent , & on n'eut pas de peine à connoiſtre que la dou- leur qu'elle montroit de ſa mort, eſtoit beaucoup moindre que l'artifice qu'elle avoit eu pour faire croire qu'elle l'ai- moit. Comme elle ne fe trouva
pas en état de ſubſiſter dans le monde apres ſa mort, parce qu'il avoit mangé preſque tout fon Bien das le Service, ſes Parens & ſes Amis crûrent qu'il n'y avoit aucun party à pren- dre pour elle , que celuy de fe retirer dans un Couvent, mais
elle estoit bien faite , la retraite ne l'accommodoit pas,&elle jugea plus àpropos de ſuivre le conſeil d'une foule de Soûpi- rans, qui luy perfuaderent fans peinequ'on nemanquoitpoint d'argent quand on ſe vouloit fervirdeſa beauté. Ce fut fur
GALANT. 129
cet honnefte fondementqu'el- le s'embarqua à faire l'épreuve de ſon merite. Plus de penſée de Couvent , elle a des veuës
plus fatisfaiſantes ; & apres avoir balance quelques jours fur qui tomberoit fon premier choix pour commencer une fi noble carriere , elle jette les yeuxfur unCamaradedupau- vreDéfunt , nommé Mª de la
Foreſt , Officier ſubalterne de
ſa Compagnie , qui remplaça bientoft l'Epoux ,&fut enco- re plus aimé. Il demeuraquelque temps unique & paiſible poffeffeur de la jeune Veuve,
& ſa premiere vertu nousdoit faire croire qu'ellen'auroit pas fi -toſt expiré, ſi le maqued'ar- gent n'euſt troublé tout d'un
coup un commerce ſi agrea- blement étably. La finance du
1
130. LE MERCVRE Fantaſſin fut malheureuſemet
trop toſt épuiſée , & il fallut malgré la vertu ſe réfoudre à
chercher quelque autre re- fource. Par hazard un Riche
Receveur, Homme d'un caratere fort amoureux, &de manieres fort liberales,avoit com- mencé à rendre quelques afſi- duitez àla Veuve.Elle avoitde
grands charmes pourluy,mais l'humeur fâcheuſe du Fantaffin l'obligeoit d'étouffer dans ungrand fecret les defirs que ſa coquetterieluyinſpiroit.Ce- pendantle beſoind'arget aug- mentoit toûjours.La Veuve en fait paroiſtre fon chagrin au Financier. Le Financier ouvre
ſa bourſe , &cette facilité à la
tirer d'embarras, avance fi fort
ſes affaires , qu'en peu de jours ilſe voit au comble de ſes fou-
GALANT. 131
1
haits. Le Fantaſſin fait du bruit
dans les premiers mouvemens de ſa jalousie , mais enfinladé- * licateſſe de ſon cœur cede aux
beſoins preſſans deſa Maîtref- - ſe , & il comprend qu'il n'eſt
pas mauvais pour fon propre intereſt, qu'il ait quelque cho- ſe à partager avec un Finan- cier. La Veuve &luy convien- nentdonc de leurs Faits , & il
eſt réſolu que pour ofter àM
le Receveur tout ſujet de gróderie , & tout prétexte de fuf- pendre ſes liberalitez , le Fan- taſſin ne paroiſtra plus dans la Maiſon , &n'y viendraqueſe- ettement , Mr le Receveur
tqui croit que fon merite feul a
chaffé ſonplus redoutableRi- val, s'abandonne àtoute lajoye que luy cauſe ſon inopinée fe- licité, &perfuadé que faMaî10
crettement
132 LE MERCVRE treffe abien voulu renoncer à
tout pour luy , il n'a plus d'au- tres foins que de luy marquer par ſes profufions qu'il meri- toit cette préference. Toutela Maiſon ſe ſent en peu detemps de ſes bienfaits , rien n'y man- que , ce font meubles fur meu- bles , le Fantaſſin y trouve ſon compte,&fansplus s'inquiéter de ce qui ſe paſſe , il vient tous les jours en ſecret partager l'argent duFinancer , &les fa- veursde laVeuve. Ce fortuné
commerce alloit admirablemet
bien , &rien n'euſt eſté égal à
tant de proſpéritez , fi la Con- fidente de cette galante paffion ne ſe fuſt malheureuſemetmis
en teſtede la troubler. C'eſtoit
une vieille Coquette qui de- meuroit dans le voiſinage,aba- donnée tant que la jeuneſſe luy
GALANT. 133 luyavoit permisde l'eſtre, avi- de de toutes fortes de gains , &
la premiere Fourbe de celles de cette noble Profeffion. Le
bonheur de ſa Voifine , & fur
tout l'argentdu Receveur , ne furent pas longtemps ſans luy - faire envie ; mais n'oſant con--
fier à ſes vieux appas le ſoin d'attraper ce qui cauſoit ſa plus forte tentation, elle s'aviſa d'u ne rufe qui luy réüffit. Elle - avoit déja voulu pluſieurs fois donner des ſoupçons deM de la Foreſt au pauvre Receveur,
qui s'obſtinoit toûjours àcroi- re qu'on avoit entierement rompu avec luyselleluy avoit meſme dit en riant , que fi elle l'entreprenoit, elle n'auroit pas de peine à luy faire voir qu'il eſtoit la Dupe de l'un & de l'autre. Elle poufſa enfin la
TomeV. M
134 LE MERCVRE
1
choſe plusloin
;
&unjour que cette rufée Confidente ſceut
qu'il devoit apporter mille écus àla Veuve , elle alla l'attendre
dans le temps que
M' de la Fo- reſt estoit ſeul avec elle dans
un Cabinet qui ne s'ouvroit que pour luy ,&où il entroit ſans eſtre veu par un petit Ef- calier dérobé. Elle nel'eut pas fi-toſt apperçeu,qu'elle courut audevantde luy , &luymon- trant le Degré qui conduiſoit au lieu du paiſible Rendez- vous , elle s'enfuit chez elle ,
apres l'avoir aſſuré qu'il trou- veroit la Veuve avec le Fantaſſin dont il ſe croyoit défait.
Le pauvre Receveur avance
,
& partagé entre la confiance &la crainte , il montoit tout doucement le Degré,quand le Diable qui ſe meſloit ce jour- $
GALAN Τ. 135 làde ſes affaires , luy fait trou- ver une jeune Enfant Niéce de la Veuve , qui le voyant aller au Cabinet où elle avoit veu fa
Tate s'enfermer avec la Foreft,
l'arreſte tout d'un coup, en luy criant qu'on n'entroit point quand M de la Foreſt eſtoit dans le Cabinet avec ſa Tante.
Il n'en fallut pas davantage pour percer le cœurdu Finan- cier. Il fort tout ardent de co--
lere d'une fi funeste Maiſon,
trop heureux , à ce qu'il croit,
d'en avoir ſauvé ſes mille écus.
Il court au plus viſte s'en con- foler avec ſa Confidente , qui s'eſtant dés long-temps prepa- rée àcet évenement, n'oublie
rien de tout ce quipeut empoi- fonner ce qu'il penſe déja de la Veuve. Elle luy conte mille avantures qu'il ſe ſeroit bien M 2
136 LE MERCVRE
1
paſſe de ſçavoir
,
& l'amuſe ſi bien par fes longs difcours ,
qu'elle le retientjuſqu'àdeux heuresdu matin,dansun temps où la vigilance du Guet n'em- peſchoit point qu'on ne volaſt toutes les nuits. Quandle pre- mier deſeſpoir dumal-heureux Receveur fut unpeuappaisé,
il voulut aller chez luy donner quelque repos à ſa douleur ;
mais l'heure eſtant fort induë,
il ne crût pas que l'obſcurité de la nuit fuſt une aſſez ſeûre
ſauvegarde pour ſes mille écus
,
qu'il s'imaginoit avoir ſauvez du naufrage. Il les laiſſa donc endépoſt àcette chere Confi- dentequi venoit de luydonner tant de marques d'une fincere amitié. La perfide qui n'avoit fait jouer toutes ces machines que pour envenir là,receut cet
GALANT. 137
argent avec une joye qui ne ſe peut dire ; & le pauvre Rece- veur fut bien étonné le lendemain , lors que venant pour le retirer de ſes mains,elle le traita de viſionnaire &d'infolent,
af de luy demander ce qu'elle prétendoit qu'il-ne luy euſt * point donné:elle yajoûta mef- me quelques menaces violentes qui firent craindre auRe- ceveur une ſuite de plus fa- cheuſes avantures,& il ſe crût
trop heureux pour éviter l'é- clat qui ne luy pouvoit eſtre que préjudiciable, d'abandon-.
ner pourtoûjours ſes écus , fa Confidente , & fa Maiſtreſſe
domptez , qu'il ne nous en ait couſté unpeude ſang ; &voi- cyune Avanture que ce fang
répandu a produite.
Paffez,Héros , paſſez , venez
courirnos Plaines ,
GALANT. 127
Le
*
HEQUR
PON
La Femme d'un Capitaine d'Infanterie parut un parfait modele d'amour conjugal, tant que ſonMary veſcut. Ses Voi- fins , ſes Parens , & ſes Amis ,
n'étoient occupez qu'à eſſuyer les larmesqu'elle verſoitquand il partoit pour l'armée.
moindre bruit d'une Bataille ,
ou d'un Siege la deſeſperoit elle enpouſſoitdes cris quifai- foient compaffion à tout le monde , &rien n'euſt égalé là haute réputation où la mettoit une ſi juſte tendreſſe , ſi elle fuſt morte avant ſon Mary ;
mais par malheurpour fa ver- tu,uncoupdeMouſquet ayant emportéce cher Epoux , cette paffion fi légitime &fi violente ſe démentit. Aprés avoir pleu- ré quelques jours, elle s'ennuya de pleurer ,ſes lamentations
128 LE MERCVRE
K
cefferent , & on n'eut pas de peine à connoiſtre que la dou- leur qu'elle montroit de ſa mort, eſtoit beaucoup moindre que l'artifice qu'elle avoit eu pour faire croire qu'elle l'ai- moit. Comme elle ne fe trouva
pas en état de ſubſiſter dans le monde apres ſa mort, parce qu'il avoit mangé preſque tout fon Bien das le Service, ſes Parens & ſes Amis crûrent qu'il n'y avoit aucun party à pren- dre pour elle , que celuy de fe retirer dans un Couvent, mais
elle estoit bien faite , la retraite ne l'accommodoit pas,&elle jugea plus àpropos de ſuivre le conſeil d'une foule de Soûpi- rans, qui luy perfuaderent fans peinequ'on nemanquoitpoint d'argent quand on ſe vouloit fervirdeſa beauté. Ce fut fur
GALANT. 129
cet honnefte fondementqu'el- le s'embarqua à faire l'épreuve de ſon merite. Plus de penſée de Couvent , elle a des veuës
plus fatisfaiſantes ; & apres avoir balance quelques jours fur qui tomberoit fon premier choix pour commencer une fi noble carriere , elle jette les yeuxfur unCamaradedupau- vreDéfunt , nommé Mª de la
Foreſt , Officier ſubalterne de
ſa Compagnie , qui remplaça bientoft l'Epoux ,&fut enco- re plus aimé. Il demeuraquelque temps unique & paiſible poffeffeur de la jeune Veuve,
& ſa premiere vertu nousdoit faire croire qu'ellen'auroit pas fi -toſt expiré, ſi le maqued'ar- gent n'euſt troublé tout d'un
coup un commerce ſi agrea- blement étably. La finance du
1
130. LE MERCVRE Fantaſſin fut malheureuſemet
trop toſt épuiſée , & il fallut malgré la vertu ſe réfoudre à
chercher quelque autre re- fource. Par hazard un Riche
Receveur, Homme d'un caratere fort amoureux, &de manieres fort liberales,avoit com- mencé à rendre quelques afſi- duitez àla Veuve.Elle avoitde
grands charmes pourluy,mais l'humeur fâcheuſe du Fantaffin l'obligeoit d'étouffer dans ungrand fecret les defirs que ſa coquetterieluyinſpiroit.Ce- pendantle beſoind'arget aug- mentoit toûjours.La Veuve en fait paroiſtre fon chagrin au Financier. Le Financier ouvre
ſa bourſe , &cette facilité à la
tirer d'embarras, avance fi fort
ſes affaires , qu'en peu de jours ilſe voit au comble de ſes fou-
GALANT. 131
1
haits. Le Fantaſſin fait du bruit
dans les premiers mouvemens de ſa jalousie , mais enfinladé- * licateſſe de ſon cœur cede aux
beſoins preſſans deſa Maîtref- - ſe , & il comprend qu'il n'eſt
pas mauvais pour fon propre intereſt, qu'il ait quelque cho- ſe à partager avec un Finan- cier. La Veuve &luy convien- nentdonc de leurs Faits , & il
eſt réſolu que pour ofter àM
le Receveur tout ſujet de gróderie , & tout prétexte de fuf- pendre ſes liberalitez , le Fan- taſſin ne paroiſtra plus dans la Maiſon , &n'y viendraqueſe- ettement , Mr le Receveur
tqui croit que fon merite feul a
chaffé ſonplus redoutableRi- val, s'abandonne àtoute lajoye que luy cauſe ſon inopinée fe- licité, &perfuadé que faMaî10
crettement
132 LE MERCVRE treffe abien voulu renoncer à
tout pour luy , il n'a plus d'au- tres foins que de luy marquer par ſes profufions qu'il meri- toit cette préference. Toutela Maiſon ſe ſent en peu detemps de ſes bienfaits , rien n'y man- que , ce font meubles fur meu- bles , le Fantaſſin y trouve ſon compte,&fansplus s'inquiéter de ce qui ſe paſſe , il vient tous les jours en ſecret partager l'argent duFinancer , &les fa- veursde laVeuve. Ce fortuné
commerce alloit admirablemet
bien , &rien n'euſt eſté égal à
tant de proſpéritez , fi la Con- fidente de cette galante paffion ne ſe fuſt malheureuſemetmis
en teſtede la troubler. C'eſtoit
une vieille Coquette qui de- meuroit dans le voiſinage,aba- donnée tant que la jeuneſſe luy
GALANT. 133 luyavoit permisde l'eſtre, avi- de de toutes fortes de gains , &
la premiere Fourbe de celles de cette noble Profeffion. Le
bonheur de ſa Voifine , & fur
tout l'argentdu Receveur , ne furent pas longtemps ſans luy - faire envie ; mais n'oſant con--
fier à ſes vieux appas le ſoin d'attraper ce qui cauſoit ſa plus forte tentation, elle s'aviſa d'u ne rufe qui luy réüffit. Elle - avoit déja voulu pluſieurs fois donner des ſoupçons deM de la Foreſt au pauvre Receveur,
qui s'obſtinoit toûjours àcroi- re qu'on avoit entierement rompu avec luyselleluy avoit meſme dit en riant , que fi elle l'entreprenoit, elle n'auroit pas de peine à luy faire voir qu'il eſtoit la Dupe de l'un & de l'autre. Elle poufſa enfin la
TomeV. M
134 LE MERCVRE
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choſe plusloin
;
&unjour que cette rufée Confidente ſceut
qu'il devoit apporter mille écus àla Veuve , elle alla l'attendre
dans le temps que
M' de la Fo- reſt estoit ſeul avec elle dans
un Cabinet qui ne s'ouvroit que pour luy ,&où il entroit ſans eſtre veu par un petit Ef- calier dérobé. Elle nel'eut pas fi-toſt apperçeu,qu'elle courut audevantde luy , &luymon- trant le Degré qui conduiſoit au lieu du paiſible Rendez- vous , elle s'enfuit chez elle ,
apres l'avoir aſſuré qu'il trou- veroit la Veuve avec le Fantaſſin dont il ſe croyoit défait.
Le pauvre Receveur avance
,
& partagé entre la confiance &la crainte , il montoit tout doucement le Degré,quand le Diable qui ſe meſloit ce jour- $
GALAN Τ. 135 làde ſes affaires , luy fait trou- ver une jeune Enfant Niéce de la Veuve , qui le voyant aller au Cabinet où elle avoit veu fa
Tate s'enfermer avec la Foreft,
l'arreſte tout d'un coup, en luy criant qu'on n'entroit point quand M de la Foreſt eſtoit dans le Cabinet avec ſa Tante.
Il n'en fallut pas davantage pour percer le cœurdu Finan- cier. Il fort tout ardent de co--
lere d'une fi funeste Maiſon,
trop heureux , à ce qu'il croit,
d'en avoir ſauvé ſes mille écus.
Il court au plus viſte s'en con- foler avec ſa Confidente , qui s'eſtant dés long-temps prepa- rée àcet évenement, n'oublie
rien de tout ce quipeut empoi- fonner ce qu'il penſe déja de la Veuve. Elle luy conte mille avantures qu'il ſe ſeroit bien M 2
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paſſe de ſçavoir
,
& l'amuſe ſi bien par fes longs difcours ,
qu'elle le retientjuſqu'àdeux heuresdu matin,dansun temps où la vigilance du Guet n'em- peſchoit point qu'on ne volaſt toutes les nuits. Quandle pre- mier deſeſpoir dumal-heureux Receveur fut unpeuappaisé,
il voulut aller chez luy donner quelque repos à ſa douleur ;
mais l'heure eſtant fort induë,
il ne crût pas que l'obſcurité de la nuit fuſt une aſſez ſeûre
ſauvegarde pour ſes mille écus
,
qu'il s'imaginoit avoir ſauvez du naufrage. Il les laiſſa donc endépoſt àcette chere Confi- dentequi venoit de luydonner tant de marques d'une fincere amitié. La perfide qui n'avoit fait jouer toutes ces machines que pour envenir là,receut cet
GALANT. 137
argent avec une joye qui ne ſe peut dire ; & le pauvre Rece- veur fut bien étonné le lendemain , lors que venant pour le retirer de ſes mains,elle le traita de viſionnaire &d'infolent,
af de luy demander ce qu'elle prétendoit qu'il-ne luy euſt * point donné:elle yajoûta mef- me quelques menaces violentes qui firent craindre auRe- ceveur une ſuite de plus fa- cheuſes avantures,& il ſe crût
trop heureux pour éviter l'é- clat qui ne luy pouvoit eſtre que préjudiciable, d'abandon-.
ner pourtoûjours ſes écus , fa Confidente , & fa Maiſtreſſe
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Résumé : Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une femme, veuve d'un capitaine d'infanterie, qui fut d'abord un modèle de dévotion conjugale. Après la mort de son mari, tué par un coup de mousquet, sa douleur se transforma rapidement en indifférence. Incapable de subvenir à ses besoins seule, elle suivit les conseils de soupirants qui lui suggérèrent d'utiliser sa beauté pour survivre. Elle s'engagea alors dans une relation avec M. de la Forest, un camarade de son défunt mari et officier subalterne. Leur union fut perturbée par des problèmes financiers, ce qui poussa la veuve à accepter les avances d'un riche receveur. Ce dernier, jaloux, fut manipulé par une confidente malveillante qui cherchait à s'emparer de son argent. La confidente, une vieille coquette rusée, fit croire au receveur que la veuve le trompait avec M. de la Forest. Elle l'attira dans un piège en l'envoyant dans un cabinet où il découvrit la nièce de la veuve, ce qui le convainquit de la trahison. Désespéré, il confia ses mille écus à la confidente, qui le trahit en refusant de les lui rendre le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 31-33
LE SOLITAIRE, SONNET.
Début :
Pendant que les beaux Esprits travaillent pour laisser apres eux / S'Eleve qui voudra, par force, ou par adresse, [...]
Mots clefs :
Matière, Sagesse, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SOLITAIRE, SONNET.
Pendant que les beaux Eſprits travaillent pour laiſſer aprés eux dequoy la convaincre des étonnantes
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
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Résumé : LE SOLITAIRE, SONNET.
L'auteur propose d'envoyer un sonnet intitulé 'Le Solitaire'. Il y exprime son désir de se retirer des grandeurs de la cour et des bruits du peuple pour rechercher la sagesse dans un lieu paisible. Il souhaite vivre sans crainte, sans faste et sans tristesse, en observant les saisons et en attendant la vieillesse dans un doux repos. Il aspire à mourir chargé d'années et inconnu, soulignant la tristesse de ceux qui meurent sans avoir accompli le bien nécessaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 16-40
Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il faudroit n'estre pas Homme pour n'en point avoir [...]
Mots clefs :
Rouen, Chevalier, Mort, Maîtresse, Surprise, Château, Conseiller, Amour, Procès, Fantôme, Abbé, Ombre, Mariages
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Il faudroit n'eſtre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
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quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
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I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
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Résumé : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune héritière de Rouen qui sombre dans le désespoir après avoir appris la mort de son amant, un jeune chevalier. Pour la distraire, on l'envoie chez une parente veuve, réputée pour son esprit agréable et sa beauté, qui attire de nombreuses personnes honorables. Malgré les efforts pour la divertir, la jeune femme continue de pleurer la perte de son amant. Cependant, le chevalier n'est pas mort et, après avoir guéri de ses blessures, il revient en Normandie. Apprenant la douleur de sa maîtresse, il décide de lui annoncer son retour en personne. Accompagné d'un conseiller et d'un abbé, il se rend au château de la parente, se faisant passer pour un conseiller égaré. La dame, pensant qu'il s'agit d'un ravisseur, les enferme après que la jeune femme, en voyant le chevalier, s'évanouit de frayeur. Le chevalier explique la situation, et la dame, comprenant la méprise, s'excuse. La jeune femme, revenue à elle, reconnaît son amant et se réjouit. Le conseiller, charmé par la veuve, décide de rester et finit par se marier avec elle. L'abbé, témoin de la situation, suggère une solution qui aboutit à deux mariages. Par ailleurs, le texte mentionne une cérémonie organisée par une personne pour quatre amoureux, qui prononcent des vœux. Ces amoureux se trouvent dans un état de bonheur extrême. En guise de récompense pour cet acte, ils expriment chaque jour le souhait que cette personne obtienne une mitre, un couvre-chef ecclésiastique symbolisant une haute dignité religieuse.
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6
p. 140-144
RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Début :
Cette indispensable necessité de mourir doit avoir quelque chose de / Si nous naissons souvent, c'est pour mourir de mesme, [...]
Mots clefs :
Fleurs, Madame Deshoulières, Amarillis, Mort
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texteReconnaissance textuelle : RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Cette indiſpenſable neceſſité de mourir doit avoir quelque choſe de bien rigoureux , puis que les Fleurs qui ne meurent que pour renaiſtre , ne fontpas fatisfaites de leur deſtin. Laré
94 LE MERCVRE ponſe qu'elles font à l'Illuſtre &belle Madame Des- Houlieres qui les avoit conſolées là- deſſus avec tant d'eſprit , en eſt une preuve. Celuy qui les fait parler eſtd'Aix enProvence, &
je croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
REPONSE
DES FLEURS ,
A MADAME
DES-HOULIERES.
SinouriaidonneSome Inous naiſſons ſouvent , c'est pour
Etpour mourird'abord.
Unmatinpaſſager nomvoit changerde fort,
.
:
GALANT. 95 Plaignez, Amarillis , nostremalheur extréme.
Enest-il un plusgrand pourdejeunes
appas,
Que d'eſtre le butin d'un ſi ſoudain trépas?
LaLoyde mourirtoſt est une Loy trop
dure,
Oùnous affuiettit l'inégale Nature.
On fait plus de pitié qu'on nefait de jaloux ,
Quandondureauſſi peuque nous.
Ilfautque nous mourions àlafleurde noftre âge
En attendant le retour du Printems.
Onse conſolepeud'unfutur avantage,
Quand on peutse paſſer d'attendre un
autre temps.
Quenous fert-ilque le Zephire Si délicatement aupres de nous souûpire,
Qu'il soit infinuant , queson espritſoit
doux,
Sidansle tems qu'ilnouscareſſe,
Etnousmarque de la tendreſſe,
La mort vient , &finit tout commerce
entrenous?
96 LE MERCVRE Vousdites cependant ; Jonquilles ,Tu- béreuſes,
Vous vivez peu de jours , mais vous vivez heureuſes ,
Quandon ade beaux jours,
Il n'estpas bon qu'ilssoientficourts.
Nulle de nous pourtant ne conferve
-l'envie
Deſe voirprolonger lavie,
Quand il s'en faut priver pour parer vos Moutons
DeGuirlandes &de Festons.
Sanspeine &fans regret chacunealors
Sedonne Avec ses plus vives couleurs. Pourqui peut enmourant leurſervir de
Couronne,
Mourirbientoft n'eest pas le plus grand
desmalheurs.
94 LE MERCVRE ponſe qu'elles font à l'Illuſtre &belle Madame Des- Houlieres qui les avoit conſolées là- deſſus avec tant d'eſprit , en eſt une preuve. Celuy qui les fait parler eſtd'Aix enProvence, &
je croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
REPONSE
DES FLEURS ,
A MADAME
DES-HOULIERES.
SinouriaidonneSome Inous naiſſons ſouvent , c'est pour
Etpour mourird'abord.
Unmatinpaſſager nomvoit changerde fort,
.
:
GALANT. 95 Plaignez, Amarillis , nostremalheur extréme.
Enest-il un plusgrand pourdejeunes
appas,
Que d'eſtre le butin d'un ſi ſoudain trépas?
LaLoyde mourirtoſt est une Loy trop
dure,
Oùnous affuiettit l'inégale Nature.
On fait plus de pitié qu'on nefait de jaloux ,
Quandondureauſſi peuque nous.
Ilfautque nous mourions àlafleurde noftre âge
En attendant le retour du Printems.
Onse conſolepeud'unfutur avantage,
Quand on peutse paſſer d'attendre un
autre temps.
Quenous fert-ilque le Zephire Si délicatement aupres de nous souûpire,
Qu'il soit infinuant , queson espritſoit
doux,
Sidansle tems qu'ilnouscareſſe,
Etnousmarque de la tendreſſe,
La mort vient , &finit tout commerce
entrenous?
96 LE MERCVRE Vousdites cependant ; Jonquilles ,Tu- béreuſes,
Vous vivez peu de jours , mais vous vivez heureuſes ,
Quandon ade beaux jours,
Il n'estpas bon qu'ilssoientficourts.
Nulle de nous pourtant ne conferve
-l'envie
Deſe voirprolonger lavie,
Quand il s'en faut priver pour parer vos Moutons
DeGuirlandes &de Festons.
Sanspeine &fans regret chacunealors
Sedonne Avec ses plus vives couleurs. Pourqui peut enmourant leurſervir de
Couronne,
Mourirbientoft n'eest pas le plus grand
desmalheurs.
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Résumé : RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Le texte aborde la fatalité de la mort, même pour les fleurs qui renaissent. Les fleurs expriment leur mécontentement face à leur destin, malgré les tentatives de consolation de Madame Des-Houlières. Elles déplorent leur sort, comparant leur existence à une loi trop sévère imposée par la nature. Elles regrettent que leur vie soit écourtée par la mort, qui survient même lorsque le vent leur apporte douceur et délicatesse. Les fleurs reconnaissent vivre peu de jours, mais affirment vivre heureuses. Elles acceptent leur sort sans regret, car leur mort peut servir à orner les moutons de guirlandes et de festons. Elles concluent que mourir jeune n'est pas le plus grand des malheurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 81-88
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Je réserve la suite de ce Traité pour le prochain Extraordinaire, / Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses, Fortune, Amour, Amant, Service, Loisirs, Liberté, Obstacle, Honnête homme, Mort, Autel, Ami, Générosité
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte extrait du 'Mercure Galant' explore les sentiments amoureux à travers une série de questions et de réponses. Il compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les sentiments sont immédiatement reçus et récompensés, et celui d'un amant qui, après une longue attente, voit enfin son amour réciproque. Le texte soutient que le second type de bonheur est plus satisfaisant, car un plaisir surprenant est un double plaisir. Le texte examine également l'impact de la liberté et des obstacles dans une relation amoureuse. La facilité de se voir fréquemment peut entraîner l'indifférence ou même le mépris, tandis que les difficultés peuvent renforcer l'amour. Il met en garde contre l'inconstance du cœur humain, qui peut être facilement attiré par la nouveauté. Le texte aborde aussi la question de la moralité en amour. Il affirme qu'il est excusable d'être esclave de sa passion, mais inacceptable de commettre des lâchetés ou des crimes pour elle. Il souligne l'importance de la complaisance dans les relations, tout en la bornant par les règles du devoir et de l'honneur. Enfin, le texte relate une anecdote sur un homme mourant qui montre plus d'amitié pour l'ami dont il éloigne la présence pour éviter de l'affliger. Cette anecdote illustre la profondeur des sentiments et la considération pour autrui, même dans les moments les plus difficiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 240-241
EPITAPHE D'UN PERROQUET.
Début :
Cy gist un fort beau Perroquet, [...]
Mots clefs :
Perroquet, Parole, Mémoire, Mignon, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE D'UN PERROQUET.
EPITAPHE D'UN PERROQUET.
Y gift unfort beau Perroquet,
une C gravitéfansfeconde;
Il n'avoit point ce for caquet-
Qui ne fait qu'étourdir le monde..
Ilparloit agréablement,
On prenoit plaifir à l'entendre:
Et ce qu'on nefçauroit comprendre,
C'est qu'il retenoit aisément
Tout ce qu'on luy vouloit apprendre .
Il ne luy faloit qu'un moment.
Il n'eftoit point de tours d'adreffe
Qu'on ne luy viftfaire fans ceffe :
Souvent ce beau petit Mignon tr
Entroit en converfation,
a
Ett
du Mercure Galant. 241
1
Et parloit de tout à merveille;
Mais dés qu'il voyoit la Bouteille,
Ilne vouloit plus tant jaſer.
Toft, toft, difoit-il, que j'en goufte.
On nepouvoit le refufer,
Et le Drôle à tremper la croufte
Prenoit plaifir à s'amuser.
Quand il en avoit dans le cafque,
Ilreprenoitfon tonplus haut :
Iljouoit du Tambourde Bafque,
Et s'en acquitoit comme ilfaut.
Aux Belles il contoit fleurette,
Et leurdifoit la Chansonnette
Sansprendre jamais un tonfaux.
S'il entendoit la Symphonie,
Ilfoûtenoit bienfa Partie
Avec les Inftrumens d'accord.
Mais ce n'eftpoint là, quoy qu'on die,
Lesplus beaux endroits de fonfort.
Philis le chériffoit fifort,
Que je n'aurois point d'autre envie
Que de me voir apresfa mort
Ce qu'il eftoit pendantfavie.
Q. deFanvier 1685.
DIEREVILLE.
Y gift unfort beau Perroquet,
une C gravitéfansfeconde;
Il n'avoit point ce for caquet-
Qui ne fait qu'étourdir le monde..
Ilparloit agréablement,
On prenoit plaifir à l'entendre:
Et ce qu'on nefçauroit comprendre,
C'est qu'il retenoit aisément
Tout ce qu'on luy vouloit apprendre .
Il ne luy faloit qu'un moment.
Il n'eftoit point de tours d'adreffe
Qu'on ne luy viftfaire fans ceffe :
Souvent ce beau petit Mignon tr
Entroit en converfation,
a
Ett
du Mercure Galant. 241
1
Et parloit de tout à merveille;
Mais dés qu'il voyoit la Bouteille,
Ilne vouloit plus tant jaſer.
Toft, toft, difoit-il, que j'en goufte.
On nepouvoit le refufer,
Et le Drôle à tremper la croufte
Prenoit plaifir à s'amuser.
Quand il en avoit dans le cafque,
Ilreprenoitfon tonplus haut :
Iljouoit du Tambourde Bafque,
Et s'en acquitoit comme ilfaut.
Aux Belles il contoit fleurette,
Et leurdifoit la Chansonnette
Sansprendre jamais un tonfaux.
S'il entendoit la Symphonie,
Ilfoûtenoit bienfa Partie
Avec les Inftrumens d'accord.
Mais ce n'eftpoint là, quoy qu'on die,
Lesplus beaux endroits de fonfort.
Philis le chériffoit fifort,
Que je n'aurois point d'autre envie
Que de me voir apresfa mort
Ce qu'il eftoit pendantfavie.
Q. deFanvier 1685.
DIEREVILLE.
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Résumé : EPITAPHE D'UN PERROQUET.
En janvier 1685, Diereville rédigea une épitaphe pour un perroquet exceptionnel. Cet oiseau se distinguait par sa capacité à parler agréablement et à retenir facilement ce qu'on lui enseignait. Il maîtrisait divers tours et pouvait converser sur divers sujets, comme le rapportait le Mercure Galant. Cependant, à la vue d'une bouteille, il préférait boire plutôt que de parler. Après avoir bu, il reprenait la parole avec enthousiasme, jouait du tambour et chantait des chansons aux femmes sans jamais fausser une note. Il accompagnait également les symphonies avec les instruments. Malgré ces talents, Diereville exprimait son désir de posséder un perroquet aussi remarquable après sa mort, soulignant ainsi l'admiration et l'affection qu'il portait à l'oiseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 126-137
Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé des Arts, que les soins, [...]
Mots clefs :
Soins, Médecine, Remèdes, Apothicaire, Thériaque, Composition, Hôpitaux, Abeilles, Boeuf, Excréments, Peuple, Monarque, Animal solaire, Âme, Planètes, Astres, Morsure, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Je vous ay fouvent
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
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Résumé : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Le texte aborde la médecine et la thériaque, un remède spécifique. La médecine est décrite comme un art long, difficile et inélégant, mais elle émerge d'une période d'oubli grâce à la préparation de remèdes spécifiques, notamment la thériaque. À Paris, des apothicaires tels que Jos. Froy, Jauffon et Bolduc ont préparé publiquement cette composition devant la Faculté de Médecine, en présence de M. le Lieutenant Général de Police et de M. le Procureur du Roy. M. de Rouvière, apothicaire du Roy, a également entrepris cette composition et a publié des thèses à ce sujet. Le texte inclut une description d'un emblème énigmatique lié à la thériaque. Cet emblème représente des abeilles sortant des entrailles d'un bœuf mort, symbolisant la royauté et le gouvernement monarchique des abeilles. L'emblème utilise des symboles astronomiques et animaux pour illustrer la noblesse et le bonheur sous un roi. Parmi les éléments mentionnés figurent le bélier, le lézard, la vipère et le serpent, chacun ayant une signification spécifique dans le contexte de la médecine et de la royauté. L'emblème vise à montrer que les peuples seraient heureux sous la domination du monarque français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1-14
METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
Début :
La Métamorphose par laquelle je commence cette XXX. Lettre Extraordinaire / Dans l'enceinte des Murs où la petite Canche [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Morale, Peintre, Terroir, Oiseaux, Beauté, Fortune, Cieux, Récits, Bonheur, Affection, Amants, Jardin, Injustice, Téméraire, Punition, Cruauté, Mort, Divin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
6tia coutume d'inventer,
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
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11
p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
Fermer
12
p. 235-249
Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs s'estant fait faire des habits noirs pour [...]
Mots clefs :
Monsieur le Prince, Louis II de Bourbon-Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Roi de Siam, Mort, Deuil, Visite, Rois, Témoigner, Vérité, Père, Entretenir, Joie, Tristesse, Perte, France, Chantilly, Mauvais chemins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs s'eſtant
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
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Résumé : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, vêtus de noir en signe de deuil pour la mort de Monsieur le Prince, rendirent visite à son fils, désormais Monsieur le Prince. Ils exprimèrent leur tristesse et leur soutien, malgré les coutumes de leur pays qui ne prévoyaient pas de tels habits. Monsieur le Prince les remercia et souligna l'estime qu'il avait pour eux, bien qu'il n'ait pas connu leur père. Les ambassadeurs assurèrent que le roi de Siam serait profondément affecté par cette perte, rappelant un précédent épisode où un faux bruit de la mort du prince avait suscité une grande émotion à Siam. Ils regrettèrent de ne pas avoir pu rendre hommage au prince défunt en raison de divers imprévus. Monsieur le Prince exprima son désir de mieux connaître le roi de Siam et ses qualités. Les ambassadeurs discutèrent également des fortifications en France et à Siam, notant des similitudes et des différences. Ils admirèrent particulièrement les places fortifiées de Dunkerque et Lille. La visite se conclut par des échanges sur les relations diplomatiques et l'amitié entre les deux royaumes, avec des promesses de maintenir et renforcer cette union. Les ambassadeurs se rendirent ensuite chez Madame la Princesse pour lui témoigner leur douleur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 97-153
Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Vous trouverez beaucoup de faits curieux dans l'Article [...]
Mots clefs :
Mort, Nicolas Lair, César Egasse du Boulay, Bernardin de Piquigny, Gomer de Lusancy, Père Violet, Pierre Eon, Du Peray, Gilles Brunet, Deshayettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
ous trouverez beaucoup
Fanvier 1709.
I
98 MERCURE
de faits curieux dans l'Article
que vous allez lire. Vi
Maître Nicolas Lair , un
des premiersSuppôts de l Univerfité de Paris , eft mort âgé
de 85. ans , fans s'eftre jamaisfervi de Lunettes. Il eftoit
Doyen de la Nation de Normandie , & le plus ancien des
Doyens du Corps de l'Univerfité. Il y avoit efté aggregé en
1650. & s'y eftoit acquis par
fon travail une reputation
d'homme confommé dans les
belles Lettres , &
principalement dans l'éloquence qu'il
avoit profeffée jufqu'à 1682 .
THEQUE
O
LYON
DELTELA VILLE
THEQUE
QUE
DELE
TON
GALANT
au College d'Harcourt on
il avoit efté l'éleve fous le ce
lebre M Pierre Padet , & ou
il avoit plufieurs fois exercé
pendant la Regence , la Charge de Prieur des deux Maiſons
de Theologie & des Arts. Il a
poffedé les premieres dignitez
de fa Nation, fçavoir celles de
Procureur & de Cenfeur , & il
a cu la gloire de fe voir élevé
pendant deux années à la premiere place de l'Univerfité. En
1669. il cût l'avantage, eftant
Recteur, d'haranguer à la tefte
de cet illuftre Corps , le Roy
dans le Palais du Louvre , la
I ij
100 MERCURE
Reine , la Reine d'Angleterre, Monfeigneur le Dauphin,
Monfeigneur le Duc d'Anjou,
en preſentant à leurs Majeſtez,
& aux Princes du Sang , des
Cierges le jour de la Chandeleur. Il harangua à l'Hoſtel de
Condé , feue S. A. S. Monfieur le Prince Le Recteur harangue toujours en François
le Roy & les Princes , & ils
répondent ordinairement en
la mefme Langue. Monfieur
le Prince luy répondit en Grec;
mais toute la Cour ne fut pas
moins furprife que ce Prince,
d'entendre fur le champ le
GALANT 1of
Recteur faire fon Eloge , en
luy repliquant auffi en Grec,
que la France eftoit glorieufe de
renfermer dans fon fein unHeros
qui faifoit revivre l'ancienne
Grece , à quoy il ajouta beaucoup de chofes qui rendoient
ce Prince l'admiration de fon
fiecle. Mr le Prince jugeant
par là du grand merite & du
grand fçavoir de Maître Nicolas Lair , oublia fon rang,
& en traverfant fon appartement , il le conduifit jufqu'à.
l'efcalier , en luy donnant des
marques de fa bien veillance,
accompagnées de beaucoup de
I iij
102 MERCURE
loüanges. Tous ceux qui ſe³
trouverentprefens furent d'autant plus furpris de ce qui fe
paffa en cette occafion , que
peu de gens parlent en Grec
fur le champ fur toutes fortes
de fujets , & que ce que l'on
appelle fçavoir le Grec , n'eft
que le fçavoir expliquer , ou
dire des chofes que l'on a travaillées avec application , &
non répondre avec la mefme
facilité l'on feroit en d'au- que
tres Langues fur toutes fortes
de matieres.
En 1679. le 20 Juin , il·
cut encore l'honneur de por-
GALANT 103.
"
ter la parole au nomde l'Univerfité , & d'haranguer le Roy
à faint Germain en Laye fur
la Paix que Sa Majesté venoit
d'accorder à toute l'Europe: Ec
le 7. Septembre fuivant , il
complimenta au Palais Royal,
en cette mefme qualité de Recteur , Mademoifelle , fille de
Monfieur Frere unique du
Roy , fur fon mariage avec le
Roy d'Espagne ; & dans la
melme année , le College des
Jacobins de la rue S. Jacques
luy dédia par un de fes Etudians une Theſe , comme au
Chefde la premiere Univerſité
du monde.
I iiij
104 MERCURE
Aprés la mort de Me Cefar
Egaffe du Boulay , Greffier &
Hiftoriographe de l'Univerfr
té, la Faculté des Arts luy don
na la Charge de Greffier qu'il
a exercée pendant 28. ans avec
toute l'application qu'on avoit
attendue de luy. Il s'en démit
volontairement en 1706. en
faveur de Me Pierre Viel alors
Recteur , & qui eftoit de la
mefme Nation de Normandie,
afin de finir fes jours avec plus
de tranquilité. Feu Mr Col
bert avoit autrefois jetté les
yeux fur luy , pour le placer
auprés de Mrs fes enfans ; mais
GALANT 105
preferant l'étude de fon Cabinet à un employ où il falloit
partager fontems, il le remercia du grand avantage qu'il
vouloit bien luy offrir . Un fi
grand merite , & toutes les
Charges qu'il a dignement
remplies , luy ont fait donner
des marques de diftinction , &
mefme aprés la mort.
Deux jours aprés, la Faculté
des Arts fe rendit au College
d'Harcourt pour honorer les
funerailles avec toute la pompe dont elle eft reveftue. Les
deux Bedeaux de la Nation de
Normandie , portant
leurs
106 MERCURE
Maffes couvertes de crêpe ,
marchoient devant le Corps.
Quatre anciens Recteurs avec
le Chapperon violet doublé
d'hermine , tenoient les quatre coints du Poil , fur lequel
on voyoit les Ecuffons de la
Nation de Normandie , qui
font de Geules à deux Leopards l'un fur l'autre lampaffez d'azur. Le Recteur reveftu
du Manteau violet, de fa Chappe d'hermine , & de la Bourfe
Rectorale, marchoit aprés,precedez de fix Maffiers. Les quatre Procureurs des quatre Nations , en robbes rouges dou-
GALANT 107
blées d'hermine l'accompagnoient . On y voyoit enfuite les Profeffeurs du College
d'Harcourt en robbe avec le
Chapperon & le Bonnet quarré, fuivis d'un grand nombre
de perfonnes de l'Univerfité &
de la Ville. Quelques jours
aprés la Nation de Normandie
luy fit un Service dans la Chapelle du College d'Harcourt
où elle s'affemble ordinairement , avec toute la folemnité
qu'elle a coûtume d'obſerver
à la mort de fon Doyen , où
Me François Guenon , Licencié en Theologie , Profeffeur
108 MERCORE
Philofophie , & maintenant
Doyen de la Nation tion
officia
avec
les ceremonies
ordinaires.
On he peut affez regretter
le PereBernardin de Piquigny ,
Capucin du Convent du Marais ; c'étoit un Religieux d'un
vray merite , qu'une pieté rare,
& one vertu folide , foûtenuë
d'un air toûjours modefte &
majestueux rendoient également aimable & refpectable ;
& on peut dire que fon Ordre
a perdu en fa perfonne un de
fes meilleurs fujets , l'Eglife un
excellent Theologien , & la
GALANT 109
ans
Republique des Lettres une de
fes meilleurs plumes. De 76.
dont il étoit âgé , il en a
paffé prés de 60. enfon Ordre,
tant dans les emplois de Profeffeur & de Superieur , dont
il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup de fageffe & de capacité , que dans la conduite des
confciences , & dans la compofition de plufieur's beaux Ouvrages qu'il a donné au Public.
Il s'eft fur tout diftingué par fa
triple expofition latine des Epiftres de faint Paul , Ouvrage
generalement eftimé , non feulement des Prélats & des Theo-
110 MERCURE
logiens de France , mais auffi
de toute l'Eglife , & du Pape
même, quia dirplufieurs fois à
la louange de cet Auteur : Que
peu de perfonnes avoientpris auffibien que luy l'efprit defaint Paul.
Il ne vouloit pas en reſter à ce
feul chef d'œuvre, &il eft mort,
pour ainfi dire , la plume à la
main en achevant de compofer par ordre de fa Sainteté un
Commentaire fur les quatre
Evangeliftes , qui ne diminuera rien de cette haute réputation que le premier luy a acquife.
MN...Gomerde Lufan-
IGALANT
cys, Preftre Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne Abbé de Nôtre- Dame de
Vertus , ancien Chanoine &
Archidiacre de Meaux , eft
auffi decedé. Cet Abbé étoit
d'une naiffance diftinguée ; il
étoit proche parent de Monfieur le Cardinal de Noailles ,
& il étoit petit Neveu des
Grands Maîtres de Malte de
Vignacour , & il dedia même
au dernier mort feulement
depuis quelques années, une de
fes Thefes de Sorbonne. La
Maiſon de Gomer Lufancy
eft de Picardie , elle eft alliée à
,
112 MARCURE
de
celle de Mailly , de Bouflers ,
d'Ailly , d'Auxi , & autres do
cette qualité de la même Province. Le frère de cet Abbé,
qui étoit Capitaine aux Gatdes , fut tué à la journée de Seneff . Il laiffa deux fils âgez de
quatre à cinq ans, dont feu Mr
le Duc de Gefvres qui eftoit
auffi allié à cette Maifon , prit
foin; il les fit élever Pages de
la Chambre; ils entrerent enfuite dans le Regiment des
Gardes , & l'aîné fut tué dans
cours de la derniere guerre ; &
le cadet eût le même fort à la
bataille de Ramillies. Il étoit
GALANT 13
Ayde- Major du Regiment des
Gardes , & le Roy l'avoit envoyé en Eſpagne pour dreffer
le Regiment des Gardes de Sa
Majefté Catholique
M. luy donna
pour
,
& S.
en partant ,
l'encourager , un Brevet
de Colonel , la Croix de faint
Louis , & une penfion . S'il cuft
échapé à la journée de Ramillies ilauroit eu uneCompagnie,
& le Roy avoit dit de luy ,
que c'étoit un fujer propre à
être unjour un bon Major.
La Mere de ces deux Meffieurs
fe fit Carmelite à la rue Chapon , il y a environ fix ans •
Fanvier $ 710.
K
114 MERCURE
Evêque de & feu Monfieur
caux prêcha à fa prife d'Ha
bit; elle a efté enfuite tranferée
au Convent de la rue faint
Jacques. Meffieurs de Goumer
de Lufancy , defcendent du
Chancelier Henry de Matle ,
en 1413. & qui avoit eſté pendant neuf ans premier Prefident au Parlement de Paris.
Ce Magiftrat perit en 1418
par la violence &la faction des
Ducs de Bourgogne. Mr l'Abé de Lufancy étoit fort eftiméen Sorbonne , par fa vertu
&
par
fon merite.
Mre Charles de Raouffet
"GADANY 15
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Lieutenant de Roy
du vieux Brifac a fubi le
mêre fort. Il avoit longtemps fervi dans l'Infanterie
& il y a eu peu d'occafions
dans le cours de la derniere
Guerre où il ne fe foit trouvé,
& où il n'ait donné des preuves
de fa valeur. Il avoit longtempsferviavec Mr le Comte
de Reignac Brigadier , Commandeur de l'Ordre de Saint
Louis , & aujourd'huy Commandant dans la même place
dont Mr de Raouffer , eftoit
Lieutenantde Roy; la fortune
Kij
116 MERCURE
s'eftant plû a réunir dans un
même lieu deux Officiers de
diftinction qui avoient fervi
une partie de leur vie enfemble & qui eftoient liez depuis
leur premiere jeuneffe par une
tendre & fincere affection . Mr
de Raouffet dont je vous
aprens la mort eftoit affez
proche parent de Mr Raouffer
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & attaché depuis
long temps à Mr le Cardinal
deBouillon, & ils eftoient d'une
ancienne famille originaire de
Champagne ; & connue dans
le Royaume depuis le regne
GALANT 17
de Philippes de Valois. Elle a
produit de celebres perfonnages dans l'Eglife, & dans la profeffion Militaire. Sous le regne
d'Henry III. un celebre Predicateur de ce nom & qui
eftoit de l'Ordre de Saint Benoift , fe diftingua à la Cour
par fon zele contre ceux qui
favorifoient fecretement les
nouvelles opinions ; & il arrêta
parefa fermeté Apoftolique
plufieurs perfonnes qui commençoient à fe déclarer & à
foutenir les nouveaux Heretiques.
MreN...de Thelis- Valor-
1,8 MERCURE
ges, Religieux & Hoſtellier de
l'Abbaye de Savigny , où il
n'entre que des perfonnes d'une naiffance diftinguée , y eft
mort à la fleur de fon âge. Il
eftoit frere de Mr.l'Abbé de
Valorges , Abbé del If barbe
une des plus belles Abbayes de
Royaume,& proche parent du
feu Pere de la Chaife ; fon metite & fes talens le rendoient
encore plus confiderable parmi
fes Confreres , & tous ceux
qui le connoiffoient . Il entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques , & il feroit dif
ficile de trouver quelqu'un qui
GALANT 19
fut plus verfé que luy dans la
Jurifprudence Canonique:
+ - La Maifon de Thelis eft
originaire d'Angleterre, & elle
eft établie en France dés le
temps de Saint Louis ; Hugues
de Thelis dont tous ceux qui
portent aujourd'huy ce nom ,
defcendent , vivoit en 1260.
Guillaume de Thelis fon arriere-petit fils , fut Chanoine &
Comte de Lyon ; & Guichard
de Thelis petit neveu de ce
Comte,époula Jeanne de Fouldras Courcenay, d'une illuftre
famille , dont il y a encore aujourd'huy deux Comtes dans
120 MERCURE
+
l'Eglife de Lyon. Jean de Thelis Seigneur de Farges & de
Cornillon , qui époufa Marie
de Puttcy , fœur de Jeanne de
Puttey époufe de Guillaume
de Vitry , d'une des plus grandes Maifons de Savoye, fortit
de ce mariage , & fut grand',
pere d'Antoine de Thelis , Ecuyer du Duc de Bourbon , à
quiil rendit degrands & fignalez fervices ; cet Antoine , un
des plus grands guerriers de
fon temps , époufa Huguette
de Saint Romain, fille de haut
& puiffant Seigneur Pierre de
Saint Romain , Chevalier Seigneur
GALANT · 121
gneur de Larcy , & de Claude
de Thalaru , niece des deux
Cardinaux de Talaru , Archevêques de Lyon. Une fille unique fortie de ce mariage époufa Louis d'Angerolles , Seigneur de Commiers en Forez.
Guillaume de Thelis fon frere
& Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem , quitta la
Croix & époufa Françoife de
Rougemont , d'une illuftre famille qui eft éteinte à prefent
& qui a donné plufieurs Comtes à l'Eglife de Lyon. Les
defcendans de Guillaume
eftant entrez dans la Robbe
Fanvier 1710. L
122 MERCURE
en eurent les premieres Charges dans les Parlemens de Paris
& de Touloufe. Guichard de
Thelis d'une branche de l'E
pinaffe , avoit époufé dés le
13 ° fiecle Catherine de Talaru , grande tante des Cardinaux dont je viens de parler.
Geoffroy & Eftienne de Thelis fes petits fils furent Chanoines & Comtes de Lyon.
Jean de Thelis leur neveu époufa Catherine de SainteColombe, d'une famille qui a
donné auffi des Comtes à l'Eglife de Lyon , &Antoine leur
petit- neveu eft allié auffi à
GALANT 123
la Maifon de Saint Romain.
Gilbert de Thelis un des plus
grands hommes de C
guerre
du
16 fiecle , leur petit
- neveu
,
époufa
Antoinette
de Damas
,
&par là la Maifon
de Thelis
eft alliée à celle de Thianges
.
C'eftoit
ce Gilbert
de Thelis
qui eftoit Seigneur
de Valorges & qui n'ayant
point d'enfans donna
cette Terre
à Jean
de Thelis
fon neveu
, qui s'étoit fignalé
au ſervice
d'Henry IV. fur la fin du 16° fiecle.
Jean épouſa
Henriette
de SarFon , d'une illuftre Maiſon
,
dont il y a aujourd'huy
deux
Lij
124 MERCURE
Comtes dans l'Eglife de Lyon.
George de Thelis fon petitfils époufa Catherine de Malivert d'une Maifon de Breffe.
Antoine fils cadet de Jean dont
je viens de parler , fit la branche de Valorges au commencement du dernier fiecle. Il fut
ayeul de Mr le Comte de Valorges d'aujourd'huy , & du
Chevalier de Thelis qui fut tué
d'un coup decanon en 1674.
devant le Fort de Sainte Anne
en Comté. Ily a encore de cette illuftre Maifon les branches
de Charnay , de Peiffelay & des
Forges. Milon de Thelis Che-
GALANT 125
valier forma celle de Charnay
au commencement du dernier
fiecle. Il eftoit fecond fils de
Jean de Thelis & d'Arthaude
de Charnay d'une ancienne famille de Franche - Comté. Ils
s'allierent auffi aux Maifons de
Varennes, de Talaru, de ChielGigny : ce Milon fut Colonel
dans les Troupes Françoiſes ,
& fe diftingua dans toutes les
occafions de fon temps. Pierre
de Thelis forma la branche de
Peiffelay en Beaujollois ; il êpoufa Clemence de la Olpilliere. Guillaume de Thelis ,
Chevalier Seigneur des Forges,
Liij
126 MERGURE
forma la branche de ce nom
en 1534.Cette Terre paffaenfuite dans la Maifon de Sarron,
où elle eſt à preſent , & dont
un Comte de S. Jean porte le
nom. Cette beanche s'établit
enfuite dans le Nivernois , où
Marguerite de Thelis avoit
époufé Guillaume d'Orgeres.
Philibert Confeigneur des Forges fe diftingua à la teſte d'une
Compagnie de Lances à la Bataille de Coutras , & le Duc
d'Anjou depuis Roy de France,
fous le nom d'Henry III. luy
donna une gratification confiderable. L'Abbé de Valorges
GALANT 127
qui vient de moutir , n'eft pas
Je feul de fa Maifon qui ait efté
Religieux de Savigny. Hugonin de Thelis l'eftoit auffi dans
le quatorziéme ficcle.
Le Pere Violet de la Compagnie de Jefus , eft mort
dans le Grand College des
Jefuites de la Ville de Lyon.
Il eftoit un des plus grands
Theologiens de faCompagnie;
Il avoit enfeigné la Theologie
Scholaftique ou Pofitive durant 20. ans entiers & avec
une grande reputation. Il avoit
efté auffi Profeffeur en langue
Hebraïque pendant quelques
Liiij
128 MERCURE
années avec beaucoup de fuccés. Ce Pere eftoit auffi
grandCafuifte. On le confultoit de toutes parts , & fes
décifions eftoient toujours
foutenues par celles des plus
grands Theologiens du
Royaume. Nous avons quan
tité de fes Poëfies Latines. Ily
en à quelques unes adreffées à
Mr le Prefident Dugas , à qui
il avoit donné les Principes de
la langue Hebraïque dans
laquelle ce Magiftrat a fait
de grands progrés. Il avoit
fait aufli quelques Differtations fur la Baguette dans le
a
GALANT 139
.
temps que l'homme qui la
faifoit tourner comme il vouloit parut en France , & ces
Differtations furent tres- eltimées. Ce Pere avoit reſolu de
donner un Traité De triplici
anima , c'est- à- dire , fur les
trois fortes d'Ames , la Vegetante , la Senfitive ; & la Raifonnable ; mais fon grand
âge ; & fes infirmitez l'empecherent d'executer ce deffein.
Il eftoit de Seyffel , petite Ville
de Bugey , dont il avoit entrepris de donner l'Hiftoire au
Public , ce qu'il n'a pu executer àcaufe de diverfes occupa-
+
130 MERCURE
tions dont fes Superieurs l'ont
chargé en divers temps. Il
faifoit voir dans cet Ouvrage
que C. Sextius Gouverneur du
Pays des Allobroges pour les
Romains fit baftir Seyffel qu'il
fit appeller Sextellum de fon
nom & quepar abus au lieu de
Sextel on a dit Seyffel. Amé
IV. du nom Comte de Savoye,
accorda , felon cet Auteur , de
grands Privileges à cette Ville.
Onefpere que ceux qui auront
foin des Papiers de ce fçavant
hommedonneront cette Hiftoire au Public qui fera d'autant plus curieufe que Seyffel ,
GALANT 131
a efté le Theatre de la Guerre
de Savoye. Le Pere Violet eft
mort âgéesde 84. ans.
Mr le Marquis de Barbefieres Chevalier de l'Ordre de
faint Louis , Gouverneur de
faint Quentin , Lieutenant General des Armées du Roy, eft
mort dans un âge fort avancé ,
regretté de tous ceux qui le
connoiffoient ; il joignoit à de
longs & anciens fervices rendus
au Roy & à l'Etat, un genie capable des plus grandes affaires.
Il avoit fervi toutefa vie dans
la Cavalerie & à la tête duRegiment qui a long- temps por-
132 MERCURE
té fon nom. Il donna dans le
cours de la derniere guerre, de
frequentes preuves de fon courage & de fon experience dans
la Diſcipline militaire. Il a vêcu
pendant les dernieres années de
fa vie dans la pratiqne des vertus Chrêtiennes & en cela il a
fçû allier ceux de fa Profeffion
avec ceux d'un état qui luy paroift quelquefois affez oppofé. Ce Marquis étoit d'une
ancienne Maifon originaire de
Lorraine , où elle étoit connuë
dés le temps du Duc René II.
dont la vie fut remplie de fi
beaux & de fi grands évene-
GALANT 133
mens.Mrs deBarbefieres poffedoient dans cette Cour les premieres dignitez. Ils pafferent
enfuite en France , lorfque les
Princes cadets de cette Maifon
y vinrent & y formerent la
Branche de Guife , dont toutes
les autres font forties. Depuis
ce temps - là ceux de cette Maifon fe font toûjours diftinguez
dans la profeffion des armes.
Dame N... de la Chaife ,
plufieurs fois Superieure de la
troifiéme Maiſon des Filles de
Sainte Elifabeth , de l'Ordre
de faint François , de la Ville
de Lyon , qu'on nomme vul-
134 MERCURE
gairement Colinettes , à caufe
du bien que feus Mr & Me dé
Coligni ont fait à cette Maifon , y eft morte d'apoplexie ,
agée de 77. ans. C'étoit la feule qui reftoit des freres & des
fœurs du Pere de la Chaiſe. On
a remarquéque ce Pere mourut au commencement de l'année derniere , & que Madame
de la Chaiſe eft morteà la fin ;
c'eſt à dire , dans les derniers
jours de Decembre. La memoire de Madame de la Chaife fera long temps en benediction dans cette Maiſon , à caufe des bons exemples qu'elle y
GALANT 135
a donnez durant une vie affez
longue , & par le bien qu'elles luy a procuré , ayant fait
unir , il n'y a pas encore longtemps , un Prieuré à ce Monaftere Elle étoit fille de feu
Mre Gorge d'Aix, Seigneur de
la Chaife , & de Dame Renée
de Rochefort , & petite fille
Mre N.. de la Chaife, &de N...
de Cotton , fœur du Pere Cotton , Confeffeur d'Henry IV.
Elle étoit auffi fœur de Mr le
Marquis d'Aix , pere de Mr de
Souternon , de Mr le Comte
de la Chaife, pere du Marquis
de ce nom , Capitaine des Gar-
136 MERCURE
2
des de la Porte ; de feu Mr
d'Aix , Abbé d'Ambronay ;
de Mr l'Abbé du But , Abbé
& Prieur de Savigny ; de Mr
l'Abbé de la Chaiſe , nommé
Coadjuteur de Clermont , mais
qui mourut avant d'avoir fes
Bulles, & de feue Madame l'Abeffe de Marcilly. La Maiſon
de la Chaife eft de Forcz.
Mre N... Canau , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & cy- devant Vicaire de
la Paroiffe de S. Euftache , eft
mort aprés 11. mois de maladie , dans le cours de laquelle
il a donné de frequentes marI
GALANT 137
par
ques de fa patience & de fa
foûmiffion aux ordres de la
Providence. Il eftoit connu par
rapport au talent qu'il avoit
pour la conduite des ames. Il
dirigeoit plufieurs perfonnes
de qualité , mefme quelques
Princeffes , & il a procuré de
grands biens le zele qu'il
infpircit à ceux dont il gouvernoit les confciences pour
le foulagement des Pauvres. Il
eftoit un des plus habiles Docteurs de la Faculté. Il y a brillé
dans plufieurs ocafions d'éclat.
Mr le Cardinal de Noailles
l'honoroit d'une eftime partiFanvier 1710.
M
138 MERCURE
culiere , & rien ne fait plus
d'honneur à la memoire de ce
Docteur que les regrets detoute la Paroiffe de S. Euftache,
lors qu'il en quitta la conduite ; & ces regrets ont redoublé lors qu'on a appris fa mort.
Mre Elie Camus de Pontcarré, Chevalier non Profés de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , eft mort dans un âge fort
avancé , aprés avoir mené une
vie qui a efté l'édification &
l'exemple de tous ceux qui le
connoiffoient. Il eftoit frere
de feu Mr Camus de Pontcarré, Confeiller d'honneur au
GALANT 139
Parlement , & pere de Mr de
Pontcarré , premier Prefident
du Parlement de Rouen. Mes
de Pontcarré , defcendent de
Mfe N... Camus Gentilhomme Lionnois , & leur quatriéme ayeul, qui ayant beaucoup
d'enfans , laiffa aux aînéz les
terres de Fougerolles , de Bagnols & d'Arginis : & c'eft
d'euxque font forties les Bran
ches d'Yvours , d'Aubourg,
Pufignan , Camus Chavanieu,
& Camus de Coindrieu , &
dont le Chef a épousé une
coufine germaine de Mr le
Maréchal de Villars. Mr CaMij
140 MERCURE
mus dontje viens de parler , en
établit les Cadets dans le Parlement de Paris , & il acheta à
l'aîné de ces deux cadets une
Charge de Confeiller au Parlement, qui ne luy coûta alors
que dix mille francs ; c'eftoit
vers le commencement du feiziéme fiecle. C'eft de ce Confeiller que defcendent Mrs de
Pontcarré. Il acheta à l'autre
une Chargé de Maistre des Requeftes , & Mr Camus Evêque
de Bellay , dont il a cſté tant
parlé dans le dernier fiecle , en
defcendoit , & cette branche
finit en ce Prelat. Mr de Pont-
GALANT 135
carré Confeiller d'honneur au
Parlement , laiffa plufieurs enfans , dont deux de fes filles
épouferent des Magiftrats de
tres anciennes Maifons de la
Robbe, & dont il y en a un
qui a efté Intendant. Mr le
premier Prefident de Rouen ,
qui eftoit l'aîné , ' a cu deux
femmes , la premiere , fille de
Mr le Prefident Boulanger ;
& la feconde , fille de Mr de
Bragelogne Maistre des R: -
queftes.
Mre N...... Deshayettes ,
Confeiller en la Cour des Aides , eft mort fort regretté
142 MERCURE
dans fa Compagnie , où fon
merite & fa probité lui avoient
acquis beaucoup de réputa
tion. Il eftoit d'une ancienne
famille originaire de Normandie , & qui a donné beaucoup
de Magiſtrats au Parlement de
Rouen. Il avoit de grandes al
liances dans la Cour des Aides' ,
tant de fon costé que du cofté
de fa femme, du nombre defquelles font M' Petit de Ville-neuve , Prefident du même
Corps & Mr Belayer , qui en
eft Avocat General. Toutes ces
alliances,l'avoient attiré dans
cette Compagnie. Il avoie
“
GALANT· 143
beaucoup de talens naturels ;
il eftoit éloquent , & avant
d'eftre en Charge il avoit
plaidépour s'exercer , plufieurs
Caufes d'appareil au Parlementavec beaucoup de fuccés.
Il fçavoit fort bien les Langues étrangeres ; il s'y eftoit
attaché depuis fa plus grande
jeuneffe , & il y auroit parfaitement réüffi , & fur tout à l'égard de la Langue Italienne.
dont il fçavoir toutes les fineffes. Il eftoit fort lié avec Mr le
Cardinal Gualterio , ci - devant
Nonce en France ; ce Prelat
qui a acquis avec juſtice la ré-
144 MERCURE
putation d'un des plus habiles
Prelats de l'Europe , fe plaifoit
fort avec Mr Deshayettes !
& ils rappelloient quand ils
eftoient enſemble tous les plus
beaux endroits des Auteurs
Italiens tels que font le Taffe ,
le Guarino , Bocace , Bonarel
li , & c.
Meffire Gilles Brunet , Con
feiller - Clerc de la Grand'
Chambre , eft mort dans un
âge affez avancé. Il étoit d'une
Famille de Bourgogne , originaire de Beaune , & qui a
donné plufieurs Officiers au
Parlement de Paris. Mr de
Chailly,
GALANT 145
Chailly, Prefident de la Chambre des Comptes eft neveu de
l'Abbé dont je vous apprens
la mort. Cet Abbé étoit fort
eftimé dans le Parlement , & il
y avoit acquis la réputation
d'un Juge fort integre & fort
éclairé. Il étoit Abbé de Villeloin , Ordre de faint Benoist &
Dioceſe de Tours , & il avoit
fait de grands biens à fon Abbaye , par le foin qu'il avoit
pris dans les premieres années
qu'il en fût pourvû , d'y faire
venir plufieurs fonds alienez. Il
y a auffi fait faire quantité de
reparations qui ont entiereN
"Janvier 1710.
146 MERCURE
1
4
ment fait changer de face d
cette Abbaye. Il étoit Docteur
en Theologie , & il avoit fait
fon Cours &fes Licences avec
beaucoup de fuccés. Il s'appli
qua enfuite à l'étude de la Jurif
prudence , dans le deffein d'entror dans la Robe ; & on con
vint alors qu'il y avoit peu de
perfonnes qui le furpaffaffent
dans la connoiffance du Droit,
& fur tout du Canonique , au
quel il s'étoit particulierement
attaché. Il avoit auffi fait une
longue étude des Libertez de
l'Eglife Gallicane , & il feroit
à fouhaiter que quelque ha
CALANT 147
bille main mit en ordre les
6
Memoires qu'il avoit affemblez fur cette importante matiere pour les donner auPublic.
Mr l'Abbé Joifel, par la mort
de Mr Bruner, eft monté à la
Grand Chambre , & eft neveu, à la mode de Bretagne, du
celebre Mr Joifel , Doyen de la
Faculté de Theologic de Paris.
Mr N... du Peray , Brigadier des Armées du Roy, & cydevant Lieutenant-Colonel du
Regiment Lyonnois , cft mort
dans un âge fort avancé , aprés avoir donné pendant un
grand nombre d'années qu'il a
Nij
748 MERCURE
non as
porté les armes , de frequentes preuves de fon courage &
de fon experience dans la Difcipline militaire. Il étoit de
Corbeil prés Paris , & d'une
famille qui avoit toûjours cfté
fort attachée à la Maifon de
Villeroy. Feue Madame la Ma
réchale de Villeroy, mere du
Maréchal de ce nom , luy fit
avoir uneCompagnie dans le
Regiment Lyonnois qu'on leva il y a plus de so. ans. Il vinc
par fon rang , & encore plus
par fon merite , au pofte de
Lieutenant-Colonel , & en cette qualité , comme en celle de
EGALANT 149
f
Capitaine, il s'étoit trouvé dans
toutes les occafions où le Regiment Lyonnois s'eft diſtingué , fur tout dans les guerres
de Franche- Comté, où cet Of
ficier s'attira des louanges de la
bouche même de Sa Majesté.
Il avoit quitté le fervice depuis quelques années à caufe de fon grand âge & de fes
incommoditez , & le Roy luy
donna une groffe penfion lors .
qu'il quitta. Mr de Tricaud ,
aujourd'huy Brigadier , & alors
Major du Regiment Lyonnois,
eut la Lieutenance Colonelle
aprés luy. Le défunt avoit pafN iij
150 MERCURE
4
fé fa vie dans le celibat , & il a
laiffe fes biens qui font fort
confiderables à Mr Renaud ,
fon petit neveu , & fils d'un
Confeiller au Parlement de Paris .Il a paffé les dernieres années
de fa vie dans une pratique
Credes devoirs de fa Religion. Ila fait en mourant de
grandes aumônes aux pauvres.
Mre Pierre Eon de la Baronie, Chevalier , Comte Marquis de Cely, Seigneur de Soyfy , Baron defaint Germain , &
Prefident en la Chambre des
Comptes , eft mort âgé de
quarante- huit ans. Il laiffe des
素
GALANT ast
enfans de Dame N..Dargou
ges de Rannes , fille de Mr
Dargouges de Rannes , & de
Dame N... le Pelletier , four
de Mr le Premier Prefident , &
fille de Mr. le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Ce Magiftrat eft de S.
Malo, &il étoit parent du feu
Pere le Gobien Jefuite , qui a
donné plufieurs Recueils de
Lettres fur les Miffions d'O.
rient , & qui étoit auffi de faint
Malo. Il a efté fort regretté à
la Chambre des Comptes , où
fon application aux devoirs de
fa Charge , & fon merite particulier luy avoit fait beaucoup
Niiij
152 MERCURT
d'amis. Me la Prefidente fa veu
ve & à qui il a laiffé la gardenoble de fes biens , qui font
fort confiderables, eft niéce de
Mr le Marquis de Rannes, Colonel de Dragons , & Officier
General. C'eſt un des Officiers
qui entend le mieux la Cavalerie. Le Magiftrat dontje vous
apprens la mort , étoit allié du
côté maternel à la Maifon de
Coëtlogon,une desplus anciennes Maiſons & des plus qualifiées de Bretagne. Il étoit auffi du même côté à celle de
Guebriant , qui a produit dans
les derniers fiecles un Maréchal
GALANT 153
de France.Les pauvres
sont
beaucoup perdu à la mort, &
fa
il leur donnoit toutes les femaines de groffes fonimes.
Fanvier 1709.
I
98 MERCURE
de faits curieux dans l'Article
que vous allez lire. Vi
Maître Nicolas Lair , un
des premiersSuppôts de l Univerfité de Paris , eft mort âgé
de 85. ans , fans s'eftre jamaisfervi de Lunettes. Il eftoit
Doyen de la Nation de Normandie , & le plus ancien des
Doyens du Corps de l'Univerfité. Il y avoit efté aggregé en
1650. & s'y eftoit acquis par
fon travail une reputation
d'homme confommé dans les
belles Lettres , &
principalement dans l'éloquence qu'il
avoit profeffée jufqu'à 1682 .
THEQUE
O
LYON
DELTELA VILLE
THEQUE
QUE
DELE
TON
GALANT
au College d'Harcourt on
il avoit efté l'éleve fous le ce
lebre M Pierre Padet , & ou
il avoit plufieurs fois exercé
pendant la Regence , la Charge de Prieur des deux Maiſons
de Theologie & des Arts. Il a
poffedé les premieres dignitez
de fa Nation, fçavoir celles de
Procureur & de Cenfeur , & il
a cu la gloire de fe voir élevé
pendant deux années à la premiere place de l'Univerfité. En
1669. il cût l'avantage, eftant
Recteur, d'haranguer à la tefte
de cet illuftre Corps , le Roy
dans le Palais du Louvre , la
I ij
100 MERCURE
Reine , la Reine d'Angleterre, Monfeigneur le Dauphin,
Monfeigneur le Duc d'Anjou,
en preſentant à leurs Majeſtez,
& aux Princes du Sang , des
Cierges le jour de la Chandeleur. Il harangua à l'Hoſtel de
Condé , feue S. A. S. Monfieur le Prince Le Recteur harangue toujours en François
le Roy & les Princes , & ils
répondent ordinairement en
la mefme Langue. Monfieur
le Prince luy répondit en Grec;
mais toute la Cour ne fut pas
moins furprife que ce Prince,
d'entendre fur le champ le
GALANT 1of
Recteur faire fon Eloge , en
luy repliquant auffi en Grec,
que la France eftoit glorieufe de
renfermer dans fon fein unHeros
qui faifoit revivre l'ancienne
Grece , à quoy il ajouta beaucoup de chofes qui rendoient
ce Prince l'admiration de fon
fiecle. Mr le Prince jugeant
par là du grand merite & du
grand fçavoir de Maître Nicolas Lair , oublia fon rang,
& en traverfant fon appartement , il le conduifit jufqu'à.
l'efcalier , en luy donnant des
marques de fa bien veillance,
accompagnées de beaucoup de
I iij
102 MERCURE
loüanges. Tous ceux qui ſe³
trouverentprefens furent d'autant plus furpris de ce qui fe
paffa en cette occafion , que
peu de gens parlent en Grec
fur le champ fur toutes fortes
de fujets , & que ce que l'on
appelle fçavoir le Grec , n'eft
que le fçavoir expliquer , ou
dire des chofes que l'on a travaillées avec application , &
non répondre avec la mefme
facilité l'on feroit en d'au- que
tres Langues fur toutes fortes
de matieres.
En 1679. le 20 Juin , il·
cut encore l'honneur de por-
GALANT 103.
"
ter la parole au nomde l'Univerfité , & d'haranguer le Roy
à faint Germain en Laye fur
la Paix que Sa Majesté venoit
d'accorder à toute l'Europe: Ec
le 7. Septembre fuivant , il
complimenta au Palais Royal,
en cette mefme qualité de Recteur , Mademoifelle , fille de
Monfieur Frere unique du
Roy , fur fon mariage avec le
Roy d'Espagne ; & dans la
melme année , le College des
Jacobins de la rue S. Jacques
luy dédia par un de fes Etudians une Theſe , comme au
Chefde la premiere Univerſité
du monde.
I iiij
104 MERCURE
Aprés la mort de Me Cefar
Egaffe du Boulay , Greffier &
Hiftoriographe de l'Univerfr
té, la Faculté des Arts luy don
na la Charge de Greffier qu'il
a exercée pendant 28. ans avec
toute l'application qu'on avoit
attendue de luy. Il s'en démit
volontairement en 1706. en
faveur de Me Pierre Viel alors
Recteur , & qui eftoit de la
mefme Nation de Normandie,
afin de finir fes jours avec plus
de tranquilité. Feu Mr Col
bert avoit autrefois jetté les
yeux fur luy , pour le placer
auprés de Mrs fes enfans ; mais
GALANT 105
preferant l'étude de fon Cabinet à un employ où il falloit
partager fontems, il le remercia du grand avantage qu'il
vouloit bien luy offrir . Un fi
grand merite , & toutes les
Charges qu'il a dignement
remplies , luy ont fait donner
des marques de diftinction , &
mefme aprés la mort.
Deux jours aprés, la Faculté
des Arts fe rendit au College
d'Harcourt pour honorer les
funerailles avec toute la pompe dont elle eft reveftue. Les
deux Bedeaux de la Nation de
Normandie , portant
leurs
106 MERCURE
Maffes couvertes de crêpe ,
marchoient devant le Corps.
Quatre anciens Recteurs avec
le Chapperon violet doublé
d'hermine , tenoient les quatre coints du Poil , fur lequel
on voyoit les Ecuffons de la
Nation de Normandie , qui
font de Geules à deux Leopards l'un fur l'autre lampaffez d'azur. Le Recteur reveftu
du Manteau violet, de fa Chappe d'hermine , & de la Bourfe
Rectorale, marchoit aprés,precedez de fix Maffiers. Les quatre Procureurs des quatre Nations , en robbes rouges dou-
GALANT 107
blées d'hermine l'accompagnoient . On y voyoit enfuite les Profeffeurs du College
d'Harcourt en robbe avec le
Chapperon & le Bonnet quarré, fuivis d'un grand nombre
de perfonnes de l'Univerfité &
de la Ville. Quelques jours
aprés la Nation de Normandie
luy fit un Service dans la Chapelle du College d'Harcourt
où elle s'affemble ordinairement , avec toute la folemnité
qu'elle a coûtume d'obſerver
à la mort de fon Doyen , où
Me François Guenon , Licencié en Theologie , Profeffeur
108 MERCORE
Philofophie , & maintenant
Doyen de la Nation tion
officia
avec
les ceremonies
ordinaires.
On he peut affez regretter
le PereBernardin de Piquigny ,
Capucin du Convent du Marais ; c'étoit un Religieux d'un
vray merite , qu'une pieté rare,
& one vertu folide , foûtenuë
d'un air toûjours modefte &
majestueux rendoient également aimable & refpectable ;
& on peut dire que fon Ordre
a perdu en fa perfonne un de
fes meilleurs fujets , l'Eglife un
excellent Theologien , & la
GALANT 109
ans
Republique des Lettres une de
fes meilleurs plumes. De 76.
dont il étoit âgé , il en a
paffé prés de 60. enfon Ordre,
tant dans les emplois de Profeffeur & de Superieur , dont
il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup de fageffe & de capacité , que dans la conduite des
confciences , & dans la compofition de plufieur's beaux Ouvrages qu'il a donné au Public.
Il s'eft fur tout diftingué par fa
triple expofition latine des Epiftres de faint Paul , Ouvrage
generalement eftimé , non feulement des Prélats & des Theo-
110 MERCURE
logiens de France , mais auffi
de toute l'Eglife , & du Pape
même, quia dirplufieurs fois à
la louange de cet Auteur : Que
peu de perfonnes avoientpris auffibien que luy l'efprit defaint Paul.
Il ne vouloit pas en reſter à ce
feul chef d'œuvre, &il eft mort,
pour ainfi dire , la plume à la
main en achevant de compofer par ordre de fa Sainteté un
Commentaire fur les quatre
Evangeliftes , qui ne diminuera rien de cette haute réputation que le premier luy a acquife.
MN...Gomerde Lufan-
IGALANT
cys, Preftre Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne Abbé de Nôtre- Dame de
Vertus , ancien Chanoine &
Archidiacre de Meaux , eft
auffi decedé. Cet Abbé étoit
d'une naiffance diftinguée ; il
étoit proche parent de Monfieur le Cardinal de Noailles ,
& il étoit petit Neveu des
Grands Maîtres de Malte de
Vignacour , & il dedia même
au dernier mort feulement
depuis quelques années, une de
fes Thefes de Sorbonne. La
Maiſon de Gomer Lufancy
eft de Picardie , elle eft alliée à
,
112 MARCURE
de
celle de Mailly , de Bouflers ,
d'Ailly , d'Auxi , & autres do
cette qualité de la même Province. Le frère de cet Abbé,
qui étoit Capitaine aux Gatdes , fut tué à la journée de Seneff . Il laiffa deux fils âgez de
quatre à cinq ans, dont feu Mr
le Duc de Gefvres qui eftoit
auffi allié à cette Maifon , prit
foin; il les fit élever Pages de
la Chambre; ils entrerent enfuite dans le Regiment des
Gardes , & l'aîné fut tué dans
cours de la derniere guerre ; &
le cadet eût le même fort à la
bataille de Ramillies. Il étoit
GALANT 13
Ayde- Major du Regiment des
Gardes , & le Roy l'avoit envoyé en Eſpagne pour dreffer
le Regiment des Gardes de Sa
Majefté Catholique
M. luy donna
pour
,
& S.
en partant ,
l'encourager , un Brevet
de Colonel , la Croix de faint
Louis , & une penfion . S'il cuft
échapé à la journée de Ramillies ilauroit eu uneCompagnie,
& le Roy avoit dit de luy ,
que c'étoit un fujer propre à
être unjour un bon Major.
