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A Paris ce 5. Juin 1709. LETTRE En forme de Manifeste, touchant les Propositions de Paix faites par les Alliez, & rejettées par le Roy, ainsi que sur la situation des affaires de la Guerre.
Début :
Pour répondre, Monsieur, a ce que vous me demandez, je [...]
Mots clefs :
Guerre, France, Hommes, Paix, Alliés, Argent, Temps, Troupes, Roi, Europe, Allemagne, Lieu, Puissances, Hollandais, Angleterre, Propositions, Moyens, Foi, Fournir, Nouvelles, Croire, Sujets, Ennemis, Raisons, Monarque, Armées, Gloire, Empêcher, Empereur, Anglais
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texteReconnaissance textuelle : A Paris ce 5. Juin 1709. LETTRE En forme de Manifeste, touchant les Propositions de Paix faites par les Alliez, & rejettées par le Roy, ainsi que sur la situation des affaires de la Guerre.
A Paris ce 5. Juin 1709.
LETTRE
En forme de Manifeste,
touchant les Propositions
de Paix faites par les
Alliez, & rejettées par le
Roy, ainsi que sur la situation
des affaires de la
Guerre.
Pour répondre, Monsieur,
a ce que vous me
demandez, je dois vous dire
d'abord, que Sa Majesté a
16
RECUEIL
rejetté d'une manière aussi
genereuse, les Articles de
Paix proposez, par les Al-
liez, qu'elle avoit genereu-
sement commence a en pro-
poser Elle-même. Je dis ge-
nereusement, parce que je
vais vous faire connoître
que ce Monarque les devoit
moins craindre, qu'ils ne
devvoient l'apprehender. Les
raisons qu'il avoit de propo-
ser des moyens pour pacifier
l'Europe, estoient que Dieu
paroist visiblement
irrité
DE DIVERSES PIECES. 17
d'une Guerre qui détruit
d'autant plus ses Autels,
qu'elle se fait entre des
Puissances qui professent des
Religions contraires, & que
les Guerres sont toujours
accompagnées d'une grande
effusion de sang, sans compter
les incendies, les vols, la
ruine de plusieurs familles,
les risques que court souvent
l'honneur des femmes les
plus vertueuses, la Famine
& la Peste, & une infinite
d'autres maux qu elles trai-
B
RECUEIL
18
nent toujours aprés elles.
D'ailleurs, tant de sang
répandu dans les dernières
guerres, & dans celle qui
anime aujourd huy tant de
Puissances armées, pouvant
enfin épuiser l'Europe en
peu d'années, d'hommes ca-
pables de porter les armes,
& la mettre en proye aux
Barbares, dans le temps
qu'elle ne pourroit s'opposer
à leurs Armées formida-
bles, avoit aussi excité le
Roy à proposer le premier
DE DIVERSES PIECES. 19
des moyens de faire la Paix,
aussi bien que la calamite
publique causee par le plus
affreux hyver qui se soit
fait sentir en Europe depuis
plus d'un siecle, & qui rend
pendant la Guerre cette ca-
lamité publique, encore plus
grande à cause de la disette
d'une infinité de choses ne-
cessaires à la vie, qu'elle
nauroit esté dans un autre
temps.
Ce sont la les raisons qui
avoient engage le Roy à fai-
Bij
20
RECUEIL
re des propositions de Paix,
& d'envoyer aprés les pre-
mieres Conferences tenues en
Hollande a ce sujet, un Mi-
nistre a la Haye, sage, estimé,
& profond dans les affaires
étrangeres, parce qu'elles
font en France le principal
sujet de son Ministere, &
que son affabilité luy ayant
attire les cœeurs de tous les
Ministres étrangers qui ont
traite avec luy à la Cour
de France, il en pourroit
trouver be aucoup à la Haye,
DE DIVERSES PIECES. LI
qui connoissant la aroiture
de son ame, & la foy que
l'on doit avoir en sa parole,
traiteroient volontiers avec
luy, & acheveroient le grand
ouvrage qu'un autre Mi-
nistre dont la sagesse & les
lumieres sont connues, avoit
ébauché. Toutes ces choses
font connoistre la penetra-
tion du Roy & fes bonnes
intentions pour terminer un
ouvrage qui devoit faire
rétablir des Autels renver-
sez, en beaucoup d'endroits,
RECUEIL
22
tarir le sang humain dont
la terre estoit arrosee, faire
en quelque façon cesser la
famine qui regne presque
dans toute l'Europe, & luy
redonner des hommes pour
la culture de la Terre. En-
fin l'envoy de ce Ministre
estoit un pur effet de la ge-
nereuse bonte du Roy, qui
vouloit bien pour le repos de
l'Europe faire un pas qui
au lien de donner de la va-
nité aux Hollandois, qui
paroissant agir de bonne
DEDIVERSES PIECES. 23
dans cette Affaire, devoient
s'en trouver honorez, loin
d'en estre enorgueillis.
Pendant que le Roy cher-
choit tous les moyens de pro-
curer veritablement la Paix
à l'Europe, par le choix d'un
Ministre que toutes sortes
de raisons devoient engager
d'employer toutes ses lumie-
res & toute son attention,
tant pour répondre à la bon-
ne opinion qu'on a de luy,
que pour avoir la gloire d'a-
voir consommé un si grand
RECUEIL
24
ouvrage, les Alliez, avoient
tout au contraire choisi des
Plenipotentiatres dont il
estoit de l'interest & de la
Politique d'en empêcher la
consommation. Les hommes
sont toujours hommes, &
ne peuvent s'empecher, lors
qu il s'agit de leurs interests,
de travailler premierement
pour eux, & de detour-
ner tout ce qui peut faire
tort à leur fortune, & les
em pecher de briller dans le
Monde. La plupart des
hommes
it
DE DIVERSES PIECES. 25
hommes sont si accoutumez
d'en user de la forte, qua
peine s'apperçoivent- ils en
de pareilles occasions, qu ils
n'ont dans tout ce qu'ils font
que leur interest pour objet.
Il estoit difficile que le
Prince Eugene en usat au-
trement la Paix, nonobstant
sa grande naissance, devvoit
le mettre hors d'etat de la
soutenir, n'ayant pas en
Allemagne. plus de biens en
fond quun Gentilhomme
qui ne seroit pas des plus
26
RECUEIL
qualifiez. La Paix ne de-
voit pas seulement rendre ce
Prince inutile, & l'empê-
cher d'acquerir de nouvelle
gloire, mais elle devoit aussi
reduire sa Presidence du
Conseil de guerre de l'Em-
pereur, a se voir sans fonc-
tion ; & toutes ces cho-
ses , jointes aux ordres
de S. M. I. d'empecher la
conclusion de la Paix au-
tant qui il luy seroit possi-
ble, ne devoient pas la fai-
re avancer.
DEDIVERSES PIECES. 27
Quant a ce qui regarde
Milord Marlborough, il
n'y a personne qui ne se soit
dit a soy-même en le voyant
nommer Plenipotentiaire
que ce n'estoit pas le moyen
d'avoir une prompte Paix.
Ce n'est pas qu il nait mieux
caché son jeu que le Prin-
ce Eugene, & que quoy
qu'étant peut-estre plus éloi-
gné de conclure la Paix, il
nait plus paru y donner les
mains; mais il se represen-
toit souvent à luy-mesme,
Ci
28
RECUEIL
que la Paix estant une fois
conclue, que se trouvant
hors d'état d'acquerir de la
gloire, & des richesses en
commandant, (carpersonne
n'ignore ce que luy ont vallu
les contributions) que n'é-
tant pas aime en Angleterre,
& que la Princesse qui en
occupe aujourd' hui le Trone,
devant par cette Paix se
trouver hors d'état de s'ac-
querir des Creatures, & de
soutenir celles qu'elle avoit
faites ; cette Paix pouvoit
DE DIVERSES PIECES. 29
causer sa ruine totale, &
luy couter peut-estre encore
davantage ; on peut juger
par là, si ne se trouvant
quun seul Plenipotentiaire
a la Haye, qui agit de bon-
ne foy, on pouvoit y voir
finir le grand ouvrage de la
Paix: ce n'est pas que les
intentions des Hollandois
ne fussent bonnes; mais elles
ne suffisoient pas pour faire
conclure une Paix qu'ils pa-
roissent souhaiter de bon-
ne foy.
Ciij
30
RECUEIL
Aprés avoir fait voir les
raisons que le Plenipoten-
tiaire de l'Empereur & ce-
luy d' Angleterre avoient de
travailler a eloigner la Paix,
au lieu de fournir des
moyens qui pussent la faire
avancer, voyons les raisons
qui les empéchoient de la
soubaiter, & mesme de fai-
re travailler à la reculer.
L'Empereur a pour but
dans cette Guerre l'affoi-
blissement de toutes les Puis-
Jances d' Allemagne, qui
DE DIVERSES PIECES. 31
peuvent l'empescher d'y re-
gner arbitrairement, & il
en viendra sans doute à bout
si la guerre continue, puis
quil s'en faut déja peu que
ces Puissances ne soient épui-
sées d'hommes & d'argent.
