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1
p. 88-90
Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient que je vous parlay il y a quelques années [...]
Mots clefs :
Siam, Années, France, Soleil d'Orient, André Boureau-Deslandes, Frère, Compagnie orientale de France, Lettres, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Il me ſouvient que je vous
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
parlay ily a quelques années
desAmbaſſadeurs que leRoy
de Siam envoyoit en France,
& de là à Rome , avec des
Préſens pour ſa Majesté, parmy
leſquels estoient deux
Elephans blancs. M' des LanGALANT.
89
こ
des- Bourau , Frere de M
Bourau , qui a eſté fi long.
temps Commiflaire General
de la Compagnie à Surate,
- fe trouvant luy - melme de
puis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compa
.gnie Orientale de France à
Siam,traduifit les Lettres que
ce Roy a écrites à Sa Mal
jeſté , & au Pape , &il les a
envoyées icy par un Officier
de la Compagnie , comme
s'il euft préven la difgrace
qu'on craint qui ne foit and
vée à fon Frere , qui s'em
barqua à Bantam avec less
Juin 1684
1
90 MERCURE 1
Ambaffadeurs & les Préfens
fur le Soleil d'Orient , dont on
n'a point entendu parler depuis
prés de trois ans que
s'est fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant tombées
depuis peu entre mes mains,
j'ay crû que vous ne ſeriez
pas fâchée de les voir. Elles
font accompagnées de deux
autres , que le Miniſtre de
Siam a écrites à la Compagnies.
Il y a pour ſubſcrip
tion à celle qui eſt pour le
Roy,
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Résumé : Lettre du Roy de Siam au Pape, & au Roy de France, avec plusieurs particularitez touchant les Ambassadeurs embarquez pour la France, sur le Vaisseau le Soleil d'Orient. [titre d'après la table]
Le texte traite d'une correspondance relative aux ambassadeurs envoyés par le roi de Siam en France et à Rome, accompagnés de présents, dont deux éléphants blancs. Monsieur des Langalant mentionne Monsieur des Bourau, frère de Monsieur Bourau, ancien commissaire général de la Compagnie à Surate et chef du comptoir de la Compagnie Orientale de France à Siam. Des Bourau a traduit les lettres du roi de Siam adressées au roi de France et au pape, et les a transmises via un officier de la Compagnie. Ces lettres, ainsi que celles du ministre de Siam à la Compagnie, ont été partagées par l'auteur. Les ambassadeurs et les présents, surnommés le 'Soleil d'Orient', n'ont pas donné de nouvelles depuis près de trois ans, depuis leur embarquement à Bantam en juin 1684.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 114-115
Pension donnée par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Mr d'Hozier a un Frere aîné, qui s'étoit aussi rendu capable d'exercer [...]
Mots clefs :
Pensions, Frère, Chevalier, Incapacité, Travail
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texteReconnaissance textuelle : Pension donnée par le Roy, [titre d'après la table]
M'd'Hozier
a un Frere aîné, qui s'étoit
auffi rendu capable d'exercer
l'Employ de feu M' d'HoGALANT.
15
;
zier leur Pere & qui l'a
mefme exercé plufieurs
années mais eftant devenu
aveugle , & ne pouvant
plus travailler à une
chofe qui demande tant d'aplication
& de lecture , le
Roy qui ne laiſſe jamais le
mérite malheureux , luy donne
depuis fept ans une Penfion
de mille livres. Je vous
parlay il y a quelque temps
de celle que Sa Majefté donne
auffi à M' d'Hozier , qui
vient d'eftre reçû Chevalier
de S. Maurice .
a un Frere aîné, qui s'étoit
auffi rendu capable d'exercer
l'Employ de feu M' d'HoGALANT.
15
;
zier leur Pere & qui l'a
mefme exercé plufieurs
années mais eftant devenu
aveugle , & ne pouvant
plus travailler à une
chofe qui demande tant d'aplication
& de lecture , le
Roy qui ne laiſſe jamais le
mérite malheureux , luy donne
depuis fept ans une Penfion
de mille livres. Je vous
parlay il y a quelque temps
de celle que Sa Majefté donne
auffi à M' d'Hozier , qui
vient d'eftre reçû Chevalier
de S. Maurice .
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Résumé : Pension donnée par le Roy, [titre d'après la table]
Le frère aîné de M. d'Hozier, anciennement en poste comme M. d'Hogalant, est devenu aveugle après plusieurs années de service. Le roi lui accorde une pension de mille livres depuis sept ans. M. d'Hozier a récemment été nommé chevalier de l'ordre de Saint-Maurice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 272-279
Ordonnance du mesme Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour il se fit une Ordonnance conçuë en ces / JACQUES ROY. Comme il a plû à Dieu d'appeller à soy dans ses Misericordes [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Gouvernement, Frère, Angleterre, Officiers, Ministres, Emplois, Magistrature, Royaume
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texteReconnaissance textuelle : Ordonnance du mesme Roy, [titre d'après la table]
Le mefme jour il ſe fit une
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
Ordonnance conçuë en ces
termes .
JACQUES ROY.
Cpeller à foy dans fes Mife-
Omme il a plû à Dieu d'apricordes
infinies , le Tres-Haut
GALANT. 273
و
Trés- Puiffant Prince , le Roy
Charles II, de glorieuse mémoi
re , le Trés - Cher & Trés- Aymé
Frere de Sa Majefte, & que par
fa mort , l'autorité & le pouvoir
de la plupart des Charges &
des Employs , foit de la Magiftrature
, foit du Gouvernement
dans ce Royaume , dans le
Royaume d'Irlande , ont ceffé &
manqué avec la Perfonne du
Souverain , dont les uns les
autres étoient dérivés , Sa Trés-
Excellente Majefté a trouvé à
propos de déclarer expressément
felon fa prudence Royale ,
dans la veuë du bien de l'Etat,
274 MERCURE
fe refervant à l'avenir de juger,
de réformer , de redreffer les
abus du Gouvernement aprés les
avoir bien connus & examinez,
que tous ceux qui à la mort du
feu Roy fon Trés Cher Frere,
étoient deuement & legitimement
pourveus , ou en poffeffion
de quelque Employ public , ou de
quelque Office dans le Gouverne
ment , foit Civil ou Militaire,
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande, ou dans aucuns des
Etats de Sa Majefté , qui relevent
de l'un ou de l'autre ,
nommément tous les Préfidens,
Gouverneurs fous - Préfidens
GALANT 275
018
Juges Sherifs , Députés , Lieu
tenans , Commiffaires des Guer
Juges de Paix , tous autres
qui ont Charge on Employ
dans le Gouvernement , foit Superieurs
ou Subalternes, ainſi qu'il
a efté dit cy- deſſus , & tous autres
Officiers & Miniftres , dont
le pouvoir & les revenus
falaires , ont finy & ceffé par
mort fufdire , feront & fe tiendront
continuez dans leurs Charges
& Employs , ainſi qu'ils en
joüiffoient cy- devant , jusqu'à ce
que les intentions de Sa Majesté
leurfoient plus amplement figni
fiées , & que cependant pour
>
la
la
276 MERCURE
1
confervation de la Paix , &pour
la continuation des Procedures.
néceſſaires de la Juſtice , comme
auffi pour la feureté & pour
fervice de l'Etat, toutes lefdites
Perfonnes de quelque qualité &
condition qu'elles foient, ne man
le
quent pas chacune en fon particulier
,felon fa Charge ,fon Employ
, ou fon Office , de proceder
à l'exercice & execution de tout
ce qui en dépendra ainsi qu'il appartenoit
cy-devant , lors
défunt Roy étoit en vie.
que
le
De plus , Sa Majesté veut
commande par ces Preſentes , à
tous & à un chacun de fes Su
GALANT. 277
jets , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de préterfecours
, aide & affiftance pour
l'exercice de fes fonctions , toutes
les fois qu'ils enferont requis par
Les Sieurs Officiers & Miniftres,
à moins qu'ils ne veuillent encou
rir l'indignation de Sa Majefté,
é en répondre à leurs perils
fortunes.
Sa Majefté veut de plus , &
commande expreſſément , que tous
les ordres faits on donnez par
les Seigneurs du Confeil Privé du
feu Roy, pendant fa vie , foient
executez par tous & par un
chacun , que tout ce£ qui au
278 MERCURE
roit ou dévroit avoir efté fail,
en confequence d'iceux , foit fait
accomply de mefme , & auffi
amplement qu'il auroit efté fait
ou accomply pendant la vie du
feu Roy , le Tres- Cher & Tres-
Ayme Frere de Sa Majefté.
Donné à la Cour de Witehall,
le 6.jour du mois de Février 1684.
le premier du Regne de Sa
Majefté, fur les Royaumes d' Angleterre
, d' Ecoffe d'Irlande.
Vous ferez furprife de la
datte de cette Ordonnance,
qui eft du 6 , Février 1684.
apres que je vous ay dit que
GALANT. 279
le Roy eft mort le Vendredy
16. de ce mois. Cette Date
eft felon l'ancien ftile. On
conferve en Angleterre les
dix jours qui ont efté retran
chez du Kalendrier , & l'Année
y commence par le mois
de Mars , & non par celuy de
Janvier.
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4
p. 75-76
Mort de M. de S. Geniez, [titre d'après la table]
Début :
M le Marquis de Saint Gerniez, Frere de feu [...]
Mots clefs :
Marquis, Frère, Feu, Décès, Gouverneur, Salut, Abbaye
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de S. Geniez, [titre d'après la table]
M'le Marquis de SaintGeniez
, Frere de feu M¹ le Maréchal
Duc de Navailles , eſt
auſſi mort depuis peu de
Gij
76 MERCURE
jours. Il avoit eſté Gouver
neur de Saint Omer ,&avoit
remis ce Gouvernement entre
les mains de Sa Majesté,
afin de penſer à ſon ſalut avec
moins de trouble & d'embarras
, lors qu'il connut que
ſes forces commençoient à
diminuer , & qu'il ne devoit
plus eſpérer de vivre longtemps.
Le Roy luy donnoit
une Penſion conſidérable. Il
eſt mort à l'Abbaye de Saint
Victor , où il s'eſtoit retiré.
, Frere de feu M¹ le Maréchal
Duc de Navailles , eſt
auſſi mort depuis peu de
Gij
76 MERCURE
jours. Il avoit eſté Gouver
neur de Saint Omer ,&avoit
remis ce Gouvernement entre
les mains de Sa Majesté,
afin de penſer à ſon ſalut avec
moins de trouble & d'embarras
, lors qu'il connut que
ſes forces commençoient à
diminuer , & qu'il ne devoit
plus eſpérer de vivre longtemps.
Le Roy luy donnoit
une Penſion conſidérable. Il
eſt mort à l'Abbaye de Saint
Victor , où il s'eſtoit retiré.
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Résumé : Mort de M. de S. Geniez, [titre d'après la table]
Le Marquis de SaintGeniez, frère du défunt Maréchal Duc de Navailles, était gouverneur de Saint-Omer. Il a démissionné pour se consacrer à son salut spirituel, conscient de la brièveté de sa vie. Il percevait une pension royale et est décédé à l'Abbaye de Saint Victor.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 213-215
PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
Début :
Quand la brillante Adelaide, [...]
Mots clefs :
Frère, Habit, Chasse, Soeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
PAR
MRDE MESSANGE,
SURMEL.D.D. B.
en habit de Chasse.
Quand la brillante
Adelaide,
SurlefierCoursierqu'elle
guide,
Semblevoler dansce va*
lon,
Est-ceDiane, ejl-ceA
pollon.
Ah!jedevine le mystere,
La Soeur a pris l'habit
du Frere,
Ou le Frere à la Soeur a
derobé cesyeux
Qui font les delices des
Dieux.
tXi
Un Cerffuyantpour l'évitery
Semble d'un Dieucraindre
l'adresse ;
Un Chevreuilparoist
s'arrejter
Pour contempler Déesse. une
!?!
Enfin dansson Palais la
evoilàde retour,
Je la vois changerde pa,.
rure,
Ce nesi plus Apollon,
déja leDieu
aujour
Luy laijfiantfes rayons y
a reprissacoëffure*
MRDE MESSANGE,
SURMEL.D.D. B.
en habit de Chasse.
Quand la brillante
Adelaide,
SurlefierCoursierqu'elle
guide,
Semblevoler dansce va*
lon,
Est-ceDiane, ejl-ceA
pollon.
Ah!jedevine le mystere,
La Soeur a pris l'habit
du Frere,
Ou le Frere à la Soeur a
derobé cesyeux
Qui font les delices des
Dieux.
tXi
Un Cerffuyantpour l'évitery
Semble d'un Dieucraindre
l'adresse ;
Un Chevreuilparoist
s'arrejter
Pour contempler Déesse. une
!?!
Enfin dansson Palais la
evoilàde retour,
Je la vois changerde pa,.
rure,
Ce nesi plus Apollon,
déja leDieu
aujour
Luy laijfiantfes rayons y
a reprissacoëffure*
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Résumé : PAR MR DE MESSANGE. SUR ME L. D. D. B. en habit de Chasse.
Le poème décrit une scène de chasse avec une figure féminine, Adelaide, comparée à Diane ou Apollon. Elle évite un cerf et attire un chevreuil. De retour au palais, elle change d'apparence, perdant ses traits divins. Apollon reprend sa coiffure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 60-127
PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Début :
Je vous promis le mois passé un examen de la Tragedie / Vous vous plaignez, Mylord, fort vivement, que M. [...]
Mots clefs :
Tragédie, César, Amour, Rome, Théâtre, Vertu, Coeur, Troupes, Liberté, Auteur, Scènes, Paix, Pompée, Poème, Poètes, Romains, Dieux, Sentiments, Public, Corneille, Reine, Parallèle, Mépris, Homme, Ambition, Hymen, Aristote, Père, Frère, Princesse, Théâtre anglais, Théâtre français, Parthes, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Je vous promis le mois paffé
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
Fermer
7
p. 237-257
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Claude de Longüeil President à Mortier du Parlement, Marquis [...]
Mots clefs :
Président, Parlement, Seigneur, Chevalier, Gouverneur, Ambassadeur, Normandie, Empereur, Gouverneur, Femme, Frère, Roi, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
MessireClaudede Longueil
President à Mortier du Parlemené,
Marquis de Maisons
& de Poissy
,
&c. mourut à
Paris le 22..d'Aoustâgé de
47, ans. ,.
ilLa Maison de Longueil
est trèsancienne. La Terre de
Longueil est située en Normandieprés
de Dieppe.
Le I.decette Maison dont
les Historiens fassent mention
est Adam Sire de Longiivil
Chevalier Banneret qui accompagna
Guillaume le Conquêrant
Duc de Normandie
en saconqueste d'Angleterre
l'an 1066. (V.du PontHist.
des Princes Normands p. 1 5 1.
du Moulin histoire de Normandie
p. 188. A. du Chesne
p il6. Blanchart55.&c.
- Ileût pour fils Guillaume I.
Sire de Longüeil qui eût pour
femme Berthe de Villiers du
Haumer.
Richard I.fils de Guillaume,
Gouverneur de S. Valery
épousa Gervaise de Tournebus.
Richard II. Sire de Longüeil
épousa Blanche de Teville
,
il eûr pour fils Henry L Sire de
Lonoü,ll & de Rumeny qui
épousaMarie de S. Denis.
Adam II.sonfils Seigneur
de Longüeil Gouverneur ds
Lisieux & Capitaine de la Garde
du Roy Philippes Auguste,
& son Echanson
,
épousa
Marie d'Estouteville.
GuillaumeII. son fils Seigneur
de Logüeil Warengeville,
Offrainville,&c. Capitaine
de 50. Lances,Chambellan
de Charles de France
Roy de Naples & de Sicile ,
fÛC, de sa premiere femme
Christine de Coëtivy Jean I.
& Pierre de LongüeilEvêque
du Mans, Ambassadeur pour
Philippes le Bel, vers Henry
VII. Empereur; & vers le
Pape Jean XXII. il se trouva
au Concile General de Vienne
en 1310. &c. sa seconde
femme fut Briande de Saulx.
Jean I. du nom Gouverneurde
Normandie & Commandant
pour le Roy l'hilip.
pe* de Valois&Jeansonfils
Duc
Duc de Normandie, épousa
Peronelle Bourgot.
-
1
- Il cût pour fils Geoffroy
MarcelI. du nom Seigneur
des mêmeslieux Gouverneur
de Pontoise
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Etoile
,
Vicomte
d'Auge; il épousa Isabelle
d'Auge: il fut tué àla bataille
dePoitiers en1356.avecdeux
de ses fils.
,
Guillaume III. son fils, Chevalier
Seigneur des mêmes
lieux,Gouverneur de Caën &
de Dieppe,tué avec son frere
& son fils aîné en la bataille
d'Azincourt. Il épousaen premieres
nôces Gillette Lalleman
de Cherville
,
dont il eût Jean
II. Ilépousaen secondes nôces
Catherine de Bourquenoble,
dont il ciu Richard Olivier
Cardinal du Titre de S. Eusebe
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes
,
Ministre
d'Etat fous le RoisCharlesVII.&
LoüisXI.Evêquede
Coutances, &c. Député par le
Pape Calixte III. pour revoir
le Procés de la Pucelle d'Orleans.
Il eO: enterré dansla Basilique
de S. Pierre de Rome où
l'on voir encore son Epiraphe
& les Armes de sa Maison.Ses
Armessontaussi à la Statuë de
S. Pierre de Rome que ce Cardinal
fit faire de bronze.
Jean II. étoit Ecclesiastique
& Conseiller du Parlement,
lorsque son pere & ses freres
furent tuez à la bataille d'Azincourt;
il quittal'état Ecclesiastique
&épousa Jeanne de
Bouju: il fut fait Président à
Mortier duParlementen1418.
il est enterré avec sa femme
dans leurChapelle des Cordeliers
: c' est le premier qui ait
possedé le Marquisat de Maisons.
JeanIII.son fils,Chevalier
Sire de Longuëil, Marquis de
Maisons, &c. l'un desquatre
Maistres deRequestes de rHô'.
tel, Lieutenant CIvIl, Prtfïdent
aux Reqúcns du Palais,
Ambassadeur à Rome& à Venise,
épousa Marie de Morvilliers,
fille de Philippes de Morvilliers,
Premier Président du
Parlement,& soeur de Pierre,
Chancelier de France.Il eftqft
frere de Pierre de Longuëil,
Evêque d'Auxerre, Grand-
Maître de la Chapelle du Duc
de Bourgogne,vulgairement
appellé le bon Evêque,& Conseiller
du Parlement.
Jean de Longuëil IV. du
nom ,
Seigneur de Maisons,
&c. Conseiller au Parlement,
Ambassadeur en Angleterre,
épousa Marie de Marie, fille
d'Arnoul de Marie, Président
à Mortier duParlement.Il étoit
frere d'Antoine de Longuëil,
Evêque de Leon en Bretagne,
Chancelier&GrandAumônier
de la Reine Anne de Bretagne,
femme de Charles VIII & de
Loüis XII. Ambassadeur vers
l'Empereur Maximilien pour leDuc de Bretagne ,& puis
Ambassadeur pour le Roy
CharlesVIII. vers le même
Empereur,&ensuiteversFerdinand
V. Roy d'Espagne:il
conclud la Paix avec 1 Empereur
Maximilien, & fut pere
naturel du fameux Christophe
Longuëil qui s'est distingué
dans lesLettres.»*
jean-de Longuëil V. du
nom,Chevalier Seigneur de
Maisons, de Sevre, &c. Conseiller
du Parlement,épousa
Marie Clutin de Villeparisis :
il eût un frere
,
tige des fleurs
des Chenets, &c.
:
Jean de Longuëil VI.du
nom, &c. Conseiller au Parler
ment, Président aux Enquêtes,&
Conseiller d'Etat fous
H.^niy II.épousa Marie de
Dormans
,
fille de Guillaume
Premier Président au Par lement
de Bourgogne:il estoit
frere de Pierre de Longuëil,
Chevaliede l'Ordre deS.Jean
de Jerusalem
,
Grand Prieur de Champagne.
Il eût aussi pour frcre Jacques
de Longuëil
,
Chevalier
Seigneur de Sevre, Chevalier
de l'Ordre de S. Michel,Maître
d'Hostelordinaire du Roy,
lequel a fait la Branche des
Longuëil de Sevre, dont il y a
encore aujourd'huy MffitCMacé
de Longuëll, Chevalier 1
Seigneur de Sevre, &Messire
Nicolas, qui ont servi jusqu'à
la Paix de Riswick, ils n'ont
point d'enfans.
Jean de Longuëil VII. &c.
Conseiller au Parlement,épousa
Marche le Maître, fillede
Gilles, Premier Président du
Parlement de Paris.
Jean de Longuëil VIII. du
nom, Maître desComptes,
ensuiteConseiller d'Etat,épousa
Magdelaine l' Huilliet de
Boulencout, dont est issu
René de Longuëil I. du
nom,Marquis de Maisons,
Premier Président de la Cour
des Aides, Président à Mortier
du Parlement, Ministre d'Etat,
Sur-Intendant des Finances,
Gouverneur des Villes & Châteaux
d'Evreux
,
S. Germain
en Laye, & Verfailles, Capitainedes
Chasses desdits lieux.
Ilépousa MagdelaineBoulene
de Crevecoeur Damede Grisolles,
de laquelle ilaeu
Jean de Longuëil X. du
nom ,
MarquisdeMaisons,
Maistre des Requestes,PtefidentàMortierdu
Parlement,
Chancelier de la Reine Anne
,d'Auui<:hc
, Gouverneur des
Villes&Châteaux de S. Germain
en Laye,& Versailles : il
épousaLoüise de Fieubet, de
laquelle il a eu J:an de Longuël
XI. du nom, Marquis de
Poissy, Conseiller au Parlement,
mort sans posterité
,
&
ClaudedeLongueil, Murquis
de Maisons & dePoissy,
&c Président à Mortier,qui
avoit épouséD^moifclIcCharlote
Rocque de Varengeville.
Dontest iflj J.1n René de
Longueil ,Marquis de Maisons
& de Poissy ne le 14 de
Juillet 1699.aqui le Roya
accordé l'agrément de la ChargedePrésidentà
Mortier.
Messire Philippes d'Or-
-
leans
,
Marquis de Rothelin
,
mourut de la petite verole le
- 25Aoust âgé de 37. ans sans
estremarié,laisant pour ses
héritiers Meisseurs les Chevalier&
Abbé de Rochelin, ses
freres, le grand nom qu'il por
toit m'exempte d'entrer dans
aucun détail, généalogique sur
sonchapitre.
<
,
Dame Catherine. Pasquier
femme de Messire Henry de
Salis Comte de Labatut, mourut
le2.7. Aoust
,
elle étoit
1
fille de François Pasquier Seigneur
de BjIÎv Maîci ed'Hôtel
ordinaire du Roy; & de MargueriteHebert
duBuc, & petite
fîilc de Guy Pasquier Seigneur
de Bussy Auditeur des
Comptes & de Marie Roüillé.
Dame Catherine
-
Anne
Malon de Bercy veuve de
Messire André Potier Seigneur
de Novion Maître des Requêtes
& President au Parlement
en survivance
, mourut le premier
de ce mois )iujnc entr'autres
enfansMessire André
Potier de Novion aujourd'huy
PrésidentauPar lement.
Feu M. de Novion étoit fis de
MissireNicolas Potier Seigneur
de Novion Premier
Pi"si dent du Parlement,Secretaire
Greffier& Commandeur
de* Ordres du Roy, mortle
premier Septembre1693 &
petit fils d'André Potier ScigneurdeNovion
Présidentà
Mortier au Parlement
,
sorti
>d'une: des plus anciennes&des
plusillustres familles de Paris,
xlc laquelle M. le President de
Novion est chef, & M.le Duc
de Gesvres cadet,voyez-en la
w;-cnealogie dans l'Histoire des
des Présidens au Mortier
ci-dessus citée.
-
Feuë Madame de Novion
qui donne lieu à cet article
étoittante de M. de Bercy Intendant
desFinances,gendrede
M. DesmaretzContrôlleurGe
neral des Finances & Ministre
d'Etat, elleétoitfille d'Henry-
Charles Malon Seigneur de
Bercy Maître des Requestre &
Président au Grand Conseil
&petite fille deCharles Ma
lon Seigneur do Bercyaussi
Maître des Rêquestes & Presl
dent au Grand Conseil, (ail
d'une ancienne famille alkifl
aux plus illustres de la Rûhû
Messire Henry-Charles
Feydeau, President de la troisiéme
Chambre des Enquestes
du Par lement, mourut le 6.
de ce mois,en sa 36e.année.
Il étoit fils de Messire Henry
Feydeau Seigneur de Calendc,
President de la Quatrième des
Enquestes;&de Dame Marie
Fraguier; & petit fils de Charles
Feydeau Seigneur de Calende,
Maistre des Comptes à
Paris. La famille de Feydeau est
une des plus étendues & des
mieux alliées de la Robe.
Dame Marie Loüise de la
Chaussée d'Eu, Dame d'Atour
de Madame la Duchesse de
ij.,
Berry .rcmme de Messire René
François de LA VJCUVIIIC
Marquis de la Vieuville,Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine
,
& Gouverneur de
Poitou,mourut le 10. de ce
mois; elle forroit d'un Maison
de Picardie, également
distinguée par son ancienneté
& par ses alliances. Pour celle
de la Vieuville
, comme je
vous en ay déja parlé dans
plusieurs de mes Journaux
trouvez bon que je vous y
renvoye ,
si mieux n'aimez
voir l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre
Cha pitre des Maréchaux de
France
,
&c.-
N. Girardon Sculpteur
ordinaire du Roy ,Chancelier
& Recteur de l'Académie
Roy le de Peinture & de Sculpture,
mourut le ~i.de ce mois
en réputation d'un des plus
hsabsileis
President à Mortier du Parlemené,
Marquis de Maisons
& de Poissy
,
&c. mourut à
Paris le 22..d'Aoustâgé de
47, ans. ,.
ilLa Maison de Longueil
est trèsancienne. La Terre de
Longueil est située en Normandieprés
de Dieppe.
Le I.decette Maison dont
les Historiens fassent mention
est Adam Sire de Longiivil
Chevalier Banneret qui accompagna
Guillaume le Conquêrant
Duc de Normandie
en saconqueste d'Angleterre
l'an 1066. (V.du PontHist.
des Princes Normands p. 1 5 1.
du Moulin histoire de Normandie
p. 188. A. du Chesne
p il6. Blanchart55.&c.
- Ileût pour fils Guillaume I.
Sire de Longüeil qui eût pour
femme Berthe de Villiers du
Haumer.
Richard I.fils de Guillaume,
Gouverneur de S. Valery
épousa Gervaise de Tournebus.
Richard II. Sire de Longüeil
épousa Blanche de Teville
,
il eûr pour fils Henry L Sire de
Lonoü,ll & de Rumeny qui
épousaMarie de S. Denis.
Adam II.sonfils Seigneur
de Longüeil Gouverneur ds
Lisieux & Capitaine de la Garde
du Roy Philippes Auguste,
& son Echanson
,
épousa
Marie d'Estouteville.
GuillaumeII. son fils Seigneur
de Logüeil Warengeville,
Offrainville,&c. Capitaine
de 50. Lances,Chambellan
de Charles de France
Roy de Naples & de Sicile ,
fÛC, de sa premiere femme
Christine de Coëtivy Jean I.
& Pierre de LongüeilEvêque
du Mans, Ambassadeur pour
Philippes le Bel, vers Henry
VII. Empereur; & vers le
Pape Jean XXII. il se trouva
au Concile General de Vienne
en 1310. &c. sa seconde
femme fut Briande de Saulx.
Jean I. du nom Gouverneurde
Normandie & Commandant
pour le Roy l'hilip.
pe* de Valois&Jeansonfils
Duc
Duc de Normandie, épousa
Peronelle Bourgot.
-
1
- Il cût pour fils Geoffroy
MarcelI. du nom Seigneur
des mêmeslieux Gouverneur
de Pontoise
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Etoile
,
Vicomte
d'Auge; il épousa Isabelle
d'Auge: il fut tué àla bataille
dePoitiers en1356.avecdeux
de ses fils.
,
Guillaume III. son fils, Chevalier
Seigneur des mêmes
lieux,Gouverneur de Caën &
de Dieppe,tué avec son frere
& son fils aîné en la bataille
d'Azincourt. Il épousaen premieres
nôces Gillette Lalleman
de Cherville
,
dont il eût Jean
II. Ilépousaen secondes nôces
Catherine de Bourquenoble,
dont il ciu Richard Olivier
Cardinal du Titre de S. Eusebe
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes
,
Ministre
d'Etat fous le RoisCharlesVII.&
LoüisXI.Evêquede
Coutances, &c. Député par le
Pape Calixte III. pour revoir
le Procés de la Pucelle d'Orleans.
Il eO: enterré dansla Basilique
de S. Pierre de Rome où
l'on voir encore son Epiraphe
& les Armes de sa Maison.Ses
Armessontaussi à la Statuë de
S. Pierre de Rome que ce Cardinal
fit faire de bronze.
Jean II. étoit Ecclesiastique
& Conseiller du Parlement,
lorsque son pere & ses freres
furent tuez à la bataille d'Azincourt;
il quittal'état Ecclesiastique
&épousa Jeanne de
Bouju: il fut fait Président à
Mortier duParlementen1418.
il est enterré avec sa femme
dans leurChapelle des Cordeliers
: c' est le premier qui ait
possedé le Marquisat de Maisons.
JeanIII.son fils,Chevalier
Sire de Longuëil, Marquis de
Maisons, &c. l'un desquatre
Maistres deRequestes de rHô'.
tel, Lieutenant CIvIl, Prtfïdent
aux Reqúcns du Palais,
Ambassadeur à Rome& à Venise,
épousa Marie de Morvilliers,
fille de Philippes de Morvilliers,
Premier Président du
Parlement,& soeur de Pierre,
Chancelier de France.Il eftqft
frere de Pierre de Longuëil,
Evêque d'Auxerre, Grand-
Maître de la Chapelle du Duc
de Bourgogne,vulgairement
appellé le bon Evêque,& Conseiller
du Parlement.
Jean de Longuëil IV. du
nom ,
Seigneur de Maisons,
&c. Conseiller au Parlement,
Ambassadeur en Angleterre,
épousa Marie de Marie, fille
d'Arnoul de Marie, Président
à Mortier duParlement.Il étoit
frere d'Antoine de Longuëil,
Evêque de Leon en Bretagne,
Chancelier&GrandAumônier
de la Reine Anne de Bretagne,
femme de Charles VIII & de
Loüis XII. Ambassadeur vers
l'Empereur Maximilien pour leDuc de Bretagne ,& puis
Ambassadeur pour le Roy
CharlesVIII. vers le même
Empereur,&ensuiteversFerdinand
V. Roy d'Espagne:il
conclud la Paix avec 1 Empereur
Maximilien, & fut pere
naturel du fameux Christophe
Longuëil qui s'est distingué
dans lesLettres.»*
jean-de Longuëil V. du
nom,Chevalier Seigneur de
Maisons, de Sevre, &c. Conseiller
du Parlement,épousa
Marie Clutin de Villeparisis :
il eût un frere
,
tige des fleurs
des Chenets, &c.
:
Jean de Longuëil VI.du
nom, &c. Conseiller au Parler
ment, Président aux Enquêtes,&
Conseiller d'Etat fous
H.^niy II.épousa Marie de
Dormans
,
fille de Guillaume
Premier Président au Par lement
de Bourgogne:il estoit
frere de Pierre de Longuëil,
Chevaliede l'Ordre deS.Jean
de Jerusalem
,
Grand Prieur de Champagne.
Il eût aussi pour frcre Jacques
de Longuëil
,
Chevalier
Seigneur de Sevre, Chevalier
de l'Ordre de S. Michel,Maître
d'Hostelordinaire du Roy,
lequel a fait la Branche des
Longuëil de Sevre, dont il y a
encore aujourd'huy MffitCMacé
de Longuëll, Chevalier 1
Seigneur de Sevre, &Messire
Nicolas, qui ont servi jusqu'à
la Paix de Riswick, ils n'ont
point d'enfans.
Jean de Longuëil VII. &c.
Conseiller au Parlement,épousa
Marche le Maître, fillede
Gilles, Premier Président du
Parlement de Paris.
Jean de Longuëil VIII. du
nom, Maître desComptes,
ensuiteConseiller d'Etat,épousa
Magdelaine l' Huilliet de
Boulencout, dont est issu
René de Longuëil I. du
nom,Marquis de Maisons,
Premier Président de la Cour
des Aides, Président à Mortier
du Parlement, Ministre d'Etat,
Sur-Intendant des Finances,
Gouverneur des Villes & Châteaux
d'Evreux
,
S. Germain
en Laye, & Verfailles, Capitainedes
Chasses desdits lieux.
Ilépousa MagdelaineBoulene
de Crevecoeur Damede Grisolles,
de laquelle ilaeu
Jean de Longuëil X. du
nom ,
MarquisdeMaisons,
Maistre des Requestes,PtefidentàMortierdu
Parlement,
Chancelier de la Reine Anne
,d'Auui<:hc
, Gouverneur des
Villes&Châteaux de S. Germain
en Laye,& Versailles : il
épousaLoüise de Fieubet, de
laquelle il a eu J:an de Longuël
XI. du nom, Marquis de
Poissy, Conseiller au Parlement,
mort sans posterité
,
&
ClaudedeLongueil, Murquis
de Maisons & dePoissy,
&c Président à Mortier,qui
avoit épouséD^moifclIcCharlote
Rocque de Varengeville.
Dontest iflj J.1n René de
Longueil ,Marquis de Maisons
& de Poissy ne le 14 de
Juillet 1699.aqui le Roya
accordé l'agrément de la ChargedePrésidentà
Mortier.
Messire Philippes d'Or-
-
leans
,
Marquis de Rothelin
,
mourut de la petite verole le
- 25Aoust âgé de 37. ans sans
estremarié,laisant pour ses
héritiers Meisseurs les Chevalier&
Abbé de Rochelin, ses
freres, le grand nom qu'il por
toit m'exempte d'entrer dans
aucun détail, généalogique sur
sonchapitre.
<
,
Dame Catherine. Pasquier
femme de Messire Henry de
Salis Comte de Labatut, mourut
le2.7. Aoust
,
elle étoit
1
fille de François Pasquier Seigneur
de BjIÎv Maîci ed'Hôtel
ordinaire du Roy; & de MargueriteHebert
duBuc, & petite
fîilc de Guy Pasquier Seigneur
de Bussy Auditeur des
Comptes & de Marie Roüillé.
Dame Catherine
-
Anne
Malon de Bercy veuve de
Messire André Potier Seigneur
de Novion Maître des Requêtes
& President au Parlement
en survivance
, mourut le premier
de ce mois )iujnc entr'autres
enfansMessire André
Potier de Novion aujourd'huy
PrésidentauPar lement.
