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1
p. 170-202
Siege de Valenciennes, contenant plusieurs Particularitez qui n'ont point encore esté sçeuës, & les Noms de tous ceux qui se sont signalez, des Morts, des Blessez, & de ceux dont la Valeur a esté récompensée. [titre d'après la table]
Début :
Les secours qu'il reçoit de tant de Divinitez, sont bien moins [...]
Mots clefs :
Siège de Valenciennes, Marquis, Camp, Moniteur, Garde, Brigadier, Aide, Maréchal, Cavalerie, Attaque
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texteReconnaissance textuelle : Siege de Valenciennes, contenant plusieurs Particularitez qui n'ont point encore esté sçeuës, & les Noms de tous ceux qui se sont signalez, des Morts, des Blessez, & de ceux dont la Valeur a esté récompensée. [titre d'après la table]
Les fccours qu’il reçoit de
tant de Divinitez, font
bien moins confidérables
que les fervices que luy
rend Monficur de Louvois;
on n’a jamais veu une activité pareille à la fienne, &
il conduit avec tantdeprudence toutes les chofes
qu’il entreprend, qu’il ne
faut pas s’étonner fi elles
luy reüflïlTent toujours fi
heureufement. Sa grande
application auxAffaires,lon
extraordinaire prévoyance,
& fes foins continuels, ont
fait fleurir, pour les Armées
G A L A N T . 1 ? i
duRoy feulement, les mois
de May & de Juin dés la fin
de Février, & (ce qui n’avoit jamais eftéveu) a étonné cette année tous les Peuples qui en ont oüy parler;
^'cinquante mille Hom
mes de Cavalerie & d’infanterie, ont trouvé toutes
fortes de provifions, & fur
tout des fourages, dans une
Saifon peu avancée, dans
un Pais ruiné, & fur des
terres encor couvertes de
neiges : Cependant rien
n a manqué, tout a marché
malgré les mauvais che-
I
7
z LE MERCURE
mins, les Travaux fe font
faits malgré’les injures de
1 air-, & une Place où rien
ne mànquoit , qui cftoit
confidérable par les Fortifications, difficile à prendre
àcaufe de fa fituation, défendue par un brave Gouverneur qui avoir toute la
réfolution qu’il faloit pour
foûtenir un long Siégé, Si
par une Garnifon notngnols, de Walons, d Italiens , d’Allemans, & de
quantité de Nobleffie du
Pais,fans compter lesBour-
GALANT. i7
<
les armes; une Place,dis-je,
fi forte & fi bien pourveue
de toutes choies, a efté
prife d ’aiTaut apres huit
jours de tranchée ouverte.
C’eft ce qui paroiftra incroyable aux Siècles futurs, &qui ne fera pas feulement admirer la valeur Se
la parfaite intelligence du
Roy auMeftier de la guerre -, mais fa prudence à
choifir des Minières habiles & zélez pour fon fervice, &dont la prévoyance
a toujours efté fi grande,
P h
i
7 4 LE MERCURE |
qu’il n’a jamais manqué de 1
trouver en abondance & f
l’argent, & toutes les autres a
chofes necefTaires pour le- à
xecution des grandes en- 1
treprifes qu’il a méditées. (
Le Siégé de Valenciennes
1
cftant une des plus confi- t
dérables qu’on pût faire, i
par toutes les raifons que
nous avons dites cy-deffus ; fi-tott que le Roy fut
arrivé au Cam p, il reconnut
la Place, & l’on peut dire
que les ordres qu’il donna,
furent d’un Capitaine consommé , puis qu’ils ont û
G A L A N T . 175
bien reüffy. Les Bourgeois
fiers de cout ce que nous
avons marqué qui fervoit
à leur défenfe, donnèrent
fur leurs Rampars le jour
de Carefme-prenant, les
Violons, pour fe moquer
des Troupes qui avoient
invefty la Place; mais on
leur répondit quelques
jours apres avec d’autres
Inftrumens qui leur ofterent l’envie de dançer. Le
Mardyqui fuivit l’Aubade,
la Tranchée fut ouverte.
Voicy les Noms des Officiers Generaux qui penP iiij
i
7
6 le mercure
dant les huit jours que le
Siège a dure', y ont monté
la Garde.'
Première Garde.
Elle fut monte'e par
Monfieur le Marefchal de
Schomberg, Monfieur le
Comte de Magaloti Lieutenant General, Monfieur - ■
le Comte de S. Geran Mare fc ha 1 de Camp. Monfieur de Rubantel Brigadier, & Monfieur le Marquis d ’Angeau Ayde de
Camp du Roy. Monfieur
de Jonvelle Brigadier eftoit à la tefte de la CavaV
:
G A L A N T . i 7 7
lcrie. On fit plus de fix cens
pas de travail.
Seconde Garde.
Monfieur le Marelchal
Duc de la Feüillade, Monfieur le Marquis de Renel
Lieutenant General, Monfieur le Marquis deTiiladet
MarefchaldeCamp, M onfieur le Marquis de Revel
Brigadier de Cavalerie,
O (
.. . .
Monfieur d’Aubarede Brigadier d’infanterie,& Monfieur le Prince d’Harcour
Ayde de Camp du Roy,
entrèrent dans la Tranchée
à la place de ceux qui en
i
7
8 LE MERCURE
forment. On l ’avança
beaucoup, & l’on fit des
Places d’armes.
Troisième Garde.
La fécondé Garde fut relevée par Monfieur le Duc
de Luxembourg, Monfieur
le Marquis de la Cardonniere Lieutenant General,
Monfieur le Chevalier de
Sourdis Marefchal de Cap,
Monfieur de Bertillac Brigadier deCavalerie, Monfieur de Tracy Brigadier
d ’infanterie, & Monfieur
le Marquis de Chiverny
Ayde de Camp du Roy.
G A L A N T . 179
Quatrième Garde.
Ceux qui la montèrent
furent Moniteur le Marefchal de Lorge, Moniteur
le Comte du Pie (Iis Lieutenant General, Monfieur
d’Albret Marefchal de
Camp, Monfteur le Marquis de Livourne Brigadier
de Cavalerie, Moniteur le
Marquis de Bourlemont
Brigadier d’infanterie, &
Moniteur le Marquis de
Cavoye Ayde de Camp du
Roy. Le Canon & lesCarcaltes firent grand feu. On
infulta une Redoute,& l’on
prit un Fauxbourg.
i8o LE MERCURE
Cinquième Ga,rde. '
Les Officiers Generaux ;
qui relevèrent la Garde
pre'cedente, furent Mon- '
Leur le Marefchal d’Humieres, MonfieurleComtc
d ’ Auvergne Lieutenant
General, Monfieur le Chevalier de Tilladet Marefchal de Camp, Monfieur
le Chevalier de Grignan
Brigadier de Cavalerie,
Monfieur de S. Georges
Brigadier d’infanterie , & O J , J ||
Monfieur le Chevalier de
Nogent Ayde de Camp
du Roy. Le Canon ruina
GALANT. 181
des Defences; on fit de
grandes Places d’armes, &
les Carcafles mirent le feu
à plufieurs Maifons. Le
feu.de cesCarcalTes ne fe
peutéceindre, il brûle dans
l’eau, elles font remplies
de Grenades & de Canons
de Moufquet chargez de
Balles.
Sixième Garde.
Elle fut montée par
Moniteur le Marefchal de
Schomberg, Moniteur le
Duc de Villeroy Lieutenant General, Moniteur le
Prince Palatin de Bircken-
181 LE MERCURE
fcld, d e la MaifonPalatïnel !
Lieutenant General, Mon-
{leur le Marquis de Montrevel Brigadier de Cavalerie, Monfieur leMarquis
de la Pierre Brigadier d’In- j
fanterie, & Monfieur le
Marquis d’Arcy Ayde de
Camp du Roy.
Septième Garde.
Monfieur le ’Marefchal
deSchomberg, & les Offi- j
ciers Generaux de la Garde
precedente, furent relevez
par Monfieur le Marefchal
Duc de la Feüillade, Mon-
___
fieur le Comte de Mont-
G A L A N T . 185
bron Lieutenant General,
MonfieurStoup Marefchal
de Camp , Monfieur le
Marquis de Revel Brigadier de Cavalerie, Moniteur le Marquis d’Uxelles
Brigadier d’infanterie, &
Moniteur le Prince d’Elbeuf Ayde de Camp du
Roy. On avança les Batteries & les Mortiers ; la
Tranche'e e'tenduë en trois
branches, environna l’Ouvrage qu’on vouloit attaquer, & l’on fît des Places
d’armes allez grandes pour
mertre un bon Corps d’infanterie à couvert.
184 LE mercure
Huitième Garde.
Ceux qui eurent le bonheur de monter la Garde
le jour de l’Attaque, furent
Monfieur le Duc de Luxembourg , Monfieur le
Marquis de laTroufleLieutenant General, Monfieur
le Comte de S. Geran Marefchal de Camp, & Monfieur le Chevalier de Vendolme Ayde de Camp du
Roy. L es Troupes qui
montèrent la Tranchée avec eux, furent trois Bataillons des Gardes Françoifes, commandez par
G A L A N T . igjr
pondeur de Rubantel B ripériment. Mondeur de
JJ.i^aloti qui n’eft inr point
Lieutenant General de jour
n’ydevoit point entrer, ne
pût fe réfoudre à perdre
une d belle occadon de fe
fiçrnaler, & il y fut en qualité de Lieutenant Colonel
des Gardes. Les autres
Commandans firent de
mefme, & fe mirenc à la
I * *•
telle des Détachemens de
leurs Corps fans y eftre
obligez. MeflieurslesMirquis de Bourlenaont & de
CL
SI
186 LE MERCURE
la Pierre,furent de ce nom- c
bre, & commandèrent les f
Bataillons détachez de Pi- 1
cardie & de SoiïTons. Les t
Détachemens des Mouf- I
quetaires blancs & noirs, f
furent commandez par c
Monfieur le Chevalier r
Fourbin, & par Monfieur. (
le Marquis de Jonvelle. c
Ils pouvoient s’en difpen- 1
fer, non feulement comme c
Officiers Generaux qui né- 1
toient pas de jour, mais en- i
cor parce qu’ils n’eftoient I
pas obligez de commander c
des Détachemens ; cepen- (
1
I
I
b
I
b
I
I
I
►
B
b
t
I
. Generaux,
G A L A N T . 1S7
dant leur courage l ’emporta fur toutes ces raifons, & ils fe mirent à la
telle des Moufquetaires.
Les autres Troupes qui
partagèrent la gloire de
cette grande Journée, furent la Compagnie des
Grenadiers de la Maifon
du Roy, commandée par
Monlieur Riorot, quarante
deux Compagnies de tous
lès Bataillons de l’Armée,
& les Carabins des Gardes.
Le Roy ayant donné les
ordres à tous les Officiers
Monlieur de
Q Ji
188 LE MERCURE
Luxembourg accompagné
de tant de braves Gens, &
de tous les Officiers qui
commandoient les Détacliemens, vilita pendant
toute la nuit les lieux qu’on
devoir infulter. Le Signal
fut donné à huit heures du
matin-, l’Ouvrage couronné fut attaqué par le front
parle Marquis delaTroulïe
& le Comte de S. Geran,
qui eftoient à la telle des
Gardes & de Picardie. On I
n ’attaque ordinairement
ces fortes d’Ouvrages que
par le devant • on s’y loge
G A L A N T . 189
peu à peu, on en eft chaffé,
on les reprend, & c’eft ce
quifait îalongueurdesSièges -, mais les François animez par la préfence de leur
R oy, n’en ufenr pas ainfy.
L’Ouvrage fuc en mefme
temps attaqué & par le
front & par la gorge, c’eft
à direprefque par derrière,
& fur le bord du Fofle, ou
l’on eftiiye le feu des Rampars. Ceux q u ’on commanda pour la droite, furent les Grenadiers de la
Maifon du Roy , foûtenus
des Moufquetaires de la
190 LE MERCURE
Première Compagnie, &
d ’un Détachement des
Gardes commandé par
Meflieurs de la Tournelle
& d’Avegeanr. Le codé
gauche fut attaqué par les
Grenadiers de Picardie, les
Moufquetaires de la Seconde Compagnie, & un
Détachement de Picardie.
CesTroupes forcèrent tous
les Dehors; & les Ennemis
eftant non feulement attaquez par le front, mais fe
voyant encor pris en flanc
des deux coïtez. fe fauverent de Polie en Polie, &
I
G A L A N T . 191 '
gagnèrent la Ville, où nos
Gens entrèrent avec euxj
ils pouflerent la Cavalerie
qui eftoit en Bataille, jufques dans la Place d’armes,
& fe barricadèrent contre
elle Sccontrc lesBourgeois.
Un CommiiTaire d’Artillerie, dont jevoudrois fçavoir le nom, pour luy rendre icy la gloire qui luy eft
deué, eut l’efprit aflez préfent pour fuivre tant de
braves Gens, & pour tourner le Canon qui eftoit' [ùr
les Rampars contre laVille.
Meflieurs Foiirbin, Jon-
•
LE MERCURE
velle, Maupertuis, le Marquis de Vains, Moiffiac, de
Barrière, delà Hoguette.
& de Rigoville, Officiers
des Moufquetaires, & Mefïieurs Riotor, Boitirou,&
quelques Officiers des autres Corps, furent quelque
temps dans la Ville en petit nombre. Le Roy n’eut
pas fi toft appris que les
Troupes commençoient à
entrer, qu’il ordonna qu’on
empefchaft le pillage, &
l ’on ne trouva point de
meilleur moyen pour arrefter les Soldats, que de
crier,
G A L A N T . i 9J
crier, 'voila, le Roy. Ces paroles leur infpirerent d’abord une crainte relpedueufe qui les retint; &fi
fa préfence avoir fait prendre fi promptement une
Place fi importante, il n’a
cftébefoinque de prononcer fon nom pour la garantir du pillage. Sa Majefte'
a fait grâce à tous les Habitans, quelle a remis dans
tous leurs Privilèges, & ils
fefont obligez de bâtir une _ O * f* '
Citadelle à leurs defpens.
La conduite & la valeur
degl
n’en
194 LE MERCURE
Luxembourg a fait voir
dans cette occafion, où il
a efté leeerement bielle, C? \ J
* I
luy ont acquis beaucoup
oire. Ce n’efl pas qu’il
fut de'ja couvert, &
qu’on ne fe fouvienne encor des importantesPlaces
qu’il a priles en fi peu de
temps, lors qu’il cominandoit un Détachement des \ y
Troupes de France avec
celles de Munfter: On n a
pas oublié l’Affaire de Bodengrave, fur laquelle on
aura peine à croire l’hif- ■
toire; & l’on parle encor
4
/
G A L A N T . 195
aujourd'huy de la Courfe
qu’il fit jufques auprès de
la Haye, où le dégel l'empefcha d entrer. Toutes
ces grandes Allions luy
donnèrent la voix du Peuple pour le Bafton de Mare fc ha 1 de France, dont Sa
Majefté reconnut fes .fervices quelque tetnps apres,
& elle adjoùca meftne au
Bafton qu’elle luy donna,
l’une des Charges de Capitaine de fes Gardes.
Moniteur le Chevalier
de Vendofme n’étant point
de jour, ne laiffa pas de fe
- R ij
I
9
6 le mercure
trouver comme Volontaire
à l’Attaque de l’Ouvrage
couronné : Il ne faut pas
s'en étonner, c’eft un Lyon
dans le Combat -, & ce qu'il
fit en Candie dans un âge
fi peu avancé, efc une grande marque de fa valeur.
Monfieur le Marquis de
Cœuvres s’eft pareillement
fignalé à la tefte du Détachement de fonRegiment.
Monfieur le Comte de
•
s. Geran. a efté blefTéd’une
Grenade, en donnant des
marques d’une valeur extraordinaire.
G A L A N T . 197
M onfieurlcM arquisdeSevigny aauA îeftéblefleàla
telle des Dauphins en portant desFafcines, avec une
intrépidité fans exemple.
Meflieurs de Champigny
Capitaine aux G ardes, le
Marquis duCharmel, Boute t, & de Cailleries, ont
acheté par la perte d’un peu
de fang, la gloire qu’ils ont
acquife.
Moniteur de Sainte Catherine CommilTaire de
l’Artillerie, a efté tué, au Albien que Moniteur le Marquis deBourlemont Briga-
198 LE MERCURE
dier d Infanterie &: Meftre
de Camp de Picardie. Ce
dernier avoir donné des
marques d’une valeur extraordinaire en plufienrs
rencontres, & fur tout en
Allemagne. Jamais Officier n’a efté plus regreté.
Monfieur de Hatcour de
Bevron, qui a fi bien fervy
à Maftric, a eu fon Régiment. Plufieurs eftans embaraflez parle nom de Harcour, je croy devoir expliquer icy que Harcour eft
un nom de Famille, & Bevron d’une Terre-, au lieu
G A L A N T . 199
que dans laMaifon de Loraine , Harcour eft le nom
d’une Comté. Le Fils de
Moniteur le Marefchal
d Humieres a eu le Régiment d’Harcour.
Le Roy a donné le#
Gouvernement de Valenciennes à Moniteur de Magaloti. Nous avons parle de
fon mérite; c’eft un Hom
me propre à gouverner un
grand Peuple, & ce choix
Fait voir que Sa Majefté ne
fait rien fans l’avoir examiné , & qu’avec un jugement & une prudence admirables.
io o LE MERCURE
Monfieur Foucaut Lieutenant Colonel du Régiment de Bourgogne, a eu
la Lieutenance de Roy, &
ce Prince a voulu reconnoiftre par là les fervices
qu’ilJuy a rendus. La Majorité a efté donnée à Monfieur de Chazerat Capitaine dans Navarre, tresliabile Ingénieur.Monfieur
Gcnty Brigadier des Gardes du Corps, a efté fait
Ayde-Major, & Monfieur
le Comte de Quincy Grand
G A L A N T / toi
la Place, ayant eftè vifiter
les Travaux qu’il avoit ordonnez pendant le Siégé,
a efte' fi fatisfait, qu’il a fait
donner vingt-cinq mille
ECusà Moniteur de Vauban
qui les avoir conduits.
Meilleurs de Jonvelle,
de Vains,Maupertuis, de la
Hoguette, des Baniercs,
Rigoville, & de Moiifac,
ont eu non feulement beaucoup de louanges de Sa.
Majefté, mais ils ont mefme eu fur l’heure des récompenfes dignes de leur
valeur. On promettoit au4
201. LE MERCURE • -
trefois à la Cour; mais au-'
jourd’huy on donne fans
avoir promis
tant de Divinitez, font
bien moins confidérables
que les fervices que luy
rend Monficur de Louvois;
on n’a jamais veu une activité pareille à la fienne, &
il conduit avec tantdeprudence toutes les chofes
qu’il entreprend, qu’il ne
faut pas s’étonner fi elles
luy reüflïlTent toujours fi
heureufement. Sa grande
application auxAffaires,lon
extraordinaire prévoyance,
& fes foins continuels, ont
fait fleurir, pour les Armées
G A L A N T . 1 ? i
duRoy feulement, les mois
de May & de Juin dés la fin
de Février, & (ce qui n’avoit jamais eftéveu) a étonné cette année tous les Peuples qui en ont oüy parler;
^'cinquante mille Hom
mes de Cavalerie & d’infanterie, ont trouvé toutes
fortes de provifions, & fur
tout des fourages, dans une
Saifon peu avancée, dans
un Pais ruiné, & fur des
terres encor couvertes de
neiges : Cependant rien
n a manqué, tout a marché
malgré les mauvais che-
I
7
z LE MERCURE
mins, les Travaux fe font
faits malgré’les injures de
1 air-, & une Place où rien
ne mànquoit , qui cftoit
confidérable par les Fortifications, difficile à prendre
àcaufe de fa fituation, défendue par un brave Gouverneur qui avoir toute la
réfolution qu’il faloit pour
foûtenir un long Siégé, Si
par une Garnifon notngnols, de Walons, d Italiens , d’Allemans, & de
quantité de Nobleffie du
Pais,fans compter lesBour-
GALANT. i7
<
les armes; une Place,dis-je,
fi forte & fi bien pourveue
de toutes choies, a efté
prife d ’aiTaut apres huit
jours de tranchée ouverte.
C’eft ce qui paroiftra incroyable aux Siècles futurs, &qui ne fera pas feulement admirer la valeur Se
la parfaite intelligence du
Roy auMeftier de la guerre -, mais fa prudence à
choifir des Minières habiles & zélez pour fon fervice, &dont la prévoyance
a toujours efté fi grande,
P h
i
7 4 LE MERCURE |
qu’il n’a jamais manqué de 1
trouver en abondance & f
l’argent, & toutes les autres a
chofes necefTaires pour le- à
xecution des grandes en- 1
treprifes qu’il a méditées. (
Le Siégé de Valenciennes
1
cftant une des plus confi- t
dérables qu’on pût faire, i
par toutes les raifons que
nous avons dites cy-deffus ; fi-tott que le Roy fut
arrivé au Cam p, il reconnut
la Place, & l’on peut dire
que les ordres qu’il donna,
furent d’un Capitaine consommé , puis qu’ils ont û
G A L A N T . 175
bien reüffy. Les Bourgeois
fiers de cout ce que nous
avons marqué qui fervoit
à leur défenfe, donnèrent
fur leurs Rampars le jour
de Carefme-prenant, les
Violons, pour fe moquer
des Troupes qui avoient
invefty la Place; mais on
leur répondit quelques
jours apres avec d’autres
Inftrumens qui leur ofterent l’envie de dançer. Le
Mardyqui fuivit l’Aubade,
la Tranchée fut ouverte.
Voicy les Noms des Officiers Generaux qui penP iiij
i
7
6 le mercure
dant les huit jours que le
Siège a dure', y ont monté
la Garde.'
Première Garde.
Elle fut monte'e par
Monfieur le Marefchal de
Schomberg, Monfieur le
Comte de Magaloti Lieutenant General, Monfieur - ■
le Comte de S. Geran Mare fc ha 1 de Camp. Monfieur de Rubantel Brigadier, & Monfieur le Marquis d ’Angeau Ayde de
Camp du Roy. Monfieur
de Jonvelle Brigadier eftoit à la tefte de la CavaV
:
G A L A N T . i 7 7
lcrie. On fit plus de fix cens
pas de travail.
Seconde Garde.
Monfieur le Marelchal
Duc de la Feüillade, Monfieur le Marquis de Renel
Lieutenant General, Monfieur le Marquis deTiiladet
MarefchaldeCamp, M onfieur le Marquis de Revel
Brigadier de Cavalerie,
O (
.. . .
Monfieur d’Aubarede Brigadier d’infanterie,& Monfieur le Prince d’Harcour
Ayde de Camp du Roy,
entrèrent dans la Tranchée
à la place de ceux qui en
i
7
8 LE MERCURE
forment. On l ’avança
beaucoup, & l’on fit des
Places d’armes.
Troisième Garde.
La fécondé Garde fut relevée par Monfieur le Duc
de Luxembourg, Monfieur
le Marquis de la Cardonniere Lieutenant General,
Monfieur le Chevalier de
Sourdis Marefchal de Cap,
Monfieur de Bertillac Brigadier deCavalerie, Monfieur de Tracy Brigadier
d ’infanterie, & Monfieur
le Marquis de Chiverny
Ayde de Camp du Roy.
G A L A N T . 179
Quatrième Garde.
Ceux qui la montèrent
furent Moniteur le Marefchal de Lorge, Moniteur
le Comte du Pie (Iis Lieutenant General, Monfieur
d’Albret Marefchal de
Camp, Monfteur le Marquis de Livourne Brigadier
de Cavalerie, Moniteur le
Marquis de Bourlemont
Brigadier d’infanterie, &
Moniteur le Marquis de
Cavoye Ayde de Camp du
Roy. Le Canon & lesCarcaltes firent grand feu. On
infulta une Redoute,& l’on
prit un Fauxbourg.
i8o LE MERCURE
Cinquième Ga,rde. '
Les Officiers Generaux ;
qui relevèrent la Garde
pre'cedente, furent Mon- '
Leur le Marefchal d’Humieres, MonfieurleComtc
d ’ Auvergne Lieutenant
General, Monfieur le Chevalier de Tilladet Marefchal de Camp, Monfieur
le Chevalier de Grignan
Brigadier de Cavalerie,
Monfieur de S. Georges
Brigadier d’infanterie , & O J , J ||
Monfieur le Chevalier de
Nogent Ayde de Camp
du Roy. Le Canon ruina
GALANT. 181
des Defences; on fit de
grandes Places d’armes, &
les Carcafles mirent le feu
à plufieurs Maifons. Le
feu.de cesCarcalTes ne fe
peutéceindre, il brûle dans
l’eau, elles font remplies
de Grenades & de Canons
de Moufquet chargez de
Balles.
Sixième Garde.
Elle fut montée par
Moniteur le Marefchal de
Schomberg, Moniteur le
Duc de Villeroy Lieutenant General, Moniteur le
Prince Palatin de Bircken-
181 LE MERCURE
fcld, d e la MaifonPalatïnel !
Lieutenant General, Mon-
{leur le Marquis de Montrevel Brigadier de Cavalerie, Monfieur leMarquis
de la Pierre Brigadier d’In- j
fanterie, & Monfieur le
Marquis d’Arcy Ayde de
Camp du Roy.
Septième Garde.
Monfieur le ’Marefchal
deSchomberg, & les Offi- j
ciers Generaux de la Garde
precedente, furent relevez
par Monfieur le Marefchal
Duc de la Feüillade, Mon-
___
fieur le Comte de Mont-
G A L A N T . 185
bron Lieutenant General,
MonfieurStoup Marefchal
de Camp , Monfieur le
Marquis de Revel Brigadier de Cavalerie, Moniteur le Marquis d’Uxelles
Brigadier d’infanterie, &
Moniteur le Prince d’Elbeuf Ayde de Camp du
Roy. On avança les Batteries & les Mortiers ; la
Tranche'e e'tenduë en trois
branches, environna l’Ouvrage qu’on vouloit attaquer, & l’on fît des Places
d’armes allez grandes pour
mertre un bon Corps d’infanterie à couvert.
184 LE mercure
Huitième Garde.
Ceux qui eurent le bonheur de monter la Garde
le jour de l’Attaque, furent
Monfieur le Duc de Luxembourg , Monfieur le
Marquis de laTroufleLieutenant General, Monfieur
le Comte de S. Geran Marefchal de Camp, & Monfieur le Chevalier de Vendolme Ayde de Camp du
Roy. L es Troupes qui
montèrent la Tranchée avec eux, furent trois Bataillons des Gardes Françoifes, commandez par
G A L A N T . igjr
pondeur de Rubantel B ripériment. Mondeur de
JJ.i^aloti qui n’eft inr point
Lieutenant General de jour
n’ydevoit point entrer, ne
pût fe réfoudre à perdre
une d belle occadon de fe
fiçrnaler, & il y fut en qualité de Lieutenant Colonel
des Gardes. Les autres
Commandans firent de
mefme, & fe mirenc à la
I * *•
telle des Détachemens de
leurs Corps fans y eftre
obligez. MeflieurslesMirquis de Bourlenaont & de
CL
SI
186 LE MERCURE
la Pierre,furent de ce nom- c
bre, & commandèrent les f
Bataillons détachez de Pi- 1
cardie & de SoiïTons. Les t
Détachemens des Mouf- I
quetaires blancs & noirs, f
furent commandez par c
Monfieur le Chevalier r
Fourbin, & par Monfieur. (
le Marquis de Jonvelle. c
Ils pouvoient s’en difpen- 1
fer, non feulement comme c
Officiers Generaux qui né- 1
toient pas de jour, mais en- i
cor parce qu’ils n’eftoient I
pas obligez de commander c
des Détachemens ; cepen- (
1
I
I
b
I
b
I
I
I
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B
b
t
I
. Generaux,
G A L A N T . 1S7
dant leur courage l ’emporta fur toutes ces raifons, & ils fe mirent à la
telle des Moufquetaires.
Les autres Troupes qui
partagèrent la gloire de
cette grande Journée, furent la Compagnie des
Grenadiers de la Maifon
du Roy, commandée par
Monlieur Riorot, quarante
deux Compagnies de tous
lès Bataillons de l’Armée,
& les Carabins des Gardes.
Le Roy ayant donné les
ordres à tous les Officiers
Monlieur de
Q Ji
188 LE MERCURE
Luxembourg accompagné
de tant de braves Gens, &
de tous les Officiers qui
commandoient les Détacliemens, vilita pendant
toute la nuit les lieux qu’on
devoir infulter. Le Signal
fut donné à huit heures du
matin-, l’Ouvrage couronné fut attaqué par le front
parle Marquis delaTroulïe
& le Comte de S. Geran,
qui eftoient à la telle des
Gardes & de Picardie. On I
n ’attaque ordinairement
ces fortes d’Ouvrages que
par le devant • on s’y loge
G A L A N T . 189
peu à peu, on en eft chaffé,
on les reprend, & c’eft ce
quifait îalongueurdesSièges -, mais les François animez par la préfence de leur
R oy, n’en ufenr pas ainfy.
L’Ouvrage fuc en mefme
temps attaqué & par le
front & par la gorge, c’eft
à direprefque par derrière,
& fur le bord du Fofle, ou
l’on eftiiye le feu des Rampars. Ceux q u ’on commanda pour la droite, furent les Grenadiers de la
Maifon du Roy , foûtenus
des Moufquetaires de la
190 LE MERCURE
Première Compagnie, &
d ’un Détachement des
Gardes commandé par
Meflieurs de la Tournelle
& d’Avegeanr. Le codé
gauche fut attaqué par les
Grenadiers de Picardie, les
Moufquetaires de la Seconde Compagnie, & un
Détachement de Picardie.
CesTroupes forcèrent tous
les Dehors; & les Ennemis
eftant non feulement attaquez par le front, mais fe
voyant encor pris en flanc
des deux coïtez. fe fauverent de Polie en Polie, &
I
G A L A N T . 191 '
gagnèrent la Ville, où nos
Gens entrèrent avec euxj
ils pouflerent la Cavalerie
qui eftoit en Bataille, jufques dans la Place d’armes,
& fe barricadèrent contre
elle Sccontrc lesBourgeois.
Un CommiiTaire d’Artillerie, dont jevoudrois fçavoir le nom, pour luy rendre icy la gloire qui luy eft
deué, eut l’efprit aflez préfent pour fuivre tant de
braves Gens, & pour tourner le Canon qui eftoit' [ùr
les Rampars contre laVille.
Meflieurs Foiirbin, Jon-
•
LE MERCURE
velle, Maupertuis, le Marquis de Vains, Moiffiac, de
Barrière, delà Hoguette.
& de Rigoville, Officiers
des Moufquetaires, & Mefïieurs Riotor, Boitirou,&
quelques Officiers des autres Corps, furent quelque
temps dans la Ville en petit nombre. Le Roy n’eut
pas fi toft appris que les
Troupes commençoient à
entrer, qu’il ordonna qu’on
empefchaft le pillage, &
l ’on ne trouva point de
meilleur moyen pour arrefter les Soldats, que de
crier,
G A L A N T . i 9J
crier, 'voila, le Roy. Ces paroles leur infpirerent d’abord une crainte relpedueufe qui les retint; &fi
fa préfence avoir fait prendre fi promptement une
Place fi importante, il n’a
cftébefoinque de prononcer fon nom pour la garantir du pillage. Sa Majefte'
a fait grâce à tous les Habitans, quelle a remis dans
tous leurs Privilèges, & ils
fefont obligez de bâtir une _ O * f* '
Citadelle à leurs defpens.
La conduite & la valeur
degl
n’en
194 LE MERCURE
Luxembourg a fait voir
dans cette occafion, où il
a efté leeerement bielle, C? \ J
* I
luy ont acquis beaucoup
oire. Ce n’efl pas qu’il
fut de'ja couvert, &
qu’on ne fe fouvienne encor des importantesPlaces
qu’il a priles en fi peu de
temps, lors qu’il cominandoit un Détachement des \ y
Troupes de France avec
celles de Munfter: On n a
pas oublié l’Affaire de Bodengrave, fur laquelle on
aura peine à croire l’hif- ■
toire; & l’on parle encor
4
/
G A L A N T . 195
aujourd'huy de la Courfe
qu’il fit jufques auprès de
la Haye, où le dégel l'empefcha d entrer. Toutes
ces grandes Allions luy
donnèrent la voix du Peuple pour le Bafton de Mare fc ha 1 de France, dont Sa
Majefté reconnut fes .fervices quelque tetnps apres,
& elle adjoùca meftne au
Bafton qu’elle luy donna,
l’une des Charges de Capitaine de fes Gardes.
Moniteur le Chevalier
de Vendofme n’étant point
de jour, ne laiffa pas de fe
- R ij
I
9
6 le mercure
trouver comme Volontaire
à l’Attaque de l’Ouvrage
couronné : Il ne faut pas
s'en étonner, c’eft un Lyon
dans le Combat -, & ce qu'il
fit en Candie dans un âge
fi peu avancé, efc une grande marque de fa valeur.
Monfieur le Marquis de
Cœuvres s’eft pareillement
fignalé à la tefte du Détachement de fonRegiment.
Monfieur le Comte de
•
s. Geran. a efté blefTéd’une
Grenade, en donnant des
marques d’une valeur extraordinaire.
G A L A N T . 197
M onfieurlcM arquisdeSevigny aauA îeftéblefleàla
telle des Dauphins en portant desFafcines, avec une
intrépidité fans exemple.
Meflieurs de Champigny
Capitaine aux G ardes, le
Marquis duCharmel, Boute t, & de Cailleries, ont
acheté par la perte d’un peu
de fang, la gloire qu’ils ont
acquife.
Moniteur de Sainte Catherine CommilTaire de
l’Artillerie, a efté tué, au Albien que Moniteur le Marquis deBourlemont Briga-
198 LE MERCURE
dier d Infanterie &: Meftre
de Camp de Picardie. Ce
dernier avoir donné des
marques d’une valeur extraordinaire en plufienrs
rencontres, & fur tout en
Allemagne. Jamais Officier n’a efté plus regreté.
Monfieur de Hatcour de
Bevron, qui a fi bien fervy
à Maftric, a eu fon Régiment. Plufieurs eftans embaraflez parle nom de Harcour, je croy devoir expliquer icy que Harcour eft
un nom de Famille, & Bevron d’une Terre-, au lieu
G A L A N T . 199
que dans laMaifon de Loraine , Harcour eft le nom
d’une Comté. Le Fils de
Moniteur le Marefchal
d Humieres a eu le Régiment d’Harcour.
Le Roy a donné le#
Gouvernement de Valenciennes à Moniteur de Magaloti. Nous avons parle de
fon mérite; c’eft un Hom
me propre à gouverner un
grand Peuple, & ce choix
Fait voir que Sa Majefté ne
fait rien fans l’avoir examiné , & qu’avec un jugement & une prudence admirables.
io o LE MERCURE
Monfieur Foucaut Lieutenant Colonel du Régiment de Bourgogne, a eu
la Lieutenance de Roy, &
ce Prince a voulu reconnoiftre par là les fervices
qu’ilJuy a rendus. La Majorité a efté donnée à Monfieur de Chazerat Capitaine dans Navarre, tresliabile Ingénieur.Monfieur
Gcnty Brigadier des Gardes du Corps, a efté fait
Ayde-Major, & Monfieur
le Comte de Quincy Grand
G A L A N T / toi
la Place, ayant eftè vifiter
les Travaux qu’il avoit ordonnez pendant le Siégé,
a efte' fi fatisfait, qu’il a fait
donner vingt-cinq mille
ECusà Moniteur de Vauban
qui les avoir conduits.
Meilleurs de Jonvelle,
de Vains,Maupertuis, de la
Hoguette, des Baniercs,
Rigoville, & de Moiifac,
ont eu non feulement beaucoup de louanges de Sa.
Majefté, mais ils ont mefme eu fur l’heure des récompenfes dignes de leur
valeur. On promettoit au4
201. LE MERCURE • -
trefois à la Cour; mais au-'
jourd’huy on donne fans
avoir promis
Fermer
Résumé : Siege de Valenciennes, contenant plusieurs Particularitez qui n'ont point encore esté sçeuës, & les Noms de tous ceux qui se sont signalez, des Morts, des Blessez, & de ceux dont la Valeur a esté récompensée. [titre d'après la table]
Le texte décrit les exploits militaires et l'organisation du siège de Valenciennes. Les services de Louvois sont particulièrement loués pour leur activité et prudence, permettant de préparer les armées du roi en février pour les mois de mai et juin. Malgré les conditions difficiles, les troupes trouvèrent toutes les provisions nécessaires. Le siège de Valenciennes, une place forte bien défendue, fut pris en huit jours grâce à la valeur et à la stratégie du roi et de ses officiers. Les gardes se relayèrent pour avancer les travaux de siège, et le roi inspecta les lieux la nuit précédant l'attaque. L'assaut fut lancé simultanément par le front et par la gorge, une tactique inhabituelle mais efficace. Les troupes françaises prirent rapidement la ville, empêchant le pillage grâce à la présence du roi. La conduite du duc de Luxembourg et d'autres officiers fut particulièrement remarquée. Le roi fit grâce aux habitants et leur demanda de construire une citadelle à leurs frais. Plusieurs officiers, dont le chevalier de Vendôme et le marquis de Cœuvres, se distinguèrent par leur bravoure. Le texte relate également divers événements militaires et distinctions honorifiques. Le Marquis de Bourlemont, Brigadier d'Infanterie et Maître de Camp de Picardie, a été tué en Allemagne après avoir montré une valeur extraordinaire dans plusieurs rencontres. Sa perte est grandement regrettée. Monsieur de Hatcour de Bevron, qui a bien servi à Maestricht, a reçu un régiment. Le texte clarifie que Harcour est un nom de famille et Bevron une terre, contrairement à la Maison de Lorraine où Harcour est une comté. Le fils du Maréchal d'Humières a également reçu le régiment d’Harcour. Le Roi a nommé Monsieur de Magaloti au gouvernement de Valenciennes, reconnaissant ainsi ses mérites et son aptitude à gouverner. Monsieur Foucaut, Lieutenant Colonel du Régiment de Bourgogne, a été nommé Lieutenant du Roi en reconnaissance de ses services. La majorité a été accordée à Monsieur de Chazerat, Capitaine dans Navarre et ingénieur très capable. Monsieur Genty, Brigadier des Gardes du Corps, a été promu Ayde-Major. Le Comte de Quincy, après avoir visité les travaux ordonnés pendant le siège, a été satisfait et a fait donner vingt-cinq mille écus à Monsieur de Vauban pour sa conduite des travaux. Plusieurs officiers, dont les Messieurs de Jonvelle, de Vains, Maupertuis, de la Hoguette, des Baniercs, Rigoville, et de Moifac, ont reçu des louanges et des récompenses de Sa Majesté pour leur valeur. Contrairement aux pratiques passées où les promesses étaient faites à la Cour, aujourd'hui les récompenses sont données sans avoir été promises au préalable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 128-184
La nuit du 5 au 6 d'Avril
Début :
Le Roy fit ouvrir la Tranchée à l'Esplanade de la [...]
Mots clefs :
Ennemis, Bastion, Citadelle, Travaux, Camp, Tranchée, Nuit, Contrescarpe, Régiment, Gardes, Capitaines, Canon, Fossé, Officiers espagnols, Soldats, Assiégés, Attaque, Morts, Majesté, Cambrai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
S
S
S
e
--
e
S
८
a
2
La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
U
e
d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
t
chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
コ
10
لا
Hi
e
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
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la
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garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
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Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
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de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
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veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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!
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au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
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Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
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les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
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Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
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ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
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chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
コ
10
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
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A
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F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
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Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
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-
veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Fermer
Résumé : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Du 5 au 14 avril, plusieurs actions militaires ont été menées autour d'une citadelle. La nuit du 5 au 6 avril, le roi ordonna l'ouverture d'une tranchée à l'esplanade de la citadelle et le début d'une attaque extérieure. Les travaux incluaient le gabionnage des avenues et le creusement de sapes. La tranchée utilisée pour attaquer la ville fut également poussée vers la gauche contre la citadelle. Les nuits suivantes, les Suisses renforcèrent leurs positions dans la ville, tandis que les ennemis tentèrent plusieurs sorties, repoussées par les défenseurs. Des batteries furent mises en état de tirer malgré les pertes causées par le canon ennemi. La nuit du 7 au 8 avril, la tranchée fut poussée à quarante pas de la contrescarpe, et une batterie de huit pièces de canon fut dressée. La nuit du 8 au 9 avril, la communication entre les sapes fut achevée, et deux batteries furent pratiquées sur les bastions du Moulin et de Sainte-Barbe. Une bombe tomba dans la citadelle, causant un grand fracas. Le 10 avril au matin, le duc de Villeroy fut tué par un boulet de canon. Les nuits suivantes, les assiégés tentèrent de perturber les travaux des défenseurs, mais furent repoussés. Une demi-lune bien fortifiée fut prise par les capitaines Chapereux et Courtevin. Le 11 avril, le roi ordonna l'attaque de toute la contrescarpe du côté de l'esplanade, et les travaux continuèrent pour faire la communication des attaques du côté des Gardes. Le 14 avril, les batteries tirèrent sur le bastion de gauche et le fossé pour soutenir le mineur, et une demi-lune fut attaquée et prise. Les travaux de fortification se poursuivirent avec la construction de logements et de batteries. Le gouverneur refusa de se rendre, affirmant qu'il défendrait les bastions restants. Le roi ordonna de mettre le feu à une mine, créant une brèche significative. Malgré un feu ennemi intense, le Lieutenant de Boisselau put rendre compte de la situation. Le gouverneur battit finalement la chamade, signifiant sa reddition. Les négociations aboutirent à une capitulation favorable aux ennemis, leur permettant de quitter la ville avec honneur. Le roi visita l'église cathédrale de Cambrai et inspecta les travaux et la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 245-265
Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Chevaux, Maréchal de Créquy, Prince Charles, Canon, Gardes, Gazette de Hollande, Camp, Combattre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de cesArmées, tout a confifté en
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
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Résumé : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Le texte relate les mouvements et les actions des armées commandées par le maréchal de Créquy et le prince Charles. Le maréchal de Créquy a démontré une vigilance et une prévoyance remarquables, perturbant constamment les plans du prince Charles. À la fin du mois d'août, le prince Charles n'avait pas encore accompli d'action significative, malgré quelques escarmouches où les forces françaises ont toujours eu l'avantage. Un événement notable est la capture du comte de Stirum, un officier estimé dans l'armée du prince Charles, par le capitaine de la Chapelle. De plus, l'officier Langlade a montré son intrépidité en infiltrant le camp ennemi pour voler des chevaux. L'ardeur des soldats français est telle que le maréchal de Créquy doit souvent intervenir pour les retenir. Lors d'une reconnaissance du camp ennemi, les forces françaises ont repoussé les assaillants jusqu'aux escadrons des généraux ennemis. Le duc de Vendôme a combattu avec une vigueur incroyable, et plusieurs officiers, comme le comte de Broille et le marquis de Bouflairs, se sont distingués. Le marquis de Riveroles, malgré la perte de sa jambe de bois et de son cheval, a continué à combattre. Les ennemis, après avoir quitté Gendrecour, ont trouvé le maréchal de Créquy campé à proximité, ce qui a conduit à des affrontements prolongés. Les gardes du corps français ont repoussé les ennemis, tuant et capturant plusieurs d'entre eux. Le maréchal de Créquy a également envoyé un présent au marquis de Grana, un officier ennemi, en échange de chevaux précédemment reçus. Les ennemis, après avoir occupé Mousson, n'y ont trouvé aucun avantage, car le maréchal de Schomberg avait prévu leur mouvement et évacué les habitants. Le prince Charles, face à l'approche de l'armée française, a dû se retirer, laissant derrière lui des troupes en mauvais état et des fortifications inutiles. Les forces françaises ont continué à harceler les ennemis, capturant des prisonniers et causant des dommages significatifs. Le texte se conclut par une relation fidèle des mouvements de l'armée du prince Charles et mentionne un présent envoyé par le marquis de Grana au chevalier de Breteuil. Le texte présente également une description d'une famille noble, soulignant que ses membres appartiennent à une des meilleures familles de la Robe, c'est-à-dire à une famille de magistrats ou de juristes. Le père de ces messieurs a occupé le poste de Contrôleur des Finances et a ensuite progressé à travers divers emplois dignes de ses compétences, ce qui lui a permis d'accéder au rang de Conseiller d'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 274-299
Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Début :
J'en aurois de grandes pour m'étendre sur la Campagne [...]
Mots clefs :
Baron de Monclar, Troupes, Cercles, Saxe, Maréchal de Créquy, Officiers allemands, Ennemis, Bataille, Armée, Strasbourg, Camp, Campagne, Eisenach, Combat
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
J'en auroisde grades pour m'é- tendre ſur la Campagne de M. le Baron de Monclar, fi l'accablementde la matiere qui m'a fait attendre juſqu'à aujour- d'huy à vous en parler , nem'o- bligeoit à la reſſerrer en peu de mots. Vousſcavez que l'Armée qu'il commande eſtoit oppoſée à celle Cercles , compoſée des Troupes de tantd'Etats , qu'elle
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Le texte relate la campagne militaire du Baron de Monclar contre l'Armée des Cercles, composée de troupes de divers États allemands. Cette armée, initialement dirigée par le Prince de Bade-Dourlach, est ensuite commandée par le Prince de Saxe-Eyfenach après la mort du premier. L'Armée des Cercles, également appelée Armée de l'Empire ou Armée des Cercles du Haut-Rhin, se dirige vers Strasbourg mais est empêchée de traverser le Rhin par le magistrat local. Après avoir traversé, elle se dirige vers Schelestat mais recule face aux fortifications. Le Prince de Saxe-Eyfenach se rend ensuite à Colmar, où il demande des fonds aux États de Suabe pour subvenir aux besoins de ses troupes. Pendant ce temps, le Baron de Monclar défend efficacement les places françaises, empêchant les ennemis de prendre des châteaux stratégiques comme celui de Sainte-Croix près de Colmar. L'armée des Cercles, après avoir ravagé les environs de Colmar, se retire à Bâle en raison de la maladie du Prince de Saxe-Eyfenach. Les deux armées s'affrontent près de Bâle, avec des escarmouches et des constructions de retranchements. Plusieurs officiers français et allemands se rencontrent à Bâle, mais les combats continuent. Une tentative de trahison par un officier français est déjouée. Les troupes françaises, sous le commandement du Baron de Monclar et du Maréchal de Créquy, harcèlent et battent les ennemis, les forçant à se retirer. Les Français construisent des redoutes et harcèlent les ennemis, les obligeant à se retirer précipitamment et à abandonner leurs positions. Le texte décrit également plusieurs affrontements où les troupes françaises, dirigées par des officiers comme le Marquis de Noailles et le Comte de la Mote, infligent des pertes significatives aux ennemis. La campagne se conclut par la retraite des troupes des Cercles, qui repassent le Rhin en laissant derrière eux des pertes humaines et matérielles. Par ailleurs, l'Armée de l'Empereur, arrivée à Mouzon, dut se retirer sans action notable. Le maréchal de Créquy, par une diligence exceptionnelle, battit l'Armée des Cercles avant l'arrivée de ses propres troupes. Cette défaite fut particulièrement dure pour le Prince de Saxe-Eyfenach. Les habitants de Strasbourg, craignant les vainqueurs, refusèrent d'accueillir les troupes battues, qui se réfugièrent sur l'Île du Pont de Strasbourg, où elles furent très inconfortables et refusèrent de quitter l'île sans sauf-conduit. Le Prince d'Eysenach demanda au représentant de France à Strasbourg d'obtenir un passeport du maréchal de Créquy, ce qui fut accordé. Le lendemain de la bataille, le maréchal de Créquy envoya le comte de la Mothe brûler les magasins de fourrage et les maisons à Vilstet. Après avoir repoussé quelques troupes ennemies, le comte de la Mothe surprit une garnison dans le château de Vilstet. Après une négociation, la garnison se rendit et fut envoyée au maréchal de Créquy. Le château et les magasins de fourrage furent incendiés. Cette stratégie, visant à priver l'ennemi des moyens de subsistance, fut également appliquée par le maréchal de Créquy et le marquis de Monclar dans diverses régions. La campagne se termina par la jonction des armées sous le commandement du maréchal de Créquy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 307-330
Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas que le plaisir de la Danse [...]
Mots clefs :
Guerre, Ennemis, Troupes, Gardes, Escadrons, Armée, Mr de Monclar, Maréchal de Créquy, Camp, Rhin, Prince Charles, Distinguer, Action, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Il ne faut pas que le plaifir de la Danſe nous faffle renoncer à la Guerre. Retournons
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements militaires autour du Rhin, impliquant les forces françaises et leurs adversaires. Le maréchal de Créquy, après sa victoire sur le prince d'Eysenach, est laissé en poste près du Rhin. Le prince d'Eysenach, réfugié sur une île, obtient un passeport mais hésite à l'utiliser, ce qui lui assure une sécurité relative. Pendant ce temps, le prince Charles rejoint les troupes du prince de Saxe à Philippsbourg. L'Empire et l'Espagne, désespérés par la campagne perdue, prennent des mesures pour renforcer leurs troupes. Le ministre d'Espagne, conseillant le prince Charles, organise des secours en argent, provisions et renforts de diverses régions allemandes. Le maréchal de Créquy, diligent, se prépare à défendre la région. Il occupe des postes stratégiques, dont le château de Kokberg. Les Gardes du Roi affrontent un escadron ennemi, subissant des pertes mais réussissant à récupérer leur commandant tué. Créquy dispose ses troupes en bataille et repousse plusieurs attaques ennemies. Les Français, bien organisés et déterminés, repoussent les assauts ennemis et maintiennent leurs positions. La bataille de Kokberg se solde par une victoire française, avec des pertes ennemies significatives et aucun prisonnier français. Le maréchal de Créquy et plusieurs officiers sont loués pour leur bravoure et leur conduite stratégique. Le texte mentionne également la valeur des jeunes officiers, comme le fils du maréchal de Créquy, et d'autres nobles qui se sont distingués par leur courage. Parallèlement, le texte relate une action militaire impliquant la Compagnie de Noailles, qui a réussi à minimiser ses pertes par rapport à celles des ennemis. Parmi les pertes notables, on compte la mort de plusieurs exempts, dont M. de Haubourg, de Dunefort, de S. Vians, Montaseau, Guillon et M. de Valencé. Le Duc de Vendosme est particulièrement mis en avant pour son courage. Bien que le Prince Charles ait critiqué le Duc, ses plaintes sont interprétées comme des éloges, reconnaissant la contribution du Duc à la victoire. Le Duc de Vendosme a montré une grande intrépidité en chargeant des escadrons ennemis, ralliant les troupes et forçant les opposants à battre en retraite. Cette action a eu lieu sous les yeux de plusieurs officiers généraux et du Maréchal de Créquy, qui ont salué son courage et l'ont prié de ne plus s'exposer autant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1-216
HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Début :
Nous avons vû en moins d'une année deux choses [...]
Mots clefs :
Bude, Siège de Buda, Siège, Prince, Histoire, Comte, Troupes, Place, Hommes, Armée, Ville, Attaque, Canon, Assiéger, Place, Prince Charles, Charles V de Lorraine, Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel de Bavière, Général, Camp, Assiégés, Brandebourg, Assiégeants, Pièces, Travaux, Soldats, Ennemis, Rondelle, Brèche, Nuit, Turcs, Bavarois, Lieutenant, Colonel, Janissaires, Lignes, Major, Régiment, Palissades, Côté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
HISTOIRE
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
Fermer
Résumé : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Le siège de Buda, capitale stratégique du royaume de Hongrie, fut marqué par plusieurs événements militaires significatifs. En 1526, après la mort du roi Louis II à la bataille de Mohács, Jean de Zapolya et Ferdinand de Bohême se disputèrent le trône. Ferdinand, soutenu par Charles Quint, prit Buda mais dut la rendre en 1529 après l'intervention de Soliman le Magnifique, qui rétablit Jean de Zapolya. À la mort de ce dernier, sa veuve Élisabeth envoya leur fils Étienne à Soliman, qui s'empara de Buda en 1541 sans combat. La ville resta sous domination ottomane jusqu'en 1686. Plusieurs sièges eurent lieu par la suite. En 1598 et 1602, l'archiduc Mathias échoua à prendre la citadelle. En 1684, le prince Charles de Lorraine commença un siège mais dut se retirer. Le cinquième et dernier siège, en 1686, fut mené par une armée chrétienne confédérée et aboutit à la prise de Buda, rétablissant ainsi la domination chrétienne sur la ville. Les préparatifs du siège de 1686 inclurent la revue des troupes et les travaux de circonvallation. Les attaques impériales et bavaroises désorganisèrent les batteries des assiégés, ouvrant une brèche dans la muraille. Les combats furent intenses, avec des pertes des deux côtés. Le 2 septembre 1686, les troupes impériales entrèrent dans Buda après une résistance farouche. Les pertes furent lourdes : les troupes de Brandebourg perdirent 100 hommes, les forces adverses 400, et 3 000 hommes furent tués du côté des assiégés. Les corps des Turcs et des Juifs furent jetés dans la rivière, tandis que les chrétiens furent enterrés. La garnison comptait 10 000 janissaires, 5 000 Juifs et habitants armés. Plusieurs officiers ottomans furent capturés. La conquête de Buda eut lieu sous les yeux de l'armée ottomane, qui se retira sans intervenir. Dans la ville, on découvrit 400 pièces de canon, 60 mortiers et une grande quantité de munitions. Environ 2 000 prisonniers furent faits, dont plus de 100 Juifs réfugiés dans leur synagogue. Le Prince Charles et l'Électeur de Bavière se distinguèrent par leur bravoure, ainsi que le Prince Eugène de Savoie. Après la prise de la ville, un Te Deum fut chanté pour célébrer la victoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 17-30
Nouvelles de Juin. [titre d'après la table]
Début :
De Paris le 26. Juin. LE 22. AVRIL la Ville [...]
Mots clefs :
Brigadier, Camp, Commandant, Versailles, Ratisbonne, Paris, Camp de Corbins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Juin. [titre d'après la table]
De Paris le z6.Juin.
*
LE ZI. AVRIL la Ville
de Douay a esté investie par
les Alliez.
LA NUIT DU 4.AU 5. JUIN
la tranchéeaesté ouverte.
LE 29.JUIN laVilleaesté
renduë par Capitulation,
avec le Fort de Scarpe.
Mrle Comte d'Albergothy
,
Lieutenant General,
Commandant en Chef.
Mr de Pomereu, Gouverneur.
Mrde Valory, Maréchal
de Camp, & Commandant
les Ingénieurs.
Mr le Comte de Dreux,
Maréchal de Camp.
M1le Duc de Mortemar,
Brigadier General d'Infanterie.
Mrle Comte de Lagnion,
Brigadier.
MrdeChastenay, Brigadier.
M' le Chevalier de Saucourt,
Commandant l'Artillerie.
Les Maréchaux de Camp
ont esté faits Lieutenans
Generaux.
ï M1 k Duc de Mortemar
aété faitMaréchal de Camp.
Mrle Marquis de Lille,
Colonel, a esté fait Brigadier.
Mrle Chevalier de Villouvet,
Colonel, a este fait Brigadier.
Il n'y avoit dans la Place
que 7500. hommes.
Le corps d'Armée détaché
pour le siege
,
estoit
composé de 40. Bataillons
& de 40. Escadrons.
Leur Artillerie estoit de
70. pieces de canori, & de
80.mortiers ou pieriers.
Les Assiegeans ont perdu
8. à 9000. hommes.
On a fait 32.sorties.
La droite de l'Ataque c*
toit commandée par lePrince
d'Anhalt-Dessau,& la
gauche par le Prince d'Orange.
L'Armée d'observation;
commandée par le Prince
Eugene,& par Milord Mari..
borough.