D'ailleurs l'Empereur dont
les revenus comme Empe-
reur ne fournissent pas de-
quoy entretenir sa Maison,
& qui ne tire plus rien du
Royaume d'Hongrie, & à
qui celiy de Boheme rap-
porte peu, seroit fâché que
C iiij
32
RECUEIL
la Guerrefinit, puis que bien
loin qu'elle luy conte un sol
il la fait non seulement aux
depens des Puissances qu'il
subjugie; mais qu'outre les
frais qu'il en tire pour la
continuation de la guerre,
il en tire assez, pour ses au-
tres besoins. On sçait que les
Colonels Allemans n'ont de
revenu que ce qu'ils pillent;
que l'Empereur se fait non
sculement payer des droits de
Souverain par les Peuples
quil a forcez, d'entrer sous
DE DIVERSES PIECES. 33
sa domination;, & que de
plus il leur demande inces-
samment des sommes pour
les frais de la guerre. Ce sont
des faits constans, & dont
les nouvelles publiques im-
primees mesme chez, les Al-
liez sont tous les jours rem-
plies.
Outre cela la Maison
d' Autriche a en vue, si elle
devenoit un jour maistresse
de l'Espagne, de dire aux
Hollandois, lorsquelle se
verra toute-puissante en Es-
34
RECUEIL
pagne (ce qu'il n'y a pour-
tant pas lieu de croire de
voir jamais arriver) lors-
qu'elle aura quelques Pla-
ces fortes en Flandre, &
qu'elle gouvernera tou-
te l'Allemagne arbitraire
ment ; la Maison d'Au-
triche, dis-je, ne manquera
pas de faire une querelle
d' Allemand aux Hollan-
dois, & de leur dire que leurs
Etats luy appartiennent,
les ayant usurpez, sur la
Couronne d Espagne; &
DEDIVERSES PIECES. 35
ainsi les Hollandois qui na-
voient plus ce malheur a
craindre des Espagnols qui
les avoient reconnus comme
Souverains, se trouveroient
alors dans un état terrible,
& dont il leur seroit diffi-
cile, pour ne pas dire impos-
sible, de sortir.
Ce sont là les raisons qui
empechent l'Empereur de
consentir à la Paix, & qui
l'obligent mesme à la dé-
tourner autant qu'il luy est
vossible.
36
RECUEIL
Quant aux raisons qui
sont cause que la Princesse
qui regne en Angleterre ne
veut pas consentir a la
Paix, elles sont si connues
& si rebattues, quil est
presque inutile d'en parler.
Cette Princesse ne touche-
roit pendant la Paix, que
ce que l'on appelle la Liste
civile, qui nest que pour
l'entr tien de sa Maison.
Ainsi-elle ne pourroit faire
de Creatures ny a force
d'argent, ny en leur don-
DE DIVERSES PIECES. 37
nant des Emplois, puisque
la guerre ne luy en fourni-
roit plus à donner. Elle fe-
roit cesser l'indigence de ses
Peuples, qui les abat telle-
ment qu'ils ne sont pas en
état d'agir contr'elle, en
travaillant à reconnoitre
leur veritable Souverain;
& enfin, il ne paroit pas
quune Paix quelque avan-
tageuse qu'elle put estre put
l'empêcher d'estre obligee de
descendre d'un Trone qui
ne luy appartient pas.
38
RECUEIL
Il ne me reste plus a vous
parler dans cette Lettre, que
de deux Articles qui sont
les plus importans.
Les Alliez disent non-
seulement; mais ils s'effor-
cent mesme de faire croire,
que la France par toutes
sortes de raisons, se trouve
dans une si mauvaise situa-
tion qu'elle doit estre obligée
de recevoir toutes les proposi-
tions de Paix qu'on luy fait,
quelques onereuses qu'elles
soient, & je prétends au
DE DIVERSESPIECES. 39
contraire vous faire, voir
qu'ils sont bien moins en
estat de soustenir longtemps
la guerre, ce que je ne pré-
tends vous prouver que par
des faits.
Il est constant que l'An-
gleterre, de l'aveu mesme de
tous les Anglois, ne peut
trouver assez, d'hommes ny
d'argent pour soustenir la
guerre encore deux ans. Les
preuves en sont manifestes,
& pour en estre convaincu,
il ny quà faire reflexion à
40 RECUEIL
ce qui s'y est paße depuis la
fin de la derniere Campagne.
Il a esté question de la
levee de 16000. hommes
pour remplacer les Trou-
pes qui ont peri en Flan-
dres pendant la Campa-
gne. On y a cru d'abord
que rien n'estoit plus facile
que cette levee, & pour em-
ployer les propres termes dont
on s'est servy, & qui ont
même esté imprimèz, dans
toutes les nouvelles publi-
ques, le Parlement a ordon-
DE DIVERSES PIECES. 41
ne qu'on mit quatre livres
sterlin sur la main de ceux
qui s'enrolleroient volontai-
rement, & l'on crut que ces
offres feroient levver autant
d'hommes que l'on en auroit
besoin. Cependant la Ville
de Londres & le Comte
de Midelsex qui devoient
fournir seulement 2300.
hommes pour leur cotte-part
des 16000. hommes, n'ayant
pu les lever, le Parlement a
esté obligé de permettre qu on
enlevât des hommes par
D
RECUEIL
force pour remplir le nom-
bre de soldats qui man-
quoit, mais ceux qui avoient
esté enlevez, de la sorte s'é-
tant mutinez, ce Parlement
a esté obligé de passerun Bil
pour punir les mutins. Ce
sont des faits publics, &
imprimez, mesme en An-
gleterre. Les levées n'ont pas
este plus heureuses dans le
reste du Royaume, puis
qu'excepté Londres, il y a
peude Villes considerables en
Angleterre. A l'égard de
DEDIVERSES PIECES. 45
l'argent toute l'Europe sçait
que les Anglois levent 20.
pour 100. non seulement au
revenu des Terres & des
Maisons; mais aussi des
Pensions, des Appointe-
mens, & des profits que les
Avocats, les Medecins &
autres font dans leurs Pro-
essions. Il est public par les
Actes du Parlement, que
l'Angleterre doit à sa Flotte
cinq cens millions de France,
plusieurs centaines de
millions a la Banque Roya-
D
RECUEIL
44
le ; aux Compagnies reunies
des Indes Orientales; en
Billets de l'Echiquier; en
Fonds qui ont manque; &
quils avoient assignez, en
payement a ceux qui a-
voient fait des avances sur
ces Fonds, à qui on doit la
plus grande partie du capi-
tal & des interests; & l'on
sçait que le Parlement pour
remplir le Subside a este obli-
ge d'emprunter cette annee
environ cinquante millions.
Ainsi il ne trouve plus que
DE DIVERSES PIECES. 45
des moyens extraordinaires
pour lever de l'argent, &
qui sont fort à charge au
Public, & tout ce qu'il im-
pose chaque annee pour au-
gmenter les Fonds n'est tiré
que des augmentations qu'il
fait tous les ans presque de-
puis cette derniere guerre, sur
toutes les choses necessaires
à la vie, & qui sont deja
chargées d'Imposts. Cepen-
dant nonobstant tant d'ar-
gent levé de toutes sortes de
manieres, la Hollande n'a
RECUEIL
465
encore pu estre payée de ce qui
luy est di pour les sept Re-
gimens qu'elle leva pour
l'Angleterre dans la guerre
precedente. Enfin on rem-
pliroit un Volume de tout ce
que l'Angleterre doit, &
l'on en peut juger par ce que
j'en viens de raporter, & ce
qui fait que l'espece man-
que en Angleterre, est que
vargent qui s'y leve pour
la guerre ne s'y consomme
pas, les Troupes Angloises
lorsqu elles ont paße la mer,
DEDIVERSES PIECES. 47
tirant presque toutes les cho-
ses dont elles ont besoin des
lieux ou elles se trouvent,
au lieu que les Troupes
Françoises agissant dans des
Pais contigus aux Provin-
ces de France, tout l'argent
qui est employé pour la guer-
re ne sort point du Royau-
me.
Les Hollandois ne sont
pas moins endettez que les
Anglois; mais avec cette
difference qu'ils l'avouent
de meilleure foy, & l'on
RECUEIL
48
sçait qu il y a plus de vingi
ans que les taxes imposees
sur les Maisons de Campa-
gne estoient si fortes que tous
les Proprietaires les auroient
abandonnées plutot que de
payer leurs taxes s'il neleur
avoit point este defendie de
le faire. Il y a long-temps
que plusieurs Villes, & me-
me quelques Provinces en-
tieres ne contribuent presque
plus aux besoins de l'Etat,
& qu'elles ne sont point in-
quietées pour y contribuer,
DEDIVERSES PIECES. 49
vu que l'impossibilité ou el-
les sont de le faire, est con-
nue, & que la disette d'ar-
gent y vegne depuis long-
temps, nonobstant les deux
centièmes aeniers multi-
pliez, que l'Etat leve sur
tous ses Sujets, ce qui mon-
te a la moitié du revenu de
chaque Particulier sans ex-
ception. Cependant cet Etat
doit vingt-trois millions
d'interest, ce qui fait plus
de cinq cens millions de ca-
pital.