Feu M. de Novion étoit fis de
MissireNicolas Potier Seigneur
de Novion Premier
Pi"si dent du Parlement,Secretaire
Greffier& Commandeur
de* Ordres du Roy, mortle
premier Septembre1693 &
petit fils d'André Potier ScigneurdeNovion
Présidentà
Mortier au Parlement
,
sorti
>d'une: des plus anciennes&des
plusillustres familles de Paris,
xlc laquelle M. le President de
Novion est chef, & M.le Duc
de Gesvres cadet,voyez-en la
w;-cnealogie dans l'Histoire des
des Présidens au Mortier
ci-dessus citée.
-
Feuë Madame de Novion
qui donne lieu à cet article
étoittante de M. de Bercy Intendant
desFinances,gendrede
M. DesmaretzContrôlleurGe
neral des Finances & Ministre
d'Etat, elleétoitfille d'Henry-
Charles Malon Seigneur de
Bercy Maître des Requestre &
Président au Grand Conseil
&petite fille deCharles Ma
lon Seigneur do Bercyaussi
Maître des Rêquestes & Presl
dent au Grand Conseil, (ail
d'une ancienne famille alkifl
aux plus illustres de la Rûhû
Messire Henry-Charles
Feydeau, President de la troisiéme
Chambre des Enquestes
du Par lement, mourut le 6.
de ce mois,en sa 36e.année.
Il étoit fils de Messire Henry
Feydeau Seigneur de Calendc,
President de la Quatrième des
Enquestes;&de Dame Marie
Fraguier; & petit fils de Charles
Feydeau Seigneur de Calende,
Maistre des Comptes à
Paris. La famille de Feydeau est
une des plus étendues & des
mieux alliées de la Robe.
Dame Marie Loüise de la
Chaussée d'Eu, Dame d'Atour
de Madame la Duchesse de
ij.,
Berry .rcmme de Messire René
François de LA VJCUVIIIC
Marquis de la Vieuville,Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine
,
& Gouverneur de
Poitou,mourut le 10. de ce
mois; elle forroit d'un Maison
de Picardie, également
distinguée par son ancienneté
& par ses alliances. Pour celle
de la Vieuville
, comme je
vous en ay déja parlé dans
plusieurs de mes Journaux
trouvez bon que je vous y
renvoye ,
si mieux n'aimez
voir l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre
Cha pitre des Maréchaux de
France
,
&c.-
N. Girardon Sculpteur
ordinaire du Roy ,Chancelier
& Recteur de l'Académie
Roy le de Peinture & de Sculpture,
mourut le ~i.de ce mois
en réputation d'un des plus
hsabsileis
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8
p. 204-220
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Il est au moins bien juste de dire, maintenant quelque [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Fille, Dame, Roi, Président, Conseiller au Parlement, Fils, Père, Frère
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texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Ileſt au moins bien juſte
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
Fermer
9
p. 557-567
Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Début :
Le Père Porée, Jesuite, celebre Professeur de Rhétorique, fit representer le mois passé par [...]
Mots clefs :
Comédie latine, Homme, Enfant, Famille, Frère, Ciel, Magistrat, Coeur, Homme de robe, Les vocations forcées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
E Père Porée , Jefuite , celebre Profeffeur de
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Rhétorique , fit reprefenter le mois paffé par
les Rhétoriciens du College de Louis le Grand ,
une petite Piece Latine , d'un Acte , intitulée : les
Vocations forcées. Le deffein de l'Auteur a été
de faire voir qu'il eft d'une extrémne confequence
de laiffer à un jeune homme la liberté de fe choifir
le genre de vie auquel Dieu l'appelie , foit par
attrait , foit par raifon , ou plutôt par l'un &
Pautre tout à la fois.
PROA
158 MERCURE DE FRANCE.
+
PROLOGUE.
Le Ciel , en nous donnant la vie ,
Nous affervit aux mêmes lois ,
Mais pour le bien de la Patrie ,
Il nous forme à divers emplois.
L'un doit , à couvert des allarmes ,
Dicter les Arrêts de Thémis ;
L'autre , par la force des armes ,
Repouffer nos fiers ennemis .
Celui-ci , pour donner l'exemple ,
Revêtu d'un honneur facré ,
Doit faire réverer le Temple ,.
Où lui-même il eſt reveré.
Celui-là dans la folitude ,
Où l'Amour Divin la conduit ,
Doit mettre toute ſon étude ,
A fuir le monde qui le fuit.
En marquant ces routes diverſes ,
Le Ciel nous y veut faire entrer ,
Mais que nos volontez perverſes ,.
Font d'efforts pour nous égarer !
Nous entrons fouvent par caprice ,
Dans le chemin le plus battu ;
Et nous commençons par le vice ,.
Pour arriver à la vertu .
Souvent une force étrangère ,
Captive notre liberté ;
E
MARS.
1730. $59
Et l'on eft
par
le choix d'un Pere,
Ce qu'on n'auroit jamais été.
Encor fi ce choix étoit ſage ;
Mais , helas ! que confulte-t-on !
Le hazard , l'interêt , l'ufage ,
Et prefque jamais la raiſon.
En vain le Ciel & la Nature ,
Condamnent cet aveugle choix ;
En vain notre coeur en murmure
On n'en écoute point la voix .
Ainfi voit-on l'Enfant timide ,
Qui fur les lys devroit s'affeoir ,
Forcé par un ordre homicide ,
Porter la main à l'Encenſoir.
Ainfi l'on voit croupir fans gloire ,
Dans le crime ou dans le repos ,
Le Magiftrat que la victoire ,
Eût compté parmi fes Heros .
Ici,j'apperçois l'innocence .
Qu'on arrache aux facrez Autels ;
Et qu'une injufte violence ,
Immole à des Dieux criminels.
Là, je vois marcher la Victime,
Qu'on facrifie à l'interêt :
Une autorité légitime ,
Porte un illegitime Arrêt.
Peres cruels & parricides ,
Sufpendez un coupable effort
Songez que vous êtes nos guides ,
Nor
360 MERCURE DE FRANCE.
Non les maîtres de notre fort.
Vous pouvez nous montrer la route,
Où nous devons porter nos pas ;
La raifon veut qu'on vous écoute
Mais conduifez , ne forcez pás.
Un choix dont les périls extrêmes ,
Nous menacent bien plus que vous ;
Un choix qui fe fait
pour nous-mêmes
Ne doit pas fe faire fans nous.
Tels font les avis falutairės
Que nous allons donner ici.
Eft- ce à nous d'inftruire nos Peres
Ils s'inftruiront & nous auffi.
Noms & Perfonnages des Altars.
Thémifte , Homme de Robe. Claude Teffier.
Antinous , fils aîné de Thémifte. Emmanuel
de Duras.
Agathocle , fecond fils de Thémiste. Vincent.
Michel Magnons
Philocles , Officier , frere de Thémifte. Michel
Larcher.
Deuterophile , autre Homme de Robe. Jacques
Galland.
Théophile , fils de Deuterophile. Louis - Marie de
la Salle.
Théobule , faux Dévot & faux Sçavant. Eugene
Blondel d'Aubert.
André de Creil . Himaturgus , Tailleur.
Diaphanes , Valet de Thémiſte. Louis Déſpreménil.
Thémifte , ancien Magiftrat , a deux fils , Anfinous
MARS. 17307 561
tinous & Agathocle ; le premier eft de ces jeunes
gens qui à la vivacité de l'efprit , à la franchiſe
du coeur , à la nobleffe des fentimens & à l'aifance
des manieres , ne joignent que trop ordinairement
un fond de legereté , d'impétuofité ,
d'inapplication & d'opiniâtreté qui les rend en
nemis du travail & de la contrainte. Le fecond à
des moeurs plus douces , un naturel heureux , de
la pieté même & de la Religion , mais il appréhende
de s'engager dans un état qui demande
une vocation particuliere , & pour lequel il ne fe
fent aucun attrait . Le Pere cependant deſtine Antinous
à la Robe , quelqu'oppofée qu'elle foit à
fes penchants & à les qualitez naturelles. Il eft
Paîné , il faut qu'il entre dans la Magiftrature,
Agathocle fuivroit volontiers le Barreau & feroit
un fort bon Juge,le refpect au contraire dont il eft
penetré pour le facré Miniftere , lui en fait redouter
les faintes & pénibles fonctions. N'importe
, Thémifte ne confulte ni fon goût , ni fes
répugnances ; il eft cadet , il faut qu'il foit établi
dans l'Eglife. Leur fort eft ainfi reglé , de
Pavis d'un certain Théobule , homme adroit &
rufé , fourbe & impofteur , gagnant & imperieux
qui abufe de la confiance de Thémifte , & qui
fous le mafque d'une pieté apparente & d'un attachement
fimulé , cache la malice de l'ame la
plus baffe , la plus intereffée & la plus ambitieuſe.
Antinous & Agathocle , qui fçavent l'empire que
ce faux dévot a fur l'efprit de leur pere , ne peuvent
fe réfoudre à obéir dans fa perfonne à un
vifionnaire qu'ils déteftent. Ils ont recours à la
fageffe & à la tendreffe de leur oncle Philocles.
Ce brave Officier qui foutient dans toute la Piece
un caractere de probité , d'honneur & de zele
auquel l'Affemblée a donné de frequents applau
diffements , combat les préjugez de ſon frere fur
la
662 MERCURE DE FRANCE.
la deſtination de fes neveux. Thémiſte ſe récrie
d'abord à l'impieté , à la rebellion & au defordre;
il en appelle à la Nature , à la raiſon & à l'uſage.
Philocles a beau lui repréfenter que la Nature
defavouë , que la raifon condamne & que l'ufage
ne juftifie point le pere qui facrifie le bonheur de
fon fils à la cupidité ou à l'ambition ; que le
meilleur fujet devient fouvent dans une vocation
forcée , inutile à l'Etat & plus fouvent encore
à fa famille qu'il deshonore : le bon vieillard prévenu
& féduit , ne conçoit pas comment dans
une famille Patricienne l'aîné des enfans n'appartient
pas de droit naturel à la Robbe & le
cadet au Sacerdoce. Philocles en le quittant déplore
fon aveugle entêtement , & tâche de lui
infpirer quelque défiance fur la vertu , la droiture
& la doctrine prétenduë celeſte de fon Confident.
D
Théobule arrive dans ce moment & d'un coup
d'oeil jetté amoureufement vers le Ciel , accompagné
d'un foupir dévotement ménagé , il détruit
tout ce que Philocles à pú avancer ; puis prenant
un ton fententieux & emphatique : Le Ciel , dit-il
à Thémiftes , exige de vous en cette occafion
un coup d'autorité. Vous êtes pere , il est vrai ,
quand vos enfans font foumis à vos volontez
mais quand ils fe départent du respect & de
Fobéiffance , vous devez agir en maître & en
fouverain.Le Magiftrat pouffé par les fuggeſtions
de cet homme frauduleux , fait comparoître devant
lui Antinous . & Agathocles. Il dit à l'Aîné
qu'il veut & prétend qu'il foit homme de Robe
& déclare au cadet qu'il va inceffamment le confacrer
au fervice des Autels. Les deux freres font
confternez , & paroiffent comme frappez de la
foudre. L'aîné parle ferme & refifte. Le cadet
fond en larmes , & reprefente. Tous deux , après
Pavoir affuré du refpect infini qu'ils ont pour les
$
ordres
MARS. 1730. 563
ordres , le conjurent de pefer mûrement ce qu'il
eft en droit de leur commander , & ce que de
leur côté ils peuvent ou doivent executer. Cet endroit
, qui eſt un des plus critiques de toute la
Piece , eft manié avec tant d'art , de fineffe & de
difcretion , que les peres ne fçauroient s'en offenfer
, ni les enfans s'en prévaloir.
Thémifte , irrité du refus opinâtre d'Antinous,
le chaffe de fa prefence , & lui deffend de paroîtte
devant fes yeux. Celui-ci prend cet ordre rigoureux
à la lettre , & fonge déja à fuir loin de la
maifon paternelle . On en avertit fon oncle , qui
l'arrête & le mene chez un de fes amis , où il le
fait garder, Cependant le pere donne fes ordres à
Diaphanes , fon Valet , de faire venir promptement
le Tailleur pour prendre la meſure d'un
habit Ecclefiaftique à fon fils Agathocle . Enſuite
il fe retire dans fon Appartement , où en ouvrant
de Livre divin dont Théobule lui a fi fort recommandé
la lecture , il trouve une Lettre que fon
fils Antinous avoit inferée avant que
y
de partir;
elle eft conçue en ces tetmes : J'obéis enfin , mor
pere, & puifque vous me le commandez , je
dérobe à votre colere un fils qui a le malheur
de vous déplaire. Eloigné de vous .. Thémiſte
ne fe donne pas le temps de lire la Lettre toute
entiere , & retourne auffi - tôt fur le Théatre , où
il rencontre Agatocle , triftement occupé des préparatifs
de fa nouvelle métamorphofe ; dans le
trouble où il eft , il ne fe fouvient plus de l'ordre
qu'il a donné , & renvoye le Tailleur . Il demande
des nouvelles d'Antinous , & perfonne ne peut
lui apprendre ni quand , ni comment , ni en quel
lieu il s'eft enfui. Agatocle demande auffi-tôt la
permiffion de l'aller chercher. Diaphanes eft chargé
de cette commiffion. Le pere lit une feconde
fois la Lettre , & peint fur fon vifage, en la lifant,
?.
•
aufli
564 MERCURE DE FRANCE .
uffi - bien que dans les paroles qui lui échappént,
l'amour , la colere , la crainte , l'efperance , l'indignation
& la pitié qui l'agitent tour à tour.
Ici l'Auteur Dramatique triomphe & fe fert
avec avantage de la connoiffance qu'il a du coeur
humain. Philocles arrive fur ces entrefaites &
profite de Perreur de fon frere pour lui faire de
juftes reproches fur fon infenfibilité , ſa ſimplicité
& fa prévention. Allez maintenant , lui ditil,
allez vous confoler avec votre cher Théobule,
fuivez encore fes bons confeils , vous en voyez
le fruit , &c. Enfin après l'avoir amené au point
de repentir & de docilité neceffaire pour en être
écouté favorablement , il lui déclare que le jeune
Deferteur n'eft pas fi loin qu'il fe l'imagine ; mais
qu'il ne peut le lui rendre qu'à deux conditions.
La premiere, qu'il ne le forcera point d'embraffer
un genre de vie pour lequel il marque tant de répugnance.
La feconde condition eft que l'entrée
de fa maifon fera interdite à ce brouillon , qui y
met le trouble & la divifion . Ce fecond article
fouffre quelque difficulté de la part de Thémiſte
qui n'y foufcrit qu'avec peine; mais que ne fait- on
pas pour recouvrer un fils que l'on chérit tendrement
! Thémiſte promet tout , confent à tout.
A peine fa parole en eft -elle donnée , que Diaphanes
vient annoncer Théobule. Rien de plus
comique que l'embarras du Maître en ce moment
le laiffera -t-il entrer ou lui fera-t-il dire
qu'il ne peut le voir ? Il veut & ne veut pas ;
ofe & n'ofe point. Philocles fe divertit de fa foibleffe
, & puis pour fe donner un autre plaifir ,
non moins fenfible , qui eft de faire connoître
à un fourbe que l'on n'eft point fa duppe , il or
donne à Diaphanes d'introduire Théobule. Le
benin perfonnage s'avance d'un air modeſte &
falue les deux freres avec un compliment qui s'adreg
il
MARS. 1730. 566
reffe à l'un & à l'autre ; l'Officier y répond par
une grande réverence , & entre d'abord en matiere
fur des connoiffances qu'il a eues par le
Valet. Il fait à l'homme de bien plufieurs queftions
qui le furprennent & l'inquietent. Sa furprife
& fon trouble augmentent , lorfqu'il apperçoit
qu'on eft inftruit du revenu de certain Benefice
qu'il avoit envie de faire réfigner à Agathocles
, & du partage , fans doute , qu'il fe propofoit
d'en faire. Confus &-outré de douleur de
voir la mine éventée , il fe plaint qu'on l'outrage
qu'on le prend pour quelqu'autre , que l'on infulte
à fa Religion , & là -deffus il fe retire.
le
Théobule étant ainfi congedié , Thémifte &
Philocles raiſonnent enſemble, & conviennent que
puifque Paîné ne veut point de la Charge que
pere exerce , il faut la faire paffer à fon frere
Agathocle , & laiffer prendre le parti des Armes
à Antinous. Ils confultent l'inclination d'Agathocle
, & la trouvent conforme à leur arrangement.
Philocles va chercher lui -même Antinous,
qui fe jette en entrant aux pieds de fon pere pour
fui demander pardon de la faute qu'il a commife.
Thémifte le releve , & après une legere répri
mande qu'il n'a pas même le courage de lui faire
il accorde au coupable fa grace , & l'interroge
fçavoir , s'il confent à ce que fon cadet ait la
Charge qui lui étoit deftinée , comme à l'aîné
de la famille. Antinous protefte qu'il en eft ravi ;
qu'il aime fon frere , & qu'il ne défire rien tant
que de le voir heureux. Thémifte voudroit auffi
lui annoncer fon fort & le fonder fur la profeffon
militaire ; mais Philocles qui fçait combien
la licence des armes eft pour de jeunes coeurs un
appas féduifant , détourne la converfation & fait
Agne à fon neveu de réiterer fes excufes & fes
zemercimens. Themifte embraffe fes deux fils, &
?
Jep
366 MERCURE DE FRANCE .
les renvoye contens , & charmez de leur nouvelle
deftinée. Le Magiftrat plus content qu'eux d'avoir
fi aifément & fi naturellement procuré leur
felicité , rend graces à fon frere de la joye & de la
paix qu'il goute ; il lui promet de ne plus fuivre à
l'avenir d'autres avis que les fiens . Philocles profite
de ce dernier moment d'une action ſi inſtructive
pour lui donner les leçons les plus fenſées fur la
Vocation des enfans . Enfin adreffant la parole à
ceux-cy , il les avertit de ne point s'engager témerairement
dans aucun état , d'en remplir conftammint
tous les devoirs lorfqu'ils s'y feront engagez
& de juftifier par leur perfeverance le
choix qu'ils auront fait prudemment , librement
& courageufement.
Pour ne rien omettre de ce qui regarde les vocations
forcées , l'Auteur a introduit dans fa
Piece deux Perfonnages épifodiques. L'un eft
d'un jeune homme , ( Théophile ) qui ayant
beaucoup d'agrémens exterieurs & de qualitez
capables de briller aux yeux du monde , fonge
à la retraite pour laquelle il fe fent un attrait puiffant
; l'autre, du pere de ce jeune homme, ( Ďeuterophile
) qui voudroit le retenir dans le monde
& qui ne feroit pas fàché que fon fils aîné prît le
parti de la folitude , parce qu'il n'a pas certains
avantages du corps , quoi qu'il ait tous les talens
de l'efprit toutes les qualitez du coeur neceffaires
pour faire un bon Citoyen , utile à fa famille
& à fa Patrie . Thémifte lui donne fur cela des
avis fages , & fait voir que tel qui penſe mal fur
la deftination de fes propres enfans , peut raifonner
jufte fur ce qui regarde l'établiſſement des
enfans d'autrui.
On peut dire que cette Comedie Latine qui a
merité les éloges d'un grand nombre de Conaoiffeurs
, n'a rien perdu de fa beauté dans la ré
préſentation
1"
候
MAR S. 1720.
F
7
préfentation. Elle a été précedée d'une espece de
Paftorale fur la Naiflance de Monfeigneur le
Dauphin. Ce fujet fut celebré dans plufieurs Idyles
récitées par des Bergers. Il feroit à fouhaiter
que ceux d'entre les Rhetoriciens qui ont le plus
travaillé à ces Poëfies , vouluffent bien en faire
part au Public , & prendre déja leur place fur le
Parnaffe. En attendant nous tirerons du Programe
imprimé les Vers qui ont été chantez après
les Idyles ,fur un Air compofé par M. Campra
qu'on trouvera ici gravé.
Fermer
Résumé : Les Vocations forcées. Piece d'un Acte, [titre d'après la table]
Le Père Porée, jésuite et professeur de rhétorique, a supervisé la représentation de la pièce latine 'Les Vocations forcées' par les rhétoriciens du Collège de Louis le Grand. Cette œuvre met en avant l'importance de laisser à un jeune homme la liberté de choisir son mode de vie, que ce soit par attrait, raison ou les deux à la fois. La pièce commence par un prologue où le Ciel est présenté comme formant les individus à divers emplois pour le bien de la patrie. Cependant, les volontés perverses et les forces étrangères peuvent égarer les individus, les poussant à choisir des voies qui ne leur conviennent pas. Le texte critique les choix imposés par les pères, souvent influencés par le hasard, l'intérêt ou l'usage, plutôt que par la raison. L'histoire se concentre sur Thémiste, un ancien magistrat, et ses deux fils, Antinous et Agathocle. Thémiste, influencé par un faux dévot nommé Théobule, destine Antinous à la robe et Agathocle au sacerdoce, malgré leurs inclinations contraires. Antinous, vif et impétueux, refuse cette voie, tandis qu'Agathocle, pieux mais craintif, redoute les fonctions sacerdotales. Leur oncle Philocles, un officier probe et zélé, tente de raisonner Thémiste, mais ce dernier reste obstiné. La pièce atteint son point critique lorsque Thémiste, irrité par la résistance d'Antinous, le chasse. Antinous songe à fuir, mais est arrêté par son oncle. Thémiste, après avoir lu une lettre d'Antinous, se radoucit et accepte les conditions de Philocles : ne pas forcer Antinous à embrasser une vie qui lui répugne et exclure Théobule de sa maison. Thémiste accepte finalement de laisser Antinous choisir la voie des armes et Agathocle la charge de magistrat. La pièce se termine par la réconciliation et la joie des deux fils, ainsi que par les remerciements de Thémiste à son frère pour la paix retrouvée. Philocles profite de ce moment pour donner des leçons sur la vocation des enfants. Le texte mentionne également deux personnages épisodiques : Théophile, un jeune homme charmant et talentueux qui choisit de se retirer du monde malgré ses qualités, et Deuterophile, son père, qui souhaite le retenir dans le monde. Thémiste donne des conseils sages à Deuterophile, montrant que ses jugements sur ses propres enfants peuvent être différents de ceux concernant les enfants des autres. La comédie, qui a reçu les éloges de nombreux connaisseurs, a été représentée en mars 1720 et a été précédée d'une pastorale célébrant la naissance du Dauphin. Cette pastorale, composée de plusieurs idylles récitées par des bergers, a été suivie de vers chantés sur un air composé par M. Campra. Le texte exprime le souhait que les rhétoriciens ayant travaillé à ces poèmes les partagent avec le public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 2689-2719
LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
Début :
Ne rougissez pas, Madame, d'avoir été si peu sensible aux beautez qui [...]
Mots clefs :
Tragédie, Amour, Théâtre, Mort, Auteur, Beauté, Frère, Hymen, Colère, Justice, Yeux, Corneille, Monologue, Seigneur, Amant, Âme, Roi, Crime, Sentiments, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
LETTRE de Mr de ... , à Mde de ...
fur la Tragedie de Venceflas.
Neté à peu fenfible aux beautez qui
E rougiffez pas , Madame , d'avoir
font répandues dans la Tragedie de Venceflas
; ce n'eft point par des applaudiffemens
qu'un efprit auffi délicat que le vôtre
doit fe déterminer. Un Acteur , tel que
Baron , peut prêter des graces aux endroits
d'une Tragédie , même les plus rebutanss
les fuffrages deviennent alors tres- équi-
I. Vol. yoques
2690 MERCURE DE FRANCE
voques , & l'on peut le tromper quand
on en fait honneur à l'Auteur.Ce n'eft pas
qu'il n'y ait de grandes beautez dans cette
Tragedie. Rotrou étoit un de ces génies
que la nature avare ne donne que de ſiécles
en fiécles ; le grand Corneille n'a pas
dédaigné de l'appeller fon Pere & lon
Maître;& fa fincerité avoit autant de part
que fa modeſtie à des noms fi glorieux ;
mais ce qui excitoit l'admiration dans un
temps où le Théatre ne faifoit que de naî
tre , ne va pas fi loin aujourd'hui ; on fe
contente d'eftimer ce qui a autrefois étonné
, & pour aller jufqu'à la furpriſe , on a
befoin de fe tranfporter au premier âge
des Muſes. Tel étoit celui de Rotrou , par
rapport à la Tragédie ; ceux qui avoient
travaillé avant lui dans ce genre de Poëfie
que Corneille & Racine ont élevé fi
haut , ne lui avoient rien laiffè qui pût
former fon goût ; de forte que la France
doit confiderer Rotrou comme le créateur
du Poëme Dramatique , & Corneille
comme le reftaurateur. Vous voyez ,
Madame , que cela pourroit fuffire pour
juftifier vos dégouts ; je veux aller plus
loin , & parcourir également les beautez
& les défauts de la Tragedie de Venceſlas
, pour pouvoir en porter un jugement
équitable.
1. Vol.
ACTE
DECEMBRE. 1730. 2691
Į
ACTE I.
Venceflas ouvre la Scene fuivi de
Ladifas & d'Alexandre fes fils ; il faut
retirer le dernier par ce vers adreffé à
tous les deux .
Prenez un fiége , Prince , & vous, Infant, ſortez.
Alexandre lui répond.
J'aurai le tort , Seigneur , fi vous ne m'écoutez.
Ce fecond vers eft un de ceux qu'il
faut renvoyer au vieux temps. J'aurai le
tort, n'eft plus françois , mais ce n'eft pas
la faute de l'Auteur . Que vous plaît-il ? cft
trop profaïque & trop vulgaire ; il n'étoit
pas tel du temps de Rotrou. Paffons
à quelque chofe de plus effentiel. Voici
des Vers dignes des fiécles les plus éclai
rez ; c'eſt Venceflas qui parle à Ladiflas.
Prêtez- moi , Ladiflas , le coeur avec Poreille
J'attends toujours du temps qu'il meuriffe le
fruit ,
Que pour me fucceder , ma couche m'a produit
Et je croyois , mon Fils , votre Mere immor,
relle ,
Par le refte qu'en vous elle me laiffa d'elle ;
Mais hélas ! ce portrait qu'elle s'étoit tracé ,
Perd beaucoup de fon luftre , & s'eft bien effacé
Ne
2692 MERCURE DE FRANC .
:
Ne diroit - on pas que c'eft Corneille
qui parle ? Ces Vers nous auroient , fans
doute , fait prendre le change , s'ils n'avoient
été précédez de cet à parte de
Ladiflas.
Que la Vieilleffe fouffre , & fait fouffrir autrui !
Oyons les beaux avis qu'un flatteur lui confeille
:
Quelle difparate ! tout ce que Venceflas
dit dans cette Scene , eft mêlé de petites
fautes , & de grandes beautez ; les
fautes font dans l'expreffion , les beautez
dans les penfées . Il y a pourtant dans ces
dernieres quelque chofe qui dégrade le
pompeux Dramatique : C'eft l'indigne
portrait que Venceflas fait d'un Fils qui
doit lui fucceder , & qui lui fuccede en
effet à la fin de la pièce. Le voicy ce
Portrait ;
S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde
,
Rarement le Soleil rend la lumiere au monde ;
Que le premier rayon qu'il répand icy bas ,
N'y découvre quelqu'un de vos affaffinats.
Où du moins on vous tient en fi mauvaiſe eftime,
Qu'innocent ou coupable , on vous charge du
crime ,
Et que vous offenfant d'un foupçon éternel ,
Aux bras du fommeil même, on vous fait criminel.
I. Vol. Quel
DECEMBRE . 1730. 2693
Quel correctif que ces quatre derniers
vers ! dans quelle eftime doit être un
Prince à qui on impute tous les crimes
que la nuit a dérobés aux regards du Public
? De pareils caracteres ont-ils jamais
dû entrer dans une Tragédie ? Mais dans
le refte de la Piéce , les difcours & les actions
de ce monftre iront plus loin que
le portrait.
Ce qu'il y a de plus furprenant , c'eſt
que Ladiflas , tel qu'il eft , trouve encore
le fecret de le faire aimer. On en peut ju¬
ger par ces Vers.:
Par le fecret pouvoir d'un charme que j'ignore,
Quoiqu'on vous meſeftime , on vous chérit encore
;
Vicieux , on vous craint , mais vous plaifez heureux
Et pour vous l'on confond le murmure & les
voeux.
J'avoue, Madame , que je ne comprends
pas le vrai fens de ce vers :
Vicieux , on vous craint ; mais vous plaifez heureux.
Vicieux & heureux, nefont pas faits pour
faire une jufte oppofition ; l'Auteur ne
voudroit-il pas dire , que malgré les vices
qui le font craindre , Ladiflas a le bon-
I. Vol
.G heur
2694 MERCURE DE FRANCE
heur de plaire ? Quoique ce vers puifle
fignifier , on ne fçauroit difconvenir qu'il
n'ait un fens bien louche . Mais que de
beautés fuivent ces petits deffauts ! Vous
en allez juger par cette belle tirade : c'eft
toujours Venceslas qui parle à fon Fils.
Ah ! méritez , mon Fils , que cet amour vous
dure ;
Pour conferyer les voeux , étouffez le murmure
Et regnez dans les coeurs par un fort dépendant
Plus de votre vertu que de votre aſcendant ;
Par elle rendez - vous digne du diadême ;
Né pour donner des loix , commencez par vous
même ;
Et que vos paffions , ces rebelles fujets ,
De cette noble ardeur foient les premiers objets .
Par ce genre de regne , il faut meriter l'autre
Par ce dégré , mon Fils , mon Thône fera vô
tre.
Mes Etats , mes Sujets , tout fléchira fous vous
Et , fujet de vous feul , vous regnerez fur tous .
>
2
?
Quand on trouve de fi grandes beautez
de détail dans une Piéce , on eft prefque
forcé à faire grace aux vices du fond;
& c'eft en cela feulement , Madame , que
je trouve vos dégouts injuftes . Voyons le
refte de cette Scene , qui eft dans le genre
déliberatif. Venceslas dans la leçon
qu'il fait à fon Fils , appuye fur trois
I. Vol, points
DECEMBRE . 1730. 2695
points ; fçavoir , fur les mauvais dépor
temens de fon Fils , fur fa haine pour fon
premier Miniftre , & fur l'averfion qu'il
a pour l'Infant. Ladiflas s'attache à répondre
exactement aux objections ; mais
il commence par convenir d'un reproche
que fon Pere ne lui a fait que d'une maniere
vague. Le voici :
Vous n'avez rien de Roy , que le défir de Pêtre
;
Et ce défir , dit -on , peu difcret & trop promt
En fouffre avec ennui le bandeau fur mon front.
Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage,
Et n'ofant m'attaquer , vous attaquez mon âge ,
&c.
Ce reproche doit- il obliger Ladiflas à
confeffer à fon Pere & à fon Roy , qu'il
eft vrai qu'il fouhaite la Couronne , &
qu'il lui eft échapé quelques difcours ?
Il fait plus , il cite le jour , où il a parlé
fi indifcretement fur une matiére fi délicate
:
Au retour de la Chaffe , hier affifté des micas
&c.
A quoi n'expofe- t-il pas les plus affidez
amis ? Sera- t- il bien difficile au Roy
de les difcerner ; il n'a qu'à fçavoir qui
font ceux qui l'ont fuivi à la Chaffe &
I. Voln Gij qui
2696 MERCURE DE FRANCE
qui ont foupé avec lui. Voicy ce qu'il
avoie lui être échappé :
Moy , fans m'imaginer vous faire aucune injure
,
Je coulai mes avis dans ce libre murmure ,
Et mon fein à ma voix s'ofant trop confier
Ce difcours m'échappa ; je ne le puis nier :
Comment , dis-je , mon Pere accablé de
d'âge ,
Et , fa force à prefent fervent mal fon courage,
Ne fe décharge- t- il avant qu'y fuccomber ,
D'un pénible fardeau qui le fera tomber ? &c.
tant
Voilà Venceflas inftruit d'un nouveau
crime qu'il pouvoit ignorer , & Ladiflas
très-imprudent de le confeffer ,fans y être
déterminé que par une plainte qui peut
n'être faite qu'au hazard. J'ai vu un pareil
trait dans une Comédie : Un Valet
pour obtenir grace pour un crime dont
on l'accufe , en confeffe plufieurs que fon
Maître ignore ; encore ce Valet eft-il plus
excufable, puifque l'épée dont on feint de
le vouloir percer , lui a troublé la raiſon;
au lieu que Ladiflas s'accufe de fang froid
devant un Pere qui l'aime , & qui vient
de lui dire :
Parlez , je gagnerai vaincu , plus que vainqueur
;
J. Vol. Je
DECEMBRE. 1730 : 2697
Je garde encor pour vous les fentimens d'un
Pere ;
Convainquéz-moi d'erreur ; elle me fera chere
-
Je fçais qu'on pourroit répondre à mon
objection ; que Ladiflas pouvoit fçavoir
qu'on avoit fait au Roy un fidele raport
de tout ce qui s'étoit dit à table ; mais
en ce cas là il faudroit en inftruire les
Spectateurs qui ne jugent pas d'après de
fuppofitions ; ainfi Ladiflas auroit dû dire
au Roy fon Pere : Je fçai qu'on vous a inf
trait ; ou l'équivalant. Il eft vrai qu'il
femble le dire par ce Vers :
J'apprends qu'on vous la dit , & ne m'en´ deffends
point.
Mais j'apprends, ne veut pas
dire qu'on
le lui ait apptis auparavant ; il feroit
bien plus pofitif de dire :je fçai qu'on
vous l'a dit
Ladiflas n'a garde de convenir que Ic
portrait que fon Pere vient de faire de
lui , foit d'après nature's bien loin delà
il l'accufe d'injufte prévention par ce'
Vers :
de ma part tout vous choque & vous
Encor que
bleffe , &c.
>
Pour ce qui regarde fa haine pour le
Giij Due I. Vol.
2698 MERCURE DE FRANCÈ
ſon Duc de Curlande,& fon averfion pour
Frere ,il ne s'abbaiffe à l'excufer que pour
,
s'y affermir. Voicy comme il s'explique :
J'en hais l'un , il eft vrai , cet Infolent Miniftre
,
Qui vous eft précieux autant qu'il m'eſt ſiniſtre ;
Vaillant , j'en fuis d'accord ; mais vain , fourbe ,
Aateur ,
Et de votre pouvoir , fecret ufurpateur , & c.
Mais s'il n'eft trop puiffant pour craindre ma
colere ,
Qu'il penfe murement au choix de fon falaire ,
&c.
&
Ce derniers vers fuppofe , comme il
eft expliqué un peu un peu auparavant
beaucoup plus dans la fuite , que Venceflas
a promis au Duc de lui accorder la
premiere grace qu'il lui demanderoit , en
faveur des fervices fignalez qu'il a rendus
à l'Etat. C'eſt pour cela que Ladiflas
ajoute :
Et que ce grand crédit qu'il poffede à la
Cour ,
S'il méconnoit mon rang , reſpecte mon amour,
Ou tout brillant qu'il eft , il lui fera frivole ,
Je n'ay point fans fujet , lâché cette parole ,
Quelques bruits m'ont appris jufqu'où vont fes
deffeins ;
I. Vol.
Et
DECEMBRË. 1730. 2699
Et c'eſt un des fujets , Seigneur , dont je më
plains.