La Mere de ces deux Meffieurs
fe fit Carmelite à la rue Chapon , il y a environ fix ans •
Fanvier $ 710.
K
114 MERCURE
Evêque de & feu Monfieur
caux prêcha à fa prife d'Ha
bit; elle a efté enfuite tranferée
au Convent de la rue faint
Jacques. Meffieurs de Goumer
de Lufancy , defcendent du
Chancelier Henry de Matle ,
en 1413. & qui avoit eſté pendant neuf ans premier Prefident au Parlement de Paris.
Ce Magiftrat perit en 1418
par la violence &la faction des
Ducs de Bourgogne. Mr l'Abé de Lufancy étoit fort eftiméen Sorbonne , par fa vertu
&
par
fon merite.
Mre Charles de Raouffet
"GADANY 15
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Lieutenant de Roy
du vieux Brifac a fubi le
mêre fort. Il avoit longtemps fervi dans l'Infanterie
& il y a eu peu d'occafions
dans le cours de la derniere
Guerre où il ne fe foit trouvé,
& où il n'ait donné des preuves
de fa valeur. Il avoit longtempsferviavec Mr le Comte
de Reignac Brigadier , Commandeur de l'Ordre de Saint
Louis , & aujourd'huy Commandant dans la même place
dont Mr de Raouffer , eftoit
Lieutenantde Roy; la fortune
Kij
116 MERCURE
s'eftant plû a réunir dans un
même lieu deux Officiers de
diftinction qui avoient fervi
une partie de leur vie enfemble & qui eftoient liez depuis
leur premiere jeuneffe par une
tendre & fincere affection . Mr
de Raouffet dont je vous
aprens la mort eftoit affez
proche parent de Mr Raouffer
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & attaché depuis
long temps à Mr le Cardinal
deBouillon, & ils eftoient d'une
ancienne famille originaire de
Champagne ; & connue dans
le Royaume depuis le regne
GALANT 17
de Philippes de Valois. Elle a
produit de celebres perfonnages dans l'Eglife, & dans la profeffion Militaire. Sous le regne
d'Henry III. un celebre Predicateur de ce nom & qui
eftoit de l'Ordre de Saint Benoift , fe diftingua à la Cour
par fon zele contre ceux qui
favorifoient fecretement les
nouvelles opinions ; & il arrêta
parefa fermeté Apoftolique
plufieurs perfonnes qui commençoient à fe déclarer & à
foutenir les nouveaux Heretiques.
MreN...de Thelis- Valor-
1,8 MERCURE
ges, Religieux & Hoſtellier de
l'Abbaye de Savigny , où il
n'entre que des perfonnes d'une naiffance diftinguée , y eft
mort à la fleur de fon âge. Il
eftoit frere de Mr.l'Abbé de
Valorges , Abbé del If barbe
une des plus belles Abbayes de
Royaume,& proche parent du
feu Pere de la Chaife ; fon metite & fes talens le rendoient
encore plus confiderable parmi
fes Confreres , & tous ceux
qui le connoiffoient . Il entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques , & il feroit dif
ficile de trouver quelqu'un qui
GALANT 19
fut plus verfé que luy dans la
Jurifprudence Canonique:
+ - La Maifon de Thelis eft
originaire d'Angleterre, & elle
eft établie en France dés le
temps de Saint Louis ; Hugues
de Thelis dont tous ceux qui
portent aujourd'huy ce nom ,
defcendent , vivoit en 1260.
Guillaume de Thelis fon arriere-petit fils , fut Chanoine &
Comte de Lyon ; & Guichard
de Thelis petit neveu de ce
Comte,époula Jeanne de Fouldras Courcenay, d'une illuftre
famille , dont il y a encore aujourd'huy deux Comtes dans
120 MERCURE
+
l'Eglife de Lyon. Jean de Thelis Seigneur de Farges & de
Cornillon , qui époufa Marie
de Puttcy , fœur de Jeanne de
Puttey époufe de Guillaume
de Vitry , d'une des plus grandes Maifons de Savoye, fortit
de ce mariage , & fut grand',
pere d'Antoine de Thelis , Ecuyer du Duc de Bourbon , à
quiil rendit degrands & fignalez fervices ; cet Antoine , un
des plus grands guerriers de
fon temps , époufa Huguette
de Saint Romain, fille de haut
& puiffant Seigneur Pierre de
Saint Romain , Chevalier Seigneur
GALANT · 121
gneur de Larcy , & de Claude
de Thalaru , niece des deux
Cardinaux de Talaru , Archevêques de Lyon. Une fille unique fortie de ce mariage époufa Louis d'Angerolles , Seigneur de Commiers en Forez.
Guillaume de Thelis fon frere
& Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem , quitta la
Croix & époufa Françoife de
Rougemont , d'une illuftre famille qui eft éteinte à prefent
& qui a donné plufieurs Comtes à l'Eglife de Lyon. Les
defcendans de Guillaume
eftant entrez dans la Robbe
Fanvier 1710. L
122 MERCURE
en eurent les premieres Charges dans les Parlemens de Paris
& de Touloufe. Guichard de
Thelis d'une branche de l'E
pinaffe , avoit époufé dés le
13 ° fiecle Catherine de Talaru , grande tante des Cardinaux dont je viens de parler.
Geoffroy & Eftienne de Thelis fes petits fils furent Chanoines & Comtes de Lyon.
Jean de Thelis leur neveu époufa Catherine de SainteColombe, d'une famille qui a
donné auffi des Comtes à l'Eglife de Lyon , &Antoine leur
petit- neveu eft allié auffi à
GALANT 123
la Maifon de Saint Romain.
Gilbert de Thelis un des plus
grands hommes de C
guerre
du
16 fiecle , leur petit
- neveu
,
époufa
Antoinette
de Damas
,
&par là la Maifon
de Thelis
eft alliée à celle de Thianges
.
C'eftoit
ce Gilbert
de Thelis
qui eftoit Seigneur
de Valorges & qui n'ayant
point d'enfans donna
cette Terre
à Jean
de Thelis
fon neveu
, qui s'étoit fignalé
au ſervice
d'Henry IV. fur la fin du 16° fiecle.
Jean épouſa
Henriette
de SarFon , d'une illuftre Maiſon
,
dont il y a aujourd'huy
deux
Lij
124 MERCURE
Comtes dans l'Eglife de Lyon.
George de Thelis fon petitfils époufa Catherine de Malivert d'une Maifon de Breffe.
Antoine fils cadet de Jean dont
je viens de parler , fit la branche de Valorges au commencement du dernier fiecle. Il fut
ayeul de Mr le Comte de Valorges d'aujourd'huy , & du
Chevalier de Thelis qui fut tué
d'un coup decanon en 1674.
devant le Fort de Sainte Anne
en Comté. Ily a encore de cette illuftre Maifon les branches
de Charnay , de Peiffelay & des
Forges. Milon de Thelis Che-
GALANT 125
valier forma celle de Charnay
au commencement du dernier
fiecle. Il eftoit fecond fils de
Jean de Thelis & d'Arthaude
de Charnay d'une ancienne famille de Franche - Comté. Ils
s'allierent auffi aux Maifons de
Varennes, de Talaru, de ChielGigny : ce Milon fut Colonel
dans les Troupes Françoiſes ,
& fe diftingua dans toutes les
occafions de fon temps. Pierre
de Thelis forma la branche de
Peiffelay en Beaujollois ; il êpoufa Clemence de la Olpilliere. Guillaume de Thelis ,
Chevalier Seigneur des Forges,
Liij
126 MERGURE
forma la branche de ce nom
en 1534.Cette Terre paffaenfuite dans la Maifon de Sarron,
où elle eſt à preſent , & dont
un Comte de S. Jean porte le
nom. Cette beanche s'établit
enfuite dans le Nivernois , où
Marguerite de Thelis avoit
époufé Guillaume d'Orgeres.
Philibert Confeigneur des Forges fe diftingua à la teſte d'une
Compagnie de Lances à la Bataille de Coutras , & le Duc
d'Anjou depuis Roy de France,
fous le nom d'Henry III. luy
donna une gratification confiderable. L'Abbé de Valorges
GALANT 127
qui vient de moutir , n'eft pas
Je feul de fa Maifon qui ait efté
Religieux de Savigny. Hugonin de Thelis l'eftoit auffi dans
le quatorziéme ficcle.
Le Pere Violet de la Compagnie de Jefus , eft mort
dans le Grand College des
Jefuites de la Ville de Lyon.
Il eftoit un des plus grands
Theologiens de faCompagnie;
Il avoit enfeigné la Theologie
Scholaftique ou Pofitive durant 20. ans entiers & avec
une grande reputation. Il avoit
efté auffi Profeffeur en langue
Hebraïque pendant quelques
Liiij
128 MERCURE
années avec beaucoup de fuccés. Ce Pere eftoit auffi
grandCafuifte. On le confultoit de toutes parts , & fes
décifions eftoient toujours
foutenues par celles des plus
grands Theologiens du
Royaume. Nous avons quan
tité de fes Poëfies Latines. Ily
en à quelques unes adreffées à
Mr le Prefident Dugas , à qui
il avoit donné les Principes de
la langue Hebraïque dans
laquelle ce Magiftrat a fait
de grands progrés. Il avoit
fait aufli quelques Differtations fur la Baguette dans le
a
GALANT 139
.
temps que l'homme qui la
faifoit tourner comme il vouloit parut en France , & ces
Differtations furent tres- eltimées. Ce Pere avoit reſolu de
donner un Traité De triplici
anima , c'est- à- dire , fur les
trois fortes d'Ames , la Vegetante , la Senfitive ; & la Raifonnable ; mais fon grand
âge ; & fes infirmitez l'empecherent d'executer ce deffein.
Il eftoit de Seyffel , petite Ville
de Bugey , dont il avoit entrepris de donner l'Hiftoire au
Public , ce qu'il n'a pu executer àcaufe de diverfes occupa-
+
130 MERCURE
tions dont fes Superieurs l'ont
chargé en divers temps. Il
faifoit voir dans cet Ouvrage
que C. Sextius Gouverneur du
Pays des Allobroges pour les
Romains fit baftir Seyffel qu'il
fit appeller Sextellum de fon
nom & quepar abus au lieu de
Sextel on a dit Seyffel. Amé
IV. du nom Comte de Savoye,
accorda , felon cet Auteur , de
grands Privileges à cette Ville.
Onefpere que ceux qui auront
foin des Papiers de ce fçavant
hommedonneront cette Hiftoire au Public qui fera d'autant plus curieufe que Seyffel ,
GALANT 131
a efté le Theatre de la Guerre
de Savoye. Le Pere Violet eft
mort âgéesde 84. ans.
Mr le Marquis de Barbefieres Chevalier de l'Ordre de
faint Louis , Gouverneur de
faint Quentin , Lieutenant General des Armées du Roy, eft
mort dans un âge fort avancé ,
regretté de tous ceux qui le
connoiffoient ; il joignoit à de
longs & anciens fervices rendus
au Roy & à l'Etat, un genie capable des plus grandes affaires.
Il avoit fervi toutefa vie dans
la Cavalerie & à la tête duRegiment qui a long- temps por-
132 MERCURE
té fon nom. Il donna dans le
cours de la derniere guerre, de
frequentes preuves de fon courage & de fon experience dans
la Diſcipline militaire. Il a vêcu
pendant les dernieres années de
fa vie dans la pratiqne des vertus Chrêtiennes & en cela il a
fçû allier ceux de fa Profeffion
avec ceux d'un état qui luy paroift quelquefois affez oppofé. Ce Marquis étoit d'une
ancienne Maifon originaire de
Lorraine , où elle étoit connuë
dés le temps du Duc René II.
dont la vie fut remplie de fi
beaux & de fi grands évene-
GALANT 133
mens.Mrs deBarbefieres poffedoient dans cette Cour les premieres dignitez. Ils pafferent
enfuite en France , lorfque les
Princes cadets de cette Maifon
y vinrent & y formerent la
Branche de Guife , dont toutes
les autres font forties. Depuis
ce temps - là ceux de cette Maifon fe font toûjours diftinguez
dans la profeffion des armes.
Dame N... de la Chaife ,
plufieurs fois Superieure de la
troifiéme Maiſon des Filles de
Sainte Elifabeth , de l'Ordre
de faint François , de la Ville
de Lyon , qu'on nomme vul-
134 MERCURE
gairement Colinettes , à caufe
du bien que feus Mr & Me dé
Coligni ont fait à cette Maifon , y eft morte d'apoplexie ,
agée de 77. ans. C'étoit la feule qui reftoit des freres & des
fœurs du Pere de la Chaiſe. On
a remarquéque ce Pere mourut au commencement de l'année derniere , & que Madame
de la Chaiſe eft morteà la fin ;
c'eſt à dire , dans les derniers
jours de Decembre. La memoire de Madame de la Chaife fera long temps en benediction dans cette Maiſon , à caufe des bons exemples qu'elle y
GALANT 135
a donnez durant une vie affez
longue , & par le bien qu'elles luy a procuré , ayant fait
unir , il n'y a pas encore longtemps , un Prieuré à ce Monaftere Elle étoit fille de feu
Mre Gorge d'Aix, Seigneur de
la Chaife , & de Dame Renée
de Rochefort , & petite fille
Mre N.. de la Chaife, &de N...
de Cotton , fœur du Pere Cotton , Confeffeur d'Henry IV.
Elle étoit auffi fœur de Mr le
Marquis d'Aix , pere de Mr de
Souternon , de Mr le Comte
de la Chaife, pere du Marquis
de ce nom , Capitaine des Gar-
136 MERCURE
2
des de la Porte ; de feu Mr
d'Aix , Abbé d'Ambronay ;
de Mr l'Abbé du But , Abbé
& Prieur de Savigny ; de Mr
l'Abbé de la Chaiſe , nommé
Coadjuteur de Clermont , mais
qui mourut avant d'avoir fes
Bulles, & de feue Madame l'Abeffe de Marcilly. La Maiſon
de la Chaife eft de Forcz.
Mre N... Canau , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & cy- devant Vicaire de
la Paroiffe de S. Euftache , eft
mort aprés 11. mois de maladie , dans le cours de laquelle
il a donné de frequentes marI
GALANT 137
par
ques de fa patience & de fa
foûmiffion aux ordres de la
Providence. Il eftoit connu par
rapport au talent qu'il avoit
pour la conduite des ames. Il
dirigeoit plufieurs perfonnes
de qualité , mefme quelques
Princeffes , & il a procuré de
grands biens le zele qu'il
infpircit à ceux dont il gouvernoit les confciences pour
le foulagement des Pauvres. Il
eftoit un des plus habiles Docteurs de la Faculté. Il y a brillé
dans plufieurs ocafions d'éclat.
Mr le Cardinal de Noailles
l'honoroit d'une eftime partiFanvier 1710.
M
138 MERCURE
culiere , & rien ne fait plus
d'honneur à la memoire de ce
Docteur que les regrets detoute la Paroiffe de S. Euftache,
lors qu'il en quitta la conduite ; & ces regrets ont redoublé lors qu'on a appris fa mort.
Mre Elie Camus de Pontcarré, Chevalier non Profés de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , eft mort dans un âge fort
avancé , aprés avoir mené une
vie qui a efté l'édification &
l'exemple de tous ceux qui le
connoiffoient. Il eftoit frere
de feu Mr Camus de Pontcarré, Confeiller d'honneur au
GALANT 139
Parlement , & pere de Mr de
Pontcarré , premier Prefident
du Parlement de Rouen. Mes
de Pontcarré , defcendent de
Mfe N... Camus Gentilhomme Lionnois , & leur quatriéme ayeul, qui ayant beaucoup
d'enfans , laiffa aux aînéz les
terres de Fougerolles , de Bagnols & d'Arginis : & c'eft
d'euxque font forties les Bran
ches d'Yvours , d'Aubourg,
Pufignan , Camus Chavanieu,
& Camus de Coindrieu , &
dont le Chef a épousé une
coufine germaine de Mr le
Maréchal de Villars. Mr CaMij
140 MERCURE
mus dontje viens de parler , en
établit les Cadets dans le Parlement de Paris , & il acheta à
l'aîné de ces deux cadets une
Charge de Confeiller au Parlement, qui ne luy coûta alors
que dix mille francs ; c'eftoit
vers le commencement du feiziéme fiecle. C'eft de ce Confeiller que defcendent Mrs de
Pontcarré. Il acheta à l'autre
une Chargé de Maistre des Requeftes , & Mr Camus Evêque
de Bellay , dont il a cſté tant
parlé dans le dernier fiecle , en
defcendoit , & cette branche
finit en ce Prelat. Mr de Pont-
GALANT 135
carré Confeiller d'honneur au
Parlement , laiffa plufieurs enfans , dont deux de fes filles
épouferent des Magiftrats de
tres anciennes Maifons de la
Robbe, & dont il y en a un
qui a efté Intendant. Mr le
premier Prefident de Rouen ,
qui eftoit l'aîné , ' a cu deux
femmes , la premiere , fille de
Mr le Prefident Boulanger ;
& la feconde , fille de Mr de
Bragelogne Maistre des R: -
queftes.
Mre N...... Deshayettes ,
Confeiller en la Cour des Aides , eft mort fort regretté
142 MERCURE
dans fa Compagnie , où fon
merite & fa probité lui avoient
acquis beaucoup de réputa
tion. Il eftoit d'une ancienne
famille originaire de Normandie , & qui a donné beaucoup
de Magiſtrats au Parlement de
Rouen. Il avoit de grandes al
liances dans la Cour des Aides' ,
tant de fon costé que du cofté
de fa femme, du nombre defquelles font M' Petit de Ville-neuve , Prefident du même
Corps & Mr Belayer , qui en
eft Avocat General. Toutes ces
alliances,l'avoient attiré dans
cette Compagnie. Il avoie
“
GALANT· 143
beaucoup de talens naturels ;
il eftoit éloquent , & avant
d'eftre en Charge il avoit
plaidépour s'exercer , plufieurs
Caufes d'appareil au Parlementavec beaucoup de fuccés.
Il fçavoit fort bien les Langues étrangeres ; il s'y eftoit
attaché depuis fa plus grande
jeuneffe , & il y auroit parfaitement réüffi , & fur tout à l'égard de la Langue Italienne.
dont il fçavoir toutes les fineffes. Il eftoit fort lié avec Mr le
Cardinal Gualterio , ci - devant
Nonce en France ; ce Prelat
qui a acquis avec juſtice la ré-
144 MERCURE
putation d'un des plus habiles
Prelats de l'Europe , fe plaifoit
fort avec Mr Deshayettes !
& ils rappelloient quand ils
eftoient enſemble tous les plus
beaux endroits des Auteurs
Italiens tels que font le Taffe ,
le Guarino , Bocace , Bonarel
li , & c.
Meffire Gilles Brunet , Con
feiller - Clerc de la Grand'
Chambre , eft mort dans un
âge affez avancé. Il étoit d'une
Famille de Bourgogne , originaire de Beaune , & qui a
donné plufieurs Officiers au
Parlement de Paris. Mr de
Chailly,
GALANT 145
Chailly, Prefident de la Chambre des Comptes eft neveu de
l'Abbé dont je vous apprens
la mort. Cet Abbé étoit fort
eftimé dans le Parlement , & il
y avoit acquis la réputation
d'un Juge fort integre & fort
éclairé. Il étoit Abbé de Villeloin , Ordre de faint Benoist &
Dioceſe de Tours , & il avoit
fait de grands biens à fon Abbaye , par le foin qu'il avoit
pris dans les premieres années
qu'il en fût pourvû , d'y faire
venir plufieurs fonds alienez. Il
y a auffi fait faire quantité de
reparations qui ont entiereN
"Janvier 1710.
146 MERCURE
1
4
ment fait changer de face d
cette Abbaye. Il étoit Docteur
en Theologie , & il avoit fait
fon Cours &fes Licences avec
beaucoup de fuccés. Il s'appli
qua enfuite à l'étude de la Jurif
prudence , dans le deffein d'entror dans la Robe ; & on con
vint alors qu'il y avoit peu de
perfonnes qui le furpaffaffent
dans la connoiffance du Droit,
& fur tout du Canonique , au
quel il s'étoit particulierement
attaché. Il avoit auffi fait une
longue étude des Libertez de
l'Eglife Gallicane , & il feroit
à fouhaiter que quelque ha
CALANT 147
bille main mit en ordre les
6
Memoires qu'il avoit affemblez fur cette importante matiere pour les donner auPublic.
Mr l'Abbé Joifel, par la mort
de Mr Bruner, eft monté à la
Grand Chambre , & eft neveu, à la mode de Bretagne, du
celebre Mr Joifel , Doyen de la
Faculté de Theologic de Paris.
Mr N... du Peray , Brigadier des Armées du Roy, & cydevant Lieutenant-Colonel du
Regiment Lyonnois , cft mort
dans un âge fort avancé , aprés avoir donné pendant un
grand nombre d'années qu'il a
Nij
748 MERCURE
non as
porté les armes , de frequentes preuves de fon courage &
de fon experience dans la Difcipline militaire. Il étoit de
Corbeil prés Paris , & d'une
famille qui avoit toûjours cfté
fort attachée à la Maifon de
Villeroy. Feue Madame la Ma
réchale de Villeroy, mere du
Maréchal de ce nom , luy fit
avoir uneCompagnie dans le
Regiment Lyonnois qu'on leva il y a plus de so. ans. Il vinc
par fon rang , & encore plus
par fon merite , au pofte de
Lieutenant-Colonel , & en cette qualité , comme en celle de
EGALANT 149
f
Capitaine, il s'étoit trouvé dans
toutes les occafions où le Regiment Lyonnois s'eft diſtingué , fur tout dans les guerres
de Franche- Comté, où cet Of
ficier s'attira des louanges de la
bouche même de Sa Majesté.
Il avoit quitté le fervice depuis quelques années à caufe de fon grand âge & de fes
incommoditez , & le Roy luy
donna une groffe penfion lors .
qu'il quitta. Mr de Tricaud ,
aujourd'huy Brigadier , & alors
Major du Regiment Lyonnois,
eut la Lieutenance Colonelle
aprés luy. Le défunt avoit pafN iij
150 MERCURE
4
fé fa vie dans le celibat , & il a
laiffe fes biens qui font fort
confiderables à Mr Renaud ,
fon petit neveu , & fils d'un
Confeiller au Parlement de Paris .Il a paffé les dernieres années
de fa vie dans une pratique
Credes devoirs de fa Religion. Ila fait en mourant de
grandes aumônes aux pauvres.
Mre Pierre Eon de la Baronie, Chevalier , Comte Marquis de Cely, Seigneur de Soyfy , Baron defaint Germain , &
Prefident en la Chambre des
Comptes , eft mort âgé de
quarante- huit ans. Il laiffe des
素
GALANT ast
enfans de Dame N..Dargou
ges de Rannes , fille de Mr
Dargouges de Rannes , & de
Dame N... le Pelletier , four
de Mr le Premier Prefident , &
fille de Mr. le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Ce Magiftrat eft de S.
Malo, &il étoit parent du feu
Pere le Gobien Jefuite , qui a
donné plufieurs Recueils de
Lettres fur les Miffions d'O.
rient , & qui étoit auffi de faint
Malo. Il a efté fort regretté à
la Chambre des Comptes , où
fon application aux devoirs de
fa Charge , & fon merite particulier luy avoit fait beaucoup
Niiij
152 MERCURT
d'amis. Me la Prefidente fa veu
ve & à qui il a laiffé la gardenoble de fes biens , qui font
fort confiderables, eft niéce de
Mr le Marquis de Rannes, Colonel de Dragons , & Officier
General. C'eſt un des Officiers
qui entend le mieux la Cavalerie. Le Magiftrat dontje vous
apprens la mort , étoit allié du
côté maternel à la Maifon de
Coëtlogon,une desplus anciennes Maiſons & des plus qualifiées de Bretagne. Il étoit auffi du même côté à celle de
Guebriant , qui a produit dans
les derniers fiecles un Maréchal
GALANT 153
de France.Les pauvres
sont
beaucoup perdu à la mort, &
fa
il leur donnoit toutes les femaines de groffes fonimes.
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Résumé : Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
Le texte relate la vie et les réalisations de Maître Nicolas Lair, un éminent membre de l'Université de Paris, décédé en janvier 1709 à l'âge de 85 ans. Lair, Doyen de la Nation de Normandie, avait été agrégé à l'Université en 1650 et s'était distingué par son travail dans les belles-lettres et l'éloquence. Il avait exercé diverses charges prestigieuses, notamment celles de Procureur et de Censeur, et avait été Recteur de l'Université à plusieurs reprises. En 1669, en tant que Recteur, il avait harangué le roi Louis XIV, la reine, la reine d'Angleterre, le Dauphin et le Duc d'Anjou lors de la Chandeleur. Il avait également impressionné le Prince de Condé par sa maîtrise du grec ancien. En 1679, il avait harangué le roi à Saint-Germain-en-Laye pour célébrer la paix en Europe et avait complimenté Mademoiselle, fille du frère unique du roi, lors de son mariage avec le roi d'Espagne. Après la mort de César Egaffe du Boulay, Lair avait été nommé Greffier de l'Université, poste qu'il avait occupé pendant 28 ans avant de se démettre en 1706. Sa mort avait été marquée par des funérailles solennelles au Collège d'Harcourt. Le texte mentionne également la mort de plusieurs personnalités notables, dont le Père Bernardin de Piquigny, un capucin respecté pour sa piété et ses œuvres théologiques, et l'Abbé de Gomer Lufancy, un chanoine de Meaux issu d'une famille noble et alliée à plusieurs maisons illustres. Il évoque aussi la mort de Charles de Raouffet, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, et de N... de Thelis-Valorges, un religieux de l'Abbaye de Savigny, tous deux issus de familles nobles et distinguées. Le texte traite également de plusieurs familles nobles et de leurs alliances au cours des XVIe et XVIIe siècles. Gilbert de Thelis, seigneur de Valorges, avait légué cette terre à son neveu Jean de Thelis, qui s'était distingué au service d'Henry IV. Jean avait épousé Henriette de Sarfon, issue d'une illustre maison lyonnaise. Leur petit-fils, George de Thelis, avait épousé Catherine de Malivert. Antoine, fils cadet de Jean, avait fondé la branche de Valorges au début du XVIIe siècle. D'autres branches de la famille de Thelis incluent celles de Charnay, Peiffelay et des Forges. Le texte mentionne également plusieurs personnalités religieuses et intellectuelles, comme le Père Violet, un théologien jésuite de Lyon, connu pour son enseignement de la théologie et de l'hébreu. Le Marquis de Barbezières, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et gouverneur de Saint-Quentin, est également mentionné pour ses services militaires et sa vie pieuse. D'autres figures notables incluent Dame N... de la Chaise, supérieure des Filles de Sainte Élisabeth à Lyon, et Monsieur Canau, docteur en théologie et vicaire de la paroisse de Saint-Eustache à Paris. Le texte mentionne également des membres de la famille Camus de Pontcarré, dont plusieurs occupèrent des postes importants au Parlement de Paris et de Rouen. Enfin, Monsieur Deshayettes, conseiller à la Cour des Aides, est loué pour son éloquence et sa maîtrise des langues étrangères. Le texte relate également la vie et les exploits d'un officier militaire et d'un magistrat. L'officier, originaire de Corbeil près Paris, avait servi dans le régiment Lyonnois et s'était distingué lors des guerres de Franche-Comté, recevant des éloges du roi. Après une carrière militaire marquée par le courage et l'expérience, il avait quitté le service en raison de son âge avancé et de ses problèmes de santé, recevant une pension royale. Il était décédé célibataire, laissant ses biens à son petit-neveu, fils d'un conseiller au Parlement de Paris. Il avait mené une vie pieuse et avait fait des dons aux pauvres. Le magistrat, Pierre Eon de la Baronie, Chevalier, Comte Marquis de Cely, était décédé à l'âge de quarante-huit ans. Il laissait des enfants de Dame N... Dargouges de Rannes. Originaire de Saint-Malo, il était parent du jésuite Père le Gobien et était très respecté à la Chambre des Comptes pour son dévouement et son mérite. Sa veuve, nièce du Marquis de Rannes, héritait de ses biens considérables.
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14
p. 300-305
Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
Début :
Quoique l'on se soit récrié sur le grand nombre d'années [...]
Mots clefs :
Mort, Âge, François Maille, Vivre longtemps
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texteReconnaissance textuelle : Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
Quoique l'on se soit récrié sur le grand nombre d'années de
Mr de Corneille mort âgé de
84 ans, on peut dire neapmoins
qu'il eft mort jeune , puifqu'il
avoit trente cinq ans moins
qu'un homme qui vient de
mourir à Chateau- neuf, àune
lieuë de Graffe , qui avoit 1 19.
ans. Il fe nommoit François
Maille , & il eftoit né à Pontevez , petit Village de Provence. Ila efté impoffible de trouver fon Baptiftaire, parce qu'en
ce temps-là on ne gardoit pas.
foigneufement, les Regiftres
des Paroiffes ; mais on a des
preuves certaines de cet âge. Il
cftoit en 1607. Aide de Cuift-
302 MERCURE
ne chez Mr le Duc de Lefdiguieres , & il en eut fon Congé en 1610. Ce Congé a efté
vû dans le Pays par un grand
nombre de perfonnes . M' le
Baron de Chasteau- neufa trouvé dans un Regiftre de ſa Maifon , que fongrand- pere avoit
pris Maille pour fon Cuifinier
le 16. de Mars 16 22. Il fe maria à Chafteau - neuf, où il a
toûjours efté au fervice du
Seigneur du même lieu. A
l'âge de centans il eut unegalanterie avec une fille du même Village , & il en eut un
enfant. A cent dix ans eftant
GALANT 303
à la chaffe il tomba d'une muraille & fe caffa une jambe. Il
guerit , & il vécut encore neuf
années aprés cet accident, étant
frais & vigoureux , &joüiffant
de fon bon fens & de fa memoire. Il n'a commencé à garder le lit qu'environ deux
moistsavant fa mort fans avoir
d'autre incommodité que fon
grand âge , mangeant bien &
buvant pour le moins un pot
de vin à chaque repas. Il n'avoit jamais efté malade , & il
n'eft mort que parce qu'il faut
mourir.
On avoit crû jufqu'à pre-
304 MERCURE
fent que la diette contribuoit
beaucoup à faire vivre longtemps , & l'on foûtenoit que
les gens de qualité accoûtumez à manger beaucoup , &
ſur tout une grande quantité
de viandes differentes , & beaucoup de ragoufts mouroient
beaucoup plutoft que les Payfans ou autres gens que la neceffité obligeoit à vivre fobrement & à boire de même : mais
la mort de François Maille ,
qui pouvoit paffer pour le
Doyen du Genre humainprouve bien le contraire , puifque
non-feulement il buvoit un
a
Sela
GALANT 305
pot de vin à chacun de fes repas ; mais qu'il eftoit impoffible qu'eftant attaché à la cuifine , l'alteration que cauſe le
feu ne l'obligeaft pas à boire
fouvent , & à tâter aux differens ragoufts aufquels il travailloit , & ainfi il n'eftoit occupé qu'à tout ce qui pouvoit
abreger fes jours , ce qui confond les raifonnemens des
hommes
Mr de Corneille mort âgé de
84 ans, on peut dire neapmoins
qu'il eft mort jeune , puifqu'il
avoit trente cinq ans moins
qu'un homme qui vient de
mourir à Chateau- neuf, àune
lieuë de Graffe , qui avoit 1 19.
ans. Il fe nommoit François
Maille , & il eftoit né à Pontevez , petit Village de Provence. Ila efté impoffible de trouver fon Baptiftaire, parce qu'en
ce temps-là on ne gardoit pas.
foigneufement, les Regiftres
des Paroiffes ; mais on a des
preuves certaines de cet âge. Il
cftoit en 1607. Aide de Cuift-
302 MERCURE
ne chez Mr le Duc de Lefdiguieres , & il en eut fon Congé en 1610. Ce Congé a efté
vû dans le Pays par un grand
nombre de perfonnes . M' le
Baron de Chasteau- neufa trouvé dans un Regiftre de ſa Maifon , que fongrand- pere avoit
pris Maille pour fon Cuifinier
le 16. de Mars 16 22. Il fe maria à Chafteau - neuf, où il a
toûjours efté au fervice du
Seigneur du même lieu. A
l'âge de centans il eut unegalanterie avec une fille du même Village , & il en eut un
enfant. A cent dix ans eftant
GALANT 303
à la chaffe il tomba d'une muraille & fe caffa une jambe. Il
guerit , & il vécut encore neuf
années aprés cet accident, étant
frais & vigoureux , &joüiffant
de fon bon fens & de fa memoire. Il n'a commencé à garder le lit qu'environ deux
moistsavant fa mort fans avoir
d'autre incommodité que fon
grand âge , mangeant bien &
buvant pour le moins un pot
de vin à chaque repas. Il n'avoit jamais efté malade , & il
n'eft mort que parce qu'il faut
mourir.
On avoit crû jufqu'à pre-
304 MERCURE
fent que la diette contribuoit
beaucoup à faire vivre longtemps , & l'on foûtenoit que
les gens de qualité accoûtumez à manger beaucoup , &
ſur tout une grande quantité
de viandes differentes , & beaucoup de ragoufts mouroient
beaucoup plutoft que les Payfans ou autres gens que la neceffité obligeoit à vivre fobrement & à boire de même : mais
la mort de François Maille ,
qui pouvoit paffer pour le
Doyen du Genre humainprouve bien le contraire , puifque
non-feulement il buvoit un
a
Sela
GALANT 305
pot de vin à chacun de fes repas ; mais qu'il eftoit impoffible qu'eftant attaché à la cuifine , l'alteration que cauſe le
feu ne l'obligeaft pas à boire
fouvent , & à tâter aux differens ragoufts aufquels il travailloit , & ainfi il n'eftoit occupé qu'à tout ce qui pouvoit
abreger fes jours , ce qui confond les raifonnemens des
hommes
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Résumé : Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
François Maille, né à Pontevez en Provence, est décédé à Château-Neuf à l'âge de 119 ans, devenant ainsi le doyen de l'humanité. Son âge a été confirmé par divers documents et témoignages, notamment son service auprès du Duc de Lesdiguières et son embauche comme cuisinier en 1622. Maille s'est marié à Château-Neuf et a servi le seigneur local. À 100 ans, il a eu un enfant avec une jeune femme du village. À 110 ans, il a survécu à une chute et a continué à vivre en bonne santé pendant neuf années supplémentaires. Il est décédé à 119 ans sans autre inconvénient que son grand âge. Maille avait une alimentation variée et buvait du vin à chaque repas, contredisant les croyances de l'époque sur la sobriété nécessaire pour une longue vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 61-80
Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article qui vous doit faire un extrême plaisir, [...]
Mots clefs :
Confesseur, Soeur Anne de sainte Cécile, Port Royal, Mort, Crucifix, Cardinal de Noailles
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texteReconnaissance textuelle : Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Je paffe à un Article quivous
doit faire un extrême plaifir ,
& quevous ne pourez lire fans
cftre attendrie , & fans verfer
de's larmes. Je vous l'envoye
de la maniere queje l'ay reçu.
Cet Article doit faire auffi
plaifir à tous ceux qui s'en font
de voir conferver la Foy dans
toute sa pureté.
La Sour Anne de Sainte Cecile Religieufe de l'Abbaye de
Port-Royal des Champs , eft morte
62 MERCURE
âgée de quatre- vingtfix ans dans
la Monaftere de S. Julien d'Amiens, duTiers-Ordre de S. François , où elle avoit efté releguéepar
ordre du Roy. Je crois que vous
ferez bien aife de fçavoir les circonftances de cette mort , qui a efté
édifiante confolante pour l'Eglife. Cette bonne Religieufe arriva à Amiens le 2. Novembre
dans un Caroffe, accompagnée d'unefemme qu'on avoit choisie pour
la fervir avec fa Compagne qui
a efté envoyée dans le Monaftere·
des Filles de la Vifitation de la
même Ville , où elle eftencore. Elle
defcendit à la grille dù Convent
CALANT 63
de Saint Julien , où elle reſta juf
qu'à ce que Mr l'Evêque d'Amiens eut envoyéfes ordres pour
lafaire entrer. LaReverende Mere ayant affemblé fes Diferetes
elle fut reçue , avec beaucoup de
cordialité ; elle fe jetta en entrant
auxpiedsde la Superieure , en luy
difant Voicy le lieu de mon
repos dans le fiecle des ficcles.
La Superieure l'ayant relevée
l'embraffa , ce que firent auffi les
autres Religieufes. Ayant demandé d'eftre conduite à l'Oratoire
elle s'y profterna la face contre terre, &adora le Saint Sacrement
dans cette pofture ; on la conduifit
64 MERCURE
enfuite dans la Cellule qui luy
avoit efté deftinée. Elle eftoit arrivée à midy & Mrl'Evêque qui
avoit efté voirfa Compagne l'aprefdinée , la vint voirfur lefoir,
Il la trouva occupée à rangerfa
petite Cellule & aprés l'avoirfait
affeoir auprés de luy , il luy parla
fort cordialement durant une de
mi-heure ,
manda, fi elle eftoit bien aife
de vivre privée des Sacremens
qu'elle ne recevoit plus depuis
deux années & de mourir dans
cer eftat , elle répondit que cette privation l'affligeoit beaucoup lorfqu'elle y penfoit. La
fur ce qu'il luy de-
"
GALANT 65
chofe ne fut pas plus loin alors.
Pendant les trois jours qu'elle a
efté en fanté dans cette Maifon les
Religieufes témoignent que tous
fes difcours eftoient tres- édifians
ne refpiroient que lapietés que
toutes fes actions eftoientfi regu-.
lieres accompagnées d'une fi
a
grande modeftie de tant dedouceur qu'elles infpiroient de la devotion ; fon exactitude àgarderfa
Regle animoit les autres Religieufes à garder la leur avec plus de
fidelite, fa religion dans l'Eglife , où ellepaffoit à fon age les
heures entieres à genoux devant
le faint Sacrement , l'auroit fait
•
Février 1710. F
66 MERCURE
regarder comme un Ange fi elley
avoit ajouté l'exemple d'une humble foumiffion aux Decifions de
l'Eglife . Trois jours aprésfon arrivée unefiévre violente avecune
flucion fur la poitrine l'attaqua
on en donna avis à Mrl'Evêque
parce qu'onjugea que cette maladieferoit mortelle. Illa vint voir
dans le moment & demeura un
quart d'heure auec elle. Le Confeffeur de la Maifon vint auffi
la vifiter le même jour par ordre
de ce Prelat, & pour la difpofer
à rendre à l'Eglife l'obeiffance
2 qu'elle luy devoir , il luy fit la
lecture d'un Livre que Mr l'EA
GALANT 67
vêque luy avoit remis fur ce fujet , dont elle parut fort ébranlée,fans pourtant vouloir encore
fe declarer , ce qui obligea le Confeffeurdefe retirer. Comme le mal
augmentoit que le temps preffoit , la Religienfe qui lagardoit,
dont la Lettre qu'elle a écrite
fur cela à Me l'Abbeffe de Port
Royal de Paris , nous a inftruit
de toutes ces circonftances. Cette
Religieufe , dis-je , infpirée d'enhaut l'a preffefurles deux heures
aprésmidydujourdevantfa mort,
de luy découvrir fes veritables
fentimens , en luy difant : Sera- til poffible, ma tres chere MeFij
68 MERCURE
re , que vous ne nous donniez
pas la confolation de vous voir
mourir fille obcillante de l'E
glife ; helas , répondit - elle , ma
chere Sœur, c'eft tout ce queje
defire, & fera- t-il dit qu'on me
laiffe fans Sacremens dans l'état où je fuis. La Religieufe luy
répondit que Mr l'Evêque n'avoit rien tant à cœur que de
luy accorder cette grace ,
qu'il ne le pouvoit faire que
lorfqu'elle auroit fatisfait à ce
que Mr le Cardinal de Noailles avoit demandé , qui eftoits
d'acquiefcer à la derniere Cons
ftitution du Papefur le fait de
mais
GALANT 69
Janfenius. Sur cela ellepria qu'on
avertit Mrl'Evêque de venir la
voirau plutoft . La Superieure informée de la difpofition de la Ma
lade envoyafur le champ en donner avis à ce Prelat , qui ne fe
trouvant pas alors chez luy
donna lieu à quelques reflections
douloureufes de la malade fur
fon retardement enfin Mr l'Evêque eftant arrivé , & l'ayant
trouvée dans une difpofitionfavo
rable , il appella la Communauté
&ayant écrit quelques lignes "
qui contenoient le temoignage de
fon obéiffance , il luyfit.figner cet
écrit ce qu'ellefit avecjoye avec
70 MERCURE
facilité , en ajoutant àfon nom
"de Religion celuy de fa famille
aprés quoy Mr l'Evêque luy
donna fa benediction & luypermit de recevoir les Sacremens , en
lui laiffant le choixdu Confeffeur:
elle choifit celuy de la Communauté qui l'ayant confeffée , luy
adminiftra le Saint Viatique qu'-
elle reçût avec de grands fentimens de pieté , aprés avoir demandé felon la coutume pardon
à toutes les Religieufes ; enfinfe
fentant affaiblir elle demanda
l'Extrême - Onction qu'elle reçût avec tant de pieté & unefi
grande prefence d'efprit qu'elle
GALANT 71
repondoit elle- même auxprieres ,
& qu'elle fe difpofa elle feule
pour recevoir les Onctions Saintes
avec la decence qu'exige ce Sacrement ; onla laiffa enfuite quelque
temps en repos pour s'entretenir
interieurement avecJ. C. qu'elle
venoit de recevoir, &comme on
la felicitoit enfuite de ce qu'elle
venoit de faire'; il eft vray , repondit-elle, que voilà bien des
chofes faites en peu de temps,
touchée d'un vif repentir d'avoir
tant differé à les faire. Sur les
buit heures , elle demanda le
Confeffeur & elle luy expofa
une petite tentation de respecthu-
72 MERCURE
main qui luy faifoit un peu de
peine ; c'eftoit fur ce que diroit fa
Compagne qui eftoit à la Vifi
tation de tout ce qui fe venoit de
paffer, le Confeffeur la calma en
luy difant que fi fa Compagne
eftoit bien fage ell en feroit
autant qu'il nene faut pas
s'arréter au jugement des
hommes quand il s'agit d'obéir à Dieu. Il refta une heure
auprés d'elle la quitta trescontent des difpofitions où il la
laiffoit : il eftoit environ dix heures dufoir lorfque les Infirmieres
remarquantqu'elle avoit les mains
froides voulurent les rechauffer:
elle
GALANT 73
una
elle leur répondit que cela n'eftoit
pas neceffaire parce que c'eftoit
lafueur & le froid de la mors ;
de-là elle prit occafion de leur
expliquer dans grand détail & avec une grande prefence
d'efprit , comment il la faloit l'accommoder dans fa biere quand elle
feroit morte ,de quelle maniere
il faloit la fituer & ranger fes
mains fes habits, qu'elle pria
de changeravecceux defa compagne s'ils eftoient plus ufez que les
fiens. Les Religieufes qui estoient
autour d'elle l'ayant priée de fe
reffouvenird'elles lorfqu'elleferoit
dans le Ciel , ah , leur réponditFévrier 1710.
74 MERCURE
elle ,je ne crois pas que ce foit
fitoft car j'ay bien des fautes
à expier ; & ayant demandéfon
Crucifix & le tenant entre fes
mains , elle fit de nouveau une
confeffion publique de tous fes
pechez depuis l'enfancejufqu'à ce
moment- là. Elie demanda pardon
àDieu avec de grands fentimens
de douleur , ànoftre faint Pere le
Pape , à Mr le Cardinal de
Noailles , à tous fes Superieurs
& à toute l'Eglife , déteftant le
Scandale qu'elle avoit cauſe par
fon obftination. Onrecita alors les
Prieres des Agonifans aufquelles
elle s'unit avec une vive dévotion.
JOIN
GALANT 75
Sur les trois heures elle demanda
quelle heure il eftoit , & commefi
elle avoitfeu quefon beure n'eftoit
pas encore arrivée , elle prit encore
fon Crucifix qu'elle embraſſa en
difant que puis qu'elle ne pouvoit plus entendre les paroles
d'exhortation , elle s'exhorteroit elle-même , & s'entretiendroit interieurement avec
Dieu , ce qu'elle fit juſqu'à trois
beures &
trois quarts. Enfin
cet heureux moment arriva ; elle
demanda une feconde fois quelle
heureil eftoit, & lors qu'on luyeut
dit qu'il étoit prés de quatre heures,
elle fit unfigne de tefte agreable 7
Gij
76 MERCURE
tenantfon Crucifix à la main
lesyeux élevez vers le Ciel
ele tira le rideau defons for litven
difant d'un air tranquile & d'une
voix diftincte que voftrefainte
volonté , ô mon Dieu , s'ac
:
compliffe en moy , ceftlà
ma derniere volonté ; alors
・ elle expira fans aucun effort fans
agonie & commefi elle eftoit entrée dans un doux fommeil ou
qu'elle eut efté ravic en extafe.
Peude temps aprés cette mort Mr
l'Evêque d'Amiens écrivit à un
defes amis que la converfion de
cette Religieufe avoit tantfait de
bruit , &tant de plaifir an Roy
•
GALANT 77
quinefoupire que pour la réunion
des brebis égarées d'Ifraël , qu'il
croyoit qu'on nepouvoit trop informerlepublic de cet évenement, &
cePrelat ajoutaqu'il appritpar une
Lettre de Mr le Comte de Pontchartrain qu'une de ces Religienfes
qui eftoit à Mante a auffi figné le
Formulaire qu'on luy en a envoyé le procés verbal. Ildit enfin
qu'a la place de la Religieufe
morte on luy a envoyé une Sœur
Converse de la même Maiſon, &
dont le Confeffeur luy a dit qu'il
eftoit fort content qu'il efpere
qu'elle donnnera bien- toft lafatisfaction qu'on peur defirer. Enfin
G iij
78 MERCURE
Me l'Abbeffe de Port-Royal de
Paris ayant apris la mort de cette
Religieufe , écrivit cette Lettre à
la Superieure defaint Julien d'As
miens. Madame , permettez
moy de vous faire mes remerciemens de la charité que vous
avez cüe pour ma foeur Anne
de fainte Cecile pendant le
peu de féjour qu'elle a fait dans
voftre fainte Maiſon ; je ne
doute pas que les vertus & les
regularitez que vous y pratiquez , n'ayent attiré les graces
que Dieu luy a faites de reconnoiftre fon égarement & ſa
défobéiffance & qu'elle ne
GALANT 79
vous doive & à Monseigneur
d'Amiens la mifericorde qu'elle à reçeuë du Seigneur , &c.
Jefais , Madame , voftre , &cL'Affaire du Port Royal des
Champs a fait tant de bruit
qu'il n'y a point à douter
le Public ne foit bien aife d'en
apprendre les fuites , & ce qui
vient d'arriver à cet égard , ne
kiyplaira fans doute pas moins
qu'à Sa Majefté , qui n'a rien
oublié depuis qu'Elle eft fur le
Trône ,de tout ce qui peut faire maintenir dans fon RoyauGiiij
80 MERCURE
me, la Religion dans toute fa
pureté.
doit faire un extrême plaifir ,
& quevous ne pourez lire fans
cftre attendrie , & fans verfer
de's larmes. Je vous l'envoye
de la maniere queje l'ay reçu.
Cet Article doit faire auffi
plaifir à tous ceux qui s'en font
de voir conferver la Foy dans
toute sa pureté.
La Sour Anne de Sainte Cecile Religieufe de l'Abbaye de
Port-Royal des Champs , eft morte
62 MERCURE
âgée de quatre- vingtfix ans dans
la Monaftere de S. Julien d'Amiens, duTiers-Ordre de S. François , où elle avoit efté releguéepar
ordre du Roy. Je crois que vous
ferez bien aife de fçavoir les circonftances de cette mort , qui a efté
édifiante confolante pour l'Eglife. Cette bonne Religieufe arriva à Amiens le 2. Novembre
dans un Caroffe, accompagnée d'unefemme qu'on avoit choisie pour
la fervir avec fa Compagne qui
a efté envoyée dans le Monaftere·
des Filles de la Vifitation de la
même Ville , où elle eftencore. Elle
defcendit à la grille dù Convent
CALANT 63
de Saint Julien , où elle reſta juf
qu'à ce que Mr l'Evêque d'Amiens eut envoyéfes ordres pour
lafaire entrer. LaReverende Mere ayant affemblé fes Diferetes
elle fut reçue , avec beaucoup de
cordialité ; elle fe jetta en entrant
auxpiedsde la Superieure , en luy
difant Voicy le lieu de mon
repos dans le fiecle des ficcles.
La Superieure l'ayant relevée
l'embraffa , ce que firent auffi les
autres Religieufes. Ayant demandé d'eftre conduite à l'Oratoire
elle s'y profterna la face contre terre, &adora le Saint Sacrement
dans cette pofture ; on la conduifit
64 MERCURE
enfuite dans la Cellule qui luy
avoit efté deftinée. Elle eftoit arrivée à midy & Mrl'Evêque qui
avoit efté voirfa Compagne l'aprefdinée , la vint voirfur lefoir,
Il la trouva occupée à rangerfa
petite Cellule & aprés l'avoirfait
affeoir auprés de luy , il luy parla
fort cordialement durant une de
mi-heure ,
manda, fi elle eftoit bien aife
de vivre privée des Sacremens
qu'elle ne recevoit plus depuis
deux années & de mourir dans
cer eftat , elle répondit que cette privation l'affligeoit beaucoup lorfqu'elle y penfoit. La
fur ce qu'il luy de-
"
GALANT 65
chofe ne fut pas plus loin alors.
Pendant les trois jours qu'elle a
efté en fanté dans cette Maifon les
Religieufes témoignent que tous
fes difcours eftoient tres- édifians
ne refpiroient que lapietés que
toutes fes actions eftoientfi regu-.
lieres accompagnées d'une fi
a
grande modeftie de tant dedouceur qu'elles infpiroient de la devotion ; fon exactitude àgarderfa
Regle animoit les autres Religieufes à garder la leur avec plus de
fidelite, fa religion dans l'Eglife , où ellepaffoit à fon age les
heures entieres à genoux devant
le faint Sacrement , l'auroit fait
•
Février 1710. F
66 MERCURE
regarder comme un Ange fi elley
avoit ajouté l'exemple d'une humble foumiffion aux Decifions de
l'Eglife . Trois jours aprésfon arrivée unefiévre violente avecune
flucion fur la poitrine l'attaqua
on en donna avis à Mrl'Evêque
parce qu'onjugea que cette maladieferoit mortelle. Illa vint voir
dans le moment & demeura un
quart d'heure auec elle. Le Confeffeur de la Maifon vint auffi
la vifiter le même jour par ordre
de ce Prelat, & pour la difpofer
à rendre à l'Eglife l'obeiffance
2 qu'elle luy devoir , il luy fit la
lecture d'un Livre que Mr l'EA
GALANT 67
vêque luy avoit remis fur ce fujet , dont elle parut fort ébranlée,fans pourtant vouloir encore
fe declarer , ce qui obligea le Confeffeurdefe retirer. Comme le mal
augmentoit que le temps preffoit , la Religienfe qui lagardoit,
dont la Lettre qu'elle a écrite
fur cela à Me l'Abbeffe de Port
Royal de Paris , nous a inftruit
de toutes ces circonftances. Cette
Religieufe , dis-je , infpirée d'enhaut l'a preffefurles deux heures
aprésmidydujourdevantfa mort,
de luy découvrir fes veritables
fentimens , en luy difant : Sera- til poffible, ma tres chere MeFij
68 MERCURE
re , que vous ne nous donniez
pas la confolation de vous voir
mourir fille obcillante de l'E
glife ; helas , répondit - elle , ma
chere Sœur, c'eft tout ce queje
defire, & fera- t-il dit qu'on me
laiffe fans Sacremens dans l'état où je fuis. La Religieufe luy
répondit que Mr l'Evêque n'avoit rien tant à cœur que de
luy accorder cette grace ,
qu'il ne le pouvoit faire que
lorfqu'elle auroit fatisfait à ce
que Mr le Cardinal de Noailles avoit demandé , qui eftoits
d'acquiefcer à la derniere Cons
ftitution du Papefur le fait de
mais
GALANT 69
Janfenius. Sur cela ellepria qu'on
avertit Mrl'Evêque de venir la
voirau plutoft . La Superieure informée de la difpofition de la Ma
lade envoyafur le champ en donner avis à ce Prelat , qui ne fe
trouvant pas alors chez luy
donna lieu à quelques reflections
douloureufes de la malade fur
fon retardement enfin Mr l'Evêque eftant arrivé , & l'ayant
trouvée dans une difpofitionfavo
rable , il appella la Communauté
&ayant écrit quelques lignes "
qui contenoient le temoignage de
fon obéiffance , il luyfit.figner cet
écrit ce qu'ellefit avecjoye avec
70 MERCURE
facilité , en ajoutant àfon nom
"de Religion celuy de fa famille
aprés quoy Mr l'Evêque luy
donna fa benediction & luypermit de recevoir les Sacremens , en
lui laiffant le choixdu Confeffeur:
elle choifit celuy de la Communauté qui l'ayant confeffée , luy
adminiftra le Saint Viatique qu'-
elle reçût avec de grands fentimens de pieté , aprés avoir demandé felon la coutume pardon
à toutes les Religieufes ; enfinfe
fentant affaiblir elle demanda
l'Extrême - Onction qu'elle reçût avec tant de pieté & unefi
grande prefence d'efprit qu'elle
GALANT 71
repondoit elle- même auxprieres ,
& qu'elle fe difpofa elle feule
pour recevoir les Onctions Saintes
avec la decence qu'exige ce Sacrement ; onla laiffa enfuite quelque
temps en repos pour s'entretenir
interieurement avecJ. C. qu'elle
venoit de recevoir, &comme on
la felicitoit enfuite de ce qu'elle
venoit de faire'; il eft vray , repondit-elle, que voilà bien des
chofes faites en peu de temps,
touchée d'un vif repentir d'avoir
tant differé à les faire. Sur les
buit heures , elle demanda le
Confeffeur & elle luy expofa
une petite tentation de respecthu-
72 MERCURE
main qui luy faifoit un peu de
peine ; c'eftoit fur ce que diroit fa
Compagne qui eftoit à la Vifi
tation de tout ce qui fe venoit de
paffer, le Confeffeur la calma en
luy difant que fi fa Compagne
eftoit bien fage ell en feroit
autant qu'il nene faut pas
s'arréter au jugement des
hommes quand il s'agit d'obéir à Dieu. Il refta une heure
auprés d'elle la quitta trescontent des difpofitions où il la
laiffoit : il eftoit environ dix heures dufoir lorfque les Infirmieres
remarquantqu'elle avoit les mains
froides voulurent les rechauffer:
elle
GALANT 73
una
elle leur répondit que cela n'eftoit
pas neceffaire parce que c'eftoit
lafueur & le froid de la mors ;
de-là elle prit occafion de leur
expliquer dans grand détail & avec une grande prefence
d'efprit , comment il la faloit l'accommoder dans fa biere quand elle
feroit morte ,de quelle maniere
il faloit la fituer & ranger fes
mains fes habits, qu'elle pria
de changeravecceux defa compagne s'ils eftoient plus ufez que les
fiens. Les Religieufes qui estoient
autour d'elle l'ayant priée de fe
reffouvenird'elles lorfqu'elleferoit
dans le Ciel , ah , leur réponditFévrier 1710.
74 MERCURE
elle ,je ne crois pas que ce foit
fitoft car j'ay bien des fautes
à expier ; & ayant demandéfon
Crucifix & le tenant entre fes
mains , elle fit de nouveau une
confeffion publique de tous fes
pechez depuis l'enfancejufqu'à ce
moment- là. Elie demanda pardon
àDieu avec de grands fentimens
de douleur , ànoftre faint Pere le
Pape , à Mr le Cardinal de
Noailles , à tous fes Superieurs
& à toute l'Eglife , déteftant le
Scandale qu'elle avoit cauſe par
fon obftination. Onrecita alors les
Prieres des Agonifans aufquelles
elle s'unit avec une vive dévotion.
JOIN
GALANT 75
Sur les trois heures elle demanda
quelle heure il eftoit , & commefi
elle avoitfeu quefon beure n'eftoit
pas encore arrivée , elle prit encore
fon Crucifix qu'elle embraſſa en
difant que puis qu'elle ne pouvoit plus entendre les paroles
d'exhortation , elle s'exhorteroit elle-même , & s'entretiendroit interieurement avec
Dieu , ce qu'elle fit juſqu'à trois
beures &
trois quarts. Enfin
cet heureux moment arriva ; elle
demanda une feconde fois quelle
heureil eftoit, & lors qu'on luyeut
dit qu'il étoit prés de quatre heures,
elle fit unfigne de tefte agreable 7
Gij
76 MERCURE
tenantfon Crucifix à la main
lesyeux élevez vers le Ciel
ele tira le rideau defons for litven
difant d'un air tranquile & d'une
voix diftincte que voftrefainte
volonté , ô mon Dieu , s'ac
:
compliffe en moy , ceftlà
ma derniere volonté ; alors
・ elle expira fans aucun effort fans
agonie & commefi elle eftoit entrée dans un doux fommeil ou
qu'elle eut efté ravic en extafe.
Peude temps aprés cette mort Mr
l'Evêque d'Amiens écrivit à un
defes amis que la converfion de
cette Religieufe avoit tantfait de
bruit , &tant de plaifir an Roy
•
GALANT 77
quinefoupire que pour la réunion
des brebis égarées d'Ifraël , qu'il
croyoit qu'on nepouvoit trop informerlepublic de cet évenement, &
cePrelat ajoutaqu'il appritpar une
Lettre de Mr le Comte de Pontchartrain qu'une de ces Religienfes
qui eftoit à Mante a auffi figné le
Formulaire qu'on luy en a envoyé le procés verbal. Ildit enfin
qu'a la place de la Religieufe
morte on luy a envoyé une Sœur
Converse de la même Maiſon, &
dont le Confeffeur luy a dit qu'il
eftoit fort content qu'il efpere
qu'elle donnnera bien- toft lafatisfaction qu'on peur defirer. Enfin
G iij
78 MERCURE
Me l'Abbeffe de Port-Royal de
Paris ayant apris la mort de cette
Religieufe , écrivit cette Lettre à
la Superieure defaint Julien d'As
miens. Madame , permettez
moy de vous faire mes remerciemens de la charité que vous
avez cüe pour ma foeur Anne
de fainte Cecile pendant le
peu de féjour qu'elle a fait dans
voftre fainte Maiſon ; je ne
doute pas que les vertus & les
regularitez que vous y pratiquez , n'ayent attiré les graces
que Dieu luy a faites de reconnoiftre fon égarement & ſa
défobéiffance & qu'elle ne
GALANT 79
vous doive & à Monseigneur
d'Amiens la mifericorde qu'elle à reçeuë du Seigneur , &c.
Jefais , Madame , voftre , &cL'Affaire du Port Royal des
Champs a fait tant de bruit
qu'il n'y a point à douter
le Public ne foit bien aife d'en
apprendre les fuites , & ce qui
vient d'arriver à cet égard , ne
kiyplaira fans doute pas moins
qu'à Sa Majefté , qui n'a rien
oublié depuis qu'Elle eft fur le
Trône ,de tout ce qui peut faire maintenir dans fon RoyauGiiij
80 MERCURE
me, la Religion dans toute fa
pureté.
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Résumé : Mort de la Soeur Anne de sainte Cecile, Religieuse de l'Abbaye de Port Royal des Champs, decedée dans le Monastere de Saint Julien d'Amiens. Cet Article est des plus touchants, & doit faire un extreme plaisir à ceux qui aiment la pureté de la Foy, [titre d'après la table]
Le texte relate la mort de la Sœur Anne de Sainte-Cécile, une religieuse de l'Abbaye de Port-Royal des Champs, âgée de quatre-vingt-six ans. Elle est décédée au monastère de Saint-Julien d'Amiens, où elle avait été envoyée par ordre du roi. Arrivée à Amiens le 2 novembre, elle a été accueillie chaleureusement par la communauté religieuse et a exprimé son désir de mourir en bonne fille de l'Église. L'évêque d'Amiens lui a rendu visite pour la réconforter. Durant les trois jours passés au monastère, la Sœur Anne a été admirée pour sa piété et son exemple de vie religieuse. Elle a contracté une fièvre violente et a demandé à recevoir les sacrements. Après une période de réflexion et de prières, elle a signé un écrit témoignant de son obéissance à l'Église. Elle a ensuite reçu le Saint Viatique et l'Extrême-Onction avec grande dévotion. Avant de mourir, elle a exprimé son repentir et demandé pardon pour ses fautes. Elle est décédée paisiblement, tenant son crucifix, vers quatre heures du matin. L'évêque d'Amiens a informé les amis de la Sœur Anne de sa conversion, soulignant l'importance de cet événement pour le roi et le public. La supérieure de Port-Royal de Paris a exprimé sa gratitude pour les soins apportés à la Sœur Anne. L'affaire de Port-Royal des Champs a suscité beaucoup d'intérêt, et le roi a manifesté son soutien pour maintenir la religion dans toute sa pureté.
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16
p. 259-269
Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
Début :
Il me reste à vous parler de tant de personnes decedées [...]
Mots clefs :
Mort, Archevêque de Reims, Charles Maurice le Tellier, Apoplexie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
Il me reste à vous parler de
tant de perfonnes decedées
dont je ne vous ay encore rien.
dics que je n'aurois pas dû
Y ij
260 MERCURE
vous entretenir encore cen
mois - cy de la mort de Mrb
l'Archevêque de Reims. Auffi
ne vous en parleray- je pas
àfond ; mais il eft des morts
fi éclatantes tant par les circonftances qui les accompa
gnent que par la qualité des
défunts , qu'il eft impoffible.
de n'enrien dire dans le temps
que tout le monde en parle.
Perfonne n'ignore que cer
Archevêque eft mort d'apo
plexie , & cette maladie eft fi
ordinaire depuis quelque 55
temps , que je pourois encore
vous parler de plufieus per - w
GALANT 261
fonnes qui en font mortes
dés qu'elles en ont efté attaquées. Mr l'Archevêque de
Reims n'avoit cu jufqu'à fa
mort aucun indice qui marquaft qu'il en duft eftre attaqué ,fi ce n'eft qu'il eftoit du
nombre de ceux que le Public
condamne toujours à mourir
d'apoplexie , à caufe de leur
repletion. Cependant ce mal
n'attaque pas moins les perfonnes maigres que les autre
& nous en avons tous les jours
de nouvelles preuves.
Mr l'Archevêque de Reims,
venoit de travailler avec Mr
262 MERCURE
9
Pilon , ce fameux Procureur
fi generalement eftimérisa
une Tranfaction pour un de
fes amis qu'il eftimoit beaucoup , & qu'il honoroit de
fon amitié , & ce Prelat, avoit
ápoftillé de fa main , tous les
Articles de cette Tranfaction ,.
à laquelle il avoit efté longtemps fort appliqué. Il dit
enfuite qu'il avoit mal à la tête,
&peu de temps aprés que fon
mal augmentoit beaucoup.
On luy dit de fe mettre fur
fon lit pour fe repoſer , &à
peine y cut il efté un moment
qu'on luy tafta le pouls . &
CALANT 263.
* T
que l'on connut que le poulx
remontoit , & que ce Prelat
commençoit à perdre connoiffance. On courut à Saint
Gervais , & le Vicaire de cette
Paroiffe accourut auffi- toft:
avec les Saintes Huiles ; mais à
peine eut il fait la premiere
Onction , qu'on remarqua
qu'il n'avoit plus du tour de
connoiffance & il mourut
auffi toft aprés.
t
Comme on fçavoir qu'il
avoit fait un Teftament on le
chercha , & il fut bien- toft
trouvé , ce qui marque qu'il
avoit penfé à la mort pen-
>
264 MERCURE
dant fa vie , puifqu'il avoit
fongé à difpofer de fes biens.
On trouva qu'il avoit laiffé à
Mr l'Abbé de Louvois , tous
fes Ornemens d'Eglife , l'Argenterie de fa Chapelle , fa
Maifon de Versailles qui eft
tres- belle, & quelques tentures
de Tapifferies. Il auroit pûlaiffer auffi à Mr l'Abbé de Louvois fa Biblioteque qui eft une
des plus curieufes de Paris
& qui luy revenoit à plus de
quarante mille écus ; mais il
marquoit que Mr l'Abbé de
Louvois n'en avoit pas befoin,
parce qu'il eftoit Maître de la
Biblio-
GALANT 265
Biblioteque du Roy , & qu'ainfi il laiffoit la fienne à Mrs de
Sainte Geneviève.
Tous fes Domeftiques
depuis le premier jufqu'au
dernier , font récompenfez
dans ce Teftament , chacun
felon les Emplois qu'ils avoient
& ces récompenfes font , diton , fort confiderables.
Ce Teftament eft auffi
remply d'un grand nombre
de legs pieux , & de beaucoup
de Prieres que ce Prelat a ordonnées pour le repos de fon
ame.
Je ne parle point de la perFévrier 1710. Z..
266 MERCURE
fonne qu'il a nommée fa Legatrice univerfelle ; c'eft un
Article qui fait raisonner tout
le monde tant ceux qui yfont
intereffez que ceux qui ne le
font pas. Onpouroit, dire que
tous ceux qui font leurs Teftamens ne font rien qu'ils ne
croyent juſte , puis qu'ils contiennent leurs dernieres volon
tez , dont ils doivent rendre
compte à Dieu , & que tout
ce qu'ils font eft autorifé par
des raifons que perfonne ne
peut penetrer ; mais comme
tous les hommes ont leurs
enteftemens qu'ils croyent
GALANT 267
de
juftes , quoyqu'ils ne le foient
fouvent pas , ils ne font pas
toujours bien en croyant bien
faire. Ainfi il eft difficile
condamner ou d'aprouver les
Teftamens les Teftateurs
ayant toujours fait à bonne
intention ce qu'ils n'auroient
pas dû faire , & quoy qu'ils
ayent fait mal devant les hom
mes , ils n'ont point fait mal
devant Dieu , qui ne juge que
felon les intentions. Ce qu'il
y a de furprenant , eft que
prefque dans tous les Teftamens , on trouve des chofes fi
extraordinaires que les homZij
268 MERCURE
mes n'auroient jamais crû les y
devoirtrouver.'
re
Le défunt qui cft mort
âgé de 69. ans fe nommoit
Mr Charles Maurice le Tellier.
Il eftoit Archevêque Duc de
Reims , premier Pair de France , Legat né du S. Siege Apoftolique , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , Doyen
du. Confeil d'Etat , Provifeur
de Sorbonne , Maître de la
Chapelle du Roy , Abbé de
S. Eftienne de Caen , de S.
Benigne de Dijon , de Bretcüil , &c. Il a efté inhumé le
24. de ce mois à S. Gervais ,
GALANT 269
dans la Cave de feu M' le
Chancelier le Tellier , fon pere
tant de perfonnes decedées
dont je ne vous ay encore rien.
dics que je n'aurois pas dû
Y ij
260 MERCURE
vous entretenir encore cen
mois - cy de la mort de Mrb
l'Archevêque de Reims. Auffi
ne vous en parleray- je pas
àfond ; mais il eft des morts
fi éclatantes tant par les circonftances qui les accompa
gnent que par la qualité des
défunts , qu'il eft impoffible.
de n'enrien dire dans le temps
que tout le monde en parle.
Perfonne n'ignore que cer
Archevêque eft mort d'apo
plexie , & cette maladie eft fi
ordinaire depuis quelque 55
temps , que je pourois encore
vous parler de plufieus per - w
GALANT 261
fonnes qui en font mortes
dés qu'elles en ont efté attaquées. Mr l'Archevêque de
Reims n'avoit cu jufqu'à fa
mort aucun indice qui marquaft qu'il en duft eftre attaqué ,fi ce n'eft qu'il eftoit du
nombre de ceux que le Public
condamne toujours à mourir
d'apoplexie , à caufe de leur
repletion. Cependant ce mal
n'attaque pas moins les perfonnes maigres que les autre
& nous en avons tous les jours
de nouvelles preuves.
Mr l'Archevêque de Reims,
venoit de travailler avec Mr
262 MERCURE
9
Pilon , ce fameux Procureur
fi generalement eftimérisa
une Tranfaction pour un de
fes amis qu'il eftimoit beaucoup , & qu'il honoroit de
fon amitié , & ce Prelat, avoit
ápoftillé de fa main , tous les
Articles de cette Tranfaction ,.
à laquelle il avoit efté longtemps fort appliqué. Il dit
enfuite qu'il avoit mal à la tête,
&peu de temps aprés que fon
mal augmentoit beaucoup.
On luy dit de fe mettre fur
fon lit pour fe repoſer , &à
peine y cut il efté un moment
qu'on luy tafta le pouls . &
CALANT 263.
* T
que l'on connut que le poulx
remontoit , & que ce Prelat
commençoit à perdre connoiffance. On courut à Saint
Gervais , & le Vicaire de cette
Paroiffe accourut auffi- toft:
avec les Saintes Huiles ; mais à
peine eut il fait la premiere
Onction , qu'on remarqua
qu'il n'avoit plus du tour de
connoiffance & il mourut
auffi toft aprés.
t
Comme on fçavoir qu'il
avoit fait un Teftament on le
chercha , & il fut bien- toft
trouvé , ce qui marque qu'il
avoit penfé à la mort pen-
>
264 MERCURE
dant fa vie , puifqu'il avoit
fongé à difpofer de fes biens.
On trouva qu'il avoit laiffé à
Mr l'Abbé de Louvois , tous
fes Ornemens d'Eglife , l'Argenterie de fa Chapelle , fa
Maifon de Versailles qui eft
tres- belle, & quelques tentures
de Tapifferies. Il auroit pûlaiffer auffi à Mr l'Abbé de Louvois fa Biblioteque qui eft une
des plus curieufes de Paris
& qui luy revenoit à plus de
quarante mille écus ; mais il
marquoit que Mr l'Abbé de
Louvois n'en avoit pas befoin,
parce qu'il eftoit Maître de la
Biblio-
GALANT 265
Biblioteque du Roy , & qu'ainfi il laiffoit la fienne à Mrs de
Sainte Geneviève.
Tous fes Domeftiques
depuis le premier jufqu'au
dernier , font récompenfez
dans ce Teftament , chacun
felon les Emplois qu'ils avoient
& ces récompenfes font , diton , fort confiderables.
Ce Teftament eft auffi
remply d'un grand nombre
de legs pieux , & de beaucoup
de Prieres que ce Prelat a ordonnées pour le repos de fon
ame.
Je ne parle point de la perFévrier 1710. Z..
266 MERCURE
fonne qu'il a nommée fa Legatrice univerfelle ; c'eft un
Article qui fait raisonner tout
le monde tant ceux qui yfont
intereffez que ceux qui ne le
font pas. Onpouroit, dire que
tous ceux qui font leurs Teftamens ne font rien qu'ils ne
croyent juſte , puis qu'ils contiennent leurs dernieres volon
tez , dont ils doivent rendre
compte à Dieu , & que tout
ce qu'ils font eft autorifé par
des raifons que perfonne ne
peut penetrer ; mais comme
tous les hommes ont leurs
enteftemens qu'ils croyent
GALANT 267
de
juftes , quoyqu'ils ne le foient
fouvent pas , ils ne font pas
toujours bien en croyant bien
faire. Ainfi il eft difficile
condamner ou d'aprouver les
Teftamens les Teftateurs
ayant toujours fait à bonne
intention ce qu'ils n'auroient
pas dû faire , & quoy qu'ils
ayent fait mal devant les hom
mes , ils n'ont point fait mal
devant Dieu , qui ne juge que
felon les intentions. Ce qu'il
y a de furprenant , eft que
prefque dans tous les Teftamens , on trouve des chofes fi
extraordinaires que les homZij
268 MERCURE
mes n'auroient jamais crû les y
devoirtrouver.'
re
Le défunt qui cft mort
âgé de 69. ans fe nommoit
Mr Charles Maurice le Tellier.
Il eftoit Archevêque Duc de
Reims , premier Pair de France , Legat né du S. Siege Apoftolique , Commandeur de
l'Ordre du S. Efprit , Doyen
du. Confeil d'Etat , Provifeur
de Sorbonne , Maître de la
Chapelle du Roy , Abbé de
S. Eftienne de Caen , de S.
Benigne de Dijon , de Bretcüil , &c. Il a efté inhumé le
24. de ce mois à S. Gervais ,
GALANT 269
dans la Cave de feu M' le
Chancelier le Tellier , fon pere
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Résumé : Mort de Mr l'Archevêque de Reims, [titre d'après la table]
En février 1710, Charles Maurice Le Tellier, Archevêque de Reims, est décédé subitement d'une apoplexie. Il n'avait montré aucun signe avant-coureur de la maladie. Au moment de son décès, il travaillait sur une transaction juridique avec le Procureur Général Pilon. Il a rapidement perdu connaissance et est décédé peu après avoir reçu les derniers sacrements. Son testament, retrouvé promptement, révèle plusieurs legs. Il a légué ses ornements d'église, son argenterie, sa maison de Versailles et des tapisseries à l'Abbé de Louvois. Sa bibliothèque, l'une des plus prestigieuses de Paris, a été laissée à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Tous ses domestiques ont été récompensés en fonction de leurs rôles. Le testament comprend également de nombreux legs pieux et prières pour le repos de son âme. Le texte mentionne une légataire universelle dont la nomination a suscité des discussions. Charles Maurice Le Tellier, âgé de 69 ans, occupait plusieurs fonctions prestigieuses, notamment celles de Duc de Reims, premier Pair de France, et Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit. Il a été inhumé le 24 février à Saint-Gervais, dans la cave de son père, le feu Chancelier Le Tellier.
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17
p. 285-287
Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Début :
Je crois devoir vous apprendre la mort du Comte de Clarendon [...]
Mots clefs :
Comte Clarendon, Mort, Colonel Seymour, Colonie de Maryland
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Je crois devoir vous apprendre la mort du Comte de Clarendon dont je vous viens de
parler ; c'est pourquoy je n'ajouteray rien à ce que je viens
de vous en dire , finon que fes
ouvrages confiftent enfix Tomes que l'on vient d'imprimer
à la Haye, & qu'ils ont pour
titre L'Hiftoire des Rebellions
&des Guerres Civiles d'Angletérre.
Mr le Colonel Seymour ,
Gouverneur de la Colonie de
Mariland en Amerique eftauffi
286 MERCURE
decedé. Il eftoit d'une ancienne famille d'Angleterre , qui a
eu l'honneur de donner une
Reine à cette Couronne. Jeanne Seymour troifiéme femme
d'Henry VIII. Royd'Angleterre , & mere d'Edouard V I.
qui regna aprés Henry , & qui
établit le Calvinifme en Angleterre. La Reine Jeanne Seymour qui avoit fuccedé à la fameufe Anne de Boulen , eftoit
foeur d'Edouard Seymour ,
Duc de Sommerfet , & tuteur
du jeune Roy fon neveu , &
Protecteur du Royaume , &
de Thomas Seymour Amiral
GALANT 287.
d'Angleterre. Ces deux freres
perirent miferablement. L'Amiralfuccomba fous la violence de la haine duProtecteur fon
frere contre luy ; il avoit époufé la Reine Catherine Parre fin
xiémefemme d'Henry VIII.&
le Protecteur luy-même perit
en 1549. Jean Dudley Comte de Warwick ayant accufé le
Protecteur d'ufer de fon autorité au préjudice de l'Etat ,
& formé un gros parti contre
luy , le fit arrefter & luy fit
trancher la tefte. Le Colonel
Seymour eftoit iffu de ces Sei
gneursinfortunez
parler ; c'est pourquoy je n'ajouteray rien à ce que je viens
de vous en dire , finon que fes
ouvrages confiftent enfix Tomes que l'on vient d'imprimer
à la Haye, & qu'ils ont pour
titre L'Hiftoire des Rebellions
&des Guerres Civiles d'Angletérre.
Mr le Colonel Seymour ,
Gouverneur de la Colonie de
Mariland en Amerique eftauffi
286 MERCURE
decedé. Il eftoit d'une ancienne famille d'Angleterre , qui a
eu l'honneur de donner une
Reine à cette Couronne. Jeanne Seymour troifiéme femme
d'Henry VIII. Royd'Angleterre , & mere d'Edouard V I.
qui regna aprés Henry , & qui
établit le Calvinifme en Angleterre. La Reine Jeanne Seymour qui avoit fuccedé à la fameufe Anne de Boulen , eftoit
foeur d'Edouard Seymour ,
Duc de Sommerfet , & tuteur
du jeune Roy fon neveu , &
Protecteur du Royaume , &
de Thomas Seymour Amiral
GALANT 287.
d'Angleterre. Ces deux freres
perirent miferablement. L'Amiralfuccomba fous la violence de la haine duProtecteur fon
frere contre luy ; il avoit époufé la Reine Catherine Parre fin
xiémefemme d'Henry VIII.&
le Protecteur luy-même perit
en 1549. Jean Dudley Comte de Warwick ayant accufé le
Protecteur d'ufer de fon autorité au préjudice de l'Etat ,
& formé un gros parti contre
luy , le fit arrefter & luy fit
trancher la tefte. Le Colonel
Seymour eftoit iffu de ces Sei
gneursinfortunez
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Résumé : Morts Etrangeres, [titre d'après la table]
Le texte annonce la mort du Comte de Clarendon et la publication de ses œuvres, 'L'Histoire des Rébellions et des Guerres Civiles d'Angleterre', à La Haye. Il mentionne également le décès du Colonel Seymour, gouverneur de la colonie de Mariland en Amérique. Seymour appartenait à une ancienne famille anglaise illustre, ayant donné une reine à la Couronne : Jeanne Seymour, troisième épouse d'Henry VIII et mère d'Édouard VI. Jeanne Seymour était la sœur d'Édouard Seymour, Duc de Somerset, et de Thomas Seymour, Amiral d'Angleterre. Les deux frères connurent des fins tragiques : Thomas Seymour fut victime de la haine de son frère le Protecteur, et Édouard Seymour fut exécuté en 1549 après avoir été accusé par Jean Dudley, Comte de Warwick, d'abuser de son autorité au détriment de l'État. Le Colonel Seymour était issu de cette lignée malheureuse.