E
RECUEIL
Personne n'ignore que le
Commerce de Mer de l'An-
gleterre & de la Hollande,
qui est presque la seule res-
source de ces deux Etats
est en décadence, & que
pour quelques Armateurs
& quelques Navires quils
nous prennent, & sur les-
quels la France ne fonde
pas sa subsistance, on leur
enleve presque tous les jours
des Vaisseaux tres-riche-
ment chargez. Cependant
dans l'Etat ou se trouven
DE DIVERSES PIECES. 5I
aujourd huy ces deux Puis-
sances, il faut, si la guerre
continue, qu'elles en fassent
seules tous les frais; qu'elles
payent tous les Subsides que
l'on est convenu de payer au
Duc de Savoye, qui n'est
pas un Peince qui veuille
attendre longtemps, quoy
qu'il put s'en passer. Il faut
qu'elles payent aussi huit ou
dix Puissances d'Allema-
gne qui secourent les Alliez,
pour de l'argent, & en leur
vendant bien leurs Troupes.
E i
RECUEIL
52
fugež apres cela s'il est pos-
sible qu'elles puissent soute-
nir long-temps la guerre.
Je ne dis rien de l'Empe-
reur qui ne fournit que quel-
ques Generaux, & tres-
peu de Troupes aux Al-
liez, a qui il coute cher, pen-
dant que ses Troupes sont
employez, en Hongrie & en
Italie, & qu'il profite de la
dépense que font les Anglois
& les Hollandois pour sou-
tenir la guerre. Ainsi il fe-
ra la guerre ou la paix selon
DE DIVERSES PIECES §
qu'il plaira a ces deux Puis-
sances de faire l'une ou l'au-
tre; mais comme elles tra-
vaillent plus pour luy que
pour elles en faisant la guer-
re, il mettra toujours tout
en usage pour empêcher la
Paix.
Voilà la situation, ou plu-
tost l'accablement où se trou-
vent les Puissances, qui di-
sent que la France sera obli-
gee de recevoir les Proposi-
tions qu'elles luy font, quel-
ques dures qu'elles soient;
E ii
RECUEIL
a quoy je dois ajouter, que
les affaires des Alliez, ne
sont pas en meilleur estat du
costé de l'Allemagne, &
qu'aprés avoir répandu
dans le monde des Listes de
80. mille hommes que de-
voient fournir pour leur
contingent, les Puissances
d Allemagne, ces 80. mille
hommes sont reduits presque
à rien, puis qu' il ne paroist
qu à peine que nous devions
avoir une petite Armée en
teste de ce costé-là, & que
DE DIVERSES PIECES.
la saison est si avancée, qu il
semble que nos Troupes qui
sont nombreuses sur le Rhin,
seront beaucoup superieures
a celles que les Ennemis
pourront mettre en Cam-
pagne; & d'ailleurs rien ne
manque aux notres pour
louvrir avantageusement.
Il ne sera pas difficile de
faire connoître que la Fran-
ce ne sera pas en moins bon
état de faire la guerre en
Flandre quen Allemagne.
Nos Troupes y seront tres-
E ii
56
RECUEIL
nombreuses, & il s'est pre-
senté depuis prés de deux
mois plus d'hommes que
l'on nen a eu besoin pour
les Recruës. Ces Troupes
sont lestes, de bonne volon-
té, & ne respirent que le
combat, & si l'argent n'apas
circulé en France depuis un
temps, ce n'a esté que pour
produire un bien considera-
ble, & en attendant qu'on
y battit de nouvelles especes
qui commencent d'estre d'un
grand secours à l'Etat & à
DE DIVERSES PIECES. 57
produire de grands avan-
tages. On navoit d'abord
compte que sur des sommes
quon avoit amaßées pour
fabriquer de nouvelles Espe-
ces, & l'on ne s'attendoit
pas que le Public porteroit
des Especes & de l'Argen-
terie en foule à nos Mon-
noyes pour estre converties
en nouvelles Especes. Et
comme on travaille dans
23. Villes du Royaume oùil
y a des Monnoyes établies,
elles répandront l'argent en
RECUEIL
peu de temps dans tous les
lieux où nous avons des
Troupes, & cet argent sera
cause que l'on trouvera au-
tant d'hommes que l'on vou-
dra. fe n'avance rien qui ne
soit generalement connu, &
mesme dont les yeux du Pu-
blic ne puissent estre témoins.
Ainsi il est constant que
nous aurons plus d'hom-
mes & plus d'argent que
les Alliez, & que loin
que nous soyons en estat de
les apprehender, ce sont eux
DE DIVERSES PIECES. 59
qui doivent nous craindre.
L'argent est toujours rare
parmy les Allemans, aussi
bien que les Magazins dont
ils ni ont presque jamais, &
vous venez, de voir que les
Anglois, & les Hollandois
qui ont peu de forces par
eux-mesmes, sont peu en
état de payer les Troupes qui
leur viennent d'Allemagne;
& comme il s'en trouva il y
a quelque temps qui avoient
dessein de se rendre en Flan-
dres, on les pria de ne pas
60
RECUEIL
hater leur marche, parce que
lonn'avoit encore ny argent
à leur donner, ny vivres à
leur fournir. Il est vray que
la gelée a également ruiné
les biens de la Terre en
France & en Allemagne;
mais l'Allemagne etant
dans un climat plus froid, les
biens de la Terre y ont este
beaucoup plus endommagez,
& l'on n'y trouvera pas les
ressources que l'orge, & ce
qu'on appelle aussi Menus
grains, vont donner a la
DE DIVERSES PIECES. 61
France dans quelques se-
maines, & sur lesquels le
Ciel a verse ses benedictions,
aussi bien que sur le bled qui
a poußé en quelques endroits
avec ces Menus grains, &
qui se trouve si beau que
l'on a chante le Te Deum
pour en rendre graces à Dieu
en plusieurs endroits, ou cet-
te espece de Miracle est ar
Fivé.
fe dois ajouter a cela,
qu'outre une grande quan-
tiré de bled caché en diver-
RECUEII
6
ses Provinces, & que l'on
continue de découvrir tous
les jours, & les prises qu on
a faites de plusieurs Basti-
mens Ennemis remplis de
bled, il nous en vient de tous
les lieux de l'Europe où il
s'en trouve en abondance.
D'ailleurs, il est certain que
les bleds sont tres-beaux en
Alsace & dans le Roussillon,
& que ces Provinces estant
frontières, elles feront sub-
sister les Armées que nous
avons. La recolte sera auss
DE DIVERSES PIECES. 63
tres-belle dans la basse Nor-
mandie, en Bretagne, en
Anjou, dans le bas Lan-
guedoc, en Auvergne, & en
plusieurs autres lieux. On
doit inferer de toutes ces cho-
ses que nous ferons beaucoup
plus aisement subsister tou
tes nos Armées, que les
Alliez,, qui faute de sub-
Jistance se trouveront obli-
gez, d'avoir moins de Trou-
pes en Flandre, où nos
Magasins sont asseurément
mieux fournis que les leurs.
RECUEIL
64
Tout ce que je vous ay
marque à cet egard, ainsi
qu'a l'égard de toutes les
autres choses que les Alliez
publient au desavantage de
la France, & sur lesquelles il
y a lieu de croire qu'ils ne
parlent pas de bonne foy;
mais quils veulent seule-
ment tromper leurs Sujets
pour les engager à fournir
aux frais de la guerre qu'ils
ont dessein de continuer pour
les raisons que je vous ay
déja marquées. Si, dis-je,
DE DIVERSES PIECES.65
tout ce que je vous ay fait
voir touchant l'état ou se
trouve la France dans le
moment que je vous écris,
& sur tout a l'égard des
Finances, ne suffisoit pas
pour fournir au Roy les
moyens de continuer avan-
tageusement la guerre, Sa
Majesté n'auroit en cas
qu Elle le jugeât a propos,
& qu'Elle se trouvat extre-
mement preßée, qu à imi-
ter ses Ennemis pour trou-
ver des fonds immenses
RECUEIL
66
puisque ce qu Elle feroit en
France, en se servant des
mesmes moyens qu'ils font
dans leurs Etats, luy four-
niroit des sommes infini-
ment plus considerables. Je
veux dire, si au lieu
comme je vous ay déja
fait voir que font les An-
glois & les Hollandois, le
Roy vouloit se resoudre à le
ver, non pas la cinquième
partie ou la moitié du reve-
nu des personnes aisees, &
qui ne payent point de tail-
DEDIVERSES PIECES. 67
le; mais seulement la dixie
me ou la vingtième partie,
il est facile pour peu que l'on
connoisse la France, de ju-
ger que S. M. en tireroit des
fonds qui pourroient luy
fournir dequoy souteni
long-temps les efforts d'un
nombre d'Ennemis encore
plus grand que ceux qu Elle
a en teste, ce qui n'arrivera
pas, la France ayant d'au-
tres ressources que les Allie
nont pas.
