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1
p. 236-280
Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé assez amplement dans ma derniere Lettre [...]
Mots clefs :
Angleterre, Proclamation, Décès, Monarque, Seigneurs, Milord, Couronne, Conseil, Charge, Armes, Cérémonies, Religion, Obéissance, Serments, Magistrats, Royaume, Archevêque, Héritiers, Reine
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texteReconnaissance textuelle : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé aſſez amplement
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
dans ma derniere
Lettre de ce qui s'eſt paffé
pendant les premiers jours de
la maladie du Roy d'Angleterre
; mais comme je vous
ay dit peu de chofes des deux
derniers
, parce que je n'étois
pas encore bien informé
du détail , je crois que vous
ne ferez pas fâchée que je reprenne
cette matiere , pour
vous apprendre des chofes
que vous pouvez ignorer.
Le leudy is.de Fevrier, veille
GALANT. 237
7 de la mort de ce Monarque,
les Medecins dirent à Mon.
fieur le Duc d'York , qu'il étoit
hors de danger , qu'ils répondoient
de fa vie ; & que s'il mouroit de
cette maladie - là , ce ne pourroit
eftre que par leurfaute . Sur une
affeurance fi pofitive , Monfieur
le Duc d'York , qui par
la prudence qu'on a toûjours
veuë inféparable de toutes fes
actions , avoit fait fermer tous
les Ports d'Angleterre, donna
des ordres pour les faire'r'ouvrir.
Cependant le foir de ce
mefme jour, le Roy fut nouyellement
attaqué de con238
MERCURE
vulfions ; le poux commença
à luy manquer ; depuis le bas
de fon corps la moitié devint
froide , & il perdit peu à peu
la parole,quoy qu'il ait encore
parlé avec une grade préfence
d'efprit , trois heures avant fa
mort. On ne peut montrer
plus de refignation , ny des
fentimens plus pieux & plus
Chrétiens , qu'il en fit voir dás
les intervales de foulagement
que fon grand mal luy laiffoit,
Il demanda premierement
pardon à Dieu , & enfuite à la
Reyne fa femme , qui n'étoit
pas préfente dans ce moment,,
4
GALANT. 239
puis à Mofieur le Duc d'York,
Pappellant fon cher Frere , fon
aimable Frere, qui luy avoit toûjours
efté meilleur Frere , qu'il ne
L'avoit efté pour luy pendantfon
vivant; ce qui attendrit ſi fort
ceux qui l'écoutoient , qu'ils
ne purent retenir leurs larmes.
Il parla auffi fort avantageuſement
du grand merite de Madame
la Ducheffe d'York,
& de la haute eftime qu'il
avoit toûjours euë pour cette
Princeffe. Il recommanda à
tous les grands Officiers de la
Couronne qui eftoient autour
de fon lit , l'entiere obeïffance
240 MERCURE
qu'ils devoient à Monfieur le
Duc d'York , fon unique Frere,
& Heritier du Royaume , les
affurant qu'il le furpafferoit en
bonté pour eux . Apres cela
il pria ce Prince d'avoir foin
des Ducs de Graffeton , Northumberland
, S. Alban , &
Richemont, puis il luy donna
la Clef de fon Cabinet où
eftoient fes Papiers les plus
fecrets , & luy témoigna , & à
tous ceux qui avoient paffé la
nuit dans fa Chambre , & qui.
eftoient la plupart des Grands
du Royaume , beaucoup de
douleur des peines qu'ils prenoient
GALANT 241
noient pour l'affifter. Il ajoûtoit
par intervale , qu'il valoit
• mieux , puifque le temps de fa
1 mort eftoit venu , que ce moment
s'avançaft , afin que leurs fati-
I gues ceffaffent. Trois heures
avant qu'il expiraft , il parla
quelque temps à l'oreille de
Monfieur le Duc d'York , &
I mourut le Vendredy 16. à
onze heures trois quarts du
matin. Il a plus paru de convulfion
dans le fujet de la
mort de ce Monarque , que
d'Apoplexie. On l'a ouvert,
& on luy a trouvé les Vifceres
tres- bons. Il avoit une eau
X
Mars 1685.
242 MERCURE
noire dans le Cerveau , quelques
- uns veulent que cette
eau foit un effet du Tabac, &
la caufe de fa mort. D'autres
l'attribuent au contretemps
d'avoir arrefté une fluxion
qu'il avoit fur les Jambes .
Le Roy ayant rendu le
dernier foûpir , Monfieur le
Duc d'York fortit de laChambre
où ce Monarque venoit
de mourir , & dit luy- mefme
aux Seigneurs qu'il trouva
dehors , que le Roy fon Frere
eftoit mort , & qu'il eftoit
devenuleur Souverain . Quoy
que la plus vive douleur fuft
GALANT. 243.
peinte fur fon vifage, il avoit
neanmoins un air de grandeur
& de fermeté , qui imprimoit
du refpect , & qui
auroit pû intimider les malintentionnez
pour luy , s'il
s'en fuft trouvé quelquesuns.
Ce nouveau Monarque
alla enfuite apprendre cette
nouvelle à la Princeffe fa
Femme. Auffi- toft apres , le
Grand Chancelier avec le
Seau , accompagné des Confeillers
d'Etat , vint falüer le
nouveau Roy & la nouvelle
Reyne , & ils demandérent
à Sa Majefté fi Elle vouloit
x ij
244 MERCURE
tenir Confeil. Le Roy fe rendit
dans la Chambre où il fe
tient ordinairement , & la
Reyne , à l'Apartement de
la Reyne Douairiere , pour
la confoler dans fon déplaifir.
Le Roy eftant au Confeil
, fit appeller tous ceux
qui le compofoient , & tous
les Pairs du Royaume qui
eftoient pour lors à la Cour,
& Sa Majesté leur fit le Dif
cours que je vous ay envoyé
dans ma derniere Lettre . J'oubliay
de vous marquer qu'avant
qu'il le commençaſt , il
ſe ſentit fi vivement pénétré
GALANT. 245
de fa douleur , qu'il ne pût
retenir fes larmes , & pria
l'Affemblée de compatir à la
perte qu'il venoit de faire . Je
vous ay parlé de ce qui fe fit
dans le Confeil , & de la Pro
clamation du Roy , que je
yous ay envoyée dans les
mefmes termes qu'elle fut
faite ; mais je ne vous ay rien
dit des Cerémonies de cette
Proclamation
. Elles font affez
curieuſes pour eftre fçeües .'
Sur les trois heures apres midy
le Duc de Norfolk , Grand-
Maréchal , avec les Hérauts:
d'Armes fuivy du Grand
X iij
246 MERCURE
Chancelier , du Préfident du
Confeil, du Garde des Seaux ,,
de tous les Seigneurs du Confeil
, de l'Archevefque de
Cantorbery , & des Pairs du
Royaume , fit à la Porte de
Witheal la Proclamation du
nouveau Roy & de la nouvelle
Reyne ; & tous enfem
ble allérent à la Porte de la
Ville , partie en Carroffe, partie
à Cheval ,
accompagnez
d'un grand Corps deCavalerie
bien montée & bien armée ,
& dont les Chevaux eftoient
magnifiquement caparaçonnez.
Milord Maire fe trouva à
GALANT. 247.
la Porte de la Ville , fuivy des
Juges & des Magiftrats de la
Ville , reveftus de Robes d'Ecarlate,
& fuperbement montez.
Ils eftoient accompagnez
de cent de leurs Gardes
portans des Halebardes , &
d'un grand nombre d'Offciers
auffi à pied , avec des
Robes violettes. Dés que
Milord Maire apperceut !
Grand Maréchal avec faSuite,
il fit fermer la Porte de la
Ville. Un des Hérauts heurta
à cette Porte , criant
le
que
le
Roy
Charles
eftoit
mort
, &
que
Le
Roy
Jacques
vouloit
entrer
.
X iiij
248 MERCURE
LaPortefut auffi toft ouverte,
& l'on y fit une feconde Pro.
clamation . Le Peuple dont
la foule eftoit tres - grande,
cria d'abort en Anglois Vive
le Roy Jacques , avec de grandes
demonftrations d'allegreffe
, & plufieurs mefme,
pour mieux témoigner leur
joye,jettérent leurs Chapeaux
en l'air. Toute la Compagnie
entra dans la Ville avec Milord
Maire. La Cavalerie
eftoit à la tefte & à la queuë.
Cette Marche fut continuée
jufques à la moitié de la
Ville , & s'arreſta devant la
J
GALANT 249
Grande Bourſe , où l'on fit
une nouvelle Proclamation ;
de forte que trois heures apres
la mort du Roy , toutes ces
Cerémonies furent finies ,.
avec une tres - grande tranquilité.
Il ne faut pas s'en
étonner. Le Peuple craint,
eftime & aime le nouveau
Roy , & eft perfuadé de fon
intrépidité & de fa valeur .
Cette Cerémonie eftant finie,
toute l'Artillerie de la Tour
fit plufieurs Salves , & les
Cloches carillonnérent toute
la nuit.Je vous ay déja marqué
le mefme jour le nou
que
250 MERCURE
veau Roy déclara , Que ceux
dont le Pouvoir, & les Reve
nus , ou Salaires eftoient finis &
ceffez, feroient &fe tiendroient
continuez dans leurs Charges &
Emplois , fous les meſmes conditions
, & ainfi qu'ils en jouif
foient cy-devant , jusqu'à ce que
les intentions de Sa Majestéfuffent
plus amplement expliquées.
Je dois ajoûter icy , qu'il s'expliqua
dans le mefme temps
fur ce que plufieurs grands
Seigneurs ne payoient point
leurs debres , fous prétexte
qu'ils avoient des Charges à
la Cour , & dit que ce n'é
GALANT. 251
toit pas fon intention. Le 17.
les Juges preftérent Serment,
& reprirent leurs Séances ; &
le lendemain , Milord Chef
de Juſtice , avec tous les Juges
qui l'accompagnoient,
baifa la main à Sa Majefté.
Le mefme jour Elle déclara
par une Proclamation qui fut
publiée , qu'elle avoit deffein
de convoquer dans peu de
temps un Parlement , eſtant
perfuadée qu'il prendroit foin
d'établir des Revenus fuffifans
pour foûtenir les dépen
fes aufquelles le Gouverne
ment de l'Etat l'engageroit.
252 MERCURE
Elle ordonna cependant, que
l'on continüeroit à lever les
droits d'Entrée & de Sortie fur
toutes les Marchandiſes dans
les Ports de fon Royaume.Ce
jour- là Milord Darmouth &
Milord Chef de Juſtice , qui
n'avoient pû fe trouver au
Confeil le 16 , preftérent Serment
entre les mains de ce
Prince, & prirent Séance. Le
Corps du feu Roy fut embaumé
, & délivré pour cela
par le Comte de Bath , Premier
Gentilhomme
de fa
Chambre , au Comte d'At
lington , Chambellan de fa
1
GALANT. 253
Maiſon . On le tranſporta
fans Cerémonie à l'Apartement
du Prince au Palais de
Sommerfet , où il fut gardé
par fes Officiers jufques au
jour de l'Enterrement . Le
19. le Prince Georges de Dan.
nemark , qui a épousé la feconde
Fille du nouveau Roy,
prit Séance au Confeil Privé
de Sa Majesté. Le 24. le
Cercueil où l'on avoit mis le
Corps du feu Roy , fut porté
au Palais de Westminster, à
l'Eglife de l'Abbaïe , par les
Gentilshommes de la Chambre.
Six Comtes foûtenoient
254 MERCURE
les coins du Drap Mortuaire.
La Marche de ce Convoy fut
commencée par les Domeſtiques
des Seigneurs & des
Officiers de la Couronne , du
Prince & de la Princeffe de
Dannemark , du Roy & de
la Reyne,de la Reyne Douairiere
, & du feu Roy, Les
Officiers fuivoient , puis les
Barons , les Vicomtes , les
Comtes , les Marquis , les
Ducs , les Evefques , & les
Grands Officiers de la Couronne
, chacun felon fa Dignité.
L'Archevefque de Cantorbery
marchoit le dernier,
GALANT 255
1
à caufe qu'il eft le Premier
Pair d'Angleterre. Le Prince
Georges de Dannemark,Chef
du Deüil , marchoit apres
eux. Il eftoit conduit par les
Ducs de Sommerfet & de
Beaufort , & accompagné de
feize Comtes. Les Roys d'Armes
portoient la Couronne,
& les autres marques de la
Royauté ; & la marche eftoit
fermée par les Gentilshommies
Penfionnaires , & par
les Yeomans de la Garde . Le
Doven & les Chanoines de
Weſtminſter vinrent recevoir
le Corps à la Porte ; & le Ser256
MERCURE
Les
vice ayant efté fait felon l'U.
fage de l'Eglife Anglicane
,
on l'enterra dans la Chapelle
de Henry VII. C'est le Lieu
de la Sépulture ordinaire des
Roys d'Angleterre.
Grands Officiers rompirent
alors leurs Baftons , & un
Roy d'Armes proclama le
Roy Jacques H. felon la coûtume.
Comme en ces occafions
on attend toûjours à
donner les Charges
, que le
dernier Roy foit enterré, cette
lugubreCerémonie
ayanteſté
faite , on donna au Comte
de Rochefter
la Charge de
GALANT. 257
Grand Tréforier d'Angle
terre , exercée depuis quel
ques années par Commif
fion ; celle de Préfident Privé:
au Marquis de Hallifax , &
celle de Garde du Seau Privé
qu'avoit ce Marquis, au Cóte
de Clarendon. On fit le Duc
de Beaufort , Préfident du:
Raïs de Galles , & Milord
Godolphin , Chambellan dè
La Reyne..
Le lendemain 25, le Roy
?
& la Reyne firent leurs dévo
tions dans leur Chapelle , ens
prefence de plufieurs de leurs
premiers Officiers , & de
Mars 1685,
Ya
258 MERCURE
quantité de Seigneurs Anglois
, le Roy ayant fait ou
vrir les portes . Sa Majefté
ayant auparavant communiqué
fa réfolution à fon Confeil
, avoit dit , Que faifant profeffion
de la Religion Catholique,
il croyoit , pour faire mieux connoiftre
fa fincerité, & fa bonne
foy , ne devoirpas fe cacher à l'avenir
, faire mieux fon devoir,
comme chacun eft obligé de
faire dans la Religion qu'il profeffe.
Ces paroles eftant d'un
grand Roy , d'un Prince fincere
& plein de coeur , qui ne
fait point déguifer , & enfin
GALANT.. 259
d'un honnefte Homme , il
n'y a perfonne , de quelque
Religion qu'il puiffe eftre,
qui ne doive approuver la
franchiſe de ce procedé , &
qui ne tombe d'accord que
ce Monarque a pû ſe ſervic
de la mefme liberté qu'il laif
fe à ſes Sujets.
Le 27 on publia une Proclamation
, portant que le
Roy avoit fait examiner le .
Bail de l'Excife , par les Juges
& par les plus habiles Jurif
confultes , l'Excife eft un Impoftfur
la Biere & fur les Boif
fons étrangeres , conclu au:
Y ij
260 MERCURE
nom du feu Roy , par les
Commiflaires de la Treforerie
, avec les Fermiers Generaux
pour trois ans , moyen,
nant cinq cens cinquante
mille livres Sterlin par an,
payables par Quartier , dont
le premier Terme devoit eſtre
le de ce mois. Je croy,
Madame , que vous fçavez
qu'une livre Sterlin , eft en
viron treize Francs de noftre
Monnoye. Sa Majesté déclára
par cette Proclamation, que
la mort du Roy ne reſolvoit
pas ce Bail de l'Excife , & que
Lon intention estoit qu'on
25.
GALANT. 261
Texecutaft fuivant les Actes
du Parlement , par lesquels
ce Droit a efté accordé au feu
Roy , pour en jouir pendant
fa vie , & à caufe de la part
que les mefmes Actes en accordent
à fes Heritiers & Succeffeurs.
Je ne vous nommeray
point toutes les Villes où
le Roy a efté proclamé, fi-toft
qu'on y a receu la nouvelle
de la mort du Roy Charles II .
Je vous diray feulement que
cette Ceremonie s'eft faire
par tout , avec des marques
de joye extraordinaires . Elles
font connoiftre combien te
262 MERCURE
nouveau Roy eft aimé de fes
Sujets . Apres la Proclamation
faite par le principal Officier
à la grande Place de chaque
Ville, où les Magiftrats fe font
rendus en Robes d'écarlates,
les Canons ont fait trois dé
charges generales , qui ont
efté fuivies d'autant de Salves
des Milices , fous les Armes.
Dans les Villes Maritimes,
tous les Vaiffeaux qui étoient
dans les Ports , ont fait plu
fieurs décharges de leur Artillerie
, les Cloches ont fonné
dans toutes , pendant le jour-
& toute la nuit , & on n'a veu
GALANT. 263
que Feux de joye dans toutes
les Ruës. La Proclamation
de l'Univerfité de Cambridge
a efté particuliere. Le Vice-
I Chancelier ayant affemblé
tous les Principaux des Colle-
-ges, & tous les Ecoliers , ils fe
rendirent à la Proceffion à la
5 grande Place de la Ville , où
illût la Proclamation. Enſuite
elle fut annoncée à haute
voix , par l'Ancien de l'Univerfité
, & un grand Repas,
dans lequel on but la fanté du
Roy & de la Reyne , finit la
Ceremonie. Je paffe toutes
les Adreffes que l'on prefente
264 MERCURE
&
tous les jours à Sa Majeſté , aur
nom des principales Villes &
des Communautez du Royau
me. Les Affurances de zéle
& de fidelité pour ſon ſervice
dont elles font pleines , font
conceuës en des termes firef
pectueux & fi foûmis , qu'on
voit ailément qu'elles font
finceres. On y fait pareillement
des remercimens au
Roy,de ce qu'il a déclaré que
fa réfolution eft de maintenir
Gouvernement étably dans
l'Eglife & dans l'Etat , felon
les Loix du Royaume. Les
Compagnies du Commerce
d'Afrique
Le
GALANT 265
201
d'Afrique du Levant , des
Indes Orientales, & plufieurs
autres de Marchands , ont
auffi prefenté des Adreffes à
Sa Majefté , pour luy témoigner
qu'elles fe foûmettent
volontiers à payer les Impofts
fur les Marchandiſes , confor
mément à la Déclaration qui
en a efté publiée.
Il fautvous parler preſente
ment de la Proclamation qui
a efté faite en Ecoffe , apres
qu'on y eut receu les Lettres
du Roy , conceües en ces
termes.
Mars 1685.
z
266 MERCURE
JACQUES
ROY.
J AcquesVII. par la Grace de
Dieu , Roy d'Ecoffe , d'Angleterre
, d'Irlande , Défenfeur
de la Foy , à tous & un chacun
de nos bons Sujets qu'il apartiendra
, Salut. Comme il a plû à
Dieu d'appeller aujourd'huy de
cette vie , le feu Roy noftre trescher
& bien aimé Frere Charles
II, Nous avons jugé à propos
de vous faire fçavoir que
noftre Royal Plaifir eft , Que
tous nos Officiers d'Etat , Con
feillers du Confeil Privé , Ma
giftrats , & autres Officiers quel
GALANT. 267
conques, de Robe ou d'Epée, dans
noftre ancien Royaume d'Ecoffe,
continuent leurs Fonctions , ainfi
qu'ilsfont autorifez par les Prefentes
,pour executer tous cha
cun en particulier , toutes les chofes
qui font du devoir de leurs
> Charges
Commiffions Instructions à
eux données par le feu Roy de
benite Memoire , jufqu'à ce qu'ils
en ayent receu de nouvelles , qui
leur foient envoyées de noftre
part, & cette prefente Lettre
fervira à tous , & à chacun en
particulier à les autorifer fuffi-
Samment pour le faire . Donné à
conformément aux
Z ij
268 MERCURE
Witthal le 16. Fevrier 1685. de
noftre Regne le premier. Par
commandement de Sa Majefté,
I. D. RUMMOND.
Vous voyez , Madame ,
que fi le Roy qui fe fait nom
mer lacques II. en Angleterre
, prend icy le nom de Iacques
VII . c'est pour conſerver
la fucceffion des Roys d'E
coffe. lacques VI. Roy d'E
coffe , Fils de Marie Stuard,
eftoit petit Fils de Margueri
te d'Angleterre , Soeur de
Henry VIII. & Elizabeth ,Fille
de ce mefme Henry VIII
efant morte en 1603. la Cou
GALANT. 269
&
*
ronne d'Angleterre apartint
de droit à lacques VI. Roy.
d'Ecoffe , qui ayant uny les
trois Royaumes d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , prit
le Tître de Roy de la grande
Bretagne avec le nom de
Lacques I. Ainfi le Roy qui
regne prefentement , eft lacques
II. en Angleterre, & laċques
VII. en Ecoffe. Voicy
les termes dans lefquels Sa
Proclamation a eſté faite en
ce Royaume.
Comme il a pleu à Dieu d'appeller
le Roy Charles II. noftre
Souverain Seigneur de glorieufe
Z iij
270 MERCURE
Memoire , de la Couronne Temporelle
à une Couronne Eternelle
dans le Ciel , & qu'ainfi le Droit
inconteftable de la fucceffion à la
Couronne de ce Royaume , eft dévolu
à la Perfonne Sacrée de fon
Royal Tres- cher Frere , à prefent
noftre Souverain Seigneur,
que Dieu conferve longues an
nées Nous , les Seigneurs du
Confeil Privé du Roy , autorifez
à cet effet par les Lettres de Sa
Majefté , écrites à Withal le 16.
de ce mois , & du confentement·
de plufieurs autres Seigneurs, Ecclefiaftiques
, des Barons , & des
Bourgeois de ce Royaume, Décla
GALANT. 271
rons &
Proclamons à ce que perfonne
n'en ignore, que noftre Souverain
Seigneur Tacques VII. eft
par legitime indubitable Succeffion,
Roy d'Ecoffe , d'Angleter
re , d'Irlande , & des Pais qui en
dépendent , Défenfeur de la Foy,
c. Que Dieu conferve & beniffe,
en luy accordant une longue,
heureufe vie , glorieuse ,
un heureux Regne. Nous décla
rons que nous sommes réfolus de
Luy obeir , & de le fervir avec
toute lafoumiffion & fidelité poffible
, de le défendre au peril de
nos vies de nos biens , contre
toute forte d'Ennemis , comme
Z iiij
272 MERCURE
noftre feul legitime Roy , ayant
une autorité Souveraine fur toutes
Perſonnes , & en toute forte
d'affaires , comme tenant la Cou
ronne de Dieufeul. En témoi
gnage dequoy , Nous, en la prefence
de Dieu , & d'un grand
nombre de Peuple & de fidelles
Sujets de Sa Majesté , de tous
Etats & Conditions qui fent icy
prefens à cette Publication So-
Temnelle , par laquelle nous reconnoiſſons
fa fupreme # ſouveraine
Autorité , à la Croix du
Marché de cette Ville d'Edim
bourg , déclarons & publions que .
noftre Souverain Seigneur , eft
GALANT. 273
par la Grace & Providence de
Dieu , Tour-puiffant , Roy d'E
coffe , d'Angleterre , d'Irlande,
Pais dépendans ; & en mesme
temps nous faisons Serment
en levant la main , d'avoir une
veritable & entiere fidelité envers
noftre Souverain Seigneur
Lacques VII. Roy de la Grande
Bretagne , &c. & àfes legitimes!
Heritiers & Succeffeurs , & de
nous acquiter de tous devoirs,fervice,
& obeiffance qui luyfont
deus , ainsi qu'il apartient à de
loyaux, foumis , & fidelles Sujets .
Ainfi Dieu nous aide. Par Acte
des Secretaires du Confeil. A
274 MERCURE
Milord Lansdovvn le
Chevalier Silvius , M Poley,
Skelton , Rich , & Etheridge,
que le Roy Charles II. avoit
nommez pour aller en qualité
d'Envoyez Extraordinai
res en Efpagne , en Danemark
, en Suéde , en Hollan
de , à Hambourg , & à Ratisbonne
, ont efté confirmez
dans leurs Emplois par Sa
Majeſté.
Apres plufieurs Affemblées
des Seigneurs du Confeil Privé
, touchant les préparatifs
du Couronnement du Roy,
il a eſté réſolu qu'il fe fera le
GALANT. 275
May , Feſte de S. Georges,.
felon l'ancien Calendrier. On
y obfervera toutes les Cere-:
monies de celuy du défunt
Roy , à la referve de celle de
créer des Chevaliers du Bain,
de faire la Cavalcade de Witheal
à Weſtminſter , & d'une
partie des Services qui fe faifoient
ordinairement au Cel
pas Royal , apres le Couron
nement. La Reyne fera cou
ronnée en mefme temps,
comme le füt Anne de Danemark
,avec lacques I. Ayeuls
de Sa Majefté. Le Duc d'Or
mond , Gouverneur General
276 MERCURE
d'Irlande , a ordre de venir à
la Cour L'Archevefque d'Armagh
, Primat d'Irlande , &
le Comte de Granard , doivent
gouverner le Royaume,
comme Lords -Juftices , Out
fuprêmes Magiftrats , ſuivant
une Commiffion qui leur a
efté crpadiée par re du
Roy , & dont ils ne feront
ouverture qu'apres le depart
du Duc d'Ormond. On a
expedié les Lettres circulaires
pour convoquer le Parlement
au 29. May prochain , &
on les a envoyées dans les
Provinces, afin que les Villes ,
GALANT. 277.
les Bourgs & les Communautez
élifent les Députez , qui
doivent entrer à la Chambre
des Communes. Le feu Roy
avoit convoqué le Parlement
d'Ecoffe , & il devoit s'affembler
à Edimbourg , mais l'au
torité des Lettres Patentes ne
fubfiftant plus , Sa Majeſté
qui devoit y préfider en qualité
de grand Commiffaire , a
ordonné qu'il s'affemblera en
la maniere accoûtumée le 9.
d'Avril , fans avoir encore
'nommé celuy qui exercera la
Commiflion . On publia la
Proclamation à Edimbourg
278 MERCURE
le zo. du dernier mois , Par
my les Adreffes que l'on continue
de prefenter au Roy au
nom des principales Villes,
celle de l'Univerfitéd'Oxford
eft fort remarquable. Cette
Adreffe porte que confor
mément à la Religion que
les Loix ont établie , & à la
doctrine que profeffe cette
Univerfité , elle fe croit indifpenfablement
obligée à une
fidelité inviolable envers le
Roy,fans aucune reſtriction ,
nylimitation ; que ceux de fon
Corps l'ont affez fait paroiftre
dans les troubles arrivez fous 1
GALANT. 279
le regne de Charles I. & dans
les derniers temps , demeurát
fermes dás l'obeiffance qu'ils
devoient au Roy Charles II.
qu'ils font dans les mefmes
fentimens de fidelité & de
refpect pour Sa Majesté à
preſent regnante , & qu'ils
font prefts de luy en donner
des marques en toutes fortes
d'occafions , en maintenant
cette mefme Doctrine , & en
l'enſeignant dans les Ecoles ,
pour affeurer la tranquilité
publique. Le Roy doit aller
demeurer dans quelque
temps au Palais de Sommer280
MERCURE
fet , & on le prépare pour fon
logement. Le Service de la
Chapelle Royale à Witheal,
fe fait tous les jours de la
mefme maniere qu'il le faifoit
du temps du feu Roy . Le 4
de ce mois , Sa Majeſté apres
avoir entendu la Prédication ,
affifta à la Meffe dans la Chapelle
de la Reyne , & y communia.
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Résumé : Suite curieuse des Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la maladie, la mort de Charles II et l'accession au trône de son frère Jacques II. Le 7 février, les médecins rassurent le duc d'York (futur Jacques II) sur l'état de santé du roi, mais Charles II est de nouveau victime de convulsions et perd progressivement la parole. Le roi exprime sa résignation et ses sentiments pieux, demande pardon à Dieu, à la reine et au duc d'York, et recommande l'obéissance à ce dernier. Charles II meurt le 16 février à onze heures trois quarts du matin. Jacques II, devenu roi, annonce la nouvelle avec dignité et fermeté. Les cérémonies de proclamation se déroulent rapidement et sans trouble, le peuple acclamant le nouveau roi. Jacques II déclare que les fonctionnaires conservent leurs charges jusqu'à nouvel ordre et exprime son intention de convoquer un Parlement pour établir des revenus suffisants. Le corps de Charles II est embaumé et enterré à l'abbaye de Westminster. Jacques II et la reine font des dévotions publiques, et le roi annonce sa profession de la religion catholique, appelant à la franchise et à la sincérité. Les cérémonies et proclamations suivant l'accession au trône de Jacques II en Angleterre et Jacques VII en Écosse sont marquées par des manifestations de joie extraordinaire dans toutes les villes, avec des salves d'artillerie, des feux de joie et des proclamations officielles. Les magistrats, vêtus de robes d'écarlate, proclament l'avènement du nouveau roi, suivi de décharges de canons et de salves des milices. Dans les villes maritimes, les vaisseaux tirent également des salves. À Cambridge, la proclamation est faite lors d'une procession académique, suivie d'un grand repas en l'honneur du roi et de la reine. Les principales villes et communautés présentent des adresses au roi, exprimant leur zèle et leur fidélité, et remerciant le roi pour son engagement à maintenir le gouvernement établi dans l'Église et l'État selon les lois du royaume. Les compagnies de commerce soumettent également des adresses, acceptant de payer les impôts sur les marchandises conformément à la déclaration publiée. En Écosse, la proclamation est faite après la réception des lettres du roi, confirmant la continuité des officiers d'État et des magistrats dans leurs fonctions jusqu'à nouvel ordre. Jacques II, devenu Jacques VII en Écosse, est proclamé roi d'Écosse, d'Angleterre et d'Irlande, avec des serments de fidélité prêtés par les sujets. Les préparatifs pour le couronnement sont planifiés pour le mois de mai, avec des cérémonies similaires à celles du règne précédent, à l'exception de certaines traditions comme la création des chevaliers du Bain. Le duc d'Ormond reçoit l'ordre de se rendre à la cour, et des lettres circulaires sont envoyées pour convoquer le Parlement. L'université d'Oxford présente également une adresse, affirmant sa fidélité au roi et son engagement à maintenir la doctrine religieuse établie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 162-181
Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Comme tout ce qui regarde la santé est toûjours fort bien receu, [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Avantages, Mr Rouvière, Discours, Médecins, Faculté de médecine de Paris, Galien, Admiration, Ouvrages, Magistrats, Monarques, Traité, Antidote, Sciences, Remède, Pharmacie, Charlatans, Gloire, Professeurs, Critiques, Drogues, Doyen, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Comme tout ce quiregarde
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
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3
p. 296-299
PLACET. DE TROIS DEMOISELLES Pour le terme de Pasques, A MONSIEUR M....... Conseiller au Parlement.
Début :
Les belles Personnes ont des privileges naturels qui les font / Quoy que Juge & Partie, [...]
Mots clefs :
Privilèges, Sortie, Appartement, Maison, Saison, Belles, Magistrats, Chambre
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texteReconnaissance textuelle : PLACET. DE TROIS DEMOISELLES Pour le terme de Pasques, A MONSIEUR M....... Conseiller au Parlement.
Les belles Perſonnes ont
GALANT. 297
des privileges naturels qui
les font venir à bout de tout
ce qu'elles ſouhaitent. Vous
le connoiſtrez par la réponſe
qui a efté faite à ce Placet.
25522-5252552-2555
PLACE T
DE TROIS DEMOISELLES .
Pour le terme de Paſques
A MONSIEUR M.......
Conſeiller au Parlement.
Q
WoyqueFuge& Partie,
Nousvous fupplions bume
Sauenklement
298 MERCURE
Devouloirfairemneforriap 13
Devostrobas Appartement in
SE YA N
Le temps qui conte&qui va viſte,
Faitchercher en cette Saifon,
Quandonn'apas en propre un
As'affeurer d'une Marjonta
25
La Perſonne qui nous engage
A rimertoutes trois fibien,
Ytrouverafon avantage,
GNN
D5
Etvostre Hofteffe aufs le fien
25
٥٠
Deplus encore tout le monde
Admirera voſtre équite
Et votre generosite 1319 18
Charnerala Brune&la Blonde...
01
Déve , du Tillet , &d'orville,
Feroit voir en tous lieux vostre peu
d'interest,
EGADANITI 8299
Etqu'iln'estpointde Jugeen Ville
Qui rendist contre luy,commevous
un Arrest.
Vous ferez l'entretien des Belles,
Et le plaisirfera bien doux ,
Pourun Magistrat comme vous,
D'estretové dans les Ruelles.
S2
Dans vostre Chambre moſmement !
Jeunes&vieux vous ferontfeste,
D'avoirsouscrit figalamment
Aux fins de nostre humble Requeste.
GALANT. 297
des privileges naturels qui
les font venir à bout de tout
ce qu'elles ſouhaitent. Vous
le connoiſtrez par la réponſe
qui a efté faite à ce Placet.
25522-5252552-2555
PLACE T
DE TROIS DEMOISELLES .
Pour le terme de Paſques
A MONSIEUR M.......
Conſeiller au Parlement.
Q
WoyqueFuge& Partie,
Nousvous fupplions bume
Sauenklement
298 MERCURE
Devouloirfairemneforriap 13
Devostrobas Appartement in
SE YA N
Le temps qui conte&qui va viſte,
Faitchercher en cette Saifon,
Quandonn'apas en propre un
As'affeurer d'une Marjonta
25
La Perſonne qui nous engage
A rimertoutes trois fibien,
Ytrouverafon avantage,
GNN
D5
Etvostre Hofteffe aufs le fien
25
٥٠
Deplus encore tout le monde
Admirera voſtre équite
Et votre generosite 1319 18
Charnerala Brune&la Blonde...
01
Déve , du Tillet , &d'orville,
Feroit voir en tous lieux vostre peu
d'interest,
EGADANITI 8299
Etqu'iln'estpointde Jugeen Ville
Qui rendist contre luy,commevous
un Arrest.
Vous ferez l'entretien des Belles,
Et le plaisirfera bien doux ,
Pourun Magistrat comme vous,
D'estretové dans les Ruelles.
S2
Dans vostre Chambre moſmement !
Jeunes&vieux vous ferontfeste,
D'avoirsouscrit figalamment
Aux fins de nostre humble Requeste.
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4
p. 56-97
Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Début :
Nous commençons d'entrer dans une Saison où l'on [...]
Mots clefs :
Prix de l'Arquebuse, Autun, Ville, Prix, Chevaliers, Mr Dorné, Roi, Armes, Loges, Bal, Villes, Capitaine, Tente, Comte, Trompettes, Compagnie, Broderie, Ordre, Livrées, Tirer, Dames, Jeunesse, Plumes, Logis, Vin, Tambours, Vierg, Magistrats, Province, Roi de Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Arquebuse proposé à cinquante Villes differentes par Mrs de la Ville d'Autun. [titre d'après la table]
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
Fermer
5
s. p.
EXTRAIT D'un Discours Latin sur la Satyre.
Début :
Le Pere Porrée prend dans son Exorde un juste milieu [...]
Mots clefs :
Satire, Société, Société civile, Morale, Magistrats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'un Discours Latin sur la Satyre.
EXTRA IZ
D'un Difcours Latin
fur la Satyre.
Le Pere Porrée prend
dans fon Exorde un juſte
12 MERCURE
milieu entre les Partifans
trop zelez de la Satire & , les
Cenfeurs outrez qui la condamnent.
Il prouve dans fon premier
Point l'utilité de la
Jans focieté civile.
{
Il prefcrit dans fon fe
cond Point , les bornes de
fa Satire , & les moyens de
s'en fervit utilement , fans
violer les loix de la focieté
civile.u
EXORDE
Les Partifans outrez de
fa Satire , difent que les
Orateurs Chreftrens prêchent
GALANT * }
chent une Morale plus incompatible
avec les moeurs
du ficcle que la Satire , &
que par confequent
, la Satire
fait plus de fruit que les
Sermons ; ils
préferent encore
la Satire aux loix écrites
qui ne font
connues que par
les Juges & les Avocats
ils preferent la Satire à la
Morale des
Philofophes qui
n'eft connue que des Sçavans
ou pluftor qui eft em
brouillée par les idées particulieres
que chaque Sçavant
fe fait des differens fiftêmes
des Philofophes. La Satire
Février
1711 . B
14 MERGURE
a fur tout cela l'avantage
d'eftre lûe & compriſe par
tout le monde , elle engage
par fes agréments les hommes
à faire des réflexions
utiles pour eux , fur les défauts
qu'ils voyent blâmer
dans les autres .
Ceux au contraire qui
condamnent la Satire la
croye tres dangereufe parce
qu'elle ne s'occupe que des
défauts d'autruy , & qu'ainfi
elle entretient la vanité , &
la malignité humaine tres
contraire aux principes du
Chriftianifme , le P. Porre
A
GALANT
prend entre ces deux extremitez
un jufte milieu qu'il
défigne parfaitement dans
la feconde Partie de fon
Difcours.
I. POINT. J
Tout ce qui contribue à
maintenir la focieté entre les
Hommes eft bon , & par
le même principe tout ce
qui tent à troubler la paix &
l'union eft mauvais.
Tous les vices & les dé
fauts des hommes nuifent à
cette union , & commeil y
en a de plufieurs fortes il y a
auffi differents moyens pour
les
reprimer.
Bij
ya
16 MERGURE
Les vols les incendies les
meurtres & les crimes femblables
, font punis par la
loy , c'eft l'affaire des Juges
de punir les coupables..
Les médifances , l'envie ,
les haines fecrettes , &c . peuvent'être
attaquées & combatues
par les Prédicateurs
& par les Livres de Morale.
Mais il eft d'autres dé
fauts contraires à la focieté ,
qui ne peuvent être corigez
que par la Satire. Il eſt des
caracteres. infuportables
dans le commerce des honGALANT.
17
neftes gens ; des indifcrets ;
des taciturnes , des grands
parleurs , des precicufes
des fanfarons, des indolents,
des difputeurs , des complai
fants fades , des efprits de
contradiction , & c .
La Juftice ne peut pas
faire le procés à ces pertur
bateurs de la focieté civile ,
il faut bien que la Satire les
puniffe , & les corrige.
H. POIN T.
la
La Satire n'eft permife ,
que lorfqu'elle n'eft animée
ni par la jaloufie , ni par
haine mais feulement par un
Biij
18 MERCURE
zele ardent & reglé pour la
perfection.
Il ne faut jamais faire de
portraits où le public puiſſe
reconnoître un homme en
particulier , mais il faut que
chaque particulier puiffe fe
reconnoître dans la peinture
generale des vices & des
ridicules de fon fiecle.
La perfection de la Satire
& même de la raillerie confifte
à la rendre fi innocente
& fi agréable qu'elle réjoüiffe
celuy même qu'elle veuc
corriger.
Il fit un crime aux Satiri
GALANT. 19
ques non feulement de nommer
, mais de défigner ceux
qu'on veut reprendre .
Si c'eft une perfection dans
les Satires d'attaquer les vices
fans nommer perfonne ,
c'en eft une dans les Panegyriques
de ne point nommer
ceux qu'on louë , mais de les
defigner fi parfaitement par
des louanges convenables ,
que tout le monde les reconnoiffe.
C'eft avec cet art que
le P. Porée defigna , noſtre
grand Monarque par un affemblage
de vertus , dont il
fit la peinture
.
20 MERCURE
Enfuite il nous fit fentir par´
une defcription ingenieu
fe du cahos & du tumulte
de la ville de Paris , l'excellence
& la fuperiorité de geniè
d'un Magiftrat , qui peut la
contenir & la regler , pour
ainfi dire , en ſe jouant.
Enfuite il donna quel
que traits de loüange , ou de
blâme à quelques Auteurs
Satiriques , par raport au
bon ou au mauvais . ufage
qu'ils avoient fait de la Satil
re.
Il ne fuffit pas dit le R. P.
Porrée que la Satire foirjufte
GALANT. 21
& moderée , il faut encore
pour eftre utile & loüable
qu'elle foit bien placée , &
par raport aux occafions
& par raport aux perfonnes ,
il fit voir en peu de mots
les occafions ou la Satire
• eft déplacée , & prouva
qu'elle eft toujours un crime
par exemple contre
Souverains , les Magiftrats ,
les
en un mot contre tous ceux
à qui nous devons du refpect
ou des égards .
D'un Difcours Latin
fur la Satyre.
Le Pere Porrée prend
dans fon Exorde un juſte
12 MERCURE
milieu entre les Partifans
trop zelez de la Satire & , les
Cenfeurs outrez qui la condamnent.
Il prouve dans fon premier
Point l'utilité de la
Jans focieté civile.
{
Il prefcrit dans fon fe
cond Point , les bornes de
fa Satire , & les moyens de
s'en fervit utilement , fans
violer les loix de la focieté
civile.u
EXORDE
Les Partifans outrez de
fa Satire , difent que les
Orateurs Chreftrens prêchent
GALANT * }
chent une Morale plus incompatible
avec les moeurs
du ficcle que la Satire , &
que par confequent
, la Satire
fait plus de fruit que les
Sermons ; ils
préferent encore
la Satire aux loix écrites
qui ne font
connues que par
les Juges & les Avocats
ils preferent la Satire à la
Morale des
Philofophes qui
n'eft connue que des Sçavans
ou pluftor qui eft em
brouillée par les idées particulieres
que chaque Sçavant
fe fait des differens fiftêmes
des Philofophes. La Satire
Février
1711 . B
14 MERGURE
a fur tout cela l'avantage
d'eftre lûe & compriſe par
tout le monde , elle engage
par fes agréments les hommes
à faire des réflexions
utiles pour eux , fur les défauts
qu'ils voyent blâmer
dans les autres .
Ceux au contraire qui
condamnent la Satire la
croye tres dangereufe parce
qu'elle ne s'occupe que des
défauts d'autruy , & qu'ainfi
elle entretient la vanité , &
la malignité humaine tres
contraire aux principes du
Chriftianifme , le P. Porre
A
GALANT
prend entre ces deux extremitez
un jufte milieu qu'il
défigne parfaitement dans
la feconde Partie de fon
Difcours.
I. POINT. J
Tout ce qui contribue à
maintenir la focieté entre les
Hommes eft bon , & par
le même principe tout ce
qui tent à troubler la paix &
l'union eft mauvais.
Tous les vices & les dé
fauts des hommes nuifent à
cette union , & commeil y
en a de plufieurs fortes il y a
auffi differents moyens pour
les
reprimer.
Bij
ya
16 MERGURE
Les vols les incendies les
meurtres & les crimes femblables
, font punis par la
loy , c'eft l'affaire des Juges
de punir les coupables..
Les médifances , l'envie ,
les haines fecrettes , &c . peuvent'être
attaquées & combatues
par les Prédicateurs
& par les Livres de Morale.
Mais il eft d'autres dé
fauts contraires à la focieté ,
qui ne peuvent être corigez
que par la Satire. Il eſt des
caracteres. infuportables
dans le commerce des honGALANT.