Voicy ce qu'il dit au fujet de l'Infant.
Pour mon Frere , après fon infolence
Je ne puis m'emporter à trop de violence ;
Et de tous vos tourmens , la plus affreuſe horreur
Ne le fçauroit fouftraire à ma jufte fureur , &c.
L'humeur infléxible de ce Prince obli
ge fon Pere à prendre les voyes de la
douceur ; il convient qu'il s'eft trompés
il l'embraffe , & lui promet de l'affocier à
fon Thrône. C'eſt par là feulement qu'il
trouve le fecret de l'adoucir , & de lui
arracher ces paroles , peut-être peu finceres
;
>
De votre feul repos dépend toute ma joye ;
Et fi votre faveur , jufques -là fe déploye ,
Je ne l'accepterai que comme un noble emplois
Qui parmi vos fujets fera compter un Roy.
L'Infant vient pour fe juftifier du manque
de refpect dont fon Frere l'accufe ,
le Royle reçoit mal en apparence , & dit
à
part :
A quel étrange office , amour me réduis -tu ,
De faire accueil au vice & chaffer la vertu ?
1
I. Vol.
G iiij Ven
2700 MERCURE DE FRANCE
Venceslas ordonne à l'Infant de deman
der pardon à Ladiflas , & à Ladiſtas de
tendre les bras à fon Frere . Ladiflas n'obéit
qu'avec répugnance ; ce qu'il fait
connoître par ces Vers qu'il adreffe à l'Infant.
'Allez , & n'imputez cet excès d'indulgence ' ;
Qu'au pouvoir abſolu qui retient ma vengeance :
Le Roy fait appeller le Duc de Curlande
pour le réconcilier avec Ladiflas :
cette paix eft encore plus forcée que l'autre.
Venceflas preffe le Duc de lui demander
le prix qu'il lui a promis . Le
Duc lui obeït & s'explique ainfi :
Un fervage , Seigneur , plus doux que votre Em
pire ,
Des flammes & des fers font le prix où j'aſpire…..?
Ladiflas ne le laiffe
pas achever , &
lui dit :
Arrêtez , infolent , & c.
Le Duc fe tait par reſpect & ſe retire
avec l'Infant.
Le Roy ne peut plus retenir fa colere ,
il dit à ce Fils impétueux , qu'il ménage
mal l'efpoir du Diadême , & qu'il hazarde
même la tête qui le doit porter. Il le
quitte .
Je m'apperçus , Madame , que ces man-
I. Vol. ques
DECE MBRE. 1730: 2701
paques
de refpect , réïterés coup fur coup ;
en prefence d'un Roy ; vous revoltérent
pendant toute la réprefentation , je ne le
trouvai pas étrange , & je fentis ce que
vous fentiez . On auroit pû paffer de
reilles infultes dans les Tragedies qu'on
repreſentoit autrefois parmi des Républicains
; on ne cherchoit qu'à rendre les
Rois odieux ; mais dans un état monarchique
, on ne fçauroit trop refpecter le
facré caractere dont nos Maîtres font revêtus.
Dans la derniere Scene de ce premier
Acte on inftruit les Spectateurs de ce qui
a donné lieu à l'emportement de Ladif- .
las , & à l'infulte qu'il a faite au Duc en
prefence du Roy fon Pere. Ce Prince violent
croit que le Duc eft fon Rival. Ce--
pendant il ne fait que prêter fon nom
à l'Infant . Cela ne fera expofé qu'à la fin
de l'Acte fuivant , je crois qu'on auroit
mieux fait de nous en inftruire dès le
commencement de la Piéce.-
ACTE II
Theodore , Infante de Mofcovie , com
mence le fecond Acte avec Caffandre ,
Ducheffe de Cuniſberg . Elle lui parle ens
faveur de Ladiflas qui lui demande fas
main Caffandre s'en deffend par ces
Gy. Now
Vers :
LVola
2902 MERCURE DE FRANCE
Non , je ne puis fouffrir en quelque rang qu'if
monte ,
L'ennemi de ma gloire & l'Amant de ma honte ,
Et ne puis pour Epoux vouloir d'un ſuborneur ,
Qui voit qu'il a fans fruit attaqué mon honneur
L'Infant n'oublie rien pour appaifer
la jufte colere de Caffandre ; mais cette
derniere ne dément point ſa fermeté , &
découvre toute la turpitude des amours
de Ladiflas , par ces mots :
Ces deffeins criminels , ces efforts infolens ,
Ces libres entretiens , ces Meffages infames ,
. L'efperance du rapt dont il flattoit fes flammes ,
Et tant d'autres enfin dont il crut me toucher
Aufang de Cunisberg fe pourroient reprocher.
Je conviens avec vous , Madame,qu'un
amour auffi deshonorant que celui - là ,
n'eft pas fait pour la majefté de la Scene
Tragique, & qu'il doit faire rougir l'objet
à qui il s'adreffe . On a beau dire que
cela eft dans la nature ; il faudroit qu'il
fut dans la belle nature , & je doute qu'on
pafsât de pareilles images dans nos Comédies
d'aujourd'hui , tant le Théatre
eft épuré.
Ladiflas vient ſe joindre à fa four , pour
éblouir les yeux de Caffandre , par l'offre
d'une Couronne ; mais elle lui répond
avec une jufte indignation..
Me
DECEMBRE. 1730. 2703
Me parlez - vous d'Hymen & voudriez-vous.
pour femme
L'indigne & vil objet d'un impudique flamme ?
Moi ? Dieux ! moi ? la moitié d'un Roy d'un
Potentat !
Ah ! Prince , quel prefent feriez - vous à l'Etat >
De lui donner pour Reine une femme ſuſpecte
Et quelle qualité voulez - vous qu'il reſpecte ,
En un objet infame & fi peu refpecté ,
Que vos fales défirs ont tant follicité ?
Tranchons cette Scene , elle eft trop
révoltante. Ladiflas voyant que Caffandre
eft infléxible , s'emporte jufqu'à lui
dire , qu'il détefte fa vie à l'égal de la mort.
Caffandre faifit ce prétexte pour fe retirer.
Ladiflas court après elle ; il prie fa
foeur de la rappeller ; & fe repentant un
moment après de la priere qu'il vient
de lui faire; il dit qu'il veut oublier cette
ingrate pour jamais , & qu'il va preffer
fon Hymen avec le Duc qu'il croit fon
Rival, cette erreur produit une fituation ,
L'Infante qui fe croit aimée du Duc , &
qui l'aime en fecret , ne peut apprendre
fans douleur qu'il aime Caffandre. Elle /
fait connoître dans un Monologue ce qui
fe paffe dans fon coeur . On vient lui dire
que le Duc demande à lui parler. Elle le
fait renvoyer , fous prétexte d'une indif
1.Vol. Gvj pofi2704
MERCURE DE FRANCE
pofition . L'Infant vient pour fçavoir quelle
eft cette indifpofition ; il la confirme
dans fon erreur , il fait plus, il la prie de
fervir le Duc dans la recherche qu'il fait
de Caffandre ; l'Infante n'y peut plus tenir,
& fe retire , en difant :
Mon mal s'accroît , mon Frere , agréez ma re÷
traite.
Rien n'eft plus Théatral que ces fortes:
'de Scenes ; mais quand le Spectateur n'y
comprend rien , fon ignorance diminuë
fon plaifir ; il plaît enfin à l'Auteur de
nous mettre au fait , par un Monologue
qui finit ce fecond Acte ; & j'ofe avancer
que l'explication ne nous inftruit guére
mieux que le filence . Voicy comment
s'explique l'Infant dans fon Monologue.
O fenfible contrainte ! ô rigoureux ennui ,,
D'être obligé d'aimer deffous le nom d'autrui !
Outre que je pratique une ame prévenuë ,
Quel fruit peut tirer d'elle une flamme inconnuë?
Et que puis - je efperer fous cet afpect fatal ,
Qui cache le malade en découvrant le mal ? &c
Les deux premiers Vers nous apprennent
que l'Infant aime fous le nom d'au
trui ; mais les quatre fuivans me paroiffent
une énigme impénétrable : que veut
dire Rotrou , par ces mots ? Je pratique
L.. Kol.
une
DECEMBRE. 1730: 2705
1
une ame prévenuë ; & que pouvons - nous
entendre par cette flamme inconnue, & par
ce malade qui fe cache en découvrant le mal?
Eft ce que le Duc feint d'aimer Caffandre
aux yeux de Caffandre même ? Ne feroitil
pas plus naturel
que Caffandre fut inftruite
de l'amour de l'Infant , & qu'elle
confentit , pour des raifons de politique ,
à faire pafler le Duc pour fon Amant ?
Je crois que c'eft-là le deffein de l'Auteur
, quoique les expreffions femblent
infinuer le contraire ; quoiqu'il en foit ,
l'Infant ne devroit pas expofer , par cette
erreur , le Duc à la fureur de fon Frere ,-
pour s'en mettre à couvert lui- même.
D'ailleurs le Duc aimant l'Infante, com--
me nous le verrons dans la fuite , ne doit
pas naturellement le prêter à un artifice
qui le fait paffer pour Amant de Caf
fandre.
ACTE IM.-
Cet Acte paroît le plus deffectueux : Je
paffe légerement fur les premieres Scénes,
qui font tout-à-fait dénuées d'action . Let
Duc commence la premiere Scene par un
Monologue , dans lequel il réfléchit fur
la feinte maladie de l'Infante , pour lui
interdire fa préfence ; il préfume de cette
deffenfe, qu'elle eft inftruite de fon amour,
ou du moins qu'elle le foupçonne par le
L.Vol. demí.
2706 MERCURE DE FRANCE
1
demi aveu qu'il en a fait au Roy , quand
Ladiflas lui a deffendu d'achever ; il fe
détermine à aimer fans efperance .
Dans la feconde Scéne , l'Infant le
preffe de lui découvrir quels font fes.
chagrins ; ille foupçonne d'aimer Caffandre.
Le Duc détruit ce foupçon , fans
pourtant lui avouër fon veritable amour.
Dans la troifiéme , Caffandre preffe l'Infante
de la délivrer de la perfécution de
fon Frere, par l'Hymen dont il veut bien
l'honorer. Pour la quatrième , elle eſt
fi indigne du beau tragique , qu'il feroit
à fouhaiter qu'elle ne fut jamais fortie de
la plume d'un Auteur auffi refpectable
que Rotrou. En effet , quoi de plus bas
que ces Vers qui échapent à Ladiflas
dans une colere qui reffemble à un fang
froid. C'eft à Caffandre qu'il parle :
Je ne voi point en vous d'appas fi furprenans ,
Qu'ils vous doivent donner des titres éminens ;
Rien ne releve tant l'éclat de ce vifage ,
Où vous n'en mettez pas tous les traits en uſage ;
Vos yeux , ces beaux charmeurs , avec tous leurs
ap pas ,
Ne font point accufés de tant d'affaffinats , &c.
Pour moi qui fuis facile , & qui bien- tôt me
bleffe ,
Votre beauté m'a plû , j'avouerai ma foibleffe ;
Et m'a couté des foins , des devoirs & des pas ;
J. Vola Mais
DECEMBRE . 1730. 2707
Mais du deffein,je croi que vous n'en doutez pas,
&c.
Dérobant ma conquête elle m'étoit certaine ;
Mais je n'ai pas trouvé qu'elle en valût la peine.
Peut- on dire en face de fi grandes impertinences
? On a beau les excufer par le
caractere de l'Amant qui parle ; de pareils
caracteres ne doivent jamais entrer
dans la Tragedie.
Ladiflas fe croit fi bien guéri de fon
amour , qu'il promet au Duc , non - feulement
de ne plus s'oppofer à fon Hymen
avec Caffandre , mais même de le preffer .
Venceslas vient , il conjure le Duc de le
mettre en état de dégager la parole . Le
Duc le réfout enfin à s'expliquer , puifque
le Prince ne s'oppofe plus à fes défirs;
mais le Prince impetueux lui coupe encore
la parole , ce qui fait une efpece de Scéne"
doublée ; le Roy s'emporte pour la premiere
fois , jufqu'à l'appeller infolent. Ladiflas
daigne auffi s'excufer pour la pre
miere fois fur la violence d'une paffion
qu'il a vainement combattue. Il fort enfint
tout furieux , après avoir dit à fon Pere ::
Je fuis ma paffion , fuivez votre colere ;
Pour un Fils fans refpect , perdez l'amour d'un
Pere ;
Tranchez le cours du temps à mes jours deſtiné;
I. Vol
Ec
2708 MERCURE DE FRANCE
Ét reprenez le ſang que vous m'avez donné ; ·
Ou fi votre juſtice épargne encor ma tête ,-
De ce préfomptueux rejettez la requête ,
Et de fon infolence humiliez l'excès , '
Où fa mort à l'inftant en ſuivra le ſuccès.
Le Roy ordonne qu'on l'arrête ; c'eſt - là
le premier Acte d'autorité qu'il ait encore
fait contre un fi indigne Fils . Paffons
à l'Acte fuivant , nous y verrons une in
finité de beautez , contre un très - petit
nombre de deffauts.
ACTE IV..
L'action de cet Acte fe paffe pendant
le crepufcule du matin ; un fonge terrible
que l'Infante a fait , l'a obligée à
fortir de fon appartement ; ainfi ce fonge
qui d'abord paroît inutile, eft ingénieu
fement imaginé par l'Auteur , & donne
lieu à une tres - belle fituation , comme on
va le voir dans la feconde Scéne ; s'il y a
ya
quelque chofe à reprendre dans ce fonge,,
c'eft que l'Infante a vû ce qui n'eft pas
arrivé , & n'arrivera pas.
Hélas ! j'ai vu la main qui lui perçoit le flanc
J'ai vu porter le coup , j'ai vâ couler ſon fang ;
Du coup d'un autré main , j'ai vû voler fa tête
Pour recevoir fon corps j'ai vu la tombe prête .
I. Vol En
DECEMBRE: 1730. 2709
En effet ce n'eft pas à Ladiflas qu'on
a percé le flanc ; & pour ce qui regarde
eette tête qui vole du coup d'une autre
main ; le fonge n'eft , pour ainfi dire
qu'une Sentence comminatoire ; mais
voyons les beautez que cette légere faute
va produire.
"
Ladiflas paroit au fond du Théatre
bleffé au bras , foûtenu par Octave , font
confident. Voilà le fonge à demi expli
qué ; mais c'eft le coeur de l'Infante &
non du Prince , qui eft veritablement
percé. Ladiflas lui apprend qu'un avis
qu'Octave lui a donné de l'Hymen , du
Düc & de Caffandre , l'ayant mis au défefpoir
, l'a fait tranfporter au Palais de
cette Princeffe ; & qu'ayant apperçu le
Duc qui entroit dans fon appartement ,
il l'a bleffé à mort de trois coups de Poigard
; l'Infante ne pouvant plus contenir
fa douleur , à cette funefte nouvelle fe retire
pour dérober fa foibleffe aux yeux
de fon Frere : Elle fait connoître ce qui
fe paffe dans fon coeur par cet à parte :-
Mon coeur es -tu fi tendre ,
Qué de donner des pleurs à l'Epoux de Caffan
dre ,
Et vouloir mal au bras qui t'en a dégagé ?
Get Hymen t'offençoit , & fa mort t'a vengé.
Le jour qui commence à naître , oblige
I. Vol. La
C
2710 MERCURE DE FRANCÈ
Ladiflas à fe retirer ; mais Venceflas furvient
& l'apperçoit.Surpris de le voir levé
fi matin , il lui en demande la caufe , par
ces Vers :
Qui vous réveille donc avant que la lumiere ,
Ait du Soleil naiffant commencé la carriere.
"
Le Prince lui répond :
N'avez-vous pas auffi précédé fon réveil
Cela donne lieu à une tirade des plus
belles de la Piece. La voici , c'eft Vencel
las qui parle :
Oui , mais j'ai mes raiſons qui bornent mor
fommeil.
Je me voi , Ladiflas , au déclin de ma vie ,
Et fçachant que la mort l'aura bien - tôt ravie ,
Je dérobe au fommeil , image de la inort ;
Ce que je puis du temps qu'elle laiffe à mon
fort.
Près du terme fatal preſcrit par la nature
Et qui me fait du pied toucher ma ſépulture ,
De ces derniers inftants dont il preffe le cours ;
Ce que j'ôte à mes nuits , je l'ajoute à mes jours ,
Sur mon couchant enfin ma débile paupiere ,
Me ménage avec foin ce refte de lumiere ;
Mais quel foin peut du lit vous chaffer ſi matin
Vous à qui l'âge encore garde un fi long deſtin .
Ces beaux fentimens font fuivis d'un
I. Vol. coup
DECEMBRE. 1730. 2711
coup de théatre qui part de main de
Maître. Ladiflas preffé par fes remords
déclare à fon Pere qu'il vient de tuer le
Duc ; mais à peine a - t-il fait cet aveu ,
que le Duc paroît lui - même ; quelle
agréable furpriſe pour Venceflas la
que
nouvelle de la mort vient d'accabler ! &
quelle furprife pour Ladiflas qui croit
Favoir percé de trois coups de Poignard
!
Caffandre annoncée par le Duc , va bientôt
éclaicir cet affreux myftere ; elle vient
demander vengeance
de la mort de l'Infant.
yeux
de
Ce qui peut donner lieu à la critique
c'eſt un hors- d'oeuvre de cinquante vers ,
avant que de venir au fait. Je fçais , que
l'Auteur avoit befoin d'apprendre au Roy
que le Duc avoit prêté fon nom à l'Infant
, pour cacher fon amour aux
fon Frere ; mais cette expofition devoit
être placée ailleurs , ou mife icy en moins
de vers. Le refte de la Scene eft tres-pathetique;
elle jouë veritablement un peu trop
fur les mots. Vous en allez juger par ces
fragmens,
C'est votre propre fang , Seigneur , qu'on a
verfé ;
Votre vivant portrait qui fe trouve effacé ...
Vengez -moi , vengez-vous, & vengez un Epoux;
Que, veuve avant l'Hymen , je pleure à vos ge-
Mais поих.
2712 MERCURE DE FRANCE
Mais , apprenant , grand Roy , cet accident fi
niftre ,'
Hélas ! en pourriez - vous foupçonner le Miniftre?
Oui , votre fang fuffit , pour vous en faire foy ;
Il s'émeut , il vous parle, & pour & contre foy ,
Et par un fentiment enſemble horrible & tendre ,
Vous dit que Ladiſlas eſt méutrier d'Alexandre ...
Quel des deux fur vos fens fera le plus d'effort
De votre Fils meurtrier ou de votre Fils mort?
La douleur s'explique- t-elle en termes
fi recherchez ? Et n'eft- ce pas à l'efprit à fe
taire,quand c'eft au coeur feulement à par
ler?Je ne fçais même ſi ce vers tant vanté:
Votre Fils l'a tiré du fang de votre Fils :
eft digne d'être mis au rang des vers
frappés ; on doit convenir au moins què
l'expreffion n'en eft pas des plus juftes ;
en effet , Madame , un Poignard ne peutil
pas être tiré du fein , par une main innocente
, & même fecourable ?
Finiffons ce bel Acte. Venceslas promet
à la Ducheffe la punition du coupable . Il
ordonne à fon Fils de lui donner fon épée.
Ladiflas obéit , des Gardes le conduilent
au lieu de fureté ; le Roy dit au Duc :
De ma part donnez avis au Prince ,´
Què fa tête autrefois fi chere à la Province ,`
I. Vol. Doir
DECEMBRE . 1730. 2713
Doit fervir aujourd'hui d'un exemple fameux
Qui faffe détefter fon crime à nos neveux.
Venceflas fait connoître ce qui fe paſſe
dans fon coeur par cette exclamation .
Au gré
O ciel , ta Providence apparemment profpere ,
de mes
ſoupirs de deux Fils m'a fait Pere ,
Et l'un d'eux qui par l'autre aujourd'hui m'eft
ôté ,“
M'oblige à perdre encore celui qui m'eſt reſté .
7
Ce quatriéme Acte paffe pour être le
plus beau de la Piéce ; cependant celui
que nous allons voir , ne lui eft guére inférieur.
ACTE V.
que
Rien n'eft fi beau , que la réfolution
l'Infante forme dès le commencement ,
d'exiger du Duc qu'il borne à la grace de
Ladiflas la promeffe que le Roy lui a faite.
Le procédé du Duc n'eft pas moins heroïque
, il renonce à la poffeffion de l'objet
aimé , en faveur du plus mortel de fes
ennemis. La fituation de Venceflas eft des
plus touchantes , & fon ame des plus fer
mes. Il le fait connoître par ces Vers.
Tréve , tréve nature , aux fanglantes batailles
Qui , fi cruellement déchirent mes entrailles ,
Et me perçant le coeur le veulent partager ,
Entre mon Fils à perdre , & mon Fils à venger!
I. Vol. 发票
2714 MERCURE DE FRANCE
A ma juſtice en vain ta tendreffe eft contraire ,
Et dans le coeur du Roi cherche celui de
Je me fuis dépouillé de cette qualité ,
Et n'entends plus d'avis que ceux de l'équité, & c,
pere ;
La Scene qui fuit ce Monologue a des
beautés du premier ordre ; elle eſt entre
le pere & le fils. Je ne puis mieux en faire
fentir la force que par le Dialogue.
Ladiflas.
Venez-vous conſerver ou venger votre race ?
M'annoncez-vous , mon pere , ou ma mort , of
ma grace ?
Venceslas pleurant.
Embraffez-moi , mon fils .
Ladiflas
Seigneur , quelle bonté ?
Quel effet de tendreffe , & quelle nouveauté ?
Voulez - vous ou marquer , ou remettre mes peines
?
Et vos bras me font- ils des fayeurs , ou des chaî
nes ?
Venceslas pleurant toujours.
Avecque le dernier de mes embraffemens
Recevez de mon coeur les derniers fentimens,
Sçavez-vous de quel fang vous avez pris naiſfance
?
I. Vol. Ladiflas
DECEMBRE. 1730. 2715
Ladiflas.
Je l'ai mal témoigné ; mais j'en ai connoiffance.
Venceslas.
Sentez-vous de ce fang les nobles mouvemens ?
Ladiflas.
Si je ne les produis , j'en ai les fentimens.
Venceflas.
Enfin d'un grand effort vous fentez - vous capable
?
Ladifas.
Oui , puifque je réſiſte à l'ennui qui m'accable ,
Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loin.
Venceslas.
Armez-vous de vertu vous en avez beſoin.
;
Ladifas.
S'il eft tems de partir , mon ame eft toute prête,
Venceslas.
L'échafaut l'eſt auffi ; portez-y votre tête &c.
fon
Tout le refte de cette Scene répond
aux fentimens que ces deux Princes viennent
de faire paroître. Ladiflas fe foumet
à fon fort ; il témoigne pourtant que
pere porte un peu trop loin la vertu d'un
Monarque : voici comme il s'exprime par
un à parte.
2716 MERCURE DE FRANCE
O vertu trop fevere !
VinceДlas vit encor , & je n'ai plus de pere.
Vinceflas eft fi ferme dans la réfolutiqn
qu'il a prife de n'écouter que la voix de
la juftice , qu'il refufe la grace du Printe
aux larmes de l'Infante & à la genérofité
de Caffandre ; le Duc même n'eft pas fûr
de l'obtenir ; il ne la lui accorde , ni ne
la lui refufe , & il ne fe rend qu'à une
efpece de fédition du peuple.
S'il y a quelque chofe à cenfurer dans
ce cinquiéme Acte , c'eft d'avoir fait prendre
le change aux fpectateurs. La premiere
grace promife au Duc dès le commencement
de la Piéce , fembloit être le
grand coup refervé pour le dénouement :
je ne fçais , Madame , fi vous ne vous by
étiez pas attendue comme moi ; car, enfin
, à quoi bon cette récompenfe fi folemnellement
jurée au Duc pour avoir fauvé
l'Etat , fi elle ne devoit rien produire ?
je conviens qu'elle influe dans la grace
du-Prince ; mais j'aurois voulu qu'elle én
fut la caufe unique & néceffaire ; cependant
cela ne paroît nullement dans les
motifs de la grace. C'eft Venceflas qui
parle
Qui , ma fille , oui , Caffandre , oui , parole
oùi , nature
I. Vol. Qüii
DECEMBRE . 1730. 2717
K
Oui , peuple , il faut vouloir ce que vous fouhaitez
,
Et par vos fentimens regler mes volontés.
Je fçai que tous ces motifs enfemble
rendent la grace plus raifonnable ; mais
elle feroit plus theatrale, fi après avoir refifté
à toute autre follicitation , Venceflas
ne fe rendoit qu'à la foi promife ; le Duc
même s'en eft flatté , quand il a ofé dire
à fon Maître :
J'ai votre parole , & ce dépot facré
Contre votre refus m'eft un gage affuré.
Il ne me refte plus qu'à examiner l'abdication
; elle n'eft pas tout-à- fait hors
de portée des traits de la cenfure . Quel
eft le motif de cette abdication ? le voici :
La juftice eft aux Rois la Reine des vertus.
Mais cette juftice ordonne- t'elle qu'on
mette le fer entre les mains d'un furieux?
Qui peut répondre à Venceslas que le repentir
de fon fils foit fincere ? Ne vientpas
de dire lui-même à Caffandre ? il
Ce Lion eft dompté ; mais peut-être , Madame
,
Celui qui fi foumis vous déguiſe ſa flamme ,
Plus fier , plus violent qu'il n'a jamais été ,
Demain attenteroit fur votre honnêteté ;
I. Vel H Peut2718
MERCURE DE FRANCE
Peut- être qu'à mon fang fa main accoutumée
Contre mon propre fein demain feroit armée.
Ne vaudroit - il pas
mieux que Venceflas
employât le peu de tems qui lui reste à
vivre à rendre fon fils plus digne de regner
? Et devroit- il expofer fon peuple
aux malheurs attachés à la tyrannie ? un
changement fi promt eft toujours fufpect,
& furtout dans un Prince auffi plongé &
auffi affermi dans le crime que Ladiflas.
Pour moi , Madame , fi la vertu de Venceflas
n'avoit brillé dans toute la Piéce ,
je ferois tenté de croire qu'il punit le
peuple d'avoir défendu un Prince fi indigne
de le gouverner. En effet n'eft-ce
pas ici le langage du dépit :
Et le Peuple m'enſeigne
Voulant que vous viviez , qu'il eft las que je regne
.
Je n'examine point la force de cette
abdication ; il a plû à Rotrou de faire la
Couronne dePologne moitié hereditaire ,
moitié élective : Venceflas le fait connoître
par ces Vers :
Une Couronne , Prince & e.
En qui la voix des Grands & le commun fuffrage
M'ont d'un nombre d'Ayeuls confervé l'herita¬
ge &c.
Regnez ; après l'Etat j'ai droit de vous élire ,
I. Vol
Et
DECEMBRE 1730. 2719
Et donner , en mon fils , un pere à mon Empire
Quel Pere lui donne- t'il ? Eft - ce là cette
juftice dont il fait tant de parade ?
Vous voyez , Madame , par tout ce que
je viens de remarquer dans la Tragédie
de Venceflas , que vos dégouts pour cette
Piéce ont été affez fondés. Pouvoit-elle
plus mal finir que par la récompenfe du
crime , & par l'oppreffion de la vertu ?
il femble l'Auteur en ait voulu annoncer
la catastrophe dès le commencement
, quand il a fait dire à VenceЛlas :
que
A quel étrange office , Amour , me réduis - tu ,
De faire accueil au vice , & chaffer la vertų.
Ce dernier Vers eft une espece de prophetie
justifiée par un dénouement auquel
on ne fe feroit jamais attendu.
Cela n'empêche pas que cette Tragédie
ne foit remplie de grandes beautés , &
qu'elle n'ait au moins trois Actes dignes
du grand Corneille. Je ne doute point
Madame , que vous ne rendiez cette juftice
à un Ouvrage qui s'eft confervé ſi
long- tems fur notre Théatre , & qui peut
s'affurer de l'immortalité fur la foi des
derniers applaudiffemens qu'il vient de
recevoir. Permettez - moi de finir cette
Lettre , en vous renouvellant les témoignages
de la plus parfaite eftime.
fur la Tragedie de Venceflas.
Neté à peu fenfible aux beautez qui
E rougiffez pas , Madame , d'avoir
font répandues dans la Tragedie de Venceflas
; ce n'eft point par des applaudiffemens
qu'un efprit auffi délicat que le vôtre
doit fe déterminer. Un Acteur , tel que
Baron , peut prêter des graces aux endroits
d'une Tragédie , même les plus rebutanss
les fuffrages deviennent alors tres- équi-
I. Vol. yoques
2690 MERCURE DE FRANCE
voques , & l'on peut le tromper quand
on en fait honneur à l'Auteur.Ce n'eft pas
qu'il n'y ait de grandes beautez dans cette
Tragedie. Rotrou étoit un de ces génies
que la nature avare ne donne que de ſiécles
en fiécles ; le grand Corneille n'a pas
dédaigné de l'appeller fon Pere & lon
Maître;& fa fincerité avoit autant de part
que fa modeſtie à des noms fi glorieux ;
mais ce qui excitoit l'admiration dans un
temps où le Théatre ne faifoit que de naî
tre , ne va pas fi loin aujourd'hui ; on fe
contente d'eftimer ce qui a autrefois étonné
, & pour aller jufqu'à la furpriſe , on a
befoin de fe tranfporter au premier âge
des Muſes. Tel étoit celui de Rotrou , par
rapport à la Tragédie ; ceux qui avoient
travaillé avant lui dans ce genre de Poëfie
que Corneille & Racine ont élevé fi
haut , ne lui avoient rien laiffè qui pût
former fon goût ; de forte que la France
doit confiderer Rotrou comme le créateur
du Poëme Dramatique , & Corneille
comme le reftaurateur. Vous voyez ,
Madame , que cela pourroit fuffire pour
juftifier vos dégouts ; je veux aller plus
loin , & parcourir également les beautez
& les défauts de la Tragedie de Venceſlas
, pour pouvoir en porter un jugement
équitable.
1. Vol.
ACTE
DECEMBRE. 1730. 2691
Į
ACTE I.
Venceflas ouvre la Scene fuivi de
Ladifas & d'Alexandre fes fils ; il faut
retirer le dernier par ce vers adreffé à
tous les deux .
Prenez un fiége , Prince , & vous, Infant, ſortez.
Alexandre lui répond.
J'aurai le tort , Seigneur , fi vous ne m'écoutez.
Ce fecond vers eft un de ceux qu'il
faut renvoyer au vieux temps. J'aurai le
tort, n'eft plus françois , mais ce n'eft pas
la faute de l'Auteur . Que vous plaît-il ? cft
trop profaïque & trop vulgaire ; il n'étoit
pas tel du temps de Rotrou. Paffons
à quelque chofe de plus effentiel. Voici
des Vers dignes des fiécles les plus éclai
rez ; c'eſt Venceflas qui parle à Ladiflas.
Prêtez- moi , Ladiflas , le coeur avec Poreille
J'attends toujours du temps qu'il meuriffe le
fruit ,
Que pour me fucceder , ma couche m'a produit
Et je croyois , mon Fils , votre Mere immor,
relle ,
Par le refte qu'en vous elle me laiffa d'elle ;
Mais hélas ! ce portrait qu'elle s'étoit tracé ,
Perd beaucoup de fon luftre , & s'eft bien effacé
Ne
2692 MERCURE DE FRANC .
:
Ne diroit - on pas que c'eft Corneille
qui parle ? Ces Vers nous auroient , fans
doute , fait prendre le change , s'ils n'avoient
été précédez de cet à parte de
Ladiflas.
Que la Vieilleffe fouffre , & fait fouffrir autrui !
Oyons les beaux avis qu'un flatteur lui confeille
:
Quelle difparate ! tout ce que Venceflas
dit dans cette Scene , eft mêlé de petites
fautes , & de grandes beautez ; les
fautes font dans l'expreffion , les beautez
dans les penfées . Il y a pourtant dans ces
dernieres quelque chofe qui dégrade le
pompeux Dramatique : C'eft l'indigne
portrait que Venceflas fait d'un Fils qui
doit lui fucceder , & qui lui fuccede en
effet à la fin de la pièce. Le voicy ce
Portrait ;
S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde
,
Rarement le Soleil rend la lumiere au monde ;
Que le premier rayon qu'il répand icy bas ,
N'y découvre quelqu'un de vos affaffinats.
Où du moins on vous tient en fi mauvaiſe eftime,
Qu'innocent ou coupable , on vous charge du
crime ,
Et que vous offenfant d'un foupçon éternel ,
Aux bras du fommeil même, on vous fait criminel.
I. Vol. Quel
DECEMBRE . 1730. 2693
Quel correctif que ces quatre derniers
vers ! dans quelle eftime doit être un
Prince à qui on impute tous les crimes
que la nuit a dérobés aux regards du Public
? De pareils caracteres ont-ils jamais
dû entrer dans une Tragédie ? Mais dans
le refte de la Piéce , les difcours & les actions
de ce monftre iront plus loin que
le portrait.
Ce qu'il y a de plus furprenant , c'eſt
que Ladiflas , tel qu'il eft , trouve encore
le fecret de le faire aimer. On en peut ju¬
ger par ces Vers.:
Par le fecret pouvoir d'un charme que j'ignore,
Quoiqu'on vous meſeftime , on vous chérit encore
;
Vicieux , on vous craint , mais vous plaifez heureux
Et pour vous l'on confond le murmure & les
voeux.
J'avoue, Madame , que je ne comprends
pas le vrai fens de ce vers :
Vicieux , on vous craint ; mais vous plaifez heureux.
Vicieux & heureux, nefont pas faits pour
faire une jufte oppofition ; l'Auteur ne
voudroit-il pas dire , que malgré les vices
qui le font craindre , Ladiflas a le bon-
I. Vol
.G heur
2694 MERCURE DE FRANCE
heur de plaire ? Quoique ce vers puifle
fignifier , on ne fçauroit difconvenir qu'il
n'ait un fens bien louche . Mais que de
beautés fuivent ces petits deffauts ! Vous
en allez juger par cette belle tirade : c'eft
toujours Venceslas qui parle à fon Fils.
Ah ! méritez , mon Fils , que cet amour vous
dure ;
Pour conferyer les voeux , étouffez le murmure
Et regnez dans les coeurs par un fort dépendant
Plus de votre vertu que de votre aſcendant ;
Par elle rendez - vous digne du diadême ;
Né pour donner des loix , commencez par vous
même ;
Et que vos paffions , ces rebelles fujets ,
De cette noble ardeur foient les premiers objets .
Par ce genre de regne , il faut meriter l'autre
Par ce dégré , mon Fils , mon Thône fera vô
tre.
Mes Etats , mes Sujets , tout fléchira fous vous
Et , fujet de vous feul , vous regnerez fur tous .