Ils se flatent indiscretie-
Fi
RECUEIL
60
ment sur les heureux Eve-
nemens de quelques Cam-
pagnes, qui outre qu'ils
leur ont couté infiniment
d'hommes & d'argent, sont
moins dus à leur valeur,
qu'a de certaines fatalitez,
& ils devroient faire refle-
xion que des Troupes qui
les ont presque toujours bat-
tus, & remporté sur cux un
nombre infiny de Places, &
mesme plusieurs Provinces
entieres, depuis l'année
1667. pourrotent encore,
DEDIVERSES PIECES.69
pour peu que la Fortune qui
se plait à changer, aban-
donnât leur party, repren-
dre l'ascendent qu'elles ont
toujours ei sur eux. Enfin
lon doit considerer que les
Alliez, tiennent en mesme
temps un langage bien dif-
ferent, & qu ils se demen-
tent a tous momens dans
toutes les choses qu'ils a
vancent contre la France
& qu'il faut qu'ils croyent
que leurs Sujets soient bien
depourvus d'esprit & de
RECUEIL
lumieres, s'ils ne font pas
reflexion sur le different lan.
gage qu'ils tiennent souvent
presqu'en mesme temps. La
France, selon leurs Ecrits,
& selon qu'ils s'efforcent de
publier dans tout le monde,
est un jour dans un si grand
accablement, & manque
tellement de toutes choses,
qu'elle n'est plus en état de
soutenir les moindres de
leurs efforts, & qu'elle est
sur le penchant de sa ruine,
& le lendemain on entend
DE DIVERSES PIECES.7
des discours entierement op-
posez, & l'on ne parle que
du pouvoir exhorbitant de
la France quil faut abat-
tre, comme si un Prince
estoit criminel, parce quil
est puissant, quoy qu'il ne
jouisse que de ce qui luy ap-
partient par les droits du
Sang, ou qu'il a eu le bon-
heur de conquerir en cher-
chant à se rendre Maistre
de ce qui luy devoit appar-
tenir, ou du moins a son
Sang. On doit considerer
RECUEIL
que les Conquestes qui se
font pour des raisons pareil
les, ne sont point des ufur-
pations, & que les Vain-
queurs n'en jouissent pas
seulement a droit de Con-
queste; mais parce qu'elles
leur tiennent lieu de ce qui
leur appartient, & dont ils
n'ont pu encore se rendre
Maistres, & que d'ailleurs
ayant entrepris une guerre
que les Loix ont de tout
temps autorisée, il est juste
que les Places dont les Con-
questes
DE DIVERSES PIECES. 73
questes leur ont couté beau-
coup, tiennent lieu de dé-
dommagement.
Aprés vous avoir parlé de
lespoir que quelques évene-
mens heureux fait concevoir
aux Alliez, qu'ils passeront
a des conquestes nouvelles,
comme si la fortune devoit
estre toujours attachée à leur
party, je dois vous faire ob-
server que la France étant
aujourd'huy puissamment
armée, & ne manquant de
rien, non seulement pourse
RECUEIL
74
defendre; mais aussi pour
attaquer, ce qui arriveroit
aux Alliez,, s'ils avoient
seulement un ou deux may-
vais succés, & ce que de-
viendroit leur credit, quiest
presque le seul fond qui les
fait subsister. Cependant,
dans un état aussi incertain
que celuy où ils doivent être,
& n'ayant pas moins a
craindre qu a esperer, ils ont
pour éblouir toute l'Europe,
pour faire croire qu'ils
sont dans une situation beau
DE DIVERSES PIECES.75
coup plus avantageuse que
celle où ils se trouvent, ose
demander, dans les Confe-
rences qui se sont tenues
pour travailler à la Paix,
des Provinces & des Places
qu'ils ne pourroient prendre
pendant un fort grand nom-
bre d'années, quand mesme
Sa Majeste voudroit se te-
nir seulement sur la défen-
sive; mais la justice de la
cause qu'elle défend contre
des Puissances qui n'ont au-
cun droit ny prétention legi-
Gij
RECUEIL
time Jur la France ny sur
l'Espagne, luy donne lieu
d'esperer la protection du
Ciel, & que l'état où sont
nos Armees & nos Places,
pourra leur faire connoître
avant la fin de la Campa-
gne, que la France a plus de
ressources qu'ils ne pensent,
ou plutost qu'ils affectent de
ne pas croire, afin que leurs
sujets ne s'opposent pas à la
suite d'une guerre qu'ils ne
font que pour leurs interests
particuliers, & pourles rai-
DE DIVERSES PIECES. 77
sons que je vous ay déja mar-
quees.
Enfin les demandes des
Alliez, sont si exhorbitan-
tes, si injustes, fondées sur
si peu de vrai-semblance, &
mesme si opposees a ce que
demandent les droits de la
nature & du sang qui peu-
vent paßer pour des aroits
sacrez,, & ausquels les plus
barbares ont souvent égard,
que des personnes les plus
attachées aux Alliez, &
qui sont entierement dans
G iij
78
RECUEIL
leur party, ont écrit que
l'avenir ne pourroit croire
que ces demandes eussent
pû entrer dans l'esprit de
tout homme raisonnable.
Aussi ont-elles produit un
effet merveilleux, & qui
fait voir que Diet protege
visiblement un Monarque
qui a toujours travaillé pour
sa gloire, & pour retablir
le Culte de ses Autels, puis-
que dans le temps que tous
les François redoubloient
leurs vœux pour la Paix,
DE DIVERSES PIECES. 79
& la demandoient haute-
ment, comme l'on fait ordi-
nairement lorsque les cala-
mitez, publiques, & Jur
tout la disette, sont jointes
a tous les maux que causent
la guerre; mais ils ont esté
tellement irrite des deman-
des des Alliez, qu'au lieu de
demander la Paix comme
ils faisoient peu aupara-
vant, ils ont unanimement
faitvoirle (ele qu'ils avoient
pour le Roy, & l'indigna-
tion que leur causoient les
G 111
80
RECUEIL
propositions des Ennemis,
& en demandant la conti-
nuation de la guerre d'une
maniere qui fait connoître
qu'ils parlent de bonne foy,
& qui fait voir qu'ils font
prests de donner leurs biens,
& de répandre leur sang
pour faire repentir les Al-
liez, d'avoir eis la hardiesse
de faire des Propositions si
insultantes que l'on peut
dire quau lieu d'avoir esté
faites pour servir d'achemi-
nement à la Paix, elles n'ont
DE DIVERSES PIECES. 81
esté delivrées qu afin de per-
petuer la guerre. Aussi ces
Propositions ne dementent-
elles pas le caractere de
ceux qui les ont faites, &
elles font connoitre que la
peinture que je viens de vous
en faire est juste, & ressem-
ble parfaitement. Les sujets
des Puiffances liguées ne
doivent pas leur avoir obli-
gation, puisque ces Souve-
rains & leurs Generaux ont
contribué , n'ayant égarà
qui à leur interest particu-
RECUEIL
82
lier, à la continuation d'u-
ne guerre, qui selon toutes
les apparences, doit estre des
plus sanglantes; mais ily a
lieu d'esperer que le Ciel fa-
vorisera les Armes d'un
Monarque qui a cherché de
bonne foy à contribuer à la
Paix, & qui quoy quil ne
soit pas moins en etat que
ses Ennemis de soutenir la
guerre, a bien voulu faire
les premiers pas, dans la
pensee que cette Paix ren-
droit le calme à toute l'Eu-
DE DIVERSES PIECES. 8,
rope ; qu'elle rétabliroit le
Culte des Autels tous les
jours abbatus, & qu'elle
arresteroit l'effusion du sang
humain, & tous les maux
que la guerre traine aprés
elle.
On doit aprés avoir re-
marque la genereuse bonté
de ce Monarque, admirer
sa fermeté, & la grandeur
de son Ame, en rejettant
avec le mépris qui leur estoit
du, & sans consulter un
moment des propositions qui
RECUEIL
84
dans tous les siecles couvri-
ront de honte la memoire de
ceux qui ont esté assez in-
discrets & assez aveuglez,
pour ne pas dire davanta-
ge, pour les faire. Aussi la
maniere dont ce Monarque
s'est comporté, tant pour
faire la Paix à des condi-
tions raisonnables, que pour
refuser avec une hauteur di-
gne de sa grande ame & de
sa naissance, celles qui luy
ont esté proposees, a-t-elle
fait redoubler l'estime, le
DE DIVERSES PIECES. 85
zele, & l'amour de tous ses
Sujets, qui animez, d'un
mesme esprit, n oublieront
rien pour se vanger de l'in-
sulte qu on luy a voulu fai-
re, ainsi qu'à tous les Fran-
oois, en luy faisant des pro-
sitions qui n'auroient ja-
mais du sortir de la bouche
de ceux qui les ont faites.
Je n'entre point dans le
détail de ces propositions,
vous les apprendrez, d'une
personne plus habile que
moy, plus éclairée, qui les
86
RECUEIL
çait parfaitement, & qui
enfin vous fera mieux con-
noître tout ce que l'on en
peut penser, & tout ce que
l'on en doit dire.