17
neftes gens ; des indifcrets ;
des taciturnes , des grands
parleurs , des precicufes
des fanfarons, des indolents,
des difputeurs , des complai
fants fades , des efprits de
contradiction , & c .
La Juftice ne peut pas
faire le procés à ces pertur
bateurs de la focieté civile ,
il faut bien que la Satire les
puniffe , & les corrige.
H. POIN T.
la
La Satire n'eft permife ,
que lorfqu'elle n'eft animée
ni par la jaloufie , ni par
haine mais feulement par un
Biij
18 MERCURE
zele ardent & reglé pour la
perfection.
Il ne faut jamais faire de
portraits où le public puiſſe
reconnoître un homme en
particulier , mais il faut que
chaque particulier puiffe fe
reconnoître dans la peinture
generale des vices & des
ridicules de fon fiecle.
La perfection de la Satire
& même de la raillerie confifte
à la rendre fi innocente
& fi agréable qu'elle réjoüiffe
celuy même qu'elle veuc
corriger.
Il fit un crime aux Satiri
GALANT. 19
ques non feulement de nommer
, mais de défigner ceux
qu'on veut reprendre .
Si c'eft une perfection dans
les Satires d'attaquer les vices
fans nommer perfonne ,
c'en eft une dans les Panegyriques
de ne point nommer
ceux qu'on louë , mais de les
defigner fi parfaitement par
des louanges convenables ,
que tout le monde les reconnoiffe.
C'eft avec cet art que
le P. Porée defigna , noſtre
grand Monarque par un affemblage
de vertus , dont il
fit la peinture
.
20 MERCURE
Enfuite il nous fit fentir par´
une defcription ingenieu
fe du cahos & du tumulte
de la ville de Paris , l'excellence
& la fuperiorité de geniè
d'un Magiftrat , qui peut la
contenir & la regler , pour
ainfi dire , en ſe jouant.
Enfuite il donna quel
que traits de loüange , ou de
blâme à quelques Auteurs
Satiriques , par raport au
bon ou au mauvais . ufage
qu'ils avoient fait de la Satil
re.
Il ne fuffit pas dit le R. P.
Porrée que la Satire foirjufte
GALANT. 21
& moderée , il faut encore
pour eftre utile & loüable
qu'elle foit bien placée , &
par raport aux occafions
& par raport aux perfonnes ,
il fit voir en peu de mots
les occafions ou la Satire
• eft déplacée , & prouva
qu'elle eft toujours un crime
par exemple contre
Souverains , les Magiftrats ,
les
en un mot contre tous ceux
à qui nous devons du refpect
ou des égards .
Fermer
Résumé : EXTRAIT D'un Discours Latin sur la Satyre.
Dans un discours latin sur la satire, le Père Porrée se positionne entre les partisans excessifs de la satire et ses censeurs. Il reconnaît l'utilité de la satire pour la société civile, tout en définissant ses limites et les moyens de l'utiliser de manière constructive. Les partisans de la satire la considèrent plus efficace que les sermons, les lois écrites et la morale des philosophes, car elle est accessible et compréhensible par tous. Elle incite les hommes à réfléchir sur les défauts qu'ils observent chez les autres. En revanche, les opposants la jugent dangereuse, car elle se concentre sur les défauts des autres, nourrissant ainsi la vanité et la malignité. Porrée soutient que tout ce qui maintient la société est bon, et que les vices nuisent à cette union. Les lois punissent les crimes graves, les prédicateurs et les livres de morale combattent les médisances et l'envie, mais la satire corrige les défauts qui perturbent la société civile, comme les caractères insupportables dans les relations sociales. Dans son second point, Porrée précise que la satire doit être animée par un zèle pour la perfection, sans jalousie ou haine. Elle ne doit pas nommer des individus spécifiques, mais peindre des vices de manière générale. La satire parfaite est innocente et agréable, même pour ceux qu'elle cherche à corriger. Porrée illustre ces principes par des exemples et des louanges adressées à certains auteurs satiriques, tout en soulignant l'importance de la modération et du respect dans l'usage de la satire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 536-553
Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union ; prononcé [...]
Mots clefs :
Lyon, Union, Discours, Prévôt, Concorde, Discorde, Magistrats, Justice, Société, Gouverneur
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
DISCOURS sur les avantages et la né
cessité de l'Union ; prononcé dans l'Hôtel
de Ville de Lyon , le 21 Decembre 1730.
jour de S. Thomas , la premiere année de
la Prevoté de M. Camille Perrichon , par
Me A. G. Boucher d'Argis , Avocat au
Parlement. A Lyon , chez André Laurent,
Imprimeur de M. le Duc de Villeroy & de
ta Ville , rue Raifin , à la Vérité , 1731 .
in 4.
Tous les ans , le 21 Decembre , il se
fait à Lyon , dans l'Hôtel de Ville , un
Discours public , où assistent en ceremonie
l'Archevêque , le Gouverneur de
la Ville , le Lieutenant de Roy , l'Intendant
, les Comtes de Lyon , la Cour des
Monnoyes , le Bureau des Finances , l'Election
, le Prevôt des Marchans et les
Echevins , les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Ce Discours qui roule sur tel sujet qu'il
plaît à l'Orateur de choisir , se termine
par des complimens addressez à chacune
des et à chacune des Compapersonnes
gnies que nous venons de nommer ,
il est précédé d'un Discours au Roy ,
et à present d'un autre à la Reine , et
d'un troisiéme au Dauphin.
६
M. Boucher d'Argis , Avccat au Parlement
de Paris , déja connu par quelques
Plaidoyers qui ont été goutez , fut
choisi
MAR S. 1731. 537
choisi pour faire le Discours du mois de
Decembre dernier , qui est celui dont
nous allons rendre compte.
L'Orateur y prend pour texte ces mots
de Salluste, dans son histoire de la guerre
des Romains contre Jugurtha.
› Concordia parve res crescunt . discordia
maxime dilabuntur. Et après avoir apos
trophé le Roy , la Reine , et Monseigneur
le Dauphin , dont les Portraits étoient
présens ; il apostrophe tout de suite M. le
Duc de Villeroy , Gouverneur de Lyons
M. le Duc de Retz , Lieutenant de Roy ;
M. Pouletier , Intendant ; Messieurs les
Comtes de Lyon , la Cour des Monnoyes ,
le Bureau des Finances,l'Election , M.Perrichon
, Prevôt des Marchands , Mess . les
Echevins , actuellement en charge , et
enfin Mrs les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Nous n'avons point nommé M. l'Archevêque
, parce que sa maladie ne lui
permit pas d'être présent.
Quoique le Discours soit françois , les
Apostrophes sont en latin , comme c'ess
Fusage : Les voici.
Rex Christianissime ,
Regina Christianissima.
Serenissime Delphine.
'Summe Provinciæ moderator,
1
Fiij Digni
538 MERCURE DE FRANCE
Dignissime Pro -Rex.
Amplissime Dicoearcha.
Nobilissimi Lugduni Comites.
Præses et Senatores integerrimi.
Præses et Regii Questores ornatissimi,
Tributorum Descriptores sapientissimi,
Clarissime Mercatorum Præses , nec non civitas
tis Præfecte .
Lectissimi ac Providentissimi Consules.
Viri de Patriâ quàm optime meriti.
Caterique Auditores omnium Ordinum commendatissimi.
c'est
Après ces saluts , M. Boucher d'Argis
commence son Discours, où il se propose
de montrer le prix inestimable de l'Union
. Son début est que de tous les avantages
qui contribuent à la splendeur d'un
Etat et au bonheur des Peuples , il n'en
est point de comparable à l'Union , que
par elle
que la fortune des particu
liers s'accroît et se conserve , que les
forces d'un Etat s'augmentent et se perpetuent
, que se forme cette Puissance qui
fait redouter un Empire à tous les autres
Peuples , et les force à le respecter ; que
sans l'Union,toute Société , quelque puissante
qu'elle paroisse à nos yeux , éprouve
bien-tôt que toute cette force apparente
n'étoit qu'une veritable foiblesse , enfin
que
MARS. 1731. $39
que sans l'Union l'on ne peut s'attendre
de voir subsister ni les Coutumes les
mieux établies , ni les Empires les plus
florissans.
,
Pour faire sentir la vérité de ces maximes
M. d'Argis demande quel autre
motif que celui des secours qu'on doit
attendre de l'Union , a engagé les hom
mes dans les siècles les plus reculez à for--
mer entr'eux ces Sociétez , que le temps
et l'experience n'ont pas encore cessé de
perfectionner. N'est- ce pas , dit-il , ce qui
Les a obligez de s'assembler , de bâtir des
Villes , de se faire des Loix pour y amener
FOrdre et la Justice parmi eux. L'Homme,,
continuë- t- il , ce chef- d'oeuvre de la naș
ture , si parfait , si achevé , et que ses prox
pres perfections rendent incompréhensible à
Ini-même; cet être , dont l'intelligence s'étend
·au-delà des bornes de l'Univers ; le croiroiton
, Messieurs , ne peut cependant se suffire
à lui-même il ne sçauroit fournir à tous ses
differens besoins , le secours de ses semblables:
lui est nécessaire ; je ne dis
pas
seulement
pour soutenir la foiblesse de l'enfance , mais
pour suppléer dans tous les âges , aux défauts
qui sont inséparables de sa nature ; ainsi l'a
ordonné le Créateur. Est-ce pour humilier
Homme et lui faire sentir qu'il n'est pas
encore tout àfait hors du neant ? N'est- cepas
plutôt pour lier ensemble les hommes par des
Fij noeuds
$40 MERCURE DE FRANCE.
noeuds d'autant plus indissolubles qu'un inferêt
commun les forme et les serre ? On peut
donc dire de l'Union , qu'elle est aussi nécessaire
qu'avantageuse , puisqu'elle est le
principe et la source de la grandeur d'un
Etat et de la félicité des Peuples .
M.d'Argis prévoit icy l'erreur où pourroit
conduire le mot équivoque d'Union,
et comme rien n'est plus important dans
un point de la conséquence de celui - cy
que de bien définir un terme essentiel sur
lequel roule tout ce qu'on avance , l'Orateur
a soin d'en éloigner jusqu'à la
moindre ambiguité. A
Mais quelle est , dit- il , cette Union désirable
qui peut seule procurer de si grands
avantages ? Ce n'est pas seulement une Sosiété
formée au hazard entre plusieurs hommes
qui se rassembleroient en un même lien
pour réunir leurs forces , leurs talens , leur
industrie, et se préter un secours mutuel.L’Vnion
dans ce point de vûë , ne laisseroit pas
de leur être utile et même nécessaire , mais
elle seroit encore imparfaite ce ne seroit
qu'une assemblée formée par l'interêt à laquelle
souvent le coeur n'auroit point de
part. Ceux qui seroient ainsi rassen.ble ,.
pourroient être divisez interieurement. Ils ne
seroient même que plus à plaindre d'être
réunis dans un même lieu , s'ils n'étoient
encore plus unis de coeur et d'affection.
A
MARS. 1731.
541
A ces trairs l'Auteur en ajoute d'autres
qui ne permettent pas de se méprendre
sur la véritable Union dont il parle .
•
La concorde , dit- il , qui doit nécessairement
procurer la gloire de l'Etat et la félicité
des Peuples , n'est autre chose qu'une société
formée par des liaisons de bienveillance
contractée entre un Peuple entier , qui semble
être convenu de ne composer qu'une simple
famille sous un même Chef: Cette société
est fondée sur les Loix qui reglent les devoirs
de chaque membre de cette famille . L
zele et l'application qu'ils ont à s'acquitter
chacun des fonctions qui leur ont été destinées
, l'attention qu'ils ont de ne point se
troubler les uns les autres , forment cett ?
union parfaite qui procure des avantages
considérables à la société , qu'elle se voit en
état de résister à tous ceux qui voudroient
La détruire. Chaque Membre de cette Société
voit augmenter chaque jour sa fortune et
fouit en paix du fruit de ses travaux et de
son industrie.
si
Après cette explication , M. d'Argis expose
ce que c'est qu'un Etat . Il remarque
que c'est un Corps , et que les Citoyens
en sont les membres ; que le rapport mutuel
que ces Citoyens ont entr'eux,donne
à ce Corps l'ame et la vie , et forme un
composé merveilleux qui ne peut subsiter,
ni conserver son être sans cette heu
F v reuse
$42 MERCURE DE FRANCE
reuse harmonie que l'on admire dans l'U
nivers et dans toutes les Parties qui le
composent.
Il appuye de l'expérience sa réfléxion.
11 demande si l'on n'éprouve pas tous les
jours dans l'éxécution des projets , même
les plus ordinaires , l'avantage et la nécessité
de se réünir plusieurs pour y
réüssir ; il fait observer que souvent un
seul se rebuteroit, et que deux s'animent ;
que l'un a le conseil et l'autre l'exécu
tion ; l'un la force et l'autre l'adresse ;
le se- les talens sont partagez et que que
Cours mutuel vient about de tout, ensorte
que l'Union conduit au succès des entreprises
les plus difficiles.
Nous passons quelques autres refléxions
pour venir à la peinture que M. Boucher
d'Argis, qui ne perd jamais de vûë
son objet , trouve occasion de faire du
bonheur complet d'un Etat. Peinture ,
dont les traits bien considerez , offrent
d'utiles leçons .
Le bonheur de l'Etat , dit-il , est parfait
Lorsque chaque Citoyen se renferme dans de
justes bornes , s'applique uniquement à remplir
ses devoirs , et ne contrevient point aux
Loix qui sont le fondement de la société civile
; car cette douce paix que la concorde
procure aux Peuples , est le fruit de lajus→
tice et l'ouvrage de ceux qui en sont les dér
posiMARS.
1731. 543
›
positaires ; c'est la justice qui apporte par
tout cet ordre , et cette simetrie politique qui
unit les personnes de différentes conditions
les différens corps , les differens états ; c'est
elle qui entretient cette liaison si utile et si
nécessaire entre les différentes nations , c'est
elle qui concilie par la modération l'inégalité
des humeurs et des esprits , et qui entretient
chacun dans son rang et ses droits , c'est
elle qui établit la subordination ; enfin qui
réprime la licence et le désordre enprotegeant
l'innocence et soutenant la vérité.
L'Orateur ajoute que les troubles , les
dissentions , qui interrompent quelquefois
la tranquillité d'un Etat , ou des par
ticuliers , ne viennent que des excès que
la Justice n'a point réprimez ; après quoi
il conclud que ce sont donc les Loix qui
forment et qui entretiennent cette Union
si avantageuse et si nécessaire pour la
gloire et le bonheur des Peuples , que pat
conséquent il est de l'attention des Magis
trats qui sont chargez du soin de faire
exécuter ces Loix , qu'on doit attendre la
conservation d'un bien si précieux, puis
que ce sont eux qui par leur autorité, et
plus encore par leur prudence , doivent
entretenir dans un Etat cet accord , cette
harmonie , cette subordination si désirables
, sans quoi les peuples ne peuvent
être sensibles aux autres biens..
Fvj Telle
་ ་
t
544 MERCURE DE FRANCE
Telle est l'idée que M. Boucher d'Argis
veut qu'on se fasse de la concorde et
de l'Union qui doit regner entre les differens
Peuples d'un même Etat. Tels sont
les fondemens qu'il pose de leur grandeu
er de leur félicité ? Il en appelle icy aux
exemples que fournit là- dessus l'Histoire.
Il veut que l'on jette les yeux sur les
Empires les plus florissans , qu'on les
considere dans leur origine , qu'on les
suive dans leurs différens progrès jusqu'au
dégré de Puissance et de Grandeur où ils
sont parvenus , et il soutient qu'on n'en
découvrira pas un seul qui dans toutes les
occasions importantes ne se soit soutena
et ne se soit élevé par l'effet de l'Union.
Il cite sur ce point l'ancienne Rome
qui par la force de ses armes , soumit
presque toute la terre.
Ce n'étoit d'abord , dit-il , qu'une assemblée
de quelques Bergers & les Nations voisines
étoient puissantes et redoutables ; il paroissoit
difficile qu'une Ville naissante comme
celle- là , pût jamais s'élever au milieu de
tant de Peuples , jaloux de son établissement
; cependant malgré tous les avantages
que les Peuples de l'Italie avoient sur elle ;
P'Union des Romains la rendit plus puissan
te que cette multitude de Nations ennemis
qui l'environnoient de toutes parts. Unis
pour le bien de la Patrie , animez d'un même
zele
MARS. 1731. 545
zéle pour la gloire , ilsfurent toujours invincibles
, et la posterité de cette petite troupe
Bergers conquit tout l'Univers.A
de
Notre Orateur ne manque pas icy
l'occasion qui se présente de rapporter ce
que firent les Romains , pour marquer
combien ils s'estimoient redevables à la-
Concorde. Comme leur Empire , remarque-
t- il , devoit tous ses progrès à l'Union
, ils la regarderent comme un présent
du ciel , et s'en firent une Divinité
qu'ils adorerent sous le nom de la Concorde.
Camille voulut qu'on lui rendit
un culte solennel , et lui éleva un Temple
, où l'on faisoit des Sacrifices pour
la
coujurer de répandre dans tous les coeurs
des sentimens de paix et d'union.
Mais sans s'arrêter à des exemples
étrangers pour faire voir ce que peut
l'Union , M.d'Argis n'en veut point d'autres
que le bonheur dont la France joüit
depuis son origine. Bonheur , dit - il ,
qui n'a souffert d'alteration que dans ces
tems orageux où les furies , je veux dire , les
passions , je veux dire cette ambition qui
rompt les attachemens les plus naturels, vint
soufler dans tous les coeurs le trouble et la
discorde , et causer des désordres que
la sagesse
et la valeur de nos Rois ont tellement
fait évanouir , que nous ne les connoissons
plus que par l'Histoire.
Ainsi
146 MERCURE DE FRANCE
Ainsi la Concorde, continuë notre Orateur
, ( lequel fait toujours servir ses réfléxions
de preuve à son texte, et ne sçait
ce que s'est que de s'écarter à de vaines
digressions. ) Ainsi la Concorde qui avoit
uni pendant tant de siécles toutes les Villes
et toutes les Provinces dont est composé
cet Etat si vaste et si floritsant, cette
même Concorde les réunit encore aujourd'hui
et les lie entr'elles par des liens
d'autant plus parfaits , qu'elles ont mieux
reconnu par une fatale experience, les mal .
heurs qu'entraîne après soi la Discorde.
Ici M. d'Argis , par une de ces tran
sitions, où il y a quelquefois d'autant plus
d'art qu'il y en paroît moins , trouve
moyen , en se tenant toujours renfermé
dans son sujet , de passer à l'éloge de la
Ville de Lyon.
Quelbonheur pour cette Ville , s'écrie - t-il,
de n'avoirjamais éprouvé que les avantages
de l'Union, et qu'il lui est glorieux de s'êtra
toujours élevée par sa sagesse et sa constance ,
au- dessus des exemples pernicieux que lui
donnerent dans les malheureux temps , dont
nous venons de parler , la pluspart des Villes
du Royaume , et d'avoir ainsi surpassé la
Ville même à laquelle seule elle peut ceder le
rang dans l'Etat.
Tout ne paroît- il pas annoncer icy cette
Union désirable , et ne dirait- on pas que la
natura
MARS. 1731. $47
"
nature même y porte les habitans fortune
de cette Ville.
M. d'Argis en appelle là- dessus à la
seule situation de la Ville dont il parle..
- Deux Fleuves superbes et majestueux ,
dit-il , qui après avoir arrosé diverses contrées
, viennent mêler leurs eaux aux pieds
des murs de cette Ville , pour ne faire plus
qu'un Fleuve , malgré l'extrême difference de
leur cours ; ne semblent - ils pas nous appren
dre quel est l'heureux caractere et la disposi
tion naturelle de ceux qui en habitent les
bords.
Cette Ville , située au centre de l'Europe,
ne paroît-elle pas faite pour réunir les diffé
rens Peuples que son commerce florissant y
attire ?
Après ces réfléxions sur la situation
du lieu , l'Orateur entre dans le détail de
plusieurs circonstances glorieuses à la
Ville de Lyon.
·
Il remarque que les Romains distin
guerent toujours cette Ville de tout le
reste de leur domination , qu'ils firent
gloire de contribuer à sa grandeur , et
qu'en reconnoissance
des avantages que
son commerce leur procuroit , ils voulurent
qu'elle fût , pour ainsi dire , unieavec
Rome , et qu'elle fût reconnue pour
Colonie Romaine; que l'Empereur Clau
de qui y étoit né , le proposa lui-même
348 MERCURE DE FRANCE
*
*
au Sénat , et fit à cette occasion la Ha
rangue que cette Ville conserve encore ,
dans laquelle il representa de quelle importance
il étoit pour l'Empire , d'attacher
de plus en plus à la Patrie de tant
d'Illustres Sénateurs , une Alliée fidelle incapable
de manquer à ses engagemens.
Que le Sénat qui connoissoit les avantages
et la nécessité de l'Union , reçut avec
empressement la proposition de l'Empereur,
et fit gloire d'associer Lyon à Rome.
Que ce n'est pas seulement avec les
Peuples voisins que les habitans de cette
celebre Ville sçavent entretenir des liaisons
utiles à leur Commerce , mais que
le succès de ce Commerce dépend encore
bien plus de la bonne intelligence dans
laquelle ces mêmes Habitans vivent entre
eux , et sur tout de ces societez particulieres
qui font l'union des fonds er
des soins de plusieurs Négocians ; societez
qui rendent le Commerce de Lyon
plus considerable et en même tems plus
facile , par le secours mutuel que ceux
qui les composent se prétent en travail,
lant de concert au bien commun.
M.d'Argis n'oublie pas de mettre ici sous
les yeux la justice et l'équité qui président
à ce Commerce ; l'attention des Magistrats
à maintenir par tout le bon ordre ,
l'empressement des Citoyens à observer
les
MARS. 1731. 549
les Loix , leur attachement au Prince 1
qu'ils regardent comme le lien de leur
union , enfin les épreuves que dans les
situations les plus difficiles nos Rois ont
faites de cet inviolable attachement , et
sur lesquelles est fondée cette confiance
singuliere qui se repose de la garde d'u
ne Ville si importante , sur ses seuls Citoyens
, & c.
Tout ce qu'a dit jusqu'ici l'Orateur ;
aboutit à cette conclusion , qu'il n'est rien
de plus avantageux que l'union , et que
c'est elle qui contribuë le plus à la gran,
deur d'un Etat et au bonheur des Peuples.
Concordia parva res crescunt.
Reste à montrer les malheurs qu'entraîne
avec soi la funeste discorde , selon
ces autres paroles du Texte : Discordia
maxima dilabuntur. Et c'est ce que M.d'Argis
fait voir par plusieurs Refléxions et
par plusieurs exemples.
Il veut qu'on se représente d'abord un
Monstre conduit par la rage , les yeux enflammez
, le front couvert de sang , secoüant
dans ses mains de noirs flambeaux,
répandant en tous lieux les soupçons , la
frayeur , les allarmes , traînant après lui
la haîne et l'inhumanité .
Telle est , dit-il , et plus affreuse encore
la Discorde qui ravage un Etat ; on n'y
voit que fuaestes, ligues , qu'intrigues crimi
nelles
5 MERCURE DE FRANCE
nelles , qu'odieuses conspirations ; les Peu
ples , au lieu de réunir leurs forces contre les
ennemis de l'Etat , les tournent contre euxmêmes
et se détruisent. La gloire de l'Etat
s'obscurcit , et bientôt sa grandeur et sa puissance
s'évanoüissent ; mais le plus terrible
effet de la desunion ce sont les Guerres civiless:
ces Guerres qui font frémir la Nature , et qui
pourtant l'échauffent. On suit aveuglément
differens partis , l'unjuste , si l'on veut , l'autre
injuste ; mais ils sont également violens
également cruels ; l'un et l'autre cherche à
verser le sang qu'il devroit deffendre. Le
fils armé contre le pere , le frere contre le freres.
tous aspirent à une victoire dont ils devroient
rongir; le parti que la fortune aveugle favorise,
ne triomphe que sur les ruines de la
Patrie.
M. d'Argis représente ici combien legere
est souvent la cause de tant de maux;
et remontant à l'Histoire Romaine , ildemande
combien les démêlez de Marius:
et de Sylla , devenus une dissension publique
, ne couterent pas de sang à Rome,
tour-à-tour esclave de ces deux Tyrans
? Il remarque comme elle se livre ensuite
à l'ambition de César et de Pompée,
non pour deffendre sa liberté , mais pour
servir la jalousie de deux Rivaux , et
comme le Trophée que César éleve à
Pharsale , devient le tombeau de la liberté
>
· pu
MARS. 1731. $52
publique ; mais une observation essen
tielle qu'il fait à ce sujet , c'est que le
sort de l'Empire fût le même que celui
de la République ; il soutint toute sa
gloire , il conserva toute son étendue
tant qu'il n'eut qu'un Maître absolu
dont l'autorité réunissoit tant de Peuples.
Au lieu le que partage l'affoiblit , en
avilit la majesté , et le rendit la conquête
facile des Barbares qu'il avoit autrefois.
subjuguez .
L'Orateur descend ensuite à la Monar
chie Françoise ; mais c'est pour déclarer
qu'il ne peut se résoudre à parler des périls
où la discorde a mis autrefois cette
Monarchie , qu'à la verité la fidélité de
Lyon paroîtroit avec éclat ; mais que
cette Ville veut bien renoncer à la gloire
qui lui en reviendroit , pourvû qu'on lui
épargne un souvenir si douloureux.
Si des Etats l'on passe à l'interieur des
Familles ; quels maux n'y cause pas la discorde
? Cet article n'échappe pas à M.d'Argis
, il expose aux yeux les desordres qui
surviennent , lorsque l'union , si necessaire
entre ceux que la Nature unit déja par
les liens du sang , cesse de regler leurs dé
marches , et qu'une haine implacable formée
par l'intérêt ou par quelqu'autre pas+
sion aussi funeste , s'empare de leurs es
prits. Plus l'union , dit- il , et l'amitié sant
natu
352 MERCURE DE FRANCE
naturelles entre ces personnes , plus il semble
qu'il soit difficile de les reunir lorsqu'elles
sont malheureusement divisées. La déroute
se met alors dans les fortunes les mieux établies
, les Maisons les plus brillantes et les
plus illustres périssent on voit avec douleur
ceux qui sont particulierement nez pour
se prêter un secours mutuel, prendre plaisir à
se détruire réciproquement delà ces inimitiez
irréconciliables qui se perpetuent dans
et qui se soutiennent encore
sur les ruines même des Maisons qu'elles
ont renversées.
les Familles
--
,
- Notre Auteur , après une suite d'autres
Refléxions sur les malheurs qu'entraîne
la discorde , finit en ces termes :
: Mais ne nous arrêtons pas davantage à
ses objets odieux , écartons ces images funespes
, qui ne doivent servir qu'à nous apprendre
la necessité de l'union. Je n'ai pas
besoin de faire envisager à cette Ville ," les
malheurs de la desunion qu'elle ne connut
jamais. Elle est , au contraire , le modele
d'union le plus parfait qu'on puisse proposer
à toutes les Villes du Royaume . Enfaut- il
d'autre preuve que cette auguste Assemblée
où j'ai l'honneur de voir tant de grands hom
mes et tant de Corps illustres réunis , qui
concourent tous à entretenir l'union parfaite
qui regne dans cette Ville..
Au Discours de M.d'Argis en succedent
qua-
养
MAR S. 1731 .
553
quatorze autres du même Orateur, comme
nous l'avons marqué ; le premier au Roi ,
le second à la Reine , le troisiéme au Dau
phin , et les autres aux differentes personnes
et aux differentes Compagnies que
nous avons nommées au commencement.
Ces Discours ont tous rapport à l'union;
et quoique très - differens entr'eux par
leurs differens sujets , ausquels ils sont si
propres , qu'ils ne peuvent être appliquez
à d'autres , l'Auteur a pris soin de
les tourner de maniere , que nonobstant
cette difference essentielle et absolument
requise,ils se réunissent tous à representer
F'excellence de l'union , ce qui n'est pas
l'effet d'un Art médiocre . Il conviendroit
d'en citer ici quelques uns , mais l'étendue
de notre Extrait ne le comporte pas.
cessité de l'Union ; prononcé dans l'Hôtel
de Ville de Lyon , le 21 Decembre 1730.
jour de S. Thomas , la premiere année de
la Prevoté de M. Camille Perrichon , par
Me A. G. Boucher d'Argis , Avocat au
Parlement. A Lyon , chez André Laurent,
Imprimeur de M. le Duc de Villeroy & de
ta Ville , rue Raifin , à la Vérité , 1731 .
in 4.
Tous les ans , le 21 Decembre , il se
fait à Lyon , dans l'Hôtel de Ville , un
Discours public , où assistent en ceremonie
l'Archevêque , le Gouverneur de
la Ville , le Lieutenant de Roy , l'Intendant
, les Comtes de Lyon , la Cour des
Monnoyes , le Bureau des Finances , l'Election
, le Prevôt des Marchans et les
Echevins , les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Ce Discours qui roule sur tel sujet qu'il
plaît à l'Orateur de choisir , se termine
par des complimens addressez à chacune
des et à chacune des Compapersonnes
gnies que nous venons de nommer ,
il est précédé d'un Discours au Roy ,
et à present d'un autre à la Reine , et
d'un troisiéme au Dauphin.
६
M. Boucher d'Argis , Avccat au Parlement
de Paris , déja connu par quelques
Plaidoyers qui ont été goutez , fut
choisi
MAR S. 1731. 537
choisi pour faire le Discours du mois de
Decembre dernier , qui est celui dont
nous allons rendre compte.
L'Orateur y prend pour texte ces mots
de Salluste, dans son histoire de la guerre
des Romains contre Jugurtha.
› Concordia parve res crescunt . discordia
maxime dilabuntur. Et après avoir apos
trophé le Roy , la Reine , et Monseigneur
le Dauphin , dont les Portraits étoient
présens ; il apostrophe tout de suite M. le
Duc de Villeroy , Gouverneur de Lyons
M. le Duc de Retz , Lieutenant de Roy ;
M. Pouletier , Intendant ; Messieurs les
Comtes de Lyon , la Cour des Monnoyes ,
le Bureau des Finances,l'Election , M.Perrichon
, Prevôt des Marchands , Mess . les
Echevins , actuellement en charge , et
enfin Mrs les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Nous n'avons point nommé M. l'Archevêque
, parce que sa maladie ne lui
permit pas d'être présent.
Quoique le Discours soit françois , les
Apostrophes sont en latin , comme c'ess
Fusage : Les voici.
Rex Christianissime ,
Regina Christianissima.
Serenissime Delphine.
'Summe Provinciæ moderator,
1
Fiij Digni
538 MERCURE DE FRANCE
Dignissime Pro -Rex.
Amplissime Dicoearcha.
Nobilissimi Lugduni Comites.
Præses et Senatores integerrimi.
Præses et Regii Questores ornatissimi,
Tributorum Descriptores sapientissimi,
Clarissime Mercatorum Præses , nec non civitas
tis Præfecte .
Lectissimi ac Providentissimi Consules.
Viri de Patriâ quàm optime meriti.
Caterique Auditores omnium Ordinum commendatissimi.
c'est
Après ces saluts , M. Boucher d'Argis
commence son Discours, où il se propose
de montrer le prix inestimable de l'Union
. Son début est que de tous les avantages
qui contribuent à la splendeur d'un
Etat et au bonheur des Peuples , il n'en
est point de comparable à l'Union , que
par elle
que la fortune des particu
liers s'accroît et se conserve , que les
forces d'un Etat s'augmentent et se perpetuent
, que se forme cette Puissance qui
fait redouter un Empire à tous les autres
Peuples , et les force à le respecter ; que
sans l'Union,toute Société , quelque puissante
qu'elle paroisse à nos yeux , éprouve
bien-tôt que toute cette force apparente
n'étoit qu'une veritable foiblesse , enfin
que
MARS. 1731. $39
que sans l'Union l'on ne peut s'attendre
de voir subsister ni les Coutumes les
mieux établies , ni les Empires les plus
florissans.
,
Pour faire sentir la vérité de ces maximes
M. d'Argis demande quel autre
motif que celui des secours qu'on doit
attendre de l'Union , a engagé les hom
mes dans les siècles les plus reculez à for--
mer entr'eux ces Sociétez , que le temps
et l'experience n'ont pas encore cessé de
perfectionner. N'est- ce pas , dit-il , ce qui
Les a obligez de s'assembler , de bâtir des
Villes , de se faire des Loix pour y amener
FOrdre et la Justice parmi eux. L'Homme,,
continuë- t- il , ce chef- d'oeuvre de la naș
ture , si parfait , si achevé , et que ses prox
pres perfections rendent incompréhensible à
Ini-même; cet être , dont l'intelligence s'étend
·au-delà des bornes de l'Univers ; le croiroiton
, Messieurs , ne peut cependant se suffire
à lui-même il ne sçauroit fournir à tous ses
differens besoins , le secours de ses semblables:
lui est nécessaire ; je ne dis
pas
seulement
pour soutenir la foiblesse de l'enfance , mais
pour suppléer dans tous les âges , aux défauts
qui sont inséparables de sa nature ; ainsi l'a
ordonné le Créateur. Est-ce pour humilier
Homme et lui faire sentir qu'il n'est pas
encore tout àfait hors du neant ? N'est- cepas
plutôt pour lier ensemble les hommes par des
Fij noeuds
$40 MERCURE DE FRANCE.
noeuds d'autant plus indissolubles qu'un inferêt
commun les forme et les serre ? On peut
donc dire de l'Union , qu'elle est aussi nécessaire
qu'avantageuse , puisqu'elle est le
principe et la source de la grandeur d'un
Etat et de la félicité des Peuples .
M.d'Argis prévoit icy l'erreur où pourroit
conduire le mot équivoque d'Union,
et comme rien n'est plus important dans
un point de la conséquence de celui - cy
que de bien définir un terme essentiel sur
lequel roule tout ce qu'on avance , l'Orateur
a soin d'en éloigner jusqu'à la
moindre ambiguité. A
Mais quelle est , dit- il , cette Union désirable
qui peut seule procurer de si grands
avantages ? Ce n'est pas seulement une Sosiété
formée au hazard entre plusieurs hommes
qui se rassembleroient en un même lien
pour réunir leurs forces , leurs talens , leur
industrie, et se préter un secours mutuel.L’Vnion
dans ce point de vûë , ne laisseroit pas
de leur être utile et même nécessaire , mais
elle seroit encore imparfaite ce ne seroit
qu'une assemblée formée par l'interêt à laquelle
souvent le coeur n'auroit point de
part. Ceux qui seroient ainsi rassen.ble ,.
pourroient être divisez interieurement. Ils ne
seroient même que plus à plaindre d'être
réunis dans un même lieu , s'ils n'étoient
encore plus unis de coeur et d'affection.
A
MARS. 1731.
541
A ces trairs l'Auteur en ajoute d'autres
qui ne permettent pas de se méprendre
sur la véritable Union dont il parle .
•
La concorde , dit- il , qui doit nécessairement
procurer la gloire de l'Etat et la félicité
des Peuples , n'est autre chose qu'une société
formée par des liaisons de bienveillance
contractée entre un Peuple entier , qui semble
être convenu de ne composer qu'une simple
famille sous un même Chef: Cette société
est fondée sur les Loix qui reglent les devoirs
de chaque membre de cette famille . L
zele et l'application qu'ils ont à s'acquitter
chacun des fonctions qui leur ont été destinées
, l'attention qu'ils ont de ne point se
troubler les uns les autres , forment cett ?
union parfaite qui procure des avantages
considérables à la société , qu'elle se voit en
état de résister à tous ceux qui voudroient
La détruire. Chaque Membre de cette Société
voit augmenter chaque jour sa fortune et
fouit en paix du fruit de ses travaux et de
son industrie.
si
Après cette explication , M. d'Argis expose
ce que c'est qu'un Etat . Il remarque
que c'est un Corps , et que les Citoyens
en sont les membres ; que le rapport mutuel
que ces Citoyens ont entr'eux,donne
à ce Corps l'ame et la vie , et forme un
composé merveilleux qui ne peut subsiter,
ni conserver son être sans cette heu
F v reuse
$42 MERCURE DE FRANCE
reuse harmonie que l'on admire dans l'U
nivers et dans toutes les Parties qui le
composent.
Il appuye de l'expérience sa réfléxion.
11 demande si l'on n'éprouve pas tous les
jours dans l'éxécution des projets , même
les plus ordinaires , l'avantage et la nécessité
de se réünir plusieurs pour y
réüssir ; il fait observer que souvent un
seul se rebuteroit, et que deux s'animent ;
que l'un a le conseil et l'autre l'exécu
tion ; l'un la force et l'autre l'adresse ;
le se- les talens sont partagez et que que
Cours mutuel vient about de tout, ensorte
que l'Union conduit au succès des entreprises
les plus difficiles.
Nous passons quelques autres refléxions
pour venir à la peinture que M. Boucher
d'Argis, qui ne perd jamais de vûë
son objet , trouve occasion de faire du
bonheur complet d'un Etat. Peinture ,
dont les traits bien considerez , offrent
d'utiles leçons .
Le bonheur de l'Etat , dit-il , est parfait
Lorsque chaque Citoyen se renferme dans de
justes bornes , s'applique uniquement à remplir
ses devoirs , et ne contrevient point aux
Loix qui sont le fondement de la société civile
; car cette douce paix que la concorde
procure aux Peuples , est le fruit de lajus→
tice et l'ouvrage de ceux qui en sont les dér
posiMARS.
1731. 543
›
positaires ; c'est la justice qui apporte par
tout cet ordre , et cette simetrie politique qui
unit les personnes de différentes conditions
les différens corps , les differens états ; c'est
elle qui entretient cette liaison si utile et si
nécessaire entre les différentes nations , c'est
elle qui concilie par la modération l'inégalité
des humeurs et des esprits , et qui entretient
chacun dans son rang et ses droits , c'est
elle qui établit la subordination ; enfin qui
réprime la licence et le désordre enprotegeant
l'innocence et soutenant la vérité.
L'Orateur ajoute que les troubles , les
dissentions , qui interrompent quelquefois
la tranquillité d'un Etat , ou des par
ticuliers , ne viennent que des excès que
la Justice n'a point réprimez ; après quoi
il conclud que ce sont donc les Loix qui
forment et qui entretiennent cette Union
si avantageuse et si nécessaire pour la
gloire et le bonheur des Peuples , que pat
conséquent il est de l'attention des Magis
trats qui sont chargez du soin de faire
exécuter ces Loix , qu'on doit attendre la
conservation d'un bien si précieux, puis
que ce sont eux qui par leur autorité, et
plus encore par leur prudence , doivent
entretenir dans un Etat cet accord , cette
harmonie , cette subordination si désirables
, sans quoi les peuples ne peuvent
être sensibles aux autres biens..
Fvj Telle
་ ་
t
544 MERCURE DE FRANCE
Telle est l'idée que M. Boucher d'Argis
veut qu'on se fasse de la concorde et
de l'Union qui doit regner entre les differens
Peuples d'un même Etat. Tels sont
les fondemens qu'il pose de leur grandeu
er de leur félicité ? Il en appelle icy aux
exemples que fournit là- dessus l'Histoire.
Il veut que l'on jette les yeux sur les
Empires les plus florissans , qu'on les
considere dans leur origine , qu'on les
suive dans leurs différens progrès jusqu'au
dégré de Puissance et de Grandeur où ils
sont parvenus , et il soutient qu'on n'en
découvrira pas un seul qui dans toutes les
occasions importantes ne se soit soutena
et ne se soit élevé par l'effet de l'Union.
Il cite sur ce point l'ancienne Rome
qui par la force de ses armes , soumit
presque toute la terre.
Ce n'étoit d'abord , dit-il , qu'une assemblée
de quelques Bergers & les Nations voisines
étoient puissantes et redoutables ; il paroissoit
difficile qu'une Ville naissante comme
celle- là , pût jamais s'élever au milieu de
tant de Peuples , jaloux de son établissement
; cependant malgré tous les avantages
que les Peuples de l'Italie avoient sur elle ;
P'Union des Romains la rendit plus puissan
te que cette multitude de Nations ennemis
qui l'environnoient de toutes parts. Unis
pour le bien de la Patrie , animez d'un même
zele
MARS. 1731. 545
zéle pour la gloire , ilsfurent toujours invincibles
, et la posterité de cette petite troupe
Bergers conquit tout l'Univers.A
de
Notre Orateur ne manque pas icy
l'occasion qui se présente de rapporter ce
que firent les Romains , pour marquer
combien ils s'estimoient redevables à la-
Concorde. Comme leur Empire , remarque-
t- il , devoit tous ses progrès à l'Union
, ils la regarderent comme un présent
du ciel , et s'en firent une Divinité
qu'ils adorerent sous le nom de la Concorde.
Camille voulut qu'on lui rendit
un culte solennel , et lui éleva un Temple
, où l'on faisoit des Sacrifices pour
la
coujurer de répandre dans tous les coeurs
des sentimens de paix et d'union.
Mais sans s'arrêter à des exemples
étrangers pour faire voir ce que peut
l'Union , M.d'Argis n'en veut point d'autres
que le bonheur dont la France joüit
depuis son origine. Bonheur , dit - il ,
qui n'a souffert d'alteration que dans ces
tems orageux où les furies , je veux dire , les
passions , je veux dire cette ambition qui
rompt les attachemens les plus naturels, vint
soufler dans tous les coeurs le trouble et la
discorde , et causer des désordres que
la sagesse
et la valeur de nos Rois ont tellement
fait évanouir , que nous ne les connoissons
plus que par l'Histoire.
Ainsi
146 MERCURE DE FRANCE
Ainsi la Concorde, continuë notre Orateur
, ( lequel fait toujours servir ses réfléxions
de preuve à son texte, et ne sçait
ce que s'est que de s'écarter à de vaines
digressions. ) Ainsi la Concorde qui avoit
uni pendant tant de siécles toutes les Villes
et toutes les Provinces dont est composé
cet Etat si vaste et si floritsant, cette
même Concorde les réunit encore aujourd'hui
et les lie entr'elles par des liens
d'autant plus parfaits , qu'elles ont mieux
reconnu par une fatale experience, les mal .
heurs qu'entraîne après soi la Discorde.
Ici M. d'Argis , par une de ces tran
sitions, où il y a quelquefois d'autant plus
d'art qu'il y en paroît moins , trouve
moyen , en se tenant toujours renfermé
dans son sujet , de passer à l'éloge de la
Ville de Lyon.
Quelbonheur pour cette Ville , s'écrie - t-il,
de n'avoirjamais éprouvé que les avantages
de l'Union, et qu'il lui est glorieux de s'êtra
toujours élevée par sa sagesse et sa constance ,
au- dessus des exemples pernicieux que lui
donnerent dans les malheureux temps , dont
nous venons de parler , la pluspart des Villes
du Royaume , et d'avoir ainsi surpassé la
Ville même à laquelle seule elle peut ceder le
rang dans l'Etat.