>
2
?
Quand on trouve de fi grandes beautez
de détail dans une Piéce , on eft prefque
forcé à faire grace aux vices du fond;
& c'eft en cela feulement , Madame , que
je trouve vos dégouts injuftes . Voyons le
refte de cette Scene , qui eft dans le genre
déliberatif. Venceslas dans la leçon
qu'il fait à fon Fils , appuye fur trois
I. Vol, points
DECEMBRE . 1730. 2695
points ; fçavoir , fur les mauvais dépor
temens de fon Fils , fur fa haine pour fon
premier Miniftre , & fur l'averfion qu'il
a pour l'Infant. Ladiflas s'attache à répondre
exactement aux objections ; mais
il commence par convenir d'un reproche
que fon Pere ne lui a fait que d'une maniere
vague. Le voici :
Vous n'avez rien de Roy , que le défir de Pêtre
;
Et ce défir , dit -on , peu difcret & trop promt
En fouffre avec ennui le bandeau fur mon front.
Vous plaignez le travail où ce fardeau m'engage,
Et n'ofant m'attaquer , vous attaquez mon âge ,
&c.
Ce reproche doit- il obliger Ladiflas à
confeffer à fon Pere & à fon Roy , qu'il
eft vrai qu'il fouhaite la Couronne , &
qu'il lui eft échapé quelques difcours ?
Il fait plus , il cite le jour , où il a parlé
fi indifcretement fur une matiére fi délicate
:
Au retour de la Chaffe , hier affifté des micas
&c.
A quoi n'expofe- t-il pas les plus affidez
amis ? Sera- t- il bien difficile au Roy
de les difcerner ; il n'a qu'à fçavoir qui
font ceux qui l'ont fuivi à la Chaffe &
I. Voln Gij qui
2696 MERCURE DE FRANCE
qui ont foupé avec lui. Voicy ce qu'il
avoie lui être échappé :
Moy , fans m'imaginer vous faire aucune injure
,
Je coulai mes avis dans ce libre murmure ,
Et mon fein à ma voix s'ofant trop confier
Ce difcours m'échappa ; je ne le puis nier :
Comment , dis-je , mon Pere accablé de
d'âge ,
Et , fa force à prefent fervent mal fon courage,
Ne fe décharge- t- il avant qu'y fuccomber ,
D'un pénible fardeau qui le fera tomber ? &c.
tant
Voilà Venceflas inftruit d'un nouveau
crime qu'il pouvoit ignorer , & Ladiflas
très-imprudent de le confeffer ,fans y être
déterminé que par une plainte qui peut
n'être faite qu'au hazard. J'ai vu un pareil
trait dans une Comédie : Un Valet
pour obtenir grace pour un crime dont
on l'accufe , en confeffe plufieurs que fon
Maître ignore ; encore ce Valet eft-il plus
excufable, puifque l'épée dont on feint de
le vouloir percer , lui a troublé la raiſon;
au lieu que Ladiflas s'accufe de fang froid
devant un Pere qui l'aime , & qui vient
de lui dire :
Parlez , je gagnerai vaincu , plus que vainqueur
;
J. Vol. Je
DECEMBRE. 1730 : 2697
Je garde encor pour vous les fentimens d'un
Pere ;
Convainquéz-moi d'erreur ; elle me fera chere
-
Je fçais qu'on pourroit répondre à mon
objection ; que Ladiflas pouvoit fçavoir
qu'on avoit fait au Roy un fidele raport
de tout ce qui s'étoit dit à table ; mais
en ce cas là il faudroit en inftruire les
Spectateurs qui ne jugent pas d'après de
fuppofitions ; ainfi Ladiflas auroit dû dire
au Roy fon Pere : Je fçai qu'on vous a inf
trait ; ou l'équivalant. Il eft vrai qu'il
femble le dire par ce Vers :
J'apprends qu'on vous la dit , & ne m'en´ deffends
point.
Mais j'apprends, ne veut pas
dire qu'on
le lui ait apptis auparavant ; il feroit
bien plus pofitif de dire :je fçai qu'on
vous l'a dit
Ladiflas n'a garde de convenir que Ic
portrait que fon Pere vient de faire de
lui , foit d'après nature's bien loin delà
il l'accufe d'injufte prévention par ce'
Vers :
de ma part tout vous choque & vous
Encor que
bleffe , &c.
>
Pour ce qui regarde fa haine pour le
Giij Due I. Vol.
2698 MERCURE DE FRANCÈ
ſon Duc de Curlande,& fon averfion pour
Frere ,il ne s'abbaiffe à l'excufer que pour
,
s'y affermir. Voicy comme il s'explique :
J'en hais l'un , il eft vrai , cet Infolent Miniftre
,
Qui vous eft précieux autant qu'il m'eſt ſiniſtre ;
Vaillant , j'en fuis d'accord ; mais vain , fourbe ,
Aateur ,
Et de votre pouvoir , fecret ufurpateur , & c.
Mais s'il n'eft trop puiffant pour craindre ma
colere ,
Qu'il penfe murement au choix de fon falaire ,
&c.
&
Ce derniers vers fuppofe , comme il
eft expliqué un peu un peu auparavant
beaucoup plus dans la fuite , que Venceflas
a promis au Duc de lui accorder la
premiere grace qu'il lui demanderoit , en
faveur des fervices fignalez qu'il a rendus
à l'Etat. C'eſt pour cela que Ladiflas
ajoute :
Et que ce grand crédit qu'il poffede à la
Cour ,
S'il méconnoit mon rang , reſpecte mon amour,
Ou tout brillant qu'il eft , il lui fera frivole ,
Je n'ay point fans fujet , lâché cette parole ,
Quelques bruits m'ont appris jufqu'où vont fes
deffeins ;
I. Vol.
Et
DECEMBRË. 1730. 2699
Et c'eſt un des fujets , Seigneur , dont je më
plains.
Voicy ce qu'il dit au fujet de l'Infant.
Pour mon Frere , après fon infolence
Je ne puis m'emporter à trop de violence ;
Et de tous vos tourmens , la plus affreuſe horreur
Ne le fçauroit fouftraire à ma jufte fureur , &c.
L'humeur infléxible de ce Prince obli
ge fon Pere à prendre les voyes de la
douceur ; il convient qu'il s'eft trompés
il l'embraffe , & lui promet de l'affocier à
fon Thrône. C'eſt par là feulement qu'il
trouve le fecret de l'adoucir , & de lui
arracher ces paroles , peut-être peu finceres
;
>
De votre feul repos dépend toute ma joye ;
Et fi votre faveur , jufques -là fe déploye ,
Je ne l'accepterai que comme un noble emplois
Qui parmi vos fujets fera compter un Roy.
L'Infant vient pour fe juftifier du manque
de refpect dont fon Frere l'accufe ,
le Royle reçoit mal en apparence , & dit
à
part :
A quel étrange office , amour me réduis -tu ,
De faire accueil au vice & chaffer la vertu ?
1
I. Vol.
G iiij Ven
2700 MERCURE DE FRANCE
Venceslas ordonne à l'Infant de deman
der pardon à Ladiflas , & à Ladiſtas de
tendre les bras à fon Frere . Ladiflas n'obéit
qu'avec répugnance ; ce qu'il fait
connoître par ces Vers qu'il adreffe à l'Infant.
'Allez , & n'imputez cet excès d'indulgence ' ;
Qu'au pouvoir abſolu qui retient ma vengeance :
Le Roy fait appeller le Duc de Curlande
pour le réconcilier avec Ladiflas :
cette paix eft encore plus forcée que l'autre.
Venceflas preffe le Duc de lui demander
le prix qu'il lui a promis . Le
Duc lui obeït & s'explique ainfi :
Un fervage , Seigneur , plus doux que votre Em
pire ,
Des flammes & des fers font le prix où j'aſpire…..?
Ladiflas ne le laiffe
pas achever , &
lui dit :
Arrêtez , infolent , & c.
Le Duc fe tait par reſpect & ſe retire
avec l'Infant.
Le Roy ne peut plus retenir fa colere ,
il dit à ce Fils impétueux , qu'il ménage
mal l'efpoir du Diadême , & qu'il hazarde
même la tête qui le doit porter. Il le
quitte .
Je m'apperçus , Madame , que ces man-
I. Vol. ques
DECE MBRE. 1730: 2701
paques
de refpect , réïterés coup fur coup ;
en prefence d'un Roy ; vous revoltérent
pendant toute la réprefentation , je ne le
trouvai pas étrange , & je fentis ce que
vous fentiez . On auroit pû paffer de
reilles infultes dans les Tragedies qu'on
repreſentoit autrefois parmi des Républicains
; on ne cherchoit qu'à rendre les
Rois odieux ; mais dans un état monarchique
, on ne fçauroit trop refpecter le
facré caractere dont nos Maîtres font revêtus.
Dans la derniere Scene de ce premier
Acte on inftruit les Spectateurs de ce qui
a donné lieu à l'emportement de Ladif- .
las , & à l'infulte qu'il a faite au Duc en
prefence du Roy fon Pere. Ce Prince violent
croit que le Duc eft fon Rival. Ce--
pendant il ne fait que prêter fon nom
à l'Infant . Cela ne fera expofé qu'à la fin
de l'Acte fuivant , je crois qu'on auroit
mieux fait de nous en inftruire dès le
commencement de la Piéce.-
ACTE II
Theodore , Infante de Mofcovie , com
mence le fecond Acte avec Caffandre ,
Ducheffe de Cuniſberg . Elle lui parle ens
faveur de Ladiflas qui lui demande fas
main Caffandre s'en deffend par ces
Gy. Now
Vers :
LVola
2902 MERCURE DE FRANCE
Non , je ne puis fouffrir en quelque rang qu'if
monte ,
L'ennemi de ma gloire & l'Amant de ma honte ,
Et ne puis pour Epoux vouloir d'un ſuborneur ,
Qui voit qu'il a fans fruit attaqué mon honneur
L'Infant n'oublie rien pour appaifer
la jufte colere de Caffandre ; mais cette
derniere ne dément point ſa fermeté , &
découvre toute la turpitude des amours
de Ladiflas , par ces mots :
Ces deffeins criminels , ces efforts infolens ,
Ces libres entretiens , ces Meffages infames ,
. L'efperance du rapt dont il flattoit fes flammes ,
Et tant d'autres enfin dont il crut me toucher
Aufang de Cunisberg fe pourroient reprocher.
Je conviens avec vous , Madame,qu'un
amour auffi deshonorant que celui - là ,
n'eft pas fait pour la majefté de la Scene
Tragique, & qu'il doit faire rougir l'objet
à qui il s'adreffe . On a beau dire que
cela eft dans la nature ; il faudroit qu'il
fut dans la belle nature , & je doute qu'on
pafsât de pareilles images dans nos Comédies
d'aujourd'hui , tant le Théatre
eft épuré.
Ladiflas vient ſe joindre à fa four , pour
éblouir les yeux de Caffandre , par l'offre
d'une Couronne ; mais elle lui répond
avec une jufte indignation..
Me
DECEMBRE. 1730. 2703
Me parlez - vous d'Hymen & voudriez-vous.
pour femme
L'indigne & vil objet d'un impudique flamme ?
Moi ? Dieux ! moi ? la moitié d'un Roy d'un
Potentat !
Ah ! Prince , quel prefent feriez - vous à l'Etat >
De lui donner pour Reine une femme ſuſpecte
Et quelle qualité voulez - vous qu'il reſpecte ,
En un objet infame & fi peu refpecté ,
Que vos fales défirs ont tant follicité ?
Tranchons cette Scene , elle eft trop
révoltante. Ladiflas voyant que Caffandre
eft infléxible , s'emporte jufqu'à lui
dire , qu'il détefte fa vie à l'égal de la mort.
Caffandre faifit ce prétexte pour fe retirer.
Ladiflas court après elle ; il prie fa
foeur de la rappeller ; & fe repentant un
moment après de la priere qu'il vient
de lui faire; il dit qu'il veut oublier cette
ingrate pour jamais , & qu'il va preffer
fon Hymen avec le Duc qu'il croit fon
Rival, cette erreur produit une fituation ,
L'Infante qui fe croit aimée du Duc , &
qui l'aime en fecret , ne peut apprendre
fans douleur qu'il aime Caffandre. Elle /
fait connoître dans un Monologue ce qui
fe paffe dans fon coeur . On vient lui dire
que le Duc demande à lui parler. Elle le
fait renvoyer , fous prétexte d'une indif
1.Vol. Gvj pofi2704
MERCURE DE FRANCE
pofition . L'Infant vient pour fçavoir quelle
eft cette indifpofition ; il la confirme
dans fon erreur , il fait plus, il la prie de
fervir le Duc dans la recherche qu'il fait
de Caffandre ; l'Infante n'y peut plus tenir,
& fe retire , en difant :
Mon mal s'accroît , mon Frere , agréez ma re÷
traite.
Rien n'eft plus Théatral que ces fortes:
'de Scenes ; mais quand le Spectateur n'y
comprend rien , fon ignorance diminuë
fon plaifir ; il plaît enfin à l'Auteur de
nous mettre au fait , par un Monologue
qui finit ce fecond Acte ; & j'ofe avancer
que l'explication ne nous inftruit guére
mieux que le filence . Voicy comment
s'explique l'Infant dans fon Monologue.
O fenfible contrainte ! ô rigoureux ennui ,,
D'être obligé d'aimer deffous le nom d'autrui !
Outre que je pratique une ame prévenuë ,
Quel fruit peut tirer d'elle une flamme inconnuë?
Et que puis - je efperer fous cet afpect fatal ,
Qui cache le malade en découvrant le mal ? &c
Les deux premiers Vers nous apprennent
que l'Infant aime fous le nom d'au
trui ; mais les quatre fuivans me paroiffent
une énigme impénétrable : que veut
dire Rotrou , par ces mots ? Je pratique
L.. Kol.
une
DECEMBRE. 1730: 2705
1
une ame prévenuë ; & que pouvons - nous
entendre par cette flamme inconnue, & par
ce malade qui fe cache en découvrant le mal?
Eft ce que le Duc feint d'aimer Caffandre
aux yeux de Caffandre même ? Ne feroitil
pas plus naturel
que Caffandre fut inftruite
de l'amour de l'Infant , & qu'elle
confentit , pour des raifons de politique ,
à faire pafler le Duc pour fon Amant ?
Je crois que c'eft-là le deffein de l'Auteur
, quoique les expreffions femblent
infinuer le contraire ; quoiqu'il en foit ,
l'Infant ne devroit pas expofer , par cette
erreur , le Duc à la fureur de fon Frere ,-
pour s'en mettre à couvert lui- même.
D'ailleurs le Duc aimant l'Infante, com--
me nous le verrons dans la fuite , ne doit
pas naturellement le prêter à un artifice
qui le fait paffer pour Amant de Caf
fandre.
ACTE IM.-
Cet Acte paroît le plus deffectueux : Je
paffe légerement fur les premieres Scénes,
qui font tout-à-fait dénuées d'action . Let
Duc commence la premiere Scene par un
Monologue , dans lequel il réfléchit fur
la feinte maladie de l'Infante , pour lui
interdire fa préfence ; il préfume de cette
deffenfe, qu'elle eft inftruite de fon amour,
ou du moins qu'elle le foupçonne par le
L.Vol. demí.
2706 MERCURE DE FRANCE
1
demi aveu qu'il en a fait au Roy , quand
Ladiflas lui a deffendu d'achever ; il fe
détermine à aimer fans efperance .
Dans la feconde Scéne , l'Infant le
preffe de lui découvrir quels font fes.
chagrins ; ille foupçonne d'aimer Caffandre.
Le Duc détruit ce foupçon , fans
pourtant lui avouër fon veritable amour.
Dans la troifiéme , Caffandre preffe l'Infante
de la délivrer de la perfécution de
fon Frere, par l'Hymen dont il veut bien
l'honorer. Pour la quatrième , elle eſt
fi indigne du beau tragique , qu'il feroit
à fouhaiter qu'elle ne fut jamais fortie de
la plume d'un Auteur auffi refpectable
que Rotrou. En effet , quoi de plus bas
que ces Vers qui échapent à Ladiflas
dans une colere qui reffemble à un fang
froid. C'eft à Caffandre qu'il parle :
Je ne voi point en vous d'appas fi furprenans ,
Qu'ils vous doivent donner des titres éminens ;
Rien ne releve tant l'éclat de ce vifage ,
Où vous n'en mettez pas tous les traits en uſage ;
Vos yeux , ces beaux charmeurs , avec tous leurs
ap pas ,
Ne font point accufés de tant d'affaffinats , &c.
Pour moi qui fuis facile , & qui bien- tôt me
bleffe ,
Votre beauté m'a plû , j'avouerai ma foibleffe ;
Et m'a couté des foins , des devoirs & des pas ;
J. Vola Mais
DECEMBRE . 1730. 2707
Mais du deffein,je croi que vous n'en doutez pas,
&c.
Dérobant ma conquête elle m'étoit certaine ;
Mais je n'ai pas trouvé qu'elle en valût la peine.
Peut- on dire en face de fi grandes impertinences
? On a beau les excufer par le
caractere de l'Amant qui parle ; de pareils
caracteres ne doivent jamais entrer
dans la Tragedie.
Ladiflas fe croit fi bien guéri de fon
amour , qu'il promet au Duc , non - feulement
de ne plus s'oppofer à fon Hymen
avec Caffandre , mais même de le preffer .
Venceslas vient , il conjure le Duc de le
mettre en état de dégager la parole . Le
Duc le réfout enfin à s'expliquer , puifque
le Prince ne s'oppofe plus à fes défirs;
mais le Prince impetueux lui coupe encore
la parole , ce qui fait une efpece de Scéne"
doublée ; le Roy s'emporte pour la premiere
fois , jufqu'à l'appeller infolent. Ladiflas
daigne auffi s'excufer pour la pre
miere fois fur la violence d'une paffion
qu'il a vainement combattue. Il fort enfint
tout furieux , après avoir dit à fon Pere ::
Je fuis ma paffion , fuivez votre colere ;
Pour un Fils fans refpect , perdez l'amour d'un
Pere ;
Tranchez le cours du temps à mes jours deſtiné;
I. Vol
Ec
2708 MERCURE DE FRANCE
Ét reprenez le ſang que vous m'avez donné ; ·
Ou fi votre juſtice épargne encor ma tête ,-
De ce préfomptueux rejettez la requête ,
Et de fon infolence humiliez l'excès , '
Où fa mort à l'inftant en ſuivra le ſuccès.
Le Roy ordonne qu'on l'arrête ; c'eſt - là
le premier Acte d'autorité qu'il ait encore
fait contre un fi indigne Fils . Paffons
à l'Acte fuivant , nous y verrons une in
finité de beautez , contre un très - petit
nombre de deffauts.
ACTE IV..
L'action de cet Acte fe paffe pendant
le crepufcule du matin ; un fonge terrible
que l'Infante a fait , l'a obligée à
fortir de fon appartement ; ainfi ce fonge
qui d'abord paroît inutile, eft ingénieu
fement imaginé par l'Auteur , & donne
lieu à une tres - belle fituation , comme on
va le voir dans la feconde Scéne ; s'il y a
ya
quelque chofe à reprendre dans ce fonge,,
c'eft que l'Infante a vû ce qui n'eft pas
arrivé , & n'arrivera pas.
Hélas ! j'ai vu la main qui lui perçoit le flanc
J'ai vu porter le coup , j'ai vâ couler ſon fang ;
Du coup d'un autré main , j'ai vû voler fa tête
Pour recevoir fon corps j'ai vu la tombe prête .
I. Vol En
DECEMBRE: 1730. 2709
En effet ce n'eft pas à Ladiflas qu'on
a percé le flanc ; & pour ce qui regarde
eette tête qui vole du coup d'une autre
main ; le fonge n'eft , pour ainfi dire
qu'une Sentence comminatoire ; mais
voyons les beautez que cette légere faute
va produire.
"
Ladiflas paroit au fond du Théatre
bleffé au bras , foûtenu par Octave , font
confident. Voilà le fonge à demi expli
qué ; mais c'eft le coeur de l'Infante &
non du Prince , qui eft veritablement
percé. Ladiflas lui apprend qu'un avis
qu'Octave lui a donné de l'Hymen , du
Düc & de Caffandre , l'ayant mis au défefpoir
, l'a fait tranfporter au Palais de
cette Princeffe ; & qu'ayant apperçu le
Duc qui entroit dans fon appartement ,
il l'a bleffé à mort de trois coups de Poigard
; l'Infante ne pouvant plus contenir
fa douleur , à cette funefte nouvelle fe retire
pour dérober fa foibleffe aux yeux
de fon Frere : Elle fait connoître ce qui
fe paffe dans fon coeur par cet à parte :-
Mon coeur es -tu fi tendre ,
Qué de donner des pleurs à l'Epoux de Caffan
dre ,
Et vouloir mal au bras qui t'en a dégagé ?
Get Hymen t'offençoit , & fa mort t'a vengé.
Le jour qui commence à naître , oblige
I. Vol. La
C
2710 MERCURE DE FRANCÈ
Ladiflas à fe retirer ; mais Venceflas furvient
& l'apperçoit.Surpris de le voir levé
fi matin , il lui en demande la caufe , par
ces Vers :
Qui vous réveille donc avant que la lumiere ,
Ait du Soleil naiffant commencé la carriere.
"
Le Prince lui répond :
N'avez-vous pas auffi précédé fon réveil
Cela donne lieu à une tirade des plus
belles de la Piece. La voici , c'eft Vencel
las qui parle :
Oui , mais j'ai mes raiſons qui bornent mor
fommeil.
Je me voi , Ladiflas , au déclin de ma vie ,
Et fçachant que la mort l'aura bien - tôt ravie ,
Je dérobe au fommeil , image de la inort ;
Ce que je puis du temps qu'elle laiffe à mon
fort.
Près du terme fatal preſcrit par la nature
Et qui me fait du pied toucher ma ſépulture ,
De ces derniers inftants dont il preffe le cours ;
Ce que j'ôte à mes nuits , je l'ajoute à mes jours ,
Sur mon couchant enfin ma débile paupiere ,
Me ménage avec foin ce refte de lumiere ;
Mais quel foin peut du lit vous chaffer ſi matin
Vous à qui l'âge encore garde un fi long deſtin .
Ces beaux fentimens font fuivis d'un
I. Vol. coup
DECEMBRE. 1730. 2711
coup de théatre qui part de main de
Maître. Ladiflas preffé par fes remords
déclare à fon Pere qu'il vient de tuer le
Duc ; mais à peine a - t-il fait cet aveu ,
que le Duc paroît lui - même ; quelle
agréable furpriſe pour Venceflas la
que
nouvelle de la mort vient d'accabler ! &
quelle furprife pour Ladiflas qui croit
Favoir percé de trois coups de Poignard
!
Caffandre annoncée par le Duc , va bientôt
éclaicir cet affreux myftere ; elle vient
demander vengeance
de la mort de l'Infant.
yeux
de
Ce qui peut donner lieu à la critique
c'eſt un hors- d'oeuvre de cinquante vers ,
avant que de venir au fait. Je fçais , que
l'Auteur avoit befoin d'apprendre au Roy
que le Duc avoit prêté fon nom à l'Infant
, pour cacher fon amour aux
fon Frere ; mais cette expofition devoit
être placée ailleurs , ou mife icy en moins
de vers. Le refte de la Scene eft tres-pathetique;
elle jouë veritablement un peu trop
fur les mots. Vous en allez juger par ces
fragmens,
C'est votre propre fang , Seigneur , qu'on a
verfé ;
Votre vivant portrait qui fe trouve effacé ...
Vengez -moi , vengez-vous, & vengez un Epoux;
Que, veuve avant l'Hymen , je pleure à vos ge-
Mais поих.
2712 MERCURE DE FRANCE
Mais , apprenant , grand Roy , cet accident fi
niftre ,'
Hélas ! en pourriez - vous foupçonner le Miniftre?
Oui , votre fang fuffit , pour vous en faire foy ;
Il s'émeut , il vous parle, & pour & contre foy ,
Et par un fentiment enſemble horrible & tendre ,
Vous dit que Ladiſlas eſt méutrier d'Alexandre ...
Quel des deux fur vos fens fera le plus d'effort
De votre Fils meurtrier ou de votre Fils mort?
La douleur s'explique- t-elle en termes
fi recherchez ? Et n'eft- ce pas à l'efprit à fe
taire,quand c'eft au coeur feulement à par
ler?Je ne fçais même ſi ce vers tant vanté:
Votre Fils l'a tiré du fang de votre Fils :
eft digne d'être mis au rang des vers
frappés ; on doit convenir au moins què
l'expreffion n'en eft pas des plus juftes ;
en effet , Madame , un Poignard ne peutil
pas être tiré du fein , par une main innocente
, & même fecourable ?
Finiffons ce bel Acte. Venceslas promet
à la Ducheffe la punition du coupable . Il
ordonne à fon Fils de lui donner fon épée.
Ladiflas obéit , des Gardes le conduilent
au lieu de fureté ; le Roy dit au Duc :
De ma part donnez avis au Prince ,´
Què fa tête autrefois fi chere à la Province ,`
I. Vol. Doir
DECEMBRE . 1730. 2713
Doit fervir aujourd'hui d'un exemple fameux
Qui faffe détefter fon crime à nos neveux.
Venceflas fait connoître ce qui fe paſſe
dans fon coeur par cette exclamation .
Au gré
O ciel , ta Providence apparemment profpere ,
de mes
ſoupirs de deux Fils m'a fait Pere ,
Et l'un d'eux qui par l'autre aujourd'hui m'eft
ôté ,“
M'oblige à perdre encore celui qui m'eſt reſté .
7
Ce quatriéme Acte paffe pour être le
plus beau de la Piéce ; cependant celui
que nous allons voir , ne lui eft guére inférieur.
ACTE V.
que
Rien n'eft fi beau , que la réfolution
l'Infante forme dès le commencement ,
d'exiger du Duc qu'il borne à la grace de
Ladiflas la promeffe que le Roy lui a faite.
Le procédé du Duc n'eft pas moins heroïque
, il renonce à la poffeffion de l'objet
aimé , en faveur du plus mortel de fes
ennemis. La fituation de Venceflas eft des
plus touchantes , & fon ame des plus fer
mes. Il le fait connoître par ces Vers.
Tréve , tréve nature , aux fanglantes batailles
Qui , fi cruellement déchirent mes entrailles ,
Et me perçant le coeur le veulent partager ,
Entre mon Fils à perdre , & mon Fils à venger!
I. Vol. 发票
2714 MERCURE DE FRANCE
A ma juſtice en vain ta tendreffe eft contraire ,
Et dans le coeur du Roi cherche celui de
Je me fuis dépouillé de cette qualité ,
Et n'entends plus d'avis que ceux de l'équité, & c,
pere ;
La Scene qui fuit ce Monologue a des
beautés du premier ordre ; elle eſt entre
le pere & le fils. Je ne puis mieux en faire
fentir la force que par le Dialogue.
Ladiflas.
Venez-vous conſerver ou venger votre race ?
M'annoncez-vous , mon pere , ou ma mort , of
ma grace ?
Venceslas pleurant.
Embraffez-moi , mon fils .
Ladiflas
Seigneur , quelle bonté ?
Quel effet de tendreffe , & quelle nouveauté ?
Voulez - vous ou marquer , ou remettre mes peines
?
Et vos bras me font- ils des fayeurs , ou des chaî
nes ?
Venceslas pleurant toujours.
Avecque le dernier de mes embraffemens
Recevez de mon coeur les derniers fentimens,
Sçavez-vous de quel fang vous avez pris naiſfance
?
I. Vol. Ladiflas
DECEMBRE. 1730. 2715
Ladiflas.
Je l'ai mal témoigné ; mais j'en ai connoiffance.
Venceslas.
Sentez-vous de ce fang les nobles mouvemens ?
Ladiflas.
Si je ne les produis , j'en ai les fentimens.
Venceflas.
Enfin d'un grand effort vous fentez - vous capable
?
Ladifas.
Oui , puifque je réſiſte à l'ennui qui m'accable ,
Et qu'un effort mortel ne peut aller plus loin.
Venceslas.
Armez-vous de vertu vous en avez beſoin.
;
Ladifas.
S'il eft tems de partir , mon ame eft toute prête,
Venceslas.
L'échafaut l'eſt auffi ; portez-y votre tête &c.
fon
Tout le refte de cette Scene répond
aux fentimens que ces deux Princes viennent
de faire paroître. Ladiflas fe foumet
à fon fort ; il témoigne pourtant que
pere porte un peu trop loin la vertu d'un
Monarque : voici comme il s'exprime par
un à parte.
2716 MERCURE DE FRANCE
O vertu trop fevere !
VinceДlas vit encor , & je n'ai plus de pere.
Vinceflas eft fi ferme dans la réfolutiqn
qu'il a prife de n'écouter que la voix de
la juftice , qu'il refufe la grace du Printe
aux larmes de l'Infante & à la genérofité
de Caffandre ; le Duc même n'eft pas fûr
de l'obtenir ; il ne la lui accorde , ni ne
la lui refufe , & il ne fe rend qu'à une
efpece de fédition du peuple.
S'il y a quelque chofe à cenfurer dans
ce cinquiéme Acte , c'eft d'avoir fait prendre
le change aux fpectateurs. La premiere
grace promife au Duc dès le commencement
de la Piéce , fembloit être le
grand coup refervé pour le dénouement :
je ne fçais , Madame , fi vous ne vous by
étiez pas attendue comme moi ; car, enfin
, à quoi bon cette récompenfe fi folemnellement
jurée au Duc pour avoir fauvé
l'Etat , fi elle ne devoit rien produire ?
je conviens qu'elle influe dans la grace
du-Prince ; mais j'aurois voulu qu'elle én
fut la caufe unique & néceffaire ; cependant
cela ne paroît nullement dans les
motifs de la grace. C'eft Venceflas qui
parle
Qui , ma fille , oui , Caffandre , oui , parole
oùi , nature
I. Vol. Qüii
DECEMBRE . 1730. 2717
K
Oui , peuple , il faut vouloir ce que vous fouhaitez
,
Et par vos fentimens regler mes volontés.
Je fçai que tous ces motifs enfemble
rendent la grace plus raifonnable ; mais
elle feroit plus theatrale, fi après avoir refifté
à toute autre follicitation , Venceflas
ne fe rendoit qu'à la foi promife ; le Duc
même s'en eft flatté , quand il a ofé dire
à fon Maître :
J'ai votre parole , & ce dépot facré
Contre votre refus m'eft un gage affuré.
Il ne me refte plus qu'à examiner l'abdication
; elle n'eft pas tout-à- fait hors
de portée des traits de la cenfure . Quel
eft le motif de cette abdication ? le voici :
La juftice eft aux Rois la Reine des vertus.
Mais cette juftice ordonne- t'elle qu'on
mette le fer entre les mains d'un furieux?
Qui peut répondre à Venceslas que le repentir
de fon fils foit fincere ? Ne vientpas
de dire lui-même à Caffandre ? il
Ce Lion eft dompté ; mais peut-être , Madame
,
Celui qui fi foumis vous déguiſe ſa flamme ,
Plus fier , plus violent qu'il n'a jamais été ,
Demain attenteroit fur votre honnêteté ;
I. Vel H Peut2718
MERCURE DE FRANCE
Peut- être qu'à mon fang fa main accoutumée
Contre mon propre fein demain feroit armée.
Ne vaudroit - il pas
mieux que Venceflas
employât le peu de tems qui lui reste à
vivre à rendre fon fils plus digne de regner
? Et devroit- il expofer fon peuple
aux malheurs attachés à la tyrannie ? un
changement fi promt eft toujours fufpect,
& furtout dans un Prince auffi plongé &
auffi affermi dans le crime que Ladiflas.
Pour moi , Madame , fi la vertu de Venceflas
n'avoit brillé dans toute la Piéce ,
je ferois tenté de croire qu'il punit le
peuple d'avoir défendu un Prince fi indigne
de le gouverner. En effet n'eft-ce
pas ici le langage du dépit :
Et le Peuple m'enſeigne
Voulant que vous viviez , qu'il eft las que je regne
.
Je n'examine point la force de cette
abdication ; il a plû à Rotrou de faire la
Couronne dePologne moitié hereditaire ,
moitié élective : Venceflas le fait connoître
par ces Vers :
Une Couronne , Prince & e.
En qui la voix des Grands & le commun fuffrage
M'ont d'un nombre d'Ayeuls confervé l'herita¬
ge &c.
Regnez ; après l'Etat j'ai droit de vous élire ,
I. Vol
Et
DECEMBRE 1730. 2719
Et donner , en mon fils , un pere à mon Empire
Quel Pere lui donne- t'il ? Eft - ce là cette
juftice dont il fait tant de parade ?
Vous voyez , Madame , par tout ce que
je viens de remarquer dans la Tragédie
de Venceflas , que vos dégouts pour cette
Piéce ont été affez fondés. Pouvoit-elle
plus mal finir que par la récompenfe du
crime , & par l'oppreffion de la vertu ?
il femble l'Auteur en ait voulu annoncer
la catastrophe dès le commencement
, quand il a fait dire à VenceЛlas :
que
A quel étrange office , Amour , me réduis - tu ,
De faire accueil au vice , & chaffer la vertų.
Ce dernier Vers eft une espece de prophetie
justifiée par un dénouement auquel
on ne fe feroit jamais attendu.
Cela n'empêche pas que cette Tragédie
ne foit remplie de grandes beautés , &
qu'elle n'ait au moins trois Actes dignes
du grand Corneille. Je ne doute point
Madame , que vous ne rendiez cette juftice
à un Ouvrage qui s'eft confervé ſi
long- tems fur notre Théatre , & qui peut
s'affurer de l'immortalité fur la foi des
derniers applaudiffemens qu'il vient de
recevoir. Permettez - moi de finir cette
Lettre , en vous renouvellant les témoignages
de la plus parfaite eftime.
Fermer
Résumé : LETTRE de Mr de ..., à Mde de ... sur la Tragedie de Venceslas.