Je distingue les moindres
circonstances par
Articles, pour en faclliter
la recherche.
Je mets en forme de
Table la date des Lettres
davis, & à la teste de
chaque Articleladate du
fait dont il s'agit.Voicy,
par exemple, l'arrangement
que je suivray pour
les dates.
JDt Versailles le y. Juin.
LE 5. JUIN Monsieur
le Cardinal de Noailles béniz
la nouvelle Chapelle du
Chasteau avec les ceremonies
ordinaires.
Du Camp de Corbins le
t 5.Juin.
•
LE2.JUIN, Dom Juan
Anronio d'Amezaga,commandant
un détachement
de tArmeeduRoy d'Espagne,
prit d'alTaut la Ville
, d'Estadilla.
De Paris le 6.Juin.
LE le Roy a donné
à Mr Coypel;la Charge de
Garde des Tableaux & des
Peintures de la Couronne.
Elle vacquoit par la mort de
Mr Oats.
De Paris le 6.Juin.
LE 6.JU1N Louisedela
Baulme le Blanc,Duchesse
de la Valliere, est morte
âgée de 67. ans au grand
Convent des Carmelites.
Elle y avoit pris l Habit de
Religion fous le nom de
Soeur Louise de la Misericorde,
& elle y avoic passé 36. ans
dans la pratique de la penitence
la plus austere, & de
toutesles vertus chrêtiennes.
DeRatisbonnele
LIl E.leDucHenry de
Saxe -
Reinhield est more
sans enfans. Le Duc Jean-
Ernest de Salfeld son frere,
& le Duc de Saxe -
Meincngen
son neveu, ont pris
possession de ses Etats. Le
Duc de Saxe- Gotha,aussi
neveu du défunt s'yest opposé.
DeVcrfailleslei LE13. JUIN le Roy
a donnél'Abbaye d'Haulmont
à Don Ansbert Petit.
De Versailles le 13.Juin
LE13 JUINle Roy a
donné l'Abbaye de VernaisonàMcduRouffecdela
Baume.
- DeVeifailles le 13, Juin,
LE13 JUIN leRoya
donné l'Abbaye de Sainte
Claire de Clermont à Mc
Dagrain.
DeVeifâillesIt13.Juin..
LE 13. JUIN le Roy
a donné le Doyenné de
Saint Omer à Mr l'Abbé
des Lyons, Grand - Vicaire
de Saint Omer.
1
C'estassez de Nouvelles
de fuite: je les interrompray
souvent par des
Ouvragesd'esprit ou par
des Historiettes
,
quand
j'enauray. Cettealternative
des-ennuyera également
certains beaux
Esprits que les Nouvelles
fatiguent,&certains
Nouvellistes qu'un Ouvrage
d'esprit fait bâiller.
La difficulté,C'est de
trouver une especed'ordre
pour arranger d'une
maniere amusante tant
de sujets differens ou opposez.
Je trouve cela si
difficile que je desespere
d'yréüssir. Un bel ordre
est bien plus aisé à trouver.
L'ord re a des réglés ;
mais un desordre agreable
n'a gueres d'autres réglés
que la variété &c le
goust.
La variété est une re,.
gleseure pour plaire; je
vous promets de varier
quand j'auray dequoy. A
l'égarddu goust, la regle
feure c'est quelegoust
d'un seul homme ne
sçauroit plaire à tous.
-
Je ne puis pourtant arranger
que selon mon
goust. J'ensuis fâché
: je
tâcheray de reparer le dé..
faut de l'arrangement
par le bon choix des
Ouvrages.
En donnant d'abord
quelques Pieces composées
par des Auteurs du
premier ordre, je prétens
rendre honorable la place
que je donneray dans
mon Mercure. Je prie
donc tous les excellents
Compositeurs de s'y placer
,
afin qu'il soit honteux
de n'y pas estre
,
à
tous ceux qui me refuseront
leurs Ouvrages.
*
LE ZI. AVRIL la Ville
de Douay a esté investie par
les Alliez.
LA NUIT DU 4.AU 5. JUIN
la tranchéeaesté ouverte.
LE 29.JUIN laVilleaesté
renduë par Capitulation,
avec le Fort de Scarpe.
Mrle Comte d'Albergothy
,
Lieutenant General,
Commandant en Chef.
Mr de Pomereu, Gouverneur.
Mrde Valory, Maréchal
de Camp, & Commandant
les Ingénieurs.
Mr le Comte de Dreux,
Maréchal de Camp.
M1le Duc de Mortemar,
Brigadier General d'Infanterie.
Mrle Comte de Lagnion,
Brigadier.
MrdeChastenay, Brigadier.
M' le Chevalier de Saucourt,
Commandant l'Artillerie.
Les Maréchaux de Camp
ont esté faits Lieutenans
Generaux.
ï M1 k Duc de Mortemar
aété faitMaréchal de Camp.
Mrle Marquis de Lille,
Colonel, a esté fait Brigadier.
Mrle Chevalier de Villouvet,
Colonel, a este fait Brigadier.
Il n'y avoit dans la Place
que 7500. hommes.
Le corps d'Armée détaché
pour le siege
,
estoit
composé de 40. Bataillons
& de 40. Escadrons.
Leur Artillerie estoit de
70. pieces de canori, & de
80.mortiers ou pieriers.
Les Assiegeans ont perdu
8. à 9000. hommes.
On a fait 32.sorties.
La droite de l'Ataque c*
toit commandée par lePrince
d'Anhalt-Dessau,& la
gauche par le Prince d'Orange.
L'Armée d'observation;
commandée par le Prince
Eugene,& par Milord Mari..
borough.
Je distingue les moindres
circonstances par
Articles, pour en faclliter
la recherche.
Je mets en forme de
Table la date des Lettres
davis, & à la teste de
chaque Articleladate du
fait dont il s'agit.Voicy,
par exemple, l'arrangement
que je suivray pour
les dates.
JDt Versailles le y. Juin.
LE 5. JUIN Monsieur
le Cardinal de Noailles béniz
la nouvelle Chapelle du
Chasteau avec les ceremonies
ordinaires.
Du Camp de Corbins le
t 5.Juin.
•
LE2.JUIN, Dom Juan
Anronio d'Amezaga,commandant
un détachement
de tArmeeduRoy d'Espagne,
prit d'alTaut la Ville
, d'Estadilla.
De Paris le 6.Juin.
LE le Roy a donné
à Mr Coypel;la Charge de
Garde des Tableaux & des
Peintures de la Couronne.
Elle vacquoit par la mort de
Mr Oats.
De Paris le 6.Juin.
LE 6.JU1N Louisedela
Baulme le Blanc,Duchesse
de la Valliere, est morte
âgée de 67. ans au grand
Convent des Carmelites.
Elle y avoit pris l Habit de
Religion fous le nom de
Soeur Louise de la Misericorde,
& elle y avoic passé 36. ans
dans la pratique de la penitence
la plus austere, & de
toutesles vertus chrêtiennes.
DeRatisbonnele
LIl E.leDucHenry de
Saxe -
Reinhield est more
sans enfans. Le Duc Jean-
Ernest de Salfeld son frere,
& le Duc de Saxe -
Meincngen
son neveu, ont pris
possession de ses Etats. Le
Duc de Saxe- Gotha,aussi
neveu du défunt s'yest opposé.
DeVcrfailleslei LE13. JUIN le Roy
a donnél'Abbaye d'Haulmont
à Don Ansbert Petit.
De Versailles le 13.Juin
LE13 JUINle Roy a
donné l'Abbaye de VernaisonàMcduRouffecdela
Baume.
- DeVeifailles le 13, Juin,
LE13 JUIN leRoya
donné l'Abbaye de Sainte
Claire de Clermont à Mc
Dagrain.
DeVeifâillesIt13.Juin..
LE 13. JUIN le Roy
a donné le Doyenné de
Saint Omer à Mr l'Abbé
des Lyons, Grand - Vicaire
de Saint Omer.
1
C'estassez de Nouvelles
de fuite: je les interrompray
souvent par des
Ouvragesd'esprit ou par
des Historiettes
,
quand
j'enauray. Cettealternative
des-ennuyera également
certains beaux
Esprits que les Nouvelles
fatiguent,&certains
Nouvellistes qu'un Ouvrage
d'esprit fait bâiller.
La difficulté,C'est de
trouver une especed'ordre
pour arranger d'une
maniere amusante tant
de sujets differens ou opposez.
Je trouve cela si
difficile que je desespere
d'yréüssir. Un bel ordre
est bien plus aisé à trouver.
L'ord re a des réglés ;
mais un desordre agreable
n'a gueres d'autres réglés
que la variété &c le
goust.
La variété est une re,.
gleseure pour plaire; je
vous promets de varier
quand j'auray dequoy. A
l'égarddu goust, la regle
feure c'est quelegoust
d'un seul homme ne
sçauroit plaire à tous.
-
Je ne puis pourtant arranger
que selon mon
goust. J'ensuis fâché
: je
tâcheray de reparer le dé..
faut de l'arrangement
par le bon choix des
Ouvrages.
En donnant d'abord
quelques Pieces composées
par des Auteurs du
premier ordre, je prétens
rendre honorable la place
que je donneray dans
mon Mercure. Je prie
donc tous les excellents
Compositeurs de s'y placer
,
afin qu'il soit honteux
de n'y pas estre
,
à
tous ceux qui me refuseront
leurs Ouvrages.
Fermer
Résumé : Nouvelles de Juin. [titre d'après la table]
En juin, plusieurs événements historiques marquants ont eu lieu. Le 21 avril, les alliés ont investi la ville de Douai. La tranchée a été ouverte la nuit du 4 au 5 juin, et la ville s'est rendue le 29 juin par capitulation, accompagnée du Fort de Scarpe. Les principaux commandants étaient le Comte d'Albergothy, Lieutenant Général et Commandant en Chef, ainsi que plusieurs autres officiers de haut rang. La garnison de Douai comptait 7 500 hommes, tandis que le corps d'armée assiégeant était composé de 40 bataillons et 40 escadrons, avec une artillerie de 70 pièces de canon et 80 mortiers. Les assiégeants ont subi des pertes de 8 000 à 9 000 hommes et ont effectué 32 sorties. Les attaques étaient commandées par le Prince d'Anhalt-Dessau à droite et le Prince d'Orange à gauche. L'armée d'observation était dirigée par le Prince Eugène et Milord Marlborough. Parallèlement, d'autres événements notables ont eu lieu. Le 5 juin, la nouvelle chapelle du Château de Versailles a été bénie par le Cardinal de Noailles. Le 2 juin, la ville d'Estadilla a été prise par Dom Juan Antonio d'Amezaga. Le 6 juin, Louise de La Baume Le Blanc, Duchesse de La Vallière, est décédée à l'âge de 67 ans. Le 13 juin, le Roi a fait plusieurs donations d'abbayes et de doyennés. Le texte mentionne également la mort du Duc Henry de Saxe-Reinhield et les disputes de succession qui en ont découlé. L'auteur exprime ses difficultés à organiser les nouvelles de manière amusante et variée, tout en promettant de présenter des œuvres d'auteurs de premier ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 61-71
Nouvelles de Flandre.
Début :
Le 30. Avril Mylord Marlborough arriva incognito à Tournay. Il n'y [...]
Mots clefs :
Roi, Camp, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Flandre.
Nouvelles<de Flandre.
Le 30. AvrilMylord.
,'hlLlrlborougharriva incognitoà
Tournay.Iln'y
retta qu'un moment^&il
aila couchera Fline. (tJt,J
,r La nuit du30. au^-iv
Mayle GénéraTopequi
avoit son quartier au Chasteaud'Air
, nemarcher
dix pieces de cartondé
ceux quiestoientsur FEf-"
planadede Tournay, avec
40. Chariots d'artillerie
chargez de poudre& de
balles,& il alla joindre
sept mille hommes qui
estoient campezau Mont
de laTrinitéain si que les
Trou pes qui estoientà
SainteMaure& aux autres
Villagescircon-vioifinsô&:
toutescesTrou pes marchèrentensuite
àla sourdineversOrchies.
Ily eust
en mesme tempsunmouvement
vers le Pont à
1\1arque,.& soixante Batteaux
qui estoient sur la
Lys, ôcqui avoientordre
de remonter sur l'Efcaut*
remonterent de nouveau
versLille.
Le1.May au soir 50.
Batteaux quiéroient à Oudenarde
chargez de munitions
de bouche, arriverent
à Tournay.Leseaux
de la Scarpe estoient 'fl
.basTes que lesEnnemis fiu
j'enc obligez d'alleger
leurs'Batteaux de 7.àS;
:•JpeaSulmenelbsa.Crream£faoinrq,bueeaudc'oeuapu
parcequelesVoitures de
terre ne pouvoient passer
du costé du Village de
Coulicheoùlaterreest si
mouvante, que l'on n'y
peur faire de chetiii.
Le2..les Boulangers de
.l'arméeennemie entretentà
Tournay .;-cependant
le gros de cetteAr-
:l11ée passalaScarpe entre
«poiiay
Doüay& Pecquencourc,
,& cam pa depuis Sommais
jusqu'au Village d)Ab[.
con. -1'
Le mesme jour leCamp
de Mylordd'Albermarle
quiestoit à Mande &à
Mortagrne
,
fut renforce,
&il dévoie arriver des
Troupes au peritCamp de
Calogne ôc de Vaux commandé
parMrdeS.Clair
Gouverneur d-Audenarcte.•<
- Le 3.le Campde Mer*,
tagne marchoit pour joindre
Lt. grande Armée, à
l'exception de deux'Real.',
ments de laGarnison du
Chasteau
,
&ilestoit arrivé
au camp de Calogne
trois Regiments d'Infanterie
,
qui avec la Garnison
deS. Amand devoient
servir à escorterles Batteaux,
dontil en estoitencore
arrivé la veille à
Tournay 33. chargez de farinevenantd'Oudenarde.
Le soir du mesme jour
3. les Ennemis firentsortir
de Tournay 55. à 60.'0
pièces de gros canon& :
1 500. charettes d)Arrillè.
rie;qui prirent la route de
Lille-jpour;serendrepà
Doüay rJ & unCorps de
Troupes qui estoit campé
à Ninove arriva àBlaton.
,r Le 4"cesi11eflnesTrau..
pes se mirent en marche
pour aller joindre la grande
Armée qui avoit passé
le Scarpe.
L'Armée du Rov estoit
campée la droite au delà
deBouchain,la gauche à
Monchi Preux-, & lecentre
àOisi; ensorte que les
deux Armées n'estoient
separées que par laSensée
& par des Marais qui sont
uneespece de barriere depuis
la Scarpe jusqu'à sErs
caur. NostreCavaleries'estendoit
sur les derriercs
du calté de la Somme
pour subsister plus conu
modement. Mr leMareschal
deVillarsaprés avoir
visité le terrain-entre la
Scarpel'escaut,&l'Haisne,
faisoit travailleràdeji.
Redoutes & desRetranchements
dans lesendroits
où les Ennemis
pourroient penetrer, &il
raifoic retenir les eauxde
laScarpe, de laSensée,
à& de l'Escaut à Bouchain , Valenciennes; &àCondé..,
ce quiembarrassois
beaucouples Ennemis qui
ne pouvoient faire rémora
ter leurs Batteaux parces
rivieres que très-difficile
lenlcilr.
LeColonel Savary s'ees
tantavancé dans l'Artois
avec 45 hommes, futenveloppé,&
on le conduite
àHcidin avec tout foin
Party.
Le7.les Ennemisayant
attaqué le Poste d'Arleux
,
situésur laSensée de leur
costé;ilsseretirerent a près
avoir eu plus de trois cens
hommes tuezou blessez.
Le 9 le Major General
Chambrier qui escortoit
unConvoy de quarante
cinq Belandres qui remontoient
la Scarpeavec
deux Bataillons, l'un des
Gardes bteues,<3e l'autre
Suisse
,
faisant neuf cens
hommes
,
fut attaqué par
Mr de Permangle Commandant
de Condé à la
place de Mrde Puissegur,
entreSaintAmand & Mortagne.
Le combat fut ro-rc
opiniarre•mais quoique
Mrde Permangle n'eust
que huit cens hommes,
les Ennemis furent entierementdéfaits;
leur Commandant
fut pris, & on
brusla quarante Batteaux
de soin, d'avoine & de fa^
rines.
Le 30. AvrilMylord.
,'hlLlrlborougharriva incognitoà
Tournay.Iln'y
retta qu'un moment^&il
aila couchera Fline. (tJt,J
,r La nuit du30. au^-iv
Mayle GénéraTopequi
avoit son quartier au Chasteaud'Air
, nemarcher
dix pieces de cartondé
ceux quiestoientsur FEf-"
planadede Tournay, avec
40. Chariots d'artillerie
chargez de poudre& de
balles,& il alla joindre
sept mille hommes qui
estoient campezau Mont
de laTrinitéain si que les
Trou pes qui estoientà
SainteMaure& aux autres
Villagescircon-vioifinsô&:
toutescesTrou pes marchèrentensuite
àla sourdineversOrchies.
Ily eust
en mesme tempsunmouvement
vers le Pont à
1\1arque,.& soixante Batteaux
qui estoient sur la
Lys, ôcqui avoientordre
de remonter sur l'Efcaut*
remonterent de nouveau
versLille.
Le1.May au soir 50.
Batteaux quiéroient à Oudenarde
chargez de munitions
de bouche, arriverent
à Tournay.Leseaux
de la Scarpe estoient 'fl
.basTes que lesEnnemis fiu
j'enc obligez d'alleger
leurs'Batteaux de 7.àS;
:•JpeaSulmenelbsa.Crream£faoinrq,bueeaudc'oeuapu
parcequelesVoitures de
terre ne pouvoient passer
du costé du Village de
Coulicheoùlaterreest si
mouvante, que l'on n'y
peur faire de chetiii.
Le2..les Boulangers de
.l'arméeennemie entretentà
Tournay .;-cependant
le gros de cetteAr-
:l11ée passalaScarpe entre
«poiiay
Doüay& Pecquencourc,
,& cam pa depuis Sommais
jusqu'au Village d)Ab[.
con. -1'
Le mesme jour leCamp
de Mylordd'Albermarle
quiestoit à Mande &à
Mortagrne
,
fut renforce,
&il dévoie arriver des
Troupes au peritCamp de
Calogne ôc de Vaux commandé
parMrdeS.Clair
Gouverneur d-Audenarcte.•<
- Le 3.le Campde Mer*,
tagne marchoit pour joindre
Lt. grande Armée, à
l'exception de deux'Real.',
ments de laGarnison du
Chasteau
,
&ilestoit arrivé
au camp de Calogne
trois Regiments d'Infanterie
,
qui avec la Garnison
deS. Amand devoient
servir à escorterles Batteaux,
dontil en estoitencore
arrivé la veille à
Tournay 33. chargez de farinevenantd'Oudenarde.
Le soir du mesme jour
3. les Ennemis firentsortir
de Tournay 55. à 60.'0
pièces de gros canon& :
1 500. charettes d)Arrillè.
rie;qui prirent la route de
Lille-jpour;serendrepà
Doüay rJ & unCorps de
Troupes qui estoit campé
à Ninove arriva àBlaton.
,r Le 4"cesi11eflnesTrau..
pes se mirent en marche
pour aller joindre la grande
Armée qui avoit passé
le Scarpe.
L'Armée du Rov estoit
campée la droite au delà
deBouchain,la gauche à
Monchi Preux-, & lecentre
àOisi; ensorte que les
deux Armées n'estoient
separées que par laSensée
& par des Marais qui sont
uneespece de barriere depuis
la Scarpe jusqu'à sErs
caur. NostreCavaleries'estendoit
sur les derriercs
du calté de la Somme
pour subsister plus conu
modement. Mr leMareschal
deVillarsaprés avoir
visité le terrain-entre la
Scarpel'escaut,&l'Haisne,
faisoit travailleràdeji.
Redoutes & desRetranchements
dans lesendroits
où les Ennemis
pourroient penetrer, &il
raifoic retenir les eauxde
laScarpe, de laSensée,
à& de l'Escaut à Bouchain , Valenciennes; &àCondé..,
ce quiembarrassois
beaucouples Ennemis qui
ne pouvoient faire rémora
ter leurs Batteaux parces
rivieres que très-difficile
lenlcilr.
LeColonel Savary s'ees
tantavancé dans l'Artois
avec 45 hommes, futenveloppé,&
on le conduite
àHcidin avec tout foin
Party.
Le7.les Ennemisayant
attaqué le Poste d'Arleux
,
situésur laSensée de leur
costé;ilsseretirerent a près
avoir eu plus de trois cens
hommes tuezou blessez.
Le 9 le Major General
Chambrier qui escortoit
unConvoy de quarante
cinq Belandres qui remontoient
la Scarpeavec
deux Bataillons, l'un des
Gardes bteues,<3e l'autre
Suisse
,
faisant neuf cens
hommes
,
fut attaqué par
Mr de Permangle Commandant
de Condé à la
place de Mrde Puissegur,
entreSaintAmand & Mortagne.
Le combat fut ro-rc
opiniarre•mais quoique
Mrde Permangle n'eust
que huit cens hommes,
les Ennemis furent entierementdéfaits;
leur Commandant
fut pris, & on
brusla quarante Batteaux
de soin, d'avoine & de fa^
rines.
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Résumé : Nouvelles de Flandre.
À la fin avril et début mai, des événements militaires significatifs se déroulent en Flandre. Le 30 avril, le lord Larlborough arrive incognito à Tournay et repart rapidement. La nuit suivante, le général d'Orque mobilise des troupes et de l'artillerie, rejoignant des forces près de Tournay. Ces troupes marchent vers Orchies, tandis que des bateaux sur la Lys et la Scarpe se déplacent vers Lille et Tournay. Le 1er mai, des bateaux chargés de munitions arrivent à Tournay. Les ennemis allègent leurs bateaux en raison de la faible profondeur de la Scarpe. Le 2 mai, les boulangers de l'armée ennemie sont à Tournay, et le gros de l'armée ennemie traverse la Scarpe. Le camp de Mylord d'Albermarle est renforcé par des troupes venues de Calogne et de Vaux. Le 3 mai, le camp de Mergnagne rejoint la grande armée, et des régiments d'infanterie escortent des bateaux de farine à Tournay. Le soir, les ennemis sortent de Tournay avec des canons et des chariots d'artillerie, se dirigeant vers Lille et Douai. Le 4 mai, ces troupes rejoignent la grande armée au-delà de la Scarpe. L'armée du Roi est positionnée entre Bouchain et Oisi, séparée de l'armée ennemie par la Sensée et des marais. La cavalerie française est déployée près de la Somme. Le maréchal de Villars supervise la construction de redoutes et de retranchements pour empêcher les ennemis de progresser. Le colonel Savary est capturé en Artois. Le 7 mai, les ennemis attaquent Arleux, subissant de lourdes pertes. Le 9 mai, le major général Chambrier, escortant un convoi, est attaqué près de Saint-Amand. Les ennemis sont défaits, leur commandant est capturé, et quarante bateaux sont brûlés.
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9
p. 76-82
« D'autres Lettres portent que l'on continuoit de travailler [...] »
Début :
D'autres Lettres portent que l'on continuoit de travailler [...]
Mots clefs :
Marquis, Général, Troupes, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « D'autres Lettres portent que l'on continuoit de travailler [...] »
D'autres Lettres portent
que l'on continuoit
de travailler aux fortifications
deCervera, que les
Trou pes augmentent tous
les jours en ces quartierslà
; que lesAlliez estoient
tousjours dans leursmesmes
Quartiers;qu'ils faisoient
approcher lesTroupes
Allemandes pour estre
toutes sous le même Commandant
qui dévoitestrè
le General Vezel qui estoit
leseul de leurs Généraux
qui fust encore forti de
Barcelone ;que le bruic
couroic qu'ils se devoienc
mettre incessamment en
Campagne, & que leur
premierCamp sera prés
de Tarragone; mais que
les provisions leur manquent
,& que leur Artillerie
n'est pas preste.
Celles d'Estremadure
portentque les Portugais,
aprèss'estre tenus long-
temps dans un Camp avantageux
,
avoient envoyé
quelques détachemens
du costé de Zafra
pour lever les contributions,
& s'estoient ensuite
retirez;que M.le Marquis
de Bay pour les obliger à
sortir de leur Camp, avoit
fait bombarder Elvas;
qu'il s'estoit avancé ensuite
vers la ville deBorvaqui
avoit esté pillée, & qui
avoit donné seize mille
Ecus pour empescher
qu'on n'ymist le feu,8$
qu'un de sesPartis avoit
dessait trois cens Grena,
diers ; que les Portugais
avoient fait courir le bruit
qu'ils attendoient des
Mortiers potiv- bombarderBadajozpar
represailles,
& que si M. le Marquis
de Bay s'y opposoit,
ils luy donneroient bataille
;quece General en
ayant estéinformé s'étoit
approché d'eux; que les
innemis le voyant en leur
presence,s'estoient avancez
en bataille; maiS1
qu'ayant reconnu queM.
le Marquis de Bay se dispofoit
à les bien recevoir,
ils avoient défilésur leur
gauche, & estoient allez
camper plus loin entre l,,
Caya & la Catola vers la
Tour de Segovie ; que
quelques jours aprésils
publierent encore qu'ils
retourneroient pour attaquer
M.le Marquis de Bay
qu'ils battroientparce
qu'ils estoientplusforts
que luy en lnfclnrerie;flu
cependant il s'estoit eh4
core avancé,&avoit cam.'
pé en leur presence,sans
qu'ils eussent osé venir à
luy.
D'autres Lettres confirment
que M. de Monte-
Negro avoit repris Caravalajez
; qu'il eftoic£nfuite
entré enPortugal
par la Province de Tralos-
Montes
, ou il avoit
détaché Dom Nicolas de
San Severino avec un
Corps de Cavalerie
,
qui
avoir pris la ville de Vimiofo,
située quatre lieuës
au-dessus de Miranda, &
que M. de Monte-Negro
l'ayant suivi avoit pris le
Chasteau où il y avoic
deux Compagnies d'infanrerie,
& où il avoit
trouvé beaucoup de munitions
de guerre & de
bouche.
que l'on continuoit
de travailler aux fortifications
deCervera, que les
Trou pes augmentent tous
les jours en ces quartierslà
; que lesAlliez estoient
tousjours dans leursmesmes
Quartiers;qu'ils faisoient
approcher lesTroupes
Allemandes pour estre
toutes sous le même Commandant
qui dévoitestrè
le General Vezel qui estoit
leseul de leurs Généraux
qui fust encore forti de
Barcelone ;que le bruic
couroic qu'ils se devoienc
mettre incessamment en
Campagne, & que leur
premierCamp sera prés
de Tarragone; mais que
les provisions leur manquent
,& que leur Artillerie
n'est pas preste.
Celles d'Estremadure
portentque les Portugais,
aprèss'estre tenus long-
temps dans un Camp avantageux
,
avoient envoyé
quelques détachemens
du costé de Zafra
pour lever les contributions,
& s'estoient ensuite
retirez;que M.le Marquis
de Bay pour les obliger à
sortir de leur Camp, avoit
fait bombarder Elvas;
qu'il s'estoit avancé ensuite
vers la ville deBorvaqui
avoit esté pillée, & qui
avoit donné seize mille
Ecus pour empescher
qu'on n'ymist le feu,8$
qu'un de sesPartis avoit
dessait trois cens Grena,
diers ; que les Portugais
avoient fait courir le bruit
qu'ils attendoient des
Mortiers potiv- bombarderBadajozpar
represailles,
& que si M. le Marquis
de Bay s'y opposoit,
ils luy donneroient bataille
;quece General en
ayant estéinformé s'étoit
approché d'eux; que les
innemis le voyant en leur
presence,s'estoient avancez
en bataille; maiS1
qu'ayant reconnu queM.
le Marquis de Bay se dispofoit
à les bien recevoir,
ils avoient défilésur leur
gauche, & estoient allez
camper plus loin entre l,,
Caya & la Catola vers la
Tour de Segovie ; que
quelques jours aprésils
publierent encore qu'ils
retourneroient pour attaquer
M.le Marquis de Bay
qu'ils battroientparce
qu'ils estoientplusforts
que luy en lnfclnrerie;flu
cependant il s'estoit eh4
core avancé,&avoit cam.'
pé en leur presence,sans
qu'ils eussent osé venir à
luy.
D'autres Lettres confirment
que M. de Monte-
Negro avoit repris Caravalajez
; qu'il eftoic£nfuite
entré enPortugal
par la Province de Tralos-
Montes
, ou il avoit
détaché Dom Nicolas de
San Severino avec un
Corps de Cavalerie
,
qui
avoir pris la ville de Vimiofo,
située quatre lieuës
au-dessus de Miranda, &
que M. de Monte-Negro
l'ayant suivi avoit pris le
Chasteau où il y avoic
deux Compagnies d'infanrerie,
& où il avoit
trouvé beaucoup de munitions
de guerre & de
bouche.
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Résumé : « D'autres Lettres portent que l'on continuoit de travailler [...] »
Le texte décrit plusieurs événements militaires. À Cervera, les travaux de fortification se poursuivent malgré l'augmentation des troupes ennemies. Près de Tarragone, les alliés dirigés par le général Vezel se préparent à entrer en campagne, mais manquent de provisions et leur artillerie n'est pas prête. En Estrémadure, les Portugais ont envoyé des détachements à Zafra pour lever des contributions avant de se retirer. Le marquis de Bay a bombardé Elvas et pillé Borva, obtenant une rançon pour éviter l'incendie de la ville. Les Portugais ont menacé de bombarder Badajoz et de livrer bataille si le marquis de Bay s'opposait à eux. Ce dernier s'est approché des Portugais, qui ont reculé et se sont campés entre Caya et la Catola. Quelques jours plus tard, les Portugais ont annoncé leur intention de revenir attaquer le marquis de Bay, mais ce dernier a campé en leur présence sans qu'ils osent l'affronter. Par ailleurs, M. de Monte-Negro a repris Caravalajez et est entré au Portugal par la province de Tras-os-Montes. Il a détaché Dom Nicolas de San Severino, qui a pris la ville de Vimioso. M. de Monte-Negro a ensuite pris un château où se trouvaient deux compagnies d'infanterie et des munitions.
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10
p. 19-23
Feste donnée à Joigny le jour de Saint Loüis, par Mr de la Brulerie, ancien Officier des Troupes du Roy, & Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Loüis.
Début :
Le 25. Aoust, Feste de Saint Louis, Mr de la Brulerie [...]
Mots clefs :
Joigny, Général, Maréchal, Chevalier, Camp, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feste donnée à Joigny le jour de Saint Loüis, par Mr de la Brulerie, ancien Officier des Troupes du Roy, & Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Loüis.
Fcftc donnée àJoigny le
jour de Saint Louis>
par M1 de la Brulcric,
ancien Officier
des Troupes du Roy,
&Chevalier de l'Or.
dre Royal & Alili- - taire de S. Louis.
-, Le 25.Aoust,Festede
Le 2 5. Aoust, Feste de
Saint Louis, M1 de la Brulerie
,
l'un des principaux
Officiers de la Ville de Joigny,
donna un dîné magnifique
ou fetrouverent Mrle
Marquis de Guerchy
, pere
du Lieutenant General, Mr
le Marquis de Monrperous,
Lieutenant General & Mestre
de Camp General de la
Cavalerie de France; Mr le
Marqu i s dHautestilt Ilc
Maréchal ,. de Camp; Mr de
la Tarte aussi Maréchal de
Camp, & tous Chevaliers
de S.Louis ; Mr de Chamlay
Grand Croix de ccr Ordre;
Mr Joly ancien Brigadier
des Armées du Roy,
Chevalier de Saint Louis £
Mr le Baron de Bontain
,, Maître des Cercmonies U,
Prevost de l'Ordre; Mr
d Iverniaussi Brigadier &
Chevalier de Saint Louis;
Mr de Brumpt ancien Colonel
Ecossois
,
qui amena la?
Noblesse d'Ecosse& quil'a,
commandée pour le fervicc
du Roy jusqu'en 1 692.
Mr d'Arbonnc
,
Capitaine,
audit Regiment de Pardaillan
Cava0lerie, Mrle Gheva*
lier de Verneüillet
,
fils du
Press dent à Mortier de Rouen,
Menin de Monsieur le
Duc du Maine, tous cbcvalier
de S. Louis Mrs Berthelot,
de Pleneuf, deCharmoy
,& de Senan, ancien
Colonel de Cavalerie, s'y
trouvèrent aussi, avec plusieurs
autres per sonnes de
consideration.
On passa l'aprésdînée
en Jeux & en réjoii(Tances,
& le soir Mr de la Brulerie
donna aussiun grand soupe
aux Dîmes, au Gouverneur
,..au President & à tous
les Conseillers de la Ville.
Apres le soupé on tira un
beau feu d'Artifice
,
qui
fut suivi d'un Bal qui dura
toute lanuit.
jour de Saint Louis>
par M1 de la Brulcric,
ancien Officier
des Troupes du Roy,
&Chevalier de l'Or.
dre Royal & Alili- - taire de S. Louis.
-, Le 25.Aoust,Festede
Le 2 5. Aoust, Feste de
Saint Louis, M1 de la Brulerie
,
l'un des principaux
Officiers de la Ville de Joigny,
donna un dîné magnifique
ou fetrouverent Mrle
Marquis de Guerchy
, pere
du Lieutenant General, Mr
le Marquis de Monrperous,
Lieutenant General & Mestre
de Camp General de la
Cavalerie de France; Mr le
Marqu i s dHautestilt Ilc
Maréchal ,. de Camp; Mr de
la Tarte aussi Maréchal de
Camp, & tous Chevaliers
de S.Louis ; Mr de Chamlay
Grand Croix de ccr Ordre;
Mr Joly ancien Brigadier
des Armées du Roy,
Chevalier de Saint Louis £
Mr le Baron de Bontain
,, Maître des Cercmonies U,
Prevost de l'Ordre; Mr
d Iverniaussi Brigadier &
Chevalier de Saint Louis;
Mr de Brumpt ancien Colonel
Ecossois
,
qui amena la?
Noblesse d'Ecosse& quil'a,
commandée pour le fervicc
du Roy jusqu'en 1 692.
Mr d'Arbonnc
,
Capitaine,
audit Regiment de Pardaillan
Cava0lerie, Mrle Gheva*
lier de Verneüillet
,
fils du
Press dent à Mortier de Rouen,
Menin de Monsieur le
Duc du Maine, tous cbcvalier
de S. Louis Mrs Berthelot,
de Pleneuf, deCharmoy
,& de Senan, ancien
Colonel de Cavalerie, s'y
trouvèrent aussi, avec plusieurs
autres per sonnes de
consideration.
On passa l'aprésdînée
en Jeux & en réjoii(Tances,
& le soir Mr de la Brulerie
donna aussiun grand soupe
aux Dîmes, au Gouverneur
,..au President & à tous
les Conseillers de la Ville.
Apres le soupé on tira un
beau feu d'Artifice
,
qui
fut suivi d'un Bal qui dura
toute lanuit.
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Résumé : Feste donnée à Joigny le jour de Saint Loüis, par Mr de la Brulerie, ancien Officier des Troupes du Roy, & Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Loüis.
Le 25 août, à l'occasion de la fête de Saint Louis, M. de la Brulerie, ancien officier des Troupes du Roy et Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, organisa un dîner somptueux à Joigny. Les invités comprenaient des personnalités notables telles que le Marquis de Guerchy, père du Lieutenant Général, le Marquis de Montperoux, Lieutenant Général et Maître de Camp Général de la Cavalerie de France, ainsi que plusieurs Maréchaux de Camp et Chevaliers de Saint-Louis. Parmi les autres invités de marque figuraient le Baron de Bontain, Maître des Cérémonies et Prévôt de l'Ordre, et Mr. d'Iverny, Brigadier et Chevalier de Saint-Louis. L'après-midi fut marquée par des jeux et des réjouissances, suivis d'un grand souper offert aux Dîmes, au Gouverneur, au Président et aux Conseillers de la Ville. Le soir, un feu d'artifice fut tiré, suivi d'un bal qui dura toute la nuit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 79-81
NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
Début :
L'Armée de Monsieur le Duc de Savoye se mit [...]
Mots clefs :
Grenoble, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
NOWELIÉS ddee-DDaauùpphihnien. ê!.
Extraitd'une Lettre de Grenoble
}di4 il.Septembre*
L'Armée de Monncur
le Duc de Savoyc se mit
avant hier en marche pour
repasser en Pïémont. Mrle
Maréchal Berwickdécampaen
même temps pour la
fuivrc. Il a d'abord marche
à faine Jean de Maurienne,
& a ensuite remonté le
Galibier. Mr leComte de
Silly a quitté son camp des
Echelles pour venir occuper
celuy de Barreaux, & en
partant il a congédié toutes
les Milices. Toute sa Cavalerie
a campé aujourd'huy
autour de cette Ville & doit
retournerenSavoye. Tous
les François qui estoient
sortis de Chambery ont eu
ordred'y retourner.Mr le
Maréchal de Berwick a
donné ses ordres pour faire
remonter vers Briançon
t'AnUteric du Camp de
Barreaux, & deux cens paires
de boeufs ont esté estemblées
pour cet effet.
Extraitd'une Lettre de Grenoble
}di4 il.Septembre*
L'Armée de Monncur
le Duc de Savoyc se mit
avant hier en marche pour
repasser en Pïémont. Mrle
Maréchal Berwickdécampaen
même temps pour la
fuivrc. Il a d'abord marche
à faine Jean de Maurienne,
& a ensuite remonté le
Galibier. Mr leComte de
Silly a quitté son camp des
Echelles pour venir occuper
celuy de Barreaux, & en
partant il a congédié toutes
les Milices. Toute sa Cavalerie
a campé aujourd'huy
autour de cette Ville & doit
retournerenSavoye. Tous
les François qui estoient
sortis de Chambery ont eu
ordred'y retourner.Mr le
Maréchal de Berwick a
donné ses ordres pour faire
remonter vers Briançon
t'AnUteric du Camp de
Barreaux, & deux cens paires
de boeufs ont esté estemblées
pour cet effet.
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Résumé : NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
Le 4 septembre, l'armée du duc de Savoie a regagné le Piémont. Le maréchal de Berwick a suivi le duc, traversant la vallée de la Maurienne et le col du Galibier. Le comte de Silly a déplacé ses troupes des Échelles à Barreaux, renvoyant les milices. La cavalerie française doit retourner en Savoie. Berwick a ordonné le transfert des troupes de Barreaux vers Briançon, avec deux cents paires de bœufs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 48-58
« Les Lettres de Berlin portent que les Suedois ayant assemblé [...] »
Début :
Les Lettres de Berlin portent que les Suedois ayant assemblé [...]
Mots clefs :
Suédois, Artillerie, Roi du Danemark, Camp, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Berlin portent que les Suedois ayant assemblé [...] »
Les Lettres deBerlin portent
que les Suedois ayant
assemblé des Troupes 6c
des Bastimens à Malmoé
,
pouraller tenter une descenre
dans l'ine de Zeeland, le
Comte du Guldenlew,
Commandant de la Flotte
Danoiiè,elloit allé lesattaquer
avec vingt Vaisseaux
de guerre; qu'il avoit pris
vingt-cinq
vingt-cinq de leurs BatHmens,
& fait échoüer plusieursautres,
ensuite dequoy
il avoit voulu bombarder
Malmoé ; mais sans avoir
pû y causer aucun dommage,
à cause du trop grand
éloignement; que le General
Lewendal qui marchoit
vers Bahus
, avoit reculé
pour seretrancher dans un
Poste avantageux, ayant eu
avis que le Comte de Steinbock
s'avançoit avec dix à
douze mille hommes pour
le combattre.
Celles de Pomeranie du
15.Septembre,disent que
les troupes Danoises, Saxones,&
Moscovitesn'avoiensts
encore rien entrepris sur
Stralzund, Weymar, &
rifls de Rugen;que le Roy
Auguste&leRoy de DannemarKavoientsouvent
des
Conferences, & que leurs
Troupes souffroient beaucoup
faute de subsistance
,
parce que les habitans de la
Campagne avoient retiré
leurs grains& leurs bestiaux
dans les Places fortes, ce
qui causoit une grande desertion
; que les Suedois
avoient brûlé les Fauxbourgs
de Stralzund ; que
le 12. ils estoient sortis de
laVille au nombre de cinq
cent Cavaliers ou Dragons,
& qu'ils enleverent plus de
cent chevaux, & plusieurs
Chariots chargez de fourage.
;
Que le17.avantle jour
la Garnison de Wismar sortit
avec de l'Artillerie & canonna
pendant plus de;deux*
heures le Camp des Danois
& la nuit du 18. au 19elle
sortir avec des Mortiers,
& bombarda le Camp de
maniere que les Danois furent
contraints de s'éloigner,
sans oser marcher aux
Suedois de crainte de tomber
dans quelqur,cnibufcade.
., Par lesLettres du n. on
a appris que laresolution
d'assieger cette Place avoit
elle changée dans une conferenceque
le Roy de Dannemark
avoit euë avec le
Roy Auguste, & quOBdévoit
entreprendre celuy de
Stralzund, parce que les
fortifications étoient moins
bonnes que celles de WiC.
mar ,& d'attaquer auparavant
l'Isle de Rugen, qui
n'est separée de la premiere
de ces Places que par un
petit bras de Mer; que néanmoins
on trouvoit de
grandes dificultez dans l'exccution
de ce projet, le
Camp retranché de devant
Stralzund ne pouvant estre
forcé sans avoir de grosse ,
Artillerie qui n'etoit point
encore arrivée acause des
mauvais chemins, & qu'il
n'y avoit plus de fourages
aux environs du Camp ,
inconvenient d'autant plus
considerable que la plus
part des Troupes Saxonnes
&CMaosvcovaitelslceonsrisitoeit e.n
Que cependant on devoit
attaquer cette place dés
que la grosse Artillerie seroit
arrivée; que pour cet effet le
Roy de Dannemark avoit
retiré l'Infanterie qui étoit
devant Wismar, à l'excption
de deux Bataillons, à
la Place de laquelle il avoit
envoyé la Cavallerie, afin
de continuer le blocus de
cette Place;qu'il avoit aussi
rapellé les Troupes qu'il
avoit mises dans les Villes
de Damgatten ; Rostok,
Demmin, Anclam, &
autres que les Suedois
avoient abandonnées acause
que ces Places ne sont pas
en état de soutenir un Siege:
que la Flotte Danoise, au
nombre de trente Vasseaux
de guerre s'etoitapprochée
de l'Mc de Rugen
,
afin
d'empecher les Suedois d'en
tirer aucunes commoditez.
Les lettres de Vienne du
12 Septembre portent que
la foudre étant tombée à
Weissembourg en Transylvanie
sur un Magasin à
poudre, lavoit fait fauter
avec deux autres où le feu
s'etoit communiqué,ce qui
avoir renversé une partie
des murailles de la Vi)ie &
prés de cent cinquante
Maisons.
Et par celles du 19. on
apprend que le Comte
Charles Maximilien de
Thurn, grand Maistre de la
Maison de L'imperatrice
Regente partit de cette Ville
pour aller en qualité de
Commissaire, asTiner à l'Election
d'un nouvel Evêque
d'Olmutz à la place du
Prince Charles de Lorrai.
ne, qui s'est démis de cet
Evesché, depuis qu'il a esté
revestu de la dignité d'Electeur
de Treves; que
l'Election a esté faite en
faveur du Comte de Schrottenbach
Doyen de la Cathedrale
de Faltzbourg, &
Chanoine d'Olmutz; que
le 14. il y eut une grande
reformeparmi les bas
Officiers du feu Empereur,
& particulierement de
Musiciens & de Chasseurs.
& qu'on retrancha encore.
un grand nombre de pensions,
m.e sme de cel les qui
ont ctte confirmées par
L'impératrice Regente; que
les Troupes qui fonr en
Transylvanie & qui avoient
c eu ordre de venir sur le
Rhin avoient reçu un contre
ordre, pour rester en ce
Pays là jusqu'àcequ'on cust
sçu qu'elles seroientles suites
du Traité de Paixcouclu
encre les Turcs & les
Moscovices.
que les Suedois ayant
assemblé des Troupes 6c
des Bastimens à Malmoé
,
pouraller tenter une descenre
dans l'ine de Zeeland, le
Comte du Guldenlew,
Commandant de la Flotte
Danoiiè,elloit allé lesattaquer
avec vingt Vaisseaux
de guerre; qu'il avoit pris
vingt-cinq
vingt-cinq de leurs BatHmens,
& fait échoüer plusieursautres,
ensuite dequoy
il avoit voulu bombarder
Malmoé ; mais sans avoir
pû y causer aucun dommage,
à cause du trop grand
éloignement; que le General
Lewendal qui marchoit
vers Bahus
, avoit reculé
pour seretrancher dans un
Poste avantageux, ayant eu
avis que le Comte de Steinbock
s'avançoit avec dix à
douze mille hommes pour
le combattre.
Celles de Pomeranie du
15.Septembre,disent que
les troupes Danoises, Saxones,&
Moscovitesn'avoiensts
encore rien entrepris sur
Stralzund, Weymar, &
rifls de Rugen;que le Roy
Auguste&leRoy de DannemarKavoientsouvent
des
Conferences, & que leurs
Troupes souffroient beaucoup
faute de subsistance
,
parce que les habitans de la
Campagne avoient retiré
leurs grains& leurs bestiaux
dans les Places fortes, ce
qui causoit une grande desertion
; que les Suedois
avoient brûlé les Fauxbourgs
de Stralzund ; que
le 12. ils estoient sortis de
laVille au nombre de cinq
cent Cavaliers ou Dragons,
& qu'ils enleverent plus de
cent chevaux, & plusieurs
Chariots chargez de fourage.
;
Que le17.avantle jour
la Garnison de Wismar sortit
avec de l'Artillerie & canonna
pendant plus de;deux*
heures le Camp des Danois
& la nuit du 18. au 19elle
sortir avec des Mortiers,
& bombarda le Camp de
maniere que les Danois furent
contraints de s'éloigner,
sans oser marcher aux
Suedois de crainte de tomber
dans quelqur,cnibufcade.
., Par lesLettres du n. on
a appris que laresolution
d'assieger cette Place avoit
elle changée dans une conferenceque
le Roy de Dannemark
avoit euë avec le
Roy Auguste, & quOBdévoit
entreprendre celuy de
Stralzund, parce que les
fortifications étoient moins
bonnes que celles de WiC.
mar ,& d'attaquer auparavant
l'Isle de Rugen, qui
n'est separée de la premiere
de ces Places que par un
petit bras de Mer; que néanmoins
on trouvoit de
grandes dificultez dans l'exccution
de ce projet, le
Camp retranché de devant
Stralzund ne pouvant estre
forcé sans avoir de grosse ,
Artillerie qui n'etoit point
encore arrivée acause des
mauvais chemins, & qu'il
n'y avoit plus de fourages
aux environs du Camp ,
inconvenient d'autant plus
considerable que la plus
part des Troupes Saxonnes
&CMaosvcovaitelslceonsrisitoeit e.n
Que cependant on devoit
attaquer cette place dés
que la grosse Artillerie seroit
arrivée; que pour cet effet le
Roy de Dannemark avoit
retiré l'Infanterie qui étoit
devant Wismar, à l'excption
de deux Bataillons, à
la Place de laquelle il avoit
envoyé la Cavallerie, afin
de continuer le blocus de
cette Place;qu'il avoit aussi
rapellé les Troupes qu'il
avoit mises dans les Villes
de Damgatten ; Rostok,
Demmin, Anclam, &
autres que les Suedois
avoient abandonnées acause
que ces Places ne sont pas
en état de soutenir un Siege:
que la Flotte Danoise, au
nombre de trente Vasseaux
de guerre s'etoitapprochée
de l'Mc de Rugen
,
afin
d'empecher les Suedois d'en
tirer aucunes commoditez.
Les lettres de Vienne du
12 Septembre portent que
la foudre étant tombée à
Weissembourg en Transylvanie
sur un Magasin à
poudre, lavoit fait fauter
avec deux autres où le feu
s'etoit communiqué,ce qui
avoir renversé une partie
des murailles de la Vi)ie &
prés de cent cinquante
Maisons.
Et par celles du 19. on
apprend que le Comte
Charles Maximilien de
Thurn, grand Maistre de la
Maison de L'imperatrice
Regente partit de cette Ville
pour aller en qualité de
Commissaire, asTiner à l'Election
d'un nouvel Evêque
d'Olmutz à la place du
Prince Charles de Lorrai.
ne, qui s'est démis de cet
Evesché, depuis qu'il a esté
revestu de la dignité d'Electeur
de Treves; que
l'Election a esté faite en
faveur du Comte de Schrottenbach
Doyen de la Cathedrale
de Faltzbourg, &
Chanoine d'Olmutz; que
le 14. il y eut une grande
reformeparmi les bas
Officiers du feu Empereur,
& particulierement de
Musiciens & de Chasseurs.
& qu'on retrancha encore.
un grand nombre de pensions,
m.e sme de cel les qui
ont ctte confirmées par
L'impératrice Regente; que
les Troupes qui fonr en
Transylvanie & qui avoient
c eu ordre de venir sur le
Rhin avoient reçu un contre
ordre, pour rester en ce
Pays là jusqu'àcequ'on cust
sçu qu'elles seroientles suites
du Traité de Paixcouclu
encre les Turcs & les
Moscovices.
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Résumé : « Les Lettres de Berlin portent que les Suedois ayant assemblé [...] »
Les Lettres de Berlin rapportent que les Suédois ont rassemblé des troupes et des bâtiments à Malmoë pour une descente sur l'île de Zeeland. Le Comte du Guldenlew, commandant de la flotte danoise, a attaqué avec vingt vaisseaux de guerre, capturant vingt-cinq bâtiments suédois et en détruisant plusieurs autres. Il a ensuite tenté de bombarder Malmoë sans succès en raison de l'éloignement. Le général Lewendal, marchant vers Bahus, a reculé pour se retrancher après avoir appris l'avancée du Comte de Steinbock avec dix à douze mille hommes. Les lettres de Pomeranie du 15 septembre indiquent que les troupes danoises, saxonnes et moscovites n'avaient pas encore agi contre Stralzund, Weimar et les îles de Rügen. Les rois Auguste et de Danemark tenaient des conférences, mais leurs troupes souffraient de la faim car les habitants avaient retiré leurs grains et bestiaux dans les places fortes, causant une grande désertion. Les Suédois avaient brûlé les faubourgs de Stralzund et, le 12 septembre, cinq cents cavaliers avaient enlevé plus de cent chevaux et plusieurs chariots de fourrage. Le 17 septembre, la garnison de Wismar avait canonné le camp des Danois pendant plus de deux heures. La nuit du 18 au 19, elle avait bombardé le camp avec des mortiers, forçant les Danois à se retirer. Les lettres du 19 septembre rapportent que la résolution d'assiéger Wismar avait changé lors d'une conférence entre les rois de Danemark et Auguste. Ils décidèrent d'attaquer Stralzund en raison de ses fortifications moins robustes et de prendre l'île de Rügen. Cependant, l'exécution du projet était difficile en raison de l'absence de grosse artillerie et de fourrage. Le roi de Danemark avait retiré l'infanterie de Wismar, à l'exception de deux bataillons, et rappelé les troupes des villes abandonnées par les Suédois. La flotte danoise, composée de trente vaisseaux de guerre, s'était approchée de l'île de Rügen pour empêcher les Suédois d'en tirer profit. Les lettres de Vienne du 12 septembre mentionnent qu'une foudre à Weissembourg en Transylvanie avait détruit un magasin à poudre, causant la destruction de près de cent cinquante maisons. Le 19 septembre, il est rapporté que le Comte Charles Maximilien de Thurn, grand maître de la Maison de l'impératrice régente, était parti pour l'élection d'un nouvel évêque d'Olmutz. L'élection a été faite en faveur du Comte de Schrottenbach. Il y a eu une grande réforme parmi les bas officiers de l'ancien empereur, avec la suppression de nombreuses pensions. Les troupes destinées à la Transylvanie ont reçu l'ordre de rester jusqu'à ce que les suites du traité de paix entre les Turcs et les Moscovites soient connues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 59-60
EXTRAIT d'une Lettre du Camp de Salmbach en Alsace, du 1r. Octobre.
Début :
Nous ocupons toûjours le même Camp & les Ennemis occupent [...]
Mots clefs :
Camp, Troupes, Alsace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre du Camp de Salmbach en Alsace, du 1r. Octobre.
EXTRAIT
d'une Lettre du Camp de
Salmbach en Alsace,
du 1r.Oétobrc.
Nous ocuponstoûjourslemême
Camp(y lesEnnemis occupentaussi
encore le leur ; mais
avec celte différence, que nous
subsistons fort commodement;
Cg- (\uenujlrej4rmée tfi en
AUssi bon état qu'elle étoit à
l'ouverture de la Campagne,
(*7* que celle des Ennemis
soufre beaucoup, particulierement
la Cavalerie, faute de
Fourage. Le PrinceEugene
à écrit aux Cercles Voisins,que
s'ils ne faisoient fournir des
Fourages secs, ils ne pouroit
empêcher les Troupes de fourager
à leur gré, & cjuil ne
repondroitpasdesdesordresque
cettelicence cauferott. LA
mortalité regne dans leur
Armée parmi les Troupes, Çp*
parmi les chevaux. Il estparti
un détachement de la nostrepour
aller sur la Saar ou Mr de
Quadt Lieutenant General
assemble un Camp volant.
d'une Lettre du Camp de
Salmbach en Alsace,
du 1r.Oétobrc.
Nous ocuponstoûjourslemême
Camp(y lesEnnemis occupentaussi
encore le leur ; mais
avec celte différence, que nous
subsistons fort commodement;
Cg- (\uenujlrej4rmée tfi en
AUssi bon état qu'elle étoit à
l'ouverture de la Campagne,
(*7* que celle des Ennemis
soufre beaucoup, particulierement
la Cavalerie, faute de
Fourage. Le PrinceEugene
à écrit aux Cercles Voisins,que
s'ils ne faisoient fournir des
Fourages secs, ils ne pouroit
empêcher les Troupes de fourager
à leur gré, & cjuil ne
repondroitpasdesdesordresque
cettelicence cauferott. LA
mortalité regne dans leur
Armée parmi les Troupes, Çp*
parmi les chevaux. Il estparti
un détachement de la nostrepour
aller sur la Saar ou Mr de
Quadt Lieutenant General
assemble un Camp volant.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre du Camp de Salmbach en Alsace, du 1r. Octobre.
Le 1er octobre, une lettre du camp de Salmbach décrit une situation militaire favorable pour l'armée des auteurs, bien approvisionnée. L'armée ennemie, en revanche, manque de fourrage, affectant sa cavalerie. Le Prince Eugène demande des fourrages secs aux cercles voisins pour éviter des désordres. La mortalité est élevée chez l'ennemi, tant parmi les troupes que les chevaux. Un détachement est envoyé sur la Saar, où Monsieur de Quadt rassemble un camp volant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 53-60
« Les Lettres de Madrid 12. Octobre, disent qu'on y [...] »
Début :
Les Lettres de Madrid 12. Octobre, disent qu'on y [...]