Vous ne devez, pas regar.
der cette Lettre comme un
Ouvrageachevé; mais com.
me un travail d'une imagi-
nation échauffée, & d'un
François, qui outré du pro-
cedé des Alliez, a mis en
24. heures, sur le papier,
ce que son zele luy a inspire
pour la gloire de son Roy,
DEDIVERSES PIECES. 87
& pour celle de sa Patrie.
le suis, Monsieur, vostre,
&c.
LETTRE
En forme de Manifeste,
touchant les Propositions
de Paix faites par les
Alliez, & rejettées par le
Roy, ainsi que sur la situation
des affaires de la
Guerre.
Pour répondre, Monsieur,
a ce que vous me
demandez, je dois vous dire
d'abord, que Sa Majesté a
16
RECUEIL
rejetté d'une manière aussi
genereuse, les Articles de
Paix proposez, par les Al-
liez, qu'elle avoit genereu-
sement commence a en pro-
poser Elle-même. Je dis ge-
nereusement, parce que je
vais vous faire connoître
que ce Monarque les devoit
moins craindre, qu'ils ne
devvoient l'apprehender. Les
raisons qu'il avoit de propo-
ser des moyens pour pacifier
l'Europe, estoient que Dieu
paroist visiblement
irrité
DE DIVERSES PIECES. 17
d'une Guerre qui détruit
d'autant plus ses Autels,
qu'elle se fait entre des
Puissances qui professent des
Religions contraires, & que
les Guerres sont toujours
accompagnées d'une grande
effusion de sang, sans compter
les incendies, les vols, la
ruine de plusieurs familles,
les risques que court souvent
l'honneur des femmes les
plus vertueuses, la Famine
& la Peste, & une infinite
d'autres maux qu elles trai-
B
RECUEIL
18
nent toujours aprés elles.
D'ailleurs, tant de sang
répandu dans les dernières
guerres, & dans celle qui
anime aujourd huy tant de
Puissances armées, pouvant
enfin épuiser l'Europe en
peu d'années, d'hommes ca-
pables de porter les armes,
& la mettre en proye aux
Barbares, dans le temps
qu'elle ne pourroit s'opposer
à leurs Armées formida-
bles, avoit aussi excité le
Roy à proposer le premier
DE DIVERSES PIECES. 19
des moyens de faire la Paix,
aussi bien que la calamite
publique causee par le plus
affreux hyver qui se soit
fait sentir en Europe depuis
plus d'un siecle, & qui rend
pendant la Guerre cette ca-
lamité publique, encore plus
grande à cause de la disette
d'une infinité de choses ne-
cessaires à la vie, qu'elle
nauroit esté dans un autre
temps.
Ce sont la les raisons qui
avoient engage le Roy à fai-
Bij
20
RECUEIL
re des propositions de Paix,
& d'envoyer aprés les pre-
mieres Conferences tenues en
Hollande a ce sujet, un Mi-
nistre a la Haye, sage, estimé,
& profond dans les affaires
étrangeres, parce qu'elles
font en France le principal
sujet de son Ministere, &
que son affabilité luy ayant
attire les cœeurs de tous les
Ministres étrangers qui ont
traite avec luy à la Cour
de France, il en pourroit
trouver be aucoup à la Haye,
DE DIVERSES PIECES. LI
qui connoissant la aroiture
de son ame, & la foy que
l'on doit avoir en sa parole,
traiteroient volontiers avec
luy, & acheveroient le grand
ouvrage qu'un autre Mi-
nistre dont la sagesse & les
lumieres sont connues, avoit
ébauché. Toutes ces choses
font connoistre la penetra-
tion du Roy & fes bonnes
intentions pour terminer un
ouvrage qui devoit faire
rétablir des Autels renver-
sez, en beaucoup d'endroits,
RECUEIL
22
tarir le sang humain dont
la terre estoit arrosee, faire
en quelque façon cesser la
famine qui regne presque
dans toute l'Europe, & luy
redonner des hommes pour
la culture de la Terre. En-
fin l'envoy de ce Ministre
estoit un pur effet de la ge-
nereuse bonte du Roy, qui
vouloit bien pour le repos de
l'Europe faire un pas qui
au lien de donner de la va-
nité aux Hollandois, qui
paroissant agir de bonne
DEDIVERSES PIECES. 23
dans cette Affaire, devoient
s'en trouver honorez, loin
d'en estre enorgueillis.
Pendant que le Roy cher-
choit tous les moyens de pro-
curer veritablement la Paix
à l'Europe, par le choix d'un
Ministre que toutes sortes
de raisons devoient engager
d'employer toutes ses lumie-
res & toute son attention,
tant pour répondre à la bon-
ne opinion qu'on a de luy,
que pour avoir la gloire d'a-
voir consommé un si grand
RECUEIL
24
ouvrage, les Alliez, avoient
tout au contraire choisi des
Plenipotentiatres dont il
estoit de l'interest & de la
Politique d'en empêcher la
consommation. Les hommes
sont toujours hommes, &
ne peuvent s'empecher, lors
qu il s'agit de leurs interests,
de travailler premierement
pour eux, & de detour-
ner tout ce qui peut faire
tort à leur fortune, & les
em pecher de briller dans le
Monde. La plupart des
hommes
it
DE DIVERSES PIECES. 25
hommes sont si accoutumez
d'en user de la forte, qua
peine s'apperçoivent- ils en
de pareilles occasions, qu ils
n'ont dans tout ce qu'ils font
que leur interest pour objet.
Il estoit difficile que le
Prince Eugene en usat au-
trement la Paix, nonobstant
sa grande naissance, devvoit
le mettre hors d'etat de la
soutenir, n'ayant pas en
Allemagne. plus de biens en
fond quun Gentilhomme
qui ne seroit pas des plus
26
RECUEIL
qualifiez. La Paix ne de-
voit pas seulement rendre ce
Prince inutile, & l'empê-
cher d'acquerir de nouvelle
gloire, mais elle devoit aussi
reduire sa Presidence du
Conseil de guerre de l'Em-
pereur, a se voir sans fonc-
tion ; & toutes ces cho-
ses , jointes aux ordres
de S. M. I. d'empecher la
conclusion de la Paix au-
tant qui il luy seroit possi-
ble, ne devoient pas la fai-
re avancer.
DEDIVERSES PIECES. 27
Quant a ce qui regarde
Milord Marlborough, il
n'y a personne qui ne se soit
dit a soy-même en le voyant
nommer Plenipotentiaire
que ce n'estoit pas le moyen
d'avoir une prompte Paix.
Ce n'est pas qu il nait mieux
caché son jeu que le Prin-
ce Eugene, & que quoy
qu'étant peut-estre plus éloi-
gné de conclure la Paix, il
nait plus paru y donner les
mains; mais il se represen-
toit souvent à luy-mesme,
Ci
28
RECUEIL
que la Paix estant une fois
conclue, que se trouvant
hors d'état d'acquerir de la
gloire, & des richesses en
commandant, (carpersonne
n'ignore ce que luy ont vallu
les contributions) que n'é-
tant pas aime en Angleterre,
& que la Princesse qui en
occupe aujourd' hui le Trone,
devant par cette Paix se
trouver hors d'état de s'ac-
querir des Creatures, & de
soutenir celles qu'elle avoit
faites ; cette Paix pouvoit
DE DIVERSES PIECES. 29
causer sa ruine totale, &
luy couter peut-estre encore
davantage ; on peut juger
par là, si ne se trouvant
quun seul Plenipotentiaire
a la Haye, qui agit de bon-
ne foy, on pouvoit y voir
finir le grand ouvrage de la
Paix: ce n'est pas que les
intentions des Hollandois
ne fussent bonnes; mais elles
ne suffisoient pas pour faire
conclure une Paix qu'ils pa-
roissent souhaiter de bon-
ne foy.
Ciij
30
RECUEIL
Aprés avoir fait voir les
raisons que le Plenipoten-
tiaire de l'Empereur & ce-
luy d' Angleterre avoient de
travailler a eloigner la Paix,
au lieu de fournir des
moyens qui pussent la faire
avancer, voyons les raisons
qui les empéchoient de la
soubaiter, & mesme de fai-
re travailler à la reculer.
L'Empereur a pour but
dans cette Guerre l'affoi-
blissement de toutes les Puis-
Jances d' Allemagne, qui
DE DIVERSES PIECES. 31
peuvent l'empescher d'y re-
gner arbitrairement, & il
en viendra sans doute à bout
si la guerre continue, puis
quil s'en faut déja peu que
ces Puissances ne soient épui-
sées d'hommes & d'argent.