La lettre examine la tragédie 'Venceslas' de Rotrou, reconnue par Corneille comme une œuvre majeure. L'auteur admire les grandes beautés de la pièce, mais note que certaines qualités autrefois admirées ne sont plus aussi impressionnantes aujourd'hui. Rotrou est considéré comme le créateur du poème dramatique en France, tandis que Corneille en est le restaurateur. L'auteur analyse des extraits de la pièce, notamment une scène où Venceslas, suivi de ses fils Ladislas et Alexandre, ouvre l'acte. Il critique certains vers pour leur archaïsme ou leur vulgarité, tout en admirant les pensées profondes exprimées. Il mentionne des défauts dans l'expression et des beautés dans les idées, mais note que certains passages dévaluent le caractère pompeux du drame. La lettre explore également les relations complexes entre les personnages, notamment les sentiments ambigus de Ladislas, qui est à la fois craint et aimé malgré ses vices. L'auteur admire certaines tirades de Venceslas, qui contiennent des beautés de détail, mais critique les défauts de fond de la pièce. Dans l'Acte II, Théodore, Infante de Moscovie, commence avec Caffandre, Duchesse de Cunisberg. Caffandre refuse la demande en mariage de Ladislas, le qualifiant d'ennemi de sa gloire et de suborneur. Ladislas tente d'apaiser sa colère, mais Caffandre révèle les turpitudes des amours de Ladislas. Ladislas propose ensuite à Caffandre une couronne, mais elle réagit avec indignation, refusant d'être l'objet d'une flamme impudique. Ladislas, voyant l'inflexibilité de Caffandre, s'emporte et menace de se venger. L'Infante, qui aime secrètement le Duc, est peinée d'apprendre que le Duc aime Caffandre. L'Acte III est jugé défectueux, notamment en raison de scènes indignes et de dialogues imprudents de Ladislas. Ladislas promet au Duc de ne plus s'opposer à son hymen avec Caffandre, mais une altercation avec son père, le Roi, conduit à son arrestation. Dans l'Acte IV, un songe de l'Infante révèle une vision funeste. Ladislas apparaît blessé, ayant tenté de tuer le Duc par jalousie. Le Duc survit, et Caffandre demande vengeance pour la mort de l'Infant. La pièce se conclut par des révélations dramatiques et des déclarations émotionnelles intenses. Venceslas, le roi, ordonne l'exécution de son fils Ladislas, coupable d'un crime, malgré les supplications de l'Infante et du Duc. L'Infante exige que le Duc se contente de la grâce de Ladislas, et le Duc renonce à l'objet de son amour en faveur de son ennemi. Venceslas exprime sa douleur face à la perte de ses deux fils. Dans une scène poignante, Venceslas et Ladislas partagent un moment émouvant avant l'exécution. Ladislas reconnaît ses fautes mais trouve la vertu de se soumettre à son sort. Venceslas, malgré les supplications, refuse la grâce à Ladislas, même face aux larmes de l'Infante et à la générosité de Cassandre. Il abdique finalement sous la pression du peuple, bien que cette décision soit critiquée pour son manque de sagesse et de justice. La pièce se termine par une réflexion sur la récompense du crime et l'oppression de la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 2160-2175
LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
Début :
MON TRÈS-CHER FRERE, la paix de Dieu en J. Notre Seigneur. [...]
Mots clefs :
Greffe, Fibres, Portion ligneuse, Jardinier, Écorce, Union, Observations, Branche, Endroit, Direction, Duhamel du Monceau, Couche, Forme, Frère, Sentiment, Replis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
LETTRE du Frere *** Jardinier
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
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Résumé : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
En octobre 1733, un frère jardinier des RR. PP. d'Auxerre adresse une lettre à un frère jardinier à Paris pour partager ses observations sur les greffes. Il examine diverses techniques de greffe, notamment la greffe en écusson et la greffe en fente, sur des arbres de différents âges et en effectuant diverses coupes. Dans la greffe en écusson, l'union commence par les fibres de la couche intérieure du greffon, qui s'insinuent dans les fibres du sujet. L'écorce du greffon pousse ensuite vers l'extérieur, formant un bourrelet qui soude l'écorce du greffon avec celle du sujet. La portion ligneuse du sujet périt rapidement, et celle du greffon cesse de croître, les fibres s'adossant sans s'unir. Pour la greffe en fente, le processus est similaire : l'union des fibres commence par la couche intérieure du greffon et progresse vers l'extérieur. Les écorces se soudent intimement, tandis que les portions ligneuses du sujet et du greffon périssent. L'auteur conserve une greffe de pommier de quatorze ans illustrant ces observations. L'auteur mentionne des divergences avec les observations de M. Duhamel, membre de l'Académie Royale des Sciences, qui décrit des processus mécaniques et des sécrétions dans la greffe. L'auteur trouve ces observations surprenantes et en partie incompréhensibles, notant des différences significatives avec ses propres observations. Le jardinier, porté par un sentiment d'amour-propre, décide de vérifier ses observations et de réexaminer les greffes, confirmant ainsi ses premières impressions. Il rencontre des difficultés à comprendre les termes techniques utilisés par M. Duhamel, tels que 'Philares', 'Filtrations', 'Sécrétions' et 'Glandes'. Pour clarifier ces concepts, il consulte un chirurgien, qui lui explique que les glandes sont des organes composés de vaisseaux et dont la fonction est de séparer des liquides du sang. Bien que ces explications soient claires, le jardinier ne parvient pas à les appliquer aux greffes, notant l'absence de structures similaires dans les plantes. Il partage ses observations avec un ami, qui lui montre des mémoires de l'Académie des Sciences et des écrits de Tournefort et Agricola, confirmant certaines de ses observations. Le jardinier conclut que la matière est plus complexe qu'il ne l'avait imaginé et demande à son frère de vérifier ses observations. Il insiste sur l'importance de la vérité et de la présence de Dieu dans leurs actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 948-958
LA GRONDEUSE, Comédie nouvelle, représentée par les Comédiens François, le Jeudy 11. Fév. 1734. Extrait.
Début :
ACTEURS. Aminte, veuve, la Dlle Quinault. Cléante, Amant d'Aminte, [...]
Mots clefs :
Cléante, Aminte, Oronte, Dorine, Frère, Caractère, Temps, Grondeuse, Maîtresse, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GRONDEUSE, Comédie nouvelle, représentée par les Comédiens François, le Jeudy 11. Fév. 1734. Extrait.
LA GRONDEUSE , Comédie
nouvelle , représentée par les Comédiens
François, le Jendy 11.Fév.1734.Extrait .
ACTEURS.
Aminte , veuve ,
Cléante
la Dlle Quinault.
Amant d'Aminte , le sieur
Grandval.
Dorine , Suivante d'Aminte , la Dlle
Dangeville.
M.
MAY. 1734. 949
M. Oronte , beau- frere d'Aminte , le sieur
Duchemin.
Dartimont , Voyageur , autre beau-frere,
le sieur Armand.
Le Candidat , jeune Medecin , fils d'O- ›
le sieur Dangeville: ronte ,
Crispin, Valet de Cleante , le Sr Poisson .
M. Double- Croche , Musicien , le sieur
le Grand.
La Scêne est dans la Maison d'Aminte.
Cette Piece , qui est de l'Auteur du
Rendez - vous , n'a pas eû le sort qu'elle
méritoit ; mais malgré son peu de réus
site , es Connoisseurs lui ont rendu justice
. L'Auteur y a soutenu , autant qu'il
est possible , le caractere principal ; il
est vrai que ce même caractere a parû
avec tant d'avantage dans le premier
Acte du Grondeur de M. Palapra , qu'il
étoit difficile d'y ajoûter de nouveaux
traits.. On a fait à sa Comédie le même
reproche qu'on fait encore tous les jours
aux deux derniers Actes du Grondeur ,
dont nous venons de parler ; c'est de
n'avoir pas toujours fourni à son principal
Acteur des occasions de gronder
injustement ; on verra le méme inconvenient
dans l'Extrait que nous allons
donner de la Grondeuse. Au reste pour
ne
950 MERCURE DE FRANCE
ne point enfraindre la loi que nous nous
les
sommes prescrite , nous ne serons que
échos des jugemens que le Public a portez
sur cet ingenieux Ouvrage.
pour
Oronte , beau- frere d'Aminte , ouvre la
Scêne avec Cleante , Amant de cette Veuve
. Elle est encore aimable et jeune , mais
par malheur Cléante elle a un défaut;
c'est d'être grondeuse. Oronte a beau
lui dire qu'il lui a dit cent fois lui - même
que les défauts qui ne sont que des
vices d'humeur , doivent se pardonner ;
il soutient toûjours qu'il y a quelque
chose de plus dans le coeur d'Aminte et
que sa mauvaise humeur part d'un fond
d'indifference et de mépris qu'elle a conçus
pour lui. L'Auteur a pris soin d'établir
dans cette premiere Scêne à quel
coin doit être marqué le veritable caractere
de Grondeur ou de Grondeuse ; on
le voit par ce fragment . C'est Oronte
qui parle.
Ce qu'il y a de certain , c'est que vous
•prenez pour mépris et indifference , une humeur
altiere et mutine qu'elle a eûë toute
sa vie. Cléante.
J'y suis trop interessé pour pouvoir m'y
tromper.
Oronte.
Enfin vous l'avez vûë et aimée avant
qu'elle
MAY. 1734.
951
2
qu'elle fut mariée à feu mon frere ; ne grondoit-
elle pas alors ?
Cleante .
Assurément on forçoit son inclination .
Oronte.
Mariée , tout le monde sçait ....
Cléante.
Peut-on vivre en paix avec un homme
qu'on épouse ?
Oronte.
Mais depuis qu'elle est veuve !
Cléante.
Ah ! le veuvage est un état si triste.
Oronte.
Il a réponse à tout.
Cléante.
Vous ne la verrez tranquille et contente
que quand l'ingrate sera unie à quelqu'un
qui lui plaise. Je m'étois flatté d'être ce
quelqu'un , mais les traitemens que j'ai reçûs
m'ont assez prouvé le contraire,
L'Auteur fait bien voir par ce morceau
de Dialogue , que sí le caractere dominant
de sa Piece n'est pas à la rigueur tel
qu'il devroit être , ce n'est pas faute de
l'avoir bien connu ; passons à l'action .
Oronte fait entendre à Cléante qu'il
veut absolument le réconcilier avec
Aminte ; il lui dit qu'en qualité de parent
du deffunt , il doit la presser
de se
remarier
952 MERCURE DE FRANCE
le
remarier avantageusement ; qu'il doit la
voir pour lui en faire la proposition ,
accompagné de son frere , vieux Voyaguur
, et de son fils le Candidat ; une
petite difficulté l'arrête ; c'est que par
Testament de son frere , Mary d'Aminte
, il est obligé de faire dix mille francs
de rente à Aminte , tant qu'elle ne se
remariera pas , et qu'en lui insinuant de
se marier , il lui deviendra suspect d'interêt.
Cléante lui répond qu'il n'a qu'à
lui offrir de lui continuer cette rente ,
même en se mariant , et que par un Acte
secret il s'engagera , lui Cléante , à lui
en tenir compte. Cette premiere difficulté
étant levée , Oronte s'en va pour
mettre en execution ce qu'il vient de
promettre à Cléante.
Crispin , Valet de Cléante , vient lui
dire qu'Aminte , chez qui il l'avoit envoyé
pour sçavoir si elle étoit visible ,
ne veut pas le voir. Dorine , vient lui confirmer
ce prétendu refus , en lui disant
pourtant qu'il peut entrer s'il veut ; mais
qu'il feroit mieux de revenir dans une
demie heure, parce que sa Maîtresse lui a
parû surprise qu'on vint chez elle si matin.
Cléante picqué , se retire.
Crispin s'amuse quelque temps avec
Dorine , qu'il plaint d'être au service.
d'une
MAY. 1734. 953.
d'une Maîtresse dont l'humeur est si difficile
Dorinc lui répond qu'il y a des
dédommagemens , et que si sa Maîtresse
gronde , elle paye bien et récompense
encore mieux ; elle le prie de se retirer ,
attendu qu'Aminte est intraitable sur
tout ce qui a l'air de galanterie et de rendez-
vous .
Aminte vient et demande à Dorine
d'un ton grondeur , pourquoi Cléante
ne paroît point; Dorine lui répond qu'elle
lui a dit de sa part de revenir dans un
autre temps ; de ma part ! lui dit sa Maîtresse
; la pauvre Suivante n'ose la contredire
absolument , et la laisse s'exhaler
en reproches par cette tirade : Ce sont
tous les jours nouvelles sottises. Sans juges
ment, sans adresse , sans sçavoir ; dans tout
ce qu'elle fait et dans tout ce qu'elle dit , il
semble qu'elle prenne plaisir à me desesperer.
J'excuse sans cesse ; sans cesse je pardonne
, et l'on me regarde encore comme une
femme difficile à contenter. Renvoyer Cléante!
me soutenir que c'est par mon ordre ! a
t'on jamais fait une plus lourde faute ? Et
après l'avoirfaite , l'a- t'on jamais appuyée
d'une plus grande effronterie ? Oh ! je vous
avoue qu'ilfaut bien prendre sur soi pour
souffrir sans rien dire de pareilles bévues.
Si toutes les Scénes de cette Piece,
F avoient
954 MERCURE DE FRANCE
avoient la valeur intrinseque de celle
cy , on ne pourroit pas disconvenir que
le caractere de Grondeuse ne fût parfaitement
rempli ; c'est là gronder veritablement
, quand on n'en a pas lieu ; puisque
Dorine n'a fait qu'executer ses ordres
en renvoyant son Amant , on pourroit
dire qu'elle nie d'avoir donné un
pareil ordre , et que sur ce fondement
elle a raison de gronder ; mais ne seroitce
pas llaa rreennddrree' trop déraisonnable que
de lui faire avouer qu'elle ne gronde
que pour le plaisir de gronder ; il est dif
ficile de tenir un juste milieu entre deux
extrémitez également vicieuses. Crispin
sort pour aller faire revenir son Maître ;
en l'attendant Aminte continuë à quereller
Dorine d'une maniere assez analogue
au caractere que l'Auteur lui a
donné .
Cléante revient ; il essuye de temps en
temps quelques traits de la mauvaise humeur
où Dorine a mis sa Maîtresse ; pour
achever de chagriner Aminte, M. Double-
Croche , son Maître à chanter , arrive ;
elle trouve très- mauvais qu'il ait si mal
pris son temps ; Cléante , pour appuyer
le reproche qu'elle fait au Musicien , lui
dit de se retirer ; Aminte est très choquée
de l'air d'autorité que Cléante ose
prendre
MAY. 1734. 955
prendre chez elle . Cléante voyant qu'il
commence à lui déplaire , prend congé
d'elles où allez- vous donc ? lui dit- elle ,
vous prenez un travers ; Cleante lui dit en
se retirant qu'il vient de se souvenir d'avoir
donné une parole qui l'oblige à la
quitter.
La Scéne suivante qui se passe entre
Aminte et son Maître à chanter est des
plus plaisantes ; il veut chanter malgré
elle , fondé sur le droit que sa Profession
lui donne ; elle ne veut ni chanter ni
l'entendre chanter ; il ne lais e pas d'aller
son train ; chaque mot qu'il chante est
accompagné d'une injure qui lui sert ,
pour ainsi dire , de basse - continuë ;
Double - Croche , se retire aussi mécontent
de son Ecoliere , qu'elle l'est de son
Maître.
·
Enfin , pour achever de pousser à bout
la patience d'Aminte , Oronte vient , suivi
de son frere et de son fils ; cette Scéne .
a parû d'autant moins à sa place , que
la Grondeuse y est la femme du monde
la plus patiente ; on pousse le désagrément
de cette Scéne délibérative , jusqu'à
citer des passages Latins pour appuyer
ce qu'on veut prouver , comme
Aminte s'est long- temps contrainte , elle
lâche la bonde à sa colere avec plus
Fij d'im
956 MERCURE DE FRANCE
d'impétuosité et dit à ces fastidieux harangueurs
: Ah ! je ne puis plus tenir à tant
d'impertinences ; non , non , c'est trop me
contraindre , je suis bien bonne d'écouter les
rêveries d'un radoteur , d'un imbécile et
d'un Invalide. Elle se retire après avoir
lâché ces obligeantes épithetes .
que
Cléante vient , Oronte lui dit qu'il
avoit bien raison, quand il lui soutenoit
que sa belle- soeur n'avoit pour lui qu'in
difference et que mépris ; les trois Orateurs
disgraciez s'en vont ; Cléante ne
doute plus des dispositions d'Aminte à
son égard. Pour le confirmer dans cette
croyance , Dorine vient lui dire qu'elle
n'a jamais vû sa Maîtresse dans une si
grande colere , l'indignation , ajoûte - t'elle,
peinte sur son visage , elle a mis la main
à la plume , et au milieu des plaintes et des
invectives , elle a tracé ce Billet qu'elle m'a
chargée de vous remettre, Cléante ne veut
pas recevoir le Billet , il le croit trop outrageant
pour son amour ; Crispin le reçoit
pour lui , en disant : je pourrois m'en
servir auprès de mon Maître , son amour a
quelque chose de périodique. Son Maître
étoit déja sorti quand il dir cela à Dorine ;
ils sont bien surpris tous deux de le voir
revenir avec Aminte , qui ne sçait pourquoi
il l'évite ; Cléante lui fait des re
proches
MAY . 1734.
957
proches auxquels elle ne comprend rien ,
après le Billet obligeant qu'elle vient de
lui faire remettre par Dorine ; elle lui
demande s'il a lû ce qu'elle lui a écrits
il lui dit qu'il n'a eû garde de lire des
injures ; Crispin dit à part : auroit- elle fait
le Billet tendre exprès pour se ménager une
occasion de gronder. Il donne ce Billet à
Cléante , qui y lit ce qui suit :
La proposition que l'on m'a faite de me
continuer ma pension me donne un soupçon
bien extraordinaire. Si ce que j'imagine est
vrai , vous ne méritez guere l'estime et l'in
clination qu'on a pour vous . Ceux qui m'ont
parlé sur ee ton ont trop peu de generosité ,
pour que je ne voye pas les arrangemens que
vous avez pris avec eux. Comment osezvous
me croire interessée , moi qui vous sacrifierois
tous les biens ? D'où partent des
sentimens si bizares après les assurances
que vous avez de mon coeur , et après m'avoir
déterminée à un second hymen, qui me
seroit odieux avec tout autre qu'avec vous ?
Cléante se jette à ses pieds pour lui
demander pardon ; mais l'Auteur lui fait
reprendre ici son caractere ; elle veut continuer
d'être fâchée ; elle lui dit en le
quittant qu'elle avoit pris soin de mander
le Notaire chez elle ; mais qu'elle
veut lui laisser le temps de refléchir sur
Fiij
ce
958 MERCURE DE FRANCE
ce qu'il doit faire ; Cléante la suit et ne
balance plus à l'épouser; J'aime, dit- il , et
je suis aimé , il faut ceder à ma destinée ,
quand il m'en cotteroit un peu de
repos...
Au reste , tous les Connoisseurs conviennent
que cette petite Comédie est
remplie de traits ingénieux , et l'on peut
juger de l'élegance du stile par les petits
morceaux que nous avons citez .
nouvelle , représentée par les Comédiens
François, le Jendy 11.Fév.1734.Extrait .
ACTEURS.
Aminte , veuve ,
Cléante
la Dlle Quinault.
Amant d'Aminte , le sieur
Grandval.
Dorine , Suivante d'Aminte , la Dlle
Dangeville.
M.
MAY. 1734. 949
M. Oronte , beau- frere d'Aminte , le sieur
Duchemin.
Dartimont , Voyageur , autre beau-frere,
le sieur Armand.
Le Candidat , jeune Medecin , fils d'O- ›
le sieur Dangeville: ronte ,
Crispin, Valet de Cleante , le Sr Poisson .
M. Double- Croche , Musicien , le sieur
le Grand.
La Scêne est dans la Maison d'Aminte.
Cette Piece , qui est de l'Auteur du
Rendez - vous , n'a pas eû le sort qu'elle
méritoit ; mais malgré son peu de réus
site , es Connoisseurs lui ont rendu justice
. L'Auteur y a soutenu , autant qu'il
est possible , le caractere principal ; il
est vrai que ce même caractere a parû
avec tant d'avantage dans le premier
Acte du Grondeur de M. Palapra , qu'il
étoit difficile d'y ajoûter de nouveaux
traits.. On a fait à sa Comédie le même
reproche qu'on fait encore tous les jours
aux deux derniers Actes du Grondeur ,
dont nous venons de parler ; c'est de
n'avoir pas toujours fourni à son principal
Acteur des occasions de gronder
injustement ; on verra le méme inconvenient
dans l'Extrait que nous allons
donner de la Grondeuse. Au reste pour
ne
950 MERCURE DE FRANCE
ne point enfraindre la loi que nous nous
les
sommes prescrite , nous ne serons que
échos des jugemens que le Public a portez
sur cet ingenieux Ouvrage.
pour
Oronte , beau- frere d'Aminte , ouvre la
Scêne avec Cleante , Amant de cette Veuve
. Elle est encore aimable et jeune , mais
par malheur Cléante elle a un défaut;
c'est d'être grondeuse. Oronte a beau
lui dire qu'il lui a dit cent fois lui - même
que les défauts qui ne sont que des
vices d'humeur , doivent se pardonner ;
il soutient toûjours qu'il y a quelque
chose de plus dans le coeur d'Aminte et
que sa mauvaise humeur part d'un fond
d'indifference et de mépris qu'elle a conçus
pour lui. L'Auteur a pris soin d'établir
dans cette premiere Scêne à quel
coin doit être marqué le veritable caractere
de Grondeur ou de Grondeuse ; on
le voit par ce fragment . C'est Oronte
qui parle.
Ce qu'il y a de certain , c'est que vous
•prenez pour mépris et indifference , une humeur
altiere et mutine qu'elle a eûë toute
sa vie. Cléante.
J'y suis trop interessé pour pouvoir m'y
tromper.
Oronte.
Enfin vous l'avez vûë et aimée avant
qu'elle
MAY. 1734.
951
2
qu'elle fut mariée à feu mon frere ; ne grondoit-
elle pas alors ?
Cleante .
Assurément on forçoit son inclination .
Oronte.
Mariée , tout le monde sçait ....
Cléante.
Peut-on vivre en paix avec un homme
qu'on épouse ?
Oronte.
Mais depuis qu'elle est veuve !
Cléante.
Ah ! le veuvage est un état si triste.
Oronte.
Il a réponse à tout.
Cléante.
Vous ne la verrez tranquille et contente
que quand l'ingrate sera unie à quelqu'un
qui lui plaise. Je m'étois flatté d'être ce
quelqu'un , mais les traitemens que j'ai reçûs
m'ont assez prouvé le contraire,
L'Auteur fait bien voir par ce morceau
de Dialogue , que sí le caractere dominant
de sa Piece n'est pas à la rigueur tel
qu'il devroit être , ce n'est pas faute de
l'avoir bien connu ; passons à l'action .
Oronte fait entendre à Cléante qu'il
veut absolument le réconcilier avec
Aminte ; il lui dit qu'en qualité de parent
du deffunt , il doit la presser
de se
remarier
952 MERCURE DE FRANCE
le
remarier avantageusement ; qu'il doit la
voir pour lui en faire la proposition ,
accompagné de son frere , vieux Voyaguur
, et de son fils le Candidat ; une
petite difficulté l'arrête ; c'est que par
Testament de son frere , Mary d'Aminte
, il est obligé de faire dix mille francs
de rente à Aminte , tant qu'elle ne se
remariera pas , et qu'en lui insinuant de
se marier , il lui deviendra suspect d'interêt.
Cléante lui répond qu'il n'a qu'à
lui offrir de lui continuer cette rente ,
même en se mariant , et que par un Acte
secret il s'engagera , lui Cléante , à lui
en tenir compte. Cette premiere difficulté
étant levée , Oronte s'en va pour
mettre en execution ce qu'il vient de
promettre à Cléante.
Crispin , Valet de Cléante , vient lui
dire qu'Aminte , chez qui il l'avoit envoyé
pour sçavoir si elle étoit visible ,
ne veut pas le voir. Dorine , vient lui confirmer
ce prétendu refus , en lui disant
pourtant qu'il peut entrer s'il veut ; mais
qu'il feroit mieux de revenir dans une
demie heure, parce que sa Maîtresse lui a
parû surprise qu'on vint chez elle si matin.
Cléante picqué , se retire.
Crispin s'amuse quelque temps avec
Dorine , qu'il plaint d'être au service.
d'une
MAY. 1734. 953.
d'une Maîtresse dont l'humeur est si difficile
Dorinc lui répond qu'il y a des
dédommagemens , et que si sa Maîtresse
gronde , elle paye bien et récompense
encore mieux ; elle le prie de se retirer ,
attendu qu'Aminte est intraitable sur
tout ce qui a l'air de galanterie et de rendez-
vous .
Aminte vient et demande à Dorine
d'un ton grondeur , pourquoi Cléante
ne paroît point; Dorine lui répond qu'elle
lui a dit de sa part de revenir dans un
autre temps ; de ma part ! lui dit sa Maîtresse
; la pauvre Suivante n'ose la contredire
absolument , et la laisse s'exhaler
en reproches par cette tirade : Ce sont
tous les jours nouvelles sottises. Sans juges
ment, sans adresse , sans sçavoir ; dans tout
ce qu'elle fait et dans tout ce qu'elle dit , il
semble qu'elle prenne plaisir à me desesperer.
J'excuse sans cesse ; sans cesse je pardonne
, et l'on me regarde encore comme une
femme difficile à contenter. Renvoyer Cléante!
me soutenir que c'est par mon ordre ! a
t'on jamais fait une plus lourde faute ? Et
après l'avoirfaite , l'a- t'on jamais appuyée
d'une plus grande effronterie ? Oh ! je vous
avoue qu'ilfaut bien prendre sur soi pour
souffrir sans rien dire de pareilles bévues.
Si toutes les Scénes de cette Piece,
F avoient
954 MERCURE DE FRANCE
avoient la valeur intrinseque de celle
cy , on ne pourroit pas disconvenir que
le caractere de Grondeuse ne fût parfaitement
rempli ; c'est là gronder veritablement
, quand on n'en a pas lieu ; puisque
Dorine n'a fait qu'executer ses ordres
en renvoyant son Amant , on pourroit
dire qu'elle nie d'avoir donné un
pareil ordre , et que sur ce fondement
elle a raison de gronder ; mais ne seroitce
pas llaa rreennddrree' trop déraisonnable que
de lui faire avouer qu'elle ne gronde
que pour le plaisir de gronder ; il est dif
ficile de tenir un juste milieu entre deux
extrémitez également vicieuses. Crispin
sort pour aller faire revenir son Maître ;
en l'attendant Aminte continuë à quereller
Dorine d'une maniere assez analogue
au caractere que l'Auteur lui a
donné .
Cléante revient ; il essuye de temps en
temps quelques traits de la mauvaise humeur
où Dorine a mis sa Maîtresse ; pour
achever de chagriner Aminte, M. Double-
Croche , son Maître à chanter , arrive ;
elle trouve très- mauvais qu'il ait si mal
pris son temps ; Cléante , pour appuyer
le reproche qu'elle fait au Musicien , lui
dit de se retirer ; Aminte est très choquée
de l'air d'autorité que Cléante ose
prendre
MAY. 1734. 955
prendre chez elle . Cléante voyant qu'il
commence à lui déplaire , prend congé
d'elles où allez- vous donc ? lui dit- elle ,
vous prenez un travers ; Cleante lui dit en
se retirant qu'il vient de se souvenir d'avoir
donné une parole qui l'oblige à la
quitter.
La Scéne suivante qui se passe entre
Aminte et son Maître à chanter est des
plus plaisantes ; il veut chanter malgré
elle , fondé sur le droit que sa Profession
lui donne ; elle ne veut ni chanter ni
l'entendre chanter ; il ne lais e pas d'aller
son train ; chaque mot qu'il chante est
accompagné d'une injure qui lui sert ,
pour ainsi dire , de basse - continuë ;
Double - Croche , se retire aussi mécontent
de son Ecoliere , qu'elle l'est de son
Maître.
·
Enfin , pour achever de pousser à bout
la patience d'Aminte , Oronte vient , suivi
de son frere et de son fils ; cette Scéne .
a parû d'autant moins à sa place , que
la Grondeuse y est la femme du monde
la plus patiente ; on pousse le désagrément
de cette Scéne délibérative , jusqu'à
citer des passages Latins pour appuyer
ce qu'on veut prouver , comme
Aminte s'est long- temps contrainte , elle
lâche la bonde à sa colere avec plus
Fij d'im
956 MERCURE DE FRANCE
d'impétuosité et dit à ces fastidieux harangueurs
: Ah ! je ne puis plus tenir à tant
d'impertinences ; non , non , c'est trop me
contraindre , je suis bien bonne d'écouter les
rêveries d'un radoteur , d'un imbécile et
d'un Invalide. Elle se retire après avoir
lâché ces obligeantes épithetes .
que
Cléante vient , Oronte lui dit qu'il
avoit bien raison, quand il lui soutenoit
que sa belle- soeur n'avoit pour lui qu'in
difference et que mépris ; les trois Orateurs
disgraciez s'en vont ; Cléante ne
doute plus des dispositions d'Aminte à
son égard. Pour le confirmer dans cette
croyance , Dorine vient lui dire qu'elle
n'a jamais vû sa Maîtresse dans une si
grande colere , l'indignation , ajoûte - t'elle,
peinte sur son visage , elle a mis la main
à la plume , et au milieu des plaintes et des
invectives , elle a tracé ce Billet qu'elle m'a
chargée de vous remettre, Cléante ne veut
pas recevoir le Billet , il le croit trop outrageant
pour son amour ; Crispin le reçoit
pour lui , en disant : je pourrois m'en
servir auprès de mon Maître , son amour a
quelque chose de périodique. Son Maître
étoit déja sorti quand il dir cela à Dorine ;
ils sont bien surpris tous deux de le voir
revenir avec Aminte , qui ne sçait pourquoi
il l'évite ; Cléante lui fait des re
proches
MAY . 1734.
957
proches auxquels elle ne comprend rien ,
après le Billet obligeant qu'elle vient de
lui faire remettre par Dorine ; elle lui
demande s'il a lû ce qu'elle lui a écrits
il lui dit qu'il n'a eû garde de lire des
injures ; Crispin dit à part : auroit- elle fait
le Billet tendre exprès pour se ménager une
occasion de gronder. Il donne ce Billet à
Cléante , qui y lit ce qui suit :
La proposition que l'on m'a faite de me
continuer ma pension me donne un soupçon
bien extraordinaire. Si ce que j'imagine est
vrai , vous ne méritez guere l'estime et l'in
clination qu'on a pour vous . Ceux qui m'ont
parlé sur ee ton ont trop peu de generosité ,
pour que je ne voye pas les arrangemens que
vous avez pris avec eux. Comment osezvous
me croire interessée , moi qui vous sacrifierois
tous les biens ? D'où partent des
sentimens si bizares après les assurances
que vous avez de mon coeur , et après m'avoir
déterminée à un second hymen, qui me
seroit odieux avec tout autre qu'avec vous ?
Cléante se jette à ses pieds pour lui
demander pardon ; mais l'Auteur lui fait
reprendre ici son caractere ; elle veut continuer
d'être fâchée ; elle lui dit en le
quittant qu'elle avoit pris soin de mander
le Notaire chez elle ; mais qu'elle
veut lui laisser le temps de refléchir sur
Fiij
ce
958 MERCURE DE FRANCE
ce qu'il doit faire ; Cléante la suit et ne
balance plus à l'épouser; J'aime, dit- il , et
je suis aimé , il faut ceder à ma destinée ,
quand il m'en cotteroit un peu de
repos...
Au reste , tous les Connoisseurs conviennent
que cette petite Comédie est
remplie de traits ingénieux , et l'on peut
juger de l'élegance du stile par les petits
morceaux que nous avons citez .
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Résumé : LA GRONDEUSE, Comédie nouvelle, représentée par les Comédiens François, le Jeudy 11. Fév. 1734. Extrait.
La pièce 'La Grondeuse' est une comédie jouée par les Comédiens Français le 11 février 1734. Elle met en scène Aminte, une jeune veuve aimable mais au caractère difficile, et Cléante, son amant. La pièce commence avec Oronte, le beau-frère d'Aminte, qui discute avec Cléante des défauts d'Aminte, qu'il attribue à une indifférence et un mépris envers Cléante. Aminte, malgré son amour pour Cléante, manifeste une humeur altière et mutine. Oronte souhaite réconcilier Cléante et Aminte et propose de lui trouver un nouveau mari. Cependant, un testament oblige à verser une rente à Aminte tant qu'elle ne se remarie pas. Cléante suggère de continuer cette rente par un acte secret. Oronte part alors mettre en œuvre cette proposition. Pendant ce temps, Crispin, valet de Cléante, et Dorine, suivante d'Aminte, échangent sur le caractère difficile de leur maîtresse. Aminte, mécontente, reproche à Dorine d'avoir renvoyé Cléante. Cléante revient et essuie les reproches d'Aminte, qui se montre de plus en plus irritable. La situation se complique avec l'arrivée de M. Double-Croche, le maître à chanter d'Aminte, et des beaux-frères d'Aminte, qui tentent de la convaincre de se remarier. Aminte finit par exploser de colère contre ses visiteurs et se retire. Cléante, après avoir reçu un billet d'Aminte, se jette à ses pieds pour lui demander pardon. Aminte, reprenant son caractère grondeur, lui laisse le temps de réfléchir avant de l'épouser. La pièce se termine sur la décision de Cléante d'accepter son destin et d'épouser Aminte. Les connaisseurs reconnaissent l'ingéniosité des traits de la pièce et l'élégance de son style.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1192-1201
Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Début :
Sur les plaintes qu'on a faites, de n'avoir fait qu'annoncer la Tragedie [...]
Mots clefs :
Duc de Vendôme, Adélaïde du Guesclin, Duc de Nemours, Coucy, Frère, Amour, Gardes, Mort, Prison, Vengeance, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Ur les plaintes qu'on a faites , de n'avoir
fait qu'annoncer la Tragedie
d'Adelaide de M. de Voltaire , après
avoir promis d'en parler plus au long :
nous avons composé l'Extrait qu'on va
lire , avec le plus de soin qu'il nous a été
possible.
Adelaïde du Guesclin , niéce du Conétable
de ce nom , est l'Heroine de ce Poëme.
L'époque de l'action Theatrale , est
le tems des guerres de Charles VII . contre
les Anglois , et la Ville de Lille est
le lieu de la Scene .
.
Adelaide commence la Piece avec le
1. Vol -Sire
JUIN. 1734. 1193
-
Sire de Coucy , Seigneur François . Ce der
nier a aimé Adelaïde avant qu'elle fût
aimée du Duc de Vendôme ; son amitié
pour ce Prince du Sang des Bourbons le
porte non seulement à sacrifier son
amour , mais encore à parler en faveur
de son Rival . Quelques Critiques auroient
souhaité que son amitié ne fut pas allée
plus loin , et jusqu'à lui fire prendre les
armes contre son Maître legitime. Adelaïde
lui fait presser.tir qu'elle ne sçauroit
donner ni son coeur , ni sa main au
Duc de Vendôme , et le prie de détourner
son Ami d'une passion qui le rendroit
malheureux ; Coucy se refuse à ce
bon office , sous prétexte
, sous prétexte qu'il ne veut
pas affliger Vendôme.
Adelaïde allarmée d'un faux bruit qui
court sur la mort du Duc de Nemours ,
Frere du Duc de Vendôme , fait connoî
tre par sa frayeur qu'elle aime Nemours,
elle l'avoue même à Jaise d'Aglure , sa
confidente.
Vendôme vient , il parle d'amour à
Adelaide ; elle lui demande si Coucy ne
lui a point parlé ; le nom de Nemours
lui échappe elle n'en dit pas davantage
, ou plutôt elle pallie ce demi aveu
par une feinte ingenieuse , en lui disant
que le bruit de la mort d'un frere si cher
1.Vol.