Mots clefs :
Camp, Asturies, Troupes, Madrid, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Lettres de Madrid 12. Octobre, disent qu'on y [...] »
Les Lettres de Madrid du
12.Octobre
,
disent qu'on
y enavoir reçu de Corella
qui portoient que le Roy
la Reine
, & le Prince des
Asturiesen devoient partit le 10.pour retourneren
cette Capitale
,
cequi cau- t(oie une grande joye parmy
rotrs les Habitants ; que le
Maréchal des Logis de la
I
Cour étoit déja party pour
1 aller dèvant faire réparer les
chemins avec plusieursoffi-
,
cicrs pour faire meubler les
apartemens de leurs Majestez
; que Meilleurs les Ducs
d Ossone, & de Veraguas
, yétoient déja arrivez.,ainsi
.-que Mr le Marquis de Valero
: que le Roy avoir nomjTié
Don Joseph Molinés
Doyen des Auditeurs de,
Rote,àl'Archevéché de
Saragosse; Don Francisco
de SoC7lis, Evesque de Lerida,
:& cy , devant Vice-Roy
d'Awagon par intérim
,
à lEvéelié de Siguença; Don
Francisco
-
Julian Cano,
Evêque d'Urgel, à l'Evéché
d'Avila; Don Juan Diazde
Arce,qui elt à Rome, pour
y estre Agent General
,
&
DonManuel
-
Corcalez de
Arce,Cbçvahèï de l'Ordre
d'Alcantara , pour servir
AdanrscalasRTrecalolreersie. de la ; -
Celles'du16.delàmême
Ville portent que le Roy en
partant de Corella ordonna
de récoiiîpcrvferlibérale*-
mentî lespropriétaires des
Terres sur lesquelles Sa M.
avoir prisle divertissement de
lachasse, pour les indemnifer
du dommage qu'on
»
pouroity avoir causé ; que
tous ces particuliers
,
loin
d'accepter lessommes qu>
on vouloit leur donner,lecs
avoient rcfufécs gencreufcment,
endisant que c'étoit,
la moindre marque de leur
zele pour leur Souverain, en
force que S.M; avoit esté
obligée de leur faire direque
ceferoitluy faire plaisir de
prendre les sommes qu'elle
avoit ordonnées >,qucle même
jour 2.6,. toute la Cour
deyoit arriver à Alcala de
Henarés, d'oùelle devoit:
aller passer plusieurs jours
à Aranjuez, en attendant
que les nouveaux Bastimens
qu'on faisoit au Palais,fusfrot
achevez, que Madame
la Princesse des Vrsins, qui
était arrivée à Madrid depuis
quelques jours, devoit
en repartir le lendemain
pour se rendre aussi à Aran":
juez, & que le Roy avoir
nomméàrArcbevêché de
Lima dans le Pérou
,
Don-
Antonio de Soloaga
,
Abbé
de Covarruvias, qu'il avoir
nommécydevant à -vcché
de Ceuta; que les derniers
Lettres qu'on avoir'
remues de Catalogne portoient
que lesdeux Armées
occupoient toûjours les memes
polies; que celle des
Ennemis foufroit beaucoup
éranc obligée d'allerfourager
à dix lieues du Camp;
que depuis que les deux
Armées étoient en presence,
jusqu'au8.Oâobrc",
il étoit venu plus de deux
mille Deserteurs qui avoient
prisparcy dans les Troupes
de Sa MajestéCatolique,
que le Chasteau de Cartel-
Léon
,
sçitué dans la Vallée
d'Arans'écoit rendule3.&
que laGarnison qui étoit de
cent cinquante hommes
sans y conprendrre les Oiîi1-
ciers avoit été faire prisonniere
de guerre; que les
Troupes qui avoient été
employées à ce siegeétaient
en marche pour aller joindre
Mt de Bracamonte
Maréchal de , Camp, qui
avoit été détaché avec deux
mille hommes pour aller
s'emparer du poste de Nostre
Dame des Miracles, entre
Solfone & Tora, & où
les Miquelets se retiroient
souvent après avoir fait
leurs cources;que le 12. les
deux Arméesavoient ceflfé
de se canonner à cause des
pluyes continuelles, & qire
Pratz del Rey ,étoit preC.
que entierement détruit.
12.Octobre
,
disent qu'on
y enavoir reçu de Corella
qui portoient que le Roy
la Reine
, & le Prince des
Asturiesen devoient partit le 10.pour retourneren
cette Capitale
,
cequi cau- t(oie une grande joye parmy
rotrs les Habitants ; que le
Maréchal des Logis de la
I
Cour étoit déja party pour
1 aller dèvant faire réparer les
chemins avec plusieursoffi-
,
cicrs pour faire meubler les
apartemens de leurs Majestez
; que Meilleurs les Ducs
d Ossone, & de Veraguas
, yétoient déja arrivez.,ainsi
.-que Mr le Marquis de Valero
: que le Roy avoir nomjTié
Don Joseph Molinés
Doyen des Auditeurs de,
Rote,àl'Archevéché de
Saragosse; Don Francisco
de SoC7lis, Evesque de Lerida,
:& cy , devant Vice-Roy
d'Awagon par intérim
,
à lEvéelié de Siguença; Don
Francisco
-
Julian Cano,
Evêque d'Urgel, à l'Evéché
d'Avila; Don Juan Diazde
Arce,qui elt à Rome, pour
y estre Agent General
,
&
DonManuel
-
Corcalez de
Arce,Cbçvahèï de l'Ordre
d'Alcantara , pour servir
AdanrscalasRTrecalolreersie. de la ; -
Celles'du16.delàmême
Ville portent que le Roy en
partant de Corella ordonna
de récoiiîpcrvferlibérale*-
mentî lespropriétaires des
Terres sur lesquelles Sa M.
avoir prisle divertissement de
lachasse, pour les indemnifer
du dommage qu'on
»
pouroity avoir causé ; que
tous ces particuliers
,
loin
d'accepter lessommes qu>
on vouloit leur donner,lecs
avoient rcfufécs gencreufcment,
endisant que c'étoit,
la moindre marque de leur
zele pour leur Souverain, en
force que S.M; avoit esté
obligée de leur faire direque
ceferoitluy faire plaisir de
prendre les sommes qu'elle
avoit ordonnées >,qucle même
jour 2.6,. toute la Cour
deyoit arriver à Alcala de
Henarés, d'oùelle devoit:
aller passer plusieurs jours
à Aranjuez, en attendant
que les nouveaux Bastimens
qu'on faisoit au Palais,fusfrot
achevez, que Madame
la Princesse des Vrsins, qui
était arrivée à Madrid depuis
quelques jours, devoit
en repartir le lendemain
pour se rendre aussi à Aran":
juez, & que le Roy avoir
nomméàrArcbevêché de
Lima dans le Pérou
,
Don-
Antonio de Soloaga
,
Abbé
de Covarruvias, qu'il avoir
nommécydevant à -vcché
de Ceuta; que les derniers
Lettres qu'on avoir'
remues de Catalogne portoient
que lesdeux Armées
occupoient toûjours les memes
polies; que celle des
Ennemis foufroit beaucoup
éranc obligée d'allerfourager
à dix lieues du Camp;
que depuis que les deux
Armées étoient en presence,
jusqu'au8.Oâobrc",
il étoit venu plus de deux
mille Deserteurs qui avoient
prisparcy dans les Troupes
de Sa MajestéCatolique,
que le Chasteau de Cartel-
Léon
,
sçitué dans la Vallée
d'Arans'écoit rendule3.&
que laGarnison qui étoit de
cent cinquante hommes
sans y conprendrre les Oiîi1-
ciers avoit été faire prisonniere
de guerre; que les
Troupes qui avoient été
employées à ce siegeétaient
en marche pour aller joindre
Mt de Bracamonte
Maréchal de , Camp, qui
avoit été détaché avec deux
mille hommes pour aller
s'emparer du poste de Nostre
Dame des Miracles, entre
Solfone & Tora, & où
les Miquelets se retiroient
souvent après avoir fait
leurs cources;que le 12. les
deux Arméesavoient ceflfé
de se canonner à cause des
pluyes continuelles, & qire
Pratz del Rey ,étoit preC.
que entierement détruit.
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Résumé : « Les Lettres de Madrid 12. Octobre, disent qu'on y [...] »
Les Lettres de Madrid du 12 octobre annoncent le départ imminent du Roi, de la Reine et du Prince des Asturies pour Madrid, prévu le 10 octobre, suscitant une grande joie parmi les habitants. Le Maréchal des Logis de la Cour est parti préparer les chemins et les appartements royaux. Plusieurs nobles, dont les Ducs d'Ossone et de Veraguas, ainsi que le Marquis de Valero, sont déjà arrivés. Le Roi a nommé Don Joseph Molinés à l'Archevêché de Saragosse et Don Francisco de Solís à l'Évêché de Siguença. Les Lettres du 16 octobre rapportent que le Roi a ordonné de dédommager les propriétaires des terres où il a chassé, mais ceux-ci ont refusé les sommes offertes. La Cour devait arriver à Alcala de Henares le 26 octobre, puis se rendre à Aranjuez. La Princesse des Ursins, récemment arrivée à Madrid, devait repartir pour Aranjuez. Le Roi a également nommé Don Antonio de Soloaga à l'Archevêché de Lima. En Catalogne, les deux armées occupent les mêmes positions. Plus de deux mille déserteurs ont rejoint les troupes du Roi. Le château de Cartel-Léon s'est rendu, et sa garnison a été faite prisonnière. Les troupes se dirigent vers le Maréchal de Camp Bracamonte pour s'emparer du poste de Notre-Dame des Miracles. Les pluies continues ont cessé les combats, et Pratz del Rey est presque entièrement détruit.
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15
p. 60-63
Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
Début :
Nous occupons toûjours nos mêmes postes, & les Ennemis [...]
Mots clefs :
Ennemis, Camp
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
Extrait d'une Lettre dumê."
me Camp,du16s
-
-
,';
Nous occuponstoujours nos
mêmes passes
> & les Ennemi-s
les leurs,qu'ilssoufrent beaucoup
par le mauvais tempsqu'ilfait
depuisplusieurs jours, (7 par *
le manque de fourage,nous ne
soufrons gueres moins qu'eux.
Monsieur de Vendosme
, a ffpendant
fait mettre la plus
grande partiede laCavalerie
Acouvert dans les lieux les plus
proches du Camp. On travaille
à reparer leschemins pour conduire
l'artillerie devant Cardonne
&So/fone) qui doivent
estreattaquez par les Troupes
qau~i oon~tf~a<i~t lesS~iefg~es de Ve'--
nasque&de Castel-Léon. Les
Deserteursqui continuent de
venir en grand nombre, apu-*
rent que les Ennemissont obli.
Lez d'allerfourager jusqu'a
douze & tresse heuës de leur
Camp : nous n'allonspas encore
si loin à beaucoup près. Deux
cens soixante (7 dix chevaux
des Ennemis,de Troupes réglées
ou volontaires, nous ayantenlevé
un Convoy de deux mille
Mulets
,
de cinquante sept
grands Chariots, desix-vingt
Charettes
y
que l'on conduifoit.
de l'Armée a Lerida, Monfleur
de Funbnena,,Colonelqui
etoitàBalaguerenayanteu
avois
, en sortit avec cent soixante
chevaux, (7 ayantjoint
les Ennemis au de-là de Termens
,illes défit entièrement;
quatre- vingt furent tuez&
les autres faits prisonniers
,
ftdrmy lesquelsily avoir un
Colonel, (7 troisLieutenants
Colonels qui furent tous conduits
à Balaguer,où le Colo
nel est mort deses Maures ;
c:7 le Convoy a été reconduit
à Lerida. Cette action n'a
cousté qu'unLieutenant,
dix Cavaliers tuezou h.erf'Z'
&une légère blessure à Mfde
Funbuena.
me Camp,du16s
-
-
,';
Nous occuponstoujours nos
mêmes passes
> & les Ennemi-s
les leurs,qu'ilssoufrent beaucoup
par le mauvais tempsqu'ilfait
depuisplusieurs jours, (7 par *
le manque de fourage,nous ne
soufrons gueres moins qu'eux.
Monsieur de Vendosme
, a ffpendant
fait mettre la plus
grande partiede laCavalerie
Acouvert dans les lieux les plus
proches du Camp. On travaille
à reparer leschemins pour conduire
l'artillerie devant Cardonne
&So/fone) qui doivent
estreattaquez par les Troupes
qau~i oon~tf~a<i~t lesS~iefg~es de Ve'--
nasque&de Castel-Léon. Les
Deserteursqui continuent de
venir en grand nombre, apu-*
rent que les Ennemissont obli.
Lez d'allerfourager jusqu'a
douze & tresse heuës de leur
Camp : nous n'allonspas encore
si loin à beaucoup près. Deux
cens soixante (7 dix chevaux
des Ennemis,de Troupes réglées
ou volontaires, nous ayantenlevé
un Convoy de deux mille
Mulets
,
de cinquante sept
grands Chariots, desix-vingt
Charettes
y
que l'on conduifoit.
de l'Armée a Lerida, Monfleur
de Funbnena,,Colonelqui
etoitàBalaguerenayanteu
avois
, en sortit avec cent soixante
chevaux, (7 ayantjoint
les Ennemis au de-là de Termens
,illes défit entièrement;
quatre- vingt furent tuez&
les autres faits prisonniers
,
ftdrmy lesquelsily avoir un
Colonel, (7 troisLieutenants
Colonels qui furent tous conduits
à Balaguer,où le Colo
nel est mort deses Maures ;
c:7 le Convoy a été reconduit
à Lerida. Cette action n'a
cousté qu'unLieutenant,
dix Cavaliers tuezou h.erf'Z'
&une légère blessure à Mfde
Funbuena.
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Résumé : Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
La lettre relate une situation militaire où les troupes et les ennemis occupent des positions similaires, tous deux affectés par le mauvais temps et le manque de fourrage. Monsieur de Vendôme a déplacé la cavalerie près du camp et des travaux sont en cours pour réparer les chemins afin de déplacer l'artillerie vers Cardonne et Solférino. Ces lieux doivent être attaqués par les troupes des sièges de Vernasque et de Castel-Léon. De nombreux déserteurs signalent que les ennemis doivent parcourir douze à treize heures pour trouver du fourrage, contrairement aux troupes du camp. Récemment, les ennemis ont capturé un convoi destiné à l'armée à Lerida, comprenant deux mille mulets, cinquante-sept grands chariots et six-vingts charrettes. En réponse, le colonel Monflour de Funbuena, basé à Balaguer, a mené une action avec cent soixante chevaux près de Termens. Il a défait les ennemis, tué quatre-vingts d'entre eux et fait prisonniers un colonel et trois lieutenants-colonels. Cette action a coûté la vie à un lieutenant et à dix cavaliers, et a légèrement blessé Monflour de Funbuena. Le convoi a été reconduit à Lerida.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 290-313
SUITE des Nouvelles.
Début :
De Vienne le 30. Decembre. L'Archiduc a fait écrire au Prince [...]
Mots clefs :
Troupes, Comte, Nouvelles, Camp, Sièges, Roi, Vienne, Hambourg, Madrid, Saragosse, Utrecht, Montpellier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Nouvelles.
SUITE
des Nouvelles.
De Vienne le 30. Decembre.
L'Archiduc a
fait écrire
au Prince Esterhafi Viceroy
de Hongrie, de faire faire X
Presbourg tous les préparatifs necessaires, parce qu'il
esperoity arriver le 2. Janvier pour y
recevoirla Couronne de ce Royaume. Il
arriva hier un Courrier de
ce Prince, dépêché de Francfort, qui a
rapportéqu'il y
avoit esté couronné le 2.2..
& qu'il en devoit partir insessamment. Quelques Lettres particulières portent
qu'après son Couronnement il avoit refusé de signer la Capitulation perpstuelle. Celles. d'Hongrie
marquent que plusieurs
Troupes de Mécontens recommençoient à faire des
courses, de maniéré qu'il
n'y a aucune seureté dans
les chemins, & qu'il y a à
apprehender qu'il ne se forme dans ce Royaume une
nouvelle Confédération;
mais on espere que par une
Diette que l'Archiduc fera
assembler à Presbourg dés
qu'ily aura estécouronné,
la tranquilitéde ce Royaume fera entierement rétablie.
De Hambourg le 8
Janvier.
Les dernieres Lettres qu'on
a
reçeues de Staden, portent.
que le Roy de-Danneinarc
& le Roy Auguste desesperant de pouvoir s'emparer
de Stralzund de vive force,
parce qu'ils
-
crouvoient de
grandes difficultez à faire
une descente dans l'Isle de
Rugen ,d'où cettePlace tiroit tous les secours dont la
Garnison avoit besoin9
avoient resolu d'attaquer
Wismar dans les formes
,
la Garnison ayant esté
considerablement affoiblie
par la dernicre sortie: que
pour cet effetils avoient renforcé les Troupes du blocus
de six mille hommes,&
qu'ils y
avoient envoyé du
canon & des mortiers,après
quoyle Comte de Rantzau
avoïc resserré cette Place
tres étroitement : que le
Gouverneur se preparoit à
une vigoureuse resistance
;
qu'il avoir fait dépaver les
ruës pour empêcher l'effet
des bombes, & fait publier
que tous les Bourgeois qui
auroientquelque répugnanceà prendre les armes pour
la deffense de leur patrie,
eussent à sortir; que le General Rantzau, avoir de son
côté fait avertir les habitans
ques'ils prenoient les armes
pour la dessense de la Place
il les traiteroit avec la derniere rigueur; que nonob-
stant ces menaces tous les
Habitans, ainsi que la Garnison
,
paroissoient resolus
de se deffendre jusqu'à la
derniere extremité; que le
17. Decembre les Assiegeans
s'approcherent à trois cens
pas de la Ville où ils dresserent des batteries de canons
&de mortiers; que le29.ils
commencerent à
y
jetter des
bombes & des boulets rouges, & continuerent jusqu'au 2. de cemois; mais
avec peu de succés, le Gouvencur ayant fait dépaver
les ruës, & fait poster des
troupes d'Ouvriers & d'autres Bourgeois dans tous les
Quartiers, pourestreàportéed'éteindre promptement
le feu
; que ces précautions,
jointes à l'incommodité,
que les Assiegeants reçoivent de l'Artillerie des Assiegez qui renversoit leurs
ouvrages&démontoit la
pluspart de leurs canons,
les obligerent à se retirer
dans leur ancien Camp, &
à convertir de nouveau le
Siege de cette Place en blocus. Que les Troup es du
Roy de Dannemarc & du
Roy Auguste avoient aussi
jeuté des bombes & des bouletsrouges pendant vingtquatre heures; mais aussi
sans aucun succés considerable, ce qui avoit déterminé ces deux Rois à mettre
leurs Troupes en quartier
d'hiver, de maniere néanmoins que cctrc Place demeureroit toujours bloquée, par les Troupes Moscovites quiestoient en marche pour venir renforcer
leur Armée, dont les Quartiers seroient à Anclam &
à Gripswald
,
& soutenuës
par les Troupes Saxoncs
qui ne retourneroient pas
en Saxe avec le Roy Auguste; & qu'à l'égard de celles du Roy de Dannemarc,
elles hiverneroient dans le
Holstein Danois.
De Madrid le 4.Janvier.
Nous venons d'apprendre
par les Lettres du Camp de
Calaf du 22. que Mr le
Comte de Muret avoit enfin esté obligé faute de vivres & de munitions de lever le SiegeduChasteau de
Cardonne; voicy ce que
portent ces Lettres, A.,
Malgré le secours que le
General Staremberg préparoit pour le Chasteau de
Cardonne, on auroit pû
s'en rendre maistres si la
bréche qu'on y
avoit faite,
cust esté dans un endroit
un peu plus accessible. On
avoit placéune autre batterie pour faire une nouvcllc
bréche, mais la plus grande
partie du canon ne put servir faute de punirions. Cependant le General Staremberg estant informéque la
Garnison eltoïc sur le point
de se rendre pareillement
faute de munitions & de vivres, dont les Assiegeants
manquoient aussi, renforça
le Détachement qui estoit,
à
Salegariga
le 2 1. avec lequel il tenta de secourir ce
Chasteau
; mais après avoir
esté repoussé trois fois, il
sur obligé de se retirer avec
beaucoup de perte;celle que
firent les Troupes du Siege
dans ces rrois attaques, fut
de soixante hommes tuez,
& d'un plus grand nombre
de blessez
;
parmi les pre-
miers il y a eu le Ser gent
Major general, deuxCapitaines du Regiment de la
Couronne Mr le Comte de
Melun
,
un Capitaine de
Grenadiers de la Compagnie desGardes à pied Espagnoles. Le General Staremberg
,
outré de n'avoir pu
réiifljr dans son entreprise,
retourna le lendemain à la
charge: ses Troupes furent
encore fortmal-traitées à
l'attaquedu Pont de las Corminas, gardé par les Regimens de la Couronne&de
Truxillo
,
sans pouvoir les
forcer, mais ayant trouvé,
moyen de passerla l:iviere.,
à gué, elles prirent ces deux
,
Regimens en £tanc,-& les
obligerent à se retirer en
desordre. Mr le Comte de
Muret donna aussi tost avis
à Monsieur de Vendosme
de ce qui s'estoit passé
; envoyaau Gouverneur du
Chasteau pour avoir une
Sauvegarde pour les mala-"^
des qui estoient dans »la
Ville, ensuite il se retira
avec les Troupes & lesBagages, abandonnantson
Artillerie faute de voitures.
Les Ennemis ne le poursuivirent point, & se contenrerent de faire entrer le secours dansle Chasteau, aprés
quoy ils se retirerent.
Lettre de Sarragosse du 3.
Janvier.
Les Ennemis, au nombre
de quatre mille hommes de
Troupes reglées & d'un plus
grand nombre de Miquelets
,
attaquerent le Camp du /{egiment de la Couronne le
vingt
-
deux du moispasséà
lapointe du jour devant.Car^
donne}javonsiT^pay un brouillardsiépais que Cm ne voyoit
pas a quatre pas devant foy.
Cependant quoy que ce fut
une especedesurprise 3ce Regiment fit tout ce que de
vieilles Troupes peuventfaire
,
mais ils fut obligé d'abandonner leur posse par la ftiperiorité des Ennemis
,
&se
retira sur une hauteur où ils
nejugerent pas à propos de le
poursuivre
ce
jour-là.
Le vingt trois les Ennemis qui estoient quatre êontre
un, l'attaqua de nouveau
,
ensorte qu'ilfutobligéde
se retirer. Il a eu plus de deux
cens hommes tuez ou
bleffi{.
Mr Bonnet, Commandant du
second Bataillon de
ce Régiment
est du nombre des Morts;
Mr Dautruy
,
Major,
a
ejlé
blepé de trois coups au travers
du corps, & on ne croit pas
qu'ilen revienne; Mrle Chevalier de TeiJé, Colonel, a
esié
perdu une heure,maisiln'aesté
ny blessénypris.Les Ennemis
ont perdu beaucoup de monde
dans cette action, puisque de
quatre cens hommes seulement
qui sortirent de la Place pou,
favorser L'entrée du secours
,
cinquante furent tuez avec
l'Officier qui les cornmandoit,
gr centfurent blcffe^.
Le soir du mêmejour, Mr
le Comte de Muret, qui commandoit au Siege
,
sçachant que
ses Troupessouffroient extrêmementfaute de vivres, les
Soldatsn'ayant depuis huit
jours qu'un quart d'une ration
de pain, prit le parti de lever
le Siege,sansyestreforcepar
d'autres raisons, laissansl'artillerie faute de mulets pour la
retirer.
LesTroupes,du Siege tJIant
arrivées au Camp, Aionjuur
de Vendosme prit le party desi
retirer: il fit lever en plein
jour les Gatdes de dcjlus les
ruisseaux qui Jéparoient les
-
deux Armée*
,
les unes après
les autres, &se mit en
bataille
à
un quart de lieuë des Ennemis, où l'Armée campa. Le lendemain il ne luyfitfaire qu'une demi-lieuë; mais le General
Starembergn'osasortirdeson
Camp pour lasuivre.
Monsieur de Vcndosme conserve le posse de Cervera
,
où
il a mis cinq Bataillons & un
Régiment de Dragons qui ria
pas foujfat
comme les autres
pendant la Campagne. Ce
Prince efl avec l'armée à Agramunte, où il diflribuë les
Quartiers d'hiver aux Troupes
qui garderont la Segre. Nous
avoKS Arens,Venasque, &
Castel-Leon de cette Campa-"
gne. Cardone l'auroit renduë
plusavantâgeuse
,
mais cen'est
pas une chose irréparable au
commencement de la Campagne
prochaine, en cas qu'on lafasse,
lesmesures que l'on a
déjà pri-
[es
,
Cm que ton prendra pour
le transport des vivres & des
munitions, donnantlieu d'ejpe-
rer que les Troupes n'en manquerontplus.
D'Utrecht le 19. Janvier,
Mrs les Plénipotentiaires
du Roy arriverent le 9. à
Gambray
,
où ils fejournerenc le 10.
Le 11. ils arrivèrent à
Valenciennes. .fLe11.vMons, où Mr
le Comte de Dhona qui en
est Gouverneur, les fit saluer par trois déchargés générales de l'artilleriey& leuc
donna un grand repas,
Le 13. ils arrivèrent à
Bruxelles, où ils furent
reçus avec les mesmes honneurs. Mr le Maréchal
d'Uxelles alla descendre
avec
Mr le Commandeur de Beringhen qui l'accompagne,
chez Me la Princessè difenghien qui les regala magniquement; Mr l'Abbé de
Polignac descendit
-
chez
Me de Rupelmonde qui luy
donnaaussi un magifique
soupé, & Mr Mesnager,
logea dans uneautre maison
avec ses Officiers.
Le 14. ils arriverent à
Anvers où ils sejournerent le15.
Le 17. à Gorcum. s
Le 18. à Ucrechr.
Ils ont été reçusdans
tous ces lieux avec les mefmes honneurs qu'ils l'avoient été à Mons & à
Bruxelles, les Hollandois les
ayant toûjours fait accompagner par des Commissaires, tant pour les faire
recevoir honorablement
,
que pour les défrayer pendant toute leur route depuis
Bruxelles.
NDe Montpellier le n, Janvier.
Les Erats de Languedoc
firent faire hier un Service
magnifique pour le repos de
l'ame de feu Monseigneur
le Dauphin. Mr l'Archeverque de Narbonne y
officia comme President de
cette Assemblée. Mr l'Evêque de Alep prononça
l'Oraison funebre, & Mrs
les Evesques de Mirepoix,
de Lodeve, d'Agde, & de
Beziers firent les Absoutes.
Tous
Tous les Deputez y
assisterent chacun dans leur rang,
avec le Chapitre de Saine
Pierre & un grand concouts
de monde.
des Nouvelles.
De Vienne le 30. Decembre.
L'Archiduc a
fait écrire
au Prince Esterhafi Viceroy
de Hongrie, de faire faire X
Presbourg tous les préparatifs necessaires, parce qu'il
esperoity arriver le 2. Janvier pour y
recevoirla Couronne de ce Royaume. Il
arriva hier un Courrier de
ce Prince, dépêché de Francfort, qui a
rapportéqu'il y
avoit esté couronné le 2.2..
& qu'il en devoit partir insessamment. Quelques Lettres particulières portent
qu'après son Couronnement il avoit refusé de signer la Capitulation perpstuelle. Celles. d'Hongrie
marquent que plusieurs
Troupes de Mécontens recommençoient à faire des
courses, de maniéré qu'il
n'y a aucune seureté dans
les chemins, & qu'il y a à
apprehender qu'il ne se forme dans ce Royaume une
nouvelle Confédération;
mais on espere que par une
Diette que l'Archiduc fera
assembler à Presbourg dés
qu'ily aura estécouronné,
la tranquilitéde ce Royaume fera entierement rétablie.
De Hambourg le 8
Janvier.
Les dernieres Lettres qu'on
a
reçeues de Staden, portent.
que le Roy de-Danneinarc
& le Roy Auguste desesperant de pouvoir s'emparer
de Stralzund de vive force,
parce qu'ils
-
crouvoient de
grandes difficultez à faire
une descente dans l'Isle de
Rugen ,d'où cettePlace tiroit tous les secours dont la
Garnison avoit besoin9
avoient resolu d'attaquer
Wismar dans les formes
,
la Garnison ayant esté
considerablement affoiblie
par la dernicre sortie: que
pour cet effetils avoient renforcé les Troupes du blocus
de six mille hommes,&
qu'ils y
avoient envoyé du
canon & des mortiers,après
quoyle Comte de Rantzau
avoïc resserré cette Place
tres étroitement : que le
Gouverneur se preparoit à
une vigoureuse resistance
;
qu'il avoir fait dépaver les
ruës pour empêcher l'effet
des bombes, & fait publier
que tous les Bourgeois qui
auroientquelque répugnanceà prendre les armes pour
la deffense de leur patrie,
eussent à sortir; que le General Rantzau, avoir de son
côté fait avertir les habitans
ques'ils prenoient les armes
pour la dessense de la Place
il les traiteroit avec la derniere rigueur; que nonob-
stant ces menaces tous les
Habitans, ainsi que la Garnison
,
paroissoient resolus
de se deffendre jusqu'à la
derniere extremité; que le
17. Decembre les Assiegeans
s'approcherent à trois cens
pas de la Ville où ils dresserent des batteries de canons
&de mortiers; que le29.ils
commencerent à
y
jetter des
bombes & des boulets rouges, & continuerent jusqu'au 2. de cemois; mais
avec peu de succés, le Gouvencur ayant fait dépaver
les ruës, & fait poster des
troupes d'Ouvriers & d'autres Bourgeois dans tous les
Quartiers, pourestreàportéed'éteindre promptement
le feu
; que ces précautions,
jointes à l'incommodité,
que les Assiegeants reçoivent de l'Artillerie des Assiegez qui renversoit leurs
ouvrages&démontoit la
pluspart de leurs canons,
les obligerent à se retirer
dans leur ancien Camp, &
à convertir de nouveau le
Siege de cette Place en blocus. Que les Troup es du
Roy de Dannemarc & du
Roy Auguste avoient aussi
jeuté des bombes & des bouletsrouges pendant vingtquatre heures; mais aussi
sans aucun succés considerable, ce qui avoit déterminé ces deux Rois à mettre
leurs Troupes en quartier
d'hiver, de maniere néanmoins que cctrc Place demeureroit toujours bloquée, par les Troupes Moscovites quiestoient en marche pour venir renforcer
leur Armée, dont les Quartiers seroient à Anclam &
à Gripswald
,
& soutenuës
par les Troupes Saxoncs
qui ne retourneroient pas
en Saxe avec le Roy Auguste; & qu'à l'égard de celles du Roy de Dannemarc,
elles hiverneroient dans le
Holstein Danois.
De Madrid le 4.Janvier.
Nous venons d'apprendre
par les Lettres du Camp de
Calaf du 22. que Mr le
Comte de Muret avoit enfin esté obligé faute de vivres & de munitions de lever le SiegeduChasteau de
Cardonne; voicy ce que
portent ces Lettres, A.,
Malgré le secours que le
General Staremberg préparoit pour le Chasteau de
Cardonne, on auroit pû
s'en rendre maistres si la
bréche qu'on y
avoit faite,
cust esté dans un endroit
un peu plus accessible. On
avoit placéune autre batterie pour faire une nouvcllc
bréche, mais la plus grande
partie du canon ne put servir faute de punirions. Cependant le General Staremberg estant informéque la
Garnison eltoïc sur le point
de se rendre pareillement
faute de munitions & de vivres, dont les Assiegeants
manquoient aussi, renforça
le Détachement qui estoit,
à
Salegariga
le 2 1. avec lequel il tenta de secourir ce
Chasteau
; mais après avoir
esté repoussé trois fois, il
sur obligé de se retirer avec
beaucoup de perte;celle que
firent les Troupes du Siege
dans ces rrois attaques, fut
de soixante hommes tuez,
& d'un plus grand nombre
de blessez
;
parmi les pre-
miers il y a eu le Ser gent
Major general, deuxCapitaines du Regiment de la
Couronne Mr le Comte de
Melun
,
un Capitaine de
Grenadiers de la Compagnie desGardes à pied Espagnoles. Le General Staremberg
,
outré de n'avoir pu
réiifljr dans son entreprise,
retourna le lendemain à la
charge: ses Troupes furent
encore fortmal-traitées à
l'attaquedu Pont de las Corminas, gardé par les Regimens de la Couronne&de
Truxillo
,
sans pouvoir les
forcer, mais ayant trouvé,
moyen de passerla l:iviere.,
à gué, elles prirent ces deux
,
Regimens en £tanc,-& les
obligerent à se retirer en
desordre. Mr le Comte de
Muret donna aussi tost avis
à Monsieur de Vendosme
de ce qui s'estoit passé
; envoyaau Gouverneur du
Chasteau pour avoir une
Sauvegarde pour les mala-"^
des qui estoient dans »la
Ville, ensuite il se retira
avec les Troupes & lesBagages, abandonnantson
Artillerie faute de voitures.
Les Ennemis ne le poursuivirent point, & se contenrerent de faire entrer le secours dansle Chasteau, aprés
quoy ils se retirerent.
Lettre de Sarragosse du 3.
Janvier.
Les Ennemis, au nombre
de quatre mille hommes de
Troupes reglées & d'un plus
grand nombre de Miquelets
,
attaquerent le Camp du /{egiment de la Couronne le
vingt
-
deux du moispasséà
lapointe du jour devant.Car^
donne}javonsiT^pay un brouillardsiépais que Cm ne voyoit
pas a quatre pas devant foy.
Cependant quoy que ce fut
une especedesurprise 3ce Regiment fit tout ce que de
vieilles Troupes peuventfaire
,
mais ils fut obligé d'abandonner leur posse par la ftiperiorité des Ennemis
,
&se
retira sur une hauteur où ils
nejugerent pas à propos de le
poursuivre
ce
jour-là.
Le vingt trois les Ennemis qui estoient quatre êontre
un, l'attaqua de nouveau
,
ensorte qu'ilfutobligéde
se retirer. Il a eu plus de deux
cens hommes tuez ou
bleffi{.
Mr Bonnet, Commandant du
second Bataillon de
ce Régiment
est du nombre des Morts;
Mr Dautruy
,
Major,
a
ejlé
blepé de trois coups au travers
du corps, & on ne croit pas
qu'ilen revienne; Mrle Chevalier de TeiJé, Colonel, a
esié
perdu une heure,maisiln'aesté
ny blessénypris.Les Ennemis
ont perdu beaucoup de monde
dans cette action, puisque de
quatre cens hommes seulement
qui sortirent de la Place pou,
favorser L'entrée du secours
,
cinquante furent tuez avec
l'Officier qui les cornmandoit,
gr centfurent blcffe^.
Le soir du mêmejour, Mr
le Comte de Muret, qui commandoit au Siege
,
sçachant que
ses Troupessouffroient extrêmementfaute de vivres, les
Soldatsn'ayant depuis huit
jours qu'un quart d'une ration
de pain, prit le parti de lever
le Siege,sansyestreforcepar
d'autres raisons, laissansl'artillerie faute de mulets pour la
retirer.
LesTroupes,du Siege tJIant
arrivées au Camp, Aionjuur
de Vendosme prit le party desi
retirer: il fit lever en plein
jour les Gatdes de dcjlus les
ruisseaux qui Jéparoient les
-
deux Armée*
,
les unes après
les autres, &se mit en
bataille
à
un quart de lieuë des Ennemis, où l'Armée campa. Le lendemain il ne luyfitfaire qu'une demi-lieuë; mais le General
Starembergn'osasortirdeson
Camp pour lasuivre.
Monsieur de Vcndosme conserve le posse de Cervera
,
où
il a mis cinq Bataillons & un
Régiment de Dragons qui ria
pas foujfat
comme les autres
pendant la Campagne. Ce
Prince efl avec l'armée à Agramunte, où il diflribuë les
Quartiers d'hiver aux Troupes
qui garderont la Segre. Nous
avoKS Arens,Venasque, &
Castel-Leon de cette Campa-"
gne. Cardone l'auroit renduë
plusavantâgeuse
,
mais cen'est
pas une chose irréparable au
commencement de la Campagne
prochaine, en cas qu'on lafasse,
lesmesures que l'on a
déjà pri-
[es
,
Cm que ton prendra pour
le transport des vivres & des
munitions, donnantlieu d'ejpe-
rer que les Troupes n'en manquerontplus.
D'Utrecht le 19. Janvier,
Mrs les Plénipotentiaires
du Roy arriverent le 9. à
Gambray
,
où ils fejournerenc le 10.
Le 11. ils arrivèrent à
Valenciennes. .fLe11.vMons, où Mr
le Comte de Dhona qui en
est Gouverneur, les fit saluer par trois déchargés générales de l'artilleriey& leuc
donna un grand repas,
Le 13. ils arrivèrent à
Bruxelles, où ils furent
reçus avec les mesmes honneurs. Mr le Maréchal
d'Uxelles alla descendre
avec
Mr le Commandeur de Beringhen qui l'accompagne,
chez Me la Princessè difenghien qui les regala magniquement; Mr l'Abbé de
Polignac descendit
-
chez
Me de Rupelmonde qui luy
donnaaussi un magifique
soupé, & Mr Mesnager,
logea dans uneautre maison
avec ses Officiers.
Le 14. ils arriverent à
Anvers où ils sejournerent le15.
Le 17. à Gorcum. s
Le 18. à Ucrechr.
Ils ont été reçusdans
tous ces lieux avec les mefmes honneurs qu'ils l'avoient été à Mons & à
Bruxelles, les Hollandois les
ayant toûjours fait accompagner par des Commissaires, tant pour les faire
recevoir honorablement
,
que pour les défrayer pendant toute leur route depuis
Bruxelles.
NDe Montpellier le n, Janvier.
Les Erats de Languedoc
firent faire hier un Service
magnifique pour le repos de
l'ame de feu Monseigneur
le Dauphin. Mr l'Archeverque de Narbonne y
officia comme President de
cette Assemblée. Mr l'Evêque de Alep prononça
l'Oraison funebre, & Mrs
les Evesques de Mirepoix,
de Lodeve, d'Agde, & de
Beziers firent les Absoutes.
Tous
Tous les Deputez y
assisterent chacun dans leur rang,
avec le Chapitre de Saine
Pierre & un grand concouts
de monde.
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Résumé : SUITE des Nouvelles.
Le texte décrit plusieurs événements politiques et militaires en Europe. À Vienne, l'archiduc se prépare pour son couronnement en Hongrie, prévu le 2 janvier. Des troubles persistent dans le royaume en raison de troupes mécontentes, mais on espère que la tenue d'une Diète après le couronnement restaurera la tranquillité. À Hambourg, les rois de Danemark et Auguste II de Pologne ont renoncé à prendre Stralsund par la force en raison de difficultés logistiques. Ils ont décidé d'attaquer Wismar, dont la garnison a été affaiblie. Malgré les menaces, les habitants et la garnison de Wismar sont résolus à se défendre. Les assaillants ont tenté de bombarder la ville sans succès et ont dû se retirer. À Madrid, le comte de Muret a levé le siège du château de Cardonne faute de vivres et de munitions. Les tentatives de secours par le général Staremberg ont échoué, entraînant des pertes importantes. À Saragosse, les ennemis ont attaqué le régiment de la Couronne, causant de lourdes pertes. Le comte de Muret a levé le siège de Cardonne en raison du manque de vivres. Les troupes se sont retirées et ont pris position à Agramunte pour l'hiver. À Utrecht, les plénipotentiaires du roi ont effectué une tournée dans plusieurs villes, recevant des honneurs et des réceptions magnifiques. À Montpellier, les États de Languedoc ont organisé un service funèbre pour le dauphin décédé, avec la participation de nombreux dignitaires religieux et laïcs.
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17
p. 43-48
Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Début :
Je suis venu ici, Monsieur, pour rendre compte à Monsieur [...]
Mots clefs :
Noyelle, Camp, Troupes, Chevaux, Douai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Du Camp de Noyelle ce 7.
Fuiller.
Je fuis venu ici , Monfieur , pour rendre compte
à Monfieur le Maréchal
que fur l'avis qu'a cu Monfieur le Comte de Broglio
ce matin , que les ennemis
avoient détaché de leur
armée huit cent chevaux ,
pour attaquer un fourrage
qu'ils croyoient qu'il devoit faire avec la reſerve
entre Douay & Vitry , il eſt
forti ce matin avec mille
Dij
44 MERCURE
chevaux , aufquels il a fait
prendre des faulx , afin de
les mieux faire donner dans
le panneau , & a envoyé
trois cent chevaux pour
maſquer Douay , fans faire
femblant d'avoir aucune
troupe à fon flanc gauche,
& a toûjours tenu le refte
de ſes troupes en gros comme des fourrageurs. Les
ennemis qui étoient embufquez fur les derrieres ont
debufqué marchans en bataille leur ſeize troupes
front. Il les a laiffé venir juf- ›
ques à la portée d'une ca
de
1
GALANT.
45
rabine ; aprés quoy il s'eft
formé , & a marché à eux
l'épée à la main , a effuyé
leur feu de fort prés, & y
eft entré à grands coups d'épée , les a culbutez , fans
leur donner le temps de fe
rallier , les a fuivis , & fait
couper par des troupes qu'il
a envoyées s'emparer du
paffage de Crechin ; ce qui
les a rejettez du côté de
Couriere & de la Deule ,
où il s'en eft noyé plufieurs.
Comme j'avois perdu de
vûë Monfieur le Comte de
Broglio, je pouffai vers Cre-
46 MERCURE
chin avec cinquante maîtres. Je puis vous affurer
qu'il n'eft pas rentré dans
Doüay plus de cinquante
cavaliers , le reste ayant été
pris ou noyé. Quand je fuis
parti pour en venir rendre
compte à Monfieur le Maréchal , toutes nos troupes
`n'étoient pas encore arrivées : il y avoit déja prés :
de quatre cent prifonniers,
& autant de chevaux , du
nombre defquels étoit M.
de Saint Amour , Colonel
des Cuiraffier's,qui, je crois,
commandoit ce détache-
GALANT.
47
ment, & quatorze Officiers,
Monfieur Speligny , Colonel Houffard , doit y avoir été tué , fon cheval
cent
s'étant rendu , à ce qu'a dit
Monfieur de Saint Amour,
bien avant qu'il ait été
pris. Ce détachement étoit
compofé de quatre
Cuiraffiers de l'Empereur ,
de deux cent Drrgons ,
& deux cent Houflards ;
le tout de troupes choifies , leſquelles avoient ordre d'entreprendre quelque chofe avant de revenir. Mon frere le Comte
48 MERCURE
& moy fommes en bonne
fanté. Monfieur le Maréchal rend compte à la Cour
de cette affaire.
On attend des memoires d'Espagne , qui retardent jufqu'au mois
prochain l'article qu'on
a promis de Monfieur
de Vendôme
Fuiller.
Je fuis venu ici , Monfieur , pour rendre compte
à Monfieur le Maréchal
que fur l'avis qu'a cu Monfieur le Comte de Broglio
ce matin , que les ennemis
avoient détaché de leur
armée huit cent chevaux ,
pour attaquer un fourrage
qu'ils croyoient qu'il devoit faire avec la reſerve
entre Douay & Vitry , il eſt
forti ce matin avec mille
Dij
44 MERCURE
chevaux , aufquels il a fait
prendre des faulx , afin de
les mieux faire donner dans
le panneau , & a envoyé
trois cent chevaux pour
maſquer Douay , fans faire
femblant d'avoir aucune
troupe à fon flanc gauche,
& a toûjours tenu le refte
de ſes troupes en gros comme des fourrageurs. Les
ennemis qui étoient embufquez fur les derrieres ont
debufqué marchans en bataille leur ſeize troupes
front. Il les a laiffé venir juf- ›
ques à la portée d'une ca
de
1
GALANT.
45
rabine ; aprés quoy il s'eft
formé , & a marché à eux
l'épée à la main , a effuyé
leur feu de fort prés, & y
eft entré à grands coups d'épée , les a culbutez , fans
leur donner le temps de fe
rallier , les a fuivis , & fait
couper par des troupes qu'il
a envoyées s'emparer du
paffage de Crechin ; ce qui
les a rejettez du côté de
Couriere & de la Deule ,
où il s'en eft noyé plufieurs.
Comme j'avois perdu de
vûë Monfieur le Comte de
Broglio, je pouffai vers Cre-
46 MERCURE
chin avec cinquante maîtres. Je puis vous affurer
qu'il n'eft pas rentré dans
Doüay plus de cinquante
cavaliers , le reste ayant été
pris ou noyé. Quand je fuis
parti pour en venir rendre
compte à Monfieur le Maréchal , toutes nos troupes
`n'étoient pas encore arrivées : il y avoit déja prés :
de quatre cent prifonniers,
& autant de chevaux , du
nombre defquels étoit M.
de Saint Amour , Colonel
des Cuiraffier's,qui, je crois,
commandoit ce détache-
GALANT.
47
ment, & quatorze Officiers,
Monfieur Speligny , Colonel Houffard , doit y avoir été tué , fon cheval
cent
s'étant rendu , à ce qu'a dit
Monfieur de Saint Amour,
bien avant qu'il ait été
pris. Ce détachement étoit
compofé de quatre
Cuiraffiers de l'Empereur ,
de deux cent Drrgons ,
& deux cent Houflards ;
le tout de troupes choifies , leſquelles avoient ordre d'entreprendre quelque chofe avant de revenir. Mon frere le Comte
48 MERCURE
& moy fommes en bonne
fanté. Monfieur le Maréchal rend compte à la Cour
de cette affaire.
On attend des memoires d'Espagne , qui retardent jufqu'au mois
prochain l'article qu'on
a promis de Monfieur
de Vendôme
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Résumé : Du Camp de Noyelle ce 7. Juillet.
Le 7 [mois indéterminé], depuis le Camp de Noyelle, un rapport militaire informe Monsieur le Maréchal des actions du Comte de Broglio contre les ennemis. Ce matin, Broglio a appris que les ennemis avaient envoyé huit cents chevaux pour attaquer un convoi de fourrage près de Douay et Vitry. Il a renforcé ses troupes à mille chevaux, armés de faux, et a envoyé trois cents chevaux pour masquer Douay, feignant de n'avoir aucune troupe à son flanc gauche. Les ennemis, embusqués à l'arrière, ont débusqué en formation de bataille. Broglio les a laissés approcher à portée de tir, puis a chargé à l'épée, dispersant les ennemis sans leur laisser le temps de se rallier. Il a poursuivi les fuyards et a coupé leur retraite vers Crechin, les repoussant vers Couriere et la Deule, où plusieurs se sont noyés. L'auteur, ayant perdu de vue Broglio, s'est dirigé vers Crechin avec cinquante maîtres. Moins de cinquante cavaliers ennemis sont rentrés à Douay, le reste étant capturé ou noyé. Au moment de son départ pour informer le Maréchal, environ quatre cents prisonniers et autant de chevaux avaient été capturés, incluant le Colonel des Cuirassiers Saint Amour et quatorze officiers. Le détachement ennemi était composé de quatre cents Cuirassiers de l'Empereur, deux cents Dragons et deux cents Houzards. Le Maréchal rend compte de cette affaire à la Cour. Des mémoires d'Espagne sont attendus, retardant l'article promis de Monsieur de Vendôme jusqu'au mois prochain.
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18
p. 281-291
Du Camp de Denain le 24. Juillet.
Début :
Mr le Maréchal de Villars fit travailler toute la journée [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Denain, Escadrons, Camp, Troupes, Drapeau, Ennemis, Liste des prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Camp de Denain le 24. Juillet.
u Camp de Denain le 24.
Fuiller
2 Mrle Maréchal de Vilfars fie travailler toute la
journée du 23. à faire des
Ponts fur la Sambre , & ou
vrir les trouées de Feney
fur les fept heures du for il
fit avancer Mr de Coignies
avec 30. Efcadrons de Dra
gons jufqu'à une demi lieuë
du Retranchement des Ennemis , avec ordre de faire
toutes les démonftrations
qui pourroient perfuader
Fuillet 1712. Bb
282 MERCURE
3
une attaque des Lignes pendant cette même nuit. A
cinq heures du foiril fit partir le Marquis de Vieuxpont
avec trente Bataillons les
Pontons &hunc Brigade
d'Artillerie , il envoya dés
midy tous les Huffars pour
battre les Plaines qui font
entre Cambray, Bouchain ,
& les Ennemis , & le Comte
de Broglio cut ordre avec fa
Referve de couvsir la mars
che de l'Infanterie , &d'envoyer des Partis à tous les
pallages de la Selle pour cacher la marche aux Enhe
GALANT. 283.
mis. Mr. d'Albergotti fur
commandé avec vingt Bataillons & quarante Eſcadrons pour foûtenir les pre
miers , & toute l'Armée fe
mit en marche à l'entrée de
la nuic.
Il n'eft point facile qu'u
Armée nombreuſe ne trouve quelques obftacles dans
une marche de nuit , ils furent furmontez par la vigilance de Mr de Puyfegur ;
nos Pontons ne purent arriver qu'en treize heures fur
l'Efcaut ; on jetta les Ponts
fur le champ , les Troupes
Bb ij
284 MERCURE
pafferent. Les Ennemis
rent voir quelque Cavalerie
que l'onrechalla dans leurs
doubles Lignes defquelles
on s'empara fur le champ ,
& en y entrant le Comtede
Broglio bretit un Convoy
des Ennemis efcorté par
5oo. chevaux & 5oo. hom
mes de pied.
Le Camp retranché des
Ennemisà Denain étoit deffendupardix- huit Bataillons
commandez par Mylord
d'Albemarle , avec quatre
Lieutenans generaux , plufiours Maréchaux de Camp
GALANT. 285
& Brigadiers fous luy, avec
beaucoup de canon.
La difpofition de l'atta
que fut promptement or
donnée & executée. M' le
Maréchal de Villars & M
de Montefquioue matchel
rent à la tefte dela droite de
l'Infanterie , Mr le Marquis
d'Albergotti à la gauche ,
Mrole Marquis de Vieux
pont, de Dreux , de Brandelay, Lieutenans generaux j
Mr le Prince d'Ifenguien
Mrs de Mouchy, de Nangis , Mr le Duc de Mortemart fe mirent à la tefte de
Bb iij
286 MERCURE
toutes ces Troupes. )
Mr le Comte de Villars
cftoit en qualité de Volonraire auprés de Mr le Maré.
chal fon frere.
L'Attaque fe fit par 36.
Bataillons fur huit colonnes. Jamais Troupes n'ont
marché avec tant de fierté ,
aprés avoir effuyé un affez
long feu de canonnade avec
les décharges de l'Infanterie
fans qu'aucun de nos Soldats s'ébranlât. Ils monterent fur des retranchemens
de plus de vingt pieds de
haut , forcerent les Ennemis
GALANT. 287
& pafferent prefque tout au
fil de l'épée.
L.cmQ
Mr de ContadeMajorgeneral de l'Infanterie , s'eft
fort diſtingué, vomit () log i
Mr le Prince Eugene étoit
arrivé à Denain deux heures
avant Fartaque } il fie la dif
pofition de la deffenſe ; &
fut au- devant de fon Infan
terie pour en preffer la mar
the dans le deffein de les
fecourir.ca ed bur
Mylord d'Albemarle
Commandant des Troupes
Hollandoifes , deux Lieute
nans generaux , Mr de SeBb iiij
188 MERGURE
guin , quatre Maréchaux de
Camp, le Prince d'Anhalt .
le Prince de Holftein pluficurs Colonels , & plus de
150. Officiers , ont efté fairs
puifonniersä saung cÍ ¿ M
251On leur a pris tous) kurs
Drapeaux , Etendarts & Ca
non , & quantité de muni
tions de guerre & de bout
chee
Le Comte de Dhona a efté
tué. Les Ennemis n'ayant
qu'un Pont pour ſe retiter,
on affure qu'il ne s'en eftpas
fauvé deux cenr. decliCH
Mr le Maréchal de Vil
GALANT: 289
fars le loue infiniment de
toutes les Troupes. Mr
de Tourville Colonel de
Champagne, a eſté tué , lè
Comte deMeufe fort bleffe
& quelques Capitaines & au
tres Officiers, Montoig 11-5
- Melle Maréchal envoya
aprés l'action le Comte de
Broglio avec de l'Infanterie
pour inveftir Marchiennes ,
où font tous les vivres, &
toute l'Artillerie des Ennemisteront
30Me d'Albergotti a efté
auffi détaché pour inveftir
S. Amand
290 MERCURE
Nous n'avons pas perdu
autant d'Officiers ny de Soldats qu'une action fidange,
reufe en devoit coûter la
valeur des Troupes en a di
minué le peril par l'ardeur
& la promptitude avec lar
quelle ils ont forcé les Ennemis.
Lifte des Prifonniers.
et (1
Mylord d'Albermarle
General des Hollandois, pirat
en Mr deSeguin,Lieutenant
general. mon biball Des
Le Prince de Holſtein.
GALANT. 293
Le Prince d'Anhalt.
Mr de Suaube.
Le Comte de Naffau.
Le Barond'Albert, Maréchaux de Camp.
4. Colonels,
6. Lieutenans Colonels,
38. Capitaines.
36. Lieutenans,
53. Enfeignes.
19. Officiers d'Artillerie
& Aides de Camp. Tout le
refte à la reſerve de deux ou
trois cent hommes qui ſe
font fauvez , ont efté pris ,
tucz , ou noyez dans l'Ef
caut.
Fuiller
2 Mrle Maréchal de Vilfars fie travailler toute la
journée du 23. à faire des
Ponts fur la Sambre , & ou
vrir les trouées de Feney
fur les fept heures du for il
fit avancer Mr de Coignies
avec 30. Efcadrons de Dra
gons jufqu'à une demi lieuë
du Retranchement des Ennemis , avec ordre de faire
toutes les démonftrations
qui pourroient perfuader
Fuillet 1712. Bb
282 MERCURE
3
une attaque des Lignes pendant cette même nuit. A
cinq heures du foiril fit partir le Marquis de Vieuxpont
avec trente Bataillons les
Pontons &hunc Brigade
d'Artillerie , il envoya dés
midy tous les Huffars pour
battre les Plaines qui font
entre Cambray, Bouchain ,
& les Ennemis , & le Comte
de Broglio cut ordre avec fa
Referve de couvsir la mars
che de l'Infanterie , &d'envoyer des Partis à tous les
pallages de la Selle pour cacher la marche aux Enhe
GALANT. 283.
mis. Mr. d'Albergotti fur
commandé avec vingt Bataillons & quarante Eſcadrons pour foûtenir les pre
miers , & toute l'Armée fe
mit en marche à l'entrée de
la nuic.
Il n'eft point facile qu'u
Armée nombreuſe ne trouve quelques obftacles dans
une marche de nuit , ils furent furmontez par la vigilance de Mr de Puyfegur ;
nos Pontons ne purent arriver qu'en treize heures fur
l'Efcaut ; on jetta les Ponts
fur le champ , les Troupes
Bb ij
284 MERCURE
pafferent. Les Ennemis
rent voir quelque Cavalerie
que l'onrechalla dans leurs
doubles Lignes defquelles
on s'empara fur le champ ,
& en y entrant le Comtede
Broglio bretit un Convoy
des Ennemis efcorté par
5oo. chevaux & 5oo. hom
mes de pied.
Le Camp retranché des
Ennemisà Denain étoit deffendupardix- huit Bataillons
commandez par Mylord
d'Albemarle , avec quatre
Lieutenans generaux , plufiours Maréchaux de Camp
GALANT. 285
& Brigadiers fous luy, avec
beaucoup de canon.
La difpofition de l'atta
que fut promptement or
donnée & executée. M' le
Maréchal de Villars & M
de Montefquioue matchel
rent à la tefte dela droite de
l'Infanterie , Mr le Marquis
d'Albergotti à la gauche ,
Mrole Marquis de Vieux
pont, de Dreux , de Brandelay, Lieutenans generaux j
Mr le Prince d'Ifenguien
Mrs de Mouchy, de Nangis , Mr le Duc de Mortemart fe mirent à la tefte de
Bb iij
286 MERCURE
toutes ces Troupes. )
Mr le Comte de Villars
cftoit en qualité de Volonraire auprés de Mr le Maré.
chal fon frere.
L'Attaque fe fit par 36.
Bataillons fur huit colonnes. Jamais Troupes n'ont
marché avec tant de fierté ,
aprés avoir effuyé un affez
long feu de canonnade avec
les décharges de l'Infanterie
fans qu'aucun de nos Soldats s'ébranlât. Ils monterent fur des retranchemens
de plus de vingt pieds de
haut , forcerent les Ennemis
GALANT. 287
& pafferent prefque tout au
fil de l'épée.