D'ailleurs l'Empereur dont
les revenus comme Empe-
reur ne fournissent pas de-
quoy entretenir sa Maison,
& qui ne tire plus rien du
Royaume d'Hongrie, & à
qui celiy de Boheme rap-
porte peu, seroit fâché que
C iiij
32
RECUEIL
la Guerrefinit, puis que bien
loin qu'elle luy conte un sol
il la fait non seulement aux
depens des Puissances qu'il
subjugie; mais qu'outre les
frais qu'il en tire pour la
continuation de la guerre,
il en tire assez, pour ses au-
tres besoins. On sçait que les
Colonels Allemans n'ont de
revenu que ce qu'ils pillent;
que l'Empereur se fait non
sculement payer des droits de
Souverain par les Peuples
quil a forcez, d'entrer sous
DE DIVERSES PIECES. 33
sa domination;, & que de
plus il leur demande inces-
samment des sommes pour
les frais de la guerre. Ce sont
des faits constans, & dont
les nouvelles publiques im-
primees mesme chez, les Al-
liez sont tous les jours rem-
plies.
Outre cela la Maison
d' Autriche a en vue, si elle
devenoit un jour maistresse
de l'Espagne, de dire aux
Hollandois, lorsquelle se
verra toute-puissante en Es-
34
RECUEIL
pagne (ce qu'il n'y a pour-
tant pas lieu de croire de
voir jamais arriver) lors-
qu'elle aura quelques Pla-
ces fortes en Flandre, &
qu'elle gouvernera tou-
te l'Allemagne arbitraire
ment ; la Maison d'Au-
triche, dis-je, ne manquera
pas de faire une querelle
d' Allemand aux Hollan-
dois, & de leur dire que leurs
Etats luy appartiennent,
les ayant usurpez, sur la
Couronne d Espagne; &
DEDIVERSES PIECES. 35
ainsi les Hollandois qui na-
voient plus ce malheur a
craindre des Espagnols qui
les avoient reconnus comme
Souverains, se trouveroient
alors dans un état terrible,
& dont il leur seroit diffi-
cile, pour ne pas dire impos-
sible, de sortir.
Ce sont là les raisons qui
empechent l'Empereur de
consentir à la Paix, & qui
l'obligent mesme à la dé-
tourner autant qu'il luy est
vossible.
36
RECUEIL
Quant aux raisons qui
sont cause que la Princesse
qui regne en Angleterre ne
veut pas consentir a la
Paix, elles sont si connues
& si rebattues, quil est
presque inutile d'en parler.
Cette Princesse ne touche-
roit pendant la Paix, que
ce que l'on appelle la Liste
civile, qui nest que pour
l'entr tien de sa Maison.
Ainsi-elle ne pourroit faire
de Creatures ny a force
d'argent, ny en leur don-
DE DIVERSES PIECES. 37
nant des Emplois, puisque
la guerre ne luy en fourni-
roit plus à donner. Elle fe-
roit cesser l'indigence de ses
Peuples, qui les abat telle-
ment qu'ils ne sont pas en
état d'agir contr'elle, en
travaillant à reconnoitre
leur veritable Souverain;
& enfin, il ne paroit pas
quune Paix quelque avan-
tageuse qu'elle put estre put
l'empêcher d'estre obligee de
descendre d'un Trone qui
ne luy appartient pas.
38
RECUEIL
Il ne me reste plus a vous
parler dans cette Lettre, que
de deux Articles qui sont
les plus importans.
Les Alliez disent non-
seulement; mais ils s'effor-
cent mesme de faire croire,
que la France par toutes
sortes de raisons, se trouve
dans une si mauvaise situa-
tion qu'elle doit estre obligée
de recevoir toutes les proposi-
tions de Paix qu'on luy fait,
quelques onereuses qu'elles
soient, & je prétends au
DE DIVERSESPIECES. 39
contraire vous faire, voir
qu'ils sont bien moins en
estat de soustenir longtemps
la guerre, ce que je ne pré-
tends vous prouver que par
des faits.
Il est constant que l'An-
gleterre, de l'aveu mesme de
tous les Anglois, ne peut
trouver assez, d'hommes ny
d'argent pour soustenir la
guerre encore deux ans. Les
preuves en sont manifestes,
& pour en estre convaincu,
il ny quà faire reflexion à
40 RECUEIL
ce qui s'y est paße depuis la
fin de la derniere Campagne.
Il a esté question de la
levee de 16000. hommes
pour remplacer les Trou-
pes qui ont peri en Flan-
dres pendant la Campa-
gne. On y a cru d'abord
que rien n'estoit plus facile
que cette levee, & pour em-
ployer les propres termes dont
on s'est servy, & qui ont
même esté imprimèz, dans
toutes les nouvelles publi-
ques, le Parlement a ordon-
DE DIVERSES PIECES. 41
ne qu'on mit quatre livres
sterlin sur la main de ceux
qui s'enrolleroient volontai-
rement, & l'on crut que ces
offres feroient levver autant
d'hommes que l'on en auroit
besoin. Cependant la Ville
de Londres & le Comte
de Midelsex qui devoient
fournir seulement 2300.
hommes pour leur cotte-part
des 16000. hommes, n'ayant
pu les lever, le Parlement a
esté obligé de permettre qu on
enlevât des hommes par
D
RECUEIL
force pour remplir le nom-
bre de soldats qui man-
quoit, mais ceux qui avoient
esté enlevez, de la sorte s'é-
tant mutinez, ce Parlement
a esté obligé de passerun Bil
pour punir les mutins. Ce
sont des faits publics, &
imprimez, mesme en An-
gleterre. Les levées n'ont pas
este plus heureuses dans le
reste du Royaume, puis
qu'excepté Londres, il y a
peude Villes considerables en
Angleterre. A l'égard de
DEDIVERSES PIECES. 45
l'argent toute l'Europe sçait
que les Anglois levent 20.
pour 100. non seulement au
revenu des Terres & des
Maisons; mais aussi des
Pensions, des Appointe-
mens, & des profits que les
Avocats, les Medecins &
autres font dans leurs Pro-
essions. Il est public par les
Actes du Parlement, que
l'Angleterre doit à sa Flotte
cinq cens millions de France,
plusieurs centaines de
millions a la Banque Roya-
D
RECUEIL
44
le ; aux Compagnies reunies
des Indes Orientales; en
Billets de l'Echiquier; en
Fonds qui ont manque; &
quils avoient assignez, en
payement a ceux qui a-
voient fait des avances sur
ces Fonds, à qui on doit la
plus grande partie du capi-
tal & des interests; & l'on
sçait que le Parlement pour
remplir le Subside a este obli-
ge d'emprunter cette annee
environ cinquante millions.
Ainsi il ne trouve plus que
DE DIVERSES PIECES. 45
des moyens extraordinaires
pour lever de l'argent, &
qui sont fort à charge au
Public, & tout ce qu'il im-
pose chaque annee pour au-
gmenter les Fonds n'est tiré
que des augmentations qu'il
fait tous les ans presque de-
puis cette derniere guerre, sur
toutes les choses necessaires
à la vie, & qui sont deja
chargées d'Imposts. Cepen-
dant nonobstant tant d'ar-
gent levé de toutes sortes de
manieres, la Hollande n'a
RECUEIL
465
encore pu estre payée de ce qui
luy est di pour les sept Re-
gimens qu'elle leva pour
l'Angleterre dans la guerre
precedente. Enfin on rem-
pliroit un Volume de tout ce
que l'Angleterre doit, &
l'on en peut juger par ce que
j'en viens de raporter, & ce
qui fait que l'espece man-
que en Angleterre, est que
vargent qui s'y leve pour
la guerre ne s'y consomme
pas, les Troupes Angloises
lorsqu elles ont paße la mer,
DEDIVERSES PIECES. 47
tirant presque toutes les cho-
ses dont elles ont besoin des
lieux ou elles se trouvent,
au lieu que les Troupes
Françoises agissant dans des
Pais contigus aux Provin-
ces de France, tout l'argent
qui est employé pour la guer-
re ne sort point du Royau-
me.
Les Hollandois ne sont
pas moins endettez que les
Anglois; mais avec cette
difference qu'ils l'avouent
de meilleure foy, & l'on
RECUEIL
48
sçait qu il y a plus de vingi
ans que les taxes imposees
sur les Maisons de Campa-
gne estoient si fortes que tous
les Proprietaires les auroient
abandonnées plutot que de
payer leurs taxes s'il neleur
avoit point este defendie de
le faire. Il y a long-temps
que plusieurs Villes, & me-
me quelques Provinces en-
tieres ne contribuent presque
plus aux besoins de l'Etat,
& qu'elles ne sont point in-
quietées pour y contribuer,
DEDIVERSES PIECES. 49
vu que l'impossibilité ou el-
les sont de le faire, est con-
nue, & que la disette d'ar-
gent y vegne depuis long-
temps, nonobstant les deux
centièmes aeniers multi-
pliez, que l'Etat leve sur
tous ses Sujets, ce qui mon-
te a la moitié du revenu de
chaque Particulier sans ex-
ception. Cependant cet Etat
doit vingt-trois millions
d'interest, ce qui fait plus
de cinq cens millions de ca-
pital.