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18
p. 288
Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
Début :
A peine les personnes d'une aussi grande distinction & aussi [...]
Mots clefs :
Mort, Evêque de Nîmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr l'Evêque de Nismes, [titre d'après la table]
88 MERCURE
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
A peine les perfonnes d'une
auffi grande diftinction & auffi
utiles à la Religion que Mr Fléchier , Evêque de Nifmes
font-elles decedées , que la Renommée apprend par tout leur
mort ; mais il n'eft pas aifé
d'en rapporter dans le même
moment toutes les grandes
chofes qui leur ont fait meriter une approbation generale.
Je ne puis donc aujourd'huy
vous apprendre que fa mort ,
& je me trouve obligé de remettre au mois prochain à
vous en parler
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19
p. 355-356
Mort de S. A. S. Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
Début :
S. A. S. Monsieur le Duc, estant morte à Paris, la nuit [...]
Mots clefs :
Mort, Goutte
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texteReconnaissance textuelle : Mort de S. A. S. Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
S. A. S. Monfieur le Duc ,
eftant morte à Paris , la nuit
du Lundy au Mardy 4. de ce
mois , d'une goute remontée ,
le Roy en ayant appris la nouvelle , donna à Monfieur le
Duc d'Enghien fon fils , tout
cc que le défunt tenoit de fa
356 MERCURE
bonté.. Vous jugez bien qu'il
me faut plus de temps pour
parler comme je dois , d'un fi
grand Prince. Je ſuis , Madamé, vôtre , &c.
AParis ce 5 Mars 17 10.
eftant morte à Paris , la nuit
du Lundy au Mardy 4. de ce
mois , d'une goute remontée ,
le Roy en ayant appris la nouvelle , donna à Monfieur le
Duc d'Enghien fon fils , tout
cc que le défunt tenoit de fa
356 MERCURE
bonté.. Vous jugez bien qu'il
me faut plus de temps pour
parler comme je dois , d'un fi
grand Prince. Je ſuis , Madamé, vôtre , &c.
AParis ce 5 Mars 17 10.
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20
p. 287-290
Me de Chastillon est nommée par le Roy, Abbesse de la Deserte, [titre d'après la table]
Début :
L'Abbaye de la Deserte, située à Lyon ayant vacqué [...]
Mots clefs :
Abbaye de la Deserte, Madame de Quibly, Mort, Abbesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Me de Chastillon est nommée par le Roy, Abbesse de la Deserte, [titre d'après la table]
L'Abbaye de la Deferte ,
fituée à Lyon ayant vacqué
par la mort de Madame de
Quibly , derniere Abbeffe &
qui avoit cfté Coadjutrice de
feue Me fa tante
nomma il y a quelque temps
à cette Abbaye Mc de Chatillon , Religieufe de l'Abbayede Saint Pierre de la même
Ville. La nouvelle Abbeffe
eft fœur aînée de Me d'Hyle Roy
288 MERCURE
Yours dont le merite eft fi
connu dans le monde. Mr
l'Evêque de Châlons fur Sзone
fie quelque temps aprés la
Ceremoniede Benir cette nouvelle Abbeffe , dans l'Eglife
de la Deferte. Me de Roftaing
Abbeffe de Chazaut & Me
de la Tour- vidant Prieure
perpetuelle du Monaſtere de
Saint Benoift de la même Ville,
furent les Abbeffes, affiftantes ;
& la derniere futi appellée
faute d'autre Abbeffe.
l'Evêque de Saint Flour , qui
fe trouva alors à Lyon , affiſta -
à la Ceremonie en Camail &
Mr
en
m Wuwuu དང go: ཀྱ
GALANT 289
I
2
Mc en Rochet , de même que
l'ancien Abbé de Saint Antoi
ne. Toute la Nobleffe de Lyon
dont la meilleure partie appartient à la nouvelle Abbeffe
affifta à la Ceremonie , & Mr
l'Evêque de Chalons , fit ouvrir les portes du Convent qui
eft tres vafte & qui eft d'une
grande ancienneté, à tout ceux
qui y voulurent entrer. Me
de Châtillon eft d'une des
meilleures Maifons du Pays.
Elle eft alliée à la Maiſon de
la Chaize & à celle de Rochefort. Elle refifta long - temps
avant que d'accepter cette
Bb
•
Mars 1710.
290 MERCURE
Abbaye, & elle ne l'a fait que
par l'ordre exprés de fes Supericurs & defeüe Me l'Abbeffe
de Saint Pierre.
fituée à Lyon ayant vacqué
par la mort de Madame de
Quibly , derniere Abbeffe &
qui avoit cfté Coadjutrice de
feue Me fa tante
nomma il y a quelque temps
à cette Abbaye Mc de Chatillon , Religieufe de l'Abbayede Saint Pierre de la même
Ville. La nouvelle Abbeffe
eft fœur aînée de Me d'Hyle Roy
288 MERCURE
Yours dont le merite eft fi
connu dans le monde. Mr
l'Evêque de Châlons fur Sзone
fie quelque temps aprés la
Ceremoniede Benir cette nouvelle Abbeffe , dans l'Eglife
de la Deferte. Me de Roftaing
Abbeffe de Chazaut & Me
de la Tour- vidant Prieure
perpetuelle du Monaſtere de
Saint Benoift de la même Ville,
furent les Abbeffes, affiftantes ;
& la derniere futi appellée
faute d'autre Abbeffe.
l'Evêque de Saint Flour , qui
fe trouva alors à Lyon , affiſta -
à la Ceremonie en Camail &
Mr
en
m Wuwuu དང go: ཀྱ
GALANT 289
I
2
Mc en Rochet , de même que
l'ancien Abbé de Saint Antoi
ne. Toute la Nobleffe de Lyon
dont la meilleure partie appartient à la nouvelle Abbeffe
affifta à la Ceremonie , & Mr
l'Evêque de Chalons , fit ouvrir les portes du Convent qui
eft tres vafte & qui eft d'une
grande ancienneté, à tout ceux
qui y voulurent entrer. Me
de Châtillon eft d'une des
meilleures Maifons du Pays.
Elle eft alliée à la Maiſon de
la Chaize & à celle de Rochefort. Elle refifta long - temps
avant que d'accepter cette
Bb
•
Mars 1710.
290 MERCURE
Abbaye, & elle ne l'a fait que
par l'ordre exprés de fes Supericurs & defeüe Me l'Abbeffe
de Saint Pierre.
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Résumé : Me de Chastillon est nommée par le Roy, Abbesse de la Deserte, [titre d'après la table]
L'Abbaye de la Déferte à Lyon est devenue vacante après le décès de Madame de Quibly, dernière abbesse. Madame de Châtillon, sœur aînée de Madame d'Hyle Roy, a été nommée pour lui succéder. La cérémonie de bénédiction a eu lieu en mars 1710 en présence de l'évêque de Châlons-sur-Saône, de l'évêque de Saint-Flour, de Madame de Roftaing, abbesse de Chazaut, et de Madame de la Tour-Vidant, prieure perpétuelle du monastère de Saint-Benoît. Toute la noblesse lyonnaise, dont une grande partie est liée à la nouvelle abbesse, a assisté à l'événement. Madame de Châtillon, issue d'une famille prestigieuse, est alliée aux maisons de la Chaize et de Rochefort. Elle a accepté cette charge sur ordre de ses supérieurs et de la défunte abbesse de Saint-Pierre, après avoir longtemps résisté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 339-343
Suite de ce qui s'est passé aprés la mort de S.A.S Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déja parlé de la mort de S.A.S. Monsieur le [...]
Mots clefs :
Mort, Cérémonies, Prince de Conty, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est passé aprés la mort de S.A.S Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
Je vous ay déja parlé de la
mort de S. A. S. Monfieur le
Duc , & il ne me reſtoir plus à
yous entretenir que de tout ce
Ffij
340 MERCURE
qui s'eft fait aprés fon decés
files mêmes Ceremonies qui
fe font faites aprés la mort de
feuë S. A. S. fon pere n'avoient
efté fuivies de point en point
à la referve de quelques perfonnes qui n'ont pas fait les
mêmes fonctions puifque
c'eft Mr l'Evêque d'Auxerre ;
qui'a conduit fon Cœur à l'E
glife des Jefuites de la rue S.
Antoine , & que ce Prelat l'a
prefenté en faisant l'Eloge de
ce Prince avec l'Eloquence
qui luy eft ordinaire , & dont
je vous ay fouvent parlé..
Le 12 de ce mois Monfieur
GALANT 34!
le Prince de Conty nommé
par le Roy pour venir de fa
part jetter de l'eau benifte
fur leCorps du Prince défunc
fe rendit à l'Hôtel de Condé ,
accompagné de Mele Duc de
Mortemart ; Mr le Marquis
de Levy portoit la queue de fa
robbe. Il cftoit conduit par
Mr.le Marquis de Dreux Grand
Maitre des Ceremonies , & il
yavoit autour de luy des Gardes du Corps du Roy & des
Cent-Suiffes. Il fut reçu par
Monfieur le Duc d'Enguien ,
accompagné de plufieurs Seigneurs qui ont l'honneur
Ffiij
342 MERCURE
d'être de fa parenté , & des
Principaux Officiers du Prince
défunt.
Les jours fuivans Meffieurs
le Prince de Conty en fon
nom , le Duc du Maine , le
Comte de Toulouſe , allerent
donner de l'eau - benifte.
Monfieur le Cardinal de
Noailles le Chapitre de
l'Eglife Metropolitaine , le
Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes,
le Corps de Ville , & plufieurs
Communautez , allerent rendre les mêmes devoirs.
Le 15 le Corps fut tranf-
GALANY . 343
porté à Valery , fepulture des
Princes de la Maifon de Conс
fieur
1
dé , accompagné par
le Duc d'Enguien & par Mr
l'Evêque d'Auxerre , & Mr
l'Archevêque de Sens le reçut
avec les Ceremonies ordinaires.
mort de S. A. S. Monfieur le
Duc , & il ne me reſtoir plus à
yous entretenir que de tout ce
Ffij
340 MERCURE
qui s'eft fait aprés fon decés
files mêmes Ceremonies qui
fe font faites aprés la mort de
feuë S. A. S. fon pere n'avoient
efté fuivies de point en point
à la referve de quelques perfonnes qui n'ont pas fait les
mêmes fonctions puifque
c'eft Mr l'Evêque d'Auxerre ;
qui'a conduit fon Cœur à l'E
glife des Jefuites de la rue S.
Antoine , & que ce Prelat l'a
prefenté en faisant l'Eloge de
ce Prince avec l'Eloquence
qui luy eft ordinaire , & dont
je vous ay fouvent parlé..
Le 12 de ce mois Monfieur
GALANT 34!
le Prince de Conty nommé
par le Roy pour venir de fa
part jetter de l'eau benifte
fur leCorps du Prince défunc
fe rendit à l'Hôtel de Condé ,
accompagné de Mele Duc de
Mortemart ; Mr le Marquis
de Levy portoit la queue de fa
robbe. Il cftoit conduit par
Mr.le Marquis de Dreux Grand
Maitre des Ceremonies , & il
yavoit autour de luy des Gardes du Corps du Roy & des
Cent-Suiffes. Il fut reçu par
Monfieur le Duc d'Enguien ,
accompagné de plufieurs Seigneurs qui ont l'honneur
Ffiij
342 MERCURE
d'être de fa parenté , & des
Principaux Officiers du Prince
défunt.
Les jours fuivans Meffieurs
le Prince de Conty en fon
nom , le Duc du Maine , le
Comte de Toulouſe , allerent
donner de l'eau - benifte.
Monfieur le Cardinal de
Noailles le Chapitre de
l'Eglife Metropolitaine , le
Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes,
le Corps de Ville , & plufieurs
Communautez , allerent rendre les mêmes devoirs.
Le 15 le Corps fut tranf-
GALANY . 343
porté à Valery , fepulture des
Princes de la Maifon de Conс
fieur
1
dé , accompagné par
le Duc d'Enguien & par Mr
l'Evêque d'Auxerre , & Mr
l'Archevêque de Sens le reçut
avec les Ceremonies ordinaires.
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Résumé : Suite de ce qui s'est passé aprés la mort de S.A.S Monsieur le Duc, [titre d'après la table]
Après la mort du Duc, fils du Prince défunt, les cérémonies funéraires ont suivi celles observées après la mort de son père, avec quelques variations. L'évêque d'Auxerre a conduit le cœur du Duc à l'église des Jésuites de la rue Saint-Antoine et a prononcé son éloge. Le 12 du mois, le Prince de Conty, nommé par le roi, s'est rendu à l'Hôtel de Condé pour jeter de l'eau bénite sur le corps du Prince défunt, accompagné du Duc de Mortemart et du Marquis de Dreux. Plusieurs gardes du roi et des Cent-Suisses étaient présents. Le Duc d'Enguien, accompagné de plusieurs seigneurs et officiers du Prince défunt, a reçu le Prince de Conty. Les jours suivants, le Prince de Conty, le Duc du Maine et le Comte de Toulouse ont également jeté de l'eau bénite. Le Cardinal de Noailles, le Chapitre de l'Église métropolitaine, le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes, le Corps de Ville et plusieurs communautés ont rendu les mêmes devoirs. Le 15, le corps du Duc a été transporté à Valéry, la sépulture des Princes de la Maison de Condé, accompagné par le Duc d'Enguien et l'évêque d'Auxerre. L'archevêque de Sens a reçu le corps avec les cérémonies ordinaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 82-93
Lettre de Monsieur l'Evesque de Nisme, à Monsieur le Pelletier, Ministre d'Etat.
Début :
Quoyque je vous aye déja parlé plus d'une fois de la mort [...]
Mots clefs :
Evêque de Nîmes, Mort, Mr le Pelletier, Visite, Âge, Affaiblissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Monsieur l'Evesque de Nisme, à Monsieur le Pelletier, Ministre d'Etat.
Quoyque je vous aye déja
GALANT 83
le
parlé plus d'une fois de la mort
de Mr l'Evêque de Nifmes ,
on ne peut trop parler d'un
Serviteur de Dieu fi zelé, qui
a efté fi utile à fon prochain ,
& qui a tant travaillé pour
falut des ames. Jevous envoye
une Lettre écrite un peu avant
fa mort, & qui avec tous les
merveilleux Ouvrages de ce
Prelat, contribuera à faire vivre fa memoire.
Lettre de Monfieur l'Evefque
de Nifmes , à Monfieur le
Pelletier , Miniftre d'Etat.
Une viſite , Monſieur , queje
84 MERCURE
viens defaire à Mr le Ducd'Ufez depuis peu dans cette Provin
ce m'a empêché de répondre plutoft à votre derniere Lettre. Fe
vois que vous avez quitté voftre
folitude de Ville-Neuve , avant
que lafaifon de la Campagnefuft
paffée. Ilfaut ménager unefanté
foible , l'air deParis eft moinsfu
bril, lesfecours yfont plus prefens,
quand on approche de l'age
des Patriarches , il faut fe mettre fous lesfoins d'unefamille affectionnée, & recevoir de ſes enfans les fruitsde la bonne éducation
qu'on leur adonnée. La confidence
que vous mefaites de l'état où
yous croyez que vous réduit le
GALANT 85°
poids de vos années me toucheroit
davantagefi vous n'enparliezpas
fibien , &fije ne voyois encore
sout voftre efprit dans voftre Lettre &dans celle que MrBaville
m'a communiquée ; mais enfin vôtre apprehenfion eft raisonnable ;
tout ce qui tend àſa fin diminuë
neceffairement la vigueur paffée
les organes s'ufent , l'efprit s'afaiblit avec le corps , le feu qui nous
anime s'éteint infenfiblement &
la raison auffi bien que les fens
fuccombe quelquefoisfous les extrémitez de la vieilleffe.
Ceux qui comme vous ont mené une vie toûjours occupée , qui
ont efté chargez depenibles &im-
86 MERCURE
portantes affaires , qui ont pris à
cœur les interefts de l'Etat comme,
ceux de leurfamille , quifont ai
fément touchez des malheurs prefens & des miferes de la Patrie.
Ceux- là , dis-je , ont fujet de
craindre que l'application & l'u
fage qu'ils ont fait de leur efprit
n'y caufe enfin quelque défaillance. Ilyapeu de ces vieilleſſes heu
reufes qui fe foutiennent jufques
àlafin, où le temps n'ôte à l'homme quelque partie de luy- même
& cette benediction que Moyfe
prononçafur Azer: Sicut dies ju
ventutis tuæ ita erit fenectus
e fe renouvelle gueres de- tua ne
puis celle-là.
GALANT 87
M.Nous avons vû vous &moy,
Monfieur, des hommes dont on avoir eftimé le jugement & lafageffe, aprés avoir remply les premiers Emplois & les premiers
ChargesduRoyaume, traîner un
refte de vie dans une langueur pitoyable ,fans raifonnement , fans
intelligence , dans l'oubli de leur
propre nom.
Favouequecette espece de mort
vivante eft d'unegrande humiliation quandon lafent ou qu'on la
prévoir. L'homme nefait jamais
plus de pitiéque lorsqu'il commence ainfi à rentrer dans fon neant;
la mort naturelle eftlapeine du pe-
88 MERCURE
ché, la mort civile ou morale ag
mondeen eftlapenitence. Ilfauts'y
refigner quand on la voit approcher, dans le danger de nepouvoirplus offriràDieu avec liberté
les facrifices de bonnes œuvres d'
de louanges , luy en faire undefon
filence & defon inaction.
Aprés cela il faut fe confoler
de tout. L'Apoftre nous apprend
que foit que nous vivions , foit
que nous mourions`, nous fommes
au Seigneur, nous devons croire
que toute affliction , comme toute
confolation , viennent de luy, que
c'eft toûjours un bien que fa volonté s'accompliſſe en nous , &
GALANT 89
qu'en nous ôtant ce qui fert à le
connoiftre & à le fervir, il nous
ôte en mefme temps ce qui peut in
duire à l'offencer.
Cet affoibliffement que vous
eroy zremarqueren vostreperfon
ne eft une marquede l'attention que
vous avezfür vous mefme; iln'eft
pas étonnant que vous éprouviez
quelque changement &quelque
diminution de force , que vostre
imagination fe refroidiffe ; que
voftre applicationfe relâche ,
vosprieresfoient moinsferventes ,
que vos actions & vos penfées
foient moins vives , que le corps
quife corrompt, appefentiffe l'ames
Avril 1710.
H
que
90 MERCURE
vous touchez à ce terme fatal
de la vie , aude- là duquel il n'y
plus que travail & doulent
felon l'Écriture.
La reflexion que nous avons à
faire, Monfieur , car à deux ou
trois années prés , nous fommes
dans le mefme cas ; c'eſt de nous
regarderfur le declin de l'âge comme desferviteurs qui vont deve
nir inutiles ; de mettre à profit les
beures que Dieu nous laiffe avant
que cela vienne, où felon l'Evan
gile, ilne fera plus libre de tra
vailler pour le falut. Hatonsnous de luy offrir des reconnoiffan
ces des affections qui feront
GALANT 91
tous les jours plus ufees , e
prions-le que s'il veut nous punir
avantnoftremortpar laprivation
des douceurs temporelles & fpirituelles de la vie , il conferve du
moins dans nos cœurs mortifiez
un fond de Religion , de Foy
d'humilité depatience.
C'est une grace & une benediction du Ciel pour vous d'eftre
au milieu de vostrefamille , aimé
&honoré de vos enfans , qut
vous adouciront vos peines , qui
respecterontjufqu'à vosfoibleffes
& qui touchez de tendreffe , de
puiée de defir de vous prolonger
unrefte de vie , auront les mefmes
Hij
92 MERCURE
foins de voftre foibleffe que vous
aurez eu de leur enfance.
Quoique je fois perfuadé que
vous n'avez pas grand befoin de
nos leçons , & qu'un efpritfolide & tranquile comme le vostre,
ne foitpas d'ordinaire fujet à de
tels dérangemens , j'ay bien voula
vous obéir & vous témoigner avec quelle déference &avec quel
Zele jefuis , &c.
Cette Lettre a charmé tous
ceux qui l'ont lûë. On en a fait
ungrand nombre de Copies ,
& toutes les perfonnes qui font
fort avancées en âge en ont
voulu avoir; & c'eft une con-
GALANT 93
folation pour elles de penfer
qu'elles mourront dans le fein
d'une famille cherie , qui tâchera d'adoucir leurs maux,
& je ne doute point que la
kcture de cette Lettre nevous
doive faire beaucoup de platfir.
GALANT 83
le
parlé plus d'une fois de la mort
de Mr l'Evêque de Nifmes ,
on ne peut trop parler d'un
Serviteur de Dieu fi zelé, qui
a efté fi utile à fon prochain ,
& qui a tant travaillé pour
falut des ames. Jevous envoye
une Lettre écrite un peu avant
fa mort, & qui avec tous les
merveilleux Ouvrages de ce
Prelat, contribuera à faire vivre fa memoire.
Lettre de Monfieur l'Evefque
de Nifmes , à Monfieur le
Pelletier , Miniftre d'Etat.
Une viſite , Monſieur , queje
84 MERCURE
viens defaire à Mr le Ducd'Ufez depuis peu dans cette Provin
ce m'a empêché de répondre plutoft à votre derniere Lettre. Fe
vois que vous avez quitté voftre
folitude de Ville-Neuve , avant
que lafaifon de la Campagnefuft
paffée. Ilfaut ménager unefanté
foible , l'air deParis eft moinsfu
bril, lesfecours yfont plus prefens,
quand on approche de l'age
des Patriarches , il faut fe mettre fous lesfoins d'unefamille affectionnée, & recevoir de ſes enfans les fruitsde la bonne éducation
qu'on leur adonnée. La confidence
que vous mefaites de l'état où
yous croyez que vous réduit le
GALANT 85°
poids de vos années me toucheroit
davantagefi vous n'enparliezpas
fibien , &fije ne voyois encore
sout voftre efprit dans voftre Lettre &dans celle que MrBaville
m'a communiquée ; mais enfin vôtre apprehenfion eft raisonnable ;
tout ce qui tend àſa fin diminuë
neceffairement la vigueur paffée
les organes s'ufent , l'efprit s'afaiblit avec le corps , le feu qui nous
anime s'éteint infenfiblement &
la raison auffi bien que les fens
fuccombe quelquefoisfous les extrémitez de la vieilleffe.
Ceux qui comme vous ont mené une vie toûjours occupée , qui
ont efté chargez depenibles &im-
86 MERCURE
portantes affaires , qui ont pris à
cœur les interefts de l'Etat comme,
ceux de leurfamille , quifont ai
fément touchez des malheurs prefens & des miferes de la Patrie.
Ceux- là , dis-je , ont fujet de
craindre que l'application & l'u
fage qu'ils ont fait de leur efprit
n'y caufe enfin quelque défaillance. Ilyapeu de ces vieilleſſes heu
reufes qui fe foutiennent jufques
àlafin, où le temps n'ôte à l'homme quelque partie de luy- même
& cette benediction que Moyfe
prononçafur Azer: Sicut dies ju
ventutis tuæ ita erit fenectus
e fe renouvelle gueres de- tua ne
puis celle-là.
GALANT 87
M.Nous avons vû vous &moy,
Monfieur, des hommes dont on avoir eftimé le jugement & lafageffe, aprés avoir remply les premiers Emplois & les premiers
ChargesduRoyaume, traîner un
refte de vie dans une langueur pitoyable ,fans raifonnement , fans
intelligence , dans l'oubli de leur
propre nom.
Favouequecette espece de mort
vivante eft d'unegrande humiliation quandon lafent ou qu'on la
prévoir. L'homme nefait jamais
plus de pitiéque lorsqu'il commence ainfi à rentrer dans fon neant;
la mort naturelle eftlapeine du pe-
88 MERCURE
ché, la mort civile ou morale ag
mondeen eftlapenitence. Ilfauts'y
refigner quand on la voit approcher, dans le danger de nepouvoirplus offriràDieu avec liberté
les facrifices de bonnes œuvres d'
de louanges , luy en faire undefon
filence & defon inaction.
Aprés cela il faut fe confoler
de tout. L'Apoftre nous apprend
que foit que nous vivions , foit
que nous mourions`, nous fommes
au Seigneur, nous devons croire
que toute affliction , comme toute
confolation , viennent de luy, que
c'eft toûjours un bien que fa volonté s'accompliſſe en nous , &
GALANT 89
qu'en nous ôtant ce qui fert à le
connoiftre & à le fervir, il nous
ôte en mefme temps ce qui peut in
duire à l'offencer.
Cet affoibliffement que vous
eroy zremarqueren vostreperfon
ne eft une marquede l'attention que
vous avezfür vous mefme; iln'eft
pas étonnant que vous éprouviez
quelque changement &quelque
diminution de force , que vostre
imagination fe refroidiffe ; que
voftre applicationfe relâche ,
vosprieresfoient moinsferventes ,
que vos actions & vos penfées
foient moins vives , que le corps
quife corrompt, appefentiffe l'ames
Avril 1710.
H
que
90 MERCURE
vous touchez à ce terme fatal
de la vie , aude- là duquel il n'y
plus que travail & doulent
felon l'Écriture.
La reflexion que nous avons à
faire, Monfieur , car à deux ou
trois années prés , nous fommes
dans le mefme cas ; c'eſt de nous
regarderfur le declin de l'âge comme desferviteurs qui vont deve
nir inutiles ; de mettre à profit les
beures que Dieu nous laiffe avant
que cela vienne, où felon l'Evan
gile, ilne fera plus libre de tra
vailler pour le falut. Hatonsnous de luy offrir des reconnoiffan
ces des affections qui feront
GALANT 91
tous les jours plus ufees , e
prions-le que s'il veut nous punir
avantnoftremortpar laprivation
des douceurs temporelles & fpirituelles de la vie , il conferve du
moins dans nos cœurs mortifiez
un fond de Religion , de Foy
d'humilité depatience.
C'est une grace & une benediction du Ciel pour vous d'eftre
au milieu de vostrefamille , aimé
&honoré de vos enfans , qut
vous adouciront vos peines , qui
respecterontjufqu'à vosfoibleffes
& qui touchez de tendreffe , de
puiée de defir de vous prolonger
unrefte de vie , auront les mefmes
Hij
92 MERCURE
foins de voftre foibleffe que vous
aurez eu de leur enfance.
Quoique je fois perfuadé que
vous n'avez pas grand befoin de
nos leçons , & qu'un efpritfolide & tranquile comme le vostre,
ne foitpas d'ordinaire fujet à de
tels dérangemens , j'ay bien voula
vous obéir & vous témoigner avec quelle déference &avec quel
Zele jefuis , &c.
Cette Lettre a charmé tous
ceux qui l'ont lûë. On en a fait
ungrand nombre de Copies ,
& toutes les perfonnes qui font
fort avancées en âge en ont
voulu avoir; & c'eft une con-
GALANT 93
folation pour elles de penfer
qu'elles mourront dans le fein
d'une famille cherie , qui tâchera d'adoucir leurs maux,
& je ne doute point que la
kcture de cette Lettre nevous
doive faire beaucoup de platfir.
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Résumé : Lettre de Monsieur l'Evesque de Nisme, à Monsieur le Pelletier, Ministre d'Etat.
La lettre adressée à Monsieur le Pelletier, Ministre d'État, traite de la mort de l'Évêque de Nîmes, décrit comme un serviteur de Dieu zélé et utile à son prochain. L'auteur envoie une lettre écrite par l'Évêque peu avant son décès, destinée à perpétuer sa mémoire. L'Évêque explique qu'une visite au Duc d'Uzès l'a empêché de répondre plus tôt à la lettre de Pelletier. Il conseille à Pelletier de prendre soin de sa santé en raison de son âge avancé et de se reposer dans une famille affectionnée. L'Évêque reconnaît les appréhensions de Pelletier concernant la vieillesse et la diminution des forces physiques et mentales. Il mentionne que ceux qui ont mené une vie active et ont été chargés de responsabilités importantes peuvent craindre que leur esprit ne faiblisse avec l'âge. La lettre se termine par des réflexions sur la mort et la nécessité de se préparer spirituellement, en offrant des prières et des actions de grâce à Dieu. La lettre a été bien reçue et copiée par de nombreuses personnes âgées, leur offrant consolation et réconfort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 144-146
Mort de Mr Begon, Intendant de la Marine à Rochefort, & mouvement fait dans ce Corps au sujet de cette mort. [titre d'après la table]
Début :
Il y a déja quelque temps que vous avez appris la mort [...]
Mots clefs :
Mort, Mr Begon, Marine
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr Begon, Intendant de la Marine à Rochefort, & mouvement fait dans ce Corps au sujet de cette mort. [titre d'après la table]
Il y a déja quelque temps.
que vous avez appris la mort
de Mr Begon Intendant de la
Rochelle & de la Marine du
département de Rochefort. Je
vous ay f ſouvent parlé de
tous ceux qui portent ce nom,
que je ne vous en diray pas
aujourd'huy davantage. Le défunt eftoit dans une eftime generale , & il joignoit aux lumieresqui regardoient les Emplois qu'il a poffedez , celles
d'un efprit fort cultivé ; il
aimoit
GALANT 145
aimoit les gens de Lettres , &
il a fait graver à fes dépens les
Portraits des hommes illuftres
dont feu Mr Perrault a compofé la vie.
Le Roya choifi Mr de Beauharnois pour remplir fa place.
Cette Intendance eftant la plus
confiderable de la Marine , à
caufe que celle de la Provincey
eft jointe , demandoit un fucceffeur de la capacité , & du
merite de Mr.de Beauharnois.
Sa Majefté qui en a une parfaite connoiffance , luy avoit
donné quelques mois aupara
vant l'Intendancegenerale des
Avril 1710. N
146 MERCURE
Claffes des Matelots du Royau
me. Elle en a difpofe en faveur
de Mr Raudot le fils , Intendant de Jultice , Police & Fi
nance en Canada , & elle a donné cette derniere place à Mr
Begon Infpecteur general de
la Marine à Rochefort , fils de
Mr Begon qui vient de mourir.
que vous avez appris la mort
de Mr Begon Intendant de la
Rochelle & de la Marine du
département de Rochefort. Je
vous ay f ſouvent parlé de
tous ceux qui portent ce nom,
que je ne vous en diray pas
aujourd'huy davantage. Le défunt eftoit dans une eftime generale , & il joignoit aux lumieresqui regardoient les Emplois qu'il a poffedez , celles
d'un efprit fort cultivé ; il
aimoit
GALANT 145
aimoit les gens de Lettres , &
il a fait graver à fes dépens les
Portraits des hommes illuftres
dont feu Mr Perrault a compofé la vie.
Le Roya choifi Mr de Beauharnois pour remplir fa place.
Cette Intendance eftant la plus
confiderable de la Marine , à
caufe que celle de la Provincey
eft jointe , demandoit un fucceffeur de la capacité , & du
merite de Mr.de Beauharnois.
Sa Majefté qui en a une parfaite connoiffance , luy avoit
donné quelques mois aupara
vant l'Intendancegenerale des
Avril 1710. N
146 MERCURE
Claffes des Matelots du Royau
me. Elle en a difpofe en faveur
de Mr Raudot le fils , Intendant de Jultice , Police & Fi
nance en Canada , & elle a donné cette derniere place à Mr
Begon Infpecteur general de
la Marine à Rochefort , fils de
Mr Begon qui vient de mourir.
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Résumé : Mort de Mr Begon, Intendant de la Marine à Rochefort, & mouvement fait dans ce Corps au sujet de cette mort. [titre d'après la table]
Le texte annonce le décès de Monsieur Begon, Intendant de La Rochelle et de la Marine du département de Rochefort. Respecté pour son âge avancé, ses compétences et son soutien aux gens de lettres, il avait financé la gravure des portraits d'hommes illustres écrits par feu Monsieur Perrault. Le roi a nommé Monsieur de Beauharnais pour lui succéder, en raison de l'importance de cette Intendance, qui inclut également la province. Monsieur de Beauharnais avait déjà été nommé à l'Intendance générale des Classes des Matelots du Royaume quelques mois auparavant. Cette fonction a été transférée à Monsieur Raudot le fils, Intendant de Justice, Police et Finance au Canada. La place laissée vacante par Monsieur Raudot a été attribuée à Monsieur Begon, Inspecteur général de la Marine à Rochefort, fils du défunt Monsieur Begon.
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24
p. 347-349
Article dont la lecture fera plaisir aux Vieillards. [titre d'après la table]
Début :
Je devrois aussi vous parler de plusieurs personnes mortes [...]
Mots clefs :
Mort, Centenaires, Âge
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texteReconnaissance textuelle : Article dont la lecture fera plaisir aux Vieillards. [titre d'après la table]
Je devrois auffi vous parler
348 MERCURE
de plufieurs perfonnes mortes
beaucoup par de là l'âge de
cent ans. Ces Articles font curieux &font toûjours d'autant
plus de plaifir à ceux qui les
lifent, queceuxqui approchent
de l'âge de quatre- vingt ans fe
croyent encore fort jeunes , &
croyent avec raifon qu'ils peuvent vivre encore un affez
grand nombre d'années , &
mefme fans fe reffentir beaucoup des incommoditez de la
vicilleffe , dautant que ceux qui
vivent beaucoup au delà de
cent ans , font prefque toûjours dans une parfaite fanté ,
que
GALANT 349
que leur vûe eft bonne , qu'ils
jouiffent de toutes les forces
des jeunes gens , & qu'ils ne
meurent point à caufe deleurs
infirmitez ; mais feulement parce que la nature s'ufe , & qu'ils
ne meurent que parce qu'il
que tous les hommes meu- faut
rent
348 MERCURE
de plufieurs perfonnes mortes
beaucoup par de là l'âge de
cent ans. Ces Articles font curieux &font toûjours d'autant
plus de plaifir à ceux qui les
lifent, queceuxqui approchent
de l'âge de quatre- vingt ans fe
croyent encore fort jeunes , &
croyent avec raifon qu'ils peuvent vivre encore un affez
grand nombre d'années , &
mefme fans fe reffentir beaucoup des incommoditez de la
vicilleffe , dautant que ceux qui
vivent beaucoup au delà de
cent ans , font prefque toûjours dans une parfaite fanté ,
que
GALANT 349
que leur vûe eft bonne , qu'ils
jouiffent de toutes les forces
des jeunes gens , & qu'ils ne
meurent point à caufe deleurs
infirmitez ; mais feulement parce que la nature s'ufe , & qu'ils
ne meurent que parce qu'il
que tous les hommes meu- faut
rent
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Résumé : Article dont la lecture fera plaisir aux Vieillards. [titre d'après la table]
Le texte évoque des personnes ayant vécu plus de cent ans, suscitant un grand intérêt, notamment chez ceux approchant des quatre-vingts ans. Ces individus se perçoivent comme jeunes et en bonne santé, conservant la vue et les forces de la jeunesse. Leur décès est attribué à l'épuisement naturel de la vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 233-234
Mort d'une femme âgée de cent quinze ans, [titre d'après la table]
Début :
Il seroit à souhaiter que la Princesse qui vient d'estre mariée, [...]
Mots clefs :
Centenaire, Mort
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texteReconnaissance textuelle : Mort d'une femme âgée de cent quinze ans, [titre d'après la table]
Il feroit à souhaiter que la
Princesse qui vient d'estre mariée, vécutaussi long-temps
que la nommée Repaufe, qui
cil: morte le 5e de May âgée de
cent quinze ans dans la Paroisse de Coufinal
,
Diocesè de LaVaur en Languedoc. Elle avoit
D
confervé son bon sens, & agi
ju squ'au dernier moment de
sa vie. Elle n'avoit jamais elle
malade
,
& elle est morte de
foiblesse. Elle estoit née dans le
lieu ou elle est morte. On a
verifié le Registre pour ne pas
exposer une fausseté au public. :
Il
Princesse qui vient d'estre mariée, vécutaussi long-temps
que la nommée Repaufe, qui
cil: morte le 5e de May âgée de
cent quinze ans dans la Paroisse de Coufinal
,
Diocesè de LaVaur en Languedoc. Elle avoit
D
confervé son bon sens, & agi
ju squ'au dernier moment de
sa vie. Elle n'avoit jamais elle
malade
,
& elle est morte de
foiblesse. Elle estoit née dans le
lieu ou elle est morte. On a
verifié le Registre pour ne pas
exposer une fausseté au public. :
Il
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Résumé : Mort d'une femme âgée de cent quinze ans, [titre d'après la table]
Le texte souhaite que la princesse récemment mariée vive aussi longtemps que Repaufe, décédée à 115 ans le 5 mai dans la paroisse de Coufinal, diocèse de La Vaure en Languedoc. Repaufe, née et ayant vécu sur place, n'a jamais été malade et a conservé son bon sens jusqu'à sa mort. Les registres ont été vérifiés pour éviter toute fausseté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 254-256
Mort de Mr d'Aquin Evèque de Seez, & en mesme temps de cinq de ses Chanoines, [titre d'après la table]
Début :
Je vais vous parler d'un fait qui est assez singulier, [...]
Mots clefs :
Mort, Evêque de Seez, Chanoines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mr d'Aquin Evèque de Seez, & en mesme temps de cinq de ses Chanoines, [titre d'après la table]
Je vais vous parler d'un fait
qui est assez singulier
,
quo
qu'il ne soit pas si étonnant
que ceux que vous ycnèz-d
>
lire, puisqu'il s'agit deMOlt
& que tous les hommes son
nez pour mourir, & qu'il cij
meure tous les jours. Cepen-
-
dant je ne laisseray pas de vous
surprendre en vous apprenant
que dans le même tempsijui
Mr Daquin,Evêque de Seczest
decedé, il est mort cinq Chanoines de son Eglise, ce qui a
jette beaucoup de frayeur dans
tout le Chapitre & dans tous
les cœurs des Habitans de cette Ville là où il regne beau-
[coup de maladies dont on
meurt presqueaussi-tost qu'on
est tombé malade.
!
Mr l'Evêque de Seez est
l mort âgé feulement de 43.
* ans, fort estimé & fort cheri
dans son Evêché où il n'édifioit pas moins par ses vertus
1* & par son exemple que par
toutes les fondions Pastorales
qu'il y exerçoit avec une tresgrande régularité, & par les
bons ordres qu'il y
donnoic ;
& ce qui marque que l'amour&
l'estime de tout le Diocese de
Seez pour cet Evêque, ne sont
pas sans un fondement solide,
est qu'il a
laisse generalement
tout son bien aux Pauvres de
son Evêché, ce qui attire à sa
mémoire mille louanges de
tous ses Diocesains, & de tous
1.'(, Pauvres
qui est assez singulier
,
quo
qu'il ne soit pas si étonnant
que ceux que vous ycnèz-d
>
lire, puisqu'il s'agit deMOlt
& que tous les hommes son
nez pour mourir, & qu'il cij
meure tous les jours. Cepen-
-
dant je ne laisseray pas de vous
surprendre en vous apprenant
que dans le même tempsijui
Mr Daquin,Evêque de Seczest
decedé, il est mort cinq Chanoines de son Eglise, ce qui a
jette beaucoup de frayeur dans
tout le Chapitre & dans tous
les cœurs des Habitans de cette Ville là où il regne beau-
[coup de maladies dont on
meurt presqueaussi-tost qu'on
est tombé malade.
!
Mr l'Evêque de Seez est
l mort âgé feulement de 43.
* ans, fort estimé & fort cheri
dans son Evêché où il n'édifioit pas moins par ses vertus
1* & par son exemple que par
toutes les fondions Pastorales
qu'il y exerçoit avec une tresgrande régularité, & par les
bons ordres qu'il y
donnoic ;
& ce qui marque que l'amour&
l'estime de tout le Diocese de
Seez pour cet Evêque, ne sont
pas sans un fondement solide,
est qu'il a
laisse generalement
tout son bien aux Pauvres de
son Evêché, ce qui attire à sa
mémoire mille louanges de
tous ses Diocesains, & de tous
1.'(, Pauvres
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Résumé : Mort de Mr d'Aquin Evèque de Seez, & en mesme temps de cinq de ses Chanoines, [titre d'après la table]
Le texte décrit la mort de l'évêque de Seez, M. Daquin, à l'âge de 43 ans, ainsi que celle de cinq chanoines de son église. Cet événement a suscité la frayeur parmi les membres du chapitre et les habitants de la ville, déjà éprouvés par diverses maladies mortelles. M. Daquin était très respecté et apprécié dans son diocèse pour ses vertus, son exemple et la régularité de ses fonctions pastorales. À sa mort, il a légué toute sa fortune aux pauvres de son évêché, ce qui lui a valu des éloges de la part de ses diocésains et des pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 204-252
Extrait du Discours de Mr l'Abbé de Boissy.
Début :
Mr l'Abbé de Boissy marque dans le commencement de [...]
Mots clefs :
Abbé de Boissy, Expiation, Dieux, Romains, Crimes, Superstition, Médée, Déesse, Sacrifices, Malheurs, Mort, Plutarque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours de Mr l'Abbé de Boissy.
Extrait du Discours de
MrfabbdeBoe
Mrl'AbbédeBoissy
marque dans le commencement
de ionL)acours,
l'importance Sç
l'ancienneté des expiationSjfic
prouve que les
plusanciens Autheurs
delaTheologie Payenne
, ont reconnu cette
Providence divinc,qui
recompense le bien ôC
punit le mal
, & que
dans tous les temps on
avait cru les expiations
ducrime, une Loy indispensable
de cette
Providence. Il montré
l'abus que les Payens
faisoient de cette Loy,
en immolant des Victimes
humaines
,
Sacrifices
cruels, dit-il
dans lesquels on offinçoit
la nature , en voulant révérer
les Dieux, &c.
Ensuite aprèsavoir
expose cette vérité consiante,
qu'avant la Loy
deMoïse, levrayDieu
avoit establi les Sacrisices.
Ilfait voir l'abus
que la superstition en
a fait par degrez.
Voicy ce qu'il rapporte
d'Hellode sur la
punition des crimes &
la necessité des Expiations.
Hefîodedit-il, dans sa.
Theogonie raconte que la
Nuit enfanta les cruelles
Parques Clotho
,
Lachesis,
& Atropos
,
fatales dispensatrices
du bien & du mal,
dont la severité s'attachant
à poursuivre le crime, le
punit également dans le*
hommes&dans les Dieux,
& dont la colere ne s'aplpeassse
qu'après avoir f appé
criminels.Il ajousteque
la Nuit eut encore pour
fille
,
Nemesis
,
Déesse si
redoutable aux malheureux
mortels que les Grecs
ont aussi connuë fous les
noms de Rhamnusienne
d'Adrastée
,
& que les Romains
qui ne luy avoient
point donné de nom propre
en leur Langue, n'ont
pas laissé de reverer dans
le
le Capitole,suivant le témoignage
de Pline. Plutarque
qui luy donne pour
auteurs de sa naissance, Jupiter
& la Niceffité, nous
la reprefenreplacée dans
un lien fort élevé d'où elle
ordonna des chastiments
pour tous les crimes. Point
de Scélératquela force ou
l'adresse puisse soustraire à
sa poursuite. Trois autres
Déesses luy fervent de Ministres,
& sont employées
à l'execution de ses ordres;
l'une prompte& legere appellée
Panée, s'attache aux
coupables qu.i des cettevie
sont condamnez à des peines
corporelles; elle est
moins cruelle que les autrès,
& laisse mesme passer
des fautes legeres, qui semùbleroient
demander quelque
sorte d'expiation.Ceux
dont les mauvaises habitudes
sont plus difficiles à
corriger
,
tombent après
leur mort entre les mains
de Dicée, la seconde de ces
Divinitez vengeresses.. A
l'égard des Criminels les
plus endurcis,aprés avoir
estérepoussezparDicée
ils sont livrez à la fureur
d'Erenys, plus implacable
que le s deux autres. Elle
les poursuit sans relasche,
& après les avoir fait longtemps
errer dans la douleur
& dans l'affliction les précipice
dans un abysme affreux,
&c.
lu
M. l'Abbéde Boiflfy
tire de cette allegorie,
& de plusieurs autres
partages aussi anciens
,
cette vérité crue dans
tous les temps, que les
Dieux punisoient les
crimes, & qu'ils se laissoient
fléchir par les
Expiations.
Ilobservedeplus queles
Philosophes
,
& sur tout
les Pythagoriciens, se proposoient
dans l'expiation
une fin beaucoup plus noble
& plus élevée.
Leur Purification celebre
dans l'Antiquité, fous
le nom de kadaroysavoient
quelque rapport à ce que
nosMystiques appellent la
vie Purgative.Ellesestoient
,;J,iO:inguées en différents
degrez par le moyen dei:
quelsils prétendoient l'amedegagée que de toutes
les soüil eures qu'elle avoir
contractée par sonunion.
avec la Matiereestoit restablie
dans toute la pureté
de sa premiereorigine *,
de
forte qu'après sa separation
d'avec le corps, elle parvenoit
enfin à estre déïfiée,
C'est ainsi que s'exprime
un decesPhilosophes dans
les Vers dorez attribuez
communement à Pythagoj:
e.'
1
Et quand ton Ame separée
de ton Corps
,
fera;
parvenuë dans la région
de l'air le plus pur , tu de'::
viendras un immortel,incorruptible.
Mais ce n'est
pas icy le lieud'examiner
cette opinion que nous reservons
à développer dans
la suite,&c. ., 1 , M.l'AbbédeBoissy
paffe de là à un détail
tres curieux, des differents
termes que les
Grecs & les Romains
appliquoient aux Sacrifices
expiatoires.
-15?: Kjia^c m;Î
'!lcIl remarque ensuite que le
surnom de Fehruata chez
lesSabins,&chez les Romains
celuy de Februlis,
parce que tous les ans dans
la Feste des Lupercales; on
faisoit l'expiation de la
Ville de Rome, par cette
raison ce jour se nommoit
Februatus. C'est delà au
rapport de Varron & de
Festus que le mois de Fé.,
vrier a tiré son nom d'au.
tant que cette ceremonie
se pratiquoit pendant ce
mois;PlineLiv. 15.ch.19.
fait mention deVenus Cluà.-
cirra del'ancien motcliïereJ
purifier.
Cetteexactitude à specifier
les noms des Dieux
passoit pour un point tellement
important dan s la
TheologiePayenne, qu'on
la poulloit jusqu'au scrupule,
& qu'on croyo t n'y
pouvoirmanquer sans encourir
leur indignation.
C'est ce qu'on peur voir
danslePhilebus de Platon.
Un des Personnnges d ce
Dialogue avoit avancéque
la
la Déesseque l'on appelloit
communement Venus, pouvoitestre nommée plus
proprement & plus veritablement
la Volupté: Ma
crainte est excessive
,
répond
Socrate,lorsqu'il s'agit de
donner des noms aux Dieux,
4,'infipuifquil a plû à cette |.Deesse dese faire appeller
Venus,je parlerayd'ellesous le
nom qu'elle aime le mieux.
Les Anciensapprehen-
1- doient tellement d'omettre
ce nom favori de chaque
1
Divinité qu'ils chargeoient
leurs invocations de tous
ceux dont ils pouvoient
s'aviser, c'est ce qu'on peut
aisément remarquer dans
la pluspart des Hymnes
anciennes qui ne sont le
;
plussouvent qu'un tissu de
<,
surnoms & d'épithetes.
Ainsi Carulle aprés avoir
invoque Diane de différentes
maniérés; Soye% revérée
j luydit-il
y
soustel
nom qu'il vous plaira de prendre.
Ainsi dans le Poëme
seculaire d'Horace, ce Poete
s'adresse à la mesme
Déesseen ces termes : FavorableHithyie,
OHLncine>
soitque vous choififlie'{ ce nom,
soit que vous luy préferiez
celuy de Déesse qui préside
aux Nôces.
Quelquefois au lieu de
demander aux Dieux quel
nom leur estoit le plusagreable
, on se contentoit
de mettre au pluriel un de
ceux qu'ils portoient, comme
pour embrasser par là
toute la Divinité
,
8c ne
rien oublier de ses attributs.
C'est en ce sens que
l'oracle des Sybilles a dit:
Aprésles Parques ilfautappaiser
les Hithyies par des SA*
crifices comme il est convenable.
EnfuiteM.l'Abbéde
Boissy donne aprés les
anciens,au terme d'Expiation>
une ligniifcation
plus étenduë,&
dit:
Qu'ils se servoient des
mots expiare & lustrare,
nonfeulementpar rapport
auxcrimes5mais encore a
l'égard de tout ce guils regardoient
comme la fuite
.ou l'effet de ces mesmes
crimes. Ainsi, expier ne
signisioit souvent autre
chose que faire certains
actes de Religion dans la
vûë d'éloigner quelques
malheurs soit qu'on les ressentit
actuellement
,
soit
que l'on en fust seulement
menace par des prodiges
ou par d'autres ifgnes, &c, •#•••*t -
Ce n'estoient passeulement
lesparticuliers qui
avoient besoin d'expiation,
des Villes toutes entieres
se croyoient obligées d'y
avoir recours. La pluspart
d'entr'elles avoient un jour
fixe pour cette Ceremonie
que l'on renouvelloit couY
les ans. Elle se faisoit à
Rome le 5 de Février. Le
Sacrifice se nommoit Amburbale
ou Amburbium, se-
Ion Servius
, & les Victimes
que l'on yemployoit
dmburbiales,au rapport de
Festus.
On la celebroit à Athenes
le 6. du mois Thargelion,
qui répondoit à celuy
d'Avril. C'est Diogene
laërce qui nous en assure
dans la vie de Socrate. •
Chez les Romains , aprés
le dénombrement des
Citoyens, qui fut institué
par Servius Tullius, il y
avoit une Expiation [0-.
lemnelle pour tout le peuple
, & parce qu'elle se faisoit
tous les cinq ans, ctefi:,
du mot lustrare
,
expier ,
que cet espace de temps a
pris le nom de Luflmra.
Dans les Jeux Seculaires, *
qui comme l'on sçait se
celebroient tous les 110.
ans ,
la pompe commençoit
tousjours parune Expiation
généra le, & les
Prestres distribuoient tout
ce qui estoitnecessaire pour
la pratiquer. ~r '1,
Mais avec ces Festes déterminées
a certains jours
fixes, on ordonnoit en certaines
occasions des Expiations
extraordinaires.Ainhy
selon le témoignage de
Denis d'Halicarnasse
,
la
Ville de Romefut purifiée
aprés que les Tarquins en
eurent esté chassez. Selon
Je mesme Autheur
,
elle le
fut encore neu fans aprés
au sujet du meurtre d'un
grand nombre deCitoyens,
qui avoient esté tuez en
voulant restablir les mesmes
Tarquins
,
& quoyqu'unejustenecessité
l'eust
fait commettre, le Senat
arresta neanmoins que tout
le Peuple ferait, expié d'autant , que sans cette précaution
il ne leur eust pas
esté permis d'approcher
des Autels, & de faire les
Sacrifices ordinaires.rr-
Ce n'estoitpas seule
ment sur les Villes entieres
que tomboient les Expiations.
Elles s'exerçoient encore
sur certains particuliers
qu'on jugeoit devoir
estrepurifiez. Lorsqu'on
pratiquoitces Ceremonies
à l'égard des Carrefours
,
on les nommoit Compitalia, &c.•»•• Les Atheniens purisioient
aussi les Theatres &
les lieux où se tenoient les
A*ssemb•lées p•ubliq•ues. Chez les Romains clou.,
ze personnes nomniéesr-,ra.
tres Arvales,purisioient la
Campagne aunloÍs de
May, & les Expiationsqui
netomboientque sur les
perionnes estoient ou publiques
ou particulieres.
Les Expiations du premier
genre (ont celles dont
on usoit dans les Armées.
On les expioit ordinairement
avant £c après le
combat. Lapremiere de cesExpiations
se faisoit pour prevenir
les malheurs que le sort
des armes pouvoit faire
apprehender;l'autre estoit
destinée pour se purifier dixcarnage
qu'on avoit fait
dans l'action,& pour appaiser
les Manes de ceux
qui y avoient esté tuez, &
toutes les deux estoient appelléesArmilustrium.
Quand aux Purifications
particulieres,elles estoient
d'un ressort beaucoup plus
estendu,puisqu'il n'y avoit
ni Nôces ni Funerailles qui
n'y fussentégalementassujetties.
Mais la superstition
des Anciens nes'arrestoit
pas à ces actions communes.
Elle multiplioit tellementàleursyeuxles
objets
de frayeur,qu'ils'imaginoientvVoOiIrr
à tous 1m11o0--,
mentsla Nature soulevée
se declarer contre eux, &
les Elements irritez se déchaisner
pour declarer la
guerre au genre humainde
la part des Dieux. Un Orage
imprévu
,
la chute de la
Foudre, le debordement
des Rivieres nesefaisoient
pas craind re seulement
pour les dommages réels
cjiuls causoient ; ils passoient
pour autant de presages
de malheurs encore
plus redoutables
Theophraste en faisant le
Portrait d'unSuperstitieux,
ditque les vapeurs d'un
Songe, la rencontre d'une
Belette, ou le cris d'une
Souris,troublent l'esprit
d'un homme timide, &
l'arrestent tout court au
milieu de sacourse & de
ses projets.
Ecoutons Aristophanes.
Qu'un Tremblement de
Terre se faffe [cotir, dit ce
Comique , qu'un feu de
mauvaiseaugure brilletout
àcoup dans l'air, qu'une
Belette vienne à passer dans
le lieu de l'Assemblée publique,
ne se reparera-t-elle
pasàl'instant,&c.
Dans le temps qu'on faisoit
l'élection de Fabius
Maximus àla dignité de
Dictateur, & de C. Flaminius
à celle de General de
la Cavalerie
, on entendit
le cris d'une Souris, &c'en
fut assez ,au rapport de
Valere Maxime, pour obliger
ces Magistrats à se déposer.
A l'égard des Songes,
Plutarque nous fait une
vive peinture de cette superstition.
Le sommeil
, ditce Philosophe
,
fait oublier
aux Esclaves la dureté
de leursMaistres. Iladoucit
les peines des matheu"
reux enchaisnez dans une
prison. Il donne du rclaCche
a la douleur la plus
vive; tout s'abandonne a
ses charmes, & la superstition
feule y est insensible.
Elleagiteceuxqu'elle
captive jusques dans lesein
du repos, & leur suscite
des visionsterribles de
Monstres & de Furies.
-
Tourmentez de ces cruelles
chimeres ils ne peuvent
cesser de les craindre, lors
,,Inetme qu'ils son éveillez,
&
& pour se délivrer d'un
supplice que leur crédulité
feule leur fait souffrir, ils
achètent à grand frais le
secours des Devins. Si vous
apprehendez l'effet de quelquevision,
leur crient ces
Charlatans
,
si vous êtes
poursuivis par Hecate la
terrestre, appeliez laVieille
qui paistritvostre pain,
plongez-vous dans la Mer,
&tenez-vousassis à terre
tout le long d'un jour,&c.
Après avoir parlé de
L'Expiation des homfc
cides , Mr l'Ablpé de
Boissyenrapportédans
un seul point d'hill:oi:
re les circonstances IC$
plusessentielles,
** • <w
Jason
,
chef des Argow
nautes,après avoir enlevé
la Toison d'or avecMedéê,
fut poursuivi par les Peuples
de Colchos commandez
par le jeunt Abfyrte,
frere de cette Princesse. Les
Grecs, qui seftoient' retirez
dans une des Bouches
du Danube, présd'être
accablez par le nombre,,
deliberaient déjà de livrer
Medée
, pour obtenir le
passage qui leur était fermé
lors que cette Princesse
le? tira d'embarras par cette
ruse. Elle envoya de magnifiques
presens à son frere.
Elle luy fit dire qu'on
l'emmenait contre son gré,
& luy proposa de se rendre
seul vers le soir dans
une Ile voisine, l'aÍfurJl}t
qu'elle s'y trouverait seule
desoncoté
, & qu'elle
voulait retourner aveclui
àColchos a près avoir tiré
laToison d'entre les mains
des Grecs. Absyrte vint
imprudemment au rendez-
vous où il croyoit ne
rencontrer que sa iceur;
mais Jason qui s'y était
caché de concert avec elle,
attaqua tout a coup le jeunePrince
qui n'était point
sur ses gardes, & le tua
sans beaucoup de peine.
Aussi tôt il coupe les extrem
itez de ce Cadavre; il
lèche trois fois le sang qui
en sortait & observe de
le cracher trois fois ieion
la coutume des Meurtriers
qui pretendoient s'expier,
ainsi que le remarque le
Poëte
, à quoy le Scoliaste
ajoute que l'usage des Assassinselloit
des'attacher
! au col les extremitez du
Corps de ceux qu'ils
avoient massacrez. Aprés
cette action sanglante
,
Jason
& Medée se baftereiic
de regagner leur Vaisseaus,
& les Argonautes ayant
surpris quelques Batimens
de Colchos, se fan--
verent à la fayeur., de la
nuit. Ils abordèrent dan$
l'Ile d'Acca, où Jason &;,
Medée prirent terre pour
se faire expier par Circé
qui en était Souveraine.
CettePrincesseSoeur d'Æetes,
& Tante de Medée-.,
les reçut avec bonté sans les
connaitre
, & voulut en
vain les faire asseoir. L'ua
& l'autre sans proférer une
feule parole,&. tenant les
yeux baissez, s'avancerent
promptement jusquau
foyar
,
sélon la coutume
des Suppliants, & s'y tinrent
assis après que JaforJ
eut fiché en terred'épés
dont ilavait tuéAbsyrte
Leur silence ôe leur situationfirent
aisément comprendre
à Circé qu'ils estaient
fugitifs & coupables
de~~ quelque homicide.
Alors, continue le Poëte ,
touchée de rerpea- pour
Jupiter protecteurdes supphants>;*
clleordonne les
apprets duSacrifice. On
apporte d'abord un petit
Cochon qui tettoietcrxôrr,
ellel'égorge ; ellefrotte de
Con. faiïg les mains de Jason
& de Medée, & fait
des Libations en invÓqtiant:
JupiterExpiateur. Ensuite,
ayant fait jetter dehors par
ses femmes les restes du
Sacrifice elle., brulle sur
l'Autel des Gateaux paitris
de Farine, de Sel &
d'Eau, êc accompagne
cette action de Prières propres
à flechir la colere des
cruellesEumenides , sait
qu'ilseussènt trempé leurs
mains dans un fang étranger,
soit qu'ils les eussent
foüillées du meurtre d'un
de leurs Citoyens ou de icursprocllcs*
Dés
Desqueces Ceremonies
furent achevées, Circé
ignorantencore le fort & le
nom de ses hôtes
,
lesfie
asseoir sur des sièges magnifiques
,3e leurdemanda
qui ils estoient
,
d'où iisvenaient quelsujet
lesavoit engagez d'implorer
son secours. Medec,
qu'elle souhaittaitsurtout
d'entendre parler, n'eut
pas plustot levé la teste
3 qu'ellesefit reconnaitre à
ses ycux brillantd'unéclat
particulier à
-
la famille
fr!'y£etes fils du Soleil,puis
s'exprimant en la langue
deColchos, ellese justifia
d'une voix timide,rejettant
sur de mauvais conseils
tout ce qu'elle avait
fait, & passant legerement
sur la mort d'Absyrte.Mais
Circé n'en comprit pas
moins toute l'atrocité de
ses forfaits. Malheureuse
Princesse
,
s'écria-t-elle
dont la suite n'est pas
moins indecenre que criminèlle
? comment éviterez-
vous la fureur d'y£etes
, qui pour venger la
mort de son fils vous poursuivra
sans doute jusqu'au
fond de la Grece? Pour.
moy, dont vousavez imploré
la protection en état
-,
deflipplilatirelein"abfliendray
de rien entreprendre
contre vous; maisn'attendez
point que j'approuve
ni vos desseins ni vostre
fuite, & queje vous donne
aziledans ce Palais non
plus qu'à l'inconnu que
vous suivezcontrele gré
de vostre Pere. Aces mots, ,
Medée toute tremblante
& fondant en larmes
,
fut
emmenée par Jason avl-c
lequel elle rejoignitlesArgonautes
, &c.
Le foyer estoit aussi un
azile sacré chez les Romains;
car selon Plutarque
Coriolan qui avoit esté
banni de son Pays, contraint
de chercher un azile
chezTullusAufidius,
le plus considerable des
Volsques, & son ennemi
particu lier, prit en entrant
chez luy le party de s'asseoir
prés du foyeroù il
demeura sans parler, &
sans le découvrir la teste
lx. le visage, ce qui est afsez
conforme à la contenance
de Medée cliczCiri
cé.
On pourroitestre surpris
de voir dans ces exemples
d'illustres malheureux
se jetter entre les
bras de leurs ennemismes
mes,mais ils estoient trop
seures du respect <111011
avoit de leur temps pour ledroit des suppliants que
les plus scelerars eussent à
peine osé violer; senti-
-mènes louables, sur lesquels
on a-sansdoute formé*
ce Proverbe qui fait tant
d'honneur aux moeurs de
l'Antiquité
,
Res rft- sacra
misèr.
On a vu dans la purification
de jason & deMedée
,
que les restes du Sacrifices
avoienr esté jettezdehors,
& c'estce quis'observoit
scrupuleusement
dans routesles Expiations,
tantàl'égard des Victimes
que des autres Offrandes.
Agamemnon, dans le I,
de l'Iliade, commande de
purifier l'Armée
,
ensuite
dequoy l'on jette dans la
Merlesrestes du Sacrifice.
LesEgyptiens,auxrapport
d'Herodote velidoientaux
Grecs prévenus
apparemment contre leur
Religion, la teste de la
VicUmcimmoiéejOÙ s'ils
ne trouvoient point de ces
Marchands Etrangers, ils
la jettoient dans le Nil
en prononçant ces paroles:
Puissant tomber sur
cette teste, les malheurs qut
prenacent l'Egypte où celuy
qui fait ce Sacrifice.
Surquoy l'on doit remarquer
quec'estoit tousjours
dansla Mer, dans les Fteur*
ves ou dans les Ruliteaux'
qu'on easevelissoit autant
qu'il estoit-possible, ces
restes de testes. Pour ceux
qui estoient trop eloignez
des eaux, ils se contentoient
de les faire porter
dans les Carrefours ; on.*
s'abstenoit encore en jectant
ces restes, de regarder
derriere soy,de peur d'attirer
en les voyant, les
malheurs qu'on se figuroit
y estreattachez.
Il y avoit une forte:
d'expiation de l'homicide
bien plus commode&
plus facile queles autres; elle consistoit à se laver
simplement dans un Eau
courante. Elle avoit efiré
pratiquée dés les premiers
siecles
,
sur tout par les
Grecs qui- la transmirent
aux Latins,
On employoitsurtout,
cette derniere espece de
Purification en forçantdes
Batailles.Achille , à soin
de se purifier à Milet dans
une Source d'eau courante
a près avoir tué Strambellus
Roy des Leleges.
Xuéc , au II. Livre dc-'
FEneïde
,
assure qu'il ne
luy est pas permis de se
charger des Statuës des
Dieux jusqu'à ce qu'il se
foit expié par cette Ceremonie.
'- Horace après avoir tué
sa Soeur fut expié de )~
maniere que les Loix le
prefcrivoienr pour les
nielirtresinvolontaires.Lee
Prestres éleverent alors
deux Autels, l'unà Junon
Infpearice des Soeurs, &
l'aurre à un Dieu ou Genie
du Pays, que lesRomains
eiit- appelléjanus & ont
surnomméCuriace
,
du
nom de ces Albain, infortunez
c]a'Horaceavoit1liez
en deffendant sa Patrie.
Lors que les Sacrifices &
les Expiationsfurentachevécs
, on fit enfin passer
Horace sous le joug coustume
pratiquée par les
Romains à l'égard des ennemis
qui se rendoi nt à
discretion.Tite-Live, qui lit à peu prés le mesme
dérail ,ajouste seulement
que l'expiation se fit aux
dépens du Public; qu'on
couvrit la teste d'Horacelorsqu'il
passasous le joug
&quelapratique desCeremonies
qu'on avoit observées
à son égard fus
transmise à sa famille comme
une espece d'heritage.
MrfabbdeBoe
Mrl'AbbédeBoissy
marque dans le commencement
de ionL)acours,
l'importance Sç
l'ancienneté des expiationSjfic
prouve que les
plusanciens Autheurs
delaTheologie Payenne
, ont reconnu cette
Providence divinc,qui
recompense le bien ôC
punit le mal
, & que
dans tous les temps on
avait cru les expiations
ducrime, une Loy indispensable
de cette
Providence. Il montré
l'abus que les Payens
faisoient de cette Loy,
en immolant des Victimes
humaines
,
Sacrifices
cruels, dit-il
dans lesquels on offinçoit
la nature , en voulant révérer
les Dieux, &c.
Ensuite aprèsavoir
expose cette vérité consiante,
qu'avant la Loy
deMoïse, levrayDieu
avoit establi les Sacrisices.
Ilfait voir l'abus
que la superstition en
a fait par degrez.
Voicy ce qu'il rapporte
d'Hellode sur la
punition des crimes &
la necessité des Expiations.
Hefîodedit-il, dans sa.
Theogonie raconte que la
Nuit enfanta les cruelles
Parques Clotho
,
Lachesis,
& Atropos
,
fatales dispensatrices
du bien & du mal,
dont la severité s'attachant
à poursuivre le crime, le
punit également dans le*
hommes&dans les Dieux,
& dont la colere ne s'aplpeassse
qu'après avoir f appé
criminels.Il ajousteque
la Nuit eut encore pour
fille
,
Nemesis
,
Déesse si
redoutable aux malheureux
mortels que les Grecs
ont aussi connuë fous les
noms de Rhamnusienne
d'Adrastée
,
& que les Romains
qui ne luy avoient
point donné de nom propre
en leur Langue, n'ont
pas laissé de reverer dans
le
le Capitole,suivant le témoignage
de Pline. Plutarque
qui luy donne pour
auteurs de sa naissance, Jupiter
& la Niceffité, nous
la reprefenreplacée dans
un lien fort élevé d'où elle
ordonna des chastiments
pour tous les crimes. Point
de Scélératquela force ou
l'adresse puisse soustraire à
sa poursuite. Trois autres
Déesses luy fervent de Ministres,
& sont employées
à l'execution de ses ordres;
l'une prompte& legere appellée
Panée, s'attache aux
coupables qu.i des cettevie
sont condamnez à des peines
corporelles; elle est
moins cruelle que les autrès,
& laisse mesme passer
des fautes legeres, qui semùbleroient
demander quelque
sorte d'expiation.Ceux
dont les mauvaises habitudes
sont plus difficiles à
corriger
,
tombent après
leur mort entre les mains
de Dicée, la seconde de ces
Divinitez vengeresses.. A
l'égard des Criminels les
plus endurcis,aprés avoir
estérepoussezparDicée
ils sont livrez à la fureur
d'Erenys, plus implacable
que le s deux autres. Elle
les poursuit sans relasche,
& après les avoir fait longtemps
errer dans la douleur
& dans l'affliction les précipice
dans un abysme affreux,
&c.
lu
M. l'Abbéde Boiflfy
tire de cette allegorie,
& de plusieurs autres
partages aussi anciens
,
cette vérité crue dans
tous les temps, que les
Dieux punisoient les
crimes, & qu'ils se laissoient
fléchir par les
Expiations.
Ilobservedeplus queles
Philosophes
,
& sur tout
les Pythagoriciens, se proposoient
dans l'expiation
une fin beaucoup plus noble
& plus élevée.
Leur Purification celebre
dans l'Antiquité, fous
le nom de kadaroysavoient
quelque rapport à ce que
nosMystiques appellent la
vie Purgative.Ellesestoient
,;J,iO:inguées en différents
degrez par le moyen dei:
quelsils prétendoient l'amedegagée que de toutes
les soüil eures qu'elle avoir
contractée par sonunion.
avec la Matiereestoit restablie
dans toute la pureté
de sa premiereorigine *,
de
forte qu'après sa separation
d'avec le corps, elle parvenoit
enfin à estre déïfiée,
C'est ainsi que s'exprime
un decesPhilosophes dans
les Vers dorez attribuez
communement à Pythagoj:
e.'
1
Et quand ton Ame separée
de ton Corps
,
fera;
parvenuë dans la région
de l'air le plus pur , tu de'::
viendras un immortel,incorruptible.
Mais ce n'est
pas icy le lieud'examiner
cette opinion que nous reservons
à développer dans
la suite,&c. ., 1 , M.l'AbbédeBoissy
paffe de là à un détail
tres curieux, des differents
termes que les
Grecs & les Romains
appliquoient aux Sacrifices
expiatoires.
-15?: Kjia^c m;Î
'!lcIl remarque ensuite que le
surnom de Fehruata chez
lesSabins,&chez les Romains
celuy de Februlis,
parce que tous les ans dans
la Feste des Lupercales; on
faisoit l'expiation de la
Ville de Rome, par cette
raison ce jour se nommoit
Februatus. C'est delà au
rapport de Varron & de
Festus que le mois de Fé.,
vrier a tiré son nom d'au.
tant que cette ceremonie
se pratiquoit pendant ce
mois;PlineLiv. 15.ch.19.
fait mention deVenus Cluà.-
cirra del'ancien motcliïereJ
purifier.
Cetteexactitude à specifier
les noms des Dieux
passoit pour un point tellement
important dan s la
TheologiePayenne, qu'on
la poulloit jusqu'au scrupule,
& qu'on croyo t n'y
pouvoirmanquer sans encourir
leur indignation.
C'est ce qu'on peur voir
danslePhilebus de Platon.
Un des Personnnges d ce
Dialogue avoit avancéque
la
la Déesseque l'on appelloit
communement Venus, pouvoitestre nommée plus
proprement & plus veritablement
la Volupté: Ma
crainte est excessive
,
répond
Socrate,lorsqu'il s'agit de
donner des noms aux Dieux,
4,'infipuifquil a plû à cette |.Deesse dese faire appeller
Venus,je parlerayd'ellesous le
nom qu'elle aime le mieux.
Les Anciensapprehen-
1- doient tellement d'omettre
ce nom favori de chaque
1
Divinité qu'ils chargeoient
leurs invocations de tous
ceux dont ils pouvoient
s'aviser, c'est ce qu'on peut
aisément remarquer dans
la pluspart des Hymnes
anciennes qui ne sont le
;
plussouvent qu'un tissu de
<,
surnoms & d'épithetes.
Ainsi Carulle aprés avoir
invoque Diane de différentes
maniérés; Soye% revérée
j luydit-il
y
soustel
nom qu'il vous plaira de prendre.
Ainsi dans le Poëme
seculaire d'Horace, ce Poete
s'adresse à la mesme
Déesseen ces termes : FavorableHithyie,
OHLncine>
soitque vous choififlie'{ ce nom,
soit que vous luy préferiez
celuy de Déesse qui préside
aux Nôces.
Quelquefois au lieu de
demander aux Dieux quel
nom leur estoit le plusagreable
, on se contentoit
de mettre au pluriel un de
ceux qu'ils portoient, comme
pour embrasser par là
toute la Divinité
,
8c ne
rien oublier de ses attributs.
C'est en ce sens que
l'oracle des Sybilles a dit:
Aprésles Parques ilfautappaiser
les Hithyies par des SA*
crifices comme il est convenable.
EnfuiteM.l'Abbéde
Boissy donne aprés les
anciens,au terme d'Expiation>
une ligniifcation
plus étenduë,&
dit:
Qu'ils se servoient des
mots expiare & lustrare,
nonfeulementpar rapport
auxcrimes5mais encore a
l'égard de tout ce guils regardoient
comme la fuite
.ou l'effet de ces mesmes
crimes. Ainsi, expier ne
signisioit souvent autre
chose que faire certains
actes de Religion dans la
vûë d'éloigner quelques
malheurs soit qu'on les ressentit
actuellement
,
soit
que l'on en fust seulement
menace par des prodiges
ou par d'autres ifgnes, &c, •#•••*t -
Ce n'estoient passeulement
lesparticuliers qui
avoient besoin d'expiation,
des Villes toutes entieres
se croyoient obligées d'y
avoir recours. La pluspart
d'entr'elles avoient un jour
fixe pour cette Ceremonie
que l'on renouvelloit couY
les ans. Elle se faisoit à
Rome le 5 de Février. Le
Sacrifice se nommoit Amburbale
ou Amburbium, se-
Ion Servius
, & les Victimes
que l'on yemployoit
dmburbiales,au rapport de
Festus.
On la celebroit à Athenes
le 6. du mois Thargelion,
qui répondoit à celuy
d'Avril. C'est Diogene
laërce qui nous en assure
dans la vie de Socrate. •
Chez les Romains , aprés
le dénombrement des
Citoyens, qui fut institué
par Servius Tullius, il y
avoit une Expiation [0-.
lemnelle pour tout le peuple
, & parce qu'elle se faisoit
tous les cinq ans, ctefi:,
du mot lustrare
,
expier ,
que cet espace de temps a
pris le nom de Luflmra.
Dans les Jeux Seculaires, *
qui comme l'on sçait se
celebroient tous les 110.
ans ,
la pompe commençoit
tousjours parune Expiation
généra le, & les
Prestres distribuoient tout
ce qui estoitnecessaire pour
la pratiquer. ~r '1,
Mais avec ces Festes déterminées
a certains jours
fixes, on ordonnoit en certaines
occasions des Expiations
extraordinaires.Ainhy
selon le témoignage de
Denis d'Halicarnasse
,
la
Ville de Romefut purifiée
aprés que les Tarquins en
eurent esté chassez. Selon
Je mesme Autheur
,
elle le
fut encore neu fans aprés
au sujet du meurtre d'un
grand nombre deCitoyens,
qui avoient esté tuez en
voulant restablir les mesmes
Tarquins
,
& quoyqu'unejustenecessité
l'eust
fait commettre, le Senat
arresta neanmoins que tout
le Peuple ferait, expié d'autant , que sans cette précaution
il ne leur eust pas
esté permis d'approcher
des Autels, & de faire les
Sacrifices ordinaires.rr-
Ce n'estoitpas seule
ment sur les Villes entieres
que tomboient les Expiations.
Elles s'exerçoient encore
sur certains particuliers
qu'on jugeoit devoir
estrepurifiez. Lorsqu'on
pratiquoitces Ceremonies
à l'égard des Carrefours
,
on les nommoit Compitalia, &c.•»•• Les Atheniens purisioient
aussi les Theatres &
les lieux où se tenoient les
A*ssemb•lées p•ubliq•ues. Chez les Romains clou.,
ze personnes nomniéesr-,ra.
tres Arvales,purisioient la
Campagne aunloÍs de
May, & les Expiationsqui
netomboientque sur les
perionnes estoient ou publiques
ou particulieres.
Les Expiations du premier
genre (ont celles dont
on usoit dans les Armées.
On les expioit ordinairement
avant £c après le
combat. Lapremiere de cesExpiations
se faisoit pour prevenir
les malheurs que le sort
des armes pouvoit faire
apprehender;l'autre estoit
destinée pour se purifier dixcarnage
qu'on avoit fait
dans l'action,& pour appaiser
les Manes de ceux
qui y avoient esté tuez, &
toutes les deux estoient appelléesArmilustrium.
Quand aux Purifications
particulieres,elles estoient
d'un ressort beaucoup plus
estendu,puisqu'il n'y avoit
ni Nôces ni Funerailles qui
n'y fussentégalementassujetties.
Mais la superstition
des Anciens nes'arrestoit
pas à ces actions communes.
Elle multiplioit tellementàleursyeuxles
objets
de frayeur,qu'ils'imaginoientvVoOiIrr
à tous 1m11o0--,
mentsla Nature soulevée
se declarer contre eux, &
les Elements irritez se déchaisner
pour declarer la
guerre au genre humainde
la part des Dieux. Un Orage
imprévu
,
la chute de la
Foudre, le debordement
des Rivieres nesefaisoient
pas craind re seulement
pour les dommages réels
cjiuls causoient ; ils passoient
pour autant de presages
de malheurs encore
plus redoutables
Theophraste en faisant le
Portrait d'unSuperstitieux,
ditque les vapeurs d'un
Songe, la rencontre d'une
Belette, ou le cris d'une
Souris,troublent l'esprit
d'un homme timide, &
l'arrestent tout court au
milieu de sacourse & de
ses projets.
Ecoutons Aristophanes.
Qu'un Tremblement de
Terre se faffe [cotir, dit ce
Comique , qu'un feu de
mauvaiseaugure brilletout
àcoup dans l'air, qu'une
Belette vienne à passer dans
le lieu de l'Assemblée publique,
ne se reparera-t-elle
pasàl'instant,&c.
Dans le temps qu'on faisoit
l'élection de Fabius
Maximus àla dignité de
Dictateur, & de C. Flaminius
à celle de General de
la Cavalerie
, on entendit
le cris d'une Souris, &c'en
fut assez ,au rapport de
Valere Maxime, pour obliger
ces Magistrats à se déposer.
A l'égard des Songes,
Plutarque nous fait une
vive peinture de cette superstition.
Le sommeil
, ditce Philosophe
,
fait oublier
aux Esclaves la dureté
de leursMaistres. Iladoucit
les peines des matheu"
reux enchaisnez dans une
prison. Il donne du rclaCche
a la douleur la plus
vive; tout s'abandonne a
ses charmes, & la superstition
feule y est insensible.
Elleagiteceuxqu'elle
captive jusques dans lesein
du repos, & leur suscite
des visionsterribles de
Monstres & de Furies.
-
Tourmentez de ces cruelles
chimeres ils ne peuvent
cesser de les craindre, lors
,,Inetme qu'ils son éveillez,
&
& pour se délivrer d'un
supplice que leur crédulité
feule leur fait souffrir, ils
achètent à grand frais le
secours des Devins. Si vous
apprehendez l'effet de quelquevision,
leur crient ces
Charlatans
,
si vous êtes
poursuivis par Hecate la
terrestre, appeliez laVieille
qui paistritvostre pain,
plongez-vous dans la Mer,
&tenez-vousassis à terre
tout le long d'un jour,&c.