L.cmQ
Mr de ContadeMajorgeneral de l'Infanterie , s'eft
fort diſtingué, vomit () log i
Mr le Prince Eugene étoit
arrivé à Denain deux heures
avant Fartaque } il fie la dif
pofition de la deffenſe ; &
fut au- devant de fon Infan
terie pour en preffer la mar
the dans le deffein de les
fecourir.ca ed bur
Mylord d'Albemarle
Commandant des Troupes
Hollandoifes , deux Lieute
nans generaux , Mr de SeBb iiij
188 MERGURE
guin , quatre Maréchaux de
Camp, le Prince d'Anhalt .
le Prince de Holftein pluficurs Colonels , & plus de
150. Officiers , ont efté fairs
puifonniersä saung cÍ ¿ M
251On leur a pris tous) kurs
Drapeaux , Etendarts & Ca
non , & quantité de muni
tions de guerre & de bout
chee
Le Comte de Dhona a efté
tué. Les Ennemis n'ayant
qu'un Pont pour ſe retiter,
on affure qu'il ne s'en eftpas
fauvé deux cenr. decliCH
Mr le Maréchal de Vil
GALANT: 289
fars le loue infiniment de
toutes les Troupes. Mr
de Tourville Colonel de
Champagne, a eſté tué , lè
Comte deMeufe fort bleffe
& quelques Capitaines & au
tres Officiers, Montoig 11-5
- Melle Maréchal envoya
aprés l'action le Comte de
Broglio avec de l'Infanterie
pour inveftir Marchiennes ,
où font tous les vivres, &
toute l'Artillerie des Ennemisteront
30Me d'Albergotti a efté
auffi détaché pour inveftir
S. Amand
290 MERCURE
Nous n'avons pas perdu
autant d'Officiers ny de Soldats qu'une action fidange,
reufe en devoit coûter la
valeur des Troupes en a di
minué le peril par l'ardeur
& la promptitude avec lar
quelle ils ont forcé les Ennemis.
Lifte des Prifonniers.
et (1
Mylord d'Albermarle
General des Hollandois, pirat
en Mr deSeguin,Lieutenant
general. mon biball Des
Le Prince de Holſtein.
GALANT. 293
Le Prince d'Anhalt.
Mr de Suaube.
Le Comte de Naffau.
Le Barond'Albert, Maréchaux de Camp.
4. Colonels,
6. Lieutenans Colonels,
38. Capitaines.
36. Lieutenans,
53. Enfeignes.
19. Officiers d'Artillerie
& Aides de Camp. Tout le
refte à la reſerve de deux ou
trois cent hommes qui ſe
font fauvez , ont efté pris ,
tucz , ou noyez dans l'Ef
caut.
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Résumé : Du Camp de Denain le 24. Juillet.
Le 23 mars 1712, le maréchal de Villars initia une série d'opérations militaires. Il ordonna la construction de ponts sur la Sambre et l'ouverture de trouées à Feney. À 17 heures, il envoya le marquis de Coignies avec 30 escadrons de dragons pour simuler une attaque nocturne. À 5 heures du matin, le marquis de Vieuxpont, à la tête de 30 bataillons, des pontonniers et une brigade d'artillerie, se mit en marche. Les hussards furent déployés pour battre les plaines entre Cambrai, Bouchain et les positions ennemies. Le comte de Broglio reçut l'ordre de couvrir la marche de l'infanterie et de dissimuler les mouvements aux ennemis. L'armée française se mit en marche à l'entrée de la nuit. Malgré quelques obstacles, la vigilance de M. de Puysegur permit de surmonter les difficultés. Les pontonniers jetèrent des ponts sur l'Escaut, permettant aux troupes de passer. Les ennemis, apercevant la cavalerie, se replièrent derrière leurs lignes doubles, que les Français s'emparèrent. Le comte de Broglio intercepta un convoi ennemi escorté par 500 chevaux et 500 hommes de pied. Le camp retranché ennemi à Denain était défendu par 18 bataillons commandés par Mylord d'Albemarle, assisté de plusieurs lieutenants généraux et maréchaux de camp. L'attaque française fut menée par 36 bataillons en huit colonnes. Les troupes françaises montèrent les retranchements ennemis et les forcèrent presque tous au fil de l'épée. Le prince Eugène arriva à Denain deux heures avant l'attaque et organisa la défense. Les ennemis subirent de lourdes pertes, y compris la mort du comte de Dhona et la capture de nombreux officiers et drapeaux. Après l'action, le maréchal de Villars loua les troupes pour leur ardeur et leur promptitude. Le comte de Broglio fut envoyé pour investir Marchiennes, et le duc d'Albergotti pour investir Saint-Amand. Les pertes françaises furent moindres que prévu, grâce à la valeur des troupes.
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19
p. 261-265
Du Camp d'Henin-Lietard ce 18. Aoust 1712.
Début :
La nuit du 14 au 15. le Regiment des Gardes [...]
Mots clefs :
Camp, Douai, Scarpe, Siège, Expédition
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texteReconnaissance textuelle : Du Camp d'Henin-Lietard ce 18. Aoust 1712.
Du Camp d'Henin-Lietard
ce 18. AOUst.171Zr.
La nuit du 14 au 1 5. le
Regiment des Gardes ouvrit la tranchée devant
Dotiay en deux endroits;
l'attaque de la gauche est
appuyée à l'Inondation,
coupe laChaufféeS. Eloy,
& va regagner la tranchée
de la droite qui fut ouverte
a Sains &
poussee
cette nuic
jurqu'à soixante toises des
Palissades. Picardie ouvrit
la tranchée au Fort de
Scarpe, nous simesaussi
une fausse attaque à la
porte de Querchm, mais
les ennemis n'y tirerent pas
un coup; nous embrassons
aux deux - attaques de la
Ville la porte S. Eloy & la
porte Nostre-Damc avec
un Pont surla Scarpe pour
cbmmuniquerà l'attaque
du Fort; il n'y a
dans la
placeque 3000 fort hommes &
peu de munitions;il y ,
avoit eu 40 bataillons destinez au Siege, mais les
Troupes qui sont campées
depuis aussi sur le Canal de
la Deulc julquàl'Alainlur
la Scarpe font devenues
l'armée d'observation par
le mouvement que les ennemis ontfait glitst sont
avancez la droiteà Carvain
Epinoy, la gauche à
Hauteur de Vatines; de
forte quec'est la grande
Armée qui fait- le Siege)
nous avons 1G pieces de
canon qui tireront ce soir
a la Visse, ,&, 10; au Fort
avecdesMortiers.
On écrit de Lille du 20.
Aoust que le Prince Eugene
aquittélaresolution de
nous attaquer dans nos
retranchements & de fe-
:
courir Doüay, qu'il a
fait
ramener tous les Gabions
qui avoient esté destinez
pour cette expédition &
les a
fait conduire à Tlfle
pour sen servir dans le
¿
-que depuis le
1 7.
on tiroir en breche, que le
Fortde Scarpe
étoit le 18.
en feu, & quon ne croyoit
pas qu'il put encore durer
deux ou trois jours, que
r
le Prince Eugene a
envoyé
deux mille Cavaliers demonccz à Bethune, Aire &
S.
S. Venant en Garnison, la
maladie étant d'ans leurs
chevaux; dauttes Lettres
portent que l'armée des
Alliez devoit venir de Ribaucourt dans son Camp
de Seclin le 21 ou le 22,.
à caufc de la disette de fourages & d'eaux, que les
Députez estoient arrivez le
20. aumatinàLille,cequifaisoit croire que leur armée
neremerciepas longtemps à
Seclin
ce 18. AOUst.171Zr.
La nuit du 14 au 1 5. le
Regiment des Gardes ouvrit la tranchée devant
Dotiay en deux endroits;
l'attaque de la gauche est
appuyée à l'Inondation,
coupe laChaufféeS. Eloy,
& va regagner la tranchée
de la droite qui fut ouverte
a Sains &
poussee
cette nuic
jurqu'à soixante toises des
Palissades. Picardie ouvrit
la tranchée au Fort de
Scarpe, nous simesaussi
une fausse attaque à la
porte de Querchm, mais
les ennemis n'y tirerent pas
un coup; nous embrassons
aux deux - attaques de la
Ville la porte S. Eloy & la
porte Nostre-Damc avec
un Pont surla Scarpe pour
cbmmuniquerà l'attaque
du Fort; il n'y a
dans la
placeque 3000 fort hommes &
peu de munitions;il y ,
avoit eu 40 bataillons destinez au Siege, mais les
Troupes qui sont campées
depuis aussi sur le Canal de
la Deulc julquàl'Alainlur
la Scarpe font devenues
l'armée d'observation par
le mouvement que les ennemis ontfait glitst sont
avancez la droiteà Carvain
Epinoy, la gauche à
Hauteur de Vatines; de
forte quec'est la grande
Armée qui fait- le Siege)
nous avons 1G pieces de
canon qui tireront ce soir
a la Visse, ,&, 10; au Fort
avecdesMortiers.
On écrit de Lille du 20.
Aoust que le Prince Eugene
aquittélaresolution de
nous attaquer dans nos
retranchements & de fe-
:
courir Doüay, qu'il a
fait
ramener tous les Gabions
qui avoient esté destinez
pour cette expédition &
les a
fait conduire à Tlfle
pour sen servir dans le
¿
-que depuis le
1 7.
on tiroir en breche, que le
Fortde Scarpe
étoit le 18.
en feu, & quon ne croyoit
pas qu'il put encore durer
deux ou trois jours, que
r
le Prince Eugene a
envoyé
deux mille Cavaliers demonccz à Bethune, Aire &
S.
S. Venant en Garnison, la
maladie étant d'ans leurs
chevaux; dauttes Lettres
portent que l'armée des
Alliez devoit venir de Ribaucourt dans son Camp
de Seclin le 21 ou le 22,.
à caufc de la disette de fourages & d'eaux, que les
Députez estoient arrivez le
20. aumatinàLille,cequifaisoit croire que leur armée
neremerciepas longtemps à
Seclin
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Résumé : Du Camp d'Henin-Lietard ce 18. Aoust 1712.
Le rapport militaire du 18 août 1712 décrit les opérations autour de Douai. La nuit du 14 au 15 août, le Régiment des Gardes a ouvert une tranchée devant Douai, coupant la chaussée Saint-Éloy et avançant jusqu'à soixante toises des palissades. Le régiment de Picardie a ouvert une tranchée au Fort de Scarpe, tandis qu'une fausse attaque a été menée à la porte de Querchm sans réponse ennemie. Les forces françaises ont encerclé les portes Saint-Éloy et Notre-Dame, avec un pont sur la Scarpe pour communiquer avec l'attaque du Fort. Douai compte 3000 hommes et peu de munitions. Initialement, 40 bataillons étaient destinés au siège, mais les troupes sont devenues l'armée d'observation en raison des mouvements ennemis. La grande armée française assiège Douai avec 16 pièces de canon et 10 mortiers. Un rapport du 20 août mentionne que le Prince Eugène a renoncé à attaquer les retranchements français et à secourir Douai. Le Fort de Scarpe était en feu le 18 août et ne pouvait tenir plus de deux ou trois jours. Le Prince Eugène a envoyé 2000 cavaliers à Béthune, Aire et Saint-Venant en raison de la maladie de leurs chevaux. L'armée des Alliés devait se déplacer de Ribaucourt à Seclin, mais la disette de fourrages et d'eau a retardé ce mouvement. Des députés sont arrivés à Lille le 20 août, suggérant que l'armée alliée ne resterait pas longtemps à Seclin.
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20
p. 291-294
Au Camp de Lewadre ce 19 Aoust 1712. Lettre de M. le M. de ***. au Comte de Lionne.
Début :
Je vous suis tres-obligé Mr de la part que [...]
Mots clefs :
Camp, Lewadre, Namur, Marchand, Copie d'une lettre, Anvers
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texteReconnaissance textuelle : Au Camp de Lewadre ce 19 Aoust 1712. Lettre de M. le M. de ***. au Comte de Lionne.
Au Camp de Lewadre,
ce 29.Aoust1712.
LettredeM.leM.de***
auComte de Lionne. ( Je vous suis très-obligé
Mr de la part que vous voulez- bien prendre à mes
tres justes & très-vives dou-
¡
leurs, voicy un temps où il
faut,pour ainsi dire,s'oublier
foi-mcfmc pour ne songer
qu'au service du Roy &
de l'Etat.
Vous verrez par la Copie
cy jointe d'un Bourgeois
de Namur que selon lesapparences un parti que j'ay
détaché il y a
quelque jours
aura fait - un assez hardy
voyage & le secret a
esté
grand
,
car je vous assure
que hors leCommandant
& rooy personne du monde
n'en a
rien sçu
Copie d'une Lettre qu'un
Marchandde Namur a receu
de son Correspondant
danversle15.Aoust
1712.
Je vousdiray que les
François font de justes
represailles de ce que le
Comte de Grovestein a
voulu faire en Champagne,
ils ont commence par la
Ville de Tercoten. à laquelle
après l'avoir pillé ils ont
mis le feu.
J'ayparlé ce matin à un
Batelier qui m'a dit que
tout estenflasme dans ce
Çayst jusques aux portes
dc-:Roterdam.> La Ville de
Steembergen estoit aussi en
flilme,lattionrs'est passé
hier à onze heures du matin,
cest Mr Jacques Pa steur
qui les commande; on dit
qu'il y a
environ cinq mille
,
hommes.
ce 29.Aoust1712.
LettredeM.leM.de***
auComte de Lionne. ( Je vous suis très-obligé
Mr de la part que vous voulez- bien prendre à mes
tres justes & très-vives dou-
¡
leurs, voicy un temps où il
faut,pour ainsi dire,s'oublier
foi-mcfmc pour ne songer
qu'au service du Roy &
de l'Etat.
Vous verrez par la Copie
cy jointe d'un Bourgeois
de Namur que selon lesapparences un parti que j'ay
détaché il y a
quelque jours
aura fait - un assez hardy
voyage & le secret a
esté
grand
,
car je vous assure
que hors leCommandant
& rooy personne du monde
n'en a
rien sçu
Copie d'une Lettre qu'un
Marchandde Namur a receu
de son Correspondant
danversle15.Aoust
1712.
Je vousdiray que les
François font de justes
represailles de ce que le
Comte de Grovestein a
voulu faire en Champagne,
ils ont commence par la
Ville de Tercoten. à laquelle
après l'avoir pillé ils ont
mis le feu.
J'ayparlé ce matin à un
Batelier qui m'a dit que
tout estenflasme dans ce
Çayst jusques aux portes
dc-:Roterdam.> La Ville de
Steembergen estoit aussi en
flilme,lattionrs'est passé
hier à onze heures du matin,
cest Mr Jacques Pa steur
qui les commande; on dit
qu'il y a
environ cinq mille
,
hommes.
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Résumé : Au Camp de Lewadre ce 19 Aoust 1712. Lettre de M. le M. de ***. au Comte de Lionne.
Le 29 août 1712, depuis le Camp de Lewadre, M. le M. de*** adresse une lettre au Comte de Lionne pour le remercier de sa sollicitude envers ses douleurs. Il insiste sur la nécessité de se consacrer uniquement au service du Roi et de l'État. Une copie d'une lettre d'un bourgeois de Namur est incluse, révélant des représailles françaises contre les actions du Comte de Grovestein en Champagne. Les Français ont attaqué et pillé la ville de Tercoten, y mettant le feu. Un batelier a signalé que les flammes étaient visibles jusqu'aux portes de Rotterdam. La ville de Steembergen a également été incendiée, hier à onze heures du matin, sous le commandement de M. Jacques Pasteur. On estime que cinq mille hommes participent à ces opérations.
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21
p. 57-64
Extrait de plusieurs lettres du Camp devant le Quesnoy.
Début :
Le 29. Septembre M. le Maréchal de Villars fit attaquer [...]
Mots clefs :
Le Quesnoy, Maréchal de Villars, Camp, Attaque, Blessés, Malades
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de plusieurs lettres du Camp devant le Quesnoy.
Extrait de plufieurs lettres du
camp devant le Quesnoy.
Le 29. Septembre M. le
Maréchal de Villars fit attaquer les deux lunettes ,
& les deux chemins couverts depuis la droite juf
qu'à la gauche ; il ſe ſervir
des troupes de la tranchée
commandées par le Marquis de Coigny Lieutenant general , par le Sieur
de Marnay Maréchal de
Camp, & par le sieur de
Boufflers de Remiencourt
7
38 MERCURE
!
Brigadier , & par celles qui
devoient être relevées, commandées par Milord Gal.
moy Lieutenant general ,
par le Sieur de Savines Maréchal de Camp , par le
Marquis de Maillebois Brigadier. Le Marquis de Coigny & le Sieur de Savine étoient à la droite avec huit
compagnies de grenadiers ;
le Marquis de Maillebois &
le Sieur deBoufflers étoient
à la gauche avec fix compagnies de grenadiers , & Mi
ford Galmoy & le Sieur de
Marnay au centre avec ſept
GALANT. 59
compagnies ils étoient
foûtenus par les piquets des
bataillons. Le Maréchal de
Villars avoit fon pofte en
tre la gauche & le centre ,
ayant avec lui les Sieurs de
Valory & de Valiere , plufieurs Ingenieurs & Officiers generaux , & plufieurs
perfonnes dediſtinction qui
étoient venues en qualitéde
volontaires. On tira une
bombe du centre , qui fervit de fignal. On fit joüer
fur le champ deux fourneaux , qui firent des merveilles , & enleverent plu-
60 MERCURE
fieurs ennemis , onentra de
tous côtez dans les ouvrages
& dans les deux chemins
couverts , tuant ou faifant
prifonnier tout ce qui s'y
rencontra d'ennemis , qui
firent peu de refiftance. Les
ennemis plierent d'abord à
la droite , & ne parurent
fur le rempart qu'aprés que
le logement fut achevé , ils
firent plus de refiftance à la
gauche , où étoit le Marquis de Maillebois , qui s'y
conduifit avec toute la valeur & la prudence poffible.
Onnefçauroit trop louer la
GALANT. 61
valeur des Officiers generaux , celle du Sieur Con.
tade Major general , & de
tous ceux qui fe font trouvez àl'action , dans laquelle
nous n'avons eu qu'un Capitaine de grenadiers de
Greder tué , & un de Piémont bleffé , dix ou douze
Subalternes tuez ou bleffez,
& un petit nombre de foldats. M.le Maréchal de Villars ne fe retira point que
les logemens ne fuffent
en fûreté ; il eut une manche de fa chemife emportée
d'un éclat de bombe. Sitôt
662 MERCURE
1
que les dehors du Quesnoy
furent pris , le Maréchal de
Villars fit dreffer des batteries fur le chemin couvert
pour battre en breche le
corps de la place , qui tirerent le 3. d'octobre avec
tant de fuccés , que le lendemain, à deux heures aprés
midi , peu s'en faloit que la
breche ne fût pratiquable ,
& que le pont fur le foffé ne
fût achevé. Les affiegez ,
qui ne pouvoient pas foûtenir un affaut à caufe du
grand nombre de troupes
qu'ils avoient perduës , bat-
GALANT. 63
tirent la chamade , & envoyerent des deputez pour
demander une capitulation
honorable. Le Maréchalde
Villars leur fit réponſe qu'il
le vouloit à difcretion , &
qu'on lui rendît, réponſei
dans une heure ; ce qui fut
exccuté. Il accorda enfuite
aux foldats leurs habits , &
aux Officiers leurs épées &
leurs équipages , & donna
congé à plufieurs Officiers
fur. leur parole pourl'eſpace
de fix mois , afin d'aller vaquer à leurs affaires.
Le même jour les batail-
64 MERCURE
lons des Gardes Françoiſes,
qui étoient de tranchée ,
prirentpoffeffion d'une porte. Le 5. la garniſon fortit
au nombre de quinze cens
hommes en état de porter
les armes , & environ cinq
cent bleffez ou malades.
camp devant le Quesnoy.
Le 29. Septembre M. le
Maréchal de Villars fit attaquer les deux lunettes ,
& les deux chemins couverts depuis la droite juf
qu'à la gauche ; il ſe ſervir
des troupes de la tranchée
commandées par le Marquis de Coigny Lieutenant general , par le Sieur
de Marnay Maréchal de
Camp, & par le sieur de
Boufflers de Remiencourt
7
38 MERCURE
!
Brigadier , & par celles qui
devoient être relevées, commandées par Milord Gal.
moy Lieutenant general ,
par le Sieur de Savines Maréchal de Camp , par le
Marquis de Maillebois Brigadier. Le Marquis de Coigny & le Sieur de Savine étoient à la droite avec huit
compagnies de grenadiers ;
le Marquis de Maillebois &
le Sieur deBoufflers étoient
à la gauche avec fix compagnies de grenadiers , & Mi
ford Galmoy & le Sieur de
Marnay au centre avec ſept
GALANT. 59
compagnies ils étoient
foûtenus par les piquets des
bataillons. Le Maréchal de
Villars avoit fon pofte en
tre la gauche & le centre ,
ayant avec lui les Sieurs de
Valory & de Valiere , plufieurs Ingenieurs & Officiers generaux , & plufieurs
perfonnes dediſtinction qui
étoient venues en qualitéde
volontaires. On tira une
bombe du centre , qui fervit de fignal. On fit joüer
fur le champ deux fourneaux , qui firent des merveilles , & enleverent plu-
60 MERCURE
fieurs ennemis , onentra de
tous côtez dans les ouvrages
& dans les deux chemins
couverts , tuant ou faifant
prifonnier tout ce qui s'y
rencontra d'ennemis , qui
firent peu de refiftance. Les
ennemis plierent d'abord à
la droite , & ne parurent
fur le rempart qu'aprés que
le logement fut achevé , ils
firent plus de refiftance à la
gauche , où étoit le Marquis de Maillebois , qui s'y
conduifit avec toute la valeur & la prudence poffible.
Onnefçauroit trop louer la
GALANT. 61
valeur des Officiers generaux , celle du Sieur Con.
tade Major general , & de
tous ceux qui fe font trouvez àl'action , dans laquelle
nous n'avons eu qu'un Capitaine de grenadiers de
Greder tué , & un de Piémont bleffé , dix ou douze
Subalternes tuez ou bleffez,
& un petit nombre de foldats. M.le Maréchal de Villars ne fe retira point que
les logemens ne fuffent
en fûreté ; il eut une manche de fa chemife emportée
d'un éclat de bombe. Sitôt
662 MERCURE
1
que les dehors du Quesnoy
furent pris , le Maréchal de
Villars fit dreffer des batteries fur le chemin couvert
pour battre en breche le
corps de la place , qui tirerent le 3. d'octobre avec
tant de fuccés , que le lendemain, à deux heures aprés
midi , peu s'en faloit que la
breche ne fût pratiquable ,
& que le pont fur le foffé ne
fût achevé. Les affiegez ,
qui ne pouvoient pas foûtenir un affaut à caufe du
grand nombre de troupes
qu'ils avoient perduës , bat-
GALANT. 63
tirent la chamade , & envoyerent des deputez pour
demander une capitulation
honorable. Le Maréchalde
Villars leur fit réponſe qu'il
le vouloit à difcretion , &
qu'on lui rendît, réponſei
dans une heure ; ce qui fut
exccuté. Il accorda enfuite
aux foldats leurs habits , &
aux Officiers leurs épées &
leurs équipages , & donna
congé à plufieurs Officiers
fur. leur parole pourl'eſpace
de fix mois , afin d'aller vaquer à leurs affaires.
Le même jour les batail-
64 MERCURE
lons des Gardes Françoiſes,
qui étoient de tranchée ,
prirentpoffeffion d'une porte. Le 5. la garniſon fortit
au nombre de quinze cens
hommes en état de porter
les armes , & environ cinq
cent bleffez ou malades.
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Résumé : Extrait de plusieurs lettres du Camp devant le Quesnoy.
Le 29 septembre, le Maréchal de Villars ordonna une attaque sur les ouvrages et chemins couverts autour du Quesnoy. Les troupes, dirigées par des officiers tels que le Marquis de Coigny, le Sieur de Marnay et le Sieur de Boufflers, étaient réparties en huit compagnies de grenadiers à droite, six à gauche et sept au centre. L'attaque débuta par le tir d'une bombe depuis le centre, causant des pertes significatives parmi les ennemis. Les troupes françaises pénétrèrent dans les ouvrages, tuant ou capturant les défenseurs. La résistance fut plus forte à gauche, où le Marquis de Maillebois se distingua. Les pertes françaises furent légères, avec un capitaine de grenadiers tué et quelques subalternes blessés. Le Maréchal de Villars, légèrement blessé, resta sur le terrain jusqu'à la sécurisation des logements. Le 3 octobre, les assiégés demandèrent une capitulation honorable, acceptée par Villars. Le 5 octobre, la garnison, composée de 1500 hommes valides et environ 500 blessés ou malades, quitta la place.
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22
p. 275-282
Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
Début :
Avant hier je montay ma huitiéme tranchée qui fait la [...]
Mots clefs :
Camp, Tranchée, Grenadiers, Contre-gardes, Drapeau blanc, Otages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
An Camp devant Landau le
2.0. AvuftJ713.
Avanthier je montay ma
huitiéme tranchée qui fait
la cinquante-huitième du
Siège: L'on attaqua les deux
Contre Gardes; sçavoir celle
du Réduit & celle de la
demie-lune;la premiere fut
attaquée par les deux Compagnies
de Grenadiers de
mon Regiment,soûtenuë
d'une de Daguillc & une de
NIce.) qui sortirenr par le
Pasté & passerent le long du
Bâtardeau qui est à l'Angle
de l'ouvrage où l'on avoit
mis de clayes; nos Grenadiers
gagnerent cet Angle
& monterent dans l'ouvrage,
leur ordre estoit de fuir
vre le long de l'épaule jusqu'à
la communication du
chemin couvert qui cft à la
droite de nostre attaque., &
en même temps deux Compagnies
de Grenadiers de
Surbeck passerent la rivicre
au-dessous du Pont qui avoit
esté rompû & monteent
dans le même ouvrage
our nettoyer l'épaule gau..
hc; cela a estéexecuté avec
ne valedr inconcevable &
os Grenadiers se sont renus
maistres de tout jusqua
i premiere place d'armes du
hemin couvert malgré la
a resistance qu'ont fait les
nnemis, à quatre trrverses
lui estoient avant cette placc
l'armes des six Officiers de
Grenadiersde mon Régien
ayeû deux
-.
de tuez ôc
rois de blessez nous avons
raic nostre logement entier;
çavoir, coupé l'ouvrage de
la gorge le long du fosé du
Reduit & deux boyaux parale
lles aux deux Flancs de
l'ouvrage; l'autre Contre-
Garde de la demie-lune, aprés
avoir fait joüé deuxmines
aux deux épaules, ont
esté attaquez par deux Compagnies
de Xaintonges d'une
part & de l'autre par la
troisîéme de Sui beck, &les
deux de Bur bon, ouvrage
a esté emporté comme l'autre,
à la reserve que les- A[--
úegcz ont gardé deux tra
ver sèss dont nous ne no
lommes pas rendus Maiftrifl
Le Comte de Sczane& Mr
de Gonlaque eftoiem les Généraux
de tranchéej Mr de
Cebret, Brigadier, & moy
nous avons esté chargez de
l'attaque de la droite. Mr
Houet, Capitaine aux Gardes
montant comme Brigadier
avec Mr de Lemellc
Colonel à la fuite de Sorbcck,
de celle de l'autre demie-
lune; ils ont perdu un
Capitaine de Grenadiers tué,
&un bkfle5& un Lieutenant
& environ soixante-six Grenadiers
; à nostre attaque un
Capitaine de mon Régiment
& un Lieutenant tuez, ci
Capitaines blessez, qua
Lieutenants ou Sous-Liei
nants & environ quat
vingt Grenadiers dont il
a dix-neufd'une Compagi
& dix-sepe de l'autre. Il)
eu environ cent travaillel
tuez; nous avons pris à h
taque de mon Regiment 6
prisonniers avec un Capit;
n:. Les Affiegezavoientcei
Grenadiers, cent Fufilie
dans cet ouvrage & cer
pour les foûrenir; cette bc
sogne a elle faite de fiiço
que Meilleurs les tvlard
chaux ont esté très-contents,
ils ne lont pas moins cilé
lors qu'ils ont [û qu'à neuf
heures les, Assiegez avoienc
arboré le Drapeau blanc &
demandoient des otages,jy
ay esté envoyé avec unLieutenant
Colonel, un Major;
ils ont d'abord demandez la mc Capitulation que Mr
leMaréschal de Tallard avoir
accordé au Comte de Frize;
elle leur a elle rerufee, nos - Mareschaux les voulant prilanniers
de guerre. Ils demandèrent
ensuite celle que
le Prince Eugene avoir accordec
a Tournay, elle leur a
encore cfté refusée; enfin à
huit heures nous recommençâmes
à tirer,& cette nuit
ils ont fait un feu enragé ;
mlis au moment que je vous
écrit on me vient dire qu'ils
ont arboré le Drapeau sur la
2.0. AvuftJ713.
Avanthier je montay ma
huitiéme tranchée qui fait
la cinquante-huitième du
Siège: L'on attaqua les deux
Contre Gardes; sçavoir celle
du Réduit & celle de la
demie-lune;la premiere fut
attaquée par les deux Compagnies
de Grenadiers de
mon Regiment,soûtenuë
d'une de Daguillc & une de
NIce.) qui sortirenr par le
Pasté & passerent le long du
Bâtardeau qui est à l'Angle
de l'ouvrage où l'on avoit
mis de clayes; nos Grenadiers
gagnerent cet Angle
& monterent dans l'ouvrage,
leur ordre estoit de fuir
vre le long de l'épaule jusqu'à
la communication du
chemin couvert qui cft à la
droite de nostre attaque., &
en même temps deux Compagnies
de Grenadiers de
Surbeck passerent la rivicre
au-dessous du Pont qui avoit
esté rompû & monteent
dans le même ouvrage
our nettoyer l'épaule gau..
hc; cela a estéexecuté avec
ne valedr inconcevable &
os Grenadiers se sont renus
maistres de tout jusqua
i premiere place d'armes du
hemin couvert malgré la
a resistance qu'ont fait les
nnemis, à quatre trrverses
lui estoient avant cette placc
l'armes des six Officiers de
Grenadiersde mon Régien
ayeû deux
-.
de tuez ôc
rois de blessez nous avons
raic nostre logement entier;
çavoir, coupé l'ouvrage de
la gorge le long du fosé du
Reduit & deux boyaux parale
lles aux deux Flancs de
l'ouvrage; l'autre Contre-
Garde de la demie-lune, aprés
avoir fait joüé deuxmines
aux deux épaules, ont
esté attaquez par deux Compagnies
de Xaintonges d'une
part & de l'autre par la
troisîéme de Sui beck, &les
deux de Bur bon, ouvrage
a esté emporté comme l'autre,
à la reserve que les- A[--
úegcz ont gardé deux tra
ver sèss dont nous ne no
lommes pas rendus Maiftrifl
Le Comte de Sczane& Mr
de Gonlaque eftoiem les Généraux
de tranchéej Mr de
Cebret, Brigadier, & moy
nous avons esté chargez de
l'attaque de la droite. Mr
Houet, Capitaine aux Gardes
montant comme Brigadier
avec Mr de Lemellc
Colonel à la fuite de Sorbcck,
de celle de l'autre demie-
lune; ils ont perdu un
Capitaine de Grenadiers tué,
&un bkfle5& un Lieutenant
& environ soixante-six Grenadiers
; à nostre attaque un
Capitaine de mon Régiment
& un Lieutenant tuez, ci
Capitaines blessez, qua
Lieutenants ou Sous-Liei
nants & environ quat
vingt Grenadiers dont il
a dix-neufd'une Compagi
& dix-sepe de l'autre. Il)
eu environ cent travaillel
tuez; nous avons pris à h
taque de mon Regiment 6
prisonniers avec un Capit;
n:. Les Affiegezavoientcei
Grenadiers, cent Fufilie
dans cet ouvrage & cer
pour les foûrenir; cette bc
sogne a elle faite de fiiço
que Meilleurs les tvlard
chaux ont esté très-contents,
ils ne lont pas moins cilé
lors qu'ils ont [û qu'à neuf
heures les, Assiegez avoienc
arboré le Drapeau blanc &
demandoient des otages,jy
ay esté envoyé avec unLieutenant
Colonel, un Major;
ils ont d'abord demandez la mc Capitulation que Mr
leMaréschal de Tallard avoir
accordé au Comte de Frize;
elle leur a elle rerufee, nos - Mareschaux les voulant prilanniers
de guerre. Ils demandèrent
ensuite celle que
le Prince Eugene avoir accordec
a Tournay, elle leur a
encore cfté refusée; enfin à
huit heures nous recommençâmes
à tirer,& cette nuit
ils ont fait un feu enragé ;
mlis au moment que je vous
écrit on me vient dire qu'ils
ont arboré le Drapeau sur la
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Résumé : Au Camp devant Landau le 20. Aoust 1713.
Le 20 octobre 1713, lors du siège de Landau, l'auteur a supervisé la construction de sa 58ème tranchée. Les troupes ont attaqué les deux contre-gardes, celle du réduit et celle de la demi-lune. La première contre-garde a été prise par les grenadiers du régiment de l'auteur, soutenus par des compagnies de Daguille et de Nice. Ils ont sécurisé un angle de l'ouvrage et nettoyé l'épaule gauche. Simultanément, deux compagnies de grenadiers de Surbeck ont traversé la rivière et pris la première place d'armes malgré la résistance ennemie. Les pertes incluent deux officiers de grenadiers tués et trois blessés dans le régiment de l'auteur. Les travaux de sape ont coupé l'ouvrage et creusé des boyaux parallèles. La deuxième contre-garde a été attaquée par des compagnies de Xaintonges, de Suibek et de Burbon, mais les assiégés ont gardé deux traverses. Les généraux de tranchée étaient le Comte de Szeane et Monsieur de Gonlaque, tandis que Monsieur de Cebret et l'auteur dirigeaient l'attaque de la droite. Les pertes ennemies incluent un capitaine de grenadiers tué et environ soixante-six grenadiers. Les assiégés ont arboré le drapeau blanc à neuf heures, demandant des otages, mais leurs demandes de capitulation ont été refusées. À huit heures, les tirs ont repris et les assiégés ont continué à résister.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 94-114
Nouvelles.
Début :
Les lettres de Hambourg du 28. Janvier portent qu'il [...]
Mots clefs :
Roi, Commissaires, Ambassadeurs, Grand vizir, Tsar, Constantinople, Audience, Camp, Sultan, Andrinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles.
Nouvelles.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
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Résumé : Nouvelles.
Au début de l'année 1717, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Tonningen, un convoy a été établi pour quinze jours sous la surveillance des commissaires du roi de Danemark. À Berlin, le roi de Prusse préparait une armée de cinquante mille hommes, tandis qu'un régiment de dragons de Holstein-Gottorp entrait à Stetin. À Stockholm, les États du Royaume se sont réunis le 28 décembre en présence de la princesse Ulrique Éléonore. Le comte de Horn a ouvert la session en appelant à l'union et à la conservation du Royaume. Les conférences avec la princesse et le Sénat ont commencé le 30 décembre, et le général Lieven est parti rencontrer le roi de Suède. À Andrinople, les ambassadeurs du Czar ont été reçus par le Grand Vizir, qui a promis de leur obtenir une audience avec le Sultan pour la ratification d'un traité. Le Sultan est ensuite parti pour Constantinople, où il est arrivé le 4 janvier. Les ambassadeurs moscovites et polonais, accompagnés du résident de la Cour de Vienne, ont suivi le 10 janvier. Le Grand Vizir a été étranglé et ses biens confisqués. À Vienne, les États de l'Autriche inférieure ont repris leurs séances le 12 janvier. Le Conseil Aulique a été rétabli le 15 janvier avec trente conseillers. Plusieurs régiments, dont un de cuirassiers du prince Charles de Neubourg, se sont dirigés vers la Hongrie. À Madrid, le roi a nommé Don Guillen de Gusman Major de Sarragosse. Le marquis de Thoüy et d'autres officiers se sont rendus en Aragon pour commander un corps d'armée. En Catalogne, Nebot a été envoyé à Majorque et des troubles ont été réprimés à Villafranca de Panades et dans un village près de Cardonne. Une flotte chargée d'artillerie et de provisions est arrivée à Tarragonne avant de naviguer vers Barcelone. À Londres, plusieurs changements de personnel ont eu lieu dans les charges et les emplois. Le comte de Lexington est revenu de sa mission en Espagne et a été reçu par la reine. Des nominations ont été faites pour les juges des appellations des jugements de l'Excise et pour le Gouvernement de la Province de Maryland. À Bruxelles, le différend entre le roi de Prusse et les États de Brabant a été résolu pour une somme de quatre-vingt mille écus. Les ambassadeurs des Provinces Unies ont été reçus à Paris et à Versailles par le roi, le dauphin, et d'autres membres de la famille royale.
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24
p. 112-119
Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
La paix qui est à la veille d'être concluë entre tous [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi, Comte, Camp
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles, [titre d'après la table]
La paix qui eſt à la veille
d'être concluë entre tous
les Princes du Nord , & la
tranquilité dont l'Europe
va joüir , vont deſormais
faciliter les moyens d'éta.
blir des correſpondances ,
dont les nouvelles ne feront
ni
GALANT . 43
J
ni moins agreables , ni
moins intereſſantes , pour
n'être plus chargées du détail
des alarmes de la
fi
Les rebeles Catalans &
Barcelonois touchent au
moment de leur reduction.
Voiciunt extrait d'une
lettre que j'ai reçûë du
camp devant Barcelone ,
dattée du 29.May.
Aprés un ample détail de
tout ce qui s'eſt paffé au
- poſte des Capucins , que
Male Comte d'Eſtaires ,
Maréchal de Camp& Che -
Juin 1714 K
114 MERCURE
人
valier de la Toiſon d'Or , a
emporté avec toute la valeur
imaginable , on ajoûte
qu'on prend de ſi juſtes
meſures pour attaquer cette
ville avec la derniere vigueur
, qu'elle ne peut évi
ter d'être miſe en poudre ;
que M. Orry eſttoûjours au
camp , où il auroit voulu
traiter avec les Barcelo
nois , qui n'en ont point
voulu entendre parler , &
qui difent toûjours qu'ils
periront plutôt tous , que
de ſe rendre fans un ordre
de l'Empereur : mais mala
GALANTI
gré leurs beaux diſcours
on eft perfuadé qu'ils ne
défendront rien, fi on les
attaque auſſi vivement qu
ils l'apprehendent
On a eu avis de Varſovie
parune lettre du 12. deMay,
que le Palatin de Maſovie
feroit forti de Conſtantinople
depuis plus d'un mois
avec une entiere fatisfacu
tion , s'il avoit voulu con
fentir à figner le traité que
leGrandViſir lui a propofé
touchant lepaſſage du Roy
de Suede par la Pologhe,
& lacceffion debrUkraine.
Kij
116 MERCURE
Le Roy de Pologne a trouvécettedemandedesTurcsi
ſi injuſte , qu'il a ordonné à
ſes Generaux Saxons de te
nir leurs troupes prêtes à
marcher au premier ordre.
On apprehende fort que la
Nobleſſe de Lithuanie
celle de la grande Pologne
ne cauſe ici des defordres
anſquels il fera fort difficile
de remedier , ſi leRoyn'arrêre
pas les vexations & les
executions militaires que
les troupes Saxones font
fur leurs terres , & dont el
les demandent la fatisfac
GALANT. 117
tion qu'elles pretendent
leur être dûë.
On écrit de Hambourg ,
que la Reine d'Angleterre
a fait propoſer une ſuſpenſion
d'armes auRoy de Danemark
, à laquelle il a refufé
de conſentir auſſi bien
que le Czar.
Toutes les lettres d'Allemagne
ne parlent que de
la bonne intelligence du
Roy de Suede avec le
Grand Seigneur,qu'il a prié
de donner les ordres neceſſaires
pour fon retour
dans ſes Etats.i.amlyngby
118 MERCURE
Le May le Comte de
Seilern , Plenipotentiaire
de l'Empereur , partit de
Vienne , pour aller à l'afſemblée
de Bade en Suiſſe
travailler à la paix entre la
France & l'Empire.....
Le 11. le Comte de Goës,
auffi Plenipotentiaire de
l'Empereur , prit la même
route. Les conferences ont
été ouvertes le 4. à l'affemblée
de Bade.
On écrit de Milan que
Don Vincenzo Gonzaga ,
Duc de Guastalla , eft mort
d'apoplexie le 28. Avril, âgé
GALANT. 119
de quatre- vingt ans, a
Le s. May Aleſſandro Aldobrandini
, Nonce duPape
, fit ſon entrée publique
dans Venife.
Le 10. Fête de l'Afcenfion
,leDoge,accompagné
dusNonce , monta fur le
Bucentaure , où il fit , comme
cela ſe pratique tous les
ans à pareil jour , la ceremonie
d'époufer la mer.
d'être concluë entre tous
les Princes du Nord , & la
tranquilité dont l'Europe
va joüir , vont deſormais
faciliter les moyens d'éta.
blir des correſpondances ,
dont les nouvelles ne feront
ni
GALANT . 43
J
ni moins agreables , ni
moins intereſſantes , pour
n'être plus chargées du détail
des alarmes de la
fi
Les rebeles Catalans &
Barcelonois touchent au
moment de leur reduction.
Voiciunt extrait d'une
lettre que j'ai reçûë du
camp devant Barcelone ,
dattée du 29.May.
Aprés un ample détail de
tout ce qui s'eſt paffé au
- poſte des Capucins , que
Male Comte d'Eſtaires ,
Maréchal de Camp& Che -
Juin 1714 K
114 MERCURE
人
valier de la Toiſon d'Or , a
emporté avec toute la valeur
imaginable , on ajoûte
qu'on prend de ſi juſtes
meſures pour attaquer cette
ville avec la derniere vigueur
, qu'elle ne peut évi
ter d'être miſe en poudre ;
que M. Orry eſttoûjours au
camp , où il auroit voulu
traiter avec les Barcelo
nois , qui n'en ont point
voulu entendre parler , &
qui difent toûjours qu'ils
periront plutôt tous , que
de ſe rendre fans un ordre
de l'Empereur : mais mala
GALANTI
gré leurs beaux diſcours
on eft perfuadé qu'ils ne
défendront rien, fi on les
attaque auſſi vivement qu
ils l'apprehendent
On a eu avis de Varſovie
parune lettre du 12. deMay,
que le Palatin de Maſovie
feroit forti de Conſtantinople
depuis plus d'un mois
avec une entiere fatisfacu
tion , s'il avoit voulu con
fentir à figner le traité que
leGrandViſir lui a propofé
touchant lepaſſage du Roy
de Suede par la Pologhe,
& lacceffion debrUkraine.
Kij
116 MERCURE
Le Roy de Pologne a trouvécettedemandedesTurcsi
ſi injuſte , qu'il a ordonné à
ſes Generaux Saxons de te
nir leurs troupes prêtes à
marcher au premier ordre.
On apprehende fort que la
Nobleſſe de Lithuanie
celle de la grande Pologne
ne cauſe ici des defordres
anſquels il fera fort difficile
de remedier , ſi leRoyn'arrêre
pas les vexations & les
executions militaires que
les troupes Saxones font
fur leurs terres , & dont el
les demandent la fatisfac
GALANT. 117
tion qu'elles pretendent
leur être dûë.
On écrit de Hambourg ,
que la Reine d'Angleterre
a fait propoſer une ſuſpenſion
d'armes auRoy de Danemark
, à laquelle il a refufé
de conſentir auſſi bien
que le Czar.
Toutes les lettres d'Allemagne
ne parlent que de
la bonne intelligence du
Roy de Suede avec le
Grand Seigneur,qu'il a prié
de donner les ordres neceſſaires
pour fon retour
dans ſes Etats.i.amlyngby
118 MERCURE
Le May le Comte de
Seilern , Plenipotentiaire
de l'Empereur , partit de
Vienne , pour aller à l'afſemblée
de Bade en Suiſſe
travailler à la paix entre la
France & l'Empire.....
Le 11. le Comte de Goës,
auffi Plenipotentiaire de
l'Empereur , prit la même
route. Les conferences ont
été ouvertes le 4. à l'affemblée
de Bade.
On écrit de Milan que
Don Vincenzo Gonzaga ,
Duc de Guastalla , eft mort
d'apoplexie le 28. Avril, âgé
GALANT. 119
de quatre- vingt ans, a
Le s. May Aleſſandro Aldobrandini
, Nonce duPape
, fit ſon entrée publique
dans Venife.
Le 10. Fête de l'Afcenfion
,leDoge,accompagné
dusNonce , monta fur le
Bucentaure , où il fit , comme
cela ſe pratique tous les
ans à pareil jour , la ceremonie
d'époufer la mer.
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Résumé : Nouvelles, [titre d'après la table]
En juin 1714, des développements politiques et militaires significatifs se produisent en Europe. Une paix entre les princes du Nord est annoncée, promettant une tranquillité facilitant les correspondances. En Espagne, les rebelles catalans et barcelonais sont sur le point d'être vaincus après un assaut réussi au poste des Capucins par le comte d'Estaires. Les mesures contre Barcelone sont décrites comme implacables, malgré la volonté des Barcelonais de résister. En Pologne, le roi refuse les demandes turques concernant le passage du roi de Suède et l'accession de l'Ukraine, préparant ses troupes à une confrontation. La reine d'Angleterre propose une suspension d'armes au roi de Danemark, mais cette proposition est refusée par le Danemark et le Czar. En Allemagne, une bonne intelligence est notée entre le roi de Suède et le Grand Seigneur. Les plénipotentiaires de l'Empereur, le comte de Seilern et le comte de Goës, se rendent à l'assemblée de Bade pour travailler à la paix entre la France et l'Empire. Enfin, le duc de Guastalla, Don Vincenzo Gonzaga, décède d'apoplexie, et le nonce du Pape, Alessandro Aldobrandini, fait son entrée publique à Venise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 97-102
Copie d'une lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin 1714.
Début :
Quoique mes instances ayent été inutiles, lorsque [...]
Mots clefs :
Barcelone, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin 1714.
<Copie d'unei lettre écrite au
camp-devant Barcelonne
le 14.Juin 1714.
Quoique mes instances
ayent été inutiles, lorsque
je fus à Madrid pour rassembler
toutes les trou pes,
les places de guerre, pour
se mettre en état de terminer
l'affaire de Barcelonne; ilparoît aujourd'hui que le
resultat d'un grand conseil
,
de guerre est qu'il faut assembler
,
sans perdre de
temps, toutes les troupes
qu'on pourra,quoique tard,
par les raisonsqu'entraîne
avec elle la longueur de
pareilles affaires, & ouvrir
latranchée. Ce Courierpart
pour porter au Roy nos
sentimens par écrit, & pour
supplierSaMajesté d'envoyer
ses ordres à Meilîeuçs
de Thoy & Valdecanas
,
pour qu'ils nous envoyenc
leurs troupes, après avoir
muni les places. Gonzales
a encore battu un corps de
rebeles proche S. Martin;
cent - cinquante hommes
ont été tuez, quarante prisonniers,&
en les poursuivant
nos gens se sont rendus
maîtres du château de
saint Martin;le Gouverneur
avec les principaux ont été
pendus à la porte,
Le bombardement continuë
assez favorablement;
plus de cinqà six mil maifons
sont déja abattuës:
mais je croy qu'il ne se terminera
pas sans que nous
ayons cinq cens hommes de
suez ou bleffiZ) compris l'af
faire des Capucins. Il paroît
que nous sommes assez
de sentiment,pour que l'atraque
se fasse depuisla
porte neuve jusquau bas-
{Íon du Levant. Si elle s'execute
ainG, tous les travaux
faits pour le bombardement
deviennent inutiles,
&l'on conserveraseulement
les Capucins. if,
Ces jours passez M. de
Verbonne a été blessépar
le feu d'une de nos bombes
: mais ce ne fera rien.
Le même jour, M. de
Grandpré, commandant
l'artillerie, après avoirreridu
compte de cet accident
à M. de.Popoli
, reçut lui
& son valet, en passant vis
à vis la tante d'un vivandier
,
quelques grains de
plomb dune arme qui le
lâcha aussi par malheur..
M. de Ribadeo a aussi été
blene d'une pierre à la tranchée,
mais legerement. Le
Comte de Vignolle,Brigadier
, est en danger de
mort de sa blessure, & depuis
ilest mort. Il êtoitCapitaine
aux GardesEspagnoles.
camp-devant Barcelonne
le 14.Juin 1714.
Quoique mes instances
ayent été inutiles, lorsque
je fus à Madrid pour rassembler
toutes les trou pes,
les places de guerre, pour
se mettre en état de terminer
l'affaire de Barcelonne; ilparoît aujourd'hui que le
resultat d'un grand conseil
,
de guerre est qu'il faut assembler
,
sans perdre de
temps, toutes les troupes
qu'on pourra,quoique tard,
par les raisonsqu'entraîne
avec elle la longueur de
pareilles affaires, & ouvrir
latranchée. Ce Courierpart
pour porter au Roy nos
sentimens par écrit, & pour
supplierSaMajesté d'envoyer
ses ordres à Meilîeuçs
de Thoy & Valdecanas
,
pour qu'ils nous envoyenc
leurs troupes, après avoir
muni les places. Gonzales
a encore battu un corps de
rebeles proche S. Martin;
cent - cinquante hommes
ont été tuez, quarante prisonniers,&
en les poursuivant
nos gens se sont rendus
maîtres du château de
saint Martin;le Gouverneur
avec les principaux ont été
pendus à la porte,
Le bombardement continuë
assez favorablement;
plus de cinqà six mil maifons
sont déja abattuës:
mais je croy qu'il ne se terminera
pas sans que nous
ayons cinq cens hommes de
suez ou bleffiZ) compris l'af
faire des Capucins. Il paroît
que nous sommes assez
de sentiment,pour que l'atraque
se fasse depuisla
porte neuve jusquau bas-
{Íon du Levant. Si elle s'execute
ainG, tous les travaux
faits pour le bombardement
deviennent inutiles,
&l'on conserveraseulement
les Capucins. if,
Ces jours passez M. de
Verbonne a été blessépar
le feu d'une de nos bombes
: mais ce ne fera rien.
Le même jour, M. de
Grandpré, commandant
l'artillerie, après avoirreridu
compte de cet accident
à M. de.Popoli
, reçut lui
& son valet, en passant vis
à vis la tante d'un vivandier
,
quelques grains de
plomb dune arme qui le
lâcha aussi par malheur..
M. de Ribadeo a aussi été
blene d'une pierre à la tranchée,
mais legerement. Le
Comte de Vignolle,Brigadier
, est en danger de
mort de sa blessure, & depuis
ilest mort. Il êtoitCapitaine
aux GardesEspagnoles.
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Résumé : Copie d'une lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin 1714.
Le 14 juin 1714, une lettre du camp devant Barcelone relate les efforts infructueux de l'auteur à Madrid pour rassembler les troupes et les places de guerre afin de terminer l'affaire de Barcelone. Un grand conseil de guerre a décidé d'assembler rapidement toutes les troupes disponibles et d'ouvrir une tranchée. Un courrier est envoyé au roi pour solliciter l'envoi des troupes de Meilîeuçs de Thoy et Valdecanas après la fortification des places. Gonzales a récemment vaincu un corps de rebelles près de Saint-Martin, tuant 150 hommes et en capturant 40, et a pris le château de Saint-Martin, où le gouverneur et les principaux responsables ont été pendus. Le bombardement de Barcelone progresse favorablement, avec plus de 5 000 à 6 000 maisons détruites. Cependant, 500 hommes supplémentaires de Suez ou de Bledfiz sont nécessaires pour achever l'affaire des Capucins. Une attaque depuis la porte neuve jusqu'au bastion du Levant est envisagée, rendant les travaux de bombardement inutiles sauf pour les Capucins. Plusieurs incidents impliquant des officiers sont rapportés, notamment la mort du Comte de Vignolle, Brigadier, des suites de ses blessures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 102-108
Copie d'une autre lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin.
Début :
Je vous ai écrit, mon cher Monsieur, un peu à [...]
Mots clefs :
Barcelone, Camp, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une autre lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin.
Copie d'une autre lettre écrits
au camp devant Barcelonne
le J4. Juin.
Je vous ai écrit, mosi
cher Monsieur, un peu à
la hâte le lendemain de la
prise des Capucins. M. de
Popoli m'avoir dit qu'il al.
loit faire partir son courier:
mais comme le paysest plus
révolté que jamais, je ne
sçai comment ils feront
pour le faire passer. Les ennemis
se [one emparez de
Villanueva, où nous avions
garnison, laquelle a été
obligée de l'abandonner ;
&nous avons plusieurs pof,
tesaveclefqueJsils nous
ont coupé les communications
sans beaucoup de
peine. Les volontaires ont
enlevé dans le fauxbourg
- de. Mataro trois compagnies
de cavalerie. Nous
avons vu1\ entrer ce matin
ddeeuuxxaâsssseezzggrroossbbââttiimnleennss
dans Barcelonne. Le feu
vient de prendre à une tretitaine
de bombes qu'on
chargeoic à la queuë de la
Tranchée
;
elles ont fauté
avec quelques barils de
poudre. On dit que c'est le
bombardier qui y a mis le
feu en enfonçant la fusee.
Je ne sçai point encore le
dérail de la perteque nous
aura causée cet accident; je
sçai feulement que huit de
nos soldars François, qui
servoient les bombardiers,
ont été tuez, & deux petits
corps de gardes Espagnols
qui écoient dans le voifinage,
ont été fort endommagez.
Voila bien du vilain
que je vous dis tout de suite
,
il faut vous dire le beau.
On fait monter tous les
jours un Maréchal de Camp
à la tranchée, avec six compagnies
de grenadiers &
six cens hommes d'infanterie.
Nous avons fait une
belle parallele à 120. toises
en avant des Capucins, qui
n'est pas à 400. toises de la
place. Meilleurs les- Artilleurs
de marine ont fait
derricre nôtre paralelleune
magnifique batterie à bombes
pour vingt mortiers, à
la gauche & à la droite de
laquelle nous avons deux
bonnes redoutes.. M. de
Grandpré n'a pas voulu
d'autres travailleurs que des
nos François pour faire sa
batterie. Je viens de la visiser
dans le moment ;
les
plattes- formes sont faites,
& l'on ameneactuellement
les mortiers : on fera en
état de tirer demain. La
ville ne peur éviter d'être
mise en poudre; ils le [ça.
vent, & n'en sont pas plus
dociles.
M. Orry me donna il y
a trois jours un gros paquet
pour le faire passer dans
Barcelonne, me disant:
Vous sçavez bien qu'ils ne
veulent rien entendre de
la part de M de Popoli. Je
vous prie de dire à M. de
Guerchy de ma part, que
ce ne sont que des lettres
,
de plusieurs particuliers ôc
gens de consideration qui
sont fortis de Barcelonne,
qui écrivenr à leurs amis;
pour leur faire ouvrir les
yeux sur leur situation, &
leur conseillent de prendre
le bon parti. Nous fîmes
passer le paquet par un de
- nos tambours. Le Jurât prit
le paquet, & le tambour
rapporta réponse à M. de
Guerchy, l'affuranr toujours
que rien ne les obligeroit
à se rendre qu'un
ordre de l'Empereur.
Je vous envoye un érat
present des troupes, en attendant
que l'arrivéede M.
le Duc de Bervick change
la disposition de nôtre armee.
au camp devant Barcelonne
le J4. Juin.
