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1
p. 127-161
Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez par cette Ode les choses generales qui sont [...]
Mots clefs :
Chancelier, Grand Ministre, Emplois, Conseiller, Procureur du roi, Zèle, Altesse royale, Charges, Auguste monarque, Souverain, Armée, Règne, Négociations, Louanges, Chancellerie, Moeurs, Maladie, Chrétien, Éloge funèbre
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texteReconnaissance textuelle : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
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Résumé : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Michel Le Tellier, ministre distingué, a connu une carrière riche en responsabilités et en honneurs. En 1623, il débuta comme conseiller au Grand Conseil. Par la suite, il occupa les postes de Procureur du Roi au Châtelet, Maître des Requêtes, Intendant de Justice en Italie, et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. À son retour, il fut nommé Secrétaire d'État chargé de la Guerre, où il se démarqua par son efficacité. Il devint ministre et servit loyalement le roi durant des périodes tumultueuses, jouant un rôle clé dans la défense de la Guyenne et d'Arras. Sa gestion du Département de la Guerre fut particulièrement saluée. En 1677, il fut promu Chancelier et Garde des Sceaux de France, une nomination unanimement applaudie. Le procureur général et l'abbé Fléchier vantèrent ses qualités, son esprit perspicace, et ses services rendus en Italie, en France durant la régence, et sous Louis XIV. Malgré son grand âge, Le Tellier continua à exercer ses fonctions avec zèle. Il signa l'Édit de Fontainebleau peu avant son décès, survenu paisiblement le 30 octobre à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Respecté pour sa modération et sa vertu, il fut pleuré par le peuple et sa famille, qui soulignèrent ses services et son intégrité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 10-19
MARIAGE.
Début :
Le 31. Juillet 1713. le Comte de Pontchartrain, Secretaire d'Etat [...]
Mots clefs :
Mariage, Noblesse, Héritage, Titres, Alliances, Service, Généalogie, Chancellerie, Cérémonie, Patrimoine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le 31. Juillet 1713. le Comte
de Ponrchartrain, Secretaice
d'Etat, & Commandeur
des Ordres du
Roy, épousa à Pontchartrain
Mademoifclle deLau
befpine de Verderonne;
M. l'Evêque de Chartres
les a mariez.
M. de Pontcharrrain est
fils unique de M. le Chancelier-
Garde des Sceaux de
France, Commandeur des
Ordres du Roy, Ministre
d'Etat
; & de Madame la
Chanceliere, qui est de la
Maison de Maupeou.
M. leChancelier est
fils de Louis Phelypeaux,
Seigneur de Pontchartrain
, Conseiller d'Ecir^
& President des Comités
, qui ccoic fils de
Paul Phelypeaux, Seigneur
de Pontchartrain
y
fait Secretaire
d'Etat par Henry:
le Grand.
PaulPhielypeaux fut en..
voyé à Londres, y traita ôc
conc lut la paix avec les
Prices. & sur Plenipotentiaire
du Ray au Trai-té de
Lou dun.
Il ya eu dans cette Maison
huit Secrétaires dera-t.
& cinq Commandeurs des
Ordres du Roy.
Leur genealogie se trouve
dans tant d'ouvrages &
d'archives de differens Orr
-
dres de Chevalerie
,
& est
si connue aussi bien que
leurs grandes alliances de
les services qu'ils ont rendus
à l'Etat, qu'il est inutile
d'en parler ici: de plus en
leur donnant les éloges qui
leur dont dûs, je craindrois
de blesser la modedtie attachée
à leur Maidon.
Mademoiselle de Verderonne
s'appelle Helene Angélique-
Rosalie de Laubedpine.
Elle est fille de
Claude-Estienne de Laubespine,
Comte de Verderonne,
tué à labataille de
Fleurus;& de Marie-Anne
de Festard
,
heritiere de
Beaucourt, d'une ancienne
noblesse de Picardie, qui a
pris des alliances dans les
Maisons de Rubempré, de
Rivery, de Carvoisin-d'Achy,
ôc plusieurs autres des
plus anciennes de cette
Province.