Après avoir parlé de
L'Expiation des homfc
cides , Mr l'Ablpé de
Boissyenrapportédans
un seul point d'hill:oi:
re les circonstances IC$
plusessentielles,
** • <w
Jason
,
chef des Argow
nautes,après avoir enlevé
la Toison d'or avecMedéê,
fut poursuivi par les Peuples
de Colchos commandez
par le jeunt Abfyrte,
frere de cette Princesse. Les
Grecs, qui seftoient' retirez
dans une des Bouches
du Danube, présd'être
accablez par le nombre,,
deliberaient déjà de livrer
Medée
, pour obtenir le
passage qui leur était fermé
lors que cette Princesse
le? tira d'embarras par cette
ruse. Elle envoya de magnifiques
presens à son frere.
Elle luy fit dire qu'on
l'emmenait contre son gré,
& luy proposa de se rendre
seul vers le soir dans
une Ile voisine, l'aÍfurJl}t
qu'elle s'y trouverait seule
desoncoté
, & qu'elle
voulait retourner aveclui
àColchos a près avoir tiré
laToison d'entre les mains
des Grecs. Absyrte vint
imprudemment au rendez-
vous où il croyoit ne
rencontrer que sa iceur;
mais Jason qui s'y était
caché de concert avec elle,
attaqua tout a coup le jeunePrince
qui n'était point
sur ses gardes, & le tua
sans beaucoup de peine.
Aussi tôt il coupe les extrem
itez de ce Cadavre; il
lèche trois fois le sang qui
en sortait & observe de
le cracher trois fois ieion
la coutume des Meurtriers
qui pretendoient s'expier,
ainsi que le remarque le
Poëte
, à quoy le Scoliaste
ajoute que l'usage des Assassinselloit
des'attacher
! au col les extremitez du
Corps de ceux qu'ils
avoient massacrez. Aprés
cette action sanglante
,
Jason
& Medée se baftereiic
de regagner leur Vaisseaus,
& les Argonautes ayant
surpris quelques Batimens
de Colchos, se fan--
verent à la fayeur., de la
nuit. Ils abordèrent dan$
l'Ile d'Acca, où Jason &;,
Medée prirent terre pour
se faire expier par Circé
qui en était Souveraine.
CettePrincesseSoeur d'Æetes,
& Tante de Medée-.,
les reçut avec bonté sans les
connaitre
, & voulut en
vain les faire asseoir. L'ua
& l'autre sans proférer une
feule parole,&. tenant les
yeux baissez, s'avancerent
promptement jusquau
foyar
,
sélon la coutume
des Suppliants, & s'y tinrent
assis après que JaforJ
eut fiché en terred'épés
dont ilavait tuéAbsyrte
Leur silence ôe leur situationfirent
aisément comprendre
à Circé qu'ils estaient
fugitifs & coupables
de~~ quelque homicide.
Alors, continue le Poëte ,
touchée de rerpea- pour
Jupiter protecteurdes supphants>;*
clleordonne les
apprets duSacrifice. On
apporte d'abord un petit
Cochon qui tettoietcrxôrr,
ellel'égorge ; ellefrotte de
Con. faiïg les mains de Jason
& de Medée, & fait
des Libations en invÓqtiant:
JupiterExpiateur. Ensuite,
ayant fait jetter dehors par
ses femmes les restes du
Sacrifice elle., brulle sur
l'Autel des Gateaux paitris
de Farine, de Sel &
d'Eau, êc accompagne
cette action de Prières propres
à flechir la colere des
cruellesEumenides , sait
qu'ilseussènt trempé leurs
mains dans un fang étranger,
soit qu'ils les eussent
foüillées du meurtre d'un
de leurs Citoyens ou de icursprocllcs*
Dés
Desqueces Ceremonies
furent achevées, Circé
ignorantencore le fort & le
nom de ses hôtes
,
lesfie
asseoir sur des sièges magnifiques
,3e leurdemanda
qui ils estoient
,
d'où iisvenaient quelsujet
lesavoit engagez d'implorer
son secours. Medec,
qu'elle souhaittaitsurtout
d'entendre parler, n'eut
pas plustot levé la teste
3 qu'ellesefit reconnaitre à
ses ycux brillantd'unéclat
particulier à
-
la famille
fr!'y£etes fils du Soleil,puis
s'exprimant en la langue
deColchos, ellese justifia
d'une voix timide,rejettant
sur de mauvais conseils
tout ce qu'elle avait
fait, & passant legerement
sur la mort d'Absyrte.Mais
Circé n'en comprit pas
moins toute l'atrocité de
ses forfaits. Malheureuse
Princesse
,
s'écria-t-elle
dont la suite n'est pas
moins indecenre que criminèlle
? comment éviterez-
vous la fureur d'y£etes
, qui pour venger la
mort de son fils vous poursuivra
sans doute jusqu'au
fond de la Grece? Pour.
moy, dont vousavez imploré
la protection en état
-,
deflipplilatirelein"abfliendray
de rien entreprendre
contre vous; maisn'attendez
point que j'approuve
ni vos desseins ni vostre
fuite, & queje vous donne
aziledans ce Palais non
plus qu'à l'inconnu que
vous suivezcontrele gré
de vostre Pere. Aces mots, ,
Medée toute tremblante
& fondant en larmes
,
fut
emmenée par Jason avl-c
lequel elle rejoignitlesArgonautes
, &c.
Le foyer estoit aussi un
azile sacré chez les Romains;
car selon Plutarque
Coriolan qui avoit esté
banni de son Pays, contraint
de chercher un azile
chezTullusAufidius,
le plus considerable des
Volsques, & son ennemi
particu lier, prit en entrant
chez luy le party de s'asseoir
prés du foyeroù il
demeura sans parler, &
sans le découvrir la teste
lx. le visage, ce qui est afsez
conforme à la contenance
de Medée cliczCiri
cé.
On pourroitestre surpris
de voir dans ces exemples
d'illustres malheureux
se jetter entre les
bras de leurs ennemismes
mes,mais ils estoient trop
seures du respect <111011
avoit de leur temps pour ledroit des suppliants que
les plus scelerars eussent à
peine osé violer; senti-
-mènes louables, sur lesquels
on a-sansdoute formé*
ce Proverbe qui fait tant
d'honneur aux moeurs de
l'Antiquité
,
Res rft- sacra
misèr.
On a vu dans la purification
de jason & deMedée
,
que les restes du Sacrifices
avoienr esté jettezdehors,
& c'estce quis'observoit
scrupuleusement
dans routesles Expiations,
tantàl'égard des Victimes
que des autres Offrandes.
Agamemnon, dans le I,
de l'Iliade, commande de
purifier l'Armée
,
ensuite
dequoy l'on jette dans la
Merlesrestes du Sacrifice.
LesEgyptiens,auxrapport
d'Herodote velidoientaux
Grecs prévenus
apparemment contre leur
Religion, la teste de la
VicUmcimmoiéejOÙ s'ils
ne trouvoient point de ces
Marchands Etrangers, ils
la jettoient dans le Nil
en prononçant ces paroles:
Puissant tomber sur
cette teste, les malheurs qut
prenacent l'Egypte où celuy
qui fait ce Sacrifice.
Surquoy l'on doit remarquer
quec'estoit tousjours
dansla Mer, dans les Fteur*
ves ou dans les Ruliteaux'
qu'on easevelissoit autant
qu'il estoit-possible, ces
restes de testes. Pour ceux
qui estoient trop eloignez
des eaux, ils se contentoient
de les faire porter
dans les Carrefours ; on.*
s'abstenoit encore en jectant
ces restes, de regarder
derriere soy,de peur d'attirer
en les voyant, les
malheurs qu'on se figuroit
y estreattachez.
Il y avoit une forte:
d'expiation de l'homicide
bien plus commode&
plus facile queles autres; elle consistoit à se laver
simplement dans un Eau
courante. Elle avoit efiré
pratiquée dés les premiers
siecles
,
sur tout par les
Grecs qui- la transmirent
aux Latins,
On employoitsurtout,
cette derniere espece de
Purification en forçantdes
Batailles.Achille , à soin
de se purifier à Milet dans
une Source d'eau courante
a près avoir tué Strambellus
Roy des Leleges.
Xuéc , au II. Livre dc-'
FEneïde
,
assure qu'il ne
luy est pas permis de se
charger des Statuës des
Dieux jusqu'à ce qu'il se
foit expié par cette Ceremonie.
'- Horace après avoir tué
sa Soeur fut expié de )~
maniere que les Loix le
prefcrivoienr pour les
nielirtresinvolontaires.Lee
Prestres éleverent alors
deux Autels, l'unà Junon
Infpearice des Soeurs, &
l'aurre à un Dieu ou Genie
du Pays, que lesRomains
eiit- appelléjanus & ont
surnomméCuriace
,
du
nom de ces Albain, infortunez
c]a'Horaceavoit1liez
en deffendant sa Patrie.
Lors que les Sacrifices &
les Expiationsfurentachevécs
, on fit enfin passer
Horace sous le joug coustume
pratiquée par les
Romains à l'égard des ennemis
qui se rendoi nt à
discretion.Tite-Live, qui lit à peu prés le mesme
dérail ,ajouste seulement
que l'expiation se fit aux
dépens du Public; qu'on
couvrit la teste d'Horacelorsqu'il
passasous le joug
&quelapratique desCeremonies
qu'on avoit observées
à son égard fus
transmise à sa famille comme
une espece d'heritage.
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Résumé : Extrait du Discours de Mr l'Abbé de Boissy.
Dans son discours, l'Abbé de Boissy souligne l'importance des expiations dans les religions anciennes, notant que les auteurs théologiques païens reconnaissaient une Providence divine récompensant le bien et punissant le mal. Il critique les sacrifices humains pratiqués par les païens, les qualifiant de cruels et contraires à la nature. L'Abbé de Boissy cite Hésiode, qui dans sa Théogonie, décrit les Parques et Nemesis, déesses punissant les crimes. Il mentionne également les philosophes, notamment les Pythagoriciens, qui voyaient dans les expiations une purification de l'âme. Les Grecs et les Romains avaient des termes spécifiques pour les sacrifices expiatoires et des cérémonies régulières pour purifier les villes et les individus. Ces expiations étaient pratiquées à des moments précis, comme après des combats ou des catastrophes naturelles, et pouvaient être ordinaires ou extraordinaires. Les Anciens croyaient que des événements naturels, comme des orages ou des tremblements de terre, étaient des présages de malheurs divins, les poussant à consulter des devins pour interpréter les songes et les signes. L'Abbé de Boissy décrit également les rites d'expiation pour les homicides, incluant des sacrifices et des prières pour apaiser les Euménides. Ces cérémonies visaient à purifier les participants et à prévenir les malheurs futurs. Le texte mentionne plusieurs exemples historiques et rituels anciens. Médée, fille du Soleil, et Jason, après la mort d'Absyrte, cherchent refuge auprès de Circé. Circé, bien qu'elle refuse de soutenir leurs desseins, leur accorde un refuge temporaire. Coriolan, banni de Rome, trouve refuge chez Tullus Aufidius, son ennemi, illustrant le respect des droits des suppliants dans l'Antiquité. Concernant les rituels de purification, les restes des sacrifices étaient jetés à la mer ou dans des cours d'eau pour éviter les malheurs. Les Égyptiens et les Grecs pratiquaient cette expiation, souvent après des homicides. Achille, Énée, et Horace sont cités comme ayant utilisé cette méthode de purification après des actes de violence. Horace, après avoir tué sa sœur, fut purifié selon les lois romaines et dut passer sous le joug, une pratique transmise à sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 49-101
EXTRAIT Du Discours de M. l'Abbé Simon, dans la derniere Assemblée de l'Academie des Medailles & Inscriptions. SUR LES PRESAGES.
Début :
Ordre & Division du Discours. L'origine & les causes de [...]
Mots clefs :
Présages, Abbé Simon, Signe, Maison, Augure, Hommes, Mort, Dieux, Voix, Temps, Grecs, Chute, Superstition, Signes, Volonté, Académie royale des médailles et inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Du Discours de M. l'Abbé Simon, dans la derniere Assemblée de l'Academie des Medailles & Inscriptions. SUR LES PRESAGES.
EXTRAIT
DuDiscoursdeM.l'Abbé
Simon, dans la derniere
Assemblée de
l'Academie des Medailles
& lnscriptions.
SVRLESPRESAGES.
Ordre & Division du <
Discours. L'origine & les causes de
l'oblervation des Presages,
les diverses Efpcces
,
les
occasions ausquelles on y
avoit 1ccours & ce qui
estoit necessaire pour les
faire valoir ou pour les détruire.
Mr l'Abbé Simon trouve
la premiere Origine
de la superstition des Présages
dans la foiblesse de 0l'homme, dont la curiosité
veut penetrer l'avenir
, & dont l'orgüeil
veut abaisser jusques à
luy l'Estre suprême à qui
rien n'est caché.
Les Philosophes rcconnoi{
fJot uneintelligence suprême,
infinimentdistante
de la leur, luy subordonnerent
des Divinitecz éclairées
immediatement de ses
lumieres, qu'elles répandoienc
sur d'autres génies.
jnferieurs placez au -
dessous
d'elles dans tous les élemens ;
ceux-cy plus à portée d'entretenir
commerce avec les
hommes se plaisoient, disoient-
ils, à leurcommuniquer
ce qu'ilssçavoient de
l'avenir, & à leur donner
des pressentiments de ce qui
devoit leur arriver,&c.
La science des Presages
est apparemment aussi an
cienne que l'Idolâtrie ; cc
qu'il y a de certain c'est que
les anciens ~ha bitans de la
Palestine en estoient infectez
dés le temps de Moyse,qui
sir ~daffensc aux Israëlites de
suivre l'exemple des Nations,
dont ils alloient posseder
le pays, qui écoutoient,
dit-il, les Augures
& les Devins.
Mrl'AbbéSimon distingue
icy la confiance
du peupledeDieu en ses
Prophetes, d'avec la credulité
superstitieuse des
peuples idolâtres pour les
Presages. Il marqueainsi
le caractere des derniers.
Lorsque la prudence humaine
estl en défaut
,
elle a
recours à une intelligence
superieure capable de fixer
sonincertitude & de relever
son courage dans les occafions
embarasantes & dans:
les périlspressants.
AinsiUlisse ne sçachant si
tes Dieux qui l'avoient perfccuté
si long-temps sur
terre & sur mer, approuvoient
enfin son retour en
sa patrie & le dessein hasardeux
qu'il méditoit, prie Jupiter
de luy faire connoître
sa volonté par la voix de
quelqu'un de ceux qui veilloientalors
dans la maison,
& par un prodige au dehors.
Un cou p de tonnerre qui
éclata en même temps le
remplit de joye &fa crainte
se dissipa entierement, entendant
une femme qui
bluttoit de la farine
,
& qui
rebutée de ce travail souhaitoit
que le festin qu'on préparoit
aux Amans de Penclope,
fust le dernier de leur
vie. Ces imprécations luy
parurent un Presagecertain
de la fin malheureuse de ses
ennemis & du succés de sa
vangeance.
Des signes semblables
que le hasard faisoit quelquefois
paroître comme à
point nommé aux voeux
des Suppliants, les convainquirent
de la vigilance des
Dieux toûjours attentifs à
répondre à leurs constations,
& engagez pour ainsi
dire, par le devoir de leur
ministére à leur donner des
pressentiments de ce qui devoit
leur arriver.
Cette persuasion lesobligea
à observer plus religieusement
toutce qu'ils entendoient
& ce qui se presentoit
à eux dans le moment qu'ils
formoient quelque entreprise,&
leursespritsremplis
de leurs projets n'avaient
pas de peine à découvrir
dans tout ce qui paroissoit
des marques évidentes de
l'évenement dont ils vouloient
estre éclaircis; semblablcs
à ceux qui regardent
attentivement des nuages&
quiy voyent tout ce que
leur imagination leur represente.
Cependant pour s'assurer
de leurs conjectures ils ne
manquoient pas quand les
choses estoient arrivées de
confronter les évenements
avec les prognostics, & de
tâcher de les concilier en semble,
lors que la fortune ne
ses faisoit pas quadrcr assez
juste. En cette maniere on
interprétoit les Oracles ,
& encore au jourd'huy des
gens prévenus en faveur de
certaines pretendues Propheties
,
s'imaginent entrevoir
dans leur obscurité
affectée toutes les grandes
révolutions qui arrivent
dans le monde.
Je paffe icy une fuite
de Remarques judicieuses
, par où l'on voit l'é.
tablissement des Presages
dont les Egyptiens
ont fait un Art oùils
ontexcellé,&: qu'ils ont
transmis aux Grecs, 6c
qui a elle soutenu en.
suite par l'autorité des
hommes les plus graves
& les plus éclairez, qui
en faisoient un des articles
de leur religion. Pithagore
& ses Disciples,
Socrate , Platon, Xeno- phon,&c.
Ensuite les Hetrusques
ont appris cet Arc
aux Romains,&c.
Aprés avoir marque
l'origine & l'établissement
des Presages, Mr
l'Abbé Simon en explique
les especes. La necessité
d'abréger m'oblige
à ne dire qu'un
mot de chacune.
La première espece de
Presage se tiroit des paroles,
les voix qu'onentendoit
Anî sçavoir d'où elles venoient,
passoient pour divines,
telle sur celle qui arresta
leContul Mancinus,
prest de s'embarquer pour
l'expedition de Numance où iléchoüa. honteusement,.
On peut mettre au même
rang ces voix effroyantes &
ces cris lugubres qu'on
entendoit dans les bois,
on les attribuoit aux Faunes,
& l'on croyoit qu'elles annonçoient
des accidents funestes.
On prenoit aussi pour
présages les voix de ceux
qu'onrencontroit en sortant
des mai sons, & sur
des mots prononcez par
hasard, on prenoit quelque
fois des resolutions tresimportantes.
Le Sénat Romainle
détermina a retablir Rome
brûlépar les Gaulois, sur
la voix d'un Centurion qui
crioit à l'Enseigne de sa
Compagnie,de planter le
Drapeau,& de rester, où il
estoit, quoy que cette voix
n'eut qu'un rapport imaginaire
au sujet dont il s'agilfoir.
Les Grecs nettoient pas
moins attachez à cette manie
que les Romains. Il y
avoit dans l'Achaïe un Temple
de Mercure où on le
consultoit d'une maniere
assez singuliere. Celuy qui
desiroitestre éclairci de son
fort
,
sapprochoit de la
Statue. de ce Dieu, & luy
disoit tout bas à l'oreille
ce qu'il vouloir fqavolr>
bouchant les siennes avec
ses doigts.Il sortoit du
Temple en la même posture,
& ne débouchait ses oreilles
que lors qu'il estoit au milieu
de la grande Place publique.
Alors il prenoic
pour la réponse de Mercure
les premieres paroles qu'il
entendoit.
Une autre espece de presage
étoit les tressaillemens
du coeur, des yeux & des
sourcils, qu'on appelloit
SaflifJauo.!
Les Pal pitations de coeur
spassoiiengt pounr unemauv.ais
Les tressaillemens de
l'oeil droit, estoient au
contraire un signe heureux.
-
L'engourdissement du petit
doigt de la main droite
ou letressaillement du pouce
de la main gauche, ne
signifioit au contraire rien
de favorable.
Les teintemens d'oreilles
& les bruits qu'on s'imaginoit
entendre , estoient P,¡..
reillement desprésagesassez
ordinaires. Les Anciens
disoient, comme le Peuple
le dit encoreaujourd'huy
,
que des personnes absentes
partaient d'eux.
Mais les éternuëmens
estoient des presages encore
plus anciens & plus autorisez.
Penelope entendant
son fils éternuer dans le
temps qu'elle disoit que son
Mari estant de retour sçauroit
bien tirer vengeance
des desordres que ses Amants
interessezfaisoient
dans sa maison
, en conçut
une esperance certaine de
l'accomplissement de ses
desirs.C'estoit alors un
sïgne toûjours avantageux.
C'est pourquoy les Grecs
l'appelloient l'oy seau ou
l'augure de Jupiter
,
s'imaginant
qu'il en estoit l'Auteur
,
& qu'ils devoient luy
en rendre graces dans
l'instant.
Ils tenoientmême l'éternuëment
pour un Dieu ou
une chose divine
,
suivant
Aristote. La raison que ce
Philosophe en apporte, cest
qu'ilest produit par lemouvement
ducerveau, & qu'il
est la marque de la sante de
cette partie la plus excellente
qui soit dans l'homme,
le siege de l'ame & de la
raison. Cependant leScholiaste
de Theocrite prétend
que l'éternuëment estoitun
presage. équivoque, qui
pouvoit estre bon & mauvais.
C'est pourquoy les
assistans avoient coûtume
de saluer la personne qui
éternuoit en faisant des Cou'"
haits pour sa conservation,
afindedétourner ce qu'il
pouroit y avoir de fâcheux.
Les Grecs se servoient de lar
formule
, que Jupiter HJOUÏ
conserve,comme nous disons
Dieu vous assiste.
En cff.[ les éternuëmens
du matin; c'etf à dire depuis
minuit jusqu'à midy
,
n'êtoient
pas avantageux; ita
devenoient meilleurs lereste
du jour. Entre les éternucmens,
on estimoit davantage
ceux qui venoient du
côté droic ; mais l'Amour
les rendoit toujours favorables
aux Amants de quelque
costé qu'ils vinssent, si
l'on en croit Catulle.
L'Esprit familier de Socrate
se servoit de cc presage
en diverses manieres
pour luy donner de bons
conseils. Quand un autre
éternuoit à sa droite,c'étoit
un figne qu'il dévoit
agit, & une deffense de le
faire quand on éternuoit à
sa gauche, &c.
Il n'est pas trop seur que
Socrate setoittoûjours bien
trouvé de suivre ces présages
; mais il paroist que cc
n'estoit pas unsigneinfaillible
pour tous les autres:
témoin ce mary donc il cff
fait mention dans une ancienne
Epigrame de l'Anthologie,
qui se plaint qu'-
ayant éternué prés d'un
Tombeau, plein d'esperance
d'apprendre bien-tost la
mort de sa femme, les vents
avoient emporté le présage.
On peut joindre aux
éternuëmens des accidents
aussi naturels & aussi ordinaires
, sçavoir les chutes
imprévues, foit des hommes
,soit des choses inanimées
sur lesquelles on faisoie
des prognostics. Un
des plus remarquables fut
celle de Camille, aprés la
prise de Veïes; voyant la
grande quantité de butin
qu'on avoir ramassé, il pria
les Dieux que si sa bonne
fortune & celle du peuple
Romain leur paroissoit excessive
,
de vouloir bien
adoucir la jalousie qu'elle
pouvoir causer en leur envoyant
quelque legere disgrace
,
s'estant tourné en
même temps pour faire son
adoration, il tomba, & l'onprit
la fuite de cetaccident
comme un presage de son
exil & de la prise de Rome,
qui arrivérent peu de temps
aprés.
La chute de Neron, en
recitant en public ces Vers
de l'Oedipe
, ma Femme ,
ma Mere, mon Pere
m'obligent de périr ,
,
fut
remarquée comme le signal
fatal de sa mort. On fit
lemême jugement durenversement
de statuës de ses
Dieux domestiquesqu'on
trouva par terre le premier
jour de Janvier. Ces presages
qui comprenoient la
chute
chute du tonnerre,&dautres
chosessemblables,s'appeloient
caduca auspicia.
C'en estoit un de pareille
nature de heurter le pied
contre le feiïil de laporte en
forçant; de rompre les cordons
de ses souliers, & de
se sentir retenu par sa robbc
en voulant se lever de son
siege; tout cela étoit pris à
mauvais augure. On remarque
quele jour que Tiberius
Gracchus futtué, il
s'estoit fort blessée au pied
au sortir de sa Inaifon,
ensorte que son soulier en
fut tout ensanglanté.
Larencontre decertaines
personnes &de certains animaux,
ne faisoit pas moins
d'impression sur les esprits
foibles & super sticieux. Un
, Ethiopien, un Eunuque, un
Nain,unhomme contrefait
qu'ils trouvoient le matin au
sortir de leur maison, les
effrayoit. & les faisoit rc:n.
trer. Auguste ne pouvoit
dissimuler l'horreur qu'il
, avoit pour ces monstres de
nature.
Les animaux qui porroient
bonheur estoient le liôfti
les fourmis, les abeilles, &e. Les animaux qui
présageoient des malheurs
estoient les serpens, les crocodilles
,
les renards, les
chiens, les chats, les singes,
les rats, les souris, belettes, "'le. Il y avoit àussi des
noms heureux & malheureux
, &c.
Pompée se sauvant en
Egypte apréslaBataille de
Pharsale
,
vit de loin en
abordant à Paphos dans
l'isle de Chypre,un grand
édifice dont il demanda le
nom au Pilote;ayant appris
que ion nom signifoit
- lemauvaisRoy,ilen détourna
les yeux avec douleur, consterné
d'un si triste presage.
Auguste tout au contraire,
en eut un qui le remplit
d'esperance d'une prochaine
victoire
,
s'avançant
vers Actium avec son
Année) il rencontra un
homme nommé Eutychus,
c'est à dire heureux, qui
conduisoit un Asne nommé
Nicon
,
c'est à dire victorieux.
Après le gain de la
Batailleil fit representer l'un
tz l'autre en bronze dansle
Temple qu'il fit bâtir sur le
lieu oùil avoit campé & où
il avoit fait cette heurcufc
rencontre.
On peut joindre aux noms
les couleurs qui avoient leurs
significations & leurs prefages.
Le blanc estoit le
symbole de la joyc, de la selicité
,
de l'innocence; le
noir estoit un signe de mort,
de chagrin ,de malheur; la
pourpre estoit la marque de
l'Empire & de la souveraiue
Puissance.
L'observation de la lumiere
de lampe n'estoit pas moins
frivole:onen tiroit des prog-
Donies,tant des changemens
de temps que de divers accidents.
C'estoitunsignede
pluye &de quelque agréable
avanture lors qu'elle étincelloit,
&qu'il se formoit autour
de la méche des manieres
de champignons; c'est
pourquoy on mêloit quelquefois
un peu de vin avec
l'huile pour la faire pétiller.
Non seulement les Femmes
& les Amants s'amusoient
à ces badineries; mais Tibere
même, au rapport de
Suetone
, quoy que dailleurs
il eût peu de Religion,
hafardoit sans balancer le
combat, lors qu'estans à la
teste d'une Armée & travaillant
la nuit dans sa Tente,
la lampe venoit à s'éteindre
tout à coup, ayant
éprouvé, disoit-il
, que ce
presagequiestoit particulier
pour sa Maison
,
luy avoir
toûjours esté favorable aussi
bien qu'à ses Ancestres.
Il y avoit une espece de
Jeu dont les Amants se fervoient
pour éprouver s'ils
estoient aimez de leurs Maîtresses
; c'estoit de faire claquer
des feüilles dans leurs
mains. Si le son qu'elles rendoient
estoit clair & perçant
ils auguroient bien de
leurs amours. Ils estoient
aussi fort contens lors qu'en
pressant des pepins de pommes
entre leurs doigts
,
ils,
les faisoientsauter jusqu'au
plafond de la chambre.
Le bruit que faisoit le
laurierjetté sur un foyer sacréestoit
pareillement un
heureux presage.
:
Voyons maintenant les,
occasions qui exigeoient une
attention particuliere aux
présages.
La mort estant si redoutable
à tous les hommes, ils
ne pouvoient pasestretranquilles
sur ce qui sembloit
la leur annoncer. Ily avoit
peu de gens qui ne s'imaginassent
en avoir des pressentimens
;mais celles des Princes
& des hommes illustres
interessant tout l'Etat, on
étudioit avec foin toutcequi
la précedoit,&l'on ne manquoit
pas de découvrir des
signes funebres qui en passoient
pour les avant - coureurs.
Tels qu'estoient des
Comètes& semblablesPheflomenes)
des Hiboux entendus
dans leurs Appartemens,
l'ouverture subite de
leurs tombeaux, ou des voix
plaintives qui en sortoienr,
les appellant par leur nom,
la rencontre imprévuë de
victimes lugubres échapées
des mains du Sacrificateur
qui les couvroit de sang,
leurs Palais, leurs Statuës, &
autres Monumens Publics
frapez de la foudre; quelques
discours faisant mention
de leur mort ou de leur
derniere volonté, ou de leur
successeur. Ainsi Neton faisant
réciter dans le Senat
une Harangue qu'il avoit
faire contre Vindex & les
conjurez,qui finissoit par ces
mots que les scelerats porteroient
la peine de leurs crimes,
& seroient bien tost une fin
tragique. Les Senateurs voulant
luy applaudir,&l'exciter
à la vengeance, secrierent,
faites Seigneur. Il accomplit
la Prophetie & périt
peu de temps après comme
il avoit vêcu.
Le Confu! Petilius sur aussi
sans y penser le Prophete
de son malheur,exhortant
les Soldats à s'emparer d'une
hauteur dont le nom êtoit
équivoqueà celuy de la
mort,leur dit qu'il estoitresolu
à la gagner avant la fin
du jour. L'événement confirma
le présage
,
ayantesté
tué à l'attaque de ce Posse;c;
Toutes ces especes de présages
dont les uns annonçoient
des choses agréa bles
èc avantageuses, les autres
des accidens trisses & funestes
estant des signes qu'on
croyoit envoyez aux hommes
de la part des Dieux
pour les avertir de ce qu'ils
devoient esperer ou craindre,
paroissoient inutiles à
moins qu'ils ne les observassent
& ne s'en fissent l'aplication
necessaire.
-
C'est aussi à quoy ils ne
manquoient pas lorsque le
présagerépondoit à leurs
voeux. Ils l'acceptoient sur
le champ avec joye & en
rendoient graces aux Dieux
qu'ils en croyoient les Auteurs
,les suppliant de vouloir
accomplir ce qu'ils avoientla
bonté de leur promettre
, & pour s'assurer
davantage de leur bonne
volonté ils leurendemandoient
de nouveaux qui
confirmassent les premiers.
Ils estoient au defcfpoir
lorsque dans le temps qu'il
leur apparoissoit un signe
favorable, on faisoit quelque
chose qui en détruisist
le bon-heur, ce qu'on appeloit
vituperare omen.
Au contraire, s'il arri-
Voit quelque accident qui
leur fit de la peine, & leur
parût de mauvaifc augure
ils en rejettoient l'idée avec
horreur; & prioient les
Dieux de détourner le malheur
dont ils estoient menacez
, ou de les faire retomber
sur la teste de leurs
ennemis; mais ils n'estoient
en droitde le faireque lorsque
le présage s'estoit presenté
à eux,ce qu'onappelloit
omen oblatium
,
s'ils
l'avoient demandé, il falloit
se soûmettre avec résignation
à la volonté divine.
Ceux qui dans le fond
du coeeur reconnoissoient la
vanité de toutes ces observations,
ne pouvoient cependant
se difpenfcr de suivre
l'usage comme les autrès.
Tout ceque la prudence
pouvoit leur permettre
estoit de donner un tour favorable
aux accidens sâcheux
qui leur arrivoient
pour empêcher les mauvailes
impressionsqu'ils pouvoient
eau fer dans l'esprit
de ceux qui en estoienttémoins.
Ainsi Jules Cesar
estant tombé en descendant
duVaisseauqui l'avoit
porté en Affrique
,
où il
alloit faire la guerre au reste
du party de Pompée,&apprehendant
que sa chute
Dallarmjic ses Soldats,eût
assez de presenced'esprit
pour tirer avantage de ce
mauvais augure ;
il embrassa
la terre, en disant, je te
tiens
,
Affrique,LaVistoire
qu'il yremporta fitconnoître
que tous ces signes funestes
n'estoient efficaces
que pour ceuxqui avoient
la foiblesse de les craindre.
Il y en avoit donc on tâchoit
d'arrester la malignite
par des remedes aussi ridicules.
Lorfquc deux amis 1
se promenoient ensemble,
une pierre quitomboitentredeux,
un enfant ou un
chien qui les separoit, estoit
un prognostic de la rupturede
leuramitié.
Pour empêcher l'effet,ils
marchoient sur la pierre,
frappoient le chien, ou donnoient
un soufflet à l'en- fant. On remedioit à peu prés
de la même maniere à la
malédiction pretenduë qu'
une Belette laissoit dans un
chemin qu'elle avoit traversé.
Les Gens superstitieux
qui lavoient apperçû Ce
donnoient bien de garde de
paner les premiers par cet
endroit qu'ils nenstent jetté
au delà trois pierres pour
renvoyer par ce, nombre
misterieux sur ce maudit animal
le malheur, qu'il leur
annonçoit, C'est dans cette
mêmevueque l'on attachoitaux
portes des Maisonslesoiseaux
de mau--
vais augure que l'on pouvoit
attrapper
C'estoit une coutume
observée à Rome de nerien
dire que d'agreable le premier
jour de Janvier, de
se saluer les uns les autres
avec des souhaits obligeants
de se faire de petits presens,
sur tout de miel & d'autres
douceurs, non seulement
comme des rélTIoignageSt
d'amitié&de politesse ; mais
aussi comme d'heureux présages
qui annonçoient le
bon- heur & la douceur de
la vie dont on joüiroit le
reste de l'année. La pensée
où ils estoient qu'on la
continuëroit comme on
l'avoit commencée
,
estoit
cause que la solemnité de
la feste qui devoit faire
cesser toute forte de travail
3< n'empêchoit pas que chaoun
ne fit quelque légere
fonébon de son emploi
pouréviter le préjugé honteux
de paresse &doisiveté
&c.#
- De peur de faire un extrait
trop long, j'obmet
icy plusieurs détails sçavans
& agréables sur la
superstition ancienne des
Sacrificateurs, des Magistrats&
des Généraux
dJArlnéè; par exemple.
Le Consul Paulus en
rentrant dans sa maison au
sortir du Senat où l'on avoit
résolu la guerre contre Persée
dernier Roi de Macedoine,
une petite fille qu'il avoit
vint au devant de luy les
larmes aux yeux;luy ayant
demandé lesujet de sa tristesse
, mon pere ,
dit-elle,
c'en est fait de Persa, c'estoit
le nom de sa petite chienne
qui venoit de mourir, alors
embrassant tendrement cet
ensant, ma chere fille, luy
ditil, j'accepte le Présage,
fècC»•••«*••••#«
Si les Anciens ont observé
religieusement les presages
dans lesaffaires publiques,ils
n'y ont pas esté moins attachez
dans les particulières
comme la naissance des ensans,
les mariages,les voyages
,
le lever, les repas ,
&
la pluspart des actions importantes
de leur vie,&c.
Livie estant grosse de
Tibère
,
après diverses autres
experiences, fit éclorrc
un oeuf dans sa main ,il en
sortitun poussin ayant une
très-belle crête ; qui fut
ensuite le prognostique de
l'Empire qui luy efloie
destiné. Géra vint apporter
à l'Imperatrice Julie sa
mercj un oeuf couleur de
Pourpre, qu'on disoit clîre
nouvellement pondu dans
le Palais. Cette couleur
estant la livrée del'Empire,
sembloit le promettre au
nouveau Prince; c'estoit
aussi l'intention de ceuxqui
l'avaient presenté,&l'Impératrice
l'avoir accepté
dans ce même sens. Mais
Caracalle encore enfant
ayant pris cet oeuf,&l'ayant
caúé
,
Julies'écria, quoyqu'enriant,
mauditparricide
tu as tuëtonfrere On prétend
que Severe, qui estoit present
>
fort adonné aux Présages,
fut plus vivement
touché de ces paroles - ,
qu'aucun des assistans qui
n'en firent l'application, &
peut estre le récit que lorsque
Géra eut esté tue pas
son frere.
Mr l'Abbé Simon fait
ensuite le détail des superstitions
anciennes sur
les Mariages ; on peut
tous les presages heureux
, & que les Devins
habiles prédisoient plus
de malheur aux époux
que de bonheur
,
afin
queleur prédictions sur.
sent plus seurement accomplies
Voici quelques maximes
qu'on suivoit dans les repas,
par exemple de ne point parler
d'incendies, de ne point
laisser la table vuide ou sans
sel, prendre garde de ne le
point répandre ( superstition
qui ricflpas tricote abolie)de
ne point balayer la table
lorsque quelqu'un des conviez
se leveroit de table, &:
de ne point défervir lorsqu'il
buvoit, de regler le
nombre des Conviez, &
des coups quel'on buvoic
à trois ou à neuf en l'honneur
des Graces &des Muses
; mais cette rcglc n'é-
,.toit pas sans exception. Il
cfl: constant que les Romains
estoient souvent douze
à une même table, mais
ils ne pouvoient y estre gueres
davantage sans incommodité
; c'est peur estre l'arigine
de la fatalité qu'on
attribue encore aujourdhuy
au nombre de
1 3. &c.
Je passe pour abreger
sur les présages qu'ils
croyoient leur annoncer
la mort, lesCommettes
les Hiboux.
Ensuite Mr l'AbbéSimon
explique la manière
dont ils acceptaient
les bons présages,& celle
dont ils se servoient
pour détourner les maiw
vais, & finit en observant
que la superstition
des présàges ayant cessé
par letabliflement de la
Religion chrétienne,il
reste pourtant encore
parmy le Peuple, des vestiges
de ces observations
fuperftitieulcs
, qui étoient
en usage dans
l'Antiquité.
DuDiscoursdeM.l'Abbé
Simon, dans la derniere
Assemblée de
l'Academie des Medailles
& lnscriptions.
SVRLESPRESAGES.
Ordre & Division du <
Discours. L'origine & les causes de
l'oblervation des Presages,
les diverses Efpcces
,
les
occasions ausquelles on y
avoit 1ccours & ce qui
estoit necessaire pour les
faire valoir ou pour les détruire.
Mr l'Abbé Simon trouve
la premiere Origine
de la superstition des Présages
dans la foiblesse de 0l'homme, dont la curiosité
veut penetrer l'avenir
, & dont l'orgüeil
veut abaisser jusques à
luy l'Estre suprême à qui
rien n'est caché.
Les Philosophes rcconnoi{
fJot uneintelligence suprême,
infinimentdistante
de la leur, luy subordonnerent
des Divinitecz éclairées
immediatement de ses
lumieres, qu'elles répandoienc
sur d'autres génies.
jnferieurs placez au -
dessous
d'elles dans tous les élemens ;
ceux-cy plus à portée d'entretenir
commerce avec les
hommes se plaisoient, disoient-
ils, à leurcommuniquer
ce qu'ilssçavoient de
l'avenir, & à leur donner
des pressentiments de ce qui
devoit leur arriver,&c.
La science des Presages
est apparemment aussi an
cienne que l'Idolâtrie ; cc
qu'il y a de certain c'est que
les anciens ~ha bitans de la
Palestine en estoient infectez
dés le temps de Moyse,qui
sir ~daffensc aux Israëlites de
suivre l'exemple des Nations,
dont ils alloient posseder
le pays, qui écoutoient,
dit-il, les Augures
& les Devins.
Mrl'AbbéSimon distingue
icy la confiance
du peupledeDieu en ses
Prophetes, d'avec la credulité
superstitieuse des
peuples idolâtres pour les
Presages. Il marqueainsi
le caractere des derniers.
Lorsque la prudence humaine
estl en défaut
,
elle a
recours à une intelligence
superieure capable de fixer
sonincertitude & de relever
son courage dans les occafions
embarasantes & dans:
les périlspressants.
AinsiUlisse ne sçachant si
tes Dieux qui l'avoient perfccuté
si long-temps sur
terre & sur mer, approuvoient
enfin son retour en
sa patrie & le dessein hasardeux
qu'il méditoit, prie Jupiter
de luy faire connoître
sa volonté par la voix de
quelqu'un de ceux qui veilloientalors
dans la maison,
& par un prodige au dehors.
Un cou p de tonnerre qui
éclata en même temps le
remplit de joye &fa crainte
se dissipa entierement, entendant
une femme qui
bluttoit de la farine
,
& qui
rebutée de ce travail souhaitoit
que le festin qu'on préparoit
aux Amans de Penclope,
fust le dernier de leur
vie. Ces imprécations luy
parurent un Presagecertain
de la fin malheureuse de ses
ennemis & du succés de sa
vangeance.
Des signes semblables
que le hasard faisoit quelquefois
paroître comme à
point nommé aux voeux
des Suppliants, les convainquirent
de la vigilance des
Dieux toûjours attentifs à
répondre à leurs constations,
& engagez pour ainsi
dire, par le devoir de leur
ministére à leur donner des
pressentiments de ce qui devoit
leur arriver.
Cette persuasion lesobligea
à observer plus religieusement
toutce qu'ils entendoient
& ce qui se presentoit
à eux dans le moment qu'ils
formoient quelque entreprise,&
leursespritsremplis
de leurs projets n'avaient
pas de peine à découvrir
dans tout ce qui paroissoit
des marques évidentes de
l'évenement dont ils vouloient
estre éclaircis; semblablcs
à ceux qui regardent
attentivement des nuages&
quiy voyent tout ce que
leur imagination leur represente.
Cependant pour s'assurer
de leurs conjectures ils ne
manquoient pas quand les
choses estoient arrivées de
confronter les évenements
avec les prognostics, & de
tâcher de les concilier en semble,
lors que la fortune ne
ses faisoit pas quadrcr assez
juste. En cette maniere on
interprétoit les Oracles ,
& encore au jourd'huy des
gens prévenus en faveur de
certaines pretendues Propheties
,
s'imaginent entrevoir
dans leur obscurité
affectée toutes les grandes
révolutions qui arrivent
dans le monde.
Je paffe icy une fuite
de Remarques judicieuses
, par où l'on voit l'é.
tablissement des Presages
dont les Egyptiens
ont fait un Art oùils
ontexcellé,&: qu'ils ont
transmis aux Grecs, 6c
qui a elle soutenu en.
suite par l'autorité des
hommes les plus graves
& les plus éclairez, qui
en faisoient un des articles
de leur religion. Pithagore
& ses Disciples,
Socrate , Platon, Xeno- phon,&c.
Ensuite les Hetrusques
ont appris cet Arc
aux Romains,&c.
Aprés avoir marque
l'origine & l'établissement
des Presages, Mr
l'Abbé Simon en explique
les especes. La necessité
d'abréger m'oblige
à ne dire qu'un
mot de chacune.
La première espece de
Presage se tiroit des paroles,
les voix qu'onentendoit
Anî sçavoir d'où elles venoient,
passoient pour divines,
telle sur celle qui arresta
leContul Mancinus,
prest de s'embarquer pour
l'expedition de Numance où iléchoüa. honteusement,.
On peut mettre au même
rang ces voix effroyantes &
ces cris lugubres qu'on
entendoit dans les bois,
on les attribuoit aux Faunes,
& l'on croyoit qu'elles annonçoient
des accidents funestes.
On prenoit aussi pour
présages les voix de ceux
qu'onrencontroit en sortant
des mai sons, & sur
des mots prononcez par
hasard, on prenoit quelque
fois des resolutions tresimportantes.
Le Sénat Romainle
détermina a retablir Rome
brûlépar les Gaulois, sur
la voix d'un Centurion qui
crioit à l'Enseigne de sa
Compagnie,de planter le
Drapeau,& de rester, où il
estoit, quoy que cette voix
n'eut qu'un rapport imaginaire
au sujet dont il s'agilfoir.
Les Grecs nettoient pas
moins attachez à cette manie
que les Romains. Il y
avoit dans l'Achaïe un Temple
de Mercure où on le
consultoit d'une maniere
assez singuliere. Celuy qui
desiroitestre éclairci de son
fort
,
sapprochoit de la
Statue. de ce Dieu, & luy
disoit tout bas à l'oreille
ce qu'il vouloir fqavolr>
bouchant les siennes avec
ses doigts.Il sortoit du
Temple en la même posture,
& ne débouchait ses oreilles
que lors qu'il estoit au milieu
de la grande Place publique.
Alors il prenoic
pour la réponse de Mercure
les premieres paroles qu'il
entendoit.
Une autre espece de presage
étoit les tressaillemens
du coeur, des yeux & des
sourcils, qu'on appelloit
SaflifJauo.!
Les Pal pitations de coeur
spassoiiengt pounr unemauv.ais
Les tressaillemens de
l'oeil droit, estoient au
contraire un signe heureux.
-
L'engourdissement du petit
doigt de la main droite
ou letressaillement du pouce
de la main gauche, ne
signifioit au contraire rien
de favorable.
Les teintemens d'oreilles
& les bruits qu'on s'imaginoit
entendre , estoient P,¡..
reillement desprésagesassez
ordinaires. Les Anciens
disoient, comme le Peuple
le dit encoreaujourd'huy
,
que des personnes absentes
partaient d'eux.
Mais les éternuëmens
estoient des presages encore
plus anciens & plus autorisez.
Penelope entendant
son fils éternuer dans le
temps qu'elle disoit que son
Mari estant de retour sçauroit
bien tirer vengeance
des desordres que ses Amants
interessezfaisoient
dans sa maison
, en conçut
une esperance certaine de
l'accomplissement de ses
desirs.C'estoit alors un
sïgne toûjours avantageux.
C'est pourquoy les Grecs
l'appelloient l'oy seau ou
l'augure de Jupiter
,
s'imaginant
qu'il en estoit l'Auteur
,
& qu'ils devoient luy
en rendre graces dans
l'instant.
Ils tenoientmême l'éternuëment
pour un Dieu ou
une chose divine
,
suivant
Aristote. La raison que ce
Philosophe en apporte, cest
qu'ilest produit par lemouvement
ducerveau, & qu'il
est la marque de la sante de
cette partie la plus excellente
qui soit dans l'homme,
le siege de l'ame & de la
raison. Cependant leScholiaste
de Theocrite prétend
que l'éternuëment estoitun
presage. équivoque, qui
pouvoit estre bon & mauvais.
C'est pourquoy les
assistans avoient coûtume
de saluer la personne qui
éternuoit en faisant des Cou'"
haits pour sa conservation,
afindedétourner ce qu'il
pouroit y avoir de fâcheux.
Les Grecs se servoient de lar
formule
, que Jupiter HJOUÏ
conserve,comme nous disons
Dieu vous assiste.
En cff.[ les éternuëmens
du matin; c'etf à dire depuis
minuit jusqu'à midy
,
n'êtoient
pas avantageux; ita
devenoient meilleurs lereste
du jour. Entre les éternucmens,
on estimoit davantage
ceux qui venoient du
côté droic ; mais l'Amour
les rendoit toujours favorables
aux Amants de quelque
costé qu'ils vinssent, si
l'on en croit Catulle.
L'Esprit familier de Socrate
se servoit de cc presage
en diverses manieres
pour luy donner de bons
conseils. Quand un autre
éternuoit à sa droite,c'étoit
un figne qu'il dévoit
agit, & une deffense de le
faire quand on éternuoit à
sa gauche, &c.
Il n'est pas trop seur que
Socrate setoittoûjours bien
trouvé de suivre ces présages
; mais il paroist que cc
n'estoit pas unsigneinfaillible
pour tous les autres:
témoin ce mary donc il cff
fait mention dans une ancienne
Epigrame de l'Anthologie,
qui se plaint qu'-
ayant éternué prés d'un
Tombeau, plein d'esperance
d'apprendre bien-tost la
mort de sa femme, les vents
avoient emporté le présage.
On peut joindre aux
éternuëmens des accidents
aussi naturels & aussi ordinaires
, sçavoir les chutes
imprévues, foit des hommes
,soit des choses inanimées
sur lesquelles on faisoie
des prognostics. Un
des plus remarquables fut
celle de Camille, aprés la
prise de Veïes; voyant la
grande quantité de butin
qu'on avoir ramassé, il pria
les Dieux que si sa bonne
fortune & celle du peuple
Romain leur paroissoit excessive
,
de vouloir bien
adoucir la jalousie qu'elle
pouvoir causer en leur envoyant
quelque legere disgrace
,
s'estant tourné en
même temps pour faire son
adoration, il tomba, & l'onprit
la fuite de cetaccident
comme un presage de son
exil & de la prise de Rome,
qui arrivérent peu de temps
aprés.
La chute de Neron, en
recitant en public ces Vers
de l'Oedipe
, ma Femme ,
ma Mere, mon Pere
m'obligent de périr ,
,
fut
remarquée comme le signal
fatal de sa mort. On fit
lemême jugement durenversement
de statuës de ses
Dieux domestiquesqu'on
trouva par terre le premier
jour de Janvier. Ces presages
qui comprenoient la
chute
chute du tonnerre,&dautres
chosessemblables,s'appeloient
caduca auspicia.
C'en estoit un de pareille
nature de heurter le pied
contre le feiïil de laporte en
forçant; de rompre les cordons
de ses souliers, & de
se sentir retenu par sa robbc
en voulant se lever de son
siege; tout cela étoit pris à
mauvais augure. On remarque
quele jour que Tiberius
Gracchus futtué, il
s'estoit fort blessée au pied
au sortir de sa Inaifon,
ensorte que son soulier en
fut tout ensanglanté.
Larencontre decertaines
personnes &de certains animaux,
ne faisoit pas moins
d'impression sur les esprits
foibles & super sticieux. Un
, Ethiopien, un Eunuque, un
Nain,unhomme contrefait
qu'ils trouvoient le matin au
sortir de leur maison, les
effrayoit. & les faisoit rc:n.
trer. Auguste ne pouvoit
dissimuler l'horreur qu'il
, avoit pour ces monstres de
nature.
Les animaux qui porroient
bonheur estoient le liôfti
les fourmis, les abeilles, &e. Les animaux qui
présageoient des malheurs
estoient les serpens, les crocodilles
,
les renards, les
chiens, les chats, les singes,
les rats, les souris, belettes, "'le. Il y avoit àussi des
noms heureux & malheureux
, &c.
Pompée se sauvant en
Egypte apréslaBataille de
Pharsale
,
vit de loin en
abordant à Paphos dans
l'isle de Chypre,un grand
édifice dont il demanda le
nom au Pilote;ayant appris
que ion nom signifoit
- lemauvaisRoy,ilen détourna
les yeux avec douleur, consterné
d'un si triste presage.
Auguste tout au contraire,
en eut un qui le remplit
d'esperance d'une prochaine
victoire
,
s'avançant
vers Actium avec son
Année) il rencontra un
homme nommé Eutychus,
c'est à dire heureux, qui
conduisoit un Asne nommé
Nicon
,
c'est à dire victorieux.
Après le gain de la
Batailleil fit representer l'un
tz l'autre en bronze dansle
Temple qu'il fit bâtir sur le
lieu oùil avoit campé & où
il avoit fait cette heurcufc
rencontre.
On peut joindre aux noms
les couleurs qui avoient leurs
significations & leurs prefages.
Le blanc estoit le
symbole de la joyc, de la selicité
,
de l'innocence; le
noir estoit un signe de mort,
de chagrin ,de malheur; la
pourpre estoit la marque de
l'Empire & de la souveraiue
Puissance.
L'observation de la lumiere
de lampe n'estoit pas moins
frivole:onen tiroit des prog-
Donies,tant des changemens
de temps que de divers accidents.
C'estoitunsignede
pluye &de quelque agréable
avanture lors qu'elle étincelloit,
&qu'il se formoit autour
de la méche des manieres
de champignons; c'est
pourquoy on mêloit quelquefois
un peu de vin avec
l'huile pour la faire pétiller.
Non seulement les Femmes
& les Amants s'amusoient
à ces badineries; mais Tibere
même, au rapport de
Suetone
, quoy que dailleurs
il eût peu de Religion,
hafardoit sans balancer le
combat, lors qu'estans à la
teste d'une Armée & travaillant
la nuit dans sa Tente,
la lampe venoit à s'éteindre
tout à coup, ayant
éprouvé, disoit-il
, que ce
presagequiestoit particulier
pour sa Maison
,
luy avoir
toûjours esté favorable aussi
bien qu'à ses Ancestres.
Il y avoit une espece de
Jeu dont les Amants se fervoient
pour éprouver s'ils
estoient aimez de leurs Maîtresses
; c'estoit de faire claquer
des feüilles dans leurs
mains. Si le son qu'elles rendoient
estoit clair & perçant
ils auguroient bien de
leurs amours. Ils estoient
aussi fort contens lors qu'en
pressant des pepins de pommes
entre leurs doigts
,
ils,
les faisoientsauter jusqu'au
plafond de la chambre.
Le bruit que faisoit le
laurierjetté sur un foyer sacréestoit
pareillement un
heureux presage.
:
Voyons maintenant les,
occasions qui exigeoient une
attention particuliere aux
présages.
La mort estant si redoutable
à tous les hommes, ils
ne pouvoient pasestretranquilles
sur ce qui sembloit
la leur annoncer. Ily avoit
peu de gens qui ne s'imaginassent
en avoir des pressentimens
;mais celles des Princes
& des hommes illustres
interessant tout l'Etat, on
étudioit avec foin toutcequi
la précedoit,&l'on ne manquoit
pas de découvrir des
signes funebres qui en passoient
pour les avant - coureurs.
Tels qu'estoient des
Comètes& semblablesPheflomenes)
des Hiboux entendus
dans leurs Appartemens,
l'ouverture subite de
leurs tombeaux, ou des voix
plaintives qui en sortoienr,
les appellant par leur nom,
la rencontre imprévuë de
victimes lugubres échapées
des mains du Sacrificateur
qui les couvroit de sang,
leurs Palais, leurs Statuës, &
autres Monumens Publics
frapez de la foudre; quelques
discours faisant mention
de leur mort ou de leur
derniere volonté, ou de leur
successeur. Ainsi Neton faisant
réciter dans le Senat
une Harangue qu'il avoit
faire contre Vindex & les
conjurez,qui finissoit par ces
mots que les scelerats porteroient
la peine de leurs crimes,
& seroient bien tost une fin
tragique. Les Senateurs voulant
luy applaudir,&l'exciter
à la vengeance, secrierent,
faites Seigneur. Il accomplit
la Prophetie & périt
peu de temps après comme
il avoit vêcu.
Le Confu! Petilius sur aussi
sans y penser le Prophete
de son malheur,exhortant
les Soldats à s'emparer d'une
hauteur dont le nom êtoit
équivoqueà celuy de la
mort,leur dit qu'il estoitresolu
à la gagner avant la fin
du jour. L'événement confirma
le présage
,
ayantesté
tué à l'attaque de ce Posse;c;
Toutes ces especes de présages
dont les uns annonçoient
des choses agréa bles
èc avantageuses, les autres
des accidens trisses & funestes
estant des signes qu'on
croyoit envoyez aux hommes
de la part des Dieux
pour les avertir de ce qu'ils
devoient esperer ou craindre,
paroissoient inutiles à
moins qu'ils ne les observassent
& ne s'en fissent l'aplication
necessaire.
-
C'est aussi à quoy ils ne
manquoient pas lorsque le
présagerépondoit à leurs
voeux. Ils l'acceptoient sur
le champ avec joye & en
rendoient graces aux Dieux
qu'ils en croyoient les Auteurs
,les suppliant de vouloir
accomplir ce qu'ils avoientla
bonté de leur promettre
, & pour s'assurer
davantage de leur bonne
volonté ils leurendemandoient
de nouveaux qui
confirmassent les premiers.
Ils estoient au defcfpoir
lorsque dans le temps qu'il
leur apparoissoit un signe
favorable, on faisoit quelque
chose qui en détruisist
le bon-heur, ce qu'on appeloit
vituperare omen.
Au contraire, s'il arri-
Voit quelque accident qui
leur fit de la peine, & leur
parût de mauvaifc augure
ils en rejettoient l'idée avec
horreur; & prioient les
Dieux de détourner le malheur
dont ils estoient menacez
, ou de les faire retomber
sur la teste de leurs
ennemis; mais ils n'estoient
en droitde le faireque lorsque
le présage s'estoit presenté
à eux,ce qu'onappelloit
omen oblatium
,
s'ils
l'avoient demandé, il falloit
se soûmettre avec résignation
à la volonté divine.
Ceux qui dans le fond
du coeeur reconnoissoient la
vanité de toutes ces observations,
ne pouvoient cependant
se difpenfcr de suivre
l'usage comme les autrès.
Tout ceque la prudence
pouvoit leur permettre
estoit de donner un tour favorable
aux accidens sâcheux
qui leur arrivoient
pour empêcher les mauvailes
impressionsqu'ils pouvoient
eau fer dans l'esprit
de ceux qui en estoienttémoins.
Ainsi Jules Cesar
estant tombé en descendant
duVaisseauqui l'avoit
porté en Affrique
,
où il
alloit faire la guerre au reste
du party de Pompée,&apprehendant
que sa chute
Dallarmjic ses Soldats,eût
assez de presenced'esprit
pour tirer avantage de ce
mauvais augure ;
il embrassa
la terre, en disant, je te
tiens
,
Affrique,LaVistoire
qu'il yremporta fitconnoître
que tous ces signes funestes
n'estoient efficaces
que pour ceuxqui avoient
la foiblesse de les craindre.
Il y en avoit donc on tâchoit
d'arrester la malignite
par des remedes aussi ridicules.
Lorfquc deux amis 1
se promenoient ensemble,
une pierre quitomboitentredeux,
un enfant ou un
chien qui les separoit, estoit
un prognostic de la rupturede
leuramitié.
Pour empêcher l'effet,ils
marchoient sur la pierre,
frappoient le chien, ou donnoient
un soufflet à l'en- fant. On remedioit à peu prés
de la même maniere à la
malédiction pretenduë qu'
une Belette laissoit dans un
chemin qu'elle avoit traversé.
Les Gens superstitieux
qui lavoient apperçû Ce
donnoient bien de garde de
paner les premiers par cet
endroit qu'ils nenstent jetté
au delà trois pierres pour
renvoyer par ce, nombre
misterieux sur ce maudit animal
le malheur, qu'il leur
annonçoit, C'est dans cette
mêmevueque l'on attachoitaux
portes des Maisonslesoiseaux
de mau--
vais augure que l'on pouvoit
attrapper
C'estoit une coutume
observée à Rome de nerien
dire que d'agreable le premier
jour de Janvier, de
se saluer les uns les autres
avec des souhaits obligeants
de se faire de petits presens,
sur tout de miel & d'autres
douceurs, non seulement
comme des rélTIoignageSt
d'amitié&de politesse ; mais
aussi comme d'heureux présages
qui annonçoient le
bon- heur & la douceur de
la vie dont on joüiroit le
reste de l'année. La pensée
où ils estoient qu'on la
continuëroit comme on
l'avoit commencée
,
estoit
cause que la solemnité de
la feste qui devoit faire
cesser toute forte de travail
3< n'empêchoit pas que chaoun
ne fit quelque légere
fonébon de son emploi
pouréviter le préjugé honteux
de paresse &doisiveté
&c.#
- De peur de faire un extrait
trop long, j'obmet
icy plusieurs détails sçavans
& agréables sur la
superstition ancienne des
Sacrificateurs, des Magistrats&
des Généraux
dJArlnéè; par exemple.
Le Consul Paulus en
rentrant dans sa maison au
sortir du Senat où l'on avoit
résolu la guerre contre Persée
dernier Roi de Macedoine,
une petite fille qu'il avoit
vint au devant de luy les
larmes aux yeux;luy ayant
demandé lesujet de sa tristesse
, mon pere ,
dit-elle,
c'en est fait de Persa, c'estoit
le nom de sa petite chienne
qui venoit de mourir, alors
embrassant tendrement cet
ensant, ma chere fille, luy
ditil, j'accepte le Présage,
fècC»•••«*••••#«
Si les Anciens ont observé
religieusement les presages
dans lesaffaires publiques,ils
n'y ont pas esté moins attachez
dans les particulières
comme la naissance des ensans,
les mariages,les voyages
,
le lever, les repas ,
&
la pluspart des actions importantes
de leur vie,&c.
Livie estant grosse de
Tibère
,
après diverses autres
experiences, fit éclorrc
un oeuf dans sa main ,il en
sortitun poussin ayant une
très-belle crête ; qui fut
ensuite le prognostique de
l'Empire qui luy efloie
destiné. Géra vint apporter
à l'Imperatrice Julie sa
mercj un oeuf couleur de
Pourpre, qu'on disoit clîre
nouvellement pondu dans
le Palais. Cette couleur
estant la livrée del'Empire,
sembloit le promettre au
nouveau Prince; c'estoit
aussi l'intention de ceuxqui
l'avaient presenté,&l'Impératrice
l'avoir accepté
dans ce même sens. Mais
Caracalle encore enfant
ayant pris cet oeuf,&l'ayant
caúé
,
Julies'écria, quoyqu'enriant,
mauditparricide
tu as tuëtonfrere On prétend
que Severe, qui estoit present
>
fort adonné aux Présages,
fut plus vivement
touché de ces paroles - ,
qu'aucun des assistans qui
n'en firent l'application, &
peut estre le récit que lorsque
Géra eut esté tue pas
son frere.
Mr l'Abbé Simon fait
ensuite le détail des superstitions
anciennes sur
les Mariages ; on peut
tous les presages heureux
, & que les Devins
habiles prédisoient plus
de malheur aux époux
que de bonheur
,
afin
queleur prédictions sur.
sent plus seurement accomplies
Voici quelques maximes
qu'on suivoit dans les repas,
par exemple de ne point parler
d'incendies, de ne point
laisser la table vuide ou sans
sel, prendre garde de ne le
point répandre ( superstition
qui ricflpas tricote abolie)de
ne point balayer la table
lorsque quelqu'un des conviez
se leveroit de table, &:
de ne point défervir lorsqu'il
buvoit, de regler le
nombre des Conviez, &
des coups quel'on buvoic
à trois ou à neuf en l'honneur
des Graces &des Muses
; mais cette rcglc n'é-
,.toit pas sans exception. Il
cfl: constant que les Romains
estoient souvent douze
à une même table, mais
ils ne pouvoient y estre gueres
davantage sans incommodité
; c'est peur estre l'arigine
de la fatalité qu'on
attribue encore aujourdhuy
au nombre de
1 3. &c.
Je passe pour abreger
sur les présages qu'ils
croyoient leur annoncer
la mort, lesCommettes
les Hiboux.
Ensuite Mr l'AbbéSimon
explique la manière
dont ils acceptaient
les bons présages,& celle
dont ils se servoient
pour détourner les maiw
vais, & finit en observant
que la superstition
des présàges ayant cessé
par letabliflement de la
Religion chrétienne,il
reste pourtant encore
parmy le Peuple, des vestiges
de ces observations
fuperftitieulcs
, qui étoient
en usage dans
l'Antiquité.
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Résumé : EXTRAIT Du Discours de M. l'Abbé Simon, dans la derniere Assemblée de l'Academie des Medailles & Inscriptions. SUR LES PRESAGES.
Dans son discours à l'Académie des Médailles et Inscriptions, l'abbé Simon examine l'origine et les causes de l'observation des présages. Il attribue la superstition des présages à la curiosité et à l'orgueil humains, qui cherchent à pénétrer l'avenir et à abaisser l'Etre suprême. Les philosophes anciens reconnaissaient une intelligence suprême et lui subordonnaient des divinités éclairées, qui communiquaient des pressentiments aux hommes. La science des présages est aussi ancienne que l'idolâtrie. Les anciens habitants de la Palestine étaient déjà infectés par cette croyance du temps de Moïse, qui mettait en garde les Israélites contre les augures et les devins. Simon distingue la confiance des Israélites en leurs prophètes de la crédulité superstitieuse des peuples idolâtres. Les présages étaient souvent interprétés dans des moments de prudence humaine en défaut, comme dans le cas d'Ulysse cherchant des signes divins pour son retour. Les signes naturels ou fortuits, comme des cris ou des chutes, étaient interprétés comme des présages. Les Grecs et les Romains attachaient une grande importance à ces signes, souvent utilisés pour prendre des décisions importantes. Simon mentionne diverses espèces de présages, tels que les paroles entendues sans savoir d'où elles venaient, les tressaillements du corps, les éternuements, et les chutes. Chaque signe avait une interprétation spécifique, souvent liée à des événements futurs. Les animaux, les noms, et les couleurs avaient également des significations particulières dans la divination. Les Romains accordaient une grande importance aux présages dans divers aspects de leur vie, qu'il s'agisse de la mort, des naissances, des mariages, des voyages ou des repas. Certains présages positifs incluaient le bruit clair des feuilles froissées, les pépins de pomme sautant haut, ou le bruit du laurier sur un foyer sacré. En revanche, des signes comme les comètes, les hiboux, ou des voix plaintives étaient perçus comme des mauvais augures. Les princes et les hommes illustres étaient particulièrement attentifs à ces signes, car leur mort affectait l'État entier. Les Romains tentaient de neutraliser les mauvais présages par divers rituels. Par exemple, Jules César, après être tombé en descendant de son vaisseau, embrassa la terre pour contrer le mauvais augure. D'autres superstitions incluaient marcher sur une pierre tombée entre deux amis pour éviter la rupture de leur amitié, ou jeter des pierres sur une belette croisée sur un chemin. Les Romains observaient également des coutumes spécifiques pour attirer la chance, comme échanger des vœux et des présents le premier jour de janvier. Les superstitions étaient également présentes dans les repas, avec des règles strictes sur la manière de se comporter à table. La superstition des présages a diminué avec l'établissement de la religion chrétienne, bien que certains vestiges subsistent encore parmi le peuple.
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29
p. 108-116
MORTS.
Début :
Milord Griffin, qui avoit esté fait prisonnier à bord du [...]
Mots clefs :
Mort, Prince, Empereur, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Milord Griffin, quiavoit
este fait prisonnier à bord
du Salsburi, lorsque le Roy
d'Angleterre tenta de faire
une descente en Ecosse en
1708.estmort le 21. Novembre
dans la Tour de
Londres,où il avoit esté mis
comme coupable de haute
trahison ,
son execurion
ayant esté dissetéepour raison.
Le Baron Ezechiel Spanhein
, Ambassadeuren Angleterre
pour l'Electeur de
Brandebourg, & sort connu
par ses emplois & par
quantité d'ouvrages d'erudition,
mourut à Londres
le 2 5. Novembre .1,{lq. ao .ans, ':.o.
MessirePierre Code,Archevêque
de Sebaste & Vicaire
Apostolique dans les
Pays bas, mourut à Utrecht
le12. Décembre 1710. âgé
de 60 ans.
Jean Christian
,
Prince
d'Eggenberg, Duc de Crumau
,
Comte de Gradisch
&d'Adslperg,& Conseiller
d'Etatde l'Empereur, monrut
sans posterité à Prague
en Boheme le 14. Decembre
1710. en sa 70. année
estant né le 7 Septembre
1641. Il avoir épousécn
1666.MarieErne stine, fille
de Jean Adosse, Prince de
Sclwarrzenberg,& de Marie
Justine, Comcene de-
Stahremberg.
Ce Prince estoit fils de
Jean Antoine, Prince d'Aggenberg
,
Duc de Crumau,
&c.Chevalier de la Torson
d'or, mort le 24 Mars
1647. & d'Anne Marie
filledeChristian ,
,
Marquis
de Brandebourg Bareith
,
mort le 8 Mai 1680. Il avoir
pour soeur Marie Elisabeth
,
néele26. Seprembre1656.
à Ferdinand
, Prince de Diecrichstein.
Comme le Prince d'Eggenberg
est mort sans ensans
son frere puisné Jean
Liffroidd'EggenbergConseiller
d'Etat del'Empereur,
& Gouverneur de la Carniole
,
lui a succedé dans
tous ses biens,qui sont tresconsiderables.
::.
Ce Prince qui est né le
12 Aoust 1642aépouséen
1666. Eleonore Rosalie
filledeCharles Eusebe,Prin-y
cc de Licteinstein
,
dont il
a pour fils unique Jean- Antoine
Joses, Prince d'Eg.
genberg
,
né le 6 Janvier
1669. Gouverneur de la
Carniole en survivance de
son pere & Conseillerd'E-
-
tac de l'Empereur. Il a époufé
au mois deMars 1692.
Marie Charlote, fille d AdolseUratislas
,
Comte de
Sternberg, dont il a des
enfans.
Albert Antoine, Comte
de Scwartzbourg & d'Hohustein,
estmort îe 15. Décembre
1710. à Roudolstat
en Thuringe dans sa 70.
année, estant né le 2 Aoust
1641. Il avoit épousé le 7.
Juin 1665.EmilieJulienne,
filled'Albert Frederic,Com.
te deBarby& deSosieUrsule
d'Oldembourg
,
dont
il a un fils unique qu'on
nomme Louis Frederic
,
Comte Schwanzbourg &
d'Hohnstein,né le15.Octobre1667.
& quiaépousé
le 15 Octobre 1691. Anne
Sosie fille de Frédéric Duc
de Saxe Got ha
,
& de Madeleine
Sibile,Duchesse de
Saxe Hall, dontil a 1 3 ensans.
Marie Claude,née Comtesse
de Kunige
,
est morte
à Vienne le même mois
1710. âgée de 41 ans elle
avoit épousé Mathias Leopold
Prince de Lamberg &
du S. Empire, Landegrave
de Leichtemberg
,
Chevalier
de la Toison d'or,Conseiller
d'Etat, Grand Ecuyer
de l'Empereur & GrandVeneur
hereditaire d'A utric he.
Jean HuguesdOffbeck,
qui avoir estééleu Coadjuteur
de l'ArchevêchédeTreves
en 1671. & qui y fucccdaen
1676.àCharles Gaspar
Vander Leyen son oncle
,
est mort à Coblens le
6 de ce mois. Ce Prélat qui
avoit esté auparavant Evêque
de Spire, estoit fils
de Guillaume d'Orstbeck
Seigneur de Vernich.,& de,
Marie-Catherine Van-der-
Loyen. Le Prince Charles
de Lorraine
,
Evêque d'Ofnabruch
,
& d'Olmurs &
Coadjuteur de Treves, est
parti deLuneville le11 pour
aller prendre possession de
cet Archevêché.
Milord Griffin, quiavoit
este fait prisonnier à bord
du Salsburi, lorsque le Roy
d'Angleterre tenta de faire
une descente en Ecosse en
1708.estmort le 21. Novembre
dans la Tour de
Londres,où il avoit esté mis
comme coupable de haute
trahison ,
son execurion
ayant esté dissetéepour raison.
Le Baron Ezechiel Spanhein
, Ambassadeuren Angleterre
pour l'Electeur de
Brandebourg, & sort connu
par ses emplois & par
quantité d'ouvrages d'erudition,
mourut à Londres
le 2 5. Novembre .1,{lq. ao .ans, ':.o.
MessirePierre Code,Archevêque
de Sebaste & Vicaire
Apostolique dans les
Pays bas, mourut à Utrecht
le12. Décembre 1710. âgé
de 60 ans.
Jean Christian
,
Prince
d'Eggenberg, Duc de Crumau
,
Comte de Gradisch
&d'Adslperg,& Conseiller
d'Etatde l'Empereur, monrut
sans posterité à Prague
en Boheme le 14. Decembre
1710. en sa 70. année
estant né le 7 Septembre
1641. Il avoir épousécn
1666.MarieErne stine, fille
de Jean Adosse, Prince de
Sclwarrzenberg,& de Marie
Justine, Comcene de-
Stahremberg.
Ce Prince estoit fils de
Jean Antoine, Prince d'Aggenberg
,
Duc de Crumau,
&c.Chevalier de la Torson
d'or, mort le 24 Mars
1647. & d'Anne Marie
filledeChristian ,
,
Marquis
de Brandebourg Bareith
,
mort le 8 Mai 1680. Il avoir
pour soeur Marie Elisabeth
,
néele26. Seprembre1656.
à Ferdinand
, Prince de Diecrichstein.
Comme le Prince d'Eggenberg
est mort sans ensans
son frere puisné Jean
Liffroidd'EggenbergConseiller
d'Etat del'Empereur,
& Gouverneur de la Carniole
,
lui a succedé dans
tous ses biens,qui sont tresconsiderables.
::.
Ce Prince qui est né le
12 Aoust 1642aépouséen
1666. Eleonore Rosalie
filledeCharles Eusebe,Prin-y
cc de Licteinstein
,
dont il
a pour fils unique Jean- Antoine
Joses, Prince d'Eg.
genberg
,
né le 6 Janvier
1669. Gouverneur de la
Carniole en survivance de
son pere & Conseillerd'E-
-
tac de l'Empereur. Il a époufé
au mois deMars 1692.
Marie Charlote, fille d AdolseUratislas
,
Comte de
Sternberg, dont il a des
enfans.
Albert Antoine, Comte
de Scwartzbourg & d'Hohustein,
estmort îe 15. Décembre
1710. à Roudolstat
en Thuringe dans sa 70.
année, estant né le 2 Aoust
1641. Il avoit épousé le 7.
Juin 1665.EmilieJulienne,
filled'Albert Frederic,Com.
te deBarby& deSosieUrsule
d'Oldembourg
,
dont
il a un fils unique qu'on
nomme Louis Frederic
,
Comte Schwanzbourg &
d'Hohnstein,né le15.Octobre1667.
& quiaépousé
le 15 Octobre 1691. Anne
Sosie fille de Frédéric Duc
de Saxe Got ha
,
& de Madeleine
Sibile,Duchesse de
Saxe Hall, dontil a 1 3 ensans.
Marie Claude,née Comtesse
de Kunige
,
est morte
à Vienne le même mois
1710. âgée de 41 ans elle
avoit épousé Mathias Leopold
Prince de Lamberg &
du S. Empire, Landegrave
de Leichtemberg
,
Chevalier
de la Toison d'or,Conseiller
d'Etat, Grand Ecuyer
de l'Empereur & GrandVeneur
hereditaire d'A utric he.
Jean HuguesdOffbeck,
qui avoir estééleu Coadjuteur
de l'ArchevêchédeTreves
en 1671. & qui y fucccdaen
1676.àCharles Gaspar
Vander Leyen son oncle
,
est mort à Coblens le
6 de ce mois. Ce Prélat qui
avoit esté auparavant Evêque
de Spire, estoit fils
de Guillaume d'Orstbeck
Seigneur de Vernich.,& de,
Marie-Catherine Van-der-
Loyen. Le Prince Charles
de Lorraine
,
Evêque d'Ofnabruch
,
& d'Olmurs &
Coadjuteur de Treves, est
parti deLuneville le11 pour
aller prendre possession de
cet Archevêché.
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Résumé : MORTS.
En 1710 et 1711, plusieurs personnalités notables sont décédées. Milord Griffin, capturé lors d'une tentative d'invasion en Écosse en 1708, est mort le 21 novembre 1710 dans la Tour de Londres pour haute trahison. Le Baron Ezechiel Spanhein, ambassadeur en Angleterre pour l'Électeur de Brandebourg, est décédé à Londres le 25 novembre 1710 à l'âge de 80 ans. Messire Pierre Code, Archevêque de Sebaste et Vicaire Apostolique dans les Pays-Bas, est mort à Utrecht le 12 décembre 1710 à l'âge de 60 ans. Jean Christian, Prince d'Eggenberg, Duc de Crumau, Comte de Gradisch et d'Adslperg, et Conseiller d'État de l'Empereur, est décédé sans postérité à Prague le 14 décembre 1710 à l'âge de 69 ans. Son frère cadet, Jean Liffroid d'Eggenberg, lui a succédé dans ses biens considérables. Albert Antoine, Comte de Schwartzbourg et d'Hohustein, est mort le 15 décembre 1710 à Rudolstadt en Thuringe à l'âge de 69 ans. Marie Claude, Comtesse de Kunige, est décédée à Vienne en 1710 à l'âge de 41 ans. Jean Hugues d'Offbeck, Coadjuteur de l'Archevêché de Trèves, est mort à Coblence le 6 décembre 1710. Le Prince Charles de Lorraine, Évêque d'Osnabrück et d'Olmurs, et Coadjuteur de Trèves, est parti de Lunéville le 11 décembre pour prendre possession de cet Archevêché.
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30
p. 25-44
LIVRES NOUVEAUX. Traduction en Vers François des Georgiques de Virgille, Ouvrage posthume de Monsieur DE SEGRAIS.
Début :
Feu Mr de Segrais, si connu par sa belle traduction de [...]
Mots clefs :
Traduction, Virgile, Segrais, Énéide, Euridice, Géorgiques, Orphée, Public, Mort, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX. Traduction en Vers François des Georgiques de Virgille, Ouvrage posthume de Monsieur DE SEGRAIS.
LIVRES NOUVEAUX.
TraductionenVers François
desfieorgttf'MS de
Vtrgille
,
OwvrageposthumedeMonsieur
DESEGRAISI
FeuMrdeSegrais, si
connu par sa belle traduction
de l'Eneïde,avoitaussi
traduit les Georgiques du
mesme Poëte, & n'ayant
pas eu le temps de les donner
au Public, il chargea
un de ses amis du soin de
les faire iniprimer, &dy
joindre une Préfacé dont
apparemment il avoit dreffé
le projet. Le Public attendoit
avec impatience,
que cet amy rendit ce
devoir à la memoiredecet
illustre deffunt; & onavoit
d'autant plus de sujet de
l'esperer
, que feu Mr de
Segrais regardoit sa traduétion
des Georgiques comme
son meilleur Ouvrage.
Cependant celuy qu'il avoit
chargédu soin de l'impression
l'a
refusée au Public
par des raisons qu'on
ne sçait point, & il y
a
apparencequ'on en auroit
esté privé encore longtemps
,
si un autre amy à
qui Mr de Segrais avoit
permis qu'il prit une copie
de sa traduction ne l'eust
donnée aujourd'huy. Chacun
sçait quel efl: le sujet
des Georgiques de Virgile.
Il y traite des occupations
dela vie pastorale.
Je chante les beautez de la.
blonde Ceres;
Sous quelastre
y
Àdeceney on
tourne lesguerets
;
Par quels accords la vigne
„
a
l'ormeau Se marie;
Lesoin qu'on a des boeufs
,
CT de la bergerie;
L'éparzne de l'abeille,&
l'artiste travail
qui change en miel les fleurs
sans ternir leur émail.
C'estainsi que Virgile
commence, & que l'habile
Traducteur rend la pensée.
Apres que le Poëre a invo-
.qué toures les Divinitez
champestres
,
il invoque
ainsidune maniéré fine &
ddicate, l'Empereur AuguHie
quiestoit sa grande
Divinité.
Et toy
y
car il rielf pas encor
permis de dire
Quelrang t'ejlde(line dans le
celeste Empire,
Cesar sot qu'ausalut de ta
noble Cité
Tu renfermes les sins de ta
Divinité,
Ou que le front orné du myrthe
de ta mere,
Arbitre des sisons
,
la terre
te revere,
Soit que mais*e de l'ijle eu
finit l'IVrivers
Seul tu fois des Nauchers irvvoquésur
les mers,
Et que Vainqueur des flots,
pour tefaireson gendre,
Thetisvienne à tes pieds tous
ses thresors répandre;
Soitqu'enfin préferant la demeure
des Dieux,
Nouveau signe des mois , tu
•regne•dans«les C•ieux,»&c. Victorieux Cesar, sécondé
mon ardeur,
Soulage d'un regard les soins
du laboureur ;;
Entre dans ma carriere , &
souffrant quon t'implore,
Sois Dieu dés maintenant
pour quiconque t'adore.