Tout ne paroît- il pas annoncer icy cette
Union désirable , et ne dirait- on pas que la
natura
MARS. 1731. $47
"
nature même y porte les habitans fortune
de cette Ville.
M. d'Argis en appelle là- dessus à la
seule situation de la Ville dont il parle..
- Deux Fleuves superbes et majestueux ,
dit-il , qui après avoir arrosé diverses contrées
, viennent mêler leurs eaux aux pieds
des murs de cette Ville , pour ne faire plus
qu'un Fleuve , malgré l'extrême difference de
leur cours ; ne semblent - ils pas nous appren
dre quel est l'heureux caractere et la disposi
tion naturelle de ceux qui en habitent les
bords.
Cette Ville , située au centre de l'Europe,
ne paroît-elle pas faite pour réunir les diffé
rens Peuples que son commerce florissant y
attire ?
Après ces réfléxions sur la situation
du lieu , l'Orateur entre dans le détail de
plusieurs circonstances glorieuses à la
Ville de Lyon.
·
Il remarque que les Romains distin
guerent toujours cette Ville de tout le
reste de leur domination , qu'ils firent
gloire de contribuer à sa grandeur , et
qu'en reconnoissance
des avantages que
son commerce leur procuroit , ils voulurent
qu'elle fût , pour ainsi dire , unieavec
Rome , et qu'elle fût reconnue pour
Colonie Romaine; que l'Empereur Clau
de qui y étoit né , le proposa lui-même
348 MERCURE DE FRANCE
*
*
au Sénat , et fit à cette occasion la Ha
rangue que cette Ville conserve encore ,
dans laquelle il representa de quelle importance
il étoit pour l'Empire , d'attacher
de plus en plus à la Patrie de tant
d'Illustres Sénateurs , une Alliée fidelle incapable
de manquer à ses engagemens.
Que le Sénat qui connoissoit les avantages
et la nécessité de l'Union , reçut avec
empressement la proposition de l'Empereur,
et fit gloire d'associer Lyon à Rome.
Que ce n'est pas seulement avec les
Peuples voisins que les habitans de cette
celebre Ville sçavent entretenir des liaisons
utiles à leur Commerce , mais que
le succès de ce Commerce dépend encore
bien plus de la bonne intelligence dans
laquelle ces mêmes Habitans vivent entre
eux , et sur tout de ces societez particulieres
qui font l'union des fonds er
des soins de plusieurs Négocians ; societez
qui rendent le Commerce de Lyon
plus considerable et en même tems plus
facile , par le secours mutuel que ceux
qui les composent se prétent en travail,
lant de concert au bien commun.
M.d'Argis n'oublie pas de mettre ici sous
les yeux la justice et l'équité qui président
à ce Commerce ; l'attention des Magistrats
à maintenir par tout le bon ordre ,
l'empressement des Citoyens à observer
les
MARS. 1731. 549
les Loix , leur attachement au Prince 1
qu'ils regardent comme le lien de leur
union , enfin les épreuves que dans les
situations les plus difficiles nos Rois ont
faites de cet inviolable attachement , et
sur lesquelles est fondée cette confiance
singuliere qui se repose de la garde d'u
ne Ville si importante , sur ses seuls Citoyens
, & c.
Tout ce qu'a dit jusqu'ici l'Orateur ;
aboutit à cette conclusion , qu'il n'est rien
de plus avantageux que l'union , et que
c'est elle qui contribuë le plus à la gran,
deur d'un Etat et au bonheur des Peuples.
Concordia parva res crescunt.
Reste à montrer les malheurs qu'entraîne
avec soi la funeste discorde , selon
ces autres paroles du Texte : Discordia
maxima dilabuntur. Et c'est ce que M.d'Argis
fait voir par plusieurs Refléxions et
par plusieurs exemples.
Il veut qu'on se représente d'abord un
Monstre conduit par la rage , les yeux enflammez
, le front couvert de sang , secoüant
dans ses mains de noirs flambeaux,
répandant en tous lieux les soupçons , la
frayeur , les allarmes , traînant après lui
la haîne et l'inhumanité .
Telle est , dit-il , et plus affreuse encore
la Discorde qui ravage un Etat ; on n'y
voit que fuaestes, ligues , qu'intrigues crimi
nelles
5 MERCURE DE FRANCE
nelles , qu'odieuses conspirations ; les Peu
ples , au lieu de réunir leurs forces contre les
ennemis de l'Etat , les tournent contre euxmêmes
et se détruisent. La gloire de l'Etat
s'obscurcit , et bientôt sa grandeur et sa puissance
s'évanoüissent ; mais le plus terrible
effet de la desunion ce sont les Guerres civiless:
ces Guerres qui font frémir la Nature , et qui
pourtant l'échauffent. On suit aveuglément
differens partis , l'unjuste , si l'on veut , l'autre
injuste ; mais ils sont également violens
également cruels ; l'un et l'autre cherche à
verser le sang qu'il devroit deffendre. Le
fils armé contre le pere , le frere contre le freres.
tous aspirent à une victoire dont ils devroient
rongir; le parti que la fortune aveugle favorise,
ne triomphe que sur les ruines de la
Patrie.
M. d'Argis représente ici combien legere
est souvent la cause de tant de maux;
et remontant à l'Histoire Romaine , ildemande
combien les démêlez de Marius:
et de Sylla , devenus une dissension publique
, ne couterent pas de sang à Rome,
tour-à-tour esclave de ces deux Tyrans
? Il remarque comme elle se livre ensuite
à l'ambition de César et de Pompée,
non pour deffendre sa liberté , mais pour
servir la jalousie de deux Rivaux , et
comme le Trophée que César éleve à
Pharsale , devient le tombeau de la liberté
>
· pu
MARS. 1731. $52
publique ; mais une observation essen
tielle qu'il fait à ce sujet , c'est que le
sort de l'Empire fût le même que celui
de la République ; il soutint toute sa
gloire , il conserva toute son étendue
tant qu'il n'eut qu'un Maître absolu
dont l'autorité réunissoit tant de Peuples.
Au lieu le que partage l'affoiblit , en
avilit la majesté , et le rendit la conquête
facile des Barbares qu'il avoit autrefois.
subjuguez .
L'Orateur descend ensuite à la Monar
chie Françoise ; mais c'est pour déclarer
qu'il ne peut se résoudre à parler des périls
où la discorde a mis autrefois cette
Monarchie , qu'à la verité la fidélité de
Lyon paroîtroit avec éclat ; mais que
cette Ville veut bien renoncer à la gloire
qui lui en reviendroit , pourvû qu'on lui
épargne un souvenir si douloureux.
Si des Etats l'on passe à l'interieur des
Familles ; quels maux n'y cause pas la discorde
? Cet article n'échappe pas à M.d'Argis
, il expose aux yeux les desordres qui
surviennent , lorsque l'union , si necessaire
entre ceux que la Nature unit déja par
les liens du sang , cesse de regler leurs dé
marches , et qu'une haine implacable formée
par l'intérêt ou par quelqu'autre pas+
sion aussi funeste , s'empare de leurs es
prits. Plus l'union , dit- il , et l'amitié sant
natu
352 MERCURE DE FRANCE
naturelles entre ces personnes , plus il semble
qu'il soit difficile de les reunir lorsqu'elles
sont malheureusement divisées. La déroute
se met alors dans les fortunes les mieux établies
, les Maisons les plus brillantes et les
plus illustres périssent on voit avec douleur
ceux qui sont particulierement nez pour
se prêter un secours mutuel, prendre plaisir à
se détruire réciproquement delà ces inimitiez
irréconciliables qui se perpetuent dans
et qui se soutiennent encore
sur les ruines même des Maisons qu'elles
ont renversées.
les Familles
--
,
- Notre Auteur , après une suite d'autres
Refléxions sur les malheurs qu'entraîne
la discorde , finit en ces termes :
: Mais ne nous arrêtons pas davantage à
ses objets odieux , écartons ces images funespes
, qui ne doivent servir qu'à nous apprendre
la necessité de l'union. Je n'ai pas
besoin de faire envisager à cette Ville ," les
malheurs de la desunion qu'elle ne connut
jamais. Elle est , au contraire , le modele
d'union le plus parfait qu'on puisse proposer
à toutes les Villes du Royaume . Enfaut- il
d'autre preuve que cette auguste Assemblée
où j'ai l'honneur de voir tant de grands hom
mes et tant de Corps illustres réunis , qui
concourent tous à entretenir l'union parfaite
qui regne dans cette Ville..
Au Discours de M.d'Argis en succedent
qua-
养
MAR S. 1731 .
553
quatorze autres du même Orateur, comme
nous l'avons marqué ; le premier au Roi ,
le second à la Reine , le troisiéme au Dau
phin , et les autres aux differentes personnes
et aux differentes Compagnies que
nous avons nommées au commencement.
Ces Discours ont tous rapport à l'union;
et quoique très - differens entr'eux par
leurs differens sujets , ausquels ils sont si
propres , qu'ils ne peuvent être appliquez
à d'autres , l'Auteur a pris soin de
les tourner de maniere , que nonobstant
cette difference essentielle et absolument
requise,ils se réunissent tous à representer
F'excellence de l'union , ce qui n'est pas
l'effet d'un Art médiocre . Il conviendroit
d'en citer ici quelques uns , mais l'étendue
de notre Extrait ne le comporte pas.
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Résumé : Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1730, Me A. G. Boucher d'Argis, avocat au Parlement de Paris, prononça un discours à Lyon sur l'importance de l'union. Cet événement annuel se déroulait à l'Hôtel de Ville de Lyon en présence de diverses autorités, dont l'archevêque, le gouverneur, le lieutenant du roi, l'intendant, les comtes de Lyon, et d'autres dignitaires. Le discours, intitulé 'Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union', s'inspirait d'une citation de Salluste : 'Concordia parve res crescunt. discordia maxime dilabuntur.' Boucher d'Argis souligna que l'union est essentielle pour la grandeur d'un État et le bonheur des peuples. Il expliqua que l'union permet l'accroissement et la conservation de la fortune des individus, ainsi que l'augmentation et la pérennité des forces d'un État. Sans union, même les sociétés les plus puissantes risquent de s'effondrer. L'orateur définissait l'union non seulement comme une association d'intérêts, mais aussi comme une société fondée sur la bienveillance et les lois, où chaque membre contribue à la prospérité commune. Il illustra son propos par des exemples historiques, notamment l'ascension de Rome grâce à l'union de ses citoyens. Boucher d'Argis conclut en affirmant que les lois et les magistrats sont cruciaux pour maintenir cette union et assurer la paix et la justice dans l'État. Il cita également l'exemple de la France, dont le bonheur et la stabilité étaient attribués à la concorde entre ses provinces et villes. Le discours loua Lyon pour avoir toujours bénéficié des avantages de l'union et pour avoir su se maintenir au-dessus des exemples pernicieux donnés par d'autres villes du royaume. La situation géographique de Lyon, au centre de l'Europe et traversée par deux fleuves majestueux, symbolise l'union et la disposition naturelle de ses habitants à l'harmonie. L'orateur rappela que les Romains avaient distingué Lyon et l'avaient associée à Rome en raison de son importance commerciale et stratégique. Il insista sur la nécessité de l'union pour le succès du commerce lyonnais, qui repose sur la bonne intelligence entre les habitants et les sociétés de négociants. Boucher d'Argis décrivit ensuite les ravages de la discorde, qu'il compara à un monstre semant la haine et l'inhumanité. Il illustra ses propos par des exemples historiques, comme les guerres civiles romaines et les divisions au sein de la monarchie française. Il conclut en soulignant que Lyon, modèle d'union parfaite, doit continuer à promouvoir cette valeur essentielle pour éviter les malheurs de la désunion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1684-1685
REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Début :
Cette Inscription, qui n'est qu'un fragment, seroit plus insctrutctive si [...]
Mots clefs :
Inscription, Consultat de Modestus et de Probus, Lettres, Médailles, Autel votif, Magistrats, Sculpteurs
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
REMARQUES au sujet d'une Inscription
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
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Résumé : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Le texte analyse une inscription antique datée de l'année 228, sous le consulat de Modestus et Probus, durant le règne d'Alexandre Sévère. L'inscription, fragmentaire, utilise le terme 'Dominorum', mais cela ne permet pas de l'attribuer spécifiquement à Alexandre Sévère et à Camillus. Les titres 'Dominus' et ses variantes étaient courants pour les empereurs du bas Empire et au siècle de Constantin. Les lettres 'V. S. L. M.' signifient 'Votum Solvit Libenter Merito', une formule courante dans les monuments et tombeaux antiques. L'inscription désigne probablement un autel votif érigé par un particulier pour la conservation des magistrats locaux ou des possesseurs du lieu. La tête de bélier présente sur l'autel est un ornement commun et ne suggère pas un lien avec le sacrifice nommé Criabolium. Les ornements des autels et des tombeaux antiques incluent souvent des têtes de béliers, de satyres, d'aigles, de griffons, de sphinx et autres figures, souvent des caprices de sculpteurs.
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8
p. 379-380
POLOGNE.
Début :
Les Magistrats de Dantzick, s'assemblerent extraordinairement le 27. du mois dernier, [...]
Mots clefs :
Magistrats, Gdańsk, Troupes, Couronne, Cracovie, Diète
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texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
Lextraordinairement le 27. du mois dernier
Es Magistrats de Dantzick , s'assemblerent
pour déliberer sur la proposition que le Roy leur a
faite de recevoir dans les Ouvrages exterieurs,une
Garnison composée de Troupes de la Couronne;
les Magistrats y ont consenti , à condition que
les
380 MERCURE DE FRANCE
les Officiers et les Soldats prêteront serment de
ne rien entreprendre contre la liberté et les Privileges
des habitans de Dantzick .
Les Lettres de Cracovie , confirment que les
menaces de l'Electeur de Saxe et les violences des
Moscovites , n'ont pû contraindre la Noblesse de
la plupart des Palatinats de s'assembler et d'élire
des Nonces pour assister à la prétenduë Diette
generale que ce Prince avoit convoquée , et que
cette Diette ne sera point assemblée .
On a reçû avis que le Comte Pocci avoit fait
une nouvelle course en Curlande , et qu'il en
avoit ravagé la plus grande partie.
Le Comte Potocki , Régimentaire de la Couronne
, ne s'est pas encore mis en marche pour
se rendre dans la Prusse Polonoise , il est toujours
campé sur les bords de la Riviere de Pilckza
, entre Warsovie et Cracovie , mais on con-
- tinuë d'assurer qu'il doit se rendre bientôt dans
cette Province avec l'Armée qu'il commande .
Plusieurs Régimens des Troupes du Roy de
Prusse se sont approchez de la Frontiere , et le
bruit court que Sa Majesté Prussienne a fait donner
aux Magistrats de Dantzik des assurances de
ses dispositions favorables sur ce qui regarde la
sureté de cette Ville.
Lextraordinairement le 27. du mois dernier
Es Magistrats de Dantzick , s'assemblerent
pour déliberer sur la proposition que le Roy leur a
faite de recevoir dans les Ouvrages exterieurs,une
Garnison composée de Troupes de la Couronne;
les Magistrats y ont consenti , à condition que
les
380 MERCURE DE FRANCE
les Officiers et les Soldats prêteront serment de
ne rien entreprendre contre la liberté et les Privileges
des habitans de Dantzick .
Les Lettres de Cracovie , confirment que les
menaces de l'Electeur de Saxe et les violences des
Moscovites , n'ont pû contraindre la Noblesse de
la plupart des Palatinats de s'assembler et d'élire
des Nonces pour assister à la prétenduë Diette
generale que ce Prince avoit convoquée , et que
cette Diette ne sera point assemblée .
On a reçû avis que le Comte Pocci avoit fait
une nouvelle course en Curlande , et qu'il en
avoit ravagé la plus grande partie.
Le Comte Potocki , Régimentaire de la Couronne
, ne s'est pas encore mis en marche pour
se rendre dans la Prusse Polonoise , il est toujours
campé sur les bords de la Riviere de Pilckza
, entre Warsovie et Cracovie , mais on con-
- tinuë d'assurer qu'il doit se rendre bientôt dans
cette Province avec l'Armée qu'il commande .
Plusieurs Régimens des Troupes du Roy de
Prusse se sont approchez de la Frontiere , et le
bruit court que Sa Majesté Prussienne a fait donner
aux Magistrats de Dantzik des assurances de
ses dispositions favorables sur ce qui regarde la
sureté de cette Ville.
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Résumé : POLOGNE.
En Pologne, le 27 du mois précédent, les magistrats de Dantzick ont accepté la proposition du roi d'accueillir une garnison de troupes de la Couronne dans les ouvrages extérieurs, à condition que les officiers et soldats prêtent serment de ne pas attaquer la liberté et les privilèges des habitants. Les menaces de l'Électeur de Saxe et les violences des Moscovites n'ont pas réussi à contraindre la noblesse de la plupart des palatinats à se réunir pour élire des représentants à la diète générale convoquée par ce prince, rendant ainsi cette diète impossible. Le Comte Pocci a effectué une nouvelle incursion en Curlande, ravageant une grande partie de la région. Le Comte Potocki, régimentaire de la Couronne, n'a pas encore commencé sa marche vers la Prusse Polonoise et reste campé sur les bords de la rivière Pilckza, entre Varsovie et Cracovie, mais il doit bientôt se rendre dans cette province avec son armée. Par ailleurs, plusieurs régiments des troupes du roi de Prusse se sont rapprochés de la frontière, et le roi de Prusse a assuré aux magistrats de Dantzik ses dispositions favorables concernant la sûreté de la ville.
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9
p. 220-221
ALLEMAGNE.
Début :
L'Impératrice-Reine vient d'établir pour la noblesse une Académie, dans laquelle [...]
Mots clefs :
Vienne, Berlin, Hanovre, Impératrice-Reine, Académie, Exécution, Magistrats, Académie royale des sciences et belles-lettres, Princesse, Prince du Landgraviat
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 19 Avril.
L'Impératrice - Reine vient d'établir pour la
nobleffe une Académie , dans laquelle on enfeighera
non feulement à monter à cheval , à faire
des armes & à danfer , mais encore l'hiſtoire , le
droit , la politique , la géométrie , & les langues
françoife & italienne . Chaque penfionnaire payera
fept cens florins par an. Le Comte de Solms ,
Confeiller privé , aura la direction de cet établiſ
fement.
Les anciennes extravagances au fujet des Vampires
venant de fe renouveller dans la haute Si
lefie , l'Impératrice- Reine a adreffé à la Régence
de cette province un refcrit , portant » qu'elle a
appris avec peine que le peuple pût le laiffér
>> féduire par des idées fi ridicules ; qu'elle exhorte
les Magiftrats à ne rien négliger pour le
convaincre de la fauffeté de femblables préven-
» tions ; qu'elle regarde l'exécution qui s'eft faite
» à l'égard de plufieurs cadavres , comme une action
qui répugne au bon ordre & à l'humanité ;
» que comme cette exécution a été faite à Pin-
» fçu des Magiftrats , Sa Majeſté veut qu'on en
» recherche les auteurs , & qu'on procéde contre
eux fuivant la rigueur des loix . »
DE BERLIN , le 18 Avril.
Hier , l'Académie royale des Sciences & Belles-
Lettres élut pour Académicien le feur pinus ,
& pour Affocié étranger le Sr de Secondar, Préfi
dent du Parlement de Guyenne , fils du célebre
Président de Montesquieu .
JUIN." 1755. 221
DE HANOV RE , le 2 Mai.
Ce matin , le Roi de la Grande - Bretagne eft
arrivé de Londres : on a dépêché des couriers
pour annoncer Gette nouvelle à plufieurs Cours
de l'Empire. Le Landgrave de Heffe- Caffel , & la
Princeffe , époufe du Prince héréditaire du Landgraviat
de ce nom , font attendus ici dans quelques
jours.
DE VIENNE , le 19 Avril.
L'Impératrice - Reine vient d'établir pour la
nobleffe une Académie , dans laquelle on enfeighera
non feulement à monter à cheval , à faire
des armes & à danfer , mais encore l'hiſtoire , le
droit , la politique , la géométrie , & les langues
françoife & italienne . Chaque penfionnaire payera
fept cens florins par an. Le Comte de Solms ,
Confeiller privé , aura la direction de cet établiſ
fement.
Les anciennes extravagances au fujet des Vampires
venant de fe renouveller dans la haute Si
lefie , l'Impératrice- Reine a adreffé à la Régence
de cette province un refcrit , portant » qu'elle a
appris avec peine que le peuple pût le laiffér
>> féduire par des idées fi ridicules ; qu'elle exhorte
les Magiftrats à ne rien négliger pour le
convaincre de la fauffeté de femblables préven-
» tions ; qu'elle regarde l'exécution qui s'eft faite
» à l'égard de plufieurs cadavres , comme une action
qui répugne au bon ordre & à l'humanité ;
» que comme cette exécution a été faite à Pin-
» fçu des Magiftrats , Sa Majeſté veut qu'on en
» recherche les auteurs , & qu'on procéde contre
eux fuivant la rigueur des loix . »
DE BERLIN , le 18 Avril.
Hier , l'Académie royale des Sciences & Belles-
Lettres élut pour Académicien le feur pinus ,
& pour Affocié étranger le Sr de Secondar, Préfi
dent du Parlement de Guyenne , fils du célebre
Président de Montesquieu .
JUIN." 1755. 221
DE HANOV RE , le 2 Mai.
Ce matin , le Roi de la Grande - Bretagne eft
arrivé de Londres : on a dépêché des couriers
pour annoncer Gette nouvelle à plufieurs Cours
de l'Empire. Le Landgrave de Heffe- Caffel , & la
Princeffe , époufe du Prince héréditaire du Landgraviat
de ce nom , font attendus ici dans quelques
jours.
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Résumé : ALLEMAGNE.
L'Impératrice-Reine d'Allemagne a fondé une Académie pour la noblesse à Vienne, où les élèves étudieront l'équitation, les armes, la danse, l'histoire, le droit, la politique, la géométrie, ainsi que les langues française et italienne. Le coût annuel est de sept cents florins par pensionnaire, et le Comte de Solms en assurera la direction. Parallèlement, des superstitions sur les vampires ayant resurgi, l'Impératrice-Reine a adressé un rescrit à la Régence de la province, condamnant les exécutions de cadavres et ordonnant de poursuivre les responsables. À Berlin, l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a élu Pinius comme Académicien et de Secondat, fils de Montesquieu, comme Associé étranger. À Hanovre, le Roi de Grande-Bretagne est arrivé de Londres, et des courriers ont annoncé cette nouvelle à plusieurs cours de l'Empire. Le Landgrave de Hesse-Cassel et la Princesse, épouse du Prince héréditaire du Landgraviat, sont attendus prochainement.
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10
p. 208-219
ALLEMAGNE.
Début :
Leurs Majestés Impériales ont envoyé au Feld-Maréchal Comte de Browne leurs [...]
Mots clefs :
Vienne, Feld-Maréchal de Browne, Saxons, Roi de Prusse, Prague, Grenadiers, Camp de Budin, Général Haddick, Prisonniers, Occupation militaire, Déplacement des troupes, Attaques, Soldats croates, Prince Piccolomini, Comtes, Comté de Glatz, Litoměřice, Major Manstein, Dresde, Régiments, Ordonnance, Infanterie, Leipzig, Magistrats, Conseillers, Contribution financière, Bautzen, États du cercle, Berlin, Patente, Biens, Francfort, Décret de l'Empereur
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE...
DE VIENNE , le 27 Novembre.
Leurs Majeftés Impériales ont envoyé au Feld-
Maréchal Comte de Browne leurs portraits enrichis
de diamans , & l'on compte que ce Général
fera mis an nombre des Chevaliers de l'Ordre de
la Toifon d'Or , qui font en cette Cour.
Le Comte d'Eftrées , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi Très- Chrétien , arriva ici le 10 de ce
mois. Il eut le 12 fes audiences de Leurs Majeſtés
Impériales.
Près de trois cens Saxons qui ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe , font arrivés à Ybbi & à Crem's.
On apprend de Cracovie que les quatre Régimens
d'Infanterie & les deux de Cavalerie de cette Nátion
qui étoient en Pologne , s'avancent du côté
de Bielitz dans la haute Siléfie , pour le joindre aux
troupes de l'Impératrice Reine.
DE PRAGUE , le 14 Novembre.
Quatre Compagnies de Grenadiers des Régimens
que l'Impératrice Reine a fait venir d'Ita
lie , ont été mifes ici en garnifon. On a déposé
JANVIER. 1757. 200
dans l'Arcenal de cette Ville tous les pontons de
l'armée commandée par le Feld- Maréchal de
Browne. Il arrive tous les jours un grand nombre
de Déferteurs Pruffiens. Plufieurs prennent parti
dans les troupes de l'Impératrice Reine.
Depuis quelques jours les troupes qui
étoient dans le camp de Budin , fe font féparées.
Le Feld- Maréchal Comte de Browne a établi fon
quartier général en cette Ville . Il a donné le commandement
de tous les poftes au delà de l'Elbe au
Comte de Maguire. Le Général Haddick commandera
ceux en deçà de cette riviere. Les Huf
fards & les Croates ont formé un cordon le long
des frontieres de la Saxe , & plufieurs Efcadrons
de Cuiraffiers & de dragons font à portée de foutenir
ces troupes irrégulieres.
On doit faire à Carlsbadt l'échange des prifonniers.
Il s'y rendra pour cet effet de chaque côté
un Lieutenant Colonel , un Capitaine , un Auditeur
& un Commiffaire des guerres.
Pendant cet hyver , la Garniſon de cette Ville
fera compofée du Régiment de Jeune Wolfenbu
tel , d'un Bataillon de Wallis , & de vingt- deux
Compagnies de Grenadiers.
Du Camp de Budin , le 7 Novembre.
Le 27 du mois dernier , les Pruffiens ayant
abandonné la Ville d'Auffig , le Feld - Maréchal
Comte de Browne la fit occuper par un Détachement
de Croates. Il fit paffer en même temps
l'Elbe à la plupart des troupes de cette Nation ,
harceler l'arriere- garde de l'armée ennemie.
Le Général Haddick s'avança le 28 avec fon détachement
vers Peterwald. Les Pruffiens s'en re-.
tirerent , & il en prit poffeffion. Le 29 , le Lieute
nant-Colonel Maceligot attaqua un poſte , dans
pour
1
ZIO MERCURE DE FRANCE.
:
lequel un corps d'ennemis étoit retranché avec
huit canons. L'action fut très- vive , & les Pruffiens
fe défendirent long-temps à la faveur de leur
artillerie mais le Colonel Velha étant venu au
fecours du fieur Maceligot , le pofte fut emporté.
Les ennemis y ont laiffé près de deux cens morts
ou bleffés . On eut le 30 des avis certains , que l'ennemi
avoit entiérement évacué la Boheme ; & le
31 , le Feld - Maréchal de Browne rappella les
Détachemens qu'il avoit envoyés dans les Cercles
de Saatz & de Leitmeritz . Sur le bruit qui fe
répandit le premier de ce mois , que les Pruffiens
faifoient de nouveaux mouvemens du côté de Zitau
& de Gabel , ce Général fit avancer le Comte
Lafcy à la tête de quelques Bataillons & d'un
Corps de Huffards vers Jung- Buntzlau , & le Lieutenant-
Colonel Louden vers Bambourg, avec huit
cens Croates. Le Baron de Wolfersdorff , Major
Général , fut détaché le 3 avec fix Bataillons , un
pareil nombre de Compagnies de Grénadiers , fix
cens chevaux , & douze pieces de canon
foutenir le Comte Lafcy . Le s , on apprit que les
ennemis avoient pris des cantonnemens ; qu'il n'y
avoit plus que quatre mille hommes de leurs troupes
qui fuffent campés ; & que ce Corps étoit
retranché derriere Nellendorff.
, pour
Du Quartier Général du Prince Piccolomini
Hollochlau , le 8 Novembre 1756.
Les troupes commandées par le Prince Piccolomini
, ne ſe ſont arrêtées qu'un jour à Jaromitz
, & le 27 du mois dernier elles font venues
camper ici. On fut informé le 29 , qu'un Corps
de Pruffiens qui étoit reſté à Neuſtadt , s'etoit retiré.
Auffitôt le Prince Piccolomini manda au
Comte Spada , de faire prendre poffeffion de ce
JANVIER. 1757. 27F
le
pofte. Sur l'avis qu'on reçut le même jour , que
le Feld- Maréchal de Schwerin décampoit de Skalitz
, & qu'il paroifloit avoir deffein de fe replier
vers Lewin ; les Comtes de Spada , Louis de Starhemberg
& de Rodolphe de Palfy , eurent ordre
de fe porter en avant .En même temps, on détacha
le Colonel Mibaliewich , pour inquiéter
les ennemis dans leur retraite. Le 30 ils fe retirerent
jufqu'à Reinerz dans le Comté de Glatz . Le
fieur Mibaliewich , après les avoir poursuivis ,
eft revenu prendre pofte à Lewin. Le Feld - Maréchal
de Schwerin leva de nouveau fon camp
premier de ce mois. Continuant de retourner
en arriere , il alla fe pofter fous Glatz , & s'eft
replié enfuite jufqu'à Warthe : il n'a laiffé à
Glatz que deux Régimens. Quelques difpofitions.
de ce Général font juger qu'il à même deſſein
d'évacuer entiérement le Comté de Glatz . Les
troupes de l'Impératrice Reine y paient tout ar
gent comptant , excepté le pain & les fourrages ,
qu'elles ne prennent même qu'en donnant des reçus.
Deux Détachemens fe font avancés à Reinerz
& à Gofbubel , pour obferver les mouvemens des
ennemis. Nos Huffards font campés entre Czaftch
& Slany. Les Régimens de Cuiraffiers de Schmerzing
, de Kalckreuter & de Gelhay , & les Régimens
de Huffards de Nadafti & de Kaluocki
font arrivés de Hongrie en Moravie , où ils s'ar
rêteront juſqu'à nouvel ordre.
DE LEITMERITZ , le 2 Novembre.
Quelques jours avant que les Prufſiens abandonnaffent
la Boheme , le fieur de Tallange atta--
qua Salefl , où étoient trois cens hommes d'Infanterie
& quatre-vingts Huffards de leur troupes ,
212 MERCURE DE FRANCE .
avec deux pieces de canon . Il tailla en pieces cent
foixante -dix hommes , & il encloua les deux canons
, ne pouvant les enlever parce que fix cens
Cavaliers ennemis vinrent au fecours du pofte attaqué.
Le Major Manftein , qui y commandoir ,
a perdu la vie. Il n'y a eu que feize hommes tués
& vingt-trois bleffés du côté des Autrichiens . Le
Général Maguire a fait former , par les troupes
qu'il a fous fes ordres , un cordon le long de la
frontiere .
DE DRESDE , le 29 Novembre.
NeufRégimens de l'armée de Sa Majeſté Pruſfienne
devoient traverfer le Cercle de Buntzlau
pour aller joindre l'armée qui eft aux ordres du
Feld-Maréchal de Schwerin . Ils n'ont pu exécuter
ce projet , les Autrichiens ayant occupé les principaux
poftes fitués le long des montagnes de la
Luface. Des lettres de Léipfick avoient marqué ,
que deux Régimens Saxons avoient trouvé le
moyen de fe rendre à Prague. Les mêmes lettres
ajoutoient , que cent cinquante Soldats des mêmes
troupes avoient forcé trois cens Cavaliers
Pruffiens , qui avoient été envoyés à leur pour
fuite , de mettre les armes bas , & qu'il les
avoient emmenés prifonniers en Boheme. Ces
nouvelles ne font pas confirmées. Il eft vrai feule
ment que le Régiment Saxon de Lubomirsky a
refufé de marcher fous les ordres des Officiers
Pruffiens , qui lui avoient été donnés pour commander
qu'il en a tué quelques- uns , & qu'il
s'eft enfuite entiérement difperfé .
Quelques Régimens des troupes Electorales
ayant conftamment refufé de prêter ferment au
Roi de Pruffe , & un grand nombre de Soldats des
JANVIER. 1757. 213
mêmes troupes ayant pris la fuite , le Prince
Maurice d'Anhalt - Deſſau en a porté des plaintes
au Feld- Maréchal Comte de Rutowski , par ordre
de Sa Majesté Pruffienne. Ce Feld- Maréchal a
fait à la lettre du Prince d'Anhalt une réponſe ,
dont voici l'extrait.
« V. A. S. fçait mieux que perfonne , que la plu-
»part des Officiers, après avoir paffé le Pont de Rhuden
,ont été d'abord éloignés de leurs Régimens.
»Comment peut- on exiger d'eux qu'ils répon-
>>dent de leur monde ; & de moi , que je réponde
pour les Officiers ? En vertu de la Capitula-
»tion , il étoit libre à ces derniers de refter au fer-
»vice de S. M. le Roi de Pologne , ou de deman-
» der leur congé. On a convenablement annoncé
»aux Soldats qu'ils feroient prifonniers de guer-
>>re ; mais on ne leur a dit , ni de ma part , ni
>>de celle de qui que ce foit , qu'ils devoient prê-
»ter ferment au Roi de Pruffe , & qu'ils y fe-
Proient forcés. Je me fuis expreffément défendu
»dans la Capitulation , je l'ai fait représenter à S.
>>M. Pruffienne . Malgré cela , perfonne n'eft &
»ne fe croit autorifé à retenir quelques hommes
»de l'Artillerie , de l'Infanterie & de la Cavalerie.
»V. A. S. n'a qu'à nommer ceux des Généraux &
»>Officiers , qu'elle accufe. Notre qualité de prifonniers
de guerre ne nous permet pas de
>>nous éloigner des lieux de notre réfidence , &
chacun de nous eft refponfable de ce qui pourroit
fe faire contre la Capitulation . Mais V. A. S.
>>me permettra de lui dire que l'éloignement des
troupes pour la preftation de ferment qu'on éxi-
»goit d'elles & qu'on leur a fait faire par des
moyens violens , ne devroit point lui paroître
métrange ; & quoi qu'il en foit , il n'eft guere poffible
de rendre refponfables de cet éloignement
214 MERCURE DE FRANCE.
>>leurs Officiers qui font féparés d'elles .... Sur
la Lifte des Grenadiers Gardes du Corps , on a
»mis des hommes qui doivent avoir été auprès des
Ȏquipages des Officiers , & dont une partie s'eft
»perdue avec les bagages , & l'autre a été renvoyée
de Pirna & de Drefde . On a d'ailleurs fpé-
»ciné , comme étant à Drefde , des malades qui
wétoient reftés à Thurmfdorff & à Naumdorff , &
que les troupes Pruffiennes doivent y avoir trou
»vés. Il y a auffi beaucoup de Soldats qui étoient
nabfens par congé . Les Officiers ne fçavent où ils
>>font reftés , ni ce qu'ils font devenus . On a porté
>> pareillement furl'état des troupes plufieurs Ca-
» dets qui ne font encore que des enfans , & qui
»ne font jamais venus au Drapeau , quoique la
>> Cour ait bien voulu leur accorder , comme une
» grace , la paie pour leur entretien....... >>
On publia le premier de ce mois une Ordonnance
, par laquelle S. M. Pruffienne prefcrivoit
aux Cercles de cet Electorat , de fournir neuf
mille foixante -quinze hommes , pour recruter les
Régimens Saxons qu'Elle a pris à ſon ſervice. Par
la répartition qui avoit été faite , ce Prince demandoit
deux mille cent vingt hommes au Cercle
de Mifnie , dix- fept cens trente-cinq au Cercle
de Léipfick , deux cens foixante -un au Cercle
de Neuftadt , quatre cens foixante-onze au Cercle
Electoral , feize cens foixante- cinq au Cercle
des Montagnes , neuf cens cinq au Cercle de
Thuringe , quatre cens foixante - fix au Cercle de
Voigtland , fix cens au Marquifat de la Haute-
Luface , trois cens foixante - huit à la Baffe- Luface
, deux cens trente-e- quatre au Chapitre de Merfebourg
, & deux cens trente au Chapitre de
Naumbourg & de Zeift. Il étoit recommandé aux
Régences de n'enrôler que des hommes qui euf- -
JANVIER. 1757 . 275
>
fent au moins cinq pieds cinq pouces , & qui
n'euffent pas plus de vingt- huit ans ; & de les
choifir principalement parmi les Artifans , particuliérement
parmi les Charrons , Forgerons ,
Charpentiers , Maçons & Serruriers . Toutes ces
recrues devoient être prêtes le 15 & il avoit été
fignifié à chaque Cercle , que , fi elles ne fe trouvoient
pas affemblées pour ce temps , ou fi elles
n'étoient pas telles que S. M. Pruffienne les exigoit,
on procéderoit contre les Membres de la Régence
du Cercle par voie d'éxécution militaire ;
que même ils feroient arrêtés , & que , fans aucune
diftinction de perfonnes , on les condamneroit
aux travaux des fortifications .
Dix Régimens d'Infanterie de l'armée Saxonne
font confervés en entier. S. M. Pruffienne a incorporé
dans les troupes les Grenadiers Gardes du
Corps , le Régiment de la Reine ; celui de la Princeffe,
épouse du Prince Electoral ; fix Régimens de
Cavalerie , & le Corps d'Artillerie . Elle a envoyé
dans fes Etats le Régiment de Dragons de Rutow.
ski , ainfi que les foldats qui ont refufé de prêter
ferment . Plufieurs Officiers , foupçonnés d'avoir
contribué par leurs confeils à ce refus , ont été mis
aux arrêts .
Quelques Soldats Saxons s'étant évadés en paſfant
par Dornau , le détachement Pruffien , qui
les conduifoit , a enlevé les Magiftrats de ce Bourg ,
& les a emmenés prifonniers. On a publié une
Ordonnance du Directoire de Guerre , établi par
le Roi de Pruffe à Torgau . Elle porte que les foldats
qui quitteront les Régimens Saxons que ce
Prince a pris à fon fervice , feront traités comme
déferteurs. Par la même Ordonnance , il eft enjoint
aux Magiftrats de faire arrêter ceux qui le
trouveront dans leurs diftricts , & de les faire conduire
à la garnifon la plus prochaine , fous peine
216 MERCURE DE FRANCE.
d'en répondre en leur propre & privé nom. Il eſt
expreffément défendu de faire tenir aux fugitifs
rien de ce qui peut leur appartenir. Les Magiftrats
auffi-tôt qu'ils feront informés de l'évalion de
quelqu'un , feront obligés de faifir ſes biens meubles
ou immeubles , & ils payeront de leurs
pres fonds les effets qui feront détournés. Toutes
perfonnes qui auront contribué à la fuite d'un
foldat , ou qui , ayant connoiffance de fa fuite , ne
dénonceront pas le fugitif , fubiront la peine prononcée
contre lui .
pro-
Sur les repréſentations des Députés des différens
Cercles de la Saxe , & avec le confentement
du Roi de Pruffe , le Major Général Rezow s'eft
chargé d'acheter la levée des Milices que Sa Majeſté
Pruſſienne a demandées à cet Electorat.
1
On parle diverſement des caufes de la détention
du fieur de Heinecke , Confeiller privé. Le ſcellé
a été mis fur tous les papiers. Le fieur Hibler ,
Major d'un Régiment d'Infanterie des troupes
Saxonnes , a été arrêté en même temps que ce
Magiftrat , pour avoir exhorté des foldats à paffer
chez les Autrichiens.
DE LEIPSICK , le 2 Décembre.
Sur la réquifitión de nos Magiftrats & du Corps
de nos Négocians , le Roi de Pruffe a confenti
d'accorder une diminution fur la contribution de
cinq cens mille écus , qu'il avoit fait demander à
cette Ville. En même temps Sa Majeſté Pruffienne
a recommandé aux habitans de n'entretenir aucune
intelligence avec les Autrichiens , & de ne leur
faire aucune livraiſon , de quelque nature que ce
pût être.
Ce Prince arriva le 24 du mois dernier en cette
Ville , & il prit fon logement chez le fieur Heman
,
JANVIER. 1757. 217
man ,Confeiller des Finances. S.M. Pruffienne vifita
le lendemain matin , les quartiers qu'une partie de
fes troupes occupe dans les environs ; & le foir
Elle retourna à Drefde . Elle a témoigné qu'Elle
auroit défiré de pouvoir accorder une plus grande
diminution fur la contribution qu'Elle a demandée
; mais que les circonftances ne le lui
avoient pas permis . Il y a actuellement ici quatre
mille hommes en garnifon , fans y comprendre
les Gardes du Corps & les Gendarmes du Roi de
Pruffe , qui font logés dans les fauxbourgs . On
compte dans plufieurs maifons jufqu'à huit & dix
foldats . La Bourgeoifie eft obligée de leur céder
les chambres fur le devant , afin qu'ils -foient plus
à portée d'obſerver ce qui fe paffe dans les rues
& d'entendre les fignaux que les Officiers peuvent
avoir befoin de leur donner.
Le Roi de Pruffe , en faiſant la visite des quar
tiers que plufieurs Corps de fes troupes occupent
dans les environs de cette Ville , a employé plus
de deux heures à examiner la plaine de Lutzen ,
où Guftave Adolphe , Roi de Suede , perdit la vie ,
& où fon armée , quoique privée de ce Prince ,
remporta une victoire complette fur les Impériaux
. On obferva que S. M. Pruffienne écrivoit
plufieurs remarques fur les tablettes . Il y a actuellement
ici fix Bataillons en garniſon .
DE BAULZEN , le 22 Novembre.
Depuis quelques jours , le prince de Pruffe a
établi ici fon quartier. Après avoir fait diftribuer
des logemens à quatre Baraillons qu'il a amenés
avec lui , il a adreffé aux Etats du Cercle l'ordre
fuivant.
« S. A. R. difpenfant les habitans de fournir
»la nourriture aux troupes, efpere que les louables
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE .
»Etats , de concert avec le Magiftrat & le Cha-
» pitre , régleront les chofes entr'eux de façon que
chaque foldat reçoive journellement fix deniers
& le Bas Officier un gros , & qu'il foit payé
tous les mois dix écus aux Lieutenans , Sous-
>> Lieutenans & Enfeignes , vingt aux Capitaines ,
» quarante aux Lieutenans - Colonels , foixante aux
»Colonels. S. A. R. ne demande rien Elle .
pour
»A l'égard de fes Aides de Camp , Elle laiffe à la
»difcrétion des Etats , de décider de quelle maniere'
>>on doit en ufer. Elle ne penſe pas , que ces
>> Etats faffent la moindre difficulté de remplir fes
>>intentions fur ces différens articles. Au refte , Elle
»promet qu'Elle empêchera l'Officier & le foldat
» d'exiger rien de leurs hôtes au - delà des fommes
»fpécifiées ci -deffus ; bien entendu néanmoins que
» la lumiere & le bois ferontfournis gratuitement
» & que
l'hôte fera tenu de cuire & d'apprêter pour
» le foldat la viande que celui- ci aura achetée . De
» plus , S. A. R. demande qu'on prépare trois cens
>>lits pour établir en cette Ville un Hôpital Mili-
>>> taire. >>>
DE BERLIN , le 28 Novembre.