Giij ne
194 MERCURE DE FRANCE
ne lui permet pas de parler d'Hymen .
Heureusement pour elle Coucy vient annoncer
à Vendôme que les Troupes du
Dauphin s'avancent à grand pas . Vendôme
est obligé de partir incertain de son
sort.
Adelaïde , ayant appris dans la Scene
précedente , que non- seulement son cher
Nemours n'est pas mort , mais qu'il est
à la tête des Troupes qui s'avancent vers
Lille , flotte entre l'esperance et la crainte .
Vendôme et Coucy ouvrent la Scene
du II . Acre , et font entendre que les
Assiegeans ont été repoussez vigoureusement.
Vendôme rend justice à la valeur
d'un de leurs Chefs qu'il n'a fait prisonnier
qu'après l'avoir blessé ; il dit même
qu'en le combattant il a senti des mouvemens
de pitié qu'il attribuë à l'amour
qu'il sent pour Adelaide , qui ne lui permet
plus cette ferocité qu'il avoit autrefois
dans les combats .
On amene le Prisonnier blessé , c'est
Nemours lui même;Vendôme court l'embrasser
; Nemours se refuse à ses caresses ;
il lui reproche sa rebellion contre son
Prince , et son union avec les Ennemis.
de sa Patrie ; Vendôme ne peut entendre
ces reproches sans colere , et prie son Frere
de les lui épargner ; il l'invite à la fêre
I. Vol.
qui ..
JUIN. 1734.
1195
qui se prépare pour son Hymen avec Ade
laïde. Nemours lui reproche son amour
comme violent et même effrené ; Vendô
me lui répond que la vûë de cet aimable
objet va suffire pour justifier la violence
de sa passion : Il ordonne qu'on fasse venir
Adelaïde.
A la vûë d'Adelaïde , la blessure de
Nemours se rouvre , Vendôme en est allarmé
, il suit ce malheureux Frere qu'on
em porte.
Adelaïde se plaint au Ciel de ce qu'il
ne lui rend son Amant que pour le lui
faire perdre une seconde fois .
Vendôme revient , Adelaïde lui demande
avec empressement des nouvelles de
Nemours ; il lui répond qu'il a arrêté son
sang et Ini reparle d'Amour et d'Hymen.
Adelaïde lui répond fierement
qu'elle ne donnera jamais ni sa main , ni
son coeur à un Prince armé contre son
Roi Vendôme éclate de colere contre
elle. Adelaide le quitte avec une noble
intrépidité , et en l'assurant qu'elle sera
toujours la même. Vendôme ne sçait à
quoi attribuer la resolution d'Adelaïde ,
il en soupçonne quelque secrette inclination;
le silense que Coucy a gardé depuis
qu'il l'a prié de disposer le coeur d'Adelaïde
en sa faveur , lui fait croire qu'il est
I. Vol.
Giljson
1198 MERCURE DE FRANCE
sa parole , il ne peut la suivre sans se deshonorer
; elle lui dit tendrement que la
fortune jalouse lui a toujours envié le nom
de son Epouse ; Nemours lui dir que la
foi qu'il a donnée n'a pas besoin de l'appareil
pompeux qui ne sert qu'à la rendre
plus éclatante sans la rendre plus sûre`s
il atteste les Manes des Rois ses Ayeux ,
et l'ombre du Grand - du Guesclin
dont la cendre repose avec celle de ses
Maîtres ; et c'est sur de si Illustres Garans
qu'il lui jure une foi immortelle.
Adelaide rassurée par de si augustes sermens
, se resout à partir d'un lieu qui
peut lui devenir fatal...
>
Vendôme entre sur le champ , et il
ordonne à ses Gardes de saisir Nemours : *
c'est alors que Nemours croit n'avoir plus
rien à dissimuler ; il brave la colere de
son Frere , le traite d'infidele à son Roi
et à sa Patrie ; Vendôme ordonne à ses
Gardes de le conduire en lien de sûreté
Nemours continuëà le braver , et renouvellant
son serment à Adélaïde , il dit fiement
à leur commun Tyran , qu'il l'en
rend témoin malgré lui. Adelaïde en
pleurs n'oublie rien pour desarmer son fu
bon
que
Vendo
* Les Critiques ne trouvent pas
me ne dise rien aux Spectateurs , de ce qu'il a appris
dans l'entr Acte.
1. Vel. rieux
JUIN. 1734 1199
rieux Amant ; il lui répond que la grace
de Nemours est à l'Autel , et que si elle
balance à l'y suivre , c'est fait de ce trop
heureux Rival.
Un Officier lui vient annoncer qu'on
le trahit , et que c'est le Duc de Nemours
qui est l'Auteur de la trahison
Coucy vient l'inviter à se défendre , il
répond à Coucy qu'il n'est présentement
Occupé que de sa vengeance contre son
Rival , et que dès qu'il l'aura remplie ',
il ira chercher la mort parmi ses ennemis ;
Coucy fremit de cette resolution ; Vendôme
lui dit qu'il n'attend pas ce service
de sa main , et qu'il en trouvera de plus
sûres ; Coucy craignant d'être prévenu
lui promet de lui donner des preuves de
sou zele dont il n'aura plus à douter .
Vendôme le reconnoît pour son veritable
Ami , et lui dit de l'avertir par un
coup de canon de l'execution de sa promesse.
Au V. Acte , Vendôme , tout plein de
sa vengeance dont il n'a pas voulu se reposer
sur un Ami aussi vertueux que
Coucy , demande à un de ses gardes si le
Soldat qu'il a choisi pour tuer Nemours
est prêt à executer ses ordres ; ce Garde
lui répond qu'il n'en doit point douterjet
qu'on a vû ce Soldat s'avancer vers
1. Vol.
G vj la
1200 MERCURE DE FRANCE
la prison ; Vendôme ordonne qu'on se
retire .
C'est ici le premier moment où la nature
lui fait sentir des remords , il flotte assez
long tems entre la haine et l'amitié. Il
se détermine enfin en faveur du sang ; il
appelle ses Gardes, un Officier vient; Vendôme
lui ordonne d'aller faire revoquer
l'ordre sanglant qu'il a donné contre son
Frere ; cet Officier lui fait connoître qu'il
craint qu'ikn'en soit plus tems , et qu'on
vient de transporter un Cadavre de la
Prison par l'ordre de Coucy. Vendôme
ne doute point que Coucy ne l'ait trop
bien servi ; un coup de canon qu'il entend
, ou qu'il croit entendre ne lui permet
plus de douter de l'assassinat ; il se
livre tout entier aux plus vifs remords .
Adelaïde , qui ignore ce qui peut s'être
passé , vient le trouver prête à le suivre à
'Autel , puisque la vie de son Amant
est à ce prix ; Vendôme ne lui répond que
par des gemissemens , et lui dit enfin que
Nemours n'est plus . Adelaide l'accable
de reproches et d'injures ; il veut se donner
la mort ; Coucy arrive et lui retient
le bras ; Vendôme lui reproche d'avoir
exccuté un Arrêt dicté par la jalousie s
Coucy lui répond que le crime n'en auroit
pas été moins commis , puisqu'une
1. Vola autre
JUIN. 1734. 1201
autre main en alloit être chargée. Adelaide
fait des reproches très touchans à
Coucy , dont elle n'auroit jamais soupçonné
qu'un coup si funeste pût partir.
Coucy se justifie enfin envers tous les
il déclare que le corps qu'on a vû
deux ,
sortir de la Prison est celui du Soldat qui
avoit déja le bras levé pour le poignarder
, et qui auroit achevé le crime s'il
n'avoit pas été poignardé lui même . Il ordonne
qu'on fasse venir Nemours ; ce
Prince vient , son Frere le reçoit à bras
ouverts ; il se punit des ordres cruels
qu'il avoit donnés , en se privant d'Adelaïde
, et se reconcilie avec son Frere , en
lui cedant cet objet de son Amour. La
Tragedie finit par une ferme resolution
que Vendôme fait de faire oublier ses égaremens
à force de vertus ; il consent à
rentrer sous l'obéissance de son Maître.
La fin de cette Piece à paru très- touchante.
Les principaux Roles qui sont celui
de Vendôme , d'Adelaïde , de Nemours,
et de Coucy , ont été patfaitement bien
remplis , par le sieur du Frêne , la Dlle
Gossin , le sieur Grandval , et le sieur le
Grand.
fait qu'annoncer la Tragedie
d'Adelaide de M. de Voltaire , après
avoir promis d'en parler plus au long :
nous avons composé l'Extrait qu'on va
lire , avec le plus de soin qu'il nous a été
possible.
Adelaïde du Guesclin , niéce du Conétable
de ce nom , est l'Heroine de ce Poëme.
L'époque de l'action Theatrale , est
le tems des guerres de Charles VII . contre
les Anglois , et la Ville de Lille est
le lieu de la Scene .
.
Adelaide commence la Piece avec le
1. Vol -Sire
JUIN. 1734. 1193
-
Sire de Coucy , Seigneur François . Ce der
nier a aimé Adelaïde avant qu'elle fût
aimée du Duc de Vendôme ; son amitié
pour ce Prince du Sang des Bourbons le
porte non seulement à sacrifier son
amour , mais encore à parler en faveur
de son Rival . Quelques Critiques auroient
souhaité que son amitié ne fut pas allée
plus loin , et jusqu'à lui fire prendre les
armes contre son Maître legitime. Adelaïde
lui fait presser.tir qu'elle ne sçauroit
donner ni son coeur , ni sa main au
Duc de Vendôme , et le prie de détourner
son Ami d'une passion qui le rendroit
malheureux ; Coucy se refuse à ce
bon office , sous prétexte
, sous prétexte qu'il ne veut
pas affliger Vendôme.
Adelaïde allarmée d'un faux bruit qui
court sur la mort du Duc de Nemours ,
Frere du Duc de Vendôme , fait connoî
tre par sa frayeur qu'elle aime Nemours,
elle l'avoue même à Jaise d'Aglure , sa
confidente.
Vendôme vient , il parle d'amour à
Adelaide ; elle lui demande si Coucy ne
lui a point parlé ; le nom de Nemours
lui échappe elle n'en dit pas davantage
, ou plutôt elle pallie ce demi aveu
par une feinte ingenieuse , en lui disant
que le bruit de la mort d'un frere si cher
1.Vol.
Giij ne
194 MERCURE DE FRANCE
ne lui permet pas de parler d'Hymen .
Heureusement pour elle Coucy vient annoncer
à Vendôme que les Troupes du
Dauphin s'avancent à grand pas . Vendôme
est obligé de partir incertain de son
sort.
Adelaïde , ayant appris dans la Scene
précedente , que non- seulement son cher
Nemours n'est pas mort , mais qu'il est
à la tête des Troupes qui s'avancent vers
Lille , flotte entre l'esperance et la crainte .
Vendôme et Coucy ouvrent la Scene
du II . Acre , et font entendre que les
Assiegeans ont été repoussez vigoureusement.
Vendôme rend justice à la valeur
d'un de leurs Chefs qu'il n'a fait prisonnier
qu'après l'avoir blessé ; il dit même
qu'en le combattant il a senti des mouvemens
de pitié qu'il attribuë à l'amour
qu'il sent pour Adelaide , qui ne lui permet
plus cette ferocité qu'il avoit autrefois
dans les combats .
On amene le Prisonnier blessé , c'est
Nemours lui même;Vendôme court l'embrasser
; Nemours se refuse à ses caresses ;
il lui reproche sa rebellion contre son
Prince , et son union avec les Ennemis.
de sa Patrie ; Vendôme ne peut entendre
ces reproches sans colere , et prie son Frere
de les lui épargner ; il l'invite à la fêre
I. Vol.
qui ..
JUIN. 1734.
1195
qui se prépare pour son Hymen avec Ade
laïde. Nemours lui reproche son amour
comme violent et même effrené ; Vendô
me lui répond que la vûë de cet aimable
objet va suffire pour justifier la violence
de sa passion : Il ordonne qu'on fasse venir
Adelaïde.
A la vûë d'Adelaïde , la blessure de
Nemours se rouvre , Vendôme en est allarmé
, il suit ce malheureux Frere qu'on
em porte.
Adelaïde se plaint au Ciel de ce qu'il
ne lui rend son Amant que pour le lui
faire perdre une seconde fois .
Vendôme revient , Adelaïde lui demande
avec empressement des nouvelles de
Nemours ; il lui répond qu'il a arrêté son
sang et Ini reparle d'Amour et d'Hymen.
Adelaïde lui répond fierement
qu'elle ne donnera jamais ni sa main , ni
son coeur à un Prince armé contre son
Roi Vendôme éclate de colere contre
elle. Adelaide le quitte avec une noble
intrépidité , et en l'assurant qu'elle sera
toujours la même. Vendôme ne sçait à
quoi attribuer la resolution d'Adelaïde ,
il en soupçonne quelque secrette inclination;
le silense que Coucy a gardé depuis
qu'il l'a prié de disposer le coeur d'Adelaïde
en sa faveur , lui fait croire qu'il est
I. Vol.
Giljson
1198 MERCURE DE FRANCE
sa parole , il ne peut la suivre sans se deshonorer
; elle lui dit tendrement que la
fortune jalouse lui a toujours envié le nom
de son Epouse ; Nemours lui dir que la
foi qu'il a donnée n'a pas besoin de l'appareil
pompeux qui ne sert qu'à la rendre
plus éclatante sans la rendre plus sûre`s
il atteste les Manes des Rois ses Ayeux ,
et l'ombre du Grand - du Guesclin
dont la cendre repose avec celle de ses
Maîtres ; et c'est sur de si Illustres Garans
qu'il lui jure une foi immortelle.
Adelaide rassurée par de si augustes sermens
, se resout à partir d'un lieu qui
peut lui devenir fatal...
>
Vendôme entre sur le champ , et il
ordonne à ses Gardes de saisir Nemours : *
c'est alors que Nemours croit n'avoir plus
rien à dissimuler ; il brave la colere de
son Frere , le traite d'infidele à son Roi
et à sa Patrie ; Vendôme ordonne à ses
Gardes de le conduire en lien de sûreté
Nemours continuëà le braver , et renouvellant
son serment à Adélaïde , il dit fiement
à leur commun Tyran , qu'il l'en
rend témoin malgré lui. Adelaïde en
pleurs n'oublie rien pour desarmer son fu
bon
que
Vendo
* Les Critiques ne trouvent pas
me ne dise rien aux Spectateurs , de ce qu'il a appris
dans l'entr Acte.
1. Vel. rieux
JUIN. 1734 1199
rieux Amant ; il lui répond que la grace
de Nemours est à l'Autel , et que si elle
balance à l'y suivre , c'est fait de ce trop
heureux Rival.
Un Officier lui vient annoncer qu'on
le trahit , et que c'est le Duc de Nemours
qui est l'Auteur de la trahison
Coucy vient l'inviter à se défendre , il
répond à Coucy qu'il n'est présentement
Occupé que de sa vengeance contre son
Rival , et que dès qu'il l'aura remplie ',
il ira chercher la mort parmi ses ennemis ;
Coucy fremit de cette resolution ; Vendôme
lui dit qu'il n'attend pas ce service
de sa main , et qu'il en trouvera de plus
sûres ; Coucy craignant d'être prévenu
lui promet de lui donner des preuves de
sou zele dont il n'aura plus à douter .
Vendôme le reconnoît pour son veritable
Ami , et lui dit de l'avertir par un
coup de canon de l'execution de sa promesse.
Au V. Acte , Vendôme , tout plein de
sa vengeance dont il n'a pas voulu se reposer
sur un Ami aussi vertueux que
Coucy , demande à un de ses gardes si le
Soldat qu'il a choisi pour tuer Nemours
est prêt à executer ses ordres ; ce Garde
lui répond qu'il n'en doit point douterjet
qu'on a vû ce Soldat s'avancer vers
1. Vol.
G vj la
1200 MERCURE DE FRANCE
la prison ; Vendôme ordonne qu'on se
retire .
C'est ici le premier moment où la nature
lui fait sentir des remords , il flotte assez
long tems entre la haine et l'amitié. Il
se détermine enfin en faveur du sang ; il
appelle ses Gardes, un Officier vient; Vendôme
lui ordonne d'aller faire revoquer
l'ordre sanglant qu'il a donné contre son
Frere ; cet Officier lui fait connoître qu'il
craint qu'ikn'en soit plus tems , et qu'on
vient de transporter un Cadavre de la
Prison par l'ordre de Coucy. Vendôme
ne doute point que Coucy ne l'ait trop
bien servi ; un coup de canon qu'il entend
, ou qu'il croit entendre ne lui permet
plus de douter de l'assassinat ; il se
livre tout entier aux plus vifs remords .
Adelaïde , qui ignore ce qui peut s'être
passé , vient le trouver prête à le suivre à
'Autel , puisque la vie de son Amant
est à ce prix ; Vendôme ne lui répond que
par des gemissemens , et lui dit enfin que
Nemours n'est plus . Adelaide l'accable
de reproches et d'injures ; il veut se donner
la mort ; Coucy arrive et lui retient
le bras ; Vendôme lui reproche d'avoir
exccuté un Arrêt dicté par la jalousie s
Coucy lui répond que le crime n'en auroit
pas été moins commis , puisqu'une
1. Vola autre
JUIN. 1734. 1201
autre main en alloit être chargée. Adelaide
fait des reproches très touchans à
Coucy , dont elle n'auroit jamais soupçonné
qu'un coup si funeste pût partir.
Coucy se justifie enfin envers tous les
il déclare que le corps qu'on a vû
deux ,
sortir de la Prison est celui du Soldat qui
avoit déja le bras levé pour le poignarder
, et qui auroit achevé le crime s'il
n'avoit pas été poignardé lui même . Il ordonne
qu'on fasse venir Nemours ; ce
Prince vient , son Frere le reçoit à bras
ouverts ; il se punit des ordres cruels
qu'il avoit donnés , en se privant d'Adelaïde
, et se reconcilie avec son Frere , en
lui cedant cet objet de son Amour. La
Tragedie finit par une ferme resolution
que Vendôme fait de faire oublier ses égaremens
à force de vertus ; il consent à
rentrer sous l'obéissance de son Maître.
La fin de cette Piece à paru très- touchante.
Les principaux Roles qui sont celui
de Vendôme , d'Adelaïde , de Nemours,
et de Coucy , ont été patfaitement bien
remplis , par le sieur du Frêne , la Dlle
Gossin , le sieur Grandval , et le sieur le
Grand.
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Résumé : Tragédie d'Adelaïde, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un résumé de la tragédie 'Adelaïde' de Voltaire. L'action se déroule durant les guerres de Charles VII contre les Anglais, à Lille, et met en scène Adelaïde du Guesclin, nièce du Conétable du Guesclin. La pièce commence avec le sire de Coucy, François, qui aime Adelaïde mais renonce à elle pour le duc de Vendôme, son ami et rival. Adelaïde, alarmée par une fausse rumeur sur la mort du duc de Nemours, frère de Vendôme, avoue son amour pour Nemours à sa confidente. Vendôme, ignorant ces sentiments, déclare son amour à Adelaïde, qui lui demande s'il a parlé à Coucy. Nemours, blessé, est capturé et amené devant Vendôme, qui organise un mariage avec Adelaïde. Nemours, gravement blessé, est soigné, et Adelaïde refuse Vendôme, révélant son amour pour Nemours. Vendôme, jaloux, ordonne l'assassinat de Nemours, mais Coucy empêche l'exécution. Nemours survit, et Vendôme, rongé par les remords, se réconcilie avec son frère en lui cédant Adelaïde. La pièce se termine par la résolution de Vendôme de se racheter par des vertus et de se soumettre à son maître. Les rôles principaux ont été interprétés par le sieur du Frêne, la Dlle Gossin, le sieur Grandval, et le sieur le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 168-178
Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Début :
Nous n'avons fait qu'annoncer cette Piéce dans le dernier Mercure, parce que [...]
Mots clefs :
Amélie, Duc de Foix, Vamir, Prince, Frère, Acte, Amour, Ami, Ville, Sentiments, Officier, Prisonnier, Annoncer, Troupes, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Duc de Foix, Tragédie de M. de Voltaire.
Extrait du Duc de Foix , Tragédie
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
de M. de Voltaire.
Nous n'avons fait qu'annoncer cette
Piéce dans le dernier Mercure , parce que
nous comptions qu'elle feroit bientôt imprimée
; comme l'impreffion eft peut - être
encore éloignée , nous allons extraire ce
que nous en avons pû recueillir pendant
le cours des repréſentations.
Thierri , Roi de France , étoit un Monarque
foible & effeminé , qui fe laiſſoit
gouverner par Pepin , Maire du Palais.
Le Miniftre abufoit de fa faveur , pour
humilier tout ce que l'Etat & la Cour
avoient de plus diftingué.
Le Duc de Foix , Prince altier & impetueux
, ne pouvant plus fupporter une tyrannie
dont il étoit principalement la victime
, fe révolta contre le Roi , fit alliance
avec les Maures qui inondoient alors les
Pays méridionaux de l'Europe , & fe retira
à Foix , Ville Capitale de fon appanage.
Pendant la guerre , Vamir , frere du
Duc de Foix , qui étoit refté fidéle au Roi,
devint amoureux d'Amélie de Comminge,
&
OCTOBRE. 1752. 169
& s'en fit aimer. Amelie fe refugia à Leucate , perite
ville du Languedoc , où Vamit devoit la joindre
pour l'époufer . Les Maurés dans leurs courfes
fuiprirent Leucate , pillerent la Ville , & enicverent
Amélie . Le Duc de Foix la retira des mains
ia fit des raviffeurs , lui ſauva l'honneur & la vie ,
conduire à Foix , & conçut pour elle l'amour ie
plus violent . Lifois , Seigneur attaché au Duc
de Foix, trouva le moyen , malgré les Troupes du
Roi , de fe rendre auprès du Duc , pour le fecou
rir ou périr avec lui. Lifoisavoit offert fon hommage
à Amélie dans des tems plus heureux ; mais
s'appercevant fur le champ de l'ardente paffion
du Duc, il prend le parti de renoncer à la conquête
, & de fervir fon ami .
C'est ici le commencement de l'action.
Amélie repréfente à Lifois que les tems de difcordes
& de guerres civiles , ne font pas propres
pour l'Hymenée , & qu'il devoit engager le Duc
à fe foumettre au Roi ; Lifois qui n'eft dans le
parti contraire , qu'à caufe de fon amitié pour le
Duc , dit qu'il va tout tenter pour le faire rentrer
dans l'obéiflance qu'il doit à fon Souverain , il
exhorte Amélie à couronner la tendreffe du Duc ,
il lui fait valoir les avantages d'une pareille union ,
il vante enfuite les vertus du Prince , fans cacher
Les défauts , & juſtifie ſon attachement pour lui
par ces Vers.
Eh qui fçauroit , Madame , où placer ces fervices ,
S'il ne nous falloit fuivre & ne chérir jamais
Que des coeurs fans foibleffe , ou des Princes par
faits.
J'ai facrifié , ajoûte - t'il à Amélie, les fentimens
que vous m'avez infpirés , non pas au Prince ,
car je l'aurois bravé , mais à mon ami.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
:
Après le départ de Lifois , Amélie dit à Thaife
fa confidente , qu'elle ne peut répondre à l'amour
du Duc , que Vamir fon frere , a toute fa tendiefle
, & qu'ils fe font promis une foi réciproque
Amélie appercevant le Duc fe retire , le
Prince en eft furpris , il fait refter Thaife , & lui
ordonne d'annoncer à Amelie , qu'elle doit fe dif
pofer à lui donner la main dans le jour ; il refte
feul avec Lifois , qui , après lui avoir rendu compte
de l'état de l'armée fait de fortes instances pour
le déterminer à faire la paix avec le Roi. Le Duc
ne veut rien écouter & s'écrie ,
De Pepin fon tyran , je crains peu la colere ,
Je déteste un fujet qui croit m'intimider ,
Et je méprife un Roi qui n'ofe commander .
Lifois affligé de l'inflexibilité du Duc , & de
l'excès de fa paffion pour Amélie , lui dit :
Il faut à fon ami montrer fon injuftice ,
L'éclairer , l'arrêter au bord du précipice ,
Je l'ai dit , je l'ai fait malgré votre couroux ,
Vous y voulez tomber , & j'y tombe avec vous.
Après un court monologue du Duc de Foix qui
commence le ſecond Acte , Amélie paroît qui veut
l'éviter ; mais le Prince l'arrête , lui renouvelie
fes hommages , & la preffe d'accepter fa main.
Amélie refufe fes offies , en difant que les ayeux
ont tous été fidéles à leurs Souverains , qu'ils ont
verfé leur fang pour la patrie & qu'elle ne peut
fe réfoudre à époufer l'auteur d'une guerre civile .
Le Due furieux , loue ironiquement la politiOCTOBRE
. 1752. 171
tique & le zele heroïque d'Amélie ; elle perfifte
dans fon refus , & lui confeille de fuivre en tant
les avis de Lifois. A ce nom , le Duc qui eft ombrageux
, prend de la jaloufie contre fon ami ; Lifois
furvient dans le moment , & furpris de trouwer
au Prince un air fombre & chagrin , il lui en
demande la raifon ; le Duc ne peut diffimu'er
fa jalousie , Lifois eft indigné & fe juftifie d'un
ton de vérité & de perfuafion qui défabufe entierement
le Duc . Lifois ajoûte :
S'il eft quelque rival qui vous ofe outrager ,
Tout mon fang eft à vous , & je cours vous vanger.
Le Prince fe plaint de l'obftacle que lui oppofe
Amelie , Lifois bien loin de la blâmer , prend la
défenfe , & fait de nouvelles remontrances au Duc
fur faréfiftance au Roi dont il prévoit le triomphe.
Le pur fang de Clovis , eft toujours adoré ,
Tôt ou tard , il faudra que de ce Trônc ſacré ,
Les rameaux divifés , & courbés par l'orage ,
Plus unis & plus beaux , foient notre unique ombrage.
Le Duc fe rend enfin , mais ce n'est que pour
plaire à Amelie , il deviendra vestueux par elle , &
tous les fentimens deviendront les fiens : Lifois ne
peut s'empêcher de lui dire qu'un fi grand changement
devroit appartenir plutôt au heros qu'à
Pamant.
Mais fi d'un fi grand coeur une femme difpole
L'effet en eft trop , pour en blâmer la caufe beau
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Un Officier des Gardes vient apprendre que les
Troupes du Roi le préparent à attaquer la Ville ,
le Duc ne veut plus entendre parler de paix , &
part pour combattre les ennemis ; Lifois le fuit en
proteftant que fi le Duc périt , il ne lui furvivra pas .
On apprend au commencement du troifiéme
Acte que les Troupes du Roi ont été repouflées ,
& que leur Chef eft fait prifonnier. Ce prifonnier
eft Vamir qui n'avoit follicité l'honneur du Commandement
que pour recouvrer fa maitielle , il eft
auffi idolâtre & aufli jaloux d'Amelie que le Duc.
Vamir ne veut pas fe faire connoître , Lifois qui
Paccompagne refpe&te for fecret , & le laiffe avec
fon confident. Vamir déplore alors la trifte fituation
, il croit Amelie infidele , il tremble d'apprendre
fon union avec fou frete , il eft prifonnier
de fon rival. Que de malheurs à la fois ! Cependant
le Duc qui a fenti je ne fçais quel trouble
en combattant le Genéral des Troupes du Roi ,
veut fçavoir quel eft le prifonnier qui eft en fa
puiflance , il est étonné de reconnoître Vamir ,
lui fait de tendres reproches de ce qu'il fert fes
ennemis ; il lui donne de vifs témoignages d'ami
tié , & lui promet de faire la paix avec le Roi , &
fait venir Amelie qui doit être le gage de la réconciliation
des deux freres , & de la foumiffion du
Duc à fon Souverain . Amelie arrive , quelle furprife
pour elle de rencontrer fon amant ? Nouvelvelles
offres d'hymen de la part du Duc à Amelie ,
& nouveau refus de cette fidéle amante , qui n'eft
Occupée que de Vamir ; il faut pourtant qu'elle
déclare fes vrais fentimens , & elle avoue fon penchant
pour Vamir . Le Duc entre dans une fureur
inexprimable , Vamir n'eft pas plus tranquile ,
& protefte avec vehemence qu'il perdra plutôt le
jour que de céder Amelie , qu'il est lié avec elle
OCTOBRE. 1752 . 173
par un ferment folemnel , & il renouvelle ce ferment
en préfence du Dus , par ces deux beaux
Vers de fituation.
A la face des Cieux , je lui donne ma for
Je te fais de nos voeux le témoin malgré toi ,
Lifois vient annoncer au Duc que le peuple fe
révolte au nom de fon frere , la fureur du Prince
redouble encore , s'il eft poffible , & il fort eri
ordonnant à Lifois de lui répondre de Vamir. Lifois
effrayé de la rage du Duc en demande le fujet
à Vamir , l'amour caufe toutes ces horreurs ,
lui répond Vamir : Ciel , réplique Lifois pénétré
de douleur , l'amour doit il donc être l'ame des
actions des Princes , anéantira - t'il les plus nobles
deffeins ?
Lifois termine le troifiéme Acte en faiſant Vamir
prifonnier fur la parole.
Vamir ne s'occupe plus que du foin de voir
Amelie qui de fon côté à le même défir , ils confirment
leurs fermens de s'aimer éternellement.
Amelie exhorte Vamir à prendre la fuite pour éviter
la perfécution de fon frere ; Vamir oppofe la
parole qu'ila donnée à Lifois & conjure Amelie
de partir feule ; le Duc les furprend dans ce tendre
entretien , fa fureur & la jalouffe parviennent aut
comble , il menace Vamir de la mort , & dit à
Amelie de le fuivre fur le champ à l'autel ; la vie
de ce perfide , en parlant de fon frere , eft à ce
prix. Vamir la prie avec la plus vive inftance de
tout facrifier plutôt que d'accepter les offres de
fon rival : Amelie ne voit , n'entend que Vamic
& continue de réfifter au Duc qui ordonne qu'on ,
entraine fon frere à la Tour : Amelie effrayée
fort de fa modération ordinaire , & fait une im-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
précation des plus fortes contre le Duc. Lifois
furvient , elle s'adreffe à lui , c'eft fon feul recours
, le Duc la fait éloigner & refte feul avec
Lifois , il prend la réfolution de faire affaffiner
fon frere. Lifois indigné d'un crime & atroce , le
lui réprefente dans toute fon étendue , & avec
toute la vigueur dont il eft capable ; le Duc eft
dars un état fi violent qu'il ne peut rien écouter ,
il charge même Lifois d'un ordre fi inhumain , qui
n'a garde d'accepter un emploi fi odieux , le Duc
lui dit qu'il le croyoit fon ami , mais qu'il n'eft
qu'un ingrat : Lifois remarquant que le Prince ne
fe connoit plus , feint de confentir à cet horrible
attentat , dans la crainte que le Duc ne cho:fiffe
un autre Miniftre de fa vengeance , il lui demande
en même tenis le commandement abfolu dans l'armée
, & même fur les Maures , & il l'obtient.
Le Duc dans la premiere Scene du cinquième
Acte , fait connoftre qu'il ne fe fie pas à Lifois ,
il a chargé un bras plus sûr de l'exécution de fon
- forfait , & s'adreflant à un Officier de fes Gardes,
il lui demande fi le foldat qui doit aller à la Tour
a fatisfait à fon ordre , l'Officier en répond &
fort pour retourner à fon pofte . Le Duc livré à
toutes les réflexions d'un homme qui n'eſt pas
accoutumé au crime , commence à fe repentir
il est également tourmenté par l'amour , par la
vengeance & par les remords , il fe rappelle les
jours de fon enfance , jours purs & heureux , ou
fon frere & lui , n'avoient qu'un même fentiment
, qu'une égale tendreffe , & tâchant l'inſtant
d'après , de juftifier fa cruauté il s'écrie ,
Mais lui-même il m'attaque , il brave ma colere ,
Il me trompe , il me hait ... n'importe il eft mon
frere.
OCTOBRE. 1752. 175
A ce nom il déteſte fon fatal amour , & le péril
de Vamir le fait frémir , l'Officier de fes Gardes
rentre pour lui dire que la Ville eft en fureté ,
cela ne l'intéreffe plus , il n'eft occupé que du falut
de fon frere , change l'ordre qu'il a donné contre.
lui , & s'informe avec vivacité de ce que fait Lifois
, & de ce qui fe paffe à la Tour ; l'Officier
lui répond qu'il vient de voir emporter par ordre
de Lifois un cadavre tout fanglant hors la Tour
Le Duc qui ne peut pas douter de la confommation
de fon crime , tombe dans un fauteuil , privé
, pour ainfi dire , de tout fentiment. Amélie
vient lui annoncer qu'elle s'eft déterminée à acceptet
fa main pour fauver les jours de Vamir. Le
Duc ne répond que par fes larmes : Amélie eſt
faifie d'un mortel effroi , le Duc pénétré d'horreur
lui arrache l'ame par ces mors : Madame , it
n'eft plus tems. Amélie confternée ne fait point de
plaintes inutiles , elle veut feulement voir
fon amant , l'embraffer & mourir. Le Duc veut
fe percer le fein aux yeux d'Amélie , Lifois furvient
, & lui retient le bras , le Duc lui reproche
fon fecours , & fon obéiance avec impétuofité e
Amélie éclate , & marque fon indignation ; Lifois
fe défend fur les ordres réitérés & abſolus
qu'il a reçus ; mais les regrets du Prince lui faifant
connoître que le moment heureux eſt arrivé ,
la confolation & la joye fuccédent aux allarmes &
à la terreur par ces Vers que Lifois adreſſe au Duc
& à Amélic.
Je peux donc m'expliquer , je peux donc vous
apprendre ,
Que de vous même enfin , Lifois fçait vous déf
fendic.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Connoiffez - moi , Madame , & calmez vos douleurs
,•
Vous gardez vos remords , & vous fechez vos
pleurs :
Que ce jour à tous trois , foit un jour falutaire.
Venez , paroiffez Prince , embrallez votre frere.
La préfence de Vamir & les fentimens de reconnoillance
que le Duc & Amélie témoignent
à l'envi au genereux Lifois , d'un fervice fi fignalé
, forment un Tableau des plus frappans qu'on
ait vu au Théatre. Lifois les inftruit de la manie
re dont il a fauvé Vamir ; c'eft en frappant le foldat
qui avoit été chargé après lui d'un ordre barbare.
Le Duc de Foix triomphe de lui - même , fe
foumet au Roi , & céde Amélie en déclatant qu'il
en eft plus épris que jamais.
Il nous tefte à rendre compte des fentimens du
Public , fur cet Ouvrage digne de la réputation
éclatante de M. de Voltaire , mais inférieur à Alzire
, comme Bajazet l'eſt à Athalie .