Quoyquetout lePoème
des Georgiques soit remply
de beautez ,
il faut
pourtant avouer que rien
n'approche de l'excellent
Epifodc que le Poëte a cousu
à son quatrième Livre:
c'est celuy du Pasteur Arisiée
qui voyant perir routes
ses Abeilles, eut recours
à sa mere Cyrene pour Ravoir
d'où venoit la catase
de cette desolation, & pour
apprendre les moyens de la
reparer. Là-dcifuslaNYIn.,
phe luy conseilla d'aller
trouver Prothée, & luy
apprit que pour éluder de
luy répondre, le Dieu Ce
changeroit en plusieurs sigures
,&: que pour l'epouventer,
il prendroit successivement
la forme d'un
Lion, d'un Serpent,&c;.
mais qu'il ne falloit
-
point
le laisser échapper juiques à
ce qu'il fut revenu en son
premier estat, & qu'alors
il luy apprendroit ce qui
causoit son malheur
,
elle
l'envoyaàce Dieu marin,
qui après avoir Joue tout
le manege dont elle luy
avoitparlé
,
luy apprit que
la cau se de son mal heur
estoit la mort d'Euridice
que son amour avoit cau- sée.
Ungrand crime des D ieux
t'attire la colere,
Du malheureux Orphée ayant
cause les, pleurs,
Lefort deson Epouse a fait
tesgrands malheurs.
Irrité de sa mort, il poursuit
tonsupplice, ibJ
C'étoit en tefuyant quesa chere
Euridice5
Pressoit lherbedes Prez
:J
e:3;
ne découvritpas,
Le venimeux Serpent autheur
deson trépas.
Le Poëte raconteensuite
comment Orphée tenta la
descente des enfers pour
obtenir de Pluton le retour
de sachere Euridice, &de
quelle sorte il charma les
ombres decetristeséjour,
qui dançoient au son de sa
Lyre.
Dans le fonds du tartare on
vîtjusques aux Furies
Avec tous leurs Serpens par
Orphée attendris. *
Ixionvitsa rouë arrester à sa
voix;
Cerbere donna treve àses tristes
aboix.
Déja s'en revenant avec fit
prisonniere,
Euridice avec luy marchoit
vers la lumiere.
'( Telle de Proserpine estoit la
dure loy)
Quand son amour trop vif
luyfitmanquer de foy.
Unregard imprudent (offens-e
pardonnable
Sijamais pardonnoit l'Enfer
inexorable)
Luyfit voir Euridice abismée
'-'. enUmity
Et de ses vains travauxy
remporter lefruit.
Tout le reste de l'Episode,
le deüild'Orphée,sa
retraite sur les montagnes
où il charmoit les Tigres
& les Ours; safin tragique;
tout celaest traduit avec
beaucoup de force & d'exactitude.
-,' Feu Mr de Segrais estoit
deCaën, ôcilyavôfc fait
sesestudes au College des
Jesuites.Il s'exerçadans la
jeunesse à faire des Vers
lyriques, des Chansons
>
& quelques petites Historiettes
pour se divertir avec
ses amis.Pendant cetempslà
Mr le Comte de Fiesque
ayantété éloigné de la
Cour,se retira à Caën ,
&
ayant connu là le jeune Segraisquin'avoit
alors que
dix-neufans, il le gousta
si fort qu'ille mena avec
luy lorsqu'ilfutrappellé.
Ce fut alors qu'il acheva
deseformer,& qu'il prit
le bon goust & la politesse
qui ont paru depuis dans
ses Ouvrages. Estantentré
auprés de Mademoiselle,
le loisir de S. Fargeau où
elle fut releguée luy donna
le temps de travailler à fa*
traduction de l'Eneïde.Mademoiselle
ayant eu quelquesujet
d'estremécontente
de luy
,
il se retira chez
Me de la Fayette
,
& ce
fut là où ilcomposa laPrincesse
de Cleves
,
Ouvrage
tant loüé ôc tant critiqué:
& Zaïde,Histoire Espagnole
qui peut passer pour
le chef-d'oeuvre des Romans
qui sontécrits dans
ce genre. Comme Me de
la Fayette & Mr de la Rochefoucault
estoient en
grande relation, chacun
sçait la part que ces deux
illustres personneseurentà
la compositiondeces deux
Romans,surtout de celuy
delaPrincesse de Cleves.
L'année 1662. il fut
reçu à l'Academie Françoise:
mais s'ennuyant du
sejour de Paris quiledissipoit
trop, il se retira en
Normandie où il épo sa
une riche heritiere la parente
, & trouvant l'Academie
de Caën sans protetlcur
depuis la mort de Mr
- de Matignon
,
il en receüillit
les membres chez
luy où il fit un appartement
fort propre pour y
tenir les Assemblées. Il eue
un differend avec le fameux
Bochart qui estoit
du mesme pays, au sujet
de l'Eneïde. Celuy cy ayant
dit qu'il n'estoit pas
difficile de prouver qu'Enée
n'avoit jamais esté en
Italie, ils se firent une espece
de désy: mais le sçavant
Protestant fit sur ce
su jet une.Dissertation si
remplie d'érudition
,
&
allegua
allegua tant dAuteurs inconnus
à *Mr de Segrais
,
qu'elle demeura sans réponse.
On peut avoir tout
l'cfprit du monde
, & ce
qu'on appelle une aimable
érudition
,
sans avoir approfondi
les matieres anciennes
comme Bochart,
& ce n'est pas mesme cette
forte de science qui compose
les talents Academiques.
La traduction de l'Eneïde
quoyque l'original ait perdu
beaucoup de .feJ graces entrefis
mains
,
surpasse de bien loin
tous les Poëmes que nos Ait':
teurs ont mis aujo-ur*'av<ec plus
de confiancequedesuccès, &
il se doit contenter d'avoir
mieux trouvéle genie de Virgile
que pas un de nos Auteurs.
Je louë l'application de Mr
de Segrais à connoistre ïefyrit
du Poëte danssa Prefaceautant
que dans la version
, &'
il me semblequ'il a bien réüjft
àjuger de tout excepté des caracteres.
Ainsi parloit feu
Mr de S. Evremond dans
ses reflexions sur nos Traducteurs,
& vous sçavez
quel juge c'estoit dans ces''
matieres queM.deSaint
Evrcmond. On pourroit
pourtant dire que son jugement
se ressent un peu
du chagrin qu'il avoit contre
le peu de merite du bon.
Enée,dont il fait dans la
suite une critique impitoyable.
C'estoit, selon luy,
un pauvre Heros dans le Paganisme
,
qui pourroit estre un
grand Saint chez les Chretiens,
& plus digne Fondateur
d'unOrdre qued'unEstat.
Quoyqu'il en soit Mr
de Segrais avoit fait pluro,
sieurs autresOuvrages qu'il
a laissezàun de ses amis
pour les faire imprimer. Il
, mourut le25.de Mars1701.
âgé de 76. ans, & regretté
de tous les honnestes gens
dont il faisoit les delices.
Ce Livre se vend à Paris
chez Jacques le Febvre
dans la Grande-Salle du
Palais.Jean Musier à la descente
du Pont-Neufà l'Olivier,
& Estienne Ganeau,
ruë S. Jacques., aux Armes
de Dombes. EXTRAIT
TraductionenVers François
desfieorgttf'MS de
Vtrgille
,
OwvrageposthumedeMonsieur
DESEGRAISI
FeuMrdeSegrais, si
connu par sa belle traduction
de l'Eneïde,avoitaussi
traduit les Georgiques du
mesme Poëte, & n'ayant
pas eu le temps de les donner
au Public, il chargea
un de ses amis du soin de
les faire iniprimer, &dy
joindre une Préfacé dont
apparemment il avoit dreffé
le projet. Le Public attendoit
avec impatience,
que cet amy rendit ce
devoir à la memoiredecet
illustre deffunt; & onavoit
d'autant plus de sujet de
l'esperer
, que feu Mr de
Segrais regardoit sa traduétion
des Georgiques comme
son meilleur Ouvrage.
Cependant celuy qu'il avoit
chargédu soin de l'impression
l'a
refusée au Public
par des raisons qu'on
ne sçait point, & il y
a
apparencequ'on en auroit
esté privé encore longtemps
,
si un autre amy à
qui Mr de Segrais avoit
permis qu'il prit une copie
de sa traduction ne l'eust
donnée aujourd'huy. Chacun
sçait quel efl: le sujet
des Georgiques de Virgile.
Il y traite des occupations
dela vie pastorale.
Je chante les beautez de la.
blonde Ceres;
Sous quelastre
y
Àdeceney on
tourne lesguerets
;
Par quels accords la vigne
„
a
l'ormeau Se marie;
Lesoin qu'on a des boeufs
,
CT de la bergerie;
L'éparzne de l'abeille,&
l'artiste travail
qui change en miel les fleurs
sans ternir leur émail.
C'estainsi que Virgile
commence, & que l'habile
Traducteur rend la pensée.
Apres que le Poëre a invo-
.qué toures les Divinitez
champestres
,
il invoque
ainsidune maniéré fine &
ddicate, l'Empereur AuguHie
quiestoit sa grande
Divinité.
Et toy
y
car il rielf pas encor
permis de dire
Quelrang t'ejlde(line dans le
celeste Empire,
Cesar sot qu'ausalut de ta
noble Cité
Tu renfermes les sins de ta
Divinité,
Ou que le front orné du myrthe
de ta mere,
Arbitre des sisons
,
la terre
te revere,
Soit que mais*e de l'ijle eu
finit l'IVrivers
Seul tu fois des Nauchers irvvoquésur
les mers,
Et que Vainqueur des flots,
pour tefaireson gendre,
Thetisvienne à tes pieds tous
ses thresors répandre;
Soitqu'enfin préferant la demeure
des Dieux,
Nouveau signe des mois , tu
•regne•dans«les C•ieux,»&c. Victorieux Cesar, sécondé
mon ardeur,
Soulage d'un regard les soins
du laboureur ;;
Entre dans ma carriere , &
souffrant quon t'implore,
Sois Dieu dés maintenant
pour quiconque t'adore.
Quoyquetout lePoème
des Georgiques soit remply
de beautez ,
il faut
pourtant avouer que rien
n'approche de l'excellent
Epifodc que le Poëte a cousu
à son quatrième Livre:
c'est celuy du Pasteur Arisiée
qui voyant perir routes
ses Abeilles, eut recours
à sa mere Cyrene pour Ravoir
d'où venoit la catase
de cette desolation, & pour
apprendre les moyens de la
reparer. Là-dcifuslaNYIn.,
phe luy conseilla d'aller
trouver Prothée, & luy
apprit que pour éluder de
luy répondre, le Dieu Ce
changeroit en plusieurs sigures
,&: que pour l'epouventer,
il prendroit successivement
la forme d'un
Lion, d'un Serpent,&c;.
mais qu'il ne falloit
-
point
le laisser échapper juiques à
ce qu'il fut revenu en son
premier estat, & qu'alors
il luy apprendroit ce qui
causoit son malheur
,
elle
l'envoyaàce Dieu marin,
qui après avoir Joue tout
le manege dont elle luy
avoitparlé
,
luy apprit que
la cau se de son mal heur
estoit la mort d'Euridice
que son amour avoit cau- sée.
Ungrand crime des D ieux
t'attire la colere,
Du malheureux Orphée ayant
cause les, pleurs,
Lefort deson Epouse a fait
tesgrands malheurs.
Irrité de sa mort, il poursuit
tonsupplice, ibJ
C'étoit en tefuyant quesa chere
Euridice5
Pressoit lherbedes Prez
:J
e:3;
ne découvritpas,
Le venimeux Serpent autheur
deson trépas.
Le Poëte raconteensuite
comment Orphée tenta la
descente des enfers pour
obtenir de Pluton le retour
de sachere Euridice, &de
quelle sorte il charma les
ombres decetristeséjour,
qui dançoient au son de sa
Lyre.
Dans le fonds du tartare on
vîtjusques aux Furies
Avec tous leurs Serpens par
Orphée attendris. *
Ixionvitsa rouë arrester à sa
voix;
Cerbere donna treve àses tristes
aboix.
Déja s'en revenant avec fit
prisonniere,
Euridice avec luy marchoit
vers la lumiere.
'( Telle de Proserpine estoit la
dure loy)
Quand son amour trop vif
luyfitmanquer de foy.
Unregard imprudent (offens-e
pardonnable
Sijamais pardonnoit l'Enfer
inexorable)
Luyfit voir Euridice abismée
'-'. enUmity
Et de ses vains travauxy
remporter lefruit.
Tout le reste de l'Episode,
le deüild'Orphée,sa
retraite sur les montagnes
où il charmoit les Tigres
& les Ours; safin tragique;
tout celaest traduit avec
beaucoup de force & d'exactitude.
-,' Feu Mr de Segrais estoit
deCaën, ôcilyavôfc fait
sesestudes au College des
Jesuites.Il s'exerçadans la
jeunesse à faire des Vers
lyriques, des Chansons
>
& quelques petites Historiettes
pour se divertir avec
ses amis.Pendant cetempslà
Mr le Comte de Fiesque
ayantété éloigné de la
Cour,se retira à Caën ,
&
ayant connu là le jeune Segraisquin'avoit
alors que
dix-neufans, il le gousta
si fort qu'ille mena avec
luy lorsqu'ilfutrappellé.
Ce fut alors qu'il acheva
deseformer,& qu'il prit
le bon goust & la politesse
qui ont paru depuis dans
ses Ouvrages. Estantentré
auprés de Mademoiselle,
le loisir de S. Fargeau où
elle fut releguée luy donna
le temps de travailler à fa*
traduction de l'Eneïde.Mademoiselle
ayant eu quelquesujet
d'estremécontente
de luy
,
il se retira chez
Me de la Fayette
,
& ce
fut là où ilcomposa laPrincesse
de Cleves
,
Ouvrage
tant loüé ôc tant critiqué:
& Zaïde,Histoire Espagnole
qui peut passer pour
le chef-d'oeuvre des Romans
qui sontécrits dans
ce genre. Comme Me de
la Fayette & Mr de la Rochefoucault
estoient en
grande relation, chacun
sçait la part que ces deux
illustres personneseurentà
la compositiondeces deux
Romans,surtout de celuy
delaPrincesse de Cleves.
L'année 1662. il fut
reçu à l'Academie Françoise:
mais s'ennuyant du
sejour de Paris quiledissipoit
trop, il se retira en
Normandie où il épo sa
une riche heritiere la parente
, & trouvant l'Academie
de Caën sans protetlcur
depuis la mort de Mr
- de Matignon
,
il en receüillit
les membres chez
luy où il fit un appartement
fort propre pour y
tenir les Assemblées. Il eue
un differend avec le fameux
Bochart qui estoit
du mesme pays, au sujet
de l'Eneïde. Celuy cy ayant
dit qu'il n'estoit pas
difficile de prouver qu'Enée
n'avoit jamais esté en
Italie, ils se firent une espece
de désy: mais le sçavant
Protestant fit sur ce
su jet une.Dissertation si
remplie d'érudition
,
&
allegua
allegua tant dAuteurs inconnus
à *Mr de Segrais
,
qu'elle demeura sans réponse.
On peut avoir tout
l'cfprit du monde
, & ce
qu'on appelle une aimable
érudition
,
sans avoir approfondi
les matieres anciennes
comme Bochart,
& ce n'est pas mesme cette
forte de science qui compose
les talents Academiques.
La traduction de l'Eneïde
quoyque l'original ait perdu
beaucoup de .feJ graces entrefis
mains
,
surpasse de bien loin
tous les Poëmes que nos Ait':
teurs ont mis aujo-ur*'av<ec plus
de confiancequedesuccès, &
il se doit contenter d'avoir
mieux trouvéle genie de Virgile
que pas un de nos Auteurs.
Je louë l'application de Mr
de Segrais à connoistre ïefyrit
du Poëte danssa Prefaceautant
que dans la version
, &'
il me semblequ'il a bien réüjft
àjuger de tout excepté des caracteres.
Ainsi parloit feu
Mr de S. Evremond dans
ses reflexions sur nos Traducteurs,
& vous sçavez
quel juge c'estoit dans ces''
matieres queM.deSaint
Evrcmond. On pourroit
pourtant dire que son jugement
se ressent un peu
du chagrin qu'il avoit contre
le peu de merite du bon.
Enée,dont il fait dans la
suite une critique impitoyable.
C'estoit, selon luy,
un pauvre Heros dans le Paganisme
,
qui pourroit estre un
grand Saint chez les Chretiens,
& plus digne Fondateur
d'unOrdre qued'unEstat.
Quoyqu'il en soit Mr
de Segrais avoit fait pluro,
sieurs autresOuvrages qu'il
a laissezàun de ses amis
pour les faire imprimer. Il
, mourut le25.de Mars1701.
âgé de 76. ans, & regretté
de tous les honnestes gens
dont il faisoit les delices.
Ce Livre se vend à Paris
chez Jacques le Febvre
dans la Grande-Salle du
Palais.Jean Musier à la descente
du Pont-Neufà l'Olivier,
& Estienne Ganeau,
ruë S. Jacques., aux Armes
de Dombes. EXTRAIT
Fermer
Résumé : LIVRES NOUVEAUX. Traduction en Vers François des Georgiques de Virgille, Ouvrage posthume de Monsieur DE SEGRAIS.
Le texte présente la traduction posthume des 'Georgiques' de Virgile par Jean Régnier de La Salle, dit Monsieur de Segrais. Segrais, connu pour sa traduction de l'Énéide, avait chargé un ami de publier cette traduction, qu'il considérait comme son meilleur ouvrage. Cependant, cet ami a refusé de la publier pour des raisons inconnues. Un autre ami de Segrais a finalement rendu la traduction publique. Les 'Georgiques' traitent des occupations de la vie pastorale, des cultures agricoles, et des arts liés à la nature. Le texte décrit également la vie et la carrière de Segrais. Né à Caen, il a étudié au Collège des Jésuites et s'est adonné à la poésie lyrique et aux chansons. Il a été introduit à la cour par le Comte de Fiesque, qui l'a pris sous son aile. Segrais a traduit l'Énéide et a travaillé sur des romans comme 'La Princesse de Clèves' et 'Zaïde' en collaboration avec Madame de Lafayette et La Rochefoucauld. Il a été reçu à l'Académie française en 1662 et s'est retiré en Normandie, où il a épousé une riche héritière. Segrais a également eu un différend avec le savant Bochart concernant l'Énéide. Sa traduction de l'Énéide est louée pour sa fidélité à l'esprit de Virgile, bien que Saint-Évremond ait critiqué le personnage d'Énée. Segrais est décédé le 25 mars 1701 à l'âge de 76 ans, laissant plusieurs ouvrages à publier. Le livre est disponible à Paris chez plusieurs libraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
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32
p. 4-6
SONNET, Sur la mort de M. Duché.
Début :
Celui que nous plaignons, & qu'un sort glorieux [...]
Mots clefs :
Mort
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texteReconnaissance textuelle : SONNET, Sur la mort de M. Duché.
SONNET,
1.
SUT la mort de M. Duché.
: "',l'!, « CELUI que nous
plaignons, &
qu un sort glorieux
Place au rang des Elûs,
dans la Citéceleste,
Brilla par ses talens ,
fut doux, simple,
1% modeste,
Fidele à ses amis, discret,
officieux.
Des charmes dont la
monde avoit flatté
ses yeux;
Dieu dissipabien-tost
l'illusion funeste,
Et de ses jeunes ans il
consacra le reste
A chater les grandeurs
du Monarque des
Cieux.
Il n'est plus, & j'ai vu
: passer la derniere
heure,
Mais en pleurant sa
mort, c'est moi seul
que je pleure,
Mon aveugle fureur
n'accuse point son fort.
IL jouit des seuls biens,
qui faisoient son envie,
Et ne pouvoit trouver
qmu'enoparssta,ntparla
Le port tranquille &
fur- de l'éternelle vie.
1.
SUT la mort de M. Duché.
: "',l'!, « CELUI que nous
plaignons, &
qu un sort glorieux
Place au rang des Elûs,
dans la Citéceleste,
Brilla par ses talens ,
fut doux, simple,
1% modeste,
Fidele à ses amis, discret,
officieux.
Des charmes dont la
monde avoit flatté
ses yeux;
Dieu dissipabien-tost
l'illusion funeste,
Et de ses jeunes ans il
consacra le reste
A chater les grandeurs
du Monarque des
Cieux.
Il n'est plus, & j'ai vu
: passer la derniere
heure,
Mais en pleurant sa
mort, c'est moi seul
que je pleure,
Mon aveugle fureur
n'accuse point son fort.
IL jouit des seuls biens,
qui faisoient son envie,
Et ne pouvoit trouver
qmu'enoparssta,ntparla
Le port tranquille &
fur- de l'éternelle vie.
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Résumé : SONNET, Sur la mort de M. Duché.
Le sonnet rend hommage à M. Duché, homme distingué par ses talents et ses qualités morales. Doux, simple, modeste et fidèle, il se détourna des illusions du monde pour louer les grandeurs divines. Sa mort est perçue comme une ascension vers la Cité céleste. Le poète exprime sa tristesse mais reconnaît que M. Duché jouit désormais de la vie éternelle.
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33
p. 15-18
EPITAPHE Du Chien de Madame D...
Début :
PASSANS pleurez mon triste sort, [...]
Mots clefs :
Amour, Mort
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texteReconnaissance textuelle : EPITAPHE Du Chien de Madame D...
EPITAPHE
DPu Chien de Madame D. ASSANS pleurez
montristefort,
Il fut toûjours digne
d'envie,
Tant que je fus prés
de Silvie,
Mais sa rigueur causa
ma mort,
Amour voyant que la
cruelle
Bravoit ses coups, suyoitsesloix,
Voulut punir ce coeur
rebelle,
Il prend son arc &son
carquois,
Et dans son courroux
il fit choix
De sa fleche la plus
mortelle;
J'estois alors prés de la :
belle,
Je joiiois sans songer à
mal Amour
Amour tira, le trait
fatal,
Pàrt,vole, & m'atteint
au lieu d'elle,
Un feu prompt & séditicux
S'alluma dés-lors dans
mes veines,
Apres mille secrettes
peines,
La mort vint me fermer
les yeux,
Ainsi je garantis Sylvie
Du plus cruel de tous
les maux;
Elle joüit d'un plein repos,
Mais il m'en a cousté
la vie.
DPu Chien de Madame D. ASSANS pleurez
montristefort,
Il fut toûjours digne
d'envie,
Tant que je fus prés
de Silvie,
Mais sa rigueur causa
ma mort,
Amour voyant que la
cruelle
Bravoit ses coups, suyoitsesloix,
Voulut punir ce coeur
rebelle,
Il prend son arc &son
carquois,
Et dans son courroux
il fit choix
De sa fleche la plus
mortelle;
J'estois alors prés de la :
belle,
Je joiiois sans songer à
mal Amour
Amour tira, le trait
fatal,
Pàrt,vole, & m'atteint
au lieu d'elle,
Un feu prompt & séditicux
S'alluma dés-lors dans
mes veines,
Apres mille secrettes
peines,
La mort vint me fermer
les yeux,
Ainsi je garantis Sylvie
Du plus cruel de tous
les maux;
Elle joüit d'un plein repos,
Mais il m'en a cousté
la vie.
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Résumé : EPITAPHE Du Chien de Madame D...
L'épitaphe raconte la mort de Montristefort, chien de Madame D. Assans. Proche de Sylvie, il fut tué par Amour pour punir Sylvie. Une flèche mortelle atteignit le chien, le tuant après mille souffrances. Il sauva ainsi Sylvie, lui permettant de reposer en paix.
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34
p. 121-164
Bulle d'Or. [titre d'après la table]
Début :
ARTICLE XXII. De l'ordre de la Marche des Princes [...]
Mots clefs :
Bulle d'Or, Princes, Empereur, Électeurs, Roi, Romains, Cour, Ecclésiastique, Archevêque, Cheval, Duc, Honneur, Criminels, Sceau, Bâton, Logis, Saxe, Crime, Fille, Fils, Ordre, Coupable, Séance, Mort, Charge
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texteReconnaissance textuelle : Bulle d'Or. [titre d'après la table]
ARTLCLEXXII.
De l'ordre de la Marche des
FrincesELetteurs,dr parqui
sont portées les Marques honoraires.
pOur déclarer le rangquel
les Princes Electeurs doivent
tenir en marchant avec
l'Empereur ou avec le Roi
desRomains en public & erL
cérémonie, & dont nous
avons ci- dessus fait mention,
Nous ordonnons que toutes
les fois que pendant la tenuë
d'une Diete Imperiale, il
faudra que les Princes Electeurs
marchent processionnellement
avec l'Empereur au le
Roi des Romains, en quelques
actionsou solemnitez
que cesoit, & qu'ils y portent
les Ornemens Impériaux ou
Royalix; le Duc de Saxe portant
FEpee Imperiale ou
Royale, marchera immédiatement
devant l'Empereur,
étant au milieu entre luy &
l'Electeur de Trêves ; ledit
Electeur de Saxe aura à sa
droite le Comte Palatin du
Rhin, qui portera le Globe
ou la Pomme Imperiale, &à
sa gauche le Marquis de
Brandebourg
, portant le
Sceptre, tous trois marchant
de front: le. Roi de Boheme
suivra immédiatementl'EmpereurouleRoides
Romains;
sans que personne marche entre
l'Empereur ou ledit Roi
&lui.
ARTIClE XXIII.
DesBénédictions des Archevesques
en lapresence de1•'*-
,,.lT'Empereur. Outes les fois qu'on
celébrera en solemnité
la Méfie devant l'Empeteur
ou le Roy des Romains,
,U que les Archevesques de
Mayence, de Tréves & de
Cologne; ou deux d'entre eux s'y trouveront presens, on
observeraàla confession qui
se dità l'entrée de la Messe,
au baisen de l'Evangile & de
la Paix qu'on presente après
(Ag":/tsDei,& même aux Bénédictions
qui se donnent à la fin
de la Méfie
,
&: à celles qui
se font à l'entrée de table &
aux graces quife rendent après
le repas, cet ordre que Nous
avons estimé à propos d'y étatablir,
de leur avis & consentement;
qui est que le premier
aura cet honneur le premier
jour; le second, le second
jour; & le troisiéme, le
t,roin2e.m.e jour. Nousdéclarons en ce
cas, que l'ordre de la primauté
ou posteriorité entre
les Archevesques, doit estre
dreeglé sur l'ordre & le temps leur consecration. Et afin
qu'ils se préviennent les uns
les autres par des témoignages
d'honneur &de déference,
& que leur exemple oblige
les autres à s'honorer mutuellement,
Nous desirons que celui
que cet ordre, touchant
les choses susdites, regardera
le premier
,
fasse à ses Collegues
une civilité & une honnêteté
charitable pour les inviteràprendre
cet honneur, &
qu'après cela il procèdeaux
choses susdites, ou à quelqu'une
d'elles.
ARTICLE XXIV.
Les Loix suisantes ont ejlè
publiées en la Diete de Metz
lejour de Noël, l'an 13r6.
Par Charles IV.Empereur des
Romains toujours Auguste,
.RoydiBobeme,affiflédetous
les PÍinces Electeurs du Saint
Empire en presence du Vénérable
Pere en Dieu le Seigneur
Théodorique Evêque d'Albe,
Cardinal de la sainte Eglise
Romaine>& de CharlesFils
aîné du Roy de France, Illustre
Duc de Normandie, &
Dauphin de Viennois.
S.J. SI quelqu'un estoit
entrédans quelque
complotcriminel, ou auroit
fait ferment ou promesse de
s'y engager avec les Princes
& Gentilshommes, ou avec des Particuliers &: autres
Personnnes quelconques
mêmes roturieres, pour attenter
à la vie des Reverends
& Illustres Princes Electeurs
du saint Empire Romain,
tant Ecclesiastiques que Seculiers,
ou de quelqu'un d'eux,
qu'il périsse par le glaive, &:
que tous ses biens soient
confisquez comme criminel de
leze.Majesté ; car ils sont
partie de nostre Corps: Et en
ces rencontres les Loix punissent
lavolontéaveclamême
severité que le crime mesme.
Et bien qu'il fût juste que les
fils d'un tel parricide moururentd'une
pareille more)
parce que l'on en peut appréhender
les mêmes exemples;
néanmoins par une bonté
particuliére
,
Nous leur donnons
la vie: Mais Nous voulons
qu'ils soient fruftrez de
la succession maternelle ou
ayeule, comme aussi de tout
les biens qu'ils pouroient esperer
par droit d'heredité &
de succession, ou par testament
de leurs autres parens &.
amis; afin qu'étant toujours
pauvres & necessiteux, l'infamie
de leur pere les accompagne
toûjours;qu'ils ne puissent
jamais parvenir à aucun
honneur & Dignité, même à
celles qui sont conferées par
l'Eglise; & qu'ilssoient re-@
duits à telle extremité, qu'ils
languissent dans une necessité
continuelle
,
& trouvent par
ce moyen leur soulagement
dans la mort &: leur supplice
dans la vie. Nous voulons aussi
que ceux qui oseront intercéder
pour telles sortes de gens,
soient notez d'une infamie
perpetuelle.
§. 2. Pour ce qui est des
filles de ces criminels ,en
quelque nombre qu'elles
puissent estre
,
Nous ordonnons
qu'elles prennentla falcidie
ou la quatriéme partie
en la successionde leur mere,
foit qu'elle ait fait testament
ou non; afin qu'elles ayent plûcôc:
une médiocre nourriture
de fille, qu'un entier avantage
ou nom d'heritieres.Car
en effet la Sentence doit être
d'autant plus moderée à leur
égard, que nous sommes perfuadez
que la foiblesse de leur
sexe les empêchera de commettre
des crimes de cette
nature.
§. Déclarons aussi les
émancipations que telles gens
pourroient avoir faites de leur
fils ou de leurs filles, depuis
la publication de la presente
Loi
,
nulles &: de nul effet ;
pareillement Nous déclarons
nulles & de nulle valeur toutes
les constitutionsde dot, donations
& toutes les autres
aliénations qui auront été faites
par fraude
, &. même de
droit,depuis le temps qu'ils
auront commencé à faire le
premier projet de ces conspirations
&: complot. Si les
femmes ayant retiré leur dot
se trouvent en cet état, que
ce qu'elles auront reçu de
leurs maris à titre de donations,
elles le doiventreserver
à leurs fils, lorsquel'usufruit
n'aura plus lieu;qu'ellesçachent
que toutes ces choses,
qui selon la Loi devroient
retourner aux fils, seront appliquées
à nostre Fisc, à la
reserve de la falcidie ou quatriéme
qui en fera prise pour
les filles, & n n pour les fils.
§. 4. Ce que nous venons
de dire de ces criminels & de
leurs fils,doitaussi estre entendu
de leurs satelites, complices
& ministres, & de
leursfils. Toutefois si aucun
des complices, touché du
desir d'une veritable gloire
découvre la conspiration, en
son commencement, il en recevra
de Nous récompense
& honneur: Mais pour cel ui
qui aura eu part à ces conspirations
&: ne les aura revelées
que bien tard, avant
néanmoinsqu'elles ayent été
découvertes, il fera estimé
digne feulement d'absolution
&: du pardon de son crime.
§. 5. Nous ordonnons aussi,
que s'il est revelé quelque
attentat commis contre lesdits
Princes Electeurs Ecclesiastiques
ou Seculiers, l'on
puissemême après la mort
du coupable poursuivre de
nouveau la punition de ce
crime. ,-
§. 6.De même,l'on pourra
pour ce crime de leze-Majesté,
à l'égard deidics Princes
Electeurs, donner la question
aux serviteurs du Maître
qui aura été accusé.
- §.7. Ordonnons deplus
par ce presentEdit Imperial,
& voulons que même après
la mort du coupable l'on
puisse commencer à informer
contre lui,afin quele
crime, étant * averé, sa mémoire
puisse estre condamnée
&: ses biens confisquez.
Car dés là que quelqu'un a
formé le dessein d'uncrime
détestable,il en est en quelque
façon coupable & bourrelé
en son ame.
$. 8. C'estpourquoy, dés
que quelqu'un se trouvera
coupable d'untel attentat
Nous voulons qu'il ne puisse
plus ni vendre, ni aliener, ni
donner la liberté à ses esclaves,
& mêmequ'on ne lui
puissepluspayer ce qui lui
estdû.
§.9.Pareillement ordonnons
qu'à ce sujet on applique
à laquestion les serviteurs
du criminels c'est-à-dire,
pour le crime ducomplot détestable
fait contre les Princes
Electeurs Ecclesiastiques
'&. Seculiers.
§. 10. Et si quelqu'unde
ces criminels meurt pendant
l'instruction du Procez, Nous
voulons que ses biens, à cause
qu'on est encore incertain
qui en fera leSuccesseur,
soient mis entre les mains de
la Justice.
ARTICLE XXV.
De la conservation des Princi»
pautez, des Electeurs en
leurentier. sS'Il est expedient que toutes
Principautez soient
conservées en leur entier, afin
que la Justice s'affermisse, &
que les bons & fideles Sujets
jouissentd'un parfait repos
d'une paix profonde ;il est
encore ,
sans comparaison beaucoup plus juste queles,
grandes Principautez, Domaines
,
Honneurs & Droits
des Princes Electeurs
,
demeurent
aussi en leur entier;
car là où lepéril est leplus à
craindre
,
c'est là ou il faut
user de plus grandes précaurions
de peur que les colomnesVenant
à manquer 3 toute le bâtiment ne tombe
en ruine.
§. I. Nous voulons donc &
or donnons parcet Edit Imperial
perpetuel, qu'à l'avenir
&à perpétuité les grandes
& magnifiques Principatitez
,
tellesque sont le Royau-
me de Bohême , la Comtç,
Palatine du Rhin,la Duché
de Saxe & le Marquisat de
Brandebourg,leurs Terres
Jurisdictions , , Hommages &
Vasselages, avec leurs appartenances
& dépendances, ne
puissent estre partagées
,
diviséesoudémembrées
en
quelque façon que ce soit ;
mais qu'elles demeurent à
perpétuité unies &: conservées
en leur entier. ,:.
§. 2. Que le Fils aîné y
succéde,& que tout le Domaine&
tout le Droit appartienne
à luy seul ; si cen'est
qu'il soit insensé,ou qu'il ait
tel autre grand &: notable
défaut qui l'empêche absolument
de gouverner; auquel
cas la successionluy estanc
défenduë
,
Nous voulons que
le fécond Fils, s'il y en a un
en la même ligne, y foit appellé
; sinon l'aîné des Frères
ou Parens paternelslaïque
qui se trouvera estre le plus
proche en ligne directe &:
masculine: lequel toutefois
fera tenu de donner des preuves
continuelles de sa bonté
& liberalité envers ses autres
Frères ôc Soeurs, contribuant
à leur subsistance selon la
grace qu'il aura reçue de
Dieu, & selon la bonne vo- lonté& facultez de son
patrimoine; lui défendant
expressément tout partage, division&démembrement
des Principautez,&: de leurs
appartenances ôc dépendances,
en quelque façon que
ce puisse être.
ARTICLE XXV-I.,,-
De la Cour Impériale desa
séance. , I.LE jour que l'EmpereurouleRoides
Romains voudra tenir folemnellement
sa Cour, les Princes
Electeurs tant Ecclesiastiques
que Seculiers, se renfdront
à une heure ou environ,
au logis de la demeure
Impériale ou Royale,ou
l'Empereur ou le Roi, étant
revêtu de tous lesOrneniens
Impériaux monteraachevai,
avectous les Princes Electeurs
qui l'accompagneront
jusqu'au lieu préparé pour
la Séance chacun en l'ordre
& en la maniéré qui a été cidessusprescrite
, &: inserée
dans l'Ordonnance qui regle
les marches des mêmes Princes
Eleaeurs.
2. L'Archichancelier dansl'Archichancellariat
duquel
la Cour Impériale se tiendra,
portera aussi au bout d'un Bâton
d'argent tous les Sceaux'
Impériaux ou Royaux.
§. 3. Mais les Princes Electeurs
Seculiers porteront le
Septre
,
la Pomme & l'Epée
,
en la nlanie-re qui a été dite
ci
-
dessus.
§. 4.Quelques autres Prill
ces inférieurs qui feront dé
putez par l'Empereur &: à
son choix, porteront immédiatement
devant l'Archevesque
de Trevesmarchant eJt.,
son rang, premièrement la
Couronne d'Aix-la-Chapelle:,
& en secondlieu, celle de
Milan: Ce qui ne se pratiquera
feulement que devant
l'Empereur, orné de la Couronne
Impériale.
§. L'Imperatrice aussi, ou,
la Reine des Romains, étant
revêtue des Habits & Orne.
mens de Ceremonie, marchera
après le Roi ou l'Empereur
des Romains, &: auiïi
après le Roi de Boheme , qui
fuit immédiatement l'Emper
reur ,mais çloignécd'unçù.
pace compétant, & accom
pagnée de ses principaux Officiers
&: de ses Filles d'Honneur
¡& ce jusques au lieu de
la Séance.
ARTICLE XXVII.
Des Fondions des Princes Electeurs
dans les rencontres oh
lesEmpereurs oit. Rois des Romains
tiennent folemnellement
leur Cour. NOus ordonnons que
toutes les fois que l'Elnpereur
ou le Roi des Romains
voudra tenir solemnellement
sa Cour, &: où Ice
PrincesEle&enrs ferontobjigèt
de faireles Ponctions de,
leurs Charges,on observe eiv
cela l'ordre suivant.-
§. i.Premièrement,TEm-,
pereurou le Roides Roi-riainsf,-
étant assis en sa Chaire Roya-r
le, ou sur le TrôneImpérialv
le Duc de Saxe fera sa ChaiM
ge en la maniéré que nous;
allons dire. On mettra d-,
vàntle Logis de la Séance
Imperiale ou Royale, un tas
d'Avoine, de telle hauceuf)
qu'il aille jusqu'au poitrai"
ou juf ues à la Telle du cheval
sur lequel le Duc fera.,
monté;: & le Duc ayant en'
ses mai ns un Bâton d'argent
& une Mesure aussi d'argent,>
qui peseront ensemble douze,
Marcs d'argnt.'& étant ï;
cheval- remplira la' mesure
d'avoine & la donnerar' au
premier Palfrenier qu'il ren-'
contrera. Apres quoi, fichant
le Bâton dans l'avoine, il se
retirera; & son Vice-Maréchal
, sçavoir de Pappenheim,
s'approchant, ou lui
absent, le Mareschal de la
1Cour,Jpaermvettroa leipinllagee d.e
§.i Dés que l'Empereur
ou le Roi des Romains se fera
mis à table, les Princes Electeurs
Ecclesiastiques, c'est-à-,
dire les Archevêques, étant'
debout devant la table avec
les autres Prelats, la beniront
suivant l'ordre qui a été
ci- dessus par Nous prescrit.
La Bénédiction étant faite,
les
les mêmes Archevêques, s'ilt
font tous presens, ou bien
deux, ou un d'entr'eux, pren*
,dront les Sceaux Impériaux
ou Roïaux des mains du Chancelier
de la Cour;& l'Archevesque
dans lArchichancellariat
duquel la Cour se tiendra,
marchant au milieu des
deux autres Archevesques qui
feront à ses cotez,tenant avec
lui le Bâton d'argent où les
Sceaux feront suspendus
; tous
trois les porteront ainli, &
les mettront avec rcfpctt lui?
la Table devant l'Empereur
ou le Roy. Mais l'Empereur
cru le Roiles leur rendra auflktost
: Et celui dans l'Archichancellariat
duquell%Cerémonies
se feront, comml a
vçté dit, pendra à Ton col le
plus grand Sceau, & le portera
ainsi durant tout le Difner
& apiés, jusquesà ce qu'il
foit retourné à cheval du Pa-
Jais à son Logis. Or le Bâton
dont nous venons de parler,
doit estre d'argent, du poids
-de douze marcs; & les trois
Archevesques doivent payer
chacun le tiers, tant du poids
de l'argent que du prix de
la façon. Le Baston & les
Sceaux demeureront au Chancellier
de la Cour, qui en fera
ce qu'il lui plaira; & c'est
pourquoi aussi-tofi: que celui
des Archevesques auquel il
aura appartenu de porter le
plus grand Sceau au col, depuis
le-Palais jusqu'à son Logis
( comme il a été dit )y
sera arrivé) il renvoyera par
quelqu'un deses Domestiques
audit Chancelier de la. Cour
Imperiale,ledit Sceau sur le
même cheval; & l'Archevefque,
selon la décence desa
propre Dignité & l'amitié
qu'il portera audit Chancelier
de la Cour, fera tenu
de lui donner aussi le cheval.
§. 3. Ensuite le Marquis
de Brandebourg viendra à
cheval, ayant en ses mains un
Bassin &: une Aiguière d'Argent
, du poids de douze
marcs, avec de l'eau & une
belle Serviette. En mettant
pied à terre, il donnera à laver
au Seigneur Empereur
ou au Roi des Romains.
<§.A. Le Comte Palatin du
Rhin entrera de mesme à
Cheval, portant quatre Plats
d'argent remplis deViande,
chaque Plat du poids de trois
marcs; & ayant mis pied à
terre, mettra les Plats sur la
Table devant l'Empereur ou
Roi des Romains.
§,f. Aprés eux viendra
le Roi de Boheme, Archi-
Echanson, étant aussi à Cheval,
& tenant à la main une
Coupe ou Gobelet d'argent
du poids de douze marcs.
couvert tic plein de Vin &
d'eau;& ayant mis pied à
terre, presentera à boire à
l'Empereurou au -
Roi des
Romains.
§. 6. Nousordonnonsaussi,
quesuivant ce quia éç
ptac'iquéjufql'ici),lesPrin
ces Electeurs Seculiersayantfait
leuts Charges, le Vice-
Chambellan de Falkenstein
ait le Cheval , le Bassin &
l'Aiguiére du Marquis de
Brandebourg: le Maistre de
Cuisine de Norteniberg, le
Cheval &: les plats du Comte
Palatin du Rhin; le Vice-
Echanson de Limbourg, le
Cheval &le Gobelet du Roy
de Bohême ; & le Vice-
Marêchal de Pappenheim, le Cheval,le Bâton& la Mesure
du Duc de Saxe. Bien
entendu que c'est en cas que
ces Officiers se trouventen
Personne à la Cour Imperiale
ou Royale, &: y fassent les
Fonctions de leurs Charges:
Autrement
,
& siis sont tous
absens ou quelques-uns d'eux,
alors les Officiers ordinaires
de l'Empereur ou du Roy des
Romains serviront au lieu
des Absens, chacun en sa
Charge; & comme ils en
feront les fonctions
,
aussi
joyiront-ils des émolunens;
ARTICLE XXVIIL
Des Tables Impériales &
Electorales. ;I'LA Table Imperiale
ou Royale doitestre
disposée en forte qu'elle soit
plus haute de six pieds que
lesautres Tables de la Salle ;
& aux jours des Affciiiblée%
solemnelles personne ne s'y
mettra que l'Empereur ou le
Roy des Romains seul.
§. 2. Et même la Place ôâ
la Table de l'Impératrice ou
Reineseradressée à côté,&
plusbaffe de trois pieds que
celle de l'Empereur ou Roy
des Romains;mais plus haute
quecelle des Electeurs aussi
de trois pieds. Pour les Tables
& places des Princes
Electeurs
, on les dressera
toutes d'une même hauteur.
§. 3. On dressera sept Tables
pour les sept Elecceun
Ecclesiastiques & Seculiers,
au bas de la Table Impériale,
sçavoir trois du côté droit ,
&trois autres du côté gauche
& la septiéme vis-à-vis de
l'Empereur ou Roy des Romains
,
dans le même ordre
que nous avons dit icy à l'Article
des Séances & du Rang
des Princes Elctlcurs ; en
forte que Personne, de quelque
qualité & condition qu'elle
foit
, ne se puisse mettre
entre deux ou à leurs Tables.
§. 4. Il ne sera permis à
aucun des susdits Princes Electeurs
Seculiers qui aura raie
sa Charge, de s'aller mettre
à la Table qui luy aura esté
preparée
, que tous les autres
Electeurs les Collegues
n'ayent fait aussi leurs Charges
mais que dés que quelqu'un
d'eux ou quelqu'uns auroit
fait la leur, ils se retireront
auprès de leur Table, &: se
tiendront làdebout, jusqu'à
ce que tous les autres ayent
achevé les Fondions susdites
de leurs Charges; &: alors ils
s'assoiront tous en même
temps,chacun à sa Table. §. 5. Dautant que nous
prouvons par les Relations
tres-certaines& par des Tradirions
si anciennes qu'il n'y a
point de memoirede contraire,
qu'il a été de tout temps
heureusement observé, que
l'éledion du Roy des Romains
futur Empereur se doit faire
en la Ville de Francfort, & le
Couronnement à Aix-la-C ha
- pelle, &que l'Elû Empereur
doit tenir sa premiere Cour
Royale à Nuremberg
-,
c'est
pourquoy Nous voulons, par
plusieurs raisons, qu'il en soit
usé de même à l'avenir;si co
n'est qu'il y ait empêchement
legitimé.
§. 6. Toutes les fois que
quelque Electeur Ecclesiastique
ou Seculier qui aura esté
appelle à la Cour Imperiale,
ne pourra pour quelque raison
legitime s'y trouver en Personlie
,
&: qu'il yenvoyera un Ambassadeur
ou Deputé; cet Ambaffadeur
,
de quelque condition
ou qualité qu'il soit ;,
quoi qu'en vertu de son pouvoir
il doiveestre admis en la
place de celuyqu'ilreprefente,
ne se mettra pas à la Table
quel'on aura destinée pour celuy
qui l'aura envoyé.
b-,~ Enfin toutes les Ceremonies
de cette Cour Imperiale
estant achevées
, tout l'échaffaut
ou Bâtiment de bois qui
aura esté fait pour la Seance &
pour les Tables de l'Empereur
ou Roy des Romains,& des
Princes Electeursassemblez
pour ces Ceremonies solemnelles,
oupour donner l'Investiture
des Fiefs, appartiendraauMaistred'Hôtel.
ARTICLEXXIX,
Des Droits des officiers, lorsque
les Princes font Hommage
de leurs Fiefs à l'Empereurou
au Roydes Romains,
§.1.ORdonnons par le
present Edit Imperial,
que lorsque les Princes
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers,recevrontlenrs
Fiefs 011 Droits Souverains
des mains de l'Empereur ouJ
du Roy des Romains
,
ils ne
soient point obligez de payer
ou de donner aucune choseà
qui que se foit: Car comme
l'argent que l'on paye sousce
pretexte en:du aux Officiers,
& que les Princes Electeurs
ont la Superiorité sur tous les
Officiers de la Cour Impériale
, ayant même en ces fortes
d'Offices leurs Substituts étaablis
& gagezà cet eiFet par
les Empereurs, il feroit absurde
que des Officiers substituez
demandaient de l'argent
ou des«Presens à leurs
Supcrieurs; si ce n'est que
lesdits Princes Electeurs leus
veuillent donner quelque
chosede leur propre volonré
& libéralité.•
§. 2. Mais les autres Prin-
"#s de l'Empire, tant EccleSadiquesqueSéculiers,
en
recevant leurs Fiefs,comme
nous venons de dire, de l'Empereur
ou du Roy des Romains,
donneront aux Officiers
de la Cour Imperiale ou
Royale , ,chacun soixante-trois
marcs 5cun quart d'argent;
si ce n'est que quelqu'un d'eux
pûtverifier sonexemption,&
faire voir que par privilege
Impérial ou Royal il foit dispensé
de payer laditesomme
, & tous les autrès droits que
l'on a accoutumé de payer
quand on prend l'Invefiiture;
&. ce fera le Maistre d'Hostel
de l'Empereurou du Roydes
Romains qui fera le partage
de ladite somme de soixantetrois
marcs & un quart d'ar.
gent, enla manière quisuit.
Premièrement, il en prendra
dixmarcs pour lui; Il en
donnera autant au Chancelier
de l'Empereurou du Roi
des Romains ; aux Secrétaires
, Nottaires & Dicteurs
trois marcs ;& à celui qui
scelle
, pour la cire & le parchemin
,unquart; sans quele
C hancelier&les Secretaires
soient tenus de donner pour
cela autre chose, sinon un
Certificat du Fief reçû ou de
sîmples Lettres d'Investiture.
Semblablement, le Maistred'Hostel
donnera de ladite
somme dix marcs à l'Echanson
de Limbourg ; dix aux
Vice - Marêchal de Pappenheim
,
&dix auVice-Chambellan
de Falkenstein ; pourvu
qu'ils se trouvent en personne
à ces Investitures, ôc
qu'ils y fartent les Fondions
de leurs Charges; autrement
&: en leur absence
,
les Officiers
de la Cour de l' Empereur
ou du Roi des Romains
qui feront la Charge des Absens
, & qui enauront eu la
peine, en recevront aussi le
profit.& les émolumens
§. 3. Mais lorsquele Prince
monté sur un Cheval ou toute
autre Bête, recevra l'Investiture
deses Fiefsde l'Empereur
ou du Roi des Romains
, quelque foit cette Bête,
elleappartiendra au grand
Maréchal ,c'est-à-dirfcauDue
de Saxe, s'il estpresent; sinon
à son Vice-Marêchal de
Pappenheim, &- en son absence
au Marêchal dela Cour de
l'Empereur.
ARTicle XXX.
De ÏInftruftion des Princels
Electeurs aux Langues.
§. I.DAutant que la
Majestédusaint
EmpireRomain doit prc{cri..
re les Loix, & commander
plusieursPeuples de diverses
Nations, moeurs, façons
de faire &: de différentes Langues
; il est Julie, & les plus
Gige le jugent ainsi,.que tes
Princes Electeursquisont les
côlomnes & les arcs-boutans
de l'Empire, soient instruits
& ayent la connoissance de
plusieurs Langues;parce qu'étant
obligez de soulager lEm-'
pereur en ses plus importantes
affaires; il est necessaire
qu'ils entendent plusieurspersonnes
, & que reciproquement
ils se puissent faire entendre
à plusieurs.
2. C'est pourquoy Nous
ordonnons que les Fils ou Heritiers
& Successeurs des Illustres
Princes Electeurs; ravoir
du Roy de Bohême, du
Comte Palatin du Rhin, du
Duc de Saxe, & duMarquis
de Brandebourg, qui sçavent
apparemment la Langue Allemande,
parcequ'ils ta. doivent
avoir apprise.dés leur ensance
; estant parvenus à l'à..
ge de sept ans,se fassentinstruire
aux Langues Latines,
Italienne & Esclavonne : en
telle sorte qu'ayant atteint la
quatorzième annéede leurâge,
ils y soient sçavans, selon
le talent que Dieu leur en au.
ra-donné : ce que Nous ne
jugeons pas feulement utile;,
mais aussi necessaire, à eause
que l'usage de ces Langues
est fort ordinaire dans l'Empire
pour le maniement de ses
plus importantes affaires.
; §. 3. Nous laissons toutefois
à l'option des Peres le particulier
de cette Instruction;en
forte qu'ildépendra d'eux
d'envoyer leur fils ou les Tarens
qu'ils jugeront leur devoir
apparemment succéder
en l'Eledorat, aux lieux où
ils pourront apprendre commodément
ces Langues, ou
de leur donner dans leurs
Maison des Précepteurs &: de
jeunes Camarades, par l'inftruétion
8c la conversation desquels ils puissent s'instruire
dans ces Langues.
Fin.
De l'ordre de la Marche des
FrincesELetteurs,dr parqui
sont portées les Marques honoraires.
pOur déclarer le rangquel
les Princes Electeurs doivent
tenir en marchant avec
l'Empereur ou avec le Roi
desRomains en public & erL
cérémonie, & dont nous
avons ci- dessus fait mention,
Nous ordonnons que toutes
les fois que pendant la tenuë
d'une Diete Imperiale, il
faudra que les Princes Electeurs
marchent processionnellement
avec l'Empereur au le
Roi des Romains, en quelques
actionsou solemnitez
que cesoit, & qu'ils y portent
les Ornemens Impériaux ou
Royalix; le Duc de Saxe portant
FEpee Imperiale ou
Royale, marchera immédiatement
devant l'Empereur,
étant au milieu entre luy &
l'Electeur de Trêves ; ledit
Electeur de Saxe aura à sa
droite le Comte Palatin du
Rhin, qui portera le Globe
ou la Pomme Imperiale, &à
sa gauche le Marquis de
Brandebourg
, portant le
Sceptre, tous trois marchant
de front: le. Roi de Boheme
suivra immédiatementl'EmpereurouleRoides
Romains;
sans que personne marche entre
l'Empereur ou ledit Roi
&lui.
ARTIClE XXIII.
DesBénédictions des Archevesques
en lapresence de1•'*-
,,.lT'Empereur. Outes les fois qu'on
celébrera en solemnité
la Méfie devant l'Empeteur
ou le Roy des Romains,
,U que les Archevesques de
Mayence, de Tréves & de
Cologne; ou deux d'entre eux s'y trouveront presens, on
observeraàla confession qui
se dità l'entrée de la Messe,
au baisen de l'Evangile & de
la Paix qu'on presente après
(Ag":/tsDei,& même aux Bénédictions
qui se donnent à la fin
de la Méfie
,
&: à celles qui
se font à l'entrée de table &
aux graces quife rendent après
le repas, cet ordre que Nous
avons estimé à propos d'y étatablir,
de leur avis & consentement;
qui est que le premier
aura cet honneur le premier
jour; le second, le second
jour; & le troisiéme, le
t,roin2e.m.e jour. Nousdéclarons en ce
cas, que l'ordre de la primauté
ou posteriorité entre
les Archevesques, doit estre
dreeglé sur l'ordre & le temps leur consecration. Et afin
qu'ils se préviennent les uns
les autres par des témoignages
d'honneur &de déference,
& que leur exemple oblige
les autres à s'honorer mutuellement,
Nous desirons que celui
que cet ordre, touchant
les choses susdites, regardera
le premier
,
fasse à ses Collegues
une civilité & une honnêteté
charitable pour les inviteràprendre
cet honneur, &
qu'après cela il procèdeaux
choses susdites, ou à quelqu'une
d'elles.
ARTICLE XXIV.
Les Loix suisantes ont ejlè
publiées en la Diete de Metz
lejour de Noël, l'an 13r6.
Par Charles IV.Empereur des
Romains toujours Auguste,
.RoydiBobeme,affiflédetous
les PÍinces Electeurs du Saint
Empire en presence du Vénérable
Pere en Dieu le Seigneur
Théodorique Evêque d'Albe,
Cardinal de la sainte Eglise
Romaine>& de CharlesFils
aîné du Roy de France, Illustre
Duc de Normandie, &
Dauphin de Viennois.
S.J. SI quelqu'un estoit
entrédans quelque
complotcriminel, ou auroit
fait ferment ou promesse de
s'y engager avec les Princes
& Gentilshommes, ou avec des Particuliers &: autres
Personnnes quelconques
mêmes roturieres, pour attenter
à la vie des Reverends
& Illustres Princes Electeurs
du saint Empire Romain,
tant Ecclesiastiques que Seculiers,
ou de quelqu'un d'eux,
qu'il périsse par le glaive, &:
que tous ses biens soient
confisquez comme criminel de
leze.Majesté ; car ils sont
partie de nostre Corps: Et en
ces rencontres les Loix punissent
lavolontéaveclamême
severité que le crime mesme.
Et bien qu'il fût juste que les
fils d'un tel parricide moururentd'une
pareille more)
parce que l'on en peut appréhender
les mêmes exemples;
néanmoins par une bonté
particuliére
,
Nous leur donnons
la vie: Mais Nous voulons
qu'ils soient fruftrez de
la succession maternelle ou
ayeule, comme aussi de tout
les biens qu'ils pouroient esperer
par droit d'heredité &
de succession, ou par testament
de leurs autres parens &.
amis; afin qu'étant toujours
pauvres & necessiteux, l'infamie
de leur pere les accompagne
toûjours;qu'ils ne puissent
jamais parvenir à aucun
honneur & Dignité, même à
celles qui sont conferées par
l'Eglise; & qu'ilssoient re-@
duits à telle extremité, qu'ils
languissent dans une necessité
continuelle
,
& trouvent par
ce moyen leur soulagement
dans la mort &: leur supplice
dans la vie. Nous voulons aussi
que ceux qui oseront intercéder
pour telles sortes de gens,
soient notez d'une infamie
perpetuelle.
§. 2. Pour ce qui est des
filles de ces criminels ,en
quelque nombre qu'elles
puissent estre
,
Nous ordonnons
qu'elles prennentla falcidie
ou la quatriéme partie
en la successionde leur mere,
foit qu'elle ait fait testament
ou non; afin qu'elles ayent plûcôc:
une médiocre nourriture
de fille, qu'un entier avantage
ou nom d'heritieres.Car
en effet la Sentence doit être
d'autant plus moderée à leur
égard, que nous sommes perfuadez
que la foiblesse de leur
sexe les empêchera de commettre
des crimes de cette
nature.
§. Déclarons aussi les
émancipations que telles gens
pourroient avoir faites de leur
fils ou de leurs filles, depuis
la publication de la presente
Loi
,
nulles &: de nul effet ;
pareillement Nous déclarons
nulles & de nulle valeur toutes
les constitutionsde dot, donations
& toutes les autres
aliénations qui auront été faites
par fraude
, &. même de
droit,depuis le temps qu'ils
auront commencé à faire le
premier projet de ces conspirations
&: complot. Si les
femmes ayant retiré leur dot
se trouvent en cet état, que
ce qu'elles auront reçu de
leurs maris à titre de donations,
elles le doiventreserver
à leurs fils, lorsquel'usufruit
n'aura plus lieu;qu'ellesçachent
que toutes ces choses,
qui selon la Loi devroient
retourner aux fils, seront appliquées
à nostre Fisc, à la
reserve de la falcidie ou quatriéme
qui en fera prise pour
les filles, & n n pour les fils.
§. 4. Ce que nous venons
de dire de ces criminels & de
leurs fils,doitaussi estre entendu
de leurs satelites, complices
& ministres, & de
leursfils. Toutefois si aucun
des complices, touché du
desir d'une veritable gloire
découvre la conspiration, en
son commencement, il en recevra
de Nous récompense
& honneur: Mais pour cel ui
qui aura eu part à ces conspirations
&: ne les aura revelées
que bien tard, avant
néanmoinsqu'elles ayent été
découvertes, il fera estimé
digne feulement d'absolution
&: du pardon de son crime.
§. 5. Nous ordonnons aussi,
que s'il est revelé quelque
attentat commis contre lesdits
Princes Electeurs Ecclesiastiques
ou Seculiers, l'on
puissemême après la mort
du coupable poursuivre de
nouveau la punition de ce
crime. ,-
§. 6.De même,l'on pourra
pour ce crime de leze-Majesté,
à l'égard deidics Princes
Electeurs, donner la question
aux serviteurs du Maître
qui aura été accusé.
- §.7. Ordonnons deplus
par ce presentEdit Imperial,
& voulons que même après
la mort du coupable l'on
puisse commencer à informer
contre lui,afin quele
crime, étant * averé, sa mémoire
puisse estre condamnée
&: ses biens confisquez.
Car dés là que quelqu'un a
formé le dessein d'uncrime
détestable,il en est en quelque
façon coupable & bourrelé
en son ame.
$. 8. C'estpourquoy, dés
que quelqu'un se trouvera
coupable d'untel attentat
Nous voulons qu'il ne puisse
plus ni vendre, ni aliener, ni
donner la liberté à ses esclaves,
& mêmequ'on ne lui
puissepluspayer ce qui lui
estdû.
§.9.Pareillement ordonnons
qu'à ce sujet on applique
à laquestion les serviteurs
du criminels c'est-à-dire,
pour le crime ducomplot détestable
fait contre les Princes
Electeurs Ecclesiastiques
'&. Seculiers.
§. 10. Et si quelqu'unde
ces criminels meurt pendant
l'instruction du Procez, Nous
voulons que ses biens, à cause
qu'on est encore incertain
qui en fera leSuccesseur,
soient mis entre les mains de
la Justice.
ARTICLE XXV.
De la conservation des Princi»
pautez, des Electeurs en
leurentier. sS'Il est expedient que toutes
Principautez soient
conservées en leur entier, afin
que la Justice s'affermisse, &
que les bons & fideles Sujets
jouissentd'un parfait repos
d'une paix profonde ;il est
encore ,
sans comparaison beaucoup plus juste queles,
grandes Principautez, Domaines
,
Honneurs & Droits
des Princes Electeurs
,
demeurent
aussi en leur entier;
car là où lepéril est leplus à
craindre
,
c'est là ou il faut
user de plus grandes précaurions
de peur que les colomnesVenant
à manquer 3 toute le bâtiment ne tombe
en ruine.
§. I. Nous voulons donc &
or donnons parcet Edit Imperial
perpetuel, qu'à l'avenir
&à perpétuité les grandes
& magnifiques Principatitez
,
tellesque sont le Royau-
me de Bohême , la Comtç,
Palatine du Rhin,la Duché
de Saxe & le Marquisat de
Brandebourg,leurs Terres
Jurisdictions , , Hommages &
Vasselages, avec leurs appartenances
& dépendances, ne
puissent estre partagées
,
diviséesoudémembrées
en
quelque façon que ce soit ;
mais qu'elles demeurent à
perpétuité unies &: conservées
en leur entier. ,:.
§. 2. Que le Fils aîné y
succéde,& que tout le Domaine&
tout le Droit appartienne
à luy seul ; si cen'est
qu'il soit insensé,ou qu'il ait
tel autre grand &: notable
défaut qui l'empêche absolument
de gouverner; auquel
cas la successionluy estanc
défenduë
,
Nous voulons que
le fécond Fils, s'il y en a un
en la même ligne, y foit appellé
; sinon l'aîné des Frères
ou Parens paternelslaïque
qui se trouvera estre le plus
proche en ligne directe &:
masculine: lequel toutefois
fera tenu de donner des preuves
continuelles de sa bonté
& liberalité envers ses autres
Frères ôc Soeurs, contribuant
à leur subsistance selon la
grace qu'il aura reçue de
Dieu, & selon la bonne vo- lonté& facultez de son
patrimoine; lui défendant
expressément tout partage, division&démembrement
des Principautez,&: de leurs
appartenances ôc dépendances,
en quelque façon que
ce puisse être.
ARTICLE XXV-I.,,-
De la Cour Impériale desa
séance. , I.LE jour que l'EmpereurouleRoides
Romains voudra tenir folemnellement
sa Cour, les Princes
Electeurs tant Ecclesiastiques
que Seculiers, se renfdront
à une heure ou environ,
au logis de la demeure
Impériale ou Royale,ou
l'Empereur ou le Roi, étant
revêtu de tous lesOrneniens
Impériaux monteraachevai,
avectous les Princes Electeurs
qui l'accompagneront
jusqu'au lieu préparé pour
la Séance chacun en l'ordre
& en la maniéré qui a été cidessusprescrite
, &: inserée
dans l'Ordonnance qui regle
les marches des mêmes Princes
Eleaeurs.
2. L'Archichancelier dansl'Archichancellariat
duquel
la Cour Impériale se tiendra,
portera aussi au bout d'un Bâton
d'argent tous les Sceaux'
Impériaux ou Royaux.
§. 3. Mais les Princes Electeurs
Seculiers porteront le
Septre
,
la Pomme & l'Epée
,
en la nlanie-re qui a été dite
ci
-
dessus.
§. 4.Quelques autres Prill
ces inférieurs qui feront dé
putez par l'Empereur &: à
son choix, porteront immédiatement
devant l'Archevesque
de Trevesmarchant eJt.,
son rang, premièrement la
Couronne d'Aix-la-Chapelle:,
& en secondlieu, celle de
Milan: Ce qui ne se pratiquera
feulement que devant
l'Empereur, orné de la Couronne
Impériale.
§. L'Imperatrice aussi, ou,
la Reine des Romains, étant
revêtue des Habits & Orne.
mens de Ceremonie, marchera
après le Roi ou l'Empereur
des Romains, &: auiïi
après le Roi de Boheme , qui
fuit immédiatement l'Emper
reur ,mais çloignécd'unçù.
pace compétant, & accom
pagnée de ses principaux Officiers
&: de ses Filles d'Honneur
¡& ce jusques au lieu de
la Séance.
ARTICLE XXVII.
Des Fondions des Princes Electeurs
dans les rencontres oh
lesEmpereurs oit. Rois des Romains
tiennent folemnellement
leur Cour. NOus ordonnons que
toutes les fois que l'Elnpereur
ou le Roi des Romains
voudra tenir solemnellement
sa Cour, &: où Ice
PrincesEle&enrs ferontobjigèt
de faireles Ponctions de,
leurs Charges,on observe eiv
cela l'ordre suivant.-
§. i.Premièrement,TEm-,
pereurou le Roides Roi-riainsf,-
étant assis en sa Chaire Roya-r
le, ou sur le TrôneImpérialv
le Duc de Saxe fera sa ChaiM
ge en la maniéré que nous;
allons dire. On mettra d-,
vàntle Logis de la Séance
Imperiale ou Royale, un tas
d'Avoine, de telle hauceuf)
qu'il aille jusqu'au poitrai"
ou juf ues à la Telle du cheval
sur lequel le Duc fera.,
monté;: & le Duc ayant en'
ses mai ns un Bâton d'argent
& une Mesure aussi d'argent,>
qui peseront ensemble douze,
Marcs d'argnt.'& étant ï;
cheval- remplira la' mesure
d'avoine & la donnerar' au
premier Palfrenier qu'il ren-'
contrera. Apres quoi, fichant
le Bâton dans l'avoine, il se
retirera; & son Vice-Maréchal
, sçavoir de Pappenheim,
s'approchant, ou lui
absent, le Mareschal de la
1Cour,Jpaermvettroa leipinllagee d.e
§.i Dés que l'Empereur
ou le Roi des Romains se fera
mis à table, les Princes Electeurs
Ecclesiastiques, c'est-à-,
dire les Archevêques, étant'
debout devant la table avec
les autres Prelats, la beniront
suivant l'ordre qui a été
ci- dessus par Nous prescrit.
La Bénédiction étant faite,
les
les mêmes Archevêques, s'ilt
font tous presens, ou bien
deux, ou un d'entr'eux, pren*
,dront les Sceaux Impériaux
ou Roïaux des mains du Chancelier
de la Cour;& l'Archevesque
dans lArchichancellariat
duquel la Cour se tiendra,
marchant au milieu des
deux autres Archevesques qui
feront à ses cotez,tenant avec
lui le Bâton d'argent où les
Sceaux feront suspendus
; tous
trois les porteront ainli, &
les mettront avec rcfpctt lui?
la Table devant l'Empereur
ou le Roy. Mais l'Empereur
cru le Roiles leur rendra auflktost
: Et celui dans l'Archichancellariat
duquell%Cerémonies
se feront, comml a
vçté dit, pendra à Ton col le
plus grand Sceau, & le portera
ainsi durant tout le Difner
& apiés, jusquesà ce qu'il
foit retourné à cheval du Pa-
Jais à son Logis. Or le Bâton
dont nous venons de parler,
doit estre d'argent, du poids
-de douze marcs; & les trois
Archevesques doivent payer
chacun le tiers, tant du poids
de l'argent que du prix de
la façon. Le Baston & les
Sceaux demeureront au Chancellier
de la Cour, qui en fera
ce qu'il lui plaira; & c'est
pourquoi aussi-tofi: que celui
des Archevesques auquel il
aura appartenu de porter le
plus grand Sceau au col, depuis
le-Palais jusqu'à son Logis
( comme il a été dit )y
sera arrivé) il renvoyera par
quelqu'un deses Domestiques
audit Chancelier de la. Cour
Imperiale,ledit Sceau sur le
même cheval; & l'Archevefque,
selon la décence desa
propre Dignité & l'amitié
qu'il portera audit Chancelier
de la Cour, fera tenu
de lui donner aussi le cheval.
§. 3. Ensuite le Marquis
de Brandebourg viendra à
cheval, ayant en ses mains un
Bassin &: une Aiguière d'Argent
, du poids de douze
marcs, avec de l'eau & une
belle Serviette. En mettant
pied à terre, il donnera à laver
au Seigneur Empereur
ou au Roi des Romains.
<§.A. Le Comte Palatin du
Rhin entrera de mesme à
Cheval, portant quatre Plats
d'argent remplis deViande,
chaque Plat du poids de trois
marcs; & ayant mis pied à
terre, mettra les Plats sur la
Table devant l'Empereur ou
Roi des Romains.
§,f. Aprés eux viendra
le Roi de Boheme, Archi-
Echanson, étant aussi à Cheval,
& tenant à la main une
Coupe ou Gobelet d'argent
du poids de douze marcs.
couvert tic plein de Vin &
d'eau;& ayant mis pied à
terre, presentera à boire à
l'Empereurou au -
Roi des
Romains.
§. 6. Nousordonnonsaussi,
quesuivant ce quia éç
ptac'iquéjufql'ici),lesPrin
ces Electeurs Seculiersayantfait
leuts Charges, le Vice-
Chambellan de Falkenstein
ait le Cheval , le Bassin &
l'Aiguiére du Marquis de
Brandebourg: le Maistre de
Cuisine de Norteniberg, le
Cheval &: les plats du Comte
Palatin du Rhin; le Vice-
Echanson de Limbourg, le
Cheval &le Gobelet du Roy
de Bohême ; & le Vice-
Marêchal de Pappenheim, le Cheval,le Bâton& la Mesure
du Duc de Saxe. Bien
entendu que c'est en cas que
ces Officiers se trouventen
Personne à la Cour Imperiale
ou Royale, &: y fassent les
Fonctions de leurs Charges:
Autrement
,
& siis sont tous
absens ou quelques-uns d'eux,
alors les Officiers ordinaires
de l'Empereur ou du Roy des
Romains serviront au lieu
des Absens, chacun en sa
Charge; & comme ils en
feront les fonctions
,
aussi
joyiront-ils des émolunens;
ARTICLE XXVIIL
Des Tables Impériales &
Electorales. ;I'LA Table Imperiale
ou Royale doitestre
disposée en forte qu'elle soit
plus haute de six pieds que
lesautres Tables de la Salle ;
& aux jours des Affciiiblée%
solemnelles personne ne s'y
mettra que l'Empereur ou le
Roy des Romains seul.
§. 2. Et même la Place ôâ
la Table de l'Impératrice ou
Reineseradressée à côté,&
plusbaffe de trois pieds que
celle de l'Empereur ou Roy
des Romains;mais plus haute
quecelle des Electeurs aussi
de trois pieds. Pour les Tables
& places des Princes
Electeurs
, on les dressera
toutes d'une même hauteur.
§. 3. On dressera sept Tables
pour les sept Elecceun
Ecclesiastiques & Seculiers,
au bas de la Table Impériale,
sçavoir trois du côté droit ,
&trois autres du côté gauche
& la septiéme vis-à-vis de
l'Empereur ou Roy des Romains
,
dans le même ordre
que nous avons dit icy à l'Article
des Séances & du Rang
des Princes Elctlcurs ; en
forte que Personne, de quelque
qualité & condition qu'elle
foit
, ne se puisse mettre
entre deux ou à leurs Tables.
§. 4. Il ne sera permis à
aucun des susdits Princes Electeurs
Seculiers qui aura raie
sa Charge, de s'aller mettre
à la Table qui luy aura esté
preparée
, que tous les autres
Electeurs les Collegues
n'ayent fait aussi leurs Charges
mais que dés que quelqu'un
d'eux ou quelqu'uns auroit
fait la leur, ils se retireront
auprès de leur Table, &: se
tiendront làdebout, jusqu'à
ce que tous les autres ayent
achevé les Fondions susdites
de leurs Charges; &: alors ils
s'assoiront tous en même
temps,chacun à sa Table. §. 5. Dautant que nous
prouvons par les Relations
tres-certaines& par des Tradirions
si anciennes qu'il n'y a
point de memoirede contraire,
qu'il a été de tout temps
heureusement observé, que
l'éledion du Roy des Romains
futur Empereur se doit faire
en la Ville de Francfort, & le
Couronnement à Aix-la-C ha
- pelle, &que l'Elû Empereur
doit tenir sa premiere Cour
Royale à Nuremberg
-,
c'est
pourquoy Nous voulons, par
plusieurs raisons, qu'il en soit
usé de même à l'avenir;si co
n'est qu'il y ait empêchement
legitimé.
§. 6. Toutes les fois que
quelque Electeur Ecclesiastique
ou Seculier qui aura esté
appelle à la Cour Imperiale,
ne pourra pour quelque raison
legitime s'y trouver en Personlie
,
&: qu'il yenvoyera un Ambassadeur
ou Deputé; cet Ambaffadeur
,
de quelque condition
ou qualité qu'il soit ;,
quoi qu'en vertu de son pouvoir
il doiveestre admis en la
place de celuyqu'ilreprefente,
ne se mettra pas à la Table
quel'on aura destinée pour celuy
qui l'aura envoyé.
b-,~ Enfin toutes les Ceremonies
de cette Cour Imperiale
estant achevées
, tout l'échaffaut
ou Bâtiment de bois qui
aura esté fait pour la Seance &
pour les Tables de l'Empereur
ou Roy des Romains,& des
Princes Electeursassemblez
pour ces Ceremonies solemnelles,
oupour donner l'Investiture
des Fiefs, appartiendraauMaistred'Hôtel.
ARTICLEXXIX,
Des Droits des officiers, lorsque
les Princes font Hommage
de leurs Fiefs à l'Empereurou
au Roydes Romains,
§.1.ORdonnons par le
present Edit Imperial,
que lorsque les Princes
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers,recevrontlenrs
Fiefs 011 Droits Souverains
des mains de l'Empereur ouJ
du Roy des Romains
,
ils ne
soient point obligez de payer
ou de donner aucune choseà
qui que se foit: Car comme
l'argent que l'on paye sousce
pretexte en:du aux Officiers,
& que les Princes Electeurs
ont la Superiorité sur tous les
Officiers de la Cour Impériale
, ayant même en ces fortes
d'Offices leurs Substituts étaablis
& gagezà cet eiFet par
les Empereurs, il feroit absurde
que des Officiers substituez
demandaient de l'argent
ou des«Presens à leurs
Supcrieurs; si ce n'est que
lesdits Princes Electeurs leus
veuillent donner quelque
chosede leur propre volonré
& libéralité.•
§. 2. Mais les autres Prin-
"#s de l'Empire, tant EccleSadiquesqueSéculiers,
en
recevant leurs Fiefs,comme
nous venons de dire, de l'Empereur
ou du Roy des Romains,
donneront aux Officiers
de la Cour Imperiale ou
Royale , ,chacun soixante-trois
marcs 5cun quart d'argent;
si ce n'est que quelqu'un d'eux
pûtverifier sonexemption,&
faire voir que par privilege
Impérial ou Royal il foit dispensé
de payer laditesomme
, & tous les autrès droits que
l'on a accoutumé de payer
quand on prend l'Invefiiture;
&. ce fera le Maistre d'Hostel
de l'Empereurou du Roydes
Romains qui fera le partage
de ladite somme de soixantetrois
marcs & un quart d'ar.
gent, enla manière quisuit.
Premièrement, il en prendra
dixmarcs pour lui; Il en
donnera autant au Chancelier
de l'Empereurou du Roi
des Romains ; aux Secrétaires
, Nottaires & Dicteurs
trois marcs ;& à celui qui
scelle
, pour la cire & le parchemin
,unquart; sans quele
C hancelier&les Secretaires
soient tenus de donner pour
cela autre chose, sinon un
Certificat du Fief reçû ou de
sîmples Lettres d'Investiture.
Semblablement, le Maistred'Hostel
donnera de ladite
somme dix marcs à l'Echanson
de Limbourg ; dix aux
Vice - Marêchal de Pappenheim
,
&dix auVice-Chambellan
de Falkenstein ; pourvu
qu'ils se trouvent en personne
à ces Investitures, ôc
qu'ils y fartent les Fondions
de leurs Charges; autrement
&: en leur absence
,
les Officiers
de la Cour de l' Empereur
ou du Roi des Romains
qui feront la Charge des Absens
, & qui enauront eu la
peine, en recevront aussi le
profit.& les émolumens
§. 3. Mais lorsquele Prince
monté sur un Cheval ou toute
autre Bête, recevra l'Investiture
deses Fiefsde l'Empereur
ou du Roi des Romains
, quelque foit cette Bête,
elleappartiendra au grand
Maréchal ,c'est-à-dirfcauDue
de Saxe, s'il estpresent; sinon
à son Vice-Marêchal de
Pappenheim, &- en son absence
au Marêchal dela Cour de
l'Empereur.
ARTicle XXX.
De ÏInftruftion des Princels
Electeurs aux Langues.
§. I.DAutant que la
Majestédusaint
EmpireRomain doit prc{cri..
re les Loix, & commander
plusieursPeuples de diverses
Nations, moeurs, façons
de faire &: de différentes Langues
; il est Julie, & les plus
Gige le jugent ainsi,.que tes
Princes Electeursquisont les
côlomnes & les arcs-boutans
de l'Empire, soient instruits
& ayent la connoissance de
plusieurs Langues;parce qu'étant
obligez de soulager lEm-'
pereur en ses plus importantes
affaires; il est necessaire
qu'ils entendent plusieurspersonnes
, & que reciproquement
ils se puissent faire entendre
à plusieurs.
2. C'est pourquoy Nous
ordonnons que les Fils ou Heritiers
& Successeurs des Illustres
Princes Electeurs; ravoir
du Roy de Bohême, du
Comte Palatin du Rhin, du
Duc de Saxe, & duMarquis
de Brandebourg, qui sçavent
apparemment la Langue Allemande,
parcequ'ils ta. doivent
avoir apprise.dés leur ensance
; estant parvenus à l'à..
ge de sept ans,se fassentinstruire
aux Langues Latines,
Italienne & Esclavonne : en
telle sorte qu'ayant atteint la
quatorzième annéede leurâge,
ils y soient sçavans, selon
le talent que Dieu leur en au.
ra-donné : ce que Nous ne
jugeons pas feulement utile;,
mais aussi necessaire, à eause
que l'usage de ces Langues
est fort ordinaire dans l'Empire
pour le maniement de ses
plus importantes affaires.