Il paroît une Patente du Roi , pour rappeller
tous les Vaffaux ou Sujets de Sa Majeſté , qui font
au fervice de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme , ou qui réfident dans les Etats de
cette Princeffe. Le Roi leur ordonne de ſe repréfenter
dans le terme de deux mois , à compter
du jour de la publication de la Patente . Les biens
de ceux qui n'obéiront pas , feront confifqués au
profit des Officiers ou fujets de S. M. qui par
repréfailles pourroient effuyer quelque dommage
de la part de la Cour de Vienne.
C
JANVIER. 1757. 219
DE FRANC FORT , le 6 Décembre.
On afficha ici le 3 de Novembre dans toutes les
Places publiques le Decret de l'Empereur contre
le Roi de Pruffe ; & les Magiftrats ont défendu
de faire , dans cette Ville , & dans fon territoire ,
aucunes levées de foldats pour S. M. Pruffienne .
L'Empereur ayant ordonné la voie d'exécution
contre ce Prince , a déféré cette commiffion au
Duc de Saxe -Gotha en l'abſence du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe . Le Duc de Saxe - Gotha s'eft
excuſé de ſe mêler de cette affaire ; mais les raifons
qu'il allegue pour s'en difpenfer , n'ont pas
fatisfait Sa Majefté Impériale , & Elle lui a adreffé
une nouvelle Admonition.
le Ba-
Les lettres de Ratisbonne marquent que
ron de Ponickau , Miniftre du Roi de Pologne
Electeur de Saxe à la Diete de l'Empire , a préfenté
un nouveau Mémoire à cette aſſemblée . La
moitié du Bourg de Kupferberg dans l'Evêché de
Bamberg , vient d'être réduite en cendre. Il y a eu
auffi un grand incendie à Wetzlar .
DE VIENNE , le 27 Novembre.
Leurs Majeftés Impériales ont envoyé au Feld-
Maréchal Comte de Browne leurs portraits enrichis
de diamans , & l'on compte que ce Général
fera mis an nombre des Chevaliers de l'Ordre de
la Toifon d'Or , qui font en cette Cour.
Le Comte d'Eftrées , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi Très- Chrétien , arriva ici le 10 de ce
mois. Il eut le 12 fes audiences de Leurs Majeſtés
Impériales.
Près de trois cens Saxons qui ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe , font arrivés à Ybbi & à Crem's.
On apprend de Cracovie que les quatre Régimens
d'Infanterie & les deux de Cavalerie de cette Nátion
qui étoient en Pologne , s'avancent du côté
de Bielitz dans la haute Siléfie , pour le joindre aux
troupes de l'Impératrice Reine.
DE PRAGUE , le 14 Novembre.
Quatre Compagnies de Grenadiers des Régimens
que l'Impératrice Reine a fait venir d'Ita
lie , ont été mifes ici en garnifon. On a déposé
JANVIER. 1757. 200
dans l'Arcenal de cette Ville tous les pontons de
l'armée commandée par le Feld- Maréchal de
Browne. Il arrive tous les jours un grand nombre
de Déferteurs Pruffiens. Plufieurs prennent parti
dans les troupes de l'Impératrice Reine.
Depuis quelques jours les troupes qui
étoient dans le camp de Budin , fe font féparées.
Le Feld- Maréchal Comte de Browne a établi fon
quartier général en cette Ville . Il a donné le commandement
de tous les poftes au delà de l'Elbe au
Comte de Maguire. Le Général Haddick commandera
ceux en deçà de cette riviere. Les Huf
fards & les Croates ont formé un cordon le long
des frontieres de la Saxe , & plufieurs Efcadrons
de Cuiraffiers & de dragons font à portée de foutenir
ces troupes irrégulieres.
On doit faire à Carlsbadt l'échange des prifonniers.
Il s'y rendra pour cet effet de chaque côté
un Lieutenant Colonel , un Capitaine , un Auditeur
& un Commiffaire des guerres.
Pendant cet hyver , la Garniſon de cette Ville
fera compofée du Régiment de Jeune Wolfenbu
tel , d'un Bataillon de Wallis , & de vingt- deux
Compagnies de Grenadiers.
Du Camp de Budin , le 7 Novembre.
Le 27 du mois dernier , les Pruffiens ayant
abandonné la Ville d'Auffig , le Feld - Maréchal
Comte de Browne la fit occuper par un Détachement
de Croates. Il fit paffer en même temps
l'Elbe à la plupart des troupes de cette Nation ,
harceler l'arriere- garde de l'armée ennemie.
Le Général Haddick s'avança le 28 avec fon détachement
vers Peterwald. Les Pruffiens s'en re-.
tirerent , & il en prit poffeffion. Le 29 , le Lieute
nant-Colonel Maceligot attaqua un poſte , dans
pour
1
ZIO MERCURE DE FRANCE.
:
lequel un corps d'ennemis étoit retranché avec
huit canons. L'action fut très- vive , & les Pruffiens
fe défendirent long-temps à la faveur de leur
artillerie mais le Colonel Velha étant venu au
fecours du fieur Maceligot , le pofte fut emporté.
Les ennemis y ont laiffé près de deux cens morts
ou bleffés . On eut le 30 des avis certains , que l'ennemi
avoit entiérement évacué la Boheme ; & le
31 , le Feld - Maréchal de Browne rappella les
Détachemens qu'il avoit envoyés dans les Cercles
de Saatz & de Leitmeritz . Sur le bruit qui fe
répandit le premier de ce mois , que les Pruffiens
faifoient de nouveaux mouvemens du côté de Zitau
& de Gabel , ce Général fit avancer le Comte
Lafcy à la tête de quelques Bataillons & d'un
Corps de Huffards vers Jung- Buntzlau , & le Lieutenant-
Colonel Louden vers Bambourg, avec huit
cens Croates. Le Baron de Wolfersdorff , Major
Général , fut détaché le 3 avec fix Bataillons , un
pareil nombre de Compagnies de Grénadiers , fix
cens chevaux , & douze pieces de canon
foutenir le Comte Lafcy . Le s , on apprit que les
ennemis avoient pris des cantonnemens ; qu'il n'y
avoit plus que quatre mille hommes de leurs troupes
qui fuffent campés ; & que ce Corps étoit
retranché derriere Nellendorff.
, pour
Du Quartier Général du Prince Piccolomini
Hollochlau , le 8 Novembre 1756.
Les troupes commandées par le Prince Piccolomini
, ne ſe ſont arrêtées qu'un jour à Jaromitz
, & le 27 du mois dernier elles font venues
camper ici. On fut informé le 29 , qu'un Corps
de Pruffiens qui étoit reſté à Neuſtadt , s'etoit retiré.
Auffitôt le Prince Piccolomini manda au
Comte Spada , de faire prendre poffeffion de ce
JANVIER. 1757. 27F
le
pofte. Sur l'avis qu'on reçut le même jour , que
le Feld- Maréchal de Schwerin décampoit de Skalitz
, & qu'il paroifloit avoir deffein de fe replier
vers Lewin ; les Comtes de Spada , Louis de Starhemberg
& de Rodolphe de Palfy , eurent ordre
de fe porter en avant .En même temps, on détacha
le Colonel Mibaliewich , pour inquiéter
les ennemis dans leur retraite. Le 30 ils fe retirerent
jufqu'à Reinerz dans le Comté de Glatz . Le
fieur Mibaliewich , après les avoir poursuivis ,
eft revenu prendre pofte à Lewin. Le Feld - Maréchal
de Schwerin leva de nouveau fon camp
premier de ce mois. Continuant de retourner
en arriere , il alla fe pofter fous Glatz , & s'eft
replié enfuite jufqu'à Warthe : il n'a laiffé à
Glatz que deux Régimens. Quelques difpofitions.
de ce Général font juger qu'il à même deſſein
d'évacuer entiérement le Comté de Glatz . Les
troupes de l'Impératrice Reine y paient tout ar
gent comptant , excepté le pain & les fourrages ,
qu'elles ne prennent même qu'en donnant des reçus.
Deux Détachemens fe font avancés à Reinerz
& à Gofbubel , pour obferver les mouvemens des
ennemis. Nos Huffards font campés entre Czaftch
& Slany. Les Régimens de Cuiraffiers de Schmerzing
, de Kalckreuter & de Gelhay , & les Régimens
de Huffards de Nadafti & de Kaluocki
font arrivés de Hongrie en Moravie , où ils s'ar
rêteront juſqu'à nouvel ordre.
DE LEITMERITZ , le 2 Novembre.
Quelques jours avant que les Prufſiens abandonnaffent
la Boheme , le fieur de Tallange atta--
qua Salefl , où étoient trois cens hommes d'Infanterie
& quatre-vingts Huffards de leur troupes ,
212 MERCURE DE FRANCE .
avec deux pieces de canon . Il tailla en pieces cent
foixante -dix hommes , & il encloua les deux canons
, ne pouvant les enlever parce que fix cens
Cavaliers ennemis vinrent au fecours du pofte attaqué.
Le Major Manftein , qui y commandoir ,
a perdu la vie. Il n'y a eu que feize hommes tués
& vingt-trois bleffés du côté des Autrichiens . Le
Général Maguire a fait former , par les troupes
qu'il a fous fes ordres , un cordon le long de la
frontiere .
DE DRESDE , le 29 Novembre.
NeufRégimens de l'armée de Sa Majeſté Pruſfienne
devoient traverfer le Cercle de Buntzlau
pour aller joindre l'armée qui eft aux ordres du
Feld-Maréchal de Schwerin . Ils n'ont pu exécuter
ce projet , les Autrichiens ayant occupé les principaux
poftes fitués le long des montagnes de la
Luface. Des lettres de Léipfick avoient marqué ,
que deux Régimens Saxons avoient trouvé le
moyen de fe rendre à Prague. Les mêmes lettres
ajoutoient , que cent cinquante Soldats des mêmes
troupes avoient forcé trois cens Cavaliers
Pruffiens , qui avoient été envoyés à leur pour
fuite , de mettre les armes bas , & qu'il les
avoient emmenés prifonniers en Boheme. Ces
nouvelles ne font pas confirmées. Il eft vrai feule
ment que le Régiment Saxon de Lubomirsky a
refufé de marcher fous les ordres des Officiers
Pruffiens , qui lui avoient été donnés pour commander
qu'il en a tué quelques- uns , & qu'il
s'eft enfuite entiérement difperfé .
Quelques Régimens des troupes Electorales
ayant conftamment refufé de prêter ferment au
Roi de Pruffe , & un grand nombre de Soldats des
JANVIER. 1757. 213
mêmes troupes ayant pris la fuite , le Prince
Maurice d'Anhalt - Deſſau en a porté des plaintes
au Feld- Maréchal Comte de Rutowski , par ordre
de Sa Majesté Pruffienne. Ce Feld- Maréchal a
fait à la lettre du Prince d'Anhalt une réponſe ,
dont voici l'extrait.
« V. A. S. fçait mieux que perfonne , que la plu-
»part des Officiers, après avoir paffé le Pont de Rhuden
,ont été d'abord éloignés de leurs Régimens.
»Comment peut- on exiger d'eux qu'ils répon-
>>dent de leur monde ; & de moi , que je réponde
pour les Officiers ? En vertu de la Capitula-
»tion , il étoit libre à ces derniers de refter au fer-
»vice de S. M. le Roi de Pologne , ou de deman-
» der leur congé. On a convenablement annoncé
»aux Soldats qu'ils feroient prifonniers de guer-
>>re ; mais on ne leur a dit , ni de ma part , ni
>>de celle de qui que ce foit , qu'ils devoient prê-
»ter ferment au Roi de Pruffe , & qu'ils y fe-
Proient forcés. Je me fuis expreffément défendu
»dans la Capitulation , je l'ai fait représenter à S.
>>M. Pruffienne . Malgré cela , perfonne n'eft &
»ne fe croit autorifé à retenir quelques hommes
»de l'Artillerie , de l'Infanterie & de la Cavalerie.
»V. A. S. n'a qu'à nommer ceux des Généraux &
»>Officiers , qu'elle accufe. Notre qualité de prifonniers
de guerre ne nous permet pas de
>>nous éloigner des lieux de notre réfidence , &
chacun de nous eft refponfable de ce qui pourroit
fe faire contre la Capitulation . Mais V. A. S.
>>me permettra de lui dire que l'éloignement des
troupes pour la preftation de ferment qu'on éxi-
»goit d'elles & qu'on leur a fait faire par des
moyens violens , ne devroit point lui paroître
métrange ; & quoi qu'il en foit , il n'eft guere poffible
de rendre refponfables de cet éloignement
214 MERCURE DE FRANCE.
>>leurs Officiers qui font féparés d'elles .... Sur
la Lifte des Grenadiers Gardes du Corps , on a
»mis des hommes qui doivent avoir été auprès des
Ȏquipages des Officiers , & dont une partie s'eft
»perdue avec les bagages , & l'autre a été renvoyée
de Pirna & de Drefde . On a d'ailleurs fpé-
»ciné , comme étant à Drefde , des malades qui
wétoient reftés à Thurmfdorff & à Naumdorff , &
que les troupes Pruffiennes doivent y avoir trou
»vés. Il y a auffi beaucoup de Soldats qui étoient
nabfens par congé . Les Officiers ne fçavent où ils
>>font reftés , ni ce qu'ils font devenus . On a porté
>> pareillement furl'état des troupes plufieurs Ca-
» dets qui ne font encore que des enfans , & qui
»ne font jamais venus au Drapeau , quoique la
>> Cour ait bien voulu leur accorder , comme une
» grace , la paie pour leur entretien....... >>
On publia le premier de ce mois une Ordonnance
, par laquelle S. M. Pruffienne prefcrivoit
aux Cercles de cet Electorat , de fournir neuf
mille foixante -quinze hommes , pour recruter les
Régimens Saxons qu'Elle a pris à ſon ſervice. Par
la répartition qui avoit été faite , ce Prince demandoit
deux mille cent vingt hommes au Cercle
de Mifnie , dix- fept cens trente-cinq au Cercle
de Léipfick , deux cens foixante -un au Cercle
de Neuftadt , quatre cens foixante-onze au Cercle
Electoral , feize cens foixante- cinq au Cercle
des Montagnes , neuf cens cinq au Cercle de
Thuringe , quatre cens foixante - fix au Cercle de
Voigtland , fix cens au Marquifat de la Haute-
Luface , trois cens foixante - huit à la Baffe- Luface
, deux cens trente-e- quatre au Chapitre de Merfebourg
, & deux cens trente au Chapitre de
Naumbourg & de Zeift. Il étoit recommandé aux
Régences de n'enrôler que des hommes qui euf- -
JANVIER. 1757 . 275
>
fent au moins cinq pieds cinq pouces , & qui
n'euffent pas plus de vingt- huit ans ; & de les
choifir principalement parmi les Artifans , particuliérement
parmi les Charrons , Forgerons ,
Charpentiers , Maçons & Serruriers . Toutes ces
recrues devoient être prêtes le 15 & il avoit été
fignifié à chaque Cercle , que , fi elles ne fe trouvoient
pas affemblées pour ce temps , ou fi elles
n'étoient pas telles que S. M. Pruffienne les exigoit,
on procéderoit contre les Membres de la Régence
du Cercle par voie d'éxécution militaire ;
que même ils feroient arrêtés , & que , fans aucune
diftinction de perfonnes , on les condamneroit
aux travaux des fortifications .
Dix Régimens d'Infanterie de l'armée Saxonne
font confervés en entier. S. M. Pruffienne a incorporé
dans les troupes les Grenadiers Gardes du
Corps , le Régiment de la Reine ; celui de la Princeffe,
épouse du Prince Electoral ; fix Régimens de
Cavalerie , & le Corps d'Artillerie . Elle a envoyé
dans fes Etats le Régiment de Dragons de Rutow.
ski , ainfi que les foldats qui ont refufé de prêter
ferment . Plufieurs Officiers , foupçonnés d'avoir
contribué par leurs confeils à ce refus , ont été mis
aux arrêts .
Quelques Soldats Saxons s'étant évadés en paſfant
par Dornau , le détachement Pruffien , qui
les conduifoit , a enlevé les Magiftrats de ce Bourg ,
& les a emmenés prifonniers. On a publié une
Ordonnance du Directoire de Guerre , établi par
le Roi de Pruffe à Torgau . Elle porte que les foldats
qui quitteront les Régimens Saxons que ce
Prince a pris à fon fervice , feront traités comme
déferteurs. Par la même Ordonnance , il eft enjoint
aux Magiftrats de faire arrêter ceux qui le
trouveront dans leurs diftricts , & de les faire conduire
à la garnifon la plus prochaine , fous peine
216 MERCURE DE FRANCE.
d'en répondre en leur propre & privé nom. Il eſt
expreffément défendu de faire tenir aux fugitifs
rien de ce qui peut leur appartenir. Les Magiftrats
auffi-tôt qu'ils feront informés de l'évalion de
quelqu'un , feront obligés de faifir ſes biens meubles
ou immeubles , & ils payeront de leurs
pres fonds les effets qui feront détournés. Toutes
perfonnes qui auront contribué à la fuite d'un
foldat , ou qui , ayant connoiffance de fa fuite , ne
dénonceront pas le fugitif , fubiront la peine prononcée
contre lui .
pro-
Sur les repréſentations des Députés des différens
Cercles de la Saxe , & avec le confentement
du Roi de Pruffe , le Major Général Rezow s'eft
chargé d'acheter la levée des Milices que Sa Majeſté
Pruſſienne a demandées à cet Electorat.
1
On parle diverſement des caufes de la détention
du fieur de Heinecke , Confeiller privé. Le ſcellé
a été mis fur tous les papiers. Le fieur Hibler ,
Major d'un Régiment d'Infanterie des troupes
Saxonnes , a été arrêté en même temps que ce
Magiftrat , pour avoir exhorté des foldats à paffer
chez les Autrichiens.
DE LEIPSICK , le 2 Décembre.
Sur la réquifitión de nos Magiftrats & du Corps
de nos Négocians , le Roi de Pruffe a confenti
d'accorder une diminution fur la contribution de
cinq cens mille écus , qu'il avoit fait demander à
cette Ville. En même temps Sa Majeſté Pruffienne
a recommandé aux habitans de n'entretenir aucune
intelligence avec les Autrichiens , & de ne leur
faire aucune livraiſon , de quelque nature que ce
pût être.
Ce Prince arriva le 24 du mois dernier en cette
Ville , & il prit fon logement chez le fieur Heman
,
JANVIER. 1757. 217
man ,Confeiller des Finances. S.M. Pruffienne vifita
le lendemain matin , les quartiers qu'une partie de
fes troupes occupe dans les environs ; & le foir
Elle retourna à Drefde . Elle a témoigné qu'Elle
auroit défiré de pouvoir accorder une plus grande
diminution fur la contribution qu'Elle a demandée
; mais que les circonftances ne le lui
avoient pas permis . Il y a actuellement ici quatre
mille hommes en garnifon , fans y comprendre
les Gardes du Corps & les Gendarmes du Roi de
Pruffe , qui font logés dans les fauxbourgs . On
compte dans plufieurs maifons jufqu'à huit & dix
foldats . La Bourgeoifie eft obligée de leur céder
les chambres fur le devant , afin qu'ils -foient plus
à portée d'obſerver ce qui fe paffe dans les rues
& d'entendre les fignaux que les Officiers peuvent
avoir befoin de leur donner.
Le Roi de Pruffe , en faiſant la visite des quar
tiers que plufieurs Corps de fes troupes occupent
dans les environs de cette Ville , a employé plus
de deux heures à examiner la plaine de Lutzen ,
où Guftave Adolphe , Roi de Suede , perdit la vie ,
& où fon armée , quoique privée de ce Prince ,
remporta une victoire complette fur les Impériaux
. On obferva que S. M. Pruffienne écrivoit
plufieurs remarques fur les tablettes . Il y a actuellement
ici fix Bataillons en garniſon .
DE BAULZEN , le 22 Novembre.
Depuis quelques jours , le prince de Pruffe a
établi ici fon quartier. Après avoir fait diftribuer
des logemens à quatre Baraillons qu'il a amenés
avec lui , il a adreffé aux Etats du Cercle l'ordre
fuivant.
« S. A. R. difpenfant les habitans de fournir
»la nourriture aux troupes, efpere que les louables
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE .
»Etats , de concert avec le Magiftrat & le Cha-
» pitre , régleront les chofes entr'eux de façon que
chaque foldat reçoive journellement fix deniers
& le Bas Officier un gros , & qu'il foit payé
tous les mois dix écus aux Lieutenans , Sous-
>> Lieutenans & Enfeignes , vingt aux Capitaines ,
» quarante aux Lieutenans - Colonels , foixante aux
»Colonels. S. A. R. ne demande rien Elle .
pour
»A l'égard de fes Aides de Camp , Elle laiffe à la
»difcrétion des Etats , de décider de quelle maniere'
>>on doit en ufer. Elle ne penſe pas , que ces
>> Etats faffent la moindre difficulté de remplir fes
>>intentions fur ces différens articles. Au refte , Elle
»promet qu'Elle empêchera l'Officier & le foldat
» d'exiger rien de leurs hôtes au - delà des fommes
»fpécifiées ci -deffus ; bien entendu néanmoins que
» la lumiere & le bois ferontfournis gratuitement
» & que
l'hôte fera tenu de cuire & d'apprêter pour
» le foldat la viande que celui- ci aura achetée . De
» plus , S. A. R. demande qu'on prépare trois cens
>>lits pour établir en cette Ville un Hôpital Mili-
>>> taire. >>>
DE BERLIN , le 28 Novembre.
Il paroît une Patente du Roi , pour rappeller
tous les Vaffaux ou Sujets de Sa Majeſté , qui font
au fervice de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme , ou qui réfident dans les Etats de
cette Princeffe. Le Roi leur ordonne de ſe repréfenter
dans le terme de deux mois , à compter
du jour de la publication de la Patente . Les biens
de ceux qui n'obéiront pas , feront confifqués au
profit des Officiers ou fujets de S. M. qui par
repréfailles pourroient effuyer quelque dommage
de la part de la Cour de Vienne.
C
JANVIER. 1757. 219
DE FRANC FORT , le 6 Décembre.
On afficha ici le 3 de Novembre dans toutes les
Places publiques le Decret de l'Empereur contre
le Roi de Pruffe ; & les Magiftrats ont défendu
de faire , dans cette Ville , & dans fon territoire ,
aucunes levées de foldats pour S. M. Pruffienne .
L'Empereur ayant ordonné la voie d'exécution
contre ce Prince , a déféré cette commiffion au
Duc de Saxe -Gotha en l'abſence du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe . Le Duc de Saxe - Gotha s'eft
excuſé de ſe mêler de cette affaire ; mais les raifons
qu'il allegue pour s'en difpenfer , n'ont pas
fatisfait Sa Majefté Impériale , & Elle lui a adreffé
une nouvelle Admonition.
le Ba-
Les lettres de Ratisbonne marquent que
ron de Ponickau , Miniftre du Roi de Pologne
Electeur de Saxe à la Diete de l'Empire , a préfenté
un nouveau Mémoire à cette aſſemblée . La
moitié du Bourg de Kupferberg dans l'Evêché de
Bamberg , vient d'être réduite en cendre. Il y a eu
auffi un grand incendie à Wetzlar .
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En novembre 1756 et janvier 1757, plusieurs événements militaires et diplomatiques marquent l'Allemagne et l'Europe centrale. À Vienne, les empereurs offrent des portraits enrichis de diamants au Feld-Maréchal Comte de Browne, qui doit être nommé Chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or. Le Comte d'Estrées, ministre plénipotentiaire du roi de France, est reçu en audience par les empereurs. Près de trois cents Saxons désertent l'armée prussienne pour rejoindre les troupes autrichiennes. En Bohême, des régiments italiens sont mis en garnison à Prague, et des déserteurs prussiens continuent d'arriver. Les troupes autrichiennes se réorganisent sous la direction du Feld-Maréchal Comte de Browne, qui établit son quartier général à Prague et nomme des commandants pour les postes de part et d'autre de l'Elbe. Des échanges de prisonniers doivent avoir lieu à Carlsbad. À Budin, les troupes prussiennes abandonnent la ville d'Aussig, permettant aux Autrichiens de prendre plusieurs positions. Le Prince Piccolomini mène des opérations contre les Prussiens, qui se retirent vers Glatz et Warthe. À Dresde, des régiments saxons refusent de prêter serment au roi de Prusse, et des déserteurs saxons sont arrêtés et menacés de sanctions. Le roi de Prusse ordonne le recrutement de neuf mille six cent soixante-quinze hommes pour renforcer les régiments saxons. Des ordonnances sont publiées pour punir les déserteurs et les magistrats complaisants. En décembre 1756 et janvier 1757, des mesures administratives et militaires sont prises en Saxe et en Prusse. Les personnes contribuant à la désertion ou ne dénonçant pas un fugitif subissent la même peine que le déserteur. Sur demande du Roi de Prusse, le Major Général Rezow achète la levée des milices saxonnes. Le conseiller privé Heinecke et le Major Hibler sont arrêtés pour avoir encouragé des soldats à déserter. Le Roi de Prusse accepte de réduire la contribution demandée à Leipzig à la demande des magistrats et des négociants. Il visite Leipzig et les environs, inspectant les troupes et recommandant aux habitants de ne pas collaborer avec les Autrichiens. Les habitants de Leipzig doivent loger les soldats prussiens et fournir des lits pour un hôpital militaire. À Baulzen, le Prince de Prusse ordonne aux États du Cercle de fournir nourriture et logement aux troupes. Le Roi de Prusse publie une patente rappelant ses sujets au service de l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême. À Francfort, un décret impérial contre le Roi de Prusse est affiché, interdisant les levées de soldats pour la Prusse. Des incendies détruisent une partie du bourg de Kupferberg et la ville de Wetzlar.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 173-188
ALLEMAGNE.
Début :
Le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé d'exiger des contributions du Royaume de Prusse. [...]
Mots clefs :
Dantzig, Vienne, Prague, Dresde, Francfort, Hambourg, Hanovre, Camp d'Insterbourg, Camp du prince Charles de Lorraine, Camp de Valle, Camp de Closter-Seven, Maréchal, Troupes, Ennemis, Marquis, Détachements, Grenadiers, Canons, Prusse, Maréchal de Richelieu, Comte d'Apraxin, Impératrice, Prisonniers, Retraite, Magistrats, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
DE DANTZICK , le 33 Acût.
LE Feld- Maréchal Comte d'Apraxin a commencé
d'exiger des contributions du Royaume
de Pruffe. Ayant mandé les Magiftrats de Tylfit ,
il leur a fignifié les ordres pour la livraiſon d'une
certaine quantité de vivres & de fourrages.
La Colonne des troupes Ruffiennes , qui a pris
fa route par la Samogitie , arriva le 28 Septembre
fur la frontiere de la Pruffe Brandebourgeoife.
Le 29 , elle fut jointe par une autre Colonne ,
qui a traversé la Lithuanie. Le même jour ,
Feld-Maréchal Comte d'Apraxin fit occuper la
Ville de Tilfit , dont les Magiftrats furent confirmés
dans leurs emplois , après avoir prêté ferment
à l'Impératrice de Ruffie. Une partie de l'armée
de cette Princeffe a déja paffé la Niémen.
Le Feld- Maréchal de Lehwald a abandonné les
bords de cette riviere , & s'eft replié ſur la Prégel
. Il eft actuellement campé à Welau dans une
pofition avantageufe , fon centre couvert par un
ravin , fa gauche appuyée à Konigsberg , & fa
droite tirant vers Georgebourg , où elle eft flanquée
par des bois & par des marais . Ce Général a
retiré de Marienwerder le Bataillon qui y étoit
en garniſon. Chaque jour , il y a quelque efcar-
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
mouche entre les poftes avancés des deux ar
mées.
On n'eft point informé que la Flotte Ruffienne
ait paru fur les côtes de Poméranie. Cela donne
lieu de préfumer qu'elle eft retournée à Cronstadt
Depuis que l'armée commandée par le Feld-
Maréchal Apraxin eft entrée dans la Pruffe Du
cale , le Confeil de Régence , qui étoit établi
Konigsberg , s'en eft retiré. Il n'y eft refté que
les Magiftrats chargés de la police de la Ville
Les Archives qu'on y tenoit en dépôt , ont été
envoyées à Cuftrin. On fait monter à une fomme
très- confidérable les contributions que les Ruffiens
ont exigées du pays . Ils ont demandé qua
rante mille écus à la ville de Memel , & les habi
tans fe font preffés de payer cette taxe , pour n'è
tre pas exposés aux rigueurs d'une exécution .
DE VIENNE , le premier Août .
Un Officier dépêché par le Prince Charles de
Lorraine , a apporté dix drapeaux pris fur les
Pruffiens à Gabel & à Zittau . Cette derniere Ville
qui eft de la Luface , & fous la domination du
Roi de Pologne Electeur de Saxe , a beaucoup
fouffert des bombes & des boulets rouges. Plu
fieurs édifices publics ont été détruits . Un grand
nombre de maiſons ont été renversées , ou réduites
en cendres. La néceffité de ruiner divers magazins
, que les ennemis avoient dans la place ,
s'eft oppofée aux ménagemens qu'on auroit defiré
d'avoir pour les habitans. Lorfque les troupes de
l'Impératrice Reine fe font emparées de la Ville ,
il n'y reftoit plus qu'environ quatre cens foldats.
Le refte de la garnifon avoit trouvé le moyen
d'en fortir , & de fe retirer au camp du Prince
de Prufle.
OCTOBRE . 1757. 175
Dès le mois d'Avril dernier , le Fifcal de l'Empire
avoit demandé qu'on citât les Magiftrats de
Francfort , pour n'avoir pas fatisfait dans le temps.
preferit aux Avocatoires Impériaux. Le Confeil
Aulique rendit il y a quelques jours un Décret ,
qui ordonne à ces Magiftrats de répondre dans le
terme de deux mois fur l'objet de cette citation .
Le Chevalier Robert Keith , ci- devant Miniftre
plénipotentiaire du Roi de la Grande - Bretagne
auprès de Leurs Majeftés Impériales , vient de
reprendre la route de Londres.
Le Comte de Stainville , nouvel Ambaffadeur
de France auprès de cette Cour , arriva ici le 20
d'Août. Le 24 , il eut fes premieres audiences
particulieres de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine. Leurs Majeftés Impériales font parties
pour Hollitſch , où elles doivent paffer quelques
jours. Elles ont reçu au fujet de deux actions qui
fe font paffées le 13 & le 14 en Siléfie , une Relation
dont voici l'extrait.
Pendant plufieurs jours les Pruffiens n'avoient
fait aucun mouvement. Le 13 , un Caporal , qui
étoit en fauve-garde à Gimansdorff , vint donner
avis qu'ils s'avançoient en force . Auffi - tôt le Colonel
Jahaus doubla toutes fes gardes avancées.
Il fit en même temps plier les tentes & charger le
bagage . On avoit lieu de croire que le deffein des
ennemis étoit de furprendre Landshut , & de nous
contraindre d'abandonner la Siléfie. Ainfi il falloit
prendre une réſolution d'autant plus vigoureuſe ,
qu'on devoit s'attendre à être attaqué par la
droite & par la gauche. Les Pruffiens firent diverfes
feintes , pour engager le Colonel Jahnus à
quitter fa pofition ; mais il fe contenta de faire
manoeuvrer fon avant-garde . Sur les dix heures &
demie du foir , il fit donner l'alarme au camp
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ennemi par cinquante Volontaires . Ce détache
ment y caufa d'abord tant de défordre , que les
Pruffiens firent feu les uns fur les autres , & qu'il
fe paffa plus d'une demi-heure avant qu'ils puffent
fe reconnoître. On leur enleva trente chevaux ,
& cent déferteurs fe rendirent à notre camp. Le
lendemain à la pointe du jour , on s'apperçut que
les ennemis avoient changé de pofition . Leur Infanterie
s'étoit avancée jufqu'au fauxbourg de
Landshut , & formoit un bataillon quarré . La
nôtre commença à donner par petits pelotons.
Quatre de nos pieces de campagne incommodant
confidérablement les Pruffiens , ils fe replierent
fur leur gauche. Leur premiere attaque fut contre
un bois , où le Capitaine Lakupith étoit avec un
bataillon de Warafdins. Cette attaque fut trèsvive
, & foutenue du feu de feize pieces de canon.
Le fieur Lakupith tint ferme pendant une heure ;
mais il fe vit enfin dans la néceffité de céder au
nombre , & il rejoignit le gros de nos troupes.
Alors l'action devint générale. Les ennemis , vu
la fupériorité de leurs forees , pouvoient déborder
notre droite . Pour remédier à cet inconvénient ,
le Colonel Jahnus avoit couvert de ce côté fon
flanc par plufieurs abattis d'arbres , & y avoit éta
bli deux batteries. Après un combat très- long &
très-opiniâtre , dans lequel notre artillerie chargée
à cartouches fit beaucoup de ravage parmi les
troupes ennemies , les Pruffiens fe retirerent avec
précipitation. Nos troupes les pourſuivirent à
droite au-delà de Reichenau , & à gauche pardelà
Richebanck. Elles fe font emparées de fix
pieces de canon , dont une de quatre livres de
balle , & les autres de trois. On a pris auffi une
grande quantité d'autres armes , plufieurs tambours
, un charriot & deux caiffons de munitions.
OCTOBRE . 1757. 177
Les Pruffiens compofoient un corps d'environ
huit mille hommes , & étoient commandés par le
Général Creutzer . Trois jours après l'action , on
n'avoit pu encore enterrer tous leurs morts. Ils
ont perdu trois milles hommes , en y comprenant
les déferteurs & quatorze cens prifonniers. Parmi
ces derniers , on compte dix-fept Officiers , dont
un eft mort le 16 de fes bleffures . Du côté des
troupes de l'Impératrice Reine , il n'y a eu que
dix-fept hommes tués , quatre- vingt- un bleffès ,
deux faits prifonniers , deux chevaux tués , & deux
autres pris. Da nombre des morts font les fieurs
Ummerhoffer & Liczeni , Capitaines dans les Régimens
de Saint-Georges & de Gradiska. Le Baron
de Jahnus a eu un cheval tué fous lui d'un boulet
de canon. Ce Colonel mande qu'il a fait
occuper
de nouveau les hauteurs de Zeifchenberg auprès
de Freyberg.
DE PRAGUE , le 30 Juillet.
Le 23 de Juillet , le Comte de Nadafty s'avança
de Leitmeritz à Levin . Un détachement de fes
troupes , commandé par le Comte de Draskowitz,
Major général , a fait prifonniers à Schrekenſtein
un Major , un Capitaine , fix autres Officiers , &
deux cens vingt foldats. Mille Pruffiens qui étoient
dans Tetſchen , ont abandonné ce pofte .
L'armée de l'Impératrice Reine marcha le 25
en avant. L'aile gauche a paffé la Neiff , ainfi
qu'avoit fait l'aile droite. Le corps de réſerve eft
refté à Ullersdorff , pour affurer la communication
avec la Boheme. Le Prince Charles de Lorraine
& le Feld-Maréchal Comte de Daun , ont
détaché un nouveau corps de troupes vers la
Siléfie.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE, le 31 Août .
·
Le Colonel Laudon continue d'inquiéter les
Pruffiens. Ces jours derniers il marcha avec
foixante Huffards à Liefnig , où il y avoit cinquante
hommes. Ils fe retirerent à ſon approche ,
& il les pourfuivit jufqu'à Querbitz . S'y voyant enveloppés
, il fe jetterent dans une maifon , d'où
ils firent un feu très- vif. Les Huffards mirent pied
à terre , attaquerent la maifon , & obligerent le
dêtachement ennemi de fe rendre à difcrétion.
DE FRANCFORT , le 3 Août.
Avant-hier, M. le Prince de Soubize vint en cette
Ville. Il fut falué par le canon des remparts , &
complimenté par une députation des Magiftrats ,
qui lui préfenta le vin d'honneur. Le foir , il re
tourna à Hanau. La Gendarmerie de France , qui
eft de l'armée de ce Général , s'avance vers ces
quatiers, Le corps de Fifcher doit être entré actuellement
dans la Turinge.
Les troupes de l'Empire
continuent
de s'affembler
entre Furth & Farrenbach
. On ne croit pas
qu'elles puiffent être réunis avant le 7 ou le 8 du
mois de Septembre.
On écrit de Minden , que M. le Maréchal- Duc
de Richelieu y a fait entrer un régiment Suiffe ,
pour renforcer la garn fon , & que M. le Marquis
de Berville, Maréchal de Camp, qui y commande,
fait réparer les fortifications de cette Place.
DE HAMBOURG , le 26 Août.
Quatre Vaiffeaux de guerre Anglois , & deur
Frégates de la même Nation , mouillerent hier à
l'embouchure de l'Elbe près d'Oldinbroek. Ces
OCTOBRE . 1757.
179
Bâtimens doivent remonter le fleuve jufqu'à Stade,
afin d'embarquer les effets retirés de Hanovre.
Les lettres de Siléfie marquent que le 15 du mois
d'Août le Colonel Jahnus a remporté un avantage,
confiderable fur un Corps de cinq mille Pruffiens .
Selon les avis reçus de Koniſberg , le Général Sibilski
, commandant les troupes légeres du Roi de
Polongne Electeur de Saxe , eft entré en Pruffe
avec ces troupes par le Palatinat de Trock. On
mande de Petersbourg , que le Chevalier Douglas
, qui a été chargé des affaires de Sa Majeſté
très-Chrétienne auprès de l'Impératrice de Rufke ,
doit reprendre inceffamment la route de Paris.
DE HANOVRE , le 10 Août.
Suivant la répartition des contributions , auxquelles
cet Electorat eft taxé , la Principauté de
Ĉalemberg doit fournir un million quatre-vingt
mille rations de foin , chacune du poids de dixbuit
livres ; trente- trois mille facs de froment ,
une pareille quantité de feigle , & autant d'avoine
, chaque fac pefant deux quintaux . La Principauté
de Grubenhagen fournira cent mille rations
de fourrage , & la Ville de Gottingen donnera
vingt-quatre mille facs , tant de froment & de
feigle que d'avoine . Ces livraifons doivent être
faites en deux termes , fçavoir une moitié avant le
premier du mois de Septembre , l'autre moitié
avant le premier Octobre , fous peine d'exécution
militaire.
Le ,, vers les dix heures du matin , un détachement
de Grénadiers de France vint prendre
poffeffion des portes de cette Capitale. Peu après ,
M.le Duc de Chevreule, nommé pour commander
ici , entra dans la Ville avec les troupes , qui doi-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
vent en compofer la Garnifon . Celle de l'ancienne
Garnifon ont été défarmées , & on leur a permis de
fe retirer au bon leur fembleroit . MM . le Duc de
Chevreule , & le Marquis de Saint- Pern qui commande
fous lui , ont pris leurs logemens , le premier
à l'Hôtel du Baron de Dieden , Miniftre
d'Etat , le fecond chez le Comte de Kielmanfegg.
Après le dîner, MM . le Duc de Chevreufe & le Mar
quis de Saint- Pern fe promenerent à cheval dans
les rues , pour raffurer les habitans . Ces Lieutenans
- Généraux leur déclarerent que la Bourgeoi-
He devoit être parfaitement tranquille , & que ,
s'il arrivoit à des Soldats de commettre quelques
excès , on en feroit fur le champ une punition
exemplaire.
Brunswic & Wolfenbuttel ont ouvert leurs
portes aux François. Un Détachement des troupes
de cette Nation vient d'occuper auffi Zell . M.
le Maréchal Duc de Richelieu fe diſpoſe à paffer
la Leine , pour s'approcher de l'Electorat de
Brandebourg. On prépare à Hambourg , à Altena
, & dans quelques autres Villes voifines
foixante mille paires de fouliers , & vingt- deux.
mille paires de bottes , pour l'armée de Sa Majefté
Très Chrétienne. M. le Duc de Chevreuse qui
commandoit ici avant l'arrivée du Général , voulant
prévenir tout ce qui pourroit y troubler la
tranquillité publique , a exigé que tous les Bourgeois
dépofaffent leurs armes à l'Hôtel de Ville.
Une indifpofition a obligé M. le Duc d'Orléans
de fe rendre à Aix - la-Chapelle , pour y prendre
les eaux.
L'armée du Duc de Cumberland est toujours
campée à Ferden , Ville Capitale du Duché de ce
nom. Ce Prince fait travailler à applanir les rouses
qui conduifent de-là à Stade , & à en pratiOCTOBRE
. 1757. 181
quer de nouvelles à travers des bois dont le pays
eft entrecoupé.
M. le Maréchal Duc de Richelieu vient de recevoir
un courier de M. le Comte de Beauffobre ,
Maréchal de Camp , commandant le blocus de
Gueldre , avec nouvelle que le Gouverneur de
cette place demandoit à capituler & à fortir , lai
& fa garnifon , avec les honneurs de la guerre.
Notre Général a approuvé cette difpofition , &
en conféquence cette Garnifon doit être renvoyée
à Berlin par la route de Cologne & de Francfort.
DU CAMP D'INSTERBOURG , le 1 z Août.
L'armée de l'impératrice de Ruffie campa le
deuxd'Août près de Scaluponen. Il y eut le même
jour une efcarmouche entre l'avant - garde de cette
armée & un détachement de Huffards Pruffiens.
La perte fut à peu près égale de part & d'autre. Le
4 , le Feld- Maréchal Apraxin s'avança jufqu'à .
Buduponen. Il marcha le 6 à Gumbingen , où il
laiffa repofer les troupes pendant deux jours . La
nuit du 7 au 8 , le Colonel Malachowsky s'étant
avancé avec quelque Cavalerie du Roi de Pruffe ,
pour reconnoître notre camp , cer Officier fut
chargé dans fa retraite. De chaque côté , il y eut
environ trente hommes tués ou bleffés . Le 9 l'armée
ne fit qu'une marche de deux milles . Sur l'avis
que le Général Biaden venoit à nous avec dix-
Efcadrons tant de Dragons que de Huffards , on
envoya contre lui un détachement de Cavalerie
légere. Les deux troupes fe rencontrerent près de
Gerwiskene. A l'approche du détachement Ruffien
, le Général Bladen fe pofta dans le bois de
Piczkemsky . On attaqua les ennemis malgré leur
pofition avantageufe , & on les délogea du bois,
182 MERCURE DE FRANCE.
Ils perdirent cinquante- deux hommes , & nous flmes
vingt-fept prifonniers. Avant- hier , le Feld-
Maréchal Apraxin affit fon camp 3 peu de
diſtance de l'endroit , où cette action s'étoit paffée.