Quant à la Maison de
Laubespine, elle est fort
ancienne
J
ôc illustrée depuis
prés de deux cens ans
des premieres & principales
dignitez de l'Etat. Elle
a donné à l'Eglise plusieurs
v
Prelats considerables, un
Garde des Sceaux de France
)
deux Chanceliers des
Ordres du Roy, quatre
Commandeurs des mêmes
Ordres, deux Secretaires
d'Etat sous les Rois FrançoisPremier,
Henry II. &
sous François II. & Charles
IX. plusieurs Conseillers
d'Etat,& des Ambassadeurs
dans les principales Cours
de l'Europe : & sans encrer
dans le détail des degrez au
dessus de l'an r> 1500. on remarquera
feulement que
Claude de Laubespine, Seigneur
d'Erouville, épousa
l'an 1507. Marguerite le Ber
ruyer, Dame de la Corbiliere,
& que de cette alliance
sortirent, entr'autres
enfans, Claude de Laubespine,
Baron deChâteauneuf,
premier Secretaire
d'Etat, qui a fait la branche
des Marquis de Châteauneuf-
Surcher, alliée dans
les Maisons de la Châtre,
de Neufville-Villeroy, de
S. Chaumont, de Volvire,
Russec, de Cochesilet-Vaucelas
J
de Rouvroy-faint-
Simone de Beauvillier; ôc
se Gilles de Laubespine,
qui a faitla branche des
Marquis de Verderonne. Il
fut pere de Claude de Laubespine,
Seigneur de Verderonne
,
Commandeur &
Secretaire des Ordres du
Roy,marié l'an 1593. avec
Loüise Pot, fille de Claude
Seigneur de Rodes & de
Chemaut, Commandeur ôc
Prevôt des Ordres du Roy,
Grand Maîtredes Ceremonies
de France; 6c de Jacqueline
de la Châtre, de
laquelle il eut Loüise de
Laubespine, mariée à Jean
de Montberon, Comte de
Fontaines-Chalendray
; &
Charles de Laubespine,
Seigneur de Verderonne,
Ambassadeur en Suisse,
Chancelier de Gaston Duc
d'Orleans, & marié avec
Marie le Bray de Flacourt.
Il en eut Claude de Laubespine,
Marquis de Verderonne
, qui épousa Helene
d'Aligre, fille d'Etienne
d'Aligre Chancelier de
France, & petite-fille d'autre
Etienne d'Aligre, aussï
Chancelier de France. De
ce mariage sortit lepere de
Madame la Comtesse de
Pontchartrain, comme il
aété remarqué ci-devant.
Ceux qui voudront en
être instruits plus amplement,
pourront avoir recours
à l'histoire des Chanceliers
&Gardes des Sceaux
de France, par Antoine du
Chesne
; & à l'histoire des
grands Officiers de la Couronne
& de la Maison du
Roy, par le Pere Anselme
de l'édition de 1712.
Le 31. Juillet 1713. le Comte
de Ponrchartrain, Secretaice
d'Etat, & Commandeur
des Ordres du
Roy, épousa à Pontchartrain
Mademoifclle deLau
befpine de Verderonne;
M. l'Evêque de Chartres
les a mariez.
M. de Pontcharrrain est
fils unique de M. le Chancelier-
Garde des Sceaux de
France, Commandeur des
Ordres du Roy, Ministre
d'Etat
; & de Madame la
Chanceliere, qui est de la
Maison de Maupeou.
M. leChancelier est
fils de Louis Phelypeaux,
Seigneur de Pontchartrain
, Conseiller d'Ecir^
& President des Comités
, qui ccoic fils de
Paul Phelypeaux, Seigneur
de Pontchartrain
y
fait Secretaire
d'Etat par Henry:
le Grand.
PaulPhielypeaux fut en..
voyé à Londres, y traita ôc
conc lut la paix avec les
Prices. & sur Plenipotentiaire
du Ray au Trai-té de
Lou dun.
Il ya eu dans cette Maison
huit Secrétaires dera-t.
& cinq Commandeurs des
Ordres du Roy.
Leur genealogie se trouve
dans tant d'ouvrages &
d'archives de differens Orr
-
dres de Chevalerie
,
& est
si connue aussi bien que
leurs grandes alliances de
les services qu'ils ont rendus
à l'Etat, qu'il est inutile
d'en parler ici: de plus en
leur donnant les éloges qui
leur dont dûs, je craindrois
de blesser la modedtie attachée
à leur Maidon.
Mademoiselle de Verderonne
s'appelle Helene Angélique-
Rosalie de Laubedpine.
Elle est fille de
Claude-Estienne de Laubespine,
Comte de Verderonne,
tué à labataille de
Fleurus;& de Marie-Anne
de Festard
,
heritiere de
Beaucourt, d'une ancienne
noblesse de Picardie, qui a
pris des alliances dans les
Maisons de Rubempré, de
Rivery, de Carvoisin-d'Achy,
ôc plusieurs autres des
plus anciennes de cette
Province.