Le premier Acte eft froid , & ne prépare pas
à un grand interêt , parce que l'expofition n'en est
pas affez claire , furtout dans un fujet d'inven
tion ; le Spectateur fouhaiteroit être mieux inftruit
des motifs de la vengeance & de l'emportement
du Duc de Foix contre Thierri , ainfi que de la
naiffance & des progrès de la paffion d'Amelie pour
Vamir , qui fans le charme de la fimpatie , ne mérite
pas d'être préféré . Le fecond Acte eft applaudi
avec juftice , la Scene de jaloufie entre le Duc
de Foix & Lifois , quoique le prétexte en foir le
ger , eft extrêmement belle. Le commencement
OCTOBRE. 1752. 177
& le milieu du troifiéme Acte font très - chauds , la
fin eft languillante . Le quatriéme eft ferré , il excite
une grande attention , & conduit naturellement
au cinquiéme qui produit les plus grands effets
de la Tragédie . On eft effrayé dans les premieres
Scenes , & tout le monde s'attendrit aux
dernieres.
Les ames froides & tranquilles , & plufieurs critiques
condamnent le caractere du Duc de Foix g
il est outré ; ce n'eft point un François , c'eſt un
Barbare ; nous ne balançons point à dire que non
feulement ce caractere eft vraisemblable , mais
qu'il eft pris dans la nature & par conféquent de
toutes les nations. C'est ainsi qu'aiment la plupart
de ceux qui font fupérieurs aux autres , & qui font
en droit de commander ; quand leur paffion eft a
dente , ils s'en laiffent dominer , & veulent que
rien ne leur réfifte . Nous ofons même foutenir que
le perfonnage du Duc de Foix eft une école de
moeurs pour la jeunelle fougueufe qui fe livre fans
réferve à fes penchans ; la feule critique raifonnable
qu'on en puifle faire , c'eft que fon repentig
n'eft peut- être pas affez préparé.Amélie n'eft qu'amante
, elle a toujours raiſon relativement à fa
tendreffe , mais elle ne fait pas verter des larmes ;
Vamir intereffe peu . L'objet de l'Auteur a été fans
doute de réunir toute l'attention & tout l'interêt
des Spectateurs fur le Duc de Foix qui a les principes
de toutes les vertus , mais qui eft égaré par fes
paffions. Racine a fait la même chofe dans Phédre
à qui il atout facrifié. On ne s'occupe point
d'Aricie.
Nous n'avons point entendu faire de critiques:
fur le rolle de Lifois , qui forme un contrafte parfait
avec celui du Duc de Foix . Ce caractere eft admi .
rable , & neuf au Théatre. Ce n'eft ni Acomatai
Burthus , c'eft Lifois ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Le file de Fouvrage eft enchanteur , naturel &
affez foutenu, les beautés qu'on appelle de détail ,
ne font point
Fermer
15
p. 161-177
EXTRAIT DE NARCISSE.
Début :
ACTEURS. LISIMON, VALERE, LUCINDE, { Enfans de Lisimon. ANGELIQUE, LEANDRE, { Frere [...]
Mots clefs :
Angélique, Valère, Lucinde, Narcisse, Portrait, Léandre, Frontin, Coeur, Frère, Marton, Femmes, Maître, Honte, Grâces, Femme, Homme, Aimer, Belle, Original, Sentiments
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE NARCISSE.
EXTRAIT DE NARCISSE.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
AcriuRi
1.1SIM'0Nt'
VALERE,<£^IFIMONI»
1t:OCniDE, t nratlS e A.,ll1mOn.,
AANNGG-EELL I1QQ.:UU EE>,. C Frere &ScL-ur,puLE
ANDRE, l pilles ddeeLLiisfiimmoonn",
MÂ}R:TON:', Suivante..
FRONTIN, Valet de Valere.-
LLaaSS'ceenneeeejfdans:Fappartement de Valere;, LE but de l'Autheur aété depeindre
decorriger, s'ilétoit possible "le'
zidicule affreux des petits Maîtres, qui
préférent leur figure & leurs prétendues
graces à celles des plus jolies femmes. Lucinde,
Soeur de Valete,un de ces êtres
méprisables, veut faireensorte de leguérit
de ses travers , en le faisant peindre en
femme. Elle commence la pièce avec Martin
qui est du secret.
Lucinde.
» Je viens de voir mon Frere se promet
ner dans le jardin; hâtons-nous avant
»son retour, de placer son portrait sur sa
» toMillettea. rton.
» Le voiBt-Mademoiselle
,
changé dans
r« ses ajustemens de manière à le rendre I
'u méconnoissable,quoiqu'il soit le plny
» joli homme du monde,il brille ici est
J) femme encore avec de nouvelles graces
Lucinde.
» Valere est par sa délicatesse & l'affectation
de sa parure,une espéce de fem-
» me cachée fous les habits d'homme,&
» ce portrait ainsi travesti
,
semble moins
» le déguiser, que le rendre à son état nais
turel.
Jlîarton.
» Eh bien, où est le mal?Puisque les
» femmes cherchent aujourd'hui à le rapiu
procher des hommes,n'est-il pasconp.
venable que ceux ci fassent la moitiédu
chemin, & qu'ils tachent de gagner en
agrémens autant qu'elles en solidité ?
Graces à la mode, tout s'en mettra plus
aisément de niveau.
Lucinde.
Je ne puis me faire à des modes aussi
ridiculespeut-être notre sexe aura-t-il
> le bonheur de n'en plairepasmoins,
» quoi qu'i l dev ienne plus estimable;mais
» pour les hommes je plains leur aveugle-
» ment : que prétend cette jeunesse étour-
»die en usurpant tous nos droits: Espe-
» rent. ils de mieux plaire aux femmes er
03 s'efforçant de leur rellembler.
Maxtor?.
» Pour celui-là ils auroient tort, 6c les
» femmes se haïssent trop mutuellement
» pour aimer ce qui leur ressemble; mais
» revenons au portrait, ne craignez-vous
si point que cette petite raillerie ne fâche
»M. le Chevalier?
Lucinde.
» Non
,
Marron,mon frere est naturel-
» lement bon
,
il est même raisonnable
,
à
» son défaut près; il sentira qu'en lui fai-
» sant par ce portrait un reproche muet &
» badin, je n'ai songé qu'à le guérir d'un
si travers qui choque jusqu'a cette rendre
Angélique,cette aimable pupille de
30 mon Pere que Valere épouse aujourd'hui
»c'est lui rendre servicequede torigt t les défautsde son Amant, & tu (JSi
» combienj'ai besoin des soins de cette
« chere amie pour me délivrer de Léandre
» son ecre que mon pere veut aussi me I
» faire époMngaertro.n.,.|
si Si bien que ce jeune inconnu, ét ]
» Cléonte
, que vous vîtes l'Eté dernier à
» Poissy
, vous rient toujours au coeur ?
Lucinde.
» Je ne m'en défends point, je compte,
» même sur la parole qu'ilm'a donnée de
»> reparoître bientôt& sur la promesse que
»m'a faite Angélique d'engager son frerés r
oa renoncer à moi. !
Marton !
» Bon renoncer! songez que Vos yeux
»auront plus de force pour ferrercet en-
»gagement, qu'Angélique n'en fçautfoit!
J) avoir pour le rLomprue. cinde.j
»Sans disputér sur tes flatteries, je rtf
Ji) diraiquecommeLéandre ne m'a jamaijM
» vue, il seroit aisé à sa soeur de le prtvcJ
Jt nir, & de lui faire entendre que ne pou-
» Vant être heureux avec une femme dont
»le coeur est engagé ailleurs, il ne fçait-
>> roit mieuxfaire que de s'en dégager
*» pat un refushonnêt.
r' Marton. ,
» Un refus honnête ! ah Madame refu-
»
fer unefemme faite comme vous avec
quarante mille écus,c'est une honnêteté
> dont jamais Léandre ne (era capable.
àpart. Si elle sçavoit que Léandre 8c
»
Cléonte ne sont que la même personne ,
»un telrefus changeroit bientôtd'épia
thete.
Lucinde.
» Ah ! Marton
,
j'entends du bruit, cai)
chons vite ce porrrait, c'est mon frere
Il qui revient, & en nous amusant à jaser ,
Il nous nous sommesôté le loisir d'exe'cLi.
IJ ter notre projet.
Marton.
» Non,c'est Angélique.
Angélique est auflj du secret; mais com
me elle aime tendrement Valere
,
elle appréhende
de l'indisposer contre elle, s'il
sçait qu'elle a contribué à l'exposer à la
raillerie ;elle conjure donc Lucinde de
changer de résolution ; Lucinde dit qu'elle
ne veut pas perdre les frais de son
industrie ,& s'offre à courir feule les risquesdusucces
, en proposant à Angélique
de n'être que témoin & non complice
On entend la voix de Valere ; & Lucinde
met le portrait sur sa toilette; Valere
arriy« avec Frontin,Sc annonce toa
caractère par des propos pleins de faculté
& d'imprtinence; appercevant le porj
trait,ilse récrie sur la beauté de sa proi
pre figure sans la reconnoître,&
deman
de à Frontin où il a pris ce portrait: Frojv*
tin lui dit qu'il ne sçait ce que c'est -, Vaj
lere n'a garde de le croire. Les petits maî.,
-
tres n'ont la tête remplie que de bonnel
fortunes. Il se félicite en considérant let
portrait
,
d'avoir fait une auHi brillante
conquêtecontinuant sur le même ton
g
il demande à Frontin le nom dela belle <
(
Frontin quiareconnu son Maître luisais
son propre portrait en disant, que c'c
une personne bien minaudiere
,
bien coquette
, en un mot un petit maître femelles
qu'il a été à son service,qu'il en ajeçu
beaucoup de Couflf-,ts.; que malgré cela il
est toujours son trèshumble serviteur
„ mais que cette fille ne se nomme point
Valere prend les discours de Frontin pouss
du Galimathias
,
& se fait habiller afin de
découvrir l'original du portraitpourlequel
il se sent épris d'une passion violenter il ne
peut cependant s'empêcher de songer à
,
Angélique qu'ilaimoit & qu'il doit epoufer
dans le jour; mais l'idée d'Angélique ne
pouvant l'arrêter, un contre-tems fâcheu»
l'arrivée de ioii pere le forçe derester. Li:
timon PtilbÚlu. violent: c'elf lui Util
arrêté le mariage. Valere a beau demander
un délai. Lifimon le quitte en lui disant
qu'il veut être obéi. Valere outré de l'inflexibilité
de son Pere
,
sort l'instant d'après
pour tâcher de trouver l'objet qui lui
a paru si beau. Angéliquearrive avec
Marron. Cette derniere s'égaïeaux dépens
de Valere qui est devenu tout-à-coup
amoureux de sa figure, Angélique quiaime
, ne sçauroit rire des plaisanteriesqu'on
fait sur son Amant. Marton croyant mieux
trouver son compte avec Lucinde qui furvient
veut lui faire le recit des ridicules
de Valere; mais Lucinde a bien d'autres
choses en tête; elle a rencontré son Pere
qui lui a ordonné de se disposer à donner
la main à Léandre. Elle ignore toujours
que ce Léandre est le même que Cléonte
& Angélique , ne ladesabusepoint. Lucinde
rentre chez Lisimon pour le supplier de
ne point contraindre son inclination. Angélique
dit ensuiteàMarton que si elle
se plaît à joiiir pendant quelques instans
del'inquiétudede Lucinde,c'est pour lui
en rendre l'événement plus doux ; quelle
autre vengeance,ajoûte t-elle, pourroic
être autorisée par l'amitié ? Marron quitte
Angélique pour rejoindre Lucinde. Angélique
appercevant Valere qui regarde
amoureusement le portrait en question
»
commence à craindre deperdre son coeur:surtout
quand Valere continuant deconsidérer le portrait,
dit d'un ton animé: »' Que de graces !
Quête
1) traits! Que cela est enchanté!Que cela est divin !
» ah,qu'Angélique ne le flate pas de soutenir la
P» comparaison avec tant de charmes!
Angélique ,faifijjc.nt le portrait.
» Je n'ai garde assurément,mais qu'ilmesoit
»» permis de partager votre admiration, la con-
;.) noissance des charmes de cette heureuse rivalç
»adoucira du moins la honte de ma défaite.
Valere,
:»O.Ciel!
Angtlique.
Qu'avez-vous donc? vous paroissez tout in.
»terdit: je n'aurais jamais cru qu'un petit-maître ,
o., fdrjj aisé à déconteVnancer.alere.
30 Ah! cruelle
, vous connoissez toutl'amendant
.',que vous avez sur moi, &c vous m'outragez sans
»que je puisse répondre.
Angélique.
:nC'eÍ1- fort mal fait, en vérité, & réguliere-
P-à ment,vous devriez me dire des injures.Allez,
M Chevalier, j'ai pitié de votre embarras, voilà
ïavctre portrait, & je fuis d'autant moins fâchée
JO.que vous en aimiez l'original,que vos sentimens
1, sont sur ce point tout-à-fait d'accord avec les
»miens.
Plilere.
M Quoi, vous connoissez la personne !
Angélique.
»Non feulement je la connais, mais je puis
3.1 vous dire qu'elle est ce que j'ai de plus cher au
» monde.
Valere.
Valere.
»Vraiment voici dunouveau, & le langage
"«yçft un peu singulierdans la bouche d'une rivale.
Ar.^é'icjne.
» Je ne sçais, mais il est sincére. à pw. S'il se
4b pique ,je triomphe.
l'aJerc,
» Elle a donc bien du mérite?
-
Ar^eltfae.
r> Il ne tient qu'à elle d'en avoir infiniment.
Viilcye,
» Point de défauts,sans doute »
An^êlique.
»' Oh beaucoup! c'est une petite personne bisar-
«te, capricieuse éventée ,étourdie, volage
,
&
J, surtout d'une vanité insuportable; mais quoi elle
*3 en aimable avec tout cela, & je vous prédis d'a-
» vance que vous l'aimerez jusqu'au tombeau.
Valere.
» Vous y consentez donc?
Angélique.
»Oui:
Valere.
io Cela ne vous fâchera point
.Angéltque.
93 Non: Valere, à part.
s' Son indifference me desespére: haut. Oserai-
«jeme flatter qu'en ma faveur, vous voudrez
» bien resserrer encore votre union avec elle.
Angélique.
» C'est tout ce que je demande.
Valcre outré.
» Vous dites tout cela avec une tranquillité
r> qui ms charme.
Angélique.
»Comment donc! vous vous plaigniez tout à-
»> l'heure de mon enjouement, & à present vous
» vous fâchez de mon fang froid, je ne (pis plus
» quel ton prendre avec vous.
Valere
,
b.¡J.
»Jecréve de dépit; haut: Mademoiselle m'ac- »corderat-eilela faveur de me faire faireco-
» noissance avec elle.
Angélique.
» Voilà par exemple un genre de service que je
s, fuis sûre que vous n'attendez pas de moi ; mais
); je veux passer votre espérance
,
&je vous le'prQ
a:> wiets encore.
Valcre,
» Ce fera bientôt,aumoins.
Angélique,
Je
Peut-être dès aujourd'hui.
Valere.
a3 Je n'y puis plus tecir. Ilveut s'enaller.
Angélique à part.
» Je commence à bien augurer de tout cd, il
a) atrop de dépit pour n'avoir plus d'amour:haut.
'Û.!\ allez-vous, Valere?
Valere.
» Je vois que ma presence vous gêne ,,,.je vais
is vous céder la place.
Angélique.
» Ah point, je vais me retirer moi-même. Il
».q'dl pas iuec queje vous chasse de chez vous.
Valere*
v JÎ Allez,allez, souvenez-vous,que qui li'aimfc
»rien ne mérite pas d'être aimé. Angélique.
2) II vaut encore mieux n'aimer rien que d'être
It amoureux de foi même. pf, re ,
seul.
»Amoureux de sou-même:est-ce ancrime de
»sentir un peu ce qu'on vaut ? J«^Vuis cependant
» bien piqué; est il possible qu'on perde un amant
»comme moi sans douleur? On diroit qu'elle me
*3 regarde comme un homme ordinaire: hélas je
>5 l'nt: déguise envain le troublé de mon coeur, &
*> je crains de l'aimer encore après son inconstance;
mais non tour mon coeur n'est qu'à ce
n charmant objet ! courons tenter de nouvelles re- »Cherches
,
& joignons au soin de faire mon bon
heur celui d'exciter la jalousie d'Angélique,
» mais voiciFrontin.
Illui demande envain des nouveïs de la belle
inconnue. Fronrin est ivre, ne fait que b¿g":¡T
& au lieu d'instruire son Maître, il excite sa colere.
Lucinde survient aprèsledépart de Valere
dont elle estinquiéte; elie abeau interrogerFro,ntin
,il n'est pas en état de lui répondre; cependant
il apprend à Lucinde que son Maître est amoureux
de sa ressemblance. Lucinde craignant l'indiscrétion
de Frontin, lui donne encore de quoi
boire, malgrél'état on il est pour l'engager à se
taire. L'inquiétude que ressent Lucinde- de l'égarement
de son frere, ne l'empêche pas de songer à
ses propres affaires;elle soupire pourCléont;&
veutabsolument qu'Angélique la débarrasse de la
recherche de Léandre, Angélique plaisante avec elle en attendant le retour de celui qui doit la détromper.
Il arrive 5c Lucinde lui marque son contencement
de l'épreuve qu'il lui a fait efluyer^
Léandre remercie sa soeur d'avoir longé à son bonheur
; & dans le rems qu'il lui baise la mais V..
iere paroît
,
& dit à Angélique
Que ma présence ne vous gêne point; COnls:
menr,Mademoiselle, je ne connoiiîois pas ton-
"tes vos conquêtes, ni l'heureux objet de votre
»>préférer.ce,6c j'aurai soin de me souvenir par
»•> i.urv.ne,qu'après avoir (ollF'ré le plus confié
t/ur.nient Valere a été le plus maltraité.
And:!It
« Ce feroit mieux fait que vous ne pensèz, Se
»»vousauuezeneffet besoinde quelques levons
demodeitie.
Valcyt.
« Quoi, vous orc2 joindre la raillerie à l'outrage
,
& vous avez le front de vous applaudir, quand
a vous devriez mourir de honte!
Angclicjne.
« Ah
vous vous fâchez, je vous laisse
,
mepaslesinjures. la je n'ai- t*Valcrt, ge
si Non,
vous demeurerez, il faut que je jouisse
; de toute votre honte.
Angélique.
1.h bien, joulflez.
Vtilire.
3 Car j'espere que vous n'aurez pas la hardiesse
« de tenter votre Juftincacion,
Angélique.
N'ayez pas peur.
Valert.
»• Eh que oui ; ne vous flacez pas que je conserve
» encore les moindres sentimens envoue faveur.
An!l,éliqu!.
}>
Mon opinion là-dessus ne changera rien à la
»chose.
VaW.
» Je vous déclare que je ne veux plus avoifpouf
t;rous que de la haine.
Angélique.
C'est fort bien fait.
VzIcïstirant!cpir.'r.nt.
- Er voici déformais l'uniqueob]^: J;motl
amour.
sîngèliqiic,
h Vous avez r.itfon,& moi je vous déclare que j'âipeut Menfisur, n;:mtl'ant jon freye, un atta-
»îchement quin'est de guère inférieurau 1. t»pourl'originaldeesportrait.
Palert.
» L'ingrate ! il ne me reste plus qu'à mourir.
y}t.gèUefut%
*>Valere^écoutez
:
j'ai pitié de l'état 0\\j vous
t) vois, vous devez convenir que vous êtes le plus
injufie des hommes de vous compoiter ainsi sur
j une apparence d'infidéliré dont vous m'avez »vouf-même donné l'exemple, mais ma bonté
."eu[ bien encore aujourd'hui pailer par-dellus
vos travers.
Va1ere.
«Vous verrez qu'on me fera la grâce de me
» pAardonnner.gélique., » En vérité, vous ne le méritezguère,je vais
:1, cependant vous apprendre à que! prix je puis
» m'y résoudre; vous m'avez ci devant témoigné
des sentimens que j'ai payés d'un retour trop
tendre pour un ingrat. Malgré cela vous m'a-
.v vez indignement outragée par un amour Ci[txa-
»vagant conçu sur un simpleportrait.avectoUt
»la legereté, & l'ose dire toute l'étourderie de
votren âge & de votre caractère; il n'est pas
»'tems d'examiner si j'ai dû vous imiter, & ce
n'tft pas à vous qui êtes coupable qu'il convient'
dioit deblâmer ma conduite.
ralere.
Ce n'est pas à moi! GrandDieu niais voyons
»»où tendent ces beaux discours.
Angélique.
« Le voici Je vous ai dit que je connossois
»>l'objet de votre nouvel amour,&cela tft vrai :
» j'ai ajouté que jel'aimois ten^renient, &ce-'d
« n'e st encoie que trop vrai; en vous avouant son
»> nu r!re ,
je ne vous ai point déguisé ses défauts)
»> j'aifaitplus, jevousaipromisdelefairecon-
» ¡,;oÍue, & je vous eng.ge ma parole de vous le
•3 faire connoîcre dès aujourd'hui, des cette heure-
»même;car je vous avertis qu'il est plus prèsde
vous que vous ne pensez.
Valere.
.) Qu'entens je? quoi là ?
singé!ijue.
, 33 Ne m'interrompez point,je vous prie; enfin
*> lavéritémeforce à vous répéter que cette pel.
:t;> sonne vous aime avec ardeur,& je puis vous ré.
*> pondre de son attachement comme du mien
»3 propre: c'efi à vous maintenant de choisir en-
:J,rre elle & moi celle à qui vous destinez votre
« tenditffe;choiifilez,Chevalier, maisclioififfcz
« 4s cet instant & faq> retour.
Maton.
aj Le voilà ma foi bien embairafle, l'alternaIJ'riv-
e est plaifjnte : croyez-moi, M;siar. cboi-
» filTez le portrait, c'est le moyen d'être à l'abri-
« deslivaux.
Lucinie.
Ah,Valere,faut.il balancer siiong-tems peut
» suivre les impressions du coeur?
Valere aux pieds d'Angélique jettant le
portraIt.
t:I C'en est fait,vous avez vaincu, belle An-
»'gélique,Se je sens combien les sentimens qui
naissentdu caprice font inférieursà ceux que
»*ous inspirer. Marton ramasse le périrait
,
mais
hélas quand tout mon coeur revient à vous
puis-je me flater qu'il me ramènera le votre ?
Angélique.
** Vous pourrez juger de ma reconnoissance par
t, le sacrifice que vous venez de me faire,levez-
»Îvo-us Valere & cordidérez bien ces traits.
Lèandre regardant aujjt.
Attendez donc,rnais je cro's reconnoître cet- objet là
; c'est oui ma foi,c'etflui.
Qui lui
Valere.
,
» Quilui? ditesdoncelle,c'ec'nes:t une femnmie àà
»' qui je renonce, commeàtoutes les femmes de
» l'Univers,sur qui Angélique l'emportera ten-
1) jours.
Angélique.
Qui, Valere ,ç'étoit une femme jusqu'ici,mais
»j'espére que déformais ce fera un homme fu-
S3 périeuràces petites foiblesses qui dégradoient
»son sexe & son caractère.
Valere,
» Dans quelle étrange surptisé vous me jettez Angélique.nie Ietteir
Vousdévriez' d'autant moins méconnoître:
»cet objet que vous avez en avec lui le corn-
»merce le plus intime, & qu'assurémenton ne
*> vous accusera pas de l'avoir négligé.
Valere.
M Ah ! que vois-je ?
»Lachose n'est-ellepas claire, vous voyez le
t) portrait & voilà l'original.
Valere,
» O Ciel, & je ne meurs pas de honte !
:Al.dlOn.
SI Eh
,
Monsieur, vous êtes peut-être le (eul de
»votre ordre,qui la connoinez.
Angélique,
» Ingrat! avois-je toit de dire que je Connoifïbi$
»» l'original de ce portrait ?
Valere.
» Et moi je ne veux plus l'aimer, que parce
JOqü'll vous adore.
4 - 1 :nr6r:"Jn-::,
M Vous voulez bien que pour affermirnotreré-
M conciliation, je vous presenteLéandre tuon
sa frere.
Lèjndrc.
i,, Souffrez, Monsieur.
Valere.
M Dieux! quel comblede félicité! quoimême
»> quand j'étais ingrat, Angélique n'étoit pas infi-
93 delle ? Lucinde.
M Que je prens de part à votre bonheur! & que
» le mien en est augmenté!
~L'simonarrivant
» Ah vous voici tous rassemblés fort à propos.
S] Valere & Lucinde ayant tous demrretire à leurs
- mariages
,
~j'avois d'abord résolude les y con-
»traindre, mais j'ai réfléchi qu'il faut quelquefois
- être bon pere , & que la violence ne fait pas
10 toujours des mariages heureux: j'ai donc pris le
:II:! parti de rompredès aujourd'hui tout ce qui avoir
30 èté arrêté,& voici les nouveaux arrangemens
quej'y substitue. Angélique m'épousera,LulO
cinde ira dans un Couvent : VJkre fera deshé-
71 rité,& quant à vous Léandre
, vous prendrez pa-
*»tiexice
,
s'il vous plait. -
Les enfans & les pupilles de Lisimon sont d'abord
interdits, mais ensuite, revenus à eux-mêmes
ils lui disent qu'ils sont prêts de conclure les ma~
riages qu'il avoit arrêtés. Lisimon croyant qae.
leur obeissancene provient que dela crainte des
violences dont il les a menacez,s'écrie,>5ceq
*> c'est qu'un coup d'autorité frappé à propos.
VaUre termine la piece en disant à Anc.élilu,
»Venez, belle Angélique,vous m'avez guéri
« d'un ridicule qui faisoit la honte de ma jeunesse,
»&jevaisdesormais éprouver près de vousque
» quand on a bien, on ne songe plus à soi-
» même.
Fermer
Résumé : EXTRAIT DE NARCISSE.
Dans la pièce 'Narcisse', Lucinde, sœur de Valère, cherche à corriger les manières affectées de son frère en le faisant peindre déguisé en femme. Elle place le portrait sur sa toilette et discute avec Martin, son valet, de ses intentions. Lucinde trouve Valère trop délicat et affecté, espérant que cette ruse le guérira de ses travers pour plaire à Angélique, sa pupille et future épouse. Lucinde est également attachée à Cléonte, un jeune homme rencontré à Poissy, et compte sur Angélique pour convaincre Valère de renoncer à elle. Lorsqu'Angélique arrive, elle exprime des réserves sur le projet de Lucinde, craignant de déplaire à Valère. Lucinde décide de prendre le risque seule. Valère entre avec Frontin, son valet, et admire le portrait sans reconnaître qu'il s'agit de lui-même. Frontin reconnaît le portrait et le décrit comme une femme coquette. Intrigué, Valère décide de découvrir l'identité de cette femme et sort, malgré ses sentiments pour Angélique et l'opposition de son père au mariage. Valère découvre que la personne du portrait est Cléonte déguisé en Léandre. Angélique accepte de faciliter leur union, désespérant Valère. Lucinde apprend de Frontin que Valère est amoureux de quelqu'un qui lui ressemble. Inquiète, elle tente de faire taire Frontin. Lucinde demande ensuite à Angélique de l'aider à se débarrasser de Léandre. Angélique révèle à Valère qu'elle connaît l'objet de son amour et qu'elle l'aime également. Valère choisit Angélique et rejette le portrait de la femme qu'il aimait auparavant, révélant que c'était Léandre déguisé. Simon, le père, annonce qu'il laisse ses enfants choisir leurs mariages. Il propose qu'Angélique épouse Valère, que Lucinde entre dans un couvent, et que Léandre parte. Les enfants acceptent les arrangements initiaux, prouvant l'autorité de Simon. Valère exprime sa gratitude envers Angélique pour l'avoir aidé à surmonter un ridicule de sa jeunesse et affirme qu'il sera désormais heureux avec elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 147-163
RECHERCHES sur la Taille de Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
Début :
L'ORIGINE & les progrès de la Taille de Rau, devroient paroître aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Frère, Opération, Taille, Méthode, Observations, Succès, Chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES sur la Taille de Frère JACQUES, par M. BORDENAVE, Professeur Royal de Chirurgie, &c.
RECHERCHES fur la Taille de Frère
JACQUES , par M. BORDEN AVE ,
Profeffeur Royal de Chirurgie , &c.
L'ORIGINE ORIGINE & les progrès de la Taille
de Rau , devroient paroître aujourd'hui
affez conftatés par les Auteurs contemporains
& par la Tradition , pour ne
laiffer aucun doute. Cette opération a
eu le fort des découvertes les plus utiles ;
elle a paffé par différens degrés avant
de parvenir à la perfection . Son premier
Auteur ( le Frère Jacques ) en pratiquant
une opération que l'on pouvoit
alors regarder comme informe & fans
méthode relativement aux variations
qui ont été obfervées dans fes ma-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE :
(
noeuvres , n'a fait que préparer la voie ;
dépourvu de connoiffance en Anatomie
& en Chirurgie , il n'a pu concilier
à fon opération le degré de perfection
dont elle étoit fufceptible , & il étoit
réſervé à des efprits plus éclairés de la
porter à un point d'utilité qui lui manquoit
entre les mains de fon Auteur.
L'hiſtoire de cette opération a été écritę
dans trop de Livres , par des Auteurs
non fufpects , inftruits la plûpart témoins
focculaires , pour paroître équivoque
, & il faut être aveugle ou de
mauvaiſe foi , pour fe refufer aujourd'hui
à la vérité.
,
Malgré l'expofition claire des faits les
mieux circonftanciés , malgré les écrits
les plus authentiques & le mieux reçus
par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens en cette matière,
il a plu cependant depuis peu (a ) à un
Anonyme fe difant Chirurgien de
Province , de nier en partie ce qui a été
écrit , il y a plus de foixante ans , fur la
,
(a ) Mercure d'Août 1762. Obſervations d'un
Chirurgien de Province fur l'origine & fur les
progrès de la Taille , appellée Méthode de Rau ;
en conféquence des éloges qu'on prodigue aujourd'hui
à cette opération fous le nom de Méthode
de M. Foubert & de Méthode de M.
Thomas.
OCTOBRE . 1763. 149
Taille de Frère Jacques , d'accufer de
prévention M. Méry , & les autres Litho
miftes de fon temps , de leur imputer
d'avoir publié des obfervations fauffes
contre la nouvelle manière de tirer la
pierre & d'avoir fuppofé que la fonde
dont le Frère fe fervoit pour tailler
n'étoit point cannelée pour retenir &
conduire la pointe de fon Lithotome
dans la veffie , &c . Mais il refte à fçavoir
fur quelle autorité l'Anonyme
peut révoquer en doute les faits les plus
conftatés dont il n'a pas été le témoin,
& à examiner , fi on peut légitimement
attaquer des raifons qui n'ont pas été
défavouées par les Contemporains &
par le Frère Jacques lui-même.
Pour appuyer les raifons que nous
avons en faveur de M. Méry , & déterminer
la valeur de fon témoignage ,
il faut fuivre l'hiftoire de Frère Jacques ,
& comparer avec l'Ouvrage de M.
Méry , un écrit fugitif de cet Opérateur
perdu pour beaucoup de gens , parce
qu'il eft très- court & qu'il ne contient
rien d'intéreffant , mais qui peut
être agréable & utile pour ceux qui ,
fenfibles à la vérité , voudront connoître
& fuivre l'hiftoire de la Taille de
Rau.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
Dionis nous apprend ( b ) que le Frère
Jacques arriva à Paris au mois d'Août
de l'année 1697. Un habit Religieux ,
un air infpiré , un grand nombre de
Certificats des Opérations faites en différens
endroits ; l'apparence du défintéreffement
, furent autant de raiſons ſpécieufes
en fa faveur. Il fe fit connoître à
M. Maréchal , pour lors Chirurgien en
Chef de la Charité ; & comme dans ce
temps on n'expofoit pas les malades de
cet Hôpital pour faire des expériences ,
fans être auparavant affuré de la capacité
de ceux qui devoient les pratiquer, on lui
fit faire fur un cadavre , dans la veſſie
duquel on avoit mis une pierre , une
épreuve qui ne permit pas d'accueillir
fa façon d'opérer.
Frère Jacques peu fatisfait , partit de
Paris dans le mois d'Octobre fuivant ,
pour chercher ailleurs des Protecteurs.
Etant allé à Fontainebleau , où la Cour
étoit pour lloorrss , oonn lluuii procura l'occafion
de tailler un garçon cordonnier.
L'Opération fut heureufe & prompte
dans l'éxécution ; elle ne fut fuivie
d'aucun accident facheux ; le Malade
( b ) Opérat. de Chir. 3 ° démonſtr . p. 239.
Voyez aufli Méry , obf, fur la manière de tailler.
P. 14 .
· OCTOBRE. 1763. 151
rendit peu de temps après les urines par
le conduit ordinaire , & le traitement
parut heureux , par ce que trois femaines
après l'Opération , on vit le Malade
fe promener dans les rues.
Cette apparence de fuccès gagna
bientôt les fuffrages de la multitude
on publia l'événement avec l'enthoufiafme
que caufent ordinairement les
chofes nouvelles , un feul fait peu réfléchi
procura au Frère une réputation
fort étendue. M. de Harlai alors Prémier
Préfident , lui permit de faire des
épreuves à l'Hôtel - Dieu fur des cadavres
en préfence des Maîtres de l'Art ;
& ce Magiftrat commit à cet effet M.
Méry , pour lui en porter fon jugement.
L'épreuve fut faite en préfence des
Médecins & Chirurgiens de l'Hôtel-
Dieu au mois de Décembre. 1697. ( c )
Elle fut heureufe ; & M. Méry , en faifant
fon rapport fur cette tentative , a
d'abord reconnu des avantages à cette
méthode , a propofé des moyens de cor.
riger les inconvéniens qui y étoient
annexés , a remarqué dès- lors le vice
des inftrumens dont le Frère fe fervoit
& a jugé cette Opération fufceptible
de perfection.
( c ) Méry , p. 14. & 20 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
>
Une méthode établie fur des connoiffances
éclairées peut feule avoir des
fuccès conftans dans fa manoeuvre ;
fans ces connoiffances la méthode
devient bientôt fautive , & on reconnoît
que le hazard permet par fois des apparences
de fuccès . Telle étoit la méthode
de Frère Jacques dans fon Auteur
; auffi une feconde épreuve faite
quelques jours après fur le cadavre d'un
enfant ne préfenta plus les mêmes
coupes ; ( d) les Parties n'avoient pas été
divifées comme dans la première opé
ration ; il y avoit un déchirement confidérable.
Après ces épreuves , Frère Jacques
s'abfenta de Paris pendant quelque
temps. Revenu au mois d'Avril 1698
il y pratiqua plufieurs Opérations. Éntre
autres tailla à l'Hôtel-Dieu ( e ) un
garcon âgé de 16 à 17 ans qui perdit
d'abord beaucoup de fang en partie
par la plaie & par la verge & en partie
par l'anus , ce qui fit connoître que l'inteftin
avoit été percé . Ce garcon eft mort
au mois de Septembre fuivant , ayant
une fiſtule au Périnée . Depuis ce temps
un homme taillé
par
le même , mourut
( d ) Méry , p. 25.