Je vous ai écrit, mosi
cher Monsieur, un peu à
la hâte le lendemain de la
prise des Capucins. M. de
Popoli m'avoir dit qu'il al.
loit faire partir son courier:
mais comme le paysest plus
révolté que jamais, je ne
sçai comment ils feront
pour le faire passer. Les ennemis
se [one emparez de
Villanueva, où nous avions
garnison, laquelle a été
obligée de l'abandonner ;
&nous avons plusieurs pof,
tesaveclefqueJsils nous
ont coupé les communications
sans beaucoup de
peine. Les volontaires ont
enlevé dans le fauxbourg
- de. Mataro trois compagnies
de cavalerie. Nous
avons vu1\ entrer ce matin
ddeeuuxxaâsssseezzggrroossbbââttiimnleennss
dans Barcelonne. Le feu
vient de prendre à une tretitaine
de bombes qu'on
chargeoic à la queuë de la
Tranchée
;
elles ont fauté
avec quelques barils de
poudre. On dit que c'est le
bombardier qui y a mis le
feu en enfonçant la fusee.
Je ne sçai point encore le
dérail de la perteque nous
aura causée cet accident; je
sçai feulement que huit de
nos soldars François, qui
servoient les bombardiers,
ont été tuez, & deux petits
corps de gardes Espagnols
qui écoient dans le voifinage,
ont été fort endommagez.
Voila bien du vilain
que je vous dis tout de suite
,
il faut vous dire le beau.
On fait monter tous les
jours un Maréchal de Camp
à la tranchée, avec six compagnies
de grenadiers &
six cens hommes d'infanterie.
Nous avons fait une
belle parallele à 120. toises
en avant des Capucins, qui
n'est pas à 400. toises de la
place. Meilleurs les- Artilleurs
de marine ont fait
derricre nôtre paralelleune
magnifique batterie à bombes
pour vingt mortiers, à
la gauche & à la droite de
laquelle nous avons deux
bonnes redoutes.. M. de
Grandpré n'a pas voulu
d'autres travailleurs que des
nos François pour faire sa
batterie. Je viens de la visiser
dans le moment ;
les
plattes- formes sont faites,
& l'on ameneactuellement
les mortiers : on fera en
état de tirer demain. La
ville ne peur éviter d'être
mise en poudre; ils le [ça.
vent, & n'en sont pas plus
dociles.
M. Orry me donna il y
a trois jours un gros paquet
pour le faire passer dans
Barcelonne, me disant:
Vous sçavez bien qu'ils ne
veulent rien entendre de
la part de M de Popoli. Je
vous prie de dire à M. de
Guerchy de ma part, que
ce ne sont que des lettres
,
de plusieurs particuliers ôc
gens de consideration qui
sont fortis de Barcelonne,
qui écrivenr à leurs amis;
pour leur faire ouvrir les
yeux sur leur situation, &
leur conseillent de prendre
le bon parti. Nous fîmes
passer le paquet par un de
- nos tambours. Le Jurât prit
le paquet, & le tambour
rapporta réponse à M. de
Guerchy, l'affuranr toujours
que rien ne les obligeroit
à se rendre qu'un
ordre de l'Empereur.
Je vous envoye un érat
present des troupes, en attendant
que l'arrivéede M.
le Duc de Bervick change
la disposition de nôtre armee.
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Résumé : Copie d'une autre lettre écrite au camp devant Barcelonne le 14. Juin.
Le 4 juin, une lettre est écrite depuis le camp devant Barcelone. L'auteur mentionne des troubles rendant difficile l'envoi de courriers. Les ennemis ont pris Villanueva, coupant les communications, mais les volontaires ont capturé trois compagnies de cavalerie à Mataro. Ce matin, deux grosses batteries sont entrées à Barcelone, où un incendie a éclaté, causant la mort de huit soldats français et endommageant des gardes espagnols. Malgré ces obstacles, les opérations militaires avancent. Une parallèle a été construite à 120 toises des Capucins et à 400 toises de la place. Les artilleurs de marine ont érigé une batterie de vingt mortiers avec deux redoutes, prêts à tirer le lendemain. La ville est menacée, mais les défenseurs restent intransigeants. M. Orry a confié des lettres à l'auteur pour influencer les habitants de Barcelone, mais les autorités ont refusé de se rendre, n'obéissant qu'à un ordre de l'Empereur. L'auteur envoie également un état des troupes, en attendant l'arrivée du Duc de Bervick pour modifier la disposition de l'armée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 109-115
Estat present des troupes de l'armée de Catalogne.
Début :
L'infanterie du Roy, compris les detachemens de Bracamonte & [...]
Mots clefs :
Détachements, Infanterie, Cavalerie, Camp, Poudres, Dragons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estat present des troupes de l'armée de Catalogne.
Estat prejent des troupes de
l'armée de Catalogne.
L'infanterie du Roy
compris les detachemens
de Bracamonte ôc Gonzales,
& les autres deux petits,
un du côté de Calaf, ôc
l'autre de Bubernes
, compris
les malades & les blessez,
est de 10010.
Cinq compagnies de
Gardes Valones, 400.
L'infanterie de France,
compris le detachement
de Bracamonte
,
lespoftci
de S. Hierôme, de Mongat
& autres ,
est de 6000.
M. le Marquis de Valdecanas,
comprises les garnisons
de Tortose& Tarragone,
avoit au mois de Janvier
environ 5000.
M. le Marquisde Thoy,
comprises les garnirons de
Lerida., Balaguer, Ager,
Berga, Castel-Ciudad ôc
Cervera, avoit au mois d'Avril
environ 1000.
A Martoreil un bataillon
d'environ 100.
A Mataro deux bataillons,
qui sontd'environ600.
A Ostalrich un bataillon
, & un detachement de
deux bataillons de Mataro,
., 550.
A Vich, avec M. de Bracamonte,
outre les detachemens
de l'armée, deux
bataillons, qui font environ
700.
Total de l'infanterie, 24360.
i Cavalerie. »*1erie.
La cavalerie montée qui
1cil prelentement dans ce
camp , compris les deta,.
chemens de Bracamonte &
Gonzales, est de3141.
Celle qui est aux ordres
de M. de Valdecanas est
d'environ • 1100.
-' Celle qui est avec M. le
Marquis de Thoy est environ
de 700.
1 A Martoreil quatre efcadrons,
qui seront environ
de.350.
A Mataro deux escadrons,
quifont environ 160.
A Vich, outre les derachemens
de l'armée, cavalerie
demontée presente
aucamp,cy 207.
Le
Le regiment de Luquely
démonté fait cent hom-
[nés)CY .., 100%
Total de la cavalerie^5859.
Dragons.
Dragons montez au
camp, compris les detachemens
de Bracamontc-
& Gonzales
,
& les,esca-T
drons qui sont dehors, t66jï
Dragons remontez aacamp
font
tous 898.
M le Marquis de Valde-:
canas doit avoir àpied de
a cheval environ ,300.
1-< Total des dragonsy 3865.,
Les poftcs qu'il faut gar-'
der au camp font le sorts
du Llobregat, avec un magafin
de poudres.
Lamaison deNavarro,
Nacre Dame del Puerto, la.
Bergerie,& fcs retranche-,
mens,, fonc les magasins de,
poudres du parcde ladroite;
Les villages de Sartia ôc
Pedralras
3
ou font les de-.
pôrs des vivres., & un grand
magafin/de. poudres les
deux Hôpitaux de l'Hospitalet
& de Garcia; le parc
de l'artillerie de la gauche,
le fort du Befos, outre les
gardes de la ligne de contrevallation,
celles des Ge.
néraux, celles des drapeaux
& des piquets, sans compter
les travailleurs & les
detachemens qu'on fait
journellement pour lescon-
VOIS.
l'armée de Catalogne.
L'infanterie du Roy
compris les detachemens
de Bracamonte ôc Gonzales,
& les autres deux petits,
un du côté de Calaf, ôc
l'autre de Bubernes
, compris
les malades & les blessez,
est de 10010.
Cinq compagnies de
Gardes Valones, 400.
L'infanterie de France,
compris le detachement
de Bracamonte
,
lespoftci
de S. Hierôme, de Mongat
& autres ,
est de 6000.
M. le Marquis de Valdecanas,
comprises les garnisons
de Tortose& Tarragone,
avoit au mois de Janvier
environ 5000.
M. le Marquisde Thoy,
comprises les garnirons de
Lerida., Balaguer, Ager,
Berga, Castel-Ciudad ôc
Cervera, avoit au mois d'Avril
environ 1000.
A Martoreil un bataillon
d'environ 100.
A Mataro deux bataillons,
qui sontd'environ600.
A Ostalrich un bataillon
, & un detachement de
deux bataillons de Mataro,
., 550.
A Vich, avec M. de Bracamonte,
outre les detachemens
de l'armée, deux
bataillons, qui font environ
700.
Total de l'infanterie, 24360.
i Cavalerie. »*1erie.
La cavalerie montée qui
1cil prelentement dans ce
camp , compris les deta,.
chemens de Bracamonte &
Gonzales, est de3141.
Celle qui est aux ordres
de M. de Valdecanas est
d'environ • 1100.
-' Celle qui est avec M. le
Marquis de Thoy est environ
de 700.
1 A Martoreil quatre efcadrons,
qui seront environ
de.350.
A Mataro deux escadrons,
quifont environ 160.
A Vich, outre les derachemens
de l'armée, cavalerie
demontée presente
aucamp,cy 207.
Le
Le regiment de Luquely
démonté fait cent hom-
[nés)CY .., 100%
Total de la cavalerie^5859.
Dragons.
Dragons montez au
camp, compris les detachemens
de Bracamontc-
& Gonzales
,
& les,esca-T
drons qui sont dehors, t66jï
Dragons remontez aacamp
font
tous 898.
M le Marquis de Valde-:
canas doit avoir àpied de
a cheval environ ,300.
1-< Total des dragonsy 3865.,
Les poftcs qu'il faut gar-'
der au camp font le sorts
du Llobregat, avec un magafin
de poudres.
Lamaison deNavarro,
Nacre Dame del Puerto, la.
Bergerie,& fcs retranche-,
mens,, fonc les magasins de,
poudres du parcde ladroite;
Les villages de Sartia ôc
Pedralras
3
ou font les de-.
pôrs des vivres., & un grand
magafin/de. poudres les
deux Hôpitaux de l'Hospitalet
& de Garcia; le parc
de l'artillerie de la gauche,
le fort du Befos, outre les
gardes de la ligne de contrevallation,
celles des Ge.
néraux, celles des drapeaux
& des piquets, sans compter
les travailleurs & les
detachemens qu'on fait
journellement pour lescon-
VOIS.
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Résumé : Estat present des troupes de l'armée de Catalogne.
Le document décrit l'état des troupes de l'armée de Catalogne, en détaillant les effectifs de l'infanterie, de la cavalerie et des dragons. L'infanterie totale compte 24 360 hommes, incluant les Gardes Valones, l'infanterie française, et les troupes sous les commandements des marquis de Valdecanas et de Thoy. La cavalerie montée totalise 5 859 hommes, répartis entre diverses unités et commandements. Les dragons, quant à eux, totalisent 3 865 hommes, incluant les dragons montés et ceux sous le commandement du marquis de Valdecanas. Le texte mentionne également les postes à garder au camp, les magasins de poudre, les hôpitaux, et les diverses gardes et détachements nécessaires pour les travaux et les convois.
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28
p. 291-294
EXTRAIT D'une Lettre écrite le 15. au Camp devant Barcelone.
Début :
Si nous en voulions croire tous les bruits qui ont couru [...]
Mots clefs :
Barcelone, Vaisseaux, Barques, Tambour, Camp
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'une Lettre écrite le 15. au Camp devant Barcelone.
EXTRAIT.
Diune Lettre écrite le 15.
au Camp devantBarcelone.
Si nous en voulions croire
tous les bruits qui ont couru
,les Barcelonnois n'attendoient
que le départ de
M. le Duc de Popali pour
se rendre; aepfodant:Ürift
parti avant hier, & ces
gens-là n'ont envoyé aucune
députation. Ilestvray
qu'ils envoyerent le onze
un Tambour, fous prétexte
de repener un Cheval
voie par un Valetdéserteur.
M. leMaretchal deBerwik
fie renvoyer le Tambour,
& leur fie dire qu'il ne vouloit
aucun commerce avec
3eùx. Ilsenvoyerent hierun
Trompette à M.de Guerchy,
avec une Lettre. M.
le Maréchal fit renvoyer
Jun & l'autre,sansvouloir
qu'on ouvrist la Lettre, Ôc lemesmesoir fit ouvrirla
-tranchée par dix Battail-
Jans qui n'ont pu se loger
cematin dans la parallele,
attendu qu'on n'a paseu le
temps pendant lanuit de la
mettre enestat de recevoir
les troupes;on la va persectionner
,
& nos affaires
wontallerleurtrain. Nous
attendons encore huitBattaillons
le quatorze, &onze
le dix-huit. On prétend
queces gens-là n'ont que
douze cens hommes de
troupesreglées, les déferteurs
ne leur en donnent
pas plus de quatrecens,le
resteest comparé,d'Etudiants
, d'Artisans & de
Moines. Ilsont tirécette
nuit& ce matin assezde
cation, & n'ontblessépensonne
;nous yavonsresté
avec M.Je Mareschal jusqu'aminuit.
Il lileurvenoitun convoy
deMaillorque composé de
quatreVaisseaux & vingesept
Barques;mais il h'est
rntréque deux Vaisseaux&
quatre Barques dans laPlace.
Diune Lettre écrite le 15.
au Camp devantBarcelone.
Si nous en voulions croire
tous les bruits qui ont couru
,les Barcelonnois n'attendoient
que le départ de
M. le Duc de Popali pour
se rendre; aepfodant:Ürift
parti avant hier, & ces
gens-là n'ont envoyé aucune
députation. Ilestvray
qu'ils envoyerent le onze
un Tambour, fous prétexte
de repener un Cheval
voie par un Valetdéserteur.
M. leMaretchal deBerwik
fie renvoyer le Tambour,
& leur fie dire qu'il ne vouloit
aucun commerce avec
3eùx. Ilsenvoyerent hierun
Trompette à M.de Guerchy,
avec une Lettre. M.
le Maréchal fit renvoyer
Jun & l'autre,sansvouloir
qu'on ouvrist la Lettre, Ôc lemesmesoir fit ouvrirla
-tranchée par dix Battail-
Jans qui n'ont pu se loger
cematin dans la parallele,
attendu qu'on n'a paseu le
temps pendant lanuit de la
mettre enestat de recevoir
les troupes;on la va persectionner
,
& nos affaires
wontallerleurtrain. Nous
attendons encore huitBattaillons
le quatorze, &onze
le dix-huit. On prétend
queces gens-là n'ont que
douze cens hommes de
troupesreglées, les déferteurs
ne leur en donnent
pas plus de quatrecens,le
resteest comparé,d'Etudiants
, d'Artisans & de
Moines. Ilsont tirécette
nuit& ce matin assezde
cation, & n'ontblessépensonne
;nous yavonsresté
avec M.Je Mareschal jusqu'aminuit.
Il lileurvenoitun convoy
deMaillorque composé de
quatreVaisseaux & vingesept
Barques;mais il h'est
rntréque deux Vaisseaux&
quatre Barques dans laPlace.
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Résumé : EXTRAIT D'une Lettre écrite le 15. au Camp devant Barcelone.
La lettre, datée du 15, est rédigée depuis le camp devant Barcelone. Les Barcelonais, qui attendaient le départ du Duc de Popali pour se rendre, n'ont pas envoyé de députation après son départ. Le 11, un tambour a été envoyé pour récupérer un cheval volé, mais le maréchal de Berwick l'a renvoyé, refusant tout commerce. Hier, un trompette a été renvoyé avec une lettre non ouverte. La même soirée, une tranchée a été ouverte par dix bataillons, mais ceux-ci n'ont pu se loger dans la parallèle faute de temps. Les opérations suivent le plan prévu, avec l'arrivée attendue de huit bataillons le 14 et onze le 18. Les forces ennemies comptent environ 1 200 hommes réguliers et 400 déserteurs, complétées par des étudiants, artisans et moines. Les ennemis ont tiré sans faire de blessés. Le maréchal et l'auteur de la lettre sont restés sur place jusqu'à minuit. Un convoi de Majorque, composé de quatre vaisseaux et vingt-sept barques, a été signalé, mais seuls deux vaisseaux et quatre barques ont atteint la place.
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29
p. 2506-2508
AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Début :
Le Grand Seigneur a pris la résolution de quitter cette Capitale, & de former un [...]
Mots clefs :
Perse, Camp, Schah
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
AUTRE Lettre , du 17. Septembre.
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
E Grand Seigneur a pris la réfolution
I de Guiner Capitale, is de
que
Camp à Scutary , ne doutant point que dès
Schah Tamas , Roy de Perfe, auroit avis que Sa
Hauteffle avoit réfolu de fe tranfporter en Perfonne
fur les Frontieres , cela ne l'intimidat.
La
NOVEMBRE. 1730. 2507
La Cour fe rendit pour cela à Scutary le 4 du
mois paffé , avec toute la pompe, la magnificence
& le faſte Ottoman que vous connoiffez. Ce qu'il
y eut de curieux dans cette Cavalcade, & qui n'avoit
encore jamais été pratiqué en femblable occafion
, fut que tous les Gens de Loy eurent ordre
d'y paroître armez : de forte qu'il n'y avoit
rien de plus extraordinaire que de voir un Mufti
& des Kadileskers , avec des Sabres , des Piftolets
, des Arcs & des Fléches , entourez chacund'eux
de plus de cent perfonnes , avec des Moufquets.
Toutes les Maifons des Pachas , des principaux
Miniftres & des Grands de cet Empire y
étoient dans une magnificence furprenante. Le
G. S. y parut en perfonne , accompagné de fept
Princes , fes enfans , armez d'Arcs & de Fléches.
Il étoit précedé de plus de tent Chevaux de
`main, tout couverts d'or & de pierreries. Sa
Maiſon confiftoit en plus de erois mille perfonnes
, la plufpart en Cotte de Maille , armez
d'Arcs , de Fléches , de Lances , de Sabres , & de
Moufquets ; leurs Boucliers étoient garnis de
Pierres précieufes . Enfin les richeffes qui furent .
étalées ce jour- là , font ineftimables.
Le G. S. fe rendit , en traverfant les rues de
Scutary, en fort bon ordre , au Camp , entre cette
Ville & le Fanal de Calcedoine , où après avoir
refté environ deux heures à l'examiner, il remon- .
ta à Cheval & vint dans fon Serrail , fcitué à la
pointe de Scutary , qu'on lui avoit fait préparer ,
& où il eft encore actuellement avec toutes fes,
femmes.
Le G. V. employa les premiers jours à faire les
prefens accoutumez en femblables occafions , à la
Milice,& la congédia quelques jours après; parce
que ne devant pas encore partir, elle feroit beaucoup
mieux & plus commodement à Conftanti-
H vj nople
2508 MERCURE DE FRANCE
nople & aux environs , dans leurs maiſons , que
dans le Camp. Et après leur départ les Tentes ne
furent plus gardées que par des Valets ; les Miniftres
& la plupart des Grands , ayant coutume
de fe retirer tous les foirs dans les Maifons qu'ils
ont du côté de l'Afie.
Cependant on apprend de Perfe que Schah
Tamas eft entierement tranquille du côté du Candabar
, où tout lui eft foumis , de même que le
refte de la Perfe ; il a le bonheur d'avoir pour
premier Miniftre & fon General en même - tems ,
l'homme du monde le plus intrépide & le plus
fage ; c'eft un homme de fortune , originaire du
Daguiftan ; il eft connu fous le nom de Tamas
Kouli Kan , qu'il a pris depuis qu'il s'eft attaché
au fervice de Schah Tamas. Ce nom fignifie , le
Kan , Efclave du Prince Tamas. C'eſt lui qui a
défait entierement le parti d'Achéraf , & qui l'a
fait mourir. Les Perfâns l'appellent avec raiſon
le Reftaurateur de la Perfe.
&
Les Réfidens de Mofcovie fe rendent fouvent
au Camp , expedient & reçoivent fréquemment.
des nouvelles de leur Cour. Les Turcs ne font
pas contens de cette Nation , car ils prétendent
qu'ils donnent du fecours à Schah Tamas contr'eux
, ceux- ci le nient ; mais ce qu'il y a de
bieu feur , c'eft qu'il y a quantité d'Etrangers
dans les Troupes de Schah Tamas , parmi lefquelles
l'on obferve- aujourd'hui une espece de
difcipline comme en Chrétienté , qui étoit in-
Contue jufques icy aux Turcs & aux Perfans..
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Résumé : AUTRE Lettre, du 17. Septembre.
Le 17 septembre, le Grand Seigneur ottoman décide de se rendre à Scutary, sans crainte de l'intimidation du roi de Perse, Schah Tamas. Le 4 novembre 1730, la cour ottomane se déplace à Scutary avec grande pompe. Lors de cette cavalcade, les gens de loi apparaissent armés, et les résidences des dignitaires sont magnifiquement décorées. Le Grand Seigneur, accompagné de sept princes armés, est précédé de plus de cent chevaux richement ornés et suivi de trois mille personnes, principalement armées. Le Grand Seigneur traverse Scutary en bon ordre pour rejoindre son camp entre la ville et le phare de Calcédoine. Après avoir examiné le camp, il retourne à son sérail. Il passe les premiers jours à accomplir les présences habituelles auprès de la milice, qu'il congédie ensuite. Les tentes sont gardées par des valets, tandis que les ministres se retirent en Asie. En Perse, Schah Tamas est tranquille après avoir soumis le Candahar et le reste du pays. Son premier ministre, Tamas Kouli Kan, est un homme intrépide et sage, originaire du Daguistan. Les résidents de Moscovie fréquentent régulièrement le camp pour expédier et recevoir des nouvelles de leur cour. Les Turcs accusent les Moscovites de soutenir Schah Tamas, ce que ces derniers nient. Les troupes de Schah Tamas comptent de nombreux étrangers et une discipline similaire à celle de la chrétienté.
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30
p. 599-600
ALLEMAGNE.
Début :
On écrit de Berlin que le Roi de Prusse a donné [...]
Mots clefs :
Prusse, Troupes, Camp, Vienne, Envoyé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N écrit de Berlin que le Roi de Prusse a
donné ordre à une certaine quantité de ses
plus belles Troupes , Cavalerie et Infanterie , de
se préparer pour former au mois de May pro
chain un Camp prés de cette Ville : ces Troupes
seront habillées de neuf et d'une propreté extraordinaire
: elles y feront diverses évolutions
etz
600 MERCURE DE FRANCE
et autres mouvemens qu'on pratique à la guerre :
outre les Tables de la Cour , chaque General et
Ministre d'Etat , en devra tenir une de douze
Couverts par ordre du Roi, qui veut qu'on procure
toutes sortes d'agrémens aux Etrangers de
distinction qui s'y rendront ; on y attend divers
Princes d'Allemagne , et on croit que les Rois de
Pologne et de Suede y viendront aussi.
L'Effendy qu'on attend à Vienne ne sera point
logé dans le Fauxbourg de Leopoldstad comme
l'ont été les autres Envoyez des précedens Sultans
: on a fixé le temps de son séjour , pendant
lequel il sera défrayé avec toute sa suite qui ne
pourra exceder le nombre de 30. personnes , parce
qu'on a sçu qu'il y avoit beaucoup de gens suspects
qui vouloient venir à Vienne sous sa protection.
N écrit de Berlin que le Roi de Prusse a
donné ordre à une certaine quantité de ses
plus belles Troupes , Cavalerie et Infanterie , de
se préparer pour former au mois de May pro
chain un Camp prés de cette Ville : ces Troupes
seront habillées de neuf et d'une propreté extraordinaire
: elles y feront diverses évolutions
etz
600 MERCURE DE FRANCE
et autres mouvemens qu'on pratique à la guerre :
outre les Tables de la Cour , chaque General et
Ministre d'Etat , en devra tenir une de douze
Couverts par ordre du Roi, qui veut qu'on procure
toutes sortes d'agrémens aux Etrangers de
distinction qui s'y rendront ; on y attend divers
Princes d'Allemagne , et on croit que les Rois de
Pologne et de Suede y viendront aussi.
L'Effendy qu'on attend à Vienne ne sera point
logé dans le Fauxbourg de Leopoldstad comme
l'ont été les autres Envoyez des précedens Sultans
: on a fixé le temps de son séjour , pendant
lequel il sera défrayé avec toute sa suite qui ne
pourra exceder le nombre de 30. personnes , parce
qu'on a sçu qu'il y avoit beaucoup de gens suspects
qui vouloient venir à Vienne sous sa protection.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le roi de Prusse a ordonné à une partie de ses troupes d'élite, cavalerie et infanterie, de se préparer pour former un camp près de Berlin en mai. Ces troupes seront nouvellement vêtues et d'une propreté exceptionnelle, et y effectueront diverses manœuvres militaires. Chaque général et ministre d'État devra tenir une table de douze couverts pour accueillir des étrangers de distinction, notamment des princes d'Allemagne, ainsi que les rois de Pologne et de Suède. À Vienne, l'Effendy, envoyé du sultan, ne sera pas logé dans le faubourg de Leopoldstadt. Son séjour est fixé et il sera défrayé avec sa suite, limitée à trente personnes en raison de la présence de suspects voulant se rendre à Vienne sous sa protection.
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31
p. 1850-1856
POLOGNE.
Début :
Le 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décamper à l'armée qui occupe le Camp de Villanova [...]
Mots clefs :
Camp de Villanova, Pologne, Klingenberg, Infanterie, Palatin de Mazovie, Canon, Camp, Bataillons, Ligne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
E 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décam
à
nova , près de Warsovie. On batit la Generale
et les Uhlans Tartares, la nouvelle Grande- Garde
et les Quartiers-Maîtres et Fourriers des Régimens respectifs , se rendirent sur le chemin du
nouveau Camp , et attendirent près de l'Hôpital
de Czerniakow , le Quartier - Maître General.
L'Armée ayant plié ses Tentes , se rangea en
bataille à la tête du Camp ' , et se mit ensuite en
marche sur cinq Colonnes ; 2 de Cavalerie et 3
d'Infanterie. La Colonne de la droite , comman- dée
A OUST 1732. 1851
dée par le Major General Klingenberg , étoit
composée de 8 Escadrons de Gotha et de Nassau , celle de la gauche , commandée par le Major General Mir ,
de 4 Escadrons du Régiment
de Mir, et de 4 Escadrons , détachez de differens '
Regimens de la Couronne.
La Colonne d'Infanterie de la droite , commandée par le Pr. Czartoriski , Palatin de Russie, consistoit en un Bataillon de Grenadiers , er
en deux des Gardes de la Couronne ; celle de la
gauche , commandée par le Major General Campenhausen , étoit composée d'un Bataillon de
Grenadiers,da 3e des Gardes de la Couronne, et
des Gardes de Lithuanie et celle du Centre
commandée par le Major General Flemming ,
du Bataillon de Flemming , et de ceux de Denhof et de Frise..
;
Les Colonnes de la droite défilerent par la
gauche , et celles de la gauche par la droite. Les
Bagages de chaque Colonne marchoient à la
queue , selon l'ordre des Corps qui la formoient,.
et la vieille grande Garde faisoit l'Arriere- Garde de tout.
"
Le Palatin de Mazovie , Regimentaire , marchoit à la tête de la Colonne du Centre , il étoit
suivi du Lieutenant General Comte de Denhof,
et on portoit devant lui le Bonzouk , ( c'est une
marque d'honneur , faite en forme de queue de Cheval attachée au bout d'une espece de Pique.) Il a été placé dans le nouveau Camp , entre
·les Drapeaux du centre ; mais comme le Roy en
´a aussi un devant son Pavillon , on le portera:
devant S.M. lorsqu'elle ira au Camp ; et alors on
baissera le Bonzoux du Regimentaire. Les trois
Colonnes d'Infanterie furent obligées de se rejoindre à quelque distance du vieux Camp pour
passer une Digue; mais après l'avoir passée ,.
Havj elless
1852 MERCURE DE FRANCE
!
elles se remirent dans leur premier ordre de Bataille , et s'arrêterent au lieu marqué, pour attendre les signaux.
le
Le Roy ayant fait donner le premier signal ,
par un coup de Canon , tiré de son Pavillon ,
Quartier- Maître - General alla reconnoître le
Camp, passa la nouvelle grande- Garde ; et ayant
distribué le terrain aux Quartiers-Maîtres des
Regimens , les Fouriers tracerent le Camp.
Pendant ce temps- là les Uhlans firent plusieurs
courses à la tête du Camp, imitant des Détachemens ennemis qui se rencontrent. Au second signal , les Colonnes se mirent en mouvement,
L'Artillerie composée de 38. Canons , et de 4
Mortiers , marcha à la queue de la Colonne du
centre , et elle étoit fermée par une Compagnie
franche de Dragons , qui lui est attachée.
L'Armée étant arrivée au terrain tracé , se mit
en Bataille à la tête du nouveau Camp , dans le
même ordre où elle avoit été rangée avant de
partir de l'autre , et au 3e signal elle entra dans le Camp; les Equipages y entrerent aussi par la
queue. L'Artillerie forma son Parc derriere le Bataillon du Centre. Dès que l'Armée fut entrée, la Cour passa à l'autre face du Pavillon, et vit faire l'Exercice aux grands Mousquetaires ,
et immédiatement après on vit toutes les Tentes
tendues , &c.
Le 2 Aoust on fit la Revûë generale de l'Armée après ; sitôt eut battu la Generale , l'Assemblée et le Bouteselle , chaque Corps se rangea à
la tête de son Camp; et après que l'ordre de marcher eut été donné , toute l'Armée s'avança vers
la Place d'armes , à 150 pas , devant le front du
Camp. Chaque Bataillon avoit 2 Pieces de Campagne avec un Chariot de Munitions, qui étoient
rangez
A O UST. 1732. 1853
噶
rangez en ordre de Bataille , dans les intervales
de l'Infanterie.
Les 38 Pieces de grosse Artillerie "sortirent en
même-temps de leur Parc , avec leurs Canoniers
et Fuzeliers , et se rangerent en 2 Colonnes, cent
pas derriere le Bataillon du centre de l'Armée ;
leurs Timbales étoient posées à leur droite , sur
un Char , traîné par 4 Chevaux de front , la
Compagnie de Dragons attachée à l'Artillerie ,
étant rangée à la gauche.
Les grands Mousquetaires étoient venus de
leur Camp du quartier du Roy, joindre la droite
de l'armée , et les 2 Compagnies des Comtes de Rutouski et Prominitz se rangerent à la droite ;
et à la gauche des Tentes destinées pour la Cour.
Quand tout fut en ordre , le Regimentaire le
fit sçavoir au Roy , qui précédé de son Bon- ZOUK se rendit à la droite de l'Armée; elle y fut
reçue par le Régimentaire , qui ayant pris la droite du Roy , pour lui laisser la vûë de la Ligne , le conduisit le long du front de la queue de l'Armée , pour passer devant l'Artillerie.
Quand S. M. tourna à la queue de la Ligne, le
dernier rang de la Cavalerie et les 2 derniers de
I'Infanterie firent face. Le Roy ayant regagné la
droite de l'Armée , le Régimentaire conduisit S.
M. aux Tentes qui lui étoient préparées , et re- tourna à l'Armée ordonner les feux de salut.
Ils commencerent par les Pieces de Campagne,
qui tirerent dans les intervalles où elles étoient rangées , l'une après l'autre , de la droite à la
gauche, ensuite la grosse Artillerie de la gauche
à la droite , et enfin le feu coulant de toute l'Armée de la droite à la gauche. Tout ce feu se répeta deux autres fois ; la premiere , de la gauche à la droite ; et la seconde de la droite à la
gauche,
;
Ensuite
1854 MERCURE DE FRANCE
Ensuire au signal donné avec le Canon , toute
la Ligne fit la conversion à droite , par Brigades.
et demi division , excepté la Compagnie des.
grands Mousquetaires , qui marcha en avant , et
qui par une conversion à gauche se trouva sur la
Ligne , où l'Armée devoit passer devant le Roy.
Le Régimentaire , précédé de son Bonzouk, marcha à la tête de toute l'Armée; le General Comte
de Denhofà la tête de l'Infanterie , et les Majors
Generaux à la tête de leurs Brigades. Les deux
Pieces de Campagne , et le Chariot de Munitions
marchoient à la tête de chaque Bataillon; la grosse Artillerie suivit la Ligne , et toute la marche
fut fermée par la Compagnie de Dragons , atta-
´chée à l'Artillerie. L'Armée s'étant remise en
marche sur son premier Terrain , rentra dans le
Camp.. Le 3 , le Roy celebra la Fête de l'Ordre de
l'Aigle blanc , les Chevaliers qui se trouverent à
portée , eurent l'honneur de dîner avec S. M. quifit ce jour-là 4 nouveaux Chevaliers.
Le 4 , P'Infanterie fit l'Exercice sur la Place
d'Arines ; les Grenadiers détachez» de l'Armée , -
qui composoient deux Bataillons , se joignirent.
leurs Corps , et formerent deux Pelotons sur
chaque aîle de leurs Bataillons. Le General ayant
averti par un signal de 2 coups de Canon que l'Infanterie étoit en Bataille , le Roy par un autre coup de Canon , lui donna le signal de se
mettre en marche , ce qu'elle fit sur 3 Colonnes dans l'ordre suivant.
Les 2 Bataillons des Gardes de la Couronne
et celui de Flemming , formoient la Colonne de
la droite. Le 3e Bataillon des Gardes de la Couronne, celui de Denhof, et les Gardes de Lithua
nie formoient la Colonne de la gauche , et le
Bataillon de Frise , renforcé de la Compagnie
détachée
AOUST. 1732. 1855
.
détachée du Régiment de Campenhausen, for→
moit celle du centre.
3
Les Colonnes s'avancerent en même · temps.
par demi division vers le Pavillon , et la Colon ne du centre s'étant arrêtée à une distance marquée , celles de la droite et de la gauche continuerent leur marche ; et étant arrivées à 40 pas
de la Batterie du Pavillon , la tête de celle de la
droite fit la conversion à droite et celle de la gauche la fit à gauche , pour former des Flancs.
Le premier Bataillon des Gardes de la Couronne formoit le flanc de la droite , et celui des
Gardes de Lithuanie celui de la gauche. La Colonne du centre , dont la tête étoit en ligne avec
la queue des 2 autres Colonnes, forma en même..
temps une Phalange.
Par un second signal , les demi Divisions for❤
merent à droite et à gauche des Bataillons , et la
Colonne du Centre rompit en même- temps sa.
Phalange, en faisant joindre aux deux demi-Divisions de la tête celles qui formoient les flancs de
la Phalange.
Par un troisiéme signal , la queue des Colonnes de la droitê et de la gauche , vint se joindre aux Aîles du Bataillon du centre.
Après ce mouvement , les Bataillons étant en
parade , presenterent les Armes , et les Officiers
saluerent de pied ferme , après quoi on donna
Pavertissement pour le maniement des Armes quis se fit au son du Tambour, et fut suivi de 3 feux..
Le fut le feu coulant de la droite à la gauche ;
ensuite le feu de Chaîne par demi Bataillon , et
enfin une décharge generale de toute l'Infante- rie.
I
Par un quatriéme signal , tous les Bataillons.
défilerent à droite et à gauche par demi - Division , et celui du centre se partagea en deux
pour
1856 MERCURE DE FRANCE
pour suivre la queue des trois Bataillons de la
droite , et des trois de la gauche, qui se mirent en
marche sur 2 Colonnes , pour passer devant le
Roy. La droite et la gauche des flancs formant
les têtes des Colonnes qui s'avancerent en mêmetemps , étant vis à-vis le Pavillon , les Officiers
saluerent , et par une autre conversion , à droite
et à gauche , les Colonnes retournerent par la
centre , et se remirent en marche sur une seule
Ligne.
Par un cinquiéme signal , l'Infanterie sur une Ligne fit feu par demi Division sur la Place , et
en avançant , et par un sixiéme signal , elle fit
demi tour à droite pour se retirer au Camp , et
continua à faire feu pendant la retraite.
E 31 Juillet, le Roi fit donner l'ordre de décam
à
nova , près de Warsovie. On batit la Generale
et les Uhlans Tartares, la nouvelle Grande- Garde
et les Quartiers-Maîtres et Fourriers des Régimens respectifs , se rendirent sur le chemin du
nouveau Camp , et attendirent près de l'Hôpital
de Czerniakow , le Quartier - Maître General.
L'Armée ayant plié ses Tentes , se rangea en
bataille à la tête du Camp ' , et se mit ensuite en
marche sur cinq Colonnes ; 2 de Cavalerie et 3
d'Infanterie. La Colonne de la droite , comman- dée
A OUST 1732. 1851
dée par le Major General Klingenberg , étoit
composée de 8 Escadrons de Gotha et de Nassau , celle de la gauche , commandée par le Major General Mir ,
de 4 Escadrons du Régiment
de Mir, et de 4 Escadrons , détachez de differens '
Regimens de la Couronne.
La Colonne d'Infanterie de la droite , commandée par le Pr. Czartoriski , Palatin de Russie, consistoit en un Bataillon de Grenadiers , er
en deux des Gardes de la Couronne ; celle de la
gauche , commandée par le Major General Campenhausen , étoit composée d'un Bataillon de
Grenadiers,da 3e des Gardes de la Couronne, et
des Gardes de Lithuanie et celle du Centre
commandée par le Major General Flemming ,
du Bataillon de Flemming , et de ceux de Denhof et de Frise..
;
Les Colonnes de la droite défilerent par la
gauche , et celles de la gauche par la droite. Les
Bagages de chaque Colonne marchoient à la
queue , selon l'ordre des Corps qui la formoient,.
et la vieille grande Garde faisoit l'Arriere- Garde de tout.
"
Le Palatin de Mazovie , Regimentaire , marchoit à la tête de la Colonne du Centre , il étoit
suivi du Lieutenant General Comte de Denhof,
et on portoit devant lui le Bonzouk , ( c'est une
marque d'honneur , faite en forme de queue de Cheval attachée au bout d'une espece de Pique.) Il a été placé dans le nouveau Camp , entre
·les Drapeaux du centre ; mais comme le Roy en
´a aussi un devant son Pavillon , on le portera:
devant S.M. lorsqu'elle ira au Camp ; et alors on
baissera le Bonzoux du Regimentaire. Les trois
Colonnes d'Infanterie furent obligées de se rejoindre à quelque distance du vieux Camp pour
passer une Digue; mais après l'avoir passée ,.
Havj elless
1852 MERCURE DE FRANCE
!
elles se remirent dans leur premier ordre de Bataille , et s'arrêterent au lieu marqué, pour attendre les signaux.
le
Le Roy ayant fait donner le premier signal ,
par un coup de Canon , tiré de son Pavillon ,
Quartier- Maître - General alla reconnoître le
Camp, passa la nouvelle grande- Garde ; et ayant
distribué le terrain aux Quartiers-Maîtres des
Regimens , les Fouriers tracerent le Camp.
Pendant ce temps- là les Uhlans firent plusieurs
courses à la tête du Camp, imitant des Détachemens ennemis qui se rencontrent. Au second signal , les Colonnes se mirent en mouvement,
L'Artillerie composée de 38. Canons , et de 4
Mortiers , marcha à la queue de la Colonne du
centre , et elle étoit fermée par une Compagnie
franche de Dragons , qui lui est attachée.
L'Armée étant arrivée au terrain tracé , se mit
en Bataille à la tête du nouveau Camp , dans le
même ordre où elle avoit été rangée avant de
partir de l'autre , et au 3e signal elle entra dans le Camp; les Equipages y entrerent aussi par la
queue. L'Artillerie forma son Parc derriere le Bataillon du Centre. Dès que l'Armée fut entrée, la Cour passa à l'autre face du Pavillon, et vit faire l'Exercice aux grands Mousquetaires ,
et immédiatement après on vit toutes les Tentes
tendues , &c.
Le 2 Aoust on fit la Revûë generale de l'Armée après ; sitôt eut battu la Generale , l'Assemblée et le Bouteselle , chaque Corps se rangea à
la tête de son Camp; et après que l'ordre de marcher eut été donné , toute l'Armée s'avança vers
la Place d'armes , à 150 pas , devant le front du
Camp. Chaque Bataillon avoit 2 Pieces de Campagne avec un Chariot de Munitions, qui étoient
rangez
A O UST. 1732. 1853
噶
rangez en ordre de Bataille , dans les intervales
de l'Infanterie.
Les 38 Pieces de grosse Artillerie "sortirent en
même-temps de leur Parc , avec leurs Canoniers
et Fuzeliers , et se rangerent en 2 Colonnes, cent
pas derriere le Bataillon du centre de l'Armée ;
leurs Timbales étoient posées à leur droite , sur
un Char , traîné par 4 Chevaux de front , la
Compagnie de Dragons attachée à l'Artillerie ,
étant rangée à la gauche.
Les grands Mousquetaires étoient venus de
leur Camp du quartier du Roy, joindre la droite
de l'armée , et les 2 Compagnies des Comtes de Rutouski et Prominitz se rangerent à la droite ;
et à la gauche des Tentes destinées pour la Cour.
Quand tout fut en ordre , le Regimentaire le
fit sçavoir au Roy , qui précédé de son Bon- ZOUK se rendit à la droite de l'Armée; elle y fut
reçue par le Régimentaire , qui ayant pris la droite du Roy , pour lui laisser la vûë de la Ligne , le conduisit le long du front de la queue de l'Armée , pour passer devant l'Artillerie.
Quand S. M. tourna à la queue de la Ligne, le
dernier rang de la Cavalerie et les 2 derniers de
I'Infanterie firent face. Le Roy ayant regagné la
droite de l'Armée , le Régimentaire conduisit S.
M. aux Tentes qui lui étoient préparées , et re- tourna à l'Armée ordonner les feux de salut.
Ils commencerent par les Pieces de Campagne,
qui tirerent dans les intervalles où elles étoient rangées , l'une après l'autre , de la droite à la
gauche, ensuite la grosse Artillerie de la gauche
à la droite , et enfin le feu coulant de toute l'Armée de la droite à la gauche. Tout ce feu se répeta deux autres fois ; la premiere , de la gauche à la droite ; et la seconde de la droite à la
gauche,
;
Ensuite
1854 MERCURE DE FRANCE
Ensuire au signal donné avec le Canon , toute
la Ligne fit la conversion à droite , par Brigades.
et demi division , excepté la Compagnie des.
grands Mousquetaires , qui marcha en avant , et
qui par une conversion à gauche se trouva sur la
Ligne , où l'Armée devoit passer devant le Roy.
Le Régimentaire , précédé de son Bonzouk, marcha à la tête de toute l'Armée; le General Comte
de Denhofà la tête de l'Infanterie , et les Majors
Generaux à la tête de leurs Brigades. Les deux
Pieces de Campagne , et le Chariot de Munitions
marchoient à la tête de chaque Bataillon; la grosse Artillerie suivit la Ligne , et toute la marche
fut fermée par la Compagnie de Dragons , atta-
´chée à l'Artillerie. L'Armée s'étant remise en
marche sur son premier Terrain , rentra dans le
Camp.. Le 3 , le Roy celebra la Fête de l'Ordre de
l'Aigle blanc , les Chevaliers qui se trouverent à
portée , eurent l'honneur de dîner avec S. M. quifit ce jour-là 4 nouveaux Chevaliers.
Le 4 , P'Infanterie fit l'Exercice sur la Place
d'Arines ; les Grenadiers détachez» de l'Armée , -
qui composoient deux Bataillons , se joignirent.
leurs Corps , et formerent deux Pelotons sur
chaque aîle de leurs Bataillons. Le General ayant
averti par un signal de 2 coups de Canon que l'Infanterie étoit en Bataille , le Roy par un autre coup de Canon , lui donna le signal de se
mettre en marche , ce qu'elle fit sur 3 Colonnes dans l'ordre suivant.
Les 2 Bataillons des Gardes de la Couronne
et celui de Flemming , formoient la Colonne de
la droite. Le 3e Bataillon des Gardes de la Couronne, celui de Denhof, et les Gardes de Lithua
nie formoient la Colonne de la gauche , et le
Bataillon de Frise , renforcé de la Compagnie
détachée
AOUST. 1732. 1855
.
détachée du Régiment de Campenhausen, for→
moit celle du centre.
3
Les Colonnes s'avancerent en même · temps.
par demi division vers le Pavillon , et la Colon ne du centre s'étant arrêtée à une distance marquée , celles de la droite et de la gauche continuerent leur marche ; et étant arrivées à 40 pas
de la Batterie du Pavillon , la tête de celle de la
droite fit la conversion à droite et celle de la gauche la fit à gauche , pour former des Flancs.
Le premier Bataillon des Gardes de la Couronne formoit le flanc de la droite , et celui des
Gardes de Lithuanie celui de la gauche. La Colonne du centre , dont la tête étoit en ligne avec
la queue des 2 autres Colonnes, forma en même..
temps une Phalange.
Par un second signal , les demi Divisions for❤
merent à droite et à gauche des Bataillons , et la
Colonne du Centre rompit en même- temps sa.
Phalange, en faisant joindre aux deux demi-Divisions de la tête celles qui formoient les flancs de
la Phalange.
Par un troisiéme signal , la queue des Colonnes de la droitê et de la gauche , vint se joindre aux Aîles du Bataillon du centre.
Après ce mouvement , les Bataillons étant en
parade , presenterent les Armes , et les Officiers
saluerent de pied ferme , après quoi on donna
Pavertissement pour le maniement des Armes quis se fit au son du Tambour, et fut suivi de 3 feux..
Le fut le feu coulant de la droite à la gauche ;
ensuite le feu de Chaîne par demi Bataillon , et
enfin une décharge generale de toute l'Infante- rie.
I
Par un quatriéme signal , tous les Bataillons.
défilerent à droite et à gauche par demi - Division , et celui du centre se partagea en deux
pour
1856 MERCURE DE FRANCE
pour suivre la queue des trois Bataillons de la
droite , et des trois de la gauche, qui se mirent en
marche sur 2 Colonnes , pour passer devant le
Roy. La droite et la gauche des flancs formant
les têtes des Colonnes qui s'avancerent en mêmetemps , étant vis à-vis le Pavillon , les Officiers
saluerent , et par une autre conversion , à droite
et à gauche , les Colonnes retournerent par la
centre , et se remirent en marche sur une seule
Ligne.
Par un cinquiéme signal , l'Infanterie sur une Ligne fit feu par demi Division sur la Place , et
en avançant , et par un sixiéme signal , elle fit
demi tour à droite pour se retirer au Camp , et
continua à faire feu pendant la retraite.
Fermer
Résumé : POLOGNE.
Le 31 juillet, le roi ordonna à l'armée de quitter Nova, près de Varsovie. Les troupes se disposèrent en cinq colonnes : deux de cavalerie et trois d'infanterie. La colonne de droite, dirigée par le Major General Klingenberg, comprenait 8 escadrons de Gotha et de Nassau. La colonne de gauche, sous le commandement du Major General Mir, incluait 4 escadrons du Régiment de Mir et 4 escadrons de divers régiments de la Couronne. Les colonnes d'infanterie étaient commandées par le Prince Czartoriski, le Major General Campenhausen et le Major General Flemming. Les colonnes de droite avancèrent par la gauche et celles de gauche par la droite. Les bagages suivaient à l'arrière de chaque colonne, et la vieille grande garde formait l'arrière-garde. Le Palatin de Mazovie, régimentaire, menait la colonne du centre, suivi du Lieutenant General Comte de Denhof portant le Bonzouk, une marque d'honneur. Après avoir traversé une digue, les colonnes se remirent en ordre de bataille et attendirent les signaux. Le roi donna le premier signal par un coup de canon, et le Quartier-Maître Général reconnut le camp. L'artillerie, composée de 38 canons et 4 mortiers, suivit la colonne du centre, fermée par une compagnie de dragons. L'armée se mit en bataille à la tête du nouveau camp et y entra au troisième signal. Le 2 août, une revue générale de l'armée fut organisée. Les troupes se rangèrent à la tête de leur camp et avancèrent vers la place d'armes. Les pièces de campagne et l'artillerie se disposèrent en ordre de bataille. Le roi, précédé de son Bonzouk, passa en revue l'armée et regagna sa tente. Des feux de salut furent tirés par les pièces de campagne et l'artillerie, suivis d'un feu coulant de toute l'armée. L'armée effectua ensuite une conversion à droite et passa devant le roi. Le 3 août, le roi célébra la fête de l'Ordre de l'Aigle blanc. Le 4 août, l'infanterie fit l'exercice sur la place d'armes, effectuant divers mouvements et tirs en présence du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 2061-2068
Camp du Régiment du Roi à Fontainebleau, [titre d'après la table]
Début :
Le 9, le Roy partit de Versailles vers les onze heures du matin pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Cour, Roi, Revue, Régiment, Rangs, Lieutenant colonel, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Camp du Régiment du Roi à Fontainebleau, [titre d'après la table]
Le 9 , le Roy partit de Versailles " vers
les onze heures du matin pour aller cou
cher au Château de Fontainebleau..
>
Le 10, la Reine alla coucher à PetitHv Bourg
2062 MERCURE DE FRANCE
Bourg , pour se rendre le lendemain à
Fontainebleau.
La Cour y est encore. Le Roy prend
le divertissement de la chasse du Cerf,
du Sanglier et du Chevreuil , presque
tous les jours , hors les Dimanches et
les Jeudis , que Sa Majesté va se promener le soir au Château de la Rivicre , chez le Comte de Toulouze.
Les jours où il n'y a point de chasse , le
Roy voit jouer quatre des plus fameuxJoueurs de Paume de Paris.
Il y a Comédie Françoise le Mardy et
le Jeudy ; Samedi , Comédie Italienne ,
et Concert chez la Reine le Lundy et le
Mercredi ,
Le 20 de ce mois , les 4 Bataillons du
Régiment du Roy , vinrent camper dans
la Prairie de Tomery, sur les bords de la
Seine , à une lieuë de Fontainebleau.
Le 22 , S.E.M. le Cardinal de Fleury vins
voir le Regiment, qu'il trouva en Bataille. M. le Garde des Sceaux , M. d'Angervilliers , les autres Secretaires d'Etat , et
plusieurs Seigneurs de la Cour étoient:
avec lui.
S. E passa au front des 4 Bataillons , et
enfuite dans tous les Rangs ; après que le
Ré-
SEPTEMBRE. 1732. 2063
Régiment eut fait l'exercice et quelques
évolutions , comme il défiloit devant elle,
le Roy qu'on n'attendoit point , arriva.
Il ordonna qu'on continuât à marcher,
et fit ensuite remettre le Regiment en Bataille, à la tête de son Camp, où il voulut
qu'on rentrat et que les Soldats prissent
leurs Surtouts et leurs Bonnets. Le Roy
mit aussi-tôt pied à terre et passa dans les
rues duCamp, en s'informant si les Soldats
avoient suffilamment de la Paille. S. M.
alla ensuite aux Cuisines pour voir par
Elle- même si rien ne manquoit à leur
subsistance. Le Soleil étant couché , S. M.-
ordonna qu'on battit la Retraite , après
quoi Elle se retira .
Le 23 , le Roy ayant déclaré lé matin
qu'il vouloit faire une Revûë tres- exacte
de son Regiment , il ordonna que toutes
les Compagnies fussent mises en haye; l'après midy , s'étant rendu au Camp sur les
3 heures , il les trouva dans cet ordre et
vit les 68 Compagnies dont est composé
le Regiment , homme par homme ; il en
reforma même quelques- uns. Sa Majesté
fit toute cette inspection à pied , quol
qu'elle y employa près de 2 heures.
Lorsqu'elle eut passé en Revue la derniere Compagnie , Elle voulat que le ReHvp gimene
2064 MERCURE DE FRANCE
giment se rémit en Bataille: aussi- tôt après
elle le fit mettre en Colonne par Bataillon entier. Lorsqu'il eut marché en cet
ordre , environ cent pas , Elle commanda
qu'on format un Bataillon quarré ; ce qui
fut exécuté avec ordre et promptitude.
S. M. le fit marcher sur toutes les faces ;
faisant faire alte de temps en temps. A
chaque fois qu'elle donnoit le signal pour
s'arrêter, un rang tiroit. Elle fit tirer ainsi
successivement les 4 Rangs.
+
Elle ordonna ensuite qu'on rompit le
Bataillon pourse remettre en Bataille ; ce
qui étant exécuté , elle le fit mettre en
Colonne , par quart de Rang , et le fit dé- filer dans cet ordre. La nuit qui approchoit empêcha S. M. d'exercer plus longtemps son Regiment , elle le fit rentrer
dans son Camp..
Le 25 , L. M: arriverent au Camp sur
les 3 heures; elles trouverent le Regiment
qui les attendoit , rangé en Bataille: Elles
passerent ensuite au front des 4 Bataillons
oùelles furent faluées.
L'intention du Roy ayant été que les
Sergens passassent à la queue ; il les y examina sur une même ligne ; après quoi
S. M. retourna se poster au Centre pour
y voir faire l'exercice au son du. Tambour , lequel étant exécuté, Elle ordonna
qu'on
SEPTEMBRE. 1732. 2065
qu'on le renouvellat à la muette et elle fut
se placer à cet effet au flanc gauche du
quatriéme Bataillon. L'Exercice à la Gre
nade fut fait ensuite par l'ordre duRoy ,
et de pied ferme et en marchant , et toutes les deux fois on jetta des Grenades de
Carton ; après quoi S. M. voulut qu'on
executat les à droits et les à gauches par
cinq.
Le Régiment s'étant retrouvé en Ba taille , se rompit par demi quart de rang.
Dans cet ordre , il défila devant Elle et
fut se ranger en Bataille à la tête du Camp où il rentra. S. M. voulut revoir les Sol
dats en Surtout et en Bonnet à la tête des
Ruës.
Le Regiment ayant un armement neuf,
le Roy voulur, en passant devant les Fais
seaux , qu'on lui montrat un Fuzil; après
l'avoir lui-même examiné , il ordonna
qu'on en démontat le Canon et la Platine
pour le voir encore plus exactement.
Le 28. le Roy ayant ordonné que son
Régiment prît les armes , S. M. arriva au
Camp à 3. heures et demie. En passant
à la tête des Bataillons elle dit à M.de Cadeville , Lieutenant Colonel , qu'elle l'avoit fait Brigadier , pour lui témoigner
la satisfaction qu'elle avoit de lui et du
Régiment Elle
2066 MERCURE DE FRANCE
Elle ordonna qu'on lui fit faire des
quarts de conversion par quatt de rang.
Ce mouvement fut repeté quatre fois
à droit et quatre fois à gauche ; le même
mouvement s'executa par demi Bataillon.
Lorsqu'il fut fini , le Roy destra voir tirer, et ordonna qu'on commençât à le
fairé pat un peloton de chaque Bataillon
à la fois ; ensuite par deux , puis par trois- trojs…
Compagnies silil fit après tirer par Bataillon entier , ensuite par chaque rang
des 4. Bataillons à la fois. Le feu roulant
suivit en commençant par la droite du
quatrième rang , il vint reprendre la gau..
che du troisième , et ainsi de suite les
autres rangs. Cet Exercice finit par une
décharge géneraie de tout le Régiment.
Après cela S. M. le fit rompre par quart
de rang , pour marcher sur quatre colomnes , chaque Bataillon en formant
une , avec ordre de ne se point débor--
der en marchant et de se porter jusqu'à
trois cent pas en avant du Champ de Ba- taille. A moitié de cet intervale elle fit
réformer les Bataillons pour les voir tous
quatre en colonne. Ensuite le Roy les
fit rompre pour continuer à marcher jus
qu'au terrain qu'elle leur avoit d'abord
marqué. Lorsqu'ils y furent arrivés , ils
se remit ent en batailie sur la même lignes:
Lorsque
SEPTEMBRE. 1732. 2067-
7
Lorsque S. M. eut vû s'ils s'étoient bienalignez , Elle fit de nouveau rompre leRégiment sur huit colonnes , marchant
par ordre renversé , pour revenir sur le
même Champ de Bataille, d'où ils étoient
dabord partis. A moitié de la marche
Elle ordonna que chaque colonne se mît
en bataille , ce qui en forma une seule
de huit demi Bataillons ; après quoi s'étant encore rompu pour se mettre sur
les huit colonnes , il arriva dans cet or--
dre sur son premier terrain , où il se reforma en bataille.