Quant à la Maison de
Laubespine, elle est fort
ancienne
J
ôc illustrée depuis
prés de deux cens ans
des premieres & principales
dignitez de l'Etat. Elle
a donné à l'Eglise plusieurs
v
Prelats considerables, un
Garde des Sceaux de France
)
deux Chanceliers des
Ordres du Roy, quatre
Commandeurs des mêmes
Ordres, deux Secretaires
d'Etat sous les Rois FrançoisPremier,
Henry II. &
sous François II. & Charles
IX. plusieurs Conseillers
d'Etat,& des Ambassadeurs
dans les principales Cours
de l'Europe : & sans encrer
dans le détail des degrez au
dessus de l'an r> 1500. on remarquera
feulement que
Claude de Laubespine, Seigneur
d'Erouville, épousa
l'an 1507. Marguerite le Ber
ruyer, Dame de la Corbiliere,
& que de cette alliance
sortirent, entr'autres
enfans, Claude de Laubespine,
Baron deChâteauneuf,
premier Secretaire
d'Etat, qui a fait la branche
des Marquis de Châteauneuf-
Surcher, alliée dans
les Maisons de la Châtre,
de Neufville-Villeroy, de
S. Chaumont, de Volvire,
Russec, de Cochesilet-Vaucelas
J
de Rouvroy-faint-
Simone de Beauvillier; ôc
se Gilles de Laubespine,
qui a faitla branche des
Marquis de Verderonne. Il
fut pere de Claude de Laubespine,
Seigneur de Verderonne
,
Commandeur &
Secretaire des Ordres du
Roy,marié l'an 1593. avec
Loüise Pot, fille de Claude
Seigneur de Rodes & de
Chemaut, Commandeur ôc
Prevôt des Ordres du Roy,
Grand Maîtredes Ceremonies
de France; 6c de Jacqueline
de la Châtre, de
laquelle il eut Loüise de
Laubespine, mariée à Jean
de Montberon, Comte de
Fontaines-Chalendray
; &
Charles de Laubespine,
Seigneur de Verderonne,
Ambassadeur en Suisse,
Chancelier de Gaston Duc
d'Orleans, & marié avec
Marie le Bray de Flacourt.
Il en eut Claude de Laubespine,
Marquis de Verderonne
, qui épousa Helene
d'Aligre, fille d'Etienne
d'Aligre Chancelier de
France, & petite-fille d'autre
Etienne d'Aligre, aussï
Chancelier de France. De
ce mariage sortit lepere de
Madame la Comtesse de
Pontchartrain, comme il
aété remarqué ci-devant.
Ceux qui voudront en
être instruits plus amplement,
pourront avoir recours
à l'histoire des Chanceliers
&Gardes des Sceaux
de France, par Antoine du
Chesne
; & à l'histoire des
grands Officiers de la Couronne
& de la Maison du
Roy, par le Pere Anselme
de l'édition de 1712.
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Résumé : MARIAGE.
Le 31 juillet 1713, le Comte de Pontchartrain, Secrétaire d'État et Commandeur des Ordres du Roi, épousa Mademoiselle de Laubespine de Verderonne. La cérémonie fut dirigée par l'Évêque de Chartres. Le Comte de Pontchartrain est le fils unique de M. le Chancelier-Garde des Sceaux de France et de Madame la Chancelière, issue de la Maison de Maupeou. La famille Pontchartrain compte huit Secrétaires d'État et cinq Commandeurs des Ordres du Roi, et leur généalogie est bien documentée dans divers ouvrages et archives. Mademoiselle de Verderonne, de son nom complet Hélène Angélique-Rosalie de Laubespine, est la fille de Claude-Estienne de Laubespine, Comte de Verderonne, tué à la bataille de Fleurus, et de Marie-Anne de Festard, héritière de Beaucourt, issue d'une ancienne noblesse de Picardie. La Maison de Laubespine est illustre depuis près de deux cents ans et a occupé de hautes fonctions dans l'État, notamment des prélats, des Gardes des Sceaux, des Chanceliers des Ordres du Roi, des Secrétaires d'État, et des ambassadeurs dans les principales cours d'Europe. La généalogie détaillée de la famille peut être trouvée dans des ouvrages tels que l'histoire des Chanceliers et Gardes des Sceaux de France par Antoine du Chesne et l'histoire des grands Officiers de la Couronne et de la Maison du Roi par le Père Anselme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-53
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
Début :
J'APPREHENDE à un tel point que les / A tous ceux qui ces presentes verront, sçavoir faisons ; [...]