Quelques efpions ayant rapporté qu'un corps
d'Infanterie & de Cavalerie Pruffienne fe formoit
en bataille dans la plaine , on fe mit en marche
vers les dix heures du foir , pour attaquer cette
tête de troupes ennemies. Dès qu'elle fut informée
de notre mouvement , elle fe replia fur le camp
du Feld-Maréchal de Lehwald. Hier , nous continuâmes
de nous porter en avant. Nous fumes
joints par la divifion du Général Fermer , & nous
vînmes camper fous Infterbourg , dont les Magiftrats
ont apporté les clefs au Feld - Maréchal
Apraxin. Ce Général a envoyé des détachemens
dans les Bailliages de Centwallen , de Dittlacken ,
de Naffaven , de Caffouben & de Frackenen. Il a
mis des Garnifons à Schwarpelen , à Trezacken ,
à Cubarthen , à Sodargen , à Plathen , à Dorskabnen
& dans Althoff. On apprend que le Général
Sibilsky avec les troupes légeres du Roi de Pologne
Electeur de Saxe, a pénétré jufqu'à Oletsko .
DU CAMP DU PR. CHARLES DE LORRAINE,
le 17 Août.
Un corps de Bannaliſtes , de Lycaniens & d'Oguliniens
, commandé par le Colonel Laudon ,
ayant paffé l'Elbe , a pénétré en Saxe , & a pris
pofte à Hellendorff. Sur l'avis que le Général
Itzemplitz étoit à Gottluben avec un détachement
des troupes de Pruffe , le Colonel Laudon y marcha
le 8 d'Août. Ayant mis en fuite quelques
Gardes avancés , il attaqua les ennemis , quoique
couverts d'un triple retranchement. Cette atOCTOBRE.
1757. 183
taque fe fit avec tant de vivacité & de fuccès ,
qu'ils furent contraints d'abandonner leurs lignes,
& même la Ville , où ils ont laiffé trois canons de
douze livres de balle & une piece de campagne.
Dans leur retraite , qu'ils firent en un fort grand
défordre , ils furent joints par trois bataillons de
Grenadiers , qui vinrent de Gishubel à leurs fecours.
Alors ils fe rallierent , & le Colonnel Laudon
fe retira. Il a conduit à Hellendorff la piece
de campagne , dont il s'eft emparé. Faute de chevaux
, il n'a pu emmener les trois autres canons.
On a pris les équipages & tous les domestiques du
Général Itzemplitz . La perte des Pruffiens eft eftimée
à cinq cens hommes , en y comprenant les
prifonniers & les déferteurs. Plus de cent de ces
derniers fe rendirent à Hellendorff le jour même
de l'action . Le Colonel Laudon mande au Prince
Charles de Lorraine , que les Officiers , qui fe
font le plus diftingués à l'attaque des retranchemens
, font les fieurs d'Ofchen , Stupiniany
Jegerman , Meffig , Rollag , Millnoufnick ,
Berzinger , Gerlichib & Juftini.
Il arriva le 9 à l'armée du Roi de Pruffe un convoi
de mille charriots chargés de farine & de munitions
de guerre. Le 13 , le Feld-Maréchal Keith
décampa de Tumitz , & fe rendit avec les troupes
au camp que le Prince de Brunſwic - Bevern occupoit
ci-devant près de Baudiffin. Il fe porta le 14
à Hochkirchen. Avant hier , le Roi de Pruffe &
ce Général , ayant réuni leurs deux armées , maxcherent
à Bornstadt . Sa Majeſté Pruffienne s'avança
hier jufqu'aux environs de Hirschfeld . Le
Prince Charles de Lorraine a fait de fon côté un
mouvement , moyennant lequel nous ne fommes
féparés des ennemis que par le village de Witgendorff.
Toute la nuit , on s'eft canonné très - vive.
184 MERCURE DE FRANCE.
ment de part & d'autre. Aujourd'hui , les Pruffiens
ont attaqué le village de Witgendoff à deux
différentes reprifes , mais on les a repouffés.
Ils font tranfporter à Baudiffin une grande quantité
de paliffades. On dit que l'Officier Général ,
qui y commande a ordonné aux habitans ,
en cas d'alarme , non feulement de s'enfermer
dans leurs maifons , mais même de ne point regarder
par les fenêtres , & qu'il a défendu à tous
ceux qui ne font point Gentilshommes , de porter
l'épée.
>
Les avis de Siléfie portent que le Colonel Jahnus
s'eft porté de Hohenfriedberg dans les environs
de Landshut , afin de mettre la garniſon de cette
ville à l'abri des entrepriſes des ennemis . Le Prince
Charle de Lorraine a envoyé à cette Officier
un renfort d'Infanterie & de Cavalerie légere ,
avec quelques pieces d'artillerie de campagne.
Par une convention faite depuis peu entre l'Impératrice
Reine & l'Electeur de Baviere , il a été
ftipulé que tous les foldats , qui ont défesté de
part & d'autre avant le premier d'Août , pour
s'engager au fervice de l'une ou de l'autre Puiffance
, peuvent demeurer dans les corps où ils ont
pris parti ; mais que ceux qui déferteront à
l'avenir , feront punis fuivant la rigueur des loix
militaires.
DU CAMP DE VALLE , le premier Septembre.
Les ennemis gardant toujours leur poſition entre
Rothembourg & Otterberg , M. le Maréchal
Duc de Richelieu s'étoit determiné à les y attaquer.
Le 30 d'Août , il fit partir M. le Marquis
de Monteynard , pour s'approcher de leur
camp , & pour reconnoître le pays. Ce Maréchal
1
OCTOBRE . 1757 .
185
de Camp avoit fous fes ordres vingt Compagnies
de Grenadiers , quatre troupes de Carabiniers ,
deux de Cavalerie , un Détachement des Volontaires
de Flandre & de Haynault , & quatre pie.
ces de canon. Il fe porta fur Everfen à quatre
lieues environ de Werden , & il découvrit le camp
des ennemis encore tendu à un quart de lieue audelà
de Rothembourg. La Brigade d'Alface avoit
marché en même temps à Walle , pour foutenir
le détachement de M. le Marquis de Monteynard,
qui fut joint auffi à Everfen par trois cens Dragons
aux ordres de M. le Marquis de Caraman , que
M. le Marquis de Guerchy , campé à Withoé, avoit
envoyés fur la droite d'Everfen .
M. le Marquis de Monteynard employa la journée
du 30 à reconnoître le pays qui étoit deyant
lui , & à examiner les bords de la Wurm . II
fut inquiété par quelques Huffards & quelques
Chaffeurs fortis de Rothembourg , qui firent le
coup de fufil contre fes poftes avancés . Ayant
paflé la nuit en bataille , il s'avança le lendemain
à la pointe du jour fur le Village de Wderſchled ,
d'où il déboucha & marcha en colonne juſqu'à
une lieue de Rothembourg fur le grand chemin
ayant des marais à droite & à gauche. Alors il
s'apperçut que les ennemis avoient fait décamper
le centre de leurs lignes , & qu'ils n'avoient laiſſé
que des Détachemens dans les Forts de Rothembourg
& d'Otterberg. Comme on avoit lieu de
croire que ces Détachemens n'étoient reftés que
pour favorifer la retraite de leur armée , le Marquis
de Monteynard envoya fur le champ fommer
les deux Commandans. Ils répondirent qu'ils
avoient ordre de fe défendre . M. le Marq . de Monteynard
en informa le Maréchal de Richelieu ,
qui s'étoit déja mis en marche pour le joindre , &
186 MERCURE DE FRANCE.
qui fur cet avis envoya chercher quarante Compagnies
de Grenadiers de l'armée , tous les Gre
nadiers Royaux , les Carabiniers , & douze pieces
de canon d'augmentation.
Afept heures du matin , M. le Maréchal arriva
devant Rothembourg , qu'il alla reconnoître luimême.
On lui tira quelques coups de canon du
Fort , derriere lequel on voyoit une colonne d'Infanterie,
dont on ignoroit la force. M. le Maréchal
fit fes difpofitions , pour entourer le pofte de
droite & de gauche , & pour faire rétablir ſur la
Wurm les ponts que les ennemis avoient rompus.
En même temps , il fit paffer fur une éclufe
douze compagnies de Grenadiers, commandées par
M. le Comte de Wurmfer. Les ennemis , les ayant
apperçues , craignirent d'être coupés , & ils évacuerent
le Fort. Leur appréhenfion étoit d'autant
plus fondée , que M. le Marquis de Caraman avoit
déja paffé par fa droite une partie des marais &
une branche de la Wurm avec les Dragons de fon
Régiment. On vint avertir nos Sentinelles de la
retraite précipitée des ennemis. Mais il ne fut pas
poffible de s'y oppofer , parce qu'il n'y avoit dans
le voisinage aucun gué praticable , & que tous les
ponts fur la Wurm étoient rompus. D'ailleurs on
ne peut arriver à Rothembourg que par une feule
chauffée , & de tous côtés ce pofte eft environné
de marais.
M. le Maréchal de Richelieu fit occuper un des
Fauxbourgs de la Ville par quelques Compagnies
de Grenadiers , en attendant que le pont du Fort
fût rétabli . Les ennemis ont laiffé dans ce Fort
dix-fept pieces de canon de fer enclouées , dont
ils ont brifé les affûts . Quoique ce foit un pofte
très avantageux , qu'il étoit aifé de défendre longtemps,
on n'y a trouvé aucune forte de munitions.
OCTOBRE . 1757. 187
Pendant que le M. Maréchal de Richelieu s'étoit
avancé à Rothembourg, M. le Duc de Broglie avoit
marché avec la réſerve à Baffant , pour déboucher
fur Otterberg. Le Commandant de ce Fort avoit
fait tirer quelques coups de canon à cartouches fur
des Officiers & des Grenadiers , qui étoient allés
le reconnoître. Ayant été fommé de fe rendre , il
fit réponſe qu'il étoit dans l'intention de foutenir.
P'attaque . En conféquence il fit rompre les ponts
qui étoient dans cette partie. Mais M. le Duc de
Broglie ayant fait paffer des Grenadiers au gué , &
ayant fait la même manoeuvre que le Maréchal de
Richelieu avoit fait à Rothembourg , le Commandant
fe retira avec précipitation , laiffant
feize pieces de canon dans le Fort.
Hier , toute l'armée fe rendit de Werden à
Walle , où elle eft campée fur deux lignes . M. le
Marquis de Monteynard s'eft porté environ à trois
lieues en avant de Rothembourg . Les ennemis fe
font d'abord retirés à Gilhum . Leur pofition entre
Otterberg & Rothembourg , qui font des poftes
de la plus grande importance , étoit fi avantageufe,
qu'on eft fort furpris qu'ils l'aient abandonnée
fi précipitamment.
Ils étoient entourés à Gilhum de marais impraticables
, & ils avoient rompu la chauffée qui
étoit le feul chemin par lequel on pût y arriver.
Cependant ils ont levé leur camp avant le jour.
Ils continuent leur retraite fur Stade, & ils ont fait
une marche forcée de fix lieues . La tête de nos
détachemens a pouffé jufqu'à une demi-lieue au
de-là de Gilhum.
188 MERCURE DE FRANCE.
DU CAMP DE CLOSTER- SEVEN ,
les Septembre.
Le 3 du même mois , M. le Maréchal de Richelieu
apprit que les ennemis étoien impés à Emerfem,
& partit d'Otterberg avec tous les Grenadiers
qui étoient à Rothembourg , & avec la Brigade
d'Alface , pour fe porter à Clofter- Seven. Il manda
à M. le Duc de Broglie , de venir l'y joindre avec
fa réſerve , & cependant il pouffa en avant M. le
Marquis de Poyanne avec un détachement de
Carabiniers & de troupes légeres.
Le 4 au matin , fur l'avis que les ennemis
avoient décampé , il fe porta au détachement de
M. le Marquis de Poyanne , & fit attaquer pat
MM les Comtes de Berchiny & de Chabot , &
par deux cens Dragons à pied du Régiment d'Harcourt
, le village de Bevern qui fut emporté. Les
ennemis ayant alors fait avancer un corps confidé .
rable de troupes , le détachement de M. le Marquis
de Poyanne eut ordre de fe replier vers le village
de Selfen. Pendant ce temps , une colonne d'Infanterie
de quinze cens Heffois , commandée par
Je fieur de Saftro , qui pourfuivoit M. le Marquis
de Poyanne avec plufieurs troupes de Cavalerie ,
fut arrêtée par le feu de douze compagnies de
Grenadiers, commandées par le Prince de Chimay
qui avoient été embufquées dans un bois avec
quatre pieces de canon . Les Grenadiers de Chabot
chargerent la tête de cette Infanterie , qui fe retira
fort en défordre , & fut pourfuivie par les Volonsaires
du même corps & par les Huffards.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En août 1757, le Feld-Maréchal Comte d'Apraxin a commencé à exiger des contributions du Royaume de Prusse, ordonnant aux magistrats de Tilsit de livrer des vivres et des fourrages. Les troupes russes ont traversé la Samogitie et la Lituanie, occupant Tilsit le 29 septembre. Le Feld-Maréchal de Lehwald s'est replié sur la Prégel et a campé à Welau. Des escarmouches quotidiennes ont lieu entre les postes avancés des deux armées. La flotte russe n'a pas été vue sur les côtes de Poméranie, suggérant un retour à Cronstadt. Depuis l'entrée des troupes russes en Prusse-Duché, le Conseil de Régence de Königsberg s'est retiré, laissant seulement les magistrats chargés de la police. Les contributions exigées par les Russes sont très élevées, comme les 40 000 écus demandés à Memel. À Vienne, un officier a apporté des drapeaux pris aux Prussiens à Gabel et Zittau. Zittau, sous domination saxonne, a subi des destructions importantes. Le fisc impérial a cité les magistrats de Francfort pour non-respect des avocatures impériales. Le Chevalier Robert Keith a repris la route de Londres, et le Comte de Stainville est arrivé à Vienne en tant que nouvel ambassadeur de France. En Silésie, les Prussiens ont attaqué les troupes de l'Impératrice Reine, mais ont été repoussés après un combat intense, subissant de lourdes pertes. Le Colonel Jahnus a repris les hauteurs de Zeifchenberg près de Freyberg. À Prague, le Comte de Nadasty a avancé vers Levin, capturant des prisonniers prussiens. L'armée de l'Impératrice Reine a continué sa marche, avec des détachements envoyés vers la Silésie. À Dresde, le Colonel Laudon a continué à harceler les Prussiens, capturant un détachement ennemi. À Francfort, le Prince de Soubize a été salué par les magistrats, et les troupes françaises se déplacent vers la Turinge. À Hambourg, des navires anglais ont mouillé à l'embouchure de l'Elbe pour embarquer des effets de Hanovre. Le Colonel Jahnus a remporté une victoire en Silésie contre les Prussiens. À Hanovre, les contributions exigées incluent des quantités importantes de fourrage et de grains. Les troupes françaises ont pris possession des portes de la capitale, et les ducs de Chevreuse et de Saint-Pern ont rassuré les habitants. Brunswick et Wolfenbuttel ont ouvert leurs portes aux Français, et le Maréchal Duc de Richelieu se prépare à passer la Leine. L'armée du Duc de Cumberland est campée à Ferden, travaillant à améliorer les routes vers Stade. Le Maréchal Duc de Richelieu a reçu des nouvelles de la capitulation de Gueldre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 190-200
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 16 Août, M. le Comte de Bestuchef, Ambassadeur Extraordinaire de l'Impératrice [...]
Mots clefs :
Comtes, Corsaires , Roi, Charges, Magistrats, Conseillers, Cérémonies, Florentin, Soumission, Chambre, Famille royale, Ducs, Finances, Marchandises, Tonneaux
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LB16 B 16 d'Août , M. le Comte de Beftuchef , Amballadeur
Extraordinaire de l'Impératrice de Ruffie
, eut audience de Madame la Dauphine , de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence . Il y fut conduit par le fieur
de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi alla le même jour ſouper à Montrouge
chez M. le Duc de la Valliere.
Le Roi ayant écrit à M. l'Archevêque de Paris ,
pour faire rendre à Dieu de folemnelles actions
de graces , à l'occafion de la victoire remportée
à Haftembecke , on chanta le 14 du même mois
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le Te
Deum, auquel M. l'Abbé de Saint- Exupery, Doyen
du Chapitre , officia. M. le Chancelier de France ,
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maîtres des Requêtes , y affifta , ainfi que le Cler
gé , le Parlement , la Chambre des Comptes ,
La Cour des Aides , & le Corps de Ville , qui y
OCTOBRE. 1757. 191
avoient été invités de la part
du Roi par M. de
Gifeux , Maître des Cérémonies .
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre de MM. Ics Prevôt des Marchands
& Echevins , un feu d'artifice , dont l'exé
cution ne laiffa rien à defirer.
Au feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination , tant à la façade de l'Hôtel de Ville ,
que dans l'enceinte de la Place. Il y eut auffi de
très-belles illuminations aux hôtels de M. le Duc de
Gefvres & du Prevôt des Marchands , & des maifons
des Echevins & des principaux Officiers de
l'Hôtel de Ville. Des fontaines de vin coulerent
dans la Place de cet Hôtel , de même que dans
celle de Louis XV , & l'on y diftribua du pain
& des viandes au peuple. On y avoit mis des orcheftres
, & le peuple témoigna fon alégreffe
par fes danfes pendant la plus grande partie de
la nuit.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , la Proceffion folemnelle qui ſe fait tous
les ans à pareil jour en exécution du voeu de
Louis XIII , fe fit avec les cérémonies accoutumées.
M. l'Abbé de Saint-Exupery y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aides , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de
Ville tint le 16 , MM. Brallet & Vernay y ont
été élus Echevins.
Un Paylan , travaillant dans fon champ , à
deux lieues de Toulon , a découvert une cavité ,
par laquelle à la faveur d'une corde il eft defcendu
dans une grotte extrêmement profonde . Plufieurs
perfonnes depuis ont vifité cette grotte. On
y voit diverfes fortes de plantes & de fruits pétrifiés
, & des pierres tranfparentes de toutes cou192
MERCURE DE FRANCE.
leurs. L'extrême fraîcheur qu'on y éprouve , ne
permet pas de s'y arrêter longtemps.
On mande de Manfeille , que le 21 Août un
Navire François , venant de Smirne , ayant été
chaffé pendant deux jours par un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 74 canons , a été obligé de
fe jetter fur la côte de Sardaigne , où il s'eft
amarré à terre. Les ennemis fans égard pour une
côte neutre , ont continué de canonner le bâtiment
, dans la vue de le couler à fond. Impatiens
de le détruire , ils ont envoyé leurs Chaloupes
avec cent cinquante hommes , pour y
mettre le feu ; ce qu'ayant exécuté , ils ont affailli
l'équipage François qui n'avoit ofé s'éloigner du
rivage. Ils ont tué cinq hommes , en ont bleffé
plufieurs , & ont dépouillé fans aucune diſtinction
matelots & paffagers.
Le Comte de Starhenberg , Confeiller d'Etat ,
Chambellan de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & Ambaſſadeur
de Leurs Majeftés Impériales , a eu fa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il a préfenté à Sa Majefté fes Lettres de Créance.
Il a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , de Monseigneur le
Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le Duc de ;
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence ,
de Madame & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , par M. de la Live , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 24 d'Août , les Députés des Etats de Langue
doc eurent audience du Roi . Ils furent préfentés
par M. le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province ,
& par M. le Comte de Saint- Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , & conduits par M. de Gizeux
Maître de Cérémonie en furvivance, La
OCTOBRE . 1757. 193
Le 21 d'Août , M. le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Guerre , & Grand Croix Chancelier Garde
des Sceaux de l'Ordre de Saint Louis , fut reçu
Chevalier des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Notre - Dame du Mont - Carmel , & de
Saint Lazare de Jérufalem. M. le Comte de Saint
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Gérent
& Adminiftrateur de ces Ordres , fit la cérémonie
dans l'appartement & en préfence de Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand- Maître. Enfuite
M. le Marquis de Paulmy prêta ferment pour la
dignité de Chancelier Garde des Sceaux desdits
Ordres . Les Grands Officiers & plufieurs Chevaliers
affifterent à cette cérémonie .
Le Corps de Ville alla le 25 d'Août à Verſailles
, & il eut audience du Roi . Il fut préſenté à
Sa Majefté par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par le
fieur de Gizeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance. Les fieurs Brallet & Vernay , nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont M. le Comte de
Saint- Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
, qui fut préſenté par le fieur de Pomereu ,
Confeiller au grand Confeil.
Après cette audience , le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine & à la
Famille Royale.
Le jour de la Fête de Saint Louis , la Procef
fion des Carmes du Grand Couvent , à laquelle
le Corps de Ville aflifta , fe rendit , felon la coutume
, à la Chapelle du Palais des Tuilerics ,
où ces Religieux chanterent la Meffe .
L'Académie Françoife célébra cette Fête dans
la Chapelle du Louvre. On exécuta un Motet
I.Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
pendant la Meffe , après laquelle le Panégyrique
du Saint fut prononcé par l'Abbé Rouveyre- Duplan
, Chanoine de l'Eglife de Valence.
La même Fête fut célébrée par l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & par celle des Sciences
, dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire . Le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jeſus ,
prononça le Panégyrique du Saint.
On célébra le de Septembre , dans l'Eglife de
l'Abbaye royale de Saint Denis , le Service folemnel
, qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV. L'Evêque de Dol y officia
pontificalement. Le Comte d'Eu & le Duc de
Penthievre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Sur la démiffion que le fieur Peyrene de Moras
, Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , a donnée de la place
de Contrôleur Général des Finances , le Roi en
a difpofé en faveur du ficar de Boullongne. La
charge d'Intendant des Finances , qu'avoit le fieur
de Boullongne , paffe au fieur de Boullongne fon
fils , qui en avoir la furvivance .
Le Roi ayant jugé à propos de raſſembler fon
Parlement le premier Septembre , les Gens du Roi
entrerent aux Chambres affemblées , & y apporterent
l'ordre de Sa Majefté aux Préfidens du Parlement
aux quatorze anciens Confeillers de la
Grand'Chambre , & aux quatorze anciens Confeillers
des Enquêtes & Requêtes , de fe rendre
fur le champ à Verfailles pour recevoir les ordres ;
ce qui fut exécuté. Le Roi donna audience aux
Députés du Parlement , qui furent préfentés par
M.le Comte de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat
ayant le Département de Paris , & conduits à l'ordinaire
par les Officiers des Cérémonies. Le Roi
OCTOBRE. 1757 195
lear dit que fon Chancelier alloit leur expliquer
fes intentions. Sur quoi M. de Lamoignon , Chancelier
de France , prit la parole , & dit :
« Les fentimens qui animoient vos prédécel
» feurs ne leur auroient pas permis de faire la dé-
» marche à laquelle s'eft portée la plus grande
» partie des Officiers du Parlement.
» Le Roi vous ordonne d'avoir toujours préfentes
les obligations que votre ferment vous impo-
» fe : nul motifne peut vous difpenfer de rendre la
» juftice que vous devez aux Sujets de Sa Majeſté.
Les Magiftrats , prépofés pour l'adminiftrer ,
» ne peuvent la refufer , fans être refponfables de
» tous les maux qui font la fuite néceſſaire de ce
> refus.
» Sur les témoignages répétés qui ont été don-
» nés à Sa Majesté de votre foumiffion & de votre
fidélité , Elle veut bien n'interroger aujourd'hui
D que vos coeurs , & chercher dans vos fenti-
> mens des motifs de confiance pour l'avenir .
>> Elle efface donc pour jamais le fouvenir de
» ce qui lui a déplu dans votre conduite paflée
> en regardant comme non-avenues toutes les démiffions
qui lui ont été données. Sa Majeſté vous
» a appris Elle-même par les Lettres qui vous ont
» été adreffées , qu'Elle veut bien conferver dans
>> leurs Offices tous ceux qui s'en étoient démis.
A l'égard de ceux de vos Confreres qu'Elle a
crudevoir éloigner pour des raifons particulieres,
» Sa Majefté , en les confervant dans leur état ,
»n'a pas encore fixé le temps de leur rappel .
» Quand le Roi fera obéi , quand vous aurez
» repris l'exercice entier de vos fonctions ordinaires
, & que Sa Majeſté ſera fatisfaite de la fa-
» geffe de votre conduite , Elle écoutera favorablement
vos inftances à cet égard.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
» Pour ce qui concerne la feconde déclaration ,
»le Roi defire que l'ufage en devienne auffi inutile,
qu'il l'avoit jugé néceflaire ; mais avant tout ,
» Sa Majefté ne refufera point d'écouter ce que
» fon Parlement croira devoir lui repréſenter fur
» cet objet . Elle veut que la fuppreffion ordonnée
» par fon édit du mois de Décembre dernier foit
» exécutée & Elle enverra à fon Parlement
>> une déclaration interprétative , à l'enrégiftre-
» ment de laquelle Elle vous ordonne de procéder
>> fans délai .
» Le Roi vous ordonne de reprendre vos foncntions
ordinaires : conformez - vous à les inten-
» tions.
» Sa Majeſté n'a rien tant à coeur que de faire
» régner dans fon Royaume le filence qu'Elle a
» préferit de part & d'autre ; & la paix qu'Elle
» defire depuis fi long-temps de voir rétablie.
Si Sa Majefté , par des raifons fupérieures , &
» dans la vue du bien général , a cru devoir s'éle-
» ver au deffus de regles ordinaires , fon Parle-
>> ment ne doit point en appréhender lesfuites pour
> l'avenir.
» Le Roi vous ordonne donc de faire exécuter
conformément aux
» fa premiere déclaration ,
>> Canons reçus dans le Royaume , aux Loix & aux
» Ordonnances.
» C'eſt en entrant dans ces vues , que vous de-
» vez toujours vous fouvenir qu'il eft des confidérations
de fagefle & de modération , ſur leſ-
» quelles vous devez régler vos démarches.
» Donnez vous - mêmes l'exemple du refpect que
» Sa Majefté veut qui foit rendu à la Religion & à
» fes Miniftres. C'eſt ainfi que vous ferez un ufa-
» ge légitime de l'autorité que le Roi a bien vou-
>> lu vous confier,
OCTOBRE . 1757. 197
» Que ces fentimens demeurent toujours gra-
» vés dans vos coeurs , & fouvenez - vous que
» votre Souverain vous traite en ce moment en
>> Pere » .
" Le lendemain 2 les Dépurés de retour rendirent
compte aux Chambres affemblées de ce qui
s'étoit paſſé à Verſailles ; & les Officiers du Parlement
, qui avoient donné l'année derniere la démiffion
de leurs Offices , ayant déclaré qu'ils en
reprenoient les fonctions , le Parlement procéda
à l'enrégiftrement de la déclaration interprétative
de l'Edit du mois de Décembre dernier , & arrêta
une députation pour remercier le Roi , & pour
lui demander le retour de fes Confreres , qui font
éloignés par des ordres particuliers.
Le Roi a reçu le 3 Septembre cette députation ,
& a fait aux Députés la réponſe fuivante.
« Je reçois avec fatisfaction les témoignages que
> vous venez de me donner de votre zele , de votre
» fidélité & de votre foumiffion à mes volontés.
>> Jouiffez du bonheur de plaire à un Maître qui
» vous aime , & de l'avantage de contribuer au
>> bien de mes sujets , en rempliffant vos devoirs.
» Achevez de répondre aux vues & aux inten-
» tions que je vous ai fait connoître pour le ré-
» tabliffement de la Paix , & je ne tarderai pas à
» réaliſer les espérances que je vous ai données
par rapport à ceux de vos Confrères , dont vous
» follicitez le retour . ,
» Ayez une entiere confiance en més bontés :
> fi vous pouviez en douter , vous cefferiez d'en
» être dignes ».
Le 5 Septembre , les Chambres affemblées ont
rendu un Arrêt , pour faire exécuter la Déclarátion
du 10 Décembre dernier , concernant les affaires
de l'Eglife , & ce conformément aux explica
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
tions portées aux réponses du Roi.
Elles ont auffi chargé le premier Préfident , &
deux Préfidens , de fe rendre à Choify , pour remercier
de nouveau le Roi , & l'affurer de l'entiere
confiance du Parlement dans les bontés de Sa
Majesté .
Le Roi a répondu en ces termes à cette derniere
députation : « Je crois que je puis compter fur les
» nouvelles affurances que vous donnez de votre
foumiffion & de votre zele , par la promptitude
» avec laquelle vous m'avez obéi , par la reconnoiffance
refpectueufe dont vous êtes pénétrés ,
»& par votre confiance dans ma Pertonne.
» Continuez à remplir vos fonctions avec cet
» eſprit de paix , de fageſſe & de modération , que
» je vous ai fi ſouvent & très - expreffément recom-
> mandé.
Vos Confreres vous feront rendus pour la
Saint-Martin ; & je vous difpenfe de me donner
à leur égard de nouveaux témoignages de
la reconnoiffance que vous devez à mes bontés .»
On avoit, dès le sau matin, enrégiftré la commiffion
pour la Chambre des Vacations , qui fera
tenwe par quatorze Conſeillers de la Grand Chambre
, & douze Confeillers des Enquêtes. M. Turgot
, Préfident du Parlement , eft nommé par le
Roi poury préfider.
Le Roi a tenu le Sceau pour la douzieme &
treizieme fois.
Madame Ducheffe de Parme arriva d'Italie à
Choify le 3 de Septembre , & à Versailles le 4.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont reçu cette.
Princeffe avec les démonftrations de la plus vive
endreffe. 1
Le Roi fe rendit le 4 à Choify , avec Madame
Ducheffe de Parme & Mefdames de France.
OCTOBRE . 1757. 199
Le même jour , la Reine eft arrivée de Verſailles .
Les , le Roi de Pologne Duc de Lorraine &
de Bar eft parti de ce dernier Château , pour retourner
à Luneville .
On mande de Fécamp , que le Corfaire l'Hirondelle
, de Dunkerque , a fait conduire dans ce
premier port un quatrieme Navire Anglois , appellé
le Lyon , de Liverpool , de 250 tonneaux
armé de 4 canons , 25 efpingolles , & chargé de
bled & de ballotteries.
Le Brigantin Anglois le Marmaid, chargé d'hui
le , pris par le Corfaire le Vainqueur , de Marfeille
, est arrivé en ce port .
Les fieurs Chevalier de Glandevez & de Graſſe ,
qui commandent les Galeres la Brave & la Du→
cheffe , fe font rendus maîtres d'un Corfaire Anglois
, armé de 16 canons & de 110 hommes d'équipage
, qu'ils ont fait conduire à Cette .
Il est arrivé à Boulogne un Brigantin Anglois ,
de 120 tonneaux , chargé d'avoine , de cidre ,
de brai , & de plufieurs ballots de marchandifes.
Cette prife a été faite par le Corſaire la Marquife
de Beringhen.
Le Corfaire la Princeffe de Soubize a pris &
conduit à Brest le Navire Anglois le Duc d'Argile ,
de 250 tonneaux , armé de 4 canons & 4 pierriers
, allant de Liverpool à la Caroline avec un
chargement compofé de draps , d'étoffes , de toiles
& de quincaillerie .
Le Navire Anglois le Pacquet de Porto , de 80
tonneaux , chargé de fel , & qui a été pris par le
Corfaire la Mutine , de S. Jean -de-Luz , eft arrivé.
par relâche à Vigo en Galice.
Le Corfaire le Comte de Saint -Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Crownpoint chargé de toiles , de fucre en pain , &.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'autres marchandiſes , & l'Arlequin dont le chargement
eft compofé de fucre , de café , de thubarbe
, de cacao , de bois de Campeche. Ces
deux prifes ont été conduites , l'une à Eggrefund ,
l'autre à Bergues en Norwege.
Le même Corfaire a rançonné pour 15240 livres
trois autres Bâtimens Anglois , dont il s'étoit
rendu maître ; & il en a remis les ôtages à
Dunkerque.
Le Navire Anglois l'Ofgood , de 300 tonneaux ,
armé de 12 canons , allant de la Jamaïque à Londres
avec une cargaifon compofée de fucre , de
taffia , de maniguette & de bois rouge , a été pris
par le Corfaire la Victoire , de Saint - Malo , où
il a été conduit.
Il est arrivé dans la rade de l'Ile de Bas un Navire
de 450 tonneaux , pris par le Corfaire le
Comte d'Herouville , de Bordeaux , & qui eft
chargé de fix cens milliers de poudre à tirer , de
boulets , d'armes , & d'autres munitions de guerre.
LB16 B 16 d'Août , M. le Comte de Beftuchef , Amballadeur
Extraordinaire de l'Impératrice de Ruffie
, eut audience de Madame la Dauphine , de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur
le Duc de Berry , de Monfeigneur le
Comte de Provence . Il y fut conduit par le fieur
de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Roi alla le même jour ſouper à Montrouge
chez M. le Duc de la Valliere.
Le Roi ayant écrit à M. l'Archevêque de Paris ,
pour faire rendre à Dieu de folemnelles actions
de graces , à l'occafion de la victoire remportée
à Haftembecke , on chanta le 14 du même mois
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le Te
Deum, auquel M. l'Abbé de Saint- Exupery, Doyen
du Chapitre , officia. M. le Chancelier de France ,
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maîtres des Requêtes , y affifta , ainfi que le Cler
gé , le Parlement , la Chambre des Comptes ,
La Cour des Aides , & le Corps de Ville , qui y
OCTOBRE. 1757. 191
avoient été invités de la part
du Roi par M. de
Gifeux , Maître des Cérémonies .
On tira le même jour dans la Place de l'Hôtel
de Ville , par ordre de MM. Ics Prevôt des Marchands
& Echevins , un feu d'artifice , dont l'exé
cution ne laiffa rien à defirer.
Au feu d'artifice fuccéda une magnifique illu
mination , tant à la façade de l'Hôtel de Ville ,
que dans l'enceinte de la Place. Il y eut auffi de
très-belles illuminations aux hôtels de M. le Duc de
Gefvres & du Prevôt des Marchands , & des maifons
des Echevins & des principaux Officiers de
l'Hôtel de Ville. Des fontaines de vin coulerent
dans la Place de cet Hôtel , de même que dans
celle de Louis XV , & l'on y diftribua du pain
& des viandes au peuple. On y avoit mis des orcheftres
, & le peuple témoigna fon alégreffe
par fes danfes pendant la plus grande partie de
la nuit.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la Sainte
Vierge , la Proceffion folemnelle qui ſe fait tous
les ans à pareil jour en exécution du voeu de
Louis XIII , fe fit avec les cérémonies accoutumées.
M. l'Abbé de Saint-Exupery y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aides , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de
Ville tint le 16 , MM. Brallet & Vernay y ont
été élus Echevins.
Un Paylan , travaillant dans fon champ , à
deux lieues de Toulon , a découvert une cavité ,
par laquelle à la faveur d'une corde il eft defcendu
dans une grotte extrêmement profonde . Plufieurs
perfonnes depuis ont vifité cette grotte. On
y voit diverfes fortes de plantes & de fruits pétrifiés
, & des pierres tranfparentes de toutes cou192
MERCURE DE FRANCE.
leurs. L'extrême fraîcheur qu'on y éprouve , ne
permet pas de s'y arrêter longtemps.
On mande de Manfeille , que le 21 Août un
Navire François , venant de Smirne , ayant été
chaffé pendant deux jours par un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 74 canons , a été obligé de
fe jetter fur la côte de Sardaigne , où il s'eft
amarré à terre. Les ennemis fans égard pour une
côte neutre , ont continué de canonner le bâtiment
, dans la vue de le couler à fond. Impatiens
de le détruire , ils ont envoyé leurs Chaloupes
avec cent cinquante hommes , pour y
mettre le feu ; ce qu'ayant exécuté , ils ont affailli
l'équipage François qui n'avoit ofé s'éloigner du
rivage. Ils ont tué cinq hommes , en ont bleffé
plufieurs , & ont dépouillé fans aucune diſtinction
matelots & paffagers.
Le Comte de Starhenberg , Confeiller d'Etat ,
Chambellan de l'Empereur & de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & Ambaſſadeur
de Leurs Majeftés Impériales , a eu fa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il a préfenté à Sa Majefté fes Lettres de Créance.
Il a été conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , de Monseigneur le
Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le Duc de ;
Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence ,
de Madame & de Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , par M. de la Live , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 24 d'Août , les Députés des Etats de Langue
doc eurent audience du Roi . Ils furent préfentés
par M. le Comte d'Eu , Gouverneur de la Province ,
& par M. le Comte de Saint- Florentin , Miniftre &
Secretaire d'Etat , & conduits par M. de Gizeux
Maître de Cérémonie en furvivance, La
OCTOBRE . 1757. 193
Le 21 d'Août , M. le Marquis de Paulmy , Miniftre
& Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Guerre , & Grand Croix Chancelier Garde
des Sceaux de l'Ordre de Saint Louis , fut reçu
Chevalier des Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Notre - Dame du Mont - Carmel , & de
Saint Lazare de Jérufalem. M. le Comte de Saint
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Gérent
& Adminiftrateur de ces Ordres , fit la cérémonie
dans l'appartement & en préfence de Monfeigneur
le Duc de Berry , Grand- Maître. Enfuite
M. le Marquis de Paulmy prêta ferment pour la
dignité de Chancelier Garde des Sceaux desdits
Ordres . Les Grands Officiers & plufieurs Chevaliers
affifterent à cette cérémonie .
Le Corps de Ville alla le 25 d'Août à Verſailles
, & il eut audience du Roi . Il fut préſenté à
Sa Majefté par M. le Comte de Saint-Florentin ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par le
fieur de Gizeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance. Les fieurs Brallet & Vernay , nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont M. le Comte de
Saint- Florentin fit la lecture , ainfi que du Scrutin
, qui fut préſenté par le fieur de Pomereu ,
Confeiller au grand Confeil.
Après cette audience , le Corps de Ville eut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine & à la
Famille Royale.
Le jour de la Fête de Saint Louis , la Procef
fion des Carmes du Grand Couvent , à laquelle
le Corps de Ville aflifta , fe rendit , felon la coutume
, à la Chapelle du Palais des Tuilerics ,
où ces Religieux chanterent la Meffe .
L'Académie Françoife célébra cette Fête dans
la Chapelle du Louvre. On exécuta un Motet
I.Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
pendant la Meffe , après laquelle le Panégyrique
du Saint fut prononcé par l'Abbé Rouveyre- Duplan
, Chanoine de l'Eglife de Valence.
La même Fête fut célébrée par l'Académie
Royale des Belles - Lettres , & par celle des Sciences
, dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire . Le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jeſus ,
prononça le Panégyrique du Saint.
On célébra le de Septembre , dans l'Eglife de
l'Abbaye royale de Saint Denis , le Service folemnel
, qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV. L'Evêque de Dol y officia
pontificalement. Le Comte d'Eu & le Duc de
Penthievre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Sur la démiffion que le fieur Peyrene de Moras
, Miniftre & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , a donnée de la place
de Contrôleur Général des Finances , le Roi en
a difpofé en faveur du ficar de Boullongne. La
charge d'Intendant des Finances , qu'avoit le fieur
de Boullongne , paffe au fieur de Boullongne fon
fils , qui en avoir la furvivance .
Le Roi ayant jugé à propos de raſſembler fon
Parlement le premier Septembre , les Gens du Roi
entrerent aux Chambres affemblées , & y apporterent
l'ordre de Sa Majefté aux Préfidens du Parlement
aux quatorze anciens Confeillers de la
Grand'Chambre , & aux quatorze anciens Confeillers
des Enquêtes & Requêtes , de fe rendre
fur le champ à Verfailles pour recevoir les ordres ;
ce qui fut exécuté. Le Roi donna audience aux
Députés du Parlement , qui furent préfentés par
M.le Comte de Saint- Florentin , Secretaire d'Etat
ayant le Département de Paris , & conduits à l'ordinaire
par les Officiers des Cérémonies. Le Roi
OCTOBRE. 1757 195
lear dit que fon Chancelier alloit leur expliquer
fes intentions. Sur quoi M. de Lamoignon , Chancelier
de France , prit la parole , & dit :
« Les fentimens qui animoient vos prédécel
» feurs ne leur auroient pas permis de faire la dé-
» marche à laquelle s'eft portée la plus grande
» partie des Officiers du Parlement.
» Le Roi vous ordonne d'avoir toujours préfentes
les obligations que votre ferment vous impo-
» fe : nul motifne peut vous difpenfer de rendre la
» juftice que vous devez aux Sujets de Sa Majeſté.
Les Magiftrats , prépofés pour l'adminiftrer ,
» ne peuvent la refufer , fans être refponfables de
» tous les maux qui font la fuite néceſſaire de ce
> refus.
» Sur les témoignages répétés qui ont été don-
» nés à Sa Majesté de votre foumiffion & de votre
fidélité , Elle veut bien n'interroger aujourd'hui
D que vos coeurs , & chercher dans vos fenti-
> mens des motifs de confiance pour l'avenir .
>> Elle efface donc pour jamais le fouvenir de
» ce qui lui a déplu dans votre conduite paflée
> en regardant comme non-avenues toutes les démiffions
qui lui ont été données. Sa Majeſté vous
» a appris Elle-même par les Lettres qui vous ont
» été adreffées , qu'Elle veut bien conferver dans
>> leurs Offices tous ceux qui s'en étoient démis.
A l'égard de ceux de vos Confreres qu'Elle a
crudevoir éloigner pour des raifons particulieres,
» Sa Majefté , en les confervant dans leur état ,
»n'a pas encore fixé le temps de leur rappel .
» Quand le Roi fera obéi , quand vous aurez
» repris l'exercice entier de vos fonctions ordinaires
, & que Sa Majeſté ſera fatisfaite de la fa-
» geffe de votre conduite , Elle écoutera favorablement
vos inftances à cet égard.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
» Pour ce qui concerne la feconde déclaration ,
»le Roi defire que l'ufage en devienne auffi inutile,
qu'il l'avoit jugé néceflaire ; mais avant tout ,
» Sa Majefté ne refufera point d'écouter ce que
» fon Parlement croira devoir lui repréſenter fur
» cet objet . Elle veut que la fuppreffion ordonnée
» par fon édit du mois de Décembre dernier foit
» exécutée & Elle enverra à fon Parlement
>> une déclaration interprétative , à l'enrégiftre-
» ment de laquelle Elle vous ordonne de procéder
>> fans délai .
» Le Roi vous ordonne de reprendre vos foncntions
ordinaires : conformez - vous à les inten-
» tions.
» Sa Majeſté n'a rien tant à coeur que de faire
» régner dans fon Royaume le filence qu'Elle a
» préferit de part & d'autre ; & la paix qu'Elle
» defire depuis fi long-temps de voir rétablie.
Si Sa Majefté , par des raifons fupérieures , &
» dans la vue du bien général , a cru devoir s'éle-
» ver au deffus de regles ordinaires , fon Parle-
>> ment ne doit point en appréhender lesfuites pour
> l'avenir.
» Le Roi vous ordonne donc de faire exécuter
conformément aux
» fa premiere déclaration ,
>> Canons reçus dans le Royaume , aux Loix & aux
» Ordonnances.
» C'eſt en entrant dans ces vues , que vous de-
» vez toujours vous fouvenir qu'il eft des confidérations
de fagefle & de modération , ſur leſ-
» quelles vous devez régler vos démarches.