; §. 3. Nous laissons toutefois
à l'option des Peres le particulier
de cette Instruction;en
forte qu'ildépendra d'eux
d'envoyer leur fils ou les Tarens
qu'ils jugeront leur devoir
apparemment succéder
en l'Eledorat, aux lieux où
ils pourront apprendre commodément
ces Langues, ou
de leur donner dans leurs
Maison des Précepteurs &: de
jeunes Camarades, par l'inftruétion
8c la conversation desquels ils puissent s'instruire
dans ces Langues.
Fin.
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Résumé : Bulle d'Or. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs articles régissant les cérémonies et les lois du Saint-Empire Romain. L'article XXII décrit l'ordre de marche des Princes Électeurs lors des processions avec l'Empereur ou le Roi des Romains. Le Duc de Saxe porte l'épée impériale et marche devant l'Empereur, flanqué de l'Électeur de Trêves à gauche et du Comte Palatin du Rhin à droite, portant le globe impérial. Le Marquis de Brandebourg, portant le sceptre, complète ce trio. Le Roi de Bohême suit immédiatement l'Empereur sans que personne ne marche entre eux. L'article XXIII régit les bénédictions des archevêques en présence de l'Empereur. Les archevêques de Mayence, Trêves et Cologne se succèdent dans l'ordre de leur consécration pour les bénédictions lors des messes et des repas. L'article XXIV traite des lois contre les complots visant les Princes Électeurs. Toute personne impliquée dans un tel complot est passible de la peine de mort et de la confiscation de ses biens. Les descendants des criminels sont privés de leurs droits successoraux et des honneurs. Les complices peuvent obtenir une récompense s'ils révèlent le complot à temps. L'article XXV stipule que les grandes principautés des Princes Électeurs, telles que le Royaume de Bohême, la Comté Palatine du Rhin, le Duché de Saxe et le Marquisat de Brandebourg, doivent rester indivisibles et être transmises au fils aîné. En cas d'incapacité du fils aîné, la succession passe au frère ou au parent le plus proche. L'article XXVI décrit les cérémonies de la Cour Impériale. Les Princes Électeurs se rendent à la demeure impériale, où l'Empereur, revêtu de ses ornements, monte sur le trône accompagné des Électeurs. L'Archichancelier porte les sceaux impériaux, tandis que les Électeurs séculiers portent le sceptre, la pomme et l'épée. L'Impératrice ou la Reine des Romains suit l'Empereur. L'article XXVII détaille les fonctions des Princes Électeurs lors des cérémonies de la Cour Impériale. Le Duc de Saxe effectue une cérémonie symbolique avec de l'avoine et un bâton d'argent, suivie par son vice-maréchal ou le maréchal de la cour. Les archevêques bénissent la table avant que les Princes Électeurs ne prennent place. Les princes électeurs doivent accomplir leurs charges avant de s'asseoir à leurs tables respectives. La table impériale est la plus élevée, suivie de celle de l'impératrice, puis des tables des électeurs. Les cérémonies se déroulent traditionnellement à Francfort, Aix-la-Chapelle, et Nuremberg. Les princes électeurs ne paient pas pour recevoir leurs fiefs, mais les autres princes doivent verser une somme aux officiers impériaux. Les princes électeurs doivent également être instruits dans plusieurs langues pour mieux gérer les affaires de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
Fermer
Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
36
p. 33-70
NOUVELLES de divers endroits.
Début :
On a appris par les Lettres de Cadix du 10. Juillet, [...]
Mots clefs :
Duc, Roi, Marquis, Fille, Veuve, Prince, Comte, Guerre, Seigneur, Armée, Commandant, Vaisseau, Espagne, Officier, Chevalier, Croix, Seigneur, Fille, France, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de divers endroits.
NOUVELLES
dedivers endroits.
Onaappris par les Lettres
de Cadix du 10. Juillet r
que Mrl'Aigleaprès yavoir
amenépluseurs Prises
, erv
estoit party le quatre pour
allercroiser vers le Dérroit.
que le lendemain il avoit
attaquéune Fregate Hollandoise
de36. canons commandée
par le Capitaine
Jean Hopener
-, que lecombat
avoit duré plus de deux
heures, U qu'enfin cette
Fregate avoir esté coulée à
fond ;niais que Mr l'Aigle
y avoir été tué, alnllquc:
plusieurs Officiers & Soldats
de son équipage. Son Corps
a estéenterréà Malagaavec
tous les honneurs dûs à un
homme qui s'étoit distinguéen
plusieurs occasions
cependant le cours de cette
guerre.
Le 30, Juillet il parut à
la hauteur de Bayonne une
Escadre de11. Vaisseaux
de guerre Anglois revenant
de Lisbonne &: retournant
dans les Ports d'Angleterre.
Une heure aprèsquelle eut
fait voile une de nos Frégatesamena
deux Prises, dont
l'une estoit un Baftimenc-
Hollandois qui allait. à
Lisbonne chargé de Vins.
*
DesLettresde Lisbonne
du 17. Juin portent que le
Navire Nostra- Senora de
Torso, qui marquoit que
la Flotte de Pernambuco
avoitesté pris le 4. Avrilà
15. lieues du Tage par un
Vaisseau de guerre François
de l'Escadre de Mr du Casse
qui avoir mis l'équipage à
terre à rifle de Madere ;
queceNavire estoit chargé
de 450. caisses de Sucre,
de 400. rolles de Tabac,
de Cuirs, de bois de Bresit,
& de 40. mille Crufades
tant en argent monnayé
qu'en poudre d'or; que le
Vaisseau qui l'avoit pris,
selon le rapport de l'équipage
, estoit parti de Brest
avec fcpt ou huit autres
dont ilavoit estéseparé, &
qu'ildévoiealler à la Martinique.
Je n'ay pû vous parler
plutost de la mort de Don
Antonio Martin Alvarez
de Tolede & Beaumont,
Enriquez
,
de Rivera,Fernandez
)
Manrique, Duc
d'Albe, & de Huefcar
J Comte de Lerin, de Salvatierra,
&c. Marquis deCoria
, &c. Connestable &
Grand Chancellier de Navarre,
Sommellier de Corps
du Roy d'Espagne & Ton
Ambassadeur en France,
qui mourut icy le 28. May
en la 41.l'année de son âge.
Sa maladie a esté des j^lus
longues, &: elle ne luy a
jamaisservy de raison ny de
pretexte pour le dispenser
d'aucuns de ses devoirs, &
ce grand Ministre a toûjours
s-ofuotuernenuud'du'nueneen£ra5ie force
e le poids d'une Ambassade
aussi importante & aussï
laborieuse. Il y a succombé
à la fin, & la mort de
MonCeigneur a achevé de
l'accabler; l'interetvif&
fîneere qu'il y prenoit le fie
paroistreencore plus sensible
à cette perte qu'il ne
l'avoit paru à celle de Mr
le Connestable de Navarre
fonftls unique qui donnait
déjà de si grandes esperances,&
qu'il perdit nlalhcu..
reusement à sa 19eannée.
Comme toute la vie de
Mr le Duc d'Albe avoi-c
esté une préparation à la
mort on n'eut pas de peine
à l'y disposer. Sa résignationavoitesté
plus prompte
que le premier avis qu'oq
eut pû luy en donner. Quelques
heures avant sa mort
il fit prier un de nos, plu£
grands Ministres de vouloir
bienluy rendre encore une
visite,&de venir recevoir
ses derniers adieux. Cet
entretien fut touchant de
part & d'autre; lemourant
parla assezlong
-
temps de
choses importantes avec le
mêmeesprit,lamême force
& la même grandeur d'ame
quil avoit fait dans sa meilleure
santé. Enfinilsouhaita
de recevoir la Benediction
deMr le Cardinal de Noailles
Archevêquede Paris.
Son Eminence s'y transporta
sur l'heure.
Madame la Duchesse
d'Albe n'a pû avoir dans
une douleur aussi accablante
que Dieu pour consolation.
Elle se retira sur l'heureau
Valde Grace. Elle se
tient toujours dans cette
retraite si conforme à sa
situation. Elle a esté le modelle
des femmes mariées ;
elle l'est des veuves de son
rang.
LeRoyd'Espagne luy a
fait l'honneur de luy écrire
de sa main en langue EfpJ.¿
gnole la Lettre du monde
la plus consolante, La Reine
luyaécrit de même. S. NL
C.a joint aux honneurs
qu'elle a fait à cccccittuftre
veuve des liberalitez qui
honorent en elle lamémoire
du deffunt. Elle ;cil de la
grande Maison de Poncé de
Leon
,
fille de l'illustre Me
la Duchesse d'Aveiro
,
&
soeur de Mr le Duc d'Arcos
& de Mr le Duc de Banos
tous deux Granded'Espagne.
Mr le Duc d'Albe qui
n'arienoubliéen mouranc
a laissé par un écrit de sa
main le foin & la conduite
des Affaires d'Espagne en
France: à Mr Don Feliz-
Corncjo son Secrétaire
d'Ambassade. S. M. C. a
confirmé ce choix dans l'interim
jusqu'àce qu'il vienne
icy de sa part un nouvel
Ambassadeur. Le Portrait
en vers de Mr le Ducd'Albeestdansla
partie des Picces
Fugitives de ce moiscy.
Charlotte Armande d'Argouges
de Rannes épouse
de Guillaume Alexandre ,
Marquis de Vieuxpont
Lieutenant General des ar*.
mées du Roy
<
& Couverneur
de la Ville de Beauvais
& du Beauvoisis, mourut
le 28. Juin âgée de 36,.
ans. Elle estoit fille unique
de Nicolas d'Argouges
Marquis de Rannes, Lieutenant
General des Armées
du Roy, Colonel General
des Dragons
, & de Charlotte
de Beautru - Nogentqui
épousaen seconde nôces.
Jean
-
Baptisse Armand de
Rohan Prince de Montauban
,dont elle est veuve.
Mre N.Chabert Chevalier
de Saint Louis
)
Chef
d'Escadre des Armées Na-,
vales du Roy,fils du grand-
ChJbert)est mort à Toulon.
Ilavoit donné dans
toutes les occasions des
preuves de son courage &
de sa capacité. Il avoit ramené
du Sud une Flore d'argent
des plus riches qui
soient jamais venuës de
ces Mers. Il arriva heureusement
à Rochefort sur lafin
du mois de Mars de*
l'année 1709.aprés avoir
évité par son habileté quatre
Escadres des ennelllisr.
quil'attendoient sur sarouteen
quatre endroits differens.
Le Vaisseau du Roy
le Trident qu'il Commandoit
estle premier Vaisseau
de guerre qu'on ait vû à la
Rade de Lima depuis la découverte
de ce Continent
Marie Louis Chevalier,
Marquis de Sourdeilles,
Baron deFeissac, &c. Lieutenantde
Roy au Gouvernement
de Limosin & de
la Marche, est mort dans
son Chasteau de la Ganne
âgé de 44.ans. Ilaesté fort
regretté,&particulièrement
des Pauvres.
Il avoit épousé Marie fille
de Robert Marquis de Lignerac
Comte de Saint Chaînant
d'une des plusillustres
&de plus anciennes maisons
d'Auvergne.
Sa mere estoit de celle
des Vicomtes de Sedicre
A alliée à celles de Noailles9»
de Gimel, &c. & sa grande
mere estoit de celle d'Aubusson
la Feüillade.
Mr le Marquis de Sourdeilles
avoir d'abord pris le
party des Armes;mais la'
mort de son pere dont il
estoit filsunique, l'obligea
de quitter le Service. b
Catherine de Robeyre
3 épouse dYvesMarie dela
Bourdonnaye Seigneur de
Cotoyon
,
Maistre des Requestes
& Intendant à 0r.
leans,mourut aux eaux de
Bour bon le 24. Juin âgée
de 44. ans laissant posterité
Elle estoit fille de Mr de
Ribeyre Conseilier d'Etat,
&deCatherine Potier fills
de Mr de Novion premier
President.- Jean Guillaume Frison,
Prince de Nassau Stathouder
de Fiise., sur noyé le 14<
Juillet avec le Brigadier
WiJkeSc•
Wilkes. Il. sftoit parry de
l'Armée de Flandre pour
aller travailler à l'Affaire de
la successïon du feu Prince
dOrange qu'il avoir contre
l'Electeur de Brandebourg
qui estoit venu en Hollande
pour la terminer. Il s'embarqua
pour traverser le
passage de Moerdick,&
estanc demeuré dans son
Carosseàcause de la pluyc
avec le Brigadier Wilkes
uunnccoouuppddeevveenntt qui survint*,
renversa le ponton. On ne
trouva leurs corps que queL
ques jours après.
Ce Prince eltoïc hfe
d'Henry Casimir Prince de
Nassau & Stathouder de
Frise mort le15 Mars
1686. &d'Amelie fille de
Jean Georges Prince d'Anhalt
Dessau.
Ilestoit néle 4. Aoust;
1687.&avoirépousé le 16.
Avril 1709. Marie Louise
fille de Charles Landgrave
deHesseCassel,&deMarie
Amélie fille Jacques Duc de
Curlande. Il a laisse une
Princesse née au mois de
Septembre1710. & sa
veuve enceinte.
Les Etats Généraux ont
fait un accommodement
provisionnel entre l'Electeur
de Brandebourg &les
héritiers de ce Prince,qui ne
doit prejudicier en aucune
manière aux droits des Parties
; il porte que S.A. E.
jouira par provisionde la
Maisonde la vieille Cour à
la Haye,de la Maison du
Bois,dc HonslardiCK, de
Diercn& de quelquesTerres
qui valent six mille
florins de rente à quoy on
en ajoutera vingt
- quatre
mille pour faire la somme
de cinquante mille Horins
par an ; sur lesquels on en
retiendra dix mille pour
l'entretien de ces Maisons,
8c cela outre les biens donc
il joiiic déja; que la Princes.
se veuve, en qualité de Mere
& de Tutrice de son enfant
ou enfans
3
jouira de la
Maifoii de Loo; de la fomme
de cinquante mille florins
par an ,
qui fera prise
sur les biensde la fucceisson,
&unesomme decinquante
mille florinsune fois payée;
& que six mois après laccouchcment
de cette Prin
cess elle envoyera des Plénipotentiaires
pour termu
ner les pretentions de parc
& d'autre.
1
Madame la Duchesse de
Berry estant accouchée
avant terme le u. Juillet
d'une Princesse qui mourut
en même tem ps , on porta
son corps à SaintDenisle
13.Il y fut accompagné par
Mr la DacheffedeBeauvil
lier & par Me la Marquise
de Chastillon,& il fut inhumé
par Mr l'Evêque de
Séez premier Aumônier de
Monfcigncur le Duc de
Berry.
Charles Claude
,
Sire
& Comte de Breauté, Marquis
du Hotot
,
&c.Maistre
de la Garderobbe de S. A. R,
Philippe petitfils deFrance
Duc d'Orléans, mourut le xi. Juilleten sa 46.année,
Anne Geneviève Charr
rier épousede Charles Cesar
Le scalopier Maistre des
Requestes, & Intendant du
Commerce & de la Generalité
de Châlons,mourus
le14. Juillet.; Annele Maistre,épousede
Marc Anne Goiflard Seigneur
de Montsabert, Baron
de Toureil
)
&c. Conseiller
au Parlement
s mou- *
rut le 26. Juillet. i
MichelFrançois de Bethune
Comte de Charost mourut
le z6. Juillet dans sa
sisiemeannée.Ilestoit fils
d'Armand de Bethune Duc
de Charost& de Catherine
de Lamet sa sécondé femme.
I.(¡
Jean Baptiste Jacques
Ollier Marquis de Veneuil,
Seigneur de Preau Maistre
de la. Garderobbe de feue
S. A. R. Monsieur Frere
unique du Roy, mourut le
17. Juilletâgéde50. ans. Il
estoit Gouverneur deDomfont.
Henry Charles Arnauld
Comte de Pomponne,
mourut le 2.7.Juillet âgé
de 14.ans 7. mois. Ilestoit
fils de Nicolas Simon Arnaud
Marquis de Pomponne
, Sire Baron de Ferrieres,
Chambrois
,
Auquiville
Marqnis de Paloifeau
,
&c.
BrigadierdesArmées du
Roy; Lieutenant General
& Commandant pour Sa
Majeste aux Provinces de
l'isle de France & Soissonnois
; &de Confiance de
Harville Paloiseau.
Le Pere Jean de la Roche
, Prestre de l'Oratoire
fameux Predicateur, mourut
le 18Juittec.: -
François d'Anglure de
Bourlaymont, Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris, qui avoit été nommé
à l'Evêché de Pamiers
en 1681. qui s'en éroit démis
en 1685. sans avoir esté
Sacré, & qui fut nommé à
lors Abbé de Saint Florent
de Saumur, mourut le i-f.
Juillet. Il étoit fils de Nicolas
Marquis de Bourlaymont,
Gouverneur de Sesnay.
Gaspart- Claude Noler,
Docteur en Thologic de la
Faculté de Paris & Chanoi
ne de Nostre Dame, mourut
le premier Aoust âgé de j3.ans.
Mrle Cardinal de Noailles,
a donné son Canonicat
à Mr l'Abbé Vivant, son
Grand Vicaire& Penitentier
del'EglisedeParis,ci devant
.Curé de S.Leusson meriteest
connu de tout le monde..
Alsonce de. Bonne de
Crequi Duc de Lesdiguiéres,
Paire de France,mourut
le 5. Aoust âgé de 85,
ans. Son Corps a esté ports
aux Carmelitesde S. Denis
en France, où a esté inhi*.
méeAnne du Roure sa
mere, qui mourut le 18,
Février. 1686. &qui étoit
veuve de Charles Sire de"
Grequi & de Canapies, , Mestrede Camp du Regi:
ment des Gardes;.mort de
la blessure qu'il reçueau
siege de Chamberylanuitdu14.
au IJ.May 1630.
& qui étoit second fils de
Charles Sire de Crequi Duc
de Lesdiguiéres Maréchal
de France. Celuy qui vient
de mourir avoitépousé à
l'âge de 75. ans le u Septembre
1702. Gabrielle
Victoire de Rochechoüart
fille de Louis Duc de Vivonne
Pair &Maréchal de France
,
& d'Antoinette de
Mesmes, dont il n'a point
cû d'enfans.
Marie Anne Picques
épouse , de Loüis Gabriel
Portail
j
Chevalier Seigneur
de Fresnceu ,&au paravant
veuve de François Pajoc
Seigneur de Cordon,rnourut
le 6. Aoust âgée de quarante
-
iix ans, sans laisser
de postencé de ses deux alliances.
Florcnt de Marparaulr,
Marquis du même lieu
,
mourut le 7. Août.
Nicolle Miron, veuve
de DanielJacquinot
, Seigneur des Pressoirs
,
mourut le 9. Aoustâgée de
85. ans.
Claude le Pelletier
Conseillcr d'Etat ordinaire
; President Honoraire
du Parlement, Minifstr
d'Etat, cy- devant Prevost
des Marchands
,
Contrôlleur
General des Finances,
& sur-Intendant des postes
mourut le 10. Aoust en sa
8 1. année. Il y avoit déjà
long
- temps qu'ils'étoit
retiré du Monde ; & qu'il
ne s'ocupoit qu'à des oeeuvres
de Pieté., & particulièrement
à soulager les Pauvres.
1 Monsieur de Canaples,
ancien Commandant de la
Ville de Lyon dont on vient
de parler, avoir pris le nom
-
de Lesdiguiéres) & c'est luy
qui étoit le dernier de cec-
Ite Maison. Il avoir douze
mille livres de pension de
la Ville de Lyon; comme
6
Commandant, dont il s'en
estoit reservé neuf mille
i
lors qu'il se démit de ce
Commandement en faveur
de M' de Rochebonne en
luy laissant les trois autres
mille livres. Depuislamort
de M' de Canaples la penfion
de neuf mille livres
E
qu'ils'értit reservée sur
li.
celle de douze que fait la
Ville au Commandant ; a
cfté donnée,à Monsieur le
Duc de Villeroy.
Depuis la mort de Monseigneur,
le Roy a acordé
à Madame la Dauphine, la
Nef, le Cadenas, le Bâton
de Maistre d'Hotel & la
Musique. Elle mangea pour
la premiere fois à son grand
Couvert comme Dauphine
le 8. Aoust, & elle fut servie
par Monsieur le Marquis de
Vilacerfson premier Maître
d'Hostel; & le 10. elle fut
servie aussi à son grand
Couvert par Mr de la Croix
son Maître d'Hostel. Il se
rendit à la bouche avec ses
Officiers, lava ses mains; le
Contrôlleur & le Gentilhomme
servant les lavetent
ensuite; l'Ecuyer ordinaire
de la Bouche luy presenta
une Assiettesurlaquelle il
y avoir des Mouillettes - do
pain; il en prit deux avec
lefquclles il toucha tous les
Mets les uns après les autres;
il en donna une à manger à
l'Ecuyer de la Bouche, ensuite
il prit son Baston des
mains de l'Hussier du Bu-f
reau qui l'y avoit apporté.
puis la marche commença
en cet ordre. Un Garde du
Corps du Roy ayant la
Carabine sur l'épaule; un
Huissier de Salle & un
Huissier du Bureau, Mr de
la Croix marchoit derriere
eux, ayant son Baston de
Maistre d'Hostel à la main.
Un Gentil
-
homme servant
& le Contrôlieur portant
chacun un Plat, l'Ecuyer de
la Bouche & les autres
Officiers de la Bouche en
portant aussî chacun un,
marchaient ensuite. Lors
qu'ilsfurent arrivez à la Salleoù
estoit le prest, Mr de la
Croix vit mettre tous les
Plats surlaTable, où un
Gentil-homme servant qui
étoit de Garde au prest, fit
un nouvel essai de chaque
Plat: & donna la Mouillette
dont il avoit fait l'éssai à
chacun de ceux qui avoient
porté les Plats, après quoy
Mr de la Croix les vit met--
tersurla Table par les Gentils-
hommes servants. ;
*i IIlallaen suite,ayant Tonv
Baston à la main,, avertir
Monseigneur le Dauphin;
<k Madame la Dauphine;
puis il revint à la Table ou
il attendit Monseigneur le
Dauphin. Dés qu'il parut
il mit son Chapeau & son
Baston entre les mains du
Chef de Gobelet, & presensa
à ce Prince une serviette
mouilléequiétoic
encre deux Assiettes d'or
pour se laver les mains; il
prit ensuite une autre serviette
mouilléeaussï cntre
deux Alliettes d'or qu'il
presenta de mesme à Madame
la Dauphine. Un
Gentilhomme servant presenta
une autre serviette
mouillée aussi entre deux
assiettes ,à Madame
,
qui
mangea pour la première
fois avec Madame la Dauphine
à son grand couvert
Alors Mr de la Croix
reprit son Bâton & son Chapeau
,&retourna à la bouche
precedé feulement d'un
Garde du Corps & des deux
Huissiers.L'essay du second
fcrvice ne se fit point à IfI
bouche; mais au prest où
citoit la Nef. Il se plaçaen- t
:-
suite au costédroit du Fauteuil
de Monseigneur le
Dauphinoùil restapendant
toutle repasayant toujours
son Bâton à la main; les
Genciihommes servants firentle
Service de même que
cchheezz le RRooyj.
-
Il y avoir à ce repas une
tres grande Assemblée de
Dames;il y en avoit treize
qui avoient le Tabouret
,
les autresestoient debour.
Monfcigneur le Dauphin&
Madame la Dauphine tinrent
ensuite un Cercle dé
Dames comme chez le Roy
aprèssonsoupé; Cérémonie
qui si fait pour les re'--
mercier.
dedivers endroits.
Onaappris par les Lettres
de Cadix du 10. Juillet r
que Mrl'Aigleaprès yavoir
amenépluseurs Prises
, erv
estoit party le quatre pour
allercroiser vers le Dérroit.
que le lendemain il avoit
attaquéune Fregate Hollandoise
de36. canons commandée
par le Capitaine
Jean Hopener
-, que lecombat
avoit duré plus de deux
heures, U qu'enfin cette
Fregate avoir esté coulée à
fond ;niais que Mr l'Aigle
y avoir été tué, alnllquc:
plusieurs Officiers & Soldats
de son équipage. Son Corps
a estéenterréà Malagaavec
tous les honneurs dûs à un
homme qui s'étoit distinguéen
plusieurs occasions
cependant le cours de cette
guerre.
Le 30, Juillet il parut à
la hauteur de Bayonne une
Escadre de11. Vaisseaux
de guerre Anglois revenant
de Lisbonne &: retournant
dans les Ports d'Angleterre.
Une heure aprèsquelle eut
fait voile une de nos Frégatesamena
deux Prises, dont
l'une estoit un Baftimenc-
Hollandois qui allait. à
Lisbonne chargé de Vins.
*
DesLettresde Lisbonne
du 17. Juin portent que le
Navire Nostra- Senora de
Torso, qui marquoit que
la Flotte de Pernambuco
avoitesté pris le 4. Avrilà
15. lieues du Tage par un
Vaisseau de guerre François
de l'Escadre de Mr du Casse
qui avoir mis l'équipage à
terre à rifle de Madere ;
queceNavire estoit chargé
de 450. caisses de Sucre,
de 400. rolles de Tabac,
de Cuirs, de bois de Bresit,
& de 40. mille Crufades
tant en argent monnayé
qu'en poudre d'or; que le
Vaisseau qui l'avoit pris,
selon le rapport de l'équipage
, estoit parti de Brest
avec fcpt ou huit autres
dont ilavoit estéseparé, &
qu'ildévoiealler à la Martinique.
Je n'ay pû vous parler
plutost de la mort de Don
Antonio Martin Alvarez
de Tolede & Beaumont,
Enriquez
,
de Rivera,Fernandez
)
Manrique, Duc
d'Albe, & de Huefcar
J Comte de Lerin, de Salvatierra,
&c. Marquis deCoria
, &c. Connestable &
Grand Chancellier de Navarre,
Sommellier de Corps
du Roy d'Espagne & Ton
Ambassadeur en France,
qui mourut icy le 28. May
en la 41.l'année de son âge.
Sa maladie a esté des j^lus
longues, &: elle ne luy a
jamaisservy de raison ny de
pretexte pour le dispenser
d'aucuns de ses devoirs, &
ce grand Ministre a toûjours
s-ofuotuernenuud'du'nueneen£ra5ie force
e le poids d'une Ambassade
aussi importante & aussï
laborieuse. Il y a succombé
à la fin, & la mort de
MonCeigneur a achevé de
l'accabler; l'interetvif&
fîneere qu'il y prenoit le fie
paroistreencore plus sensible
à cette perte qu'il ne
l'avoit paru à celle de Mr
le Connestable de Navarre
fonftls unique qui donnait
déjà de si grandes esperances,&
qu'il perdit nlalhcu..
reusement à sa 19eannée.
Comme toute la vie de
Mr le Duc d'Albe avoi-c
esté une préparation à la
mort on n'eut pas de peine
à l'y disposer. Sa résignationavoitesté
plus prompte
que le premier avis qu'oq
eut pû luy en donner. Quelques
heures avant sa mort
il fit prier un de nos, plu£
grands Ministres de vouloir
bienluy rendre encore une
visite,&de venir recevoir
ses derniers adieux. Cet
entretien fut touchant de
part & d'autre; lemourant
parla assezlong
-
temps de
choses importantes avec le
mêmeesprit,lamême force
& la même grandeur d'ame
quil avoit fait dans sa meilleure
santé. Enfinilsouhaita
de recevoir la Benediction
deMr le Cardinal de Noailles
Archevêquede Paris.
Son Eminence s'y transporta
sur l'heure.
Madame la Duchesse
d'Albe n'a pû avoir dans
une douleur aussi accablante
que Dieu pour consolation.
Elle se retira sur l'heureau
Valde Grace. Elle se
tient toujours dans cette
retraite si conforme à sa
situation. Elle a esté le modelle
des femmes mariées ;
elle l'est des veuves de son
rang.
LeRoyd'Espagne luy a
fait l'honneur de luy écrire
de sa main en langue EfpJ.¿
gnole la Lettre du monde
la plus consolante, La Reine
luyaécrit de même. S. NL
C.a joint aux honneurs
qu'elle a fait à cccccittuftre
veuve des liberalitez qui
honorent en elle lamémoire
du deffunt. Elle ;cil de la
grande Maison de Poncé de
Leon
,
fille de l'illustre Me
la Duchesse d'Aveiro
,
&
soeur de Mr le Duc d'Arcos
& de Mr le Duc de Banos
tous deux Granded'Espagne.
Mr le Duc d'Albe qui
n'arienoubliéen mouranc
a laissé par un écrit de sa
main le foin & la conduite
des Affaires d'Espagne en
France: à Mr Don Feliz-
Corncjo son Secrétaire
d'Ambassade. S. M. C. a
confirmé ce choix dans l'interim
jusqu'àce qu'il vienne
icy de sa part un nouvel
Ambassadeur. Le Portrait
en vers de Mr le Ducd'Albeestdansla
partie des Picces
Fugitives de ce moiscy.
Charlotte Armande d'Argouges
de Rannes épouse
de Guillaume Alexandre ,
Marquis de Vieuxpont
Lieutenant General des ar*.
mées du Roy
<
& Couverneur
de la Ville de Beauvais
& du Beauvoisis, mourut
le 28. Juin âgée de 36,.
ans. Elle estoit fille unique
de Nicolas d'Argouges
Marquis de Rannes, Lieutenant
General des Armées
du Roy, Colonel General
des Dragons
, & de Charlotte
de Beautru - Nogentqui
épousaen seconde nôces.
Jean
-
Baptisse Armand de
Rohan Prince de Montauban
,dont elle est veuve.
Mre N.Chabert Chevalier
de Saint Louis
)
Chef
d'Escadre des Armées Na-,
vales du Roy,fils du grand-
ChJbert)est mort à Toulon.
Ilavoit donné dans
toutes les occasions des
preuves de son courage &
de sa capacité. Il avoit ramené
du Sud une Flore d'argent
des plus riches qui
soient jamais venuës de
ces Mers. Il arriva heureusement
à Rochefort sur lafin
du mois de Mars de*
l'année 1709.aprés avoir
évité par son habileté quatre
Escadres des ennelllisr.
quil'attendoient sur sarouteen
quatre endroits differens.
Le Vaisseau du Roy
le Trident qu'il Commandoit
estle premier Vaisseau
de guerre qu'on ait vû à la
Rade de Lima depuis la découverte
de ce Continent
Marie Louis Chevalier,
Marquis de Sourdeilles,
Baron deFeissac, &c. Lieutenantde
Roy au Gouvernement
de Limosin & de
la Marche, est mort dans
son Chasteau de la Ganne
âgé de 44.ans. Ilaesté fort
regretté,&particulièrement
des Pauvres.
Il avoit épousé Marie fille
de Robert Marquis de Lignerac
Comte de Saint Chaînant
d'une des plusillustres
&de plus anciennes maisons
d'Auvergne.
Sa mere estoit de celle
des Vicomtes de Sedicre
A alliée à celles de Noailles9»
de Gimel, &c. & sa grande
mere estoit de celle d'Aubusson
la Feüillade.
Mr le Marquis de Sourdeilles
avoir d'abord pris le
party des Armes;mais la'
mort de son pere dont il
estoit filsunique, l'obligea
de quitter le Service. b
Catherine de Robeyre
3 épouse dYvesMarie dela
Bourdonnaye Seigneur de
Cotoyon
,
Maistre des Requestes
& Intendant à 0r.
leans,mourut aux eaux de
Bour bon le 24. Juin âgée
de 44. ans laissant posterité
Elle estoit fille de Mr de
Ribeyre Conseilier d'Etat,
&deCatherine Potier fills
de Mr de Novion premier
President.- Jean Guillaume Frison,
Prince de Nassau Stathouder
de Fiise., sur noyé le 14<
Juillet avec le Brigadier
WiJkeSc•
Wilkes. Il. sftoit parry de
l'Armée de Flandre pour
aller travailler à l'Affaire de
la successïon du feu Prince
dOrange qu'il avoir contre
l'Electeur de Brandebourg
qui estoit venu en Hollande
pour la terminer. Il s'embarqua
pour traverser le
passage de Moerdick,&
estanc demeuré dans son
Carosseàcause de la pluyc
avec le Brigadier Wilkes
uunnccoouuppddeevveenntt qui survint*,
renversa le ponton. On ne
trouva leurs corps que queL
ques jours après.
Ce Prince eltoïc hfe
d'Henry Casimir Prince de
Nassau & Stathouder de
Frise mort le15 Mars
1686. &d'Amelie fille de
Jean Georges Prince d'Anhalt
Dessau.
Ilestoit néle 4. Aoust;
1687.&avoirépousé le 16.
Avril 1709. Marie Louise
fille de Charles Landgrave
deHesseCassel,&deMarie
Amélie fille Jacques Duc de
Curlande. Il a laisse une
Princesse née au mois de
Septembre1710. & sa
veuve enceinte.
Les Etats Généraux ont
fait un accommodement
provisionnel entre l'Electeur
de Brandebourg &les
héritiers de ce Prince,qui ne
doit prejudicier en aucune
manière aux droits des Parties
; il porte que S.A. E.
jouira par provisionde la
Maisonde la vieille Cour à
la Haye,de la Maison du
Bois,dc HonslardiCK, de
Diercn& de quelquesTerres
qui valent six mille
florins de rente à quoy on
en ajoutera vingt
- quatre
mille pour faire la somme
de cinquante mille Horins
par an ; sur lesquels on en
retiendra dix mille pour
l'entretien de ces Maisons,
8c cela outre les biens donc
il joiiic déja; que la Princes.
se veuve, en qualité de Mere
& de Tutrice de son enfant
ou enfans
3
jouira de la
Maifoii de Loo; de la fomme
de cinquante mille florins
par an ,
qui fera prise
sur les biensde la fucceisson,
&unesomme decinquante
mille florinsune fois payée;
& que six mois après laccouchcment
de cette Prin
cess elle envoyera des Plénipotentiaires
pour termu
ner les pretentions de parc
& d'autre.
1
Madame la Duchesse de
Berry estant accouchée
avant terme le u. Juillet
d'une Princesse qui mourut
en même tem ps , on porta
son corps à SaintDenisle
13.Il y fut accompagné par
Mr la DacheffedeBeauvil
lier & par Me la Marquise
de Chastillon,& il fut inhumé
par Mr l'Evêque de
Séez premier Aumônier de
Monfcigncur le Duc de
Berry.
Charles Claude
,
Sire
& Comte de Breauté, Marquis
du Hotot
,
&c.Maistre
de la Garderobbe de S. A. R,
Philippe petitfils deFrance
Duc d'Orléans, mourut le xi. Juilleten sa 46.année,
Anne Geneviève Charr
rier épousede Charles Cesar
Le scalopier Maistre des
Requestes, & Intendant du
Commerce & de la Generalité
de Châlons,mourus
le14. Juillet.; Annele Maistre,épousede
Marc Anne Goiflard Seigneur
de Montsabert, Baron
de Toureil
)
&c. Conseiller
au Parlement
s mou- *
rut le 26. Juillet. i
MichelFrançois de Bethune
Comte de Charost mourut
le z6. Juillet dans sa
sisiemeannée.Ilestoit fils
d'Armand de Bethune Duc
de Charost& de Catherine
de Lamet sa sécondé femme.
I.(¡
Jean Baptiste Jacques
Ollier Marquis de Veneuil,
Seigneur de Preau Maistre
de la. Garderobbe de feue
S. A. R. Monsieur Frere
unique du Roy, mourut le
17. Juilletâgéde50. ans. Il
estoit Gouverneur deDomfont.
Henry Charles Arnauld
Comte de Pomponne,
mourut le 2.7.Juillet âgé
de 14.ans 7. mois. Ilestoit
fils de Nicolas Simon Arnaud
Marquis de Pomponne
, Sire Baron de Ferrieres,
Chambrois
,
Auquiville
Marqnis de Paloifeau
,
&c.
BrigadierdesArmées du
Roy; Lieutenant General
& Commandant pour Sa
Majeste aux Provinces de
l'isle de France & Soissonnois
; &de Confiance de
Harville Paloiseau.
Le Pere Jean de la Roche
, Prestre de l'Oratoire
fameux Predicateur, mourut
le 18Juittec.: -
François d'Anglure de
Bourlaymont, Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris, qui avoit été nommé
à l'Evêché de Pamiers
en 1681. qui s'en éroit démis
en 1685. sans avoir esté
Sacré, & qui fut nommé à
lors Abbé de Saint Florent
de Saumur, mourut le i-f.
Juillet. Il étoit fils de Nicolas
Marquis de Bourlaymont,
Gouverneur de Sesnay.
Gaspart- Claude Noler,
Docteur en Thologic de la
Faculté de Paris & Chanoi
ne de Nostre Dame, mourut
le premier Aoust âgé de j3.ans.
Mrle Cardinal de Noailles,
a donné son Canonicat
à Mr l'Abbé Vivant, son
Grand Vicaire& Penitentier
del'EglisedeParis,ci devant
.Curé de S.Leusson meriteest
connu de tout le monde..
Alsonce de. Bonne de
Crequi Duc de Lesdiguiéres,
Paire de France,mourut
le 5. Aoust âgé de 85,
ans. Son Corps a esté ports
aux Carmelitesde S. Denis
en France, où a esté inhi*.
méeAnne du Roure sa
mere, qui mourut le 18,
Février. 1686. &qui étoit
veuve de Charles Sire de"
Grequi & de Canapies, , Mestrede Camp du Regi:
ment des Gardes;.mort de
la blessure qu'il reçueau
siege de Chamberylanuitdu14.
au IJ.May 1630.
& qui étoit second fils de
Charles Sire de Crequi Duc
de Lesdiguiéres Maréchal
de France. Celuy qui vient
de mourir avoitépousé à
l'âge de 75. ans le u Septembre
1702. Gabrielle
Victoire de Rochechoüart
fille de Louis Duc de Vivonne
Pair &Maréchal de France
,
& d'Antoinette de
Mesmes, dont il n'a point
cû d'enfans.
Marie Anne Picques
épouse , de Loüis Gabriel
Portail
j
Chevalier Seigneur
de Fresnceu ,&au paravant
veuve de François Pajoc
Seigneur de Cordon,rnourut
le 6. Aoust âgée de quarante
-
iix ans, sans laisser
de postencé de ses deux alliances.
Florcnt de Marparaulr,
Marquis du même lieu
,
mourut le 7. Août.
Nicolle Miron, veuve
de DanielJacquinot
, Seigneur des Pressoirs
,
mourut le 9. Aoustâgée de
85. ans.
Claude le Pelletier
Conseillcr d'Etat ordinaire
; President Honoraire
du Parlement, Minifstr
d'Etat, cy- devant Prevost
des Marchands
,
Contrôlleur
General des Finances,
& sur-Intendant des postes
mourut le 10. Aoust en sa
8 1. année. Il y avoit déjà
long
- temps qu'ils'étoit
retiré du Monde ; & qu'il
ne s'ocupoit qu'à des oeeuvres
de Pieté., & particulièrement
à soulager les Pauvres.
1 Monsieur de Canaples,
ancien Commandant de la
Ville de Lyon dont on vient
de parler, avoir pris le nom
-
de Lesdiguiéres) & c'est luy
qui étoit le dernier de cec-
Ite Maison. Il avoir douze
mille livres de pension de
la Ville de Lyon; comme
6
Commandant, dont il s'en
estoit reservé neuf mille
i
lors qu'il se démit de ce
Commandement en faveur
de M' de Rochebonne en
luy laissant les trois autres
mille livres. Depuislamort
de M' de Canaples la penfion
de neuf mille livres
E
qu'ils'értit reservée sur
li.
celle de douze que fait la
Ville au Commandant ; a
cfté donnée,à Monsieur le
Duc de Villeroy.
Depuis la mort de Monseigneur,
le Roy a acordé
à Madame la Dauphine, la
Nef, le Cadenas, le Bâton
de Maistre d'Hotel & la
Musique. Elle mangea pour
la premiere fois à son grand
Couvert comme Dauphine
le 8. Aoust, & elle fut servie
par Monsieur le Marquis de
Vilacerfson premier Maître
d'Hostel; & le 10. elle fut
servie aussi à son grand
Couvert par Mr de la Croix
son Maître d'Hostel. Il se
rendit à la bouche avec ses
Officiers, lava ses mains; le
Contrôlleur & le Gentilhomme
servant les lavetent
ensuite; l'Ecuyer ordinaire
de la Bouche luy presenta
une Assiettesurlaquelle il
y avoir des Mouillettes - do
pain; il en prit deux avec
lefquclles il toucha tous les
Mets les uns après les autres;
il en donna une à manger à
l'Ecuyer de la Bouche, ensuite
il prit son Baston des
mains de l'Hussier du Bu-f
reau qui l'y avoit apporté.
puis la marche commença
en cet ordre. Un Garde du
Corps du Roy ayant la
Carabine sur l'épaule; un
Huissier de Salle & un
Huissier du Bureau, Mr de
la Croix marchoit derriere
eux, ayant son Baston de
Maistre d'Hostel à la main.
Un Gentil
-
homme servant
& le Contrôlieur portant
chacun un Plat, l'Ecuyer de
la Bouche & les autres
Officiers de la Bouche en
portant aussî chacun un,
marchaient ensuite. Lors
qu'ilsfurent arrivez à la Salleoù
estoit le prest, Mr de la
Croix vit mettre tous les
Plats surlaTable, où un
Gentil-homme servant qui
étoit de Garde au prest, fit
un nouvel essai de chaque
Plat: & donna la Mouillette
dont il avoit fait l'éssai à
chacun de ceux qui avoient
porté les Plats, après quoy
Mr de la Croix les vit met--
tersurla Table par les Gentils-
hommes servants. ;
*i IIlallaen suite,ayant Tonv
Baston à la main,, avertir
Monseigneur le Dauphin;
<k Madame la Dauphine;
puis il revint à la Table ou
il attendit Monseigneur le
Dauphin. Dés qu'il parut
il mit son Chapeau & son
Baston entre les mains du
Chef de Gobelet, & presensa
à ce Prince une serviette
mouilléequiétoic
encre deux Assiettes d'or
pour se laver les mains; il
prit ensuite une autre serviette
mouilléeaussï cntre
deux Alliettes d'or qu'il
presenta de mesme à Madame
la Dauphine. Un
Gentilhomme servant presenta
une autre serviette
mouillée aussi entre deux
assiettes ,à Madame
,
qui
mangea pour la première
fois avec Madame la Dauphine
à son grand couvert
Alors Mr de la Croix
reprit son Bâton & son Chapeau
,&retourna à la bouche
precedé feulement d'un
Garde du Corps & des deux
Huissiers.L'essay du second
fcrvice ne se fit point à IfI
bouche; mais au prest où
citoit la Nef. Il se plaçaen- t
:-
suite au costédroit du Fauteuil
de Monseigneur le
Dauphinoùil restapendant
toutle repasayant toujours
son Bâton à la main; les
Genciihommes servants firentle
Service de même que
cchheezz le RRooyj.
-
Il y avoir à ce repas une
tres grande Assemblée de
Dames;il y en avoit treize
qui avoient le Tabouret
,
les autresestoient debour.
Monfcigneur le Dauphin&
Madame la Dauphine tinrent
ensuite un Cercle dé
Dames comme chez le Roy
aprèssonsoupé; Cérémonie
qui si fait pour les re'--
mercier.
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Résumé : NOUVELLES de divers endroits.
Le texte relate divers événements militaires et décès notables. Le navire français 'L'Aigle' a coulé une frégate hollandaise après un combat de plus de deux heures, mais son capitaine a été tué. Le 30 juillet, une escadre anglaise de 11 vaisseaux a été aperçue près de Bayonne. Un navire français a capturé un bateau hollandais chargé de vins près de Lisbonne. Plusieurs personnalités ont également péri, dont le duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne en France, décédé à l'âge de 41 ans après une longue maladie. Sa veuve s'est retirée au couvent du Val-de-Grâce. Le marquis de Vieuxpont, lieutenant général des armées du roi, est mort à l'âge de 36 ans. Le chevalier de Chabert, chef d'escadre, est décédé à Toulon après avoir ramené une riche cargaison d'argent. Le marquis de Sourdeilles, lieutenant du roi en Limousin, est mort à l'âge de 44 ans. Parmi les autres décès notables, on compte le prince de Nassau, stathouder de Frise, noyé avec le brigadier Wilkes. La duchesse de Berry a accouché prématurément d'une princesse qui est décédée peu après. Le texte mentionne également des événements et des transferts de responsabilités au sein de la cour. Un commandant avait réservé neuf mille livres, laissant trois mille livres à M. de Rochebonne après sa démission. Suite au décès de M. de Canaples, la pension de neuf mille livres a été transmise au Duc de Villeroy. Après la mort de Monseigneur, le roi a accordé à Madame la Dauphine divers privilèges, dont la Nef, le Cadenas, le Bâton de Maître d'Hôtel et la Musique. Elle a participé pour la première fois à un grand couvert le 8 août, servie par le Marquis de Vilacerf, et le 10 août par M. de la Croix, son Maître d'Hôtel. Ce dernier a suivi un protocole précis, incluant la présentation des mets et l'utilisation de mouillettes. Lors du repas, une grande assemblée de dames était présente, avec treize d'entre elles ayant le privilège du tabouret. Après le souper, Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine ont tenu un cercle de dames pour remercier les invités.
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37
s. p.
MORT DE MONSEIGNEUR le Dauphin & de Madame la Dauphine.
Début :
Ils ne sont plus ; le Dauphin n'a pû survivre à son Epouse ; [...]
Mots clefs :
Dauphin, Dauphine, Mort, Deuil
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texteReconnaissance textuelle : MORT DE MONSEIGNEUR le Dauphin & de Madame la Dauphine.
MORT DE MONSEIGNEUR
le Dauphin & de Madame
la Dauphine.
Ls ne font plus ;
le Dauphin n'a
pû furvivreàfon
Epouſe ; il n'a pû fupporter fa perte , coma ij
MORT
ment pourrons - nous
fupporter la noftre. Toute la France eft muette
& confternée fi fa douleur ne va pas juſqu'au
defefpoir. Quelle ref
fource de confolation
faut- il qu'elle ait trouvée
dans fon Roy? Cette image de fes vertus nous eſt
donc enlevée ; que d'affictions depuis un tems.
Nous nous fommes atti
ré des coups fi terribles :
mais le Ciel a épuisé fur
de Monfeigneur , &c.
nous toute la cólere. Quy
fans doute , fa main s'eft
laffée à force de nous
chaſtier ; elle va ſe repofer pour long- temps.
Madame la Dauphine
Marie Adelaide de Savoye,
mourut à Verfailles le 12.
de ce mois en fa vingtfixiéme année.
Monseigneur le Dauphin , Louis de France ,
mourut à Marly le 18. en
la trentiéme année de fon
âge , eftant né le 6. Aouft
1682.
le Dauphin & de Madame
la Dauphine.
Ls ne font plus ;
le Dauphin n'a
pû furvivreàfon
Epouſe ; il n'a pû fupporter fa perte , coma ij
MORT
ment pourrons - nous
fupporter la noftre. Toute la France eft muette
& confternée fi fa douleur ne va pas juſqu'au
defefpoir. Quelle ref
fource de confolation
faut- il qu'elle ait trouvée
dans fon Roy? Cette image de fes vertus nous eſt
donc enlevée ; que d'affictions depuis un tems.
Nous nous fommes atti
ré des coups fi terribles :
mais le Ciel a épuisé fur
de Monfeigneur , &c.
nous toute la cólere. Quy
fans doute , fa main s'eft
laffée à force de nous
chaſtier ; elle va ſe repofer pour long- temps.
Madame la Dauphine
Marie Adelaide de Savoye,
mourut à Verfailles le 12.
de ce mois en fa vingtfixiéme année.
Monseigneur le Dauphin , Louis de France ,
mourut à Marly le 18. en
la trentiéme année de fon
âge , eftant né le 6. Aouft
1682.
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Résumé : MORT DE MONSEIGNEUR le Dauphin & de Madame la Dauphine.
Le Dauphin Louis de France, né le 6 août 1662, et son épouse Marie Adelaide de Savoie sont décédés respectivement le 18 et le 12 avril, à l'âge de 30 et 26 ans. La France est plongée dans la douleur. Le roi exprime sa consolation et mentionne les récentes afflictions et la colère divine.
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38
s. p.
MEMOIRES sur ces deux morts.
Début :
Le Vendredy 12. Février 1712. Marie-Adelaïde de Savoye, Epouse de [...]
Mots clefs :
Dauphin, Dauphine, Gardes, Princesse, Duc d'Orléans, Corps du prince, Carrosse, Choeur, Saint-Denis, Évêque de Senlis, Mort, Duchesse, Armes, Lit de parade, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRES sur ces deux morts.
MEMOIRES
fur ces deux morts.
LeVendredy 12. Février
1712. Marie-Adelaïde da
Savoye , Epoufe de Monfeigneur Louis , Dauphin
de France , mourut aprés
avoir receu fes Sacrements
le jour précedent avec une
parfaite refignation auxvolontez de Dieu & de grands
fentiments de pieté. Sitoft
qu'elle fut décédée ce mefme jour 12. Février à huit
heures & demie du foir , le
Roy fe retira à Marly où
de Mon(Eignearlyfetc
f'on tranfporta Monfeis
gneur le Dauphin malade
le Samedy 13. Février à
fept heures du matin. La
mort d'une Epoufe quiluy
eftoitfi chere rendit la ma
ladie mortelle ; il expira le
Jeudy 18. du mefme mois.
Parlons d'abord de ce
qui fe paffa au premier de
ces deux funeftes évenements. Ce ne furent que
cris & que larmes dans
tout le Chasteau de Verfailles. On peigna la Prin
ceffe , onla coëffa en linger
uni avec des rubans noirs
MORTA
& blancs , & en cet eftat
elle fut exposée au public
tout le Samedyfuivant.
Le Samedy 13. au ſoir
fort tard , elle fut enfevelie
& mife dans fon cercuel
par Madame la Ducheffe
du Lude , & Madame la
Marquile de Mailly , cellelà tenant la tefte , celle- cy
les pieds.
Elle refta tout le Dimanche fur fon lit dans fon
cercueil fans aucun appareil que fix cierges , parce
qu'on préparoit dans la
chambre d'auprés fon lit
de Monfeigneur, & c.
de parade où elle fut mife
le Lundy 15. & exposée au
public.
1
Le Jeudy 18. Monfei
gneur le Dauphin n'ayant
fait paroiftre d'autre in
quietude pendant toute la
nuit précedente que celle
de parvenir aumoment au
quelil pourroit entendre la
Meffe & recevoir le Saint
Sacrement, fon inquietude
ceffa quandil eut fatisfait à
ces deux devoirs , il mou
rut ( aprés avoir recom
mandéfon ameà Dieu , &
l'avoir ptié de conſerver
MORTAS
long temps la perfonne fa
crée du Roy , pour l'intel
reft de les peuples, ) à huit
heures & demie du matin.
Le Roy fe retira dans le
penultiéme Pavillon de
Marly à gauche , & dés que
Monfeigneur le Dauphin
pur eftre enseveli , on l'ap.
porta à Versailles , & on le
mit dans le mefme lit de
parade avec Madame la
Dauphine. Les deux grilles
de Versailles eftoient ten
dues de noir fans écuffons.
Toutes les arcades du ve
fabule , le grand efcalier ,
de Monfeigneur, &c.
la premiere Salle des Gar
des & tout l'appartement
de Madame la Dauphine
eftoient tendus jufqu'au
plafond : deux bandes d'E
cuffons regnoient depuis
les dehors de la Cour juf
ques à la Chambre où le
Prince & la Princeffe ef
toient expoſez.h mung
Un concours infini de
peuple , vint pendant tout
le temps que les corps du
Prince & de la Princeffe
furent expoſez , & paffoit
au travers du Salon , par
la Galerie , jufques à une
MORT
barriere qu'on avoit faite
pour ne donner paffago
que par l'autre Salle des
Gardes , & cela dura juf
qu'au Mardyà midy , qua
tre Pores de la Miffion
quatre Peres Feuillants , &
quatre Peres Recollets ,
avoient veillé jour & nuit
autour du lit de parade ,
& fur les cinq heures du
foir du Mardy 23. Mon
feigneur le Duc d'Orleans
qui avoit efté Mercredyi
17.. donner l'eaubenifte au
Corps de Madame la Dauphine , deyant conduire la
pompe
de Monfeigneur , &c.
"
pompe funebre , vint en
donner avant la levée des
corps du Prince & de la
Princeffe. Meffeigneurs les
Evefques ayant auffi donné
de l'eau benite fur lescorps
du Prince & de la Princeffe , Monfeigneur l'Evef
que de Senlis, accompagné
de Meffeigneurs les Evel
ques de Montauban , de
Tournay , & d'Autun , des
Aumofniers du Curé de
la Paroiffe de Versailles en
furplis & en étole , ayant
entonné Exultabunt , plufieurs Peres de la Miffion ,
Février 1712 .
A
MORTb
commencerent à chanter
le Miferere. Monseigneur
le Duc d'Orleans , Monfieur le Marquis de Dangeau , Chevalier d'Honneur , Monfieur
le Maréchal de Teffé , premier
Ecuyer, les Dames d'Honneur , & les Dames du
Palais qui estoient dans
la Chambreoù la Princeffe
s'avancerent eftoit morte ,
dans celle du lit de parade :
fçavoir , Madame la Ducheffe du Lude , & Madame la Comteffe de Mailly ,
Dames d'Honneur, les Da-
de Monfeigneur , &c.
mes du Palais , Meldames
Ja Marquifel de Dangeau,
deRoucyde Nogaret,d'O,
de Mongon , de Levy, d'Eftrées , ayant à leur tefte
Madame la Grande Ducheffe , Madame la Prin
ceffe de Conty , Madame
la Ducheffe de Vendofme,
&Mademoiſelle de la Roche-fur-Yon. Toutes cés
Dames fuivoient les corps
du Prince & de la Princeffé, portez par dix Gardes
-dusCorps à chaque cercueil , & deux à chaque
quaiffe , où eftoient renA ij
MORT
fermées les entrailles ; lorf
qu'ils furent fur l'escalier ,
la Mufique entonna un De
profundis en faux bourdon ,
qui dura à peu prés le
temps que les deux cercueils & les deux quaiffes
furent pofez dans le Char
funebre , les Gardes Françoifes & Suiffes eftoient
fous les armes alors on
commença à défiler en cet
ordre. Premierement:
Cent Pauvres habillez
d'une cape grife & claire ,
pliffée , qui leur deſcendoit
jufqu'aux pieds , avec un
de Monfeigneur , &c.
cocluchon & une ceintures
ayant chacun un flambeau
ala main. Une Compagnie
des Gardes du Corps; cent
Vingt Moufquetaires , foixante de chaque Compa
gnie , fuivis de celles des
Gendarmes & ChevauxLegers , aprés lefquels fuivoient lesCaroffes de deuil,
de Meffieurs les Officiers ,
de Monfeigneur le Duc
d'Orleans , ceux de Monfeigneur le Dauphin, & de
Madame la Dauphine , fuivis de leurs Valets de pied ;
tous ces Caroffes eftoient à
huit chevaux. A iij.
MORTAM
Premier Caroffe de Madame la Dauphine.
S. A. S. Madame la Du
cheffe Pa
Madame la Ducheſſe du
Lude, Dame d'Honneur.
Madame la Ducheffe d'Harcour.
Madame la Ducheffe de
Duras.
Madame la Marquife de
Rouffy, Damedu Palais.
Madame la Marquise de
Mailly , Dame du Palais.
Madame la Marquife de
Laigle , Dame d'Honneur de
Madame la Ducheſſe.
de Monfeigneur, &c.
Second Caroffe.me
S. A. S. Madame la Ducheffe de Vendofme.
Madame la Ducheffe d'E
firées.od
Madame la Princeffe de
Chimay.
Madame de Nogaret.
Madame de Moufereaut.
Madame la Marquife de
Braffac, Dame d'Honneur de
Madame de Vendofme.
Troifiéme Caroffe.
S. A. S. Mademoiſelle de
Conti.
Madame la Duchesse de
Sully
N
A iiij
MORT
Madame la Duchesse de
la Ferté.
Madame la Marquise de
Nangy.
Madame la Marquife de
la Vrilliere
Madame la Marquife da
Liftenay.
Quatriéme Carolfe.
S.AS. Mademoiſelle de la
Rochefur Yon.
Madamela Comtesse d'Egmont.
Madame la Princesse de
Talmont.
Madame de Clermont
Madame la Marquise de
Polignac.
de Monfeigneur, &c.
Madame la Marquife de
la Vrilliere.
Madame la Marquife de
Chambouard.
Cinquiéme Caroffe.
Madame la Grand-Duchefse feule dans le fond avec
Madamela Comteffe de Mail
ly.
Et enfuite fuivirent les Pages de Monfeigneur le
Dauphin &de Madame la
Dauphine. Le Garoffe en
fuite de Monſeigneur le
Ducd'Orleans , où il eftoit
feul dans le fond avec
Monfienr le Marquis de
MORT
la Fare fon premier Capitaine des Gardes , &Mon.
fieur le Comte d'Estampes
fecond Capitaine des Gardes. Dans les autres Caroffes de fa fuite , eftoient
Meffieurs d'Armentieres ,
de Simiane , de Marivat.
Tousces équipages & corteges furent fuivis des Pa
du Roy avec les livrées
du Roy fans deüil , ayant
tous unflambeauà la main,
auffi bien que Meffieurs les
Moufquetaires , Gendarál
Chevaux Legers
ges
mes
qui tous avoient leur ha
de Monseigneur, &c.
bit d'ordonnance, à la tefte
de ce défilé , les caroffes
dans lefquels eftoient Mr
l'Evefque de Senlis , premier Aumofnier de Mada
me la Dauphine , Mr l'Evefque de Tournay , Mr.
l'Evefque de faint Omer ,
Mr. l'Evefque de Montau
ban, & Mrl'Evefque d'Au
tun , au milieu Mr le Curé
de Verfailles en Eftole d'un
cofté , le Pere de la Ruë de
le Pere Martineau, celuy
là Confeffeur de Madame
la Dauphine , celui- cy de
Monfeigneur le Dauphing
MORT
de l'autre cofté: enfuite parurent les quatre Heraults
d'armes avec le Roy d'ar
mes à leur tefte. Le Char
eftoit accompagné de qua
tre Aumofniers en rochet ,
manteau & bonnet carré,
tous quatre à cheval , te
nants chacun un des quatre coins dupoële , ce Char
eftoit attelé de huit cheyaux caparaçonnez. Les
Recollets de Verſailles accompagnerent le convoy
juſqu'à l'avenuë. Il entra
dans Paris à deux heures &
demie aprés minuit, toute
de Monfeigneur, & c.
la rue faint Honoré, où les
Feuillants , les Capucins ,
les Quinze - vingts , faint
Honoré, firent leurs Prieres avec chacun leur Clergé, ayant leurs Croix &
leurs chandeliers , fe prefenterent au paffage pour
chanter un De profundis.
Sitoft qu'on apperceut de
faint Denys les premiers
flambeaux, l'on fonna un
bourdon durant un quart
d'heure pour fignal à toutes les Eglifes de faint Denys , Collegiales , Paroil
fest & Communautez
MORTASÍ
,
d'hommes pour ſe préparer à aller au devant avec
les Religieux de faint De
nys. Tout le Clergé des
autres Eglifes s'eftant rendu dans celle de l'Abbaye ,
on fonna une ſeconde fois
un bourdon feul , pour fe
préparer àpartir. On avoit
commenceà dire des baffes
Meffes dés quatre heures
du matin , dans les Chapelles du Chevet , Chever
c'eft la partie haute de l'Eglife de faint Denys , derriere le chœur , & le lieu
oùferont expoſez pendant
de Monseigneur , &c.
quarante jours les corps du
Prince & de la Princeffe ,
tout le cortege paroiffoir
s'approcher le Clergé de
faint Denys , ayant les Religieux à leur tefte , en formerent un confiderable ,
& allerent au devant du
convoy juſques à la porte
de Paris , qui cftoit tendue avec deux rangées d'Ecuffons , auffi bien que la
premiere porte d'entrée
fur le parvis. Le Convoy
ayant joint , ils entonnerent le Libera Tout défila
furla place oùeftoient plu-
SM ORTA A
Leurs Compagnies des
Gardes Françoiles & Suif
fes ,fous les armes , les pauvres entrerent dans l'Eglife avec leurs flambeaux.
Monfieur de Dreux ; &
Monfieur Defgranges , fi
rent difpofer les fieges &
les carreaux dans le Chœur.
pour les Dames.
Monseigneur le Duc
d'Orleans , Monfieur le
Marquis de Dangeau , &
Monfieur le Maréchal de
Teffé , s'allerent placerd'abord au Choeur ; enfin le
Clergé & les Religieux
eftant
de Monfeigneur, &c.
eftant entrés, le Char eftant
arrivé devant la porte de
l'Eglife , Mr. l'Evefque de
Senlis emchape & en mitre, le Prieur de Saint Denis
enchape , accompagné de
deux Religieux en Dalmatiques , attendirent que les
deux cercueils fuffent apportés fur deux tables l'un
auprés de l'autre , placés
au milieu , fous la plateformeàl'entrée pour com
mencer leurs Harangues.
Ces deux harangues finies , Madame la grande
Ducheffe eftant revenue
Février 1712.
B
MaO RUTAsh
du Chœur au lieu où elles
fe firent pour reprefenter
auprés de Madame la Dauphine, on avoit mis fur les
cercueils de plomb enfermez dans un cercueil de
bois de chefne , & couvert
d'un velours croisé d'une
moire d'argent , à travers
lequel paffoient trois an
neaux de chaque cofté ,
un poëlle noir avec une
Croix herminée , tout le
poëfle bordé d'hermine de
la hauteur de dix pouces ,
& par deffus ce poëlle une
autre de drap d'or avec les
de Monfeigneur, c.
Ecuffons brodez de Mon
feigneur le Dauphin , auf
quels eftoient jointes les
Armes de Madamela Dau
phine fans brifures , n'y
ayant que celles deSavoye
qui font de gueules à und
Croixd'argent, ainfi qu'el
les paroiffoient alternativement dans les Ecus de
velours , chargez d'Ecuffons qui regnoient autour
du Chœur jufqu'à l'Autel,
celles de Monfeigneur le
Dauphin feuls , alternati
A
vement jointes à celles de
Madame la Dauphine. En
Bij
MAORT..
07
fuite on avança' dans le
Chœur, les Gardesducorps
eurent ordre du Maiftre
des ceremonies , de prendre le corps de Madame la
Dauphine le premier, pour
le porter fur une eftrade de
trois degrez qui eftoit dans
le Choeur, & celuy de Monfeigneur le Dauphin , lef
quels eftant placez fur deux
tables , le poëfle de drap
d'or feulement eſtendu
deffus , cinq douzaines de
cierges autour , furmonté
d'un dais en l'air . le Mifer
rere achevé , on chanta le
.
de Monfeigneur,&C.
Subvenite , Kyrie eleifon , Pa
ter nofter , pendant quoy
Mr l'Evefque de Senlis jetta l'eau benifte autour, en
cenfa, & le Pere Prieur enfuite, & Mrde Senlis ayant
fini l'Abfolution , ce qui
conduifit jufqu'à fept heu
res trois quarts ; on s'alla
repofer une demi - heure
aprés laquelle Mr de Senlis vint commencer la
grand Meffe qui dura juſ
ques à neuf heures trois
1quarts.
MORTV
Les cœurs de Monfeigneur.le Dauphin , & de
Madamela Dauphine , fu
rent portez au Val de Gras
ce le Vendredy au foir. Ils
yarriverent à minuit.de
En attendant un détail
de cette ceremonie voicy
le Difcours que fit Mada+
me l'Abbeffe du Val de
Grace en les recevant
fur ces deux morts.
LeVendredy 12. Février
1712. Marie-Adelaïde da
Savoye , Epoufe de Monfeigneur Louis , Dauphin
de France , mourut aprés
avoir receu fes Sacrements
le jour précedent avec une
parfaite refignation auxvolontez de Dieu & de grands
fentiments de pieté. Sitoft
qu'elle fut décédée ce mefme jour 12. Février à huit
heures & demie du foir , le
Roy fe retira à Marly où
de Mon(Eignearlyfetc
f'on tranfporta Monfeis
gneur le Dauphin malade
le Samedy 13. Février à
fept heures du matin. La
mort d'une Epoufe quiluy
eftoitfi chere rendit la ma
ladie mortelle ; il expira le
Jeudy 18. du mefme mois.
Parlons d'abord de ce
qui fe paffa au premier de
ces deux funeftes évenements. Ce ne furent que
cris & que larmes dans
tout le Chasteau de Verfailles. On peigna la Prin
ceffe , onla coëffa en linger
uni avec des rubans noirs
MORTA
& blancs , & en cet eftat
elle fut exposée au public
tout le Samedyfuivant.
Le Samedy 13. au ſoir
fort tard , elle fut enfevelie
& mife dans fon cercuel
par Madame la Ducheffe
du Lude , & Madame la
Marquile de Mailly , cellelà tenant la tefte , celle- cy
les pieds.
Elle refta tout le Dimanche fur fon lit dans fon
cercueil fans aucun appareil que fix cierges , parce
qu'on préparoit dans la
chambre d'auprés fon lit
de Monfeigneur, & c.
de parade où elle fut mife
le Lundy 15. & exposée au
public.
1
Le Jeudy 18. Monfei
gneur le Dauphin n'ayant
fait paroiftre d'autre in
quietude pendant toute la
nuit précedente que celle
de parvenir aumoment au
quelil pourroit entendre la
Meffe & recevoir le Saint
Sacrement, fon inquietude
ceffa quandil eut fatisfait à
ces deux devoirs , il mou
rut ( aprés avoir recom
mandéfon ameà Dieu , &
l'avoir ptié de conſerver
MORTAS
long temps la perfonne fa
crée du Roy , pour l'intel
reft de les peuples, ) à huit
heures & demie du matin.
Le Roy fe retira dans le
penultiéme Pavillon de
Marly à gauche , & dés que
Monfeigneur le Dauphin
pur eftre enseveli , on l'ap.
porta à Versailles , & on le
mit dans le mefme lit de
parade avec Madame la
Dauphine. Les deux grilles
de Versailles eftoient ten
dues de noir fans écuffons.
Toutes les arcades du ve
fabule , le grand efcalier ,
de Monfeigneur, &c.
la premiere Salle des Gar
des & tout l'appartement
de Madame la Dauphine
eftoient tendus jufqu'au
plafond : deux bandes d'E
cuffons regnoient depuis
les dehors de la Cour juf
ques à la Chambre où le
Prince & la Princeffe ef
toient expoſez.h mung
Un concours infini de
peuple , vint pendant tout
le temps que les corps du
Prince & de la Princeffe
furent expoſez , & paffoit
au travers du Salon , par
la Galerie , jufques à une
MORT
barriere qu'on avoit faite
pour ne donner paffago
que par l'autre Salle des
Gardes , & cela dura juf
qu'au Mardyà midy , qua
tre Pores de la Miffion
quatre Peres Feuillants , &
quatre Peres Recollets ,
avoient veillé jour & nuit
autour du lit de parade ,
& fur les cinq heures du
foir du Mardy 23. Mon
feigneur le Duc d'Orleans
qui avoit efté Mercredyi
17.. donner l'eaubenifte au
Corps de Madame la Dauphine , deyant conduire la
pompe
de Monfeigneur , &c.
"
pompe funebre , vint en
donner avant la levée des
corps du Prince & de la
Princeffe. Meffeigneurs les
Evefques ayant auffi donné
de l'eau benite fur lescorps
du Prince & de la Princeffe , Monfeigneur l'Evef
que de Senlis, accompagné
de Meffeigneurs les Evel
ques de Montauban , de
Tournay , & d'Autun , des
Aumofniers du Curé de
la Paroiffe de Versailles en
furplis & en étole , ayant
entonné Exultabunt , plufieurs Peres de la Miffion ,
Février 1712 .
A
MORTb
commencerent à chanter
le Miferere. Monseigneur
le Duc d'Orleans , Monfieur le Marquis de Dangeau , Chevalier d'Honneur , Monfieur
le Maréchal de Teffé , premier
Ecuyer, les Dames d'Honneur , & les Dames du
Palais qui estoient dans
la Chambreoù la Princeffe
s'avancerent eftoit morte ,
dans celle du lit de parade :
fçavoir , Madame la Ducheffe du Lude , & Madame la Comteffe de Mailly ,
Dames d'Honneur, les Da-
de Monfeigneur , &c.
mes du Palais , Meldames
Ja Marquifel de Dangeau,
deRoucyde Nogaret,d'O,
de Mongon , de Levy, d'Eftrées , ayant à leur tefte
Madame la Grande Ducheffe , Madame la Prin
ceffe de Conty , Madame
la Ducheffe de Vendofme,
&Mademoiſelle de la Roche-fur-Yon. Toutes cés
Dames fuivoient les corps
du Prince & de la Princeffé, portez par dix Gardes
-dusCorps à chaque cercueil , & deux à chaque
quaiffe , où eftoient renA ij
MORT
fermées les entrailles ; lorf
qu'ils furent fur l'escalier ,
la Mufique entonna un De
profundis en faux bourdon ,
qui dura à peu prés le
temps que les deux cercueils & les deux quaiffes
furent pofez dans le Char
funebre , les Gardes Françoifes & Suiffes eftoient
fous les armes alors on
commença à défiler en cet
ordre. Premierement:
Cent Pauvres habillez
d'une cape grife & claire ,
pliffée , qui leur deſcendoit
jufqu'aux pieds , avec un
de Monfeigneur , &c.
cocluchon & une ceintures
ayant chacun un flambeau
ala main. Une Compagnie
des Gardes du Corps; cent
Vingt Moufquetaires , foixante de chaque Compa
gnie , fuivis de celles des
Gendarmes & ChevauxLegers , aprés lefquels fuivoient lesCaroffes de deuil,
de Meffieurs les Officiers ,
de Monfeigneur le Duc
d'Orleans , ceux de Monfeigneur le Dauphin, & de
Madame la Dauphine , fuivis de leurs Valets de pied ;
tous ces Caroffes eftoient à
huit chevaux. A iij.
MORTAM
Premier Caroffe de Madame la Dauphine.
S. A. S. Madame la Du
cheffe Pa
Madame la Ducheſſe du
Lude, Dame d'Honneur.
Madame la Ducheffe d'Harcour.
Madame la Ducheffe de
Duras.
Madame la Marquife de
Rouffy, Damedu Palais.
Madame la Marquise de
Mailly , Dame du Palais.
Madame la Marquife de
Laigle , Dame d'Honneur de
Madame la Ducheſſe.
de Monfeigneur, &c.
Second Caroffe.me
S. A. S. Madame la Ducheffe de Vendofme.
Madame la Ducheffe d'E
firées.od
Madame la Princeffe de
Chimay.
Madame de Nogaret.
Madame de Moufereaut.
Madame la Marquife de
Braffac, Dame d'Honneur de
Madame de Vendofme.
Troifiéme Caroffe.
S. A. S. Mademoiſelle de
Conti.
Madame la Duchesse de
Sully
N
A iiij
MORT
Madame la Duchesse de
la Ferté.
Madame la Marquise de
Nangy.
Madame la Marquife de
la Vrilliere
Madame la Marquife da
Liftenay.
Quatriéme Carolfe.
S.AS. Mademoiſelle de la
Rochefur Yon.
Madamela Comtesse d'Egmont.
Madame la Princesse de
Talmont.
Madame de Clermont
Madame la Marquise de
Polignac.
de Monfeigneur, &c.
Madame la Marquife de
la Vrilliere.
Madame la Marquife de
Chambouard.
Cinquiéme Caroffe.
Madame la Grand-Duchefse feule dans le fond avec
Madamela Comteffe de Mail
ly.
Et enfuite fuivirent les Pages de Monfeigneur le
Dauphin &de Madame la
Dauphine. Le Garoffe en
fuite de Monſeigneur le
Ducd'Orleans , où il eftoit
feul dans le fond avec
Monfienr le Marquis de
MORT
la Fare fon premier Capitaine des Gardes , &Mon.
fieur le Comte d'Estampes
fecond Capitaine des Gardes. Dans les autres Caroffes de fa fuite , eftoient
Meffieurs d'Armentieres ,
de Simiane , de Marivat.
Tousces équipages & corteges furent fuivis des Pa
du Roy avec les livrées
du Roy fans deüil , ayant
tous unflambeauà la main,
auffi bien que Meffieurs les
Moufquetaires , Gendarál
Chevaux Legers
ges
mes
qui tous avoient leur ha
de Monseigneur, &c.
bit d'ordonnance, à la tefte
de ce défilé , les caroffes
dans lefquels eftoient Mr
l'Evefque de Senlis , premier Aumofnier de Mada
me la Dauphine , Mr l'Evefque de Tournay , Mr.
l'Evefque de faint Omer ,
Mr. l'Evefque de Montau
ban, & Mrl'Evefque d'Au
tun , au milieu Mr le Curé
de Verfailles en Eftole d'un
cofté , le Pere de la Ruë de
le Pere Martineau, celuy
là Confeffeur de Madame
la Dauphine , celui- cy de
Monfeigneur le Dauphing
MORT
de l'autre cofté: enfuite parurent les quatre Heraults
d'armes avec le Roy d'ar
mes à leur tefte. Le Char
eftoit accompagné de qua
tre Aumofniers en rochet ,
manteau & bonnet carré,
tous quatre à cheval , te
nants chacun un des quatre coins dupoële , ce Char
eftoit attelé de huit cheyaux caparaçonnez. Les
Recollets de Verſailles accompagnerent le convoy
juſqu'à l'avenuë. Il entra
dans Paris à deux heures &
demie aprés minuit, toute
de Monfeigneur, & c.
la rue faint Honoré, où les
Feuillants , les Capucins ,
les Quinze - vingts , faint
Honoré, firent leurs Prieres avec chacun leur Clergé, ayant leurs Croix &
leurs chandeliers , fe prefenterent au paffage pour
chanter un De profundis.
Sitoft qu'on apperceut de
faint Denys les premiers
flambeaux, l'on fonna un
bourdon durant un quart
d'heure pour fignal à toutes les Eglifes de faint Denys , Collegiales , Paroil
fest & Communautez
MORTASÍ
,
d'hommes pour ſe préparer à aller au devant avec
les Religieux de faint De
nys. Tout le Clergé des
autres Eglifes s'eftant rendu dans celle de l'Abbaye ,
on fonna une ſeconde fois
un bourdon feul , pour fe
préparer àpartir. On avoit
commenceà dire des baffes
Meffes dés quatre heures
du matin , dans les Chapelles du Chevet , Chever
c'eft la partie haute de l'Eglife de faint Denys , derriere le chœur , & le lieu
oùferont expoſez pendant
de Monseigneur , &c.
quarante jours les corps du
Prince & de la Princeffe ,
tout le cortege paroiffoir
s'approcher le Clergé de
faint Denys , ayant les Religieux à leur tefte , en formerent un confiderable ,
& allerent au devant du
convoy juſques à la porte
de Paris , qui cftoit tendue avec deux rangées d'Ecuffons , auffi bien que la
premiere porte d'entrée
fur le parvis. Le Convoy
ayant joint , ils entonnerent le Libera Tout défila
furla place oùeftoient plu-
SM ORTA A
Leurs Compagnies des
Gardes Françoiles & Suif
fes ,fous les armes , les pauvres entrerent dans l'Eglife avec leurs flambeaux.
Monfieur de Dreux ; &
Monfieur Defgranges , fi
rent difpofer les fieges &
les carreaux dans le Chœur.
pour les Dames.
Monseigneur le Duc
d'Orleans , Monfieur le
Marquis de Dangeau , &
Monfieur le Maréchal de
Teffé , s'allerent placerd'abord au Choeur ; enfin le
Clergé & les Religieux
eftant
de Monfeigneur, &c.
eftant entrés, le Char eftant
arrivé devant la porte de
l'Eglife , Mr. l'Evefque de
Senlis emchape & en mitre, le Prieur de Saint Denis
enchape , accompagné de
deux Religieux en Dalmatiques , attendirent que les
deux cercueils fuffent apportés fur deux tables l'un
auprés de l'autre , placés
au milieu , fous la plateformeàl'entrée pour com
mencer leurs Harangues.
Ces deux harangues finies , Madame la grande
Ducheffe eftant revenue
Février 1712.
B
MaO RUTAsh
du Chœur au lieu où elles
fe firent pour reprefenter
auprés de Madame la Dauphine, on avoit mis fur les
cercueils de plomb enfermez dans un cercueil de
bois de chefne , & couvert
d'un velours croisé d'une
moire d'argent , à travers
lequel paffoient trois an
neaux de chaque cofté ,
un poëlle noir avec une
Croix herminée , tout le
poëfle bordé d'hermine de
la hauteur de dix pouces ,
& par deffus ce poëlle une
autre de drap d'or avec les
de Monfeigneur, c.
Ecuffons brodez de Mon
feigneur le Dauphin , auf
quels eftoient jointes les
Armes de Madamela Dau
phine fans brifures , n'y
ayant que celles deSavoye
qui font de gueules à und
Croixd'argent, ainfi qu'el
les paroiffoient alternativement dans les Ecus de
velours , chargez d'Ecuffons qui regnoient autour
du Chœur jufqu'à l'Autel,
celles de Monfeigneur le
Dauphin feuls , alternati
A
vement jointes à celles de
Madame la Dauphine. En
Bij
MAORT..
07
fuite on avança' dans le
Chœur, les Gardesducorps
eurent ordre du Maiftre
des ceremonies , de prendre le corps de Madame la
Dauphine le premier, pour
le porter fur une eftrade de
trois degrez qui eftoit dans
le Choeur, & celuy de Monfeigneur le Dauphin , lef
quels eftant placez fur deux
tables , le poëfle de drap
d'or feulement eſtendu
deffus , cinq douzaines de
cierges autour , furmonté
d'un dais en l'air . le Mifer
rere achevé , on chanta le
.
de Monfeigneur,&C.
Subvenite , Kyrie eleifon , Pa
ter nofter , pendant quoy
Mr l'Evefque de Senlis jetta l'eau benifte autour, en
cenfa, & le Pere Prieur enfuite, & Mrde Senlis ayant
fini l'Abfolution , ce qui
conduifit jufqu'à fept heu
res trois quarts ; on s'alla
repofer une demi - heure
aprés laquelle Mr de Senlis vint commencer la
grand Meffe qui dura juſ
ques à neuf heures trois
1quarts.
MORTV
Les cœurs de Monfeigneur.le Dauphin , & de
Madamela Dauphine , fu
rent portez au Val de Gras
ce le Vendredy au foir. Ils
yarriverent à minuit.de
En attendant un détail
de cette ceremonie voicy
le Difcours que fit Mada+
me l'Abbeffe du Val de
Grace en les recevant
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Résumé : MEMOIRES sur ces deux morts.