Mots clefs :
Empereur, Étrangers, Banque, Argent, Gouvernement, Cour, Finances, Royaumes, Paiement, Chambre des finances, Capitaux, Offices, États héréditaires, Privilèges, Chancellerie, Florins, Gouvernement, Charles VI, Institution, Confiscations, Somme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
APPREHENDE
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
Fermer
3
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
4
p. 209-211
DE VERSAILLES, le 17 Janvier 1760, & jours suivans.
Début :
Sa Majesté a nommé le Comte de Polastron, ci-devant Colonel du Régiment de [...]
Mots clefs :
Nominations, Comte, Régiment, Comtesse, Famille royale, Roi, Maréchal, Marquis, Colonel, Ambassadeur, Sceau, Officiers, Chancellerie, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Chevaliers, Monseigneur le Dauphin, Duc, Prince, Abbaye, Abbé, Ordre, Diocèse, Vicaire
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 17 Janvier 1760, & jours suivans.
De VERSAILLES , le 17 Janvier 1760 , &
jours fuivans.
SA Majeſté a nommé le Comte de Polaſtron ,
ci- devant Colonel du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , grand Sénéchal du Comté d'Armagnac
, & Gouverneur de la Ville d'Auch .
Le 6 , la Comteffe de Jumilhac eut l'honneur
d'être préſentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Le Roi a nommé la Comteffe de Narbonne ,
ci-devant Dame du Palais de feue Madame Infante
, Ducheffe de Parme , pour accompagner
Madame .
Sa Majesté a difpofé du Régiment Royal de
Corfe , vacant par la mort du Comte de Vence ,
en faveur du Vicomte de Vence , Colonel réformé
à la fuite de ce Régiment.
Le 27 de ce mois , le Maréchal de Maillebois ,
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,pour
le gouvernement d'Alface .
Sa Majefté a nommé , pour fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi des Deux - Siciles ,
le Marquis de Durfort, actuellement Ambaffadeur
auprès de la République de Venife .
Le Comte de Bafchi , ci - devant Ambaffadeur
auprès du Roi de Portugal , remplacera le Marquis
de Durfort à Venife.
Sa Majefté a aufli nommé le Marquis de
210 MERCURE DE FRANCE.
Beauflet, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
I'Electeur de Cologne .
Le 1 Février , le Roi tint le Sceau. Le même
jour , les Officiers de la Chancellerie de France ,
de fervice & en quartier , & deux Syndics des
Secrétaires du Roi , eurent l'honneur de remettre
à Sa Majefté , en la manière accoutumée &
fuivant l'ufage , les cierges de la Chandeleur . Ils
furent préſentés par le fieur de Brou , Doyen des
Confeillers d'État.
Le lendemain, fête de la Purification de la fainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre du S. Elprit , s'étant aſſemblés ,
vers les onze heures du matin dans le cabinet du
Roi , Sa Majesté tint chapitre , & admit au nombre
des Chevaliers , le Prince des Afturies, & l'Infant
Don Louis. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
, pour fe rendre à la Chapelle . S. M.
étoit en manteau , avec le Collier de l'Ordre pardellus
. Les deux Huiffiers de la Chambre marchoient
devant Elle avec leurs maffes , & Elle
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre
, des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Le Roi affiſta à la Bénédiction
des Cierges & à la Proceflion qui fe fit dans la
Chapelle . La Grand-Meffe fut célébrée par l'Archevêque
de Narbonne, Prélat Commandeur. La
Reine , Madame la Dauphine , Madame, & Mefdame
Victoire , Sophie & Louife , étoient dans la
tribune.
Après la Meffe , S. M. fut reconduite à fon ap
partement en la manière accoutumée.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Vezelai , Diocèſe
Autun , à l'Abbé Berthier , Doyen du Chapitre
FEVRIER. 1760. 211
de la même Abbaye , & ci- devant Vicaire- Géné
ral du Diocèſe de Troyes.
L'Abbaye d'Igny , Ordre de Citeaux , Diocèle
de Rheims , à l'Abbé de Puyfignieux , ancien
Vicaire - Général du Diocèfe de Lyon.
jours fuivans.
SA Majeſté a nommé le Comte de Polaſtron ,
ci- devant Colonel du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , grand Sénéchal du Comté d'Armagnac
, & Gouverneur de la Ville d'Auch .