Le Roy fit après marcher en avanttout le Régiment en bataille.Lorsqu'il eut
fait environ cent- cinquante pas dans cet
ordre , S. M. ordonna qu'on lui fit faire
un moulinet , pour voir tourner sur leur
centre les 4. Bataillons. Elle fit repeter.
2 fois ce mouvement , après lequel Elle
ordonna qu'on rentrât dans le Camp.
S. M. vit encore défiler et reformer le
Régiment à la tête du Camp. Alors Elle
fit appeller six Officiers qu'elle avoit
nommez le matin Chevaliers de S. Louis,
et les recût à la tête du Régiment , nonobsrat la pluye qu'il faisoit et qui n'avoit pas discontinué un moment depuisl'arrivée de S. M.
Lorsque le Régiment fut rentré dans
2068 MERCURE DE FRANCE
le Camp , Elle fit l'honneur au Marquis
de Pezé, d'aller souper chez lui , comme
Elle avoit fait le 23
les onze heures du matin pour aller cou
cher au Château de Fontainebleau..
>
Le 10, la Reine alla coucher à PetitHv Bourg
2062 MERCURE DE FRANCE
Bourg , pour se rendre le lendemain à
Fontainebleau.
La Cour y est encore. Le Roy prend
le divertissement de la chasse du Cerf,
du Sanglier et du Chevreuil , presque
tous les jours , hors les Dimanches et
les Jeudis , que Sa Majesté va se promener le soir au Château de la Rivicre , chez le Comte de Toulouze.
Les jours où il n'y a point de chasse , le
Roy voit jouer quatre des plus fameuxJoueurs de Paume de Paris.
Il y a Comédie Françoise le Mardy et
le Jeudy ; Samedi , Comédie Italienne ,
et Concert chez la Reine le Lundy et le
Mercredi ,
Le 20 de ce mois , les 4 Bataillons du
Régiment du Roy , vinrent camper dans
la Prairie de Tomery, sur les bords de la
Seine , à une lieuë de Fontainebleau.
Le 22 , S.E.M. le Cardinal de Fleury vins
voir le Regiment, qu'il trouva en Bataille. M. le Garde des Sceaux , M. d'Angervilliers , les autres Secretaires d'Etat , et
plusieurs Seigneurs de la Cour étoient:
avec lui.
S. E passa au front des 4 Bataillons , et
enfuite dans tous les Rangs ; après que le
Ré-
SEPTEMBRE. 1732. 2063
Régiment eut fait l'exercice et quelques
évolutions , comme il défiloit devant elle,
le Roy qu'on n'attendoit point , arriva.
Il ordonna qu'on continuât à marcher,
et fit ensuite remettre le Regiment en Bataille, à la tête de son Camp, où il voulut
qu'on rentrat et que les Soldats prissent
leurs Surtouts et leurs Bonnets. Le Roy
mit aussi-tôt pied à terre et passa dans les
rues duCamp, en s'informant si les Soldats
avoient suffilamment de la Paille. S. M.
alla ensuite aux Cuisines pour voir par
Elle- même si rien ne manquoit à leur
subsistance. Le Soleil étant couché , S. M.-
ordonna qu'on battit la Retraite , après
quoi Elle se retira .
Le 23 , le Roy ayant déclaré lé matin
qu'il vouloit faire une Revûë tres- exacte
de son Regiment , il ordonna que toutes
les Compagnies fussent mises en haye; l'après midy , s'étant rendu au Camp sur les
3 heures , il les trouva dans cet ordre et
vit les 68 Compagnies dont est composé
le Regiment , homme par homme ; il en
reforma même quelques- uns. Sa Majesté
fit toute cette inspection à pied , quol
qu'elle y employa près de 2 heures.
Lorsqu'elle eut passé en Revue la derniere Compagnie , Elle voulat que le ReHvp gimene
2064 MERCURE DE FRANCE
giment se rémit en Bataille: aussi- tôt après
elle le fit mettre en Colonne par Bataillon entier. Lorsqu'il eut marché en cet
ordre , environ cent pas , Elle commanda
qu'on format un Bataillon quarré ; ce qui
fut exécuté avec ordre et promptitude.
S. M. le fit marcher sur toutes les faces ;
faisant faire alte de temps en temps. A
chaque fois qu'elle donnoit le signal pour
s'arrêter, un rang tiroit. Elle fit tirer ainsi
successivement les 4 Rangs.
+
Elle ordonna ensuite qu'on rompit le
Bataillon pourse remettre en Bataille ; ce
qui étant exécuté , elle le fit mettre en
Colonne , par quart de Rang , et le fit dé- filer dans cet ordre. La nuit qui approchoit empêcha S. M. d'exercer plus longtemps son Regiment , elle le fit rentrer
dans son Camp..
Le 25 , L. M: arriverent au Camp sur
les 3 heures; elles trouverent le Regiment
qui les attendoit , rangé en Bataille: Elles
passerent ensuite au front des 4 Bataillons
oùelles furent faluées.
L'intention du Roy ayant été que les
Sergens passassent à la queue ; il les y examina sur une même ligne ; après quoi
S. M. retourna se poster au Centre pour
y voir faire l'exercice au son du. Tambour , lequel étant exécuté, Elle ordonna
qu'on
SEPTEMBRE. 1732. 2065
qu'on le renouvellat à la muette et elle fut
se placer à cet effet au flanc gauche du
quatriéme Bataillon. L'Exercice à la Gre
nade fut fait ensuite par l'ordre duRoy ,
et de pied ferme et en marchant , et toutes les deux fois on jetta des Grenades de
Carton ; après quoi S. M. voulut qu'on
executat les à droits et les à gauches par
cinq.
Le Régiment s'étant retrouvé en Ba taille , se rompit par demi quart de rang.
Dans cet ordre , il défila devant Elle et
fut se ranger en Bataille à la tête du Camp où il rentra. S. M. voulut revoir les Sol
dats en Surtout et en Bonnet à la tête des
Ruës.
Le Regiment ayant un armement neuf,
le Roy voulur, en passant devant les Fais
seaux , qu'on lui montrat un Fuzil; après
l'avoir lui-même examiné , il ordonna
qu'on en démontat le Canon et la Platine
pour le voir encore plus exactement.
Le 28. le Roy ayant ordonné que son
Régiment prît les armes , S. M. arriva au
Camp à 3. heures et demie. En passant
à la tête des Bataillons elle dit à M.de Cadeville , Lieutenant Colonel , qu'elle l'avoit fait Brigadier , pour lui témoigner
la satisfaction qu'elle avoit de lui et du
Régiment Elle
2066 MERCURE DE FRANCE
Elle ordonna qu'on lui fit faire des
quarts de conversion par quatt de rang.
Ce mouvement fut repeté quatre fois
à droit et quatre fois à gauche ; le même
mouvement s'executa par demi Bataillon.
Lorsqu'il fut fini , le Roy destra voir tirer, et ordonna qu'on commençât à le
fairé pat un peloton de chaque Bataillon
à la fois ; ensuite par deux , puis par trois- trojs…
Compagnies silil fit après tirer par Bataillon entier , ensuite par chaque rang
des 4. Bataillons à la fois. Le feu roulant
suivit en commençant par la droite du
quatrième rang , il vint reprendre la gau..
che du troisième , et ainsi de suite les
autres rangs. Cet Exercice finit par une
décharge géneraie de tout le Régiment.
Après cela S. M. le fit rompre par quart
de rang , pour marcher sur quatre colomnes , chaque Bataillon en formant
une , avec ordre de ne se point débor--
der en marchant et de se porter jusqu'à
trois cent pas en avant du Champ de Ba- taille. A moitié de cet intervale elle fit
réformer les Bataillons pour les voir tous
quatre en colonne. Ensuite le Roy les
fit rompre pour continuer à marcher jus
qu'au terrain qu'elle leur avoit d'abord
marqué. Lorsqu'ils y furent arrivés , ils
se remit ent en batailie sur la même lignes:
Lorsque
SEPTEMBRE. 1732. 2067-
7
Lorsque S. M. eut vû s'ils s'étoient bienalignez , Elle fit de nouveau rompre leRégiment sur huit colonnes , marchant
par ordre renversé , pour revenir sur le
même Champ de Bataille, d'où ils étoient
dabord partis. A moitié de la marche
Elle ordonna que chaque colonne se mît
en bataille , ce qui en forma une seule
de huit demi Bataillons ; après quoi s'étant encore rompu pour se mettre sur
les huit colonnes , il arriva dans cet or--
dre sur son premier terrain , où il se reforma en bataille.
Le Roy fit après marcher en avanttout le Régiment en bataille.Lorsqu'il eut
fait environ cent- cinquante pas dans cet
ordre , S. M. ordonna qu'on lui fit faire
un moulinet , pour voir tourner sur leur
centre les 4. Bataillons. Elle fit repeter.
2 fois ce mouvement , après lequel Elle
ordonna qu'on rentrât dans le Camp.
S. M. vit encore défiler et reformer le
Régiment à la tête du Camp. Alors Elle
fit appeller six Officiers qu'elle avoit
nommez le matin Chevaliers de S. Louis,
et les recût à la tête du Régiment , nonobsrat la pluye qu'il faisoit et qui n'avoit pas discontinué un moment depuisl'arrivée de S. M.
Lorsque le Régiment fut rentré dans
2068 MERCURE DE FRANCE
le Camp , Elle fit l'honneur au Marquis
de Pezé, d'aller souper chez lui , comme
Elle avoit fait le 23
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Résumé : Camp du Régiment du Roi à Fontainebleau, [titre d'après la table]
En septembre 1732, le roi quitta Versailles le 9 pour se rendre au Château de Fontainebleau. La reine le rejoignit à Fontainebleau le 11 en passant par Petit-Bourg. À Fontainebleau, le roi pratiquait la chasse presque quotidiennement, sauf les dimanches et jeudis, où il se promenait au Château de la Rivière. Les jours sans chasse, il assistait à des parties de paume. Les représentations de comédie française avaient lieu le mardi et le jeudi, tandis que la comédie italienne et un concert chez la reine étaient programmés le samedi et le lundi. Le 20 septembre, quatre bataillons du Régiment du Roi campèrent à Tomery, près de Fontainebleau. Le 22, le Cardinal de Fleury visita le régiment, accompagné de plusieurs hauts dignitaires. Le roi, présent de manière inattendue, inspecta les soldats et leur campement. Le 23, le roi passa en revue le régiment, inspectant chaque compagnie et supervisant divers exercices militaires. Le 25, les maréchaux de camp examinèrent les sergents et supervisèrent des exercices de tir et de grenade. Le roi nomma également plusieurs officiers Chevaliers de Saint-Louis malgré la pluie continue. Le 28, le roi ordonna au régiment de réaliser divers mouvements tactiques, incluant des tirs en peloton et en bataillon, des marches en colonne, et des reformations en bataille. Il nomma également le Lieutenant Colonel de Cadeville Brigadier. Après ces exercices, le roi soupa chez le Marquis de Pezé.
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33
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Selon les Dépêches d'Achmet-Pacha, Commandant à Bagdad, Thamas Kouli-Kan étant [...]
Mots clefs :
Achmet Pacha, Thamas Kouli-Kan, Topal Osman Pacha, Armée, Camp, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte décrit des événements militaires entre la Turquie et la Perse. Achmet-Pacha rapporte que Thamas Kouli-Kan a renoncé à attaquer Bagdad. Les troupes turques ont rejoint Topal Osman à Mossoul. L'armée persane est affaiblie par la disette et les maladies. Topal Osman a capturé un convoi ennemi avec 10 000 janissaires et reçu 15 000 autres. 40 000 Tartares ont marché vers la Géorgie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 2070-2072
« Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Début :
Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...]
Mots clefs :
Empereur, Troupes, Mois, Ville, Camp, Roi, Pologne, Électeur de Saxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Les menaces de l'Empereur , ni même la marche
des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le
Duc Charles Leopold de Meckelbourg à ceder
l'administration de ses Etats au Duc Louis- Chrétien
son frere , n'ont pû le déterminer à șe sou- i
mettre au Decret Imperial. Il a déclaré par plusieurs
Manifestes qu'il ne reconnoissoit aucune
Puissance qui eût droit de le dépouiller d'une
autorité qu'il ne tenoit que de ses Ancêtres , et
qu'il étoit résolu de la soutenir jusqu'à la derniere
extremité. Il a pourvû en même- temps la
Ville de Schwerin de toutes les munitions nécessaires
pour une longue résistance , et il s'y est
rsnfermé dans le dessein de ne se rendre que lorsqu'il
ne lui restera plus aucune ressource . Une
partie des Habitans du Duché , et presque tous
les Païsans des environs de cette Ville , lui sont
demeurez fideles ; ce Prince ayant fait publier
que ses Sujets prissent les Armes , tous ceux qui
sont en état de les porter , obéirent . Ils se rendirent
le 14 Septembre par troupes dans la Plaine
vis-à- vis la principale Porte de la Ville, Quelquesuns
même se détacherent le lendemain pour al
ler reconnoître un Corps de 600. hommes que ›
la Commisson Impériale a déja fait entrer dans
ce Duché pour y faire mettre le Decret de l'Empereur
à execution , et qui a pris ses quartiers
dans quelques Villages voisins , mais qui ne pa-.
Loft plus dans la Place depuis que la Garnison
lui
SEPTEMBRE. 1733. 2701
lui a enlevé plusieurs Soldats dans une sortie
qu'elle fit la nuit du 10 au 11. de ce mois.
On apprend de Vienne, que le Comte Maurice.
Antoine Solari de Broglio , et M. de Heunisch ,
Ministres Plénipotentiaires du Roy de Sardai
gne , reçurent le 1o. de ce mois des mains de
P'Empereur , au nom du Roy leur Maître , l'investiture
de toutes les parties de ses Etats qui
sont Fiefs de l'Empire. Tous les Ministres d'Etat
et la plus grande partie de la principale Noblesse
assisterent à cette Cérémonie.
Le 13. S. M. I. assista à la Procession solemnelle
que le Clergé Séculier et Régulier a coûtume
de faire tous les ans à pareil jour , elle assista
ensnite dans l'Eglise Métropolitaine à la Messe
qui fut celebrée pontificalement par le Cardinal
Archevêque de Vienne , et au Te Deum qu'on
chanta , suivant l'usage , pour remercier Dieu de
la victoire que Jean Sobieski , Roy de Pologne ,
remporta sur les Turcs en 1683. et qui les obligea
de lever le Siege de devant cette Capitale.
Les Lettres de Glogaw , portent que le 30. du
mois dernier , le Prince Louis Wittemberg , avoit
fait la Revûë des Troupes qui sont campées près
de cette Place , et que le même jour les Troupes
que l'Electeur de Saxe devoit envoyer à ce Camp,
y étoient arrivées. Selon les derniers avis reçûs
de Pilsen , les Régimens de Hesse - Cassel et de
Marulli , se rendirent le 10. au Camp que l'Empereur
a formé entre cette Place et celle d'Egra.
Ceux de Konigseg et de Philippi , y arriverent
le lendemain , ils furent joints le 13. par le
Régiment de Lobkowitz , Cuirassiers , et par
celui du Comte de Soissons . Il y a actuellement
dans ce Camp 22000. hommes et 18. Pieces de
Canon.
Hij Од
107 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Rome , que dans le Consistoite
secret que le Pape tint le 2. de ce mois , le Car
dinal Ottoboni proposa l'Evêché d'Acqs pour
PAbbé Dandigné , et préconisa le P. Charles
Martin pour l'Abbaye Réguliere de N. D. de
Cuicy, Ordre de Prémontré, Diocèse de Laon,
L'Electeur de Saxe a envoyé de magnifiques
présens au Cardinal Annibal Albani , chargé des
affaires de Pologne à la Cour de Rome.
des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le
Duc Charles Leopold de Meckelbourg à ceder
l'administration de ses Etats au Duc Louis- Chrétien
son frere , n'ont pû le déterminer à șe sou- i
mettre au Decret Imperial. Il a déclaré par plusieurs
Manifestes qu'il ne reconnoissoit aucune
Puissance qui eût droit de le dépouiller d'une
autorité qu'il ne tenoit que de ses Ancêtres , et
qu'il étoit résolu de la soutenir jusqu'à la derniere
extremité. Il a pourvû en même- temps la
Ville de Schwerin de toutes les munitions nécessaires
pour une longue résistance , et il s'y est
rsnfermé dans le dessein de ne se rendre que lorsqu'il
ne lui restera plus aucune ressource . Une
partie des Habitans du Duché , et presque tous
les Païsans des environs de cette Ville , lui sont
demeurez fideles ; ce Prince ayant fait publier
que ses Sujets prissent les Armes , tous ceux qui
sont en état de les porter , obéirent . Ils se rendirent
le 14 Septembre par troupes dans la Plaine
vis-à- vis la principale Porte de la Ville, Quelquesuns
même se détacherent le lendemain pour al
ler reconnoître un Corps de 600. hommes que ›
la Commisson Impériale a déja fait entrer dans
ce Duché pour y faire mettre le Decret de l'Empereur
à execution , et qui a pris ses quartiers
dans quelques Villages voisins , mais qui ne pa-.
Loft plus dans la Place depuis que la Garnison
lui
SEPTEMBRE. 1733. 2701
lui a enlevé plusieurs Soldats dans une sortie
qu'elle fit la nuit du 10 au 11. de ce mois.
On apprend de Vienne, que le Comte Maurice.
Antoine Solari de Broglio , et M. de Heunisch ,
Ministres Plénipotentiaires du Roy de Sardai
gne , reçurent le 1o. de ce mois des mains de
P'Empereur , au nom du Roy leur Maître , l'investiture
de toutes les parties de ses Etats qui
sont Fiefs de l'Empire. Tous les Ministres d'Etat
et la plus grande partie de la principale Noblesse
assisterent à cette Cérémonie.
Le 13. S. M. I. assista à la Procession solemnelle
que le Clergé Séculier et Régulier a coûtume
de faire tous les ans à pareil jour , elle assista
ensnite dans l'Eglise Métropolitaine à la Messe
qui fut celebrée pontificalement par le Cardinal
Archevêque de Vienne , et au Te Deum qu'on
chanta , suivant l'usage , pour remercier Dieu de
la victoire que Jean Sobieski , Roy de Pologne ,
remporta sur les Turcs en 1683. et qui les obligea
de lever le Siege de devant cette Capitale.
Les Lettres de Glogaw , portent que le 30. du
mois dernier , le Prince Louis Wittemberg , avoit
fait la Revûë des Troupes qui sont campées près
de cette Place , et que le même jour les Troupes
que l'Electeur de Saxe devoit envoyer à ce Camp,
y étoient arrivées. Selon les derniers avis reçûs
de Pilsen , les Régimens de Hesse - Cassel et de
Marulli , se rendirent le 10. au Camp que l'Empereur
a formé entre cette Place et celle d'Egra.
Ceux de Konigseg et de Philippi , y arriverent
le lendemain , ils furent joints le 13. par le
Régiment de Lobkowitz , Cuirassiers , et par
celui du Comte de Soissons . Il y a actuellement
dans ce Camp 22000. hommes et 18. Pieces de
Canon.
Hij Од
107 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Rome , que dans le Consistoite
secret que le Pape tint le 2. de ce mois , le Car
dinal Ottoboni proposa l'Evêché d'Acqs pour
PAbbé Dandigné , et préconisa le P. Charles
Martin pour l'Abbaye Réguliere de N. D. de
Cuicy, Ordre de Prémontré, Diocèse de Laon,
L'Electeur de Saxe a envoyé de magnifiques
présens au Cardinal Annibal Albani , chargé des
affaires de Pologne à la Cour de Rome.
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Résumé : « Les menaces de l'Empereur, ni même la marche des Troupes qu'il a envoyées pour forcer le [...] »
Le Duc Charles Léopold de Mecklembourg refuse de céder l'administration de ses États au Duc Louis-Chrétien, son frère, malgré les menaces et les troupes impériales. Il affirme ne reconnaître aucune autorité pouvant le dépouiller de son pouvoir héréditaire et se prépare à résister. Il fortifie la ville de Schwerin et y rassemble des munitions. Une partie des habitants et des paysans lui restent fidèles et prennent les armes. Le 14 septembre, ils se rassemblent près de la ville pour le soutenir. La garnison de Schwerin attaque un corps de troupes impériales, capturant plusieurs soldats. À Vienne, les ministres plénipotentiaires du Roi de Sardaigne reçoivent l'investiture impériale pour les fiefs impériaux. L'Empereur célèbre la victoire de Jean Sobieski sur les Turcs en 1683. À Glogau, le Prince Louis Wittemberg passe en revue les troupes, et plusieurs régiments rejoignent le camp impérial entre Pilsen et Egra, totalisant 22 000 hommes et 18 pièces de canon. À Rome, le Cardinal Ottoboni propose des nominations ecclésiastiques lors d'un consistoire secret, et l'Électeur de Saxe envoie des présents au Cardinal Annibal Albani, chargé des affaires de Pologne.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 793-798
« Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
Début :
Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...]
Mots clefs :
Roi, Sa Majesté, Reine, Château, Musique, Camp, Régiment, Concert, Lieutenant, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
E Roy a donné il y a déja quelque
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
tems le Gouvernement de Thionville
à M. de Sioujeat , Lieutenant General
de ses Armées ,
Le Marquis de Montrevel que le Roy
a nommé Maréchal de Camp par la Promotion
du 20 Février , étoit Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie de son
nom ; ce n'est pas le Colonel du Regiment
de Rouergue.
Le Marquis de Graville a été nommé
Mestre de Camp , Lieutenant du Regiment
de Cavalerie d'Orleans ; le Chevalier
de Castelane , Mestre de Camp Lieutenant
du Regiment de Dragons d'Orleans
et M. de Saint Simon , Mestre
de Camp Lieutenant du Regiment du
Mayne .
,
,
On a établi depuis peu
à l'Hôtel
Royal des Invalides une Ecole de
Trompettes pour servir dans les Troupes
du Roy. Ceux qu'on y admettra doivent
s'engager à servir pendant six ans . Ils
seront instruits aux dépens de Sa Majesté,
H iij
et
794 MERCURE DE FRANCE
et on augmentera leur paye à proportion
des progrès qu'ils feront .
Le 21 Mars , l'Evêque d'Evreux fut
scré dans l'Eglise du Noviciat des Jesuites
, par l'Archevêque de Rouen , assisté
des Evêques de Coutances et de Metz,
et le 25 il prêta serment de fidelité entre
les mains du Roy.
Le 31 du même mois il y eur Concert à Versailles
chez la Reine . M. Destouches Sur Intendant
de la Musique du Roy , fit chanter le Prologue
et le premier Acte de l'Opera de Tarsis ev
Zelie , dont le Poëme est de M. de la Serre , et
la Musique des sieurs Rebel et Francoeur .
Les et le 7 Avril , on continua le même Opera;
sa parfaite exécution fit beaucoup de plaisirs ,
tant pour les rôles et les choeurs que pour la
Sinphonie. Sa Majesté en témoigna beaucoup
de satisfaction.
Le 11 Avril , Dimanche de la Passion , il y
eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries,
dans lequel les Diles Erremens , Petitpas , Julie
et une autre Dlie de Province , qui n'y avoit pas
encore paru , chanterent differents Motets avec
aplaudissement ; le Concert fut terminé par le
Miserere de M. de laLande ,
Les de ce mois , M. le Marquis de
Nicolaï , Conseiller au Parlement , reçu
en survivance le 18 Decembre 1731. dans
la Charge de Premier President de la
Chambre des Comptes , ayant vingtcinq
AVRIL. 1734.. 795
cinq ans accomplis , sur la démission de
M. son pere , prit possession de sa place
en ladite Chambre où la séance fut publique
et nombreuse. Elle commença par
une Audience qui a été plaidée pendant
trois matinées par Mrs Millet et Laverdy,
Avocats au Parlement; chacun dans son
Plaidoyer , prit occasion de faire un compliment
au nouveau Premier President
sur son merite personel et sur celui de
M. son Pere et de ses Ancêtres . Il est à
remarquer que ce Magistrat nouveau reçu
est le neuviéme de sa famille.
>
Le 6 de ce mois , le Roy fit dans la
Place d'Armes qui est entre le Château
et les Ecuries la revûe des deux Compagnies
des Mousquetaires de la Garde de
Sa Majesté . Le Roy passa dans les rangs
et ensuite les vir défiler par Escadrons et
par Brigades ; les Détachements qui feront
la Campagne étoient à la tête . Après
la revûë , les deux Compagnies entrerent
dans la cour du Château , et elles défi,
lerent devant la Reine. Monseigneur le
Dauphin et Mesdames de France se trou,
verent à cette revûë à laquelle le Duc
de Chartres étoit à Cheval auprès de Sa
Majesté.
›
Le 18 Dimanche des Rameaux, le même Concert
Hiij fut
796 MERCURE DE FRANCE
fut continué , et lesau tres jours de la Semaine
Sainte, on y a exécuté differents Motets deM. de
la Lande,et d'autres Maîtres modernes , le Sieur
Jeliote dont la voix fait tant de plaisir , s'y est
distingué par plusieurs morceaux qu'il a chantés
avec beaucoup d'aplaudissemens
le ainsi que
Sr Mondonville dans l'exécution de plusieurs
Concertoqu'il a joués sur le violon d'une maniere
Très brillante. Le même Concert a été continué
Jusqu'à la fin du mois.
Les dernieres Lettres de Madrid marquent
que le Prince des Asturies étoit
presque entierement guéri de l'Opération
que le St Petit lui a faite. On ajoute que
ce Chirurgien étoit sur son départ pour
revenir à Paris , où il sera de retour le
15 du mois prochain .
Le Dimanche des Rameaux , le Roy
accompagné du Duc du Maine , du Prince
de Dombes et du Comte d'Eu , assista
dans la Chapelle du Château , à la Benediction
desPalmes qui fut faite par l'Abbé
Brosseau , Chapelain ordinaire de la Chapelle
de Musique , qui en présenta une
à Sa Majesté le Roy assista à la Procession
, et après l'Evangile il adora la
Croix . Sa Majesté entendit ensuite la
Grande Messe célébrée par le même
Chapelain , et chantée par la Musique.
La Reine entendit la même Messe dans
sa Tribune.
:
L'après
AVRIL. 1734. 797
L'après midy Leurs Majestez entendirent
la Prédication du Pere Tainturier,
de la Compagnie de Jesus , et ensuite les
Vêpres.
9
Le Jeudi Saint , le Roy entendit le
Sermon de la Cêne du P. Painchinat
Cordelier du Convent de Paris , après
quoi l'Archevêque de Tours fit l'Absoute.
Le Roy lava les pieds à douze Pauvres ,
et Sa Majesté les servit à table : le Duc
de Bourbon Grand Maître de la Maison
du Roy , à la tête des Maîtres d'Hôtel ,
précedoit le Service .Monseigneur le Dauphin
, le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Comte de Toulouze et
les principaux Officiers de Sa Majesté
portoient les plats. Après cette cérémonie
le Roy se rendit à la Chapelle du Château ,
où sa Majesté entendit la Grande Messe ,
et assista à la Procession , et ensuite aux
Vêpres. La Reine entendit l'Office dans
sa Tribune , et l'après midy , Sa Majesté
entendit le Sermon de la Cêne du Pere
Jean François , Capucin , et l'Archevêque
de Rouen , Premier Aumônier de la
Reine , ayant fait l'Absoute , Sa Majesté
lava les pieds à douze pauvres filles , et
les servit à table . Le Marquis de Chamarande
, Premier Maître d'Hôtel de Sa
Hy Ma798
MERCURE DE FRANCE
•
Majesté précedoit leService dont les plats
étoient portez par les Princesses du Sang ,
par les Dames du Palais et par d'autres
Dames de la Cour .
:
Le Vendredy Saint , le Roy et la Reine
entendirent le Sermon de la Passion du
Pere Tainturier, de la Compagnie de Jesus
le Roy assista ensuite à l'Office , et
alla à l'Adoration de la Croix : la Reine
entendit l'Office dans la Tribune . Le soir
Leurs Majestez assistérent à l'Office des
Ténébres, qui fut chanté par la Musique .
Le Samedy Saint , le Roy revêtu du
Grand Collier de l'Ordre du Saint Esprit,
se rendità l'Eglise de la Paroisse du Château
, où Sa Majesté communia par les
mains du Cardinal de Rohan Grand
Aumônier de France. Le Roy toucha ensuite
un grand nombre de malades .
,
"
Le soir Leurs Majestez accompagnées
de Monseigneur le Dauphin et de Mesdames
de France assistérent dans la
Chapelle du Château aux Complies , et
au Salut , pendant lequel l'O Filii fut
chanté par la Musique.
Fermer
Résumé : « Le Roy a donné il y a déja quelque tems le Gouvernement de Thionville [...] »
En 1734, plusieurs événements militaires et religieux marquants ont eu lieu. Le roi a nommé M. de Sioujeat gouverneur de Thionville, Lieutenant Général de ses armées. Le Marquis de Montrevel a été promu Maréchal de Camp et était Maître de Camp du Régiment de Cavalerie du roi, sans être Colonel du Régiment de Rouergue. Le Marquis de Graville a été désigné Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Cavalerie d'Orléans, le Chevalier de Castelane Maître de Camp Lieutenant du Régiment de Dragons d'Orléans, et M. de Saint Simon Maître de Camp Lieutenant du Régiment du Mayne. Une École de Trompettes a été établie à l'Hôtel Royal des Invalides pour servir dans les troupes du roi. Les trompettes y sont formés aux frais de Sa Majesté et reçoivent une augmentation de salaire proportionnelle à leurs progrès. Le 21 mars, l'Évêque d'Évreux a été sacré dans l'Église du Noviciat des Jésuites par l'Archevêque de Rouen, assisté des Évêques de Coutances et de Metz. Le 25 mars, il a prêté serment de fidélité au roi. Le 31 mars, un concert a eu lieu à Versailles chez la Reine, où M. Destouches, Surintendant de la Musique du roi, a fait chanter le prologue et le premier acte de l'opéra 'Tarsis et Zélie'. Les 6 et 7 avril, l'opéra a été continué, suscitant une grande satisfaction royale. Le 11 avril, un concert spirituel a été donné au Château des Tuileries, avec des motets chantés par les demoiselles Erremens, Petitpas, Julie et une autre chanteuse de province. Le concert s'est terminé par le 'Miserere' de M. de Lalande. Le Marquis de Nicolaï a pris possession de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes le 7 avril, après la démission de son père. Le 6 avril, le roi a passé en revue les Mousquetaires de la Garde à la Place d'Armes. Le 18 avril, un concert a été continué pendant la Semaine Sainte, avec des motets de M. de Lalande et d'autres maîtres modernes. Les lettres de Madrid indiquent que le Prince des Asturies était presque guéri d'une opération. Le roi a assisté à diverses cérémonies religieuses durant la Semaine Sainte, incluant la bénédiction des palmes, la messe, les vêpres, et le lavement des pieds. Le Vendredi Saint, le roi et la reine ont assisté au sermon de la Passion. Le Samedi Saint, le roi a communié et touché un grand nombre de malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 1204-1211
POLOGNE.
Début :
On apprend de Dantzig que la nuit du 7. au 8. Mai, les Moscovites pousserent leurs [...]
Mots clefs :
Troupes, Gdańsk, Siège de Dantzig, Fort de Wechselmunde, Pièces de canon, Ennemis, Roi, Ville, Moscovites, Camp, Attaque, Feu, Comte de Munich
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
N apprend de Dantzick que la nuit du 7.
au 3.
au 8. Mai , les- Moscovites pousserent leurs
approches jusqu'à une petite distance du Fort de
Wechselmunde , et qu'ils avoient commencé une
parallele pour ôter à ce Fort toute communication
du côté de la terre ; mais le 8. et les jouts
suivans on fit un si grand feu sur les travaux
qu'on en ruina la plus grande partie , en sorte
que leurs Travailleurs et les Troupes qui les soutenoient
furent obligés d'abandonner leur entreprise.
Le 8. le Comte de Munich , le General Lesci
et le Major General Biron , à la tête d'un détachement
de Cosaques , s'avancerent à la portée
du fusil , de la Montagne de Hahelsberg , afin de
reconnoître le Fort et les autres Ouvrages qui sont
construits sur la hauteur , et dont les Assicgeans
avoient formé le dessein de s'emparer.
1
I. Vo! Le
JUIN. I - 34. 1205
Le General Moscovite ayant trouvé que le côté
droit de la Montagne étoit très - escarpé , et presque
inaccessible , que d'ailleurs il étoit défendu
par un Ouvrage à Corne regulier , avec un Ravelin
et une Contrescarpe qui couvroit le principal
Rempart et le Ravelin jusqu'au Parapet , et que
toutes ces fortifications étoient pallissadées et
munies d'un grand nombre de pieces de canon ,
il se détermina à faire son attaque par le côté
gauche , dont les fortifications , qui ne sont que
de terre , n'ont ni chemins couverts , ni contrescarpe
, et ne sont environnées que d'un Fossé
sec.
Les Ennemis firent le lendemain toutes les dispositions
necessaires pour executer leur projet ,
et à 10. heures du soir 3000. hommes que le
Comte de Munich avoit commandés pour attaquer
l'Ouvrage qu'il avoit jugé le plus facile à
eimporter, s'assemblerent près de Siganskenberg,
où ils prirent leurs facines et leurs échelles , mar
chant sur trois colones ; et pour faciliter la veritable
attaque , ils en firent trois en même- tems,
P'une du côté de Schiedlitz , l'autre de celui du
Bissehapsberg , et la troisiéme de l'autre côté de
la Vistule ; mais ayant été repoussés de toutes
parts , ils réunirent leurs forces du côté qu'ils
avoient resolu d'attaquer ; et après avoir arraché
les premieres Pallissades et avoir passé le
Fossé , ils monterent à l'assaut , et se rendirent
maîtres d'une Batterie de six pieces de canon ;
mais les Troupes qui défendoient ce poste , chargerent
les Ennemis si à propos et avec tant de
valeur , qu'elles les contraignirent bientôt de l'abandonner.
Les Moscovites , malgré ce mauvais succès , se
préparoient à donner un second assaut , lorsqu'ils
1. Vol furcat
1206 MERCURE DE FRANCE
furent attaqués en flanc par un corps de Troupes
que le Roi avoit fait sortir de la Ville. Ils soutinrent
pendant quelque tems le feu qu'ils avoient
à essuyer de deux côtés , et ils ne prirent le parti de
se retirer qu'après que tous les Officiers qui le
commandoient eurent été tués .
La perte que les Assiegeans ont faite en cette
occasion , et qui monte à 1000. hommes , est
d'autant plus considerable que leur entreprise a
couté la vie à la plupart de leurs Officiers les plus
distingués , par le rang ou par la, bravoure , et à
tous leurs Ingenieurs .
Des Lettres de Dantzick , sur la fin du mois
dernier , marquent qu'une partie des Troupes
que le Roi de France y envoye étoit arrivée le
10. à la Rade de cette Ville , et que le même jour
on avoit commencé le débarquement , mais on
a appris depuis que ces Troupes n'étant pas en
assez grand nombre pour aller attaquer les Moscovites
, et pour pouvoir penetrer dans la Ville ,
étoient retournées à la Rade de Coppenhague ,
où elles avoient trouvé un nouveau corps de
Troupes Françoises , que les vents contraires ý
avoient retenu. D'autres Lettres, marquent que
toutes ces Troupes étoient parties de Coppenhague
le 21. Mai , sous l'escorte de cinq Vaisseaux
de Guerre pour se rendre à Dantzick , et que le
Comte de Plelo , Ambassadeur du Roi de France
, auprès du Roi de Dannemarck' , s'étoit embarqué
avec ces Troupes. :
Le Comte de Munich ayant été averti du pre
mier débarquement , fit marcher la plus grande
partie de son Armée pour être en état d'empêcher
ces Troupes de penetrer dans la Ville .La nuit suivante
les Ennemis travaillerent à perfectionner la
parallele qu'ils avoient commencé , dans le des
I.Vol.
Scin
JUIN. 1734. 1207
-
sein d'oter au Fort de Wechselmunde toute communication
du côté de la terre , et le feu continuel
qu'ils eurent à essuyer ne les empêcha pas
de continuer leurs travaux , qui se trouverent le
lendemain fort avancés.
Le 11. le Comte de Murich ordonna qu'on
augmentât le nombre des Travailleurs employés
à interrompre la navigation de la Vistule, et qu'on
tendît des cables de distance en distance , afin de
fermer le passage aux petits Bâtimens.
Les Assiegeans commencerent le 12. à élever
deux redoutes aux extremités de la parallele ,
qu'ils avoient tracée près du Fort de Wechselmunde
, et ils en perfectionnerent deux autres , ausquels
ils travailloient depuis plusieurs jours sur
le bord de la mer.
Le 13. les Troupes Françoises se rembarquerent
pour Coppenhague , comme on vient de le dire.
Les Ennemis emporterent le 14. quelques Ouvrages
peu considerables près de Stoltzemberg ,
et après s'y être établis , ils commencerent une
ligne de communication entre ce poste et celui
de Schiellitz.
Le Regiment de Bello Cher , qui vient de
Varsovie , arriva le même jour dans leur Camp.
Les Assiegeans acheverent le 17. le retranchement
qu'ils ont fait pour enfermer une partie du
Fort de Wechselmunde , et qui est couvert de
de plusieurs redoutes , et fortifié par divers épaulemens
depuis la Vistule jusqu'à la Mer. Ils construisirent
aussi une redoute en deçà de la Riviere ,
vis - à- vis le Winsterschantz , et ils tirerent une
ligne pour communiquer de cette redoute au Canal
de Botsmantslache. Le soir le Roi fit mettre
le feu à quelques maisons qui étoient bâties sur
le Stoltzemberg , et qui pouvoient fa , riser les
approches des ennemis. On
1208 MERCURE DE FRANCE
On apprend par les Lettres du commencement
de ce mois , que l'Escadre avec les Troupes Françoises
partie de Coppenhague le 21. Mai , étoit
arrivée le 23. au matin à la Rade de Dantzick ,
sous l'escomte de 5. Vaisseaux de guerre ; que
' ces Troupes avoient débarqué sans opposition ,
et qu'elles étoient campées au Fahrwasser ,
le canon du Fort de Wechselmunde ,
sous
Le Comte de Munich jugeant que ces Troupes
attaqueroient les Assiegeans et les retranchemens
qu'ils ont faits pour enfermer le Fort , donna
ordre au Major General Vrushof de s'avancer
vers Nehrung avec trois Regimens de Dragons ,
et il renforça les postes qui étoient les plus exposés
.
Le 27. Mai les Troupes Françoises , après
avoir donné les signaux pour avertir la Garnison
de Dantzick , de favoriser l'attaque à laquelle
elles se disposoisnt , sortirent de leur Camp,
et ayant marché sur trois colones , elles attaquerent
les retranchemens des Moscovites. Les François
arracherent les Pallissades et forcerent la
Barriere ; mais les Troupes qui défendoient ce
retranchement , leur étant fort superieures en
nombre , ils furent obligés de se retirer dans leur
Camp.
Le Major General Vrushofa, aussitôt après leur
retraite, marcha avec les trois Regimens de Dragons
qu'il commandoit , contre les Troupes qui
étoient sorties de la Ville pour attaquer le même
retranchement , et qui ayant à combattre plusieurs
détachemens que le Comte de Munich
avoit fait avancer pour soutenir les Moscovites,
prirent le parti de rentrer dans la Ville.
Le Comte de Plelo a été tué à l'attaque de ce
retranchement , et les François y ont perdu 60.
hommes. Le
JUIN. 1724. 1209
Le Corps des Troupes Saxones , que commande
le Duc de Saxe Wesseinfels , et qui est composé
de 8. Bataillons et 22 Escadrons , arriva le
25. et le 26. à Langefurt , où l'Electeur de Saxe
a envoyé plusieurs pieces de canon , et quelques
Ingenieurs destinez à servir dans le Camp des
Assiegeans..
Le Roia quitté le Palais qu'il occupoit , pour
aller demeurer dans la maison de M. Ossalinski ,
Grand Tresorier de la Couronne , située dans
le quartier de Lang- Carten , et Sa Majesté qui
continue de jouir d'une parfaite santé , visite regulierement
tous les jours les principaux postes,
er anime les Troupes par son empressement à se
transporter dans tous les lieux où leur presence
est necessaire .
Pendant les deux jours qu'a duré une suspension
d'armes dont on étoit convenu avec les Ennemis,
les Magistrats de Dantzick ont fait nettoyer la
Ville , et renouvelier le fumier avec lequel on
avoit couvert les maisons. Ils ont eu aussi pendant
ce tems plusieurs conferences avec M. de
Brand , Ministre du Roi de Prusse , qui étoit
venu leur faire quelques propositions de la part
de S M Prussienne
Les Ennemis ont ajouté deux re loutes au retranchement
qui enferme la plus grande partie
du Fort de Wechselmunde , et ils l'ont fortifié de
plusieurs épaulemens défendus par de fortes Palissades.
La batterie sur le Vinsterschantz fait un feu'
continuel sur la redoute qu'ils ont construite en
deçà de la Riviere , vis à - vis de ce poste , et sur
la ligne de communication qu'ils ont tracée depais
cette redoute jusqu'au Canal de Bostmantslache
, et l'on a détruit une partie des travaux
qu'ils avoient fait de ce côté.
Le 3.
1210 MERCURE DE FRANCE
Le
3.
de ce mois, le Roi fit sortir de Dantzick
un détachement considerable de la Garnison , lequel
ayant attaqué les Ouvrages que les Moscovites
ont construits vis - à - vis de Hagelsberg
ruina une partie de leurs fravaux , encloua deux
pieces de canon et un mortier , tua un grand
nombre de ceux qui défendoient ces Ouvrages ,
et fit plusieurs Prisonniers de guerre.
On croit que les Troupes Françoises qui sont
toujours campées sous le canon du Fort de Wechselmunde
, se disposent à faire une nouvelle
tentative pour forcer les retranchemens des Assiegeans
, et pour penetrer dans la Ville , dont
les Habitans marquent toujours tant de zele
pour le Roi et pour les interêts de la Nation
que la pluspart de ceux qui sont en état de porter
les Armes , ont demandé la permission desuivre
à l'avenir tous les Détachemens qui feroient
des sorties.
Le Comte Potocki , Régimentaire de la Couronne
, est arrivé au commencement de ce mois
dans la Prusse Polonoise , et l'Armée qu'il commande
ayant été renforcée par les differens
Corps que le Palatin de Lublin , le Palatin de Lubelski
, et le Staroste Rudzinski , ont sous leurs
ordres , est composé d'environ 40000. hommes.
Ce General s'est mis en état , par les postes qu'il
occupe , d'empêcher le Corps de Troupes Moscovites
, qui est parti de Varsovie , d'arriver au
Camp des Ennemis ; et comme il n'aura besoin
que de la moindre partie de ses forces pour empêcher
ces Troupes de se joindre aux Assiegeans,
on compte qu'il marchera avec le reste de son
Armée pour attaquer les Ennemis.
Le Comee de Munich , allarmé de l'approche
des Troupes Polonoises , a donné ordre au Ge-
1. Vol. neral
JUIN. 1734. 1211
neral Lesci , de faire augmenter les retranchements
du quartier où il commande , et il a fait
revenir à son Camp les Troupes qu'il avoit mises
en garnison dans Thorn et dans Elbing.
N apprend de Dantzick que la nuit du 7.
au 3.
au 8. Mai , les- Moscovites pousserent leurs
approches jusqu'à une petite distance du Fort de
Wechselmunde , et qu'ils avoient commencé une
parallele pour ôter à ce Fort toute communication
du côté de la terre ; mais le 8. et les jouts
suivans on fit un si grand feu sur les travaux
qu'on en ruina la plus grande partie , en sorte
que leurs Travailleurs et les Troupes qui les soutenoient
furent obligés d'abandonner leur entreprise.
Le 8. le Comte de Munich , le General Lesci
et le Major General Biron , à la tête d'un détachement
de Cosaques , s'avancerent à la portée
du fusil , de la Montagne de Hahelsberg , afin de
reconnoître le Fort et les autres Ouvrages qui sont
construits sur la hauteur , et dont les Assicgeans
avoient formé le dessein de s'emparer.
1
I. Vo! Le
JUIN. I - 34. 1205
Le General Moscovite ayant trouvé que le côté
droit de la Montagne étoit très - escarpé , et presque
inaccessible , que d'ailleurs il étoit défendu
par un Ouvrage à Corne regulier , avec un Ravelin
et une Contrescarpe qui couvroit le principal
Rempart et le Ravelin jusqu'au Parapet , et que
toutes ces fortifications étoient pallissadées et
munies d'un grand nombre de pieces de canon ,
il se détermina à faire son attaque par le côté
gauche , dont les fortifications , qui ne sont que
de terre , n'ont ni chemins couverts , ni contrescarpe
, et ne sont environnées que d'un Fossé
sec.
Les Ennemis firent le lendemain toutes les dispositions
necessaires pour executer leur projet ,
et à 10. heures du soir 3000. hommes que le
Comte de Munich avoit commandés pour attaquer
l'Ouvrage qu'il avoit jugé le plus facile à
eimporter, s'assemblerent près de Siganskenberg,
où ils prirent leurs facines et leurs échelles , mar
chant sur trois colones ; et pour faciliter la veritable
attaque , ils en firent trois en même- tems,
P'une du côté de Schiedlitz , l'autre de celui du
Bissehapsberg , et la troisiéme de l'autre côté de
la Vistule ; mais ayant été repoussés de toutes
parts , ils réunirent leurs forces du côté qu'ils
avoient resolu d'attaquer ; et après avoir arraché
les premieres Pallissades et avoir passé le
Fossé , ils monterent à l'assaut , et se rendirent
maîtres d'une Batterie de six pieces de canon ;
mais les Troupes qui défendoient ce poste , chargerent
les Ennemis si à propos et avec tant de
valeur , qu'elles les contraignirent bientôt de l'abandonner.
Les Moscovites , malgré ce mauvais succès , se
préparoient à donner un second assaut , lorsqu'ils
1. Vol furcat
1206 MERCURE DE FRANCE
furent attaqués en flanc par un corps de Troupes
que le Roi avoit fait sortir de la Ville. Ils soutinrent
pendant quelque tems le feu qu'ils avoient
à essuyer de deux côtés , et ils ne prirent le parti de
se retirer qu'après que tous les Officiers qui le
commandoient eurent été tués .
La perte que les Assiegeans ont faite en cette
occasion , et qui monte à 1000. hommes , est
d'autant plus considerable que leur entreprise a
couté la vie à la plupart de leurs Officiers les plus
distingués , par le rang ou par la, bravoure , et à
tous leurs Ingenieurs .
Des Lettres de Dantzick , sur la fin du mois
dernier , marquent qu'une partie des Troupes
que le Roi de France y envoye étoit arrivée le
10. à la Rade de cette Ville , et que le même jour
on avoit commencé le débarquement , mais on
a appris depuis que ces Troupes n'étant pas en
assez grand nombre pour aller attaquer les Moscovites
, et pour pouvoir penetrer dans la Ville ,
étoient retournées à la Rade de Coppenhague ,
où elles avoient trouvé un nouveau corps de
Troupes Françoises , que les vents contraires ý
avoient retenu. D'autres Lettres, marquent que
toutes ces Troupes étoient parties de Coppenhague
le 21. Mai , sous l'escorte de cinq Vaisseaux
de Guerre pour se rendre à Dantzick , et que le
Comte de Plelo , Ambassadeur du Roi de France
, auprès du Roi de Dannemarck' , s'étoit embarqué
avec ces Troupes. :
Le Comte de Munich ayant été averti du pre
mier débarquement , fit marcher la plus grande
partie de son Armée pour être en état d'empêcher
ces Troupes de penetrer dans la Ville .La nuit suivante
les Ennemis travaillerent à perfectionner la
parallele qu'ils avoient commencé , dans le des
I.Vol.
Scin
JUIN. 1734. 1207
-
sein d'oter au Fort de Wechselmunde toute communication
du côté de la terre , et le feu continuel
qu'ils eurent à essuyer ne les empêcha pas
de continuer leurs travaux , qui se trouverent le
lendemain fort avancés.
Le 11. le Comte de Murich ordonna qu'on
augmentât le nombre des Travailleurs employés
à interrompre la navigation de la Vistule, et qu'on
tendît des cables de distance en distance , afin de
fermer le passage aux petits Bâtimens.
Les Assiegeans commencerent le 12. à élever
deux redoutes aux extremités de la parallele ,
qu'ils avoient tracée près du Fort de Wechselmunde
, et ils en perfectionnerent deux autres , ausquels
ils travailloient depuis plusieurs jours sur
le bord de la mer.
Le 13. les Troupes Françoises se rembarquerent
pour Coppenhague , comme on vient de le dire.
Les Ennemis emporterent le 14. quelques Ouvrages
peu considerables près de Stoltzemberg ,
et après s'y être établis , ils commencerent une
ligne de communication entre ce poste et celui
de Schiellitz.
Le Regiment de Bello Cher , qui vient de
Varsovie , arriva le même jour dans leur Camp.
Les Assiegeans acheverent le 17. le retranchement
qu'ils ont fait pour enfermer une partie du
Fort de Wechselmunde , et qui est couvert de
de plusieurs redoutes , et fortifié par divers épaulemens
depuis la Vistule jusqu'à la Mer. Ils construisirent
aussi une redoute en deçà de la Riviere ,
vis - à- vis le Winsterschantz , et ils tirerent une
ligne pour communiquer de cette redoute au Canal
de Botsmantslache. Le soir le Roi fit mettre
le feu à quelques maisons qui étoient bâties sur
le Stoltzemberg , et qui pouvoient fa , riser les
approches des ennemis. On
1208 MERCURE DE FRANCE
On apprend par les Lettres du commencement
de ce mois , que l'Escadre avec les Troupes Françoises
partie de Coppenhague le 21. Mai , étoit
arrivée le 23. au matin à la Rade de Dantzick ,
sous l'escomte de 5. Vaisseaux de guerre ; que
' ces Troupes avoient débarqué sans opposition ,
et qu'elles étoient campées au Fahrwasser ,
le canon du Fort de Wechselmunde ,
sous
Le Comte de Munich jugeant que ces Troupes
attaqueroient les Assiegeans et les retranchemens
qu'ils ont faits pour enfermer le Fort , donna
ordre au Major General Vrushof de s'avancer
vers Nehrung avec trois Regimens de Dragons ,
et il renforça les postes qui étoient les plus exposés
.
Le 27. Mai les Troupes Françoises , après
avoir donné les signaux pour avertir la Garnison
de Dantzick , de favoriser l'attaque à laquelle
elles se disposoisnt , sortirent de leur Camp,
et ayant marché sur trois colones , elles attaquerent
les retranchemens des Moscovites. Les François
arracherent les Pallissades et forcerent la
Barriere ; mais les Troupes qui défendoient ce
retranchement , leur étant fort superieures en
nombre , ils furent obligés de se retirer dans leur
Camp.
Le Major General Vrushofa, aussitôt après leur
retraite, marcha avec les trois Regimens de Dragons
qu'il commandoit , contre les Troupes qui
étoient sorties de la Ville pour attaquer le même
retranchement , et qui ayant à combattre plusieurs
détachemens que le Comte de Munich
avoit fait avancer pour soutenir les Moscovites,
prirent le parti de rentrer dans la Ville.
Le Comte de Plelo a été tué à l'attaque de ce
retranchement , et les François y ont perdu 60.
hommes. Le
JUIN. 1724. 1209
Le Corps des Troupes Saxones , que commande
le Duc de Saxe Wesseinfels , et qui est composé
de 8. Bataillons et 22 Escadrons , arriva le
25. et le 26. à Langefurt , où l'Electeur de Saxe
a envoyé plusieurs pieces de canon , et quelques
Ingenieurs destinez à servir dans le Camp des
Assiegeans..
Le Roia quitté le Palais qu'il occupoit , pour
aller demeurer dans la maison de M. Ossalinski ,
Grand Tresorier de la Couronne , située dans
le quartier de Lang- Carten , et Sa Majesté qui
continue de jouir d'une parfaite santé , visite regulierement
tous les jours les principaux postes,
er anime les Troupes par son empressement à se
transporter dans tous les lieux où leur presence
est necessaire .
Pendant les deux jours qu'a duré une suspension
d'armes dont on étoit convenu avec les Ennemis,
les Magistrats de Dantzick ont fait nettoyer la
Ville , et renouvelier le fumier avec lequel on
avoit couvert les maisons. Ils ont eu aussi pendant
ce tems plusieurs conferences avec M. de
Brand , Ministre du Roi de Prusse , qui étoit
venu leur faire quelques propositions de la part
de S M Prussienne
Les Ennemis ont ajouté deux re loutes au retranchement
qui enferme la plus grande partie
du Fort de Wechselmunde , et ils l'ont fortifié de
plusieurs épaulemens défendus par de fortes Palissades.
La batterie sur le Vinsterschantz fait un feu'
continuel sur la redoute qu'ils ont construite en
deçà de la Riviere , vis à - vis de ce poste , et sur
la ligne de communication qu'ils ont tracée depais
cette redoute jusqu'au Canal de Bostmantslache
, et l'on a détruit une partie des travaux
qu'ils avoient fait de ce côté.
Le 3.
1210 MERCURE DE FRANCE
Le
3.
de ce mois, le Roi fit sortir de Dantzick
un détachement considerable de la Garnison , lequel
ayant attaqué les Ouvrages que les Moscovites
ont construits vis - à - vis de Hagelsberg
ruina une partie de leurs fravaux , encloua deux
pieces de canon et un mortier , tua un grand
nombre de ceux qui défendoient ces Ouvrages ,
et fit plusieurs Prisonniers de guerre.
On croit que les Troupes Françoises qui sont
toujours campées sous le canon du Fort de Wechselmunde
, se disposent à faire une nouvelle
tentative pour forcer les retranchemens des Assiegeans
, et pour penetrer dans la Ville , dont
les Habitans marquent toujours tant de zele
pour le Roi et pour les interêts de la Nation
que la pluspart de ceux qui sont en état de porter
les Armes , ont demandé la permission desuivre
à l'avenir tous les Détachemens qui feroient
des sorties.
Le Comte Potocki , Régimentaire de la Couronne
, est arrivé au commencement de ce mois
dans la Prusse Polonoise , et l'Armée qu'il commande
ayant été renforcée par les differens
Corps que le Palatin de Lublin , le Palatin de Lubelski
, et le Staroste Rudzinski , ont sous leurs
ordres , est composé d'environ 40000. hommes.
Ce General s'est mis en état , par les postes qu'il
occupe , d'empêcher le Corps de Troupes Moscovites
, qui est parti de Varsovie , d'arriver au
Camp des Ennemis ; et comme il n'aura besoin
que de la moindre partie de ses forces pour empêcher
ces Troupes de se joindre aux Assiegeans,
on compte qu'il marchera avec le reste de son
Armée pour attaquer les Ennemis.
Le Comee de Munich , allarmé de l'approche
des Troupes Polonoises , a donné ordre au Ge-
1. Vol. neral
JUIN. 1734. 1211
neral Lesci , de faire augmenter les retranchements
du quartier où il commande , et il a fait
revenir à son Camp les Troupes qu'il avoit mises
en garnison dans Thorn et dans Elbing.
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Résumé : POLOGNE.