En février 1712, Marie-Adélaïde de Savoie, épouse du Dauphin Louis de France, décéda après avoir reçu les sacrements avec résignation et piété. Le roi se retira à Marly, et le Dauphin, gravement affecté par la perte de son épouse, mourut le 18 février. Les funérailles de Marie-Adélaïde eurent lieu le 13 février. Elle fut exposée au public, habillée de lingerie unie avec des rubans noirs et blancs. Le Dauphin, quant à lui, mourut après avoir reçu les derniers sacrements et recommandé son âme à Dieu. Les corps furent exposés à Versailles, avec des grilles et des arcades tendues de noir. Un grand concours de peuple vint voir les dépouilles. Les cérémonies funéraires inclurent des messes et des prières, avec la participation de nombreux ecclésiastiques et dignitaires. Les corps furent ensuite transportés à l'abbaye de Saint-Denis, où ils furent inhumés après des harangues et des prières. Les cœurs du Dauphin et de Marie-Adélaïde furent portés au Val-de-Grâce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 19-24
MORT du dernier Dauphin.
Début :
Le 8. de Mars Monseigneur le Dauphin se trouvant en [...]
Mots clefs :
Dauphin, Aumônier, Corps, Duchesse de Ventadour, Carrosse, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT du dernier Dauphin.
MORT
:
du dernier Dauphin.,
Le 8. de Mars Mon seigneur le Dauphin se trouvant en grand peril de mort,
reçut les Cérémonies du
Biptesme par les mains de
l'Evvesque de Mets, premier
Aumônier
;
il fut nommé
Louis par le Comte de la
Motte & par Madame la
Duchesse de Ventadour
Gouvernante des Enfans de
France, & il mourut le même jour.
Le 10. son corps fut porté à Saint Denis,avec un
cortege de trois Carosses &
de six-vingt flambeaux,
portez par plusieurs Gardes
du Corps & par plusieurs
Pages; dans ïun desquels
estoit le corps.
Mrl'Evsque deMets qui
portoit le cœur.
Madame la Duchesse de
Ventadour.
Mr le Duc de Mortcmar,
premier Gentilhomme de la
Chambre.
Medela Lande Sous gouvernante.
Mrl'Abbédu Cambour,
Aumônier du Roy.
M' le Curé de Versailles.
Un autre Carosse où
estoient huit Gentilshommes ordinaires, qui avoient
porté le cercuëil
,
qui étoient:
Mr de Saint-Olon.
Mrde Chasteau du Bois,
M' Roland.
Mr Charmois.
Mr de la Bussiere.
Mr de la Quiche.
MrBour delin.
Mr Messier.
Suivoit le Carosse des
Femmes de Chambre.
Ces trois Carrossesétoient
suivis de ceux de M. l'Eves-
<|ue de Mets ;de c la Duchesse de Ventadour, & d-c
Mr le Duc de Mortemar.
-:.:
L'Evêque de Mets presenta leCorps au Prieur de l'A'Q.
biye,>ôc fit un très -
beau
Discours
;
après quoy il fie
l'inhumation.
On avoit preparé une
estrade de trois degrez
,
avec un Pavillon de satin
blanc
,
l'espace seulement
depuis Charles le Chauve,
jjjfques aux premiers degrez du Sanctuaire, garnie
de tapis blancs; le Corps
placé sur cette Repre fcnia
tion - on chantaDomini efi
terra. Aprés quoy Mr l E
vesgue de Mets ayant chanté l'Oraison convenable&
mis un peu de terre sur le
Poesse qui envelopoit le
Çerçiicil
,
sans Requiem ny
Kyrie eleïson
,
on descendit
le Corps du Dauphin avec
ses entrailles dans le Caveau,
& fut placé auprès du Corps
de Monseigneur le Duc de
Bretagnesonaîné*, mort le
à 3. Avril 1705.
Les Religieux retirent le
Poëste qui eU de moëre d'argent.
Mr l'Evêque de Mets &
Me la Duchesse de Ventadour à peu-prés avec le
mesme cortege, avec lequel
on y a
porté ceux de
Monseigneur le Dauphin
& deMadame la Dauphine,
porterent en partant de S.
Denis à dix heures du soir,
le cœur du Dauphinau Valde- Grace.
:
du dernier Dauphin.,
Le 8. de Mars Mon seigneur le Dauphin se trouvant en grand peril de mort,
reçut les Cérémonies du
Biptesme par les mains de
l'Evvesque de Mets, premier
Aumônier
;
il fut nommé
Louis par le Comte de la
Motte & par Madame la
Duchesse de Ventadour
Gouvernante des Enfans de
France, & il mourut le même jour.
Le 10. son corps fut porté à Saint Denis,avec un
cortege de trois Carosses &
de six-vingt flambeaux,
portez par plusieurs Gardes
du Corps & par plusieurs
Pages; dans ïun desquels
estoit le corps.
Mrl'Evsque deMets qui
portoit le cœur.
Madame la Duchesse de
Ventadour.
Mr le Duc de Mortcmar,
premier Gentilhomme de la
Chambre.
Medela Lande Sous gouvernante.
Mrl'Abbédu Cambour,
Aumônier du Roy.
M' le Curé de Versailles.
Un autre Carosse où
estoient huit Gentilshommes ordinaires, qui avoient
porté le cercuëil
,
qui étoient:
Mr de Saint-Olon.
Mrde Chasteau du Bois,
M' Roland.
Mr Charmois.
Mr de la Bussiere.
Mr de la Quiche.
MrBour delin.
Mr Messier.
Suivoit le Carosse des
Femmes de Chambre.
Ces trois Carrossesétoient
suivis de ceux de M. l'Eves-
<|ue de Mets ;de c la Duchesse de Ventadour, & d-c
Mr le Duc de Mortemar.
-:.:
L'Evêque de Mets presenta leCorps au Prieur de l'A'Q.
biye,>ôc fit un très -
beau
Discours
;
après quoy il fie
l'inhumation.
On avoit preparé une
estrade de trois degrez
,
avec un Pavillon de satin
blanc
,
l'espace seulement
depuis Charles le Chauve,
jjjfques aux premiers degrez du Sanctuaire, garnie
de tapis blancs; le Corps
placé sur cette Repre fcnia
tion - on chantaDomini efi
terra. Aprés quoy Mr l E
vesgue de Mets ayant chanté l'Oraison convenable&
mis un peu de terre sur le
Poesse qui envelopoit le
Çerçiicil
,
sans Requiem ny
Kyrie eleïson
,
on descendit
le Corps du Dauphin avec
ses entrailles dans le Caveau,
& fut placé auprès du Corps
de Monseigneur le Duc de
Bretagnesonaîné*, mort le
à 3. Avril 1705.
Les Religieux retirent le
Poëste qui eU de moëre d'argent.
Mr l'Evêque de Mets &
Me la Duchesse de Ventadour à peu-prés avec le
mesme cortege, avec lequel
on y a
porté ceux de
Monseigneur le Dauphin
& deMadame la Dauphine,
porterent en partant de S.
Denis à dix heures du soir,
le cœur du Dauphinau Valde- Grace.
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Résumé : MORT du dernier Dauphin.
Le 8 mars, le Dauphin, fils du roi de France, fut baptisé par l'évêque de Metz et nommé Louis par le comte de la Motte et la Duchesse de Ventadour, avant de décéder le même jour. Le 10 mars, son corps fut transporté à l'abbaye de Saint-Denis dans un cortège composé de trois carrosses et de soixante flambeaux, portés par des Gardes du Corps et des Pages. L'évêque de Metz portait le cœur du Dauphin. Le cortège incluait également la Duchesse de Ventadour, le duc de Mortemar, Madame Lande, l'abbé du Cambour et le curé de Versailles. Un autre carrosse transportait huit gentilshommes ayant porté le cercueil. L'évêque de Metz remit le corps au prieur de l'abbaye, qui prononça un discours avant l'inhumation. Le corps du Dauphin, avec ses entrailles, fut placé dans le caveau auprès du duc de Bretagne, son aîné, décédé en 1705. Après la cérémonie, l'évêque de Metz et la Duchesse de Ventadour transportèrent le cœur du Dauphin au Val-de-Grâce.
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40
p. 91-100
Heraults d'Armes.
Début :
L'employ des Heraults d'Armes consistoit à aller dénoncer la guerre, [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Armes, Mort, Hérauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Heraults d'Armes.
Heraults d'Armes.
L'employ des Heraults
d'Armes consïstoit à aller
dénoncerla guerre
,
fommer les Villes de se rendre,
& dresserun fidèleProcez
vei bal(commeilsle peuvent encore à present) de
tout ce qu'ils ont fait ôc
dit, ôc detoutcequileur
a
esté respondu. Ils publioient la paix comme ils
dénonçoient la guerre ;
faisoient défenses à tous)
mesme aux Princes, de
l'enfraindre ,à peine d'estre déclarez traistres ôc
perturbateurs du repos public, anfracteurs de la foy
donnée, & criminels de
leze Majesté& ceux qui
contrevenoient à la Paix,
ilslescitoient& mettoient
au Ban, comme par un
dernier remede
,
portant
avec foy le fer & le feu. Anciennement quand ils pur
blioient la Paix, ils estoient
couronnez de guirlandes
d'olivier, & en portoient
des rameaux en leurmain,
& laVilleou laCité-où elle
estoit publiée leur dévoie
un marc d'or, ce qui s'observe encore en ce temps.
Quelquefoisilssignisioient
les pardons ôc les graces
que les Rois ôc les Princes
accordoient aux Sujets qui
estoient tombez dans det
-
fautes cosiderables.
1
Ils sont employez aux
sacre & couronnement de
nos Rois. Ils y
font les cris
-& proclamations ordinaires ;
précedent le Roy allant àl'Offrandeyfont -
employez- à faire les largesses;Au sacre du Roy
Philippe le Bel, Gauthier
de Troye
,
son Hérault
d'Arme, fut habillé des habits que le Roy laissa pour
prendre ceux de la solemnité du sacre
)
& tous les
veftements- Royaux fourrez d'hermine qui cou-
vroient la personne du Roy
en son sacre ( exceptéla
Couronne d'or, le sceptre
& lamain d'yvoire ) appartenoient aux Officiers
d'armes;il en estoit de
mesme aux Couronnements des Reines.
Aux mariages & cérémonies nuptiales ils tenoient leurs rang &eC.
toient lesMessagers,& le
plus souvent en portoient
les premieres paroles,aussi
tous les manteaux Royaux,
ou ceux des Princes &
Princesses, où leur cotte
d'armes estoient déployées
leurappartcnoient anciennement
Aux baptesmes des Ensans des Rois & Princes,
ils déployoient leur cotte
d'armes, les vases
,
éguieres, saliere, bassin à laver,
les manteaux & langes de
parade, labassinoire,dais,
& oreillers des enfans baptisez leur appartenoient,
& après le baptesme ils
jettoient par les ruës des
pieces d'or au peupJe, ôc
crioient par trois fois, largesse, largesse
,
largesse
de
de la part du très-noble
Roy de France
3
pour ce
que Dieu luy a
donné lignée.
Aux festins Royaux que
les Roysfaisoient aux quatre bonnes Festes de l'année, où ils tenoient Cour
pleniere & grand tinel,
ils appelloient le grand
Maistre, le grand Pannetier, le grand Bouteiller
,
Ôc autres anciens Officiers
de la Maison Royale, pour
venir faire leurs offices en
& ce jour ils avoient largesseenriere & nouveaux
habillements, & la coupe
d'or dans laquelle le Roy
beuvoit
,
leur appartenoir.
Ils n'assistoient pas seulement à toutes ces cérémonies desprincesvivante,
mais encore les accompagnoient en leurs obseques
& funerailles ;
d'abord ils
faisoient tendre laSalle de
drap noir, faisoient couvrir le lit
,
&, après avoir
tout ordonné ils se tenoienc
comme les Officiers d'armes le font encore jour &
nuit assis auprès du lit de
parade où est le corps du
défunt, pour presenter
l'aspersoir aux Princes, aux
Prélats,Cours souveraines,
& autres grands Seigneurs,
pour jetter de l'eau benite
sur le lit mortuaire.Enfuite le jour de la pompe funebre ils marchoient en longs
habits de duëil, un peu devant le chef du convoy
& estant arrivez à l'Eglise :
ils enfermoient dans le
tombeau toutes les marques d'honneur, comme la
Couronne, le Sceptre, la
Main de ILIIIice) le Colier
des Ordres, le Casque, l)E..
cu, l'Epéc,les Gantelets,
les Eperons, la Cotte- d'armes, les Estendarts, les Enfeignes, & les Bannieres; &
après que le grand Maistre de 'France.,mettant son
ballon dans la fosse, avoic
prononcé tour bas le Prince est mort, ils crioient à
voix haute par trois fois, le
Prince est mort, priez Dieu
pour son ame.
L'employ des Heraults
d'Armes consïstoit à aller
dénoncerla guerre
,
fommer les Villes de se rendre,
& dresserun fidèleProcez
vei bal(commeilsle peuvent encore à present) de
tout ce qu'ils ont fait ôc
dit, ôc detoutcequileur
a
esté respondu. Ils publioient la paix comme ils
dénonçoient la guerre ;
faisoient défenses à tous)
mesme aux Princes, de
l'enfraindre ,à peine d'estre déclarez traistres ôc
perturbateurs du repos public, anfracteurs de la foy
donnée, & criminels de
leze Majesté& ceux qui
contrevenoient à la Paix,
ilslescitoient& mettoient
au Ban, comme par un
dernier remede
,
portant
avec foy le fer & le feu. Anciennement quand ils pur
blioient la Paix, ils estoient
couronnez de guirlandes
d'olivier, & en portoient
des rameaux en leurmain,
& laVilleou laCité-où elle
estoit publiée leur dévoie
un marc d'or, ce qui s'observe encore en ce temps.
Quelquefoisilssignisioient
les pardons ôc les graces
que les Rois ôc les Princes
accordoient aux Sujets qui
estoient tombez dans det
-
fautes cosiderables.
1
Ils sont employez aux
sacre & couronnement de
nos Rois. Ils y
font les cris
-& proclamations ordinaires ;
précedent le Roy allant àl'Offrandeyfont -
employez- à faire les largesses;Au sacre du Roy
Philippe le Bel, Gauthier
de Troye
,
son Hérault
d'Arme, fut habillé des habits que le Roy laissa pour
prendre ceux de la solemnité du sacre
)
& tous les
veftements- Royaux fourrez d'hermine qui cou-
vroient la personne du Roy
en son sacre ( exceptéla
Couronne d'or, le sceptre
& lamain d'yvoire ) appartenoient aux Officiers
d'armes;il en estoit de
mesme aux Couronnements des Reines.
Aux mariages & cérémonies nuptiales ils tenoient leurs rang &eC.
toient lesMessagers,& le
plus souvent en portoient
les premieres paroles,aussi
tous les manteaux Royaux,
ou ceux des Princes &
Princesses, où leur cotte
d'armes estoient déployées
leurappartcnoient anciennement
Aux baptesmes des Ensans des Rois & Princes,
ils déployoient leur cotte
d'armes, les vases
,
éguieres, saliere, bassin à laver,
les manteaux & langes de
parade, labassinoire,dais,
& oreillers des enfans baptisez leur appartenoient,
& après le baptesme ils
jettoient par les ruës des
pieces d'or au peupJe, ôc
crioient par trois fois, largesse, largesse
,
largesse
de
de la part du très-noble
Roy de France
3
pour ce
que Dieu luy a
donné lignée.
Aux festins Royaux que
les Roysfaisoient aux quatre bonnes Festes de l'année, où ils tenoient Cour
pleniere & grand tinel,
ils appelloient le grand
Maistre, le grand Pannetier, le grand Bouteiller
,
Ôc autres anciens Officiers
de la Maison Royale, pour
venir faire leurs offices en
& ce jour ils avoient largesseenriere & nouveaux
habillements, & la coupe
d'or dans laquelle le Roy
beuvoit
,
leur appartenoir.
Ils n'assistoient pas seulement à toutes ces cérémonies desprincesvivante,
mais encore les accompagnoient en leurs obseques
& funerailles ;
d'abord ils
faisoient tendre laSalle de
drap noir, faisoient couvrir le lit
,
&, après avoir
tout ordonné ils se tenoienc
comme les Officiers d'armes le font encore jour &
nuit assis auprès du lit de
parade où est le corps du
défunt, pour presenter
l'aspersoir aux Princes, aux
Prélats,Cours souveraines,
& autres grands Seigneurs,
pour jetter de l'eau benite
sur le lit mortuaire.Enfuite le jour de la pompe funebre ils marchoient en longs
habits de duëil, un peu devant le chef du convoy
& estant arrivez à l'Eglise :
ils enfermoient dans le
tombeau toutes les marques d'honneur, comme la
Couronne, le Sceptre, la
Main de ILIIIice) le Colier
des Ordres, le Casque, l)E..
cu, l'Epéc,les Gantelets,
les Eperons, la Cotte- d'armes, les Estendarts, les Enfeignes, & les Bannieres; &
après que le grand Maistre de 'France.,mettant son
ballon dans la fosse, avoic
prononcé tour bas le Prince est mort, ils crioient à
voix haute par trois fois, le
Prince est mort, priez Dieu
pour son ame.
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Résumé : Heraults d'Armes.
Les Hérauts d'Armes étaient des officiers chargés de missions cérémonielles et diplomatiques. Leur rôle principal consistait à annoncer la guerre et à sommer les villes de se rendre, ainsi qu'à publier la paix et à en interdire la violation sous peine de trahison et de perturbation de l'ordre public. Ils dressaient des procès-verbaux fidèles de leurs actions et des réponses reçues. Lors de la proclamation de la paix, ils étaient couronnés de guirlandes d'olivier et recevaient un marc d'or. Les Hérauts d'Armes participaient également aux sacres et couronnements des rois, ainsi qu'aux mariages et cérémonies nuptiales des princes. Ils annonçaient les largesses royales lors des baptêmes des enfants de rois et princes, et distribuaient des pièces d'or au peuple. Lors des festins royaux, ils appelaient les officiers de la maison royale à accomplir leurs fonctions et portaient la coupe d'or du roi. Enfin, ils accompagnaient les princes dans leurs obsèques et funérailles, préparant la salle de deuil, présentant l'aspersoir aux dignitaires, et enfermant les insignes royaux dans le tombeau après la proclamation de la mort du prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 133-144
Le deüil de la France. ODE. Par Mr de la Motte.
Début :
Prince que de ses mains sacrées [...]
Mots clefs :
Paix, France, Deuil, Prince, Vie, Mort, Dauphin, Dauphine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le deüil de la France. ODE. Par Mr de la Motte.
LedeüildelaFrance.
',. - ODE.
Par Mr de la A/Lotte,
Pr INCE que de ses
'-
- mainssacrées*
A formé la Religion,
Loin de toy les douleurs
outrées,
* Le commencement de cette Odea,
tfté fait après la rr:Oi"t de-Madame la
Dauphine
,
& adressé à Monfeignsur
le Dauphin avantque la France ïetyt
f€Pdl4,
-. -
Fruits amers dela Passion.
Tes yeux pleuroient encore un Pere,
Et des jours d'une Epouse
chere
Tu viens devoir trancher
lefil
:
Mais de la Foy,sublime
Eleve
,1
-
Dans l'instant qui te les
enleve
,
Tu vois la fin de leurexil.
L'un & l'autre a
fourny
sa course,
Prescrite par l'ordre éternel
;
Tous deux rappelez à leur
source,
Dieu leur ouvre un sein
paternel.
Jamais nostre mort n'est
trop prompte,
Quand les jours que le Ciel
nous compte
A ses yeuxsontassez remplis;
Il mesure nos destinées,
Non, par le nombre des
annees, - Mais par les devoirs accomplis.
- Ainsi l'Auteur de ta naiC
sance,
L'amour del'Empire François,
Fuc- donné par la Providence
Pour modelle aux enfansdes Rois.
RefpeétueuxJfidele &tendre
,
Tous ses jours ont dû leur
apprendre
Ce qu'est un Pere cou1
ronné ;
D'un zele auiïï rare que
,
juste
, -
11cft long-tempsl'exemple
2uguffe
Et meurt , quand l'exem-
-
ple est donné.
Ainsi
-
cette Epousè cherie
Que
Que tu pris des mains de la
Paix,
A de sa nouvelle patrie,
Comblé les plus ardents
souhaits.
C'estoit sa tendresse feconde
Qui devoit enrichir le
monde
De Princes nez pour t'imiter.
Quel est l'éloge digne
d'elle?
Tes pleurs. Sa vie estassez
belle,
Puisqu'elle a
sçû les meriter.
Mais, cherPrince,si tli.
nous aimes,
Commande à
ton csr-u-r
-tes yeux;
Songes que par nos pertes
mesmes
Tu nous deviens plus précieux.
- Que pour nous ton amour
redouble;
A la nature qui Ce trouble,
Que cet amour fasse la Loy;
Un plus grand objett'inte-
-
resTe,
Craint en allarmantsa tendresse
, D'exposer ton Pere & ton
-
Roy. -
O Ciel! quelles plaintes
soudaines !
Quels cris ! tous les yeux
sonten pleurs!
Le fang s'est glacé dans
mes veines;
Je crains dapprendre nos
malheurs.
L'esperance est-elle ravie!
Te perdons-nous; & pour
ta vie
Fais-je icy des vœux superflus?
Aux larmes que je voy
répandre,
Prince,je le dois tendre;trop en-
Je te console, & tu n'es plus!
i
C'en est fait; une mort fatale
A l'Epouse a
rejoint l'Epoux;
Je voy la couche nuptiale
Se changer *
en tombeau pour
vous. Au séjour des divinesflâmes
Tandis que s'envolent vos a-pmes,
Vos cendres vont se réünir.
O ciel! eft- ce grace ou vengeance ?
Fil-ce hasterleurrécompense,
Ou te haster de nous punir?
Je le voy trop ta main severe
Punit notre indocilité ;
Tu nous reprends dans ta colere
,
Les dons que nous fit ta bonté;
Tu punis un peuple volage,
Vain des succès deson courage
Ou par les revers abbattu;
Un peuple, l'esclave duvice,
Qui pour tout reste de justice,
Sçait loüer encor la vertu.
Nous élevons presque des Temples
AuPrince que tu nous ravis,
Contents de loüer ses exemples,
Mieuxloüez s'ils'estoientsuivis.
L'humanité compatissante,
La justice perseverante,
Le zèle ardent de tes Autels.
Et cette active vigilance
D'un Prince qui croit laPuiC.
sance
Comtableauxbesoins desmortels.
Digne chef d'oeuvre de ~14
Grace!
Combiendevertusenluy feûtj
C'est en luyquepournostre
race
Devoit revivre son ayeul.
Jaloux d'un Heroisme utile,
Il eût pleuré le jour sterile
Que ses dons n'auroient pû
marquer. -
Prince; ainsi la Francetelouê,
Ainsi l'Univers l'en avouë ;
Je fais plus, j'oset'invoquer.
Ouy
,
sans qu'un miracle
m'atteste
Ta nouvelle félicité,
Je tecroy de la cour celestle
,
Sur la foy de ta Pieté.
Que là
,
notre interest t'inspire,
Faisque LOU I Sde cet empire
,
Soit encore long-temps l'appuy;
Obtienspqu'au gré de nostre en-
Dieumesme commande à la
Vie
-D'étendre ses bornes pour luy.
Soutiens nos prieres des tiennes;
De la Paix haste le lien:
Assez long-temps les mains
chrestiennes
Ontrespandu le sangchrestien.
Que la Paternelle tendresse
Pour tes fils encor t'interesse
C'estl'espoir d'un peuple allarmé:
Que tes vertus en eux renaissent
:
Et que pour t'imiter, ils croissent
Sous les yeux qui t'avoient formé.
Pour qui se r'ouvre encor la
tombe?
Chaque instant aigrit nostre
fort;
Avec les époux le fils tombe !
Arresteinsatiable Mort.
Ettoy qui rends les faits cé-
-
lebres
IVole
,
repands ces sons suncbres
Dont ma lire a
frappé les airs:
Que jusques aux dernieres races Cemonument denosdisgraces
Attendrissetout l'univers.
',. - ODE.
Par Mr de la A/Lotte,
Pr INCE que de ses
'-
- mainssacrées*
A formé la Religion,
Loin de toy les douleurs
outrées,
* Le commencement de cette Odea,
tfté fait après la rr:Oi"t de-Madame la
Dauphine
,
& adressé à Monfeignsur
le Dauphin avantque la France ïetyt
f€Pdl4,
-. -
Fruits amers dela Passion.
Tes yeux pleuroient encore un Pere,
Et des jours d'une Epouse
chere
Tu viens devoir trancher
lefil
:
Mais de la Foy,sublime
Eleve
,1
-
Dans l'instant qui te les
enleve
,
Tu vois la fin de leurexil.
L'un & l'autre a
fourny
sa course,
Prescrite par l'ordre éternel
;
Tous deux rappelez à leur
source,
Dieu leur ouvre un sein
paternel.
Jamais nostre mort n'est
trop prompte,
Quand les jours que le Ciel
nous compte
A ses yeuxsontassez remplis;
Il mesure nos destinées,
Non, par le nombre des
annees, - Mais par les devoirs accomplis.
- Ainsi l'Auteur de ta naiC
sance,
L'amour del'Empire François,
Fuc- donné par la Providence
Pour modelle aux enfansdes Rois.
RefpeétueuxJfidele &tendre
,
Tous ses jours ont dû leur
apprendre
Ce qu'est un Pere cou1
ronné ;
D'un zele auiïï rare que
,
juste
, -
11cft long-tempsl'exemple
2uguffe
Et meurt , quand l'exem-
-
ple est donné.
Ainsi
-
cette Epousè cherie
Que
Que tu pris des mains de la
Paix,
A de sa nouvelle patrie,
Comblé les plus ardents
souhaits.
C'estoit sa tendresse feconde
Qui devoit enrichir le
monde
De Princes nez pour t'imiter.
Quel est l'éloge digne
d'elle?
Tes pleurs. Sa vie estassez
belle,
Puisqu'elle a
sçû les meriter.
Mais, cherPrince,si tli.
nous aimes,
Commande à
ton csr-u-r
-tes yeux;
Songes que par nos pertes
mesmes
Tu nous deviens plus précieux.
- Que pour nous ton amour
redouble;
A la nature qui Ce trouble,
Que cet amour fasse la Loy;
Un plus grand objett'inte-
-
resTe,
Craint en allarmantsa tendresse
, D'exposer ton Pere & ton
-
Roy. -
O Ciel! quelles plaintes
soudaines !
Quels cris ! tous les yeux
sonten pleurs!
Le fang s'est glacé dans
mes veines;
Je crains dapprendre nos
malheurs.
L'esperance est-elle ravie!
Te perdons-nous; & pour
ta vie
Fais-je icy des vœux superflus?
Aux larmes que je voy
répandre,
Prince,je le dois tendre;trop en-
Je te console, & tu n'es plus!
i
C'en est fait; une mort fatale
A l'Epouse a
rejoint l'Epoux;
Je voy la couche nuptiale
Se changer *
en tombeau pour
vous. Au séjour des divinesflâmes
Tandis que s'envolent vos a-pmes,
Vos cendres vont se réünir.
O ciel! eft- ce grace ou vengeance ?
Fil-ce hasterleurrécompense,
Ou te haster de nous punir?
Je le voy trop ta main severe
Punit notre indocilité ;
Tu nous reprends dans ta colere
,
Les dons que nous fit ta bonté;
Tu punis un peuple volage,
Vain des succès deson courage
Ou par les revers abbattu;
Un peuple, l'esclave duvice,
Qui pour tout reste de justice,
Sçait loüer encor la vertu.
Nous élevons presque des Temples
AuPrince que tu nous ravis,
Contents de loüer ses exemples,
Mieuxloüez s'ils'estoientsuivis.
L'humanité compatissante,
La justice perseverante,
Le zèle ardent de tes Autels.
Et cette active vigilance
D'un Prince qui croit laPuiC.
sance
Comtableauxbesoins desmortels.
Digne chef d'oeuvre de ~14
Grace!
Combiendevertusenluy feûtj
C'est en luyquepournostre
race
Devoit revivre son ayeul.
Jaloux d'un Heroisme utile,
Il eût pleuré le jour sterile
Que ses dons n'auroient pû
marquer. -
Prince; ainsi la Francetelouê,
Ainsi l'Univers l'en avouë ;
Je fais plus, j'oset'invoquer.
Ouy
,
sans qu'un miracle
m'atteste
Ta nouvelle félicité,
Je tecroy de la cour celestle
,
Sur la foy de ta Pieté.
Que là
,
notre interest t'inspire,
Faisque LOU I Sde cet empire
,
Soit encore long-temps l'appuy;
Obtienspqu'au gré de nostre en-
Dieumesme commande à la
Vie
-D'étendre ses bornes pour luy.
Soutiens nos prieres des tiennes;
De la Paix haste le lien:
Assez long-temps les mains
chrestiennes
Ontrespandu le sangchrestien.
Que la Paternelle tendresse
Pour tes fils encor t'interesse
C'estl'espoir d'un peuple allarmé:
Que tes vertus en eux renaissent
:
Et que pour t'imiter, ils croissent
Sous les yeux qui t'avoient formé.
Pour qui se r'ouvre encor la
tombe?
Chaque instant aigrit nostre
fort;
Avec les époux le fils tombe !
Arresteinsatiable Mort.
Ettoy qui rends les faits cé-
-
lebres
IVole
,
repands ces sons suncbres
Dont ma lire a
frappé les airs:
Que jusques aux dernieres races Cemonument denosdisgraces
Attendrissetout l'univers.
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Résumé : Le deüil de la France. ODE. Par Mr de la Motte.
Le poème 'LedeüildelaFrance' de Monsieur de la A/Lotte est écrit après la mort de Madame la Dauphine et adressé à Monseigneur le Dauphin, avant un malheur qui frappe la France. Le texte évoque la formation de la religion par des mains sacrées et l'absence de douleurs excessives. Le poème décrit la douleur du Dauphin, qui pleure encore son père et doit faire face à la mort de son épouse. Cependant, il entrevoit la fin de leur exil et leur retour à leur source divine. Dieu, selon le poème, mesure les destinées non par le nombre des années, mais par les devoirs accomplis. Le Dauphin est présenté comme un modèle pour les enfants des rois, respectueux, fidèle et tendre. L'épouse du Dauphin est décrite comme ayant comblé les souhaits de sa nouvelle patrie et possédant une tendresse féconde qui devait enrichir le monde de princes pour imiter le Dauphin. Le poète exprime sa douleur face à la perte du Dauphin et de son épouse, se demandant si l'espérance est ravie et s'il fait des vœux superflus. Le texte mentionne également la punition divine pour l'indocilité du peuple et la perte d'un prince vertueux. Le poète invoque le Dauphin pour qu'il intercesse auprès de Dieu afin que Louis règne encore longtemps et que la paix soit rétablie. Le poème se termine par une supplique pour arrêter la mort et pour que les vertus du Dauphin renaissent en ses fils.
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42
p. 156-158
SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
Début :
Hîc quos aeterno deflebit Gallia luctu [...]
Mots clefs :
Épitaphes, France, Dauphin, Mort
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texteReconnaissance textuelle : SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
SERENISSIMI
GALLIARUM DELPHINI
ET DELPHINÆ
EPITAPHIUM.
Hie(\uosatcrnodefhbit
Gallia luctu
Conjugu atque viripulvis & umbra jacent.
Hisidem tumulus> qui-
bus unum pettns
amore,
Ereptis morbopr&cipitique nece.
O crudele nimis satum !
mediâ cecidere jut'fJenta
Nostraque cum Mis, heu!
gaudiaspesque cadunt.
Hos immica rapitfors
quos-rnodo regna manebant;
Imperio meritis major
uterque fuis.
Hæc Delphinafuit w-
tute ~&sanguine clara,
Hic Delphinusamorgentisy & omne deem.
jtibftuht bunc nobis florentibusAtropos annis,
hiha quem optabantgloria nostra ruit.
Huicnumquam fuerat
neque par pietate futUYW,
Hunc Musastudiisinstitucre (ÙiJ.
Huncmors invidit Regem,il'lrvidrfJet & orbisj
Luctibus huic nostrisvita perenniserit
GALLIARUM DELPHINI
ET DELPHINÆ
EPITAPHIUM.
Hie(\uosatcrnodefhbit
Gallia luctu
Conjugu atque viripulvis & umbra jacent.
Hisidem tumulus> qui-
bus unum pettns
amore,
Ereptis morbopr&cipitique nece.
O crudele nimis satum !
mediâ cecidere jut'fJenta
Nostraque cum Mis, heu!
gaudiaspesque cadunt.
Hos immica rapitfors
quos-rnodo regna manebant;
Imperio meritis major
uterque fuis.
Hæc Delphinafuit w-
tute ~&sanguine clara,
Hic Delphinusamorgentisy & omne deem.
jtibftuht bunc nobis florentibusAtropos annis,
hiha quem optabantgloria nostra ruit.
Huicnumquam fuerat
neque par pietate futUYW,
Hunc Musastudiisinstitucre (ÙiJ.
Huncmors invidit Regem,il'lrvidrfJet & orbisj
Luctibus huic nostrisvita perenniserit
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Résumé : SERENISSIMI GALLIARUM DELPHINI ET DELPHINAE EPITAPHIUM.
Le texte est une épitaphe dédiée au Dauphin et à la Dauphine de Gaule, décédés prématurément. Leur mort soudaine et brutale plonge la Gaule dans le deuil. Unis par un amour profond, ils étaient appréciés pour leur noblesse et leurs mérites. Leur décès prive la nation de leur gloire espérée et laisse une vie de deuil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 77-80
Memoire touchant la mort de Mr l'Abbé de Cisteaux.
Début :
Le quatre du mois passé mourut à Cisteaux Illustrissime & Reverendissime [...]
Mots clefs :
Mémoire, Mort, Cisteaux, Élection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire touchant la mort de Mr l'Abbé de Cisteaux.
Mémoire touchant la mort de
Mr l'Abbé de Cisteaux.
Le quatre dumois passé
mourutà Cisteauxillustrissime&ReverendissimePe-
re en Dieu Médire Nicolas Larcher, Abbéde Cisteaux, Docteur de Sorbonne, premier Conseiller né
au Parlement de Bourgogne, Chef & General de
tout l'Ordre de Cisteaux,
âgé de quatrevingt ans.
Son élection fut faite du
consentement unanime du
Chapitre general de l'Ordre le 27. May 1692. Depuis son éleaion jusqu'à sa
mort il a
gouverné cet Ordre avec toute la prudence,
lasagesse,la douceur, ôc
l'habileté possible.
Outre la pieté solide &
le parfait détachement de
ce General
,
il estoit doüé
de cette éloquence naturelle qui s'insinuë si avant
dans les cœurs des qu'elle
s'explique
,
il avoit l'accez
facile, & prévenoit tousjours ceux qui avoient affaire à luy sans compromettre sa dignité, dont il soutenoit les droits & les prérogatives avec toute la vivacité ôc le succez possible
; en un mot, on peut
dire de luy qu'il estoit de
ces heureux genies qui se
font aimer par tout.
Sa grande douceur, ses
aumosnes & ses charitez
laisseront de luyun souvenir dans son Ordre, quine
fera jamais effacé.
J'espere vous en entretenir davantage en vous
parlant de son successeur,
& de l'élection qui s'en
doit faire dans le Chapitre
général de cet Ordre, convoqué pour le dix
-
neufdu -
mois prochain
Mr l'Abbé de Cisteaux.
Le quatre dumois passé
mourutà Cisteauxillustrissime&ReverendissimePe-
re en Dieu Médire Nicolas Larcher, Abbéde Cisteaux, Docteur de Sorbonne, premier Conseiller né
au Parlement de Bourgogne, Chef & General de
tout l'Ordre de Cisteaux,
âgé de quatrevingt ans.
Son élection fut faite du
consentement unanime du
Chapitre general de l'Ordre le 27. May 1692. Depuis son éleaion jusqu'à sa
mort il a
gouverné cet Ordre avec toute la prudence,
lasagesse,la douceur, ôc
l'habileté possible.
Outre la pieté solide &
le parfait détachement de
ce General
,
il estoit doüé
de cette éloquence naturelle qui s'insinuë si avant
dans les cœurs des qu'elle
s'explique
,
il avoit l'accez
facile, & prévenoit tousjours ceux qui avoient affaire à luy sans compromettre sa dignité, dont il soutenoit les droits & les prérogatives avec toute la vivacité ôc le succez possible
; en un mot, on peut
dire de luy qu'il estoit de
ces heureux genies qui se
font aimer par tout.
Sa grande douceur, ses
aumosnes & ses charitez
laisseront de luyun souvenir dans son Ordre, quine
fera jamais effacé.
J'espere vous en entretenir davantage en vous
parlant de son successeur,
& de l'élection qui s'en
doit faire dans le Chapitre
général de cet Ordre, convoqué pour le dix
-
neufdu -
mois prochain
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Résumé : Memoire touchant la mort de Mr l'Abbé de Cisteaux.
Le texte annonce la mort de l'Abbé de Citeaux, le Père Nicolas Larcher, survenue le 4 du mois précédent. Larcher, âgé de quatre-vingts ans, occupait les fonctions d'Abbé de Citeaux, de Docteur de Sorbonne et de premier Conseiller né au Parlement de Bourgogne. Il avait été élu à l'unanimité par le Chapitre général de l'Ordre de Citeaux le 27 mai 1692. Durant son mandat, il gouverna l'Ordre avec prudence, sagesse, douceur et habileté. Larcher se distinguait par sa piété, son détachement et son éloquence, qui lui permettaient de toucher les cœurs. Il était accessible et prévenant sans compromettre sa dignité. Il défendait les droits et prérogatives de sa fonction avec vivacité et succès. Sa douceur, ses aumônes et ses charités laisseront un souvenir impérissable dans son Ordre. Le texte mentionne également l'élection de son successeur, prévue lors du Chapitre général convoqué pour le 19 du mois prochain.
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44
p. 224-260
POMPE FUNEBRE.
Début :
Samedy 16. Avril on transporta les Corps de Monseigneur le Dauphin [...]
Mots clefs :
Dauphin, Dauphine, Pompe funèbre, Corps, Croix, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POMPE FUNEBRE.
POMPE FUNEBRE.
Samedy16. Avril on
rranfporta les Corps de
Monfcigncur le Dauphin
&de Madame laDauphine,
du Chevet dans leChœur
sous la representation dont
nous allons parler, leursentrailles avoient déja été
mises dans le Caveau avant
qu'on l'eut refermé à lamort
du dernier Dauphin.
Le Dimanche
1 7. sur les
quatre heures, on chanta
Vefprcs des morts, ausquelles assista pontificalement
Monseigneur l'Evesque de
Mets, premier Aumonier
du Roy.
Madame la Duchesse du
Lude, Madame la Marquise
de Mailly, & les Dames
d'Atour & du Palais avec
toure la maison de Madame
la Qauphine,
y
assisterent,
ik auxVigilesà trois Noc.
turnes qui se dirent ensuite.
ausquels le premier Aumônier n"affiri pas.
*
Ensuite les Religieuxchanterent les Vêpres du Dimart.,
che, aprèslesquelles, depuis
six heures & demijusques à
huit oti laissa les portes du
Chœurouvertes
pour lepeuple; l'Autel estoit tendu dé
l'ornementnoir, sur lequel
bruloient des cierges autour dela representation,
Ifi roefnic quantité qu'ily
"en avoit eu lorsque les
Corps estoient au Chevet;
ils y
avoient resté dans une
Chapelle ardente qui tenoit tout le derriere de
l'Eglise,depuis le 24 Mars
qu'ils furent aportez à Saint
Denis, jour & nuit deux
Religieux venoient veiller &
prier, prés des Corps, &
on y
chantoit tous les matins une grande Me(Te solemnelle à laquelle tous les
Officiers de la maison assistoient, desGardes du Corps
se relevants pour garder
chacun à leur tour.
A sept heures &-demy
deux Religieux vinrent disposerl'Autel, en oster les
ornemens noirs, puis mirent
des Napes, ensuite on y
mit des cierges sur dix-huit
Chandeliers d'argent avec
la Croix, outre celle d'or
quiestau-dessus, sixauhaut
de la contre-table, six sur le
gradin, & six sur la table.
-
La Façade au-dcdùe &à
coiteconvoie en un grand
dossier ou tapis garni d'une
Croix cantonnée de quatre
grands écussons, les deux
premiers aux -1
Armes de
Monseigneurle Dauphin, &'
ceux d'au dessous aux Armes
de Monseigneur le Dauphin
& de Madame la Dauphine)
ceux
-
cy environnez de
feüilles d'Acante, ce tapis
surmonté d'un Dais dont
les pentes étoientd'orées,'
avec des Houpes à toutesles
quatres, au fond une Croix
avec de pareils écussons;
mais plus petits à proportion. Ce Dais étoit furmonté de quatre grandes
Aigrettes de plumes noires
& blanches.
Au-dessus jufqucs à la
Voute étoit un tapis noir;
auxdeuxcôtez tout-du long
regnoit un corps à la Mosaïque doré,& cette Façade
se terminoit par un quarré
long de, la mesme hauceui;
qui écoit formé d'un tapis
noir avec quatre bandes
herminées, suivant sa hauteur & sa longeur, dans lequel s'élevait une Piramide doréeaussi à la Mosaïque &ornée depuis le bas
jusqu'au haut des deux côtez de Ciergos & de Girandolcs
; une magnifique
>
corniche regnoit tout autour duChœur,au dessusde
six Arcades de chaque côté
& des deux Arcades au
clet:
sus du Jubé, qui par devant
en face du Mausoléeétoient
traversées par un balustre.
Au dessus de cette corniche
regnoit une pleinte avec des
moulures dorées sur du ve- lours noit & semées de fleurs
<ic lis.) larmes, Dauphins &
Croix, les Dauphins & les
fleursde-lis d'or, les larmes
& les Croix d'argent , ce qui
estoit mêlél'un dansl'autre *"
en quinconge.De chaque arcade partoient alternativement des rideaux fleurs delifez d'oren dessus,herminez
en dessous; dans la premiere
Arcade de chaquecosté en
retour de la Façade de
l'Autel
,
les rideaux étoient
surmontez d'un grand èeuf
son des Armes; simples de
Monseigneur leDauphin,
au1milieu des, deux rideaux ( 1
renoüez par les costez
contre les pilastres) au- desfous de l'ecuuon partoit
une chute de-mesme étoile
que les rideaux,
au
milieu
del'Arcade paroissoit une -
Médaille qui renfermoit,
uneVertu quisapliquoit,
aux qualitez de Monseigneur le Dauphin, au bas
de l'Arcade estoit une espece de terrasse qui estoie
garnie de bobéchesdorées
pour tenir des bougies sur
de petites consoles renverfées. Cette terrasse prenoit des deux extremitez
de l'arcade & s'élevoit par
le milieu, & par gradation
de chaque costé. La seconde
arcade de chaque costé étoit
aussi garnie de idéaux faille
fiiK l'effet d'un Pavillon,
donc les rideaux estoient
retroussez en festons. Et
fous etc Pavillon au milieu
de l'arcade étoit un Ecusson double des Armes do
Monseigneurle Dauphin &
de Madame la Dauphine,
éclairé de c
haque cosse d'une
girandole & de plusieurs
bougies, au-dessus & au bas
de l'Arcade en dedans estoit
un corps qui prenoir dans
la largeur de ladite arcade,
& s'élevoit par le milieu, representant des Médailles
tfHiefogkÉKjue* futs les
V K!
vertus du Prince & de 11
Princesse, & sur l'épaisseur
étoit des bougies allumées
qui suivoient la forme de
ce corps, tout autour entre
chaque arcade estoient des
pilastres marbrez, avec
chacun trois girandoles
,
celle du milieu soutenuë par
un pied d'éstal.
Toutes ces arcades étoient
autant d'Amphiteatres où
estoient placées les personnes dedistinction.Au-dessous de ces arcades regnoit
une autre pleinte tout autour du Chœur de velours
semé, comme j'ay dit, de
fleurs- de-lis d'or, croix
d'argent, Dauphins d'or,
larmes d'argent.
A cette pleinte d'en bas
pendoit une pente d'hermine plissée d'espace en espace
,
& sur la largeur de
chaque ply une Medaille.
Tour, hors cette décoration
estoit tendu de noir jusques
à la Voute.
Le Mausoléeestoit grand.
magnifique; mais sans confusion, c'estoit quatre
Courbes en consoles surun
pied d'estaL Ces consoles
soûtenoient une corniche
,
sur laquelle estoit une calotte, d'où partoient des
pentes avec leurs houpes.
Au dessus de la calotte
estoit un quarré surmonté
d'une Couronne, environnée de girandoles.
Des Voûtesparroit un
grand Dais avec ses rideaux;
le tout or & blanc, excepté
la calotte quiestoit noire, Se
sur laquelle étoient des Trophées
-
d'Armes. Chaque
grande Courbe estoitornée
à trois endroits de trois urJies jSe tout le long re-
gnoient des ciergesqui ùu
soient l'effet des feuilles d'Achanthes.
Sur une Estrade de cinq
gradins estok une forme de
tombeau rout doré, Coûtc.,
nu de griffes de Lyon. Sur
ce massifestoient lejs Cerceuik de Monfeigncur le
Dauphin & de Madame la
Dauphine, donc on a
parlé
ailleurs.
, Sur ces deux Cerecüils
estoie le Poësle de la Couronne de drap d'or hermine
par le bas. A la teste estoit
une Couronne sur un C&*
reau
,
le Cordon bleu sur
celuy de. Monseigneur le
Dauphin, & aux pieds par
dessus le drap d'or estoit un
Manteau Royal de velours
violet semé de fleurs delis
d'or. La Chaire de l'Oraison Funebre estoit au bout
des hautes chaises à gauche en entrant par la prio*
cipale Porte;l'entrée & la
Nefétaient tenduës jusques
aux fenestres avec dtua
rangées de petits écussons &
chiffres, ces deux rangées
separées des grands écusons
aux Armes de Monseigneur
& de Madame la Dauphine
auprèsdesquels étoient des
plaques dorées.
- A dix heures &demy
Monseigneur ,
le Duc de
Berry arriva avec Madame la Duchesse de Berry.
,
Le Parlement, toutes les
Cours Souveraines étant
assemblées, les Evcesques qui
étoient à la teste du Clergé,
étoient Monsieur l'Evesque
de Condon l'ancien, l'ancien Evesque de Tulles, l'Evesque deSenlis, l'Evesque
de Lombés,assemblez au son
des clochettes des Crieurs.
Mon,..
Monseigneur le Duc de
Berry, Madame la Duchesse
de Berry, Monseigneur le
Duc d'Orléans qui arriva
peu -
aprés. Madamela Duchesse d'Orleans, Monsieur
le Comte de Charolois, se
rendirent à l'Eglise sur les
onze heures & demie; on
commença le Requiem en Plein-chant les Instrumens
faisant le contrepoint.
Sur les onze heures Mr
l'Evesque de Mers premier
Aumônier Célébrant accompagné de Mrs les Evesqucs d'Auxerre, de Saine
O/ner,deSées,,deX«M#tçst !
deux en D4nwjque$$5
deux en Chapes,cescinq
Prelats precedezduMaistre
des Ceremonies, du, Royj
d'Armes& desHcçauts,
Turiferaire,desAcolithes,
des Religieux Induits, de*
Religieux.Di^çre 84, Soudiacre, quichanterentselon
leur fonction l'Epicre&, l'Evangile, vinrent, à. l;AAçç\
pendanc, l'Intr.Qïç cJ?&o'té
par la musique placée aiu( Jubé,rEvefquç Célébrant
aprésavoirfini à l'AqffiL*
lirçtix>«& IfcKyjîtfç r-in-)
gca^ avec les quatre Evêques
assistans du costé proche ta
petit AuicldcComtiautîiôiv
vis- à-vis la Clorgé,d'où ili
chanta l'CDrailgD &lueYW->
vangile, & ne montaà
l'Autel que pour la confa-.j
cration.
¡
Pendant l'Introït, Monsieurl'Evesque de Mets4
premier Aumônier accompagné de Monseigneur l'Evesqued'Auxerre, de Mbn-J
seigneur de Saint OrtK:r/
de Monseigneur de Sées &
de Monseigneur cfe Xaintes,
précedez des Religieux
Diacre & Soudiacre, des
Induits, des Turiferaircs,
des Acolithes, de la Croix,
les Acolithes ayant poséles
chandeliers, Monsieur l'Evesque de Mets Célébrant,
chanta l'Oraison de sa place
devant le petit Autel, auquelles Religieux communioienc fous les deux
Especes où on avoit rangé
cinq fauteuils pour l'Evêquc
Célébrant & les Officiants.
en Chapes. Le Religieux
Sou-diacre chanta l'Epitre.
Le Graduel étant chanté
par les Religieux en Chape,
le Chantre ayant son bâton
Cantoral garni d'un Crêpe,
fut suivi du Dies iræ dies illay
en Musique.
:
Le Religieux Diacre après
avoir reccu la Benediction
de Monseigneur l'Evesque,
de Mets, chanta l'Evangile,
& l'Offertoire chanté par
la Musique, en plainchanc
les violons faisans le contrepoids Le Roy d'Armes vint
faire les reverences, & en
fuite s'étant rangé le Roy
d'Armes presenta la represensation de LOUIS XIII.
il attendit queMonsieur de
DÏCUX eut fait sesrevercnces, ôd orfilut Monsieur
^cXXucdc Bcny eutfait les
siennes & futvenuà l'Offrande, les Evesquesrangez
toutcinqîlefiiont au milieu
du Sanctuaire, la face vers
Jafleinblîée, Mr le Duc de
Iktry en manteau &chapetenant ro,Mrdelamain, Sainre&.Maure saqueuë lujr
portée par Mrs de Sainrc
.Agnan,dcroyc&,Bctune,
v
IX Heraut d'Armesdonna le Cierge d'Offrande à
Mr le Marquis de Dreux
qui le donna à Mrde Berry,
Mrde Mets l'ayant receu
tfefetiama^rés'l'Offrande5
Mt Dtfgran^cs fitfcstcvcsen'ees,câpres unautreHtfâ'ût d'Af> & Madame
la Duchesse de Berry,Voit
faireles siennes aprés lestjucltes .:cette Princesse vint àl'Offrandeen grande
Mante, Mrs dt Roucy &
Birotv, pcfrtotem'(a quctre)
& Mrde Coëtenfau luy
ttofmoit la main
,
irn
grandvoile qui couvroit
fan visage,qu'elle
ne levast
'<Ji3Clorfqt^dlc' fut arrivée
vers le Célébrant; elle se
mità genoux sur un Careau
& ayant receu le Cierge
d'Offrande duMaistre des
Ceremonies & donnné à
l'Evesque, leva son voile
&s'en alla à sa place.
Monsieur le Duc d'Orleans fie la même ceremo- nie, la queuë portée par M*4-
d'Ecampes & Plavaux, &
Mr Darmencieres tenant la
main. Madame la Duchesse
suivoit. Mr Dusot tenoit sa
main, && M" de Montipaut
sa queuë; Mademoisellede Bourbon, Monsieur le Comte de Charol-
lois,firent les mêmes cercmonies, leur queuë portée
selon leur rang par leurs
Officiers.
1
Toutes ces reverences
faites
,
Mr l'Evêque d'Alec
monta en Chaire & commença son Ocaison, Fune.
bre.
L'Oraison Funebre finie,
Mr l'Evêquede Mets continua le grande Messe, il
estoitdeux heures & demie,
leDiscours avoit duré cinq
quarts d'heure; au Sanctus
douze Religieux en Tuniques vinrent à l'Autel avec
chacunun grandflambeau
depoing. La Messe fut achevée, aprèslaquelle se firent
les encensemens & lesaspersions. Ensuiteles Evêques
s'approcheront tdta Caveau,
on montaensuite sur TEftrade &Ccrciieils pour
ôter les Couronnes
,
les
Crospes, fc Cordon hlfcu,
&les Carreaux sur lesquels
lesCouronnesestoient posées, ensuitele Manteau
Royal. Le Drapd'or en
estantôté paroissoit encore
un Podte noir avecune
Croix de iaioirc d'argent.
CesCercüeils furent ôcez
de defltjs cette forme de
Tombeau par douze Gardes du Corps qui monterentsurl'Esttrade & apporrerent les Cercueilsprésdu
Caveau. Mr l'Evêquc: de
Mers chantaaprès le Kyrie
[llxïfon,PateT rJoftcr, puis
j'Oratfon;H encensa enco-
.Ie-&'jctta,de l'Eau benite.
Après cela il mit sur l'un &
sur1l'autre Cercüeil de la
1erne^u'on avoit tenuprés
sur une paële, puis ayantentonnéEgosum, lesReligieux
commencerent leBenedictus,
qui estant chanté les Evêves s'assurent au même endroit. Les Corps du Prince
& de la Princesseestant descendus, le Roy d'Armes dit
tout haut: Heraultss'Armes,
.'Vtne'{faire DOS Charges, lesquels s'estant approchez
comme luy de l'entrée du
Caveau, fie à haute voir
l'appel des principaux Officiers de Monseigneur le
Dauphin & de ceux de Madame la Dauphine,encet
ordre:
Mr le Marquis de Maillebois, Maistre de la Garde-
robe du Roy
,
apportez le
Manteau à la Royale de
Monseigneur le Dauphin.
Mr le Duc deBeauvilier,
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monseigneur
le Dauphin, apportez sa
Couronne.
Mr le Marquis de Villa-
-
cerf, Premier Maistre d'Hôtel; & vous, Messieurs les
Maistres d'Hôtel de Madame la Dauphine, apportez
vos Bâtons.
Mr le Marquis de Villacerf avança le premier avec
son Bâtor garni d'un crespe,
suividuMaistred'Hôtelordinaire
,
& des autres Ma!*
tresd'Hôtel. Ces Officiels
apportent leurs Bâtons &
les laissent entre les mains
d'un Herault d'Armes à
l'entrée du Caveau.
Le Roy d'Armes continuë. :-
Mt laMànq^isd:Qc,. qoi.
faites 1& fonction de Rre?-
mier Ecuyer dfc MadaroieIlvi
Dauphine
,
appoiiEcjs foflr;
ManteauàlaRoyale;
MrleMarcehaldeTessé,
qui faites la fonction de•
Chevalier difetoweur de
Madame la Dauphile,apportez la Couronne.
Mr le Maréchal de Ttfre,,
ayantdéposélaCouronne,
comme avoient fait les autres Officiers, les marques
de leurs Charges, dit aussi
àhaute voix:
Madame la Dauphineest
morte, Messieurs les OB;
ciers
,
vous pouvez vouç
pourvoir,nous n'avonsplus
d'Offices.
Apresquoy leRoy d'Antpes^répéta deux fois, Très*
Hauc,,T?esPtjtf!anc& Ex-
«lientBrmce>Monf:c%ignoui
Louis Dauphin ; & TresHaute, Tres- Puissante &
Verrueuse Princesse, MarieAdelaïde de Savoye, font
morts. Priez Dieu pour leurs
Ames.
Les Evêques se leverent
& allerent à la Sacristie,&
une partie du monde elbnc
sorti duChœur, Monseigneur le Duc de Berry,
Monsieur le Duc d'Orléans,
Monsieur le ComtédeCha-.
rollois, precedez des quatre
Heraults d'Armes & du Roy
d'Armes àleur teste,sortirent par la grande portedu
Chœur, & passerent par la
partie duCloistre opposée à
l'ancien Dortoir, &allerent
dans leur Appartement
,
dont l'Escalier, les Chambres
,
& le Corridor estoient
tendus sans Ecussons. Madame la Duchesse deBerry,
Madame la Duchesse,&Mademoiselle de Bourbon, se
retiterent dans leur Appartement tendu de meme,
prés la porte del'Abbaye.
Les Corps du Dauphin
& de la Dauphine, furent
rangez dans le Caveau fut
un berceau de (cr) à hauteur
d'appui, oncrc feu Manpiiigneur & le derniermort
le 8 Mars 1712. & son
aîné le Oiac de Bretagne, à
la fmue d'HenryIV, de
MâTîede Medicis fia femme,
d'Anne d'Autriche, Reine
de France,femme de Louis
XIII. de Marie-Therefc,
Reine de France, femme
de Louis. XIV. deMadame
laDauphinemorte en :1.'9 o.
&de Monseigneur.
,
A gauche ce sont les
Corps des freres & Cœurs 82
enfants de Henry 1111 de
Louis XIII) & de Louis
XIV: LoursXIII.enest
"éloigne parce qu'il est au
bas du degré en ertrant,
fous la Voute sur laquelle
partit Isa representationqui
repond tsts dtiïOî's»
LeJeudy 21. dumesme
^hbis,l'Aanniverfattc de
Monseigneur sesit avec h
mesme apareil, tout 11
mbnt luminaire renouvelé,
à la reservequ'on avoitosté
les armes deMadame la
Dâûjpfaitic, & les feuler
tlmts duDauphin resterent,
l'onChaire. avoie aussi, ôsté la
La décoration de la
Pompe Funebre, est de Mr
Berrin
Samedy16. Avril on
rranfporta les Corps de
Monfcigncur le Dauphin
&de Madame laDauphine,
du Chevet dans leChœur
sous la representation dont
nous allons parler, leursentrailles avoient déja été
mises dans le Caveau avant
qu'on l'eut refermé à lamort
du dernier Dauphin.
Le Dimanche
1 7. sur les
quatre heures, on chanta
Vefprcs des morts, ausquelles assista pontificalement
Monseigneur l'Evesque de
Mets, premier Aumonier
du Roy.
Madame la Duchesse du
Lude, Madame la Marquise
de Mailly, & les Dames
d'Atour & du Palais avec
toure la maison de Madame
la Qauphine,
y
assisterent,
ik auxVigilesà trois Noc.
turnes qui se dirent ensuite.
ausquels le premier Aumônier n"affiri pas.
*
Ensuite les Religieuxchanterent les Vêpres du Dimart.,
che, aprèslesquelles, depuis
six heures & demijusques à
huit oti laissa les portes du
Chœurouvertes
pour lepeuple; l'Autel estoit tendu dé
l'ornementnoir, sur lequel
bruloient des cierges autour dela representation,
Ifi roefnic quantité qu'ily
"en avoit eu lorsque les
Corps estoient au Chevet;
ils y
avoient resté dans une
Chapelle ardente qui tenoit tout le derriere de
l'Eglise,depuis le 24 Mars
qu'ils furent aportez à Saint
Denis, jour & nuit deux
Religieux venoient veiller &
prier, prés des Corps, &
on y
chantoit tous les matins une grande Me(Te solemnelle à laquelle tous les
Officiers de la maison assistoient, desGardes du Corps
se relevants pour garder
chacun à leur tour.
A sept heures &-demy
deux Religieux vinrent disposerl'Autel, en oster les
ornemens noirs, puis mirent
des Napes, ensuite on y
mit des cierges sur dix-huit
Chandeliers d'argent avec
la Croix, outre celle d'or
quiestau-dessus, sixauhaut
de la contre-table, six sur le
gradin, & six sur la table.
-
La Façade au-dcdùe &à
coiteconvoie en un grand
dossier ou tapis garni d'une
Croix cantonnée de quatre
grands écussons, les deux
premiers aux -1
Armes de
Monseigneurle Dauphin, &'
ceux d'au dessous aux Armes
de Monseigneur le Dauphin
& de Madame la Dauphine)
ceux
-
cy environnez de
feüilles d'Acante, ce tapis
surmonté d'un Dais dont
les pentes étoientd'orées,'
avec des Houpes à toutesles
quatres, au fond une Croix
avec de pareils écussons;
mais plus petits à proportion. Ce Dais étoit furmonté de quatre grandes
Aigrettes de plumes noires
& blanches.
Au-dessus jufqucs à la
Voute étoit un tapis noir;
auxdeuxcôtez tout-du long
regnoit un corps à la Mosaïque doré,& cette Façade
se terminoit par un quarré
long de, la mesme hauceui;
qui écoit formé d'un tapis
noir avec quatre bandes
herminées, suivant sa hauteur & sa longeur, dans lequel s'élevait une Piramide doréeaussi à la Mosaïque &ornée depuis le bas
jusqu'au haut des deux côtez de Ciergos & de Girandolcs
; une magnifique
>
corniche regnoit tout autour duChœur,au dessusde
six Arcades de chaque côté
& des deux Arcades au
clet:
sus du Jubé, qui par devant
en face du Mausoléeétoient
traversées par un balustre.
Au dessus de cette corniche
regnoit une pleinte avec des
moulures dorées sur du ve- lours noit & semées de fleurs
<ic lis.) larmes, Dauphins &
Croix, les Dauphins & les
fleursde-lis d'or, les larmes
& les Croix d'argent , ce qui
estoit mêlél'un dansl'autre *"
en quinconge.De chaque arcade partoient alternativement des rideaux fleurs delifez d'oren dessus,herminez
en dessous; dans la premiere
Arcade de chaquecosté en
retour de la Façade de
l'Autel
,
les rideaux étoient
surmontez d'un grand èeuf
son des Armes; simples de
Monseigneur leDauphin,
au1milieu des, deux rideaux ( 1
renoüez par les costez
contre les pilastres) au- desfous de l'ecuuon partoit
une chute de-mesme étoile
que les rideaux,
au
milieu
del'Arcade paroissoit une -
Médaille qui renfermoit,
uneVertu quisapliquoit,
aux qualitez de Monseigneur le Dauphin, au bas
de l'Arcade estoit une espece de terrasse qui estoie
garnie de bobéchesdorées
pour tenir des bougies sur
de petites consoles renverfées. Cette terrasse prenoit des deux extremitez
de l'arcade & s'élevoit par
le milieu, & par gradation
de chaque costé. La seconde
arcade de chaque costé étoit
aussi garnie de idéaux faille
fiiK l'effet d'un Pavillon,
donc les rideaux estoient
retroussez en festons. Et
fous etc Pavillon au milieu
de l'arcade étoit un Ecusson double des Armes do
Monseigneurle Dauphin &
de Madame la Dauphine,
éclairé de c
haque cosse d'une
girandole & de plusieurs
bougies, au-dessus & au bas
de l'Arcade en dedans estoit
un corps qui prenoir dans
la largeur de ladite arcade,
& s'élevoit par le milieu, representant des Médailles
tfHiefogkÉKjue* futs les
V K!
vertus du Prince & de 11
Princesse, & sur l'épaisseur
étoit des bougies allumées
qui suivoient la forme de
ce corps, tout autour entre
chaque arcade estoient des
pilastres marbrez, avec
chacun trois girandoles
,
celle du milieu soutenuë par
un pied d'éstal.
Toutes ces arcades étoient
autant d'Amphiteatres où
estoient placées les personnes dedistinction.Au-dessous de ces arcades regnoit
une autre pleinte tout autour du Chœur de velours
semé, comme j'ay dit, de
fleurs- de-lis d'or, croix
d'argent, Dauphins d'or,
larmes d'argent.
A cette pleinte d'en bas
pendoit une pente d'hermine plissée d'espace en espace
,
& sur la largeur de
chaque ply une Medaille.
Tour, hors cette décoration
estoit tendu de noir jusques
à la Voute.
Le Mausoléeestoit grand.
magnifique; mais sans confusion, c'estoit quatre
Courbes en consoles surun
pied d'estaL Ces consoles
soûtenoient une corniche
,
sur laquelle estoit une calotte, d'où partoient des
pentes avec leurs houpes.
Au dessus de la calotte
estoit un quarré surmonté
d'une Couronne, environnée de girandoles.
Des Voûtesparroit un
grand Dais avec ses rideaux;
le tout or & blanc, excepté
la calotte quiestoit noire, Se
sur laquelle étoient des Trophées
-
d'Armes. Chaque
grande Courbe estoitornée
à trois endroits de trois urJies jSe tout le long re-
gnoient des ciergesqui ùu
soient l'effet des feuilles d'Achanthes.
Sur une Estrade de cinq
gradins estok une forme de
tombeau rout doré, Coûtc.,
nu de griffes de Lyon. Sur
ce massifestoient lejs Cerceuik de Monfeigncur le
Dauphin & de Madame la
Dauphine, donc on a
parlé
ailleurs.
, Sur ces deux Cerecüils
estoie le Poësle de la Couronne de drap d'or hermine
par le bas. A la teste estoit
une Couronne sur un C&*
reau
,
le Cordon bleu sur
celuy de. Monseigneur le
Dauphin, & aux pieds par
dessus le drap d'or estoit un
Manteau Royal de velours
violet semé de fleurs delis
d'or. La Chaire de l'Oraison Funebre estoit au bout
des hautes chaises à gauche en entrant par la prio*
cipale Porte;l'entrée & la
Nefétaient tenduës jusques
aux fenestres avec dtua
rangées de petits écussons &
chiffres, ces deux rangées
separées des grands écusons
aux Armes de Monseigneur
& de Madame la Dauphine
auprèsdesquels étoient des
plaques dorées.
- A dix heures &demy
Monseigneur ,
le Duc de
Berry arriva avec Madame la Duchesse de Berry.
,
Le Parlement, toutes les
Cours Souveraines étant
assemblées, les Evcesques qui
étoient à la teste du Clergé,
étoient Monsieur l'Evesque
de Condon l'ancien, l'ancien Evesque de Tulles, l'Evesque deSenlis, l'Evesque
de Lombés,assemblez au son
des clochettes des Crieurs.
Mon,..
Monseigneur le Duc de
Berry, Madame la Duchesse
de Berry, Monseigneur le
Duc d'Orléans qui arriva
peu -
aprés. Madamela Duchesse d'Orleans, Monsieur
le Comte de Charolois, se
rendirent à l'Eglise sur les
onze heures & demie; on
commença le Requiem en Plein-chant les Instrumens
faisant le contrepoint.
Sur les onze heures Mr
l'Evesque de Mers premier
Aumônier Célébrant accompagné de Mrs les Evesqucs d'Auxerre, de Saine
O/ner,deSées,,deX«M#tçst !
deux en D4nwjque$$5
deux en Chapes,cescinq
Prelats precedezduMaistre
des Ceremonies, du, Royj
d'Armes& desHcçauts,
Turiferaire,desAcolithes,
des Religieux Induits, de*
Religieux.Di^çre 84, Soudiacre, quichanterentselon
leur fonction l'Epicre&, l'Evangile, vinrent, à. l;AAçç\
pendanc, l'Intr.Qïç cJ?&o'té
par la musique placée aiu( Jubé,rEvefquç Célébrant
aprésavoirfini à l'AqffiL*
lirçtix>«& IfcKyjîtfç r-in-)
gca^ avec les quatre Evêques
assistans du costé proche ta
petit AuicldcComtiautîiôiv
vis- à-vis la Clorgé,d'où ili
chanta l'CDrailgD &lueYW->
vangile, & ne montaà
l'Autel que pour la confa-.j
cration.
¡
Pendant l'Introït, Monsieurl'Evesque de Mets4
premier Aumônier accompagné de Monseigneur l'Evesqued'Auxerre, de Mbn-J
seigneur de Saint OrtK:r/
de Monseigneur de Sées &
de Monseigneur cfe Xaintes,
précedez des Religieux
Diacre & Soudiacre, des
Induits, des Turiferaircs,
des Acolithes, de la Croix,
les Acolithes ayant poséles
chandeliers, Monsieur l'Evesque de Mets Célébrant,
chanta l'Oraison de sa place
devant le petit Autel, auquelles Religieux communioienc fous les deux
Especes où on avoit rangé
cinq fauteuils pour l'Evêquc
Célébrant & les Officiants.
en Chapes. Le Religieux
Sou-diacre chanta l'Epitre.
Le Graduel étant chanté
par les Religieux en Chape,
le Chantre ayant son bâton
Cantoral garni d'un Crêpe,
fut suivi du Dies iræ dies illay
en Musique.
:
Le Religieux Diacre après
avoir reccu la Benediction
de Monseigneur l'Evesque,
de Mets, chanta l'Evangile,
& l'Offertoire chanté par
la Musique, en plainchanc
les violons faisans le contrepoids Le Roy d'Armes vint
faire les reverences, & en
fuite s'étant rangé le Roy
d'Armes presenta la represensation de LOUIS XIII.
il attendit queMonsieur de
DÏCUX eut fait sesrevercnces, ôd orfilut Monsieur
^cXXucdc Bcny eutfait les
siennes & futvenuà l'Offrande, les Evesquesrangez
toutcinqîlefiiont au milieu
du Sanctuaire, la face vers
Jafleinblîée, Mr le Duc de
Iktry en manteau &chapetenant ro,Mrdelamain, Sainre&.Maure saqueuë lujr
portée par Mrs de Sainrc
.Agnan,dcroyc&,Bctune,
v
IX Heraut d'Armesdonna le Cierge d'Offrande à
Mr le Marquis de Dreux
qui le donna à Mrde Berry,
Mrde Mets l'ayant receu
tfefetiama^rés'l'Offrande5
Mt Dtfgran^cs fitfcstcvcsen'ees,câpres unautreHtfâ'ût d'Af> & Madame
la Duchesse de Berry,Voit
faireles siennes aprés lestjucltes .:cette Princesse vint àl'Offrandeen grande
Mante, Mrs dt Roucy &
Birotv, pcfrtotem'(a quctre)
& Mrde Coëtenfau luy
ttofmoit la main
,
irn
grandvoile qui couvroit
fan visage,qu'elle
ne levast
'<Ji3Clorfqt^dlc' fut arrivée
vers le Célébrant; elle se
mità genoux sur un Careau
& ayant receu le Cierge
d'Offrande duMaistre des
Ceremonies & donnné à
l'Evesque, leva son voile
&s'en alla à sa place.
Monsieur le Duc d'Orleans fie la même ceremo- nie, la queuë portée par M*4-
d'Ecampes & Plavaux, &
Mr Darmencieres tenant la
main. Madame la Duchesse
suivoit. Mr Dusot tenoit sa
main, && M" de Montipaut
sa queuë; Mademoisellede Bourbon, Monsieur le Comte de Charol-
lois,firent les mêmes cercmonies, leur queuë portée
selon leur rang par leurs
Officiers.
1
Toutes ces reverences
faites
,
Mr l'Evêque d'Alec
monta en Chaire & commença son Ocaison, Fune.
bre.
L'Oraison Funebre finie,
Mr l'Evêquede Mets continua le grande Messe, il
estoitdeux heures & demie,
leDiscours avoit duré cinq
quarts d'heure; au Sanctus
douze Religieux en Tuniques vinrent à l'Autel avec
chacunun grandflambeau
depoing. La Messe fut achevée, aprèslaquelle se firent
les encensemens & lesaspersions. Ensuiteles Evêques
s'approcheront tdta Caveau,
on montaensuite sur TEftrade &Ccrciieils pour
ôter les Couronnes
,
les
Crospes, fc Cordon hlfcu,
&les Carreaux sur lesquels
lesCouronnesestoient posées, ensuitele Manteau
Royal. Le Drapd'or en
estantôté paroissoit encore
un Podte noir avecune
Croix de iaioirc d'argent.
CesCercüeils furent ôcez
de defltjs cette forme de
Tombeau par douze Gardes du Corps qui monterentsurl'Esttrade & apporrerent les Cercueilsprésdu
Caveau. Mr l'Evêquc: de
Mers chantaaprès le Kyrie
[llxïfon,PateT rJoftcr, puis
j'Oratfon;H encensa enco-
.Ie-&'jctta,de l'Eau benite.
Après cela il mit sur l'un &
sur1l'autre Cercüeil de la
1erne^u'on avoit tenuprés
sur une paële, puis ayantentonnéEgosum, lesReligieux
commencerent leBenedictus,
qui estant chanté les Evêves s'assurent au même endroit. Les Corps du Prince
& de la Princesseestant descendus, le Roy d'Armes dit
tout haut: Heraultss'Armes,
.'Vtne'{faire DOS Charges, lesquels s'estant approchez
comme luy de l'entrée du
Caveau, fie à haute voir
l'appel des principaux Officiers de Monseigneur le
Dauphin & de ceux de Madame la Dauphine,encet
ordre:
Mr le Marquis de Maillebois, Maistre de la Garde-
robe du Roy
,
apportez le
Manteau à la Royale de
Monseigneur le Dauphin.
Mr le Duc deBeauvilier,
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monseigneur
le Dauphin, apportez sa
Couronne.
Mr le Marquis de Villa-
-
cerf, Premier Maistre d'Hôtel; & vous, Messieurs les
Maistres d'Hôtel de Madame la Dauphine, apportez
vos Bâtons.
Mr le Marquis de Villacerf avança le premier avec
son Bâtor garni d'un crespe,
suividuMaistred'Hôtelordinaire
,
& des autres Ma!*
tresd'Hôtel. Ces Officiels
apportent leurs Bâtons &
les laissent entre les mains
d'un Herault d'Armes à
l'entrée du Caveau.
Le Roy d'Armes continuë. :-
Mt laMànq^isd:Qc,. qoi.
faites 1& fonction de Rre?-
mier Ecuyer dfc MadaroieIlvi
Dauphine
,
appoiiEcjs foflr;
ManteauàlaRoyale;
MrleMarcehaldeTessé,
qui faites la fonction de•
Chevalier difetoweur de
Madame la Dauphile,apportez la Couronne.
Mr le Maréchal de Ttfre,,
ayantdéposélaCouronne,
comme avoient fait les autres Officiers, les marques
de leurs Charges, dit aussi
àhaute voix:
Madame la Dauphineest
morte, Messieurs les OB;
ciers
,
vous pouvez vouç
pourvoir,nous n'avonsplus
d'Offices.
Apresquoy leRoy d'Antpes^répéta deux fois, Très*
Hauc,,T?esPtjtf!anc& Ex-
«lientBrmce>Monf:c%ignoui
Louis Dauphin ; & TresHaute, Tres- Puissante &
Verrueuse Princesse, MarieAdelaïde de Savoye, font
morts. Priez Dieu pour leurs
Ames.
Les Evêques se leverent
& allerent à la Sacristie,&
une partie du monde elbnc
sorti duChœur, Monseigneur le Duc de Berry,
Monsieur le Duc d'Orléans,
Monsieur le ComtédeCha-.
rollois, precedez des quatre
Heraults d'Armes & du Roy
d'Armes àleur teste,sortirent par la grande portedu
Chœur, & passerent par la
partie duCloistre opposée à
l'ancien Dortoir, &allerent
dans leur Appartement
,
dont l'Escalier, les Chambres
,
& le Corridor estoient
tendus sans Ecussons. Madame la Duchesse deBerry,
Madame la Duchesse,&Mademoiselle de Bourbon, se
retiterent dans leur Appartement tendu de meme,
prés la porte del'Abbaye.
Les Corps du Dauphin
& de la Dauphine, furent
rangez dans le Caveau fut
un berceau de (cr) à hauteur
d'appui, oncrc feu Manpiiigneur & le derniermort
le 8 Mars 1712. & son
aîné le Oiac de Bretagne, à
la fmue d'HenryIV, de
MâTîede Medicis fia femme,
d'Anne d'Autriche, Reine
de France,femme de Louis
XIII. de Marie-Therefc,
Reine de France, femme
de Louis. XIV. deMadame
laDauphinemorte en :1.'9 o.
&de Monseigneur.
,
A gauche ce sont les
Corps des freres & Cœurs 82
enfants de Henry 1111 de
Louis XIII) & de Louis
XIV: LoursXIII.enest
"éloigne parce qu'il est au
bas du degré en ertrant,
fous la Voute sur laquelle
partit Isa representationqui
repond tsts dtiïOî's»
LeJeudy 21. dumesme
^hbis,l'Aanniverfattc de
Monseigneur sesit avec h
mesme apareil, tout 11
mbnt luminaire renouvelé,
à la reservequ'on avoitosté
les armes deMadame la
Dâûjpfaitic, & les feuler
tlmts duDauphin resterent,
l'onChaire. avoie aussi, ôsté la
La décoration de la
Pompe Funebre, est de Mr
Berrin
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Résumé : POMPE FUNEBRE.
Le texte décrit les cérémonies funéraires du Dauphin et de la Dauphine, Louis et Marie-Adélaïde de Savoie, décédés en 1712. Le 16 avril, leurs corps furent transportés du chevet au chœur de la basilique de Saint-Denis. Le lendemain, des vêpres des morts furent chantées par Monseigneur l'Évêque de Metz, premier aumônier du roi, en présence de la Duchesse du Lude, de la Marquise de Mailly, et des Dames d'Atour et du Palais. Les vigiles se déroulèrent à trois nocturnes, suivies des vêpres du dimanche. Les portes du chœur restèrent ouvertes pour le peuple de six heures et demie à huit heures. L'autel était orné de noir, avec des cierges autour d'une représentation des défunts. Les cérémonies incluaient une chapelle ardente depuis le 24 mars, avec des religieux veillant et priant jour et nuit, et une messe solennelle chaque matin. À sept heures et demie, deux religieux préparaient l'autel, retirant les ornements noirs et ajoutant des nappes et des cierges. La façade était décorée d'un grand dossier ou tapis garni d'une croix et des armes du Dauphin et de la Dauphine, surmonté d'un dais avec des aigrettes de plumes noires et blanches. La corniche du chœur était ornée de moulures dorées et de fleurs de lys. Pendant l'introït, Monseigneur l'Évêque de Metz, accompagné d'autres évêques, célébra l'oraison. Les religieux communièrent sous les deux espèces. Le chantre chanta le Dies iræ en musique, suivi de l'évangile et de l'offrande. Le Roy d'Armes présenta la représentation de Louis XIII. Les évêques se levèrent et allèrent à la sacristie, tandis que les princes et princesses se retirèrent dans leurs appartements. Les corps du Dauphin et de la Dauphine furent placés dans un caveau, aux côtés des autres membres de la famille royale. Le 21 avril, l'anniversaire du Dauphin fut célébré avec le même appareil, à l'exception des armes de la Dauphine qui furent retirées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 119
« Messire François Molé Maistre des Requestes, Abbé de Sainte Croix [...] »
Début :
Messire François Molé Maistre des Requestes, Abbé de Sainte Croix [...]