Le 6 , la Comteffe de Jumilhac eut l'honneur
d'être préſentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Le Roi a nommé la Comteffe de Narbonne ,
ci-devant Dame du Palais de feue Madame Infante
, Ducheffe de Parme , pour accompagner
Madame .
Sa Majesté a difpofé du Régiment Royal de
Corfe , vacant par la mort du Comte de Vence ,
en faveur du Vicomte de Vence , Colonel réformé
à la fuite de ce Régiment.
Le 27 de ce mois , le Maréchal de Maillebois ,
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,pour
le gouvernement d'Alface .
Sa Majefté a nommé , pour fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi des Deux - Siciles ,
le Marquis de Durfort, actuellement Ambaffadeur
auprès de la République de Venife .
Le Comte de Bafchi , ci - devant Ambaffadeur
auprès du Roi de Portugal , remplacera le Marquis
de Durfort à Venife.
Sa Majefté a aufli nommé le Marquis de
210 MERCURE DE FRANCE.
Beauflet, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
I'Electeur de Cologne .
Le 1 Février , le Roi tint le Sceau. Le même
jour , les Officiers de la Chancellerie de France ,
de fervice & en quartier , & deux Syndics des
Secrétaires du Roi , eurent l'honneur de remettre
à Sa Majefté , en la manière accoutumée &
fuivant l'ufage , les cierges de la Chandeleur . Ils
furent préſentés par le fieur de Brou , Doyen des
Confeillers d'État.
Le lendemain, fête de la Purification de la fainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre du S. Elprit , s'étant aſſemblés ,
vers les onze heures du matin dans le cabinet du
Roi , Sa Majesté tint chapitre , & admit au nombre
des Chevaliers , le Prince des Afturies, & l'Infant
Don Louis. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
, pour fe rendre à la Chapelle . S. M.
étoit en manteau , avec le Collier de l'Ordre pardellus
. Les deux Huiffiers de la Chambre marchoient
devant Elle avec leurs maffes , & Elle
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre
, des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Le Roi affiſta à la Bénédiction
des Cierges & à la Proceflion qui fe fit dans la
Chapelle . La Grand-Meffe fut célébrée par l'Archevêque
de Narbonne, Prélat Commandeur. La
Reine , Madame la Dauphine , Madame, & Mefdame
Victoire , Sophie & Louife , étoient dans la
tribune.
Après la Meffe , S. M. fut reconduite à fon ap
partement en la manière accoutumée.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Vezelai , Diocèſe
Autun , à l'Abbé Berthier , Doyen du Chapitre
FEVRIER. 1760. 211
de la même Abbaye , & ci- devant Vicaire- Géné
ral du Diocèſe de Troyes.
L'Abbaye d'Igny , Ordre de Citeaux , Diocèle
de Rheims , à l'Abbé de Puyfignieux , ancien
Vicaire - Général du Diocèfe de Lyon.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 17 Janvier 1760, & jours suivans.
En janvier 1760, plusieurs nominations et événements notables ont eu lieu à la cour de Versailles. Le 17 janvier, le Comte de Polastron a été nommé grand Sénéchal du Comté d'Armagnac et Gouverneur de la Ville d'Auch. Le 6 janvier, la Comtesse de Jumilhac a été présentée au Roi et à la Famille Royale. La Comtesse de Narbonne a été désignée pour accompagner Madame, succédant à son rôle précédent de Dame du Palais de la défunte Madame Infante, Duchesse de Parme. Le Régiment Royal de Corse a été attribué au Vicomte de Vence. Le 27 janvier, le Maréchal de Maillebois a prêté serment pour le gouvernement d'Alsace. Le Marquis de Durfort a été nommé Ambassadeur extraordinaire auprès du Roi des Deux-Siciles, remplaçant le Comte de Bashi, qui prendra sa place à Venise. Le Marquis de Beauflet a été nommé Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Le 1er février, le Roi a tenu le Sceau et reçu les cierges de la Chandeleur des Officiers de la Chancellerie de France. Le lendemain, lors de la fête de la Purification de la Sainte Vierge, le Roi a tenu un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit, admettant le Prince des Asturies et l'Infant Don Louis parmi les Chevaliers. La Grand-Messe a été célébrée par l'Archevêque de Narbonne, en présence de la Reine et des princesses. Le Roi a également accordé l'Abbaye de Vezelay à l'Abbé Berthier et l'Abbaye d'Igny à l'Abbé de Puyfignieux.
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