E
RECUEIL
Personne n'ignore que le
Commerce de Mer de l'An-
gleterre & de la Hollande,
qui est presque la seule res-
source de ces deux Etats
est en décadence, & que
pour quelques Armateurs
& quelques Navires quils
nous prennent, & sur les-
quels la France ne fonde
pas sa subsistance, on leur
enleve presque tous les jours
des Vaisseaux tres-riche-
ment chargez. Cependant
dans l'Etat ou se trouven
DE DIVERSES PIECES. 5I
aujourd huy ces deux Puis-
sances, il faut, si la guerre
continue, qu'elles en fassent
seules tous les frais; qu'elles
payent tous les Subsides que
l'on est convenu de payer au
Duc de Savoye, qui n'est
pas un Peince qui veuille
attendre longtemps, quoy
qu'il put s'en passer. Il faut
qu'elles payent aussi huit ou
dix Puissances d'Allema-
gne qui secourent les Alliez,
pour de l'argent, & en leur
vendant bien leurs Troupes.
E i
RECUEIL
52
fugež apres cela s'il est pos-
sible qu'elles puissent soute-
nir long-temps la guerre.
Je ne dis rien de l'Empe-
reur qui ne fournit que quel-
ques Generaux, & tres-
peu de Troupes aux Al-
liez, a qui il coute cher, pen-
dant que ses Troupes sont
employez, en Hongrie & en
Italie, & qu'il profite de la
dépense que font les Anglois
& les Hollandois pour sou-
tenir la guerre. Ainsi il fe-
ra la guerre ou la paix selon
DE DIVERSES PIECES §
qu'il plaira a ces deux Puis-
sances de faire l'une ou l'au-
tre; mais comme elles tra-
vaillent plus pour luy que
pour elles en faisant la guer-
re, il mettra toujours tout
en usage pour empêcher la
Paix.
Voilà la situation, ou plu-
tost l'accablement où se trou-
vent les Puissances, qui di-
sent que la France sera obli-
gee de recevoir les Proposi-
tions qu'elles luy font, quel-
ques dures qu'elles soient;
E ii
RECUEIL
a quoy je dois ajouter, que
les affaires des Alliez, ne
sont pas en meilleur estat du
costé de l'Allemagne, &
qu'aprés avoir répandu
dans le monde des Listes de
80. mille hommes que de-
voient fournir pour leur
contingent, les Puissances
d Allemagne, ces 80. mille
hommes sont reduits presque
à rien, puis qu' il ne paroist
qu à peine que nous devions
avoir une petite Armée en
teste de ce costé-là, & que
DE DIVERSES PIECES.
la saison est si avancée, qu il
semble que nos Troupes qui
sont nombreuses sur le Rhin,
seront beaucoup superieures
a celles que les Ennemis
pourront mettre en Cam-
pagne; & d'ailleurs rien ne
manque aux notres pour
louvrir avantageusement.
Il ne sera pas difficile de
faire connoître que la Fran-
ce ne sera pas en moins bon
état de faire la guerre en
Flandre quen Allemagne.
Nos Troupes y seront tres-
E ii
56
RECUEIL
nombreuses, & il s'est pre-
senté depuis prés de deux
mois plus d'hommes que
l'on nen a eu besoin pour
les Recruës. Ces Troupes
sont lestes, de bonne volon-
té, & ne respirent que le
combat, & si l'argent n'apas
circulé en France depuis un
temps, ce n'a esté que pour
produire un bien considera-
ble, & en attendant qu'on
y battit de nouvelles especes
qui commencent d'estre d'un
grand secours à l'Etat & à
DE DIVERSES PIECES. 57
produire de grands avan-
tages. On navoit d'abord
compte que sur des sommes
quon avoit amaßées pour
fabriquer de nouvelles Espe-
ces, & l'on ne s'attendoit
pas que le Public porteroit
des Especes & de l'Argen-
terie en foule à nos Mon-
noyes pour estre converties
en nouvelles Especes. Et
comme on travaille dans
23. Villes du Royaume oùil
y a des Monnoyes établies,
elles répandront l'argent en
RECUEIL
peu de temps dans tous les
lieux où nous avons des
Troupes, & cet argent sera
cause que l'on trouvera au-
tant d'hommes que l'on vou-
dra. fe n'avance rien qui ne
soit generalement connu, &
mesme dont les yeux du Pu-
blic ne puissent estre témoins.
Ainsi il est constant que
nous aurons plus d'hom-
mes & plus d'argent que
les Alliez, & que loin
que nous soyons en estat de
les apprehender, ce sont eux
DE DIVERSES PIECES. 59
qui doivent nous craindre.
L'argent est toujours rare
parmy les Allemans, aussi
bien que les Magazins dont
ils ni ont presque jamais, &
vous venez, de voir que les
Anglois, & les Hollandois
qui ont peu de forces par
eux-mesmes, sont peu en
état de payer les Troupes qui
leur viennent d'Allemagne;
& comme il s'en trouva il y
a quelque temps qui avoient
dessein de se rendre en Flan-
dres, on les pria de ne pas
60
RECUEIL
hater leur marche, parce que
lonn'avoit encore ny argent
à leur donner, ny vivres à
leur fournir. Il est vray que
la gelée a également ruiné
les biens de la Terre en
France & en Allemagne;
mais l'Allemagne etant
dans un climat plus froid, les
biens de la Terre y ont este
beaucoup plus endommagez,
& l'on n'y trouvera pas les
ressources que l'orge, & ce
qu'on appelle aussi Menus
grains, vont donner a la
DE DIVERSES PIECES. 61
France dans quelques se-
maines, & sur lesquels le
Ciel a verse ses benedictions,
aussi bien que sur le bled qui
a poußé en quelques endroits
avec ces Menus grains, &
qui se trouve si beau que
l'on a chante le Te Deum
pour en rendre graces à Dieu
en plusieurs endroits, ou cet-
te espece de Miracle est ar
Fivé.
fe dois ajouter a cela,
qu'outre une grande quan-
tiré de bled caché en diver-
RECUEII
6
ses Provinces, & que l'on
continue de découvrir tous
les jours, & les prises qu on
a faites de plusieurs Basti-
mens Ennemis remplis de
bled, il nous en vient de tous
les lieux de l'Europe où il
s'en trouve en abondance.
D'ailleurs, il est certain que
les bleds sont tres-beaux en
Alsace & dans le Roussillon,
& que ces Provinces estant
frontières, elles feront sub-
sister les Armées que nous
avons. La recolte sera auss
DE DIVERSES PIECES. 63
tres-belle dans la basse Nor-
mandie, en Bretagne, en
Anjou, dans le bas Lan-
guedoc, en Auvergne, & en
plusieurs autres lieux. On
doit inferer de toutes ces cho-
ses que nous ferons beaucoup
plus aisement subsister tou
tes nos Armées, que les
Alliez,, qui faute de sub-
Jistance se trouveront obli-
gez, d'avoir moins de Trou-
pes en Flandre, où nos
Magasins sont asseurément
mieux fournis que les leurs.
RECUEIL
64
Tout ce que je vous ay
marque à cet egard, ainsi
qu'a l'égard de toutes les
autres choses que les Alliez
publient au desavantage de
la France, & sur lesquelles il
y a lieu de croire qu'ils ne
parlent pas de bonne foy;
mais quils veulent seule-
ment tromper leurs Sujets
pour les engager à fournir
aux frais de la guerre qu'ils
ont dessein de continuer pour
les raisons que je vous ay
déja marquées. Si, dis-je,
DE DIVERSES PIECES.65
tout ce que je vous ay fait
voir touchant l'état ou se
trouve la France dans le
moment que je vous écris,
& sur tout a l'égard des
Finances, ne suffisoit pas
pour fournir au Roy les
moyens de continuer avan-
tageusement la guerre, Sa
Majesté n'auroit en cas
qu Elle le jugeât a propos,
& qu'Elle se trouvat extre-
mement preßée, qu à imi-
ter ses Ennemis pour trou-
ver des fonds immenses
RECUEIL
66
puisque ce qu Elle feroit en
France, en se servant des
mesmes moyens qu'ils font
dans leurs Etats, luy four-
niroit des sommes infini-
ment plus considerables. Je
veux dire, si au lieu
comme je vous ay déja
fait voir que font les An-
glois & les Hollandois, le
Roy vouloit se resoudre à le
ver, non pas la cinquième
partie ou la moitié du reve-
nu des personnes aisees, &
qui ne payent point de tail-
DEDIVERSES PIECES. 67
le; mais seulement la dixie
me ou la vingtième partie,
il est facile pour peu que l'on
connoisse la France, de ju-
ger que S. M. en tireroit des
fonds qui pourroient luy
fournir dequoy souteni
long-temps les efforts d'un
nombre d'Ennemis encore
plus grand que ceux qu Elle
a en teste, ce qui n'arrivera
pas, la France ayant d'au-
tres ressources que les Allie
nont pas.