Mots clefs :
Molé, Abbé, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Messire François Molé Maistre des Requestes, Abbé de Sainte Croix [...] »
Meffire François Molé
Maiftre des Requeftès , Ab
bé de Sainte Croix de Bordeaux , mourut les. May
âgé de 87, ans, il étoit le
dernierdes enfans de Meffice
Mathieu Molé , Procureur
Genetal au Parlement, premier Prefident & Garde des
Sceaux de France qui a rendu de grands fervices à l'Eraty & spendant toutes les
charges , n'a voulu d'autres
biens que celuy detailfor
fon nom & à fa famille
Thonneur d'une fidelité ins
violable pour fa Majeft
Maiftre des Requeftès , Ab
bé de Sainte Croix de Bordeaux , mourut les. May
âgé de 87, ans, il étoit le
dernierdes enfans de Meffice
Mathieu Molé , Procureur
Genetal au Parlement, premier Prefident & Garde des
Sceaux de France qui a rendu de grands fervices à l'Eraty & spendant toutes les
charges , n'a voulu d'autres
biens que celuy detailfor
fon nom & à fa famille
Thonneur d'une fidelité ins
violable pour fa Majeft
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46
p. 265-283
LA BATAILLE de Villa-viciosa. ODE. Servant d'explication au feu d'artifice que M. le Duc d'Albe a fait tirer pour ce sujet.
Début :
Quelle vive ardeur étincelle [...]
Mots clefs :
Mort, Bataille, Conquête, Roi, Peuple, Soldat, Vainqueur, Héros, Duc de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BATAILLE de Villa-viciosa. ODE. Servant d'explication au feu d'artifice que M. le Duc d'Albe a fait tirer pour ce sujet.
On vient de m'aprendre
la mort d'un des plus grands
hommes de nôtre fiecle, c'eſt
Monfieur de Vendome ; cc
Juin 1712.
Z
+66 MERGURE
malheureux article merite
des Memoires que je ne
pourray
avoir que le mois
prochain
. Voicy
une Ode
faite par M. L. P. fur une
de fes conquêtes
.
T
LA BATAILLE
de Villa- viciofa.
ODE.I
Servant d'explication au fea
d'artifice que M. le Ďac
d'Albe a fait tirer pour
Dat
ce fujer.
Quelle vive ardeur
55,5 étincelle BauM
鉴
t
CALANT. 269
pour un Heros victorieux ?
c'eft l'amour d'un fujet
fidelle
qui s'ouvre un chemin
vers les Cicyx.
Seigneur, dit-il , Dieu "
fecourable,
voy toujours d'un œil "
A favorable
un Roy qui nous rend
triomphants ;
que toujours onl'aime, "
on le craigne ,
qu'il vive enfin , & "
Z ij
268 MERCURE
que fon
regne
s'éternife dans fes en
fants.
Subditionem obfequentiffimum
'Dux Alve
Vivat ®net,
Les Cieux fe declarent
propices ,
Dieu reçoit ces vœux
enflamez :
non , fous de plus heureux aufpices ,
jamais vœux ne furent
CALANT. 269
formez ,
vertus , Roy , ſujets , tout
confpire i
à deffendre un illuftre
Empire ,
fes fiers ennemis font
defaits ;
la terreur vole fur leurs
petraces : and han
Grand Dieu , que tes
premieres graces
nous prefagent d'autres
9 bienfaits.
fuyez , nations fremif
Z iij
470 MERGURE
fantes
que guide la rebellion ;
vos fureurs font trop inpuiffantes ,
fuyez , redoutez le Lion,
ne irritez pas davantage
refpectez un faint heritage
qui brave la flame & le
fera bos
c'eft cette pierre où tout
fe brife i
& que peuvent contre
l'Eglife
les portes mefmes de
1
GALANT. 178
l'enfer.
Fremuerunt gentes. On
Ecce vicit Leo,
i
Vains projets des Roys
de la terrex
Dieu les confond dans
un inftant
le fuccés d'une injuſte
guerre
perd les vainqueurs en
les flattant.
en vain la forrune prodigue
répand fes faveurs fur la
ligue ;
Z
ijij
72 MERGURE
ces monftres d'orgueil
ne font plus:
quel changement ! qui
l'eût pû croire ,
que tout le fruit de la
victoire
ne feroit que pour les
vaincus,?
Meditatifunt inania.
Pour calmer les juftes
allarmes
d'un peuple trahi par le
fort,
GALANT. 273
les vertus vont prendre
les armes ,
Lattendan tout de leur
effort :
qu'on me fuive , dit la "
Juftice ,
t
il faut que ma main “
accompliffe
l'ouvrage qu'elle a "
commencé ;
je n'ay befoin que
moy-mefime ,
de
pour maintenir le dia- "
dême
fur le front où je l'ay "s
274 MERCURE
5.La placé. vv 22
*
fedis tu Judicium prepratio
"
L
Mon fecours vous
eft neceffaire ,
dit la Conftance au
cœur d'airain ,
bientôt d'un fuperbe
adverfaire
la fureur n'aura plus
de frein ,
Gila foy des peuples
chancelle
GALANT. 275
c'eft moy qui répond “
de leur zele,
interrompt la Fidelité ,
l'Ibere manque - t - il
abd'audace , mop
quand la mort dont "
on le menace
luy promet l'immor- «
sb otalité. nolited ing
Non movebor in æternum.
Fideles in dilectione acquiefcent illi.
Mais quelle autre vertu
s'avance ?
276 MERGURE
quels honneurs ! quel
profond refpect ,
tout garde un augufte
filence
qu'impofe fon divin
alpect : ber
l'éclat de la Majeſté
fainte
qui brille au travers de
fa crainte
m'annonce la Religion ;
mais l'horreur dont elle
eft faifie ,
m'annonceencoremieux
l'Herefiere
GALANT. 277
•
elle en fuit la contagion,
Peuple , dit-elle ,
qu'on m'écoute :
le Ciel va vanger mon❝
affront ;
la foudre eft prête , &“
dans leur route
les prophanateurs periront :
Charles jufques aux
Autels m'affiege ,
lors que Philippe me
protege
qui des deux doit re
сс
278 MERCURE
gnerfur toyo
fouffrirois- tu la con- "
رو
currence ?
tu vois par cette
difference b !
lequel doit eftre ton
vray Roy.
Ꭵ
Iter impiorum peribit.
Elle dit , & le peuple
Zunvole,
tous brulent de remplir
Me fes voeux
on diroit que chaque
21parole
GALANT. 279
eft untrait de flâme
pour eux
tout eft foldat , tout fe
ranime ,
chaque bras choific fa
victime ; stroll
quels fleuves de fang
vont couler
l'ennemi tremblant
prend la fuite ; S
mais la mort prompte à
la pourfuite
va l'atteindre & va l'immoler. Mar
280 MERCURE
C'en eft fait dans
un fang impie
je vois par tout le fer
plongé
le noir facrilege s'expic,
l'outrage du Ciel eft
Cp vangé ; in
un faint4 zela entraîne
Philippe o took
au milieu des rangs qu'il
o diffiperom obvi
il s'abbandonnes à fon
grand coeur :
quel tranfport, Vendôme
luy mefme
GALANT 28F
s'étonne duperil extrême
où s'expofe un fi cher
vainqueur.
On doute alors fi de
l'armée
Vendôme eft le chef ou
Hele bras.
O combien fon ame
Jallarınée,
luy fait affronter de
trépás ?
quelle gloire ! quel nou
veau luſtre w
il acquiert dans ce champ
Juin 1712. Aa
282 MERCURE
illuftre
où dés l'enfance il s'eſt
nourri !
peut-il , ce fang de nos
Monarques,
montrer par de plus nobles marques
qu'il eft digne du grand
Henri.
Qu'un jour au crime
fi funefte
eſt ſuivi d'une prompte
nuit !
les ombres dérobent le
GALANT 283
refte
au fer vengeur qui le
pourfuit.
Mufe, borne icy ta car
riere ,
laiffe à la Parque meurtriere
le foin d'achever ce
projet ;
Et toy , feul Maistre de
la terre ,
grand Dieu , favorife
une guerre
qui n'a que le Ciel pour
objet.
la mort d'un des plus grands
hommes de nôtre fiecle, c'eſt
Monfieur de Vendome ; cc
Juin 1712.
Z
+66 MERGURE
malheureux article merite
des Memoires que je ne
pourray
avoir que le mois
prochain
. Voicy
une Ode
faite par M. L. P. fur une
de fes conquêtes
.
T
LA BATAILLE
de Villa- viciofa.
ODE.I
Servant d'explication au fea
d'artifice que M. le Ďac
d'Albe a fait tirer pour
Dat
ce fujer.
Quelle vive ardeur
55,5 étincelle BauM
鉴
t
CALANT. 269
pour un Heros victorieux ?
c'eft l'amour d'un fujet
fidelle
qui s'ouvre un chemin
vers les Cicyx.
Seigneur, dit-il , Dieu "
fecourable,
voy toujours d'un œil "
A favorable
un Roy qui nous rend
triomphants ;
que toujours onl'aime, "
on le craigne ,
qu'il vive enfin , & "
Z ij
268 MERCURE
que fon
regne
s'éternife dans fes en
fants.
Subditionem obfequentiffimum
'Dux Alve
Vivat ®net,
Les Cieux fe declarent
propices ,
Dieu reçoit ces vœux
enflamez :
non , fous de plus heureux aufpices ,
jamais vœux ne furent
CALANT. 269
formez ,
vertus , Roy , ſujets , tout
confpire i
à deffendre un illuftre
Empire ,
fes fiers ennemis font
defaits ;
la terreur vole fur leurs
petraces : and han
Grand Dieu , que tes
premieres graces
nous prefagent d'autres
9 bienfaits.
fuyez , nations fremif
Z iij
470 MERGURE
fantes
que guide la rebellion ;
vos fureurs font trop inpuiffantes ,
fuyez , redoutez le Lion,
ne irritez pas davantage
refpectez un faint heritage
qui brave la flame & le
fera bos
c'eft cette pierre où tout
fe brife i
& que peuvent contre
l'Eglife
les portes mefmes de
1
GALANT. 178
l'enfer.
Fremuerunt gentes. On
Ecce vicit Leo,
i
Vains projets des Roys
de la terrex
Dieu les confond dans
un inftant
le fuccés d'une injuſte
guerre
perd les vainqueurs en
les flattant.
en vain la forrune prodigue
répand fes faveurs fur la
ligue ;
Z
ijij
72 MERGURE
ces monftres d'orgueil
ne font plus:
quel changement ! qui
l'eût pû croire ,
que tout le fruit de la
victoire
ne feroit que pour les
vaincus,?
Meditatifunt inania.
Pour calmer les juftes
allarmes
d'un peuple trahi par le
fort,
GALANT. 273
les vertus vont prendre
les armes ,
Lattendan tout de leur
effort :
qu'on me fuive , dit la "
Juftice ,
t
il faut que ma main “
accompliffe
l'ouvrage qu'elle a "
commencé ;
je n'ay befoin que
moy-mefime ,
de
pour maintenir le dia- "
dême
fur le front où je l'ay "s
274 MERCURE
5.La placé. vv 22
*
fedis tu Judicium prepratio
"
L
Mon fecours vous
eft neceffaire ,
dit la Conftance au
cœur d'airain ,
bientôt d'un fuperbe
adverfaire
la fureur n'aura plus
de frein ,
Gila foy des peuples
chancelle
GALANT. 275
c'eft moy qui répond “
de leur zele,
interrompt la Fidelité ,
l'Ibere manque - t - il
abd'audace , mop
quand la mort dont "
on le menace
luy promet l'immor- «
sb otalité. nolited ing
Non movebor in æternum.
Fideles in dilectione acquiefcent illi.
Mais quelle autre vertu
s'avance ?
276 MERGURE
quels honneurs ! quel
profond refpect ,
tout garde un augufte
filence
qu'impofe fon divin
alpect : ber
l'éclat de la Majeſté
fainte
qui brille au travers de
fa crainte
m'annonce la Religion ;
mais l'horreur dont elle
eft faifie ,
m'annonceencoremieux
l'Herefiere
GALANT. 277
•
elle en fuit la contagion,
Peuple , dit-elle ,
qu'on m'écoute :
le Ciel va vanger mon❝
affront ;
la foudre eft prête , &“
dans leur route
les prophanateurs periront :
Charles jufques aux
Autels m'affiege ,
lors que Philippe me
protege
qui des deux doit re
сс
278 MERCURE
gnerfur toyo
fouffrirois- tu la con- "
رو
currence ?
tu vois par cette
difference b !
lequel doit eftre ton
vray Roy.
Ꭵ
Iter impiorum peribit.
Elle dit , & le peuple
Zunvole,
tous brulent de remplir
Me fes voeux
on diroit que chaque
21parole
GALANT. 279
eft untrait de flâme
pour eux
tout eft foldat , tout fe
ranime ,
chaque bras choific fa
victime ; stroll
quels fleuves de fang
vont couler
l'ennemi tremblant
prend la fuite ; S
mais la mort prompte à
la pourfuite
va l'atteindre & va l'immoler. Mar
280 MERCURE
C'en eft fait dans
un fang impie
je vois par tout le fer
plongé
le noir facrilege s'expic,
l'outrage du Ciel eft
Cp vangé ; in
un faint4 zela entraîne
Philippe o took
au milieu des rangs qu'il
o diffiperom obvi
il s'abbandonnes à fon
grand coeur :
quel tranfport, Vendôme
luy mefme
GALANT 28F
s'étonne duperil extrême
où s'expofe un fi cher
vainqueur.
On doute alors fi de
l'armée
Vendôme eft le chef ou
Hele bras.
O combien fon ame
Jallarınée,
luy fait affronter de
trépás ?
quelle gloire ! quel nou
veau luſtre w
il acquiert dans ce champ
Juin 1712. Aa
282 MERCURE
illuftre
où dés l'enfance il s'eſt
nourri !
peut-il , ce fang de nos
Monarques,
montrer par de plus nobles marques
qu'il eft digne du grand
Henri.
Qu'un jour au crime
fi funefte
eſt ſuivi d'une prompte
nuit !
les ombres dérobent le
GALANT 283
refte
au fer vengeur qui le
pourfuit.
Mufe, borne icy ta car
riere ,
laiffe à la Parque meurtriere
le foin d'achever ce
projet ;
Et toy , feul Maistre de
la terre ,
grand Dieu , favorife
une guerre
qui n'a que le Ciel pour
objet.
Fermer
Résumé : LA BATAILLE de Villa-viciosa. ODE. Servant d'explication au feu d'artifice que M. le Duc d'Albe a fait tirer pour ce sujet.
Le Mercure de Juin 1712 annonce la mort de Monsieur de Vendôme, décrit comme l'un des plus grands hommes de son siècle. L'article mentionne également une ode composée par M. L. P. pour célébrer une des conquêtes de Vendôme. Cette ode explique un feu d'artifice tiré par le duc d'Albe pour commémorer une victoire. Le texte décrit la bataille de Villaviciosa, exaltant les vertus du roi, la fidélité des sujets et la défaite des ennemis. Il met en avant des vertus telles que la Justice, la Constance, la Fidélité et la Religion, qui soutiennent le roi et le peuple contre les forces rebelles. La Religion appelle à la vengeance divine contre les profanateurs et exhorte le peuple à suivre Philippe, le véritable roi. Le texte se termine par une description de la bravoure de Vendôme et de son dévouement, comparant sa gloire à celle du grand Henri. Vendôme est présenté comme un modèle de courage et de loyauté, dont les actions ont contribué à la victoire et à la stabilité du royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 42-59
MONSIEUR LE DUC de Vendosme.
Début :
Louis Joseph Duc de Vendosme, Pair de France, Prince de [...]
Mots clefs :
Duc de Vendôme, Mort, Général, Apprentissage, Armée, Commandement, Espagne, Roi, Siège, Campagne, Combat, Valeur, Victoire, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MONSIEUR LE DUC de Vendosme.
Ona différé l'article de
la mort de Monsieur de Vendosme jtifcytes à ce mois
- cy
pour avoir les memoires fui..
vantsy ileustfallu le differer
trop long-temps pourrecevoirle
détail de toutes les belles agitons
qu'il a
faites.
MONSIEUR LE DUC
de Vendosme lLOU[S joseph Duc de
Vendosme,Pair de France,
Prince de Martigues,Chevalier des Ordres du Roy,
Grand Senechal & Gouverneur de la Provence,
General des Galeres, mourutàVinaros leII. dumois
de juin,âgé de cinquante
huitans, petit fils du plus
grand Roy qui ait veseu
avant Louis le Grand ,dû_'
quel il estoitune image
vivante par le trait de son
visage
,
plus encore par
ceux de son ameIl donna dès son enfance des marques de ses raresqualitez
,
qui dans les
Princes font au dessusdes
qualitez heroïques, deson
humanité affable, généreux, compatissant donnanttout &c.
Il s'appliqua dès sa plus
tendre jeunesse à ce grand
m'estier dont il s'est servy
depuis plusieurs fois si uti-
lement pourrestablir les
affaires dans tous les lieux
où il a
esté appelle.
Dés l'âge de dix-sept
ans, il fut à la teste d'un.
Regiment d'Infanterie,&
il servit avec la mesme assiduitéque s'il avoitesperé
delà sa fortune.
Il fit son chemin avec la
mesme lenteur d'un particulier, & passa par tousles
dégrez, ce qui le rendit un
si grand General.
Il fit son apprentissage
fous Monsieur de Turenne
,
qui à cet âge
-
là luy
donnoit mille marques de
saconfiance.
Il repoussales ennemis
ayant son seulRégiment,
au combat d'Althenem où
il fut grievement blessé.
Après la mort de Monsieur de Turenne, il eut
pour Maistre Monsieur le
Mareschal de Crequy
,
&
fit voir dans toutes forte4
d'occasions combien il avoitprofité des leçons de
ces deux grands Généraux.
Tous les temps de paix
ont esté signaléc par ses
magnificencesdans sa belle Maison d'Anet, où il
donnoit presque tous les
ans des sestes à Monseigneur le Dauphin qui l'honoroit d'une tendre ami-
"hé qui n'aefté ignorée de
perfonneJamais le Roy n'adonné
à personne de sa Cour
,
de si grandes marques de
sa confiance; & Sa Majesté le fie bien paroistre
par laLettre qu'Elle luy
fit l'honneur de luy escrire en rassemblant sur sa
telle le Generalat des Ga-
leresau Gouvernement de
Provence.
Il faudrait une histoire
commecelle de Mezerec, sil'onvouloirraconter toutes les astions particulières
qu'il afaites avant de commander en chef, en Allemagne fousMonseigneur,
& fous Messieurs les Mareschaux de Duras & de
Lorge; en Flandres fous
Monsieur de Luxemborg,
où toute l'armée vit avec
plaisir que le gain du combat de Steinkerque fut deu
à un avis qu'il avoit donné.
<
A la Marfaille Monsieur
le Mareschal de Catinat
publia que c'estoit Monsieur de Vendosme qui s'estoit avisé la veille de mettre la droite à la gauche,
&la gauche à la droite,
afin d'opposer par la la
Gendarmerie aux Cuirassiers de l'Empereur
,
& il
chargea le lendemain, &
fit des actions surprenantes à la teste de cette Gendarmerie.
Les commandements
dans la Vallée de BarceJonnette
,
à Nice, ôc en
Provence suffiroient pour faire l'éloge d'un autre,
mais voyonsle comman- der en chef.
Le Roy luy donne le
commandement de l'armée de Catalogne, il y
arrive, trouve nostre armée decouragée, nos Grenadiers tremblanrs devant
les Miquelets; son arrivée
restablit tout
,
&¡;en une
campagne;il fait lever le
siege de plusieurs places,
Palamos
,
Ostallery, Calcet- soüilles, &c.
Il bat un gros corps de
Cavalerie, commande par
le Prince d'Armée, & se
seroit mis en estac de faire
le siege de Barcelonne dès
cette campagne, si la Cour
n'avoit trouve à propos de
differer à la suivante.
Quelfut ce siege de Barcelonne! Une grandeVille
qui ne peut estre investiè
,
défendue par une garnison
au dedans qui estoit aussi
forte qu'unearmée, & et
tant assiege tuy.
-
mesme
au dehors par une armée
aussi forte que la sienne,
commandée par le Vice-
roy
,
il commence par le
battre, & le mettre entièrement en deroute; & aprés
cinquante deux jours de
tranchéeouverte
,
il se
rend maître de cette place.
Tout le monde se souvient
encore des aétions furprenances qui se passerent à ce
siege ; & c'est bien dommage que la paresse de
Monsieur Capiftron Tait
empefehéde lesescrire La
< prisede cette Ville fit faire
la paix de Rifwik.
L'affairede Cremonearrive,Monsieur deVendos-
me y vole, on tremiroit à
voir sur la Carte les pays
donc les Ennemis estoient
emparez
,
& dont il les
cbufTi depuisfaine Nazaro,
& de l'Etradel, jusques à
Goito au delà de Mancouë
que l'armée de l'Empereur
tenoit bloqué, & dont il fit
lever le blocus après avoir
pris chemin faisant cinq
ou six places ausquelles il
fallut ouvrir la tranchée, ilbattitcette même Campagne Vice-conty à la Victoria, & gagna fous les or- dres du Roy d'espagne la
fameuse bataille de Luzara.
La Campagne ensuite il
penetra jusqu'à Trente
aprèsavoir pris cinq ou six
Chasteaux qui paroissoient
im prenables par leur situation, & revient à la fin de
la Campagne, battre le
mesme Vice-conty à S.
Sebastien prés d'Alexandrie, laisse le commandement de l'armée dePiémont
à Monsieur le Grand Prieur
son frere, retourne à celle
deLombardie sur la Sequia,
d'où il partit pour suivre
1.
Nuremberg, & pendant
prés de quinze jours battre
tous les soirs fort arriere
garde, marche qui fut
égalertt£ri£glorieuse à la
respectable opiniatreté de
ses grands rivaux.
Que de Villes prises en
1704. Ivrée, Verceil
,
&:
toutes les places de Monsieur de Savoye
,
Veruë priseaucommencement
de 1705. & ce Prince réduit
au seul Turin.
Le Combat de Cassan
où sa seule valeur alla plusieursfois arracherJ^;vicr
toire dans les bataillons
des Ennemis.
Quelle ouverture pour
la Campagne de 1706. que
la glorieuseaffaire de Calsinat, il l'aprojette à Mantoüe, fait ses dispositions,
& profite de la rigueur de
l'hyverquile mettoit dans
l'impossibilité de les executer
,
pour venir faire sa
cour au Roy, qu'il n'avoit
eu l'honneur de voir depuis
quatre ans, & dont il ne
pouvoit plus vivre essoigné,
reçoit à Anet les applaudissements de toute la Fran-
ce ,qui l'y traita pendant
tous les six jours qu'ily fut
avec une magnificence qui
jusques là n'avoit point eu
d'exemple. Il part enfin de
ce sejour de delices pour
aller executer son dessein
sur Calsinat le mesme jour
qu'ill'avoit projette, &
Monsieur le Prince Eugene
y
arriva à
temps pour estre
le tesmoin de savictoire.
Il est rappelled'Italie
pour aller commander l'armée de Flandres après le
malheur de Ramilly. Il y
trouve le Generaldes En-
nemis enSe de ses prosperitez
,
& prometrant à son
armée de la mener à Paris;
il rabu si bien foi} audace,
que les soldats luy disoient
tout haut que Bruxelles
n'en estoit pas le chemin.
Sa valeur sur tousjours
la mesme, mais la victoire
l'abandonna à Oudenarde,
peut estre pour relever sa
gloire. On ne voir jamais
un Heros toutentier quand
on ne le voit que dans la
prosperité.
Tout ce qui s'est passé
en Espagne est si nouveau,
que je ferois tort d'en donner des Mémoires à celuy
qui prendra le foin d'escrire ce qu'il a
fait depuis son
dernier départ d'Anet jusqua sa mort. On travaille
à present au Journal exact
de cette suite de belles actions qui ont affermi la
Couronne du Roy d'Espagné, quand ce Journal serafaitj'en donnerai un extrait.
la mort de Monsieur de Vendosme jtifcytes à ce mois
- cy
pour avoir les memoires fui..
vantsy ileustfallu le differer
trop long-temps pourrecevoirle
détail de toutes les belles agitons
qu'il a
faites.
MONSIEUR LE DUC
de Vendosme lLOU[S joseph Duc de
Vendosme,Pair de France,
Prince de Martigues,Chevalier des Ordres du Roy,
Grand Senechal & Gouverneur de la Provence,
General des Galeres, mourutàVinaros leII. dumois
de juin,âgé de cinquante
huitans, petit fils du plus
grand Roy qui ait veseu
avant Louis le Grand ,dû_'
quel il estoitune image
vivante par le trait de son
visage
,
plus encore par
ceux de son ameIl donna dès son enfance des marques de ses raresqualitez
,
qui dans les
Princes font au dessusdes
qualitez heroïques, deson
humanité affable, généreux, compatissant donnanttout &c.
Il s'appliqua dès sa plus
tendre jeunesse à ce grand
m'estier dont il s'est servy
depuis plusieurs fois si uti-
lement pourrestablir les
affaires dans tous les lieux
où il a
esté appelle.
Dés l'âge de dix-sept
ans, il fut à la teste d'un.
Regiment d'Infanterie,&
il servit avec la mesme assiduitéque s'il avoitesperé
delà sa fortune.
Il fit son chemin avec la
mesme lenteur d'un particulier, & passa par tousles
dégrez, ce qui le rendit un
si grand General.
Il fit son apprentissage
fous Monsieur de Turenne
,
qui à cet âge
-
là luy
donnoit mille marques de
saconfiance.
Il repoussales ennemis
ayant son seulRégiment,
au combat d'Althenem où
il fut grievement blessé.
Après la mort de Monsieur de Turenne, il eut
pour Maistre Monsieur le
Mareschal de Crequy
,
&
fit voir dans toutes forte4
d'occasions combien il avoitprofité des leçons de
ces deux grands Généraux.
Tous les temps de paix
ont esté signaléc par ses
magnificencesdans sa belle Maison d'Anet, où il
donnoit presque tous les
ans des sestes à Monseigneur le Dauphin qui l'honoroit d'une tendre ami-
"hé qui n'aefté ignorée de
perfonneJamais le Roy n'adonné
à personne de sa Cour
,
de si grandes marques de
sa confiance; & Sa Majesté le fie bien paroistre
par laLettre qu'Elle luy
fit l'honneur de luy escrire en rassemblant sur sa
telle le Generalat des Ga-
leresau Gouvernement de
Provence.
Il faudrait une histoire
commecelle de Mezerec, sil'onvouloirraconter toutes les astions particulières
qu'il afaites avant de commander en chef, en Allemagne fousMonseigneur,
& fous Messieurs les Mareschaux de Duras & de
Lorge; en Flandres fous
Monsieur de Luxemborg,
où toute l'armée vit avec
plaisir que le gain du combat de Steinkerque fut deu
à un avis qu'il avoit donné.
<
A la Marfaille Monsieur
le Mareschal de Catinat
publia que c'estoit Monsieur de Vendosme qui s'estoit avisé la veille de mettre la droite à la gauche,
&la gauche à la droite,
afin d'opposer par la la
Gendarmerie aux Cuirassiers de l'Empereur
,
& il
chargea le lendemain, &
fit des actions surprenantes à la teste de cette Gendarmerie.
Les commandements
dans la Vallée de BarceJonnette
,
à Nice, ôc en
Provence suffiroient pour faire l'éloge d'un autre,
mais voyonsle comman- der en chef.
Le Roy luy donne le
commandement de l'armée de Catalogne, il y
arrive, trouve nostre armée decouragée, nos Grenadiers tremblanrs devant
les Miquelets; son arrivée
restablit tout
,
&¡;en une
campagne;il fait lever le
siege de plusieurs places,
Palamos
,
Ostallery, Calcet- soüilles, &c.
Il bat un gros corps de
Cavalerie, commande par
le Prince d'Armée, & se
seroit mis en estac de faire
le siege de Barcelonne dès
cette campagne, si la Cour
n'avoit trouve à propos de
differer à la suivante.
Quelfut ce siege de Barcelonne! Une grandeVille
qui ne peut estre investiè
,
défendue par une garnison
au dedans qui estoit aussi
forte qu'unearmée, & et
tant assiege tuy.
-
mesme
au dehors par une armée
aussi forte que la sienne,
commandée par le Vice-
roy
,
il commence par le
battre, & le mettre entièrement en deroute; & aprés
cinquante deux jours de
tranchéeouverte
,
il se
rend maître de cette place.
Tout le monde se souvient
encore des aétions furprenances qui se passerent à ce
siege ; & c'est bien dommage que la paresse de
Monsieur Capiftron Tait
empefehéde lesescrire La
< prisede cette Ville fit faire
la paix de Rifwik.
L'affairede Cremonearrive,Monsieur deVendos-
me y vole, on tremiroit à
voir sur la Carte les pays
donc les Ennemis estoient
emparez
,
& dont il les
cbufTi depuisfaine Nazaro,
& de l'Etradel, jusques à
Goito au delà de Mancouë
que l'armée de l'Empereur
tenoit bloqué, & dont il fit
lever le blocus après avoir
pris chemin faisant cinq
ou six places ausquelles il
fallut ouvrir la tranchée, ilbattitcette même Campagne Vice-conty à la Victoria, & gagna fous les or- dres du Roy d'espagne la
fameuse bataille de Luzara.
La Campagne ensuite il
penetra jusqu'à Trente
aprèsavoir pris cinq ou six
Chasteaux qui paroissoient
im prenables par leur situation, & revient à la fin de
la Campagne, battre le
mesme Vice-conty à S.
Sebastien prés d'Alexandrie, laisse le commandement de l'armée dePiémont
à Monsieur le Grand Prieur
son frere, retourne à celle
deLombardie sur la Sequia,
d'où il partit pour suivre
1.
Nuremberg, & pendant
prés de quinze jours battre
tous les soirs fort arriere
garde, marche qui fut
égalertt£ri£glorieuse à la
respectable opiniatreté de
ses grands rivaux.
Que de Villes prises en
1704. Ivrée, Verceil
,
&:
toutes les places de Monsieur de Savoye
,
Veruë priseaucommencement
de 1705. & ce Prince réduit
au seul Turin.
Le Combat de Cassan
où sa seule valeur alla plusieursfois arracherJ^;vicr
toire dans les bataillons
des Ennemis.
Quelle ouverture pour
la Campagne de 1706. que
la glorieuseaffaire de Calsinat, il l'aprojette à Mantoüe, fait ses dispositions,
& profite de la rigueur de
l'hyverquile mettoit dans
l'impossibilité de les executer
,
pour venir faire sa
cour au Roy, qu'il n'avoit
eu l'honneur de voir depuis
quatre ans, & dont il ne
pouvoit plus vivre essoigné,
reçoit à Anet les applaudissements de toute la Fran-
ce ,qui l'y traita pendant
tous les six jours qu'ily fut
avec une magnificence qui
jusques là n'avoit point eu
d'exemple. Il part enfin de
ce sejour de delices pour
aller executer son dessein
sur Calsinat le mesme jour
qu'ill'avoit projette, &
Monsieur le Prince Eugene
y
arriva à
temps pour estre
le tesmoin de savictoire.
Il est rappelled'Italie
pour aller commander l'armée de Flandres après le
malheur de Ramilly. Il y
trouve le Generaldes En-
nemis enSe de ses prosperitez
,
& prometrant à son
armée de la mener à Paris;
il rabu si bien foi} audace,
que les soldats luy disoient
tout haut que Bruxelles
n'en estoit pas le chemin.
Sa valeur sur tousjours
la mesme, mais la victoire
l'abandonna à Oudenarde,
peut estre pour relever sa
gloire. On ne voir jamais
un Heros toutentier quand
on ne le voit que dans la
prosperité.
Tout ce qui s'est passé
en Espagne est si nouveau,
que je ferois tort d'en donner des Mémoires à celuy
qui prendra le foin d'escrire ce qu'il a
fait depuis son
dernier départ d'Anet jusqua sa mort. On travaille
à present au Journal exact
de cette suite de belles actions qui ont affermi la
Couronne du Roy d'Espagné, quand ce Journal serafaitj'en donnerai un extrait.
Fermer
Résumé : MONSIEUR LE DUC de Vendosme.
Le texte relate la vie et les exploits militaires de Louis Joseph de Vendôme, Duc de Vendôme, Pair de France, Prince de Martigues, Chevalier des Ordres du Roy, Grand Sénéchal et Gouverneur de la Provence, et Général des Galères. Né petit-fils d'un grand roi, il montra dès son enfance des qualités rares telles que l'humanité, l'affabilité, la générosité et la compassion. Il s'illustra très tôt dans sa carrière militaire, servant avec assiduité et gravissant les échelons jusqu'à devenir un grand général. Sous la tutelle de Turenne et de Crequy, il participa à de nombreuses batailles, comme celle d'Altenheim où il fut grièvement blessé. Il se distingua également lors des sièges de Barcelone et de Cremone, et dans diverses campagnes en Allemagne, en Flandres et en Italie. Ses actions militaires, telles que la prise de plusieurs villes et la victoire à la bataille de Luzara, contribuèrent à affermir la couronne du Roi d'Espagne. Le Duc de Vendôme était également connu pour sa magnificence et son hospitalité, notamment lors des séjours du Dauphin à sa maison d'Anet. Il reçut de grandes marques de confiance du Roi, qui lui confia divers commandements importants. Sa carrière militaire fut marquée par des succès notables, bien que la victoire lui ait parfois échappé, comme à la bataille d'Oudenarde. Le texte mentionne également la préparation d'un journal détaillant ses actions en Espagne, soulignant l'impact de ses exploits sur la couronne espagnole.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 170-186
MORT.
Début :
Milord Richard Cromwel, fils aîné d'Olivier Cromwel, si fameux [...]
Mots clefs :
Olivier Cromwel, Londres, Angleterre, Protecteur, Aldermans, Richard Cromwel, Mort, Gentilhomme, Supplice, Honneur, Parlement, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORT.
MORT.
v./Milord Richard Cromyvel, fils aîné d'Olivier
Cromvvel
,
si fameux dans
Hiiftoire, d'Angleterre,
mourut à Lpndjjes le 2,4,
juillet 1712. âgé de quatrevingt-dix ans;lequel, aprés
la mort de son pere, arrivée le 13. Septembre1658.
fut déclaré protecteur avec
une promptitudenecessaire
ence rencontre,& le privé
Conseils'étant assemblé,
delibera sur la nomination
que le défunt avoit faite de
la personne de son fils aîné: ce qui futagréé unanimement de toute l'Angleterre, & ensuite il fut proclamé le lendemain14. par
tous leslieux dela-ville de
Londres, avec
grande fo*
lemnité, &il setrouvaun
grand concours de peuple.
La proclamation etoit conçûë en cestermes, & publiée àhautevoix par le
Roy d'armes.
Comme il a
plûà Dieu
par sa providence retirerdu
mondele Serenissime & renomméOlivier, Seigneur
procecteurdecetteRépublique, SonAlcesseapendant savie;,félonl'humble
requête & avis du Parlement, declaré & ordonné
le trés-noble & illustre Seigneur Richard, son fils aî-
-i
né,pour luisucceder dans
le gouvernements de ces
Nations.Nous,duduprivé
Conseil,avecMilord Maire
& les Aldermans de Londres, lesOfficiers de l'armée, & plusieursautres des
principaux de la Noblesse,
publions & declarons d'une
communevoix,&d'un consentement general, de langue & de cœur, ledit noble
& illustre Seigneur Richard
être justement protecteur
de cette République d'Angleterre, d'Ecosse & d'Irlande, & des Seigneuries 8e
Territoires qui en dépendent; en sorte que nous reconnoissionsluidevoirtoute fidélité ÔQ inviolable
obeïssance,selon les loix ôs
ladite humble requête &
avis; avec toute affeéèiol\
cordiale: suppliant le Seigneur, par qui lesPrinces
regnent,delebenir d'une
longue vie, & de combler
ces Nations de bonheur
sous son gouvernement.
L'apresdînée le Maire
les Aldermans vinrent en
ceremonie trouver Son AltesseàVvitheal, pour fë
condouloir avec elle, au
nom de tous lespeuples de
Londres,de laperte de Milord sonpere,& la feliciter
pareillement de son élection en qualité de protecteur ; ce qu'ayant fait en
presence des Seigneurs du
Conseil, qui s'y étoientexprés trouvez,ce Maire remit l'épée de la ville entre
les mains de Son Altesse,
quila lui rendit aussitôt.
Cette proclamation &reconnoissance étant faite,
il reçut quantité d'Adresses.
des Juges de paix, des Mi>-
niftres,&Genjilsl^ommes,
en un motde toutes les \iU
ks des Royaumes.Ilfitplusieursreglemenspourla sûreté publique.
Le 24. Février. 1659. le
Parlement nouveaud'Angleterre fut assemblé, le
reconnut pour proted:ew:;.
&-suprêmeMagistratd'Angleterre,d'Ecosse & d'Ir-.
lande; &par son Ordonnance du 3. May suivantil
cassa & dissouditle Parlement pour plusieursraisons
importantes, parce que le
parti du Roy CharlesII.
commençoitàéclater fi*
bienque ce futla derniere
action qu'ilfitenqualité de
protecteur, parce que la
jalousie& la défiance s'étant glissées contre ce nouveaUi¡ Parlement & corure
le protecteur,que le parti
contraireapprehendoit qu'-
on ne declarât Roy, firent
agirlesOfficiers de l'armée,
qui après plusieursassemblées resolurentde rétablir
l'ancienParlement qui avoit été cassé par le défunt
protecteur ,& firent une
Ordonnancepourson réta-
blissement,promettant leur
assistance; ce qui fut fait^
& aprés les Officiers prélenterent Requête àce Parlement rétabli, & demanderent quelestrois Nations
fussent regies fous le gouvernement d'un Etat libre
sans Protecteur, Royauté,
ni Chambre desSeigneurs,
& un Comité,futchargé
d'aller trouverMilord Richard Cromvvel pour lui
proposer d'acquiescer au
Gouvernement; ce qu'il fit
par écrit, & son frere Henny Cromvvel ,Viceroy d'Ii:./
lande, se démitde son autorité parordre duParlement
entre les mains de deux,
Commissaires,&vintrendre
compte de sa gestion; aprèsquoy onlui permit de se retirer en tellieu,dela campagne qu'illui plairoit.
Cependant les Chevaliers Georges Booth, &,.
Thomas Middletonprirent
les armes en sa, Comté de
Chester pour le Roy d'Ari,
glecerre ,Nqui y,sur proclawe&tout le gouvernement
d'Angleterre fut cliangé,,
&l'ancien Parlement fut
cassé par l'autorité des Offî-1
ciers destroupes comman:
dées parle General Morek,
qui étoit le plusfort. Il vint:
à Londres, où ayant été re-*
çûavechonneur ce furItii^qui procuralacafîàtionL
de l'ancien Parlement, &l
l'établissement. d'un nou«v
veau; , composé d'unç
Chambre des Seigneurs ÔC
d'une Chambre des Communes. Ce nouveau Parlement reconnut pour Roy.
Charles II. du nom , qui
pour lors étoit aux PaysBas yôc il paira. en Angle-
terre le 4.Juin166o.foc
reçuà, Douvrespar 1le General Morek,àlatètede
.4000. Gentilshommes;&
quatre joursaprèsilfit ion
crLcreeaLondres, accorda
une amnistie& un pardon
général des troubles passez,
Jt l'exclusion de vingt-huit
personnes qui avoient eu
part àla mortduRoy son
Pere., dont quelques-uns
furentpunis du dernier supplice.
Comme je ne pretens
point traiter de l'histoire
d'Angleterre, qu'il faudroit
-des" volumes entiers pour
la contenir,n'ayant fait ce
traité qu'au sujet de la mort
-de Richard Cromvvel, &
pour faire connoître ce qui
arriva après la mort d'Oliviersonpere jusqu'au réra-
"!blilfement du RoyCharles
II. il est necessaire de dire
quelque chose des entreprises dudit OlivierCromwel.
Olivier Cromvvel3 simple Gentilhomme, devint
fort capable par son application à l'étude de l'Histoire &de la Politique, fut
d'abord Capitaine de cavalerie dans l'armée des re,
belescontrele Roy Charles
premier, fous l'autorité du
Parlement. En 1641. il s'avança dans les Charges militaires
, par sasouplesse &
parson courage il devint
Commissaire général de
l'armée Parlementaire,que
Thomas Farfax commandoit contre son Souverain.
Il défit le Duc de Bukingham, & broiiilla son Prince légitimeirreconciliablement avec le Parlement,
& il fut le principal auteur
d'un attentat incroyableà
la posterité, par le juge.
ment qui fut renducontre
9c Roy Charles premier,
lui firentcouper latêtesur
un échafaut en public le 9. Février 1648. Cet homme
ayant joint l'artifice, laviolence, la perfidie,le faux
zele de justice & de religion, devint l'exemple d'une élévation outrée; si bien
que leRoyétantmort, il
ne songea plus ou-à regner
sanstrône &sansle nom de
Roy, ayant pris celui de
Protecteur, & exerça une
-
puis-
sanceabsoluë jusques à sa
mort,arrivée letreize Septembre 1658. fut enterré avec la magnificenceRoyale
dans le tombeau des Rois,
ayant les habits Royaux, la
couronne sur la tête, le
sceptre &; le globe Royal
en main: mais le Roy Charles fecond ne fut pas plûtôt rentré à Londres,& a- prés f011 couronnement,
qu'il fit déterrer son cadavre, & ceux d'Mon & de
Bradeshau,&lesfit attacher
au gibet public; ensuite on
fit une fosse profonde au bas
du gibet, où on les jett£>
dedans. La tête de Crom^
vvel fut mise sur un pieu,
& posée où elle cft. encore,
sur la salle où le Roy Charks premier aété jugé indignement par ses sujets beles. reAinsivoila la fin de
cette grande élévation d'un
homme qui aété fameux
tyran en Angleterre sous
le nom, de protecteur; de
ce Royaume.
v./Milord Richard Cromyvel, fils aîné d'Olivier
Cromvvel
,
si fameux dans
Hiiftoire, d'Angleterre,
mourut à Lpndjjes le 2,4,
juillet 1712. âgé de quatrevingt-dix ans;lequel, aprés
la mort de son pere, arrivée le 13. Septembre1658.
fut déclaré protecteur avec
une promptitudenecessaire
ence rencontre,& le privé
Conseils'étant assemblé,
delibera sur la nomination
que le défunt avoit faite de
la personne de son fils aîné: ce qui futagréé unanimement de toute l'Angleterre, & ensuite il fut proclamé le lendemain14. par
tous leslieux dela-ville de
Londres, avec
grande fo*
lemnité, &il setrouvaun
grand concours de peuple.
La proclamation etoit conçûë en cestermes, & publiée àhautevoix par le
Roy d'armes.
Comme il a
plûà Dieu
par sa providence retirerdu
mondele Serenissime & renomméOlivier, Seigneur
procecteurdecetteRépublique, SonAlcesseapendant savie;,félonl'humble
requête & avis du Parlement, declaré & ordonné
le trés-noble & illustre Seigneur Richard, son fils aî-
-i
né,pour luisucceder dans
le gouvernements de ces
Nations.Nous,duduprivé
Conseil,avecMilord Maire
& les Aldermans de Londres, lesOfficiers de l'armée, & plusieursautres des
principaux de la Noblesse,
publions & declarons d'une
communevoix,&d'un consentement general, de langue & de cœur, ledit noble
& illustre Seigneur Richard
être justement protecteur
de cette République d'Angleterre, d'Ecosse & d'Irlande, & des Seigneuries 8e
Territoires qui en dépendent; en sorte que nous reconnoissionsluidevoirtoute fidélité ÔQ inviolable
obeïssance,selon les loix ôs
ladite humble requête &
avis; avec toute affeéèiol\
cordiale: suppliant le Seigneur, par qui lesPrinces
regnent,delebenir d'une
longue vie, & de combler
ces Nations de bonheur
sous son gouvernement.
L'apresdînée le Maire
les Aldermans vinrent en
ceremonie trouver Son AltesseàVvitheal, pour fë
condouloir avec elle, au
nom de tous lespeuples de
Londres,de laperte de Milord sonpere,& la feliciter
pareillement de son élection en qualité de protecteur ; ce qu'ayant fait en
presence des Seigneurs du
Conseil, qui s'y étoientexprés trouvez,ce Maire remit l'épée de la ville entre
les mains de Son Altesse,
quila lui rendit aussitôt.
Cette proclamation &reconnoissance étant faite,
il reçut quantité d'Adresses.
des Juges de paix, des Mi>-
niftres,&Genjilsl^ommes,
en un motde toutes les \iU
ks des Royaumes.Ilfitplusieursreglemenspourla sûreté publique.
Le 24. Février. 1659. le
Parlement nouveaud'Angleterre fut assemblé, le
reconnut pour proted:ew:;.
&-suprêmeMagistratd'Angleterre,d'Ecosse & d'Ir-.
lande; &par son Ordonnance du 3. May suivantil
cassa & dissouditle Parlement pour plusieursraisons
importantes, parce que le
parti du Roy CharlesII.
commençoitàéclater fi*
bienque ce futla derniere
action qu'ilfitenqualité de
protecteur, parce que la
jalousie& la défiance s'étant glissées contre ce nouveaUi¡ Parlement & corure
le protecteur,que le parti
contraireapprehendoit qu'-
on ne declarât Roy, firent
agirlesOfficiers de l'armée,
qui après plusieursassemblées resolurentde rétablir
l'ancienParlement qui avoit été cassé par le défunt
protecteur ,& firent une
Ordonnancepourson réta-
blissement,promettant leur
assistance; ce qui fut fait^
& aprés les Officiers prélenterent Requête àce Parlement rétabli, & demanderent quelestrois Nations
fussent regies fous le gouvernement d'un Etat libre
sans Protecteur, Royauté,
ni Chambre desSeigneurs,
& un Comité,futchargé
d'aller trouverMilord Richard Cromvvel pour lui
proposer d'acquiescer au
Gouvernement; ce qu'il fit
par écrit, & son frere Henny Cromvvel ,Viceroy d'Ii:./
lande, se démitde son autorité parordre duParlement
entre les mains de deux,
Commissaires,&vintrendre
compte de sa gestion; aprèsquoy onlui permit de se retirer en tellieu,dela campagne qu'illui plairoit.
Cependant les Chevaliers Georges Booth, &,.
Thomas Middletonprirent
les armes en sa, Comté de
Chester pour le Roy d'Ari,
glecerre ,Nqui y,sur proclawe&tout le gouvernement
d'Angleterre fut cliangé,,
&l'ancien Parlement fut
cassé par l'autorité des Offî-1
ciers destroupes comman:
dées parle General Morek,
qui étoit le plusfort. Il vint:
à Londres, où ayant été re-*
çûavechonneur ce furItii^qui procuralacafîàtionL
de l'ancien Parlement, &l
l'établissement. d'un nou«v
veau; , composé d'unç
Chambre des Seigneurs ÔC
d'une Chambre des Communes. Ce nouveau Parlement reconnut pour Roy.
Charles II. du nom , qui
pour lors étoit aux PaysBas yôc il paira. en Angle-
terre le 4.Juin166o.foc
reçuà, Douvrespar 1le General Morek,àlatètede
.4000. Gentilshommes;&
quatre joursaprèsilfit ion
crLcreeaLondres, accorda
une amnistie& un pardon
général des troubles passez,
Jt l'exclusion de vingt-huit
personnes qui avoient eu
part àla mortduRoy son
Pere., dont quelques-uns
furentpunis du dernier supplice.
Comme je ne pretens
point traiter de l'histoire
d'Angleterre, qu'il faudroit
-des" volumes entiers pour
la contenir,n'ayant fait ce
traité qu'au sujet de la mort
-de Richard Cromvvel, &
pour faire connoître ce qui
arriva après la mort d'Oliviersonpere jusqu'au réra-
"!blilfement du RoyCharles
II. il est necessaire de dire
quelque chose des entreprises dudit OlivierCromwel.
Olivier Cromvvel3 simple Gentilhomme, devint
fort capable par son application à l'étude de l'Histoire &de la Politique, fut
d'abord Capitaine de cavalerie dans l'armée des re,
belescontrele Roy Charles
premier, fous l'autorité du
Parlement. En 1641. il s'avança dans les Charges militaires
, par sasouplesse &
parson courage il devint
Commissaire général de
l'armée Parlementaire,que
Thomas Farfax commandoit contre son Souverain.
Il défit le Duc de Bukingham, & broiiilla son Prince légitimeirreconciliablement avec le Parlement,
& il fut le principal auteur
d'un attentat incroyableà
la posterité, par le juge.
ment qui fut renducontre
9c Roy Charles premier,
lui firentcouper latêtesur
un échafaut en public le 9. Février 1648. Cet homme
ayant joint l'artifice, laviolence, la perfidie,le faux
zele de justice & de religion, devint l'exemple d'une élévation outrée; si bien
que leRoyétantmort, il
ne songea plus ou-à regner
sanstrône &sansle nom de
Roy, ayant pris celui de
Protecteur, & exerça une
-
puis-
sanceabsoluë jusques à sa
mort,arrivée letreize Septembre 1658. fut enterré avec la magnificenceRoyale
dans le tombeau des Rois,
ayant les habits Royaux, la
couronne sur la tête, le
sceptre &; le globe Royal
en main: mais le Roy Charles fecond ne fut pas plûtôt rentré à Londres,& a- prés f011 couronnement,
qu'il fit déterrer son cadavre, & ceux d'Mon & de
Bradeshau,&lesfit attacher
au gibet public; ensuite on
fit une fosse profonde au bas
du gibet, où on les jett£>
dedans. La tête de Crom^
vvel fut mise sur un pieu,
& posée où elle cft. encore,
sur la salle où le Roy Charks premier aété jugé indignement par ses sujets beles. reAinsivoila la fin de
cette grande élévation d'un
homme qui aété fameux
tyran en Angleterre sous
le nom, de protecteur; de
ce Royaume.
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Résumé : MORT.
Le texte relate la vie et la mort de Richard Cromwell, fils aîné d'Olivier Cromwell, une figure emblématique de l'histoire anglaise. Richard Cromwell est décédé à Londres le 24 juillet 1712 à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Après la mort de son père, survenue le 13 septembre 1658, Richard a été déclaré protecteur de la République d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Cette nomination a été approuvée unanimement par le Parlement et proclamée le 14 septembre avec une grande solennité. La proclamation a été publiée à haute voix par le Roi d'armes, reconnaissant Richard Cromwell comme successeur de son père. Richard Cromwell a reçu des adresses de diverses autorités et a pris plusieurs mesures pour la sécurité publique. Cependant, en février 1659, le Parlement nouvellement assemblé l'a reconnu comme protecteur suprême, mais l'a dissous en mai de la même année en raison de tensions politiques. Les officiers de l'armée ont ensuite rétabli l'ancien Parlement, mettant fin au protectorat de Richard Cromwell. Les partisans du roi Charles II ont pris les armes, et le général Monk a restauré Charles II sur le trône le 4 juin 1660. Charles II a accordé une amnistie générale, à l'exception de vingt-huit personnes impliquées dans la mort de son père. Le texte mentionne également la vie d'Olivier Cromwell, qui est passé de simple gentilhomme à protecteur après avoir joué un rôle clé dans la guerre civile anglaise. Il a été l'un des principaux responsables de l'exécution du roi Charles Ier en 1648 et a exercé une puissance absolue jusqu'à sa mort en 1658. Après la restauration de Charles II, le cadavre d'Olivier Cromwell a été exhumé et exposé publiquement, marquant la fin de son règne tyrannique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 162-168
ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Début :
A Dieu, mes chers moutons, errez à l'avanture; [...]
Mots clefs :
Berger, Moutons, Iris, Mort, Pleurs, Adieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
ADIEU D'IRIS
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
àfes moutons , fur la
mort de fon Berger,
EGLOGUE.
ADieu , mes chers moutons , errez àl'a
at vanture ; NO
Fai perdu mon Berger
j'abandonne mon
chien:
S'il plaît aux Dieux je
n'aimerai plus rien
GALANT.. 161
Quifoitfujet auxloix de
la nature.
23 424
Mon cœur,pourſe nourourirde fes cruels
ennuiss
Ne chercheplus que larestraites his
En vous congediant je
brife ma boulette ,
Je ne puis vous garder en
Létat oùjefuis. LL
Votre voix , chers moutons , n'est pas affez
O ij
164 MERCURE
Larisaplaintive ,
Pourflaserla langueur où
m'ont reduit mes
maux
Je vais mêler mes plours:
à cette onde attentive.
Partez LaiffeZ- moyfeule,
indolens animaux.
Mais non, vos bélemens
fonttriſtes , dites-vous,
Il n'importe partez ; je
vousplains , je vous
aime: **
Mais quand je ne puis
GALANT rất
men dans mes maux
O
apoursmoy- même,
Helas , que pourrois –je
·pourvous 2
Ne vous repofez plusfür
L'amitié fincere
Qu'ont toujours eu pour
moy les bergers d'awalentour;
Le mien étoit conftant , il
a perdu le jour,
Helas!il n'en estplus d'un
pareil caractere..
?
166 MERCURE
Puiffiez- vous, attentifs à
côtre sûreté, wolvi
Kous garantir des loups
&des orages ;
Puiffiez - vous en repos
dans degraspâturages
Trouverfans moy. vôtre
felicités
Mais puiffiez - vous plûStốt, 6 vous plaines
fertilesy
Trouverl'hiver dans tou
tes lesfaifons;
Je vois avec douleur vos
GALANT. 167
»fleurs &vos moiffons
Mon berger ne vit plus
que n'êtes -vous ſte
riles ?
Pardonnez , chers moutons , fi defon verd
charmant
Ma douleur voudroit
voir dépouiller la nature st
Qu'elleproduifefeulement
Ce qu'il faut pour votre
Pature..
168 MERCURE
Ainfi l'aimable Iris fur
lesbordsdunruiffeau
Livrée àfa douleur mortelle
Eloignoit à regrespourjamais d'auprés d'elle
Son trifle &fidele trou
peau..
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Résumé : ADIEU D'IRIS à ses moutons, sur la mort de son Berger. EGLOGUE.
Le texte 'Adieu d'Iris' est une églogue qui relate la douleur d'Iris après la perte de son berger. Iris annonce à ses moutons qu'elle les quitte, incapable de supporter les cruels ennuis qui l'accablent. Elle souhaite se retirer dans la solitude et les congédie, bien qu'elle les aime et les plaigne. Iris regrette de ne plus pouvoir leur offrir l'amitié sincère qu'elle avait reçue des bergers voisins. Elle espère que ses moutons trouveront sécurité et bonheur malgré son absence. Iris observe avec tristesse les fleurs et les moissons, se demandant pourquoi les moutons ne sont pas stériles, souhaitant que la nature ne produise que ce qui est nécessaire à leur pâture. Enfin, Iris, submergée par sa douleur, s'éloigne à jamais de son trépied et de son troupeau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 97-120
LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
Début :
UN riche Marchand, homme capricieux, ayant toujours été heureux dans [...]
Mots clefs :
Gênes, Mort, Marchand, Voyage, Perte, Peur, Avarice, Mariage, Départ, Femme, Caprice, Vaisseau, Chute, Séparation, Catastrophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
LETTRE DE GENES.
Evénement singulierd'une mort
arrivée au mois de Juin1712.
UN riche Marchand,
hône capricieux, ayant
toûjours été heureux
dans son commerce, avoit en tête que le premier voyage qu'il feroit
lui porteroit malheur
cependant il risquoitde
perdre une sommeconfiderable s'il nerctournoit
affzz-dc-bica poursupporter cette perte, &
dans. un moment où son
avarice l'emportoit fu*.
la peur qu'il s'étoit mise -
dans l'esprit
,
il se determina à partir quelquesjours aprés.
A la veille- de son départ la peur le reprit, Se
il se mit en-tête d'achever de se rendre amoureux d'une très- belle
personne, qu'il-avoit
vuë, afin que son amour
se joignant à sa peur,
l'avaricedevînt la moins
forte. En effetcet amour luireüssit, S6 devint si
violent, qu'ayant resolu
de ne plus s'exposer sur
mer, ilsemaria, pour fortifier sa resolution. Les
complaisances que sa
femme eut pour lui la
rendaient digne deson
attachement & n'ayant
nul su jet des'enplaindre,
un de Ces capricesle prit,
&ils'imaginaqu'ilman-
quoità son bonheur une
femme dont l'amourfust
à l'épreuved'une absence
de six mois. Il crutaussi
par cette absence se preparer un renouvellement de passion, dont il
croyoitavoir besoin, à
cause d'un refroidissement qu'il commençoit
à sentir. Sur ces entrefaites il reçut une lettre
de son correspondant
,
qui lui proposoit un bon
coup à faire,pourvu qu'-
il fist aux Indes un voyage de sept à huit mois.
L'occasion d'un vaisseau
&: d'un ami qui partoit,
le determinerent.
Jamais départ d'unmari ne fut plus sensible à
une femme: elle vouloit
absolument suivre son
mari dans ce voyage, &
en fit de si tend res instances, que son mari qui
changeoit souvent de
fantaisies, crut que l'épreuve d'un tel voyage é-
toit aussi feure pour l'amour d'une femmeque
celle de l'absence.Il pria
son ami deretarder quelques jours le départ du
navire dont il croitmaître :
mais l'ami n'employa ce peu de jours
qu'à s'opposer au départ
de la femme, & represensa au mari qu'il ne
devoit pas l'exposeraux
fatigues& aux perils de
la mer, pour le seul plaisir de contenter son ca-
price.Enfin le mari se
rendit, la femme obeïtJ
resta, & le navire partit.
L'ami ressentit en partant une joye & une
douleur qui avoient des
causes differentes,il étoit
devenu passionnément
amoureux de cette semme,dont la beautél'avoit
frapé d'abord. Les rendres adieux qu'elle fit à
son mari achevevent (tu
lecharmer.IlfalotJonc
quitter cequ'il aimoit,
voila sa dou leur: mais il
étoit honnête liomiiiç
bon ami, Ez il futravi
d'avoirempêché la femme de s'embarquerade
s'en separerpour tâcher
de l'ou blier.Mais commenteût-ilpû l'oublier?
sonmari ne luiparlait
d'aucrechose. Imaginezvousquel embarras étoit
le lien; son ami n'avoit
pas d'autre plaisir quecet
entretien, qui faisoit son
suplice par la contrainte
où il setrouvait. Elle fut
pousséeau point, quel'ami ne voulant pas absolument que le mari lui
parlât de sa femme, le
mari soupçonna la chose. Il n'étoit naturellement que capricieux,
& peu jaloux } & l'ami
setrouvant contraint de
luitoutavouer,lui dit en
même temps qu'il nedevoit pascraindre qu'ilrevît jamais sa femme, puis
qu'il avoit voulu de si
bonne foi s'en separer.En
effet des que le marieut
fait ses affaires, l'ami le
pressaderetournerseul à
Genes,&montaun autre
vaisseau qui venoit en
France,où il avoitenvie
de se venir établir,même
avant son avanture. Ainsi les deux amis se dirent
adieu pour toute la vie.
Le Marchand mari
fut plus song-temps sur
mer qu'ilnecroyoit, Se
battu d'une tempête,
fut contraint de relâcher à larade de. Il
fut contraint d'y sejourner quelques semaines. Cependant il prit
patience,n'ayant plus
qu'un petittrajet à faire
pour revoir sa chere
femme: mais un de ses
caprices le prit, & ce fut
le plus extravagant qu'il
eût eu de sa vie; car craignant de retrouversa
femme trop insensible au
plaisir de le revoir
,
il
voulue lui donner une
alarme: & voyant partir
de la rade où ilétoit un
vaisseauqu'il croyoit
suivrede prés, il chargea
quelqu'un de ce vaisseau
d'un paquet de lettres,
sans dire qui il étoit.
Dans ce paquet étoit une
lettre, qu'il fit écrire par
le Capitaine du vaisseau
oùil étoit, &: cette lettre
adressée à sa femme lui racontoit la mort de son
mari avec les plusten-
dres Ô£ les plus tocuhantes circonstances qu'il
put imaginer; &C pour
donner plusde certitude
àcette faussenouvelle,il
écrivit de sa main propre
unbillet., dont lescaracteres tremblans 6C mal
formez paroissoient d'un
homme mourant, & par
ce billet de cinq ou six lignes il témoignoit à sa
femme qu'étant prés de
quiter lavie,ilemployoit
ses dern iers momens à
lui direunéternel adieu.
Ce dernier caprice paroîtra peu vrai-semblable
: maisce n'est point
ici une avanture où il
s'agisse de vrai-semblance
,
puisque c'est une
simple relation- où l'on
n'a ajoûté aucune cir-q
confiance romanesque.
Ce mari imprudent
s'embarqua peu de jours
aprés, &£ eut trés-m-luvais tem ps,&des évé-
.nomen-s de mercontrai-
r€$àl'impatiencequ'ilavoit
devoirlaréussicedeson billet i car ib n'arriva à Gencs;
que 6. ou7.semainesaprès.
Ceuxquiporterentlalettrefirent aucontraire une
navigation trés-heureuse &
trés-prompte. La lettre fut
renduë àlafemme, quifut à
la mort pendant huitjours.
Il yavoitdéjalongtems
que IIyavoitdéjàlongtemsque
l'amiamoureux étoit arrivé
à Marseille, toûjours tourmentéde son amour; quand
se promenant sur le port,
il vit aborder un' vaisseau
Génois.Ils'informade ceux
quiétoient dedans sileMar-
chand son ami étoit de retour à Genes. Un de ceux à
qui il s'adressa lui dit qu'il
connoissoit sa veuve,& qu'il
l'avoit bissée dans une affliction qui faisoit craindre
pour sa vie.
:
Il seroit difficile d'exprimer les mouvemens divers
dont cet amant & ami fut
agité. Il fut 24. heures dans
uneagitation terrible, &
le lendemain se jetta dans
uiv vaisseau qui reparroit
pour Genes, & se rendit auprès de la veuve, dont il renouvella la douleur par son
arri-
arrivée. Enfinaprès avoir
pleuré quelques jours ensemble, il lui proposa de rétablir Ses affaires en l'épousant. N'ayant point encore
d'enfans de Son mari,& ayât
peu de bien par elle-même,
elle eût eu grand besoin de
se remarier si elle eûtétéveritablementveuve
; cependant l'interêt ne la toucha
point:mais ce Negociant-ci
étoit jeune,assezaimable.En
un mot il ne fut plus question pour elle que du temps
6c des bienseances
;
elle ne
pouvoit se resoudre à se re-
marier après un mois de
veuvage ou environ.Cependant leNegociantétoit obligé de s'en retourner promtement àMarseille.Elleprit
le parti de l'epousersecretement, de quitter Genes,&
d'allers'établir en France avec ce nouveau mari. Elle
n'avoit chez elle qu'unefervante, & une parente de fôn
mari,qui étoit trés-vieille&
trés-folle. Elleluilassatout
te qu'elle avoit, &avec sa
servante seule elle partitdipantàcettevieillequ'ellealloit se jetter dansunConvent;&ellealla 4e marier,
&s'embarquerensuite avec
son mari pour Marseille.
Quelques joursaprés le
premiermari arriva à Genes,&rencontra,avantque
d'entrerchez lui, quelques
amis & voisins, qui ayant vû
réellement sa femme deses-
,'perée & malade à la mort,
exagererentencore son desespoir, pour faire sa courà
son mari, qui courut fort alarméjusqu'à son logis,où
la vieille parente,aprés être
revenuë de la peur que le revenant lui causa, lui raconta d'abord le desespoir de
sa femme
3
6c lui dit ensuite
qu'étant sortie de chezelle,
pour s'aller jetter dans un
Convent, il étoit revenu un
bruit le lendemain que
quelques gens l'avoient vû
aller du côté de la mer, &
même que quelques autres
l'avoient vû s'y precipirer.
Lavieillefolle luiconfirma
ce dernier bruit, qui n'avoit
nul fondement que quelques préjugez de bonnes
femmes. Le mari fut déja
fort malade de ce premier
coup :
maisil ne sur au desespoir quecontre lui-même;&
aprés être un peu revenu à
lui,&avoirsuivideplusprés
les bruits differens qui couroient, il apprit feulement
qu'onl'avoit vû monter avec un homme pour Marseille. La douleur,la rage lui
donnerent une attaqueplus
vive que la premiere,&il fut
deux jours dans unesituation cruelle,sanssavoir quel
parti prendre. Enfin ayant
pris celui d'aller à Marseille
pour approfondir la chose,il
y
arriva dans un état pitoyablé, & ressemblant plûtôt à
un spectre qu'à un homme.
Il demanda,enarrivant,de
nouvelles de son ami, eiperant se conioler au moins
avec lui de son malheur, Se
qu'il lui aideroit à faire des
perquisitionsdecelui qui avoit enlevé sa femme à Gcmes. Il n'eut pas de peine à
trouver oùlogeoit sonami,
tkle hazard voulut que ceux
qui luienseignement son logisne lui parlerentpoint
qu'il eût une femme avec
lui, jusqu'à ce qu'il fut parvenu à la porte de sa chambre, que lui ouvrit un valet
nouveau des nouveaux mariez,qui le pria d'atendre un
moment, parce que lafemme de Monsieur étoitavec
lui.Le pauvre homme n'eut
d'abord aucun soupçon de la
verité:mais crutque son ami
Vétoit marié parraison3 on
pour oublier la femme; &.Çc
Croyant assez intime ami
pour encrersans ceremonie,
:&, troublé d'ailleurs par son
malheur, il pouffa la porte
sortement,&entra malgré
le valet dans une fécondé
chambre, où le mari & la
femme étoient tête à tête.
On ne peut pas exprimer
l'effet de cette apparition.
La femme prit son mari
pour un deterré,outre qu'il
en avoir assezl'air;la vue de
sa femme le rendit-immobi-
le comme un [peétre. La
femme tomba à la renverse,
& le revenant tomba un
moment après, ôc ne releva
de cette chute que peur languir quelques jours. Il pardonna en mourant à son ami
6c àsa femme, à qui illaissa
même une partie de son
bien.Ils furent si penetrés de
douleur l'un & raurre,qu'iIs
font encore à present enretraite chacun dans un Convent.On,¡}e sçait point combien durera cette separation
volontaire:maisils n'ont pas
eu un moment de santé depuis cette triste catastrofe
Evénement singulierd'une mort
arrivée au mois de Juin1712.
UN riche Marchand,
hône capricieux, ayant
toûjours été heureux
dans son commerce, avoit en tête que le premier voyage qu'il feroit
lui porteroit malheur
cependant il risquoitde
perdre une sommeconfiderable s'il nerctournoit
affzz-dc-bica poursupporter cette perte, &
dans. un moment où son
avarice l'emportoit fu*.
la peur qu'il s'étoit mise -
dans l'esprit
,
il se determina à partir quelquesjours aprés.
A la veille- de son départ la peur le reprit, Se
il se mit en-tête d'achever de se rendre amoureux d'une très- belle
personne, qu'il-avoit
vuë, afin que son amour
se joignant à sa peur,
l'avaricedevînt la moins
forte. En effetcet amour luireüssit, S6 devint si
violent, qu'ayant resolu
de ne plus s'exposer sur
mer, ilsemaria, pour fortifier sa resolution. Les
complaisances que sa
femme eut pour lui la
rendaient digne deson
attachement & n'ayant
nul su jet des'enplaindre,
un de Ces capricesle prit,
&ils'imaginaqu'ilman-
quoità son bonheur une
femme dont l'amourfust
à l'épreuved'une absence
de six mois. Il crutaussi
par cette absence se preparer un renouvellement de passion, dont il
croyoitavoir besoin, à
cause d'un refroidissement qu'il commençoit
à sentir. Sur ces entrefaites il reçut une lettre
de son correspondant
,
qui lui proposoit un bon
coup à faire,pourvu qu'-
il fist aux Indes un voyage de sept à huit mois.
L'occasion d'un vaisseau
&: d'un ami qui partoit,
le determinerent.
Jamais départ d'unmari ne fut plus sensible à
une femme: elle vouloit
absolument suivre son
mari dans ce voyage, &
en fit de si tend res instances, que son mari qui
changeoit souvent de
fantaisies, crut que l'épreuve d'un tel voyage é-
toit aussi feure pour l'amour d'une femmeque
celle de l'absence.Il pria
son ami deretarder quelques jours le départ du
navire dont il croitmaître :
mais l'ami n'employa ce peu de jours
qu'à s'opposer au départ
de la femme, & represensa au mari qu'il ne
devoit pas l'exposeraux
fatigues& aux perils de
la mer, pour le seul plaisir de contenter son ca-
price.Enfin le mari se
rendit, la femme obeïtJ
resta, & le navire partit.
L'ami ressentit en partant une joye & une
douleur qui avoient des
causes differentes,il étoit
devenu passionnément
amoureux de cette semme,dont la beautél'avoit
frapé d'abord. Les rendres adieux qu'elle fit à
son mari achevevent (tu
lecharmer.IlfalotJonc
quitter cequ'il aimoit,
voila sa dou leur: mais il
étoit honnête liomiiiç
bon ami, Ez il futravi
d'avoirempêché la femme de s'embarquerade
s'en separerpour tâcher
de l'ou blier.Mais commenteût-ilpû l'oublier?
sonmari ne luiparlait
d'aucrechose. Imaginezvousquel embarras étoit
le lien; son ami n'avoit
pas d'autre plaisir quecet
entretien, qui faisoit son
suplice par la contrainte
où il setrouvait. Elle fut
pousséeau point, quel'ami ne voulant pas absolument que le mari lui
parlât de sa femme, le
mari soupçonna la chose. Il n'étoit naturellement que capricieux,
& peu jaloux } & l'ami
setrouvant contraint de
luitoutavouer,lui dit en
même temps qu'il nedevoit pascraindre qu'ilrevît jamais sa femme, puis
qu'il avoit voulu de si
bonne foi s'en separer.En
effet des que le marieut
fait ses affaires, l'ami le
pressaderetournerseul à
Genes,&montaun autre
vaisseau qui venoit en
France,où il avoitenvie
de se venir établir,même
avant son avanture. Ainsi les deux amis se dirent
adieu pour toute la vie.
Le Marchand mari
fut plus song-temps sur
mer qu'ilnecroyoit, Se
battu d'une tempête,
fut contraint de relâcher à larade de. Il
fut contraint d'y sejourner quelques semaines. Cependant il prit
patience,n'ayant plus
qu'un petittrajet à faire
pour revoir sa chere
femme: mais un de ses
caprices le prit, & ce fut
le plus extravagant qu'il
eût eu de sa vie; car craignant de retrouversa
femme trop insensible au
plaisir de le revoir
,
il
voulue lui donner une
alarme: & voyant partir
de la rade où ilétoit un
vaisseauqu'il croyoit
suivrede prés, il chargea
quelqu'un de ce vaisseau
d'un paquet de lettres,
sans dire qui il étoit.
Dans ce paquet étoit une
lettre, qu'il fit écrire par
le Capitaine du vaisseau
oùil étoit, &: cette lettre
adressée à sa femme lui racontoit la mort de son
mari avec les plusten-
dres Ô£ les plus tocuhantes circonstances qu'il
put imaginer; &C pour
donner plusde certitude
àcette faussenouvelle,il
écrivit de sa main propre
unbillet., dont lescaracteres tremblans 6C mal
formez paroissoient d'un
homme mourant, & par
ce billet de cinq ou six lignes il témoignoit à sa
femme qu'étant prés de
quiter lavie,ilemployoit
ses dern iers momens à
lui direunéternel adieu.
Ce dernier caprice paroîtra peu vrai-semblable
: maisce n'est point
ici une avanture où il
s'agisse de vrai-semblance
,
puisque c'est une
simple relation- où l'on
n'a ajoûté aucune cir-q
confiance romanesque.
Ce mari imprudent
s'embarqua peu de jours
aprés, &£ eut trés-m-luvais tem ps,&des évé-
.nomen-s de mercontrai-
r€$àl'impatiencequ'ilavoit
devoirlaréussicedeson billet i car ib n'arriva à Gencs;
que 6. ou7.semainesaprès.
Ceuxquiporterentlalettrefirent aucontraire une
navigation trés-heureuse &
trés-prompte. La lettre fut
renduë àlafemme, quifut à
la mort pendant huitjours.
Il yavoitdéjalongtems
que IIyavoitdéjàlongtemsque
l'amiamoureux étoit arrivé
à Marseille, toûjours tourmentéde son amour; quand
se promenant sur le port,
il vit aborder un' vaisseau
Génois.Ils'informade ceux
quiétoient dedans sileMar-
chand son ami étoit de retour à Genes. Un de ceux à
qui il s'adressa lui dit qu'il
connoissoit sa veuve,& qu'il
l'avoit bissée dans une affliction qui faisoit craindre
pour sa vie.
:
Il seroit difficile d'exprimer les mouvemens divers
dont cet amant & ami fut
agité. Il fut 24. heures dans
uneagitation terrible, &
le lendemain se jetta dans
uiv vaisseau qui reparroit
pour Genes, & se rendit auprès de la veuve, dont il renouvella la douleur par son
arri-
arrivée. Enfinaprès avoir
pleuré quelques jours ensemble, il lui proposa de rétablir Ses affaires en l'épousant. N'ayant point encore
d'enfans de Son mari,& ayât
peu de bien par elle-même,
elle eût eu grand besoin de
se remarier si elle eûtétéveritablementveuve
; cependant l'interêt ne la toucha
point:mais ce Negociant-ci
étoit jeune,assezaimable.En
un mot il ne fut plus question pour elle que du temps
6c des bienseances
;
elle ne
pouvoit se resoudre à se re-
marier après un mois de
veuvage ou environ.Cependant leNegociantétoit obligé de s'en retourner promtement àMarseille.Elleprit
le parti de l'epousersecretement, de quitter Genes,&
d'allers'établir en France avec ce nouveau mari. Elle
n'avoit chez elle qu'unefervante, & une parente de fôn
mari,qui étoit trés-vieille&
trés-folle. Elleluilassatout
te qu'elle avoit, &avec sa
servante seule elle partitdipantàcettevieillequ'ellealloit se jetter dansunConvent;&ellealla 4e marier,
&s'embarquerensuite avec
son mari pour Marseille.
Quelques joursaprés le
premiermari arriva à Genes,&rencontra,avantque
d'entrerchez lui, quelques
amis & voisins, qui ayant vû
réellement sa femme deses-
,'perée & malade à la mort,
exagererentencore son desespoir, pour faire sa courà
son mari, qui courut fort alarméjusqu'à son logis,où
la vieille parente,aprés être
revenuë de la peur que le revenant lui causa, lui raconta d'abord le desespoir de
sa femme
3
6c lui dit ensuite
qu'étant sortie de chezelle,
pour s'aller jetter dans un
Convent, il étoit revenu un
bruit le lendemain que
quelques gens l'avoient vû
aller du côté de la mer, &
même que quelques autres
l'avoient vû s'y precipirer.
Lavieillefolle luiconfirma
ce dernier bruit, qui n'avoit
nul fondement que quelques préjugez de bonnes
femmes. Le mari fut déja
fort malade de ce premier
coup :
maisil ne sur au desespoir quecontre lui-même;&
aprés être un peu revenu à
lui,&avoirsuivideplusprés
les bruits differens qui couroient, il apprit feulement
qu'onl'avoit vû monter avec un homme pour Marseille. La douleur,la rage lui
donnerent une attaqueplus
vive que la premiere,&il fut
deux jours dans unesituation cruelle,sanssavoir quel
parti prendre. Enfin ayant
pris celui d'aller à Marseille
pour approfondir la chose,il
y
arriva dans un état pitoyablé, & ressemblant plûtôt à
un spectre qu'à un homme.
Il demanda,enarrivant,de
nouvelles de son ami, eiperant se conioler au moins
avec lui de son malheur, Se
qu'il lui aideroit à faire des
perquisitionsdecelui qui avoit enlevé sa femme à Gcmes. Il n'eut pas de peine à
trouver oùlogeoit sonami,
tkle hazard voulut que ceux
qui luienseignement son logisne lui parlerentpoint
qu'il eût une femme avec
lui, jusqu'à ce qu'il fut parvenu à la porte de sa chambre, que lui ouvrit un valet
nouveau des nouveaux mariez,qui le pria d'atendre un
moment, parce que lafemme de Monsieur étoitavec
lui.Le pauvre homme n'eut
d'abord aucun soupçon de la
verité:mais crutque son ami
Vétoit marié parraison3 on
pour oublier la femme; &.Çc
Croyant assez intime ami
pour encrersans ceremonie,
:&, troublé d'ailleurs par son
malheur, il pouffa la porte
sortement,&entra malgré
le valet dans une fécondé
chambre, où le mari & la
femme étoient tête à tête.
On ne peut pas exprimer
l'effet de cette apparition.
La femme prit son mari
pour un deterré,outre qu'il
en avoir assezl'air;la vue de
sa femme le rendit-immobi-
le comme un [peétre. La
femme tomba à la renverse,
& le revenant tomba un
moment après, ôc ne releva
de cette chute que peur languir quelques jours. Il pardonna en mourant à son ami
6c àsa femme, à qui illaissa
même une partie de son
bien.Ils furent si penetrés de
douleur l'un & raurre,qu'iIs
font encore à present enretraite chacun dans un Convent.On,¡}e sçait point combien durera cette separation
volontaire:maisils n'ont pas
eu un moment de santé depuis cette triste catastrofe
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Résumé : LETTRE DE GENES. Evenement singulier d'une mort arrivée au mois de Juin 1712.
La 'Lettre de Gênes' raconte une série d'événements survenus en juin 1712, impliquant un riche marchand superstitieux et son épouse. Le marchand, bien que craignant que son premier voyage maritime lui porte malheur, fut poussé par son avarice à partir. Pour renforcer sa résolution, il se rendit amoureux d'une belle personne qu'il épousa. Cependant, un caprice le poussa à tester la fidélité de son épouse en partant pour un voyage aux Indes, malgré les supplications de celle-ci de l'accompagner. Un ami du marchand, secrètement amoureux de son épouse, s'opposa à son départ et réussit à convaincre le marchand de laisser son épouse à terre. Le marchand partit seul et, après plusieurs semaines en mer, décida de faire croire à sa femme qu'il était mort en lui envoyant une lettre falsifiée. Cette lettre plongea l'épouse dans un désespoir profond. Pendant ce temps, l'ami amoureux, ayant appris la fausse nouvelle de la mort du marchand, se rendit à Gênes et épousa secrètement la veuve. Quelques jours plus tard, le marchand revint à Gênes et découvrit la trahison. Il se rendit à Marseille, où il trouva son ami et son épouse. La surprise et le choc le tuèrent. Avant de mourir, il pardonna à son ami et à son épouse, leur laissant une partie de sa fortune. Les deux coupables, rongés par la culpabilité, se retirèrent chacun dans un couvent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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