» Donnez vous - mêmes l'exemple du refpect que
» Sa Majefté veut qui foit rendu à la Religion & à
» fes Miniftres. C'eſt ainfi que vous ferez un ufa-
» ge légitime de l'autorité que le Roi a bien vou-
>> lu vous confier,
OCTOBRE . 1757. 197
» Que ces fentimens demeurent toujours gra-
» vés dans vos coeurs , & fouvenez - vous que
» votre Souverain vous traite en ce moment en
>> Pere » .
" Le lendemain 2 les Dépurés de retour rendirent
compte aux Chambres affemblées de ce qui
s'étoit paſſé à Verſailles ; & les Officiers du Parlement
, qui avoient donné l'année derniere la démiffion
de leurs Offices , ayant déclaré qu'ils en
reprenoient les fonctions , le Parlement procéda
à l'enrégiftrement de la déclaration interprétative
de l'Edit du mois de Décembre dernier , & arrêta
une députation pour remercier le Roi , & pour
lui demander le retour de fes Confreres , qui font
éloignés par des ordres particuliers.
Le Roi a reçu le 3 Septembre cette députation ,
& a fait aux Députés la réponſe fuivante.
« Je reçois avec fatisfaction les témoignages que
> vous venez de me donner de votre zele , de votre
» fidélité & de votre foumiffion à mes volontés.
>> Jouiffez du bonheur de plaire à un Maître qui
» vous aime , & de l'avantage de contribuer au
>> bien de mes sujets , en rempliffant vos devoirs.
» Achevez de répondre aux vues & aux inten-
» tions que je vous ai fait connoître pour le ré-
» tabliffement de la Paix , & je ne tarderai pas à
» réaliſer les espérances que je vous ai données
par rapport à ceux de vos Confrères , dont vous
» follicitez le retour . ,
» Ayez une entiere confiance en més bontés :
> fi vous pouviez en douter , vous cefferiez d'en
» être dignes ».
Le 5 Septembre , les Chambres affemblées ont
rendu un Arrêt , pour faire exécuter la Déclarátion
du 10 Décembre dernier , concernant les affaires
de l'Eglife , & ce conformément aux explica
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
tions portées aux réponses du Roi.
Elles ont auffi chargé le premier Préfident , &
deux Préfidens , de fe rendre à Choify , pour remercier
de nouveau le Roi , & l'affurer de l'entiere
confiance du Parlement dans les bontés de Sa
Majesté .
Le Roi a répondu en ces termes à cette derniere
députation : « Je crois que je puis compter fur les
» nouvelles affurances que vous donnez de votre
foumiffion & de votre zele , par la promptitude
» avec laquelle vous m'avez obéi , par la reconnoiffance
refpectueufe dont vous êtes pénétrés ,
»& par votre confiance dans ma Pertonne.
» Continuez à remplir vos fonctions avec cet
» eſprit de paix , de fageſſe & de modération , que
» je vous ai fi ſouvent & très - expreffément recom-
> mandé.
Vos Confreres vous feront rendus pour la
Saint-Martin ; & je vous difpenfe de me donner
à leur égard de nouveaux témoignages de
la reconnoiffance que vous devez à mes bontés .»
On avoit, dès le sau matin, enrégiftré la commiffion
pour la Chambre des Vacations , qui fera
tenwe par quatorze Conſeillers de la Grand Chambre
, & douze Confeillers des Enquêtes. M. Turgot
, Préfident du Parlement , eft nommé par le
Roi poury préfider.
Le Roi a tenu le Sceau pour la douzieme &
treizieme fois.
Madame Ducheffe de Parme arriva d'Italie à
Choify le 3 de Septembre , & à Versailles le 4.
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont reçu cette.
Princeffe avec les démonftrations de la plus vive
endreffe. 1
Le Roi fe rendit le 4 à Choify , avec Madame
Ducheffe de Parme & Mefdames de France.
OCTOBRE . 1757. 199
Le même jour , la Reine eft arrivée de Verſailles .
Les , le Roi de Pologne Duc de Lorraine &
de Bar eft parti de ce dernier Château , pour retourner
à Luneville .
On mande de Fécamp , que le Corfaire l'Hirondelle
, de Dunkerque , a fait conduire dans ce
premier port un quatrieme Navire Anglois , appellé
le Lyon , de Liverpool , de 250 tonneaux
armé de 4 canons , 25 efpingolles , & chargé de
bled & de ballotteries.
Le Brigantin Anglois le Marmaid, chargé d'hui
le , pris par le Corfaire le Vainqueur , de Marfeille
, est arrivé en ce port .
Les fieurs Chevalier de Glandevez & de Graſſe ,
qui commandent les Galeres la Brave & la Du→
cheffe , fe font rendus maîtres d'un Corfaire Anglois
, armé de 16 canons & de 110 hommes d'équipage
, qu'ils ont fait conduire à Cette .
Il est arrivé à Boulogne un Brigantin Anglois ,
de 120 tonneaux , chargé d'avoine , de cidre ,
de brai , & de plufieurs ballots de marchandifes.
Cette prife a été faite par le Corſaire la Marquife
de Beringhen.
Le Corfaire la Princeffe de Soubize a pris &
conduit à Brest le Navire Anglois le Duc d'Argile ,
de 250 tonneaux , armé de 4 canons & 4 pierriers
, allant de Liverpool à la Caroline avec un
chargement compofé de draps , d'étoffes , de toiles
& de quincaillerie .
Le Navire Anglois le Pacquet de Porto , de 80
tonneaux , chargé de fel , & qui a été pris par le
Corfaire la Mutine , de S. Jean -de-Luz , eft arrivé.
par relâche à Vigo en Galice.
Le Corfaire le Comte de Saint -Germain , de
Dunkerque , s'eft emparé des Navires Anglois le
Crownpoint chargé de toiles , de fucre en pain , &.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'autres marchandiſes , & l'Arlequin dont le chargement
eft compofé de fucre , de café , de thubarbe
, de cacao , de bois de Campeche. Ces
deux prifes ont été conduites , l'une à Eggrefund ,
l'autre à Bergues en Norwege.
Le même Corfaire a rançonné pour 15240 livres
trois autres Bâtimens Anglois , dont il s'étoit
rendu maître ; & il en a remis les ôtages à
Dunkerque.
Le Navire Anglois l'Ofgood , de 300 tonneaux ,
armé de 12 canons , allant de la Jamaïque à Londres
avec une cargaifon compofée de fucre , de
taffia , de maniguette & de bois rouge , a été pris
par le Corfaire la Victoire , de Saint - Malo , où
il a été conduit.
Il est arrivé dans la rade de l'Ile de Bas un Navire
de 450 tonneaux , pris par le Corfaire le
Comte d'Herouville , de Bordeaux , & qui eft
chargé de fix cens milliers de poudre à tirer , de
boulets , d'armes , & d'autres munitions de guerre.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En août 1757, plusieurs événements significatifs se déroulèrent à la cour de France. Le comte de Bestuchef, ambassadeur extraordinaire de l'impératrice de Russie, fut reçu par la dauphine et divers princes français. Le roi se rendit à Montrouge chez le duc de La Vallière. À la suite de la victoire à Hastenbeck, un Te Deum fut chanté à la cathédrale de Paris en présence du chancelier de France et de diverses autorités. Des feux d'artifice et des illuminations furent organisés à l'Hôtel de Ville et dans d'autres lieux emblématiques de Paris. Le 15 août, la procession solennelle de l'Assomption de la Sainte Vierge eut lieu avec les cérémonies habituelles. En Provence, un paysan découvrit une grotte contenant des plantes et des fruits pétrifiés. À Manille, un navire français fut attaqué et incendié par un vaisseau anglais malgré la neutralité de la côte. Le comte de Starhemberg, ambassadeur des empereurs d'Autriche, présenta ses lettres de créance au roi et à la famille royale. Les députés des États de Languedoc furent reçus par le roi, et le marquis de Paulmy fut nommé chevalier des Ordres royaux militaires et hospitaliers. Le corps de ville de Paris se rendit à Versailles pour prêter serment de fidélité au roi, et le 25 août, il rendit hommage à la reine et à la famille royale. À la fête de Saint Louis, des processions et des cérémonies religieuses furent organisées par diverses académies et ordres religieux. Le 1er septembre, le roi rassembla le Parlement et lui ordonna de reprendre ses fonctions, effaçant les démissions précédentes et promettant de réintégrer les magistrats éloignés. Le Parlement enregistra une déclaration interprétative concernant les affaires de l'Église et envoya une députation pour remercier le roi. Le roi exprima sa satisfaction et sa confiance dans le Parlement, promettant de réintégrer les magistrats éloignés. Le 5 septembre, le Parlement rendit un arrêt pour exécuter la déclaration du 10 décembre précédent et envoya une nouvelle députation à Choisy pour remercier le roi. En septembre et octobre 1757, divers événements et communications officielles eurent lieu. Un message royal exprima la satisfaction du roi envers un destinataire pour son zèle et sa promptitude, l'encourageant à continuer ses fonctions avec esprit de paix, sagesse et modération. Le roi tint le Sceau pour la douzième et treizième fois, et une commission pour la Chambre des Vacations fut enregistrée, composée de conseillers de la Grand Chambre et des Enquêtes, présidée par M. Turgot. La Duchesse de Parme arriva d'Italie et fut accueillie avec enthousiasme par la famille royale. Plusieurs prises de navires anglais par des corsaires français furent également mentionnées, incluant des détails sur les navires capturés, leurs cargaisons et leurs destinations.
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13
p. 193-194
DU LEVANT.
Début :
Le Sultan, à son avénement au Trône, a fait distribuer aux Janissaires [...]
Mots clefs :
Constantinople, Sultan, Grand vizir, Fonctions, Nominations, Magistrats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVAN T.
DE CONSTANTINOPLE , le 20 Novembre.
L'E Sultan , à fon avénement au Trône , a fait
diftribuer aux Janniflaires dix - ſept cens bourses ,
ce qui fait une femme plus confidérable qu'aucun
Empereur , avant lui , n'en a diſtribuée à ce
Corps , pour s'attacher ſon affection . Racheb- Pacha
, Grand Vizir , a été confirmé par un Diplome
, dans cette importante place. Ce Miniſtre
paroît pofféder toute la confiance du Grand Seigneur.
Il a obtenu pour fon gendre l'emploi d'Im-
Brohos-Bafchi , où Grand Ecuyer . On lui attribue
la dépofition du Capitan Pacha , & le rétabliffement
de Soliman-Pacha dans ce pofte , qu'il
avoit déja occupé. Le Selictar - Aga , ou Porte-
Cimeterre , le Chiaoux - Baſchi , ou Grand- Chambellan
, & quelques autres Officiers , ont auffi
perdu leurs emplois & font exilés .
a Sa Hauteffe à nommé le gendre du Kiahia ou
Secrétaire d'Etat , pour aller notifier fon avénement
à la Cour de Vienne , & confirmer la bonne
intelligence qui fubfifte depuis longtemps entre
cette Cour & la Porte. Ofman Effendi , ci devant
Chiaufſar -Chatibi , ou Secrétaire des Janniffaires
, & Salem-Agafi , font auffi nommés pour
11.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
exécuter la même commiflion à Petersbourg & à
Varfowie.
DE CONSTANTINOPLE , le 20 Novembre.
L'E Sultan , à fon avénement au Trône , a fait
diftribuer aux Janniflaires dix - ſept cens bourses ,
ce qui fait une femme plus confidérable qu'aucun
Empereur , avant lui , n'en a diſtribuée à ce
Corps , pour s'attacher ſon affection . Racheb- Pacha
, Grand Vizir , a été confirmé par un Diplome
, dans cette importante place. Ce Miniſtre
paroît pofféder toute la confiance du Grand Seigneur.
Il a obtenu pour fon gendre l'emploi d'Im-
Brohos-Bafchi , où Grand Ecuyer . On lui attribue
la dépofition du Capitan Pacha , & le rétabliffement
de Soliman-Pacha dans ce pofte , qu'il
avoit déja occupé. Le Selictar - Aga , ou Porte-
Cimeterre , le Chiaoux - Baſchi , ou Grand- Chambellan
, & quelques autres Officiers , ont auffi
perdu leurs emplois & font exilés .
a Sa Hauteffe à nommé le gendre du Kiahia ou
Secrétaire d'Etat , pour aller notifier fon avénement
à la Cour de Vienne , & confirmer la bonne
intelligence qui fubfifte depuis longtemps entre
cette Cour & la Porte. Ofman Effendi , ci devant
Chiaufſar -Chatibi , ou Secrétaire des Janniffaires
, & Salem-Agafi , font auffi nommés pour
11.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
exécuter la même commiflion à Petersbourg & à
Varfowie.
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Résumé : DU LEVANT.
Le 20 novembre, depuis Constantinople, il est rapporté que le nouvel Sultan a distribué dix-sept cents bourses aux Janissaires pour assurer leur loyauté. Rachèb-Pacha a été confirmé comme Grand Vizir et a obtenu pour son gendre le poste d'Imbrohos-Bafchi. Il est également à l'origine de la destitution du Capitan Pacha et du rétablissement de Soliman-Pacha dans ce poste. Plusieurs officiers, dont le Selictar-Aga et le Chiaoux-Baschi, ont été révoqués et exilés. Le Sultan a nommé le gendre du Kiahia pour annoncer son avènement à la Cour de Vienne et confirmer les bonnes relations entre les deux cours. Osman Effendi et Salem-Agafi ont été désignés pour accomplir la même mission à Petersbourg et Varsovie.
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14
p. 187-188
COMPLIMENT fait à M. de Brou, Intendant de la Généralité de Rouen, en la Ville de Magny, par M... à la tête de la Bourgeoisie, le 28 Octobre 1757.
Début :
Monseigneur, nous apportons aux pieds de votre grandeur le tribut [...]
Mots clefs :
Compliments, Hommages, Respect, Mérite, Magistrats, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT fait à M. de Brou, Intendant de la Généralité de Rouen, en la Ville de Magny, par M... à la tête de la Bourgeoisie, le 28 Octobre 1757.
COMPLIMENT fait à M. de Brou , Intendant
de la Généralité de Rouen , en la Ville de Magny
, par M... à la tête de la Bourgeoifie , le
28 Octobre 1757.
MONSEIGNEUR
ONSEIGNEUR , nous apportons aux pieds de
votre grandeur le tribut de nos hommages, & le
préfent de nos coeurs . Recevez l'un , il vous eft
dû ; agréez l'autre , il eft digne de vous.
Quoi de plus beau , Monfeigneur , que d'imprimer
le refpect par l'éclat d'un rang qu'on
doit au mérite ? Quoi de plus doux que de s'attirer
l'amour par les vertus précieufes de l'humanité
?
Vous jouiffez , Monfeigneur , de ce double
avantage. Nous refpectons en vous le Magiftrat
éclairé , fage , integre . Nous aimons l'homme
bienfaifant , tendre , compatiffant,
Puiffe le Ciel favorable à nos voeux , laiſſer en188
MERCURE DE FRANCE.
core long-temps en vos mains , Monfeigneur,
les rênes de cette province , que vous gouvernez
avec tant de douceur , & qui n'enviſage point
dans l'avenir de plus grand malheur que celui de
vous perdre !
de la Généralité de Rouen , en la Ville de Magny
, par M... à la tête de la Bourgeoifie , le
28 Octobre 1757.
MONSEIGNEUR
ONSEIGNEUR , nous apportons aux pieds de
votre grandeur le tribut de nos hommages, & le
préfent de nos coeurs . Recevez l'un , il vous eft
dû ; agréez l'autre , il eft digne de vous.
Quoi de plus beau , Monfeigneur , que d'imprimer
le refpect par l'éclat d'un rang qu'on
doit au mérite ? Quoi de plus doux que de s'attirer
l'amour par les vertus précieufes de l'humanité
?
Vous jouiffez , Monfeigneur , de ce double
avantage. Nous refpectons en vous le Magiftrat
éclairé , fage , integre . Nous aimons l'homme
bienfaifant , tendre , compatiffant,
Puiffe le Ciel favorable à nos voeux , laiſſer en188
MERCURE DE FRANCE.
core long-temps en vos mains , Monfeigneur,
les rênes de cette province , que vous gouvernez
avec tant de douceur , & qui n'enviſage point
dans l'avenir de plus grand malheur que celui de
vous perdre !
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Résumé : COMPLIMENT fait à M. de Brou, Intendant de la Généralité de Rouen, en la Ville de Magny, par M... à la tête de la Bourgeoisie, le 28 Octobre 1757.
Le 28 octobre 1757, la bourgeoisie de Magny adresse un compliment à M. de Brou, Intendant de Rouen. Ils louent ses qualités de magistrat éclairé, sage et intègre, ainsi que son humanité et sa bienveillance. Ils souhaitent qu'il continue à gouverner la province avec douceur et expriment leur crainte de le perdre.
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15
p. 181-191
ALLEMAGNE.
Début :
Toute la Prusse est actuellement au pouvoir des troupes Russiennes. [...]
Mots clefs :
Königsberg, Russes, Garnison, Armée, Soldats, Mouvements des troupes, Leipzig, Assemblée, Députés, Paiements, Taxes, Exécutions, Déserteurs, Marchands, Magistrats, Maréchaux, Comtes, Vienne, Prince Charles de Lorraine, Prisonniers, Enrôlement, Officiers, Ennemis, Attaques, Hambourg, Roi de Prusse, Marquis, Camp d'Hamelen, Combats, Capitulation, Comtes, Hanovre, Prague, Impératrice-Reine, Actions militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE KONIGSBERG , le 13 Février.
Toute la Pruffe eft actuellement au pouvoir des
troupes Ruffiennes. En entrant fur le territoire
d'Elbing , elles ont pris environ quarante foldats
qui occupoient un petit Fort. La garnifon que le
Général Fermer a laiffée ici eft de fix mille hom-'
mes , infanterie & cavalerie. Les Cofaques de fon
armée obfervent la même difcipline que les troupes
nationales , & font traités en conféquence fur
le pied de troupes régulieres.
On affure qu'avant un mois , l'armée Ruffienne
fera forte au moins de quatre-vingts mille hommes
, & qu'il en marchera la moitié vers la Siléſie .
Le corps du Général Fermer eft en pleine marche
pour fe rendre dans la Poméranie.
•
Konigsberg vient d'être impofée par les Ruffiens
à une contribution de cinquante mille écus. Les
Commiffaires de l'Impératrice font de grands amas
de vivres à Kowno , pour y établir un magazin
capable de faire fubfifter un corps de quarante
mille hommes.
L'armée Ruffienne eft en mouvement pour
s'approcher de la Viftule. Le Major général Stolfen
eft entré le 11 dans Marienwerder avec un
détachement de trois cens hommes.
、
On ne peut qu'admirer la modération des Ruf
182 MERCURE DE FRANCE
fiens dans toute leur conduite à notre égard. Cea
pendant on a toujours lieu de craindre que les
violences exercées en Saxe , ne les forcent enfin
d'en venir à de fâcheufes repréfailles.
DE LEIPSICK , le 25 Février.
Les Etats des Cercles de Saxe font toujours af
femblés ici . Le 16 de Février , M. de Borck ,
Miniftre du Roi de Pruffe , propofa de la part de
fon Maître , aux Députés des Cercles , de remettre
aux Etats l'adminiftration des revenus de l'Electorat
, à condition 1º . de payer au Roi de
Pruffe la fomme de fix millions d'écus , y com
pris le produit des domaines & de l'accife géné
male , ou celle de quatre millions & demi , fans ces
deux branches des revenus ; 2º, de donner encore
en portions & rations la valeur de cent mille écus
par mois , pour l'entretien des troupes Pruffiennes
qui font en Saxe ; 3 °. d'acquitter en outre
exactement ce que cet Electorat redoit de l'année
derniere .
Ces demandes n'interrompent point le cours
des exécutions militaires qui fe font avec plus de
rigueur que jamais . Elles commencerent le 8 Janvier
dans les Bailliages de Moiffen & d'Ofchutz ,
pour la livraifon de deux mille wifpels , ou quarante-
huit mille boiffeaux de froment à quoi le
Cercle de Milnie eft taxé . On menace de traiter
de même les autres Bailliages , & de condamner.
au double ceux qui n'auront pas fourni leur con
tingent. Plufieurs Cercles , que les événemens de
la guerre affujettiffent également aux ordres des
deux partis ennemis , ont beau repréſenter les
obftacles que ces ordres contradictoires apportent
au fournitures qu'on exige d'eux, on veut qu'elles
AVRIL. 1758. 183
Te faffent à quelque prix que ce foit , à peine d'être
livrés au pillage des Huffards , & pour les Gentilshommes
dont on pourra le faifir , d'être mis dans
la Fortereffe de Magdebourg,
On a exécuté dans cette Ville douze Marchands
Italiens , taxés enfemble à quinze mille écus de
douceurs ( ainfi nomme- t'on cette nouvelle taxe ) ,
pour le premier bataillon des Gardes Pruffiennes.
Mêmes exactions à Drefde , mêmes violences de
la part du Commandant. Propriétaires & Locatai,
res de maiſons , pauvres & riches , tout y eft taxé,
A l'égard des Saxons enrôlés de force , qui ont
déferté des troupes Pruffiennes , le Directoire de
Torgau a enjoint aux Tribunaux de Juftice , fous
les plus féveres menaces , de confifquer tous leurs
biens meubles & immeubles , fans exception , de
les faire vendre à l'encan dans le terme de fix femaines
, & d'en faire porter le prix à la caiffe militaire
des Pruffiens . Le même traitement fera fait
aux Officiers Saxons qui ont paffé au ſervice de
l'Empereur ou de l'Empire. On veut encore forcer
les parens des déferteurs à les repréſenter. Un
paylan du Bailliage de Noffen qu'on avoit arrêté
pour répondre de fon fils qui étoit fugitif , cherchant
à fe fauver lui-même , a été jetté mort fur
le carreau.
On a mis le fcellé fur l'hôtel des Monnoies à
Drefde , & l'on n'en fait pas la raifon, à moins
que les malverfations du JuifEphraïm , qui depuis
La guerre ont été portées à l'excès , ne lui ayent
attiré cette difgrace.
Les Députés des Etats font encore ici . Le premier
payement des fix cens mille écus qu'ils ont
été contraints d'accorder fous le nom fpécieux de
don gratuit , fe fait actuellement avec la plus
grande rigueur. La moindre Terre noble eft taxée
184 MERCURE DE FRANCE.
à mille écus , & les autres à proportion .
Nos Magiftrats font aux arrêts à l'Hôtel de Ville
& gardés par foixante foldats. On permet feulement
aux plus âgés de retourner chez eux le foir ;
les autres font obligés de refter & de coucher fur
des paillaffes. Il y a fur toutes les maiſons & fur
les biens de fonds une nouvelle taxe fixée à deux
pour cent du prix de la derniere acquifition . Les
Locataires font impofés à quatre gros par écu de
tout bail qui excede vingt écus par an. Si l'on
manque d'argent comptant pour fatisfaire à ces
exactions , il faut donner de l'argenterie ou des
marchandiſes ; les Pruffiens s'accommodent de
tout. Indépendamment de ces taxes , chaque Négociant
eft encore obligé de payer féparément
mille ou deux mille écus. Le commerce eft entiérement
fufpendu , & l'on ne permet plus le tranf
port d'aucunes marchandifes. Enfin les foldats
vont de maifon en maifon , & prennent de force
tout ce qu'on ne veut pas leur donner. Drefde
Chemnitz , Naumbourg , Merfebourg , font traités
à peu près de même. On vend aux Juifs à trèsvil
prix les meubles , habits , effets , jufqu'aux lits
mêmes des habitans qui ne font point en état de
payer les taxes.
A Drefde , la cherté des vivres & la mifere des
habitans font à un tel point , qu'un grand nombre
eft réduit à la mendicité. La Princeffe Royale &
à fon exemple , plufieurs perfonnes de diftinction ,
font obligées , pour les faire vivre , de faire diftri
buer une certaine quantité de pain par femaine.
Le Directeur des biens que le Comte de Bruhl
poffede dans la baffe- Luface, a reçu ordre du Com
mandant de Drefde de s'y rendre au plutôt , pour
rendre compte du revenu de ces biens.
Tous les maux dont Léipfick eft accablée
AVRIL 1758 1185
viennent d'être portés à leur comble . Nos Magif
trats ont été forcés de prêter ferment de fidélité
aux Pruffiens. Pour leur arracher ce ferment , on
avoit planté le canon contre l'Hôtel de Ville. Les
Pruffiens ont voulu exiger le même ferment des
Etats de Saxe , mais ces Etats l'ont refufé ; ils ont
même déclaré hautement qu'ils périroient plutôt
que de manquer de fidélité à leur Souverain légitime
, & plufieurs Députés ont difparu . La Terre
du Comte de Loefer , Maréchal héréditaire & Préfident
né des Etats , & celle du Baron de Ponickau
, Miniftre de Saxe à la Diete de l'Empire , ont
été depuis ravagées & détruites comme celles du
Comte & de la Comteffe de Bruhl. Il eft à remarquer
que le fameux partifan Meyer , exécuteur de
ces violences , a été long- temps au fervice de Saxe.
On apprend de Drefde que le Commandant
Pruffien a auffi obligé les Magiftrats de cette Ville
de prêter ferment de fidélité à fon Maître , & que
la même cérémonie va ſe faire dans les autres Villes
& Bailliages de l'Electorat .
Le château de Lavenftein , appartenant au
Comte de Bunau , Chambellan du Roi , a été ra➡
vagé par les Pruffiens , & tous les effets , meubles
beftiaux , &c. ont été tranſportés à Dreſde.
DE VIENNE , le 27 Février.
On ne croit pas que la ſanté du Prince Charles,
qui eft confidérablement altérée par les fatigues
de la derniere campagne , lui permette de commander
l'armée Impériale dans la campagne prochaine.
Ainfi , felon toutes les apparences , le
Feld -Maréchal Comte de Daun fera chargé da
commandement en chef.
L'échange des prifonniers refpectifs faits dans
186 MERCURE DE FRANCE:
la derniere campagne eſt enfin réglé. Les Coma
miffaires Impériaux & ceux du Roi de Pruffe
vont fe rendre pour cet effet à Peterfwalde &
Jagerndorff , & les troupes qui doivent être
échangées font en marche. Il a paffé par ici le 11
douze cens Craates , qui efcortoient huit cens
prifonniers Pruffiens , & le 14 , il a défilé une autre
Colonne de douze cens Croates qui vont en
Boheme.
On forme aux environs de cette Ville un nouveau
corps de Pionniers , & un autre corps deftiné
uniquement à la garde des équipages : ils fe levent
l'un & l'autre avec tout le fuccès poffible.
Les enrollemens conditionnels ont très- bien
réuffi dans cette Capitale , ainfi qu'à Lints , en
Stirie , & dans les autres Etats héréditaires de
Impératrice- Reine.
M. le Comte de Broglie , Ambaſſadeur du Roi
Très- Chrétien auprès du Roi de Pologne , eſt arrivé
de Warfovie , & retourne en France pour rétablir
fa fanté .
Tout ce qu'il y avoit ici d'Officiers Généraux
& autres , ont en ordre de partir fans délai , pour
rejoindre leurs corps. Le Feld-Maréchal Comte
de Daun eft auffi fur fon départ.
Le 23 Février , la glace dont le Danube étoit
couvert , fe rompit fi fubitement & avec une telle
violence , que quatre arches du grand pont furent
emportées.
La marche des troupes qui viennent d'Italie
pour aller renforcer l'armée de Boheme , a été
retardée quelque temps par le débordement de:
l'Adige ; mais on a des avis certains. que la tête de
ces troupes eft arrivée dans le Tirol.
Les ennemis ont été chaffés de Troppau le 18
par le Marquis de Ville , & ils fe font retirés avec
AVRIL. 1758. 187
perte. Le lendemain de la retraite , le régiment
de Stechau , dragons , croyant que les Pruffiens
occupoient encore ce pofte , s'approcha des fauxbourgs
de la Ville . On le fit attaquer par les
Uhlans , par les Huffards de Karoly , & par les
Huffards Carlftadiens , qui le mirent bientôt en
fuite , lui tuerent du monde , & firent prifonniers
le Major Pruffien qui le commandoit , un Capitaine
, Lieutenans , un Enſeigne , & deux cens
foixante Dragons.
DE HAMBOURG , le z Mars.
Ce qui vient de fe paffer à Zerbft caufe un
étonnement général . Un détachement de Huffards
Pruffiens étant revenu dans cette Ville pour enlever
le Marquis de Fraygne , a procédé de cette
maniere. Ils inveftirent d'abord le château , où le
Prince régnant avoit cru devoir mettre le Marquis
à couvert des violences qu'il avoit déja effayées
, & le tinrent bloqué pendant un jour.
L'Officier qui commandoit le détachement fit
enfuite braquer le canon , & fomma le Prince de
lui livrer le Marquis de Fraygne. Après quelques
négociations tentées infructueufement auprès du
Roi de Pruffe & du Prince Henry , le Comman
dant Pruffien déclara , que , file Marquis ne lui
étoit pas remis avant le 24 Février , il auroit recours
aux voies extrêmes. Sur ces difpofitions , le
Marquis de Fraygne , pour empêcher qu'à fon
occalion on n'achevât de violer tous les droits ,
en forçant jufqu'à l'afyle d'un Prince Souverain &
libre, qui n'eft en guerre avec perfonne , prit le
parti de fe remettre volontairement entre les
mains des Pruffiens. Il fut donc conduit fur le
champ à la citadelle de Magdebourg , où il eft
188 MERCURE DE FRANCE.
traité avec autant de rigueur que le plus coupable
fujet pourroit l'être fous l'autorité légitime de fon
Souverain naturel .
Quelques jours après cet événement , la Princeffe
douairiere d'Anhalt - Zerbft , & le Prince ré→
gnant fon fils , le font retirés dans cette Ville
pour fe fouftraire à de nouvelles extrêmités de la
part des Pruffiens.
DU CAMP D'HAMELEN , le 9 Mars.
Les troupes d'Hanovre , de Brunfwick & de
Heffe , auxquelles plufieurs régimens Pruffiens
s'étoient joints , fe mirent en mouvement le 18
du mois dernier , pour attaquer nos quartiers. Un
corps confidérable des ennemis fe porta fur Vehrden
, ce qui obligea M. le Marquis de Saint - Cha-
Maréchal de Camp , commandant alors
dans ce pofte , qui n'eft d'aucune défenſe , de l'évacuer,
& les inondations l'obligerent de ſe replier
fur Brême.
mans ,
Le 23 Février, M le Comte de Chabot- la Serre,
Brigadier des Armées du Roi & Colonel desVolontaires
Royaux , fut vivement attaqué dans Hoya
par des troupes fupérieures aux fiennes. Il avoit
fous fes ordres le rég ment des Gardes Lorraines ,
deux compagnies de Grenadiers , deux Piquets de
Bretagne , & cent Dragons du régiment Meſtre
de Camp Général. Il fit la plus vigoureufe défenfe
, & fe battit de rue en rue : enfin forcé de fe
retirer dans le château , il obtint une capitulation
très-honorable & fortit , ainfi que les troupes
qu'il commandoit , avec tous les honneur de la
guerre. Le régiment des Gardes Lorraines a beaucoup
perdu à cette attaque. M. le Chevalier Mecles
, Lieutenant- Colonel du régiment Mestre de
AVRIL 1758. 189
Camp Général , qui étoit venu volontairement
avec les Dragons , & M de Prade , Aide Major de
ce corps , ont été tués . M. le Chevalier de Lemps ,
Lieutenant-Colonel du régiment de Bretagne
s'eft fort dift.ngué , ainfi que tous les Officiers des
différens corps.
M. le Comte de Chabot ayant fait fçavoir le 24
à M. le Comte de Saint- Germain l'événement de
Hoya , ce Lieutenant géneral jugea qu'il ne pouvoit
plus être d'aucune utilité dans Brême au refte
de l'armée dont il fe trouvoit féparé , & qu'en y
reftant , il couroit rifque d'être coupé tout -à -fait
par l'ennemi ainfi il fit fur le champ fes difpofitions
pour ſe retirer avec fa nombreuſe garnifon.
Il a fait fa retraite dans le meilleur ordre jufqu'à
Ofnabruck , où il a trouvé le régiment de Champagne
, deux régimens de Cavalerie , & le régi
ment Colonel général des Dragons.
;.
M. le Comte de Clermont ayant jugé à propos
de replier fon quartier général pour donner le
temps à tous les corps de fon armée de le joindre ,
ce Prince partit le 28 d'Hanovre dans le plus
grand ordre , & en faifant obferver à les troupes
la plus exacte difcipline. Il a fait diftribuer aux
pauvres les farines qui ne pouvoient fe transporter.
Il avoit donné les ordres pour faire évacuer dès le
26 les Villes de Zell , de Brunſwick , de Wolfenbuttel
, & tous les autres poftes que nos troupes
occupoient. Cette retraite générale n'a pu fe faire
fans perdre les malades qui ne ſe font pas trouvés
en état de fupporter le tranſport , quelques chariots
mal attelés , & beaucoup de provifions ; mais
on a pris de juftes mefures pour empêcher l'ennemi
de profiter de nos magazins.
Le 9 Mars , toute l'armée ſe trouvoit raffemblée
à Hamelen , où M. le Comte de Clermont a établi
190 MERCURE DE FRANCE.
fon quartier général. Depuis ce Prince a donné
ordre de jetter un pont fur le Wefer à Rhintlen ,
affurer la communication avec le corps que pour
commande M. le Comte de Saint- Germain fur la
rive gauche de cette riviere , & pour obferver de
plus près les mouvemens des ennemis fur Munden.
DE PRAGUE , le 3 Mars.
On affure ici que , fuivant le plan d'opérations
concerté à Vienne , l'Impératrice- Reine aura trois
grandes armées qui agiront tout à la fois ; l'une
en Siléfie , fous les ordres du Feld-Maréchal Comte
de Daun ; la deuxieme , commandée par le Feld-
Maréchal Comte de Nadafty , du côté de Troppau
; & la troifieme , dans la Luface , aux ordres
du Feld-Maréchal Bathiani.
Plufieurs lettres ont confirmé l'action particu
liere dont voici le détail. Le 16 Février , un Officier
de nos troupes vint loger à Kaldekerich. II
n'avoit qu'un petit détachement avec lui , & cependant
il fit marquer des logemens pour mille
hommes ; mais il n'exigea pour fa troupe que les
provifions néceffaires , & fit obferver le meilleur
ordre. A peine ce qu'il avoit demandé aux habitans
lui fut délivré , qu'il parut un corps de troupes
ennemies fort fupérieur au fien , dans le deffein
de l'enlever. Le Capitaine n'eut que le temps
de s'emparer du cimetiere , & de s'y retrancher
comme il put . Les Pruffiens voulurent l'y forcer ,
& des deux côtés on ſe fufilla vivement. Après
une demi -heure de combat , ils fommerent l'Officier
de fe rendre. Celui-ci pour toute réponſe
dit, qu'il avoit fait marquer du logement pour
deux Bataillons , & qu'il étoit bien réfolu de tenir
juſqu'à leur arrivée. Le feu recommença fur la
AVRIL. 1758. 191
champ ; mais l'Officier voulant ménager fon
monde , fit demander des conditions. Pendant les
pourparlers qui fufpendirent l'attaque , l'Officier
reconnut une maiſon qui communiquoit au cimetiere.
Il fit fortir par-là fon Lieutenant avec la
moitié de fa troupe. Ce dernier après quelques
détours vint charger les Pruffiens en queue , & le
Capitaine fortant tout-à-coup du cimetiere , força
la tête. Les Pruffiens , qui crurent alors avoir fur
les bras les mille hommes dont on avoit parlé,
furent culbutés , & fe retirerent en défordre , laif
fant fur la place vingt-fept hommes morts , fans
les bleffés qu'ils remmenerent avec eux. Le nom
de ce Capitaine eft Lallieux , & le Lieutenant ſe
aomme Ryff.
DE KONIGSBERG , le 13 Février.
Toute la Pruffe eft actuellement au pouvoir des
troupes Ruffiennes. En entrant fur le territoire
d'Elbing , elles ont pris environ quarante foldats
qui occupoient un petit Fort. La garnifon que le
Général Fermer a laiffée ici eft de fix mille hom-'
mes , infanterie & cavalerie. Les Cofaques de fon
armée obfervent la même difcipline que les troupes
nationales , & font traités en conféquence fur
le pied de troupes régulieres.
On affure qu'avant un mois , l'armée Ruffienne
fera forte au moins de quatre-vingts mille hommes
, & qu'il en marchera la moitié vers la Siléſie .
Le corps du Général Fermer eft en pleine marche
pour fe rendre dans la Poméranie.
•
Konigsberg vient d'être impofée par les Ruffiens
à une contribution de cinquante mille écus. Les
Commiffaires de l'Impératrice font de grands amas
de vivres à Kowno , pour y établir un magazin
capable de faire fubfifter un corps de quarante
mille hommes.
L'armée Ruffienne eft en mouvement pour
s'approcher de la Viftule. Le Major général Stolfen
eft entré le 11 dans Marienwerder avec un
détachement de trois cens hommes.
、
On ne peut qu'admirer la modération des Ruf
182 MERCURE DE FRANCE
fiens dans toute leur conduite à notre égard. Cea
pendant on a toujours lieu de craindre que les
violences exercées en Saxe , ne les forcent enfin
d'en venir à de fâcheufes repréfailles.
DE LEIPSICK , le 25 Février.
Les Etats des Cercles de Saxe font toujours af
femblés ici . Le 16 de Février , M. de Borck ,
Miniftre du Roi de Pruffe , propofa de la part de
fon Maître , aux Députés des Cercles , de remettre
aux Etats l'adminiftration des revenus de l'Electorat
, à condition 1º . de payer au Roi de
Pruffe la fomme de fix millions d'écus , y com
pris le produit des domaines & de l'accife géné
male , ou celle de quatre millions & demi , fans ces
deux branches des revenus ; 2º, de donner encore
en portions & rations la valeur de cent mille écus
par mois , pour l'entretien des troupes Pruffiennes
qui font en Saxe ; 3 °. d'acquitter en outre
exactement ce que cet Electorat redoit de l'année
derniere .
Ces demandes n'interrompent point le cours
des exécutions militaires qui fe font avec plus de
rigueur que jamais . Elles commencerent le 8 Janvier
dans les Bailliages de Moiffen & d'Ofchutz ,
pour la livraifon de deux mille wifpels , ou quarante-
huit mille boiffeaux de froment à quoi le
Cercle de Milnie eft taxé . On menace de traiter
de même les autres Bailliages , & de condamner.
au double ceux qui n'auront pas fourni leur con
tingent. Plufieurs Cercles , que les événemens de
la guerre affujettiffent également aux ordres des
deux partis ennemis , ont beau repréſenter les
obftacles que ces ordres contradictoires apportent
au fournitures qu'on exige d'eux, on veut qu'elles
AVRIL. 1758. 183
Te faffent à quelque prix que ce foit , à peine d'être
livrés au pillage des Huffards , & pour les Gentilshommes
dont on pourra le faifir , d'être mis dans
la Fortereffe de Magdebourg,
On a exécuté dans cette Ville douze Marchands
Italiens , taxés enfemble à quinze mille écus de
douceurs ( ainfi nomme- t'on cette nouvelle taxe ) ,
pour le premier bataillon des Gardes Pruffiennes.
Mêmes exactions à Drefde , mêmes violences de
la part du Commandant. Propriétaires & Locatai,
res de maiſons , pauvres & riches , tout y eft taxé,
A l'égard des Saxons enrôlés de force , qui ont
déferté des troupes Pruffiennes , le Directoire de
Torgau a enjoint aux Tribunaux de Juftice , fous
les plus féveres menaces , de confifquer tous leurs
biens meubles & immeubles , fans exception , de
les faire vendre à l'encan dans le terme de fix femaines
, & d'en faire porter le prix à la caiffe militaire
des Pruffiens . Le même traitement fera fait
aux Officiers Saxons qui ont paffé au ſervice de
l'Empereur ou de l'Empire. On veut encore forcer
les parens des déferteurs à les repréſenter. Un
paylan du Bailliage de Noffen qu'on avoit arrêté
pour répondre de fon fils qui étoit fugitif , cherchant
à fe fauver lui-même , a été jetté mort fur
le carreau.
On a mis le fcellé fur l'hôtel des Monnoies à
Drefde , & l'on n'en fait pas la raifon, à moins
que les malverfations du JuifEphraïm , qui depuis
La guerre ont été portées à l'excès , ne lui ayent
attiré cette difgrace.
Les Députés des Etats font encore ici . Le premier
payement des fix cens mille écus qu'ils ont
été contraints d'accorder fous le nom fpécieux de
don gratuit , fe fait actuellement avec la plus
grande rigueur. La moindre Terre noble eft taxée
184 MERCURE DE FRANCE.
à mille écus , & les autres à proportion .
Nos Magiftrats font aux arrêts à l'Hôtel de Ville
& gardés par foixante foldats. On permet feulement
aux plus âgés de retourner chez eux le foir ;
les autres font obligés de refter & de coucher fur
des paillaffes. Il y a fur toutes les maiſons & fur
les biens de fonds une nouvelle taxe fixée à deux
pour cent du prix de la derniere acquifition . Les
Locataires font impofés à quatre gros par écu de
tout bail qui excede vingt écus par an. Si l'on
manque d'argent comptant pour fatisfaire à ces
exactions , il faut donner de l'argenterie ou des
marchandiſes ; les Pruffiens s'accommodent de
tout. Indépendamment de ces taxes , chaque Négociant
eft encore obligé de payer féparément
mille ou deux mille écus. Le commerce eft entiérement
fufpendu , & l'on ne permet plus le tranf
port d'aucunes marchandifes. Enfin les foldats
vont de maifon en maifon , & prennent de force
tout ce qu'on ne veut pas leur donner. Drefde
Chemnitz , Naumbourg , Merfebourg , font traités
à peu près de même. On vend aux Juifs à trèsvil
prix les meubles , habits , effets , jufqu'aux lits
mêmes des habitans qui ne font point en état de
payer les taxes.
A Drefde , la cherté des vivres & la mifere des
habitans font à un tel point , qu'un grand nombre
eft réduit à la mendicité. La Princeffe Royale &
à fon exemple , plufieurs perfonnes de diftinction ,
font obligées , pour les faire vivre , de faire diftri
buer une certaine quantité de pain par femaine.
Le Directeur des biens que le Comte de Bruhl
poffede dans la baffe- Luface, a reçu ordre du Com
mandant de Drefde de s'y rendre au plutôt , pour
rendre compte du revenu de ces biens.