En mai 1734, les Moscovites avancèrent jusqu'au Fort de Wechselmunde et commencèrent à couper ses communications terrestres. Les défenseurs ripostèrent par un feu intense, forçant les Moscovites à abandonner leurs travaux. Le 8 mai, des officiers, dont le Comte de Munich, reconnurent les fortifications ennemies. Les Moscovites décidèrent d'attaquer par le côté gauche, moins fortifié. Le 9 mai, 3000 hommes attaquèrent les ouvrages mais furent repoussés après avoir pris une batterie de canons, subissant de lourdes pertes, y compris de nombreux officiers. Des troupes françaises arrivèrent à Dantzick mais retournèrent à Coppenhague faute de nombre suffisant. Elles repartirent le 21 mai sous escorte navale. Le Comte de Munich mobilisa ses troupes pour empêcher leur entrée dans la ville. Les Moscovites continuèrent leurs travaux de siège, construisant des redoutes et des lignes de communication. Le 27 mai, les troupes françaises attaquèrent les retranchements moscovites mais furent repoussées, et le Comte de Plelo fut tué. En juin, des troupes saxonnes arrivèrent à Langefurt pour renforcer les assiégeants. Le roi de Pologne visita régulièrement les postes et anima les troupes. Pendant une suspension d'armes, les magistrats de Dantzick nettoyèrent la ville et eurent des conférences avec un ministre prussien. Les Moscovites renforcèrent leurs retranchements autour du Fort de Wechselmunde. Le 3 juin, un détachement de Dantzick attaqua les ouvrages moscovites, causant des dégâts et faisant des prisonniers. Les troupes françaises se préparaient à une nouvelle tentative pour forcer les retranchements. Le Comte Potocki, avec une armée de 40 000 hommes, empêcha les renforts moscovites d'atteindre le camp ennemi. Le Comte de Munich renforça les retranchements et rappela les troupes de Thorn et Elbing.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 1217-1222
DEFAITE des Troupes Imperiales, commandées par le Comte Viscomti.
Début :
Selon les Lettres du Royaume de Naples, ce Corps de Troupes, composé de 7000. hommes [...]
Mots clefs :
Comte de Montemart, Troupes impériales, Cavalerie, Camp, Ennemis, Hommes d'infanterie, Régiments, Régiment, Comte Visconti, Bitonto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFAITE des Troupes Imperiales, commandées par le Comte Viscomti.
DEFAITE des Troupes Imperiales ,
commandées
par
le Comte Viscomti.
Elon les Lettres du Royaume de Naples , ce
Corps de Troupes , composé de 7000, hommes
d'Infanterie , de 2000. de Cavalerie , et de
40c . Hussarts , avoit marché de Bari à Bitonto,
où il s'etoit posté dans un Camp aussi avanta-
I.-Vol. geux , H iij
1218 MERCURE DE FRANCE
geux , tant par sa situation , que par les retran→
chemens qui le défendoient.
Le Comte de Montemar étant arrivé avec les
Troupes Espagnoles à la vue de ce Camp le 24
du mois dernier , attaqua les Ennemis le lende
main matin , il força leurs retranchemens et se
rendit maître de leur Camp , dans lequel ils ont
été obligez de laisser les Tentes et la plus grande
partie des Equipages.
Malgré la vivacité de cette Action , qui a duré
trois heures , on ne sçait pas encore si les Impe -
riaux ont cû grand nombre de Soldats de tuez
mais on a fait dans le Camp 1400. prisonniers
sans compter 1200. hommes d'Infanterie , qui
s'étant réfugiez dans les Convents de Bitonto ,
ont éte pris avec leurs Officiers . Le reste de l'Infanterie
est bloqué dans differens endroits. La
Cavalerie voyant le Camp forcé , a pris la fuite
et s'est dispersée , &c . On a appris depuis , le dé➡
tail suivant de l'Action .
Le Comte de Montemar , qui avoit été envoyé
par le Roy pour se mettre à la tête des Troupes
détachées pour suivre les Imperiaux , ayant été
informé que le Comte de Viscomti avoit déja
reçû quelques secours , et qu'il en attendoit encore
de nouveaux , prit le parti de marcher aux
Ennemis qui avoient quitté Tarente , où ils s'étoient
d'abord retirez , et qui s'étoient répandus
dans la Pouille pour en tirer des contributions .
Ce General regla sa marche sur les differens
mouvemens des Ennemis , et songeant principa
lement à leur ôter le moyen d'executer le dessein
dans lequel ils étoient de se ménager une retraite
du côté de la Mer , il marcha à Bary où il les
croyoit.
Les Imperiaux en étoient partis , et ils s'étoien
I. Vol. *avance z
JUIN. 1734- 1219
avancez à Bitonto , où ils roient campez dans
un poste aussi avantageux r sa situation ,
qu'impraticable pour la Cavaleri .
Le Comte de Montemar , qui n'étoit qu'à neuf
mille de Bitonto , détacha quelques Corps de
Cavalerie pour aller reconnoître les Ennemis , et
sur ce qu'on lui rapporta que leur Infanterie et
Jeur Cavalerie y étoient déja arrivées , il prit le
parti de marcher à eux avec toutes ses Trou
pes. Il les distribua en sept colonnes , com
mandées , la premiere par le Marquis de Pozo
blanco , la seconde par le Duc de Liria , la troisiéme
par le Duc de Castro Pignano , la quatrié
me par le Marquis de Bay , la cinquième par le
Marquis de Châteaufort , la sixiéme par le Com
te de Maceda , et la septième par le Marquis de
La Mina.
Ce Corps de Troupes étoit composé des six
Bataillons des Régimens des Gardes Espagnoles
et Vallones , des deux Bataillons du Régiment de
Lombardie , des deux de celui de la Couronne ,
des deux Bataillons du Régiment Suisse de Bet-
Jer , et de 20. Compagnies de Grenadiers de differens
Régimens.
Le Comte de Montemar , outre cette Infanterie
, avoit sous ses ordres 600. Carabiniers
Royaux, 150. Grenadieis Royaux , les 12. Escadrons
des Régimens de Bourbon , d'Estramadoure
, de Milan , de Malte , de Flandres et
d'Andalousie , les 4. Escadrons des Régimens de
Dragons de Pavie et de France , les Compagnies
des Grenadiers à Cheval des Regimens de Tarragone
et de Batavia , jo . Dragons de ces deux
Regimens , et un Détachement d'Artillerie de
150. hommes .
Le Comte de Montemar fit marcher toutes ces
I. Vol. Hj Trou
1220 MERCURE DE FRANCE
Troupes par differens chemins , afin de choisir
P'endroit le plus convenable pour attaquer les
Ennemis , et il fit avancer quelques Détachemens
de Cavalerie qui battirent les Hussarts qu'ils rencontrerent.
Les Imperiaux s'étant résolus à demeurer dans.
leurs retranchemens, Conite de Montemar s'en
approcha assez près pour reconnoître leurs dis.
positions sur lesquelles il se détermina à changer
la sienne , et à faire passer de la droite à la gau
che la plus grande partie de sa Cavalerie .
L'attaque commença par le centre de la colon.
ne , à la tête de laquelle étoit le Comte d'Uceda,
et qui étoit composée de trois Bataillons du Régiment
des Gardes Vallonnes , des deux Bataillons
du Régiment Suisses de Betler , et de huit
Compagnies de Grenadiers . Ces Troupes , quoique
plus foibles que celles que les Imperiaux leut
opposerent dans cet endroit de l'attaque , entrerent
dans les retranchemens avec tant de valeur ,
que les Ennemis , après une longue résistance ,
furent mis en déroute. Le Comte de Montemar
s'en étant apperçû , fit avancer toutes ces Troupes
qui mirent en fuite ce qui se présenta devant
elles , sans être arrêtées par les murailles et par
les fossez qui couvroient le Camp des Ennemis
et qui paroissoient le rendre inaccessible.
Le Comte de Montemar ayant penetré dans
Jeur Camp , détacha quelque Cavalerie pour suivre
celle des Imperiaux , qui dans le premier
moment de l'attaque avoit quitté le Camp , et
avoit pris la fuite avec un grand désordre .
Il fit ensuite attaquer differents postes dans
lesquels les Imperiaux qui s'y étoient retirez ,
furent faits prisonniers. Le General Rodeski ,
General de l'Infanterie se sauva dans Bitonto
66
I. Vol. qui
JUIN. 1734. 122 I
qui est entouré de murailles , et il s'y deffendit
jusqu'à la nuit , mais il fut obligé le lendemain
de se rendre.
La Cavalerie se sépara dans sa fuite en plusieurs
corps qui étant poursuivis par la Cavalerie
Espagnole , furent presque détruits . Le plus
considerable , après avoir perdu beaucoup de
monde , se refugia dans Bary où le Comte de
Monteinar ayant marché le 26 , le bloqua , et
obligea le Prince de Belmonte qui le commandoit
de se rendre.
Les Troupes Imperiales consistoient selon
l'état qu'on en a trouvé , en 6500 hommes d'Infanterie
, 1500 hommes de Cavalerie et 400
Hussarts , desquels 200 se sont sauvez dans les
Montagnes de la Calabre.
›
On a pris aux Ennemis 15 Drapeaux , 24
Etendarts , et deux paires de Timballes , leurs
Tentes , les vivres , les munitions de Gnerre et
la plus grande partie des équipages .
›
Les Espagnols n'ont pas eû un grand nombre
'de Soldats tuez ou blessez , mais ils y ont perdu
le Comte de Briard , et le Comte de Bonamour
, Capitaines au Regiment des Gardes Va.
lónnes , Don Louis de Porte Maréchal de
Camp , y a été blessé dangereusement. Il est
Capitaine des Grenadiers de ce Regiment , qui ,
ayant penetré le premier dans les retranchements
malgré la vigoureuse résistance des Ennemis , a
cû la plus grande part à cette victoire.
Le Détachement de Cavalerie que le Comte ,
de Montemar , après avoir forcé le Camp du
Comte Viscomti , avoit envoié à la poursuite
des Hussarts , qui dans le premier moment
de l'attaque avoient pris la fuite , n'a pû joindre
qu'au commencement de ce mois ceux qui
1. Vol.
HY s'é-
/
1222 MERCURE DE FRANCE
s'étoient sauvez dans la Calabre , et il les a entierement
défaits .
Le Comte de Viscomti qui s'étoit retiré à
Brindisi , s'y est embarqué dans une Felouque
avec une partie de ses Domestiques , mais on ne
sçait pas encore quelle route il a prise .
Le Roy a suprimé plusieurs Charges qui
avoient été accordées sous le précedent Gouvernement
, tant aux Napolitains , qu'à des Espagnols
, et dont les apointemens se montoient
par an à 900000 Ducats.
Le 27 May , il arriva dans ce Port sous
Pescorte de quatre Vaisserux de Guerre Espagnols
, plusieurs Bâtimens chargez d'une partie
des Troupes que le Roy d'Espagne envoye pour
renforcer celles qui sont dans le Royaume de
Naples , et l'on en attend incessamment de Livourne
quelques autres qui doivent apporter ici
des munitions de Guerre , et une somme considérable
d'argent.
Le Comte de Charny , Lieutenant General
du Royaume , a déja reçu au nom du Roy
T'hominage de la plus grande partie des Deputez
des Villes , et des Barons de cet Etat.
Sa Majesté a nommédes Commissaires pour
faire conjointement avec le Conseil Collateral
l'estimation des dommages que les Troupes Espagnoles
ont causez dans les lieux où elles ont
passé , et elle a fait expédier des ordres pour
qu'ils soient payez avec l'exactitude la plus ri
goureuse.
commandées
par
le Comte Viscomti.
Elon les Lettres du Royaume de Naples , ce
Corps de Troupes , composé de 7000, hommes
d'Infanterie , de 2000. de Cavalerie , et de
40c . Hussarts , avoit marché de Bari à Bitonto,
où il s'etoit posté dans un Camp aussi avanta-
I.-Vol. geux , H iij
1218 MERCURE DE FRANCE
geux , tant par sa situation , que par les retran→
chemens qui le défendoient.
Le Comte de Montemar étant arrivé avec les
Troupes Espagnoles à la vue de ce Camp le 24
du mois dernier , attaqua les Ennemis le lende
main matin , il força leurs retranchemens et se
rendit maître de leur Camp , dans lequel ils ont
été obligez de laisser les Tentes et la plus grande
partie des Equipages.
Malgré la vivacité de cette Action , qui a duré
trois heures , on ne sçait pas encore si les Impe -
riaux ont cû grand nombre de Soldats de tuez
mais on a fait dans le Camp 1400. prisonniers
sans compter 1200. hommes d'Infanterie , qui
s'étant réfugiez dans les Convents de Bitonto ,
ont éte pris avec leurs Officiers . Le reste de l'Infanterie
est bloqué dans differens endroits. La
Cavalerie voyant le Camp forcé , a pris la fuite
et s'est dispersée , &c . On a appris depuis , le dé➡
tail suivant de l'Action .
Le Comte de Montemar , qui avoit été envoyé
par le Roy pour se mettre à la tête des Troupes
détachées pour suivre les Imperiaux , ayant été
informé que le Comte de Viscomti avoit déja
reçû quelques secours , et qu'il en attendoit encore
de nouveaux , prit le parti de marcher aux
Ennemis qui avoient quitté Tarente , où ils s'étoient
d'abord retirez , et qui s'étoient répandus
dans la Pouille pour en tirer des contributions .
Ce General regla sa marche sur les differens
mouvemens des Ennemis , et songeant principa
lement à leur ôter le moyen d'executer le dessein
dans lequel ils étoient de se ménager une retraite
du côté de la Mer , il marcha à Bary où il les
croyoit.
Les Imperiaux en étoient partis , et ils s'étoien
I. Vol. *avance z
JUIN. 1734- 1219
avancez à Bitonto , où ils roient campez dans
un poste aussi avantageux r sa situation ,
qu'impraticable pour la Cavaleri .
Le Comte de Montemar , qui n'étoit qu'à neuf
mille de Bitonto , détacha quelques Corps de
Cavalerie pour aller reconnoître les Ennemis , et
sur ce qu'on lui rapporta que leur Infanterie et
Jeur Cavalerie y étoient déja arrivées , il prit le
parti de marcher à eux avec toutes ses Trou
pes. Il les distribua en sept colonnes , com
mandées , la premiere par le Marquis de Pozo
blanco , la seconde par le Duc de Liria , la troisiéme
par le Duc de Castro Pignano , la quatrié
me par le Marquis de Bay , la cinquième par le
Marquis de Châteaufort , la sixiéme par le Com
te de Maceda , et la septième par le Marquis de
La Mina.
Ce Corps de Troupes étoit composé des six
Bataillons des Régimens des Gardes Espagnoles
et Vallones , des deux Bataillons du Régiment de
Lombardie , des deux de celui de la Couronne ,
des deux Bataillons du Régiment Suisse de Bet-
Jer , et de 20. Compagnies de Grenadiers de differens
Régimens.
Le Comte de Montemar , outre cette Infanterie
, avoit sous ses ordres 600. Carabiniers
Royaux, 150. Grenadieis Royaux , les 12. Escadrons
des Régimens de Bourbon , d'Estramadoure
, de Milan , de Malte , de Flandres et
d'Andalousie , les 4. Escadrons des Régimens de
Dragons de Pavie et de France , les Compagnies
des Grenadiers à Cheval des Regimens de Tarragone
et de Batavia , jo . Dragons de ces deux
Regimens , et un Détachement d'Artillerie de
150. hommes .
Le Comte de Montemar fit marcher toutes ces
I. Vol. Hj Trou
1220 MERCURE DE FRANCE
Troupes par differens chemins , afin de choisir
P'endroit le plus convenable pour attaquer les
Ennemis , et il fit avancer quelques Détachemens
de Cavalerie qui battirent les Hussarts qu'ils rencontrerent.
Les Imperiaux s'étant résolus à demeurer dans.
leurs retranchemens, Conite de Montemar s'en
approcha assez près pour reconnoître leurs dis.
positions sur lesquelles il se détermina à changer
la sienne , et à faire passer de la droite à la gau
che la plus grande partie de sa Cavalerie .
L'attaque commença par le centre de la colon.
ne , à la tête de laquelle étoit le Comte d'Uceda,
et qui étoit composée de trois Bataillons du Régiment
des Gardes Vallonnes , des deux Bataillons
du Régiment Suisses de Betler , et de huit
Compagnies de Grenadiers . Ces Troupes , quoique
plus foibles que celles que les Imperiaux leut
opposerent dans cet endroit de l'attaque , entrerent
dans les retranchemens avec tant de valeur ,
que les Ennemis , après une longue résistance ,
furent mis en déroute. Le Comte de Montemar
s'en étant apperçû , fit avancer toutes ces Troupes
qui mirent en fuite ce qui se présenta devant
elles , sans être arrêtées par les murailles et par
les fossez qui couvroient le Camp des Ennemis
et qui paroissoient le rendre inaccessible.
Le Comte de Montemar ayant penetré dans
Jeur Camp , détacha quelque Cavalerie pour suivre
celle des Imperiaux , qui dans le premier
moment de l'attaque avoit quitté le Camp , et
avoit pris la fuite avec un grand désordre .
Il fit ensuite attaquer differents postes dans
lesquels les Imperiaux qui s'y étoient retirez ,
furent faits prisonniers. Le General Rodeski ,
General de l'Infanterie se sauva dans Bitonto
66
I. Vol. qui
JUIN. 1734. 122 I
qui est entouré de murailles , et il s'y deffendit
jusqu'à la nuit , mais il fut obligé le lendemain
de se rendre.
La Cavalerie se sépara dans sa fuite en plusieurs
corps qui étant poursuivis par la Cavalerie
Espagnole , furent presque détruits . Le plus
considerable , après avoir perdu beaucoup de
monde , se refugia dans Bary où le Comte de
Monteinar ayant marché le 26 , le bloqua , et
obligea le Prince de Belmonte qui le commandoit
de se rendre.
Les Troupes Imperiales consistoient selon
l'état qu'on en a trouvé , en 6500 hommes d'Infanterie
, 1500 hommes de Cavalerie et 400
Hussarts , desquels 200 se sont sauvez dans les
Montagnes de la Calabre.
›
On a pris aux Ennemis 15 Drapeaux , 24
Etendarts , et deux paires de Timballes , leurs
Tentes , les vivres , les munitions de Gnerre et
la plus grande partie des équipages .
›
Les Espagnols n'ont pas eû un grand nombre
'de Soldats tuez ou blessez , mais ils y ont perdu
le Comte de Briard , et le Comte de Bonamour
, Capitaines au Regiment des Gardes Va.
lónnes , Don Louis de Porte Maréchal de
Camp , y a été blessé dangereusement. Il est
Capitaine des Grenadiers de ce Regiment , qui ,
ayant penetré le premier dans les retranchements
malgré la vigoureuse résistance des Ennemis , a
cû la plus grande part à cette victoire.
Le Détachement de Cavalerie que le Comte ,
de Montemar , après avoir forcé le Camp du
Comte Viscomti , avoit envoié à la poursuite
des Hussarts , qui dans le premier moment
de l'attaque avoient pris la fuite , n'a pû joindre
qu'au commencement de ce mois ceux qui
1. Vol.
HY s'é-
/
1222 MERCURE DE FRANCE
s'étoient sauvez dans la Calabre , et il les a entierement
défaits .
Le Comte de Viscomti qui s'étoit retiré à
Brindisi , s'y est embarqué dans une Felouque
avec une partie de ses Domestiques , mais on ne
sçait pas encore quelle route il a prise .
Le Roy a suprimé plusieurs Charges qui
avoient été accordées sous le précedent Gouvernement
, tant aux Napolitains , qu'à des Espagnols
, et dont les apointemens se montoient
par an à 900000 Ducats.
Le 27 May , il arriva dans ce Port sous
Pescorte de quatre Vaisserux de Guerre Espagnols
, plusieurs Bâtimens chargez d'une partie
des Troupes que le Roy d'Espagne envoye pour
renforcer celles qui sont dans le Royaume de
Naples , et l'on en attend incessamment de Livourne
quelques autres qui doivent apporter ici
des munitions de Guerre , et une somme considérable
d'argent.
Le Comte de Charny , Lieutenant General
du Royaume , a déja reçu au nom du Roy
T'hominage de la plus grande partie des Deputez
des Villes , et des Barons de cet Etat.
Sa Majesté a nommédes Commissaires pour
faire conjointement avec le Conseil Collateral
l'estimation des dommages que les Troupes Espagnoles
ont causez dans les lieux où elles ont
passé , et elle a fait expédier des ordres pour
qu'ils soient payez avec l'exactitude la plus ri
goureuse.
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Résumé : DEFAITE des Troupes Imperiales, commandées par le Comte Viscomti.
Le 24 mai 1734, les troupes espagnoles, dirigées par le Comte de Montemar, ont attaqué et vaincu les forces impériales du Comte Viscomti à Bitonto, près de Bari. Les impériaux, constitués de 7 000 hommes d'infanterie, 2 000 de cavalerie et 400 hussards, avaient établi un camp fortifié. Montemar, à la tête de 6 000 hommes d'infanterie et de diverses unités de cavalerie et d'artillerie, a réussi à forcer les retranchements ennemis en trois heures. Les impériaux ont abandonné leurs tentes et équipements, laissant derrière eux 1 400 prisonniers, dont 1 200 réfugiés dans des couvents. La cavalerie impériale s'est dispersée. Après cette victoire, Montemar a bloqué et capturé des troupes impériales à Bari. Les pertes espagnoles incluent les Comtes de Briard et de Bonamour, ainsi que le Maréchal de Camp Don Louis de Porte, blessé. Les impériaux ont perdu 15 drapeaux, 24 étendards et deux paires de timbales. Le Comte Viscomti a fui à Brindisi. En réponse à cette victoire, le roi d'Espagne a envoyé des renforts et des munitions à Naples et a nommé des commissaires pour indemniser les dommages causés par les troupes espagnoles.
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38
p. 1416-1419
POLOGNE. Suite du Siege de Dantzick.
Début :
Au commencement de ce mois, les Ennemis pousserent avec beaucoup de vivacité leurs [...]
Mots clefs :
Siège de Dantzig, Garnison, Troupes saxonnes, Fort, Gdańsk, Détachement, Camp, Ville, Assiégeants, Comte de Munich
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE. Suite du Siege de Dantzick.
POLOGNE.
Suite du Siege de Dantzick
U commencement de ce mois , les Ennemis
pousserent avec beaucoup de vivacité leurs
approches du côté du Bisschosberg , et ils s'emparerent
d'un poste avancé qu'un Détachement
de la Garnison de la Ville occupoit près de
Schiedlitz .
Le s . il vint à Dantzick , du Camp des Assiegeans
, un Tambour des Troupes Saxones , chargé
par le Duc de Saxe Wesseinfels , et le Comte
de Munich , de remettre aux Magistrats une Lettre
, par laquelle ces deux Generaux et les Seigneurs
Polonais attachez au parti de l'Electeur
de Saxe , qui sont dans l'Armée ennemie , les exhortoient
de nouveau à se soumettre à ce Prince
et à donner à la Czarine les satisfactions qu'elle
demande pour les actes d'hostilité commis contre
ses Troupes , et on répondit à cette Lettre ,
comme on avoit fait aux précedentes , que les
Habitans étoient déterminez à se deffendre jusqu'à
la derniere extremité.
Le 6. unDétachement d'environ 250. hommes
de la Garnison , fit une sortie et attaqua avec
beaucoup de valeur les travaux que les Assiegeans
ont commencés sur le Stolzberg , et dont
la plus grande partie fut renversée.
Le 9.
les Vaisseaux François qui étoient à la
Rade de la Ville , mirent à la voile pour reto ur-
11. Vol. ner
J.U IN. 1734 1417
her à Coppenhague , où ils conduisirent une
Frégate Moscovite de 32. Pieces de Canon , qu'ils
avoient prise à la hauteur de l'Ifle de Borsnhelm.
L'Escadre de la Czarine , composée de 14-
Vaisseaux de ligne , de 8. Frégates , de 2. Galiotes
à Bombes , et d'un Brulot , laquelle étoit
partie de Cronstadt le 24. du mois dernier ,
mouilla le 5. de ce mois à Pillau , où elle débarqua
de l'Artillerie et des Munitions destinées
pour le Camp des Assiegeans , et elle arriva le
12. au matin à la Rade de Dantzick.
Le Duc de Saxe Wesseinfels , le Comte de Munich
, et la plupart des Officiers Generaux des
Troupes ennemies se rendirent le 13. de ce mois
à bord de l'Amiral de l'Escadre Moscovite , qui
est toujours à la Rade de Dantzick et qui ferme
le passage de la Vistule, et ils y tinrent un Conseil
de Guerre , dans lequel il fut résolu qu'ils
employeroient tous leurs efforts pour s'emparer
du fort de Wechselmunde , avant que de songer
à soumettre la Ville .
Le lendemain M. Gordon fit commencer le
bombardement du Fort avec deux Galiotes à
bombes. Le feu fut très - vif pendant plusieurs
heures , tant du côté de la Garnison que de celui
des Assicgeans , et quelques Frégates de ces
derniers s'étant avancez trop près du Fort , furent
endommagées par le Canon.
Le 15. les Ennemis continuerent d'y jetter des
Bombes , dont une tomba sur un Magazin à
Poudre , qui n'ayant pas été couvert avec assez.
de précaution , sauta en l'air.
Le Comte de Munich alla le 17. reconnoître
le Fort , et la nuit suivante la Tranchée fut ouverte
par un Détachement des Troupes Saxones
qui a été relevé la nuit du 18. par 2000. Moscovites.
La
1418 MERCURE DE FRANCE
Le bruit court que le Comte de Munich fir
sommer le 19. la Garnison de Wechselmunde
de se rendre , et qu'elle a promis de rendre le
Fort le 24. si elle n'étoit pas secourüe .
L'Artillerie et les Munitions de guerre que
P'Escadre de la Czarine a débarquées au Pillau ,
arriverent il y a quelques jours au Camp des
Assiegeans , qui ont déja dressé plusieurs Batteries
de Canon et de Mortiers , avec lesquels ils
battent la vieille Ville , où ils ont fait sauter un
des Magazins à poudre. Ils bombarderent aussf
avec beaucoup de force le Camp où les Troapes
Françoises sont retranchées , et le General Moscovite
leur a fait faire la même sommation qu'à'
la Garnison de Wechselmunde.
On a appris depuis que le Gouverneur de ce
Fort capitula le 23. de ce mois , et qu'il fut re –
mis le lendemain au Duc de Saxe Weissenfels ,
qui y fit entrer une Garnison Saxone. On est
convenú que M. de Stackelberg , Colonel au
service du Roy de Suede et les Troupes Suedoises
qui étoient dans le Fort , pourroient se retireren
Suede , et qu'il leur seroit fourni des vivres depuis
le jour de la capitulation jusqu'à celui de
leur départ pour retourner dans leur Pays.
Le 19. Juin , le Roy fit sortir de Dantzick un
Détachement de la Garnison , qui attaqua avec
beaucoup de valeur les travaux des Assicgeans ,
en tua plusieurs et fit quelques prisonniers . Un
autre Détachement de la Garnison fit le lendemain
une sortie et combla une partie des Tranchées
des Moscovites.
Les Magistrats envoyerent le 26. un Officier
aux Generaux ennemis , pour leur faire quelques
propositions. Il revint avec un Officier des Troupes
Saxones , lequel eut un long entretien avec
Primat. M.
JUIN. 1734 1419
M. de Brandt , Ministre du Roy de Prusse , a
écrit aux Magistrats une Lettre qui contient
quelques nouvelles propositions d'accommodement
, à l'occasion de laquelle ils ont tenu plusieurs
assemblées .
On assure qu'un Détachement des Troupes de
Ja Couronne s'est emparé de Cracovie , après en
avoir chassé les Troupes Saxones qui y étoient
en garnison.
Suite du Siege de Dantzick
U commencement de ce mois , les Ennemis
pousserent avec beaucoup de vivacité leurs
approches du côté du Bisschosberg , et ils s'emparerent
d'un poste avancé qu'un Détachement
de la Garnison de la Ville occupoit près de
Schiedlitz .
Le s . il vint à Dantzick , du Camp des Assiegeans
, un Tambour des Troupes Saxones , chargé
par le Duc de Saxe Wesseinfels , et le Comte
de Munich , de remettre aux Magistrats une Lettre
, par laquelle ces deux Generaux et les Seigneurs
Polonais attachez au parti de l'Electeur
de Saxe , qui sont dans l'Armée ennemie , les exhortoient
de nouveau à se soumettre à ce Prince
et à donner à la Czarine les satisfactions qu'elle
demande pour les actes d'hostilité commis contre
ses Troupes , et on répondit à cette Lettre ,
comme on avoit fait aux précedentes , que les
Habitans étoient déterminez à se deffendre jusqu'à
la derniere extremité.
Le 6. unDétachement d'environ 250. hommes
de la Garnison , fit une sortie et attaqua avec
beaucoup de valeur les travaux que les Assiegeans
ont commencés sur le Stolzberg , et dont
la plus grande partie fut renversée.
Le 9.
les Vaisseaux François qui étoient à la
Rade de la Ville , mirent à la voile pour reto ur-
11. Vol. ner
J.U IN. 1734 1417
her à Coppenhague , où ils conduisirent une
Frégate Moscovite de 32. Pieces de Canon , qu'ils
avoient prise à la hauteur de l'Ifle de Borsnhelm.
L'Escadre de la Czarine , composée de 14-
Vaisseaux de ligne , de 8. Frégates , de 2. Galiotes
à Bombes , et d'un Brulot , laquelle étoit
partie de Cronstadt le 24. du mois dernier ,
mouilla le 5. de ce mois à Pillau , où elle débarqua
de l'Artillerie et des Munitions destinées
pour le Camp des Assiegeans , et elle arriva le
12. au matin à la Rade de Dantzick.
Le Duc de Saxe Wesseinfels , le Comte de Munich
, et la plupart des Officiers Generaux des
Troupes ennemies se rendirent le 13. de ce mois
à bord de l'Amiral de l'Escadre Moscovite , qui
est toujours à la Rade de Dantzick et qui ferme
le passage de la Vistule, et ils y tinrent un Conseil
de Guerre , dans lequel il fut résolu qu'ils
employeroient tous leurs efforts pour s'emparer
du fort de Wechselmunde , avant que de songer
à soumettre la Ville .
Le lendemain M. Gordon fit commencer le
bombardement du Fort avec deux Galiotes à
bombes. Le feu fut très - vif pendant plusieurs
heures , tant du côté de la Garnison que de celui
des Assicgeans , et quelques Frégates de ces
derniers s'étant avancez trop près du Fort , furent
endommagées par le Canon.
Le 15. les Ennemis continuerent d'y jetter des
Bombes , dont une tomba sur un Magazin à
Poudre , qui n'ayant pas été couvert avec assez.
de précaution , sauta en l'air.
Le Comte de Munich alla le 17. reconnoître
le Fort , et la nuit suivante la Tranchée fut ouverte
par un Détachement des Troupes Saxones
qui a été relevé la nuit du 18. par 2000. Moscovites.
La
1418 MERCURE DE FRANCE
Le bruit court que le Comte de Munich fir
sommer le 19. la Garnison de Wechselmunde
de se rendre , et qu'elle a promis de rendre le
Fort le 24. si elle n'étoit pas secourüe .
L'Artillerie et les Munitions de guerre que
P'Escadre de la Czarine a débarquées au Pillau ,
arriverent il y a quelques jours au Camp des
Assiegeans , qui ont déja dressé plusieurs Batteries
de Canon et de Mortiers , avec lesquels ils
battent la vieille Ville , où ils ont fait sauter un
des Magazins à poudre. Ils bombarderent aussf
avec beaucoup de force le Camp où les Troapes
Françoises sont retranchées , et le General Moscovite
leur a fait faire la même sommation qu'à'
la Garnison de Wechselmunde.
On a appris depuis que le Gouverneur de ce
Fort capitula le 23. de ce mois , et qu'il fut re –
mis le lendemain au Duc de Saxe Weissenfels ,
qui y fit entrer une Garnison Saxone. On est
convenú que M. de Stackelberg , Colonel au
service du Roy de Suede et les Troupes Suedoises
qui étoient dans le Fort , pourroient se retireren
Suede , et qu'il leur seroit fourni des vivres depuis
le jour de la capitulation jusqu'à celui de
leur départ pour retourner dans leur Pays.
Le 19. Juin , le Roy fit sortir de Dantzick un
Détachement de la Garnison , qui attaqua avec
beaucoup de valeur les travaux des Assicgeans ,
en tua plusieurs et fit quelques prisonniers . Un
autre Détachement de la Garnison fit le lendemain
une sortie et combla une partie des Tranchées
des Moscovites.
Les Magistrats envoyerent le 26. un Officier
aux Generaux ennemis , pour leur faire quelques
propositions. Il revint avec un Officier des Troupes
Saxones , lequel eut un long entretien avec
Primat. M.
JUIN. 1734 1419
M. de Brandt , Ministre du Roy de Prusse , a
écrit aux Magistrats une Lettre qui contient
quelques nouvelles propositions d'accommodement
, à l'occasion de laquelle ils ont tenu plusieurs
assemblées .
On assure qu'un Détachement des Troupes de
Ja Couronne s'est emparé de Cracovie , après en
avoir chassé les Troupes Saxones qui y étoient
en garnison.
Fermer
Résumé : POLOGNE. Suite du Siege de Dantzick.
Au début du mois en Pologne, les forces ennemies intensifièrent leurs attaques près du Bisschosberg et capturèrent un poste avancé près de Schiedlitz. Un tambour saxon remit aux magistrats de Dantzick une lettre des généraux Duc de Saxe-Weissenfels et Comte de Munich, les exhortant à se soumettre à l'Électeur de Saxe et à satisfaire les demandes de la Czarine. La ville refusa de se rendre. Le 6 juin, un détachement de la garnison de Dantzick attaqua les travaux ennemis sur le Stolzberg, causant des dégâts significatifs. Le 9 juin, des vaisseaux français quittèrent Dantzick pour Copenhague, escortant une frégate moscovite capturée. L'escadre de la Czarine, composée de 14 vaisseaux de ligne et d'autres navires, arriva à Pillau le 5 juin et à Dantzick le 12 juin, apportant de l'artillerie et des munitions. Les généraux ennemis tinrent un conseil de guerre à bord du vaisseau amiral moscovite le 13 juin et décidèrent de capturer le fort de Wechselmunde avant de s'attaquer à la ville. Le bombardement du fort débuta le 14 juin, endommageant plusieurs frégates ennemies. Le 15 juin, une bombe ennemie détruisit un magasin à poudre dans le fort. Le 19 juin, le Comte de Munich somma la garnison de Wechselmunde de se rendre, ce qu'elle fit le 23 juin. Les troupes suédoises du fort purent se retirer en Suède. Le 19 juin, un détachement de la garnison de Dantzick attaqua les travaux ennemis, tuant plusieurs soldats et faisant des prisonniers. Le 26 juin, les magistrats envoyèrent un officier aux généraux ennemis pour des propositions de paix. Par ailleurs, un détachement des troupes de la Couronne s'empara de Cracovie, chassant les troupes saxonnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 126-139
« JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Début :
JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...]
Mots clefs :
Camp, Camp de Richemont, Guerre, Yeux, Infanterie, Honneur, Esprit, Cavalerie, Escadrons, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
JOURNAL en vers de ce qui s'eft paffé
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
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Résumé : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Le texte présente un journal en vers rédigé par M. Vallier, Colonel d'Infanterie, relatant les événements survenus au camp de Richemont sous le commandement de M. de Chevert, Lieutenant Général des armées du Roi, du 26 août au 25 septembre 1755. Ce journal, publié à Paris chez Lambert, est considéré comme un nouveau genre littéraire car il décrit avec précision la disposition d'une armée, les attaques, les terrains, les positions des rivières, villages et chaumières, ainsi que les termes techniques de l'art militaire. L'auteur utilise des vers libres pour rendre la rapidité des évolutions militaires. Le poème, composé de près de huit cents vers, est enrichi par des éléments galants et des descriptions détaillées des mouvements militaires, permettant au lecteur de se sentir présent sur le champ de bataille. Le journal inclut également des descriptions de la vie au camp, comme l'arrivée de Madame de Caumartin, Intendante de Metz, et des manoeuvres militaires telles que l'attaque d'une grand'garde de cavalerie et la manoeuvre du 9 septembre où la cavalerie a attaqué l'infanterie. Le texte se termine par la description de la dernière manoeuvre du 20 septembre, où un village a été attaqué, et par des réflexions sur l'utilité des camps de paix pour former les officiers. Par ailleurs, le document énumère divers types de pouvoirs et commissions militaires, daté du 1er décembre 1755. Il inclut les pouvoirs de lieutenants généraux, les brevets de maréchaux de camp ou de brigadiers, les ordres de directeurs ou inspecteurs généraux, les provisions de grand-croix et de commandeurs de l'Ordre de Saint-Louis, les provisions de maréchaux généraux de logis, les provisions de gouverneurs des provinces, les commissions de colonels de régiment d'infanterie, de cavalerie ou de dragons, et enfin les commissions de capitaines aux Gardes. Le texte demande d'envoyer une note dans une forme spécifique pour chaque type de pouvoir ou commission. Pour les lieutenants généraux, maréchaux de camp et brigadiers, la note doit inclure le nom complet de l'officier, ses qualifications, la date du brevet ou du pouvoir, le nom du secrétaire d'État ayant contresigné le document, et, si possible, la date de décès de l'officier. Pour les autres provisions et commissions, il est demandé d'indiquer comment les officiers ont obtenu leurs places, soit par nouvelle levée, soit par la mort ou la démission d'un autre officier. Ces notes doivent être adressées à M. Desprès, premier commis du Bureau de la Guerre, à Versailles.
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40
p. 189-190
PAYS-BAS.
Début :
Par des lettres de Bohême du 11 Août, on a été informé d'une expédition du [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Colonel Laudon, Officier, Troupes, Lettres, Impératrice Reine, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PAYS - BAS.
DE
BRUXELLES , le 26 Août.
Par des lettres de Bohême du 11 d'Août , on a
été informé d'une
expédition du Colonel Laudon.
Le 8 du même mois , cet Officier qui étant entré
en Saxe avec un Corps de
Bannaliftes , de Lycaniens
&
d'Oguliniens , a pris pofte à
Hellendorff ,
attaqua la petite Ville de Gottluben , où le Général
Itzemplitz étoit avec un
Détachement des
troupes
Pruffiennes. Les ennemis ont été contraints
d'abandonner ce pofte. Ils y ont laiffé
quatre canons , dont trois de douze livres de
balle. On s'eft emparé de tout le bagage du Général
Itzemplitz , & l'on a pris tous les domeftiques.
Du côté des
Autrichiens , il n'y a eu que
onze hommes tués , & foixante - deux bleffés . Six
Officiers font du nombre des derniers.
Un Officier du Régiment de Los Rios arriva
içi le 23 du mois d'Août , avec la nouvelle que la
garnifon de Gueldres avoit capitulé le 22 , & que
La Place devoit être remife le
lendemain aux
troupes de l'Impératrice Reine.
Voici l'extrait des lettres de l'armée de l'Impé
rátrice Reine , datées du 20 Août : « Le 18 , les
» ennemis
travaillerent à établir fur les hauteurs ,
» qui font à la droite & à la gauche de la Neiff ,
» plufieurs batteries dont chacune
paroiffoit être
» de quinze à vingt pieces de canon .
Cependant
» les deux armées
demeurerent dans la même
D
fition fur la gauche de la riviere. Les Pruffens
po-
»
continuerent le 19
l'établiffement de leurs batteries.
Il
paroiffoient méditer quelque entre-
‣ priſe
d'importance , & fur le foir ils
marquerent
190 MERCURE DE FRANCE.
» devant le front de leur camp un terrein , comme
» s'ils avoient deffein de s'y former en bataille.
>> Leur projet étoit fort différent . Pendant la nuit ,
» ils firent partir d'avance tout ce qui pouvoit les
» embarraffer dans leur retraite , & aujourd'hui
» 20 , ils font décampés avant le jour , marchant
»` vers Oftritz. Nos troupes légeres font à leur
» pourfuite. »
DE
BRUXELLES , le 26 Août.
Par des lettres de Bohême du 11 d'Août , on a
été informé d'une
expédition du Colonel Laudon.
Le 8 du même mois , cet Officier qui étant entré
en Saxe avec un Corps de
Bannaliftes , de Lycaniens
&
d'Oguliniens , a pris pofte à
Hellendorff ,
attaqua la petite Ville de Gottluben , où le Général
Itzemplitz étoit avec un
Détachement des
troupes
Pruffiennes. Les ennemis ont été contraints
d'abandonner ce pofte. Ils y ont laiffé
quatre canons , dont trois de douze livres de
balle. On s'eft emparé de tout le bagage du Général
Itzemplitz , & l'on a pris tous les domeftiques.
Du côté des
Autrichiens , il n'y a eu que
onze hommes tués , & foixante - deux bleffés . Six
Officiers font du nombre des derniers.
Un Officier du Régiment de Los Rios arriva
içi le 23 du mois d'Août , avec la nouvelle que la
garnifon de Gueldres avoit capitulé le 22 , & que
La Place devoit être remife le
lendemain aux
troupes de l'Impératrice Reine.
Voici l'extrait des lettres de l'armée de l'Impé
rátrice Reine , datées du 20 Août : « Le 18 , les
» ennemis
travaillerent à établir fur les hauteurs ,
» qui font à la droite & à la gauche de la Neiff ,
» plufieurs batteries dont chacune
paroiffoit être
» de quinze à vingt pieces de canon .
Cependant
» les deux armées
demeurerent dans la même
D
fition fur la gauche de la riviere. Les Pruffens
po-
»
continuerent le 19
l'établiffement de leurs batteries.
Il
paroiffoient méditer quelque entre-
‣ priſe
d'importance , & fur le foir ils
marquerent
190 MERCURE DE FRANCE.
» devant le front de leur camp un terrein , comme
» s'ils avoient deffein de s'y former en bataille.
>> Leur projet étoit fort différent . Pendant la nuit ,
» ils firent partir d'avance tout ce qui pouvoit les
» embarraffer dans leur retraite , & aujourd'hui
» 20 , ils font décampés avant le jour , marchant
»` vers Oftritz. Nos troupes légeres font à leur
» pourfuite. »
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Résumé : PAYS-BAS.
Le 26 août, des lettres de Bohême du 11 août rapportent une expédition du Colonel Laudon. Le 8 août, Laudon, à la tête de troupes composées de Bannaliftes, de Lycaniens et d'Oguliniens, a pris position à Hellendorff avant d'attaquer la ville de Gottluben. Cette ville était occupée par le Général Itzemplitz et un détachement de troupes prussiennes. Les Prussiens ont été contraints de se retirer, abandonnant quatre canons, dont trois de douze livres, ainsi que tout le bagage du Général Itzemplitz et ses domestiques. Les pertes autrichiennes se sont élevées à onze hommes tués et soixante-deux blessés, dont six officiers. Un officier du Régiment de Los Rios a annoncé le 23 août que la garnison de Gueldres avait capitulé le 22 août, et que la place devait être remise le lendemain aux troupes de l'Impératrice Reine. Des lettres de l'armée de l'Impératrice Reine, datées du 20 août, indiquent que le 18 août, les ennemis avaient établi plusieurs batteries sur les hauteurs à droite et à gauche de la Neisse. Les deux armées sont restées en position sur la rive gauche de la rivière. Le 19 août, les Prussiens ont continué l'établissement de leurs batteries, semblant préparer une entreprise importante. Cependant, durant la nuit, ils ont évacué leur camp, marchant vers Oftritz, tandis que les troupes légères de l'Impératrice Reine les poursuivaient.
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41
p. *201-201
PAYS-BAS.
Début :
Suivant les derniers avis que nous avons reçus ; les Hanovriens ont [...]
Mots clefs :
Hanovre, Liège, Armée, Corps français, Garnison, Ruremonde, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PAYS - BAS.
DE LIEGE, le S Juillet.
Suivant les derniers avis que nous avons reçus
Fes Hanovriens ont abandonné la ville de Ruremonde
, & le Quartier général de leur armée eft
à Saint-Nicolas. Celui de l'armée du Roi a été
transféré de Nippes à Cafter fur la riviere d'Erft .
Les François ont fait paffer le Rhin au deffus
de Cologne à un Corps de quinze à ſeize mille
hommes. On affure que ce Corps doit marcher
fur la rive droite du fleuve vers Vezel , pour couper
la retraite aux ennemis.
La garnifon de Ruremonde avec divers détachemens
qu'on y a joints , forme un camp fur la
hauteur de Saint - Gilles à une demi -lieue de cette
Ville . Ces difpofitions , & la marche d'un Corps
d'environ dix mille hommes qui nous viennent
des Pays- bas , ont obligé les ennemis de fe replier.
DE LIEGE, le S Juillet.
Suivant les derniers avis que nous avons reçus
Fes Hanovriens ont abandonné la ville de Ruremonde
, & le Quartier général de leur armée eft
à Saint-Nicolas. Celui de l'armée du Roi a été
transféré de Nippes à Cafter fur la riviere d'Erft .
Les François ont fait paffer le Rhin au deffus
de Cologne à un Corps de quinze à ſeize mille
hommes. On affure que ce Corps doit marcher
fur la rive droite du fleuve vers Vezel , pour couper
la retraite aux ennemis.
La garnifon de Ruremonde avec divers détachemens
qu'on y a joints , forme un camp fur la
hauteur de Saint - Gilles à une demi -lieue de cette
Ville . Ces difpofitions , & la marche d'un Corps
d'environ dix mille hommes qui nous viennent
des Pays- bas , ont obligé les ennemis de fe replier.
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Résumé : PAYS-BAS.
En juillet, les Hanovriens ont quitté Ruremonde pour Saint-Nicolas. Le quartier général de l'armée du Roi a été déplacé de Nippes à Cafter. Les Français ont fait traverser le Rhin à 15 000 hommes pour se diriger vers Vezel. La garnison de Ruremonde a établi un camp à Saint-Gilles. Ces mouvements et l'arrivée de 10 000 hommes des Pays-Bas ont forcé les ennemis à se replier.
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42
p. 196-197
Du 12. Novembre.
Début :
Le 8 de ce mois, le Roi de Prusse après avoir renforcé la Garnison de [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Armée, Général Laudon, Maréchal Daun, Dresde, Mouvements des troupes, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 12. Novembre.
Du ii. Novembre.
Le s de ce mois , le Roi de Pruffe après avoir
renforcé la Garnifon de Schweidnits , fe porta à
Neils avec toute fon Armée , & le Prince Henri
marcha à Lamdshut avec le Corps qu'il comman
de. Le Général Laudon le fuivit pour obferver
fes mouvements.
>
2
Le même jour , le Maréchal Daun alla reconnoître
les environs de Brefde , & la poſition des Ennemis
campés entre Zollinen & Peter wistz . Le 9
toute notre Armée s'ébranla , & arriva à quatre
heures du foir à la vue de Drefde. Dans ce mo¬
ment , le Grand Jardin nommé Thiers - Gaften
étoit encore occupé par quelques Bataillons Pruffiens.
Le Général d'Anger eut ordre de les chaffer
de ce Pofte ; & il l'exécuta à la faveur d'un feu
très-vif d'Infanterie , qui caufà aux Ennemis une
perte confidérable. Ils fe retirerent précipitam →
ment dans la Ville de Drefde.
Le Général d'Itzemplitz qui campoit à Keffeldorff
, jugea alors que fon Armée couroit rifque
d'être enveloppée , d'un côté par le Prince de
Deux-Ponts, qui avoit fait pour cela toutes fes difpofitions
; & de l'autre part par le Maréchal Daun ,
La nuit fuivante il jetta promptement deux Ponts
fur ce fleuve ; & dès le lendemain matin , fon Ar
mée fe trouva campée fur l'autre rive, la gauche à
Neudorffel , & la droite à Drefde.
Après la retraite de l'Armée Pruffienne , le
Prince de Deux-Ponts réfolut de marcher en
avant ; & le 11 , il fit pour cela toutes les difpo
fitions néceffaires. Le Corps des Grenadiers fe
porta de Freyberg à Nollen, & la Réſerve s'avança
fur Waldheim. Le 12 , toute l'Armée fe mit en
mouvement , & vint camper à Noffen ; les Grenadiers
fe porterent à Waldheim , & la réſerve à
Grima . Le Général Rud pofté à Meiffen , enleva
JANVIER. 1759. 197
önze Bateaux chargés de farine & de fourrages ,
qui alloient de Targan à Drefde. On eut ce jourlà
des nouvelles du Général Haddict. Il avoit
campé la veille à Cullenbourg , & devoit arriver
avant la fin de la journée à Targan , pour l'invef
tir fur le champ. En conféquence , la Réferve
s'eſt miſe en marche pour l'aller renforcer , & lé
Baron de Kleefeld ,ya auffi le joindre avec fon
Détachement. L'Armée a ordre de fe tenir prête
à marcher.
Le s de ce mois , le Roi de Pruffe après avoir
renforcé la Garnifon de Schweidnits , fe porta à
Neils avec toute fon Armée , & le Prince Henri
marcha à Lamdshut avec le Corps qu'il comman
de. Le Général Laudon le fuivit pour obferver
fes mouvements.
>
2
Le même jour , le Maréchal Daun alla reconnoître
les environs de Brefde , & la poſition des Ennemis
campés entre Zollinen & Peter wistz . Le 9
toute notre Armée s'ébranla , & arriva à quatre
heures du foir à la vue de Drefde. Dans ce mo¬
ment , le Grand Jardin nommé Thiers - Gaften
étoit encore occupé par quelques Bataillons Pruffiens.
Le Général d'Anger eut ordre de les chaffer
de ce Pofte ; & il l'exécuta à la faveur d'un feu
très-vif d'Infanterie , qui caufà aux Ennemis une
perte confidérable. Ils fe retirerent précipitam →
ment dans la Ville de Drefde.
Le Général d'Itzemplitz qui campoit à Keffeldorff
, jugea alors que fon Armée couroit rifque
d'être enveloppée , d'un côté par le Prince de
Deux-Ponts, qui avoit fait pour cela toutes fes difpofitions
; & de l'autre part par le Maréchal Daun ,
La nuit fuivante il jetta promptement deux Ponts
fur ce fleuve ; & dès le lendemain matin , fon Ar
mée fe trouva campée fur l'autre rive, la gauche à
Neudorffel , & la droite à Drefde.
Après la retraite de l'Armée Pruffienne , le
Prince de Deux-Ponts réfolut de marcher en
avant ; & le 11 , il fit pour cela toutes les difpo
fitions néceffaires. Le Corps des Grenadiers fe
porta de Freyberg à Nollen, & la Réſerve s'avança
fur Waldheim. Le 12 , toute l'Armée fe mit en
mouvement , & vint camper à Noffen ; les Grenadiers
fe porterent à Waldheim , & la réſerve à
Grima . Le Général Rud pofté à Meiffen , enleva
JANVIER. 1759. 197
önze Bateaux chargés de farine & de fourrages ,
qui alloient de Targan à Drefde. On eut ce jourlà
des nouvelles du Général Haddict. Il avoit
campé la veille à Cullenbourg , & devoit arriver
avant la fin de la journée à Targan , pour l'invef
tir fur le champ. En conféquence , la Réferve
s'eſt miſe en marche pour l'aller renforcer , & lé
Baron de Kleefeld ,ya auffi le joindre avec fon
Détachement. L'Armée a ordre de fe tenir prête
à marcher.
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Résumé : Du 12. Novembre.
Le 2 novembre, le roi de Prusse renforça la garnison de Schweidnitz et se dirigea vers Neils avec son armée, tandis que le prince Henri marcha vers Lamdshut. Le général Laudon observa leurs mouvements. Le même jour, le maréchal Daun reconnut les environs de Dresde et la position des ennemis entre Zolliken et Peterwitz. Le 9 novembre, l'armée autrichienne arriva à la vue de Dresde. Le général d'Anger chassa les bataillons prussiens du Grand Jardin, causant des pertes considérables. Le général d'Itzemplitz, craignant d'être enveloppé, déplaça son armée sur l'autre rive d'un fleuve, campant à Neudorffel et Drefde. Le 11 novembre, les grenadiers se déplacèrent de Freyberg à Nollen, et la réserve avança vers Waldheim. Le 12 novembre, l'armée campa à Noffen, les grenadiers à Waldheim, et la réserve à Grima. Le général Rud captura onze bateaux chargés de farine et de fourrages à Meissen. La réserve se mit en marche pour renforcer le général Haddict, campé à Cullenbourg. L'armée reçut l'ordre de se tenir prête à marcher.
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43
p. 197-199
Du 18.
Début :
Le 13, l'Armée se mit en mouvement, pour se porter de Nossen à Waldheim ; [...]
Mots clefs :
Mouvements des troupes, Général, Commandement, Défense, Armée prussienne, Ennemis, Prince, Camp, Soldats, Blessés et morts, Combats, Quartier d'hiver
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texteReconnaissance textuelle : Du 18.
Du 18.
Le 13 , l'Armée fe mit en mouvement , pour fe
porter de Noffen à Waldheim ; elle y fejourna
le 14. Dans le même tems , le Général Lufinski
marcha avec les Huffards qu'il commande , de
Rublitz à Grima . Le fieur Weczey s'avança fur
Lanfig , & le Général de Ried vint occuper Hoff ,
après avoir laiffé Garniſon dans Mellen. Le Corps
des Grenadiers foutenu de trois Régimens de Cavalerie
aux ordres du Baron de Brettach, vint camper
a Naunhoff , & on envoya un Détachement
pour conferver le Pofte de Borne.
Le même jour , le Prince de Deux- Ponts fat in
formé par le Général Haddick , qu'étant arrivé
la veille auprès de Torgan , il avoit trouvé l'Avant-
garde des Troupes Pruffiennes , détachée de
l'Armée du Comte de Bohna , déja formée devant
cette Ville & qu'on lui avoit donné avis dans le
même moment , que cette Avant-garde alloit
être jointe partout le Corps détaché , qui paffoit
déja l'Elbe , que dans le deffein de profiter du
court intervalle qui reftoit , avant que cette jonction
fût effectuée , il avoit commandé à fes Huffards
& à fes Croates de charger cette Avant- garde ,
qui avoit été renversée & pourfuivie jufques fous
le canon de Torgan.
Pendant ce tems-la, toutile Corps ennemi entroit
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
dans Torgan . Alors le Général Haddick ſe voyant
dans l'impoffibilité de réuflir dans l'attaque de
cette Place , défendue par des forces fi fupérieures ,
fe replia fur Eulembourg , & alla camper fur le
Moldaw , dont il fit occuper les bords par divers
détachemens , qui eurent ordre d'obſerver exac
tement les mouvemens des Pruffiens , & de leur
difputer le paffage de cette riviere. Le Prince de
Lichtenftein fut commandé prefqu'auffitôt pour
fe porter fur Leipfick, avec un Corps de 800 hommes
de Cavalerie Allemande , & de 300 Huffards
& de 400 Croates.
Le 15 , l'Armée fe remit en marche pour aller
camper à Colditz. On apprit ce jour- là que le
Corps ennemi qui occupoit Torgan , venoit de
faire un mouvement en avant , dans l'intention
de dépofter le Général Haddick des environs
d'Eulembourg. Comme il n'étoit plus poffible de
rien entreprendre fur Leipfick , parce que les Pruffiens
réunis , étoient en état de foutenir & de renforcer
la Garniſon de cette Ville . Le Prince de
Deux- Ponts envoya ordre au Général Haddick ,
ďarrêter , le plus qu'il pourroit , les Ennemis au
paffage de la Moldaw , & de prendre fon tems
pour faire la retraite.
Les Ennemis marchoient en effet pour attaquer
le Pont d'Eulembourg. Le Prince de Stolberg ,
qui étoit chargé de le défendre avec le Régiment
de Giulai & les Troupes de Cologne , leur oppofa
une réfiftance vigoureuſe , & fit plier deux ou trois
Régimens qui le chargeoient . Cependant toute la
Cavalerie des Pruffiens & tous leurs Huffards paffoient
la riviere au gué. Le Général Haddick, inférieur
de beaucoup aux Ennemis , voyant cette
manoeuvre , exécuta fa Retraite en bon ordre.