(e ) Ibid. p. 35.
OCTOBRE . 1763. 153
en- d'hémorragie trois jours après : ( )
fin une Dame qu'il tailla eut le vagin
percé de part en part.
M. Méry , témoin oculaire du mauvais
fuccès de plufieurs Opérations , ne
pouvoit en fecond faire un rapport auffi
avantageux de la nouvelle méthode.
Mais , comme la prévention met la réputation
la moins méritée au - deffus des
accidens même les plus graves , on crut
devoir l'admettre à de nouvelles expériences
, & il lui fut permis de tailler à
l'Hôtel - Dieu .
Pendant le refte du mois d'Avril
Mai & Juin fuivans , cet Opérateur fit
quarante - deux tailles à l'Hôtel- Dieu de
Paris , & dix-huit à la Charité . Une
fuite d'épreuves de cette efpéce , faites
publiquement , fuivies par des gens
éclairés , étoit le feul moyen d'apprécier
la nouvelle méthode. On en obferva
le fuccès avec foin ; & pour donner
toute l'authenticité poffible aux faits
qui nous ont été tranfmis on ne fit les
ouvertures de ceux qui étoient morts
à la fuite de cette Opération , qu'en
préſence d'un grand nombre de Méde-
(ƒ) Ibid. p. 36. & ſuiv.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
cins & de Chirurgiens & du Frère luimême.
(g)
?
Les événemens ne furent point en
faveur de la nouvelle façon de tailler.
De foixante Sujets opérés , treize feulement
ont été parfaitement guéris ;
vingt-quatre font reftés les uns avec incontinence
d'urine , des fiftules les
autres phthifiques , exténués . & c. Et
yingt-trois font morts , ( h ) dont fept
moururent en un même jour. ( i ) L'examen
des cadavres fit voir qu'aux uns la
veffie & les parties de la génération
étoient gangrenées ; ( k ) aux autres , le
col de la veffie étoit féparé du canal de
l'uréthre & fon corps étoit prêt à tomber
en gangréne ( 1 ) cet accident a
été obfervé dans le plus grand nombre.
Des hémorragies confidérables arrivoient
fouvent ; ( m ) une fois on remarqua
la veffie gangrenée percée dans
(g) Voyez le nom des affiftans. Méry , ibid .
p. 48.
•
( h ) Méry , ibid . p . 74. Garengeot , opér. de
Chir. Tom. 2. p . 153 .
(i ) Dionis , oper. de Chir, 3e demonft . p.244.
( k ): Méry , obſ. 7.
( 1 ) Ibid. obf. 9. 10. 11 , 12 , 16.
( 12 ) Obf, 10. 11. 12.
OCTOBRE. 1763. 155
fon fond; ( n ) enfin à plufieurs on a trouvé
le rectum ouvert. ( o )
Dans le même temps vingt-deux malades
furent taillés à Paris , par divers
Chirurgiens ; trois feulement font
morts. (p )
, Malgré certe difparité d'événemens
la prévention fubfifta encore ; les accidens
ne défilloient pas les yeux ; quelques
cures heureufes entretenoient le
preftige , & il falloit du temps pour le
diffiper.
Si on veut chercher fans paffion la
cauſe naturelle des événemens funeftes
caufés par la taille de Frère Jacques , on
la trouvera dans fa façon d'opérer &
dans la conduite qu'il a tenue vis -à - vis
des Malades. Au-deffus des précautions,
fouvent fi néceffaires avant les Opérations
, peu inquiet des effets d'une Pléhtore
humorale ou fanguine , il négligeoit
entiérement toute efpéce de préparation
. Sans s'embarraffer de rendre
fùre la manoeuvre de fon Opération ,
il n'employoit aucune efpéce de lien
pour fixer le malade , fe repofant fur
fa force des aides , à qui il confioit ce
&
( n ) Obf. 8 .
( 0 ) Obf. 16. & 17.
(P )Ibid. p . 74°
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
foin important pour l'Opération . Enfin
hardi & même cruel en opérant , fa
témérité ne connoiffoit aucun obftacle
, & ne fçavoit pas s'arrêter par les
difficultés qui avoient de quoi effrayer
les hommes inftruits & prudens. (4 )
L'examen d'un grand nombre de
Sujets qu'il a taillés a fuffifament prouvé
qu'il n'avoit pas de méthode abfolue
dans fon Opération , puifque fa
coupe n'étoit pas toujours à-peu-près la
même.
Pour la pratiquer il introduifoit dans
la veffie une fonde folide , exactement
ronde , fans rainure & d'une figure différente
de celle des fondes , dont on fe
fert ordinairement. Avec la main gauche
, il tâchoit de pouffer en dehors le
lieu de la veffie où il vouloit faire
l'ouverture , puis prenant de la main
droite un biſtouri long & étroit , il le
plongeoit au côté gauche & interne de
la tubérofité de l'Ifchium , en le pouffant
droit vers la région de la veffie ,
& en coupant obliquement de bas en
( q ) Heifter , inft . chirurg. part . 2. p . 906 .
Dionis , lieu cité . Lifter , in itinere fuo par fino ,
P. 237. Londini , 1699. 8. edito . Launay , dillert,
fur la pierre , dans la Préface & chap . 11. & 12 ,
& Saviard, obf. de chir. p. 454
OCTOBRE. 1763 . 157
"
haut vers fon col. Il ne retiroit pas le
biftouri qu'il n'eût ouvert autant que le
demandoit le volume de la Pierre ; M.
Méry , nous apprend même qu'il s'eft
quelquefois fervi d'un autre inftrument
pour dilater la plaie ( r ) ; enfuite il portoit
un conducteur pour introduire la
tenette ; quelquefois il fe fervoit de fon
doigt , & la pierre étant chargée , il la
tiroit promptement & rudement , au
lieu d'employer une dilatation graduée ,
fi néceffaire pour prévenir les accidens.
L'Opération faite il abandonnoit
pour ainfi dire le malade , ne préfcrivoit
aucun régime , & n'employoit aucun
panfement ; & lorfqu'on lui a repréfenté
la néceffité & l'utilité de ces
moyens : j'ai tiré la pierre , difoit- il ,
Dieu guérira le malade. Ce défaut de
conduite a fes inconvéniens ; il permet
quelquefois une guériſon prompte, mais
qui n'eft qu'apparente ; on vante le prétendu
fuccès , & il eft bientôt démenti
par des accidens chroniques. Tel a été
le fort du Cordonnier taillé d'abord &
guéri fi promptement. La plaie n'ayant
pas été panfée & traitée méthodiquement
ne s'eft réunie qu'à l'extérieur ;
peu de tems après elle s'eft rouverte, &
(r) Lieu cité , p. 18.
148 MERCURE DE FRANCE .
l'on a vu deux ans enfuite ce Sujet mourir
, l'urine s'écoulant toujours par la
plaie. Cette conduite imitée de nos jours,
fans un fondement plus légitime , a de
même eu des inconveniens très-graves .
En vain f'omiffion des panfemens a
déjà été blâmée dans divers Ouvrages ;
(s ) même anciens ; l'empyrifme l'emporte
; il eft facile de voir que par cette
conduite on facrifie la fureté du malade
& le danger des fuites , pour que
obtienne une guérifon précipitée .
l'on
Le détail qui vient d'être expofé , eſt
tiré d'Ouvrages trop authentiques , pour
être nié ; & je demanderai préfentement
fur quel fondement l'Anonyme
peut avancer ( ) » qu'il y a des preu-
» ves fans replique que le Frère Jac-
» ques n'a jamais taillé avec un cathe-
» ter ou fonde point cannellée ; & la paf-
" fion , continue - t - il , a tellement
» aveuglé les Auteurs de cette imputa-
» tion , qu'ils ont donné en conféquen-
» ce plufieurs obfervations des impéri-
» ties du Frère Jacques , qui font d'une
» impoffibilité abfolue.
( s ) Fabricius Hildanus , de lithotomiâ vefiez,
cap. 23. Garengeot , oper . de chir . tom.2 . p. 155 ,
Mém . de l'Acad. de Chirurg, tom. 3.
(+) Mercure cité , p . 128 .
OCTOBRE. 1763.
..159
En donnanr ainfi la négative des obfervations',
on laiffe à defirer les preuves
qu'il ne falloit pas taire ; le filence peut
paroître fufpect en ce cas , & quelle
allégation d'ailleurs peut - on oppofer
aujourd'hui après plus de foixante - trois
ans contre l'Ouvrage de M. Méry , qui
réunit en fa faveur l'authenticité la plus
complette? M. Méry, également recommandable
par fes lumières & par fa
probité , Anatomifte éclairé , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , l'un
des Chirurgiens principaux de l'Hôtel-
Dieu , en donnant fes obfervations fur
la manière de tailler de Frère Jacques ,
n'a pas laiffé un Ouvrage dicté par la
prévention. Prépofé par le Magiftrat pour
rendre compte de la nouvelle méthode
& en donner fon avis , il a écrit ce
qu'il a vu & a dit ce qu'il en a penfé :
il a écrit , obligé en quelque forte par
la miffion honorable dont il étoit chargé
; il a laiffé des obfervations lumineufes
, détaillées , exactes , fans paffion
, dont il n'eft jamais le feul témoin ,
mais qui font atteftées toujours par la
préfence d'un grand nombre des plus
célebres Médecins & Chirurgiens ; il a
laiffé des faits, conftatés & examinés
devant le Frère Jacques lui-même , qui
160 MERCURE DE FRANCE .
n'a
pas
2
alors reclamé contre la vérité ,
& qui foutenu par l'authorité n'eût
certainement pas manqué de le faire
s'il l'eût pû légitimement. On peut
même ajouter que l'Ouvrage de M.
Méry , eft moins l'Ouvrage d'un Particulier
que celui d'un homme public.
Ainfi comment peut-on dire après de
pareilles preuves , que les obfervations'
des impérities de Frère Jacques font
d'une impoffibilité abfolue ?
: On va plus loin on nie que cet
Opérateur ait jamais taillé avec un catheter
ou fonde non cannelée . Mais M.
Méry & fes Contemporains l'ont vu opérer
ainfi, ce n'eft donc pas une fuppofition
de fa part. Jugeons encore M. Méry
par le premier rapport qu'il fit après la
première épreuve fur le cadavre . Il reconnoît
les avantages dont cette méthode
eft fufceptible ; il ne diffimule pas
les changemens qui pourroient la rendre
plus parfaite , & il ajoute » lafonde
» eft moins propre à entrer dans la veffie
» parce que le talon qu'elle a , rejette
» le bout du canal de l'urèthre trop en
» dehors , & qu'elle eft auffi moins
» fùre pour faire l'incifion que les fon-
» des ordinaires › parce que n'étant
"
>>
OCTOBRE . 1763.. 161
>
>> point crenelée elle ne peut pas fi
» fûrement fervir à conduire la pointe
» du biſtouri qui peut toujours vaciller
» fur la fonde qui eft exactement ronde,
quelque fûreté de main que pût avoir
» Frère Jacques. » ( u)
"
Ce premier rapport ne peut être fufpect
de partialité ; il eft favorable à la
méthode , & M. Méry , ne doit pas être
foupçonné de faux dans ce récit qui
fut fait pour M. le Premier Préfident, dès
1698 , & qui a été publié au commencement
de l'année 1700 , pendant
que le Frère étoit à Paris , où il a reſté
encore environ deux ans. D'ailleurs
même en fuppofant que M. Méry eût
manqué à la vérité en ce point , comment
auroit- il pu captiver les fuffrages de
tous fes contemporains en Chirurgie &
en Médecine , fans être démenti par
perfonne. Dionis qui a écrit fept ans
après , dit la même chofe fur la forme.
de la fonde (x) ainfi que M. Hefter. (y)
La relation de M. Buffiere dans les Tranfactions
Philofophiques, année 1699, M.
Douglas dans fon Hiftoire de la Taille
( u ) Ibid. p. 24.
( x) 3 ° démonſtration.
(y) Tom. 2. p. 90s.
162 MERCURE DE FRANCE.
latérale ( 2 ) & M. Falconet , dans une
Thefe foutenue à Paris dans les Ecoles
de la Faculté de Médecine , en 1730 ,
( a ) font de même mention de cette
fonde non cannelée.
En vain reprocheroit- on à M. Méry ,
d'avoir donné dans la fuite des rapports
moins favorables & même défavanta➡
geux à la nouvelle méthode , & en vain
on tenteroit par-là de prouver fa prévention
. M. Méry , témoin d'une premiere
épreuve faite heureufement, rend
avec fincérité le témoignage dû à la
vérité ; il fait plus : au - deffus de toute
efpèce de jaloufie , il communique les
moyens propres à corriger les inconvéniens
qu'il trouve. Dans la fuite d'un
grand nombre d'Opérations faites fur
le vivant , & fuivies des plus grands
accidens , il le publie de même avec
fincérité & avance "> ( b ) qu'après
» l'avis qui a été donné de prendre d'au-
» tres meſures , le Frère Jacques feroit
» refponfable devant Dieu & des ac-
» cidens & de la mort qui arrivent ,
s'il ne fe corrigeoit. »
"
( z ) P. 19. r
( a ) An educendo calculo , cæteris anteferendus
apparatus lateralis ? 1130.
( b ) Ibid. p. 92 .
OCTOBRE. 1763. 10
Il étoit réfervé à l'Anonyme dont
j'ai parlé , de nier tous les faits qui viennent
d'être expofés , de ne reconnoître
aucune efpéce d'autorité , d'établir la
fienne feule après foixante- cinq ans
contre des témoins oculaires & d'affu
rer aujourdhui que leurs yeux ont mal
vu. Mais pour ne rien laiffer à defirer
fur la vérité des faits , examinons préfentement
les conféquences que l'on peut
tirer d'après Frère Jacques lui -même.
La fuite au Mercure prochain .
JACQUES , par M. BORDEN AVE ,
Profeffeur Royal de Chirurgie , &c.
L'ORIGINE ORIGINE & les progrès de la Taille
de Rau , devroient paroître aujourd'hui
affez conftatés par les Auteurs contemporains
& par la Tradition , pour ne
laiffer aucun doute. Cette opération a
eu le fort des découvertes les plus utiles ;
elle a paffé par différens degrés avant
de parvenir à la perfection . Son premier
Auteur ( le Frère Jacques ) en pratiquant
une opération que l'on pouvoit
alors regarder comme informe & fans
méthode relativement aux variations
qui ont été obfervées dans fes ma-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE :
(
noeuvres , n'a fait que préparer la voie ;
dépourvu de connoiffance en Anatomie
& en Chirurgie , il n'a pu concilier
à fon opération le degré de perfection
dont elle étoit fufceptible , & il étoit
réſervé à des efprits plus éclairés de la
porter à un point d'utilité qui lui manquoit
entre les mains de fon Auteur.
L'hiſtoire de cette opération a été écritę
dans trop de Livres , par des Auteurs
non fufpects , inftruits la plûpart témoins
focculaires , pour paroître équivoque
, & il faut être aveugle ou de
mauvaiſe foi , pour fe refufer aujourd'hui
à la vérité.
,
Malgré l'expofition claire des faits les
mieux circonftanciés , malgré les écrits
les plus authentiques & le mieux reçus
par les gens de l'Art contemporains
feuls Juges compétens en cette matière,
il a plu cependant depuis peu (a ) à un
Anonyme fe difant Chirurgien de
Province , de nier en partie ce qui a été
écrit , il y a plus de foixante ans , fur la
,
(a ) Mercure d'Août 1762. Obſervations d'un
Chirurgien de Province fur l'origine & fur les
progrès de la Taille , appellée Méthode de Rau ;
en conféquence des éloges qu'on prodigue aujourd'hui
à cette opération fous le nom de Méthode
de M. Foubert & de Méthode de M.
Thomas.
OCTOBRE . 1763. 149
Taille de Frère Jacques , d'accufer de
prévention M. Méry , & les autres Litho
miftes de fon temps , de leur imputer
d'avoir publié des obfervations fauffes
contre la nouvelle manière de tirer la
pierre & d'avoir fuppofé que la fonde
dont le Frère fe fervoit pour tailler
n'étoit point cannelée pour retenir &
conduire la pointe de fon Lithotome
dans la veffie , &c . Mais il refte à fçavoir
fur quelle autorité l'Anonyme
peut révoquer en doute les faits les plus
conftatés dont il n'a pas été le témoin,
& à examiner , fi on peut légitimement
attaquer des raifons qui n'ont pas été
défavouées par les Contemporains &
par le Frère Jacques lui-même.
Pour appuyer les raifons que nous
avons en faveur de M. Méry , & déterminer
la valeur de fon témoignage ,
il faut fuivre l'hiftoire de Frère Jacques ,
& comparer avec l'Ouvrage de M.
Méry , un écrit fugitif de cet Opérateur
perdu pour beaucoup de gens , parce
qu'il eft très- court & qu'il ne contient
rien d'intéreffant , mais qui peut
être agréable & utile pour ceux qui ,
fenfibles à la vérité , voudront connoître
& fuivre l'hiftoire de la Taille de
Rau.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
Dionis nous apprend ( b ) que le Frère
Jacques arriva à Paris au mois d'Août
de l'année 1697. Un habit Religieux ,
un air infpiré , un grand nombre de
Certificats des Opérations faites en différens
endroits ; l'apparence du défintéreffement
, furent autant de raiſons ſpécieufes
en fa faveur. Il fe fit connoître à
M. Maréchal , pour lors Chirurgien en
Chef de la Charité ; & comme dans ce
temps on n'expofoit pas les malades de
cet Hôpital pour faire des expériences ,
fans être auparavant affuré de la capacité
de ceux qui devoient les pratiquer, on lui
fit faire fur un cadavre , dans la veſſie
duquel on avoit mis une pierre , une
épreuve qui ne permit pas d'accueillir
fa façon d'opérer.
Frère Jacques peu fatisfait , partit de
Paris dans le mois d'Octobre fuivant ,
pour chercher ailleurs des Protecteurs.
Etant allé à Fontainebleau , où la Cour
étoit pour lloorrss , oonn lluuii procura l'occafion
de tailler un garçon cordonnier.
L'Opération fut heureufe & prompte
dans l'éxécution ; elle ne fut fuivie
d'aucun accident facheux ; le Malade
( b ) Opérat. de Chir. 3 ° démonſtr . p. 239.
Voyez aufli Méry , obf, fur la manière de tailler.
P. 14 .
· OCTOBRE. 1763. 151
rendit peu de temps après les urines par
le conduit ordinaire , & le traitement
parut heureux , par ce que trois femaines
après l'Opération , on vit le Malade
fe promener dans les rues.
Cette apparence de fuccès gagna
bientôt les fuffrages de la multitude
on publia l'événement avec l'enthoufiafme
que caufent ordinairement les
chofes nouvelles , un feul fait peu réfléchi
procura au Frère une réputation
fort étendue. M. de Harlai alors Prémier
Préfident , lui permit de faire des
épreuves à l'Hôtel - Dieu fur des cadavres
en préfence des Maîtres de l'Art ;
& ce Magiftrat commit à cet effet M.
Méry , pour lui en porter fon jugement.
L'épreuve fut faite en préfence des
Médecins & Chirurgiens de l'Hôtel-
Dieu au mois de Décembre. 1697. ( c )
Elle fut heureufe ; & M. Méry , en faifant
fon rapport fur cette tentative , a
d'abord reconnu des avantages à cette
méthode , a propofé des moyens de cor.
riger les inconvéniens qui y étoient
annexés , a remarqué dès- lors le vice
des inftrumens dont le Frère fe fervoit
& a jugé cette Opération fufceptible
de perfection.
( c ) Méry , p. 14. & 20 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
>
Une méthode établie fur des connoiffances
éclairées peut feule avoir des
fuccès conftans dans fa manoeuvre ;
fans ces connoiffances la méthode
devient bientôt fautive , & on reconnoît
que le hazard permet par fois des apparences
de fuccès . Telle étoit la méthode
de Frère Jacques dans fon Auteur
; auffi une feconde épreuve faite
quelques jours après fur le cadavre d'un
enfant ne préfenta plus les mêmes
coupes ; ( d) les Parties n'avoient pas été
divifées comme dans la première opé
ration ; il y avoit un déchirement confidérable.
Après ces épreuves , Frère Jacques
s'abfenta de Paris pendant quelque
temps. Revenu au mois d'Avril 1698
il y pratiqua plufieurs Opérations. Éntre
autres tailla à l'Hôtel-Dieu ( e ) un
garcon âgé de 16 à 17 ans qui perdit
d'abord beaucoup de fang en partie
par la plaie & par la verge & en partie
par l'anus , ce qui fit connoître que l'inteftin
avoit été percé . Ce garcon eft mort
au mois de Septembre fuivant , ayant
une fiſtule au Périnée . Depuis ce temps
un homme taillé
par
le même , mourut
( d ) Méry , p. 25.
(e ) Ibid. p. 35.
OCTOBRE . 1763. 153
en- d'hémorragie trois jours après : ( )
fin une Dame qu'il tailla eut le vagin
percé de part en part.
M. Méry , témoin oculaire du mauvais
fuccès de plufieurs Opérations , ne
pouvoit en fecond faire un rapport auffi
avantageux de la nouvelle méthode.
Mais , comme la prévention met la réputation
la moins méritée au - deffus des
accidens même les plus graves , on crut
devoir l'admettre à de nouvelles expériences
, & il lui fut permis de tailler à
l'Hôtel - Dieu .
Pendant le refte du mois d'Avril
Mai & Juin fuivans , cet Opérateur fit
quarante - deux tailles à l'Hôtel- Dieu de
Paris , & dix-huit à la Charité . Une
fuite d'épreuves de cette efpéce , faites
publiquement , fuivies par des gens
éclairés , étoit le feul moyen d'apprécier
la nouvelle méthode. On en obferva
le fuccès avec foin ; & pour donner
toute l'authenticité poffible aux faits
qui nous ont été tranfmis on ne fit les
ouvertures de ceux qui étoient morts
à la fuite de cette Opération , qu'en
préſence d'un grand nombre de Méde-
(ƒ) Ibid. p. 36. & ſuiv.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
cins & de Chirurgiens & du Frère luimême.
(g)
?
Les événemens ne furent point en
faveur de la nouvelle façon de tailler.
De foixante Sujets opérés , treize feulement
ont été parfaitement guéris ;
vingt-quatre font reftés les uns avec incontinence
d'urine , des fiftules les
autres phthifiques , exténués . & c. Et
yingt-trois font morts , ( h ) dont fept
moururent en un même jour. ( i ) L'examen
des cadavres fit voir qu'aux uns la
veffie & les parties de la génération
étoient gangrenées ; ( k ) aux autres , le
col de la veffie étoit féparé du canal de
l'uréthre & fon corps étoit prêt à tomber
en gangréne ( 1 ) cet accident a
été obfervé dans le plus grand nombre.
Des hémorragies confidérables arrivoient
fouvent ; ( m ) une fois on remarqua
la veffie gangrenée percée dans
(g) Voyez le nom des affiftans. Méry , ibid .
p. 48.
•
( h ) Méry , ibid . p . 74. Garengeot , opér. de
Chir. Tom. 2. p . 153 .
(i ) Dionis , oper. de Chir, 3e demonft . p.244.
( k ): Méry , obſ. 7.
( 1 ) Ibid. obf. 9. 10. 11 , 12 , 16.
( 12 ) Obf, 10. 11. 12.
OCTOBRE. 1763. 155
fon fond; ( n ) enfin à plufieurs on a trouvé
le rectum ouvert. ( o )
Dans le même temps vingt-deux malades
furent taillés à Paris , par divers
Chirurgiens ; trois feulement font
morts. (p )
, Malgré certe difparité d'événemens
la prévention fubfifta encore ; les accidens
ne défilloient pas les yeux ; quelques
cures heureufes entretenoient le
preftige , & il falloit du temps pour le
diffiper.
Si on veut chercher fans paffion la
cauſe naturelle des événemens funeftes
caufés par la taille de Frère Jacques , on
la trouvera dans fa façon d'opérer &
dans la conduite qu'il a tenue vis -à - vis
des Malades. Au-deffus des précautions,
fouvent fi néceffaires avant les Opérations
, peu inquiet des effets d'une Pléhtore
humorale ou fanguine , il négligeoit
entiérement toute efpéce de préparation
. Sans s'embarraffer de rendre
fùre la manoeuvre de fon Opération ,
il n'employoit aucune efpéce de lien
pour fixer le malade , fe repofant fur
fa force des aides , à qui il confioit ce
&
( n ) Obf. 8 .
( 0 ) Obf. 16. & 17.
(P )Ibid. p . 74°
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
foin important pour l'Opération . Enfin
hardi & même cruel en opérant , fa
témérité ne connoiffoit aucun obftacle
, & ne fçavoit pas s'arrêter par les
difficultés qui avoient de quoi effrayer
les hommes inftruits & prudens. (4 )
L'examen d'un grand nombre de
Sujets qu'il a taillés a fuffifament prouvé
qu'il n'avoit pas de méthode abfolue
dans fon Opération , puifque fa
coupe n'étoit pas toujours à-peu-près la
même.
Pour la pratiquer il introduifoit dans
la veffie une fonde folide , exactement
ronde , fans rainure & d'une figure différente
de celle des fondes , dont on fe
fert ordinairement. Avec la main gauche
, il tâchoit de pouffer en dehors le
lieu de la veffie où il vouloit faire
l'ouverture , puis prenant de la main
droite un biſtouri long & étroit , il le
plongeoit au côté gauche & interne de
la tubérofité de l'Ifchium , en le pouffant
droit vers la région de la veffie ,
& en coupant obliquement de bas en
( q ) Heifter , inft . chirurg. part . 2. p . 906 .
Dionis , lieu cité . Lifter , in itinere fuo par fino ,
P. 237. Londini , 1699. 8. edito . Launay , dillert,
fur la pierre , dans la Préface & chap . 11. & 12 ,
& Saviard, obf. de chir. p. 454
OCTOBRE. 1763 . 157
"
haut vers fon col. Il ne retiroit pas le
biftouri qu'il n'eût ouvert autant que le
demandoit le volume de la Pierre ; M.
Méry , nous apprend même qu'il s'eft
quelquefois fervi d'un autre inftrument
pour dilater la plaie ( r ) ; enfuite il portoit
un conducteur pour introduire la
tenette ; quelquefois il fe fervoit de fon
doigt , & la pierre étant chargée , il la
tiroit promptement & rudement , au
lieu d'employer une dilatation graduée ,
fi néceffaire pour prévenir les accidens.
L'Opération faite il abandonnoit
pour ainfi dire le malade , ne préfcrivoit
aucun régime , & n'employoit aucun
panfement ; & lorfqu'on lui a repréfenté
la néceffité & l'utilité de ces
moyens : j'ai tiré la pierre , difoit- il ,
Dieu guérira le malade. Ce défaut de
conduite a fes inconvéniens ; il permet
quelquefois une guériſon prompte, mais
qui n'eft qu'apparente ; on vante le prétendu
fuccès , & il eft bientôt démenti
par des accidens chroniques. Tel a été
le fort du Cordonnier taillé d'abord &
guéri fi promptement. La plaie n'ayant
pas été panfée & traitée méthodiquement
ne s'eft réunie qu'à l'extérieur ;
peu de tems après elle s'eft rouverte, &
(r) Lieu cité , p. 18.
148 MERCURE DE FRANCE .
l'on a vu deux ans enfuite ce Sujet mourir
, l'urine s'écoulant toujours par la
plaie. Cette conduite imitée de nos jours,
fans un fondement plus légitime , a de
même eu des inconveniens très-graves .
En vain f'omiffion des panfemens a
déjà été blâmée dans divers Ouvrages ;
(s ) même anciens ; l'empyrifme l'emporte
; il eft facile de voir que par cette
conduite on facrifie la fureté du malade
& le danger des fuites , pour que
obtienne une guérifon précipitée .
l'on
Le détail qui vient d'être expofé , eſt
tiré d'Ouvrages trop authentiques , pour
être nié ; & je demanderai préfentement
fur quel fondement l'Anonyme
peut avancer ( ) » qu'il y a des preu-
» ves fans replique que le Frère Jac-
» ques n'a jamais taillé avec un cathe-
» ter ou fonde point cannellée ; & la paf-
" fion , continue - t - il , a tellement
» aveuglé les Auteurs de cette imputa-
» tion , qu'ils ont donné en conféquen-
» ce plufieurs obfervations des impéri-
» ties du Frère Jacques , qui font d'une
» impoffibilité abfolue.
( s ) Fabricius Hildanus , de lithotomiâ vefiez,
cap. 23. Garengeot , oper . de chir . tom.2 . p. 155 ,
Mém . de l'Acad. de Chirurg, tom. 3.
(+) Mercure cité , p . 128 .
OCTOBRE. 1763.
..159
En donnanr ainfi la négative des obfervations',
on laiffe à defirer les preuves
qu'il ne falloit pas taire ; le filence peut
paroître fufpect en ce cas , & quelle
allégation d'ailleurs peut - on oppofer
aujourd'hui après plus de foixante - trois
ans contre l'Ouvrage de M. Méry , qui
réunit en fa faveur l'authenticité la plus
complette? M. Méry, également recommandable
par fes lumières & par fa
probité , Anatomifte éclairé , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , l'un
des Chirurgiens principaux de l'Hôtel-
Dieu , en donnant fes obfervations fur
la manière de tailler de Frère Jacques ,
n'a pas laiffé un Ouvrage dicté par la
prévention. Prépofé par le Magiftrat pour
rendre compte de la nouvelle méthode
& en donner fon avis , il a écrit ce
qu'il a vu & a dit ce qu'il en a penfé :
il a écrit , obligé en quelque forte par
la miffion honorable dont il étoit chargé
; il a laiffé des obfervations lumineufes
, détaillées , exactes , fans paffion
, dont il n'eft jamais le feul témoin ,
mais qui font atteftées toujours par la
préfence d'un grand nombre des plus
célebres Médecins & Chirurgiens ; il a
laiffé des faits, conftatés & examinés
devant le Frère Jacques lui-même , qui
160 MERCURE DE FRANCE .
n'a
pas
2
alors reclamé contre la vérité ,
& qui foutenu par l'authorité n'eût
certainement pas manqué de le faire
s'il l'eût pû légitimement. On peut
même ajouter que l'Ouvrage de M.
Méry , eft moins l'Ouvrage d'un Particulier
que celui d'un homme public.
Ainfi comment peut-on dire après de
pareilles preuves , que les obfervations'
des impérities de Frère Jacques font
d'une impoffibilité abfolue ?
: On va plus loin on nie que cet
Opérateur ait jamais taillé avec un catheter
ou fonde non cannelée . Mais M.
Méry & fes Contemporains l'ont vu opérer
ainfi, ce n'eft donc pas une fuppofition
de fa part. Jugeons encore M. Méry
par le premier rapport qu'il fit après la
première épreuve fur le cadavre . Il reconnoît
les avantages dont cette méthode
eft fufceptible ; il ne diffimule pas
les changemens qui pourroient la rendre
plus parfaite , & il ajoute » lafonde
» eft moins propre à entrer dans la veffie
» parce que le talon qu'elle a , rejette
» le bout du canal de l'urèthre trop en
» dehors , & qu'elle eft auffi moins
» fùre pour faire l'incifion que les fon-
» des ordinaires › parce que n'étant
"
>>
OCTOBRE . 1763.. 161
>
>> point crenelée elle ne peut pas fi
» fûrement fervir à conduire la pointe
» du biſtouri qui peut toujours vaciller
» fur la fonde qui eft exactement ronde,
quelque fûreté de main que pût avoir
» Frère Jacques. » ( u)
"
Ce premier rapport ne peut être fufpect
de partialité ; il eft favorable à la
méthode , & M. Méry , ne doit pas être
foupçonné de faux dans ce récit qui
fut fait pour M. le Premier Préfident, dès
1698 , & qui a été publié au commencement
de l'année 1700 , pendant
que le Frère étoit à Paris , où il a reſté
encore environ deux ans. D'ailleurs
même en fuppofant que M. Méry eût
manqué à la vérité en ce point , comment
auroit- il pu captiver les fuffrages de
tous fes contemporains en Chirurgie &
en Médecine , fans être démenti par
perfonne. Dionis qui a écrit fept ans
après , dit la même chofe fur la forme.
de la fonde (x) ainfi que M. Hefter. (y)
La relation de M. Buffiere dans les Tranfactions
Philofophiques, année 1699, M.
Douglas dans fon Hiftoire de la Taille
( u ) Ibid. p. 24.
( x) 3 ° démonſtration.
(y) Tom. 2. p. 90s.
162 MERCURE DE FRANCE.
latérale ( 2 ) & M. Falconet , dans une
Thefe foutenue à Paris dans les Ecoles
de la Faculté de Médecine , en 1730 ,
( a ) font de même mention de cette
fonde non cannelée.
En vain reprocheroit- on à M. Méry ,
d'avoir donné dans la fuite des rapports
moins favorables & même défavanta➡
geux à la nouvelle méthode , & en vain
on tenteroit par-là de prouver fa prévention
. M. Méry , témoin d'une premiere
épreuve faite heureufement, rend
avec fincérité le témoignage dû à la
vérité ; il fait plus : au - deffus de toute
efpèce de jaloufie , il communique les
moyens propres à corriger les inconvéniens
qu'il trouve. Dans la fuite d'un
grand nombre d'Opérations faites fur
le vivant , & fuivies des plus grands
accidens , il le publie de même avec
fincérité & avance "> ( b ) qu'après
» l'avis qui a été donné de prendre d'au-
» tres meſures , le Frère Jacques feroit
» refponfable devant Dieu & des ac-
» cidens & de la mort qui arrivent ,
s'il ne fe corrigeoit. »
"
( z ) P. 19. r
( a ) An educendo calculo , cæteris anteferendus
apparatus lateralis ? 1130.
( b ) Ibid. p. 92 .
OCTOBRE. 1763. 10
Il étoit réfervé à l'Anonyme dont
j'ai parlé , de nier tous les faits qui viennent
d'être expofés , de ne reconnoître
aucune efpéce d'autorité , d'établir la
fienne feule après foixante- cinq ans
contre des témoins oculaires & d'affu
rer aujourdhui que leurs yeux ont mal
vu. Mais pour ne rien laiffer à defirer
fur la vérité des faits , examinons préfentement
les conféquences que l'on peut
tirer d'après Frère Jacques lui -même.
La fuite au Mercure prochain .
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17
p. 190
De GOTHA, le 15 Août 1763.
Début :
Le Duc Louis-Ernest, Frere de notre Souverain, mourut avant hier, [...]
Mots clefs :
Duc, Frère, Souverain, Décès
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texteReconnaissance textuelle : De GOTHA, le 15 Août 1763.
De GOTHA , le 15 Août 1763 .
Le Duc Louis- Ernest , Frere de notre Souverain
mourut avanthier , à deux heures aprèsmidi
, âgé de cinquante-fept ans.
Le Duc Louis- Ernest , Frere de notre Souverain
mourut avanthier , à deux heures aprèsmidi
, âgé de cinquante-fept ans.
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