Tous les maux dont Léipfick eft accablée
AVRIL 1758 1185
viennent d'être portés à leur comble . Nos Magif
trats ont été forcés de prêter ferment de fidélité
aux Pruffiens. Pour leur arracher ce ferment , on
avoit planté le canon contre l'Hôtel de Ville. Les
Pruffiens ont voulu exiger le même ferment des
Etats de Saxe , mais ces Etats l'ont refufé ; ils ont
même déclaré hautement qu'ils périroient plutôt
que de manquer de fidélité à leur Souverain légitime
, & plufieurs Députés ont difparu . La Terre
du Comte de Loefer , Maréchal héréditaire & Préfident
né des Etats , & celle du Baron de Ponickau
, Miniftre de Saxe à la Diete de l'Empire , ont
été depuis ravagées & détruites comme celles du
Comte & de la Comteffe de Bruhl. Il eft à remarquer
que le fameux partifan Meyer , exécuteur de
ces violences , a été long- temps au fervice de Saxe.
On apprend de Drefde que le Commandant
Pruffien a auffi obligé les Magiftrats de cette Ville
de prêter ferment de fidélité à fon Maître , & que
la même cérémonie va ſe faire dans les autres Villes
& Bailliages de l'Electorat .
Le château de Lavenftein , appartenant au
Comte de Bunau , Chambellan du Roi , a été ra➡
vagé par les Pruffiens , & tous les effets , meubles
beftiaux , &c. ont été tranſportés à Dreſde.
DE VIENNE , le 27 Février.
On ne croit pas que la ſanté du Prince Charles,
qui eft confidérablement altérée par les fatigues
de la derniere campagne , lui permette de commander
l'armée Impériale dans la campagne prochaine.
Ainfi , felon toutes les apparences , le
Feld -Maréchal Comte de Daun fera chargé da
commandement en chef.
L'échange des prifonniers refpectifs faits dans
186 MERCURE DE FRANCE:
la derniere campagne eſt enfin réglé. Les Coma
miffaires Impériaux & ceux du Roi de Pruffe
vont fe rendre pour cet effet à Peterfwalde &
Jagerndorff , & les troupes qui doivent être
échangées font en marche. Il a paffé par ici le 11
douze cens Craates , qui efcortoient huit cens
prifonniers Pruffiens , & le 14 , il a défilé une autre
Colonne de douze cens Croates qui vont en
Boheme.
On forme aux environs de cette Ville un nouveau
corps de Pionniers , & un autre corps deftiné
uniquement à la garde des équipages : ils fe levent
l'un & l'autre avec tout le fuccès poffible.
Les enrollemens conditionnels ont très- bien
réuffi dans cette Capitale , ainfi qu'à Lints , en
Stirie , & dans les autres Etats héréditaires de
Impératrice- Reine.
M. le Comte de Broglie , Ambaſſadeur du Roi
Très- Chrétien auprès du Roi de Pologne , eſt arrivé
de Warfovie , & retourne en France pour rétablir
fa fanté .
Tout ce qu'il y avoit ici d'Officiers Généraux
& autres , ont en ordre de partir fans délai , pour
rejoindre leurs corps. Le Feld-Maréchal Comte
de Daun eft auffi fur fon départ.
Le 23 Février , la glace dont le Danube étoit
couvert , fe rompit fi fubitement & avec une telle
violence , que quatre arches du grand pont furent
emportées.
La marche des troupes qui viennent d'Italie
pour aller renforcer l'armée de Boheme , a été
retardée quelque temps par le débordement de:
l'Adige ; mais on a des avis certains. que la tête de
ces troupes eft arrivée dans le Tirol.
Les ennemis ont été chaffés de Troppau le 18
par le Marquis de Ville , & ils fe font retirés avec
AVRIL. 1758. 187
perte. Le lendemain de la retraite , le régiment
de Stechau , dragons , croyant que les Pruffiens
occupoient encore ce pofte , s'approcha des fauxbourgs
de la Ville . On le fit attaquer par les
Uhlans , par les Huffards de Karoly , & par les
Huffards Carlftadiens , qui le mirent bientôt en
fuite , lui tuerent du monde , & firent prifonniers
le Major Pruffien qui le commandoit , un Capitaine
, Lieutenans , un Enſeigne , & deux cens
foixante Dragons.
DE HAMBOURG , le z Mars.
Ce qui vient de fe paffer à Zerbft caufe un
étonnement général . Un détachement de Huffards
Pruffiens étant revenu dans cette Ville pour enlever
le Marquis de Fraygne , a procédé de cette
maniere. Ils inveftirent d'abord le château , où le
Prince régnant avoit cru devoir mettre le Marquis
à couvert des violences qu'il avoit déja effayées
, & le tinrent bloqué pendant un jour.
L'Officier qui commandoit le détachement fit
enfuite braquer le canon , & fomma le Prince de
lui livrer le Marquis de Fraygne. Après quelques
négociations tentées infructueufement auprès du
Roi de Pruffe & du Prince Henry , le Comman
dant Pruffien déclara , que , file Marquis ne lui
étoit pas remis avant le 24 Février , il auroit recours
aux voies extrêmes. Sur ces difpofitions , le
Marquis de Fraygne , pour empêcher qu'à fon
occalion on n'achevât de violer tous les droits ,
en forçant jufqu'à l'afyle d'un Prince Souverain &
libre, qui n'eft en guerre avec perfonne , prit le
parti de fe remettre volontairement entre les
mains des Pruffiens. Il fut donc conduit fur le
champ à la citadelle de Magdebourg , où il eft
188 MERCURE DE FRANCE.
traité avec autant de rigueur que le plus coupable
fujet pourroit l'être fous l'autorité légitime de fon
Souverain naturel .
Quelques jours après cet événement , la Princeffe
douairiere d'Anhalt - Zerbft , & le Prince ré→
gnant fon fils , le font retirés dans cette Ville
pour fe fouftraire à de nouvelles extrêmités de la
part des Pruffiens.
DU CAMP D'HAMELEN , le 9 Mars.
Les troupes d'Hanovre , de Brunfwick & de
Heffe , auxquelles plufieurs régimens Pruffiens
s'étoient joints , fe mirent en mouvement le 18
du mois dernier , pour attaquer nos quartiers. Un
corps confidérable des ennemis fe porta fur Vehrden
, ce qui obligea M. le Marquis de Saint - Cha-
Maréchal de Camp , commandant alors
dans ce pofte , qui n'eft d'aucune défenſe , de l'évacuer,
& les inondations l'obligerent de ſe replier
fur Brême.
mans ,
Le 23 Février, M le Comte de Chabot- la Serre,
Brigadier des Armées du Roi & Colonel desVolontaires
Royaux , fut vivement attaqué dans Hoya
par des troupes fupérieures aux fiennes. Il avoit
fous fes ordres le rég ment des Gardes Lorraines ,
deux compagnies de Grenadiers , deux Piquets de
Bretagne , & cent Dragons du régiment Meſtre
de Camp Général. Il fit la plus vigoureufe défenfe
, & fe battit de rue en rue : enfin forcé de fe
retirer dans le château , il obtint une capitulation
très-honorable & fortit , ainfi que les troupes
qu'il commandoit , avec tous les honneur de la
guerre. Le régiment des Gardes Lorraines a beaucoup
perdu à cette attaque. M. le Chevalier Mecles
, Lieutenant- Colonel du régiment Mestre de
AVRIL 1758. 189
Camp Général , qui étoit venu volontairement
avec les Dragons , & M de Prade , Aide Major de
ce corps , ont été tués . M. le Chevalier de Lemps ,
Lieutenant-Colonel du régiment de Bretagne
s'eft fort dift.ngué , ainfi que tous les Officiers des
différens corps.
M. le Comte de Chabot ayant fait fçavoir le 24
à M. le Comte de Saint- Germain l'événement de
Hoya , ce Lieutenant géneral jugea qu'il ne pouvoit
plus être d'aucune utilité dans Brême au refte
de l'armée dont il fe trouvoit féparé , & qu'en y
reftant , il couroit rifque d'être coupé tout -à -fait
par l'ennemi ainfi il fit fur le champ fes difpofitions
pour ſe retirer avec fa nombreuſe garnifon.
Il a fait fa retraite dans le meilleur ordre jufqu'à
Ofnabruck , où il a trouvé le régiment de Champagne
, deux régimens de Cavalerie , & le régi
ment Colonel général des Dragons.
;.
M. le Comte de Clermont ayant jugé à propos
de replier fon quartier général pour donner le
temps à tous les corps de fon armée de le joindre ,
ce Prince partit le 28 d'Hanovre dans le plus
grand ordre , & en faifant obferver à les troupes
la plus exacte difcipline. Il a fait diftribuer aux
pauvres les farines qui ne pouvoient fe transporter.
Il avoit donné les ordres pour faire évacuer dès le
26 les Villes de Zell , de Brunſwick , de Wolfenbuttel
, & tous les autres poftes que nos troupes
occupoient. Cette retraite générale n'a pu fe faire
fans perdre les malades qui ne ſe font pas trouvés
en état de fupporter le tranſport , quelques chariots
mal attelés , & beaucoup de provifions ; mais
on a pris de juftes mefures pour empêcher l'ennemi
de profiter de nos magazins.
Le 9 Mars , toute l'armée ſe trouvoit raffemblée
à Hamelen , où M. le Comte de Clermont a établi
190 MERCURE DE FRANCE.
fon quartier général. Depuis ce Prince a donné
ordre de jetter un pont fur le Wefer à Rhintlen ,
affurer la communication avec le corps que pour
commande M. le Comte de Saint- Germain fur la
rive gauche de cette riviere , & pour obferver de
plus près les mouvemens des ennemis fur Munden.
DE PRAGUE , le 3 Mars.
On affure ici que , fuivant le plan d'opérations
concerté à Vienne , l'Impératrice- Reine aura trois
grandes armées qui agiront tout à la fois ; l'une
en Siléfie , fous les ordres du Feld-Maréchal Comte
de Daun ; la deuxieme , commandée par le Feld-
Maréchal Comte de Nadafty , du côté de Troppau
; & la troifieme , dans la Luface , aux ordres
du Feld-Maréchal Bathiani.
Plufieurs lettres ont confirmé l'action particu
liere dont voici le détail. Le 16 Février , un Officier
de nos troupes vint loger à Kaldekerich. II
n'avoit qu'un petit détachement avec lui , & cependant
il fit marquer des logemens pour mille
hommes ; mais il n'exigea pour fa troupe que les
provifions néceffaires , & fit obferver le meilleur
ordre. A peine ce qu'il avoit demandé aux habitans
lui fut délivré , qu'il parut un corps de troupes
ennemies fort fupérieur au fien , dans le deffein
de l'enlever. Le Capitaine n'eut que le temps
de s'emparer du cimetiere , & de s'y retrancher
comme il put . Les Pruffiens voulurent l'y forcer ,
& des deux côtés on ſe fufilla vivement. Après
une demi -heure de combat , ils fommerent l'Officier
de fe rendre. Celui-ci pour toute réponſe
dit, qu'il avoit fait marquer du logement pour
deux Bataillons , & qu'il étoit bien réfolu de tenir
juſqu'à leur arrivée. Le feu recommença fur la
AVRIL. 1758. 191
champ ; mais l'Officier voulant ménager fon
monde , fit demander des conditions. Pendant les
pourparlers qui fufpendirent l'attaque , l'Officier
reconnut une maiſon qui communiquoit au cimetiere.
Il fit fortir par-là fon Lieutenant avec la
moitié de fa troupe. Ce dernier après quelques
détours vint charger les Pruffiens en queue , & le
Capitaine fortant tout-à-coup du cimetiere , força
la tête. Les Pruffiens , qui crurent alors avoir fur
les bras les mille hommes dont on avoit parlé,
furent culbutés , & fe retirerent en défordre , laif
fant fur la place vingt-fept hommes morts , fans
les bleffés qu'ils remmenerent avec eux. Le nom
de ce Capitaine eft Lallieux , & le Lieutenant ſe
aomme Ryff.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En février 1758, l'Allemagne est sous contrôle des troupes russes. À Königsberg, les Russes ont capturé environ quarante soldats et laissé une garnison de six mille hommes. Les Cosaques montrent une discipline comparable aux troupes nationales. Les Russes prévoient d'augmenter leur armée à quatre-vingt mille hommes, dont la moitié se dirigera vers la Silésie. Le général Fermer se dirige vers la Poméranie. Königsberg a été imposée d'une contribution de cinquante mille écus. Les commissaires de l'impératrice stockent des vivres à Kowno pour soutenir une armée de quarante mille hommes. Les Russes avancent vers la Vistule, et le major général Stolfen a pris Marienwerder avec trois cents hommes. À Leipzig, les États des Cercles de Saxe sont réunis. Le ministre du roi de Prusse, M. de Borck, propose de remettre l'administration des revenus de l'Électorat aux États en échange de paiements et de fournitures pour les troupes prussiennes. Les exécutions militaires continuent avec rigueur, notamment dans les bailliages de Moissen et d'Oschutz, où des contingents de blé sont exigés. Les Cercles saxons, soumis aux ordres des deux partis ennemis, doivent fournir des approvisionnements sous peine de pillage. Douze marchands italiens ont été exécutés à Dresde pour non-paiement de taxes. Les biens des déserteurs saxons sont confisqués, et leurs familles menacées. Le commerce est suspendu, et les troupes prussiennes prennent de force ce qui n'est pas donné. À Vienne, la santé du prince Charles est altérée, et le comte de Daun devrait commander l'armée impériale. L'échange des prisonniers est réglé, et de nouvelles troupes sont levées. Le comte de Broglie retourne en France pour raisons de santé. Les ennemis ont été chassés de Troppau par le marquis de Ville. À Hambourg, un détachement prussien a enlevé le marquis de Fraygne à Zerbst, malgré les protestations du prince régnant. La princesse douairière et le prince régnant se sont retirés pour éviter de nouvelles extrémités. À Hamelen, les troupes hanovriennes, brunswickoises et hessoises, rejointes par des régiments prussiens, ont attaqué les quartiers français. Le comte de Chabot a obtenu une capitulation honorable à Hoya après une vigoureuse défense. En février 1758, un officier français, séparé de son armée à Brême, se retire avec sa garnison jusqu'à Osnabrück pour éviter d'être coupé par l'ennemi. Le Comte de Clermont replie son quartier général pour permettre à toutes les troupes de le rejoindre, partant d'Hanovre le 28 avec discipline et en distribuant des farines aux pauvres. Il ordonne l'évacuation de plusieurs villes et postes occupés par les troupes françaises. Cette retraite entraîne la perte de malades, de chariots mal attelés et de provisions, mais des mesures sont prises pour protéger les magasins. Le 9 mars, l'armée se rassemble à Hamelin, où le Comte de Clermont établit son quartier général. Il ordonne la construction d'un pont sur la Weser à Rinteln pour assurer la communication avec les troupes commandées par le Comte de Saint-Germain. En Bohême, selon un plan d'opérations concerté à Vienne, l'Impératrice-Reine doit diriger trois grandes armées en Silésie, en Moravie et en Lusace. Le 16 février, un officier français avec un petit détachement se retranche dans un cimetière face à un corps de troupes ennemies supérieur. Après une demi-heure de combat, l'officier négocie des conditions et parvient à surprendre les Prussiens en les attaquant de deux côtés. Les Prussiens sont repoussés, laissant 27 morts sur le champ de bataille. Les noms des officiers français impliqués sont le Capitaine Lallieux et le Lieutenant Ryff.
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16
p. 207
De Francfort, le 4. Janvier.
Début :
Le Maréchal Prince de Soubise étant instruit que les Ennemis avoient formé [...]
Mots clefs :
Prince de Soubise, Ennemis, Maréchal, Magistrats, Troupes, Protection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Francfort, le 4. Janvier.
De Francfort , le 4. Janvier.
Le Maréchal Prince de Soubife étant inftruit
que les Ennemis avoient formé le projet d'attaquer
nos quartiers , a pris la réfolution , pour les
mettre en fureté , & pour protéger en même
temps le Cercle Electoral , d'occuper la Ville de
Francfort. Le Maréchal fit entrer le 2. les Troupes
du Roi dans cette Ville. Il fit affembler les Magiftrats
, qui , touchés des raiſons folides qui ont forcé
le Maréchal à prendre ce parti , ont confenti à
tout ce qu'il leur a propofé. Tout cela s'eft exécuté
dans le meilleur ordre. Les Boutiques de cette Ville
n'ont pas ceffé d'être ouvertes , & tous les Habitans
fe louent de la bonne difcipline que nos
Troupes y obfervent. Tous les Quartiers de nos
deux Armées font fort tranquilles.
Le Maréchal Prince de Soubife étant inftruit
que les Ennemis avoient formé le projet d'attaquer
nos quartiers , a pris la réfolution , pour les
mettre en fureté , & pour protéger en même
temps le Cercle Electoral , d'occuper la Ville de
Francfort. Le Maréchal fit entrer le 2. les Troupes
du Roi dans cette Ville. Il fit affembler les Magiftrats
, qui , touchés des raiſons folides qui ont forcé
le Maréchal à prendre ce parti , ont confenti à
tout ce qu'il leur a propofé. Tout cela s'eft exécuté
dans le meilleur ordre. Les Boutiques de cette Ville
n'ont pas ceffé d'être ouvertes , & tous les Habitans
fe louent de la bonne difcipline que nos
Troupes y obfervent. Tous les Quartiers de nos
deux Armées font fort tranquilles.
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Résumé : De Francfort, le 4. Janvier.
Le 4 janvier, le Maréchal Prince de Soubise a appris une attaque imminente contre les quartiers français à Francfort. Pour protéger le Cercle Électoral, il a introduit les troupes du Roi dans la ville le 2 janvier. Les magistrats ont accepté ses propositions. L'opération s'est déroulée sans incident, les habitants ont apprécié la discipline des troupes françaises. Les quartiers des deux armées sont restés calmes.
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17
p. 204
DE LEIPSICK, le 1 Octobre.
Début :
Les Marchands étrangers qui s'étoient rendus ici pour la Foire, [...]
Mots clefs :
Marchands étrangers, Foire, Prussiens, Officiers, Magistrats, Contributions financières, Refus de vente
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texteReconnaissance textuelle : DE LEIPSICK, le 1 Octobre.
De LEIPSICK , le 1 Octobre.
Les Marchands étrangers qui s'étoient rendus
ici pour la Foire , n'y ont pas trouvé la fureté
qu'on leur avoit fait eſpérer. Les Pruffiens redevenus
maîtres de cette ville , exigent d'énormes
contributions . L'Officier qui les commande n'a
point voulu écouter les repréfentations de nos
Magiftrats , fur l'impuiffance où nous fommes
d'y fatisfaire. Il a fait enfermer dans le Château
de Pleiffenbourg , plufieurs de nos plus riches
Négocians , en déclarant qu'ils ne feront relâchés
que lorfqu'on lui aura payé tout l'argent qu'il
demande. Cette rigueur a répandu l'allarme parmi
les Marchands étrangers . La plupart de
ceux qui étoient en chemin pour venir à la
Foire , font retournés fur leurs pas. Ceux qui
font ici refulent de mettre leurs marchandiſes
en vente. Il eſt défendu à qui que ce foit de
fortir de la ville fans un paffeport figné du
Commandant Pruffien . Les Bourgeois ont ordre
de livrer les armes qui leur ont été rendues par
les troupes de l'Empire , fous peine de cent écus
d'amende . Les Officiers prifonniers de la garnifon
Impériale ont été renvoyés en donnant parole
de ne plus fervir contre le Roi de Pruffe , &
de fe repréfenter lorfqu'ils en feront requis.
Les Marchands étrangers qui s'étoient rendus
ici pour la Foire , n'y ont pas trouvé la fureté
qu'on leur avoit fait eſpérer. Les Pruffiens redevenus
maîtres de cette ville , exigent d'énormes
contributions . L'Officier qui les commande n'a
point voulu écouter les repréfentations de nos
Magiftrats , fur l'impuiffance où nous fommes
d'y fatisfaire. Il a fait enfermer dans le Château
de Pleiffenbourg , plufieurs de nos plus riches
Négocians , en déclarant qu'ils ne feront relâchés
que lorfqu'on lui aura payé tout l'argent qu'il
demande. Cette rigueur a répandu l'allarme parmi
les Marchands étrangers . La plupart de
ceux qui étoient en chemin pour venir à la
Foire , font retournés fur leurs pas. Ceux qui
font ici refulent de mettre leurs marchandiſes
en vente. Il eſt défendu à qui que ce foit de
fortir de la ville fans un paffeport figné du
Commandant Pruffien . Les Bourgeois ont ordre
de livrer les armes qui leur ont été rendues par
les troupes de l'Empire , fous peine de cent écus
d'amende . Les Officiers prifonniers de la garnifon
Impériale ont été renvoyés en donnant parole
de ne plus fervir contre le Roi de Pruffe , &
de fe repréfenter lorfqu'ils en feront requis.
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Résumé : DE LEIPSICK, le 1 Octobre.
Le 1er octobre à Leipzig, les marchands étrangers présents pour la foire n'ont pas trouvé les opportunités commerciales espérées en raison de la situation imposée par les Prussiens, redevenus maîtres de la ville. Ces derniers exigent des contributions énormes et l'officier prussien commandant a ignoré les représentations des magistrats locaux concernant leur incapacité à payer. Plusieurs négociants riches ont été emprisonnés au château de Pleissenbourg jusqu'au paiement des sommes demandées. Cette rigueur a alarmé les marchands étrangers, poussant la plupart de ceux en route pour la foire à faire demi-tour. Ceux déjà sur place refusent de vendre leurs marchandises. Les autorités prussiennes interdisent toute sortie de la ville sans passeport signé par le commandant. Les bourgeois doivent rendre les armes restituées par les troupes impériales, sous peine d'une amende de cent écus. Les officiers prisonniers de la garnison impériale ont été libérés à condition de ne plus servir contre le roi de Prusse et de se représenter sur demande.
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18
p. 206-207
De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
Début :
Nous jouissons, dans nos quartiers, de toute la tranquillité qu'on peut desirer. [...]
Mots clefs :
Maréchal Broglie, Détachement, Protection, Villes, Armée alliée, Prince, Commandant, Landgrave, Général, Roi, Ordonnance, Régence, Rébellion matée, Punition, Magistrats
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texteReconnaissance textuelle : De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
De l'Armée du Bas Rhin , le 24 Février.
Nous jouillons , dans nos quartiers , de toute
Ia tranquillité qu'on peut defirer. Le Maréchal.
de Broglie a envoyé à Fulde un fort détachement ,
compofé de piquets de divers Régimens , fous les
ordres du fieur du Vair. Cette difpofition a pour
objet de protéger cette Ville , contre les partis de
F'Armée alliée , qui ne ceffoient d'y commettre
des exactions .
La Régence du Comté de Hanau , ayant reçu
la-nouvelle de la mort du Landgrave de Helle-
Caffel , en informa le Maréchal Duc de Broglie ;
& tout de fuite elle demanda au Prince de Robecq
, Commandant, pour le Roi de France, dans
la Ville de Hanau , la permiffion de notifier cet
événe nent aux Peuples : mais au lieu de cette
fimple notification , elle fit une eſpèce d'acte de
prife de poffeffion du Comté de Hanau , en faveur
du Prince Guillaume de Helle Caffel , fils
aîné du nouveau Landgrave . Comme certe entreprise
fut exécutée à l'infçu du Maréchal de
Broglie , dans un Pays qui ne peut & ne doit
reconnoître d'autre autorité que celle du Roi
de France , qui en a la poffeffion actuelle , par
le droit des armes , ce Général fit arrêter le 9 de
ce mois , les quatre principaux Officiers de cette
AVRIL. 1760. 207
Régence , & il les fit conduire dans une Maiſon
fûre,pour yêtre féparément & étroitement gardés,
jufqu'a ce qu'il eût reçu les ordres du Roi fon
Maitre en conféquence defquels , il fic fubie
hier le même fort aux autres Officiers de la Régence.
En même temps , il fit publier une Ordonnance
, qui , en annullant la proclamation
faite d'autorité privée par cette Régence , comme
attentatoire aux droits que les loix de la
guerre donnent à Sa Majeſté Trés - Chrétienne , &
en fufpendant les fonctions , condamne les
Membres qui la compofent , à refter en prifon ,
jufqu'à ce qu'ils ayent payé la fomme de deux
cens mille écus , en expiation de leur rébellion.
Cette punition paroîtra ſévère , au premier coup
d'oeil ; mais elle eft douce en comparaiſon des
traitemens rigoureux , que le Roi de Prulle fait
éprouver aux Magiftrats de Leipfick & autres
Villes . D'ailleurs , elle ne peut être que juſte ,
étant inoui que les Magiftrats d'un Pays occupé
par le droit des armes , oublient jufqu'à un tel
point leur devoir à l'égard de la Puiffance qui
les a foumis.
Nous jouillons , dans nos quartiers , de toute
Ia tranquillité qu'on peut defirer. Le Maréchal.
de Broglie a envoyé à Fulde un fort détachement ,
compofé de piquets de divers Régimens , fous les
ordres du fieur du Vair. Cette difpofition a pour
objet de protéger cette Ville , contre les partis de
F'Armée alliée , qui ne ceffoient d'y commettre
des exactions .
La Régence du Comté de Hanau , ayant reçu
la-nouvelle de la mort du Landgrave de Helle-
Caffel , en informa le Maréchal Duc de Broglie ;
& tout de fuite elle demanda au Prince de Robecq
, Commandant, pour le Roi de France, dans
la Ville de Hanau , la permiffion de notifier cet
événe nent aux Peuples : mais au lieu de cette
fimple notification , elle fit une eſpèce d'acte de
prife de poffeffion du Comté de Hanau , en faveur
du Prince Guillaume de Helle Caffel , fils
aîné du nouveau Landgrave . Comme certe entreprise
fut exécutée à l'infçu du Maréchal de
Broglie , dans un Pays qui ne peut & ne doit
reconnoître d'autre autorité que celle du Roi
de France , qui en a la poffeffion actuelle , par
le droit des armes , ce Général fit arrêter le 9 de
ce mois , les quatre principaux Officiers de cette
AVRIL. 1760. 207
Régence , & il les fit conduire dans une Maiſon
fûre,pour yêtre féparément & étroitement gardés,
jufqu'a ce qu'il eût reçu les ordres du Roi fon
Maitre en conféquence defquels , il fic fubie
hier le même fort aux autres Officiers de la Régence.
En même temps , il fit publier une Ordonnance
, qui , en annullant la proclamation
faite d'autorité privée par cette Régence , comme
attentatoire aux droits que les loix de la
guerre donnent à Sa Majeſté Trés - Chrétienne , &
en fufpendant les fonctions , condamne les
Membres qui la compofent , à refter en prifon ,
jufqu'à ce qu'ils ayent payé la fomme de deux
cens mille écus , en expiation de leur rébellion.
Cette punition paroîtra ſévère , au premier coup
d'oeil ; mais elle eft douce en comparaiſon des
traitemens rigoureux , que le Roi de Prulle fait
éprouver aux Magiftrats de Leipfick & autres
Villes . D'ailleurs , elle ne peut être que juſte ,
étant inoui que les Magiftrats d'un Pays occupé
par le droit des armes , oublient jufqu'à un tel
point leur devoir à l'égard de la Puiffance qui
les a foumis.
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Résumé : De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
Le 24 février, l'Armée du Bas-Rhin est en paix dans ses quartiers. Le maréchal de Broglie envoie un détachement à Fulde pour protéger la ville contre les exactions de l'Armée alliée. La Régence du Comté de Hanau informe le maréchal de Broglie de la mort du Landgrave de Hesse-Cassel et demande au Prince de Robecq la permission de notifier cet événement aux habitants. Profitant de cette occasion, la Régence proclame la prise de possession du Comté de Hanau en faveur du Prince Guillaume de Hesse-Cassel, fils aîné du nouveau Landgrave, sans l'aval du maréchal de Broglie. Cette action est perçue comme une atteinte aux droits du Roi de France, qui possède actuellement le Comté par le droit des armes. En conséquence, le maréchal fait arrêter les quatre principaux officiers de la Régence le 9 avril et les place en garde à vue. Il publie une ordonnance annulant la proclamation de la Régence, suspendant les fonctions de ses membres et les condamnant à payer une amende de deux cent mille écus pour expier leur rébellion. Cette punition est justifiée par l'oubli de leur devoir envers la puissance occupante.
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19
p. 200-201
DE LEIPSICK, le premier Avril.
Début :
Nos Magistrats & nos principaux Négocians, renfermés depuis longtemps dans [...]
Mots clefs :
Magistrats, Négociants, Prisonniers, Taxes, Lettres de change, Prussiens, Contributions financières, Biens, Maison royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LEIPSICK, le premier Avril.
De LEIPSICK , le premier Avril.
Nos Magiftrats & nos principaux Négocians ,
renfermés depuis longtemps dans le Château de
Pleillembourg , ont été élargis le 29 du mois dernier
, en donnant de nouvelles lettres de change
pour les fommes aufquelles ils ont été taxés. Mais
on a déclaré aux autres habitans , de payer en
argent comptant celles qu'on leur a impofées
depuis peu.
Les Prulliens continuent d'exiger , avec la même
rigueur , les contributions & les recrues auxquelles
ils ont taxé cet Electorat.
Les effets les plus précieux de Poftdam & des
autres Maiſons Royales de Sa Majesté Pruffienne ,
ainfi que les Archives de Brandebourg ,
envoyés à Magdebourg . On dit que le Général
ont
été
M A I. 1760.
201
Fermer s'avance vers Colberg avec un Corps de
crente mille hommes , & une nombreuſe Artillerie.
Nos Magiftrats & nos principaux Négocians ,
renfermés depuis longtemps dans le Château de
Pleillembourg , ont été élargis le 29 du mois dernier
, en donnant de nouvelles lettres de change
pour les fommes aufquelles ils ont été taxés. Mais
on a déclaré aux autres habitans , de payer en
argent comptant celles qu'on leur a impofées
depuis peu.
Les Prulliens continuent d'exiger , avec la même
rigueur , les contributions & les recrues auxquelles
ils ont taxé cet Electorat.
Les effets les plus précieux de Poftdam & des
autres Maiſons Royales de Sa Majesté Pruffienne ,
ainfi que les Archives de Brandebourg ,
envoyés à Magdebourg . On dit que le Général
ont
été
M A I. 1760.
201
Fermer s'avance vers Colberg avec un Corps de
crente mille hommes , & une nombreuſe Artillerie.
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Résumé : DE LEIPSICK, le premier Avril.
Le 29 mars 1760, les magistrats et négociants de Leipsick, détenus au château de Pleillembourg, sont libérés après avoir fourni de nouvelles lettres de change. Les autres habitants doivent payer en argent les nouvelles contributions. Les Prussiens exigent toujours des contributions et des recrues. Les effets précieux de Potsdam et les archives de Brandebourg sont envoyés à Magdebourg. Le général Fermer avance vers Colberg avec trente mille hommes et une artillerie nombreuse.
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20
p. 194-195
DE DRESDE, le 28 Mai.
Début :
Le Maréchal de Daun a été indisposé pendant plusieurs jours, [...]
Mots clefs :
Maréchal Daun, Goutte, Malade, Rétablissement, Ennemis, Roi de Prusse, Magistrats, Condamnation financière, Taxe, Armée prussienne, Armée autrichienne, Mouvements des troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 28 Mai.
De DRESDE , le 28 Mai.
Le Maréchal de Daun a été indifpofé penJUILLET.
1760 . 195
dant
plufieurs jours , d'un violent accès de goutte ;
mais il est
aujourd'hui
parfaitement rétabli. Il
vifita
dernierement le pole de
Freyberg , & il
alla
reconnoître les portes avancés des
Ennemis.
Le
Général Comte de Lafcy a fon
quartier à
Neudorff , & le Baron de Beck eft pofté à Ullerfdorff.
On a appris,de Leipfick , que le Roi de Pruſſe a
condamné les
Magiftrats de cette Ville à payer
quarante mille écus , fous prétexte que
quelques
Négocians avoient
entrepris de faire paffer à
Drelde
quarante chariots qu'ils avoient déclaré
être deftinés pour Breflau. On
procéde , par
voie
d'exécution , à faire payer cette taxe .
L'Armée
Pruflienne fe difpofe à
abandonner
Ton camp de Meiffen . Une partie de cette Armée
s'eft replice fur Torgau , que l'on fortifie fans relâche.
Les portes de Léipfick font fermées depuis
quelques jours. On compte que cette Ville fera
incellamment
évacuée.
L'Armée
Autrichienne
paroît prête à
marcher fur Meiffen , où il ne
refte qu'un petit nombre de Pruffiens.
Le Maréchal de Daun a été indifpofé penJUILLET.
1760 . 195
dant
plufieurs jours , d'un violent accès de goutte ;
mais il est
aujourd'hui
parfaitement rétabli. Il
vifita
dernierement le pole de
Freyberg , & il
alla
reconnoître les portes avancés des
Ennemis.
Le
Général Comte de Lafcy a fon
quartier à
Neudorff , & le Baron de Beck eft pofté à Ullerfdorff.
On a appris,de Leipfick , que le Roi de Pruſſe a
condamné les
Magiftrats de cette Ville à payer
quarante mille écus , fous prétexte que
quelques
Négocians avoient
entrepris de faire paffer à
Drelde
quarante chariots qu'ils avoient déclaré
être deftinés pour Breflau. On
procéde , par
voie
d'exécution , à faire payer cette taxe .
L'Armée
Pruflienne fe difpofe à
abandonner
Ton camp de Meiffen . Une partie de cette Armée
s'eft replice fur Torgau , que l'on fortifie fans relâche.
Les portes de Léipfick font fermées depuis
quelques jours. On compte que cette Ville fera
incellamment
évacuée.
L'Armée
Autrichienne
paroît prête à
marcher fur Meiffen , où il ne
refte qu'un petit nombre de Pruffiens.
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Résumé : DE DRESDE, le 28 Mai.
Le 28 mai 1760, le maréchal de Daun, initialement indisponible en raison d'un accès de goutte, est désormais rétabli. Il a inspecté les positions de Freyberg et les portes avancées des ennemis. Le général comte de Laffy est à Neudorff, tandis que le baron de Beck est à Ullerfsdorff. À Leipzig, le roi de Prusse a imposé une taxe de quarante mille écus aux magistrats, accusant des négociants de vouloir acheminer des chariots vers Dresde. L'armée prussienne se prépare à quitter Meissen, une partie s'étant déjà repliée sur Torgau, où des fortifications sont en cours. Les portes de Leipzig sont fermées depuis quelques jours et la ville doit être évacuée prochainement. L'armée autrichienne se prépare à avancer sur Meissen, où seuls quelques Prussiens restent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 203-206
DE PARIS, le 14 Juin.
Début :
Le 18 du mois dernier, le Prince Louis de Rohan, Evêque de Canope, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sacre, Ordre, Service, Bénédiction, Paix, Alliés, Défense, Prières publiques, Campagne militaire, Conseil, Magistrats, Arrêts, Martinique, Capitaine, Ennemis, Loterie, Médecin, Lettres de noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 14 Juin.
De PARIS , le 14 Juin.
1
-Le 18 du mois dernier , le Prince Louis de
Rohan, Evêque de Canope, Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , fut facré dans l'Eglife Métropolisaine
, par l'Archevêque de Paris , affifté des
Evêques du Puy & de Blois. Un grand nombre .
d'Archevêques , d'Evêques , & de perfonnes du
premier rang, affiftèrent à cette cérémonie.
Le 19 , l'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier ,
de Notre-Dame du Mont- Carmel,& de S. Lazare ,
de Jérufalem , fit célébrer dans la Chapelle du
Louvre,l'Anniverfaire duRoi Henri IVde glorieufe .
mémoire , Fondateur de l'Ordre. Le Service a été
célébré par l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier ,
de la Reine Gommandeur Eccléfiaftique de.
l'Ordre. LeComte de Saint-Florentin , les grands
Officiers , & plufieurs Chevaliers de cet Ordre y
oar affifté. the
Sa Majefté ; conduite par l'efprit de piété qui a
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE
tonjours caractérisé les Rois Très - Chrétiens , a
voulu , au commencement de cette Campagne ',
implorer la bénédiction du Ciel fur les armes.
Elle a écrit à l'Archevêque de Paris , ainfi qu'à
tous les Archevêques & Evêques de fon Royaume ,
la Lettre fuivante.
» MON COUSIN, le maintien de la tranquillité
» de l'Europe a toujours été le principal objet de
» mes voeux & de mes démarches : ce fentiment
» s'eft fortifié par le defir que j'ai de contribuer
>> au bonheur de mes Peuples , & de diminuer les
>> charges qu'ils fupportent d'une manière digne
» de leur zéle pour la gloire de mon régne , &
>> de l'amour que j'ai pour eux. C'eft pour leur
> en faire reffentir les effets , que je n'ai négligé
>> aucun des moyens capables de déterminer les
>> Puiffances qui m'ont forcé à reprendre les ar-- ·
» mes , à concourir au rétabliſſement d'une paix
dont on pût affurer la duréc.Mais avant quel'on
ait pû parvenir définitivement au but defirable
> de la paix générale , la continuation des hofti-
» lités des Ennemis de la France m'oblige à de
> nouveaux efforts pour la défenſe de mes propres
» Etats , & pour foutenir les Engagemens que j'ai
» pris avec mes fidéles Alliés . Quelque confiance
que j'aye dans la volonté de mes Troupes , dans
leur zéle pour mon fervice , je n'en dois pass
moins implorer le Dieu des Armées ; & je vous
» fais cette Lettre pour vous dire , que je ſouhaiter
»que vous ordonniez des prieres particulieres
» dans toutes les Eglifes de votre Diocéfe , pour
» obtenir du Tout- puillant qu'il daigne répandre
fa bénédiction fur mes armes , & favorifer le
fuccès de mes juftes entrepriſes. Sur ce &c.
L'Archevêque de Paris a donné, en conféquence
de cette Lettre , fon Mandement , par lequel il
indique des prieres publiques dans toutes les
JUILLET. 1760. 205
Eglifes de fon Diocèle . Ce Mandement eft ter
miné par une priere fervente & pathétique pour
leurs Majeftés & la Famille Royale , & en particulier
pour le jeune Prince dont l'état chancelants
excite notre inquiétude. » Attendriſſons - nous
» dit le Prélat , fur les dangers qui ont menacé les
>>-jours d'un jeune Prince , déja l'amour de la Na-
»-tion , en attendant qu'il foit la terreur des En-
>>>nemis. Qu'un rejetton fi précieux n'ait pas le
fort des fleurs de la Campagne qui , felon le
langage de l'Ecriture , naiſſent & périffent prèf-
»>que dans le même temps. Que le fils de tant de
» Rois , nous faffe recueillir en fa perfonne les
»fruits de l'éducation Chrétienne qu'il reçoit des
» mains de la Vertu ; éducation toute propre à
>>fervir de baſe & de principe aux leçons qui for
» ment le grand homme:
Sa Majesté s'étant fait rendre compte , enfon
Confeil , des différentes plaintes qui lui ont été
faites de la conduite que les Magiftrats & Habitans
de la Ville de Hambourg ont tenue au
préjudice de la France & de fes Alliés , en favo
rifant les enrôlemens que les Ennemis font continuellement
dans leus Ville , & ne voulantpoint
faire éprouver à cette Ville tous les effets de fon
reffentiment ; elle s'eft contentée d'ordonner , par
um Arre de fon Confeil d'Etat , qu'à l'avenir &
à commencer du jour de la publication de cer
Arrêt , cette Ville ceffera de jouir , dans tous les
Ports & Villes du Royaume & de la domination
de Sa Majefté , de tous les avantages accordés
aux Villes Anféatiques , par le traité de Com
merce , fait à Versailles le 28 Septembre 1716,
entre elle & lefdites Villes. 1 .
On a appris,de la Martinique, que le Capitaine
Mares, de Bordeaux , Commandant un Corfaire
de cette life de douze canons , a pris un Senaw
206 MERCURE DE FRANCE
7.
Anglois , richement chargé, & armé de quatorze
canons. Ce Capitaine , étant venu à l'abordage ,
& s'étant jetté dans le Vaiffeau Anglois , s'y trouva
feul. Il ne perdit point courage ; après avoir
tué le Capitaine ennemi & un autre homme ,
il- remonta fur le pont , & il fondit l'épée à la ‹
main fur l'équipage Anglois , qui , le croyante
fuivi d'une troupe nombreule , s'enfuit par les
écoutilles, Il les ferma , & ayant eu bientôt après
du fecours , il conduifit fa prife à la Martinique .
Sa cargaifon eft eftimée trois cens mille livres.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire,
s'eft fait , en la manière accoutumée , le
6 de ce mois. Les numéros qui font fortis de :
la roue de fortune font , 71 , 58 , 30 , 35 & 64
Le prochain tirage , fe fera le 8 du mois de .
Juillet
•
Le fieur Richard, premier Médecin des Camps
& Armées du Roi , à qui Sa Majeſté , en confidération
de fes Services , avoit accordé des Let- :
tres de Nobleffe , l'année derniere , vient d'avoir
l'inſpection des Hôpitaux Militaires du Royaume ,
aux appoinsements de 3000 liv. Sa Majesté l'a ..
nommé , en même temps , Chevalier de fon Or- ·
dre de Saint Michel , & l'un de fes, Médecins
confultans
1
-Le 18 du mois dernier , le Prince Louis de
Rohan, Evêque de Canope, Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , fut facré dans l'Eglife Métropolisaine
, par l'Archevêque de Paris , affifté des
Evêques du Puy & de Blois. Un grand nombre .
d'Archevêques , d'Evêques , & de perfonnes du
premier rang, affiftèrent à cette cérémonie.
Le 19 , l'Ordre Royal , Militaire & Hofpitalier ,
de Notre-Dame du Mont- Carmel,& de S. Lazare ,
de Jérufalem , fit célébrer dans la Chapelle du
Louvre,l'Anniverfaire duRoi Henri IVde glorieufe .
mémoire , Fondateur de l'Ordre. Le Service a été
célébré par l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier ,
de la Reine Gommandeur Eccléfiaftique de.
l'Ordre. LeComte de Saint-Florentin , les grands
Officiers , & plufieurs Chevaliers de cet Ordre y
oar affifté. the
Sa Majefté ; conduite par l'efprit de piété qui a
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE
tonjours caractérisé les Rois Très - Chrétiens , a
voulu , au commencement de cette Campagne ',
implorer la bénédiction du Ciel fur les armes.
Elle a écrit à l'Archevêque de Paris , ainfi qu'à
tous les Archevêques & Evêques de fon Royaume ,
la Lettre fuivante.
» MON COUSIN, le maintien de la tranquillité
» de l'Europe a toujours été le principal objet de
» mes voeux & de mes démarches : ce fentiment
» s'eft fortifié par le defir que j'ai de contribuer
>> au bonheur de mes Peuples , & de diminuer les
>> charges qu'ils fupportent d'une manière digne
» de leur zéle pour la gloire de mon régne , &
>> de l'amour que j'ai pour eux. C'eft pour leur
> en faire reffentir les effets , que je n'ai négligé
>> aucun des moyens capables de déterminer les
>> Puiffances qui m'ont forcé à reprendre les ar-- ·
» mes , à concourir au rétabliſſement d'une paix
dont on pût affurer la duréc.Mais avant quel'on
ait pû parvenir définitivement au but defirable
> de la paix générale , la continuation des hofti-
» lités des Ennemis de la France m'oblige à de
> nouveaux efforts pour la défenſe de mes propres
» Etats , & pour foutenir les Engagemens que j'ai
» pris avec mes fidéles Alliés . Quelque confiance
que j'aye dans la volonté de mes Troupes , dans
leur zéle pour mon fervice , je n'en dois pass
moins implorer le Dieu des Armées ; & je vous
» fais cette Lettre pour vous dire , que je ſouhaiter
»que vous ordonniez des prieres particulieres
» dans toutes les Eglifes de votre Diocéfe , pour
» obtenir du Tout- puillant qu'il daigne répandre
fa bénédiction fur mes armes , & favorifer le
fuccès de mes juftes entrepriſes. Sur ce &c.