Ils se flatent indiscretie-
Fi
RECUEIL
60
ment sur les heureux Eve-
nemens de quelques Cam-
pagnes, qui outre qu'ils
leur ont couté infiniment
d'hommes & d'argent, sont
moins dus à leur valeur,
qu'a de certaines fatalitez,
& ils devroient faire refle-
xion que des Troupes qui
les ont presque toujours bat-
tus, & remporté sur cux un
nombre infiny de Places, &
mesme plusieurs Provinces
entieres, depuis l'année
1667. pourrotent encore,
DEDIVERSES PIECES.69
pour peu que la Fortune qui
se plait à changer, aban-
donnât leur party, repren-
dre l'ascendent qu'elles ont
toujours ei sur eux. Enfin
lon doit considerer que les
Alliez, tiennent en mesme
temps un langage bien dif-
ferent, & qu ils se demen-
tent a tous momens dans
toutes les choses qu'ils a
vancent contre la France
& qu'il faut qu'ils croyent
que leurs Sujets soient bien
depourvus d'esprit & de
RECUEIL
lumieres, s'ils ne font pas
reflexion sur le different lan.
gage qu'ils tiennent souvent
presqu'en mesme temps. La
France, selon leurs Ecrits,
& selon qu'ils s'efforcent de
publier dans tout le monde,
est un jour dans un si grand
accablement, & manque
tellement de toutes choses,
qu'elle n'est plus en état de
soutenir les moindres de
leurs efforts, & qu'elle est
sur le penchant de sa ruine,
& le lendemain on entend
DE DIVERSES PIECES.7
des discours entierement op-
posez, & l'on ne parle que
du pouvoir exhorbitant de
la France quil faut abat-
tre, comme si un Prince
estoit criminel, parce quil
est puissant, quoy qu'il ne
jouisse que de ce qui luy ap-
partient par les droits du
Sang, ou qu'il a eu le bon-
heur de conquerir en cher-
chant à se rendre Maistre
de ce qui luy devoit appar-
tenir, ou du moins a son
Sang. On doit considerer
RECUEIL
que les Conquestes qui se
font pour des raisons pareil
les, ne sont point des ufur-
pations, & que les Vain-
queurs n'en jouissent pas
seulement a droit de Con-
queste; mais parce qu'elles
leur tiennent lieu de ce qui
leur appartient, & dont ils
n'ont pu encore se rendre
Maistres, & que d'ailleurs
ayant entrepris une guerre
que les Loix ont de tout
temps autorisée, il est juste
que les Places dont les Con-
questes
DE DIVERSES PIECES. 73
questes leur ont couté beau-
coup, tiennent lieu de dé-
dommagement.
Aprés vous avoir parlé de
lespoir que quelques évene-
mens heureux fait concevoir
aux Alliez, qu'ils passeront
a des conquestes nouvelles,
comme si la fortune devoit
estre toujours attachée à leur
party, je dois vous faire ob-
server que la France étant
aujourd'huy puissamment
armée, & ne manquant de
rien, non seulement pourse
RECUEIL
74
defendre; mais aussi pour
attaquer, ce qui arriveroit
aux Alliez,, s'ils avoient
seulement un ou deux may-
vais succés, & ce que de-
viendroit leur credit, quiest
presque le seul fond qui les
fait subsister. Cependant,
dans un état aussi incertain
que celuy où ils doivent être,
& n'ayant pas moins a
craindre qu a esperer, ils ont
pour éblouir toute l'Europe,
pour faire croire qu'ils
sont dans une situation beau
DE DIVERSES PIECES.75
coup plus avantageuse que
celle où ils se trouvent, ose
demander, dans les Confe-
rences qui se sont tenues
pour travailler à la Paix,
des Provinces & des Places
qu'ils ne pourroient prendre
pendant un fort grand nom-
bre d'années, quand mesme
Sa Majeste voudroit se te-
nir seulement sur la défen-
sive; mais la justice de la
cause qu'elle défend contre
des Puissances qui n'ont au-
cun droit ny prétention legi-
Gij
RECUEIL
time Jur la France ny sur
l'Espagne, luy donne lieu
d'esperer la protection du
Ciel, & que l'état où sont
nos Armees & nos Places,
pourra leur faire connoître
avant la fin de la Campa-
gne, que la France a plus de
ressources qu'ils ne pensent,
ou plutost qu'ils affectent de
ne pas croire, afin que leurs
sujets ne s'opposent pas à la
suite d'une guerre qu'ils ne
font que pour leurs interests
particuliers, & pourles rai-
DE DIVERSES PIECES. 77
sons que je vous ay déja mar-
quees.
Enfin les demandes des
Alliez, sont si exhorbitan-
tes, si injustes, fondées sur
si peu de vrai-semblance, &
mesme si opposees a ce que
demandent les droits de la
nature & du sang qui peu-
vent paßer pour des aroits
sacrez,, & ausquels les plus
barbares ont souvent égard,
que des personnes les plus
attachées aux Alliez, &
qui sont entierement dans
G iij
78
RECUEIL
leur party, ont écrit que
l'avenir ne pourroit croire
que ces demandes eussent
pû entrer dans l'esprit de
tout homme raisonnable.
Aussi ont-elles produit un
effet merveilleux, & qui
fait voir que Diet protege
visiblement un Monarque
qui a toujours travaillé pour
sa gloire, & pour retablir
le Culte de ses Autels, puis-
que dans le temps que tous
les François redoubloient
leurs vœux pour la Paix,
DE DIVERSES PIECES. 79
& la demandoient haute-
ment, comme l'on fait ordi-
nairement lorsque les cala-
mitez, publiques, & Jur
tout la disette, sont jointes
a tous les maux que causent
la guerre; mais ils ont esté
tellement irrite des deman-
des des Alliez, qu'au lieu de
demander la Paix comme
ils faisoient peu aupara-
vant, ils ont unanimement
faitvoirle (ele qu'ils avoient
pour le Roy, & l'indigna-
tion que leur causoient les
G 111
80
RECUEIL
propositions des Ennemis,
& en demandant la conti-
nuation de la guerre d'une
maniere qui fait connoître
qu'ils parlent de bonne foy,
& qui fait voir qu'ils font
prests de donner leurs biens,
& de répandre leur sang
pour faire repentir les Al-
liez, d'avoir eis la hardiesse
de faire des Propositions si
insultantes que l'on peut
dire quau lieu d'avoir esté
faites pour servir d'achemi-
nement à la Paix, elles n'ont
DE DIVERSES PIECES. 81
esté delivrées qu afin de per-
petuer la guerre. Aussi ces
Propositions ne dementent-
elles pas le caractere de
ceux qui les ont faites, &
elles font connoitre que la
peinture que je viens de vous
en faire est juste, & ressem-
ble parfaitement. Les sujets
des Puiffances liguées ne
doivent pas leur avoir obli-
gation, puisque ces Souve-
rains & leurs Generaux ont
contribué , n'ayant égarà
qui à leur interest particu-
RECUEIL
82
lier, à la continuation d'u-
ne guerre, qui selon toutes
les apparences, doit estre des
plus sanglantes; mais ily a
lieu d'esperer que le Ciel fa-
vorisera les Armes d'un
Monarque qui a cherché de
bonne foy à contribuer à la
Paix, & qui quoy quil ne
soit pas moins en etat que
ses Ennemis de soutenir la
guerre, a bien voulu faire
les premiers pas, dans la
pensee que cette Paix ren-
droit le calme à toute l'Eu-
DE DIVERSES PIECES. 8,
rope ; qu'elle rétabliroit le
Culte des Autels tous les
jours abbatus, & qu'elle
arresteroit l'effusion du sang
humain, & tous les maux
que la guerre traine aprés
elle.
On doit aprés avoir re-
marque la genereuse bonté
de ce Monarque, admirer
sa fermeté, & la grandeur
de son Ame, en rejettant
avec le mépris qui leur estoit
du, & sans consulter un
moment des propositions qui
RECUEIL
84
dans tous les siecles couvri-
ront de honte la memoire de
ceux qui ont esté assez in-
discrets & assez aveuglez,
pour ne pas dire davanta-
ge, pour les faire. Aussi la
maniere dont ce Monarque
s'est comporté, tant pour
faire la Paix à des condi-
tions raisonnables, que pour
refuser avec une hauteur di-
gne de sa grande ame & de
sa naissance, celles qui luy
ont esté proposees, a-t-elle
fait redoubler l'estime, le
DE DIVERSES PIECES. 85
zele, & l'amour de tous ses
Sujets, qui animez, d'un
mesme esprit, n oublieront
rien pour se vanger de l'in-
sulte qu on luy a voulu fai-
re, ainsi qu'à tous les Fran-
oois, en luy faisant des pro-
sitions qui n'auroient ja-
mais du sortir de la bouche
de ceux qui les ont faites.
Je n'entre point dans le
détail de ces propositions,
vous les apprendrez, d'une
personne plus habile que
moy, plus éclairée, qui les
86
RECUEIL
çait parfaitement, & qui
enfin vous fera mieux con-
noître tout ce que l'on en
peut penser, & tout ce que
l'on en doit dire.
Vous ne devez, pas regar.
der cette Lettre comme un
Ouvrageachevé; mais com.
me un travail d'une imagi-
nation échauffée, & d'un
François, qui outré du pro-
cedé des Alliez, a mis en
24. heures, sur le papier,
ce que son zele luy a inspire
pour la gloire de son Roy,
DEDIVERSES PIECES. 87
& pour celle de sa Patrie.
le suis, Monsieur, vostre,
&c.
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