Il fut pourſuivi par toute leur Cavalerie . Mais
ces mêmes Troupes qui avoient montré tant de
JANVIER. 1759. 199
valeur auPont d'Eulembourg , couvrirent ſon Arriere
Garde , & en impoferent aux Pruffiens , par
leur contenance affurée ; de forte que la Retraite
fe fit tranquillement jufqu'à Grima , où le Général
Haddick fut joint par les Généraux de Ried &
Luzinski.
Le 16 , l'Armée continua fa marche de Colditz
à Widnau. Le 17 , elle vint camper à Kemnitz.
Le Corps des Grenadiers & la Cavalerie aux ordres
du Baron de Brettach , fe porta de Borna à Bonig .
Le Général Haddick retira le Détachement que
le Prince Lichtenſtein commandoit du côté de
Leipfick ; il vint camper à Colditz , & il donna
ordre au fieur Weczey , d'aller occuper Noffen
avec fa divifion .
Nous avons fçu que nos Troupes n'avoient perdu
à l'affaire d'Eulembourg , que 230 hommes ,
tués , bleffés ou Prifonniers. La perte des Pruffiens
a été beaucoup plus confidérable , furtout à l'attaque
du Pont , où notre Artillerie a fait fur eux
un feu vif & foutenu . Depuis ce combat , les Pruf
fiens ont marché à Leipfick avec toutes leurs forces.
Du 22 .
Le 19 , le Prince de Deux-Ponts déclara la réfo
lution où il étoit de prendre desQuartiers d'Hyver,
à caufe que la rigueur de la faifon ne permettoit
plus de laiffer le Soldat fous la toile . En conféquence
, l'Armée ſe remit en marche le 20 , & arriva
ce jour-là à Langwitz. Le lendemain , elle
fe
porta à Zwickau , où le Quartier Général fur
établi. Le Corps aux ordres du Général Haddick ,
refta à Bonig , & le Détachement aux ordres du
feur Weczey , marcha à Chemnitz .
Le 13 , l'Armée fe mit en mouvement , pour fe
porter de Noffen à Waldheim ; elle y fejourna
le 14. Dans le même tems , le Général Lufinski
marcha avec les Huffards qu'il commande , de
Rublitz à Grima . Le fieur Weczey s'avança fur
Lanfig , & le Général de Ried vint occuper Hoff ,
après avoir laiffé Garniſon dans Mellen. Le Corps
des Grenadiers foutenu de trois Régimens de Cavalerie
aux ordres du Baron de Brettach, vint camper
a Naunhoff , & on envoya un Détachement
pour conferver le Pofte de Borne.
Le même jour , le Prince de Deux- Ponts fat in
formé par le Général Haddick , qu'étant arrivé
la veille auprès de Torgan , il avoit trouvé l'Avant-
garde des Troupes Pruffiennes , détachée de
l'Armée du Comte de Bohna , déja formée devant
cette Ville & qu'on lui avoit donné avis dans le
même moment , que cette Avant-garde alloit
être jointe partout le Corps détaché , qui paffoit
déja l'Elbe , que dans le deffein de profiter du
court intervalle qui reftoit , avant que cette jonction
fût effectuée , il avoit commandé à fes Huffards
& à fes Croates de charger cette Avant- garde ,
qui avoit été renversée & pourfuivie jufques fous
le canon de Torgan.
Pendant ce tems-la, toutile Corps ennemi entroit
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
dans Torgan . Alors le Général Haddick ſe voyant
dans l'impoffibilité de réuflir dans l'attaque de
cette Place , défendue par des forces fi fupérieures ,
fe replia fur Eulembourg , & alla camper fur le
Moldaw , dont il fit occuper les bords par divers
détachemens , qui eurent ordre d'obſerver exac
tement les mouvemens des Pruffiens , & de leur
difputer le paffage de cette riviere. Le Prince de
Lichtenftein fut commandé prefqu'auffitôt pour
fe porter fur Leipfick, avec un Corps de 800 hommes
de Cavalerie Allemande , & de 300 Huffards
& de 400 Croates.
Le 15 , l'Armée fe remit en marche pour aller
camper à Colditz. On apprit ce jour- là que le
Corps ennemi qui occupoit Torgan , venoit de
faire un mouvement en avant , dans l'intention
de dépofter le Général Haddick des environs
d'Eulembourg. Comme il n'étoit plus poffible de
rien entreprendre fur Leipfick , parce que les Pruffiens
réunis , étoient en état de foutenir & de renforcer
la Garniſon de cette Ville . Le Prince de
Deux- Ponts envoya ordre au Général Haddick ,
ďarrêter , le plus qu'il pourroit , les Ennemis au
paffage de la Moldaw , & de prendre fon tems
pour faire la retraite.
Les Ennemis marchoient en effet pour attaquer
le Pont d'Eulembourg. Le Prince de Stolberg ,
qui étoit chargé de le défendre avec le Régiment
de Giulai & les Troupes de Cologne , leur oppofa
une réfiftance vigoureuſe , & fit plier deux ou trois
Régimens qui le chargeoient . Cependant toute la
Cavalerie des Pruffiens & tous leurs Huffards paffoient
la riviere au gué. Le Général Haddick, inférieur
de beaucoup aux Ennemis , voyant cette
manoeuvre , exécuta fa Retraite en bon ordre.
Il fut pourſuivi par toute leur Cavalerie . Mais
ces mêmes Troupes qui avoient montré tant de
JANVIER. 1759. 199
valeur auPont d'Eulembourg , couvrirent ſon Arriere
Garde , & en impoferent aux Pruffiens , par
leur contenance affurée ; de forte que la Retraite
fe fit tranquillement jufqu'à Grima , où le Général
Haddick fut joint par les Généraux de Ried &
Luzinski.
Le 16 , l'Armée continua fa marche de Colditz
à Widnau. Le 17 , elle vint camper à Kemnitz.
Le Corps des Grenadiers & la Cavalerie aux ordres
du Baron de Brettach , fe porta de Borna à Bonig .
Le Général Haddick retira le Détachement que
le Prince Lichtenſtein commandoit du côté de
Leipfick ; il vint camper à Colditz , & il donna
ordre au fieur Weczey , d'aller occuper Noffen
avec fa divifion .
Nous avons fçu que nos Troupes n'avoient perdu
à l'affaire d'Eulembourg , que 230 hommes ,
tués , bleffés ou Prifonniers. La perte des Pruffiens
a été beaucoup plus confidérable , furtout à l'attaque
du Pont , où notre Artillerie a fait fur eux
un feu vif & foutenu . Depuis ce combat , les Pruf
fiens ont marché à Leipfick avec toutes leurs forces.
Du 22 .
Le 19 , le Prince de Deux-Ponts déclara la réfo
lution où il étoit de prendre desQuartiers d'Hyver,
à caufe que la rigueur de la faifon ne permettoit
plus de laiffer le Soldat fous la toile . En conféquence
, l'Armée ſe remit en marche le 20 , & arriva
ce jour-là à Langwitz. Le lendemain , elle
fe
porta à Zwickau , où le Quartier Général fur
établi. Le Corps aux ordres du Général Haddick ,
refta à Bonig , & le Détachement aux ordres du
feur Weczey , marcha à Chemnitz .
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Résumé : Du 18.
Entre le 13 et le 17 janvier 1759, les troupes menées par le prince de Deux-Ponts effectuèrent plusieurs déplacements stratégiques. Le 13 janvier, l'armée se déplaça de Noffen à Waldheim, tandis que divers généraux et leurs unités se positionnèrent à Grima, Lanfig, Hoff et Naunhoff. Le 14 janvier, l'armée resta à Waldheim. Le général Haddick informa le prince de Deux-Ponts que l'avant-garde prussienne était formée devant Torgan. Haddick ordonna une charge contre cette avant-garde, qui fut repoussée jusqu'au canon de Torgan, mais face à des forces supérieures, il se replia sur Eulembourg. Le 15 janvier, l'armée se remit en marche pour camper à Colditz. Les Prussiens tentèrent de déloger Haddick des environs d'Eulembourg, mais furent repoussés par le prince de Stolberg. Haddick effectua une retraite ordonnée et rejoignit les généraux de Ried et Luzinski à Grima. Le 16 janvier, l'armée continua vers Widnau et campa à Kemnitz le 17 janvier. Les grenadiers et la cavalerie se déplacèrent de Borna à Bonig, et Haddick retira un détachement près de Leipzig pour camper à Colditz, ordonnant à Weczey d'occuper Noffen. Lors du combat d'Eulembourg, les troupes perdirent 230 hommes, tandis que les pertes prussiennes furent plus importantes, notamment à l'attaque du pont. Après ce combat, les Prussiens marchèrent sur Leipzig. Le 19 janvier, en raison de la rigueur de la saison, le prince de Deux-Ponts décida de prendre des quartiers d'hiver. L'armée se remit en marche le 20 janvier, arrivant à Langwitz, puis à Zwickau le lendemain. Le corps de Haddick resta à Bonig, et le détachement de Weczey marcha sur Chemnitz.
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44
p. 199-200
DE NUREMBERG, le 8 Février.
Début :
On a eu avis que le projet concerté entre les Généraux des Alliés [...]
Mots clefs :
Camp, Généraux, Alliés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE NUREMBERG, le 8 Février.
DE NUREMBERG , le 8 Février.
Na eu avis que le projet concerté entre les
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Généraux des Alliés eft de former un camp nombreux
fous le canon de Caffel.
Na eu avis que le projet concerté entre les
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Généraux des Alliés eft de former un camp nombreux
fous le canon de Caffel.
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45
p. 198-200
DE VERSAILLES, le 12 Avril.
Début :
Le Roi a chargé de l'Inspection générale des Bataillons de Milice, [...]
Mots clefs :
Bataillons, Armée, Inspection, Grade, Nominations, Compagnie, Prince, Camp, Lieutenant, Comtesse, Abbaye, Ordre, Diocèse, Abbé, Religieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 12 Avril.
De VERSAILLEs, le 12 Avril.
Les tira sº •
-
M A I. 1759. 1 99
•
Bataillons de Milice, actuellement employés dans
l'Armée du Bas - Rhin, le ſieur Merlet, ancien
Lieutenant-Colonel d'Infanterie, & commandant
les Milices de la Ville de Paris Le ſieur de la
Caze , Premier-Préſident du Parlement de Pau,
a prété ſerment entre les mains de Sa Majeſté.
Le premier de ce mois, le Roi a élevé au Grade
de Sousbrigadier dans les Gardes de ſon Corps,
dans la Compagnie que commande M. le Prince
de Beauvau, M. Deſoûſlamontier , au lieu & pla
ce de M. de Bachaſſon.
-
Nota. On a omis dans la Liſte des Maréchaux
de Camp de la derniere promotion , le Marquis
de Gantès, qui eſt employé en cette qualité dans
le Dauphiné.
-Du 19.
: Le Roi a nommé Inſpecteur général des Ré
gimens d'Infanterie Irlandoiſe & Ecoſſoiſe, le
Comte de Rothe, Lieutenant Général de ſes Ar
mées, & Colonei du Régiment d'Infanterie Irlan
doiſe de ſon nom.
La Comteſſe de Chabannes Curton , Fille de
M. Daniel de Talleyrand-Perigord, Marquis de
Talleyrand, a été nommée par Sa Majeſté, Dame
de Compagnie de Madame.
Le Roi a donné l'Abbaye de Noirlac, Ordre
de Cîteaux, Diocèſe de Bourges, à l'Abbé de Lu
·berſac, vicaire Général du Diocèſe de Toulouſe.
L'Abbaye de S. Pierre de Beaulieu, Ordre de
S. Benoît, Diocèſe de Limoges , à l'Abbé de Ga
briac , Vicaire Général du Diocèſe de Sens ; celle
de Previlly , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Tours, à l'Abbé Thomas, Grand Aumônier &
Chanoine de la Cathédrale de Metz.
Le Prieuré de la Trinité de Fougeres, Ordre
de S. Benoît, Diocèſe de Rennes #º de
ly
2 eo ME RCU R E DE P RA N CE.
\
Goyon , Aumônier de Madame, Vicaire Général
du Diocèſe de Leon.
L'Abbaye de Faremoutiers, Ordre de S. Be
n°ît, Diocèſe de Meaux , à la Dame le Nor
mand , Abbeſſe de Gercy.
Et l'Abbaye de Gercy , Ordre de S. Benoît,
Dioceſe de l'aris , à la Dame de Braque , Reli
gieuſe du Monaſtère de S. Nicolas de Compiégne.
Les tira sº •
-
M A I. 1759. 1 99
•
Bataillons de Milice, actuellement employés dans
l'Armée du Bas - Rhin, le ſieur Merlet, ancien
Lieutenant-Colonel d'Infanterie, & commandant
les Milices de la Ville de Paris Le ſieur de la
Caze , Premier-Préſident du Parlement de Pau,
a prété ſerment entre les mains de Sa Majeſté.
Le premier de ce mois, le Roi a élevé au Grade
de Sousbrigadier dans les Gardes de ſon Corps,
dans la Compagnie que commande M. le Prince
de Beauvau, M. Deſoûſlamontier , au lieu & pla
ce de M. de Bachaſſon.
-
Nota. On a omis dans la Liſte des Maréchaux
de Camp de la derniere promotion , le Marquis
de Gantès, qui eſt employé en cette qualité dans
le Dauphiné.
-Du 19.
: Le Roi a nommé Inſpecteur général des Ré
gimens d'Infanterie Irlandoiſe & Ecoſſoiſe, le
Comte de Rothe, Lieutenant Général de ſes Ar
mées, & Colonei du Régiment d'Infanterie Irlan
doiſe de ſon nom.
La Comteſſe de Chabannes Curton , Fille de
M. Daniel de Talleyrand-Perigord, Marquis de
Talleyrand, a été nommée par Sa Majeſté, Dame
de Compagnie de Madame.
Le Roi a donné l'Abbaye de Noirlac, Ordre
de Cîteaux, Diocèſe de Bourges, à l'Abbé de Lu
·berſac, vicaire Général du Diocèſe de Toulouſe.
L'Abbaye de S. Pierre de Beaulieu, Ordre de
S. Benoît, Diocèſe de Limoges , à l'Abbé de Ga
briac , Vicaire Général du Diocèſe de Sens ; celle
de Previlly , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de
Tours, à l'Abbé Thomas, Grand Aumônier &
Chanoine de la Cathédrale de Metz.
Le Prieuré de la Trinité de Fougeres, Ordre
de S. Benoît, Diocèſe de Rennes #º de
ly
2 eo ME RCU R E DE P RA N CE.
\
Goyon , Aumônier de Madame, Vicaire Général
du Diocèſe de Leon.
L'Abbaye de Faremoutiers, Ordre de S. Be
n°ît, Diocèſe de Meaux , à la Dame le Nor
mand , Abbeſſe de Gercy.
Et l'Abbaye de Gercy , Ordre de S. Benoît,
Dioceſe de l'aris , à la Dame de Braque , Reli
gieuſe du Monaſtère de S. Nicolas de Compiégne.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 12 Avril.
Le document du 12 avril 1759 mentionne plusieurs nominations et promotions au sein de l'armée et de la cour royale. Le sieur Merlet, ancien Lieutenant-Colonel d'Infanterie, et le sieur de la Caze, Premier-Président du Parlement de Pau, ont prêté serment au roi. M. Desoûslamontier a été promu Sousbrigadier dans les Gardes du Corps, succédant à M. de Bachasson. Une omission a été relevée dans la liste des Maréchaux de Camp, incluant le Marquis de Gantès, employé dans le Dauphiné. Le 19 avril, le Comte de Rothe a été nommé Inspecteur général des Régiments d'Infanterie Irlandoise et Écossaise. La Comtesse de Chabannes Curton, fille de M. Daniel de Talleyrand-Perigord, a été nommée Dame de Compagnie de Madame. Diverses abbayes et prieurés ont été attribués, notamment l'Abbaye de Noirlac à l'Abbé de Lubersac, l'Abbaye de Saint-Pierre de Beaulieu à l'Abbé de Gabriac, et l'Abbaye de Faremoutiers à la Dame le Normand.
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46
p. 203-204
De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
Début :
Le Maréchal de Daun, après avoir établi son quartier à Mengelsdorff, alla reconnoître [...]
Mots clefs :
Maréchal Daun, Roi de Prusse, Camp, Opérations militaires, Prince Henri, Troupes, Attaque, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
De l'Armée Autrichienne , le 1 Octobre.
Le Maréchal de Daun , après avoir établi fon
quartier à Mengelfdorff , alla reconnoître la pofition
du corps aux ordres du Général Ziethen à
Landfcrone ; & il apprit que le Roi de Pruffe
s'étoit porté de Sagan fur Grienberg. Il fit fes
difpofitions pour envelopper le camp de Landfcrone
le lendemain , & pour marcher enfuite au
Prince Henri. Mais il apprit le 24 , que le Général
Ziethen avoit décampé la nuit , pour le
Iv
204 MERCURE DE FRANCE.
joindre au Prince Henri , dont l'Armée venoit
d'abandonner Gorlitz. Toutes les troupes légères
furent détachées , avec ordre de pourfuivre vivement
les Pruffiens . Elles atteignirent leur bagage ,
en enlevèrent une partie , & firent beaucoup de
prifonniers .
Le Maréchal de Daun , après avoir établi fon
quartier à Mengelfdorff , alla reconnoître la pofition
du corps aux ordres du Général Ziethen à
Landfcrone ; & il apprit que le Roi de Pruffe
s'étoit porté de Sagan fur Grienberg. Il fit fes
difpofitions pour envelopper le camp de Landfcrone
le lendemain , & pour marcher enfuite au
Prince Henri. Mais il apprit le 24 , que le Général
Ziethen avoit décampé la nuit , pour le
Iv
204 MERCURE DE FRANCE.
joindre au Prince Henri , dont l'Armée venoit
d'abandonner Gorlitz. Toutes les troupes légères
furent détachées , avec ordre de pourfuivre vivement
les Pruffiens . Elles atteignirent leur bagage ,
en enlevèrent une partie , & firent beaucoup de
prifonniers .
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Résumé : De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
Le 1er octobre, le Maréchal de Daun repéra le corps du Général Ziethen à Landfcrone et apprit le déplacement du Roi de Prusse vers Grienberg. Le 24 octobre, Ziethen quitta Landfcrone pour rejoindre le Prince Henri. Daun envoya des troupes légères qui capturèrent du bagage ennemi et firent des prisonniers.
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47
p. 199-204
DE LONDRES, le 20 Octobre.
Début :
La Cour a reçu plusieurs lettres du Canada, dont le contenu vient d'être [...]
Mots clefs :
Canada, Troupes, Général, Bataillons, Ennemis, Camp, Indiens d'Amérique, Français, Débarquement, Siège de Québec, Attaques, Blessés et morts, Grenadiers, Avantages, Commandant, Vaisseaux, Amiral, Forts, Capitaine, Courrier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Octobre.
De
LONDRES , le 20 Octobre.
La Cour a reçu plufieurs lettres du Canada ,
dont le contenu vient d'être rendu public , Elles
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
portent en fubftance les nouvelles fuivantes :
Les troupes aux ordres du Général Wolf dé
barquerent le 2 Juin dans l'Ifle d'Orléans. Deux
jours après , le fieur Monckton , Brigadier , fut
détaché avec quatre bataillons pour déloger quel→
ques troupes ennemies , qui occupoient la pointe
de Lévi. Il fit cette entrepriſe le 30 , tandis qu'un
fecond détachement commandé par le Colonel
Carleton s'établiffoit à la pointe occidentale de
l'Ifle. On travailla aufſitôt à conſtruire des batte
ries à la pointe de Lévi . Seize cens Ennemis tra
verferent le fleuve dans l'intention de détruire
nos ouvrages ; mais ils furent repouffés & obligés
de fe retirer avec perte, La Compagnie du Capi +
taine Dancks , qui avoit éte poftée dans les bois
pour couvrir nos travailleurs , fut attaquée par
un corps d'Indiens , & entierement détruite.
Le camp du Général Wolf n'étoit féparé de celui
du Marquis de Montcalm ,que par la riviere de
Montmorenci. Nos troupes firent pluſieurs tenta
tives pour paffer cette riviere;mais elles trouverent
le bod oppofé tout-à-fait inacceffible ; & les Indiens
qui le gardoient leur tuerent une quarantaine
d'hommes. Le 31 Juillet le Général Wolf fir
embarquer à la pointe de Lévi un détachement
fur les efquifs de la flotte. Le vaiffeau le Centurion
entra dans le canal pour protéger les troupes
contre le feu des batteries de l'Ennemi . On gar
nit d'artillerie les hauteurs. Treize Compagnies
de Grenadiers aborderent avec deux cens hommes
du ſecond bataillon Américain . Ils avoient
ordre de ne commencer l'attaque que lorsqu'ils
verroient les brigades des fieurs Monckton &
Townshend à portée de les foutenir. Leur ardeur
ne leur permit pas d'attendre ce fecours.
Ils attaquerent une redoute , & furent foudrøyés
par le feu des François. Il fallut les rappeller , &.
DECEMBRE . 1759. 201
renoncer à cette attaque , où nous avons eu deux
cens hommes tués , & près de fept cens bleffés.
Quelques jours après le Général Wolf envoya
à Chambaud un détachement de douze cen's
hommes , & le magafin que les ennemis y avoient
formé fut brûlé . Ce Général , de concert avec
l'Amiral Saunders , reconnut attentivement l'état
de la place , & la pofition de l'armée Françoife
qui occupoit un camp retranché le long de la
côte de Beauport , depuis la riviere de Saint-
Charles,jufqu'au faut de Montmorency : Il jugea
qu'il étoit impoffible de réuffir dans le fiége de
Québec , à moins qu'on ne vînt à bout de tirer
l'armée Françoile de fa pofition & de l'engager
à une bataille. Après avoir pris l'avis des Officiers-
Généraux , il fut réfolu qu'une partie de la flotte
remonteroit la riviere pour attaquer les vailleaux
ennemis , & que les bateaux plats feroient employés
à débarquer les troupes à trois milles au
dellas de la ville. Cette réfolution fut exécutée le
8 Septembre.
Le débarquement fe fit le 11 une heure avant
le jour à quelque diſtance du Cap Diamant . Le
lendemain l'action s'engagea. Le front de l'ennemi
étoit couvert par des brouffail es. Les François
commencerent l'attaque & chargerent notre
droite avec beaucoup de vivacité . Cette attaque
devint funefte aux deux Généraux. Le Marquis
de Montcalm fut tué à la tête de fes bataillons.
Le Général Wolf eut le même fort ; & les Commandans
en fecond des deux troupes furent
dangereufement bleffés . On fe battit de part &
d'autre avec acharnement. Nos Grenadiers for--
dirent fur l'ennemi la bayonnette au bout du
fufil , & le firent plier de toute part. L'attaque
Fut moins vive à notre gauche. L'Ennemi tenta
plufieurs fois de prendre en flancs mais fes
Iy
202 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens furent toujours arrêtés par l'activité
de nos troupes : enfin reſtés maîtres du champ de
bataille , nous nous emparâmes d'une pièce de
canon , & nous fimes quatorze Officiers prifonniers
de guerre.
Notre avantage avoit été confidérable , mais
il n'étoit pas décifif. Nos Généraux prirent toutes
les mesures néceffaires pour bien fortifier leur
camp. Le 17 , nous n'avions point encore de
batterie établie , & les travaux de la tranchée
étoient à peine commencés . Sur le foir , contre
notre attente , le Commandant de la Place
demanda à capituler. Les articles furent dreffés
pendant la nuit , & fignés le jour fuivant à huit
heures du matin. Nos Généraux ont accordé à
la garniſon tous les honneurs de la guerre. Les
habitans ont été maintenus dans leurs poffeffions ,
& dans la jouiffance de leurs priviléges . On s'eft
engagé à leur conferver le libre exercice de leur
religion . On s'eft déterminé à leur accorder toutes
leurs demandes , parce que la faifon étoit déjà
bien avancée , & qu'on craignoit qu'une plus
longue résistance de leur part n'expofât les
troupes & furtout la flotte à de fâcheux accidens .
La garniſon vient d'être embarquée fur plufieurs
de nos bâtimens , qui doivent la conduire
en France , où elle a demandé d'être tranfportée.
Nous avons trouvé dans la ville fix petits
canons de bronze , cent quatre-vingt-dix canons
de fer , feize mortiers, & quantité de bombes , de
boulets & de munitions. ( L'arrivée des Officiers
François les met à portée de détruire la mauvaile
impreffion que les papiers Anglois ont pu donner
fur leur conduite. )
Du 28.
L'Amiral Saunders a fait embarquer la Garni
fon Françoile de Quebec , avec tous les priſonDECEMBRE.
1759. 203
niers que nos troupes ont fait dans le Canada. Il
mande qu'il a eu avis que les François ont abandonné
tous les Forts qu'ils avoient fur l'Ohio ,
après les avoir démolis ; & qu'ils ont fait dire aux
Indiens qu'ils étoient obligés de fe rapprocher de
Montréal , mais qu'ils efpéroient de retourner
fur l'Ohio l'année prochaine .
Du 6 Novembre.
Depuis qu'on a été informé que le Capitaine
Thurot étoit parti de Dunkerque, on a été trèsattentif
à découvrir la route de fon eſcadre , & à
prendre des mefures pour faire échouer fes def
Teins que l'on ignore. Quelques bâtimens Hollandois
qui font entrés dans nos Ports ont déclaré
qu'ils avoient apperçu cette efcadre à la hauteur
de Texel , faifant voile vers le Nord. Le Chef
d'Efcadre Boys a ordre de la poursuivre. Il arriva
le 25 du mois dernier à Edimbourg , où il s'arrêta
quelques heures pour renouveller fes provifions ;
& il en partit enfuite pour aller à la recherche de
cet ennemi. On a détaché plufieurs corvettes qui
ont ordre de croifer le long des Côtes orientales
d'Angleterre & d'Ecoffe. Le Chevalier Brett doit
fe porter inceffamment fur la Côte d'Irlande ,
pour veiller à la fureté de ce Royaume.
L'Amiral Broderick continue de croifer à la
hauteur de Cadix , pour empêcher la fortie des
vaiffeaux qui faifoient partie de l'efcadre du fieur
de la Clue , & qui ont relâché dans ce Port. Le
Chef d'Elcadre Duff eft avec dix vailleaux devant
la baye de Quiberon en Bretagne.
L'Amiral Hawke eft devant Breft avec vingtun
vaiffeaux de ligne. Il a informé la Cour que
le Maréchal de Conflans avoit reçu des ordres
pofitifs de mettre à la voile, & qu'on doit s'at
tendre qu'il les exécutera inceffamment . L'efca
dre de l'Amiral Hawke a été affoiblie par l'e
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
détachementqu'il a eu ordre de faire de quelques
vaiffeaux de guerre qui font partis pour aller
croifer à la hauteur du Cap de Finiftere. L'objet
de ce détachement eft d'arrêter l'efcadre du fieur
de Bompart , qui eft en route pour revenir fur
les Côtes de France.
150
Le 31 , on dépêcha un Courier au Roi de Pruffe.
On le dit chargé de porter à ce Prince le renouvellement
du Traité de Subfide entre les Cours
de Londres & de Berlin. Le fubfi te accordé à Sa
Majefté Pruffienne pour l'année prochaine , eft
d'un million de livres fterling. On affure que le
Traité avec le Landgrave de Helle- Caffel fera renouvellé
incellamment , & que ce Prince fournira
un nouveau corps de fix mille hommes à la
folde de l'Angleterre .
Un Courier arriva de Petersbourg ce même
jour. On n'a rien publié jufqu'à prélent du contenu
de les dépêches . Mais on fçait que le fieur
Keith , Miniftre du Roi à la Cour de Ruffie , a été
trompé dans l'efpérance qu'il avoit conçue d'engager
cette Couronne à retirer les troupes.
LONDRES , le 20 Octobre.
La Cour a reçu plufieurs lettres du Canada ,
dont le contenu vient d'être rendu public , Elles
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
portent en fubftance les nouvelles fuivantes :
Les troupes aux ordres du Général Wolf dé
barquerent le 2 Juin dans l'Ifle d'Orléans. Deux
jours après , le fieur Monckton , Brigadier , fut
détaché avec quatre bataillons pour déloger quel→
ques troupes ennemies , qui occupoient la pointe
de Lévi. Il fit cette entrepriſe le 30 , tandis qu'un
fecond détachement commandé par le Colonel
Carleton s'établiffoit à la pointe occidentale de
l'Ifle. On travailla aufſitôt à conſtruire des batte
ries à la pointe de Lévi . Seize cens Ennemis tra
verferent le fleuve dans l'intention de détruire
nos ouvrages ; mais ils furent repouffés & obligés
de fe retirer avec perte, La Compagnie du Capi +
taine Dancks , qui avoit éte poftée dans les bois
pour couvrir nos travailleurs , fut attaquée par
un corps d'Indiens , & entierement détruite.
Le camp du Général Wolf n'étoit féparé de celui
du Marquis de Montcalm ,que par la riviere de
Montmorenci. Nos troupes firent pluſieurs tenta
tives pour paffer cette riviere;mais elles trouverent
le bod oppofé tout-à-fait inacceffible ; & les Indiens
qui le gardoient leur tuerent une quarantaine
d'hommes. Le 31 Juillet le Général Wolf fir
embarquer à la pointe de Lévi un détachement
fur les efquifs de la flotte. Le vaiffeau le Centurion
entra dans le canal pour protéger les troupes
contre le feu des batteries de l'Ennemi . On gar
nit d'artillerie les hauteurs. Treize Compagnies
de Grenadiers aborderent avec deux cens hommes
du ſecond bataillon Américain . Ils avoient
ordre de ne commencer l'attaque que lorsqu'ils
verroient les brigades des fieurs Monckton &
Townshend à portée de les foutenir. Leur ardeur
ne leur permit pas d'attendre ce fecours.
Ils attaquerent une redoute , & furent foudrøyés
par le feu des François. Il fallut les rappeller , &.
DECEMBRE . 1759. 201
renoncer à cette attaque , où nous avons eu deux
cens hommes tués , & près de fept cens bleffés.
Quelques jours après le Général Wolf envoya
à Chambaud un détachement de douze cen's
hommes , & le magafin que les ennemis y avoient
formé fut brûlé . Ce Général , de concert avec
l'Amiral Saunders , reconnut attentivement l'état
de la place , & la pofition de l'armée Françoife
qui occupoit un camp retranché le long de la
côte de Beauport , depuis la riviere de Saint-
Charles,jufqu'au faut de Montmorency : Il jugea
qu'il étoit impoffible de réuffir dans le fiége de
Québec , à moins qu'on ne vînt à bout de tirer
l'armée Françoile de fa pofition & de l'engager
à une bataille. Après avoir pris l'avis des Officiers-
Généraux , il fut réfolu qu'une partie de la flotte
remonteroit la riviere pour attaquer les vailleaux
ennemis , & que les bateaux plats feroient employés
à débarquer les troupes à trois milles au
dellas de la ville. Cette réfolution fut exécutée le
8 Septembre.
Le débarquement fe fit le 11 une heure avant
le jour à quelque diſtance du Cap Diamant . Le
lendemain l'action s'engagea. Le front de l'ennemi
étoit couvert par des brouffail es. Les François
commencerent l'attaque & chargerent notre
droite avec beaucoup de vivacité . Cette attaque
devint funefte aux deux Généraux. Le Marquis
de Montcalm fut tué à la tête de fes bataillons.
Le Général Wolf eut le même fort ; & les Commandans
en fecond des deux troupes furent
dangereufement bleffés . On fe battit de part &
d'autre avec acharnement. Nos Grenadiers for--
dirent fur l'ennemi la bayonnette au bout du
fufil , & le firent plier de toute part. L'attaque
Fut moins vive à notre gauche. L'Ennemi tenta
plufieurs fois de prendre en flancs mais fes
Iy
202 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens furent toujours arrêtés par l'activité
de nos troupes : enfin reſtés maîtres du champ de
bataille , nous nous emparâmes d'une pièce de
canon , & nous fimes quatorze Officiers prifonniers
de guerre.
Notre avantage avoit été confidérable , mais
il n'étoit pas décifif. Nos Généraux prirent toutes
les mesures néceffaires pour bien fortifier leur
camp. Le 17 , nous n'avions point encore de
batterie établie , & les travaux de la tranchée
étoient à peine commencés . Sur le foir , contre
notre attente , le Commandant de la Place
demanda à capituler. Les articles furent dreffés
pendant la nuit , & fignés le jour fuivant à huit
heures du matin. Nos Généraux ont accordé à
la garniſon tous les honneurs de la guerre. Les
habitans ont été maintenus dans leurs poffeffions ,
& dans la jouiffance de leurs priviléges . On s'eft
engagé à leur conferver le libre exercice de leur
religion . On s'eft déterminé à leur accorder toutes
leurs demandes , parce que la faifon étoit déjà
bien avancée , & qu'on craignoit qu'une plus
longue résistance de leur part n'expofât les
troupes & furtout la flotte à de fâcheux accidens .
La garniſon vient d'être embarquée fur plufieurs
de nos bâtimens , qui doivent la conduire
en France , où elle a demandé d'être tranfportée.
Nous avons trouvé dans la ville fix petits
canons de bronze , cent quatre-vingt-dix canons
de fer , feize mortiers, & quantité de bombes , de
boulets & de munitions. ( L'arrivée des Officiers
François les met à portée de détruire la mauvaile
impreffion que les papiers Anglois ont pu donner
fur leur conduite. )
Du 28.
L'Amiral Saunders a fait embarquer la Garni
fon Françoile de Quebec , avec tous les priſonDECEMBRE.
1759. 203
niers que nos troupes ont fait dans le Canada. Il
mande qu'il a eu avis que les François ont abandonné
tous les Forts qu'ils avoient fur l'Ohio ,
après les avoir démolis ; & qu'ils ont fait dire aux
Indiens qu'ils étoient obligés de fe rapprocher de
Montréal , mais qu'ils efpéroient de retourner
fur l'Ohio l'année prochaine .
Du 6 Novembre.
Depuis qu'on a été informé que le Capitaine
Thurot étoit parti de Dunkerque, on a été trèsattentif
à découvrir la route de fon eſcadre , & à
prendre des mefures pour faire échouer fes def
Teins que l'on ignore. Quelques bâtimens Hollandois
qui font entrés dans nos Ports ont déclaré
qu'ils avoient apperçu cette efcadre à la hauteur
de Texel , faifant voile vers le Nord. Le Chef
d'Efcadre Boys a ordre de la poursuivre. Il arriva
le 25 du mois dernier à Edimbourg , où il s'arrêta
quelques heures pour renouveller fes provifions ;
& il en partit enfuite pour aller à la recherche de
cet ennemi. On a détaché plufieurs corvettes qui
ont ordre de croifer le long des Côtes orientales
d'Angleterre & d'Ecoffe. Le Chevalier Brett doit
fe porter inceffamment fur la Côte d'Irlande ,
pour veiller à la fureté de ce Royaume.
L'Amiral Broderick continue de croifer à la
hauteur de Cadix , pour empêcher la fortie des
vaiffeaux qui faifoient partie de l'efcadre du fieur
de la Clue , & qui ont relâché dans ce Port. Le
Chef d'Elcadre Duff eft avec dix vailleaux devant
la baye de Quiberon en Bretagne.
L'Amiral Hawke eft devant Breft avec vingtun
vaiffeaux de ligne. Il a informé la Cour que
le Maréchal de Conflans avoit reçu des ordres
pofitifs de mettre à la voile, & qu'on doit s'at
tendre qu'il les exécutera inceffamment . L'efca
dre de l'Amiral Hawke a été affoiblie par l'e
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
détachementqu'il a eu ordre de faire de quelques
vaiffeaux de guerre qui font partis pour aller
croifer à la hauteur du Cap de Finiftere. L'objet
de ce détachement eft d'arrêter l'efcadre du fieur
de Bompart , qui eft en route pour revenir fur
les Côtes de France.
150
Le 31 , on dépêcha un Courier au Roi de Pruffe.
On le dit chargé de porter à ce Prince le renouvellement
du Traité de Subfide entre les Cours
de Londres & de Berlin. Le fubfi te accordé à Sa
Majefté Pruffienne pour l'année prochaine , eft
d'un million de livres fterling. On affure que le
Traité avec le Landgrave de Helle- Caffel fera renouvellé
incellamment , & que ce Prince fournira
un nouveau corps de fix mille hommes à la
folde de l'Angleterre .
Un Courier arriva de Petersbourg ce même
jour. On n'a rien publié jufqu'à prélent du contenu
de les dépêches . Mais on fçait que le fieur
Keith , Miniftre du Roi à la Cour de Ruffie , a été
trompé dans l'efpérance qu'il avoit conçue d'engager
cette Couronne à retirer les troupes.
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Résumé : DE LONDRES, le 20 Octobre.
En 1759, des événements militaires significatifs se sont déroulés au Canada. Le 2 juin, les troupes du Général Wolfe ont débarqué sur l'île d'Orléans. Le Brigadier Monckton a été chargé de déloger des troupes ennemies à la pointe de Lévi, tandis que le Colonel Carleton établissait une position à l'ouest de l'île. Les Britanniques ont construit des batteries à la pointe de Lévi, repoussant une attaque ennemie de 160 hommes. Cependant, une compagnie britannique a été détruite par des Indiens. Le 31 juillet, Wolfe a tenté une attaque sur les lignes françaises mais a subi de lourdes pertes. Quelques jours plus tard, un détachement britannique a brûlé un magasin ennemi à Chambaud. Wolfe et l'Amiral Saunders ont décidé d'attaquer Québec en remontant la rivière et en débarquant les troupes à trois milles de la ville. Le 11 septembre, les troupes ont débarqué près du Cap Diamant et ont engagé le combat le lendemain. Les généraux Wolfe et Montcalm ont été tués. Les Britanniques ont pris le contrôle du champ de bataille, capturant des prisonniers et des canons. Le commandant français a demandé à capituler le 17 septembre. Les Britanniques ont accordé à la garnison les honneurs de la guerre et ont embarqué les prisonniers pour la France. Par ailleurs, l'Amiral Saunders a reçu des informations sur l'abandon des forts français sur l'Ohio. En Europe, des mesures ont été prises pour contrer les mouvements de l'escadre française du Capitaine Thurot. Divers amiraux britanniques surveillaient les côtes pour empêcher les sorties de vaisseaux français. Un traité de subside entre l'Angleterre et la Prusse a été renouvelé, et un courier a été envoyé à Petersbourg sans que le contenu des dépêches soit divulgué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 193-194
DE VIENNE, le 10 Novembre.
Début :
Le 22, le Baron de Laudon avec le Corps qu'il commande se rendit [...]
Mots clefs :
Baron de Laudon, Commandant, Roi de Prusse, Armée russe, Camp, Attaque, Ennemis, Artillerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 10 Novembre.
DE VIENNE , le 10 Novembre.
E 22 , le Baron de Laudon avec le Corps
qu'il commande fe rendit maître des hauteurs
près d'Hernftadt. Dès qu'il y fut établi , il fit
menacer le Commandant de la Place de la réduire
en cendres s'il ne l'abandonnoit pas fur le
champ. Le Commandant répondit qu'il ne pouvoit
pas fe retirer , fans un ordre du Roi de
Prufle , & il demanda quelques heures pour
prendre fa réfolution . L'armée des Ruſſes arriva ,
& occupa le camp que le Baron de Laudon venoit
de lui marquer. Il s'avança à Babiele fur le
flanc gauche de cette armée ; & vers le foir on
obferva que les Pruffiens faifoient divers mouvemens
fur les hauteurs qui font derriere la Place
& au- delà de la rivière.
On apperçut le lendemain leur armée qui
campoit fur ces hauteurs . Sur les neuf heures du
matin , le Comte de Soltikoff envoya un de fes
Aides de Camp pour fommer de nouveau le Commandant
de la Place. Celui - ci répondit qu'il
avoit ordre du Roi fon Maître de fe défendre jufqu'à
la derniere extrêmité. Sur cette réponſe le
Comte de Soltikoff fit démafquer une grande
batterie qui venoit d'être conftruite fur les hauteurs.
Le feu des canons & des mortiers fit beaucoup
d'effet fur la Ville & embrafa les fauxbourgs.
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Holmer , Lieutenant- général d'Artillerie
, fe tranfporta l'après - midi dans les Fauxbourgs
qui venoient d'étre brûlés , afin de reconnoître
deplus près l'état dela Place . Il fut découvert
par l'ennemi , & effuya une décharge de
moufqueterie. Le Comte de Soltikoff, à qui il
rendit compte de fes obfervations , fit approcher
la groffe artillerie pour embrafer la ville . Ses
ordres furent exécutés fi ponctuellement , que le
feu prit tout à la fois en quatre endroits différens,
Pendant ce temps-là l'artillerie des Autrichiens.
foudroyoit l'avant - garde des Pruffiens . Cette
canonnade dura jufqu'à la nuit , & la Ville de
Hernftadt fut entièrement détruite .
E 22 , le Baron de Laudon avec le Corps
qu'il commande fe rendit maître des hauteurs
près d'Hernftadt. Dès qu'il y fut établi , il fit
menacer le Commandant de la Place de la réduire
en cendres s'il ne l'abandonnoit pas fur le
champ. Le Commandant répondit qu'il ne pouvoit
pas fe retirer , fans un ordre du Roi de
Prufle , & il demanda quelques heures pour
prendre fa réfolution . L'armée des Ruſſes arriva ,
& occupa le camp que le Baron de Laudon venoit
de lui marquer. Il s'avança à Babiele fur le
flanc gauche de cette armée ; & vers le foir on
obferva que les Pruffiens faifoient divers mouvemens
fur les hauteurs qui font derriere la Place
& au- delà de la rivière.
On apperçut le lendemain leur armée qui
campoit fur ces hauteurs . Sur les neuf heures du
matin , le Comte de Soltikoff envoya un de fes
Aides de Camp pour fommer de nouveau le Commandant
de la Place. Celui - ci répondit qu'il
avoit ordre du Roi fon Maître de fe défendre jufqu'à
la derniere extrêmité. Sur cette réponſe le
Comte de Soltikoff fit démafquer une grande
batterie qui venoit d'être conftruite fur les hauteurs.
Le feu des canons & des mortiers fit beaucoup
d'effet fur la Ville & embrafa les fauxbourgs.
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Holmer , Lieutenant- général d'Artillerie
, fe tranfporta l'après - midi dans les Fauxbourgs
qui venoient d'étre brûlés , afin de reconnoître
deplus près l'état dela Place . Il fut découvert
par l'ennemi , & effuya une décharge de
moufqueterie. Le Comte de Soltikoff, à qui il
rendit compte de fes obfervations , fit approcher
la groffe artillerie pour embrafer la ville . Ses
ordres furent exécutés fi ponctuellement , que le
feu prit tout à la fois en quatre endroits différens,
Pendant ce temps-là l'artillerie des Autrichiens.
foudroyoit l'avant - garde des Pruffiens . Cette
canonnade dura jufqu'à la nuit , & la Ville de
Hernftadt fut entièrement détruite .
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Résumé : DE VIENNE, le 10 Novembre.
Le 10 novembre, le Baron de Laudon s'empara des hauteurs près d'Hernftadt et menaça de réduire la ville en cendres si elle ne se rendait pas. Le commandant refusa, attendant un ordre du Roi de Prusse. L'armée russe arriva et occupa le camp indiqué par Laudon. Les Prussiens effectuèrent divers mouvements sur les hauteurs derrière la ville. Le lendemain, le Comte de Soltikoff demanda au commandant de se rendre, mais celui-ci reçut l'ordre de se défendre jusqu'au bout. Soltikoff fit alors ouvrir le feu avec une grande batterie, causant des dégâts importants et incendiant les faubourgs. Le lieutenant-général d'artillerie Holmer, envoyé pour évaluer l'état de la place, fut découvert et dut se retirer. Soltikoff ordonna ensuite d'utiliser l'artillerie lourde, provoquant des incendies en plusieurs points de la ville. Pendant ce temps, l'artillerie autrichienne bombardait l'avant-garde prussienne. La canonnade dura jusqu'à la nuit, entraînant la destruction totale de la ville d'Hernftadt.
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49
p. 211-212
De l'Armée, à Giessen, le 8 Janvier.
Début :
L'Armée aux ordres du Maréchal de Broglie, décampa d'ici le 5 du mois dernier. [...]
Mots clefs :
Armée, Duc de Broglie, Baron, Prince Ferdinand , Camp, Reddition, Attaque, Défense, Ennemis, Postes militaires, Troupes, Alliés, Prisonniers de guerre, Retraite, Garnison, Marquis, Quartier d'hiver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée, à Giessen, le 8 Janvier.
De l'Armée , à Gieffen , le 8 Janvier.
L'Armée aux ordres du Maréchal de Broglie ,
décampa d'ici les du mois dernier . Ce même
jour , le Baron du Blaifel fut fommé de fe rendre
par un Aide-de- Camp du Prince Ferdinand . Sur
fon refus , le Prince prit fes mefures pour l'invef
tiffement de Gieffen . Le 7 , à trois heures après
midi , un ſecond Aide-de- Camp du Prince demanda
à parler au Baron du Blaifel . Il lui propofa
de te rendre , & lui offrit les conditions les
plus honorables. Mais le Baron répondit , qu'il
étoit dans la Place pour la défendre. Ily a trenta
ans , ajouta - t- il que je fers le Roi , & quelque
temps que je fuis guéri de la peur. Quand le Prince .
voudra , nous commencerons.
Le 21 , le Baron du Blaifel reçut ordre du Maréchal
de Broglie de faire attaquer , le lendemain
avant le jour, le poſte de Klein Linnes , pour que
cette diverfion favorifât l'attaque que l'armée , de- .
voit faire à Langgon . Le 22 , à deux heures du
matin , Klein-Linnes fut attaqué très-vivement
& avec avantage. Pendant ce temps- là le Maréchal
de Broglie fit attaquer , avec fuccès , par fes
troupes légères les portes de Langgon & de Sich
Le 25 , le Baron de Blaifel , ayant eu avis que
les ennemis repaffoient la Lohn , envoya un détachement
à Wifek. Les troupes qui gardoient ce
pofte,s'enfuirent avec précipitation ,à fon approche..
On trouva dans le village une grande quantité
d'échelles , de crochets de fer & de cordes , que
le détachement enleva . Pendant la nuit du 27 au
212 MERCURE DE FRANCE.
28 , le Maréchal de Broglie , qui étoit arrivé ici ,
fit donner différentes alertes à l'ennemi ; ce qui
obligea le Prince Ferdinand , de faire fortir toutes
Les troupes de leurs cantonnemens , & de les
ranger en bataille fur les hauteurs de Kleyberg &
de Hezchelheim . Après s'étre ainfi affuré que toutes
les troupes desAlliés étoient dans leur ancienne
pofition , le Maréchal reprit la route de Friedberg.
Les fages difpofitions qu'il a faites , ont rétabli
notre communication avec fon Armée .
On a appris du 10 , que les troupes qui avoient
été placées dans la Ville de Dillenbourg , depuis
que nous nous en étions rendus maîtres , y ont été
attaquées par un corps des Ennemis , de huit à
neuf mille hommes , aux ordres du Baron Vengenheim
; & qu'après une défenſe opiniâtre de
notre part, la garnifon a été obligée de ſe rendre
prifonnière de guerre On a perdu , dans cette
occafion , le fieur Paravicini , Brigadier , Officier
d'un mérite diftingué & généralement regretté .
Suite du Journal de l'Armée .
La retraite du Prince Ferdinand , de l'autre côté
de Marburge , au- delà de la rivière d'Ohin , à
déterminé le Maréchal de Broglie à prendre fes
quartiers d'hyver. Il a établi fon quartier général, à
Francfort. On a laiffé dans Gieffen une garnifon
confidérable : le Baron du Blaifel , Maréchal de
Camp , eft refté dans cette place pour y commander.
Les troupes aux ordres du Marquis de Muy
& du Marquis de Voyer , ont repris la route de
Cologne , pour aller occuper les quartiers d'hyver
qui leur font deſtinés fur le Rhin & la Meuſe ,
où elles feront aux ordres du chevalier de Muy.
Le corps des Saxons & les troupes de Wirtemberg
hyverneront fur le haut Mein.Le Comte de Luface,
prendra fon quartier dans Wurtzbourg.
Depuis que ces quartiers d'hyver ont été pris ,
il ne s'eft rien paffé de remarquable.
L'Armée aux ordres du Maréchal de Broglie ,
décampa d'ici les du mois dernier . Ce même
jour , le Baron du Blaifel fut fommé de fe rendre
par un Aide-de- Camp du Prince Ferdinand . Sur
fon refus , le Prince prit fes mefures pour l'invef
tiffement de Gieffen . Le 7 , à trois heures après
midi , un ſecond Aide-de- Camp du Prince demanda
à parler au Baron du Blaifel . Il lui propofa
de te rendre , & lui offrit les conditions les
plus honorables. Mais le Baron répondit , qu'il
étoit dans la Place pour la défendre. Ily a trenta
ans , ajouta - t- il que je fers le Roi , & quelque
temps que je fuis guéri de la peur. Quand le Prince .
voudra , nous commencerons.
Le 21 , le Baron du Blaifel reçut ordre du Maréchal
de Broglie de faire attaquer , le lendemain
avant le jour, le poſte de Klein Linnes , pour que
cette diverfion favorifât l'attaque que l'armée , de- .
voit faire à Langgon . Le 22 , à deux heures du
matin , Klein-Linnes fut attaqué très-vivement
& avec avantage. Pendant ce temps- là le Maréchal
de Broglie fit attaquer , avec fuccès , par fes
troupes légères les portes de Langgon & de Sich
Le 25 , le Baron de Blaifel , ayant eu avis que
les ennemis repaffoient la Lohn , envoya un détachement
à Wifek. Les troupes qui gardoient ce
pofte,s'enfuirent avec précipitation ,à fon approche..
On trouva dans le village une grande quantité
d'échelles , de crochets de fer & de cordes , que
le détachement enleva . Pendant la nuit du 27 au
212 MERCURE DE FRANCE.
28 , le Maréchal de Broglie , qui étoit arrivé ici ,
fit donner différentes alertes à l'ennemi ; ce qui
obligea le Prince Ferdinand , de faire fortir toutes
Les troupes de leurs cantonnemens , & de les
ranger en bataille fur les hauteurs de Kleyberg &
de Hezchelheim . Après s'étre ainfi affuré que toutes
les troupes desAlliés étoient dans leur ancienne
pofition , le Maréchal reprit la route de Friedberg.
Les fages difpofitions qu'il a faites , ont rétabli
notre communication avec fon Armée .
On a appris du 10 , que les troupes qui avoient
été placées dans la Ville de Dillenbourg , depuis
que nous nous en étions rendus maîtres , y ont été
attaquées par un corps des Ennemis , de huit à
neuf mille hommes , aux ordres du Baron Vengenheim
; & qu'après une défenſe opiniâtre de
notre part, la garnifon a été obligée de ſe rendre
prifonnière de guerre On a perdu , dans cette
occafion , le fieur Paravicini , Brigadier , Officier
d'un mérite diftingué & généralement regretté .
Suite du Journal de l'Armée .
La retraite du Prince Ferdinand , de l'autre côté
de Marburge , au- delà de la rivière d'Ohin , à
déterminé le Maréchal de Broglie à prendre fes
quartiers d'hyver. Il a établi fon quartier général, à
Francfort. On a laiffé dans Gieffen une garnifon
confidérable : le Baron du Blaifel , Maréchal de
Camp , eft refté dans cette place pour y commander.
Les troupes aux ordres du Marquis de Muy
& du Marquis de Voyer , ont repris la route de
Cologne , pour aller occuper les quartiers d'hyver
qui leur font deſtinés fur le Rhin & la Meuſe ,
où elles feront aux ordres du chevalier de Muy.
Le corps des Saxons & les troupes de Wirtemberg
hyverneront fur le haut Mein.Le Comte de Luface,
prendra fon quartier dans Wurtzbourg.
Depuis que ces quartiers d'hyver ont été pris ,
il ne s'eft rien paffé de remarquable.
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Résumé : De l'Armée, à Giessen, le 8 Janvier.
Du 7 au 28 janvier, plusieurs actions militaires furent menées par les forces du Maréchal de Broglie et du Baron du Blaifel. Le 8 janvier, l'armée du Maréchal de Broglie quitta Gieffen, tandis que le Baron du Blaifel refusa deux sommations de se rendre. Le 22 janvier, le Baron attaqua et prit le poste de Klein Linnes, soutenant ainsi l'assaut sur Langgon, où le Maréchal de Broglie réussit également à prendre les portes de Langgon et de Sich. Le 25 janvier, un détachement du Baron du Blaifel repoussa des troupes ennemies à Wifek. La nuit du 27 au 28 janvier, le Maréchal de Broglie alerta l'ennemi, forçant le Prince Ferdinand à ranger ses troupes en bataille, avant de reprendre la route de Friedberg. Parallèlement, le 10 janvier, les troupes à Dillenbourg furent attaquées par le Baron Vengenheim et se rendirent prisonnières de guerre. La retraite du Prince Ferdinand au-delà de la rivière d'Ohin amena le Maréchal de Broglie à établir ses quartiers d'hiver à Francfort. Des garnisons furent laissées à Gieffen, sur le Rhin et la Meuse, et sur le haut Mein, sans événements remarquables par la suite.
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p. 241
DE DRESDE, le 30 Avril.
Début :
Le Roi de Prusse a enfin renoncé à l'entreprise de reprendre cette Ville ; [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Ville, Camp, Général, Campagne militaire, Armée autrichienne, Troupes hongroises, Comte, Soldats, Contingent
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texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 30 Avril.
De DRESDE , le 30 Avril.
Le Roi de Pruffe a enfin renoncé à l'entrepriſe
de reprendre cette Ville ; il a abandonné , la nuit
du 25 au 26 de ce mois , le pofte de Freyberg ,
& il s'eft rétiré dans le Camp qu'il a fait retrancher
près de Meiffen . Le Général Brentano
a pris auffitôt poffeffion de Freyberg , d'où il a déjà
poullé des détachemens en avant. La campagne
va commencer incellamment ; une partie des troupes
Autrichiennes eſt déjà campée , & toute l'Armée
doit être fous la tente , dans huit ou dix jours
au plus tard . Cette armée eft forte de quatre-vingtdix
mille hommes , fans compter les corps dérachés
& les troupes Hongroifes.
Le corps du Comte de Lafcy eft préfentement
de trente mille hommes ; il conferve encore fa
pofition dans les environs de Groffen - hayn.
Le Roi de Pruffe a enfin renoncé à l'entrepriſe
de reprendre cette Ville ; il a abandonné , la nuit
du 25 au 26 de ce mois , le pofte de Freyberg ,
& il s'eft rétiré dans le Camp qu'il a fait retrancher
près de Meiffen . Le Général Brentano
a pris auffitôt poffeffion de Freyberg , d'où il a déjà
poullé des détachemens en avant. La campagne
va commencer incellamment ; une partie des troupes
Autrichiennes eſt déjà campée , & toute l'Armée
doit être fous la tente , dans huit ou dix jours
au plus tard . Cette armée eft forte de quatre-vingtdix
mille hommes , fans compter les corps dérachés
& les troupes Hongroifes.
Le corps du Comte de Lafcy eft préfentement
de trente mille hommes ; il conferve encore fa
pofition dans les environs de Groffen - hayn.
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Résumé : DE DRESDE, le 30 Avril.
Le 30 avril, le roi de Prusse a abandonné son projet de reprendre Dresde. La nuit du 25 au 26 avril, il s'est retiré près de Meissen. Le général Brentano a pris possession de Freyberg. La campagne militaire est imminente. L'armée autrichienne, forte de 90 000 hommes, devrait être prête dans huit à dix jours. Le corps du comte de Lacy, de 30 000 hommes, est positionné près de Grossenhayn.
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