L'Archevêque de Paris a donné, en conféquence
de cette Lettre , fon Mandement , par lequel il
indique des prieres publiques dans toutes les
JUILLET. 1760. 205
Eglifes de fon Diocèle . Ce Mandement eft ter
miné par une priere fervente & pathétique pour
leurs Majeftés & la Famille Royale , & en particulier
pour le jeune Prince dont l'état chancelants
excite notre inquiétude. » Attendriſſons - nous
» dit le Prélat , fur les dangers qui ont menacé les
>>-jours d'un jeune Prince , déja l'amour de la Na-
»-tion , en attendant qu'il foit la terreur des En-
>>>nemis. Qu'un rejetton fi précieux n'ait pas le
fort des fleurs de la Campagne qui , felon le
langage de l'Ecriture , naiſſent & périffent prèf-
»>que dans le même temps. Que le fils de tant de
» Rois , nous faffe recueillir en fa perfonne les
»fruits de l'éducation Chrétienne qu'il reçoit des
» mains de la Vertu ; éducation toute propre à
>>fervir de baſe & de principe aux leçons qui for
» ment le grand homme:
Sa Majesté s'étant fait rendre compte , enfon
Confeil , des différentes plaintes qui lui ont été
faites de la conduite que les Magiftrats & Habitans
de la Ville de Hambourg ont tenue au
préjudice de la France & de fes Alliés , en favo
rifant les enrôlemens que les Ennemis font continuellement
dans leus Ville , & ne voulantpoint
faire éprouver à cette Ville tous les effets de fon
reffentiment ; elle s'eft contentée d'ordonner , par
um Arre de fon Confeil d'Etat , qu'à l'avenir &
à commencer du jour de la publication de cer
Arrêt , cette Ville ceffera de jouir , dans tous les
Ports & Villes du Royaume & de la domination
de Sa Majefté , de tous les avantages accordés
aux Villes Anféatiques , par le traité de Com
merce , fait à Versailles le 28 Septembre 1716,
entre elle & lefdites Villes. 1 .
On a appris,de la Martinique, que le Capitaine
Mares, de Bordeaux , Commandant un Corfaire
de cette life de douze canons , a pris un Senaw
206 MERCURE DE FRANCE
7.
Anglois , richement chargé, & armé de quatorze
canons. Ce Capitaine , étant venu à l'abordage ,
& s'étant jetté dans le Vaiffeau Anglois , s'y trouva
feul. Il ne perdit point courage ; après avoir
tué le Capitaine ennemi & un autre homme ,
il- remonta fur le pont , & il fondit l'épée à la ‹
main fur l'équipage Anglois , qui , le croyante
fuivi d'une troupe nombreule , s'enfuit par les
écoutilles, Il les ferma , & ayant eu bientôt après
du fecours , il conduifit fa prife à la Martinique .
Sa cargaifon eft eftimée trois cens mille livres.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire,
s'eft fait , en la manière accoutumée , le
6 de ce mois. Les numéros qui font fortis de :
la roue de fortune font , 71 , 58 , 30 , 35 & 64
Le prochain tirage , fe fera le 8 du mois de .
Juillet
•
Le fieur Richard, premier Médecin des Camps
& Armées du Roi , à qui Sa Majeſté , en confidération
de fes Services , avoit accordé des Let- :
tres de Nobleffe , l'année derniere , vient d'avoir
l'inſpection des Hôpitaux Militaires du Royaume ,
aux appoinsements de 3000 liv. Sa Majesté l'a ..
nommé , en même temps , Chevalier de fon Or- ·
dre de Saint Michel , & l'un de fes, Médecins
confultans
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Résumé : DE PARIS, le 14 Juin.
Le 18 mai, le Prince Louis de Rohan, Évêque de Canope et Coadjuteur de l'Évêché de Strasbourg, a été sacré dans l'Église Métropolitaine de Paris par l'Archevêque de Paris, en présence des Évêques du Puy et de Blois ainsi que de nombreuses personnalités de haut rang. Le 19 mai, l'Ordre Royal, Militaire et Hospitalier de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem a célébré l'anniversaire du Roi Henri IV au Louvre, sous la direction de l'Abbé de Sainte Hermine, Aumônier de la Reine et Commandeur Ecclésiastique de l'Ordre. Le Roi, motivé par la piété et le désir de maintenir la tranquillité en Europe, a demandé aux Archevêques et Évêques de son royaume d'organiser des prières publiques pour obtenir la bénédiction divine sur les armes françaises. L'Archevêque de Paris a répondu en ordonnant des prières dans toutes les églises de son diocèse, incluant une prière pour la santé du jeune Prince. Le Roi a également réagi aux plaintes concernant la conduite des Magistrats et habitants de Hambourg, qui favorisaient les enrôlements ennemis, en ordonnant que Hambourg cesse de bénéficier des avantages accordés par le traité de commerce de 1716. En Martinique, le Capitaine Mares a capturé un navire anglais richement chargé après un combat à l'abordage. Le tirage de la Loterie de l'École Royale Militaire a eu lieu le 6 juin, avec les numéros gagnants 71, 58, 30, 35 et 64. Le prochain tirage est prévu pour le 8 juillet. Le sieur Richard, premier Médecin des Camps et Armées du Roi, a été nommé inspecteur des Hôpitaux Militaires avec un appointement de 3000 livres et a été fait Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel.
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22
p. 64-73
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Début :
CE Recueil peut être regardé comme un monument de respect & de reconnoissance [...]
Mots clefs :
Lieutenant civil, Magistrats, Chambre du conseil, Citoyens, Procureur du roi, Religion, Éducation publique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
SÉANCE DU CHASTELET DE
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
PARIS , du Lundi 25 Octobre 1762,
& Difcours prononcés par M. DE
SARTINE , Lieutenant Général de
Police ; par M. MOREAU , Procureur
du Roi au Châtelet , faifant les fonctions
d'Avocat du
Roi
; & par
M. CHARDON , Lieutenant Partici
lier , Préfident au Parc Civil : imprimés
parles foins de M Jean- Baptifte
Courlefvaux , l'aîné , M Jacques
Roger le Comte , M Jean - Baptiffe
Marye Procureurs au Châtelet &
Procureurs de Communauté en éxercice
, & de Me Louis Varnier , auffi
Procureur au Châtelet , Syndic , à Paris
, de l'Imprimerie de le Breton , premier
Imprimeur ordinaire du Roi , &
ordinaire de fa Communauté , rue de
enbroe
JANVIER. 1763. 65
la Harpe , 1762 , Brochure in - 4° . à
la tête de laquelle fe trouve le Portrait
de M. d'ARGOUGES , gravé d'après
l'Argiliere.
CE Recueil peut être regardé comme
un monument de refpect & de reconnoiffance
, érigé par MM. les Procu
reurs du Châtelet , à la gloire de M.
d'Argouges père , qui pendant plus de
52 ans a rempli la Charge de Lieutenant
Civil , & dont la retraite les rendroit
inconfolables , fi d'un côté elle
n'étoit pas réparée par un fils digne d'un
père auquel il fuccéde , & de l'autre ,:
par la fatisfaction de voir un Magiftrat
refpectable jouir du repos qu'il a fi bien
mérité.
Trois Magiftrats refpectables par leur
place , leur probité & leurs lumières
ont été dans cette occafion les interprêtes
des fentimens du Public , en rendant à
M. d'Argouges le tribut d'éloges dû à un
Citoyen chargé d'années & de gloire ,
& qui va paffer une vieilleffe honorable
au fein d'une tranquillité qu'il a toujours
facrifiée au bien des Particuliers.
Ce fut M. De Sartine qui prononça le
premier Difcours. S'étant rendu dans
66 MERCURE DE FRANCE.
la Chambre du Confeil , il fit part à la
Compagnie qu'il préfidoit , de la Lettre
par laquelle M. d'Argouges , père , Lieutenant
Civil , lui annonçoit fa retraite ,
& il dit en parlant de ce grand Magiftrat :
»les Citoyens dont il a affuré le bon-
» heur & la fortune , les Familles qui
» lui doivent & leur union & la paix dont
» elles jouiffent , les Juges qui ont ad-
» miré fa prudence & fon équité , con-
» ferveront pour lui ce tendre fouvenir ,
» cette eſtime précieuſe qu'on a pour les
» grands hommes.
"
"
"
La Compagnie fe rendit enfuite à la
Chapelle où la Meffe fut célébrée folemnellement.
La Meffe finie , on remonta
dans la Chambre du Confeil ; & après
y avoir délibéré fur différentes affaires
on defcendit au Parc Civil. M. Chardon
qui y préfidoit , fit l'ouverture des Audiences
par la lecture des Ordonnances.
M. Moreau , Procureur du Roi , prenant
enfuite la parole , prononça un long
difcours fur les devoirs des Magiftrats ,
qu'il envifage fous trois points de vue :
ce qu'un Magiftrat doit faire pour le
Public en général , ce qu'il doit à chaque
Particulier , & ce qu'il fe doit à luimême
. Cette divifion forme les trois
parties de fon diſcours , dont la premiere
JANVIER. 1763. 67
fe fubdivife en trois autres points : les
devoirs publics d'un Magiftrat par rap
port à la Religion , aux fentimens dûs aut
Prince , & à l'union qui doit régner
entre les Concitoyens. On fent dans
quels détails l'Orateur a dû entrer , & les
bornes que nous préfcrivent les Loix de
l'Analyſe . Nous nous contenterons de
citer quelques morceaux choifis qui
pourront donner une idée de l'efprit ,
du talent & du ftyle de l'Auteur. It
fait ainfi le portrait du fanatifme. » Le
20 fanatifme audacieux marche la tête
2 haute , le front découvert ; le nom de
» Dieu eft dans fa bouche ; toute la cha-
» leur de l'amour-propre eft dans fon
» coeur. Il cherche à dompter les efprits
» en les échauffant , il prend en main le
» flambeau de la Religion , il détruit les
» temples du Dieu que le peuple adore ;
» il renverfe fes autels , & c'eft für leurs
», débris , que fumant de fang & de car
» nage , il veut en élever d'autres à fon
nidôlei ,
Le Magiftrat doit veiller à l'éducation
publique , & conféquemment doir s'op
pofer à tout fyftême d'éducation qui
pourroit allarmer les moenrs & la Religion.
» Si l'on peut craindre , dit M.
Moreau , qu'une mère aveugle , ou
68 MERCURE DE FRANCE.
N
» plutôt aveuglée par le défir de paroître
» inftruite , ne tire de fon fein l'objet de
» fa tendreffe , pour l'élever comme les
» bêtes , & le confier aux foins , de ce-
» lui qui en s'annonçant pour l'Apôtre
» de la nature, n'a travaillé, on peut le dire ,
» qu'à dénaturer & avilir ce qui en eſt le
» plus bel ornement ; c'eft au Magiftrat à
" employer toute fon autorité & l'organe
» de la juftice , afin de faire profcrire
» avec éclat l'auteur, l'ouvrage & fes fec-
» tateurs , comme autant de peftes pu
» bliques , capables par le poifon qu'ils
» répandent , d'infecter l'air le plus pur.
On aimera le morceau fuivant fur les
devoirs du Magiftrat dans les calamités
publiques: » Qu'un fléau afflige une Pro
» vince , qu'une affreufe difette la déſole
» & la dévafte que l'Ange de la mort
» étende fes aîles fur une contrée ; qu'un
» incendie fubit , en développant des
» tourbillons de flammes , répandent au
loin la confternation & l'effroi»; les
» édifices les plus fomptueux , les mo-
» numens élevés pour la postérités, les
» temples , les palais comme la maiſon
» du Citoyen & la cabane de l'Artiſan ;
» les richeffes de l'Etat comme le patrimoine
du Particulier , deviennent la
» proie d'un élément qui réduit tout en
JANVIER. 1763. 69
» cendres. Le zéle du Magiftrat le fait
» fuffire à tout ; il fe porte avec ardeur
» dans les endroits même périlleux , où
» il croit que fa préfence peut être utile.
» Quelque affecté qu'il foit du malheur
» public , le défaftre de chaque particu-
» lier ne paroît pas moins l'intéreffer ;
» chacun lui fait part de fes peines , il
les écoute avec fenfibilité ; il les par-
» tage ; & chacun eft für de trouver en
lui le confolateur le plus tendre , le plus
» zélé prote&eur , & la reffource la
» plus éfficace,
มุ
En peignant les devoirs d'un grand
Magiftrat , par une tranfition toute naturelle
, M.. Moreau paffe à l'éloge de
M. d'Argouges qui les a fi bien obfervés.
Il dit , en parlant de la retraite de
M. le Lieutenant Civil : » Dans le centre
» d'une famille jaloufe à juste titre de
" recueillir déformais tous fes momens,
» il va jouir du calme & de la paix
» connus dans les lieux où l'honneur
» & la vérité régnent , & réfervés aux
» âmes fur lefquelles les paffions n'eurent
jamais d'empire : ofons même
» nous flatter que fon affection ne fera
qu'augmenter à l'égard d'un Tribu-
» nal à la tête duquel fes exemples fem-
» blent avoir fixé pour toujours le plus
70 MERCURE DE FRANCE.
"
» ferme appui de la Juftice. Le Public
» peut y compter , foit qu'il y voye
» préfider, comme il arrive aujourd'hui,
» ceux que les droits de leur Charge y
» appellent en l'abfence du Chef, foit
» que nous foyons au moment où l'hé-
» ritier du nom de celui qui cauſe nos
» regrets , déja recommandable par lui-
» même par fes fervices au Parlement
» & dans les Confeils du Roi , va venir
» revivre parmi nous , marcher fur fes
» traces , & déja prendre part à ſa gloire.
Le Difcours de M. le Procureur du
Roi fini , M. Chardon , Lieutenant Particulier
, affis & couvert , a adreffé la
parole à MM. les Avocats , & leur a
parlé fur la décence néceffaire dans leur
profeffion. Il a fait enfuite le portrait
d'un Magiftrat , & de là , il a paffé à
l'éloge un peu étendu de M. d'Argouges
dont nous ne rapporterons ici que
les traits principaux . Revêtu de cette
place diftinguée , M. le Lieutenant
» Civil fit paroître dans un âge où la
» voix des paffions eft prèfque la feule
qui fe faffe entendre , une maturité
» qui dans la plupart des hommes n'eft
» que le fruit d'une longue expérience
» ou d'un travail de beaucoup d'années.
» Ses premieres décifions porterent le
">
"
JANVIER. 1763. 71
caractère de la prudence la plus con-
" fommée ; & fi l'on reconnoiffoit fa
» jeuneffe , ce n'étoit que par le feu
» de fon efprit , & plus encore par le
» jufte étonnement où chacun étoit de
» voir la fageffe de Neftor dans la bou-
» che d'un jeune Magiftrat qui avoità
» peine acquis fon fixiéme luftre………….
» Combien de fois affis fur le Trêne de
» la Juſtice , fes fages décifions ont- elles
» confondu l'erreur & l'impofture , &
» fait triompher la vérité ? Les voutes
» retentiffent encore des oracles qu'il a
» rendus , & des applaudiffemens qu'il
» a mérités . Mais il eft un hommage plus
" pur , peut-être moins brillant , mais
» plus flatteur pour les coeurs bienfai-
» fans , c'est celui que lui doivent les
» malheureux opprimés , à qui plus d'u-
» ne fois par fes confeils fes confeils , & même
.
par fes fecours généreux , il a fauvé
» les frais d'une inftance auffi longue
» que difpendieufe ; plus content mille
» fois d'avoir , fans autre témoin que fa
» vertu , épargné un procès à fes conci-
" toyens , que d'avoir , au milieu d'une
» Audience nombreufe , prononcé fur
» leur fort ; & plus fatisfait de goûter
» cette joie pure que reffentent fi bien
» les âmes généreufes , que d'avoir en-
M
72 MERCURE DE FRANCE.
» tendu les applaudiffemens de la mul- .
» titude .... Son fouvenir fera gravé dans
" nos âmes par les traits de la plus gran-
» de vénération. Il vivra parmi nous
» par les regrets qu'il nous laiffe ; & fi
"
"
nous ne pouvons plus jouir de fes
» exemples , nous tâcherons au moins
» de les imiter. Mais que dis-je , Mef-
» ficurs , nous ne la perdons pas ; il vit
» dans fon illuftre fils . Succeffeur de fa
» place , il l'eft auffi des vertus qui dans
» cette famille fe perpétuent ainfi que
» la Nobleffe . L'une coulera dans fon
fang , l'autre animera fon coeur . Né
» lui- même dans le fein de la Juſtice ,
» élevé fous les yeux du plus refpecta-
» ble de fes Miniftres , tout nous dit qu'il
» remplira avec éclat la carrière qui s'ou-
» vre fous fes pas .. pas.... Notre premier
" defir fera de le voir occuper longtemps
» cette place ; notre plus douce fatis-
» faction , d'applaudir à fes fuccès ; &
» s'il nous refte des regrets , ce fera de
» ne pouvoir jouir à la fois & des éxem-
» ples du pere & des talens du fils .
On peut voir par l'extrait que nous
venons de faire de ces trois difcours ,
que la vénération , le refpect & la reconnoiffance
font les fentimens de tous
-les Magiftrats , & de tous les membres
du
JANVIER. 1763 . 7%
du Châtelet , à l'égard de M. d'Argouges,
& que ces fentimens ont été exprimés
avec autant de force & de vérité , que
d'élégance , par les trois Orateurs , interprêtes
des fuffrages publics. La Communauté
des Procureurs , pour donner
au Magiftrat illuftre qu'elle a le malheur
de perdre , une marque certaine & autentique
de ces mêmes fentimens , a fait
imprimer les trois Difcours , après en
avoir obtenu le confentement des Magiftrats
qui les ont prononcés. M. le
Breton,Imprimeur, n'a rien épargné pour
donner à ce Recueil , dans l'exécution
typographique , toute la perfection que
demande un Ouvrage qui doit être pour
la Poftérité un monument de refpect &
de reconnoiffance érigé au zéle & à la
vertu .
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Résumé : SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
Le 25 octobre 1762, une séance solennelle a été organisée au Châtelet de Paris pour célébrer la retraite de M. d'Argouges, Lieutenant Civil, après plus de 52 ans de service. Trois magistrats, M. de Sartine, M. Moreau et M. Chardon, ont prononcé des discours en son honneur. M. de Sartine a annoncé la retraite de M. d'Argouges et a souligné l'admiration et le respect que lui portaient les citoyens et les juges. La séance a inclus une messe solennelle et des délibérations sur diverses affaires. M. Moreau a ensuite prononcé un discours sur les devoirs des magistrats, divisé en trois parties : les devoirs envers le public, les devoirs envers chaque particulier, et les devoirs personnels. Il a insisté sur l'importance de la vigilance contre le fanatisme et la nécessité de protéger l'éducation publique et la religion. Il a également évoqué le rôle des magistrats dans les calamités publiques, soulignant leur devoir de secours et de consolation. M. Chardon a adressé la parole aux avocats sur la décence nécessaire dans leur profession et a rendu hommage à M. d'Argouges, louant sa sagesse et sa générosité. Il a souligné que M. d'Argouges avait souvent aidé les malheureux opprimés, préférant épargner des procès plutôt que de chercher des applaudissements. Les discours ont été imprimés par les procureurs du Châtelet en signe de respect et de reconnaissance envers M. d'Argouges, et pour honorer son fils, qui lui succédait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
SÉANCE DU CHASTELET DE PARIS, du Lundi 25 Octobre 1762, & Discours prononcés par M. DE SARTINE, Lieutenant Général de Police ; par M. MOREAU, Procureur du Roi au Châtelet, faisant les fonctions d'Avocat du Roi ; & par M. CHARDON, Lieutenant Particulier, Président au Parc Civil : imprimés par les soins de Me Jean- Baptiste Courlesvaux, l'aîné, Me Jacques Roger le Comte, Me Jean - Baptiste Marye Procureurs au Châtelet & Procureurs de Communauté en éxercice, & de Me Louis Varnier, aussi Procureur au Châtelet, Syndic, à Paris, de l'Imprimerie de le Breton, premier Imprimeur ordinaire du Roi, & ordinaire de sa Communauté, rue de la Harpe, 1762, Brochure in- 4° . à la tête de laquelle se trouve le Portrait de M. d'ARGOUGES, gravé d'après l'Argiliere.
23
p. 207-209
« Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Début :
Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...]
Mots clefs :
Duc de Biren, Magistrat, Garde, Magistrats, Exécution militaire, Régence, Couronne, Troupes russes, Artillerie, Attaque, Lituanie, Noblesse, Armée, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren eſt arrivé avec . La famille
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
•
•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
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•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
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Résumé : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren a fait une entrée solennelle à Mittau le 22 du mois dernier. Initialement, le magistrat et les gardes bourgeois avaient refusé de prêter serment de fidélité au nouveau duc, mais ils y ont été contraints par des exécutions militaires. La nuit précédant cette entrée, des éléments symboliques, tels que la couronne royale et ducale du Prince Charles, ont été enlevés d'un arc de triomphe. Les membres de la régence ducale ont refusé de reconnaître le Duc de Biren comme légitime duc de Courlande, invoquant leur fidélité au Roi et à la République. Les troupes russes ont forcé l'accès à la tribune ducale dans la principale église luthérienne de Mittau, où le Duc de Biren a été acclamé par le sur-intendant luthérien. Malgré ces actes de violence, le Prince Charles persiste à rester dans son palais. En Lituanie, le sieur Zabielo, Grand Veneur, a harangué la noblesse lors d'une diétine à Kowno, les incitant à soutenir le Duc Charles. Près de cinq cents gentilshommes se sont mis en marche vers Mittau pour défendre le Duc Charles, accompagnés de quelques dragons de l'armée de Lituanie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 190-191
De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Début :
Suivant les nouvelles de Wetzlar, le 8 de ce mois, à deux heures du matin, [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Arrivée imprévue, Alarme, Régiments, Infanterie, Bataillons, Landgrave, Députés, Conclusion de paix, Garnison, Officiers, Magistrats, Chambre, Séance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
De RATISBONNE , le 10 Juin 1763.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
Suivant les nouvelles de Wetzlar , lé 8 de
ce mois , à deux heures du matin , il y eut dans
cette Ville une allarme générale caufée par l'ar
rivée imprévue d'un corps de troupes au fervice
de Heffe- Darmstadt. Ce corps , compofé del
deux Régimens d'Infanterie de troupes réglées .
de quatre Bataillóns de Milice & de cinq cens
hommes , tant Cavaliers que Dragon's & Huf
fards , aprés avoir enfoncé les potres de la Ville ,
JUILLET. 1763. 191
& s'être affurés de fes principales avenues , entra
de force dans les mailons des Bourgue-Maître ,
Sénateurs & Bourgeois , & fe faifit de feize Magiftrats
qui furent obligés de répondre devant
les Députés commis à cet effet par le Land
grave. Cet événement a répandu ici la plus
grande confternation . Toute la Ville eft remplie
de troupes qui ont amené avec elles trente
pieces de canons chargés à cartouches , Il y a
dans plufieurs maifons foixante - dix à quatrevingt
hommes , & à l'exception de la pofte ,
perfonne n'ofe fortir de la Ville . On attribue les
motifs de cette éxécution à l'événement fuivant.
Après la conclufion de la Paix , les troupes
alliées , au nombre de fix cens hommes , ayant
dirigé leur marche par cette Ville , attaquérent ,
avec le fecours de la Garnifon & de quelques
Bourgeois , les troupes de Heffe - Darmstadt ,
qui furent repouffées & dont l'Officier Com
mandant fut maltraité par le Bourge- Maître &
par quelques Sénateurs . Le Landgrave demanda
fatisfaction de cette injure au Magiftrat
mais n'ayant pu l'obtenir , ce refus le détermina
à en venir à des voies de fait . Il y a eu
à ce fujet , ce matin entre huit & neuf heures.
une féance extraordinaire des Affelleurs de la
Chambre ; mais on n'en fçait point encore le
réfultat.
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Résumé : De RATISBONNE, le 10 Juin 1763.
Le 10 juin 1763, à Ratisbonne, une alarme générale a été déclenchée à deux heures du matin par l'arrivée inattendue de troupes au service du landgrave de Hesse-Darmstadt. Composées de deux régiments d'infanterie, quatre bataillons de milice et environ cinq cents cavaliers, dragons et hussards, ces troupes ont forcé les portes de la ville et pris le contrôle des principales avenues. Elles ont investi les maisons des bourgmestres, sénateurs et bourgeois, contraignant plusieurs magistrats à répondre devant des députés nommés par le landgrave. La ville est maintenant remplie de troupes armées de trente pièces de canon, et les habitants sont confinés chez eux, sauf pour les postes de garde. Cet événement est attribué à une altercation précédente où des troupes alliées, soutenues par la garnison et quelques bourgeois, ont attaqué les troupes de Hesse-Darmstadt après la conclusion de la paix. Le landgrave a demandé réparation pour l'affront subi mais, n'ayant pas obtenu satisfaction, a décidé d'agir par la force. Une séance extraordinaire des assemblées de la Chambre a eu lieu ce matin, mais son résultat n'est pas encore connu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 194-195
De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Début :
Le 22 de ce mois, la publication de la Paix se fit ici en François [...]
Mots clefs :
Paix, Cérémonies, Réjouissances, Illuminations, distribution, Troupes, Habitants, Magistrats, Marquis, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
De STRASBOURG , le 29 Juin 1763.
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
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Résumé : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, la paix fut proclamée à Strasbourg en français et en allemand, accompagnée de cérémonies publiques. Les réjouissances débutèrent le 26 juin avec un Te Deum à la cathédrale en présence du Marquis de Vibray, du clergé et de la magistrature. La façade de l'Hôtel-de-Ville fut illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de pain et de viandes furent offertes au peuple. Les illuminations des hôtels de la ville, notamment celle de la cathédrale, attirèrent l'attention. Pour maintenir l'ordre, le Marquis de Vibray ordonna aux troupes de rester sous les armes et interdit aux soldats de se mêler aux habitants. Des vivres et du vin furent distribués aux militaires. La ville remit six mille livres aux curés et ministres des deux religions pour les pauvres. Le lendemain, le Marquis de Vibray offrit une comédie et un bal gratuits. Le surlendemain, le seigneur de Lucé organisa un feu d'artifice et distribua du vin. Pendant ces trois jours, les autorités s'invitèrent mutuellement à des repas somptueux avec des personnes de distinction.
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26
p. 200-201
AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Début :
La Compagnie des Apoticaires de Paris a commencé à exposer le 19 Septembre [...]
Mots clefs :
Apothicaire, Drogues, Thériaque, Exposition, Magistrats, Antidote, Bien commun, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
AVIS DIVERS.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
THERIAQUE d'Andromaque.
La Compagnie des Apoticaires de Paris a com
mencé à expoſer le 19 Septembre dernier les dro--
guesqui entrent dans la compoſition de laThériaque.
Les Magiſtrats & la Facultéde Médeciney ont
aſſiſté le premier jour. Me Hériſſant,Profeſſeur en
Pharmacie a ouvert la ſéance par un diſcours fur
l'excellence de cet antidote , ſur les ſoins & le ſcrupule
qu'éxige ſa préparation pour que ſes effets
foient certains. M DEMORET, premier Garde de la
Compagnie des Apoticaires , en a prononcé un
autre dans lequel , après avoir fait l'hiſtoire de ce
médicament il a repréſenté au Magiſtrat qui préfidoit
, qu'il étoit de la derniere importance pour
le bien public , qu'il s'opposât à ce que nombre de
gens ſans aveu débitaſſent ce médicament ni aucunautre,
&qu'il n'y eût que des perſonnesdont.
lacapacité ſeroit reconnue qui exerçaſſent leur
profeſſion ; qu'on ne pouvoit douter que ſa compagnie
fût dévouée au bien de la ſociété, que le
grandnombre d'Auditeurs qui aſſiſtoient au cours
deChymie qu'ils faifoient tous les ans , prouvoit
queleurs travaux étoient néceſſaires & bien reçus,
&quela ſeule récompenſe qu'ils en demandoient
étoitde jouir de leurs droits . Il a terminé fon dif
cours parun éloge digne du Magiſtrat auquel il,
l'adreſſoit. Il n'étoit dicté ni par la flaterie ni par
L'enviede ſéduire , c'étoit une effufion de coeur.
DECEMBRE. 1763. 201
Cediſcours a été ſuivi de l'hiſtoire naturelle des
drogues qui étoient expoſées. Leur beauté a furpris
tous les connoiffeurs; elles ont été ſoumiſes à
la cenſure du Public juſqu'au ; Octobre dernier.
On a travaillé à la confection de cer Antidote , en
préſence des mêmes Magiſtrats & de la Facultéde
Médecine. On ne doute plus que cette Thériaque
ne foit ſupérieure à celle de Veniſe , qui n'a ni l'odeur
ni la couleur qu'elle doit avoir. Les envois
conſidérables que les Apoticaires de Paris font de
la leur , annoncent qu'elle est regardée comme
la meilleure de l'Europe.
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Résumé : AVIS DIVERS. THÉRIAQUE d'Andromaque.
Le 19 septembre 1763, la Compagnie des Apoticaires de Paris a exposé les drogues composant la Thériaque d'Andromaque, en présence des magistrats et de la Faculté de Médecine. Me Hérissant, Professeur en Pharmacie, a souligné l'excellence de cet antidote et les soins nécessaires à sa préparation. M. Demoret, premier Garde de la Compagnie, a retraçé l'histoire du médicament et insisté sur la régulation de sa vente pour éviter les abus. Il a également mis en avant l'engagement de la Compagnie pour le bien public et la reconnaissance des apothicaires. Les drogues, saluées pour leur beauté, ont été soumises à la censure publique jusqu'en octobre. La confection de la Thériaque, réalisée sous le regard des autorités, a confirmé sa supériorité sur celle de Venise. La réputation de la Thériaque parisienne en Europe est attestée par ses envois importants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
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Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 186-191
De PARIS, le 8 Juin 1764.
Début :
L'affection singulière du Roi pour cette Noblesse illustre qui [...]
Mots clefs :
Noblesse, Illustre, École militaire, Éducation, Collège, Enfants, Édits, Évêque, Lieutenant, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnies, Capitaines, Bains chauds, Magistrats, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 8 Juin 1764.
De PARIS , le 8 Juin 1764. -
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
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Résumé : De PARIS, le 8 Juin 1764.
Le 8 juin 1764, le roi de France a créé une École Militaire pour former cinq cents gentilshommes à l'art des armes. Reconnaissant l'importance d'une éducation polyvalente, le roi a décidé que les élèves de cette école devraient d'abord suivre des études publiques destinées à préparer diverses professions. Pour cela, il a choisi le Collège de la Flèche, renommé pour ses bâtiments, son établissement noble et ses grands biens. Par des Lettres Patentes du 7 avril 1764, le Collège Royal de la Flèche a été désigné pour l'éducation de deux cent cinquante enfants de gentilshommes du royaume. Ces enfants seront nommés par le roi sur présentation du Secrétaire d'État de la Guerre et de la Marine et pourront être admis entre huit et treize ans. Ils devront avoir effectué leurs études au Collège Royal de la Flèche pour être admis à l'École Royale Militaire. Le collège sera administré par un bureau composé de l'évêque diocésain, du lieutenant-général, du procureur du roi, de deux notables choisis par le roi, du maire de la ville et du principal du collège. Un inspecteur sera chargé de surveiller les mœurs, le caractère et les talents des élèves. Le collège sera desservi par des personnes ecclésiastiques ou séculières, incluant un principal, un sous-principal, des professeurs de philosophie et de rhétorique, et des régents pour les différentes classes. Les biens du collège seront conservés, et les revenus nécessaires pour l'éducation et l'entretien des élèves seront complétés par les revenus de l'Hôtel de l'École Royale Militaire. Le collège jouira des mêmes franchises et exemptions que l'École Royale Militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 190-191
De RATISBONNE, le 6 Juin 1764.
Début :
Le Prince Clément de Saxe ayant fixé le 1 de ce mois pour venir [...]
Mots clefs :
Prince, Prince Clément de Saxe, Possession, Évêché, Infanterie, Cavalerie, Magistrats, Armes, Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 6 Juin 1764.
De RATISBONNE , le 6 Juin 1764 .
Le Prince Clément de Saxe ayant fixé le r
de ce mois pour venir prendre poſſeſſion de l'Evêché
de cette Ville ; le Magiſtrat fit mettre cejourlà
ſous les Armes ſes troupes réglées, tant de
Cavalerie que d'Infanterie , ainſi que la Milice
Bourgeoiſe, les Jéſuites firent auſſi mettre ſous
les Armes , mais hors de la Ville , environ trois
cens de leurs Etudians en habits uniformes bleus
& verds , & le Prince fit ſon entrée au bruit
du Canon & au ſon des cloches. Après la priſe
dela poſſeſſion , ildîna dans ſa réſidence avec ſon
Chapitre , les Prélats de la Ville & du Voiſinage ,
& les Vaffaux Nobles de l'Evêché , il retourna
le ſoir à Donaustauff , & en revint le 3 pour
chanter une Grand Meſſe dans ſa Cathédrale ;
7
AOUST. 1764. 191
cePrince en repartit hier au matin pour Friſyng ,
en laiſſant à ſes Diocèſains l'eſpérance de le
revoir tous les ans. Il va faire travailler à fa
maiſon de Donauſtauff pour la rendre plus commode.
Le Prince Clément de Saxe ayant fixé le r
de ce mois pour venir prendre poſſeſſion de l'Evêché
de cette Ville ; le Magiſtrat fit mettre cejourlà
ſous les Armes ſes troupes réglées, tant de
Cavalerie que d'Infanterie , ainſi que la Milice
Bourgeoiſe, les Jéſuites firent auſſi mettre ſous
les Armes , mais hors de la Ville , environ trois
cens de leurs Etudians en habits uniformes bleus
& verds , & le Prince fit ſon entrée au bruit
du Canon & au ſon des cloches. Après la priſe
dela poſſeſſion , ildîna dans ſa réſidence avec ſon
Chapitre , les Prélats de la Ville & du Voiſinage ,
& les Vaffaux Nobles de l'Evêché , il retourna
le ſoir à Donaustauff , & en revint le 3 pour
chanter une Grand Meſſe dans ſa Cathédrale ;
7
AOUST. 1764. 191
cePrince en repartit hier au matin pour Friſyng ,
en laiſſant à ſes Diocèſains l'eſpérance de le
revoir tous les ans. Il va faire travailler à fa
maiſon de Donauſtauff pour la rendre plus commode.
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Résumé : De RATISBONNE, le 6 Juin 1764.
Le 6 juin 1764, le Prince Clément de Saxe a pris possession de l'Évêché de Ratisbonne. Les troupes régulières, la milice bourgeoise et les Jésuites ont participé à la cérémonie. Le Prince a dîné avec les prélats et les vassaux nobles, puis est retourné à Donaustauff. Il y est revenu le 3 août pour une grand-messe et a prévu des travaux pour sa maison. Il a quitté Ratisbonne le 7 août.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 194-196
De PETERSBOURG, le 12 Octobre 1764. EXTRAIT d'une Lettre de Warsovie, du 22 Septembre 1764.
Début :
Comme les moyens de conciliation n'ont pu séduire jusqu'à présent quelques Magistrats [...]
Mots clefs :
Conciliation, Magistrats, Prince, Grand régimentaire, Troupes, Infanterie, Détachement, Capitaine, Attaque, Régiments de hussards
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PETERSBOURG, le 12 Octobre 1764. EXTRAIT d'une Lettre de Warsovie, du 22 Septembre 1764.
De PETERSBOURG le 12 Octobre 1764.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
22 Septembie 1764.
Comme les moyens de conciliation n'ont pu
féduire jufqu'à préfent quelques Magiftrats qui
perlévérent dans leur oppofition a la Confédération
générale & refulent de reconnoître te
Roi , il paroît qu'on a réfolu d'employer les
voies de rigueur. Le Prince Czartoriski , Grand
Régimentaire , a , dit-on , donné ordre à deux
Régimens d'Infanterie des Troupes de la Couronne
, ainsi qu'à deux Régimens de Cavalerie ,
d'entrer dans les Terres de l'Evêché de CracoDECEMBRE.
1764. 195
vie dont l'Evêque eft du nombre des Oppofans ,
d'en tirer les fourages pour leurs chevaux & de
prendre leur folde fur les revenus du Prélat :
l'un de ces deux derniers Régimens elt commandé
par le Comte Potocki , Echanfon de Lithuanie,
& l'autre par le Comte Wielopolski , Grand
Ecuyer de la Couronne.
Le Régiment d'infanterie du Grand Général
de la Couronne marcha , le 19 , par ordre du
Grand Régimentaire , vers Bialyftocki : le Comte
Branicki a , dit-on , écrit qu'il étoit difpofé à reconnoître
le Roi , & doit , à ce qu'on ajoute ,
ſe rendre incellamment au même endroit.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
29 Septembre 1764.
Sa Majesté a envoyé à Berlin le Prince Czartoriski
, Grand Veneur de la Couronne ; on affure
que l'objet de fa commiffion eft d'apprendre
de la bouche même du Roi de Pruffe le
motif des procédés d'un détachement de fes
Troupes qui , comme on l'a déja annoncé , eft
entré dans la Grande Pologne & y a enlevé pla-
Geurs Habitans du Pays.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
8 Octobre 1764.
On affure que le petit détachement de Hoffards
Pruffiens , qui étoit entré dans la Grande
Pologne , eft retourné en Siléfie . On a recu les
particularités fuivantes de l'invasion de ces
Troupes dans cette Province . Le Capitaine Fermelli
, qui les commandoit , eft venu fondre inopinément
avec fon monde , le fabre à la main
& la carabine armées , fur les Terres du Prince
Sułkowfai , Général au ſervice de l'Impératrice-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Reine ; il a défarmé la garde de ce Prince & enlevé
plufieurs perfonnes : pendant ce temps - là ,
d'autres pelotons de Hullards le font emparés
des avenues de Kobolin , d'Odonalow , de Szalmierzym
& d'autres Villages des environs , d'où
ils ont emmené par force le fieur Koſchenbahr,
Commillaire d'Often , & un grand nombre de
Bourgeois & d'Habitans , fans diftinction d'âge
ni de rang , nés , à la vérité , en Silésie , mais
domiciliés en Pologne depuis très - longtemps.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
22 Septembie 1764.
Comme les moyens de conciliation n'ont pu
féduire jufqu'à préfent quelques Magiftrats qui
perlévérent dans leur oppofition a la Confédération
générale & refulent de reconnoître te
Roi , il paroît qu'on a réfolu d'employer les
voies de rigueur. Le Prince Czartoriski , Grand
Régimentaire , a , dit-on , donné ordre à deux
Régimens d'Infanterie des Troupes de la Couronne
, ainsi qu'à deux Régimens de Cavalerie ,
d'entrer dans les Terres de l'Evêché de CracoDECEMBRE.
1764. 195
vie dont l'Evêque eft du nombre des Oppofans ,
d'en tirer les fourages pour leurs chevaux & de
prendre leur folde fur les revenus du Prélat :
l'un de ces deux derniers Régimens elt commandé
par le Comte Potocki , Echanfon de Lithuanie,
& l'autre par le Comte Wielopolski , Grand
Ecuyer de la Couronne.
Le Régiment d'infanterie du Grand Général
de la Couronne marcha , le 19 , par ordre du
Grand Régimentaire , vers Bialyftocki : le Comte
Branicki a , dit-on , écrit qu'il étoit difpofé à reconnoître
le Roi , & doit , à ce qu'on ajoute ,
ſe rendre incellamment au même endroit.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
29 Septembre 1764.
Sa Majesté a envoyé à Berlin le Prince Czartoriski
, Grand Veneur de la Couronne ; on affure
que l'objet de fa commiffion eft d'apprendre
de la bouche même du Roi de Pruffe le
motif des procédés d'un détachement de fes
Troupes qui , comme on l'a déja annoncé , eft
entré dans la Grande Pologne & y a enlevé pla-
Geurs Habitans du Pays.
EXTRAIT d'une Lettre de Warfovie , du
8 Octobre 1764.
On affure que le petit détachement de Hoffards
Pruffiens , qui étoit entré dans la Grande
Pologne , eft retourné en Siléfie . On a recu les
particularités fuivantes de l'invasion de ces
Troupes dans cette Province . Le Capitaine Fermelli
, qui les commandoit , eft venu fondre inopinément
avec fon monde , le fabre à la main
& la carabine armées , fur les Terres du Prince
Sułkowfai , Général au ſervice de l'Impératrice-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Reine ; il a défarmé la garde de ce Prince & enlevé
plufieurs perfonnes : pendant ce temps - là ,
d'autres pelotons de Hullards le font emparés
des avenues de Kobolin , d'Odonalow , de Szalmierzym
& d'autres Villages des environs , d'où
ils ont emmené par force le fieur Koſchenbahr,
Commillaire d'Often , & un grand nombre de
Bourgeois & d'Habitans , fans diftinction d'âge
ni de rang , nés , à la vérité , en Silésie , mais
domiciliés en Pologne depuis très - longtemps.
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Résumé : De PETERSBOURG, le 12 Octobre 1764. EXTRAIT d'une Lettre de Warsovie, du 22 Septembre 1764.
En octobre 1764, des tensions persistent en Pologne, où certains magistrats refusent de reconnaître le roi et s'opposent à la Confédération générale. Le Prince Czartoriski, Grand Régimentaire, ordonne à des régiments d'infanterie et de cavalerie de pénétrer dans les terres de l'Évêché de Cracovie, dirigé par un évêque opposant, pour y prélever des fourrages et des soldes. Ces régiments sont commandés par le Comte Potocki et le Comte Wielopolski. Le 19 octobre, un régiment d'infanterie se dirige vers Bialystock, où le Comte Branicki, favorable au roi, doit se rendre. Parallèlement, le Prince Czartoriski se rend à Berlin pour discuter avec le roi de Prusse des actions d'un détachement prussien qui avait pénétré en Grande Pologne et enlevé des habitants. Le 8 octobre, il est rapporté que ce détachement, dirigé par le Capitaine Fermelli, a quitté la Grande Pologne pour retourner en Silésie. Parmi les enlevés figurent le sieur Koschenbahr et de nombreux bourgeois et habitants originaires de Silésie mais domiciliés en Pologne depuis longtemps.
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